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51
p. 176-202
EXPOSITION au Salon du Louvre des Peintures, Sculptures & Gravures de MM. de l'Académie Royale.
Début :
Les tableaux d'histoire ont fixé les premiers regards des Amateurs instruits. [...]
Mots clefs :
Artiste, Tableaux, Nature, Salon du Louvre, Salon, Coloris, Portrait, Spectateur, Figures, Histoire, Relief, Détails, Marbre, Roi, Dessin, Proportion, Formes, Composition, Mérite, Lumière
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texteReconnaissance textuelle : EXPOSITION au Salon du Louvre des Peintures, Sculptures & Gravures de MM. de l'Académie Royale.
EXPOSITION au Salon du Louvre des
Peintures , Sculptures & Gravures de
ES
MM. del'AcadémieRoyale.
Les tableaux d'hiſtoire ont fixé les
premiers regards des Amateurs inſtruits.
Siles compoſitionsdeces tableaux n'ont
pastoujours répondu àce que leſujet
annoncé ſembloit leur promettre , ils
n'enont pas moins admiré les beautés
qui s'y trouvoientrépandues. Leur indul
genceeſtfondéeſurlaconnoiſſance qu'ils
ontdeladifficulté dugenrede l'hiſtoire,
lepremier ſansdoutedetous lesgenres,
puiſque le Peintred'hiſtoire eſt le Pein
tredel'ame, &que lesautresnepeignent
ordinairementquepourles yeux. N'est-il
pas juſte d'ailleurs de tenir compte au
Peintre hiſtorien du courage qui lui eſt
néceſſairepour cultiver un champ ſtérile,
grâce au goût frivole &meſquinde la
plupartdenos richesAmateurs pour les
bambochades & lespetits tableaux froi
dementterminésdesPeintres Flamands?
OCTOBRE. 1775. 177
UnArtiſte François, qui, par l'élévation
de ſes penſées, eſt entraîné vers l'hif
toire, ſe voit aujourd'hui réduit à quel
ques ouvrages pour lesEgliſes, les Go
belins , ou àquelques tableauxdecheva
let,quel'ona mêmeencorede lapeine
d'admettre dans les ameublemens , de
peur d'interrompre l'infipide uniformité
d'une tapiſſerie de foie.
Ungrandtableau, peintparM. Vien
&deſtiné à êtreplacédans la Chapelle
dunouveau Trianon , s'eſt d'abord fait
remarquer par lanouveautédu ſujet. On
yvoitSaintThibault, de laMaiſonde
Montmorency , qui offre auRoi St Louis
&àlaReine Margueritede Provence ,
une corbeillede fleurs&de fruits, dans
laquelle s'élèvent onze tigesde lis. Le
Roi n'avoit point encore eu d'enfant:
St Thibaultlui annonce parcetemblême
qu'il en aura onze, & par la tige qui
s'élève le plus haut, luidéſigne Robe ,
Chefde la Maiſonde Bourbon. La for
me ingrate de ce tableau, qui a huit
pieds fix pouces dehautfur cinq pieds
neufpouces de large, paroît avoir gêné
l'Artiſtedans l'ordonnancede ſa compo
fition. Mais où trouver un deſſin plus
précis, une exécutionplus nette & plus
facile?
Hy
178 MERCUREDE FRANCE.
1
Le tableaudu même Artiſte, dont le
fujet eſt tiré de l'Iliade , a réuni plus
généraleinent les fuffrages par l'heureuſe
diſpoſition du ſujet, l'intelligence du
clair-obfcur & la vigueur du coloris.
Vénus , bleſſée par Diomède à la guerre
de Troye , eſt ſecourue parIris, & Mars
l'aide à monterdans ſon char: c'eſt du
moins ce dernier moment que l'Artiſte
avoulu rendre , mais qui n'eſt peut-être
pas aſſez indiqué par l'attitude de la
Déeffe; cette attitude eſt tranquille &
n'annonce point l'action quidoit ſuivre.
Un tableau deM. Hallé,le ſeul que
cetArtiſte ait expoſé au Salon, nous re
préſente Jéſus Chriſt qui fait approcher
delui les petits enfans pour lesbénir. Il
y adans l'expreſſion de Jésus-Chriſt un
caractère de bonté; mais l'on pourroit
exiger que ce caractèreeût plus de no.
bleſſe. Cette figure principale eſt d'ail
learsd'une proportion un peu courte.En
général, ces fortesdeſujetsfont toujours
ingrats à traiter, parce que ce n'eſt que
d'après les formes d'un beau idéal que
l'Artiſtepeut tracercelles que l'imagina
tion exaltéedu ſpectateur exigedans la
figure de l'homme-Dieu.
M. Durameau s'est fait honneur en
:
OCTOBRE. 1775. 179
traitantun ſujetde l'hiſtoiredeBéliſaire.
CeGénéral,après avoir commandé avec
gloire les armées de Juſtinien , tomba
dans la diſgrâce de ce Prince, qui lui fic
crever les yeux. On le voit icideretour
dans le ſeinde ſa famille. Eudoxe ſa
fille embraſſe ſes genoux; & Antonine
ſa femme, qui étoit malade, faiſantun
effort pour ſe lever , tombe évanouie
entrelesbrasd'unedeſes femmes &du
jeuneTibère.Cette ſcène eſt pathétique;
elle ne faitcependantqu'une impreſſion
pallagère ſur le Spectateur, parce que
l'Artiſte s'eſt moins occupé de la partie
du ſentiment &de l'expreffion que des
formes cadencées &pittoreſques de ſa
compoſition.
Onavu auSalon, dumêmeAtriſte,
ſon morceau de réception, tableau de
dix-huitpieds de large fur neufpieds fix
pouces de haut , qui repréſente l'été.
Cérès & ſes Compagnes implorent le
Soleil , & attendent, pour moiffonner ,
qu'il aitatteint le ſigne de la Vierge. La
Canicule ou chienne céleste vomit des
flammes & des vapeurs peſtilentielles.
Les Zéphirs, par leurs ſouffles, dimi
nuent fon ardeur & purifient les airs,
L'idée de laCanicule jetant du feu &
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
rafraîchie parles Zéphirs, eſt une fiction
qui peut réuſſir en poësie , & qui n'eſt
pas auffi heureuſe en peinture; mais il
règne dans cette compofitionune belle
harmonie de couleur. Le toneſt lumi
4
neux & doré. L'Artiſte a voulu fans
doute exprimer par ce coloris ardent
l'aridité& laféchereſſe de laſaiſon. Le
charduSoleil eſt attelé de quatre che
vauxblancs. Une draperie légère voltige
autour duDieu de la lumière, ce qui
étend lamaſſede cette figure, qui fans
cela auroit paru trop maigre. Cérès &
fes Compagnes ,placées ſur ledevantde
lacompoſition,n'ontpointcette élégance
deformeque l'on a droit d'exiger dans
des Déeſſes. Le deſſin en eſt même un
peulourd: maisellesfontdiſpoſées favo
rablement pour l'effetdutout enſemble.
Cettegrandecompoſition eſtdeſtinée à
orner laGalerie d'Apollon.
L'Hiver, tableaude lamêmegrandeur
&lemorceauderéceptiondeM.Lagre
née lejeune, doitpareillement décorer
la Galerie d'Apollon. Les figures de ce
dernier tableau font d'une proportion
beaucoup plus forte,ce quidoit nécef
fairement nuire àl'enſemble deladéco
xation dela Galerie. Eole,dans ceta
OCTOBRE. 1775. 181
bleau,eſt repréſentédéchaînantlesvents,
qui couvrent les montagnes de neige.
Les eaux des fleuves fontglacées, & la
végétationparoîtenquelquefortearrêtée.
Mais onignorequia pu autoriſerl'Artiſte
à repréſenter dans ce tableau la figure
allégorique duTemps endormi. L'hiver ,
qui eſt laſaiſonoùlavégétationestmoins
active , a été quelquefois dépeint ſous la
figure d'un vieillard dormant ou aſſoupi;
mais jamais le Temps,dontla marche
eſt toujours égale & rapide; auſſi les
Poëtes l'ont dépeint ſous la figured'un
vieillard , ayantdeux grandesailesaudos,
une faulx à la main, &fuyant d'un vol
agile ſansjamais être arrêté. Ce tableau
de l'hiver offre néanmoins des parties
étudiées & qui font honneur àl'Artiſte.
Onjugeraencoreplus favorablementde
fongéniepour lacompoſitiond'après un
autrede ſes tableaux expoſé au Salon ,
&repréſentant un repos en Egypte La
compoſition eneſtriche, bien ordonnée
&d'unbon ſtyle; le coloris tranfparent
&harmonieux: mais ce tableau, fait
pour être vu de près,ainſi qu'un autre
tableau repréſentant l'homme entre le
vice& la vertu qui l'abandonne, de
manderoit à être terminé avec plus de
182 MERCURE DE FRANCE.
foin, fur-toutdans la partie des mains ,
qui ſont trop négligées. Pluſieurs deſſins
du même Artiſte, dont les ſujets font
tirés de l'hiſtoire ancienne , ne ferontpas
regardés avec des yeux indifférens. Ces
deſſins ſont exécutés à la plume & lavés
au biſtre ſur papier bleu, rehauffé de
blanc aupinceau.
Degrands tableaux de M. Vanloo,
deſtinés à être exécutés en tapiſſeries ,
nous ont misdevant les yeux différens
momens de la journée d'une Sultane.
Ici onvoit les préparatifs de ſa toilette;
plus loin, des Lunuques noirs & des
Eunuquesblancs qui lui fervent des ra
fraîchiſſemens. Un troiſième tableau la
repréſente commandantdes ouvragesaux
Odaliſques ; dans un quatrième , ces
Odaliſquesdonnent une fête champêtre
enpréſence du Sultan & de laSultane. Il
yadanscesdifférens tableauxdes parties
bien étudiées , & d'autres qui nele font
peut-être pas affez. Dans le premier ta
bleau , par exemple, le Spectateur a de
la peine à ſe rendre compte des règles
de perspective que l'Artiſte a adoptées.
Les piédeſtaux des colonnes ſont d'une
proportion beaucoup trop haute ; & le
baldaquin, ſous lequel eſt placé la Sul
1
OCTOBRE. 1775. 183
tane, paroît trop meſquin pourl'éléva
tion de l'édifice que ces colonnes indi
quent. Aureſte, ces compoſitions très
riches enétoffes, préſententdans leurs
différentes parties , des détails agréables
quidoivent réuſſir entapiſſetie.
Onavuavecſatisfactionles nouveaux
efforts qu'a faits M. Brenet pour nous
rappelerdans ſestableauxdeStPierre&
de St Paul , de l'AſſomptiondelaSainte
Vierge , de la Réſurrection de Jéſus
Chriſt , la manière de compoſer des
grands Maîtres. L'Artiſte cependant au
roitpu répandredanscettedernière com.
poſition plus de grandeur, plus de no
bleſle& mêmeplus deconvenance , en
donnantmoinsde mouvementauChriſt ,
qui doit s'élever par le ſeul actede ſa
volonté , cequ'auroientindiqué ſesjam
bes plus rapprochées & ſes bras moins
étendus. Un autretableau du même Ar
tifte, tiré del'Histoire Romaine , &dont
le ſujer eftCreſſinus juſtifiédevant l'Edi
le, eſt ſagement ordonné. Lecoſtumey
eſt fidèlement obſervé, & la ſcène eft
diſpoſée de façon àproduitele meilleur
effer. Un ciel bleu, qui fertde fond au
ſujet , pourra paroître d'un ton un peu
tropégal;cetteſcène d'ailleurs ſe paſſant
184 MERCURE DE FRANCE.
au milieu de la ville, ſembloit devoir
être entourée d'édifices..
