Résultats : 4 texte(s)
Accéder à la liste des mots clefs.
Détail
Liste
1
p. 285-296
L'AMOUR AMANT. BALLET.
Début :
L'Amour averty d'une Feste qu'une Personne de qualité [...]
Mots clefs :
Amour, Fête, Céleste, Amants, Beauté, Poésie, Musique, Portrait, Olympe , Soleil
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'AMOUR AMANT. BALLET.
L BALLET. Amour averty d'une Feste
qu'une Personne de qualité
donnée il y a quelques jours
dans une Maison de Campagne,
~orés d'une des plus considerables
Villes du Royaume, voulut h04ÏofJ
norer cette Feste de sa presence
Ce Dieu se doutoit bien que dans
le concours des Belles qui devoient
s'y rencontrer, il y en auroit
beaucoup de soûmises à se
Loix ; ayant eu tout le loisir dot
remarquer qu'elles préparoien
pour la Feste leurs ajustemens leso
plus magnifiques. Il Savoir PÛH
remarquer la mesme chose à l'é-à
gard des insensibles, à causequ'il
n'a aucun commerce avec elles:
mais comme il y en auroit pu avoir
de ce caractere, il pretendoit
en cas que cela fust, devenir l'Amant
de quelqu'une d'elles,& nerJ
vouloir point sortir de l'Assemblée,
qu'il n'y eust fait quelque
importante conqueste.*1
- I.ENTREE.
L'Amour vestu d'une maniefort
propre, &; sans avoir de
~andeau sur ses yeux, ny d'arc en
samain, danfoir avec de petits
Amours, afin de se servir deleurs
traits en cas de befoinr
L'AMOUR.
Du haut du celeste Lambris
Je viens vous imnoncer Beautez pleines
decharmes,
Qu'un Dieu de ces charmes éprù
jFcroit gloire aujourdhuy de vous rendre
les armes.
Ce Dieu, lecroirez.-vouiycejf le Maistre
des Dieux.
Ceftl'amourquiprétendse mettre en
efclaage.
u4 quelquune de vous, pour rendre son
hommage 12volfoudllin il estpartydes deux.
Mes Freresles Amours,surmoncoeurjé^
vous prie,
Soyez, prestsàtirer. S3ilvousprendquelque
envie
De vous bumanifer pour faire les yeux t
deux
Je vous promets qu'alors je tireray sur s
vous.
Une fois pour moy sens employons ma b
methode
D*adoucir là fierté, de la rendre com- -
mode.
Jefuis}sans meflater,
.Assez:.. bien fait pour en conter.
Et vousy Amans, quiminspirezl'en—
vie
D'ejlteAmantcommevom,tantjevota t
trouve heureux,
Sçachez"s'ils'iffreic] desBeautezames t
yeux, Dont l'Ame ne foit point a mes loix afservie,
Que vous verrez en ce Sejour
VAmoursefaire par l'Amour
Oln"
ûy,jeveuxgalamment débiterlafleurette,
Etfaire éclore une amourette.
II. ENTREE.
Pendant que l'Amour chernoit
dans toute l'Assemblée des
oeurs dontil pust triom pher ;la
poësie, accompagnée de toutes
s especes de Vers, venoit luy
frir son service.
LA Poësie.
Depuis que fay receu ma naissance en
la Grece, rCroissantplusieurs fois renouvelleson
; tour,
yfbiiéen veu du Pays, maisenfin je contailleurs
jenay point veu ce qu'on
voitencejour.
uvent plm d'un Amant & minvoque
& m'appelle,
Pour avoir de ma main le Portrait deA
Belle.
Dans le brillant concours des plm grAmtl
des beautez.,
Jamais en travaillant je n'enssi beaumew
lIe/le
-QZtUice cceeuuxx qquueejjee-ddééccoouuvvrreeenencecesslieliueuwmt1 écartez.,
Mon Pere eflle garand de tellesveritezx*
Lny quivoit tantsurla Terre
tOnde.
Pourrait avoueraujturd'hny
Quicy les plus beaux yeux du mon
N'ont pas un moindre éclat que luy.(
Leriche émail desfleurs dont la ttrree.
parée,
L'or des Epies,lapourpre des Rassis.
Le vert lambris des Chesnes& dk
Pins,
Etme[me touslesfeux de la Voute aZMSrte,
Ne font rien en comparaison
De ce brillant amas de charmes.
g L..Amosr luymefme « bien raifin «
LDc venir y rendre les armes. faisildoitestre undangereux Ornant, ilestpropre & joly dans sonajufle.
t ment!
jt Quel vif éclat sur son visage !
Comme j'ay fottvent Cavantage,
ïtQjiencwmpofant ilmtpreste sesfeux Et qu'talors je réûssis mieuxé
J'amtne en ce beatt jour de Tefie
De pltu d'une espece de Vers.
lWfi" de celebrer la pltu rare conauefle,
ïjuetonaitjamaisfaiteencevajteVnù*
m vers*
III. ENTREE.
La Musique,suivie de toutes ses
arties, s'offroit à mettre sur les
~irs les plus melodieux, les Vers
ue la Poësie la Soeur auroit pu
méditer pour l'Amour.
LA MUSIQUE. -
quitte avec plaisir le Séjour du Tan
nl"t. Bb ij
Oul'Olympese meut par mes divins An
cords.
Je trouve mille fois plus d'attraitssur As
terre
Qu'il rien est aux lieux d'oùjefors,A
lcy je vois brilleruneillnftreJeunesse
.A qui doit le Pays son plus bel ornCït
ment.
Heutense
,
si je puis causer de Fallet
grefe -
A ces rares Beautez, à ce concours chami
mant.
Mais tandis que j'appreste & mavoix db
ma Lyre •
fourformer en ces lieux de raviJfansComu
certs ;
Unconcert defoupirs alorsfrape les airn
fay de l'oreille, & jepuis dire 4
Que pour moy tous les coeurs paroijfemnî
flûpirer.
S'il en 1ft toutefois quiveuillent s'endèk
fendre;
A l'Amour je puis bien montreur
Sur quel ton il lefaudraprendrai
IV. ENTREE.
La Bonne-chere, qui n'est pas
joue, à faitinutile àl'A mour, vecoit
précédée de la Soif &. de'
AApp:nt) donner aux Conviez
me magnifique Collation.
LA BONNE-CHERE
* Amour.. dit-on, se repaift de fiûpirs
)',,'oeilladcJ, de transportS, defaveurs, de
dcfirs.
Cesî-lasafeule nourriture.
Je le veux,toutefois je jure
M languirait icy,si l'on negoûto'tpas'
,;¡C-)"es mets delicieux & desvintdélicat*
mua son ordre aujourdhuy (apporte en
abondance.
Minfî,cess feulement pour égayer tAmour
, 'eautez., qui ressentez. sa douce violence,
QuilVOUSfautboire &manger en et
jour.
V. ENTREE. 1?
L'Amourayant repris son prem
mier état,c'est à dire ayant loi
Bandeau sur les yeux,l'Arcenloi
main, & la Trousse sur le dos, venoit
apprendre à ses Freres les A-A.
mours, qu'il n'avoir point trouvov
de coeur infenfibledansl'Affem-n
blée. Ainsin'ayantpointdecon-n
quelte à remporter, il invitoit 1$1
Pocfie & la Musique à faire erm
tout temps pour les Belles qu'ils
avoit trouvées à la Feste, ce qu'_t,
elles s'eficient proposées touteis
deux de faire pour luy seul. :.;.
L'AMOUR.J
VA
Volant vers ces beaux Lieux] s
Si je riens point alors de Bandeaufunà
lesyeux,
V'e fut afin defAire une exatte reveué
N'ur ces rares Beautez, dont mon ame eji
tmeuë.
J'ay découvert les replis de leurscoeurs; \t leurs coeursniontfembîè reffintir mes
ardeurs.
7fufjît,laissons-la l'espoir d'un beau trophée
;
N'allons point fierement
Slltlirune Maijlrejfea[on fidelleAmant,
CD'un projetamoureux lachaleurétoufsa
"tWelaiffe dans monfein nulle ardeurfour
anchoix
7)Hr des coeurs rangez, fous mes Loix.
Ain[îdonc je reprens mon premier équi
page.
11.'aime mieux ejlrearmé de l'Arc & ail
Flambeau,
"SEndofiédu Carquoisaffable du Bandedu,
iïPour nemereserver que leseul avantage
M'admirer ensecret vos celefiesappas,
00 parfaites Beautez, Soleils de mon Em-:
pire!
Il vaut mieuxquandpar tout vous avez
droitdeluire,
Vous suivre comme une Ombre) & ne
l, m.échauffer pas. la Toéfie avec la Symphonie,
Venoient me consacrer leurs Chansons &
leurs Yers,
Et donner pour moy seul de plus charmant
concerts Q:: n'en peut faire entendre un Cigne
à l'atonie.
Tout presl à retourner dans le vapue
des airt, u
Je laisse ces deux Soeurs au service des
Bellies; se verront loüer par elles
Avec des tonsnonmoins me/odieux..
Que ceux dont en tout temps elles charment
les Cieux.
qu'une Personne de qualité
donnée il y a quelques jours
dans une Maison de Campagne,
~orés d'une des plus considerables
Villes du Royaume, voulut h04ÏofJ
norer cette Feste de sa presence
Ce Dieu se doutoit bien que dans
le concours des Belles qui devoient
s'y rencontrer, il y en auroit
beaucoup de soûmises à se
Loix ; ayant eu tout le loisir dot
remarquer qu'elles préparoien
pour la Feste leurs ajustemens leso
plus magnifiques. Il Savoir PÛH
remarquer la mesme chose à l'é-à
gard des insensibles, à causequ'il
n'a aucun commerce avec elles:
mais comme il y en auroit pu avoir
de ce caractere, il pretendoit
en cas que cela fust, devenir l'Amant
de quelqu'une d'elles,& nerJ
vouloir point sortir de l'Assemblée,
qu'il n'y eust fait quelque
importante conqueste.*1
- I.ENTREE.
L'Amour vestu d'une maniefort
propre, &; sans avoir de
~andeau sur ses yeux, ny d'arc en
samain, danfoir avec de petits
Amours, afin de se servir deleurs
traits en cas de befoinr
L'AMOUR.
Du haut du celeste Lambris
Je viens vous imnoncer Beautez pleines
decharmes,
Qu'un Dieu de ces charmes éprù
jFcroit gloire aujourdhuy de vous rendre
les armes.
Ce Dieu, lecroirez.-vouiycejf le Maistre
des Dieux.
Ceftl'amourquiprétendse mettre en
efclaage.
u4 quelquune de vous, pour rendre son
hommage 12volfoudllin il estpartydes deux.
Mes Freresles Amours,surmoncoeurjé^
vous prie,
Soyez, prestsàtirer. S3ilvousprendquelque
envie
De vous bumanifer pour faire les yeux t
deux
Je vous promets qu'alors je tireray sur s
vous.
Une fois pour moy sens employons ma b
methode
D*adoucir là fierté, de la rendre com- -
mode.
Jefuis}sans meflater,
.Assez:.. bien fait pour en conter.
Et vousy Amans, quiminspirezl'en—
vie
D'ejlteAmantcommevom,tantjevota t
trouve heureux,
Sçachez"s'ils'iffreic] desBeautezames t
yeux, Dont l'Ame ne foit point a mes loix afservie,
Que vous verrez en ce Sejour
VAmoursefaire par l'Amour
Oln"
ûy,jeveuxgalamment débiterlafleurette,
Etfaire éclore une amourette.
II. ENTREE.
Pendant que l'Amour chernoit
dans toute l'Assemblée des
oeurs dontil pust triom pher ;la
poësie, accompagnée de toutes
s especes de Vers, venoit luy
frir son service.
LA Poësie.
Depuis que fay receu ma naissance en
la Grece, rCroissantplusieurs fois renouvelleson
; tour,
yfbiiéen veu du Pays, maisenfin je contailleurs
jenay point veu ce qu'on
voitencejour.
uvent plm d'un Amant & minvoque
& m'appelle,
Pour avoir de ma main le Portrait deA
Belle.
Dans le brillant concours des plm grAmtl
des beautez.,
Jamais en travaillant je n'enssi beaumew
lIe/le
-QZtUice cceeuuxx qquueejjee-ddééccoouuvvrreeenencecesslieliueuwmt1 écartez.,
Mon Pere eflle garand de tellesveritezx*
Lny quivoit tantsurla Terre
tOnde.
Pourrait avoueraujturd'hny
Quicy les plus beaux yeux du mon
N'ont pas un moindre éclat que luy.(
Leriche émail desfleurs dont la ttrree.
parée,
L'or des Epies,lapourpre des Rassis.
Le vert lambris des Chesnes& dk
Pins,
Etme[me touslesfeux de la Voute aZMSrte,
Ne font rien en comparaison
De ce brillant amas de charmes.
g L..Amosr luymefme « bien raifin «
LDc venir y rendre les armes. faisildoitestre undangereux Ornant, ilestpropre & joly dans sonajufle.
t ment!
jt Quel vif éclat sur son visage !
Comme j'ay fottvent Cavantage,
ïtQjiencwmpofant ilmtpreste sesfeux Et qu'talors je réûssis mieuxé
J'amtne en ce beatt jour de Tefie
De pltu d'une espece de Vers.
lWfi" de celebrer la pltu rare conauefle,
ïjuetonaitjamaisfaiteencevajteVnù*
m vers*
III. ENTREE.
La Musique,suivie de toutes ses
arties, s'offroit à mettre sur les
~irs les plus melodieux, les Vers
ue la Poësie la Soeur auroit pu
méditer pour l'Amour.
LA MUSIQUE. -
quitte avec plaisir le Séjour du Tan
nl"t. Bb ij
Oul'Olympese meut par mes divins An
cords.
Je trouve mille fois plus d'attraitssur As
terre
Qu'il rien est aux lieux d'oùjefors,A
lcy je vois brilleruneillnftreJeunesse
.A qui doit le Pays son plus bel ornCït
ment.
Heutense
,
si je puis causer de Fallet
grefe -
A ces rares Beautez, à ce concours chami
mant.
Mais tandis que j'appreste & mavoix db
ma Lyre •
fourformer en ces lieux de raviJfansComu
certs ;
Unconcert defoupirs alorsfrape les airn
fay de l'oreille, & jepuis dire 4
Que pour moy tous les coeurs paroijfemnî
flûpirer.
S'il en 1ft toutefois quiveuillent s'endèk
fendre;
A l'Amour je puis bien montreur
Sur quel ton il lefaudraprendrai
IV. ENTREE.
La Bonne-chere, qui n'est pas
joue, à faitinutile àl'A mour, vecoit
précédée de la Soif &. de'
AApp:nt) donner aux Conviez
me magnifique Collation.
LA BONNE-CHERE
* Amour.. dit-on, se repaift de fiûpirs
)',,'oeilladcJ, de transportS, defaveurs, de
dcfirs.
Cesî-lasafeule nourriture.
Je le veux,toutefois je jure
M languirait icy,si l'on negoûto'tpas'
,;¡C-)"es mets delicieux & desvintdélicat*
mua son ordre aujourdhuy (apporte en
abondance.
Minfî,cess feulement pour égayer tAmour
, 'eautez., qui ressentez. sa douce violence,
QuilVOUSfautboire &manger en et
jour.
V. ENTREE. 1?
L'Amourayant repris son prem
mier état,c'est à dire ayant loi
Bandeau sur les yeux,l'Arcenloi
main, & la Trousse sur le dos, venoit
apprendre à ses Freres les A-A.
mours, qu'il n'avoir point trouvov
de coeur infenfibledansl'Affem-n
blée. Ainsin'ayantpointdecon-n
quelte à remporter, il invitoit 1$1
Pocfie & la Musique à faire erm
tout temps pour les Belles qu'ils
avoit trouvées à la Feste, ce qu'_t,
elles s'eficient proposées touteis
deux de faire pour luy seul. :.;.
L'AMOUR.J
VA
Volant vers ces beaux Lieux] s
Si je riens point alors de Bandeaufunà
lesyeux,
V'e fut afin defAire une exatte reveué
N'ur ces rares Beautez, dont mon ame eji
tmeuë.
J'ay découvert les replis de leurscoeurs; \t leurs coeursniontfembîè reffintir mes
ardeurs.
7fufjît,laissons-la l'espoir d'un beau trophée
;
N'allons point fierement
Slltlirune Maijlrejfea[on fidelleAmant,
CD'un projetamoureux lachaleurétoufsa
"tWelaiffe dans monfein nulle ardeurfour
anchoix
7)Hr des coeurs rangez, fous mes Loix.
Ain[îdonc je reprens mon premier équi
page.
11.'aime mieux ejlrearmé de l'Arc & ail
Flambeau,
"SEndofiédu Carquoisaffable du Bandedu,
iïPour nemereserver que leseul avantage
M'admirer ensecret vos celefiesappas,
00 parfaites Beautez, Soleils de mon Em-:
pire!
Il vaut mieuxquandpar tout vous avez
droitdeluire,
Vous suivre comme une Ombre) & ne
l, m.échauffer pas. la Toéfie avec la Symphonie,
Venoient me consacrer leurs Chansons &
leurs Yers,
Et donner pour moy seul de plus charmant
concerts Q:: n'en peut faire entendre un Cigne
à l'atonie.
Tout presl à retourner dans le vapue
des airt, u
Je laisse ces deux Soeurs au service des
Bellies; se verront loüer par elles
Avec des tonsnonmoins me/odieux..
Que ceux dont en tout temps elles charment
les Cieux.
Fermer
Résumé : L'AMOUR AMANT. BALLET.
Le texte décrit une fête organisée par une personne de qualité dans une maison de campagne proche d'une ville importante du royaume. L'Amour, souhaitant y participer, espère y rencontrer des femmes soumises à ses lois et prévoit de séduire l'une d'elles. Lors de la fête, L'Amour, vêtu simplement et accompagné de petits amours, annonce son intention de rendre hommage aux beautés présentes. La poésie, soutenue par divers vers, loue la beauté des femmes, affirmant que même les plus beaux éléments de la nature ne peuvent rivaliser avec leur éclat. La musique, attirée par la jeunesse et la beauté des participantes, offre ses mélodies pour accompagner les vers de la poésie. La bonne chère, précédée de la soif, propose des mets délicats pour sustenter les convives. L'Amour, revenu à son apparence habituelle avec un bandeau sur les yeux et un arc, conclut qu'il n'a trouvé aucun cœur insensible et invite la poésie et la musique à continuer de célébrer les beautés rencontrées. Le texte aborde également une réflexion sur les sentiments amoureux et la décision de l'auteur de renoncer à ses ardeurs. L'auteur exprime son désir de maîtriser ses passions et de ne pas se laisser emporter par un amour excessif. Il choisit de revenir à une attitude plus modérée et de se contenter d'admirer secrètement les beautés qui illuminent son cœur. Il préfère observer ces beautés de loin plutôt que de chercher à les approcher. Le texte mentionne des muses inspirantes, telles que la Toésie et la Symphonie, qui célèbrent ses sentiments. Enfin, l'auteur laisse les Muses au service des Belles, qui seront louées par elles avec des tons mélodieux, similaires à ceux qu'elles utilisent pour charmer les cieux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2
p. 8-83
HISTOIRE.
Début :
j'irai toûjours mon train ; & pour commencer à les / Bel exemple à qui veut le suivre ! [...]
