Résultats : 2 texte(s)
Accéder à la liste des mots clefs.
Détail
Liste
1
p. 1750-1789
LETTRE de M. Lefevre, Marchand Grainier, Fleuriste et Botaniste, à l'enseigne du Cocq de la bonne foy, au milieu du Quay de la Megisserie, à Paris. Contenant un Catalogue instructif des meilleurs fruits, &c.
Début :
J'espere, Monsieur, de vous mettre bientôt en état de rendre bon compte [...]
Mots clefs :
Fruits, Espèces, Poire, Pomme, Prune, Abricot, Cerise, Pêche, Plantation, Rouge, Arbres, Espaliers, Goût, Chair, Couleur, Terres, Vent, Air, Temps, Eau, Figues, Raisin, Saison
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Lefevre, Marchand Grainier, Fleuriste et Botaniste, à l'enseigne du Cocq de la bonne foy, au milieu du Quay de la Megisserie, à Paris. Contenant un Catalogue instructif des meilleurs fruits, &c.
LETTREde M. Lefevre , Marchand
Grainier, Fleuriste et Botaniste , à l'en
seigne du Cocq de la bonnefoy,au mi
lieu du Quay de la Megisserie, à Paris.
Contenant un Catalogue instructif des
meilleursfruits , &c.
'Espere , Monsieur , de vous mettre
bientôt en état de rendre bon
de ma conduite , au sujet de la petite
fleur nommée Oreille d'Ours ; mais en at
tendant il sera plus utile pour le Public
que je lui fasse part danscette saison d'un
Catalogue nouveau des meilleurs fruits
avec les temps justes de leur maturité.
Ouvrage important,que M. le Normand,
Directeur du Potager du Roy , qui enest
l'Auteur , et de qui je le tiens , ne trou
vera pas mauvais que je communique au
Public , qui lui sera redevable d'une ins
truction d'autant plus nécessaire , que
presque tout le monde a des fruits sans
sçavoir ni leurs noms,ni dans quel temps
on doitles manger, &c. Je suis , &c.
Catalogue
AOUST. 1735. 1751
2
Catalogue des meilleursfruits,avec les temps
les plus ordinaires de leur maturité.
POIRES. A la my-Juillet.
ETITMUSCAT,
Poires de sept en
Prucule.Excellente et fort estince mal
gré sa petitesse , à cause de la finesse de
son musc. Pour l'avoir fort bonne ilfaut
que l'arbresoit en plein vent , dans un
terrain sec, et même qu'il soit vieux, c'est
la premiere Poire quimeurisse.
AURATE,Poire fort estimée,elle n'estpas
encore fort connue,elle est presque aussi
hâtive que la précedente , et sept ou huit
fois plus grosse , et d'un gout presque
aussi délicat.
A lafin de Fuillet.
POIRESDE MAGDELAINE OU Citrons des
Carmes , d'un assez bon goût , mais su
jettes àdevenir cotoneuses.
Aucommencement d'Aoust.
MUSCAT ROBERT ou Poire Dambre;
on àla Reine, Poire cassante, mais excel
lente au sucre , à cause de son musc , et
parce qu'elle n'a point de marc.
CUISSE MADAME , connue en Flandre
sous le nom de Poire de Fusée , fort bon
D v ne*
1752 MERCURE DE FRANCE
ne son defaut est qu'elle tombe de l'ar
bre fort aisement , et qu'elle est trop mû
re près de la queue lorsqu'elle est encore
verte à la tête.
BLANQUETTE à longue queue. Elle est
de beaucoup meilleure que les autres es
peces de Blanquettes. Son goût est vi
neux , et sachair tendre.
" EPARGNE ou Poire de Samson ou de
Beau present, fort belle , passablement
bonne, un peu âpre.
POIRE DE CIPRE , ou Rousselet hâtif.
Fort bonne , mais sujette à devenir mol
le ; elle ressemble assés au Rousselet
de Septembre par sa figure et un peu mê
me par songoût, maisquin'est pourtant
passi fin à beaucoup près.
Alany-Aòùst.
POIRE SANS PEAU. Excellente , très
beurée , et d'une eau parfumée.
OIGNONET. Assés bonne,platte , à peu
près de la figure d'un Oignon.
GROS BLANQUET ET PETIT BLANQUET.
Cassantes, fort bonnes au sucre,mais insi
pides crues.
BELLISSIME OU Suprême , belle à pein
dre , mais cotoneuse et sans goût.
Cassolette,
AOUST. 1735. 1753
Alafin d'Aoust.
CASSOLETTE. Poire cassante , mais d'un
musc agreable et sans marc , pour cela
excellente au sucre.
SALVIATI, Poire musquéeetsans marc,
>
excellente au sucre : on en faitde fortbom
Fatafia.
POIRE DE ROSE ou Epine Rose , assés
bonne mais d'une chair grossiere
ayant beaucoup demarc.
BON CHRETIEN D'ETE' , ou Grassioli.
Belle Poire , mais peu estimée, si ce n'est
pour les compotes , ou pour monter des
plats.
BON CHRETIEN D'ETE" musqué. Belle,
musquée etcassante ,mais non pas seche,
elle est plus estimée que la precedente et
neréussit point greffée sur Coignassier.
ROBINE Ou Royale musquée , ouà verat,
ou Muscat d'Aoust. Très estimée , quoi
que cassante, parce qu'elle a de l'eau et
qu'elle est d'un parfum excellent..
MILANBLANC ou Poire aux Mouches12
ou Bergamotte d'Eté. Tendre et douce
mais cotoneuse.
20
BOURDON MUSQUE", et Poire d'Orange.
Elles ont de l'odeur , mais elles sont cas
santes et seches,et pour cela peu estimées..
Ex
Dvj
1754 MERCURE DE FRANCE
En Septembre.
ROUSSELET. Poire excellente , tout le
mondele connoît. C'est une erreur que
de faire deux especes du gros et du
petit. Le sujetsur lequel la greffe est po
sée , la vigueur de l'arbre , son âge , le
terrain, sec ou humide, dans lequel il est
planté , sont les seules causes du plus ou
du moinsde grosseur , de couleur et de
goût.
EPINE D'ETE' , en Italien Bujarda. Ex
cellente Poire , très fondante etd'un musc
très fin ; elle ressemble assés à l'Epine
d'Hiver par sa figure , si ce n'est qu'elle
est un peu plus allongée vers la queuë,
une marque de son excellence est qu'on
l'estime , quoiqu'elle meurisse dans le
tems desPêches, qui bannissenttoutes les
Poires de leur saison , hors celle-ci et le
Rousselet.
INCONNUE CHENEAU OU Fondante de
Bresse. C'est à tort qu'on l'a nommée
Fondante , elle ne l'est pas , mais elle est
d'une fort bonne eau , et quoiqu'on net
puisse pas la compter parmi les excellen
tes Poires , cependant il est à propos d'en
planter quelques arbres dans les Jardins
d'une grandeur raisonnable, pour ne se
trouver pas sans fruits entro les Pêches
et le Beuré.
AOUST. 1735. 1755
ANGLETERRE OU Beuré d'Angleterre.
Poire très fondante et d'un goût relevé ,
mais elle mollit extrémement vîte. C'est .
la seule avec l'inconnue Cheneau , qui
puisse garnir le vuide dont on vient de
parler entre les Pêches et le Beuré.
En Octobre.
BEURE'. Excellent , tout le monde le
connoît ;le vert , le gris , le rouge, le
doré sont tous de la même espece. Ces
differences ne viennent que des mêmes
causes qui ont été raportées ci-devant à
l'occasion du Rousselet.
VERTE LONGUE ouMonille bouche d'Au
tomne.Poire fort bonne, fondante et fine,
elle seroit beaucoup plus estimée si elle
meurissoit avant le Beuré dont lacompa
gnie lui est fort désavantageuse.
VERTE LONGUE SUISSEOU MouilleBouche
Panachée.Elle n'est differente de la précé
dente , qu'en ce que celle-ci est rayée de
jaune et de vert ; le bois est panachécom
mele fruit.
BERGAMOTTE D'AUTOMNE. Poire excel
lente , très beurée , pleine d'eau et d'un
parfum fort agréable dans les terres se
ches et legeres , elle est cependant su
jette à devenir cotoneuse.
BERGAMOTTE SUISSE. Elle n'est diffe
rente
1756 MERCURE DE FRANCE
rente de la précedente que par la couleur,
celle ci est rayée dejaune.
DOYENNE'. Poire de S. Michel , Poire
de Neige , ou Poire debonne ente , fort
belle et assés bonne , mais sujette à mol
lir et à devenir cotoneuse ; elle seroit
plus estimée , si elle meurissoit dans une
autre saison , le Beuré lui fait tort.
BEZY DE LA MOTTE. Poire excellente
et fort estimée, parce qu'elle est très-fon
dante,sonarbrechargebeaucoup en plein
vent à haute tige, etson fruit y est meil
leur qu'en aucune autre situation. C'é
toit la Poire favorite de Louis XIV
EnNovembre.
MESSIRE JEAN D'un goût exquis
mais dont lachair est fort grossiere etfort
pierreuse.
POIRE DE VIGNE , de Damoiselle , longue
queue, ou Grise Brune. Petite Poire très
fondante et d'un goût relevé , mais qui
mollit trop vite.
LANSAC OU DAUPHINE. Cette Poire fut
présentée au Roy LouisXV.lorsqu'il étoit
Dauphin,Madame de Lansac étant pour
lors sa Gouvernante. Elle est tendre et
douce avec un petit fumet qui la fait es
timer.
SUCRE VERT. Petite Poire verte, Bew
rée et très-bonne
AOUST. 1735. 1757
CRASANE. Excellente , très fondante et
d'un goût très relevé , tellement que
quelques-uns l'accusent d'être âpre, mais
fort estimée dela plûpart, à cause de ce
goût vineux.
MARQUISE. Excellente,Beurée et d'une
fort bonne eau.
BONCHRETIEN D'EPARGNE. Beaucoup
plus beau que bon ; on s'en sert pour les
compotes.
En Decembre.
PETIT OIN ou Merveille d'Hiver. Beu
rée et bonne.
S. GERMAIN , autrefois inconnuë , la
Faze. Excellente et fort estimée , quoi
quesujette àêtre pierreuse , parce qu'elle
est fondante,d'un goût exquis , et qu'elle
se garde long-temps mûre sans mollir ,
qualité qui n'appartient qu'à elle seule
de toutes les Poires fondantes.
LOUISE BONNE. Plus belle ordinaire
mentquebonnes cependantil s'en trouve
de fort bonnes , provenues de vieux ar
bres en plein vent.
ECHASSERIF. Excellente ; c'est grand
dommage qu'elle mollisse si vîte;celles de
plein vent se gardent plus long-temps ,
et sont d'un goût exquis.
AMBRETTE. Excellente et fondante dans
les terrains secs, mais mauvaise pourl'or
dinaire
1758 MERCURE DE FRANCE
dinaire dans les lieux humides et froids.
MARTINSEC. Cassant, peuestimé crû,
mais excellent cuit.
VIRGOULEUSE
en Angoumois Buja
leuf, en Limouzin Chambrette , en Gas
cogne Poire de glace. Excellente , très
Beurée et fort estimée, tant poursabeauté
que pour sa bonté.
EPINE D'HIVER. Poire très fondante ,
et d'un musctrès fin. On convient qu'une
bonne Epine est la meilleure et la plus
fine de toutes les Poires , mais il est très
rare de la trouver,etil enfaut souvent'ou
vrir beaucoup avantque de larencontrer,
Janvier et mois suivans.
ROYALE D'HIVER , en Italie Spina de
Carpi. Belle et bonne , quand elle pro
vient d'un vieux arbre , planté en ter
rain sec, mais sans cela insipide et de
peu de valeur.
COLMART. Excellente , fort beurée et
d'un goût très exquis , elle se garde long
temps , et c'est la derniere Poire Beurée
qui se mange.
BON CHRETIEN D'HIVER. Très beau
cassant , et d'une eau sucrée , excellent
pour les compotes, et pour ladécoration
d'une Table.
ANGELIQUE DE BORDEAUX ,
ou Saint
Martial
AO UST. 17337 1759
de
Martial. Assés grosse et bienfaite , mais
peu de valeur , quoique quelques uns
assurent l'avoir mangé bonne en cer
taines années.
BERGAMOTE DE BUGI. Grosse et bonne
›
en Touraine , où elle est connue sous le
nom de Poire de Ministre ; mais à Paris
onne s'en sert que pour les compotes.
FRANC REAL, double fleur Cadillac ,
Poire de Livre. Nesemangentque cuites.
Remarques Generales surlesPoires.
