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p. 128-135
« TRADUCTION du Poëme de la Religion de M. Racine. On [...] »
Début :
TRADUCTION du Poëme de la Religion de M. Racine. On [...]
Mots clefs :
Vers, Traduction, Poème, Chant, Traducteur, Notes, Louis Racine, Religion, Étienne Bréard, Menuisier, Vers latins
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texteReconnaissance textuelle : « TRADUCTION du Poëme de la Religion de M. Racine. On [...] »
TRADUCTION du Poëme de la Religion
de M. Racine .
On nous a communiqué une traduction
manufcrite en vers Latins des fix Chants
du Poëme de la Religion de M. Racine ,
& cette traduction a excité notre curiofité,
parce qu'elle eft faite par un Menuifier de
la Ville du Mans , qui fe nomme Etienne
Bréard. Il paroît fort éloigné de l'ambition
de faire connoître au Public . fon nom &
fon ouvrage , & même il ignore qu'on
nous en ait fait part. Edifiés de fa moDECEMBRE.
1748. 129
deftie & de la maniere dont il fe délaffe de
fes trayaux ordinaires , nous rapporterons
quelques endroits de fa traduction .
M. Racine a dit , Chant I.
Des chagrins dévorans , attachés fur Tibere ,
La Cour de ſes flateurs veut envain le diftraire ;
Maître du monde entier , qui peut l'inquietter
Quel Juge fur la terre a -t'il à redouter ?
Cependant il fe plaint , il gémit , & fes vices
Sont fes accufateurs , fes juges , fes fupplices.
Toujours yvre de fang , & toujours altéré ,
Il cede au defeſpoir dont il eft dévoré ,
Et lui -même il envoye au Sénat , qui l'outrage ,
De fon coeur déchiré la déplorable image ;
I périt chaque jour , confumé de regrêts ,
Tyran plus malheureux que les triftes ſujets .
Le Menuifier du Mans a rendu ainfi
ces vers.
Horrida Tiberium cruciant tormenta doloris
Quærit adulator fruftra diffolvere caufas.
Anxius unde timor ? Terræ moderator habenas
Solus in orbe regit , folus fine judice judex :
Ingemit attonitus , lachrymas effundit , & ipfum
Arguit impietas , dijudicat , increpat , urget.
Ebrius , & fitiens humano fanguine , tandem
Territus , & fremitu percuffus criminis ipfe ,
·
F v
130 MERCURE DE FRANCE.
Patribus infultans , accenfus & ora furore ,
Sordida dinumerat lacerati vulnera cordis.
Quolibet inftanti contritus membra dolore ;
Deteriore perit miferorum forte Tyrannus..
M. Racine , Chant V. ( nous choififfons:
à deffein un endroit qui a dû coûter du
travail au Traducteur ) parle ainfi de la
digeftion & de la fiévre.
'Au fortir d'un repas , dans notre ſein paifible-
Quel ordre renouvelle un combat inviſible ,
Et quel heureux vainqueur a pû fi promptement:
Chercher , faifir , dompter , broyer cet aliment ,
Qui bien-tôt , liqueur douce, ira de veine en veine,
Se confondre en fon cours dans le fang qui l'entraîne
?
Dans un autre combat , non moins cher à nos
voeux ,
Comment peut une écorce, efpoir d'un malheureur,
Attaquer , conquérir , enchaîner l'ennemie ,
Qui tantôt en fureur , & tantôt endormie ,
A fait tréve avec nous le jour de fon fommeil ,
Mais au jour de colere, exacte à fon réveil ,
Bientôt rallume un feu qui dans nos yeux pétille,
Tous nos efprits fubtils , vagabonde famille ,
S'égarent dans leur courfe : en défordre comme
eux.
DECEMBRE.
1748. 13
*
L'ame même s'oublie , & dans ce trouble affreux,
La mort prête à frapper , déja leve fa foudre ;
Que d'allarmes , quels maux appaile un peu de
poudre !
Ces vers font ainfi rendus par notre Traducteur.
Expletis de more epulis , in ventre quieto ,
Quis jubet occultas renovans fignacula pugnas ;
Aut quibus armorum bellator viribus audax ,
Corripuit , fubitoque terens alimenta , redegit
Lactea , quæ , fuaves fluido de fonte liquores ,
Inflatura ruunt rapido cum fanguine venas !