Mots clefs :
Colombe, Sainte colombe, Rambouillet, Mantoue, Yeux, Vin, Coeur, Olympe , Nuit, Dragons, Régiment, Douleur, Armée, Maîtresse, Femme, Roi, Homme, Aventures, Amoureux, Famille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE.
j'irai toûjours
mon train ; & pour commencer
à les entretenir ,
comme ceux qui voudront
prendre leur part de l'amuſement
que je leur offre
, je vais conter l'hiſtoire
de Sainte Colombe.
GALANT. 9
HISTOIRE .
BEl exemple à qui veut le
fuivre !
Le François qui croit tout
charmer
S'imagine aisément qu'il doit
tout enflamer ;
Deſes doux attraits il s'enyvre
:
Mais il trouve en chemin gens
prompts à l'aſſommer ,
Et qui lui montrent mieux
que dans le meilleur livre ,
Comme on guerit chez eux de
1
10
MERCURE
la rage d'aimer.
Sainte Colombe , Lieutenant
de dragons dans Fi .
marcon,étoit un jeune Gentilhomme
des plus braves ,
& des mieux faits que le
Roy eût dans ſon armée
d'Italie la premiere année
de cette guerre . Son eſprit
& fon courage l'auroient
vraiſemblablement mené
fort loin , ſi un malheureux
amour n'avoit pas détruit
les elperances que tout le
monde avoit conçûës de
ſa valeur.
GALANT. Π
Se promenant un jour ſur
le glacis de Mantouë, ( où
ſon regiment étoit alors )
avec Meffieurs de Thuis &
de Ramboüillet , Lieutenans
comme lui dans Fimarcon
: J'ai bien des choſes
àvous conter, mes amis,
leur dit- il , entrons dans ma
tente. Fontenay ( parlant
de moy ) ſera des nôtres ,
& Severac fera nôtre cinquiéme.
J'ai un bon alloyeau
à la braize , des falames
, des langues de France
, d'excellent vin de Vienne
, & le plus beau fruit du
iz MERCURE
:
monde à vous donner. J'ai
fait faire dans la terre un
trou qui a prés de cinq
pieds de profondeur , deux
douzaines de bouteilles
de vin y ſont enterrées ſur
un lit de paille , que j'ai fait
couvrir de quinze ou vingt
livres de glace , ſur leſquelles
repoſent & ſe rafraî
chiſſent à preſent les melons
, le fruit & les anchois,
que nous allons manger.
Il étoit environ neuf
heures du matin , lorſque
cette belle propofition fut
faite à ces Meſſieurs , que
GALANT.
13
+
nous attendions depuis plus
d'une demi heure dans la
tente de Sainte Colombe.
Dés qu'ils y furent entrez
, nous nous mîmes à
table. Nos premiers momens
furent employez à
boire fort po iment à la
ſanté les uns des autres :
mais de ſanté en ſanté nos
timbres s'échaufferent fi
bien, que nous nous faistmes
d'un coffre qui nous
fervit de buffet &de gardemanger.
Nous congediames
les valets , & nous nous
mîmes à dire de nôtre pro-
>
)
14
MERCURE
chain tout ce que nous en
ſcavions , & tout ce que
nous n'en ſçavions pas.
Meſſieurs , nous dit alors
Ramboüillet , ſi vous voulez
que nous ayons ici le
plaifir de nous entendre ,
parlons chacun à notre
tour , &contons- nous de
bonne foy toutes les affaires
galantes que nous avons
euës depuis que nous ſommes
en Italic. Tirons au
billet à qui parlera le premier
; nous recommence.
rons à tirer juſqu'à ce que
nous n'ayons plus rien à
GALANT.
IS
dire , & à chaque poſe que
fera le raconteur , nous boirons
une razade : mais il
faut qu'il meſure ſon dif
cours de façon que nous
puiſſions tous cinq faire
nôtre ronde , pendant qu'il
nous contera ſon hiſtoire.
Cet expedient fut trouve ſi
joli , que nous topâmes tous
àlapropoſition.
Si l'on faisoit difficulté d'a
joûter foy à ce que je vais
dire, je citerois des gens defi
grande autorité , que j'en ferois
aſſurément crû fur leur
parole : mais je pense qu'il ſe-
:
16 MERCURE
roit injuste , & qu'il est inutile
d'appeller de tels noms en
témoignage fur nos extravagances.
:
Nous fimes quatre billetsblancs
&un noir , nous
lesmêmes dans unchapeau,
& nous tirâmes. Le ſort
tomba ſur Ramboüillet
qui , aprés une petite ceremonie
bachique , commença
ſon hiftoire à peu
prés en ces termes.
Je ſuis , comme vous
voyez , Meſſieurs , grand ,
bien fait , & paſſablement
aimable. Je n'entreprends
point
GALANT. 17
point d'affaires de coeur
pour mes amis , ou pour
moy , que je n'en vienne à
bout. En voici la preuve.
Il y a prés de fix femaines
que M. de C** Brigadier
des armées du Roy ,
devint à Guastalla amou.
reux à la folie de la belle
Olympe. Un jour nous promenant
enſemble aprés le
dîner : Ramboüillet , me
dit - il , comment vont tes
amours ici ? Si bien , lui répondis
-je , que je ne changerois
pas ma maîtreſſe
pour la plus belle fille du
Sept. 1714. B
1
18 MERCURE
monde. Son nom ? Roſa.Ou
demeure-t- elle ? A côté de
la grande Eglife , vis à vis
le Palais Sereniffime. Corbleu
, reprit - il en m'embraſſant
,Olympe eſt ſa voifine
; je ne ſçai pas même
fi elles ne logent pas enſemble.
Quelle eſt cette
Olympe ? C'eſt , me dit- il
avec chaleur , une grande
fille vive , brune , blanche
&belle, s'il en fut jamais.
Vertu de mavie , lui dis-je ,
où avez- vous deterré cette
poulette ? Si je n'adoroispas
ma divine Roſa , qui eſt ſa
GALANT.
19
bonne amie , je ne ſçai pas
ſi un Brigadier d'armée ,
comme vous , ne ſe repentiroit
pas bientôt d'avoir
fait une pareille confidence
àunLieutenantde dragons
comme moy : mais je vous
aime , & je veux vous faire
moiſſonner ici plus de mirthe
, que vous n'avez de
vôtre vie moiſſonné de lauriers.
Cependantoù en êtesvous
avec elle ? quelle langue
lui parlez vous ? elle ne
ſçait pas un mot de François
, & vous ne ſçavez pas
*un mot d'Italien. Bon , me
Bij
20 MERCURE
dit - il , voila une belle af.
faire ! J'ai trouvé ici un
grand Negre , dont la femme
eſt ſeche & blanche ;
ces deux creatures en ſçavent
autant que le diable ,
pour faire reüffir les avantures
les plus difficiles. Le
Negre écrit pour moy , &
il m'aſſure qu'on me répondregulierement
lesplus
obligeantes chofes dumonde.
J'ai déja même été deux
ou trois fois la nuit à la jaloufie
, où j'ai baifé avec
tranſport une fort belle
main. La peſte , Monfieur
GALANT. 21
leBrigadier, lui dis- je , vous
en ſçavez bien long. Je
fuis fûr qu'il vous en a déja
coûté plus de dix piſtoles
pour baifer la main d'une
ſervante , & qu'Olympe ne
ſçait pas un mot de vôtre
amoureux martyre. Vous
commandez ici, faites chaffer
le Negre & ſa femme ,
qui ſe moquent de vous ,&
laiſſez - moy le ſoin de vos
affaires. J'y conſens , me
dit- il : mais , de graces , ne
t'expoſe point mal à propos
ni pour toy , ni pour moy.
Allez, lui répondis je , tran
22 MERCURE
quiliſez- vous ſur mon compte
, & regardez - moy comme
le plus fot dragon de
l'armée , ſi dans huit jours
au plus tard nous n'eſcaladons
le mont Olympe. Va ,
cherami , medit- il , où l'amour
& la gloire t'appel.
lent.
* L'infamie est pareille , &
fuit également
Le guerrier fans courage , &
le timide amant.
نم
J'attendis que la nuit fût
venue pour mettre ( com-
*Du Cid.
GALANT.
23
me j'avois coûtume de le
faire ) deux dragons en
•faction autour de la porte
de Roſa. Mes meſures prifes
, une jeune fille qui la
ſervoit vint m'avertir qu'il
étoit tempsd'entrer dans la
maiſon , & qu'elle alloit
m'attendre à la porte du
jardin. Je ne manquai pas
de m'y rendre auffitet , &
d'y trouver cette fille , qui
me mena dans un petit cabinet
de verdure , où mon
incomparable Rofe chantoit
avec une langueur in
exprimable des airs tendres,
24 MERCURE
qu'elle marioit admirablement
avec les doux accords
de ſon luth. Auffitôt me
ſentant àſes genoux : Avezvous
, me dit - elle , autant
d'amour pour moy , que
j'ai de bontez pour vous ?
Ah ! divine Rofe , lui répondis
- je , que vous avez
lieud'être contente demoy,
fitout l'amour dontje brûle
pour vous peut être d'un
prix proportionné à l'excés
de vos bontez. Mon cher
bien , reprit- elle, ſi j'en crois
vos lettres , vos ſermens &
vos tranſports , que nous
allons
GALANT.
25
allons être heureux ; nous
n'avons point de jaloux à
craindre,&nul mortel dans
l'univers ne peut nous dif
puter maintenant la felicité
la plus parfaite. Figurezvous
, mes amis , que de
charmes ! que d'heureux
momens ! quel bonheur
pour moy ! Si je voulois
vous tracer ici une foible
ébauche de mes avantu
res , je vous repreſenterois
cette incomparable nuit de
Petrone * : mais cette fidelle
peinture de mon bonheur
* Qualis nox fuis illa , &c .
Sept. 1714. C
26 MERCURE
vous rendroit trop jaloux
de ma felicité. Un petit foupé
fin , & un media nox delicat
furent les intermedes
de nos plaiſirs ; enfin elle
fit inſenſiblement fuppléer
àmes plus tendres ſoins la
douceur d'une converſa
tion charmante. Ce fut az
lors que je me fouvins des
interêts de M. de C **. Je
luidemandai comment elle
vivoit avec Olympe. Elle
eſt , me ditelle , ma meil
leure amie , & je vous affurequeje
ne crois pas qu'il
yait au mondeune plusai.
GALANT.
27
aimable fille qu'elle. Procurez
-moy , belle Roſe , lui
dis - je , l'occaſion de l'entretenir
un moment de l'amourdont
nôtre Commandant
brûle pour elle ; je lui
ai promis de mettre tout en
uſage pour le ſervir , contribuez
de tout vôtre pouvoir
à l'execution de ma
promeſſe. Je ne veux pas ,
merépondit-elle, vous faire
trop valoir un ſi petit fervice
: amenez-le ſeulement
ce ſoir ici avec vous , dés
que la nuit ſera venuë , &
nous ſouperons tous quatre
Cij
28 MERCURE
द
enſemble. La pointe du jour
commence àparoître , il eſt
temps, mon cher, que nous
nous ſeparions ; ſortez , allez
vous repofer, & promettez
à voſtre Commandant
tout ce que je vous promets
de faire aujourd'hui pour
lui. Enfin je la quittai plein
de mon amour , & du defir
de la revoir inceſſamment.
Je fus dîner chez M. de
C** , je lui contai en parti
culier le ſuccés de ma negociation.
Il m'embraſſa de
joye , & dans l'impatience
de voir bientôt le Soleil ſe
GALANT. 29
coucher , il ſe preſſa de don
ner une demi-douzaine
d'ordres inutiles , qui penferent
détruire tout l'arrangement
de nôtre partie.
Cependantje lemenai chez
Roſe, où je lui ſervis honnêtement
d'interprete: mais
pour ce jour- là , Olympe
fut auſſi peu ſenſible à mes
diſcours qu'au langage de
ſes yeux ; je me contentai
ſeulement de mettre ſes af
faires en aſſez bon train
pour lui procurer d'autres
rendez - vous. Quelques
jours aprés il nous vint un
C
Ciij
30
: MERCURE
ordre cruel de fortir de
Guastalle , & de nous rendre
ici. La neceffité de ce
départ fut pour moy un
vrai coup de foudre. J'écri
vis là deſſus à Roſa un billet
, dont voici les propres
termes.
Lamort me feroit moins funeste
, divine Rofe , que le malheur
qui m'accable. Je ne peux
enviſager rien de plus affreux
que l'inſtant qui va nousſeparer.
Mon devoir m'arrache à
mon amour , &dans la conſternation
où je ſuis , je ne vois
GALANT.
31
que mon deſeſpoir qui puiſſe
m'affranchir des maих ой те
livre la douleur de vous perdre.
Cetteaimable fille répondit
ces mots à mon billet.
Neme parlez, cruel ,de defespoir
ni de mort : mais fi vous
m'aimez autant que je le croy .
corſentez ſeulement que mon
aammoouurrmm'arracheàmondevoir.
Je ne vois ni gloire, ni gjerty
àse refoudre à souffrir des
peines mortelles loin de ce que
L'on aime. Rien enfin ne peut
me retenir où vous ne ferez
Ciiij
32
MERCURE
pas ; sous le pretexte de
chercher un aſyle plus für à
Mantouë, je vais m'abandonner
toute entiere à mon amour,
m'y rendre inceſſamment
fur vos pas.
- Elle me tint en effet parole
,& le furlendemain , à
la pointe du jour , elle pria
nôtre Colonel de lui permettre
de profiter de l'occafion
du départ de fon
regiment , pour ſe rendre
plus fûrement ici ,, où elle
eft , grace àDieu , maintenant
chez une Dame de ſes
GALANT.
33
parentes , qui eſt la plus
raiſonnable & la plus aimable
veuve du monde.
C'eſt là , mes chers amis ,
où j'ai tranquilement &
commodément le bonheur,
de la voir tous les jours.
BUVONS.
Nous recommençâmes
alors la ceremonie du chapeau
; le fort tomba ſur
moy , & je ne me tirai pas
mald'affaire : mais jeprends
la liberté de me difpenfer
deconter ici mes avantures.
Quoique bien des honnêtes
gens , & fur tout mon Co.
34
MERCURE
lonel , qui eſt un grand
Seigneur , & qui me fait
l'honneur de me lire tous
les mois , puiffent affurer
qu'elles ne font pas des
moins rares ; ma modeftie
cependant fouffriroit de
l'étalage de mes folies.
Dés que mon tour fut
paffé , le billet noir échut
à de Thuy , qui nous dit
ſans préambule que nous
ſçavions bien qu'il étoit un
vieux Rêtre ; que depuis
plus de vingt ans il n'avoit
eu de bonnes fortunes que
dans le camp, ou aux en-
Y
GALANT.
35
virons ; que les perils qu'il
avoit courus en amour ,
étoient differens de ceux
auſquels nous nous expoſions
tous les jours ;qu'il
n'avoit jamais apprehendé
ni poignard ni poiſon , &
qu'en un mot nous n'aurions
aucun plaifir à entendre
des avantures dont
les heroïnes avoient ordi.
nairement paffé par les
mains du Prevôt de l'armée
; qu'au reſte il ne s'exculoit
point de nous conter
ſes proüeſſes , pour s'exempter
deboire les cinq raſa.
36 MERCURE
des ſtipulées dans la convention
; qu'il avoit l'honneur
d'être Chevalier de la
table ronde , & qu'il étoit
trop inftruit des droits de
la Chevalerie pour commettre
telle felonie ; que
cependant il nous prioit de
le laiſſer boire d'un trait les
cinq raſades dont il étoit
queſtion. Cette affaire examinée
, & decidée ſerieu
ſement dans nôtre petit
conſeil , nous lui abandonnâmes
une bouteille de vin,
qu'il avala comme une ce
rife. Allez , mes enfans ,f
GALANT.
37
nous dit- il aprés cet exploit,
&tenant toûjours ſa bouteille
entre ſes bras , vous
ſerez les plus heureux mortels
du monde , ſi vous n'avez
jamais de plus mauvaiſe
fortune que celle- ci. Dans
la belle jeuneſſe où vous
êtes , ne vous imaginez pas
qu'il foit plus glorieux de
ſacrifier à l'Amour qu'au
Dieu du vin. J'ai paffé par
vôtre âge , j'ai de l'experience
& de la lecture , &
je me regarde au milieu de
vous quatre , qui êtes les
plus étourdis jeunes gens
MERCURE
de l'armée , comme l'indifferent
Eumolpe dans le navire
du malheureux Lycas.
Un orage épouvantable
ſaiſitde crainte&d'horreur
tous les libertins qui étoient
ſur ce vaiſſeau ; ils ont recours
à la clemence des
Dieux qu'ils implorent , ils
fontdes voeux: mais à peine .
échapez du naufrage , ils
ne ſe ſouviennent plus du
peril. Paffato ilpericolo ,gabbato
ilfanto. Prenez garde
à vous , mes chers amis
fongez que vous n'êtes
point dans un pays où la
GALANT.
39
galanterie Françoiſe ſoit
obli
obligeamment reçûë des
peres, des freres,ni des maris
; & fi vous m'en croyez ,
traitez de fadaifes & de fotiſes
les belles merveilles
que je viens d'entendre , &
celles que vous m'allez
conter. Cebeau ſermon fut
ſuivid'un éclatde rire , dont
nous le remerciâmes &
fur le champ nous remplimes
chacun nos verres pour
boire à la ſanté de nôtre
Pedagogue. Il prit la choſe
àmerveille , & l'effet qu'il
vit que fon difcours avoit
40 MERCURE
fait fur nous , le rendit de
la plus plaiſante humeur
du monde. Hébien , dit-il,
mes enfans ,achevons donc
nôtre tâche , & que Sainte
Colombe & Severac tirent au
doigt moüillé à qui parlera
le premier.
Puiſque le fort endecide,
c'eſt donc à moy maintenant
, Meffieurs , nous dit
Sainte Colombe , à vous conter
mes dernieres avantures.
Les voici.
Il y a environ cinq mois
que je fis un voyage à
Montpellier , où je promis
à
GALANT. 41
àune belle fille , dont j'étois
éperdûment amoureux depuis
plus de trois ans , de
ne ceſſer jamais de brûler
pour elle. L'inconſtance ,
qui eſt l'appanage de la
jeuneſſe , n'avoit donné aucune
atteinte à ma fidelité
pendant tout le temps que
mon devoir nous avoit feparez
l'un de l'autre ; &
dans cette derniere entrevûë
, où je renouvellai encore
cent fois à ſes pieds
tous les ſermens d'un amour
éternel , je lui jurai , ſi ſon
coeur étoit toûjours d'ac-
Sept. 1714. D
42 MERCURE
۱
cord avec le mien , d'unir
madeſtinée à la ſienne , &
de faire conſentir mes parens
à cette union à la fin
de cette campagne. Rempli
de la douceur de ce defſein,
je vis avec indifference
toutes les beautez du Dauphiné
; je fisvoeu , avant de
paſſer les Alpes , de ne rien
aimer en Italie. Suze , Turin
, Valence , Pavie , Cremone
, Plaiſance &Milan ,
n'offrirent à mes yeux que
des objets qu'ils regarderent
avec toute la negligence
du monde: mais une
GALANT. 43
miferable bicoque devoit
triompher de mes fermens ,
de mes voeux , & de ma fidelité.
Je fus detaché vers la fin
du mois de Juin dernier
avec une troupe de dragons
; on m'envoya àAlexandrie
de la Paille , où le
Maire de la ville me logea
chez un pauvre Boulanger.