Cybèle ayant découvert qu'Atys, le
Grand-Prêtre de ſes Autels, lui faifoit
infidélité pour la Nymphe Sangaride ,
fufcite contre elle Alecton : cette Furie
ſecoue ſon flambeau & ſesſerpens ſurla
tête d'Atys , & excite enluiun ſi furieux
délire , que prenant ſa Maîtreſſe pour un
monſtre, il la poignarde. Célénus, Roi
de Phrygie, eſt irrité de cettevengeance
horrible : le Peuple , les Sacrificateurs
font effrayés : lesAmours & les Plaifirs
s'enfuient. C'eſt le ſujet d'un grand ta
bleau de 15 pieds de large ſur 10 de
haut, exécuté parM.Robin.Cettegrande
machine aunbeaumouvement,les maf
ſes en fontbien décidées, & il règne
dans la compoſition uneforte d'enthou
ſiaſme qui échauffe le Spectateur; mais
ce n'eſt pas affez pour réunirles ſuffrages
desAmateurs , qui ne les accordentque
d'après l'impreſſion que font fur eux le
charmeducoloris,lacorrectiondudeſſin
&uneexécutionnette & facile.
Uneffettrèsbrillant,desdétails ren
dus avec ſoin, l'intérêt même du ſujet ,
ont fixé les yeux du Spectateur fur un
petit tableau de M. Lépicié, qui repré
OCTOBRE. 1775.
185
fentoit MgrleDucdeValois auberceau.
On aégalement remarqué l'attelier d'un
Menuifier , tableaudechevalet, où l'Ar
tiſte avoit repréſenté, avec une naïveté
aimable,unejeune fillequi ſembleoublier
l'ouvrage qu'elle tient dans ſes mains
pourécouterlesdiſcoursd'unjeune gar
çonmenuifier.L'Artiſte aaffectéde placer
danscetableau, &dans quelques autres
du mêmegenre,des maſſes de lumière
très-larges& très-brillantes; mais qui ,
par leur éclat & leurlargeur même , nui
fent au reliefdes figures &à cettedouce
harmonieque l'oncherche dansun ta
bleau. Nous ne citerons point ici tous
les ouvrages de cet Artiſte expofés au
Salon;ilsétoientengrand nombre; le plus
conſidérableétoit l'intérieur d'une Doua
ne, tableau des pieds de large fur 3
pieds de haut. La compoſition en eſt
riche &bien ordonnée. Les figures qui
l'animent ont lemouvement&lavariété
que l'on defire dans un ſujetpareil. Le
coloris eſt d'ailleurs ici beaucoup plus
doux, plus harmonieux que dans les
autres tableaux du même Artiſte. On
pourroit ſeulementdeſirer, pour lemeil
leur effet del'enſemble , que ladégrada
tion de lalumière fût plusſenſible dans
186 MERCURE DE FRANCE.
lesdifférentes parties d'architecture qui
ſerventde fond au ſujet.
M. Lagrenée l'aîné continuedeplaire
auplusgrandnombre des Amateurs, par
de petites compoſitions empruntées de
l'hiſtoire ou de la fable, & dont le prin
cipal mérite conſiſte dans la propretéde
l'exécution & la ſuavitédu pinceau.
Le Peintre de la nature, M. Vernet,
s'eſt plu à nous rappeler, dansdifférens
tableaux , les ſcèneslespluspathétiques
dela mer en courroux, ou les momens
les plus tranquilles & les plus délicieux
d'une belle journée. Ses deux tableaux
repréſentant l'un la conſtruction d'un
chemin,&l'autre l'abord d'une foire ,
ont, par la richeſle de lacompoſition ,
la variété& lavie qu'un pinceau ſpirituel
arépandu dans les différens grouppes de
figures, tranſportéle Spectateur au milieu
dela ſcènerepréſentée.
La curioſité du Public eſt toujours
Aattée par les compoſitions de M. le
Prince dans le coſtume Ruſſe. SonAva
re, fon Jaloux, ſon Négromantien &
autres compofitions pareilles ,préſentent
des têtesbienétudiées, debeaux effetsde
lumière , des détails d'étoffe , de métal,
d'ornemens,rendusavecune intelligence
OCTOBRE. 1775. 187
dans la couleur locale, & une certaine
adreſſe dansla touche ,qui caractériſent
l'objet. Ses payſages ſontornésde petites
figures tout à faitſpirituelles.Le feuiller
desarbres eſt touchédegoût, mais point
affez rendu. Cettepratique n'eſt ſuppor
tableque dansdesdeſſinsoudeseſquiſſes;
onexigedeplus,dansuntableau fini ,que
latouche indique l'eſpèce mêmed'arbre.
quel'onrepréſente.Onavoueraencoreque
lestons des arbres , des eaux , des terraf
ſes,desciels fonttrès frais, très-brillans
dans les payſagesde M.lePrince, mais
quecebrillant nuit quelquefois à l'har
monie du tableau;nouspourrionsmême
ajouter, à la vérité de la nature, vérité
que l'Artiſte ne doit jamais perdre de
vue: autrement iltombe dans cequ'on
appelle manière , & ſes tableaux n'ont
plusqu'un mérite de mode ou de con
vention. Onregretteencore que cetAr
tiſte ne variepasdavantage ſesſites.Une
vue annoncée d'après nature,tableau de
spieds ſix poucesde large ſur 4pieds 6
pouces de haut, ne préſentequ'un bou
quetd'arbresdans les formes peuvariées
de Ruyſdal, qui ſontcelles quel'Artiſte
paroît avoir adoptéesdepréférence.
M.Willelefils,nouvelAgréé,donne
188 MERCURE DE FRANCE.
les plus heureuſes eſpérances. On a vu
de lui deux têtes d'étude, celle d'un
Vieillard villageois & celle d'un Suiffe ,
quiannoncent unArtiſtequi fait ſe ren
dre compte des moindres détails de la
nature. Ces têtes , très bien touchées,
ontd'ailleursbeaucoupde relief. Sadanſe
villageoiſe, un autre tableau où il a re
préſenté une jeune fille qui, après avoir
reconnuſeségaremens,vientſejeter aux
genoux de fonpère, préſentent des ſcè
nesqui nefontpointſansintérêt. Elles
ne font pointtraitées avec toutes les ref
fourcesdu clair obſcur , pour donner du
relief aux figures , & empêcherqu'elles
ne paroiſſent ſemées &découpées ſurle
fond;maisonyremarqueavecplaifir un
Artiſte qui s'étudie àrendre les différens
mouvemens de la nature. Ces tableaux
peuvent doncêtreregardéscommed'heu
reux efſfais dans l'art difficile de rendre
les ſcènes naïves du ſentiment.
Une petite fille répétantſa leçon, une
famille faiſant des confitures , une mère
engageant ſa fille à prendre uneméde
cine ; voilà à peuprès lesſujets des com
poſitions de M. Bounieu.Ces tableaux
peuvent plaire par de petitsdétails co
piés ſcrupuleuſementd'après nature , par
OCTOBRE. 1775. 189
deseffets de lumière ménagésavec art,
&par la manœuvre d'unpinceautrès
foigné. Ona auſſivu de cetArtiſte , de
petits payſages, où l'on trouve , ainſi que
dans ſestableaux de compoſition, des
reintes noirâtres, qui ne fontpointdans
lanature.
Les tableauxdeM. Theaulon,nouvel
Agréé,ſerontrecherchés parleplus grand
nombredes Amateurs; les compoſitions
enſontenjouées & agréables. Dans l'un
decestableaux,on voit une jeune fille
furunlit,endéſordre;un jeunehomme
luidemandepardonde lui avoir arraché
unbouquetderoſes, qu'on voit éparpil
léesà ſes pieds. Le tableau qui lui fert
de pendant, offre un heureux ménage.
Deuxjeunesépouxparoiſſenttendrement
unis; le père appelle avec complaiſance
un enfantqui, foible encore, s'eſſaye à
former ſespremierspasdansunchariot,
enluitendantles bras. La mère quitte
fon occupation , & cherche à lire dans
lestraitsdeſon marilesmarques de fon
amour paternel. Unvieillard,ſon père,
regarde cette ſcène, qui fixe toute fon
attention.C'eſt lanoticequia étédonnée
dansl'explicationdespeinturesduSalon,
&qui paroiſſoit néceſſaire pour faire
190 MERCURE DE FRANCE.
connoîtretoutcequel'Artiſtes'étoitpropo.
ſéencompoſantcetableau.Onyreinarque
dumoinsunetouche fine&légère , des
figures agréables,dejolistonsdecouleur.
DeuxautrespetitstableauxdecesArtiſte
repréſentantdesBaigneuſes &de jeunes
Nymphes danſantdansunegrotte, méri
tent auffid'être cités. Onpourroitdefirer
plusdecorrectiondans ledeſſindes figu
res; mais elles ſont touchées avec ef
prit, & les rochesqui ſerventde fond à
ces figures, ſont coloriées avec intelli
gence.
Parmi les productions deM. Robert,
on a fur-tout remarqué les reſtes d'un
Temple de Jupiter; le Temple de la
Concorde, aveclapyramidedeCeftius ;
les ruinesduPalais des Céſars; & deux
autres tableaux où l'on voyoitdans l'un
l'effet d'un Soleil couchant , &dans l'au
tre, le portique d'une maiſonde cam
pagne prèsde Florence. Pluſieurs autres
tableaux dans le même genre annoncent
unArtiſte qui faittirerleplusgrandparti
dujeu des oppoſitions. Sa touche eſt
légère, ſon coloris tranſparent, ſonfaire
facile & fpirituel.Son grand tableau du
décintrement du Pont de Neuilly
eſt très- intéreſſant; il offre le por
OCTOBRE. 1775. 191
trait fidèled'une fêre que tout Paris a
vueaveclaplusgrande ſatisfaction.
M. deMachy, qui s'eſt auſſi appliqué
peindredes morceaux d'architecture&
de perſpective, a ſu attirer les regards
par des points de vue pris au milieu
mêmedeParis : ici c'eſt lavue du nou
velHôtel des Monnoies, plus loin celle
du Louvre & duquai. L'Artiſte aquel
quefois ajouté à ſon pointde vuedes
acceſſoires étrangers qui la rendent plus
pittoresque, mais dépayſent un peu le
Spectateur Parifien. Son faire eſt très
ſoigné;ſatoucheliſſene paroîtpas tou
jours propre à rendre le caractère brut
delapierre;maisily adans ſesdifférens
tableaux une belleentente d'effet & de
perſpective.
La nobleſſe des compofitionsde M.