Altera pugna datur noftris cariffima votis.
Dic , quibus auxiliis miferi fpes ultima , cortex
Pulvureus domitor frænatam diruit hoftem ,
Quæ dum vixit ovans , vigili mox læfa furore ,
Interdumque brevi filuit placata ſopore.
Dura fed evigilans , fomni ceffantibus horis ,
Duplicat accenfos oculis crepitantibus ignes.
Spirituum turbata fugit concordia curfu ;
Nulla datur tremulis requies , mens fracta dolore
Immemor ipfa , dolet moribunda in fede fepulta.
Qui motus , qui terrores , quantique dolores ,
Pulveris exigui fubitò virtute quiefcunt !
Cette traduction nous donne occafion
de parler d'une autre traduction en vers
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
Allemands du même Poëme , imprimée
l'année derniere à Francfort , avec la
traduction du Poëme de la Grace du même
Auteur . Ces deux Ouvrages réunis
font un volume in- 12 , dans lequel les
vers François font imprimés à côté des vers
Allemands , & qu'on a orné d'un frontif
pice à chaque Poëme , & d'une vignette à
chaque Chant.
Le Traducteur du Poëme de la Religion
a ajouté plufieurs notes , dans lefquelles
on trouve des réflexions curicuſes ;
nous nous contenterons de donner ici la
traduction de quelques endroits de fa
Préface fur ce Poëme.
>>
On voit peu d'ouvrages qui raffem-
» blent dans un fi petit volume un auffi
» grand nombre de vérités folides & tou-
» chantes , qu'on en trouve dans ce Traité
» de la Religion. La lecture en feroit éga-
»lement agréable & fatisfaifante , quand
» il feroit dépourvû des ornemens de la
» Poefic. Mais les expreffions de M. Racine
font tellement conformes à l'im-
»portance de fon fujet , que la vivacité
» des images touche autant , que la force
>> des raifonnemens perfuade. On trouve
» le vrai beau dans fa diction , & dans fes
»argumens la précifion & la clarté. Ce
n'eft pas que fon ouvrage foit fans dé-
»
DECEMBRE . 1748. 139
» fauts ; l'efprit poëtique eft un volatil
qui s'exhale & s'évapore aifément , &
» comme dit M. Halles , le bon fens fe nove
quelquefois dans les ornemens de la Poëfie :
mais le lecteur ébloui de l'éclat de tant
» de beautés , dont eft rempli le Poëme de
» M. Racine , peut à peine en appercevoir
» les petites imperfections.
"
>>
moi
» J'ai toujours aimé la Poëfie. Quelques
Cantiques furent les fruits de ma jeuneffe ,
» mais lorsque j'entendis d'autres que
chanter fur un ton plus fublime , ne fongeant
plus qu'à les écouter , je pris le
parti du filence. A la lecture de la belle
Poëfie de M. Racine , j'ai été faifi d'une
» eſpèce d'entoufiaſme , qui m'a entraîné
à rimer d'après lui . Je ne me fuis pas
toujours attaché fervilement à mon tex-
- te . Certains endroits m'ont tellement
» échauffé l'imagination , que je n'ai pâ
» me retenir d'y ajouter quelque chofe du
» mien... Je conviens que tout ce qu'il y
» a de beau dans ma traduction appartient
à M. Racine , & fi j'y ai inferé quelques
penfées , bonnes à ce que j'efpére , je les
» dois à fes propres réflexions.
:
»
» J'ai ajouté des notes , dans lesquelles
on verra que je ne pense pas toujours
» comme lui. C'eft une imperfection attachée
à l'humanité , de ne pas tous voir
134 MERCURE DE FRANCE .
»de même les mêmes vérités ; le préjugé ,
» la Patrie , l'éducation , & l'Eglife dans
laquelle on a reçu fes premieres inftruc-
» tions , en font la caufe.