Je reſtai deux ou trois jours
dans cette maiſon ſans voir
mon hôte : mais ce bon
honme fut fi content de
la maniere dont je vivois
chez lui , & de mon atten-
Dij
44 MERCURE
(
tion à conferver- le peu qu'il
avoit , qu'il ſe determina un
matin à entrer dans ma
chambre pour m'en mar
quer ſa reconnoiffance. Si
tous les François , me dit il
en entrant , en ufoientavec
nous comme vous , Monfieur
, nous n'aurionsjamais
que de la bonne volonté &
de la tendreſſe pour eux :
mais ils n'ont pas plûtôt mis
les pieds dans une maiſon ,
qu'ils en chafferoient , s'ils
pouvoient , le maître & la
maîtreſſe , ou du moins ils
les ruïnent. Pour vous ,
GALANT . 45
Monfieur , qui ne leur refſemblez
point , je ſuis fi
charmé de vôtre douceur ,
& fi prévenu que vous êtes
un honnête homme , que
je ne veux rien avoir de
cachépourvous. Je poffede
environ pour tout bien ,
cent Sequins * d'or , & deux
cent Philippes ** en argent.
Si vous avezbeſoin de quelque
choſe , n'épargnez ni
ma bourſe , ni maperſonne.
Je vous ſuisbien obligé, lui
* Un Sequin vaut environ fix francs de
notre monnoye.
** Le Philippe vaut un Ecu.
46 MERCURE
dis je , de l'offre que vous
me faites ; les appointemens
que je reçois du Roy,
&mon bien ſuffiſent pour
remplir tous mes beſoins.
Au reſte défaites-vous , fi
vous pouvez , de la mauvaiſe
opinionque vous avez
des François , & comptez
fur moy tant que je ferai
chezvous. J'ai encore autre
choſe à vous dire , Monſieur
, ajoûta- t - il , & c'eſt
ce qui me tient davantage
au coeur. Vous jugez affez
àma figure que je ne ſuis
pas jeune : mais vous ne
GALANT. 47
:
devineriez pas que je fuis
marié depuis deux ans avec
une jeune femme , qui eſt
une des plus belles perfonnes
de l'Italie. Vous devineriez
encore moins que
je ſuis le pere d'une jeune
fille de quinze ans , qui eft
belle comme le jour ; & en
un mot , vous ne ſçauriez
point , fi je ne vous l'apprenois
, que ces deux infortunées
creatures font
enfermées jour & nuit dans
unpetit trou , où la lumiere
n'entre qu'avec peine ; elles
reſtent là feules à s'affliger ,
48 MERCURE
pendant que je ſuis à mon
travail , & dés que la nuit
eſt venuë , je vais les confoler
. Vôtre femme & vôtre
fille , lui dis -je ſechement
, vous appartiennent,
& il vous eſt permis d'en
faire ce qu'il vous plaît.
Pour moy , je vous jure
qu'il m'importe peu que
vous les teniez enfermées ,
ou que vous leur donniez
la liberté. Cependant ſi je
vous ſuis propre à quelque
choſe , je vous aſſure que
je vous rendrai volontiers
ſervice. Hé mon Dieu , me
dit
GALANT. 49
dit ce bonhomme en pleurant
, je voudrois ſortir de
cette ville , & aller m'établir
à Mantouë avec ma
famille . La ville eſt belle &
grande , j'y trouverai une
maiſon à loüer , où je pourrai
loger plus commodément
ma femme & ma
fille. J'ai ici un cheval ,
&un petit chariot où je
les embarquerai lorſque
vous en fortirez , afin de
profiter de vôtre eſcorte
juſqu'àce que nous en trouvions
une autre par vôtre
د
moyen pour nous y con-
Sept. 17:4 E
so MERCURE
duire , ſuppoſé que vous
n'alliez point juſqu'à cette
ville , quoique votre regiment
y doive être àpreſent,
comme je l'ai entendu dire
àvos valets. Mais je ne ſçai
pas , lui répondis -je , quand
je ſortirai d'ici ; ſi j'en reçois
l'ordre bientôt , vous pourrez
, à la bonne heure, profiterde
cette occafion pour
me ſuivre. Alors le bon
homme me quitta , auffi
étonné de ma moderation
que content de mes réponſes.
Je laiſſai paſſer deux ou
GALANT. SI
trois jours ſans lui parler
de ſa famille : mais le troiſieme
, ſe croyant apparemment
pleinement perfuadé
de ma ſageſſe , il vint
àma chambre me prier de
defcendre dans une ſalle
baſſe , où il avoit fait apporter
des viandes qu'un
Cuiſinier François qui étoit
àAlexandrie avoit accommodées
fort proprement.
Il avoit dreſſé un petit buffet,
qu'il avoit approchéde
la place qu'il s'étoit deſtinée
, pour être plus à porcée
de me verſer à boire.
E ij
52 MERCURE
Un moment aprés que je
fus entré dans cette falle ,
ſa femme & ſa fille y entrerentpar
une autre porte.
Les premieres civilitez renduës
de part & d'autre ,
elles s'affirent entre lui &
moy.
Une lampe allumée ſur la
cheminée , & une bougie
fur la table , quoique nous
fuffions enplein jour
r, nous
ſervirent à éclairer le licu
où nous étions.
Je vous proteſte , ſans
exaggeration , que de ma
vie je n'avois vû rien de ſiP
GALANT. 53
beau , rien de fi parfait que
ces deux perſonnes. La modeftie
, l'innocence & la
pudeur , qui étaloient toutes
leurs graces ſur leurs
viſages , étoient à mes yeux
des ornemens qui rele
voient infiniment l'éclat
de leur beauté. Je n'étois
point dans l'uſage de voir
des attraits ſi ſimples & fi
naturels. Les objets qui
m'avoient même piqué davantage
avant ceux- ci , me
parurent difformes ; & en
comparant ma maîtreſſe de
Montpellier à ces belles in-
E iij
1
54 MERCURE
connuës , je me ſentis forcé
d'avoüer en moy - même
qu'elle avoit preſque toûjours
emprunté de l'étude
& de l'art les graces que
celles- ci devoient uniquement
à la nature. En un
mot elle fut oubliée dans
un inſtant , & rien depuis
ne l'a défenduë dans mon
coeur.
Cependant je ne ſçai par
quelle fatalité je fus ſi frapé,
ou plûtôt ſi étourdi du
premier coup d'oeil de la
femme de mon hôte , que
ſa fille ( quoique belle par
GALANT . 55
excellence ) ne me le parut
que foiblement à côtéde ſa
belle-mere. Je ne fus dans
cette occafion , où j'eus
beſoin de toute ma prudence,
ni indiſcret, ni Fran
çois ; je ne plaignis point
leur esclavage , & je loüai
moins leur beauté , que
bonne chere & la belle
humeur de mon hôte.
la
Neanmoins je profirai
à merveille de tous les
momens où ſon commerce
l'appella ailleurs , pour
dire àces deux belles perſonnes
les plus obligeantes
Eiiij
56 MERCURE
1
choſes du monde.
La contrainte éternelle
où vivent les femmes de ce
pays leur inſpire des reſo
lutions ſi promptes ſur tout
ce qui peut leur ſervir à ſe
vanger du poids des chaî
nes dont on les accable ,
qu'elles acceptent ſouvent
ſans balancer le premier
moyen qu'on leur en offre.
Je m'apperçus avec plaifir
que la mere & la fille n'avoient
dans le fond nulle
tendreſſe pour ce tyran de
leur beauté , & que , quelque
éclat qu'il en pût arri
GALANT. 57
ver , elles ne ſouhaitoient
que l'occaſion de s'affranchir
du joug qu'il leur impoſoit.
Son épouſe ſur tout
lançoit de temps en temps
fur moy de longs regards ,
dont la langueur mélée de
flame me penetroit juſques
au fond du coeur : mais dés
que l'époux reparoiſſoit ,
ſes yeux ſe renfermoient
en eux-mêmes , leur éclat
s'envelopoit dans ſes paupieres
, & leur filence me
contoit avec une éloquence
admirable l'excés de la douleur.
Enfin aprés avoir reſté
1
५
58 MERCURE
plus de quatre heures dans
cette falle , où je ſerois encore
ſi j'en avois été le maître
, je jugeai à propos de
prendre congé de mon
hôte. Je ſaluai ſa femme &
ſa fille avectant de liberté ,
& je le remerciai d'un air
ſi naturel , qu'il me prit
alors ( comme je l'ai ſçû
depuis ) pour le plus inſenfible
de tous les hommes.
Le lendemain je lui demandai
en paſſant des nouvelles
de fa famille , mais fi
froidement , qu'il eut peur
que la propoſition qu'il
GALANT. يو
m'avoit faite de partir d'Alexandrie
ſousmon eſcorte ,
ne me fût point agreable ;
& le ſoir même , en me
retirant pour me coucher ,
j'entendis une voix qui me
dit : Lifez , Monfieur , un
billet que vous trouverez
ſous le tapis de vôtre table.
Je montay auſſitôt à ma
chambre , je cherchai ce
papier , je le trouvai , & j'y
lûs ces lignes.
On nous accuſe de ne vous
avoir pas fait affez d'honnêtetez;
vous sçavez si c'est un
60 MERCURE
(
crime dont nous sommes coupables,
&vous ne doutezpoint
qu'il n'a pas tenu à nous de
vous en faire davantage. Tenez
parole à mon mari , tenez
parole à mon pere , emmeneznous
avec vous , tous les
Sacrifices que vous pourrez
exiger de nous , vous répondront
de nôtre reconoiffance.
Je me crus alors le plus
heureux de tous les hommes
, & je le fus en effet
bientôt. Trois jours aprés
avoir reçû ce precieux billet
, il me vint un ordre de
4
GALANT. 61
1
me rendre ici. Je ne perdis
pas un moment de temps
pour me diſpoſer à partir
avec mon hôte & mes hô
teſſes ; & le lendemain
aprés leur avoir donné le
meilleur cheval de mon
équipage pour l'atteler à
leur chariot ,je les fis partir
à la porte ouvrante , avec
huitde mesdragons&mon
Maréchal des logis. Je les
ſuivis de prés , & enfin je
les joignis à une lieuë d'Alexandrie.
Nous fûmes obligez
d'alonger de beaucoup .
nôtre chemin, & de faire
62 MERCURE
une infinité de détours pour
éviter les partis du Prince
Eugene,qui de tous les côtez
battoient la campagne.
Nous arrivâmes au camp
de Goito , cinq heures aprés
qu'il en fut décampé , & le
lendemain à Mantouë , où
mon hôte , chez qui je loge
encoreàpreſent ,lorſque je
couche à la ville , trouva
*bientôt une maiſon commode
, où ſa femme , ſa
fille& lui font entierement
ſous ma protection.
Que Severac parle maintenant
,ajoûta t- il , & vous
GALANT . 6;
jugerez enfuite , nôtre cher
Precepteur ( adreſſant la
parole à de Thuy ) lequel
de lui , de Fontenay , de
Ramboüillet ou de moy ,
eſt ici le plus heureux dans
fes amours. >
Commençons , dit alors
Severac , par compter juſ
qu'où peut aller le vin que
nous avons. Buvons- en
d'abord un coup chacun ,
&voyons ſi cequi nous en
reſte nous menera juſqu'à
lafindemon hiftoire. Nous
nous en trouvâmes encore
quatre bouteilles, que nous
64 MERCURE
ménageâmes comme la
prunelle de nos yeux, aprés
neanmoins avoir fort regretté
celle que de Thuy
nous avoit ſouffléc.
Je prie encore une fois le
Lecteur de ne point prendre
pour des contes inventez à
plaisir ni ce qu'il a lû , ni ce
qu'il va live. Je lui jure avec
ferment que je n'ai fur cette
histoire que le droit d'arranger
des mots , pour lui dire la verité
des choses.
Je ſuis , comme bien le
ſçavez ,Meſſieurs , nous dit
Severac , natif de la ville
d'OGALANT.
65
d'Orillac en Auvergne. J'ai
trente ans. Ily en a quinze
que je ſers le Roy dans ſes
dragons , & je ferois certainement
plus avancé que je
ne ſuis , ſi les étourderies de
ma jeuneſſe ne m'avoient
pas écarté du chemin qu'
ont fait mes camarades. Le
mariage d'une ſoeur que
j'ai , qui paſſe pour une des
jolies femmes de France ,a
cauſé dans la ſuite tous les
malheurs de ma vie. Un
homme d'une grande naifſance
devint amoureux
d'elle , elle de lui. L'envie
Sept. 1714. F
66 MERCURE
d'être l'épouſe d'unhomme
de cette qualité ſe mit ſi
avant dans ſa tête , qu'il n'y
eut pas moyen de lui faire
entendre raiſon , qu'elle ne
fût fûre d'être ſa femme.
Cette alliance dans le fond
m'étoit affez indifferente,
quelque honneur qui en
rejaillit ſur ma famille
mais, à vraidire, monbeau
frere pretendu s'en foucioit
encore moins que moy.
Enfin elle eut tant de peur
que ce mariage , quelle fouhaitoit
avec la derniere paffion,
ne ſe fit point, qu'elle
:
GALANT 67
mit tout , larmes , prieres &
promeſſes en uſage , pour
m'obliger à y donner les
mains. Sa douleur & ſes in
quietudes continuelles me
rendirent ſenſible à ſes de
firs ; en un mot , mes ſoins
&mes attentions comblerent
ſes voeux , & ce ma
riage ſe fit comme ſe font
tous les mariages. Je vous
avoue que je m'étois flate
de l'eſpoir de trouver de la
douceur & de l'amitié dans
le coeur d'une foeur qui m'avoit
l'obligation d'avoir fait
pour elle, contre le gré de
Fij
68 MERCURE
bien des gens , & peut- être
même contre le gré de ſon
mari , tout ce qu'elle avoit
voulu. Mais l'entêtement ,
les plaiſirs , l'orgüeil , la va
nité, & le mépris des ſiens
vinrent en foule à l'appui
d'un nouveau nom , & je
me trouvai enfin la dupe
de toutes mes eſperances.
Mon eſprit s'eſt ſenti depuis
juſqu'à preſent du poids de
mes chagrins , & les plaifirs
n'ont ſervi dans la ſuite que
de maſque à ma douleur.
Jugez maintenant , mes
chers amis , de quelle naGALANT.
69
turepeuvent être ceux dont
vous allez entendre le recit.
Nous lui fîmes boire alors
une raſade de vin pour
noyer ſon chagrin , & nous
enbûmes autant pour avaler
le ſouvenir du ton douloureux
fur lequel il avoit
commencé ſon hiſtoire ,
qu'il continua en ces termes.
Un Sergent du regiment
deGâtinois épouſa àPignerolles,
je ne ſçai dans quelle
année de l'autre guerre,une
vivandiere de Briançon. 11
70
MERCURE
eut de ce mariage une fille,
qui eſt à preſent belle comme
le jour. Sa mere l'a fait
élever dans les montagnes
de Cifteron , chez un Curé
dont elle eſt la niece.On ne
parloit , lorſque je paffai
dans ce pays, que de l'eſprit
&delabeauté de cette fille .
Je fus curieux de la voir ; je
la vis , &j'en devins auſſitôt
éperdûment amoureux. Je
fis connoiſſance avec ſon
oncle , & au bout de quelques
jours , je lui avoüai le
deſſein que j'avois d'épouſer
ſa niece. Il cut beau me
GALANT.
71
dire que ce parti ne me
convenoit pas , je lui répondis
que je n'avois point
deparens qui euſſent aucun
droit ſur ma conduite , &
que j'étois maître de mes
actions. Si cela eſt , me ditil
,vous êtes honnête homme
, ayez encore pendant
un an pour ma niece les
ſentimens que vous me
marquez aujourd'hui pour
elle , &je vous aſſure qu'alors
vous ferez mon neveu.
L'année est achevée , j'écris
tous les ordinaires à ce
pauvre Curé , & je ne re-
>
72
MERCURE
çois aucune de ſes nouvel
les. J'ai cependant depuis
deux ou trois jours des préfentimens
qui m'accablent;
je croy avoir vû hier &
avant-hier cette fille à une
jalouſie dans Mantouë ;
toute cette nuit même ſon
image m'a perfecuté en
fonge. Je ne ſçai en un mot
ce qui doit m'arriver : mais
je ſouffre des peines mortelles.
mes yeux ſe ferment...
ma langue s'attacheàmonpalais...
donnezmoy
à boire , mes amis...
adieu , mes chers amis... je
..
yous
GALANT.
73
vous dis un éternel adieu.
Et ſur le champ il mourut.
Il eſt plus aaiifseé d'imaginer
la confternation dont cette
mort imprévûë nous frapa ,
qu'il n'eſt facile de l'expri
mer. Enun moment nôtre
table, nos coffres , & tout
l'appareil de nôtre débauche
furent renverſez . Nous
appellâmes au ſecours de
tous les côtez. Rolland Chirurgien
major du regiment
de Sourches , ſe trouva afſez
à propos pour ouvrir
les veines de ce malheureux
: mais il n'en ſortit pas
Sept. 1714. G
۱
/
74
MERCURE
une goutte de ſang. Enfin
nous jettâmes un manteau
fur ſon vilage , & nous fimes
mettre fon corps ſur
une paillaſſe , en attendant
la ceremonie de ſon enterrement
.
:
Cependant nous fortîmes
dela tente , de Thuy,Sainte
Colombe , Ramboüillet &
moy; nous entrâmes dans
la ville fans ſçavoir où nous
allions,&fans nous parler.
Nous nous diſpersâmes en
un inſtant , & nous fûmes
chacun dans les lieux où
nous crûmes pouvoir arra
GALANT.
75
cher plus aifément de nôtre
idée l'image de cette mort.
C'eſt dans le ſein d'une
maîtreſſe que l'on confie
plus volontiers ſes peines &
ſes plaifirs , & l'amour eſt
ordinairement le depofi
taire des plus intereſſantes
circonſtances de nôtre vie.
Je fus au parloir où j'a
vois coûtume d'aller , Ramboüillet
alla chez Roſe , &
Sainte Colombe chez lui ,
où il entra malheureuſement
enhomme troublé de
vin ,d'amour&de douleur.
Il paſſa juſques dans une .
:
Gij
76 MERCURE
fale , où il trouva ſa mal
treſſe ſeule , occupée à quel
que ouvrage de ſon menage.
Il ſe jetta à ſes genoux ,
il lui conta ce qui venoit
de nous arriver ; & aprés
avoir foulagé ſon coeur du
poids de cette avanture , il
recommença à l'entretenir
de ſon amour : mais la tendreſſe
imprudente de ces
amans s'étoit ſimal precautionnée
contre la fureur
d'un jaloux , que le maride
ſa maîtreſſe vit à travers les
fentes d'une porte qui n'e-
• toit point fermée les ca
GALANT.
77
reſſes que ccee miferable a
mant faifoit à ſon épouſe.
Un baifer pris , ou reçû fur
la jouë , ou ſur la main de
ſa femme , paſſa à ſes yeux
pour une preuve du plus
grand crime ; il ne douta
plus de ſa trahiſon , &plein
de, deſeſpoir & de rage , il
entra ſans bruit dans un
petit cabinet , où il trouva
un fufil chargé de trois
bales , qu'il vint tirer à
bout portant dans les reins
de l'infortuné Sainte Co
lombe.
