MERCURE
NOUVEAU.
Quecela 't'si beau,Messieurs
> iqire cela est admirable
! Cependant si J'cxecution
d'une si grande
entreprise vous étonne,
croyez moy , détrompezvous
sur l'idée que vous avez
de cet ouvrage. Ce
qui vous paroll: maintenant
un prodige est moins que
rien. Je luis dans le cas &
Mercure, qui est le Dieu
des fourbes & des voleurs,
est tous les deux lui-même.
Il s'enrichit tous les jours
de vos dépouilles, par tout
il vous éclaire, il enregistre
vos actions
>
& il vous
endort quelquefoissous
l'appas des louanges : mais
le plussouvent il mesure le
traitement qu'il vous fait,
à l'accueil que vous lui faites.
Méfiez-vous-en, vous
dis-je, un volume pour lui
est une bagatelle,vos plus
grands soins le divertissent,
& ce qui vous occupe le
plus serieusement ramufe.
Ne traitez point cet aveu
de paradoxe, ne l'interpretez
pas non plus à la lettre.
Je m'explique. Mais
pardonnez-moy ce terme,
qui sans doute vous offense;
vous n'avez pas besoin de
mes explications, & je suppose
que vous m'entendez
toujours.
Je vous disois donc, ou
voulois vous dire
y
Mcffleurs,
que mon Livre,
qui fous vôtre bon plaisir
fera meilleur quand il vous
plaira m'obligera ytravail- er davantage, non seulement
ne me coûte rien, ou
du moins pas grande chose
à faire, quoique, par parenthese,
je le trouve fort
cher d'ailleurs: mais encore
qu'il semble que la fortune
aitchoisi exprès le plus
court mois de l'année pour
m'engager à vous en pre-
:
senter deux au lieu d'un
,
& à vous donner, par ce
traie de ses bontez pour
moy ,une preuve incontestable
de mon art, ou de
mon insuffisance. -,
jSi c'est«un tour malin de
sa façon, je sens pourtant
en depit d'elle,quelle en
aura le démenti, & je vous
jure que, malgré mes negligences
ordinaires, je ne
vous ai encore donné rien
qui approche du merite
des deux volumes de ce
mois. Ce que vous y lirez
de mon invention mecontente,&
je me suis-surpassé
dans les recherches &dans
les larcins que j'ai faits.
Celui-ci porte son titre,
quoique ce foit en dire
en un mot tout le bien
& le mal qui lui conviennent
: aujourd'hui cela ne
suffit pas, & il est bon de
vous apprendre quece discours
doit servir çJc preface
à l'autre, comme leprelude
de l'autre est la véritable
preface de celui-ci. Cette
ruse est un coup de maître,
pour vous engagerà
les lire, ou plûtôt à lesacheter
tous deux. Le Journal
historique du voyage de
l'AmbassadeurdePerse
vous prouvera si j'exagere,
ousi jements.
J'ajoûte à ce début -une
petite reflexion qui se prcfente
à mon imagination.
Ne vous étonnez pas de
voir tout l'ordre de mes
autres Mercures renversé
ce mois-ci. Vous sçavez,
& j'ai eu assez souvent l'honneur
de vous le dire, que
je faisois voeu de ne m'attacher
à aucune regle,&
quemonesprit, esclavede
ses caprices, avoit, & auroit
constammentpour maxime,
celle de ne suivreaucune
methode. En voici
la preuve.
Je triomphe de mes Fi-:
vaux,
Ma tendresse a touché la
beauté qui m'enchante:
Si je ressens encor des maux,
Ce sont ceux que causel'attente.
Vous qui m'arrachez des
soûpirs,
Devoirs,précautions, aus- terebienseance,
Malgré vous, malgré vous
je goûtedesplaisirs:
Il en est dans l'impatience.
Quand viendrez-vous, momens
heureux,
Où sans autres témoins que
le Dieu de Cythere,
Je dois voir l'objet de mes
voeux
Affranchi des soins du mys-
- terei
Tendres regards, tendres
empressemens,
Suivis d'un éloquent silence
Je joüirai de vous dans ces
heureux momens,
J'en joüis même quand j'y
- pense.