Les Poires en general se greffent sur
le Coignassier ou sur le Franc qui est le
Sauvageon de Poirier , soit de bouture
soir de pepin.
Le Franc est extremement vigoureux,
et pour cette raison fait des arbres très
grands qui sont tardifs à porter du fruit,
et qui ledonnentmoins coloréetde moin
dre goût que ceux qui sont sur Coignas
sier. En recompense ces arbres sur Franc
durentlong-tems , et étant fort grands
ils donnent une prodigieuse quantité de
fruits quand l'âge a moderé leur vigueur
excessive , mais il faut les attendre. Au
contraire les Poiriers greffés sur Coignas
sier,nedeviennent ni si grands nisi vieux;
mais comme ils donnent leurs fruits plus
colorés et de meilleur goût , et qu'ils
sont
1760 MERCURE DE FRANCE
sontd'un raport beaucoup plus prompt,
(ce qui flate ceux qui plantent) on ne
s'avise guere de planter du Francque dans
les terres où leCoignassier ne peut pas
reussir.
res ,
Ces terrains sont ceux qui sont fort
brulans et qui se dessechent assés, avant
et pendant les chaleurs de l'Eté ; les ra
cines du Coignassier ne s'enfonçant gue
ne fontque couler entre deuxterres
assés proche de la superficie , où elles ne
seroient pas en sûreté contre la seche
resse dans ces sortes de terres au lieu
que les racines du Franc, piquent , s'en
foncent , et se mettent ainsi hors de la
portée de la secheresse.
,
Ce qu'on vient de dire doit s'entendre
seulementpour lesarbres àplanter en con
tre espaliers , palissés en buisson et en
espaliers ; car pour ceux quel'on plante
en plein vent à haute tige , il faut qu'ils
soient greffés sur Franc. Les racines du
Coignassier sont trop foibles et trop peu
profondes pour soutenir ces grands ar
bres contre les vents auxquelsils sont ex
posés. D'ailleurs commeon ne retranche
presque rien à cette sorte d'arbres que
P'on ne taille
comme les autres , l'a
pas
bondance de la seve se trouve bientôt
partagée dans une si grande quantité
de branches, qu'elle est moderée dans
chacune,
AOUST. 1735. 1757
chacune , et par consequent ne les em
pêche pas de se mettre àfruit.
LesPoiriers se plantent en espaliers,en
contre espaliers, palisés , en buissons , et
en plein vent de haute tige ; à l'égard des
espaliers , il faut distinguer les bonnes ex
positions qui sont celles du Levant et du
Midy; la médiocrequi est celle du Cou
chant, et la mauvaise qui est celle du
Nord.
On ne peut gueres avoir aux environs
de Parisde beau bon Chrétien d'Hyver,
ni de bonnes Bergamotes qu'en espaliers
aux bonnes expositions ; ainsi il faut y
planter ces deux especes de Poires; mais
on neconseille pas d'y en planter aucu
nes autres qui peuvent fort bien réussir
ailleurs, et quioccuperoient ici des places
qui sont précieuses par lebesoin qu'on en
a pour les Pêches , les Cerises précoces ,
quelques especes de Prunes, et les Rai
sins muscats, tous fruits à qui ces bonnes
expositions sont nécessaires.
Toutes sortes de Poires s'accommo
dent assés de l'exposition du Couchant ,
mais on croit à propos de ne planter en
espaliers que desgros fruits qui sontsujets
à tomber en plein vent , comme Beurée
S. Germain, Crasane , Virgouleuse , &c.
on nedoit pas pour cela se dispenser de
planter
1761 MERCURE DE FRANCE
planter de ces mêmes especes en plein air,
soit enbuissons , soit en contre espaliers
palissés , parce qu'en general les fruits
venus en plein air, sont de bien meilleur
goût que ceux de l'espalier.
Pour l'exposition du Nord , il y apeu
d'especes de Poires qui y donnent du
fruit,ces especes sont le Beuré,la Crasanne,
S.Germain,le MessireJean,et le Doyenné.
Cesfruits y deviennent gros,sans couleur,
et on doit les employer à faire des com
potes , avant qu'ils soient murs , car la
plupart mollissent avant leur parfaite ma
turité , et ceux qui y parviennent sont
insipides et pâteux.
Les contre espalliers pallissés et lesbuis
sons ,sont propres pour toutes les espe
ces de Poires , excepté le bon Chrétien
d'Hyver qui y seroit
peu
coloré , et
par conséquent privé de son principal
merite , et les Bergamotes, dont les ar
bres réussissent ordinairement très mal.
Pourles pleins vents à hautes tiges , on
doit choisir les especes dont les fruits sont
petits , et par consequent moins sujets à
être abatus par les vents , et quelques
especes , comme le Bezy de lamotte,qui
n'étant pas naturellement d'un goût très
relevé , ont besoin de cette disposition
pour le leur augmenter; car parmi les
fruits
A OUST. 1785. 1763
fruits en plein air , qui ont tous plus de
goût que ceux des espaliers , ceux de
hautes tiges se distinguent considerable
ment.
POMMES , àlamу-Aoust.
CALVIL D'ETE'. Grosse Pomme rouge ;
qui a la chair legere comme les autres
Calvils , d'un bon goût , mais sujette à
être cotoneuse ,lorsqu'elle est bien mûre.
Elle est fort agreable pour la décoration
des Tables , sur tout dans les années ou
les Pêches manqueut.
En Novembre.
CALVIL BLANC à côtes. Très belle Pom
me, bonne et qu'on garde quelquefois
jusqu'à Pâques.
,
Decembre , et lesmois suivans.
CALVIL ROUGE. Très belle et bonne
Pomme dontla chair est rouge , lors
qu'elle provient de vieux arbres en ter
rain sec. Elle se garde long-tems , et
fait l'ornement desTables à la fin de l'Hi
ver.
REINETTE FRANCHE. Fort connuë et
fort estiméepar tout pour sa bonté , tant
cruë que cuite , et parce qu'elle se con
serve long-tems.
REINETTE
1764 MERCURE DE FRANCE
REINETTE GRISE. Excellente à manger
cruë , lorsqu'elle est fannée , elle a au
moins autant de goût que la précedente ,
et se garde aussi long-temps.
REINETTE D'ANGLETERRE ou Pomme
d'or. Petite Pomme fort jaune, plusplatte
et plus seche que la Reinette franche ;
elle se garde long-tems,
POMME DE VIOLETTE. Grosse Pomme
d'un rouge foncé , dont la chair a le goût
aprochant de l'odeur de la Violette
mais cotoneuse.
FENOUILLET GRIS. Pomme grise qui a
le goût d'anis , excellente lorsqu'elle est
fannée.
FENOUILLET ROUGE,Ou Bardin. Comme
la precedente , hors qu'elle est d'un gris
plus sombre avec quelques grandes
taches d'un rouge pourpre ; elle a la
chair plus ferme que la précedente , et
quelque chose de plus fin dans le goût.
,
APY. Petite Pomme fort jolie pour sa
couleur , d'un rouge vif , sur un fond
blanc clair , on en monte des piramides
magnifiques pour les tables pendant l'HI
ver.
POMME ROSE. Elle ressemble fort parle
dehors à l'Apy. Elle est ordinairement un
peu plus grosse, maiselle ne se garde pas
si long-tems , sa chair est moins seche ,et
sent un peu la Rose.
Remarques
AOUST 1735. 1765
Remarques generales.
Les Pommes se greffent surle Franc de
Pommier,qui est le Sauvageon de Pepin,
sur le Doussin et sur le Paradis , qui sont
deux autres especes de sauvageon.
Le Franc de Pommier , comme celui
de Poirier , fait des Arbres vigoureux ,
tardifs à porter du fruit , mais qui vivent
long-tems; on ne s'en sert que pour les
Arbres en plein ventde hautetige.
Le Paradis ne faisant pas de grosses
Racines , fait des Arbres qui poussent
peu ,qui donnent dufruit très prompte.
ment , et pour cela sont propres à être
plantés enContre espaliers palissés, ou en
buissons , dans les endroits où on craint
dese borner la vûë.
Le Doussin tient le milieu pour la vi
gueur , entre les deux Sauvageons préce
dens ; c'est-à- dire , que les Arbres qu'il
fait , poussent moins que ceux sur Franc,
et plus que ceux sur Paradis , qu'ils se
mettent à fruit plutôt que les uns , et
plûtard que les autres ; enfin qu'ils sub
sistent moinslong-temps que ceux-là , et
beaucoup plus que ceux-ci.
Les Arbresgreffes sur ce Sauvageon ,
sont les plus propres à faire de beaux
buissons ; car ceux sur Franc deviennent
d'une
1766 MERCURE DE FRANCI
d'unegrandeur prodigieuse , et ne don
nent du fruit que lorsqu'ils sont vieux ;
et ceux sur Paradis poussent si peu de
bois , qu'on ne peut presque pas leur fai
re prendre forme. Ils viventtrop peu, et
sont trop chiffons pour un Jardin d'une
grandeur raisonnable , si ce n'est pourles
endroits où des Arbres plus grands bor
neroient quelque vûë que l'on veutcons
server.
Les Pommiers greffez surces troisSau
vageons , réussissent assez bien dans tou
tes sortes de terres passablementbonnes
même dans celles où les Poiriers languis
sent par trop de secheresse.
>
Ontrouve communémentdans lesJar
dins bien d'autres especes de Pommes,
que celles qui sont énoncées au Catalo
gue ci-dessus ; mais loin de s'attacher à
ce grand nombre d'especes médiocres
on conseille volontiers de s'en tenir à la
,
Reinette franche , à la Reinette grise,
aux Calvils , aux Fenouillets , à l'Apy,
et à la Pomme rose, qui sont sans_con
tredit , les meilleures especes ; et de re
jetter les autres qui sont inférieures à cel
les-ci , et qui meurissent dans le même
temps,posant pour maxime,qu'on nedoit
souffrir de fruits médiocres , que dans les
saisons où on n'ena point de fortbons.
CERISES
A OUST. 1735. 1767
CERISES vers lafin de May.
CERISES PRECOCES , ne sont considéra
bles, que par leur primeur ; et par consé
quent ne doivent se planter qu'à un Es
palier au Midi ou auLevant , et jamais à
une mauvaise exposition
ni en plein
pas hâtives.
vent , où elles ne seroient
Ala my-Juin.
CERISES COMMUNES , sont plus belles
et meilleures que les précedentes , mais
moins belles et moins bonnes que les sui
vantes ; il n'en faut que pour garnir le
vuidé quise trouveroit entre les Precoces
et celles de Montmorenci.
Vers lafinde fuin.
CERISES DE MONTMORENCY , sontbel
les et bonnes , on s'ensert pour les Con
fitures et pour les Ratafiats.
GUIGNES BLANCHES ET NOIRES. Les
blanches sont plus estimées que les noi
,
res il ne faut des unes et des autres
que pour attendre les Bigareaux qui sont
beaucoup plus beaux etmeilleurs.
Vers la my-fuillet.
CERSIES ROYALES oud'Angleterre, sont
très-grosses et très-douces , l'Arbre fleu
E
rit
1768 MERCURE DE FRANCE
rit beaucoup , charge peu, et ressemble
fort au Griottier.
GRIOTTES , c'est une espece de grosse
Cerise noire , fort estimée , parce qu'elle
est fort douce ; son Arbre charge fort
peu , quoiqu'il fleurisse beaucoup.
BIGAREAUX. C'est à tort que quelques
uns les divisent en deux especes ; sça
voir , gros et petits, il se trouve toujours
des deux especes sur le même Arbre ; et
si un Arbre les donnegeneralement plus
gros qu'un autre,on ne doitimputer cela
qu'à la vigueurde l'Arbre , et non pas
multiplierles especes faussement.
REMARQUES sur les Cerises.
En Italie , et en quelques Provinces
du Royaume , comme en Dauphiné ,ce
qu'on apelle Griottes , ce sont nos Ceri
ses , et ce que nous apellons Griottes en
France
›
ils le nomment Cerises. En
Poitou eten Angoumois , on apelleGui
gnes ce que nous apellons Cerises ; on
apelle Cerises ce que nous apellons Me
rises ; et on apelle Guindoux ce que nous
apellons Griottes.
Tous les Cerisiers en general se gref
fent sur le sauvageon de Cerisier , ou sur
le Merisier , en fente ou en écusson ;
mais ils s'accommodent ordinairement
mieux
A O UST. 1735. 1769
pous
mieux de la greffe en écusson à la
se , c'est-à dire , de celle qui se fait avant
la S. Jean.
Ils réussissent assés bien dans toutes
les terres qui ne sont pas absolument
mauvaises ; mais mieux dans celles qui
sont legeres et sabloneuses.