Ce malheureux ſe ſentant
Giij
8 MERCURE
bleſſé mortellement , eut
encore la force de ſe lever,
de mettre l'épée à la main ,
& de courir aprés fon af
faffin , qui ſe ſauvoit : mais
il ne put faire que cinq ou
fix pas , & il alla tomber fur
le ſeüil de la porte de fon
inconfolable maîtreſſe , qui
fur le champ en criant au
fecours , prit deux couffins
qui ſe trouverent ſous ſes
mains , & les mit ſous les
reins de ſon amant ,dont le
ſang couloit à gros boüil
lons. Elle fit en vain tous ſes
efforts pour l'arrêter ,& fa
GALANT.
79
1
douleur mortelle épuiſant
ſa force &fon courage, elle
s'évanoüit à ſes pieds. Cependant
ſa belle fille , les
voiſins , & toute la ville ,
arriverent autour d'eux , &
s'empreſſerent à les ſecourir
: mais le malheureux
Sainte Colombe n'éroit déja
plus.
Ce fut alors que tout le
monde vit deux des plus
belles perſonnes qui fuſſent
en Italie , & qui juſques là
avoient été inconnuës dans
Mantouë.
- Le bruit de ce malheur ſe
Giiij
80 MERCURE
répandit bientôt ſur la pla
ce, &de la place au camp ,
où étoit le regiment de Fimarcon
, dont les dragons
entrerent armez dans la
ville pour vanger la mort
d'un Officier qui leur étoit
fi cher. Ils coururent de tous
côtez pour s'emparer du
meurtrier qui venoit de lui
ravir le jour ; & aprés avoir
bien cherché , on leur dit
qu'il s'étoit ſauvé dans le
Convent des Capucins. Ils
y entrerent comme des furieux
, ils en arracherent ce
miferable , ils l'emmeneGALANT.
81
rent dans leur camp , où ils
lui firent ſouffrir des ſupplices
cruels.; pendant que
l'Archevêque de ſon côté
ſe donnoit mille foins pour
preſſer M. le Comte de
Vaubecourt , qui comman
doit alors à Mantouë , de
leur envoyer en diligence
un Officier qui eût aſſez
d'autorité pour dérober à
leur fureur cette affreuſe
victime , qu'ils lui rendirent
enfin toute ſanglante.
Nous apprîmes quatre
ou cinq jours après cette
horrible avanture , que ce
!
82 MERCURE
malheureux n'avoit pas
porté loin la punition de
crime. i
Enfin pour rendre un
compte exact de tous les
acteurs de cette hiſtoire ,
Ramboüillet fut malheus
reuſement aſſaſſiné dans les
Sevenes par les Fanatiques,
du temps que M. le Maréchal
de Montrevel y commandoit.
On m'a aſſuré depuis peu
queM. de Thuy étoit mort.
Je ſouhaite que cette nouvelle
foit fauffe ; & je reſte
heureuſement , comme les
GALANT. 83 4
lecteurs peuvent aifément
s'en appercevoir , en aſſez
bonne lanté, pour leur donner
chaque mois un livre
que je vais remplir , à mon
ordinaire , de tout ce que
celui- ci pourra me fournir
de circonstances utiles &
agreables pour les en entretenir.
mon train ; & pour commencer
à les entretenir ,
comme ceux qui voudront
prendre leur part de l'amuſement
que je leur offre
, je vais conter l'hiſtoire
de Sainte Colombe.
GALANT. 9
HISTOIRE .
BEl exemple à qui veut le
fuivre !
Le François qui croit tout
charmer
S'imagine aisément qu'il doit
tout enflamer ;
Deſes doux attraits il s'enyvre
:
Mais il trouve en chemin gens
prompts à l'aſſommer ,
Et qui lui montrent mieux
que dans le meilleur livre ,
Comme on guerit chez eux de
1
10
MERCURE
la rage d'aimer.
Sainte Colombe , Lieutenant
de dragons dans Fi .
marcon,étoit un jeune Gentilhomme
des plus braves ,
& des mieux faits que le
Roy eût dans ſon armée
d'Italie la premiere année
de cette guerre . Son eſprit
& fon courage l'auroient
vraiſemblablement mené
fort loin , ſi un malheureux
amour n'avoit pas détruit
les elperances que tout le
monde avoit conçûës de
ſa valeur.
GALANT. Π
Se promenant un jour ſur
le glacis de Mantouë, ( où
ſon regiment étoit alors )
avec Meffieurs de Thuis &
de Ramboüillet , Lieutenans
comme lui dans Fimarcon
: J'ai bien des choſes
àvous conter, mes amis,
leur dit- il , entrons dans ma
tente. Fontenay ( parlant
de moy ) ſera des nôtres ,
& Severac fera nôtre cinquiéme.
J'ai un bon alloyeau
à la braize , des falames
, des langues de France
, d'excellent vin de Vienne
, & le plus beau fruit du
iz MERCURE
:
monde à vous donner. J'ai
fait faire dans la terre un
trou qui a prés de cinq
pieds de profondeur , deux
douzaines de bouteilles
de vin y ſont enterrées ſur
un lit de paille , que j'ai fait
couvrir de quinze ou vingt
livres de glace , ſur leſquelles
repoſent & ſe rafraî
chiſſent à preſent les melons
, le fruit & les anchois,
que nous allons manger.
Il étoit environ neuf
heures du matin , lorſque
cette belle propofition fut
faite à ces Meſſieurs , que
GALANT.
13
+
nous attendions depuis plus
d'une demi heure dans la
tente de Sainte Colombe.
Dés qu'ils y furent entrez
, nous nous mîmes à
table. Nos premiers momens
furent employez à
boire fort po iment à la
ſanté les uns des autres :
mais de ſanté en ſanté nos
timbres s'échaufferent fi
bien, que nous nous faistmes
d'un coffre qui nous
fervit de buffet &de gardemanger.
Nous congediames
les valets , & nous nous
mîmes à dire de nôtre pro-
>
)
14
MERCURE
chain tout ce que nous en
ſcavions , & tout ce que
nous n'en ſçavions pas.
Meſſieurs , nous dit alors
Ramboüillet , ſi vous voulez
que nous ayons ici le
plaifir de nous entendre ,
parlons chacun à notre
tour , &contons- nous de
bonne foy toutes les affaires
galantes que nous avons
euës depuis que nous ſommes
en Italic. Tirons au
billet à qui parlera le premier
; nous recommence.
rons à tirer juſqu'à ce que
nous n'ayons plus rien à
GALANT.
IS
dire , & à chaque poſe que
fera le raconteur , nous boirons
une razade : mais il
faut qu'il meſure ſon dif
cours de façon que nous
puiſſions tous cinq faire
nôtre ronde , pendant qu'il
nous contera ſon hiſtoire.
Cet expedient fut trouve ſi
joli , que nous topâmes tous
àlapropoſition.
Si l'on faisoit difficulté d'a
joûter foy à ce que je vais
dire, je citerois des gens defi
grande autorité , que j'en ferois
aſſurément crû fur leur
parole : mais je pense qu'il ſe-
:
16 MERCURE
roit injuste , & qu'il est inutile
d'appeller de tels noms en
témoignage fur nos extravagances.
:
Nous fimes quatre billetsblancs
&un noir , nous
lesmêmes dans unchapeau,
& nous tirâmes. Le ſort
tomba ſur Ramboüillet
qui , aprés une petite ceremonie
bachique , commença
ſon hiftoire à peu
prés en ces termes.
Je ſuis , comme vous
voyez , Meſſieurs , grand ,
bien fait , & paſſablement
aimable. Je n'entreprends
point
GALANT. 17
point d'affaires de coeur
pour mes amis , ou pour
moy , que je n'en vienne à
bout. En voici la preuve.
Il y a prés de fix femaines
que M. de C** Brigadier
des armées du Roy ,
devint à Guastalla amou.
reux à la folie de la belle
Olympe. Un jour nous promenant
enſemble aprés le
dîner : Ramboüillet , me
dit - il , comment vont tes
amours ici ? Si bien , lui répondis
-je , que je ne changerois
pas ma maîtreſſe
pour la plus belle fille du
Sept. 1714. B
1
18 MERCURE
monde. Son nom ? Roſa.Ou
demeure-t- elle ? A côté de
la grande Eglife , vis à vis
le Palais Sereniffime. Corbleu
, reprit - il en m'embraſſant
,Olympe eſt ſa voifine
; je ne ſçai pas même
fi elles ne logent pas enſemble.
Quelle eſt cette
Olympe ? C'eſt , me dit- il
avec chaleur , une grande
fille vive , brune , blanche
&belle, s'il en fut jamais.
Vertu de mavie , lui dis-je ,
où avez- vous deterré cette
poulette ? Si je n'adoroispas
ma divine Roſa , qui eſt ſa
GALANT.
19
bonne amie , je ne ſçai pas
ſi un Brigadier d'armée ,
comme vous , ne ſe repentiroit
pas bientôt d'avoir
fait une pareille confidence
àunLieutenantde dragons
comme moy : mais je vous
aime , & je veux vous faire
moiſſonner ici plus de mirthe
, que vous n'avez de
vôtre vie moiſſonné de lauriers.
Cependantoù en êtesvous
avec elle ? quelle langue
lui parlez vous ? elle ne
ſçait pas un mot de François
, & vous ne ſçavez pas
*un mot d'Italien. Bon , me
Bij
20 MERCURE
dit - il , voila une belle af.
faire ! J'ai trouvé ici un
grand Negre , dont la femme
eſt ſeche & blanche ;
ces deux creatures en ſçavent
autant que le diable ,
pour faire reüffir les avantures
les plus difficiles. Le
Negre écrit pour moy , &
il m'aſſure qu'on me répondregulierement
lesplus
obligeantes chofes dumonde.
J'ai déja même été deux
ou trois fois la nuit à la jaloufie
, où j'ai baifé avec
tranſport une fort belle
main. La peſte , Monfieur
GALANT. 21
leBrigadier, lui dis- je , vous
en ſçavez bien long. Je
fuis fûr qu'il vous en a déja
coûté plus de dix piſtoles
pour baifer la main d'une
ſervante , & qu'Olympe ne
ſçait pas un mot de vôtre
amoureux martyre. Vous
commandez ici, faites chaffer
le Negre & ſa femme ,
qui ſe moquent de vous ,&
laiſſez - moy le ſoin de vos
affaires. J'y conſens , me
dit- il : mais , de graces , ne
t'expoſe point mal à propos
ni pour toy , ni pour moy.
Allez, lui répondis je , tran
22 MERCURE
quiliſez- vous ſur mon compte
, & regardez - moy comme
le plus fot dragon de
l'armée , ſi dans huit jours
au plus tard nous n'eſcaladons
le mont Olympe. Va ,
cherami , medit- il , où l'amour
& la gloire t'appel.
lent.
* L'infamie est pareille , &
fuit également
Le guerrier fans courage , &
le timide amant.
نم
J'attendis que la nuit fût
venue pour mettre ( com-
*Du Cid.
GALANT.
23
me j'avois coûtume de le
faire ) deux dragons en
•faction autour de la porte
de Roſa. Mes meſures prifes
, une jeune fille qui la
ſervoit vint m'avertir qu'il
étoit tempsd'entrer dans la
maiſon , & qu'elle alloit
m'attendre à la porte du
jardin. Je ne manquai pas
de m'y rendre auffitet , &
d'y trouver cette fille , qui
me mena dans un petit cabinet
de verdure , où mon
incomparable Rofe chantoit
avec une langueur in
exprimable des airs tendres,
24 MERCURE
qu'elle marioit admirablement
avec les doux accords
de ſon luth. Auffitôt me
ſentant àſes genoux : Avezvous
, me dit - elle , autant
d'amour pour moy , que
j'ai de bontez pour vous ?
Ah ! divine Rofe , lui répondis
- je , que vous avez
lieud'être contente demoy,
fitout l'amour dontje brûle
pour vous peut être d'un
prix proportionné à l'excés
de vos bontez. Mon cher
bien , reprit- elle, ſi j'en crois
vos lettres , vos ſermens &
vos tranſports , que nous
allons
GALANT.
25
allons être heureux ; nous
n'avons point de jaloux à
craindre,&nul mortel dans
l'univers ne peut nous dif
puter maintenant la felicité
la plus parfaite. Figurezvous
, mes amis , que de
charmes ! que d'heureux
momens ! quel bonheur
pour moy ! Si je voulois
vous tracer ici une foible
ébauche de mes avantu
res , je vous repreſenterois
cette incomparable nuit de
Petrone * : mais cette fidelle
peinture de mon bonheur
* Qualis nox fuis illa , &c .
Sept. 1714. C
26 MERCURE
vous rendroit trop jaloux
de ma felicité. Un petit foupé
fin , & un media nox delicat
furent les intermedes
de nos plaiſirs ; enfin elle
fit inſenſiblement fuppléer
àmes plus tendres ſoins la
douceur d'une converſa
tion charmante. Ce fut az
lors que je me fouvins des
interêts de M. de C **. Je
luidemandai comment elle
vivoit avec Olympe. Elle
eſt , me ditelle , ma meil
leure amie , & je vous affurequeje
ne crois pas qu'il
yait au mondeune plusai.
GALANT.
27
aimable fille qu'elle. Procurez
-moy , belle Roſe , lui
dis - je , l'occaſion de l'entretenir
un moment de l'amourdont
nôtre Commandant
brûle pour elle ; je lui
ai promis de mettre tout en
uſage pour le ſervir , contribuez
de tout vôtre pouvoir
à l'execution de ma
promeſſe. Je ne veux pas ,
merépondit-elle, vous faire
trop valoir un ſi petit fervice
: amenez-le ſeulement
ce ſoir ici avec vous , dés
que la nuit ſera venuë , &
nous ſouperons tous quatre
Cij
28 MERCURE
द
enſemble. La pointe du jour
commence àparoître , il eſt
temps, mon cher, que nous
nous ſeparions ; ſortez , allez
vous repofer, & promettez
à voſtre Commandant
tout ce que je vous promets
de faire aujourd'hui pour
lui. Enfin je la quittai plein
de mon amour , & du defir
de la revoir inceſſamment.
Je fus dîner chez M. de
C** , je lui contai en parti
culier le ſuccés de ma negociation.
Il m'embraſſa de
joye , & dans l'impatience
de voir bientôt le Soleil ſe
GALANT. 29
coucher , il ſe preſſa de don
ner une demi-douzaine
d'ordres inutiles , qui penferent
détruire tout l'arrangement
de nôtre partie.
Cependantje lemenai chez
Roſe, où je lui ſervis honnêtement
d'interprete: mais
pour ce jour- là , Olympe
fut auſſi peu ſenſible à mes
diſcours qu'au langage de
ſes yeux ; je me contentai
ſeulement de mettre ſes af
faires en aſſez bon train
pour lui procurer d'autres
rendez - vous. Quelques
jours aprés il nous vint un
C
Ciij
30
: MERCURE
ordre cruel de fortir de
Guastalle , & de nous rendre
ici. La neceffité de ce
départ fut pour moy un
vrai coup de foudre. J'écri
vis là deſſus à Roſa un billet
, dont voici les propres
termes.
Lamort me feroit moins funeste
, divine Rofe , que le malheur
qui m'accable. Je ne peux
enviſager rien de plus affreux
que l'inſtant qui va nousſeparer.
Mon devoir m'arrache à
mon amour , &dans la conſternation
où je ſuis , je ne vois
GALANT.
31
que mon deſeſpoir qui puiſſe
m'affranchir des maих ой те
livre la douleur de vous perdre.
Cetteaimable fille répondit
ces mots à mon billet.
Neme parlez, cruel ,de defespoir
ni de mort : mais fi vous
m'aimez autant que je le croy .
corſentez ſeulement que mon
aammoouurrmm'arracheàmondevoir.
Je ne vois ni gloire, ni gjerty
àse refoudre à souffrir des
peines mortelles loin de ce que
L'on aime. Rien enfin ne peut
me retenir où vous ne ferez
Ciiij
32
MERCURE
pas ; sous le pretexte de
chercher un aſyle plus für à
Mantouë, je vais m'abandonner
toute entiere à mon amour,
m'y rendre inceſſamment
fur vos pas.
- Elle me tint en effet parole
,& le furlendemain , à
la pointe du jour , elle pria
nôtre Colonel de lui permettre
de profiter de l'occafion
du départ de fon
regiment , pour ſe rendre
plus fûrement ici ,, où elle
eft , grace àDieu , maintenant
chez une Dame de ſes
GALANT.
33
parentes , qui eſt la plus
raiſonnable & la plus aimable
veuve du monde.
C'eſt là , mes chers amis ,
où j'ai tranquilement &
commodément le bonheur,
de la voir tous les jours.
BUVONS.
Nous recommençâmes
alors la ceremonie du chapeau
; le fort tomba ſur
moy , & je ne me tirai pas
mald'affaire : mais jeprends
la liberté de me difpenfer
deconter ici mes avantures.
Quoique bien des honnêtes
gens , & fur tout mon Co.
34
MERCURE
lonel , qui eſt un grand
Seigneur , & qui me fait
l'honneur de me lire tous
les mois , puiffent affurer
qu'elles ne font pas des
moins rares ; ma modeftie
cependant fouffriroit de
l'étalage de mes folies.
Dés que mon tour fut
paffé , le billet noir échut
à de Thuy , qui nous dit
ſans préambule que nous
ſçavions bien qu'il étoit un
vieux Rêtre ; que depuis
plus de vingt ans il n'avoit
eu de bonnes fortunes que
dans le camp, ou aux en-
Y
GALANT.
35
virons ; que les perils qu'il
avoit courus en amour ,
étoient differens de ceux
auſquels nous nous expoſions
tous les jours ;qu'il
n'avoit jamais apprehendé
ni poignard ni poiſon , &
qu'en un mot nous n'aurions
aucun plaifir à entendre
des avantures dont
les heroïnes avoient ordi.
nairement paffé par les
mains du Prevôt de l'armée
; qu'au reſte il ne s'exculoit
point de nous conter
ſes proüeſſes , pour s'exempter
deboire les cinq raſa.
36 MERCURE
des ſtipulées dans la convention
; qu'il avoit l'honneur
d'être Chevalier de la
table ronde , & qu'il étoit
trop inftruit des droits de
la Chevalerie pour commettre
telle felonie ; que
cependant il nous prioit de
le laiſſer boire d'un trait les
cinq raſades dont il étoit
queſtion. Cette affaire examinée
, & decidée ſerieu
ſement dans nôtre petit
conſeil , nous lui abandonnâmes
une bouteille de vin,
qu'il avala comme une ce
rife. Allez , mes enfans ,f
GALANT.
37
nous dit- il aprés cet exploit,
&tenant toûjours ſa bouteille
entre ſes bras , vous
ſerez les plus heureux mortels
du monde , ſi vous n'avez
jamais de plus mauvaiſe
fortune que celle- ci. Dans
la belle jeuneſſe où vous
êtes , ne vous imaginez pas
qu'il foit plus glorieux de
ſacrifier à l'Amour qu'au
Dieu du vin. J'ai paffé par
vôtre âge , j'ai de l'experience
& de la lecture , &
je me regarde au milieu de
vous quatre , qui êtes les
plus étourdis jeunes gens
MERCURE
de l'armée , comme l'indifferent
Eumolpe dans le navire
du malheureux Lycas.