Cleriſſeau,& lecaractère granddel'anti
que qu'il fait réunit à des effets confor
mes àceux de lanature, font aisément
diftinguer ſes tableauxde tuines. Ily en
avoit ſeptde lui auSalon. Ils font peints
àgouache, d'une touche large&graffe,
avec une préciſiondans les détails, quia
mérité l'approbation de tous ceux qui
ontvulesmonumens antiques.
M.Perignon, nouvelAgréé , nousد
1
192 MERCURE DE FRANCE.
donnédanscemême genredepeinture,
ノ
différentes vues où l'on a remarqué de
beaux lointains. Leseffets enſont vrais,
harmonieux , &leSpectateuryjouitavec
plaiſir de cette doucedégradationde lu
mière qui eſt amie del'œil &dans la
nature.
:
On a remarquépluſieurs tableaux de
chevaletdeM. Jollain, entreautres,deux
ſujets tirés de l'hiſtoire de Pyrrhus , &
deux autres repréſentant la toilette de
Pſyché, & l'indifcrétion deCandaule,
Roi de Lydie. Il y a peu d'expreffions
danslesfigures : maisellesſontdiſpoſées
agréablement & peintes d'un pinceau
moëlleux & foigné.
Deux femmes Grecques , dont une
brodeau métier;uneMagdeleinedansle
déſert; l'incrédulité de Saint Thomas
autre tableau de chevaler, peintpar M.
Beaufort, morceau qu'il paroît avoir étu
dié , ont auffi attiré les regards duPu
blic, qui a également accordé fon ap
probation encourageante à quelques ta
bleauxde MM Guerin, Renoux,Caref
me,Martin,Monnet&Houel, nouvel
Agréé. Onavu delui au Salon différens
pointsde vued'après nature, prisprinci
palement enItalien
Les
OCTOBRE. 1775. 193
Les tableaux de payſages ornés d'ani
maux , par M. Huet, font touchés de
goût. Son coloris eſt vigoureux , & l'har
monie en eſt très brillante, parce que
l'Artiſte l'a montée ſur le ton le plus
haut; mais ce n'eſt pas celui que donne
lanature.
Mile Vallayer s'eſtconciliédenouveau
les fuffrages des connoiffeurs, par des
tableaux repréſentantdes fruits , des lé
gumes, des vaſes de fleurs toucheés
librement & grouppées avec toute l'in
telligence pottible pour produire le meil
leureffer.
Ona auſſi admiré de Mlle Vallayer le
portrait de l'Abbé le Monier. Le ſuccès
decette Virtuoſedans cette partie diffi
cile de la peinture, doit rendre moins
ſurprenant celui avec lequelelle peintles
buſtes, les fleurs &autres objets inani
mésde ſonatelier.
M. Van-Spaendonck nousa faitvoir
pour la première fois, dans le même
genre, des tableaux d'un coloris vif &
d'une touche précieuſe. Cet Artiſté a
placédans quelques-uns de ſes tableaux
des vaſesd'agathe, de crystal , toujours
très-difficiles àbientraiter , ſans nuire à
l'éclat des fleurs: mais ſon pinceau a ſu
vaincre cesdifficultés.
1. Vol.
1
194 MERCURE DE FRANCE.
Lesportraits font toutours en grand
nombre au Salon. Leconcours des Spec
tateurs s'eſt arrêté devantle beau portrait
de S. M. Louis XVI, peint àl'huile par
M. Dupleſſis. Ce portrait , ainſique ceux
deM. Allegrain,Sculpteur ,& de M. le
ChevalierGluck parlemêmeArtiſte,font
rendus avec une vérité dans la couleur ,
une fermetédans la touche & une finelle
dans la partie des détails,qui ne laiſſe
rien à defirer.C'eſt la nature même, mais
la nature animée&ſaiſie dans ſon mo
ment le plus heureux.On apuremarquer
danslatêteducélèbre MuſicienAllemand
l'expreffion du génie inſpiré.
Le Public a vu auſſi avec intérêt le
portrait en piedde Monfieur, ceux de
Madame laComteſſed'Artois, de Ma
dameClotilde, Princeſſe de Piémont ,
&deMadeunoiſelle , parM. Drouais.
Les portraits en émail& enminiature
par MM. Hall , Paſquier , Courtois ,
Weiler, ontgénéralementplu àceux qui
aiment àvoirla nature en petit, &parée
detous les charmesque peuvent lui prê
ter la fineſle du coloris & ladélicateſſe
dupinceau. Les miniatures de M. Hall
ſe font fur tout remarquer par la fran
chiſe de la touche;ſesdraperies, large
OCTOBRE. 1775. 195
menttraitées , font valoir avec beaucoup
d'avantage le pointillé des chairs. Ces
miniatures étoient renfermées dans une
bordure ſculptée en bois par M. Boutry '
&quiaétéremarquéepourla légéreté des
ornemens & ladélicateſſe de la main
d'œuvre. MM. Hall & Weiler nousont
auſſi fait voirpluſieurs têtes enpaſtel de
grandeur naturelle Le portraiten paſtel
deM. Robert, Peintre du Roi , peint
par M. Hall , eſt d'une reſſemblance &
d'une magie étonnante: il eſt, ainſi que
celui de cet Artiſte, peint d'après lui
même, comparable à toutce que nous
avonsde mieux encegenre. 1
M. Aubry ne s'eſt pas moinsdiſtingué
par pluſieurs portraits à l'huile, rendus
avecbeaucoupdevérité, entreautres par
celui de M.Hallé, PeintreduRoi: mais
M. Aubrya mérité particulièrementl'at
tention du Public, par différentes ſcènes
copiées d'après nature. Dans l'une, on
voitunpère qui carelleſesenfans; dans
l'autre,unpetitenfantdemandantpardon
àſamère; ici c'eſt une femme qui tire
des cartes; plus loin,la Bergère des Al
pes.On remarquedans ces différens ta
bleaux unpinceaularge &pleindegoût,
des détails étudiés, un deſſin correct,
I ij
J
196 MERCURE DE FRANCE.
&, ce qui eſt encore plus précieux, de
la vérité , du ſentiment, de l'expreffion.
CetArtiſte eſt done fait pour réuſſirdans
ce genre, fur tout s'il étudie mieux les
couleurs locales, & s'il évite de faire
dominer unton decouleur verdâtre , qui
peutcontribuer à l'harmoniedutableau ,
mais qui détruit néceſſairement l'illa
fion.
Une imitation parfaite de la nature,
rendue d'une touche libre , ſavante &
pleine d'effet , a fixé depuis long-temps
le rangde M.Chardindansl'Ecole Fran
çoiſe. Troistêtesd'étude au paſtel , qu'il
acompoſées au Salon, ont le relief & la
véritéde la nature.
Les productions delaSculpture n'ont
point été bien nombreuſes cette année.
Différens modèles en plâtre,quelques
terres cuites , & beaucoup de portraits ,
voilà ce qui a orné le Salon. Le beau
portrait du Roi, modèle en plâtre par
M. Pajou , un autre portraitde Sa Ma
jeſté par M. Bridan, celui de la Reine
parM.Boizot, font ceuxquelePublic a
vusavecleplusd'intérêt.On s'eſt plu auſſi
àconſidérerlebuſte de M. le Comte de
Buffon, par M.Pajou, morceaudecarac
tère&d'une expreſſionforte; lesportraits
OCTOBRE. 1771. 197
de MM. de Miromenil & Turgot,par
M. Houdon , celui de M.le Chevalier
Gluk , &un autre de MileArnoulddans
le tôle d'Iphigénie, parle mêmeArtiſte.
M.Houdon nousaauſſi fait voirle mo
dèle d'une Chapelle ſépulcrale , en mé
moiredeLouiſe-Dorothée,Ducheſſe de
Saxe Gotha. Le caractère de ce monu
ment eſt ſimple, &cependant produit
un grand effer. On voit aufond d'une
Chapelle laportedu Temple de la Mort
qui, ſous la figured'un ſquelette , lève ,
pour en fortir , lesrideaux dont elle eſt
en partie voilée, & ſe ſaiſit avec préci
pitation de la Ducheſſe qui,les cheveux
épars , eſtcouverte d'un linceul;elledoit
exprimer ſon attachement pour tous
ceux qui lui étoient alliés , & fon affec.
tion pour le Peuple.
La Vierge en plâtredecinq pieds fix
pouces, que M. Mouchydoit exécuter
en marbre pour l'Egliſe de Brunoy , eſt
dela plus belle proportion. Latêre rieſt
pas modelée ſur les formes ſevères de
l'antique , mais elle eſt agréable. L'En
fantJéſus qu'elletientdans ſes bras eſt
traité avec un ſentiment de chair , & la
figure en général eſt bien compofée &
drapée noblement.
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
Unautre modèlede la Ste Vierge &
de l'Enfant Jésus , deſtiné pour la Ca
thédrale de Rouen, a été expoſé par M.
le Comte. L'Enfant Jéfus eft repréſenté
couché ſurlesbras de laVierge& tenant
unde ſesdoigtsdans ſabouche.
Jésus Chriſt mort , pleuré parlestrois
Maries, bas relief qui doit être exécuté
par le même Artiſte, ne laiſſe pas le
Spectateur indifférent. Diverſes nuances
de la douleur y fonttrès bien rendues.
Diane qui terraſſe un ſanglier, petit
morceau enterre cuite par M. Monor,
eſt un morceau pleinde mouvement ; le
deſſin en eſt pur, élégant. Une autreterre
cuite du même Artiſte,qui nousrepré
ſente l'Amourdépoſant ſes armes dans
leſeinde l'Amitié, a paru traitée avec
fentiment.
L'Hymenqui couronne l'Amour , joli
grouppe en marbre, parM. Bridan , eſt
aſſaiſonné des fineſſes que peut donner
un ciſeau délicar. La Fidélité lifant une
lettre& careffant fon chien; une petite
figure ſe coëffant d'une guirlande de
fleurs , auſſi en marbre ; leſquiſſe du
tombeau du Marquis d'Argens, par le
même Artiſte, ont également mérité les
fuffrages des Connoiffeurs.
1
OCTOBRE. 1775. 199
M.Caffiery n'a expoſé cetteannée au
Salon que le portrait en marbre deM.
Piron; ce portrait, ſupérieurement exé
curé, doit être placé dans le Foyerde la
Comédie Françoiſe. On peutvoir de ce
.
même Artiſte une très belle figure en
marbre de ſeptpieds de proportion , qui
eſt dans unedes niches de la Chapelle
de Saint Grégoire,dans l'Eglife Royale
des Invalides. Cette figure repréſenteSte
Sylvie , femme de Gordien, Sénateur
Romain, mèredeSaintGrégoire,Pape.
Elle et dans l'action de remercier Dieu
d'avoir donné lejouràundes plusgrands
Pontifes. Cette figure eſt vêtue d'une
longue tunique & d'un manteau très
ample ,habillementordinairedes Dames
Romaines. /
Le Prométhée de M. Boizot eſt un
morceau d'unecompoſition agréable, in
génieuſe , pleine de ſentiment, & qui
nepeut manquerde réuſſir dansl'exécn
tionqui en ſerafaite en marbre.L'Artif
te a repréſenté l'inſtant où l'homme ,
éprouvant les premiers ſentimens de fon
cœur,élève ſes regards vers laDivinité :
Prométhée admire le ſuccès de ſonen
trepriſe : le génie de Minerve le couvre
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
de ſon égide, ſymbole de la protection
que lui accorde cette Déeſſe.
Différentes eſquiſſes de M. Berruer
ontété auſſi vues avec ſatisfaction. Mais
le morceau de ſculpturele plus confidé
rableannoncédans l'explicationduSalon,
eſt un bas relief de M. Gois, de trente
pieds de large fur cinq pieds fix pouces
de haut, repréſentant St Jacques & St
Philippe prêchant& guériſſant les mala
des. Ce bas relief , offre deux actions
différentes, mais qui ſe trouvent liées
en quelque forte par le mêmeeſprit de
bienfaiſance. Ici StJacques , par ſes inf
tructions , guérit les maladiesde l'ame;
plus loin, Saint Philippe guérit celles du
corps. Ces deux Apôtres font aifés à re
connoître par ladignité de leur attitude ,
par lanobleſſede leur expreffion , & par
l'attention qu'a eue l'Artiſtede les laiſſer
dominer ſur les différens grouppes de
figures qui les environnent. Ces group
pes font variés non-feulement par les
formes , mais encore par les différentes
expreſſions de caractère & de ſentimens
répandues fur toutes les figures. L'âge,
P'habillementmême contribuentà rendre
cette variété plus intéreſſante. L'Artiſte a
donné, avec raiſon,aux jeunes gens, des
:
5
に
P
OCTOBRE. 1775. 201
draperies beaucoup plusſouples & plus
légères qu'aux vieillards, afin de laiſſer
mieux appercevoir les contours coulans
&gracieuxde cettebelle nature.Comme
ce bas relief étoit trop grand pour être
placé dans le Salon , il a été expoſédans
l'attelier de l'Auteur , cour du Louvre,
où lesAmateurs pourront encore levoir.
Ils feront également fatisfaits de deux
grands deſſins exécutés au biſtre , parM.
Gois ,dontl'un repréſenteCorefus, l'un
des Prêtres de Bacchus, qui ſe ſacrifie
pour ſon Amante; l'autre eſt un ſujet
tiré de l'hiſtoire d'Eurypide, Capitaine
Grec. Ces deſſins ſont traités dans le
grand ſtyle de l'hiſtoire , & avecun effet
dans la couleurqui décèle l'Artiſte intel
ligent.
Les médailles de MM. Roettiers &
Duvivier ont reçu les plus juſtes applau
diſſemens. Avec quelle fatisfaction fur
tout n'aton pas vu le portrait de Sa
Majesté LouisXVI , les médaillesde fon
facre &autres relatives à notre hiſtoire ,
gravées par M. Duvivier avec une
,
fineſſe de deſſin & une pureté d'exécu
tionqui ne laiſſent rien àdeſirer.
Nons ne ferons pointici mentiondes
gravures expoſées au Salon, parce que
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
nous lesavons annoncées dans leMercure
àmeſurequ'elles ont été publiées. On
eſt d'ailleurs unpeu tropdiſtrait par les
peintures &ſculptures pour s'enoccuper
pendantl'expoſition.Différens Amateurs
néanmoins ont pris plaifir à comparer
pluſieurs gravures exécutées d'après les
compoſitions de M. Cochin , avec les
deſſins originaux de cet Artiſte, dont on
avu une très-belle ſuite au Salon , exé
cutée avec une pureté & une préciſion
très propres à conduire leburindu Gra
veur.
Peintures , Sculptures & Gravures de
ES
MM. del'AcadémieRoyale.
Les tableaux d'hiſtoire ont fixé les
premiers regards des Amateurs inſtruits.
Siles compoſitionsdeces tableaux n'ont
pastoujours répondu àce que leſujet
annoncé ſembloit leur promettre , ils
n'enont pas moins admiré les beautés
qui s'y trouvoientrépandues. Leur indul
genceeſtfondéeſurlaconnoiſſance qu'ils
ontdeladifficulté dugenrede l'hiſtoire,
lepremier ſansdoutedetous lesgenres,
puiſque le Peintred'hiſtoire eſt le Pein
tredel'ame, &que lesautresnepeignent
ordinairementquepourles yeux. N'est-il
pas juſte d'ailleurs de tenir compte au
Peintre hiſtorien du courage qui lui eſt
néceſſairepour cultiver un champ ſtérile,
grâce au goût frivole &meſquinde la
plupartdenos richesAmateurs pour les
bambochades & lespetits tableaux froi
dementterminésdesPeintres Flamands?
OCTOBRE. 1775. 177
UnArtiſte François, qui, par l'élévation
de ſes penſées, eſt entraîné vers l'hif
toire, ſe voit aujourd'hui réduit à quel
ques ouvrages pour lesEgliſes, les Go
belins , ou àquelques tableauxdecheva
let,quel'ona mêmeencorede lapeine
d'admettre dans les ameublemens , de
peur d'interrompre l'infipide uniformité
d'une tapiſſerie de foie.
Ungrandtableau, peintparM. Vien
&deſtiné à êtreplacédans la Chapelle
dunouveau Trianon , s'eſt d'abord fait
remarquer par lanouveautédu ſujet. On
yvoitSaintThibault, de laMaiſonde
Montmorency , qui offre auRoi St Louis
&àlaReine Margueritede Provence ,
une corbeillede fleurs&de fruits, dans
laquelle s'élèvent onze tigesde lis. Le
Roi n'avoit point encore eu d'enfant:
St Thibaultlui annonce parcetemblême
qu'il en aura onze, & par la tige qui
s'élève le plus haut, luidéſigne Robe ,
Chefde la Maiſonde Bourbon. La for
me ingrate de ce tableau, qui a huit
pieds fix pouces dehautfur cinq pieds
neufpouces de large, paroît avoir gêné
l'Artiſtedans l'ordonnancede ſa compo
fition. Mais où trouver un deſſin plus
précis, une exécutionplus nette & plus
facile?
Hy
178 MERCUREDE FRANCE.
1
Le tableaudu même Artiſte, dont le
fujet eſt tiré de l'Iliade , a réuni plus
généraleinent les fuffrages par l'heureuſe
diſpoſition du ſujet, l'intelligence du
clair-obfcur & la vigueur du coloris.
Vénus , bleſſée par Diomède à la guerre
de Troye , eſt ſecourue parIris, & Mars
l'aide à monterdans ſon char: c'eſt du
moins ce dernier moment que l'Artiſte
avoulu rendre , mais qui n'eſt peut-être
pas aſſez indiqué par l'attitude de la
Déeffe; cette attitude eſt tranquille &
n'annonce point l'action quidoit ſuivre.
Un tableau deM. Hallé,le ſeul que
cetArtiſte ait expoſé au Salon, nous re
préſente Jéſus Chriſt qui fait approcher
delui les petits enfans pour lesbénir. Il
y adans l'expreſſion de Jésus-Chriſt un
caractère de bonté; mais l'on pourroit
exiger que ce caractèreeût plus de no.
bleſſe. Cette figure principale eſt d'ail
learsd'une proportion un peu courte.En
général, ces fortesdeſujetsfont toujours
ingrats à traiter, parce que ce n'eſt que
d'après les formes d'un beau idéal que
l'Artiſtepeut tracercelles que l'imagina
tion exaltéedu ſpectateur exigedans la
figure de l'homme-Dieu.
M. Durameau s'est fait honneur en
:
OCTOBRE. 1775. 179
traitantun ſujetde l'hiſtoiredeBéliſaire.
CeGénéral,après avoir commandé avec
gloire les armées de Juſtinien , tomba
dans la diſgrâce de ce Prince, qui lui fic
crever les yeux. On le voit icideretour
dans le ſeinde ſa famille. Eudoxe ſa
fille embraſſe ſes genoux; & Antonine
ſa femme, qui étoit malade, faiſantun
effort pour ſe lever , tombe évanouie
entrelesbrasd'unedeſes femmes &du
jeuneTibère.Cette ſcène eſt pathétique;
elle ne faitcependantqu'une impreſſion
pallagère ſur le Spectateur, parce que
l'Artiſte s'eſt moins occupé de la partie
du ſentiment &de l'expreffion que des
formes cadencées &pittoreſques de ſa
compoſition.
Onavu auSalon, dumêmeAtriſte,
ſon morceau de réception, tableau de
dix-huitpieds de large fur neufpieds fix
pouces de haut , qui repréſente l'été.
Cérès & ſes Compagnes implorent le
Soleil , & attendent, pour moiffonner ,
qu'il aitatteint le ſigne de la Vierge. La
Canicule ou chienne céleste vomit des
flammes & des vapeurs peſtilentielles.
Les Zéphirs, par leurs ſouffles, dimi
nuent fon ardeur & purifient les airs,
L'idée de laCanicule jetant du feu &
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
rafraîchie parles Zéphirs, eſt une fiction
qui peut réuſſir en poësie , & qui n'eſt
pas auffi heureuſe en peinture; mais il
règne dans cette compofitionune belle
harmonie de couleur. Le toneſt lumi
4
neux & doré. L'Artiſte a voulu fans
doute exprimer par ce coloris ardent
l'aridité& laféchereſſe de laſaiſon. Le
charduSoleil eſt attelé de quatre che
vauxblancs. Une draperie légère voltige
autour duDieu de la lumière, ce qui
étend lamaſſede cette figure, qui fans
cela auroit paru trop maigre. Cérès &
fes Compagnes ,placées ſur ledevantde
lacompoſition,n'ontpointcette élégance
deformeque l'on a droit d'exiger dans
des Déeſſes. Le deſſin en eſt même un
peulourd: maisellesfontdiſpoſées favo
rablement pour l'effetdutout enſemble.
Cettegrandecompoſition eſtdeſtinée à
orner laGalerie d'Apollon.
L'Hiver, tableaude lamêmegrandeur
&lemorceauderéceptiondeM.Lagre
née lejeune, doitpareillement décorer
la Galerie d'Apollon. Les figures de ce
dernier tableau font d'une proportion
beaucoup plus forte,ce quidoit nécef
fairement nuire àl'enſemble deladéco
xation dela Galerie. Eole,dans ceta
OCTOBRE. 1775. 181
bleau,eſt repréſentédéchaînantlesvents,
qui couvrent les montagnes de neige.
Les eaux des fleuves fontglacées, & la
végétationparoîtenquelquefortearrêtée.
Mais onignorequia pu autoriſerl'Artiſte
à repréſenter dans ce tableau la figure
allégorique duTemps endormi. L'hiver ,
qui eſt laſaiſonoùlavégétationestmoins
active , a été quelquefois dépeint ſous la
figure d'un vieillard dormant ou aſſoupi;
mais jamais le Temps,dontla marche
eſt toujours égale & rapide; auſſi les
Poëtes l'ont dépeint ſous la figured'un
vieillard , ayantdeux grandesailesaudos,
une faulx à la main, &fuyant d'un vol
agile ſansjamais être arrêté. Ce tableau
de l'hiver offre néanmoins des parties
étudiées & qui font honneur àl'Artiſte.
Onjugeraencoreplus favorablementde
fongéniepour lacompoſitiond'après un
autrede ſes tableaux expoſé au Salon ,
&repréſentant un repos en Egypte La
compoſition eneſtriche, bien ordonnée
&d'unbon ſtyle; le coloris tranfparent
&harmonieux: mais ce tableau, fait
pour être vu de près,ainſi qu'un autre
tableau repréſentant l'homme entre le
vice& la vertu qui l'abandonne, de
manderoit à être terminé avec plus de
182 MERCURE DE FRANCE.
foin, fur-toutdans la partie des mains ,
qui ſont trop négligées. Pluſieurs deſſins
du même Artiſte, dont les ſujets font
tirés de l'hiſtoire ancienne , ne ferontpas
regardés avec des yeux indifférens. Ces
deſſins ſont exécutés à la plume & lavés
au biſtre ſur papier bleu, rehauffé de
blanc aupinceau.
Degrands tableaux de M. Vanloo,
deſtinés à être exécutés en tapiſſeries ,
nous ont misdevant les yeux différens
momens de la journée d'une Sultane.
Ici onvoit les préparatifs de ſa toilette;
plus loin, des Lunuques noirs & des
Eunuquesblancs qui lui fervent des ra
fraîchiſſemens. Un troiſième tableau la
repréſente commandantdes ouvragesaux
Odaliſques ; dans un quatrième , ces
Odaliſquesdonnent une fête champêtre
enpréſence du Sultan & de laSultane. Il
yadanscesdifférens tableauxdes parties
bien étudiées , & d'autres qui nele font
peut-être pas affez. Dans le premier ta
bleau , par exemple, le Spectateur a de
la peine à ſe rendre compte des règles
de perspective que l'Artiſte a adoptées.
Les piédeſtaux des colonnes ſont d'une
proportion beaucoup trop haute ; & le
baldaquin, ſous lequel eſt placé la Sul
1
OCTOBRE. 1775. 183
tane, paroît trop meſquin pourl'éléva
tion de l'édifice que ces colonnes indi
quent. Aureſte, ces compoſitions très
riches enétoffes, préſententdans leurs
différentes parties , des détails agréables
quidoivent réuſſir entapiſſetie.
Onavuavecſatisfactionles nouveaux
efforts qu'a faits M. Brenet pour nous
rappelerdans ſestableauxdeStPierre&
de St Paul , de l'AſſomptiondelaSainte
Vierge , de la Réſurrection de Jéſus
Chriſt , la manière de compoſer des
grands Maîtres. L'Artiſte cependant au
roitpu répandredanscettedernière com.
poſition plus de grandeur, plus de no
bleſle& mêmeplus deconvenance , en
donnantmoinsde mouvementauChriſt ,
qui doit s'élever par le ſeul actede ſa
volonté , cequ'auroientindiqué ſesjam
bes plus rapprochées & ſes bras moins
étendus. Un autretableau du même Ar
tifte, tiré del'Histoire Romaine , &dont
le ſujer eftCreſſinus juſtifiédevant l'Edi
le, eſt ſagement ordonné. Lecoſtumey
eſt fidèlement obſervé, & la ſcène eft
diſpoſée de façon àproduitele meilleur
effer. Un ciel bleu, qui fertde fond au
ſujet , pourra paroître d'un ton un peu
tropégal;cetteſcène d'ailleurs ſe paſſant
184 MERCURE DE FRANCE.
au milieu de la ville, ſembloit devoir
être entourée d'édifices..
Cybèle ayant découvert qu'Atys, le
Grand-Prêtre de ſes Autels, lui faifoit
infidélité pour la Nymphe Sangaride ,
fufcite contre elle Alecton : cette Furie
ſecoue ſon flambeau & ſesſerpens ſurla
tête d'Atys , & excite enluiun ſi furieux
délire , que prenant ſa Maîtreſſe pour un
monſtre, il la poignarde. Célénus, Roi
de Phrygie, eſt irrité de cettevengeance
horrible : le Peuple , les Sacrificateurs
font effrayés : lesAmours & les Plaifirs
s'enfuient. C'eſt le ſujet d'un grand ta
bleau de 15 pieds de large ſur 10 de
haut, exécuté parM.Robin.Cettegrande
machine aunbeaumouvement,les maf
ſes en fontbien décidées, & il règne
dans la compoſition uneforte d'enthou
ſiaſme qui échauffe le Spectateur; mais
ce n'eſt pas affez pour réunirles ſuffrages
desAmateurs , qui ne les accordentque
d'après l'impreſſion que font fur eux le
charmeducoloris,lacorrectiondudeſſin
&uneexécutionnette & facile.
Uneffettrèsbrillant,desdétails ren
dus avec ſoin, l'intérêt même du ſujet ,
ont fixé les yeux du Spectateur fur un
petit tableau de M. Lépicié, qui repré
OCTOBRE. 1775.
185
fentoit MgrleDucdeValois auberceau.
On aégalement remarqué l'attelier d'un
Menuifier , tableaudechevalet, où l'Ar
tiſte avoit repréſenté, avec une naïveté
aimable,unejeune fillequi ſembleoublier
l'ouvrage qu'elle tient dans ſes mains
pourécouterlesdiſcoursd'unjeune gar
çonmenuifier.L'Artiſte aaffectéde placer
danscetableau, &dans quelques autres
du mêmegenre,des maſſes de lumière
très-larges& très-brillantes; mais qui ,
par leur éclat & leurlargeur même , nui
fent au reliefdes figures &à cettedouce
harmonieque l'oncherche dansun ta
bleau. Nous ne citerons point ici tous
les ouvrages de cet Artiſte expofés au
Salon;ilsétoientengrand nombre; le plus
conſidérableétoit l'intérieur d'une Doua
ne, tableau des pieds de large fur 3
pieds de haut. La compoſition en eſt
riche &bien ordonnée. Les figures qui
l'animent ont lemouvement&lavariété
que l'on defire dans un ſujetpareil. Le
coloris eſt d'ailleurs ici beaucoup plus
doux, plus harmonieux que dans les
autres tableaux du même Artiſte. On
pourroit ſeulementdeſirer, pour lemeil
leur effet del'enſemble , que ladégrada
tion de lalumière fût plusſenſible dans
186 MERCURE DE FRANCE.
lesdifférentes parties d'architecture qui
ſerventde fond au ſujet.
M. Lagrenée l'aîné continuedeplaire
auplusgrandnombre des Amateurs, par
de petites compoſitions empruntées de
l'hiſtoire ou de la fable, & dont le prin
cipal mérite conſiſte dans la propretéde
l'exécution & la ſuavitédu pinceau.
Le Peintre de la nature, M. Vernet,
s'eſt plu à nous rappeler, dansdifférens
tableaux , les ſcèneslespluspathétiques
dela mer en courroux, ou les momens
les plus tranquilles & les plus délicieux
d'une belle journée. Ses deux tableaux
repréſentant l'un la conſtruction d'un
chemin,&l'autre l'abord d'une foire ,
ont, par la richeſle de lacompoſition ,
la variété& lavie qu'un pinceau ſpirituel
arépandu dans les différens grouppes de
figures, tranſportéle Spectateur au milieu
dela ſcènerepréſentée.
La curioſité du Public eſt toujours
Aattée par les compoſitions de M. le
Prince dans le coſtume Ruſſe. SonAva
re, fon Jaloux, ſon Négromantien &
autres compofitions pareilles ,préſentent
des têtesbienétudiées, debeaux effetsde
lumière , des détails d'étoffe , de métal,
d'ornemens,rendusavecune intelligence
OCTOBRE. 1775. 187
dans la couleur locale, & une certaine
adreſſe dansla touche ,qui caractériſent
l'objet. Ses payſages ſontornésde petites
figures tout à faitſpirituelles.Le feuiller
desarbres eſt touchédegoût, mais point
affez rendu. Cettepratique n'eſt ſuppor
tableque dansdesdeſſinsoudeseſquiſſes;
onexigedeplus,dansuntableau fini ,que
latouche indique l'eſpèce mêmed'arbre.
quel'onrepréſente.Onavoueraencoreque
lestons des arbres , des eaux , des terraf
ſes,desciels fonttrès frais, très-brillans
dans les payſagesde M.lePrince, mais
quecebrillant nuit quelquefois à l'har
monie du tableau;nouspourrionsmême
ajouter, à la vérité de la nature, vérité
que l'Artiſte ne doit jamais perdre de
vue: autrement iltombe dans cequ'on
appelle manière , & ſes tableaux n'ont
plusqu'un mérite de mode ou de con
vention. Onregretteencore que cetAr
tiſte ne variepasdavantage ſesſites.Une
vue annoncée d'après nature,tableau de
spieds ſix poucesde large ſur 4pieds 6
pouces de haut, ne préſentequ'un bou
quetd'arbresdans les formes peuvariées
de Ruyſdal, qui ſontcelles quel'Artiſte
paroît avoir adoptéesdepréférence.
M.Willelefils,nouvelAgréé,donne
188 MERCURE DE FRANCE.
les plus heureuſes eſpérances. On a vu
de lui deux têtes d'étude, celle d'un
Vieillard villageois & celle d'un Suiffe ,
quiannoncent unArtiſtequi fait ſe ren
dre compte des moindres détails de la
nature. Ces têtes , très bien touchées,
ontd'ailleursbeaucoupde relief. Sadanſe
villageoiſe, un autre tableau où il a re
préſenté une jeune fille qui, après avoir
reconnuſeségaremens,vientſejeter aux
genoux de fonpère, préſentent des ſcè
nesqui nefontpointſansintérêt. Elles
ne font pointtraitées avec toutes les ref
fourcesdu clair obſcur , pour donner du
relief aux figures , & empêcherqu'elles
ne paroiſſent ſemées &découpées ſurle
fond;maisonyremarqueavecplaifir un
Artiſte qui s'étudie àrendre les différens
mouvemens de la nature. Ces tableaux
peuvent doncêtreregardéscommed'heu
reux efſfais dans l'art difficile de rendre
les ſcènes naïves du ſentiment.
Une petite fille répétantſa leçon, une
famille faiſant des confitures , une mère
engageant ſa fille à prendre uneméde
cine ; voilà à peuprès lesſujets des com
poſitions de M. Bounieu.Ces tableaux
peuvent plaire par de petitsdétails co
piés ſcrupuleuſementd'après nature , par
OCTOBRE. 1775. 189
deseffets de lumière ménagésavec art,
&par la manœuvre d'unpinceautrès
foigné. Ona auſſivu de cetArtiſte , de
petits payſages, où l'on trouve , ainſi que
dans ſestableaux de compoſition, des
reintes noirâtres, qui ne fontpointdans
lanature.
Les tableauxdeM. Theaulon,nouvel
Agréé,ſerontrecherchés parleplus grand
nombredes Amateurs; les compoſitions
enſontenjouées & agréables. Dans l'un
decestableaux,on voit une jeune fille
furunlit,endéſordre;un jeunehomme
luidemandepardonde lui avoir arraché
unbouquetderoſes, qu'on voit éparpil
léesà ſes pieds. Le tableau qui lui fert
de pendant, offre un heureux ménage.
Deuxjeunesépouxparoiſſenttendrement
unis; le père appelle avec complaiſance
un enfantqui, foible encore, s'eſſaye à
former ſespremierspasdansunchariot,
enluitendantles bras. La mère quitte
fon occupation , & cherche à lire dans
lestraitsdeſon marilesmarques de fon
amour paternel. Unvieillard,ſon père,
regarde cette ſcène, qui fixe toute fon
attention.C'eſt lanoticequia étédonnée
dansl'explicationdespeinturesduSalon,
&qui paroiſſoit néceſſaire pour faire
190 MERCURE DE FRANCE.
connoîtretoutcequel'Artiſtes'étoitpropo.
ſéencompoſantcetableau.Onyreinarque
dumoinsunetouche fine&légère , des
figures agréables,dejolistonsdecouleur.
DeuxautrespetitstableauxdecesArtiſte
repréſentantdesBaigneuſes &de jeunes
Nymphes danſantdansunegrotte, méri
tent auffid'être cités. Onpourroitdefirer
plusdecorrectiondans ledeſſindes figu
res; mais elles ſont touchées avec ef
prit, & les rochesqui ſerventde fond à
ces figures, ſont coloriées avec intelli
gence.
Parmi les productions deM. Robert,
on a fur-tout remarqué les reſtes d'un
Temple de Jupiter; le Temple de la
Concorde, aveclapyramidedeCeftius ;
les ruinesduPalais des Céſars; & deux
autres tableaux où l'on voyoitdans l'un
l'effet d'un Soleil couchant , &dans l'au
tre, le portique d'une maiſonde cam
pagne prèsde Florence. Pluſieurs autres
tableaux dans le même genre annoncent
unArtiſte qui faittirerleplusgrandparti
dujeu des oppoſitions. Sa touche eſt
légère, ſon coloris tranſparent, ſonfaire
facile & fpirituel.Son grand tableau du
décintrement du Pont de Neuilly
eſt très- intéreſſant; il offre le por
OCTOBRE. 1775. 191
trait fidèled'une fêre que tout Paris a
vueaveclaplusgrande ſatisfaction.
M. deMachy, qui s'eſt auſſi appliqué
peindredes morceaux d'architecture&
de perſpective, a ſu attirer les regards
par des points de vue pris au milieu
mêmedeParis : ici c'eſt lavue du nou
velHôtel des Monnoies, plus loin celle
du Louvre & duquai. L'Artiſte aquel
quefois ajouté à ſon pointde vuedes
acceſſoires étrangers qui la rendent plus
pittoresque, mais dépayſent un peu le
Spectateur Parifien. Son faire eſt très
ſoigné;ſatoucheliſſene paroîtpas tou
jours propre à rendre le caractère brut
delapierre;maisily adans ſesdifférens
tableaux une belleentente d'effet & de
perſpective.
La nobleſſe des compofitionsde M.
Cleriſſeau,& lecaractère granddel'anti
que qu'il fait réunit à des effets confor
mes àceux de lanature, font aisément
diftinguer ſes tableauxde tuines. Ily en
avoit ſeptde lui auSalon. Ils font peints
àgouache, d'une touche large&graffe,
avec une préciſiondans les détails, quia
mérité l'approbation de tous ceux qui
ontvulesmonumens antiques.
M.Perignon, nouvelAgréé , nousد
1
192 MERCURE DE FRANCE.
donnédanscemême genredepeinture,
ノ
différentes vues où l'on a remarqué de
beaux lointains. Leseffets enſont vrais,
harmonieux , &leSpectateuryjouitavec
plaiſir de cette doucedégradationde lu
mière qui eſt amie del'œil &dans la
nature.
:
On a remarquépluſieurs tableaux de
chevaletdeM. Jollain, entreautres,deux
ſujets tirés de l'hiſtoire de Pyrrhus , &
deux autres repréſentant la toilette de
Pſyché, & l'indifcrétion deCandaule,
Roi de Lydie. Il y a peu d'expreffions
danslesfigures : maisellesſontdiſpoſées
agréablement & peintes d'un pinceau
moëlleux & foigné.
Deux femmes Grecques , dont une
brodeau métier;uneMagdeleinedansle
déſert; l'incrédulité de Saint Thomas
autre tableau de chevaler, peintpar M.
Beaufort, morceau qu'il paroît avoir étu
dié , ont auffi attiré les regards duPu
blic, qui a également accordé fon ap
probation encourageante à quelques ta
bleauxde MM Guerin, Renoux,Caref
me,Martin,Monnet&Houel, nouvel
Agréé. Onavu delui au Salon différens
pointsde vued'après nature, prisprinci
palement enItalien
Les
OCTOBRE. 1775. 193
Les tableaux de payſages ornés d'ani
maux , par M. Huet, font touchés de
goût. Son coloris eſt vigoureux , & l'har
monie en eſt très brillante, parce que
l'Artiſte l'a montée ſur le ton le plus
haut; mais ce n'eſt pas celui que donne
lanature.
Mile Vallayer s'eſtconciliédenouveau
les fuffrages des connoiffeurs, par des
tableaux repréſentantdes fruits , des lé
gumes, des vaſes de fleurs toucheés
librement & grouppées avec toute l'in
telligence pottible pour produire le meil
leureffer.
Ona auſſi admiré de Mlle Vallayer le
portrait de l'Abbé le Monier. Le ſuccès
decette Virtuoſedans cette partie diffi
cile de la peinture, doit rendre moins
ſurprenant celui avec lequelelle peintles
buſtes, les fleurs &autres objets inani
mésde ſonatelier.
M. Van-Spaendonck nousa faitvoir
pour la première fois, dans le même
genre, des tableaux d'un coloris vif &
d'une touche précieuſe. Cet Artiſté a
placédans quelques-uns de ſes tableaux
des vaſesd'agathe, de crystal , toujours
très-difficiles àbientraiter , ſans nuire à
l'éclat des fleurs: mais ſon pinceau a ſu
vaincre cesdifficultés.
1. Vol.
1
194 MERCURE DE FRANCE.
Lesportraits font toutours en grand
nombre au Salon. Leconcours des Spec
tateurs s'eſt arrêté devantle beau portrait
de S. M. Louis XVI, peint àl'huile par
M. Dupleſſis. Ce portrait , ainſique ceux
deM. Allegrain,Sculpteur ,& de M. le
ChevalierGluck parlemêmeArtiſte,font
rendus avec une vérité dans la couleur ,
une fermetédans la touche & une finelle
dans la partie des détails,qui ne laiſſe
rien à defirer.C'eſt la nature même, mais
la nature animée&ſaiſie dans ſon mo
ment le plus heureux.On apuremarquer
danslatêteducélèbre MuſicienAllemand
l'expreffion du génie inſpiré.
Le Public a vu auſſi avec intérêt le
portrait en piedde Monfieur, ceux de
Madame laComteſſed'Artois, de Ma
dameClotilde, Princeſſe de Piémont ,
&deMadeunoiſelle , parM. Drouais.
Les portraits en émail& enminiature
par MM. Hall , Paſquier , Courtois ,
Weiler, ontgénéralementplu àceux qui
aiment àvoirla nature en petit, &parée
detous les charmesque peuvent lui prê
ter la fineſle du coloris & ladélicateſſe
dupinceau. Les miniatures de M. Hall
ſe font fur tout remarquer par la fran
chiſe de la touche;ſesdraperies, large
OCTOBRE. 1775. 195
menttraitées , font valoir avec beaucoup
d'avantage le pointillé des chairs. Ces
miniatures étoient renfermées dans une
bordure ſculptée en bois par M. Boutry '
&quiaétéremarquéepourla légéreté des
ornemens & ladélicateſſe de la main
d'œuvre. MM. Hall & Weiler nousont
auſſi fait voirpluſieurs têtes enpaſtel de
grandeur naturelle Le portraiten paſtel
deM. Robert, Peintre du Roi , peint
par M. Hall , eſt d'une reſſemblance &
d'une magie étonnante: il eſt, ainſi que
celui de cet Artiſte, peint d'après lui
même, comparable à toutce que nous
avonsde mieux encegenre. 1
M. Aubry ne s'eſt pas moinsdiſtingué
par pluſieurs portraits à l'huile, rendus
avecbeaucoupdevérité, entreautres par
celui de M.Hallé, PeintreduRoi: mais
M. Aubrya mérité particulièrementl'at
tention du Public, par différentes ſcènes
copiées d'après nature. Dans l'une, on
voitunpère qui carelleſesenfans; dans
l'autre,unpetitenfantdemandantpardon
àſamère; ici c'eſt une femme qui tire
des cartes; plus loin,la Bergère des Al
pes.On remarquedans ces différens ta
bleaux unpinceaularge &pleindegoût,
des détails étudiés, un deſſin correct,
I ij
J
196 MERCURE DE FRANCE.
&, ce qui eſt encore plus précieux, de
la vérité , du ſentiment, de l'expreffion.
CetArtiſte eſt done fait pour réuſſirdans
ce genre, fur tout s'il étudie mieux les
couleurs locales, & s'il évite de faire
dominer unton decouleur verdâtre , qui
peutcontribuer à l'harmoniedutableau ,
mais qui détruit néceſſairement l'illa
fion.
Une imitation parfaite de la nature,
rendue d'une touche libre , ſavante &
pleine d'effet , a fixé depuis long-temps
le rangde M.Chardindansl'Ecole Fran
çoiſe. Troistêtesd'étude au paſtel , qu'il
acompoſées au Salon, ont le relief & la
véritéde la nature.
Les productions delaSculpture n'ont
point été bien nombreuſes cette année.
Différens modèles en plâtre,quelques
terres cuites , & beaucoup de portraits ,
voilà ce qui a orné le Salon. Le beau
portrait du Roi, modèle en plâtre par
M. Pajou , un autre portraitde Sa Ma
jeſté par M. Bridan, celui de la Reine
parM.Boizot, font ceuxquelePublic a
vusavecleplusd'intérêt.On s'eſt plu auſſi
àconſidérerlebuſte de M. le Comte de
Buffon, par M.Pajou, morceaudecarac
tère&d'une expreſſionforte; lesportraits
OCTOBRE. 1771. 197
de MM. de Miromenil & Turgot,par
M. Houdon , celui de M.le Chevalier
Gluk , &un autre de MileArnoulddans
le tôle d'Iphigénie, parle mêmeArtiſte.
M.Houdon nousaauſſi fait voirle mo
dèle d'une Chapelle ſépulcrale , en mé
moiredeLouiſe-Dorothée,Ducheſſe de
Saxe Gotha. Le caractère de ce monu
ment eſt ſimple, &cependant produit
un grand effer. On voit aufond d'une
Chapelle laportedu Temple de la Mort
qui, ſous la figured'un ſquelette , lève ,
pour en fortir , lesrideaux dont elle eſt
en partie voilée, & ſe ſaiſit avec préci
pitation de la Ducheſſe qui,les cheveux
épars , eſtcouverte d'un linceul;elledoit
exprimer ſon attachement pour tous
ceux qui lui étoient alliés , & fon affec.
tion pour le Peuple.
La Vierge en plâtredecinq pieds fix
pouces, que M. Mouchydoit exécuter
en marbre pour l'Egliſe de Brunoy , eſt
dela plus belle proportion. Latêre rieſt
pas modelée ſur les formes ſevères de
l'antique , mais elle eſt agréable. L'En
fantJéſus qu'elletientdans ſes bras eſt
traité avec un ſentiment de chair , & la
figure en général eſt bien compofée &
drapée noblement.
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
Unautre modèlede la Ste Vierge &
de l'Enfant Jésus , deſtiné pour la Ca
thédrale de Rouen, a été expoſé par M.
le Comte. L'Enfant Jéfus eft repréſenté
couché ſurlesbras de laVierge& tenant
unde ſesdoigtsdans ſabouche.
Jésus Chriſt mort , pleuré parlestrois
Maries, bas relief qui doit être exécuté
par le même Artiſte, ne laiſſe pas le
Spectateur indifférent. Diverſes nuances
de la douleur y fonttrès bien rendues.
Diane qui terraſſe un ſanglier, petit
morceau enterre cuite par M. Monor,
eſt un morceau pleinde mouvement ; le
deſſin en eſt pur, élégant. Une autreterre
cuite du même Artiſte,qui nousrepré
ſente l'Amourdépoſant ſes armes dans
leſeinde l'Amitié, a paru traitée avec
fentiment.
L'Hymenqui couronne l'Amour , joli
grouppe en marbre, parM. Bridan , eſt
aſſaiſonné des fineſſes que peut donner
un ciſeau délicar. La Fidélité lifant une
lettre& careffant fon chien; une petite
figure ſe coëffant d'une guirlande de
fleurs , auſſi en marbre ; leſquiſſe du
tombeau du Marquis d'Argens, par le
même Artiſte, ont également mérité les
fuffrages des Connoiffeurs.
1
OCTOBRE. 1775. 199
M.Caffiery n'a expoſé cetteannée au
Salon que le portrait en marbre deM.
Piron; ce portrait, ſupérieurement exé
curé, doit être placé dans le Foyerde la
Comédie Françoiſe. On peutvoir de ce
.
même Artiſte une très belle figure en
marbre de ſeptpieds de proportion , qui
eſt dans unedes niches de la Chapelle
de Saint Grégoire,dans l'Eglife Royale
des Invalides. Cette figure repréſenteSte
Sylvie , femme de Gordien, Sénateur
Romain, mèredeSaintGrégoire,Pape.
Elle et dans l'action de remercier Dieu
d'avoir donné lejouràundes plusgrands
Pontifes. Cette figure eſt vêtue d'une
longue tunique & d'un manteau très
ample ,habillementordinairedes Dames
Romaines. /
Le Prométhée de M. Boizot eſt un
morceau d'unecompoſition agréable, in
génieuſe , pleine de ſentiment, & qui
nepeut manquerde réuſſir dansl'exécn
tionqui en ſerafaite en marbre.L'Artif
te a repréſenté l'inſtant où l'homme ,
éprouvant les premiers ſentimens de fon
cœur,élève ſes regards vers laDivinité :
Prométhée admire le ſuccès de ſonen
trepriſe : le génie de Minerve le couvre
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
de ſon égide, ſymbole de la protection
que lui accorde cette Déeſſe.
Différentes eſquiſſes de M. Berruer
ontété auſſi vues avec ſatisfaction. Mais
le morceau de ſculpturele plus confidé
rableannoncédans l'explicationduSalon,
eſt un bas relief de M. Gois, de trente
pieds de large fur cinq pieds fix pouces
de haut, repréſentant St Jacques & St
Philippe prêchant& guériſſant les mala
des. Ce bas relief , offre deux actions
différentes, mais qui ſe trouvent liées
en quelque forte par le mêmeeſprit de
bienfaiſance. Ici StJacques , par ſes inf
tructions , guérit les maladiesde l'ame;
plus loin, Saint Philippe guérit celles du
corps. Ces deux Apôtres font aifés à re
connoître par ladignité de leur attitude ,
par lanobleſſede leur expreffion , & par
l'attention qu'a eue l'Artiſtede les laiſſer
dominer ſur les différens grouppes de
figures qui les environnent. Ces group
pes font variés non-feulement par les
formes , mais encore par les différentes
expreſſions de caractère & de ſentimens
répandues fur toutes les figures. L'âge,
P'habillementmême contribuentà rendre
cette variété plus intéreſſante. L'Artiſte a
donné, avec raiſon,aux jeunes gens, des
:
5
に
P
OCTOBRE. 1775. 201
draperies beaucoup plusſouples & plus
légères qu'aux vieillards, afin de laiſſer
mieux appercevoir les contours coulans
&gracieuxde cettebelle nature.Comme
ce bas relief étoit trop grand pour être
placé dans le Salon , il a été expoſédans
l'attelier de l'Auteur , cour du Louvre,
où lesAmateurs pourront encore levoir.
Ils feront également fatisfaits de deux
grands deſſins exécutés au biſtre , parM.
Gois ,dontl'un repréſenteCorefus, l'un
des Prêtres de Bacchus, qui ſe ſacrifie
pour ſon Amante; l'autre eſt un ſujet
tiré de l'hiſtoire d'Eurypide, Capitaine
Grec. Ces deſſins ſont traités dans le
grand ſtyle de l'hiſtoire , & avecun effet
dans la couleurqui décèle l'Artiſte intel
ligent.
Les médailles de MM. Roettiers &
Duvivier ont reçu les plus juſtes applau
diſſemens. Avec quelle fatisfaction fur
tout n'aton pas vu le portrait de Sa
Majesté LouisXVI , les médaillesde fon
facre &autres relatives à notre hiſtoire ,
gravées par M. Duvivier avec une
,
fineſſe de deſſin & une pureté d'exécu
tionqui ne laiſſent rien àdeſirer.
Nons ne ferons pointici mentiondes
gravures expoſées au Salon, parce que
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
nous lesavons annoncées dans leMercure
àmeſurequ'elles ont été publiées. On
eſt d'ailleurs unpeu tropdiſtrait par les
peintures &ſculptures pour s'enoccuper
pendantl'expoſition.Différens Amateurs
néanmoins ont pris plaifir à comparer
pluſieurs gravures exécutées d'après les
compoſitions de M. Cochin , avec les
deſſins originaux de cet Artiſte, dont on
avu une très-belle ſuite au Salon , exé
cutée avec une pureté & une préciſion
très propres à conduire leburindu Gra
veur.
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Résumé : EXPOSITION au Salon du Louvre des Peintures, Sculptures & Gravures de MM. de l'Académie Royale.
En octobre 1775, le Salon du Louvre a exposé des œuvres de peintres de l'Académie Royale, avec une attention particulière aux tableaux d'histoire. Ces œuvres, bien que parfois décevantes dans leur composition, ont été appréciées pour leurs qualités artistiques. Les amateurs reconnaissent la difficulté du genre historique, qui nécessite de peindre non seulement pour les yeux, mais aussi pour l'âme. Parmi les œuvres notables, M. Vien a présenté deux tableaux : l'un représentant Saint Thibault offrant une corbeille de fleurs et de fruits au roi Saint Louis et à la reine Marguerite de Provence, et l'autre montrant Vénus blessée par Diomède et secourue par Iris et Mars. M. Hallé a exposé un tableau de Jésus-Christ bénissant des enfants, mais la proportion de la figure principale a été critiquée. M. Durameau a traité un sujet historique avec Bélisaire, général déchu et aveuglé, accueilli par sa famille, mais cette scène manque d'impact émotionnel. Des compositions destinées à la Galerie d'Apollon ont également été présentées, telles que 'L'Été' et 'L'Hiver'. Le texte mentionne aussi des dessins à la plume et au bistre sur papier bleu, inspirés de l'histoire ancienne. Les tableaux de M. Vanloo illustrent différents moments de la journée d'une sultane. M. Brenet est salué pour ses œuvres religieuses, bien que certaines compositions puissent être améliorées. Un tableau de M. Robin sur le mythe d'Atys et Sangaride est apprécié pour son mouvement, mais critiqué pour son manque de charme. Un petit tableau de M. Lépicié représentant le Duc de Valois au berceau attire l'attention par son effet brillant. Joseph Vernet est loué pour ses représentations des scènes marines et rurales. Le Prince de Liechtenstein est apprécié pour ses compositions en costumes russes et ses portraits. Wille le fils montre un talent prometteur avec des études de têtes et des scènes villageoises. Bounieu se distingue par ses scènes de genre détaillées et ses paysages. Théaulon présente des compositions agréables et des figures touchantes. Robert et Machy sont reconnus pour leurs tableaux architecturaux et de perspective. Parmi les autres artistes notables, Clerisseau se distingue par la noblesse de ses compositions et son habileté à représenter des monuments antiques. Perignon est apprécié pour ses vues avec des lointains harmonieux. Jollain présente plusieurs tableaux historiques, bien que les expressions des figures soient limitées. Beaufort expose des scènes religieuses et mythologiques. Les paysages animaliers de Huet sont remarqués pour leur goût et leur harmonie. Mlle Vallayer excelle dans les natures mortes et les portraits. Van Spaendonck impressionne par ses tableaux de fleurs et de vases.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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52
p. 181-182
II.
Début :
Première suite de douze Estampes, de format in-4o. gravées sous la direction [...]
Mots clefs :
Tableaux, Jean-Baptiste Pierre Lebrun, Estampes, Écoles, Collection, Amateurs, Composition, École flamande, École hollandaise
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texteReconnaissance textuelle : II.
I I.
Première fuite de douze Eftampes , de
format in- 4° . gravées fous la direction
du fieur le Brun , Peintre , d'après
différens Tableaux des plus célèbres
Peintres des Ecoles Flamande &
Hollandoife , prix 18 livres A Paris ,
chez Bafan & Poignant , Marchands
de Tableaux & d'Estampes , rue &
hôtel Serpente.
L'objet de M. le Brun , en publiant
ces Gravures , exécutées par d'habiles.
Artiftes , eft de former une Collection
qui puiffe rappeller aux Amateurs le gente
de compofition & le faire des meil
leurs Maîtres des Ecoles de Flandre &
de Hollande , dont les tableaux font
aujourd'hui fi ' fort recherchés ; & il
faut avouer qu'ils méritent cet empreffement
par la gaieté de la compofition
la vérité du coloris & le fini précieux
du pinceau. La fuite que nous venons
d'annoncer , préfente divers fujets de
Lingelbach , P. Potter , J. Steen , Terburg
, Rembrandt , Metzu , Berghem ,
Wouvermans , Winants , Cuyp , Van
182 MERCURE DE FRANCE.
dermeulen ces Tableaux font ou ont
été dans le Cabinet de M. le Brun ,
qui fe propofe de continuer cette Collection.
Le choix & le zèle qu'il y met,
ne peuvent qu'être agréables aux Amateurs.
Il eft dit à la tête de la première
livraiſon , que la feconde , auffi de douze
Eftampes , fe fera dans l'efpace de fix
mois environ.
Première fuite de douze Eftampes , de
format in- 4° . gravées fous la direction
du fieur le Brun , Peintre , d'après
différens Tableaux des plus célèbres
Peintres des Ecoles Flamande &
Hollandoife , prix 18 livres A Paris ,
chez Bafan & Poignant , Marchands
de Tableaux & d'Estampes , rue &
hôtel Serpente.
L'objet de M. le Brun , en publiant
ces Gravures , exécutées par d'habiles.
Artiftes , eft de former une Collection
qui puiffe rappeller aux Amateurs le gente
de compofition & le faire des meil
leurs Maîtres des Ecoles de Flandre &
de Hollande , dont les tableaux font
aujourd'hui fi ' fort recherchés ; & il
faut avouer qu'ils méritent cet empreffement
par la gaieté de la compofition
la vérité du coloris & le fini précieux
du pinceau. La fuite que nous venons
d'annoncer , préfente divers fujets de
Lingelbach , P. Potter , J. Steen , Terburg
, Rembrandt , Metzu , Berghem ,
Wouvermans , Winants , Cuyp , Van
182 MERCURE DE FRANCE.
dermeulen ces Tableaux font ou ont
été dans le Cabinet de M. le Brun ,
qui fe propofe de continuer cette Collection.
Le choix & le zèle qu'il y met,
ne peuvent qu'être agréables aux Amateurs.
Il eft dit à la tête de la première
livraiſon , que la feconde , auffi de douze
Eftampes , fe fera dans l'efpace de fix
mois environ.
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Résumé : II.
Le texte annonce la publication d'une série de douze estampes au format in-4°, gravées sous la direction de Charles Le Brun, d'après des tableaux de célèbres peintres flamands et hollandais. Ces estampes sont disponibles à Paris chez Basan & Poignant, marchands de tableaux et d'estampes, situés rue et hôtel Serpente, au prix de 18 livres. Le but de Le Brun est de rappeler aux amateurs le style et la composition des meilleurs maîtres flamands et hollandais, reconnus pour la gaieté, la vérité du coloris et la finesse du pinceau. La première série comprend des œuvres de Lingelbach, P. Potter, J. Steen, Terburg, Rembrandt, Metsu, Berghem, Wouvermans, Winants, Cuyp et Van der Meulen. Certains de ces tableaux proviennent de la collection personnelle de Le Brun. Une deuxième série de douze estampes est prévue pour être publiée dans les six mois suivants.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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53
p. 183-186
IV.
Début :
Collection de Tableaux & Desseins des plus Grands Maîtres des trois Ecoles [...]
Mots clefs :
Collection, Tableaux, Effets précieux, Cabinet, Pierre-Louis-Paul Randon de Boisset, Catalogue, Confiance, Picault
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : IV.
I V.
Collection de Tableaux & Deffeins des
plus Grands Maîtres des trois Ecoles de
Porcelaines anciennes , d'effets précieux
d'ancien laque , de Figures de
bronze , de Vafes d'Agathe , de Jafpe,
de Porphyre , de Tables de différens
Marbres , de riches Meubles du célèbre
Boule , de Pendules de choix
& autres Effets précieux , provenants
du Cabinet de feue M. Randon de
Boiffet , Receveur-Général des Finances.
Cette Collection , la plus variée & la
plus riche , peut- être , qu'aucun particulier
ait jamais formée , n'eft pas moins
recommandable par la rareté que par
le choix & la belle confervation des différents
objets qui la compofent. Feu M.
Randon n'avoit point pour les Arts u
fimple goût , mais un amour , une paffion
qui ne lui permettoit point d'attendre
tranquillement dans fon Cabinet
des occafions d'augmenter fa Collection .
Cet Amateur éclairé a fait plufieurs
voyages en Italie , en Flandres , en Ho184
MERCURE DE FRANCE.
lande , & eft parvenu , par des recherches
continues , à raffembler des morceaux
uniques , qu'il fera facile de diftinguer
dans le Catalogue de cette collection.
Il eft dreffé pour la partie des
tableaux , deſſeins , figures de bronze ,
par Pierre Remi , Peintre , que feu M.
Randon confultoit toujours, pour ces fortes
d'acquifitions, avec beaucoup de confiance
, & tous les Amateurs ajouteront
ici avec une confiance méritée. Le Catalogue
des porcelaines , laques ; effets
précieux eft dû au foins de C. F Julliot.
Ce genre de curiofités qui préſente
beaucoup d'objets rares & peu connus ,
eft ici détaillé d'une manière fatisfaifante
pour les Amateurs & pour tous
ceux qui voudront donner des commiflions.
-
La vente de ce riche Cabinet eſt annoncée
pour le vingt-fept du préfent
mois de Février & jours fuivans. Le Catalogue
fe diftribue à Paris , chez Mufier,
père , Quai des Auguftins , Pierre
Remi , Peintre , rue des Grands Aguftins
, C. F. Julliot , Marchand , rue S.
Honoré , près celle du Four , & chez
M. Chariot , Huiffier Prifeur , Quai de
la Ferraille. A Londres chez Thomas
>
FÉVRIER. 1777 . 185
Major , Graveur du Roi . A Amfterdam,
chez Pierre Fouquet Junior. A Bruxelle,
chez M. Danoot , Banquier.
>
Nous devons renouveller à l'occafion
de ce Cabinet , le plus beau peut-être
qu'aucun particulier ait jamais poffédé ,
que l'Amateur éclairé , qui en étoit le
propriétaire , en avoit confié depuis quatre
ans le foin & l'entretien à M. Picault
fils , demeurant rue Bourtibourg,
maifon de M. Hollande . On fait que M.
Picault a le fecret fi précieux & fi étonnant
de tranfporter les peintures de deffus les
toiles ufées , & même de deffus le plâtre
, & de les remettre fur une toile neuve
, après avoir ôté les taches que le
temps ou l'ignorance des Artiftes y
avoient faites ; enforte qu'elles ont toute
la pureté , la franchife & la fraîcheur
des touches & du coloris du maître. Cet
art de conferver les tableaux & de leur
rendre tout leur prix , eft ce qui avoit attaché
M. Randon de Boffet à M. Picault,
& ce qui l'avoit engagé à lui donner toute
fa confiance , comme l'atteftent une
foule de lettres qu'il lui a écrites , &
que cet Artifte a confervées comme des
titres de fon talent.
On voit auffi chez le fieur Picault
des tableaux de fleurs pein186
MERCURE DE FRANCE .
›
tes en grand , fur verre par le fieur
Godfrey , Anglois , qui a un art prodigieux
en ce genre , foit pour la compofition
, foit pour l'exécution brillante
de ces peintures deftinées à orner des
appartemens.
Collection de Tableaux & Deffeins des
plus Grands Maîtres des trois Ecoles de
Porcelaines anciennes , d'effets précieux
d'ancien laque , de Figures de
bronze , de Vafes d'Agathe , de Jafpe,
de Porphyre , de Tables de différens
Marbres , de riches Meubles du célèbre
Boule , de Pendules de choix
& autres Effets précieux , provenants
du Cabinet de feue M. Randon de
Boiffet , Receveur-Général des Finances.
Cette Collection , la plus variée & la
plus riche , peut- être , qu'aucun particulier
ait jamais formée , n'eft pas moins
recommandable par la rareté que par
le choix & la belle confervation des différents
objets qui la compofent. Feu M.
Randon n'avoit point pour les Arts u
fimple goût , mais un amour , une paffion
qui ne lui permettoit point d'attendre
tranquillement dans fon Cabinet
des occafions d'augmenter fa Collection .
Cet Amateur éclairé a fait plufieurs
voyages en Italie , en Flandres , en Ho184
MERCURE DE FRANCE.
lande , & eft parvenu , par des recherches
continues , à raffembler des morceaux
uniques , qu'il fera facile de diftinguer
dans le Catalogue de cette collection.
Il eft dreffé pour la partie des
tableaux , deſſeins , figures de bronze ,
par Pierre Remi , Peintre , que feu M.
Randon confultoit toujours, pour ces fortes
d'acquifitions, avec beaucoup de confiance
, & tous les Amateurs ajouteront
ici avec une confiance méritée. Le Catalogue
des porcelaines , laques ; effets
précieux eft dû au foins de C. F Julliot.
Ce genre de curiofités qui préſente
beaucoup d'objets rares & peu connus ,
eft ici détaillé d'une manière fatisfaifante
pour les Amateurs & pour tous
ceux qui voudront donner des commiflions.
-
La vente de ce riche Cabinet eſt annoncée
pour le vingt-fept du préfent
mois de Février & jours fuivans. Le Catalogue
fe diftribue à Paris , chez Mufier,
père , Quai des Auguftins , Pierre
Remi , Peintre , rue des Grands Aguftins
, C. F. Julliot , Marchand , rue S.
Honoré , près celle du Four , & chez
M. Chariot , Huiffier Prifeur , Quai de
la Ferraille. A Londres chez Thomas
>
FÉVRIER. 1777 . 185
Major , Graveur du Roi . A Amfterdam,
chez Pierre Fouquet Junior. A Bruxelle,
chez M. Danoot , Banquier.
>
Nous devons renouveller à l'occafion
de ce Cabinet , le plus beau peut-être
qu'aucun particulier ait jamais poffédé ,
que l'Amateur éclairé , qui en étoit le
propriétaire , en avoit confié depuis quatre
ans le foin & l'entretien à M. Picault
fils , demeurant rue Bourtibourg,
maifon de M. Hollande . On fait que M.
Picault a le fecret fi précieux & fi étonnant
de tranfporter les peintures de deffus les
toiles ufées , & même de deffus le plâtre
, & de les remettre fur une toile neuve
, après avoir ôté les taches que le
temps ou l'ignorance des Artiftes y
avoient faites ; enforte qu'elles ont toute
la pureté , la franchife & la fraîcheur
des touches & du coloris du maître. Cet
art de conferver les tableaux & de leur
rendre tout leur prix , eft ce qui avoit attaché
M. Randon de Boffet à M. Picault,
& ce qui l'avoit engagé à lui donner toute
fa confiance , comme l'atteftent une
foule de lettres qu'il lui a écrites , &
que cet Artifte a confervées comme des
titres de fon talent.
On voit auffi chez le fieur Picault
des tableaux de fleurs pein186
MERCURE DE FRANCE .
›
tes en grand , fur verre par le fieur
Godfrey , Anglois , qui a un art prodigieux
en ce genre , foit pour la compofition
, foit pour l'exécution brillante
de ces peintures deftinées à orner des
appartemens.
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Résumé : IV.
Le document décrit la collection d'œuvres d'art et d'objets précieux de M. Randon de Boiffet, Receveur-Général des Finances. Cette collection, célèbre pour sa diversité et sa richesse, comprend des tableaux, des dessins, des bronzes, des vases en agate, jaspe et porphyre, des tables en marbre, des meubles de Boule, des pendules, des porcelaines et des laques anciennes. M. Randon, amateur d'art, a acquis ces pièces lors de voyages en Italie, Flandres et Hollande. La vente de la collection est prévue pour le 27 février 1777 et les jours suivants. Les catalogues sont disponibles à Paris, Londres, Amsterdam et Bruxelles. L'entretien des œuvres était assuré par M. Picault fils, expert en restauration de tableaux. La collection inclut également des peintures de fleurs sur verre par le sieur Godfrey.
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