Les Cerisiers de Cerises Royales , et
les Griottiers , sont si semblables par leur
bois , la maniere de le pousser , la gran
deur et l'épaisseur de leurs feuilles , par
la quantité extraordinaire de leurs fleurs
disposées sur l'une et sur l'autre de la
le
même maniere ; enfin
›
par peu defruit
qui y tient en comparaison de cette
quantité defleurs , mêmepar la grosseur,
la figure et la douceur de leurs fruits
qu'on croit volontiers que ce sont deux
especes de Griottes , dont l'une est rouge
,
et l'autre noire.
PRUNES aucommencement de Juillet.
JAUNE HATIVE , ou Prune de Catalo
gne. C'est la plus hâtive de toutes les
Prunes , elle est très douce et assés es
timée , parce qu'on n'en a point encore
de meilleures dans cette Saison.
VIOLETTE HATIVE , ou Grosse noire de
Montreuil. Grosse et très-belle Prune ,
presque aussi hâtive que la Jaune ; mais
E ij
sa
1770 MERCURE DE FRANCE
sa beauté et sa primeur fonttout son me
rite ; car elle n'est pas bonne.
Ala my-Juillet.
PERDRIGON HATIF , ressemble assés au
Perdrigon violet par sa figure et par sa
couleur , mais n'en aproche pas par sa
bonté , quoiqu'elle soit meilleure
précedente.
A lafin de Juillet.
GROSSE MIRABELLE , ou double Mira
belle , ou Mirabelle perlée. Très bonne
Prune,pleine d'eau et fort sucrée ; c'est
de toutes ces prunes , celle qui aproche
le plus de la bonté des trois excellentes
dont on va parler ; et ce quilui est avan
tageux , c'est qu'elle meurit avant elles
dans une Saison où elle est sans concur
rente,
En Aoust.
PRUNE DEMONSIEUR,que quelques-uns
déguisentsous le nom de Damas de Tours.
→
Assés belle prune , fort commune, pas
sablement bonne lorsqu'elle est bien
meure.
DAMAS VIOLET et Damas rouge, sont
deux especes de Prunes passablement
bonnes , qui quittent le noyau bien net,
comme
quela
suivent.
AOUST. 1735. 1771
comme tous les Damas ; mais qui ne va
lent pas les trois especes de Damas qui
Damas
DAMAS BLANC ,Damas vert
de Maugeron , sont les trois meilleures
especes de Damas , qui étoient autrefois
les plus estimées de toutes les Prunes
lorsqu'on ne faisoit cas que de celles qui
quittoient bien le noyau.
PETITE MIRABELLE. Petite Prunefort
connue, elle est d'unfort bongoût ; mais
elle est séche , et pour cela propre aux
confitures.
MIRABELLE ROUGE n'est differente
>
de la précedente , que par sa couleur.
IMPERIALE VIOLETTE. Grosse Prune ,
de la grosseur etde la forme d'un œufde
poule , très-belle , mais insipide.
IMPERIALE BLANCHE ou Dardonne ,
ne differe de la précedente , que par sa
couleur.
PRUNE D'ABRICOT. Belle er bonne
Prune quiala chair jaune , presque com
meun Abricot commun.
REINE-CLAUDE , àTours Prune d'A
bricot vert. A Vitry sur Seine , Dauphine.
C'est la meilleure de toutes les Prunes,
elle garde toujours sa couleur verte,quoi
qu'elle soit meure ; celles qui ont été
bien découvertes sont fouettées de rouge,
E iij
1772 MERCURE DE FRANCE
à cause du Soleil; elle n'est pas belle ,
mais elle dédommage bien la vûë par le
goût ; on en envoye tous les ans une
grosse quantité de Tours à Paris , par
présent, dans des coffrets garnis de co
ton.
ROYALE, ou Perdrigon d'Italie
,
très.
belle et excellente ; sa couleur est d'un
rouge unpeu foncé ; mais elle est ordi
nairement si fleurie , qu'elle paroît toute
blanche, elle a moins d'eau que la Reine
Claude ; mais elle est cependant excel
lente.
PERDRIGON VIOLET. Excellente Prune
longuette , très-fleurie , plus petite que
la précedente , mais qui fait avec elleet
la Reine-Claude , une classe de Prunes
que les autres ne suiventque de loin
>
pour
ne,
la bonté.
PERDRIGON BLANC. Fort bonne Pru
semblable au Perdrigon violet par la
figure , mais qui lui est inferieure par sa
bonté.
DIAPRE'E. Bonne Prune violette , lon
quette , qui a la chair jaunatre , elle est
fort estimée pour faire des Pruneaux.
SAINTE CATHERINE. Fort bonne Pru
ne , sur tout lorsqu'on la laisse meurir,
jusqu'à cequ'elle soit ridée vers la queuë,
mais ilfaut pour cela qu'elle soit en es
palier
AOUS T.
1735:
palier ; car en plein vent , elle est sujette
à être abatue par les vents.
1773
EnSeptembre.
DAMAS DE SEPTEMBRE, ou Prune de
Prune violette , qui meurit
,
vacances.
après les autres
merite.
et c'est son principal
Vers la my-Octobre.
IMPERATRICE , er en Flandres Prune
d'Altesse , est beaucoup meilleure que la
précedente , quoique plus tardive , on en
mange jusqu'en Novembre ; elle a la
chairjaune , et est assés bonne pour faire
plaisir en cette Saison.
REMARQUES sur les Prunes.
Toutes les especes de Prunes se gref
fent en fente ou en écusson, sur des sau
vageons de Pruniers , soit de boutures ,
soit de noyau.
La jaune et la violette hâtive , n'étant
considerables que par leur primeur ; on
doit en planter enespalier auxbonnes ex
positions ; on peut cependant en planter
au Couchant quelques Arbres,qui empê
cheront qu'il n'y ait d'intervale entre ces
especes et les autres.
LesPerdrigonsviolets etblancs réussis
sent
1774 MERCURE DE FRANCE
sent ordinairement plus mal ailleurs que
dans ces espaliers bien exposez , et ce
sont d'assés bonnes especes pour meriter
qu'on leur ydonne place.
Pour avoir la Sainte-Catherine fort
bonne , il fautaussi en planter quelques
Arbres à ces bonnes expositions, pour les
raisons raportées ci-dessus.
Toutes les autres especes de Prunes
réussissent fortbien en plein air , et n'ont
point besoin du secours de l'espalier.
Ainsi on ne doit pas leur prodiguer les
bonnes expositions ;on peut bien enmet
tre à l'espalier au Couchant, lorsque par
le
la qualité de la terre cette exposition ne
peut pas segarnir dePêches.
Les Pruniers se plantent enplein air;
en buisson ou à hautes tiges; mais les
contreespaliers palissés ne leur convien
nent gueres; parce qu'en general ils sont
trop vigoureux pour être contenus dans
peu de hauteur qu'on donne commu
nément à ces contreespaliers,pour ne pas
borner la vûë, et en retranchanttoujours
ces Pruniers , comme on y seroit obligé,
afin qu'ils n'excedassent pas le treillage;
ils ne feroient toujours que pousser de
gros bois , et ne se mettroient point à
fruit.
Il fautfaire attention que dans lesPe
pinica
A O UST. 1735. 1775
pinieres de Vitry sur Seine , qui sont les
plus considerables des environs deParis,
pour les Arbres fruitiers
›
l'excellente
Prune qui est connue à la Cour sous le
nom deReine-Claude , n'y est connue
que sous celui de Dauphine, et il faut l'y
demander sous ce nom ; car les Mar
chands d'Arbres de ce Pays-là fourni
roient pour Reine-Claude une espece de
Damasblanc à qui ils donnent ce nom ;
c'est une Prune seche , et qui n'aproche
pas de la bonté de celle que l'on auroit
dessein d'avoir , et qu'ils nomment Dau
phine.
ABRICOTSau commencement deJuillet
ABRICOTS HATIFS ou musqués . Petits,
ronds , ayant la chair blanche et le noyau
rond , on ne l'estime qu'à cause de sa
primeur.
Ala finde Juillet.
ABRICOTS COMMUNS , ou gros Abricots,
ils sont plus plats , plus gros et beau
coup meilleurs que les hâtifs. Ils ont la
chair jaune.
Remarques sur les Abricots.
L'Abricotier se greffe ordinairement
sur l'Amandier et sur le Prunier, com
F y me
1776 MERCURE DE FRANCE
me les Pêchés dont il sera parlé ci-après.
Les expositions du Levant ou du Midi
sont necessaires aux Abricots hâtifs ; par
ce qu'il n'y a qu'elles qui puissent leur
procurer la primeur qui fait tout leur
merite ; elles sont aussi très-favorables
aux communs ; mais ils ne laissent pas
de réussir aussi au Couchant , sur tout
dans les terres chaudes et seches.
Les Abricotiers communs réussissent
mêmeen plein air en buissons,ou àhautes
tiges, et leurs fruits y sont incomparable
ment meilleurs que ceux des espaliers ;
ensorte qu'on n'en planteroit point en es
palier, si le raport de ceux de plein air
toit aussi certain que celui des espaliers;
mais il est fort ordinaire aux fleurs de
ceux-là , de périr par les gelées du Prin
temps , parce qu'on ne peut pas les cou
vrir comme les espaliers pendant cette
saison , quoiqu'ils soient beaucoup plus
exposés , n'ayant pas l'abri des murail
les ; mais quand le Printemps est favora
ble , et que ces Abricots de plein vent se
conservent , ils font mépriser ceux des
espaliers qu'on abandonne aux Confitu
riers.
Quoique les Abricots réussissent mieux
dans les terres legeres , que dans celles
qui sont fortes , ils s'accommodent ce
реп:
AO UST. 1735. 1777
pendant assés bien de celles-ci , sur tout
en éspaliers aux bonnes expositions ; on
doit seulement observer de planter sur
Amandier dans les Terres fort legeres ,
et sur Prunier dans celles qui sont pé
santes pour les raisons qui seront apor
tées ci-après , en parlant des Pêches.-9.b s
PECHES en Juillet.
AVANT PECHE BLANCHE , Pêche de
Troyes , ou Avant Pêche rouge , ne sont
estimées qu'à cause de leur primeur ; la
blanche l'est plus que la rouge.
Au commencement d'Aoust.
PETITE MIGNONNE,Ou Double de Troyes,
est fort bonne, plus grosse , et meilleure
"que les précédentes.
Vers la my-A›ût.
MAGDELAINE BLANCHE et Magdelaine
rouge excellentes , et ne sont differentes
qu'en ce que la rouge est beaucoup plus
colorée, tant dehors, que dedans autour
du noyau ; leurs feuilles qui sont beau
celles des au
coup plus dentelles que
tres especes de Pêches , font aisement
distinguer leurs Arbres sans y voir le
fruit.
GROSSE MIGNONNE, excellente , et la
E vj
plus
1778 MERCURE DE FRANCE
plus belle de toutes les Pêches; aussi est
elle la plus estimée , et celle donton doit
planter le plus.
Vers la fin d'Aoust.
ROSSANE. Elle a la peaujaune , et d'un
rouge pourpré du côté du Soleil ,sa chair
est jaune , assés séche, et sujette à deve
nir cotoneuse; son Arbre charge beau
coup.
CHEVREUSE HATIVE. Elle est très-belle
pour sa grosseur et sa couleur sa forme
,
est un peu allongée , elle est fort sujette
àdevenir cotoneuse ; l'Arbre portebeau
coup defruit.
BELLEGARDE, ou Galande. BellePêche,
quoiqu'unpeu longuette , elle est la meil
leure pourfournir avec la violette , l'in
tervale qui se trouve entre les Mignon
nes et les Admirables.
VIOLETTE HATIVE. Pêche, lisse excel
lente et très estimée pour son goût ex
quis , et plus vineux
bonnes Pêches.
celui des autres
que
BRUGNON C'est un Pavy lisse,comme la
Pêche violette
et qui ne se distingue
d'elle , que parce qu'il ne quitte pas le
noyau.
Ye
AOUST 1735. 1779
Vers la my-Septembre.
'ADMIRABLE ROYALE. Deux belles et ex
cellentes Pêches , qui meurissent en mê
metemps, assés semblables dans leurs fi
gures , si ce n'est que la Royale a com
munément comme une petite tête.
PAVY-MAGDELAINE , est fort beau et
assés gros ; sa couleur est d'un rouge clair
comme celle d'une Pêche-Magdelaine ,
et ses feuilles sont dentelées comme celles
de cette Pêche.
POURPREE, ou Chevreuse tardive , très
belle et très bonne Pêche , un peu plus
tardive que les précedentes , elle a la fi
gure et la beauté de la Chevreuse hâti
ve, et n'est pas cotoneuse comme elle ;
son rouge est foncé , et cela lui a fait
donnerle nom de Pourprée.
spot
En Octobre.