Un orage épouvantable
ſaiſitde crainte&d'horreur
tous les libertins qui étoient
ſur ce vaiſſeau ; ils ont recours
à la clemence des
Dieux qu'ils implorent , ils
fontdes voeux: mais à peine .
échapez du naufrage , ils
ne ſe ſouviennent plus du
peril. Paffato ilpericolo ,gabbato
ilfanto. Prenez garde
à vous , mes chers amis
fongez que vous n'êtes
point dans un pays où la
GALANT.
39
galanterie Françoiſe ſoit
obli
obligeamment reçûë des
peres, des freres,ni des maris
; & fi vous m'en croyez ,
traitez de fadaifes & de fotiſes
les belles merveilles
que je viens d'entendre , &
celles que vous m'allez
conter. Cebeau ſermon fut
ſuivid'un éclatde rire , dont
nous le remerciâmes &
fur le champ nous remplimes
chacun nos verres pour
boire à la ſanté de nôtre
Pedagogue. Il prit la choſe
àmerveille , & l'effet qu'il
vit que fon difcours avoit
40 MERCURE
fait fur nous , le rendit de
la plus plaiſante humeur
du monde. Hébien , dit-il,
mes enfans ,achevons donc
nôtre tâche , & que Sainte
Colombe & Severac tirent au
doigt moüillé à qui parlera
le premier.
Puiſque le fort endecide,
c'eſt donc à moy maintenant
, Meffieurs , nous dit
Sainte Colombe , à vous conter
mes dernieres avantures.
Les voici.
Il y a environ cinq mois
que je fis un voyage à
Montpellier , où je promis
à
GALANT. 41
àune belle fille , dont j'étois
éperdûment amoureux depuis
plus de trois ans , de
ne ceſſer jamais de brûler
pour elle. L'inconſtance ,
qui eſt l'appanage de la
jeuneſſe , n'avoit donné aucune
atteinte à ma fidelité
pendant tout le temps que
mon devoir nous avoit feparez
l'un de l'autre ; &
dans cette derniere entrevûë
, où je renouvellai encore
cent fois à ſes pieds
tous les ſermens d'un amour
éternel , je lui jurai , ſi ſon
coeur étoit toûjours d'ac-
Sept. 1714. D
42 MERCURE
۱
cord avec le mien , d'unir
madeſtinée à la ſienne , &
de faire conſentir mes parens
à cette union à la fin
de cette campagne. Rempli
de la douceur de ce defſein,
je vis avec indifference
toutes les beautez du Dauphiné
; je fisvoeu , avant de
paſſer les Alpes , de ne rien
aimer en Italie. Suze , Turin
, Valence , Pavie , Cremone
, Plaiſance &Milan ,
n'offrirent à mes yeux que
des objets qu'ils regarderent
avec toute la negligence
du monde: mais une
GALANT. 43
miferable bicoque devoit
triompher de mes fermens ,
de mes voeux , & de ma fidelité.
Je fus detaché vers la fin
du mois de Juin dernier
avec une troupe de dragons
; on m'envoya àAlexandrie
de la Paille , où le
Maire de la ville me logea
chez un pauvre Boulanger.
Je reſtai deux ou trois jours
dans cette maiſon ſans voir
mon hôte : mais ce bon
honme fut fi content de
la maniere dont je vivois
chez lui , & de mon atten-
Dij
44 MERCURE
(
tion à conferver- le peu qu'il
avoit , qu'il ſe determina un
matin à entrer dans ma
chambre pour m'en mar
quer ſa reconnoiffance. Si
tous les François , me dit il
en entrant , en ufoientavec
nous comme vous , Monfieur
, nous n'aurionsjamais
que de la bonne volonté &
de la tendreſſe pour eux :
mais ils n'ont pas plûtôt mis
les pieds dans une maiſon ,
qu'ils en chafferoient , s'ils
pouvoient , le maître & la
maîtreſſe , ou du moins ils
les ruïnent. Pour vous ,
GALANT . 45
Monfieur , qui ne leur refſemblez
point , je ſuis fi
charmé de vôtre douceur ,
& fi prévenu que vous êtes
un honnête homme , que
je ne veux rien avoir de
cachépourvous. Je poffede
environ pour tout bien ,
cent Sequins * d'or , & deux
cent Philippes ** en argent.
Si vous avezbeſoin de quelque
choſe , n'épargnez ni
ma bourſe , ni maperſonne.
Je vous ſuisbien obligé, lui
* Un Sequin vaut environ fix francs de
notre monnoye.
** Le Philippe vaut un Ecu.
46 MERCURE
dis je , de l'offre que vous
me faites ; les appointemens
que je reçois du Roy,
&mon bien ſuffiſent pour
remplir tous mes beſoins.
Au reſte défaites-vous , fi
vous pouvez , de la mauvaiſe
opinionque vous avez
des François , & comptez
fur moy tant que je ferai
chezvous. J'ai encore autre
choſe à vous dire , Monſieur
, ajoûta- t - il , & c'eſt
ce qui me tient davantage
au coeur. Vous jugez affez
àma figure que je ne ſuis
pas jeune : mais vous ne
GALANT. 47
:
devineriez pas que je fuis
marié depuis deux ans avec
une jeune femme , qui eſt
une des plus belles perfonnes
de l'Italie. Vous devineriez
encore moins que
je ſuis le pere d'une jeune
fille de quinze ans , qui eft
belle comme le jour ; & en
un mot , vous ne ſçauriez
point , fi je ne vous l'apprenois
, que ces deux infortunées
creatures font
enfermées jour & nuit dans
unpetit trou , où la lumiere
n'entre qu'avec peine ; elles
reſtent là feules à s'affliger ,
48 MERCURE
pendant que je ſuis à mon
travail , & dés que la nuit
eſt venuë , je vais les confoler
. Vôtre femme & vôtre
fille , lui dis -je ſechement
, vous appartiennent,
& il vous eſt permis d'en
faire ce qu'il vous plaît.
Pour moy , je vous jure
qu'il m'importe peu que
vous les teniez enfermées ,
ou que vous leur donniez
la liberté. Cependant ſi je
vous ſuis propre à quelque
choſe , je vous aſſure que
je vous rendrai volontiers
ſervice. Hé mon Dieu , me
dit
GALANT. 49
dit ce bonhomme en pleurant
, je voudrois ſortir de
cette ville , & aller m'établir
à Mantouë avec ma
famille . La ville eſt belle &
grande , j'y trouverai une
maiſon à loüer , où je pourrai
loger plus commodément
ma femme & ma
fille. J'ai ici un cheval ,
&un petit chariot où je
les embarquerai lorſque
vous en fortirez , afin de
profiter de vôtre eſcorte
juſqu'àce que nous en trouvions
une autre par vôtre
د
moyen pour nous y con-
Sept. 17:4 E
so MERCURE
duire , ſuppoſé que vous
n'alliez point juſqu'à cette
ville , quoique votre regiment
y doive être àpreſent,
comme je l'ai entendu dire
àvos valets. Mais je ne ſçai
pas , lui répondis -je , quand
je ſortirai d'ici ; ſi j'en reçois
l'ordre bientôt , vous pourrez
, à la bonne heure, profiterde
cette occafion pour
me ſuivre. Alors le bon
homme me quitta , auffi
étonné de ma moderation
que content de mes réponſes.
Je laiſſai paſſer deux ou
GALANT. SI
trois jours ſans lui parler
de ſa famille : mais le troiſieme
, ſe croyant apparemment
pleinement perfuadé
de ma ſageſſe , il vint
àma chambre me prier de
defcendre dans une ſalle
baſſe , où il avoit fait apporter
des viandes qu'un
Cuiſinier François qui étoit
àAlexandrie avoit accommodées
fort proprement.
Il avoit dreſſé un petit buffet,
qu'il avoit approchéde
la place qu'il s'étoit deſtinée
, pour être plus à porcée
de me verſer à boire.
E ij
52 MERCURE
Un moment aprés que je
fus entré dans cette falle ,
ſa femme & ſa fille y entrerentpar
une autre porte.
Les premieres civilitez renduës
de part & d'autre ,
elles s'affirent entre lui &
moy.
Une lampe allumée ſur la
cheminée , & une bougie
fur la table , quoique nous
fuffions enplein jour
r, nous
ſervirent à éclairer le licu
où nous étions.
Je vous proteſte , ſans
exaggeration , que de ma
vie je n'avois vû rien de ſiP
GALANT. 53
beau , rien de fi parfait que
ces deux perſonnes. La modeftie
, l'innocence & la
pudeur , qui étaloient toutes
leurs graces ſur leurs
viſages , étoient à mes yeux
des ornemens qui rele
voient infiniment l'éclat
de leur beauté. Je n'étois
point dans l'uſage de voir
des attraits ſi ſimples & fi
naturels. Les objets qui
m'avoient même piqué davantage
avant ceux- ci , me
parurent difformes ; & en
comparant ma maîtreſſe de
Montpellier à ces belles in-
E iij
1
54 MERCURE
connuës , je me ſentis forcé
d'avoüer en moy - même
qu'elle avoit preſque toûjours
emprunté de l'étude
& de l'art les graces que
celles- ci devoient uniquement
à la nature. En un
mot elle fut oubliée dans
un inſtant , & rien depuis
ne l'a défenduë dans mon
coeur.
Cependant je ne ſçai par
quelle fatalité je fus ſi frapé,
ou plûtôt ſi étourdi du
premier coup d'oeil de la
femme de mon hôte , que
ſa fille ( quoique belle par
GALANT . 55
excellence ) ne me le parut
que foiblement à côtéde ſa
belle-mere. Je ne fus dans
cette occafion , où j'eus
beſoin de toute ma prudence,
ni indiſcret, ni Fran
çois ; je ne plaignis point
leur esclavage , & je loüai
moins leur beauté , que
bonne chere & la belle
humeur de mon hôte.
la
Neanmoins je profirai
à merveille de tous les
momens où ſon commerce
l'appella ailleurs , pour
dire àces deux belles perſonnes
les plus obligeantes
Eiiij
56 MERCURE
1
choſes du monde.
La contrainte éternelle
où vivent les femmes de ce
pays leur inſpire des reſo
lutions ſi promptes ſur tout
ce qui peut leur ſervir à ſe
vanger du poids des chaî
nes dont on les accable ,
qu'elles acceptent ſouvent
ſans balancer le premier
moyen qu'on leur en offre.
Je m'apperçus avec plaifir
que la mere & la fille n'avoient
dans le fond nulle
tendreſſe pour ce tyran de
leur beauté , & que , quelque
éclat qu'il en pût arri
GALANT. 57
ver , elles ne ſouhaitoient
que l'occaſion de s'affranchir
du joug qu'il leur impoſoit.
Son épouſe ſur tout
lançoit de temps en temps
fur moy de longs regards ,
dont la langueur mélée de
flame me penetroit juſques
au fond du coeur : mais dés
que l'époux reparoiſſoit ,
ſes yeux ſe renfermoient
en eux-mêmes , leur éclat
s'envelopoit dans ſes paupieres
, & leur filence me
contoit avec une éloquence
admirable l'excés de la douleur.
Enfin aprés avoir reſté
1
५
58 MERCURE
plus de quatre heures dans
cette falle , où je ſerois encore
ſi j'en avois été le maître
, je jugeai à propos de
prendre congé de mon
hôte. Je ſaluai ſa femme &
ſa fille avectant de liberté ,
& je le remerciai d'un air
ſi naturel , qu'il me prit
alors ( comme je l'ai ſçû
depuis ) pour le plus inſenfible
de tous les hommes.
Le lendemain je lui demandai
en paſſant des nouvelles
de fa famille , mais fi
froidement , qu'il eut peur
que la propoſition qu'il
GALANT. يو
m'avoit faite de partir d'Alexandrie
ſousmon eſcorte ,
ne me fût point agreable ;
& le ſoir même , en me
retirant pour me coucher ,
j'entendis une voix qui me
dit : Lifez , Monfieur , un
billet que vous trouverez
ſous le tapis de vôtre table.
Je montay auſſitôt à ma
chambre , je cherchai ce
papier , je le trouvai , & j'y
lûs ces lignes.
On nous accuſe de ne vous
avoir pas fait affez d'honnêtetez;
vous sçavez si c'est un
60 MERCURE
(
crime dont nous sommes coupables,
&vous ne doutezpoint
qu'il n'a pas tenu à nous de
vous en faire davantage. Tenez
parole à mon mari , tenez
parole à mon pere , emmeneznous
avec vous , tous les
Sacrifices que vous pourrez
exiger de nous , vous répondront
de nôtre reconoiffance.
Je me crus alors le plus
heureux de tous les hommes
, & je le fus en effet
bientôt. Trois jours aprés
avoir reçû ce precieux billet
, il me vint un ordre de
4
GALANT. 61
1
me rendre ici. Je ne perdis
pas un moment de temps
pour me diſpoſer à partir
avec mon hôte & mes hô
teſſes ; & le lendemain
aprés leur avoir donné le
meilleur cheval de mon
équipage pour l'atteler à
leur chariot ,je les fis partir
à la porte ouvrante , avec
huitde mesdragons&mon
Maréchal des logis. Je les
ſuivis de prés , & enfin je
les joignis à une lieuë d'Alexandrie.
Nous fûmes obligez
d'alonger de beaucoup .
nôtre chemin, & de faire
62 MERCURE
une infinité de détours pour
éviter les partis du Prince
Eugene,qui de tous les côtez
battoient la campagne.
Nous arrivâmes au camp
de Goito , cinq heures aprés
qu'il en fut décampé , & le
lendemain à Mantouë , où
mon hôte , chez qui je loge
encoreàpreſent ,lorſque je
couche à la ville , trouva
*bientôt une maiſon commode
, où ſa femme , ſa
fille& lui font entierement
ſous ma protection.
Que Severac parle maintenant
,ajoûta t- il , & vous
GALANT . 6;
jugerez enfuite , nôtre cher
Precepteur ( adreſſant la
parole à de Thuy ) lequel
de lui , de Fontenay , de
Ramboüillet ou de moy ,
eſt ici le plus heureux dans
fes amours. >
Commençons , dit alors
Severac , par compter juſ
qu'où peut aller le vin que
nous avons. Buvons- en
d'abord un coup chacun ,
&voyons ſi cequi nous en
reſte nous menera juſqu'à
lafindemon hiftoire. Nous
nous en trouvâmes encore
quatre bouteilles, que nous
64 MERCURE
ménageâmes comme la
prunelle de nos yeux, aprés
neanmoins avoir fort regretté
celle que de Thuy
nous avoit ſouffléc.
Je prie encore une fois le
Lecteur de ne point prendre
pour des contes inventez à
plaisir ni ce qu'il a lû , ni ce
qu'il va live. Je lui jure avec
ferment que je n'ai fur cette
histoire que le droit d'arranger
des mots , pour lui dire la verité
des choses.
Je ſuis , comme bien le
ſçavez ,Meſſieurs , nous dit
Severac , natif de la ville
d'OGALANT.
65
d'Orillac en Auvergne. J'ai
trente ans. Ily en a quinze
que je ſers le Roy dans ſes
dragons , & je ferois certainement
plus avancé que je
ne ſuis , ſi les étourderies de
ma jeuneſſe ne m'avoient
pas écarté du chemin qu'
ont fait mes camarades. Le
mariage d'une ſoeur que
j'ai , qui paſſe pour une des
jolies femmes de France ,a
cauſé dans la ſuite tous les
malheurs de ma vie. Un
homme d'une grande naifſance
devint amoureux
d'elle , elle de lui. L'envie
Sept. 1714. F
66 MERCURE
d'être l'épouſe d'unhomme
de cette qualité ſe mit ſi
avant dans ſa tête , qu'il n'y
eut pas moyen de lui faire
entendre raiſon , qu'elle ne
fût fûre d'être ſa femme.
Cette alliance dans le fond
m'étoit affez indifferente,
quelque honneur qui en
rejaillit ſur ma famille
mais, à vraidire, monbeau
frere pretendu s'en foucioit
encore moins que moy.
Enfin elle eut tant de peur
que ce mariage , quelle fouhaitoit
avec la derniere paffion,
ne ſe fit point, qu'elle
:
GALANT 67
mit tout , larmes , prieres &
promeſſes en uſage , pour
m'obliger à y donner les
mains. Sa douleur & ſes in
quietudes continuelles me
rendirent ſenſible à ſes de
firs ; en un mot , mes ſoins
&mes attentions comblerent
ſes voeux , & ce ma
riage ſe fit comme ſe font
tous les mariages. Je vous
avoue que je m'étois flate
de l'eſpoir de trouver de la
douceur & de l'amitié dans
le coeur d'une foeur qui m'avoit
l'obligation d'avoir fait
pour elle, contre le gré de
Fij
68 MERCURE
bien des gens , & peut- être
même contre le gré de ſon
mari , tout ce qu'elle avoit
voulu. Mais l'entêtement ,
les plaiſirs , l'orgüeil , la va
nité, & le mépris des ſiens
vinrent en foule à l'appui
d'un nouveau nom , & je
me trouvai enfin la dupe
de toutes mes eſperances.
Mon eſprit s'eſt ſenti depuis
juſqu'à preſent du poids de
mes chagrins , & les plaifirs
n'ont ſervi dans la ſuite que
de maſque à ma douleur.
Jugez maintenant , mes
chers amis , de quelle naGALANT.
69
turepeuvent être ceux dont
vous allez entendre le recit.
Nous lui fîmes boire alors
une raſade de vin pour
noyer ſon chagrin , & nous
enbûmes autant pour avaler
le ſouvenir du ton douloureux
fur lequel il avoit
commencé ſon hiſtoire ,
qu'il continua en ces termes.
Un Sergent du regiment
deGâtinois épouſa àPignerolles,
je ne ſçai dans quelle
année de l'autre guerre,une
vivandiere de Briançon. 11
70
MERCURE
eut de ce mariage une fille,
qui eſt à preſent belle comme
le jour. Sa mere l'a fait
élever dans les montagnes
de Cifteron , chez un Curé
dont elle eſt la niece.On ne
parloit , lorſque je paffai
dans ce pays, que de l'eſprit
&delabeauté de cette fille .
Je fus curieux de la voir ; je
la vis , &j'en devins auſſitôt
éperdûment amoureux. Je
fis connoiſſance avec ſon
oncle , & au bout de quelques
jours , je lui avoüai le
deſſein que j'avois d'épouſer
ſa niece. Il cut beau me
GALANT.
71
dire que ce parti ne me
convenoit pas , je lui répondis
que je n'avois point
deparens qui euſſent aucun
droit ſur ma conduite , &
que j'étois maître de mes
actions. Si cela eſt , me ditil
,vous êtes honnête homme
, ayez encore pendant
un an pour ma niece les
ſentimens que vous me
marquez aujourd'hui pour
elle , &je vous aſſure qu'alors
vous ferez mon neveu.
L'année est achevée , j'écris
tous les ordinaires à ce
pauvre Curé , & je ne re-
>
72
MERCURE
çois aucune de ſes nouvel
les. J'ai cependant depuis
deux ou trois jours des préfentimens
qui m'accablent;
je croy avoir vû hier &
avant-hier cette fille à une
jalouſie dans Mantouë ;
toute cette nuit même ſon
image m'a perfecuté en
fonge. Je ne ſçai en un mot
ce qui doit m'arriver : mais
je ſouffre des peines mortelles.
mes yeux ſe ferment...
ma langue s'attacheàmonpalais...
donnezmoy
à boire , mes amis...
adieu , mes chers amis... je
..
yous
GALANT.