33
29
» J'ai retranché quelques vers de mon
original , & en voici la raifon . J'écris
pour mes compatriotes , prefque tous
»Proteftans , & l'attachement que , M. Ra
>> cine fait paroître pour fon Eglife , pourroit
en quelques endroits faire auprès
>> d'eux beaucoup de tort à fon excellente
» Poëfic. Il pouvoit fe difpenfer de parler
» de la difference des Sectes , puifque
" l'Eglife Chrétienne eft par tout , où le
» Chrift eft regardé comme le vrai & uni-
» que Grand Prêtre , & c .
Le même Poëme de M. Racine a été
traduit en vers Italiens par M. l'Abbé Venuti
, Correfpondant Honoraire de l'Académie
Royale des Belles Lettres , Membre
de celle de Bordeaux , & de plufieurs
Académies d'Italie. Aux notes de M. Racine,
qu'il a toutes traduites , il en a ajouté
plufieurs , dans lesquelles on reconnoît fon
érudition. Cet ouvrage , imprimé à Avignon
cette année , & dédié à Monfeigneur
le Dauphin , fut préfenté , il y a quelque
tems , au Pape qui le reçut très- favorablément.
On admire l'exactitude avec laquelle
L.V.a rendu les vers de fon original ,
DECEMBRE. 174S. r35
& l'harmonie des fiens ; elle eft fenfible à
tous ceux qui connoiffent l'harmonie de
ces vers , appellés par les Italiens verfi
fciolti. M. Antonini , qui eftime beauconp
cette traduction , en confeille la lectureà
ceux qui veulent apprendre la Langue
Italienne.
M. l'Abbé Venuti dit à la fin de fa Préface
qu'il eût mieux fait , s'il eût travaillé
cet ouvrage dans fa Patrie , fur les bords:
de ce fleuve fi favorifé des Mufes ; mais
que pouvois-je faire , ajoute-t'il , exilé „
comme je lefuis depuis huit ans , & affis fur.
les rives de la Garonne ? Il s'applique ces.
vers du Dante ,
Se mai continga che il Poëma facro ;
Al quale fià pofto mano e Cielo e Terra ,
Sieche m'ha fatto per più anni macro ,
Vinca la crudelta che fuor mi ferra
Del bel ovile , ove i dormi agnello
Nemico ai lupi che gli danno guerra ,
Con altra voce omai , con altro vello
Ritornerò Poëta , &c.
Il eft trifte pour les Mufes , & pour
les Lettres , que M. l'Abbé Venuti n'ait
pas un fort auffi heureux qu'il le mé
xite..
de M. Racine .
On nous a communiqué une traduction
manufcrite en vers Latins des fix Chants
du Poëme de la Religion de M. Racine ,
& cette traduction a excité notre curiofité,
parce qu'elle eft faite par un Menuifier de
la Ville du Mans , qui fe nomme Etienne
Bréard. Il paroît fort éloigné de l'ambition
de faire connoître au Public . fon nom &
fon ouvrage , & même il ignore qu'on
nous en ait fait part. Edifiés de fa moDECEMBRE.
1748. 129
deftie & de la maniere dont il fe délaffe de
fes trayaux ordinaires , nous rapporterons
quelques endroits de fa traduction .
M. Racine a dit , Chant I.
Des chagrins dévorans , attachés fur Tibere ,
La Cour de ſes flateurs veut envain le diftraire ;
Maître du monde entier , qui peut l'inquietter
Quel Juge fur la terre a -t'il à redouter ?
Cependant il fe plaint , il gémit , & fes vices
Sont fes accufateurs , fes juges , fes fupplices.
Toujours yvre de fang , & toujours altéré ,
Il cede au defeſpoir dont il eft dévoré ,
Et lui -même il envoye au Sénat , qui l'outrage ,
De fon coeur déchiré la déplorable image ;
I périt chaque jour , confumé de regrêts ,
Tyran plus malheureux que les triftes ſujets .
Le Menuifier du Mans a rendu ainfi
ces vers.
Horrida Tiberium cruciant tormenta doloris
Quærit adulator fruftra diffolvere caufas.
Anxius unde timor ? Terræ moderator habenas
Solus in orbe regit , folus fine judice judex :
Ingemit attonitus , lachrymas effundit , & ipfum
Arguit impietas , dijudicat , increpat , urget.
Ebrius , & fitiens humano fanguine , tandem
Territus , & fremitu percuffus criminis ipfe ,
·
F v
130 MERCURE DE FRANCE.
Patribus infultans , accenfus & ora furore ,
Sordida dinumerat lacerati vulnera cordis.
Quolibet inftanti contritus membra dolore ;
Deteriore perit miferorum forte Tyrannus..
M. Racine , Chant V. ( nous choififfons:
à deffein un endroit qui a dû coûter du
travail au Traducteur ) parle ainfi de la
digeftion & de la fiévre.
'Au fortir d'un repas , dans notre ſein paifible-
Quel ordre renouvelle un combat inviſible ,
Et quel heureux vainqueur a pû fi promptement:
Chercher , faifir , dompter , broyer cet aliment ,
Qui bien-tôt , liqueur douce, ira de veine en veine,
Se confondre en fon cours dans le fang qui l'entraîne
?
Dans un autre combat , non moins cher à nos
voeux ,
Comment peut une écorce, efpoir d'un malheureur,
Attaquer , conquérir , enchaîner l'ennemie ,
Qui tantôt en fureur , & tantôt endormie ,
A fait tréve avec nous le jour de fon fommeil ,
Mais au jour de colere, exacte à fon réveil ,
Bientôt rallume un feu qui dans nos yeux pétille,
Tous nos efprits fubtils , vagabonde famille ,
S'égarent dans leur courfe : en défordre comme
eux.
DECEMBRE.
1748. 13
*
L'ame même s'oublie , & dans ce trouble affreux,
La mort prête à frapper , déja leve fa foudre ;
Que d'allarmes , quels maux appaile un peu de
poudre !
Ces vers font ainfi rendus par notre Traducteur.
Expletis de more epulis , in ventre quieto ,
Quis jubet occultas renovans fignacula pugnas ;
Aut quibus armorum bellator viribus audax ,
Corripuit , fubitoque terens alimenta , redegit
Lactea , quæ , fuaves fluido de fonte liquores ,
Inflatura ruunt rapido cum fanguine venas !
Altera pugna datur noftris cariffima votis.
Dic , quibus auxiliis miferi fpes ultima , cortex
Pulvureus domitor frænatam diruit hoftem ,
Quæ dum vixit ovans , vigili mox læfa furore ,
Interdumque brevi filuit placata ſopore.
Dura fed evigilans , fomni ceffantibus horis ,
Duplicat accenfos oculis crepitantibus ignes.
Spirituum turbata fugit concordia curfu ;
Nulla datur tremulis requies , mens fracta dolore
Immemor ipfa , dolet moribunda in fede fepulta.
Qui motus , qui terrores , quantique dolores ,
Pulveris exigui fubitò virtute quiefcunt !
Cette traduction nous donne occafion
de parler d'une autre traduction en vers
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
Allemands du même Poëme , imprimée
l'année derniere à Francfort , avec la
traduction du Poëme de la Grace du même
Auteur . Ces deux Ouvrages réunis
font un volume in- 12 , dans lequel les
vers François font imprimés à côté des vers
Allemands , & qu'on a orné d'un frontif
pice à chaque Poëme , & d'une vignette à
chaque Chant.
Le Traducteur du Poëme de la Religion
a ajouté plufieurs notes , dans lefquelles
on trouve des réflexions curicuſes ;
nous nous contenterons de donner ici la
traduction de quelques endroits de fa
Préface fur ce Poëme.
>>
On voit peu d'ouvrages qui raffem-
» blent dans un fi petit volume un auffi
» grand nombre de vérités folides & tou-
» chantes , qu'on en trouve dans ce Traité
» de la Religion. La lecture en feroit éga-
»lement agréable & fatisfaifante , quand
» il feroit dépourvû des ornemens de la
» Poefic. Mais les expreffions de M. Racine
font tellement conformes à l'im-
»portance de fon fujet , que la vivacité
» des images touche autant , que la force
>> des raifonnemens perfuade. On trouve
» le vrai beau dans fa diction , & dans fes
»argumens la précifion & la clarté. Ce
n'eft pas que fon ouvrage foit fans dé-
»
DECEMBRE . 1748. 139
» fauts ; l'efprit poëtique eft un volatil
qui s'exhale & s'évapore aifément , &
» comme dit M. Halles , le bon fens fe nove
quelquefois dans les ornemens de la Poëfie :
mais le lecteur ébloui de l'éclat de tant
» de beautés , dont eft rempli le Poëme de
» M. Racine , peut à peine en appercevoir
» les petites imperfections.
"
>>
moi
» J'ai toujours aimé la Poëfie. Quelques
Cantiques furent les fruits de ma jeuneffe ,
» mais lorsque j'entendis d'autres que
chanter fur un ton plus fublime , ne fongeant
plus qu'à les écouter , je pris le
parti du filence. A la lecture de la belle
Poëfie de M. Racine , j'ai été faifi d'une
» eſpèce d'entoufiaſme , qui m'a entraîné
à rimer d'après lui . Je ne me fuis pas
toujours attaché fervilement à mon tex-
- te . Certains endroits m'ont tellement
» échauffé l'imagination , que je n'ai pâ
» me retenir d'y ajouter quelque chofe du
» mien... Je conviens que tout ce qu'il y
» a de beau dans ma traduction appartient
à M. Racine , & fi j'y ai inferé quelques
penfées , bonnes à ce que j'efpére , je les
» dois à fes propres réflexions.
:
»
» J'ai ajouté des notes , dans lesquelles
on verra que je ne pense pas toujours
» comme lui. C'eft une imperfection attachée
à l'humanité , de ne pas tous voir
134 MERCURE DE FRANCE .
»de même les mêmes vérités ; le préjugé ,
» la Patrie , l'éducation , & l'Eglife dans
laquelle on a reçu fes premieres inftruc-
» tions , en font la caufe.
33
29
» J'ai retranché quelques vers de mon
original , & en voici la raifon . J'écris
pour mes compatriotes , prefque tous
»Proteftans , & l'attachement que , M. Ra
>> cine fait paroître pour fon Eglife , pourroit
en quelques endroits faire auprès
>> d'eux beaucoup de tort à fon excellente
» Poëfic. Il pouvoit fe difpenfer de parler
» de la difference des Sectes , puifque
" l'Eglife Chrétienne eft par tout , où le
» Chrift eft regardé comme le vrai & uni-
» que Grand Prêtre , & c .
Le même Poëme de M. Racine a été
traduit en vers Italiens par M. l'Abbé Venuti
, Correfpondant Honoraire de l'Académie
Royale des Belles Lettres , Membre
de celle de Bordeaux , & de plufieurs
Académies d'Italie. Aux notes de M. Racine,
qu'il a toutes traduites , il en a ajouté
plufieurs , dans lesquelles on reconnoît fon
érudition. Cet ouvrage , imprimé à Avignon
cette année , & dédié à Monfeigneur
le Dauphin , fut préfenté , il y a quelque
tems , au Pape qui le reçut très- favorablément.
On admire l'exactitude avec laquelle
L.V.a rendu les vers de fon original ,
DECEMBRE. 174S. r35
& l'harmonie des fiens ; elle eft fenfible à
tous ceux qui connoiffent l'harmonie de
ces vers , appellés par les Italiens verfi
fciolti. M. Antonini , qui eftime beauconp
cette traduction , en confeille la lectureà
ceux qui veulent apprendre la Langue
Italienne.
M. l'Abbé Venuti dit à la fin de fa Préface
qu'il eût mieux fait , s'il eût travaillé
cet ouvrage dans fa Patrie , fur les bords:
de ce fleuve fi favorifé des Mufes ; mais
que pouvois-je faire , ajoute-t'il , exilé „
comme je lefuis depuis huit ans , & affis fur.
les rives de la Garonne ? Il s'applique ces.
vers du Dante ,
Se mai continga che il Poëma facro ;
Al quale fià pofto mano e Cielo e Terra ,
Sieche m'ha fatto per più anni macro ,
Vinca la crudelta che fuor mi ferra
Del bel ovile , ove i dormi agnello
Nemico ai lupi che gli danno guerra ,
Con altra voce omai , con altro vello
Ritornerò Poëta , &c.
Il eft trifte pour les Mufes , & pour
les Lettres , que M. l'Abbé Venuti n'ait
pas un fort auffi heureux qu'il le mé
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