NIVETTE. Grosse Pêche allongée , mal
unie , et d'une figure assés irréguliere ,
belle et assés bonne , lorsqu'elle meurit
bien ; mais elle a peine à meurir dans les
terrains froids et humides , à moins que,
l'année ne soit favorable.
BLANCHE D'ANDELY. Pêche toute
blanche dedans et dehors , peu estimée.
ADMIRABLE JAVNE. Grosse Pêchefort
tar
1780 MERCURE DE FRANCE
tardive , qui a la chair jaune , elle meu
rit rarement aux environs de Paris, etn'y
est pas estimée.
VIOLETTE TARDIVE ou Pêche marbrée:
Pêche lisse , jaune, fouettée de rouge, qui
meurit rarement en cePays ; elle est fort
sujette à se crevasser.
PAVY DE POMPONNE ou Pavy Mons
trueux. Très-gros et très-beau Pavy , de
la forme et de la couleur d'une belle
Pêche Royale ; il ne meurit que dans
les années et dans les terres avantageuses.
Remarques sur les Pêches.
Les Pêchers se greffent ordinaire
ment en Ecussons sur Amandier ou
sur Prunier ; les racines de l'Aman
dier piquent fort avant dans terre,
au lieu que celles du Prunier s'enfon
cent beaucoup moins , c'est sur ce fon
dement qu'on plante les arbres greffés
sur Amandier , dans les terres qui sont si
seches et si brulantes , que les racines du
Prunier ne seroient pas en sureté con
tre la secheresse , et au contrairé dans
les terres humides,et dans lesquelles l'eau
n'est pas éloignée de la superficie, on
ne doit planter que sur Prunier , parce
que les racines de l'Amandier en s'en
fonçant trouveroient l'eau qui les pour
Tiroit.
AOUST. 1735. 1781
Les Pêchers s'accommodent beaucoup
mieux d'une terre legere que de celles
qui sont froides et pesantes , où la gom.
me lesestropie et souvent même les fait
périr. Il n'y a gueres que les Espaliers
au Levant et au Midy , qui leur con
viennent, et ils ne réussissent au Cou
chant que dans les terrains fort chauds
et secs. Dans les Jardins d'une grandeur
raisonnable , on doit planter quelques.
arbres d'avant Pêches et de petite Mi
gnonne, qui annoncent, pour ainsi-dire,
celles qui les suivent, et qui valent beau
coup mieux qu'elles mais dans les pe
tits Jardins on doit les suprimer et ré
server le peu de bonnes expositions que
l'on a pour les suivantes.
3
Detoutes lesPêches la grosse Mignonne
est la meilleure et la plus belle, si elledu
roit pendant toute la saison des Pêches ,
on se passeroit volontiers des autres es
peces, excepté la Violette qui est d'une
beauté et d'une bonté differente des au
tres Pêchés.
1
Les Magdelaines meurissent dans le mê
metemps que la grosse Mignonne , elles
ne valent pas mieux au goût , sont beau
coup moins belles, et par conséquent ne
se font pas admirer en sa compagnie,
outre cela elles quittent l'arbre si faci
lement
1782 MERCURE DE FRANCE
lement dans le temps de la maturité ,
qu'on a le désagrément d'en perdre une
grande partie qui se meurtrit en tom
bant, ainsi il faut en planter peu. Tout
ce qui détermine à planter des Magde
laines , c'est que les feuilles de leurs ar
bres ne se recoquillent point par les
froids du Printems , comme celles des
autres especes,dont les arbres et les fruits
souffrent beaucoup dans ces temps-là.
La Bellegarde et la Violette se lient
par leur commencement auxMagdelaines
et à la Mignonne, et par leurfin àl'ad
mirable et à la Royale , qui sont elles
mê.nes suivies par la Pourprée; en sor
te que ces especes produisent pendant six
semaines , sans interruption , une suite
de très bonnes Pêches ,à la fin desquel
les vient la Nivette , qui est fort bonne,
lorsque l'Automne est favorable.
On neconseille point de planter d'espe
ces plus tardives , si ce n'est le Pavy de
Pomponne,à cause de sa beauté; car les
Pêches ne valent plus rien dès que les
nuits deviennent froides. Il est inutile
aussi d'employer son Jardin en especes
médiocres , qui meurissent pendant cette
suite de très bonnes Pêches dont on vient
de parler , suivant la maxime déja ra
portée , que les fruits médiocres ne doi
vent
A OUST. 1735. 1783
vent se tolerer que dans les saisons où
on manque des bons.
Les Pavis ont plus de goûr que les Pê
ches dans les Pays chauds; le climat de
Paris ne leur est pas si avantageux et
ne leur fournit ni le goût ni la délicatesse
des Pêches. Ils y ont toujours la chair
grossiere et coriasse ; le seul avantage
qu'ils y ontsur lesPêches,c'est qu'ils sont
propres à être pochetés sans s'écraser ,
ce qui plaît beaucoup aux Dames. Les
trois especes inserées dans le Catalogue
sont les meilleures qui meurissent ordi
nairement aux environs de Paris, en
core s'en sert-t'on plus pour les Compo
tes qu'à les manger cruds.
FIGUES au commencement d'Août.
FIGUE BLANCHE RONDE ; c'est la plus
estimée de toutes les Figues pour ce Pays
cy; elle est fort belle, fort bonne , et
celle dont le fruit d'Automne meurit le
plus aisément.
FIGUE BLANCHE LONGUE , estfortbelle
et fort bonne ; mais outre que son fruit
d'Automne a plus de peineà meurir que
celui de la précédente, son fruit d'Eté
a moins d'eau que la ronde , et quelque
fois même il seche sur l'arbre , lors
qu'il se trouve tropdécouvertde feuilles.
Ces
1784 MERCURE DE FRANCE
Ces deux especes de Figues sont les
seules dont on doive planter en ce Pays
cy, toutes les autres especesfort estimées
dans les Pays chauds , donnent si peu
de contentement aux environs de Paris,
qu'on n'en trouve presque plus que dans
les Jardins de quelques Curieux , qui
veulent absolument avoir de tout , sans
distinction.
Les deux especes de Figues blanches
donnent beaucoup de Figues-Fleurs , ou
Figues d'Eté qui meurissent toujours , à
moins de quelque accident particulier,
et beaucoup de secondes Figues ou Fi
gues d'Automne , qui ne meurissentque
lorsque l'Automne est favorable.
Les autres especes donnent peu de Fi
gues-Fleurs; et comme il est assés rare
qu'il fasse assés chaud pendant l'Autom
ne pour meurir les secondes, cette seule
considération suffiroit pour justifier que
c'est avec raison qu'on les a abandon
nées pour ne garder que les blanches.
On croit inutile de raporter les noms
de toutes ces Figues dont on ne conseille
point de planter. Les Figuiers se multi
plient aisément par les marcottes , ou
de bourures , ils se plantent en Espaliers
aux bonnes expositions ou en plein air,
soit en caisses , soit en pleine terre;
les
A OUST. 1735. 1785
les Figues de plein air ontbeaucoup plus
de goût que celles des espaliers , et celles
des caisses sont plus hâtives que celles
de pleine terre.
Le Figuier est un bois tendre , sujet
à périr dans les hyvers rudes par les for
tes gelées, et plus encore par les verglats;
c'estpourquoi ondoitserrer ceux quisont
encaisses, etcouvrir ceux qui sont en plei
ne terre, de fumier sec , de paille longue
ou de quelqu'autre matiere équivalente.
Il est vrai que ces couvertures ne se
roient pas nécessaires tous les ans, si on
pouvoit prévoir le degré de froid qui-doit venir pendant l'Hyver , on s'épar
gneroit souvent cette dépense et les ar
bres n'en feroient que mieux; car outre
que les rats et les mulots maltraitent sou
vent les Figuiers sous ces couvertures
le fruit est si tendre , lorsqu'on le decou
vre au Printems , qu'il est exposé à pé
rir par la moindre petite gelée , par un
grand hâle qui le desseche,ou par unSoleil
ardent qui le brule avant qu'il soit en
durci à l'air.
Les Figuiers en caisse se mettent fort
à la mode , tant à cause que leur fruit
est plus hârif et meilleur que celui de
pleine terre , que par la facilité qu'il y
àà les conserver l'Hyver, d'autant qu'il
leur
1786 MERCURE DE FRANCE
leur suffit d'avoir une Serre qui les mer
te à couvert des plus fortes gelées,
et qu'on peut en serrer un assés bon
nombre dans un petit endroit , parce
qu'il n'y a rien à leur faire pendant l'hy
ver ; joignez à cela qu'on est dispensé
par ces caisses d'employer en Figuiers
une partie des Espaliers bien exposés;
dont on n'a jamais trop pour les Pêches
et les autres fruits à qui ils sont abso
lument nécessaires.
Il est vrai qu'il faut à ces caisses d'am
ples et fréquentes moüillures pendant
Eté , mais en les rangeant proche de
l'eau lorsqu'on les sort de la Serre , ces
arrosemens nesont pas d'une fort gran
de dépense.
RAISINS à lafinde Juillet.
RAISIN PRECOCE , ou de la Magdelaines
tout son mérite est d'être hâtif.
Vers la fin d'Août.
CHASSELAS , beau et excellent Raisin,
qui meuritfacilement etqui esttrès-doux.
CIOUTA OuRaisin d'Autriche ; bon '
doux comme le Chasselas ; ses feuilles
sont découpées en feuilles de persil.
RAISIN DE CORINTHE blanc, et Raisin
de Corinthe violet , deux especes de petit
Raisin
A OUST. 1735. 1787
·
Raisin sans pepin , dont les grapes sont
ordinairement très grosses , les grains
très menus et fort pressés.
En Septembre.
MUSCAT BLANC; Muscat violet,et Mus
cat rouge. Ces trois especes de Muscat
sont peu differentes par le goût, cesont
de très beaux et très excellens Rai
sins , lorsqu'ils sont bien meurs , mais
dans la plupart des Jardins des environs
de Paris , ils ont besoin pour meurir d'ê
tre aidés , comme on le dira cy après ;
encore dans bien des années ces secours
ne leur suffisent pas.
En Octobre.
MUSCAT LONG, Passe musqué, ou
Muscat d'Alexandrie. C'est un très-gros
Raisin , long et très- excellent , lors
qu'il est planté dans un terrain assés
chaud pourpouvoir meurir; encore avec
cet avantage de terrain , il faut que l'an
née soit favorable ; ainsi il est inutile
d'en planter dans les terres froides , si
ce n'est pour les confitures.
VERJUS , ou Bourdelais , gros Raisin
dont on se sert avant qu'il soit mûr
pour la Cuisine et pour les Confitures.
La Vigne se multiplie aisément par
mar
1788 MERCURE DE FRANCE
marcottes ou de boutures , qui prennent
racine fort aisément , soit qu'elles soient
seulement du bois de l'année , ce qui
s'appelle simplement Boutures , soit qu'il
y tienne un peu de vieux bois , et pour
lors elle se nomment Crossettes.
Les Vignes se plantent en espalier ou
en plain air, soit pour les palisser sur
quelques Treillages ou Berceaux , soit
pour soutenir seulement chaqueSep avec
un Echalas , comme on fait communé
ment dans les Vignes de la Campagne.
Les Muscats , et sur tout le long, de
mandent absolument l'espalier à une
bonne exposition ; par la difficulté qu'il
Y àles faire meurir, il est aussi néces
saire au Raisin Précoce , pour lui pro
curer la primeur , qui fait tout son mé
rite.
Les espaliers bien exposés sont aussi
fort avantageux aux Chasselas Ciouta
et Corinthe , ils y deviennent plus beaux
etymeurissent plus sûrement qu'ailleurs,
cependant ces especes ne laissent pas de
meurir communément assés bienau Cou
chant et même en plein air , sur tout
dans les terres chaudes.
Pour le Bourdelais , comme on ne s'en
sert qu'avant qu'il soit meur , on ne le
plante qu'au Couchant ou au Nord, ou
en
A O UST. 1735. 1789
en plein air, sur quelques Berceaux.
Les Muscats meurissent difficilement
1º. parce que leurs grains sont ordinai-
rement si pressés sur les grapes , que
chacune de ces grapes fait comme une
masse qui ne peut pas être aisément pé
netrée par la chaleur du Soleil , 2°. parce
que
la
peau de ces grains est beaucoup
plus dure que celle des autres Raisins.