73
vous dis un éternel adieu.
Et ſur le champ il mourut.
Il eſt plus aaiifseé d'imaginer
la confternation dont cette
mort imprévûë nous frapa ,
qu'il n'eſt facile de l'expri
mer. Enun moment nôtre
table, nos coffres , & tout
l'appareil de nôtre débauche
furent renverſez . Nous
appellâmes au ſecours de
tous les côtez. Rolland Chirurgien
major du regiment
de Sourches , ſe trouva afſez
à propos pour ouvrir
les veines de ce malheureux
: mais il n'en ſortit pas
Sept. 1714. G
۱
/
74
MERCURE
une goutte de ſang. Enfin
nous jettâmes un manteau
fur ſon vilage , & nous fimes
mettre fon corps ſur
une paillaſſe , en attendant
la ceremonie de ſon enterrement
.
:
Cependant nous fortîmes
dela tente , de Thuy,Sainte
Colombe , Ramboüillet &
moy; nous entrâmes dans
la ville fans ſçavoir où nous
allions,&fans nous parler.
Nous nous diſpersâmes en
un inſtant , & nous fûmes
chacun dans les lieux où
nous crûmes pouvoir arra
GALANT.
75
cher plus aifément de nôtre
idée l'image de cette mort.
C'eſt dans le ſein d'une
maîtreſſe que l'on confie
plus volontiers ſes peines &
ſes plaifirs , & l'amour eſt
ordinairement le depofi
taire des plus intereſſantes
circonſtances de nôtre vie.
Je fus au parloir où j'a
vois coûtume d'aller , Ramboüillet
alla chez Roſe , &
Sainte Colombe chez lui ,
où il entra malheureuſement
enhomme troublé de
vin ,d'amour&de douleur.
Il paſſa juſques dans une .
:
Gij
76 MERCURE
fale , où il trouva ſa mal
treſſe ſeule , occupée à quel
que ouvrage de ſon menage.
Il ſe jetta à ſes genoux ,
il lui conta ce qui venoit
de nous arriver ; & aprés
avoir foulagé ſon coeur du
poids de cette avanture , il
recommença à l'entretenir
de ſon amour : mais la tendreſſe
imprudente de ces
amans s'étoit ſimal precautionnée
contre la fureur
d'un jaloux , que le maride
ſa maîtreſſe vit à travers les
fentes d'une porte qui n'e-
• toit point fermée les ca
GALANT.
77
reſſes que ccee miferable a
mant faifoit à ſon épouſe.
Un baifer pris , ou reçû fur
la jouë , ou ſur la main de
ſa femme , paſſa à ſes yeux
pour une preuve du plus
grand crime ; il ne douta
plus de ſa trahiſon , &plein
de, deſeſpoir & de rage , il
entra ſans bruit dans un
petit cabinet , où il trouva
un fufil chargé de trois
bales , qu'il vint tirer à
bout portant dans les reins
de l'infortuné Sainte Co
lombe.
Ce malheureux ſe ſentant
Giij
8 MERCURE
bleſſé mortellement , eut
encore la force de ſe lever,
de mettre l'épée à la main ,
& de courir aprés fon af
faffin , qui ſe ſauvoit : mais
il ne put faire que cinq ou
fix pas , & il alla tomber fur
le ſeüil de la porte de fon
inconfolable maîtreſſe , qui
fur le champ en criant au
fecours , prit deux couffins
qui ſe trouverent ſous ſes
mains , & les mit ſous les
reins de ſon amant ,dont le
ſang couloit à gros boüil
lons. Elle fit en vain tous ſes
efforts pour l'arrêter ,& fa
GALANT.
79
1
douleur mortelle épuiſant
ſa force &fon courage, elle
s'évanoüit à ſes pieds. Cependant
ſa belle fille , les
voiſins , & toute la ville ,
arriverent autour d'eux , &
s'empreſſerent à les ſecourir
: mais le malheureux
Sainte Colombe n'éroit déja
plus.
Ce fut alors que tout le
monde vit deux des plus
belles perſonnes qui fuſſent
en Italie , & qui juſques là
avoient été inconnuës dans
Mantouë.
- Le bruit de ce malheur ſe
Giiij
80 MERCURE
répandit bientôt ſur la pla
ce, &de la place au camp ,
où étoit le regiment de Fimarcon
, dont les dragons
entrerent armez dans la
ville pour vanger la mort
d'un Officier qui leur étoit
fi cher. Ils coururent de tous
côtez pour s'emparer du
meurtrier qui venoit de lui
ravir le jour ; & aprés avoir
bien cherché , on leur dit
qu'il s'étoit ſauvé dans le
Convent des Capucins. Ils
y entrerent comme des furieux
, ils en arracherent ce
miferable , ils l'emmeneGALANT.
81
rent dans leur camp , où ils
lui firent ſouffrir des ſupplices
cruels.; pendant que
l'Archevêque de ſon côté
ſe donnoit mille foins pour
preſſer M. le Comte de
Vaubecourt , qui comman
doit alors à Mantouë , de
leur envoyer en diligence
un Officier qui eût aſſez
d'autorité pour dérober à
leur fureur cette affreuſe
victime , qu'ils lui rendirent
enfin toute ſanglante.
Nous apprîmes quatre
ou cinq jours après cette
horrible avanture , que ce
!
82 MERCURE
malheureux n'avoit pas
porté loin la punition de
crime. i
Enfin pour rendre un
compte exact de tous les
acteurs de cette hiſtoire ,
Ramboüillet fut malheus
reuſement aſſaſſiné dans les
Sevenes par les Fanatiques,
du temps que M. le Maréchal
de Montrevel y commandoit.
On m'a aſſuré depuis peu
queM. de Thuy étoit mort.
Je ſouhaite que cette nouvelle
foit fauffe ; & je reſte
heureuſement , comme les
GALANT. 83 4
lecteurs peuvent aifément
s'en appercevoir , en aſſez
bonne lanté, pour leur donner
chaque mois un livre
que je vais remplir , à mon
ordinaire , de tout ce que
celui- ci pourra me fournir
de circonstances utiles &
agreables pour les en entretenir.
Fermer
Résumé : HISTOIRE.
Le texte décrit diverses aventures de militaires français en Italie. Sainte Colombe organise une réunion où chaque camarade partage ses expériences galantes. Ramboüillet aide M. de C** à communiquer avec Olympe, tandis qu'un narrateur organise une rencontre secrète avec Rosa, qu'il aime. Ils passent une nuit ensemble et discutent de leur bonheur. Rosa aide ensuite à organiser une rencontre entre le commandant et Olympe, sans succès. Lorsque l'ordre de quitter Guastalle est donné, Rosa suit le narrateur et ils vivent heureux ensemble. Lors d'une autre réunion, De Thuy refuse de partager ses expériences amoureuses. Sainte-Colombe raconte avoir refusé une offre d'argent d'un boulanger à Alexandrie de la Paille. Un homme souhaite quitter la ville pour Mantoue avec sa famille. Le narrateur, invité chez eux, remarque l'absence d'affection entre l'homme et les femmes. La femme cherche à se libérer de son mari, mais le narrateur reste indifférent. Le narrateur aide ensuite une famille menacée par des accusations d'indélicatesse, les escortant jusqu'à Mantoue. Severac, un dragon du roi, raconte son histoire marquée par des erreurs de jeunesse et le mariage malheureux de sa sœur. Il souhaite épouser la fille d'un sergent et d'une vivandière, malgré les objections de son oncle. Le texte mentionne également plusieurs tragédies : la mort d'un jeune homme, celle de Sainte Colombe tué par un mari jaloux, la vengeance des dragons, l'assassinat de Ramboüillet et la mort annoncée de M. de Thuy. Le narrateur espère que cette dernière nouvelle soit fausse et affirme être en bonne santé pour continuer à écrire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3
p. 106-141
Raisonnement merveilleux de l'Auteur, suivi d'une Histoire originale. [titre d'après la table]
Début :
Allons, Madame, encouragez moy à ne pas vous ennuyer. Jusqu'à [...]
Mots clefs :
Monde, Porte, Jour, Mari, Maison, Chambre, Confidence, Plaisirs, Hommes, Femme, Honneur, Fortune, Olympe , Temps, Heureux, Coeur, Amour, Dame, Amants, Yeux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Raisonnement merveilleux de l'Auteur, suivi d'une Histoire originale. [titre d'après la table]
Allons , Madame , encouragez
moy à ne pas vous ennuyer.
Juſqu'à preſent cela no
va pas mal , & il y a apparence
, ſi la matiere continue à
s'embellir d'elle même , que .
nous arriverons à bon port à
la fin du Livre.Jugez fi je m'y
prends comme il faut , & files
efforts que je vais faire pour
GALANT. 107
m'en tirer à mon honneur , ne
font pas fuffifants pour vous
amufer. Je vous ai promis des
hiſtoriettes. Il faut vous tenir
parole. J'ay heureuſement la
tête rempliedes circonstances
de celles que je vous deſtine.
Saufcependant à moy , à ne
pas dévisager les Maſques de
l'un&l'autre ſexe àqui mon indifcretion
pourroit porter des
atteintes affez delicates . Ainfi
pour ne pas compromettre les
gens dont ils'agit , ne trouvez
pas mauvais que je me charge
tout feul du poids de leurs
avantures . Je vous avouë , Ma108
MERCURE
dame,queje n'aurois pas la for
ce de vous refuſer toute la
confidence des affaires que
vous allez lire , ſi j'avois l'hon
neur devous connoître plus
particulierement ;mais du ſexe
charmantdont vous êtes , outre
qu'on babille volontiers ,
on ſeplaît encore ſi ſouvent à
fairedes tracaſſeries au tiers &
au quart , que je croi que le
plus fûr,eſt de ne vous dire,que
cequ'onveut bien que tout le
monde ſcache. Or eft-il que
je ne crains pas la cenſure ,
d'ailleurs je ſuis fait pour elle ,
&on ne verra jamais Mercure
GALANT 109
tant queje le ferai , s'allarmer
de tous les diſcours qu'on peut
tenir de luy: par confequent ,
lifez.
J'avois il ya quelque temps
uneMaiſon ſuperbe à la Ville,
&deux Palais au moins à la
Campagne:la magnificence de
ma table ,& l'excés de mes ri .
cheffes m'avoient acquisune fi
grande foule d'amis , & mis en
fi bonneodeur chezlesDames,
que je paflois pour un vray
modele de generoſité , dedelicateffe
& de galanteric. La
nature de ſon côté avoit été
àmon égard auſſi prodigue
110 MERCURE
les
que la fortune. Jugez ,fi avec
ces avantages,& mon inclination
qui m'a toûjours porté
aux plaiſirs , tous les coeurs ne
s'ouvroient pas àmonpaſſage.
Voilà l'état où étoient mes af
faires lorſque m'arriverent
avantures que je vais vous conter
, elles ne font pas moins
bonnes aujourd'huy , mais
mon temperament a malheureuſement
reçu de l'habitude
demes plaiſirs des leçons de
moderation dont j'enrage.
Dans cet heureux train de
viedontje viens de vous faire
une peinture affez legere , je
GALANT. I
tombaypar hazard aprés bien
des caſcades , entre les mains
d'uneDame qui entretenoit le
plus galammant , &le plus
adroitement du monde , neuf
Amants à la fois , il faut tout
vous dire , j'avois en même
temps neufMaîtreſſes ; mais il
y avoit cette difference entre
nousdeux,que leplus ſouvent,
quoi qu'elles me coutâſſent
bien cher , elles étoient fans
confequence pour moy , au
licu que les neufAmans de la
Dame dont je vous parler, tiroient
chaquejour affez regulicrement
à conſequencepour
112 MERCURE
elle. Lorſque je me mis ſur les
rangs ,j'aurois parić toute ma
fortune que cette obligeante
perſonne m'adoroit , une
delicateſſe infinie & un art ad.
mirable aſſaiſonnoient à mer
veille toutes les careſſes que je
recevois d'elle. Aufli genereuſe
que moy , mon coeur
étoitàſon compre, le ſeul bien
qui flattoit ſapaſſion. Enfin ſes
airs ſimples , tendres & ingenus
m'enyvrerent de l'eſpoir
d'un bonheur fi doux , & faifirent
à un tel point ma credulité
, que je me determinay à
lui facrifier toutes ſes rivales.
Ccs
GALANT.113
Ces ruptures auſquelles elles ne
s'attendoient ni les unes ni les
autres , furent ſuivies de tant
d'éclat & de bruſqueries reciproques
, qu'elles firent pendantun
temps affez confiderable
la raillerie de tout le monde.
Jerenvoïai àla belleAminte
toutes les Lettres qu'elle m'avoit
écrites,&je lui redemandai
les miennes , Climene me jetta
mon portrait au né , la fiere
Olympe m'arracha les cheveux
, & me donna quelques
fouflets, ainſidu reſte. Debarraflé
enfin heureuſement des
mains de toutes ſes aimables
Juin 1715 . K
114 MERCURE
perſonnes, jecourus chez mon
incomparable & nouvelle
Maîtreffe , je luy fis voir àl'inftant
fur mon viſage & dans
mes yeux , où ma paſſion étaloittous
les tranſports de l'a
mour dont je brulois pour elle,
les veſtiges fanglants de mon
triomphe. Tant de ſacrifices ,
&une victoire fi complete arracherent
de ſon coeur l'aveu
le plus tendre qu'une Amante
éperduë puiſſe jamais faire au
plus heureux Amant du monde
, & de ſes beaux yeux des
larmes , dont je penſai expiferde
joye..
GALANC. 115
Jeme trouvay fileger aprés
tous les beaux exploits que je
viens de vous dire , que je luy
jurai mille fois , & avec fincerité
de n'aimer deformais plus
qu'elle. Elle me crût , & me
proteſta avec ferment den'aimer
de ſa vie que moy. Huit
jours ſe pafferent ainſi dans la
meilleure intelligencedumonde
; mais monbonheur ne devoit
pas être éternel comme je
m'en étois flatté : en voici la
preuve.
Un jour eſtant entré dans ſa
chambre vers les dix heures du
matin , par l'entremiſe d'une
Kij
116 MERCURE
A
de ſes femmes je m'approchay
de ſon lit , je m'aſſis dans un
fauteüil à coſté d'elle , & je
repris à mon ordinaire le langage
de nos amours , qu'elle
écoutoit affectueuſement ,
comme les plus belles choſes
du monde , lorſque nous entendîmes
frapper en maiſtre , à
la porte de la chambre où nous
eſtions. Ah ! mon Dieu,Monficur
, me dit elle , c'eſt mon
mary , il ſe doute de noſtre intrigue
, ou pluſtoſt il n'en doute
plus: je ſuis perduë
cachez-vous , ſauvez-vous? où
voulez vous Madame, luydis
GALANT. 317
je auffi effrayé qu'elle , que je
me cache , & par où puis-je
me fauver. Hé ! Monfieur,fautez
par la feneftre. ( Il eſt bon
de vous dire que cette feneftre
par où elleme propoſoit de
faire le faut, eftoit à plus de
vingt pieds de hauteur fur un
Jardin où elle me prioit de me
précipiter , & que d'ailleurs je
ne ſçay point fauter. ) Cependant
le vacarme continuoit à
la porte,& le prétendu mary
que je ne connoiffois que mediocrement
, faisoit un bruit
épouventable. Enfin ma chere
Maiſtreſſe ne pouvant plus
:
118 MERCURE
deffous,
tenir contre ces brutales inftances
, me dit , cachez vous
du moins , Monfieur, fous
le lit , ou bien entre les matelats.
Eh ! Madame , luy repondis
je,il n'y a pas de fûretépour
moy àme fourrer ny
nidans le lit.Eh!du moins, mettez
vous , reprit - elle impatiemment
, dans le grand tiroir de
cette commode, où vous pourrez
entrer , quoy qu'affez mał
àvoſtre aiſe : dans un beſoin
extrême , comme celuy-cy ,
Monfieur , ne faut- il pas faire
de neceffité vertu ? je fus allez
fot pour m'emprifonner avec
GALANT. 119
า
des peines ehragées dans ce
maudit tiroir , où elle m'enfermaà
double tour ,&dont elle
tira , & cacha ſoigneuſement
la clef.
Aprés s'eſtre ainſi précautionnée
contre les recherches
jalouſes de ce curieux impitoyable,
qui de fon côtéjuroit
à la porte comme un Païen ,
elle alla enfin d'un air tout
endormi , & en ſefrottant les
yeux , la lui ouvrir. En verité ,
Monfieur , lui dit- elle , vous
venez de me reveiller en furfaut
d'une étrange façon. J'étois
aumilieu du plus agreable
120 MERCURE
rêve que j'aye fait de ma vie ,
lorſque j'ai entendu le bruit
que vous venez de faire.Vraiement
, Madame , lui dit il ,
vous êtes une fort jolie femme
, vous prétendez donc
m'en faire accroire comme
Daphnis , Oronte , Licydas
Erafte & Damon. Je ne vous
parle pas de vôtre grand Laquais
que vous leur preferez
comme à moi , c'eſt un coquin
que je ferai roüer de coups de
bâton ; mais Plutus & Mercure
que depuis quelques jours
vous honorez de vôtre tendreſſe
avec tant d'éclat , ne me
marcheront
:
GALANT. 121
marcheront pas fur le ventre
impunement. L'un d'eux eſt
ici , & malheur à qui me tom
bera ſous la main. Je vous
trouve bien hardi , lui dit elle,
de venir m'inſulter avec tant
d'audace dans ma maiſon.
Taiſez vous , perfide , repritil
,& n'eſperez pas que je vous
pardonne vos infidelitez que
vous ne m'ayez rendu au
moins les vingt mille écus que
vous m'avez couté. Je ne ſerai
pas voſtre dupe , comme
les fots que vous tenez dans
vos filets , & je vous perfecuteray
, juſqu'à ce que la reſti-
Juin 1715 . L
122 MERCURE
tution que vous me devez ,
m'ait mis à but avec vous.
Vous êtes un infolent , lui répondit-
elle , un lâche , & le
plus méchant & le plus ſcele
rat de tous les hommes ; en
même tems elle gemit , pleura
, s'évanoüit , & jen'enten.
dis plus rien , parce que je m'é
vanouis auſſi.
Environ deux heures aprés
mon évanoüiffement ma
charmante Maiſtreſſe ouvrit
le tiroir où je m'étois imprudemment
laiſſé empriſonner.
Et me trouvant preſque ſans
poux ,& fans chaleur , elle s'i-
1
GALANT. 123
magina que je n'avois rien entendu
de la converſation precedente
,& s'empreſſa à me
faire revenir. J'ouvris enfin les
yeux , & je lui dis avec une
langueur extrême , qui partoit
plûtôt de l'accident qui venoit
de m'arriver , que de l'amour
quime reſtoit pour elle , que
je me mourrois , & que je la
priois d'envoïer chercher mon
carroſſe qui m'attendoit àcent
pas de famaifon , pour me remener
chez moi , ce qu'elle
cûtde la peine à m'accorder;
cependant elle me dit en m'embraflant
tendrement , qu'il fal
Lij
124 MERCURE
loit queje me fuſſeévanoüi en
entrant dans la commode, tant
elle m'en avoit retiré froid &
ſaiſi , elle ajoûta que ſon mary
l'avoit le plus mal à propos
du monde entretenu de tout
Jedétail aſſommant d'un procés
qui estoit de grande im
portance pour eux , mais qu'-
elle ſe trouvoit encore bien
heureuſe de ce qu'il l'avoit enfin
laiſſée fitoft enrepos ,& elle
me predit que mon accident
n'auroit point de ſuites fâcheuſes.
En effet , en ſortant de ſa
maiſon,je me trouvay ſi bien
remis de lalethargic où m'avoit
GALANT. 125
jetté le tiroir ,que je me fismener
fur le champ chez le curieux
dont le vacarme venoit
dem'empriſonner. Je me fouvins
, chemin faiſant , de l'obligeante
propofition que
mon incomparable Amante
m'avoit faite de me jetter par
la feneftre , au hazard de me
briſer les os , & j'arrivai chez
lui , aprés avoir fait voeu de ne
plusretourner chez elle.cel n
Nos premieres civilitez furent
courtes ; mais la confidence
ſe mêlant de noſtre conver
fation,il ſe radoucit àmon
égard ; &je l'amenay au point
Liij
426 MERCURE
deluy faire entendre avec de
grands éclats de rise , toutcee
qui venoitdem'arriver. Ecoutez
, me dit-il à fon tour, la
fin del'entretien que je viens
d'avoir avec cette prodigicuſe
femme, maisil eſtà propos de
vous dire auparavant quel
qu'une des raiſons qui ont
donné lieu à ce quevous venez
d'entendreav Sup xu ษ หา ได้
no Il n'eſt pas neceffaire que
je vous étale icy les charmes
de ſa perſonne , ni ceux de
fon eſprit , vous en connoiffez
los graces & le pouvoir aufli
bienquemoy;mais il eſtbon A
A
GALANT 127
quevous ſçachiez qu'il y a fix
mois que je vis bien avec olles
que pondants ces fix mois ,
mon amour a tous les jours
pris de nouvelles forces , &
qu'il ya enfin fix mois que je
m'apperçois qu'elle metrom
pe tous lesjours. Pouvez-vous
aprés meetavbu renoncer à
aimer une femme fi aimable.
Tous ceux que vous
entendu nommer fontilen
mavez
effot , depuis & avant moy ,
fes amants commemoy. Elle
ſçait enun mot fi bien mena
ger ſes heures & fes rendezvous
,quecen'eſtprefque que
Lij
128 MERCURE
par conjecture qu'on leméfie
d'elle. Je n'aurois pas même
acquisla grande connoiffance
quej'ay de ſes allures ,fi une
femmede ſa confidence& de
ſes plaiſirs , n'avoit pas mal.
heureuſement pour elle , pris,
àcequ'elle m'a dit, de l'amour
pourmoy. Voilà,Monfieur,
comme j'ay cû ſon ſecret ,&
c'eſt par ſon canal que j'ay
fçû aujourd'huy que vous étiez
chez elle ; & qui plus eft , que
vous yétiez parfaitement biena
Jay répondu affez indifferam.
ment à cet avis ,mais un mds
ment aprés l'avoir receu , j'ay
GALANT 425
-
monté en carrofle , & je ſuis
venu troubler , je ne ſçai oncore
,fi jedois dire, à propos
ounon, les plaiſirs qu'on vous
deſtinoit. Je me dedis de
bon coeur,luy dis -je , de tout
le mal que jevous enayvoulu ;
mais degrace ,achevez laſuité
decetteconverſationquemon
évanoüſſement m'a dérobée.
Je me fuis mis , reprit il , pen
dant que la belle pleuroit à
chaudes larmes , à faire une
exacte viſite dans ſon apparte
ment ; je vous ay chorché
derriere lesrideaux, fous letie,
dans fon cabinet ,& par tous
430 MERCURE
fans rien trouver , bien affcuré
cependant que vous n'étice
pas loin , & ne comprenant
pasoùvous pouviez eftre.J'ay
paffé dansune autre Chambre
où elle m'a ſuivi ,& oùellem'a
fait les plus touchants & les
plus tendres reproches du
monde. J'allois enfin me jetter
à ſes pieds , & lay demander
mille pardons des injures que
je luy avois dites , &de l'indi
gnité de mes ſoupçons , lors
que la preſenec de ſon mary
qui nous a parfaitementdeconcerté
tous deux , a rompu
noſtre entretien ; elle avoit le
GALANT. 131
viſage baigné de pleurs,j'avois
les yeux moillez , & nous
eſtions tellement embarraſſez
de noftre contenance , dont
la vûë d'un époux importun
augmentoit infiniment le dé.
fordre , que je pris le parti de
les laiffer enſemble s'éclaircir
des cauſesde noſtre embarras.
Elle a de l'eſprit , il n'eſt pas
délicat,& c'eſt à quelques intri
gues comme les noftres , qu'ils
doivent l'éclat de leur maiſon.
Jugez ſi la paix a eſté bien- tôc
faite entr'eux , ou pour mieux
dire , foyez ſeur qu'ils n'ont
paseſtéun moment broüillez
pour fi peu de chofe.
132 MERCURE
Je vous avoue pour moy
que rien ne me tient plus au
cooeur à ſon égard, que l'hor
rible dépenſe qu'elle m'a fait
faire ; tous les hommes ont
leur foible. Je ne me repens
jamais de la perte de ce que
je n'ai pas lieu de regret
ter ; mais dans cette occa
ſion je ſuis trop la dupe de
mes ſoins & de mon argent ,
pour n'en pas regretter la perte.
Ma foy , luy dis- je , ilme
paroît que tout ce que vous
pourriez faire pour le rattra
-per, feroit affez inutile , au
reſte prenez là-deſſus le parti
qu'il vous plaira , pour moy je
GALAND. 133
1
m'entiens où j'en ſuis avec ellc
, & je vous jure que de ce
pas , je vais chercher fortune
ailleurs plongén ala
21 Nous nous quittâmes fort
contents l'un de l'autre , & je
fus fur lechamp chez tout ce
que je pus trouver de mes amis
pour leur conter mon avanture
de la Commode , ſans leur
nommercependant la perſonnequi
m'avoit ſi bien accommodé.
Je me ſouvins dans la chaleur
des mouvements que je
me donnai pour regaler le
monde de ce trait admirable ,
# 34 MERCURE
quedes neufperſonnes quej'a
vois l'honneur d'aimer , avant
lagloricuſe preference que j'avois
donnée à ma derniere
Maîtreſſe, la jeune Lifetre étoit
celle qui me feroit le meilleur
accücil. Jemerendis chez elle
en fortantde la Comedie , j'en
fus reçû avec mille marques
d'une veritable tendreſſe , elle
me jura qu'elle avoit vû ma
defertion avec une douleur
mortelle , &qu'elle avoir enfin
une joye inexprimable de me
revoir. Plus ſenſible mille fois
que jene peut vous ledire à ſes
diſcours flatteurs , je me racGALANT.
د و
commodarſi bien avec elle,que
les circonstances de nôtre
broüilleric ajoûterent un ragoût
infini à nôtre raccommo.
dement. J'y retournai le len
demain , le jour ſuivant , & le
troifiéme jour encore ; mais
par malheur elle avoit un mari
jaloux dans les formes. Il ne
ſe plût point à me voir fi fouvent
dans ſa maiſon , il pria fa
chere moitié de m'écarter ſans
bruit , & luy fit entendre que
fifa priere n'avoit pas licu , il
prendroitdesmeſures qui mettroient
à ſa mode , fon honneur
en repos. La belle comp-
:
136 MERCURE
ta ces petites menaces pour
rien , & ne m'en fir pas ſeulement
la moindre confidence.
Cette referve penſa lay couter
bien cher ; mais en verité
il n'y a rien dont une femme
d'eſprit ne vienne parfaitementàbout.
Un certain jour dont j'ai
oublié la date , il y avoit environ
une heure que nous étions
enſemble , lorſqu'une fille de
Chambre vint nous avertir
que Monfieur alloit nous furprendre.
Suivez moi un peu de
loin me dit à l'inſtant ſon
épouſe , juſqu'à la porte de
mon
GALANT. 137
mon appartement & ne vous
mettez en peine de rien. Elle
prit auffitoft deux flambeaux
qui estoient ſur la cheminée
elle courut ſur l'eſcalier où elle
rencontra fon mary , à qui
elle dit d'un air effrayé ! ah
Monfieur , montez avec moy
là haut ,je viens de voir tour à
l'heure un grand Irlandois qui
ma demandé l'aumoſne d'unc
maniere qui m'épouvante encore
, je meurs de peur que ce
ne ſoit un voleur , & qu'il ne
foit caché dans la maiſon . Son
mary la ſuivit & monta avec
ellechercher le pretenduvo-
Juin 1715. M
# 38 MERCURE
leur , pendant que fa fille de
chambre me mit à la porte de
la rue , où je fus fort aiſe de
me voir arrivé à bon port.
Je ne me plais pas dans les
allarmes , j'aime les plaifirs
tranquilles ,&le tumulte des
paffions qui fait le bonheur
des autres eſt juſtement ce qui
m'en dégoute. Ainſi j'aban..
donnay encore unefoisLifetre,
& je retournay enfin à cette
redoutable Olympe qui m'as
voit fi maltraité le jour de
noſtre rupture. Elle eſtoir ſa
maiſtreffe , celle de fon mari ,
& fut encore la mienne , con
GALANT 139
tre mon intention. Voici de
quellemaniere je rentray dans
fes fers,not ມາ ໑໗ o 1 S
Y
Luy faiſant un jour une 11
fimple viſite de civilité , elle
mit la converſation ſur le cha
pitre de nos amours ,& aprés
avoir paffé en revenue les qualitez&
les noms de ceux & cel
les que nous avions aimé de
part& d'autre , elle me dit :
Ecoutezmoy,mon cher,nous
ne ferons jamais heureux en
amour tant que nous ferons
auffi inconftans que nous l'a
vons eſté; faiſons une fin, vous
aimez dans un fens , voſtre li
Mij
140 MERCURE
berté , tous les hommes l'aiment
comme vous ; mais libertin
pour hbertin , vous
eſtes celui de tous les hommes
que j'aime le mieux. Regardez
moy , & avoücz ( tous les
traits de vos Mantreffes comparez
aux miens ) que , Co
quette pour Coquette , je ſuis
de toutes les femmes, celle que
vous devez le mieux aimer.
supJe vous jure , Madame ,
que je ne pus pas m'empêcher
d'en convenir,&que la bonne
foi d'Olympe fit un effet fi
puiffant fur moi , que je l'aime
à la rage. Voila où nous en
GALANT 041
fommes. Si de recit ne vous a
pas ennuyé , j'en fuis bienaiſe.
moy à ne pas vous ennuyer.
Juſqu'à preſent cela no
va pas mal , & il y a apparence
, ſi la matiere continue à
s'embellir d'elle même , que .
nous arriverons à bon port à
la fin du Livre.Jugez fi je m'y
prends comme il faut , & files
efforts que je vais faire pour
GALANT. 107
m'en tirer à mon honneur , ne
font pas fuffifants pour vous
amufer. Je vous ai promis des
hiſtoriettes. Il faut vous tenir
parole. J'ay heureuſement la
tête rempliedes circonstances
de celles que je vous deſtine.
Saufcependant à moy , à ne
pas dévisager les Maſques de
l'un&l'autre ſexe àqui mon indifcretion
pourroit porter des
atteintes affez delicates . Ainfi
pour ne pas compromettre les
gens dont ils'agit , ne trouvez
pas mauvais que je me charge
tout feul du poids de leurs
avantures . Je vous avouë , Ma108
MERCURE
dame,queje n'aurois pas la for
ce de vous refuſer toute la
confidence des affaires que
vous allez lire , ſi j'avois l'hon
neur devous connoître plus
particulierement ;mais du ſexe
charmantdont vous êtes , outre
qu'on babille volontiers ,
on ſeplaît encore ſi ſouvent à
fairedes tracaſſeries au tiers &
au quart , que je croi que le
plus fûr,eſt de ne vous dire,que
cequ'onveut bien que tout le
monde ſcache. Or eft-il que
je ne crains pas la cenſure ,
d'ailleurs je ſuis fait pour elle ,
&on ne verra jamais Mercure
GALANT 109
tant queje le ferai , s'allarmer
de tous les diſcours qu'on peut
tenir de luy: par confequent ,
lifez.
J'avois il ya quelque temps
uneMaiſon ſuperbe à la Ville,
&deux Palais au moins à la
Campagne:la magnificence de
ma table ,& l'excés de mes ri .
cheffes m'avoient acquisune fi
grande foule d'amis , & mis en
fi bonneodeur chezlesDames,
que je paflois pour un vray
modele de generoſité , dedelicateffe
& de galanteric. La
nature de ſon côté avoit été
àmon égard auſſi prodigue
110 MERCURE
les
que la fortune. Jugez ,fi avec
ces avantages,& mon inclination
qui m'a toûjours porté
aux plaiſirs , tous les coeurs ne
s'ouvroient pas àmonpaſſage.
Voilà l'état où étoient mes af
faires lorſque m'arriverent
avantures que je vais vous conter
, elles ne font pas moins
bonnes aujourd'huy , mais
mon temperament a malheureuſement
reçu de l'habitude
demes plaiſirs des leçons de
moderation dont j'enrage.
Dans cet heureux train de
viedontje viens de vous faire
une peinture affez legere , je
GALANT. I
tombaypar hazard aprés bien
des caſcades , entre les mains
d'uneDame qui entretenoit le
plus galammant , &le plus
adroitement du monde , neuf
Amants à la fois , il faut tout
vous dire , j'avois en même
temps neufMaîtreſſes ; mais il
y avoit cette difference entre
nousdeux,que leplus ſouvent,
quoi qu'elles me coutâſſent
bien cher , elles étoient fans
confequence pour moy , au
licu que les neufAmans de la
Dame dont je vous parler, tiroient
chaquejour affez regulicrement
à conſequencepour
112 MERCURE
elle. Lorſque je me mis ſur les
rangs ,j'aurois parić toute ma
fortune que cette obligeante
perſonne m'adoroit , une
delicateſſe infinie & un art ad.
mirable aſſaiſonnoient à mer
veille toutes les careſſes que je
recevois d'elle. Aufli genereuſe
que moy , mon coeur
étoitàſon compre, le ſeul bien
qui flattoit ſapaſſion. Enfin ſes
airs ſimples , tendres & ingenus
m'enyvrerent de l'eſpoir
d'un bonheur fi doux , & faifirent
à un tel point ma credulité
, que je me determinay à
lui facrifier toutes ſes rivales.
Ccs
GALANT.113
Ces ruptures auſquelles elles ne
s'attendoient ni les unes ni les
autres , furent ſuivies de tant
d'éclat & de bruſqueries reciproques
, qu'elles firent pendantun
temps affez confiderable
la raillerie de tout le monde.
Jerenvoïai àla belleAminte
toutes les Lettres qu'elle m'avoit
écrites,&je lui redemandai
les miennes , Climene me jetta
mon portrait au né , la fiere
Olympe m'arracha les cheveux
, & me donna quelques
fouflets, ainſidu reſte. Debarraflé
enfin heureuſement des
mains de toutes ſes aimables
Juin 1715 . K
114 MERCURE
perſonnes, jecourus chez mon
incomparable & nouvelle
Maîtreffe , je luy fis voir àl'inftant
fur mon viſage & dans
mes yeux , où ma paſſion étaloittous
les tranſports de l'a
mour dont je brulois pour elle,
les veſtiges fanglants de mon
triomphe. Tant de ſacrifices ,
&une victoire fi complete arracherent
de ſon coeur l'aveu
le plus tendre qu'une Amante
éperduë puiſſe jamais faire au
plus heureux Amant du monde
, & de ſes beaux yeux des
larmes , dont je penſai expiferde
joye..
GALANC. 115
Jeme trouvay fileger aprés
tous les beaux exploits que je
viens de vous dire , que je luy
jurai mille fois , & avec fincerité
de n'aimer deformais plus
qu'elle. Elle me crût , & me
proteſta avec ferment den'aimer
de ſa vie que moy. Huit
jours ſe pafferent ainſi dans la
meilleure intelligencedumonde
; mais monbonheur ne devoit
pas être éternel comme je
m'en étois flatté : en voici la
preuve.
Un jour eſtant entré dans ſa
chambre vers les dix heures du
matin , par l'entremiſe d'une
Kij
116 MERCURE
A
de ſes femmes je m'approchay
de ſon lit , je m'aſſis dans un
fauteüil à coſté d'elle , & je
repris à mon ordinaire le langage
de nos amours , qu'elle
écoutoit affectueuſement ,
comme les plus belles choſes
du monde , lorſque nous entendîmes
frapper en maiſtre , à
la porte de la chambre où nous
eſtions. Ah ! mon Dieu,Monficur
, me dit elle , c'eſt mon
mary , il ſe doute de noſtre intrigue
, ou pluſtoſt il n'en doute
plus: je ſuis perduë
cachez-vous , ſauvez-vous? où
voulez vous Madame, luydis
GALANT. 317
je auffi effrayé qu'elle , que je
me cache , & par où puis-je
me fauver. Hé ! Monfieur,fautez
par la feneftre. ( Il eſt bon
de vous dire que cette feneftre
par où elleme propoſoit de
faire le faut, eftoit à plus de
vingt pieds de hauteur fur un
Jardin où elle me prioit de me
précipiter , & que d'ailleurs je
ne ſçay point fauter. ) Cependant
le vacarme continuoit à
la porte,& le prétendu mary
que je ne connoiffois que mediocrement
, faisoit un bruit
épouventable. Enfin ma chere
Maiſtreſſe ne pouvant plus
:
118 MERCURE
deffous,
tenir contre ces brutales inftances
, me dit , cachez vous
du moins , Monfieur, fous
le lit , ou bien entre les matelats.
Eh ! Madame , luy repondis
je,il n'y a pas de fûretépour
moy àme fourrer ny
nidans le lit.Eh!du moins, mettez
vous , reprit - elle impatiemment
, dans le grand tiroir de
cette commode, où vous pourrez
entrer , quoy qu'affez mał
àvoſtre aiſe : dans un beſoin
extrême , comme celuy-cy ,
Monfieur , ne faut- il pas faire
de neceffité vertu ? je fus allez
fot pour m'emprifonner avec
GALANT. 119
า
des peines ehragées dans ce
maudit tiroir , où elle m'enfermaà
double tour ,&dont elle
tira , & cacha ſoigneuſement
la clef.
Aprés s'eſtre ainſi précautionnée
contre les recherches
jalouſes de ce curieux impitoyable,
qui de fon côtéjuroit
à la porte comme un Païen ,
elle alla enfin d'un air tout
endormi , & en ſefrottant les
yeux , la lui ouvrir. En verité ,
Monfieur , lui dit- elle , vous
venez de me reveiller en furfaut
d'une étrange façon. J'étois
aumilieu du plus agreable
120 MERCURE
rêve que j'aye fait de ma vie ,
lorſque j'ai entendu le bruit
que vous venez de faire.Vraiement
, Madame , lui dit il ,
vous êtes une fort jolie femme
, vous prétendez donc
m'en faire accroire comme
Daphnis , Oronte , Licydas
Erafte & Damon. Je ne vous
parle pas de vôtre grand Laquais
que vous leur preferez
comme à moi , c'eſt un coquin
que je ferai roüer de coups de
bâton ; mais Plutus & Mercure
que depuis quelques jours
vous honorez de vôtre tendreſſe
avec tant d'éclat , ne me
marcheront
:
GALANT. 121
marcheront pas fur le ventre
impunement. L'un d'eux eſt
ici , & malheur à qui me tom
bera ſous la main. Je vous
trouve bien hardi , lui dit elle,
de venir m'inſulter avec tant
d'audace dans ma maiſon.