Pour remedier à ces accidens naturels
1º. dès que les grains sont gros comme
des pois , on doit avoir soin d'en ôter
la plus grande partie avec des cizeaux ,
n'en laissant que pour garnir la grape
sans que les grains puissent se presser
considérablement lorsqu'ils seront à leur
grosseur , 2º. lorsque ces Muscats com
mencent à s'attendrir et qu'on les a dé
couvert peu à peu de leurs feuilles
comme les autres Raisins , il faut les
moüiller soigneusement par dessus pen
dant la chaleur du Soleil, ces moüil
lures attendrissent la peau des Muscats
et leur procurent cette couleur d'Am
bre qui fait tant de plaisir à la vûë.
Grainier, Fleuriste et Botaniste , à l'en
seigne du Cocq de la bonnefoy,au mi
lieu du Quay de la Megisserie, à Paris.
Contenant un Catalogue instructif des
meilleursfruits , &c.
'Espere , Monsieur , de vous mettre
bientôt en état de rendre bon
de ma conduite , au sujet de la petite
fleur nommée Oreille d'Ours ; mais en at
tendant il sera plus utile pour le Public
que je lui fasse part danscette saison d'un
Catalogue nouveau des meilleurs fruits
avec les temps justes de leur maturité.
Ouvrage important,que M. le Normand,
Directeur du Potager du Roy , qui enest
l'Auteur , et de qui je le tiens , ne trou
vera pas mauvais que je communique au
Public , qui lui sera redevable d'une ins
truction d'autant plus nécessaire , que
presque tout le monde a des fruits sans
sçavoir ni leurs noms,ni dans quel temps
on doitles manger, &c. Je suis , &c.
Catalogue
AOUST. 1735. 1751
2
Catalogue des meilleursfruits,avec les temps
les plus ordinaires de leur maturité.
POIRES. A la my-Juillet.
ETITMUSCAT,
Poires de sept en
Prucule.Excellente et fort estince mal
gré sa petitesse , à cause de la finesse de
son musc. Pour l'avoir fort bonne ilfaut
que l'arbresoit en plein vent , dans un
terrain sec, et même qu'il soit vieux, c'est
la premiere Poire quimeurisse.
AURATE,Poire fort estimée,elle n'estpas
encore fort connue,elle est presque aussi
hâtive que la précedente , et sept ou huit
fois plus grosse , et d'un gout presque
aussi délicat.
A lafin de Fuillet.
POIRESDE MAGDELAINE OU Citrons des
Carmes , d'un assez bon goût , mais su
jettes àdevenir cotoneuses.
Aucommencement d'Aoust.
MUSCAT ROBERT ou Poire Dambre;
on àla Reine, Poire cassante, mais excel
lente au sucre , à cause de son musc , et
parce qu'elle n'a point de marc.
CUISSE MADAME , connue en Flandre
sous le nom de Poire de Fusée , fort bon
D v ne*
1752 MERCURE DE FRANCE
ne son defaut est qu'elle tombe de l'ar
bre fort aisement , et qu'elle est trop mû
re près de la queue lorsqu'elle est encore
verte à la tête.
BLANQUETTE à longue queue. Elle est
de beaucoup meilleure que les autres es
peces de Blanquettes. Son goût est vi
neux , et sachair tendre.
" EPARGNE ou Poire de Samson ou de
Beau present, fort belle , passablement
bonne, un peu âpre.
POIRE DE CIPRE , ou Rousselet hâtif.
Fort bonne , mais sujette à devenir mol
le ; elle ressemble assés au Rousselet
de Septembre par sa figure et un peu mê
me par songoût, maisquin'est pourtant
passi fin à beaucoup près.
Alany-Aòùst.
POIRE SANS PEAU. Excellente , très
beurée , et d'une eau parfumée.
OIGNONET. Assés bonne,platte , à peu
près de la figure d'un Oignon.
GROS BLANQUET ET PETIT BLANQUET.
Cassantes, fort bonnes au sucre,mais insi
pides crues.
BELLISSIME OU Suprême , belle à pein
dre , mais cotoneuse et sans goût.
Cassolette,
AOUST. 1735. 1753
Alafin d'Aoust.
CASSOLETTE. Poire cassante , mais d'un
musc agreable et sans marc , pour cela
excellente au sucre.
SALVIATI, Poire musquéeetsans marc,
>
excellente au sucre : on en faitde fortbom
Fatafia.
POIRE DE ROSE ou Epine Rose , assés
bonne mais d'une chair grossiere
ayant beaucoup demarc.
BON CHRETIEN D'ETE' , ou Grassioli.
Belle Poire , mais peu estimée, si ce n'est
pour les compotes , ou pour monter des
plats.
BON CHRETIEN D'ETE" musqué. Belle,
musquée etcassante ,mais non pas seche,
elle est plus estimée que la precedente et
neréussit point greffée sur Coignassier.
ROBINE Ou Royale musquée , ouà verat,
ou Muscat d'Aoust. Très estimée , quoi
que cassante, parce qu'elle a de l'eau et
qu'elle est d'un parfum excellent..
MILANBLANC ou Poire aux Mouches12
ou Bergamotte d'Eté. Tendre et douce
mais cotoneuse.
20
BOURDON MUSQUE", et Poire d'Orange.
Elles ont de l'odeur , mais elles sont cas
santes et seches,et pour cela peu estimées..
Ex
Dvj
1754 MERCURE DE FRANCE
En Septembre.
ROUSSELET. Poire excellente , tout le
mondele connoît. C'est une erreur que
de faire deux especes du gros et du
petit. Le sujetsur lequel la greffe est po
sée , la vigueur de l'arbre , son âge , le
terrain, sec ou humide, dans lequel il est
planté , sont les seules causes du plus ou
du moinsde grosseur , de couleur et de
goût.
EPINE D'ETE' , en Italien Bujarda. Ex
cellente Poire , très fondante etd'un musc
très fin ; elle ressemble assés à l'Epine
d'Hiver par sa figure , si ce n'est qu'elle
est un peu plus allongée vers la queuë,
une marque de son excellence est qu'on
l'estime , quoiqu'elle meurisse dans le
tems desPêches, qui bannissenttoutes les
Poires de leur saison , hors celle-ci et le
Rousselet.
INCONNUE CHENEAU OU Fondante de
Bresse. C'est à tort qu'on l'a nommée
Fondante , elle ne l'est pas , mais elle est
d'une fort bonne eau , et quoiqu'on net
puisse pas la compter parmi les excellen
tes Poires , cependant il est à propos d'en
planter quelques arbres dans les Jardins
d'une grandeur raisonnable, pour ne se
trouver pas sans fruits entro les Pêches
et le Beuré.
AOUST. 1735. 1755
ANGLETERRE OU Beuré d'Angleterre.
Poire très fondante et d'un goût relevé ,
mais elle mollit extrémement vîte. C'est .
la seule avec l'inconnue Cheneau , qui
puisse garnir le vuide dont on vient de
parler entre les Pêches et le Beuré.
En Octobre.
BEURE'. Excellent , tout le monde le
connoît ;le vert , le gris , le rouge, le
doré sont tous de la même espece. Ces
differences ne viennent que des mêmes
causes qui ont été raportées ci-devant à
l'occasion du Rousselet.
VERTE LONGUE ouMonille bouche d'Au
tomne.Poire fort bonne, fondante et fine,
elle seroit beaucoup plus estimée si elle
meurissoit avant le Beuré dont lacompa
gnie lui est fort désavantageuse.
VERTE LONGUE SUISSEOU MouilleBouche
Panachée.Elle n'est differente de la précé
dente , qu'en ce que celle-ci est rayée de
jaune et de vert ; le bois est panachécom
mele fruit.
BERGAMOTTE D'AUTOMNE. Poire excel
lente , très beurée , pleine d'eau et d'un
parfum fort agréable dans les terres se
ches et legeres , elle est cependant su
jette à devenir cotoneuse.
BERGAMOTTE SUISSE. Elle n'est diffe
rente
1756 MERCURE DE FRANCE
rente de la précedente que par la couleur,
celle ci est rayée dejaune.
DOYENNE'. Poire de S. Michel , Poire
de Neige , ou Poire debonne ente , fort
belle et assés bonne , mais sujette à mol
lir et à devenir cotoneuse ; elle seroit
plus estimée , si elle meurissoit dans une
autre saison , le Beuré lui fait tort.
BEZY DE LA MOTTE. Poire excellente
et fort estimée, parce qu'elle est très-fon
dante,sonarbrechargebeaucoup en plein
vent à haute tige, etson fruit y est meil
leur qu'en aucune autre situation. C'é
toit la Poire favorite de Louis XIV
EnNovembre.
MESSIRE JEAN D'un goût exquis
mais dont lachair est fort grossiere etfort
pierreuse.
POIRE DE VIGNE , de Damoiselle , longue
queue, ou Grise Brune. Petite Poire très
fondante et d'un goût relevé , mais qui
mollit trop vite.
LANSAC OU DAUPHINE. Cette Poire fut
présentée au Roy LouisXV.lorsqu'il étoit
Dauphin,Madame de Lansac étant pour
lors sa Gouvernante. Elle est tendre et
douce avec un petit fumet qui la fait es
timer.
SUCRE VERT. Petite Poire verte, Bew
rée et très-bonne
AOUST. 1735. 1757
CRASANE. Excellente , très fondante et
d'un goût très relevé , tellement que
quelques-uns l'accusent d'être âpre, mais
fort estimée dela plûpart, à cause de ce
goût vineux.
MARQUISE. Excellente,Beurée et d'une
fort bonne eau.
BONCHRETIEN D'EPARGNE. Beaucoup
plus beau que bon ; on s'en sert pour les
compotes.
En Decembre.
PETIT OIN ou Merveille d'Hiver. Beu
rée et bonne.
S. GERMAIN , autrefois inconnuë , la
Faze. Excellente et fort estimée , quoi
quesujette àêtre pierreuse , parce qu'elle
est fondante,d'un goût exquis , et qu'elle
se garde long-temps mûre sans mollir ,
qualité qui n'appartient qu'à elle seule
de toutes les Poires fondantes.
LOUISE BONNE. Plus belle ordinaire
mentquebonnes cependantil s'en trouve
de fort bonnes , provenues de vieux ar
bres en plein vent.
ECHASSERIF. Excellente ; c'est grand
dommage qu'elle mollisse si vîte;celles de
plein vent se gardent plus long-temps ,
et sont d'un goût exquis.
AMBRETTE. Excellente et fondante dans
les terrains secs, mais mauvaise pourl'or
dinaire
1758 MERCURE DE FRANCE
dinaire dans les lieux humides et froids.
MARTINSEC. Cassant, peuestimé crû,
mais excellent cuit.
VIRGOULEUSE
en Angoumois Buja
leuf, en Limouzin Chambrette , en Gas
cogne Poire de glace. Excellente , très
Beurée et fort estimée, tant poursabeauté
que pour sa bonté.
EPINE D'HIVER. Poire très fondante ,
et d'un musctrès fin. On convient qu'une
bonne Epine est la meilleure et la plus
fine de toutes les Poires , mais il est très
rare de la trouver,etil enfaut souvent'ou
vrir beaucoup avantque de larencontrer,
Janvier et mois suivans.
ROYALE D'HIVER , en Italie Spina de
Carpi. Belle et bonne , quand elle pro
vient d'un vieux arbre , planté en ter
rain sec, mais sans cela insipide et de
peu de valeur.
COLMART. Excellente , fort beurée et
d'un goût très exquis , elle se garde long
temps , et c'est la derniere Poire Beurée
qui se mange.
BON CHRETIEN D'HIVER. Très beau
cassant , et d'une eau sucrée , excellent
pour les compotes, et pour ladécoration
d'une Table.
ANGELIQUE DE BORDEAUX ,
ou Saint
Martial
AO UST. 17337 1759
de
Martial. Assés grosse et bienfaite , mais
peu de valeur , quoique quelques uns
assurent l'avoir mangé bonne en cer
taines années.
BERGAMOTE DE BUGI. Grosse et bonne
›
en Touraine , où elle est connue sous le
nom de Poire de Ministre ; mais à Paris
onne s'en sert que pour les compotes.
FRANC REAL, double fleur Cadillac ,
Poire de Livre. Nesemangentque cuites.
Remarques Generales surlesPoires.
Les Poires en general se greffent sur
le Coignassier ou sur le Franc qui est le
Sauvageon de Poirier , soit de bouture
soir de pepin.
Le Franc est extremement vigoureux,
et pour cette raison fait des arbres très
grands qui sont tardifs à porter du fruit,
et qui ledonnentmoins coloréetde moin
dre goût que ceux qui sont sur Coignas
sier. En recompense ces arbres sur Franc
durentlong-tems , et étant fort grands
ils donnent une prodigieuse quantité de
fruits quand l'âge a moderé leur vigueur
excessive , mais il faut les attendre. Au
contraire les Poiriers greffés sur Coignas
sier,nedeviennent ni si grands nisi vieux;
mais comme ils donnent leurs fruits plus
colorés et de meilleur goût , et qu'ils
sont
1760 MERCURE DE FRANCE
sontd'un raport beaucoup plus prompt,
(ce qui flate ceux qui plantent) on ne
s'avise guere de planter du Francque dans
les terres où leCoignassier ne peut pas
reussir.
res ,
Ces terrains sont ceux qui sont fort
brulans et qui se dessechent assés, avant
et pendant les chaleurs de l'Eté ; les ra
cines du Coignassier ne s'enfonçant gue
ne fontque couler entre deuxterres
assés proche de la superficie , où elles ne
seroient pas en sûreté contre la seche
resse dans ces sortes de terres au lieu
que les racines du Franc, piquent , s'en
foncent , et se mettent ainsi hors de la
portée de la secheresse.
,
Ce qu'on vient de dire doit s'entendre
seulementpour lesarbres àplanter en con
tre espaliers , palissés en buisson et en
espaliers ; car pour ceux quel'on plante
en plein vent à haute tige , il faut qu'ils
soient greffés sur Franc. Les racines du
Coignassier sont trop foibles et trop peu
profondes pour soutenir ces grands ar
bres contre les vents auxquelsils sont ex
posés. D'ailleurs commeon ne retranche
presque rien à cette sorte d'arbres que
P'on ne taille
comme les autres , l'a
pas
bondance de la seve se trouve bientôt
partagée dans une si grande quantité
de branches, qu'elle est moderée dans
chacune,
AOUST. 1735. 1757
chacune , et par consequent ne les em
pêche pas de se mettre àfruit.
LesPoiriers se plantent en espaliers,en
contre espaliers, palisés , en buissons , et
en plein vent de haute tige ; à l'égard des
espaliers , il faut distinguer les bonnes ex
positions qui sont celles du Levant et du
Midy; la médiocrequi est celle du Cou
chant, et la mauvaise qui est celle du
Nord.
On ne peut gueres avoir aux environs
de Parisde beau bon Chrétien d'Hyver,
ni de bonnes Bergamotes qu'en espaliers
aux bonnes expositions ; ainsi il faut y
planter ces deux especes de Poires; mais
on neconseille pas d'y en planter aucu
nes autres qui peuvent fort bien réussir
ailleurs, et quioccuperoient ici des places
qui sont précieuses par lebesoin qu'on en
a pour les Pêches , les Cerises précoces ,
quelques especes de Prunes, et les Rai
sins muscats, tous fruits à qui ces bonnes
expositions sont nécessaires.
Toutes sortes de Poires s'accommo
dent assés de l'exposition du Couchant ,
mais on croit à propos de ne planter en
espaliers que desgros fruits qui sontsujets
à tomber en plein vent , comme Beurée
S. Germain, Crasane , Virgouleuse , &c.
on nedoit pas pour cela se dispenser de
planter
1761 MERCURE DE FRANCE
planter de ces mêmes especes en plein air,
soit enbuissons , soit en contre espaliers
palissés , parce qu'en general les fruits
venus en plein air, sont de bien meilleur
goût que ceux de l'espalier.
Pour l'exposition du Nord , il y apeu
d'especes de Poires qui y donnent du
fruit,ces especes sont le Beuré,la Crasanne,
S.Germain,le MessireJean,et le Doyenné.
Cesfruits y deviennent gros,sans couleur,
et on doit les employer à faire des com
potes , avant qu'ils soient murs , car la
plupart mollissent avant leur parfaite ma
turité , et ceux qui y parviennent sont
insipides et pâteux.
Les contre espalliers pallissés et lesbuis
sons ,sont propres pour toutes les espe
ces de Poires , excepté le bon Chrétien
d'Hyver qui y seroit
peu
coloré , et
par conséquent privé de son principal
merite , et les Bergamotes, dont les ar
bres réussissent ordinairement très mal.
Pourles pleins vents à hautes tiges , on
doit choisir les especes dont les fruits sont
petits , et par consequent moins sujets à
être abatus par les vents , et quelques
especes , comme le Bezy de lamotte,qui
n'étant pas naturellement d'un goût très
relevé , ont besoin de cette disposition
pour le leur augmenter; car parmi les
fruits
A OUST. 1785. 1763
fruits en plein air , qui ont tous plus de
goût que ceux des espaliers , ceux de
hautes tiges se distinguent considerable
ment.
POMMES , àlamу-Aoust.
CALVIL D'ETE'. Grosse Pomme rouge ;
qui a la chair legere comme les autres
Calvils , d'un bon goût , mais sujette à
être cotoneuse ,lorsqu'elle est bien mûre.
Elle est fort agreable pour la décoration
des Tables , sur tout dans les années ou
les Pêches manqueut.
En Novembre.
CALVIL BLANC à côtes. Très belle Pom
me, bonne et qu'on garde quelquefois
jusqu'à Pâques.
,
Decembre , et lesmois suivans.
CALVIL ROUGE. Très belle et bonne
Pomme dontla chair est rouge , lors
qu'elle provient de vieux arbres en ter
rain sec. Elle se garde long-tems , et
fait l'ornement desTables à la fin de l'Hi
ver.
REINETTE FRANCHE. Fort connuë et
fort estiméepar tout pour sa bonté , tant
cruë que cuite , et parce qu'elle se con
serve long-tems.
REINETTE
1764 MERCURE DE FRANCE
REINETTE GRISE. Excellente à manger
cruë , lorsqu'elle est fannée , elle a au
moins autant de goût que la précedente ,
et se garde aussi long-temps.
REINETTE D'ANGLETERRE ou Pomme
d'or. Petite Pomme fort jaune, plusplatte
et plus seche que la Reinette franche ;
elle se garde long-tems,
POMME DE VIOLETTE. Grosse Pomme
d'un rouge foncé , dont la chair a le goût
aprochant de l'odeur de la Violette
mais cotoneuse.
FENOUILLET GRIS. Pomme grise qui a
le goût d'anis , excellente lorsqu'elle est
fannée.
FENOUILLET ROUGE,Ou Bardin. Comme
la precedente , hors qu'elle est d'un gris
plus sombre avec quelques grandes
taches d'un rouge pourpre ; elle a la
chair plus ferme que la précedente , et
quelque chose de plus fin dans le goût.
,
APY. Petite Pomme fort jolie pour sa
couleur , d'un rouge vif , sur un fond
blanc clair , on en monte des piramides
magnifiques pour les tables pendant l'HI
ver.
POMME ROSE. Elle ressemble fort parle
dehors à l'Apy. Elle est ordinairement un
peu plus grosse, maiselle ne se garde pas
si long-tems , sa chair est moins seche ,et
sent un peu la Rose.
Remarques
AOUST 1735. 1765
Remarques generales.
Les Pommes se greffent surle Franc de
Pommier,qui est le Sauvageon de Pepin,
sur le Doussin et sur le Paradis , qui sont
deux autres especes de sauvageon.
Le Franc de Pommier , comme celui
de Poirier , fait des Arbres vigoureux ,
tardifs à porter du fruit , mais qui vivent
long-tems; on ne s'en sert que pour les
Arbres en plein ventde hautetige.
Le Paradis ne faisant pas de grosses
Racines , fait des Arbres qui poussent
peu ,qui donnent dufruit très prompte.
ment , et pour cela sont propres à être
plantés enContre espaliers palissés, ou en
buissons , dans les endroits où on craint
dese borner la vûë.
Le Doussin tient le milieu pour la vi
gueur , entre les deux Sauvageons préce
dens ; c'est-à- dire , que les Arbres qu'il
fait , poussent moins que ceux sur Franc,
et plus que ceux sur Paradis , qu'ils se
mettent à fruit plutôt que les uns , et
plûtard que les autres ; enfin qu'ils sub
sistent moinslong-temps que ceux-là , et
beaucoup plus que ceux-ci.
Les Arbresgreffes sur ce Sauvageon ,
sont les plus propres à faire de beaux
buissons ; car ceux sur Franc deviennent
d'une
1766 MERCURE DE FRANCI
d'unegrandeur prodigieuse , et ne don
nent du fruit que lorsqu'ils sont vieux ;
et ceux sur Paradis poussent si peu de
bois , qu'on ne peut presque pas leur fai
re prendre forme. Ils viventtrop peu, et
sont trop chiffons pour un Jardin d'une
grandeur raisonnable , si ce n'est pourles
endroits où des Arbres plus grands bor
neroient quelque vûë que l'on veutcons
server.
Les Pommiers greffez surces troisSau
vageons , réussissent assez bien dans tou
tes sortes de terres passablementbonnes
même dans celles où les Poiriers languis
sent par trop de secheresse.
>
Ontrouve communémentdans lesJar
dins bien d'autres especes de Pommes,
que celles qui sont énoncées au Catalo
gue ci-dessus ; mais loin de s'attacher à
ce grand nombre d'especes médiocres
on conseille volontiers de s'en tenir à la
,
Reinette franche , à la Reinette grise,
aux Calvils , aux Fenouillets , à l'Apy,
et à la Pomme rose, qui sont sans_con
tredit , les meilleures especes ; et de re
jetter les autres qui sont inférieures à cel
les-ci , et qui meurissent dans le même
temps,posant pour maxime,qu'on nedoit
souffrir de fruits médiocres , que dans les
saisons où on n'ena point de fortbons.
CERISES
A OUST. 1735. 1767
CERISES vers lafin de May.
CERISES PRECOCES , ne sont considéra
bles, que par leur primeur ; et par consé
quent ne doivent se planter qu'à un Es
palier au Midi ou auLevant , et jamais à
une mauvaise exposition
ni en plein
pas hâtives.
vent , où elles ne seroient
Ala my-Juin.
CERISES COMMUNES , sont plus belles
et meilleures que les précedentes , mais
moins belles et moins bonnes que les sui
vantes ; il n'en faut que pour garnir le
vuidé quise trouveroit entre les Precoces
et celles de Montmorenci.
Vers lafinde fuin.
CERISES DE MONTMORENCY , sontbel
les et bonnes , on s'ensert pour les Con
fitures et pour les Ratafiats.
GUIGNES BLANCHES ET NOIRES. Les
blanches sont plus estimées que les noi
,
res il ne faut des unes et des autres
que pour attendre les Bigareaux qui sont
beaucoup plus beaux etmeilleurs.
Vers la my-fuillet.
CERSIES ROYALES oud'Angleterre, sont
très-grosses et très-douces , l'Arbre fleu
E
rit
1768 MERCURE DE FRANCE
rit beaucoup , charge peu, et ressemble
fort au Griottier.
GRIOTTES , c'est une espece de grosse
Cerise noire , fort estimée , parce qu'elle
est fort douce ; son Arbre charge fort
peu , quoiqu'il fleurisse beaucoup.
BIGAREAUX. C'est à tort que quelques
uns les divisent en deux especes ; sça
voir , gros et petits, il se trouve toujours
des deux especes sur le même Arbre ; et
si un Arbre les donnegeneralement plus
gros qu'un autre,on ne doitimputer cela
qu'à la vigueurde l'Arbre , et non pas
multiplierles especes faussement.
REMARQUES sur les Cerises.
En Italie , et en quelques Provinces
du Royaume , comme en Dauphiné ,ce
qu'on apelle Griottes , ce sont nos Ceri
ses , et ce que nous apellons Griottes en
France
›
ils le nomment Cerises. En
Poitou eten Angoumois , on apelleGui
gnes ce que nous apellons Cerises ; on
apelle Cerises ce que nous apellons Me
rises ; et on apelle Guindoux ce que nous
apellons Griottes.
Tous les Cerisiers en general se gref
fent sur le sauvageon de Cerisier , ou sur
le Merisier , en fente ou en écusson ;
mais ils s'accommodent ordinairement
mieux
A O UST. 1735. 1769
pous
mieux de la greffe en écusson à la
se , c'est-à dire , de celle qui se fait avant
la S. Jean.
Ils réussissent assés bien dans toutes
les terres qui ne sont pas absolument
mauvaises ; mais mieux dans celles qui
sont legeres et sabloneuses.
Les Cerisiers de Cerises Royales , et
les Griottiers , sont si semblables par leur
bois , la maniere de le pousser , la gran
deur et l'épaisseur de leurs feuilles , par
la quantité extraordinaire de leurs fleurs
disposées sur l'une et sur l'autre de la
le
même maniere ; enfin
›
par peu defruit
qui y tient en comparaison de cette
quantité defleurs , mêmepar la grosseur,
la figure et la douceur de leurs fruits
qu'on croit volontiers que ce sont deux
especes de Griottes , dont l'une est rouge
,
et l'autre noire.
PRUNES aucommencement de Juillet.
JAUNE HATIVE , ou Prune de Catalo
gne. C'est la plus hâtive de toutes les
Prunes , elle est très douce et assés es
timée , parce qu'on n'en a point encore
de meilleures dans cette Saison.
VIOLETTE HATIVE , ou Grosse noire de
Montreuil. Grosse et très-belle Prune ,
presque aussi hâtive que la Jaune ; mais
E ij
sa
1770 MERCURE DE FRANCE
sa beauté et sa primeur fonttout son me
rite ; car elle n'est pas bonne.
Ala my-Juillet.
PERDRIGON HATIF , ressemble assés au
Perdrigon violet par sa figure et par sa
couleur , mais n'en aproche pas par sa
bonté , quoiqu'elle soit meilleure
précedente.
A lafin de Juillet.
GROSSE MIRABELLE , ou double Mira
belle , ou Mirabelle perlée. Très bonne
Prune,pleine d'eau et fort sucrée ; c'est
de toutes ces prunes , celle qui aproche
le plus de la bonté des trois excellentes
dont on va parler ; et ce quilui est avan
tageux , c'est qu'elle meurit avant elles
dans une Saison où elle est sans concur
rente,
En Aoust.
PRUNE DEMONSIEUR,que quelques-uns
déguisentsous le nom de Damas de Tours.
→
Assés belle prune , fort commune, pas
sablement bonne lorsqu'elle est bien
meure.
DAMAS VIOLET et Damas rouge, sont
deux especes de Prunes passablement
bonnes , qui quittent le noyau bien net,
comme
quela
suivent.
AOUST. 1735. 1771
comme tous les Damas ; mais qui ne va
lent pas les trois especes de Damas qui
Damas
DAMAS BLANC ,Damas vert
de Maugeron , sont les trois meilleures
especes de Damas , qui étoient autrefois
les plus estimées de toutes les Prunes
lorsqu'on ne faisoit cas que de celles qui
quittoient bien le noyau.
PETITE MIRABELLE. Petite Prunefort
connue, elle est d'unfort bongoût ; mais
elle est séche , et pour cela propre aux
confitures.
MIRABELLE ROUGE n'est differente
>
de la précedente , que par sa couleur.
IMPERIALE VIOLETTE. Grosse Prune ,
de la grosseur etde la forme d'un œufde
poule , très-belle , mais insipide.
IMPERIALE BLANCHE ou Dardonne ,
ne differe de la précedente , que par sa
couleur.
PRUNE D'ABRICOT. Belle er bonne
Prune quiala chair jaune , presque com
meun Abricot commun.
REINE-CLAUDE , àTours Prune d'A
bricot vert. A Vitry sur Seine , Dauphine.
C'est la meilleure de toutes les Prunes,
elle garde toujours sa couleur verte,quoi
qu'elle soit meure ; celles qui ont été
bien découvertes sont fouettées de rouge,
E iij
1772 MERCURE DE FRANCE
à cause du Soleil; elle n'est pas belle ,
mais elle dédommage bien la vûë par le
goût ; on en envoye tous les ans une
grosse quantité de Tours à Paris , par
présent, dans des coffrets garnis de co
ton.
ROYALE, ou Perdrigon d'Italie
,
très.
belle et excellente ; sa couleur est d'un
rouge unpeu foncé ; mais elle est ordi
nairement si fleurie , qu'elle paroît toute
blanche, elle a moins d'eau que la Reine
Claude ; mais elle est cependant excel
lente.
PERDRIGON VIOLET. Excellente Prune
longuette , très-fleurie , plus petite que
la précedente , mais qui fait avec elleet
la Reine-Claude , une classe de Prunes
que les autres ne suiventque de loin
>
pour
ne,
la bonté.
PERDRIGON BLANC. Fort bonne Pru
semblable au Perdrigon violet par la
figure , mais qui lui est inferieure par sa
bonté.
DIAPRE'E. Bonne Prune violette , lon
quette , qui a la chair jaunatre , elle est
fort estimée pour faire des Pruneaux.
SAINTE CATHERINE. Fort bonne Pru
ne , sur tout lorsqu'on la laisse meurir,
jusqu'à cequ'elle soit ridée vers la queuë,
mais ilfaut pour cela qu'elle soit en es
palier
AOUS T.
1735:
palier ; car en plein vent , elle est sujette
à être abatue par les vents.
1773
EnSeptembre.
DAMAS DE SEPTEMBRE, ou Prune de
Prune violette , qui meurit
,
vacances.
après les autres
merite.
et c'est son principal
Vers la my-Octobre.
IMPERATRICE , er en Flandres Prune
d'Altesse , est beaucoup meilleure que la
précedente , quoique plus tardive , on en
mange jusqu'en Novembre ; elle a la
chairjaune , et est assés bonne pour faire
plaisir en cette Saison.
REMARQUES sur les Prunes.
Toutes les especes de Prunes se gref
fent en fente ou en écusson, sur des sau
vageons de Pruniers , soit de boutures ,
soit de noyau.
La jaune et la violette hâtive , n'étant
considerables que par leur primeur ; on
doit en planter enespalier auxbonnes ex
positions ; on peut cependant en planter
au Couchant quelques Arbres,qui empê
cheront qu'il n'y ait d'intervale entre ces
especes et les autres.
LesPerdrigonsviolets etblancs réussis
sent
1774 MERCURE DE FRANCE
sent ordinairement plus mal ailleurs que
dans ces espaliers bien exposez , et ce
sont d'assés bonnes especes pour meriter
qu'on leur ydonne place.
Pour avoir la Sainte-Catherine fort
bonne , il fautaussi en planter quelques
Arbres à ces bonnes expositions, pour les
raisons raportées ci-dessus.
Toutes les autres especes de Prunes
réussissent fortbien en plein air , et n'ont
point besoin du secours de l'espalier.
Ainsi on ne doit pas leur prodiguer les
bonnes expositions ;on peut bien enmet
tre à l'espalier au Couchant, lorsque par
le
la qualité de la terre cette exposition ne
peut pas segarnir dePêches.
Les Pruniers se plantent enplein air;
en buisson ou à hautes tiges; mais les
contreespaliers palissés ne leur convien
nent gueres; parce qu'en general ils sont
trop vigoureux pour être contenus dans
peu de hauteur qu'on donne commu
nément à ces contreespaliers,pour ne pas
borner la vûë, et en retranchanttoujours
ces Pruniers , comme on y seroit obligé,
afin qu'ils n'excedassent pas le treillage;
ils ne feroient toujours que pousser de
gros bois , et ne se mettroient point à
fruit.
Il fautfaire attention que dans lesPe
pinica
A O UST. 1735. 1775
pinieres de Vitry sur Seine , qui sont les
plus considerables des environs deParis,
pour les Arbres fruitiers
›
l'excellente
Prune qui est connue à la Cour sous le
nom deReine-Claude , n'y est connue
que sous celui de Dauphine, et il faut l'y
demander sous ce nom ; car les Mar
chands d'Arbres de ce Pays-là fourni
roient pour Reine-Claude une espece de
Damasblanc à qui ils donnent ce nom ;
c'est une Prune seche , et qui n'aproche
pas de la bonté de celle que l'on auroit
dessein d'avoir , et qu'ils nomment Dau
phine.
ABRICOTSau commencement deJuillet
ABRICOTS HATIFS ou musqués . Petits,
ronds , ayant la chair blanche et le noyau
rond , on ne l'estime qu'à cause de sa
primeur.
Ala finde Juillet.
ABRICOTS COMMUNS , ou gros Abricots,
ils sont plus plats , plus gros et beau
coup meilleurs que les hâtifs. Ils ont la
chair jaune.
Remarques sur les Abricots.
L'Abricotier se greffe ordinairement
sur l'Amandier et sur le Prunier, com
F y me
1776 MERCURE DE FRANCE
me les Pêchés dont il sera parlé ci-après.
Les expositions du Levant ou du Midi
sont necessaires aux Abricots hâtifs ; par
ce qu'il n'y a qu'elles qui puissent leur
procurer la primeur qui fait tout leur
merite ; elles sont aussi très-favorables
aux communs ; mais ils ne laissent pas
de réussir aussi au Couchant , sur tout
dans les terres chaudes et seches.
Les Abricotiers communs réussissent
mêmeen plein air en buissons,ou àhautes
tiges, et leurs fruits y sont incomparable
ment meilleurs que ceux des espaliers ;
ensorte qu'on n'en planteroit point en es
palier, si le raport de ceux de plein air
toit aussi certain que celui des espaliers;
mais il est fort ordinaire aux fleurs de
ceux-là , de périr par les gelées du Prin
temps , parce qu'on ne peut pas les cou
vrir comme les espaliers pendant cette
saison , quoiqu'ils soient beaucoup plus
exposés , n'ayant pas l'abri des murail
les ; mais quand le Printemps est favora
ble , et que ces Abricots de plein vent se
conservent , ils font mépriser ceux des
espaliers qu'on abandonne aux Confitu
riers.
Quoique les Abricots réussissent mieux
dans les terres legeres , que dans celles
qui sont fortes , ils s'accommodent ce
реп:
AO UST. 1735. 1777
pendant assés bien de celles-ci , sur tout
en éspaliers aux bonnes expositions ; on
doit seulement observer de planter sur
Amandier dans les Terres fort legeres ,
et sur Prunier dans celles qui sont pé
santes pour les raisons qui seront apor
tées ci-après , en parlant des Pêches.-9.b s
PECHES en Juillet.
AVANT PECHE BLANCHE , Pêche de
Troyes , ou Avant Pêche rouge , ne sont
estimées qu'à cause de leur primeur ; la
blanche l'est plus que la rouge.
Au commencement d'Aoust.
PETITE MIGNONNE,Ou Double de Troyes,
est fort bonne, plus grosse , et meilleure
"que les précédentes.
Vers la my-A›ût.
MAGDELAINE BLANCHE et Magdelaine
rouge excellentes , et ne sont differentes
qu'en ce que la rouge est beaucoup plus
colorée, tant dehors, que dedans autour
du noyau ; leurs feuilles qui sont beau
celles des au
coup plus dentelles que
tres especes de Pêches , font aisement
distinguer leurs Arbres sans y voir le
fruit.
GROSSE MIGNONNE, excellente , et la
E vj
plus
1778 MERCURE DE FRANCE
plus belle de toutes les Pêches; aussi est
elle la plus estimée , et celle donton doit
planter le plus.
Vers la fin d'Aoust.
ROSSANE. Elle a la peaujaune , et d'un
rouge pourpré du côté du Soleil ,sa chair
est jaune , assés séche, et sujette à deve
nir cotoneuse; son Arbre charge beau
coup.
CHEVREUSE HATIVE. Elle est très-belle
pour sa grosseur et sa couleur sa forme
,
est un peu allongée , elle est fort sujette
àdevenir cotoneuse ; l'Arbre portebeau
coup defruit.
BELLEGARDE, ou Galande. BellePêche,
quoiqu'unpeu longuette , elle est la meil
leure pourfournir avec la violette , l'in
tervale qui se trouve entre les Mignon
nes et les Admirables.
VIOLETTE HATIVE. Pêche, lisse excel
lente et très estimée pour son goût ex
quis , et plus vineux
bonnes Pêches.
celui des autres
que
BRUGNON C'est un Pavy lisse,comme la
Pêche violette
et qui ne se distingue
d'elle , que parce qu'il ne quitte pas le
noyau.
Ye
AOUST 1735. 1779
Vers la my-Septembre.
'ADMIRABLE ROYALE. Deux belles et ex
cellentes Pêches , qui meurissent en mê
metemps, assés semblables dans leurs fi
gures , si ce n'est que la Royale a com
munément comme une petite tête.
PAVY-MAGDELAINE , est fort beau et
assés gros ; sa couleur est d'un rouge clair
comme celle d'une Pêche-Magdelaine ,
et ses feuilles sont dentelées comme celles
de cette Pêche.
POURPREE, ou Chevreuse tardive , très
belle et très bonne Pêche , un peu plus
tardive que les précedentes , elle a la fi
gure et la beauté de la Chevreuse hâti
ve, et n'est pas cotoneuse comme elle ;
son rouge est foncé , et cela lui a fait
donnerle nom de Pourprée.
spot
En Octobre.
NIVETTE. Grosse Pêche allongée , mal
unie , et d'une figure assés irréguliere ,
belle et assés bonne , lorsqu'elle meurit
bien ; mais elle a peine à meurir dans les
terrains froids et humides , à moins que,
l'année ne soit favorable.
BLANCHE D'ANDELY. Pêche toute
blanche dedans et dehors , peu estimée.
ADMIRABLE JAVNE. Grosse Pêchefort
tar
1780 MERCURE DE FRANCE
tardive , qui a la chair jaune , elle meu
rit rarement aux environs de Paris, etn'y
est pas estimée.
VIOLETTE TARDIVE ou Pêche marbrée:
Pêche lisse , jaune, fouettée de rouge, qui
meurit rarement en cePays ; elle est fort
sujette à se crevasser.
PAVY DE POMPONNE ou Pavy Mons
trueux. Très-gros et très-beau Pavy , de
la forme et de la couleur d'une belle
Pêche Royale ; il ne meurit que dans
les années et dans les terres avantageuses.
Remarques sur les Pêches.
Les Pêchers se greffent ordinaire
ment en Ecussons sur Amandier ou
sur Prunier ; les racines de l'Aman
dier piquent fort avant dans terre,
au lieu que celles du Prunier s'enfon
cent beaucoup moins , c'est sur ce fon
dement qu'on plante les arbres greffés
sur Amandier , dans les terres qui sont si
seches et si brulantes , que les racines du
Prunier ne seroient pas en sureté con
tre la secheresse , et au contrairé dans
les terres humides,et dans lesquelles l'eau
n'est pas éloignée de la superficie, on
ne doit planter que sur Prunier , parce
que les racines de l'Amandier en s'en
fonçant trouveroient l'eau qui les pour
Tiroit.
AOUST. 1735. 1781
Les Pêchers s'accommodent beaucoup
mieux d'une terre legere que de celles
qui sont froides et pesantes , où la gom.
me lesestropie et souvent même les fait
périr. Il n'y a gueres que les Espaliers
au Levant et au Midy , qui leur con
viennent, et ils ne réussissent au Cou
chant que dans les terrains fort chauds
et secs. Dans les Jardins d'une grandeur
raisonnable , on doit planter quelques.
arbres d'avant Pêches et de petite Mi
gnonne, qui annoncent, pour ainsi-dire,
celles qui les suivent, et qui valent beau
coup mieux qu'elles mais dans les pe
tits Jardins on doit les suprimer et ré
server le peu de bonnes expositions que
l'on a pour les suivantes.
3
Detoutes lesPêches la grosse Mignonne
est la meilleure et la plus belle, si elledu
roit pendant toute la saison des Pêches ,
on se passeroit volontiers des autres es
peces, excepté la Violette qui est d'une
beauté et d'une bonté differente des au
tres Pêchés.
1
Les Magdelaines meurissent dans le mê
metemps que la grosse Mignonne , elles
ne valent pas mieux au goût , sont beau
coup moins belles, et par conséquent ne
se font pas admirer en sa compagnie,
outre cela elles quittent l'arbre si faci
lement
1782 MERCURE DE FRANCE
lement dans le temps de la maturité ,
qu'on a le désagrément d'en perdre une
grande partie qui se meurtrit en tom
bant, ainsi il faut en planter peu. Tout
ce qui détermine à planter des Magde
laines , c'est que les feuilles de leurs ar
bres ne se recoquillent point par les
froids du Printems , comme celles des
autres especes,dont les arbres et les fruits
souffrent beaucoup dans ces temps-là.
La Bellegarde et la Violette se lient
par leur commencement auxMagdelaines
et à la Mignonne, et par leurfin àl'ad
mirable et à la Royale , qui sont elles
mê.nes suivies par la Pourprée; en sor
te que ces especes produisent pendant six
semaines , sans interruption , une suite
de très bonnes Pêches ,à la fin desquel
les vient la Nivette , qui est fort bonne,
lorsque l'Automne est favorable.
On neconseille point de planter d'espe
ces plus tardives , si ce n'est le Pavy de
Pomponne,à cause de sa beauté; car les
Pêches ne valent plus rien dès que les
nuits deviennent froides. Il est inutile
aussi d'employer son Jardin en especes
médiocres , qui meurissent pendant cette
suite de très bonnes Pêches dont on vient
de parler , suivant la maxime déja ra
portée , que les fruits médiocres ne doi
vent
A OUST. 1735. 1783
vent se tolerer que dans les saisons où
on manque des bons.
Les Pavis ont plus de goûr que les Pê
ches dans les Pays chauds; le climat de
Paris ne leur est pas si avantageux et
ne leur fournit ni le goût ni la délicatesse
des Pêches. Ils y ont toujours la chair
grossiere et coriasse ; le seul avantage
qu'ils y ontsur lesPêches,c'est qu'ils sont
propres à être pochetés sans s'écraser ,
ce qui plaît beaucoup aux Dames. Les
trois especes inserées dans le Catalogue
sont les meilleures qui meurissent ordi
nairement aux environs de Paris, en
core s'en sert-t'on plus pour les Compo
tes qu'à les manger cruds.
FIGUES au commencement d'Août.
FIGUE BLANCHE RONDE ; c'est la plus
estimée de toutes les Figues pour ce Pays
cy; elle est fort belle, fort bonne , et
celle dont le fruit d'Automne meurit le
plus aisément.
FIGUE BLANCHE LONGUE , estfortbelle
et fort bonne ; mais outre que son fruit
d'Automne a plus de peineà meurir que
celui de la précédente, son fruit d'Eté
a moins d'eau que la ronde , et quelque
fois même il seche sur l'arbre , lors
qu'il se trouve tropdécouvertde feuilles.
Ces
1784 MERCURE DE FRANCE
Ces deux especes de Figues sont les
seules dont on doive planter en ce Pays
cy, toutes les autres especesfort estimées
dans les Pays chauds , donnent si peu
de contentement aux environs de Paris,
qu'on n'en trouve presque plus que dans
les Jardins de quelques Curieux , qui
veulent absolument avoir de tout , sans
distinction.
Les deux especes de Figues blanches
donnent beaucoup de Figues-Fleurs , ou
Figues d'Eté qui meurissent toujours , à
moins de quelque accident particulier,
et beaucoup de secondes Figues ou Fi
gues d'Automne , qui ne meurissentque
lorsque l'Automne est favorable.
Les autres especes donnent peu de Fi
gues-Fleurs; et comme il est assés rare
qu'il fasse assés chaud pendant l'Autom
ne pour meurir les secondes, cette seule
considération suffiroit pour justifier que
c'est avec raison qu'on les a abandon
nées pour ne garder que les blanches.
On croit inutile de raporter les noms
de toutes ces Figues dont on ne conseille
point de planter. Les Figuiers se multi
plient aisément par les marcottes , ou
de bourures , ils se plantent en Espaliers
aux bonnes expositions ou en plein air,
soit en caisses , soit en pleine terre;
les
A OUST. 1735. 1785
les Figues de plein air ontbeaucoup plus
de goût que celles des espaliers , et celles
des caisses sont plus hâtives que celles
de pleine terre.
Le Figuier est un bois tendre , sujet
à périr dans les hyvers rudes par les for
tes gelées, et plus encore par les verglats;
c'estpourquoi ondoitserrer ceux quisont
encaisses, etcouvrir ceux qui sont en plei
ne terre, de fumier sec , de paille longue
ou de quelqu'autre matiere équivalente.
Il est vrai que ces couvertures ne se
roient pas nécessaires tous les ans, si on
pouvoit prévoir le degré de froid qui-doit venir pendant l'Hyver , on s'épar
gneroit souvent cette dépense et les ar
bres n'en feroient que mieux; car outre
que les rats et les mulots maltraitent sou
vent les Figuiers sous ces couvertures
le fruit est si tendre , lorsqu'on le decou
vre au Printems , qu'il est exposé à pé
rir par la moindre petite gelée , par un
grand hâle qui le desseche,ou par unSoleil
ardent qui le brule avant qu'il soit en
durci à l'air.
Les Figuiers en caisse se mettent fort
à la mode , tant à cause que leur fruit
est plus hârif et meilleur que celui de
pleine terre , que par la facilité qu'il y
àà les conserver l'Hyver, d'autant qu'il
leur
1786 MERCURE DE FRANCE
leur suffit d'avoir une Serre qui les mer
te à couvert des plus fortes gelées,
et qu'on peut en serrer un assés bon
nombre dans un petit endroit , parce
qu'il n'y a rien à leur faire pendant l'hy
ver ; joignez à cela qu'on est dispensé
par ces caisses d'employer en Figuiers
une partie des Espaliers bien exposés;
dont on n'a jamais trop pour les Pêches
et les autres fruits à qui ils sont abso
lument nécessaires.
Il est vrai qu'il faut à ces caisses d'am
ples et fréquentes moüillures pendant
Eté , mais en les rangeant proche de
l'eau lorsqu'on les sort de la Serre , ces
arrosemens nesont pas d'une fort gran
de dépense.
RAISINS à lafinde Juillet.
RAISIN PRECOCE , ou de la Magdelaines
tout son mérite est d'être hâtif.
Vers la fin d'Août.
CHASSELAS , beau et excellent Raisin,
qui meuritfacilement etqui esttrès-doux.
CIOUTA OuRaisin d'Autriche ; bon '
doux comme le Chasselas ; ses feuilles
sont découpées en feuilles de persil.
RAISIN DE CORINTHE blanc, et Raisin
de Corinthe violet , deux especes de petit
Raisin
A OUST. 1735. 1787
·
Raisin sans pepin , dont les grapes sont
ordinairement très grosses , les grains
très menus et fort pressés.
En Septembre.
MUSCAT BLANC; Muscat violet,et Mus
cat rouge. Ces trois especes de Muscat
sont peu differentes par le goût, cesont
de très beaux et très excellens Rai
sins , lorsqu'ils sont bien meurs , mais
dans la plupart des Jardins des environs
de Paris , ils ont besoin pour meurir d'ê
tre aidés , comme on le dira cy après ;
encore dans bien des années ces secours
ne leur suffisent pas.
En Octobre.
MUSCAT LONG, Passe musqué, ou
Muscat d'Alexandrie. C'est un très-gros
Raisin , long et très- excellent , lors
qu'il est planté dans un terrain assés
chaud pourpouvoir meurir; encore avec
cet avantage de terrain , il faut que l'an
née soit favorable ; ainsi il est inutile
d'en planter dans les terres froides , si
ce n'est pour les confitures.
VERJUS , ou Bourdelais , gros Raisin
dont on se sert avant qu'il soit mûr
pour la Cuisine et pour les Confitures.
La Vigne se multiplie aisément par
mar
1788 MERCURE DE FRANCE
marcottes ou de boutures , qui prennent
racine fort aisément , soit qu'elles soient
seulement du bois de l'année , ce qui
s'appelle simplement Boutures , soit qu'il
y tienne un peu de vieux bois , et pour
lors elle se nomment Crossettes.
Les Vignes se plantent en espalier ou
en plain air, soit pour les palisser sur
quelques Treillages ou Berceaux , soit
pour soutenir seulement chaqueSep avec
un Echalas , comme on fait communé
ment dans les Vignes de la Campagne.
Les Muscats , et sur tout le long, de
mandent absolument l'espalier à une
bonne exposition ; par la difficulté qu'il
Y àles faire meurir, il est aussi néces
saire au Raisin Précoce , pour lui pro
curer la primeur , qui fait tout son mé
rite.
Les espaliers bien exposés sont aussi
fort avantageux aux Chasselas Ciouta
et Corinthe , ils y deviennent plus beaux
etymeurissent plus sûrement qu'ailleurs,
cependant ces especes ne laissent pas de
meurir communément assés bienau Cou
chant et même en plein air , sur tout
dans les terres chaudes.
Pour le Bourdelais , comme on ne s'en
sert qu'avant qu'il soit meur , on ne le
plante qu'au Couchant ou au Nord, ou
en
A O UST. 1735. 1789
en plein air, sur quelques Berceaux.
Les Muscats meurissent difficilement
1º. parce que leurs grains sont ordinai-
rement si pressés sur les grapes , que
chacune de ces grapes fait comme une
masse qui ne peut pas être aisément pé
netrée par la chaleur du Soleil , 2°. parce
que
la
peau de ces grains est beaucoup
plus dure que celle des autres Raisins.
Pour remedier à ces accidens naturels
1º. dès que les grains sont gros comme
des pois , on doit avoir soin d'en ôter
la plus grande partie avec des cizeaux ,
n'en laissant que pour garnir la grape
sans que les grains puissent se presser
considérablement lorsqu'ils seront à leur
grosseur , 2º. lorsque ces Muscats com
mencent à s'attendrir et qu'on les a dé
couvert peu à peu de leurs feuilles
comme les autres Raisins , il faut les
moüiller soigneusement par dessus pen
dant la chaleur du Soleil, ces moüil
lures attendrissent la peau des Muscats
et leur procurent cette couleur d'Am
bre qui fait tant de plaisir à la vûë.
Fermer