Taiſez vous , perfide , repritil
,& n'eſperez pas que je vous
pardonne vos infidelitez que
vous ne m'ayez rendu au
moins les vingt mille écus que
vous m'avez couté. Je ne ſerai
pas voſtre dupe , comme
les fots que vous tenez dans
vos filets , & je vous perfecuteray
, juſqu'à ce que la reſti-
Juin 1715 . L
122 MERCURE
tution que vous me devez ,
m'ait mis à but avec vous.
Vous êtes un infolent , lui répondit-
elle , un lâche , & le
plus méchant & le plus ſcele
rat de tous les hommes ; en
même tems elle gemit , pleura
, s'évanoüit , & jen'enten.
dis plus rien , parce que je m'é
vanouis auſſi.
Environ deux heures aprés
mon évanoüiffement ma
charmante Maiſtreſſe ouvrit
le tiroir où je m'étois imprudemment
laiſſé empriſonner.
Et me trouvant preſque ſans
poux ,& fans chaleur , elle s'i-
1
GALANT. 123
magina que je n'avois rien entendu
de la converſation precedente
,& s'empreſſa à me
faire revenir. J'ouvris enfin les
yeux , & je lui dis avec une
langueur extrême , qui partoit
plûtôt de l'accident qui venoit
de m'arriver , que de l'amour
quime reſtoit pour elle , que
je me mourrois , & que je la
priois d'envoïer chercher mon
carroſſe qui m'attendoit àcent
pas de famaifon , pour me remener
chez moi , ce qu'elle
cûtde la peine à m'accorder;
cependant elle me dit en m'embraflant
tendrement , qu'il fal
Lij
124 MERCURE
loit queje me fuſſeévanoüi en
entrant dans la commode, tant
elle m'en avoit retiré froid &
ſaiſi , elle ajoûta que ſon mary
l'avoit le plus mal à propos
du monde entretenu de tout
Jedétail aſſommant d'un procés
qui estoit de grande im
portance pour eux , mais qu'-
elle ſe trouvoit encore bien
heureuſe de ce qu'il l'avoit enfin
laiſſée fitoft enrepos ,& elle
me predit que mon accident
n'auroit point de ſuites fâcheuſes.
En effet , en ſortant de ſa
maiſon,je me trouvay ſi bien
remis de lalethargic où m'avoit
GALANT. 125
jetté le tiroir ,que je me fismener
fur le champ chez le curieux
dont le vacarme venoit
dem'empriſonner. Je me fouvins
, chemin faiſant , de l'obligeante
propofition que
mon incomparable Amante
m'avoit faite de me jetter par
la feneftre , au hazard de me
briſer les os , & j'arrivai chez
lui , aprés avoir fait voeu de ne
plusretourner chez elle.cel n
Nos premieres civilitez furent
courtes ; mais la confidence
ſe mêlant de noſtre conver
fation,il ſe radoucit àmon
égard ; &je l'amenay au point
Liij
426 MERCURE
deluy faire entendre avec de
grands éclats de rise , toutcee
qui venoitdem'arriver. Ecoutez
, me dit-il à fon tour, la
fin del'entretien que je viens
d'avoir avec cette prodigicuſe
femme, maisil eſtà propos de
vous dire auparavant quel
qu'une des raiſons qui ont
donné lieu à ce quevous venez
d'entendreav Sup xu ษ หา ได้
no Il n'eſt pas neceffaire que
je vous étale icy les charmes
de ſa perſonne , ni ceux de
fon eſprit , vous en connoiffez
los graces & le pouvoir aufli
bienquemoy;mais il eſtbon A
A
GALANT 127
quevous ſçachiez qu'il y a fix
mois que je vis bien avec olles
que pondants ces fix mois ,
mon amour a tous les jours
pris de nouvelles forces , &
qu'il ya enfin fix mois que je
m'apperçois qu'elle metrom
pe tous lesjours. Pouvez-vous
aprés meetavbu renoncer à
aimer une femme fi aimable.
Tous ceux que vous
entendu nommer fontilen
mavez
effot , depuis & avant moy ,
fes amants commemoy. Elle
ſçait enun mot fi bien mena
ger ſes heures & fes rendezvous
,quecen'eſtprefque que
Lij
128 MERCURE
par conjecture qu'on leméfie
d'elle. Je n'aurois pas même
acquisla grande connoiffance
quej'ay de ſes allures ,fi une
femmede ſa confidence& de
ſes plaiſirs , n'avoit pas mal.
heureuſement pour elle , pris,
àcequ'elle m'a dit, de l'amour
pourmoy. Voilà,Monfieur,
comme j'ay cû ſon ſecret ,&
c'eſt par ſon canal que j'ay
fçû aujourd'huy que vous étiez
chez elle ; & qui plus eft , que
vous yétiez parfaitement biena
Jay répondu affez indifferam.
ment à cet avis ,mais un mds
ment aprés l'avoir receu , j'ay
GALANT 425
-
monté en carrofle , & je ſuis
venu troubler , je ne ſçai oncore
,fi jedois dire, à propos
ounon, les plaiſirs qu'on vous
deſtinoit. Je me dedis de
bon coeur,luy dis -je , de tout
le mal que jevous enayvoulu ;
mais degrace ,achevez laſuité
decetteconverſationquemon
évanoüſſement m'a dérobée.
Je me fuis mis , reprit il , pen
dant que la belle pleuroit à
chaudes larmes , à faire une
exacte viſite dans ſon apparte
ment ; je vous ay chorché
derriere lesrideaux, fous letie,
dans fon cabinet ,& par tous
430 MERCURE
fans rien trouver , bien affcuré
cependant que vous n'étice
pas loin , & ne comprenant
pasoùvous pouviez eftre.J'ay
paffé dansune autre Chambre
où elle m'a ſuivi ,& oùellem'a
fait les plus touchants & les
plus tendres reproches du
monde. J'allois enfin me jetter
à ſes pieds , & lay demander
mille pardons des injures que
je luy avois dites , &de l'indi
gnité de mes ſoupçons , lors
que la preſenec de ſon mary
qui nous a parfaitementdeconcerté
tous deux , a rompu
noſtre entretien ; elle avoit le
GALANT. 131
viſage baigné de pleurs,j'avois
les yeux moillez , & nous
eſtions tellement embarraſſez
de noftre contenance , dont
la vûë d'un époux importun
augmentoit infiniment le dé.
fordre , que je pris le parti de
les laiffer enſemble s'éclaircir
des cauſesde noſtre embarras.
Elle a de l'eſprit , il n'eſt pas
délicat,& c'eſt à quelques intri
gues comme les noftres , qu'ils
doivent l'éclat de leur maiſon.
Jugez ſi la paix a eſté bien- tôc
faite entr'eux , ou pour mieux
dire , foyez ſeur qu'ils n'ont
paseſtéun moment broüillez
pour fi peu de chofe.
132 MERCURE
Je vous avoue pour moy
que rien ne me tient plus au
cooeur à ſon égard, que l'hor
rible dépenſe qu'elle m'a fait
faire ; tous les hommes ont
leur foible. Je ne me repens
jamais de la perte de ce que
je n'ai pas lieu de regret
ter ; mais dans cette occa
ſion je ſuis trop la dupe de
mes ſoins & de mon argent ,
pour n'en pas regretter la perte.
Ma foy , luy dis- je , ilme
paroît que tout ce que vous
pourriez faire pour le rattra
-per, feroit affez inutile , au
reſte prenez là-deſſus le parti
qu'il vous plaira , pour moy je
GALAND. 133
1
m'entiens où j'en ſuis avec ellc
, & je vous jure que de ce
pas , je vais chercher fortune
ailleurs plongén ala
21 Nous nous quittâmes fort
contents l'un de l'autre , & je
fus fur lechamp chez tout ce
que je pus trouver de mes amis
pour leur conter mon avanture
de la Commode , ſans leur
nommercependant la perſonnequi
m'avoit ſi bien accommodé.
Je me ſouvins dans la chaleur
des mouvements que je
me donnai pour regaler le
monde de ce trait admirable ,
# 34 MERCURE
quedes neufperſonnes quej'a
vois l'honneur d'aimer , avant
lagloricuſe preference que j'avois
donnée à ma derniere
Maîtreſſe, la jeune Lifetre étoit
celle qui me feroit le meilleur
accücil. Jemerendis chez elle
en fortantde la Comedie , j'en
fus reçû avec mille marques
d'une veritable tendreſſe , elle
me jura qu'elle avoit vû ma
defertion avec une douleur
mortelle , &qu'elle avoir enfin
une joye inexprimable de me
revoir. Plus ſenſible mille fois
que jene peut vous ledire à ſes
diſcours flatteurs , je me racGALANT.
د و
commodarſi bien avec elle,que
les circonstances de nôtre
broüilleric ajoûterent un ragoût
infini à nôtre raccommo.
dement. J'y retournai le len
demain , le jour ſuivant , & le
troifiéme jour encore ; mais
par malheur elle avoit un mari
jaloux dans les formes. Il ne
ſe plût point à me voir fi fouvent
dans ſa maiſon , il pria fa
chere moitié de m'écarter ſans
bruit , & luy fit entendre que
fifa priere n'avoit pas licu , il
prendroitdesmeſures qui mettroient
à ſa mode , fon honneur
en repos. La belle comp-
:
136 MERCURE
ta ces petites menaces pour
rien , & ne m'en fir pas ſeulement
la moindre confidence.
Cette referve penſa lay couter
bien cher ; mais en verité
il n'y a rien dont une femme
d'eſprit ne vienne parfaitementàbout.
Un certain jour dont j'ai
oublié la date , il y avoit environ
une heure que nous étions
enſemble , lorſqu'une fille de
Chambre vint nous avertir
que Monfieur alloit nous furprendre.
Suivez moi un peu de
loin me dit à l'inſtant ſon
épouſe , juſqu'à la porte de
mon
GALANT. 137
mon appartement & ne vous
mettez en peine de rien. Elle
prit auffitoft deux flambeaux
qui estoient ſur la cheminée
elle courut ſur l'eſcalier où elle
rencontra fon mary , à qui
elle dit d'un air effrayé ! ah
Monfieur , montez avec moy
là haut ,je viens de voir tour à
l'heure un grand Irlandois qui
ma demandé l'aumoſne d'unc
maniere qui m'épouvante encore
, je meurs de peur que ce
ne ſoit un voleur , & qu'il ne
foit caché dans la maiſon . Son
mary la ſuivit & monta avec
ellechercher le pretenduvo-
Juin 1715. M
# 38 MERCURE
leur , pendant que fa fille de
chambre me mit à la porte de
la rue , où je fus fort aiſe de
me voir arrivé à bon port.
Je ne me plais pas dans les
allarmes , j'aime les plaifirs
tranquilles ,&le tumulte des
paffions qui fait le bonheur
des autres eſt juſtement ce qui
m'en dégoute. Ainſi j'aban..
donnay encore unefoisLifetre,
& je retournay enfin à cette
redoutable Olympe qui m'as
voit fi maltraité le jour de
noſtre rupture. Elle eſtoir ſa
maiſtreffe , celle de fon mari ,
& fut encore la mienne , con
GALANT 139
tre mon intention. Voici de
quellemaniere je rentray dans
fes fers,not ມາ ໑໗ o 1 S
Y
Luy faiſant un jour une 11
fimple viſite de civilité , elle
mit la converſation ſur le cha
pitre de nos amours ,& aprés
avoir paffé en revenue les qualitez&
les noms de ceux & cel
les que nous avions aimé de
part& d'autre , elle me dit :
Ecoutezmoy,mon cher,nous
ne ferons jamais heureux en
amour tant que nous ferons
auffi inconftans que nous l'a
vons eſté; faiſons une fin, vous
aimez dans un fens , voſtre li
Mij
140 MERCURE
berté , tous les hommes l'aiment
comme vous ; mais libertin
pour hbertin , vous
eſtes celui de tous les hommes
que j'aime le mieux. Regardez
moy , & avoücz ( tous les
traits de vos Mantreffes comparez
aux miens ) que , Co
quette pour Coquette , je ſuis
de toutes les femmes, celle que
vous devez le mieux aimer.
supJe vous jure , Madame ,
que je ne pus pas m'empêcher
d'en convenir,&que la bonne
foi d'Olympe fit un effet fi
puiffant fur moi , que je l'aime
à la rage. Voila où nous en
GALANT 041
fommes. Si de recit ne vous a
pas ennuyé , j'en fuis bienaiſe.
Fermer
4
p. 1071-1073
VULCAIN VANGÉ. CANTATE.
Début :
Au Dieu qui forge le Tonnere [...]
Mots clefs :
Cantate, Hymen, Olympe , Amour, Coeurs, Imprudence , Vulcain, Paix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VULCAIN VANGÉ. CANTATE.
VULCAIN VANGE.
Αν
CANTATE.
U Dieu qui forge le Tonnere
L'Hymen avoit uni la Déesse Cypris ,
Et Vulcain de l'Olympe éxilé sur la Terre
Esperoit dans ses bras oublier ses soucis ;
Mais l'Amour indigné que l'hymen témeraire
Sans consulter son choix eût formé ces liens ,
S'abandonne aux transports d'une juste colere ,
t frappe de ces cris les bois Idaliens . E
Si désormais , usurpant ma puissance
Le seul hymen enchaîne tous les coeurs ;
Où sont mes droits ? qui de mes traits vain
queurs
Voudra sentir la douce violence
Ainsi qu'aux Dieux , inutile aux Mortels
Je chérirois une lâche indolence !
Non; par
Rétablissons
l'honneur
de nos Autels...
Si désormais
, usurpant
ma puissance.
Le seulhymen enchaîne
tous les Cours ;,
l'éclat d'une illustre vangeance
D V Oth
1072 MERCURE DE FRANCE
Où sont mes droits ? qui de mes traits vainqueurs
Voudra sentir la douce violence ?
Il exale en ces mots la douleur qui le presse ,
Et de son Isle abandonnant les bords.
Il vole vers les lieux où l'aimable Déesse
De son nouvel époux secondoit les transports.
Mais pour le frere de Bellone
Bientôt la fille de Dione
Brûle par les soins de l'Amour ,
Et Mars qui ne se plaît qu'au milieu des allarmes,
Oubliant sa fureur dans ses yeux pleins de char- mes
>
L'assure d'un tendre retour..
'Alors l'Amour vangé comtemplant son ouvrage
Au Dieu de l'hymenée adresse ce langage.
Que cet exemple t'apprenne
Qu'aux coeurs rangés sous tes Loix
Hymen , ta faveur est vaine
Si je n'approuve leur choix.
De ta coupable imprudence
Vois les funestes effets ;
Vois échouer ta puissance
Contre
MAY. 1731 1073 .
Contre l'effort de mes traits.
Que cet exemple t'apprenne
Qu'aux coeurs rangés sous tes Loix,
Hymen , ta faveur est vaine
Si je n'approuve leur choix.
Tandis que l'Enfant de Cythere
De l'hymen impuissant irritoit les douleurs ,
Vulcain entre sans bruit dans le bois solitaire ,
Où Venus au Dieu Mars prodiguoit ses faveurs
Que ne peut inspirer la noire jalousie !
Pour vanger cet affront employant l'industrie
Vulcain dans ses filets tendus de toutes parts
Enveloppe à la fois l'Amour , Venus , et Mars.
Que la paix de retour
Régne enfin sur la terre.
Pour enchaîner l'Amour
Vulcain cesse en ce jour
L'Ouvrage du Tonnerre ,
Et le Dieu de la Guerre
Est Captif à son tour,
Que la paix de retour
Régne enfin sur la Terre
Αν
CANTATE.
U Dieu qui forge le Tonnere
L'Hymen avoit uni la Déesse Cypris ,
Et Vulcain de l'Olympe éxilé sur la Terre
Esperoit dans ses bras oublier ses soucis ;
Mais l'Amour indigné que l'hymen témeraire
Sans consulter son choix eût formé ces liens ,
S'abandonne aux transports d'une juste colere ,
t frappe de ces cris les bois Idaliens . E
Si désormais , usurpant ma puissance
Le seul hymen enchaîne tous les coeurs ;
Où sont mes droits ? qui de mes traits vain
queurs
Voudra sentir la douce violence
Ainsi qu'aux Dieux , inutile aux Mortels
Je chérirois une lâche indolence !
Non; par
Rétablissons
l'honneur
de nos Autels...
Si désormais
, usurpant
ma puissance.
Le seulhymen enchaîne
tous les Cours ;,
l'éclat d'une illustre vangeance
D V Oth
1072 MERCURE DE FRANCE
Où sont mes droits ? qui de mes traits vainqueurs
Voudra sentir la douce violence ?
Il exale en ces mots la douleur qui le presse ,
Et de son Isle abandonnant les bords.
Il vole vers les lieux où l'aimable Déesse
De son nouvel époux secondoit les transports.
Mais pour le frere de Bellone
Bientôt la fille de Dione
Brûle par les soins de l'Amour ,
Et Mars qui ne se plaît qu'au milieu des allarmes,
Oubliant sa fureur dans ses yeux pleins de char- mes
>
L'assure d'un tendre retour..
'Alors l'Amour vangé comtemplant son ouvrage
Au Dieu de l'hymenée adresse ce langage.
Que cet exemple t'apprenne
Qu'aux coeurs rangés sous tes Loix
Hymen , ta faveur est vaine
Si je n'approuve leur choix.
De ta coupable imprudence
Vois les funestes effets ;
Vois échouer ta puissance
Contre
MAY. 1731 1073 .
Contre l'effort de mes traits.
Que cet exemple t'apprenne
Qu'aux coeurs rangés sous tes Loix,
Hymen , ta faveur est vaine
Si je n'approuve leur choix.
Tandis que l'Enfant de Cythere
De l'hymen impuissant irritoit les douleurs ,
Vulcain entre sans bruit dans le bois solitaire ,
Où Venus au Dieu Mars prodiguoit ses faveurs
Que ne peut inspirer la noire jalousie !
Pour vanger cet affront employant l'industrie
Vulcain dans ses filets tendus de toutes parts
Enveloppe à la fois l'Amour , Venus , et Mars.
Que la paix de retour
Régne enfin sur la terre.
Pour enchaîner l'Amour
Vulcain cesse en ce jour
L'Ouvrage du Tonnerre ,
Et le Dieu de la Guerre
Est Captif à son tour,
Que la paix de retour
Régne enfin sur la Terre
Fermer
Résumé : VULCAIN VANGÉ. CANTATE.
Le texte raconte une histoire mythologique impliquant Vulcain, l'Amour et l'Hymen. Vulcain, exilé sur Terre après son union avec la déesse Cypris (Vénus), est tourmenté par l'Amour, qui s'indigne de ce mariage non consenti. L'Amour décide de rétablir l'honneur de ses autels en se rendant auprès de Vénus et de Mars, devenus amants. Mars, dieu de la guerre, oublie sa fureur en contemplant Vénus. L'Amour, vengé, informe l'Hymen que sa faveur est vaine sans son approbation. Parallèlement, Vulcain, jaloux, tend un piège à Vénus et Mars dans un bois solitaire et les capture avec l'Amour dans ses filets. Pour se venger, Vulcain utilise son habileté. Finalement, Vulcain cesse de forger le tonnerre, et Mars est captif. La paix revient sur Terre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer