Oeuvre commentée (9)
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Détail
Liste
1
p. 108-111
RECUEIL De plusieurs pieces d'éloquence & de Poësie, presentées à l'Academie des Jeux Floraux pour les prix de l'année 1722. avec les Discours prononcez cette année dans les assemblées publiques. A Toulouse, Chez Cl. Gilles Lecamus, p. 242. in 12.
Début :
Dans un avertissement mis à la tête de ce Recueil, on apprend que l'Academie [...]
Mots clefs :
Prix, Ouvrages, Auteurs, Académie des Jeux floraux, Ode
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texteReconnaissance textuelle : RECUEIL De plusieurs pieces d'éloquence & de Poësie, presentées à l'Academie des Jeux Floraux pour les prix de l'année 1722. avec les Discours prononcez cette année dans les assemblées publiques. A Toulouse, Chez Cl. Gilles Lecamus, p. 242. in 12.
RECUEIL
De plusieurs pieces d'éloquence & de
Poësie , preſentées à l'Academie des
Jeux Floraux pour les prix de l'année
1722. avec les Discours prononcez cette
année dans les aſſemblées publiques . A
Toulouſe , chez Cl. Gilles Lecamus ,
p. 242. in 12.
Annss un avertiſſement mis à la tête
apprend que l'Academie
des Jeux Floraux a diſtribué les
prix en la maniere accoutumée le 3. Mai
dernier.
De Ren
Le premier prix a été ajugé à l'Ode
qui a pour titre , le Retour de la ſanté du
Roy, conservé pour le bonheur de la Fran-
6e, dont M. l'Abbé Segui eſt Auteur.
Le ſecond , au Poëme intitulé , l'abus
de la Poëfie , AU ROY , par M. l'Abbé
de Pontbriant .
Le prix deſtiné à la Proſe a été ajugé
à l'Ode qui a pour titre l'Amour Divin,
elle eſt de M. l'Abbé de Prade. L'Ode
intitulée Minerve , à laquelle le prix. de
l'Eglogue a été ajugé , eſt du même Auteur.
Voici
D'AOUST 1712. 10
*
:
Voici le nombre & la qualité des prix
que l'Academie des Jeux Floraux donne
chaque année.
Il y en a quatre , le premier eſt une
Amaranthe d'or , de la valeur de 400. 1 .
qui eſt ajugé à une Ode.
Le ſecond eſt une Violette d'argent ,
de la valeur de 250. liv. que l'on donne.
au Poëme de 60. vers au moins , & de
cent vers au plus , tous Alexandrins &
ſuivis , ou à rimes plates , dont le ſujet
doit être heroïque.
Le troiſiéme eſt un Eglantine d'argent
, du prix de 250. liv . qui eſt ajugé
à une piece de proſe , d'un quart d'heure
de lecture , ou d'une petite demi- heure ,
dont l'Academie publie toutes les années
le ſujet , qui ſera pour l'année prochai
ne 1723 .
L'UTILITE DES ACADEMIES
Le quatrième prix eſt un Souci d'argent
, de la valeur de 200. liv. on le
donne à une Elegie , à une Eglogue , ou
àune Idile ..
Le ſujet de toutes les fortes de Роё-
fies qui peuvent prétendre à ces prix , eſt
au choix des Auteurs.
Les vers doivent être reguliers , &
n'avoir rien deburleſque , de ſatyrique
ni d'indécent. Toutes
11σ LE MERCURE
Toutes perſonnes , de quelque qualité
&païs qu'elles foient , de l'un & de l'autre
ſexe , peuvent aſpirer aux prix. Les
Auteurs qui y prétendront , feront remettre
leurs ouvrages dans tout le mois
de Janvier 1723. lequel étant expire , on
n'en recevra plus. Il faut s'adreſſer à
M. le Chevalier de Catellan , Secretaire
perpetuel des Jeux Floraux , qui demeure
près les grands Carmes .
Les Auteurs ne mettront point leurs
noms à leurs ouvrages , mais ſeulement
une ſentence ; & ils prendront les précautions
neceſſaires pour n'être pas reconnus,
&nommez dans le public comme Auteurs
de ces ouvrages , avant qu'ils ayent
été examinez & jugez .
,
Le Secretaire en écrira la reception
dans un Regiſtre , où il mettra le nom
laqualité&la demeure des perſonnes qui
lui auront délivré les ouvrages , leſquelles
ſigireront fur le regiſtre , & en même
tems recevront un recepicé des ouvrages,
dont elles feront obligées de fournir trois
copies.
Les Auteurs ne doivent point ſe faire
connoître , moins encore ſolliciter , à peine
d'être exclus du prix .
On n'adjugera les prix qu'à des ouvrages
nouveaux ; ceux qu'on reconnoîtra
avoir déja parû , n'entreront point en
concours.
DAOUST 17922. HE
concours. Les ouvrages qu'on découvrira
n'avoir pas été faits par celui qui s'en
dira l'Auteur , feront auſſi exclus du
prix.
Les Auteurs , de qui les ouvrages auront
remporté des prix, n'auront qu'à
ſe preſenter eux-mêmes , l'après- mididu
3. Mai , s'ils font à Toulouſe, on les leur
délivrera ; s'ils font hors de portée de
venir les recevoir eux-mêmes , ils enverront
une procuration à une perſonne domiciliée
àToulouſe , pour la remettre au
Secretaire des Jeux avec le recepicé
qu'il aura fait de l'ouvrage.
On trouve dans un ſecond avertiſſement
, que les ouvrages qui ſe trouveront
compoſez fur des ſujets propoſez pard'autres
Academies , n'entreront point dans
le concours.
Nous allons donner quelques fragmens
de ces Pieces , pour en faire connoître le
merite & le caractere.
De plusieurs pieces d'éloquence & de
Poësie , preſentées à l'Academie des
Jeux Floraux pour les prix de l'année
1722. avec les Discours prononcez cette
année dans les aſſemblées publiques . A
Toulouſe , chez Cl. Gilles Lecamus ,
p. 242. in 12.
Annss un avertiſſement mis à la tête
apprend que l'Academie
des Jeux Floraux a diſtribué les
prix en la maniere accoutumée le 3. Mai
dernier.
De Ren
Le premier prix a été ajugé à l'Ode
qui a pour titre , le Retour de la ſanté du
Roy, conservé pour le bonheur de la Fran-
6e, dont M. l'Abbé Segui eſt Auteur.
Le ſecond , au Poëme intitulé , l'abus
de la Poëfie , AU ROY , par M. l'Abbé
de Pontbriant .
Le prix deſtiné à la Proſe a été ajugé
à l'Ode qui a pour titre l'Amour Divin,
elle eſt de M. l'Abbé de Prade. L'Ode
intitulée Minerve , à laquelle le prix. de
l'Eglogue a été ajugé , eſt du même Auteur.
Voici
D'AOUST 1712. 10
*
:
Voici le nombre & la qualité des prix
que l'Academie des Jeux Floraux donne
chaque année.
Il y en a quatre , le premier eſt une
Amaranthe d'or , de la valeur de 400. 1 .
qui eſt ajugé à une Ode.
Le ſecond eſt une Violette d'argent ,
de la valeur de 250. liv. que l'on donne.
au Poëme de 60. vers au moins , & de
cent vers au plus , tous Alexandrins &
ſuivis , ou à rimes plates , dont le ſujet
doit être heroïque.
Le troiſiéme eſt un Eglantine d'argent
, du prix de 250. liv . qui eſt ajugé
à une piece de proſe , d'un quart d'heure
de lecture , ou d'une petite demi- heure ,
dont l'Academie publie toutes les années
le ſujet , qui ſera pour l'année prochai
ne 1723 .
L'UTILITE DES ACADEMIES
Le quatrième prix eſt un Souci d'argent
, de la valeur de 200. liv. on le
donne à une Elegie , à une Eglogue , ou
àune Idile ..
Le ſujet de toutes les fortes de Роё-
fies qui peuvent prétendre à ces prix , eſt
au choix des Auteurs.
Les vers doivent être reguliers , &
n'avoir rien deburleſque , de ſatyrique
ni d'indécent. Toutes
11σ LE MERCURE
Toutes perſonnes , de quelque qualité
&païs qu'elles foient , de l'un & de l'autre
ſexe , peuvent aſpirer aux prix. Les
Auteurs qui y prétendront , feront remettre
leurs ouvrages dans tout le mois
de Janvier 1723. lequel étant expire , on
n'en recevra plus. Il faut s'adreſſer à
M. le Chevalier de Catellan , Secretaire
perpetuel des Jeux Floraux , qui demeure
près les grands Carmes .
Les Auteurs ne mettront point leurs
noms à leurs ouvrages , mais ſeulement
une ſentence ; & ils prendront les précautions
neceſſaires pour n'être pas reconnus,
&nommez dans le public comme Auteurs
de ces ouvrages , avant qu'ils ayent
été examinez & jugez .
,
Le Secretaire en écrira la reception
dans un Regiſtre , où il mettra le nom
laqualité&la demeure des perſonnes qui
lui auront délivré les ouvrages , leſquelles
ſigireront fur le regiſtre , & en même
tems recevront un recepicé des ouvrages,
dont elles feront obligées de fournir trois
copies.
Les Auteurs ne doivent point ſe faire
connoître , moins encore ſolliciter , à peine
d'être exclus du prix .
On n'adjugera les prix qu'à des ouvrages
nouveaux ; ceux qu'on reconnoîtra
avoir déja parû , n'entreront point en
concours.
DAOUST 17922. HE
concours. Les ouvrages qu'on découvrira
n'avoir pas été faits par celui qui s'en
dira l'Auteur , feront auſſi exclus du
prix.
Les Auteurs , de qui les ouvrages auront
remporté des prix, n'auront qu'à
ſe preſenter eux-mêmes , l'après- mididu
3. Mai , s'ils font à Toulouſe, on les leur
délivrera ; s'ils font hors de portée de
venir les recevoir eux-mêmes , ils enverront
une procuration à une perſonne domiciliée
àToulouſe , pour la remettre au
Secretaire des Jeux avec le recepicé
qu'il aura fait de l'ouvrage.
On trouve dans un ſecond avertiſſement
, que les ouvrages qui ſe trouveront
compoſez fur des ſujets propoſez pard'autres
Academies , n'entreront point dans
le concours.
Nous allons donner quelques fragmens
de ces Pieces , pour en faire connoître le
merite & le caractere.
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2
p. 112-114
ODE Sur le retour de la santé du Roy, qui a remporté le premier prix.
Début :
Jupiter console la France, & lui parle du Roy en ces termes. [...]
Mots clefs :
Roi, Titus, Coeurs, Louis, Mariage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE Sur le retour de la santé du Roy, qui a remporté le premier prix.
ODE
Sur le retour de la ſanté du Roy ,
qui a remporté le premier prix.
Jupiter console la France, & lui parle du
Roy en ces termes.
C
'Eſt peu pour ma bonté que d'eſſuyer tes
larmes :
D'un avenir heureux je t'annonce les charmes .
Ofe attendre de moi des bienfaits inoüis.
Troupe immortelle ,il faut qu'enfin je vousdes
clare
Quelles profperitez à ſon Roy je prepare.
Connoiſſez en ce jour le deſtin de LOUIS .
C'eſt l'oeuvre demes mains , & ma haute fa
geffe ,
En ſehâtant fi- toſt de le faire regner ,
Avant le tems auſſi , guide de ſa jeuneffe,
Acommencé de l'enſeigner.
(
Dans ce coeur à ma voix attentif & fidele
J'ai de mes faints Autels déja verſé le zele ;
J'ai pris ſoin d'y placer encore tous ſes ſujets,
Par
D'AOUST 1722 . Ify
-
1
Par moi, plein de l'amour de l'exacte juſtice ,
Il ſçaura des flateurs mépriſer l'artifice ,
Et de l'ambition les injuſtes projets
Dans ſa brillante Cour , pacifique Monar
que ;
Genereux acceſſible , auſſi bon que puiſſant 5
Il portera des Dieux la plus auguſte marque ,
Tranquille & toûjours agiſſant.
۱
La difcorde , & l'envie , & la haine étouf
fées ,
Ace nouveauTitus ſerviront de trophées ;
Triomphes ignorez des plus fameux vain
queurs
Les folles paſſions , ſourcepuredes crimes,
Seront ſes ennemis & ſes ſeules victimes ;
Et ſes captifs ſeront les eſprits & les coeurs.
Sur le Mariage du Roy & de l'Infante:
Noeud charmant , union en delices feconde
Qui de l'Europe entiere aſſure le repos ,
Et qui dans ſa ſaiſon enrichira le monde
D'une famille de Heros .
Au bruitqu'en répandra la prompte Renoma
méc
La
114 LE MERCURE
)
La terre quelque jour de leurs vertus charmée ;
De la main de Lois viendra prendre des Rois .
Lesclimats que l'Euphrate arroſe dans ſa courſe
,
Les habitans de l'Inde , & les voiſins de l'oura
fe, ۱
Auront tous leurs Bourbons , & deviendront
François.
Qu'il vive donc , ce Roy , garant de mes oracles;
Qu'il ſe faſſe connoître aux peuples étonnez ,
Qu'il foit pour les humains le plus grand des
Ipectacles.
Qu'aucun mortel leur ait donnez .
Sur le retour de la ſanté du Roy ,
qui a remporté le premier prix.
Jupiter console la France, & lui parle du
Roy en ces termes.
C
'Eſt peu pour ma bonté que d'eſſuyer tes
larmes :
D'un avenir heureux je t'annonce les charmes .
Ofe attendre de moi des bienfaits inoüis.
Troupe immortelle ,il faut qu'enfin je vousdes
clare
Quelles profperitez à ſon Roy je prepare.
Connoiſſez en ce jour le deſtin de LOUIS .
C'eſt l'oeuvre demes mains , & ma haute fa
geffe ,
En ſehâtant fi- toſt de le faire regner ,
Avant le tems auſſi , guide de ſa jeuneffe,
Acommencé de l'enſeigner.
(
Dans ce coeur à ma voix attentif & fidele
J'ai de mes faints Autels déja verſé le zele ;
J'ai pris ſoin d'y placer encore tous ſes ſujets,
Par
D'AOUST 1722 . Ify
-
1
Par moi, plein de l'amour de l'exacte juſtice ,
Il ſçaura des flateurs mépriſer l'artifice ,
Et de l'ambition les injuſtes projets
Dans ſa brillante Cour , pacifique Monar
que ;
Genereux acceſſible , auſſi bon que puiſſant 5
Il portera des Dieux la plus auguſte marque ,
Tranquille & toûjours agiſſant.
۱
La difcorde , & l'envie , & la haine étouf
fées ,
Ace nouveauTitus ſerviront de trophées ;
Triomphes ignorez des plus fameux vain
queurs
Les folles paſſions , ſourcepuredes crimes,
Seront ſes ennemis & ſes ſeules victimes ;
Et ſes captifs ſeront les eſprits & les coeurs.
Sur le Mariage du Roy & de l'Infante:
Noeud charmant , union en delices feconde
Qui de l'Europe entiere aſſure le repos ,
Et qui dans ſa ſaiſon enrichira le monde
D'une famille de Heros .
Au bruitqu'en répandra la prompte Renoma
méc
La
114 LE MERCURE
)
La terre quelque jour de leurs vertus charmée ;
De la main de Lois viendra prendre des Rois .
Lesclimats que l'Euphrate arroſe dans ſa courſe
,
Les habitans de l'Inde , & les voiſins de l'oura
fe, ۱
Auront tous leurs Bourbons , & deviendront
François.
Qu'il vive donc , ce Roy , garant de mes oracles;
Qu'il ſe faſſe connoître aux peuples étonnez ,
Qu'il foit pour les humains le plus grand des
Ipectacles.
Qu'aucun mortel leur ait donnez .
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3
p. 114-115
ODE SUR LE SECRET. Par M. Dumas d'Ayquebere.
Début :
Des Guerriers que suit la victoire, [...]
Mots clefs :
Heureux, Secret, Incertitude
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE SUR LE SECRET. Par M. Dumas d'Ayquebere.
ODE SUR LE SECRET
ParM. Dumasd'Ayquebere.
Des Guerriers que fuit la victoire ,
Tu fais ſouvent l'heureux deſtin ;
Souvent du Temple de la Gloire ,
Tu leur aplanis le chemin.
Par toi fut conduit l'heureux piege ,
Que la Grece après un long ſiege ,
Tendit aux peuples d'Ilion .
Par toi les Soldats de la Gaule ,
:
JufD'AOUST
1722 . 119
Juſques au ſein du Capitole ,
Porterent l'effroi de leur nom.
Vous qui portant vos yeux profanes , *
Au fonddes tombeaux tenebreux ,
Ofez folliciter les manes ,
Atrahir les ſecrets des Dieux.
De vos malheurs , hardis Miniſtres ,
Craignez de voir les coups finiſtres ,
Que vous refervent les Deſtins.
Reprimez votre inquietude ;
Et ſçachez que l'incertitude
Eſt le plus grand biendes humains.
Loquendi homines magistros habemus
, tacendi Deos. Plutarc.
ParM. Dumasd'Ayquebere.
Des Guerriers que fuit la victoire ,
Tu fais ſouvent l'heureux deſtin ;
Souvent du Temple de la Gloire ,
Tu leur aplanis le chemin.
Par toi fut conduit l'heureux piege ,
Que la Grece après un long ſiege ,
Tendit aux peuples d'Ilion .
Par toi les Soldats de la Gaule ,
:
JufD'AOUST
1722 . 119
Juſques au ſein du Capitole ,
Porterent l'effroi de leur nom.
Vous qui portant vos yeux profanes , *
Au fonddes tombeaux tenebreux ,
Ofez folliciter les manes ,
Atrahir les ſecrets des Dieux.
De vos malheurs , hardis Miniſtres ,
Craignez de voir les coups finiſtres ,
Que vous refervent les Deſtins.
Reprimez votre inquietude ;
Et ſçachez que l'incertitude
Eſt le plus grand biendes humains.
Loquendi homines magistros habemus
, tacendi Deos. Plutarc.
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4
p. 115-117
LA VIEILLESSE. Ode du même Auteur,
Début :
Le soleil, qui pour moi s'efface, [...]
Mots clefs :
Vieillesse, Corps, Trésors
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA VIEILLESSE. Ode du même Auteur,
LA VIEILLESSE.
Ode du même Auteur,
Le ſoleil , qui pour moi s'efface ,
Guideà peine mes pas errans ;
Ét l'objetmême que j'embraffe ,
Trompe , ou fuit mes regards mourans ,
* Les Necromanciens qui , dit on , invo
quent les ames des morts .
Traf
716 LE MERCURE
Traînant d'inutiles journées ,
D'un corps uſé par les années ,
Je ſens les refforts s'ébranler ;
Et mes genoux qui s'affoibliffent ,
Frêles fondemens m'avertiſſent
Que l'édifice va crouler.
O vous ! d'un âge trop rapide ,
Amuſemens les plus cheris ,
Banquets où le plaifir preſide ,
Vous ne flatez plus mes eſprits.
Et vous , fieres de nos foibleſſes ,
Ceflez , beautez enchantereſſes ,
D'offriva ines yeux vos attraits.
De ſes biens les plus doux avare ,
L'amour à mes feux ne prepare
Que des mépris & des regrets .
Ces vains treſors , dont ma vieilleff
Fait ſon of jet le plus riant ,
Bien tot fatisferont l'yvreſſe
D'un heritier impatient.
Son coeur qui déja les devore ,
De lamort , qui m'épargne encore",
Sans celleaccuſe la lenteur.
Mon
D'AOUST 1722.
Mon opulence accroît ſa peine ;
Et c'eſt de ma perte prochaine ,
Qu'il fait dépendre ſon bonheur , &c .
Ode du même Auteur,
Le ſoleil , qui pour moi s'efface ,
Guideà peine mes pas errans ;
Ét l'objetmême que j'embraffe ,
Trompe , ou fuit mes regards mourans ,
* Les Necromanciens qui , dit on , invo
quent les ames des morts .
Traf
716 LE MERCURE
Traînant d'inutiles journées ,
D'un corps uſé par les années ,
Je ſens les refforts s'ébranler ;
Et mes genoux qui s'affoibliffent ,
Frêles fondemens m'avertiſſent
Que l'édifice va crouler.
O vous ! d'un âge trop rapide ,
Amuſemens les plus cheris ,
Banquets où le plaifir preſide ,
Vous ne flatez plus mes eſprits.
Et vous , fieres de nos foibleſſes ,
Ceflez , beautez enchantereſſes ,
D'offriva ines yeux vos attraits.
De ſes biens les plus doux avare ,
L'amour à mes feux ne prepare
Que des mépris & des regrets .
Ces vains treſors , dont ma vieilleff
Fait ſon of jet le plus riant ,
Bien tot fatisferont l'yvreſſe
D'un heritier impatient.
Son coeur qui déja les devore ,
De lamort , qui m'épargne encore",
Sans celleaccuſe la lenteur.
Mon
D'AOUST 1722.
Mon opulence accroît ſa peine ;
Et c'eſt de ma perte prochaine ,
Qu'il fait dépendre ſon bonheur , &c .
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5
p. 117-118
L'ORGUEIL, Ode.
Début :
Oüi, c'est toi, monstre sanguinaire, [...]
Mots clefs :
Orgueil, Guerre, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'ORGUEIL, Ode.
L'ORGUEIL , Ode.
Oûi , c'eſt toi , monſtre ſanguinaire ,
Qui pour une offenſe legere ,
Veux que le fang ſoit répandu ;
Et qui conſagrant la vengeance ,
Ravis , ſous le nom de vaillance ,
Un encens qui ne t'eſt pas dû.
Des fiers arbitres de la guerre ,
Flatant l'heureuſe ambition ,
Tu te plais à livrer la terre ,
Aleur fougueuſe paſſion.
En vain , condamnant leur audace,
L'exacte verité les place
Au rangdes plus lâches tyrans :
Sousuntas de lauriers frivoles ,
De leurs forfaits tu les conſoles,
Par le titre de conquerans.
Maisquoi , juſques dans ton empire
Il étend ſon autorité ;
Amoun
118
LE MERCURE
Amour , tu ſouffie qu'il aſpire
Atriompher dela beauté ?
L'Amant terrible de Semele ,
Ne doit qu'à ſa gloire immortelle
L'heureux ſuccès de ſes deſirs.
Ainſi l'orgüeil , dans les bras même
D'un objet charmant que l'on aime ,
Empoiſonne tes doux plaiſirs , &c.
Oûi , c'eſt toi , monſtre ſanguinaire ,
Qui pour une offenſe legere ,
Veux que le fang ſoit répandu ;
Et qui conſagrant la vengeance ,
Ravis , ſous le nom de vaillance ,
Un encens qui ne t'eſt pas dû.
Des fiers arbitres de la guerre ,
Flatant l'heureuſe ambition ,
Tu te plais à livrer la terre ,
Aleur fougueuſe paſſion.
En vain , condamnant leur audace,
L'exacte verité les place
Au rangdes plus lâches tyrans :
Sousuntas de lauriers frivoles ,
De leurs forfaits tu les conſoles,
Par le titre de conquerans.
Maisquoi , juſques dans ton empire
Il étend ſon autorité ;
Amoun
118
LE MERCURE
Amour , tu ſouffie qu'il aſpire
Atriompher dela beauté ?
L'Amant terrible de Semele ,
Ne doit qu'à ſa gloire immortelle
L'heureux ſuccès de ſes deſirs.
Ainſi l'orgüeil , dans les bras même
D'un objet charmant que l'on aime ,
Empoiſonne tes doux plaiſirs , &c.
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6
p. 118
LE LUXE, Ode.
Début :
Oüi, c'est toi, coupable furie, [...]
Mots clefs :
Furie, Indigence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE LUXE, Ode.
LE LUXE , Ode.
Oui , c'eſt toi , coupable furie ,
Qui brifes les ſceptres des Rois.
Va , loin de ma chere Patrie
Porter tes barbares exploits.
Au ſein mêmede l'abondance ,
De la plus mortelle indigence',
Tu ſçais verſer le froid poiſon .
Ta fureur nous rend neceffaire
Des arts ſuperAus , dont nos peres ,
Avoient ignoréjuſqu'au nom , &c.
Oui , c'eſt toi , coupable furie ,
Qui brifes les ſceptres des Rois.
Va , loin de ma chere Patrie
Porter tes barbares exploits.
Au ſein mêmede l'abondance ,
De la plus mortelle indigence',
Tu ſçais verſer le froid poiſon .
Ta fureur nous rend neceffaire
Des arts ſuperAus , dont nos peres ,
Avoient ignoréjuſqu'au nom , &c.
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7
p. 118-119
LA RELIGION, Ode.
Début :
Dans quels tenebreux precipices [...]
Mots clefs :
Vices
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA RELIGION, Ode.
LA RELIGION , Ode,
Dans quels tenebreux precipices
Les hommes font- ils engloutis
Helas!
D'AOUST 1722. 119
1
Helas ! les plus infames vices
Sont , ou confaerez , ou permis.
L'adultere , l'affreux inceſte ,
* L'homicide encore plus funeſte ,
Ont leurs Temples & leurs Autels .
De cette nuit ſi déplorable ,
Quelle lumiere ſecourable ,
Pourra retirer les mortels ? &c.
Dans quels tenebreux precipices
Les hommes font- ils engloutis
Helas!
D'AOUST 1722. 119
1
Helas ! les plus infames vices
Sont , ou confaerez , ou permis.
L'adultere , l'affreux inceſte ,
* L'homicide encore plus funeſte ,
Ont leurs Temples & leurs Autels .
De cette nuit ſi déplorable ,
Quelle lumiere ſecourable ,
Pourra retirer les mortels ? &c.
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8
p. 119-122
Sur la Peste de Marseille, Ode.
Début :
Tout perit : une odeur mortelle [...]
Mots clefs :
Yeux, Cadavres, Cruelle, Démon, Malheur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Sur la Peste de Marseille, Ode.
Sur la Peste de Marseille , Ode,
Tout perit : une odeur mortelle
Sortdes cadavres entaſſez.:
Par leur exhalaiſon cruelle ,
Les plushardis font terraflez.
De cette vapeur infernale ,
Chacun fuit l'atteinte fatale ;
Preſque tous en ſont prévenus ;
Etdans le ſein de leurs aziles ,
Portent les ſemences fubtiles
Du trepas qu'ils ne craignent plus.
Dieux ! qui pourroit te reconnoître ,
Superbe Ville , heureux ſéjour ,
Doux rivage , où l'on voyoit naître L
De
120 LE MERCURE
1
De nouveaux plaiſirs chaque jour ?
Eſt - ce toi , de qui l'abondance ,
Le luxe , la magnificence ,
De l'Etranger charmoient les yeux
Que te reſte t- il de ta gloire ,
Qu'une humiliante memoire ,
Qui ſert la colere des Cieux ?
Au ſeind'une mere mourante ,
Je vois un enfant languiff,
Succer une liqueur brûlante,
Qui le tuë en le nourriſſant.
Ici ſecourant ſa famille ,
Tombe une genereuſe fille ,
Aux pieds d'un pere conſterné.
Là meurt une épouſe fidele ,
Triſte victime de fon zele ,
Pourun époux infortuné.
Mais le devoir & la nature
Sur tous les coeurs perdent leurs droits :
Le fils ingrat , Pépoux parjure ,
N'entendent plus leur foible voix.
Prodiges la mere inhumaine,
Cede
D'AOUST 1722. 121
Cede à la frayeur qui l'entraîne
Loin du fils , qui meurt fans ſecours ,
L'ami froid , craint ſon ami même :
Le lâche amant fuit ce qu'il aime ,
Pour fauver ſes infamesjours.
Qu'entens-je , quelle voix affreuſe !
Où court ce démon déchaîné ?
Fuyons. Quelle face hideuſe !
Quels yeux! quel regard forcené !
Quels coups lance ſa main cruelle !
Mais que vois je ? il tremble , il chancele ,
Il tombe, pâle & languiſſant,
Je vois ſa force évanoüie ;
Et ce'démon , cette furie ,
N'eſt plus qu'unhomme agoniſant.
Mais quels abîmes effroyables ,
Sous mes pas viennent de s'ouvrir ?
Du Stix les rives redoutables ,
Ames yeux vont ſe découvrir,
Quel tas de cadavres livides ,
Tombent dans ces gouffres avides ,
Que je vois naître dans nos champs ?
F Malheur
122 LE MERCURE
Malheur au peuple qui t'habite ,
Terre ingrate , terre maudite ,
Qui devore tes habitans.
Tout perit : une odeur mortelle
Sortdes cadavres entaſſez.:
Par leur exhalaiſon cruelle ,
Les plushardis font terraflez.
De cette vapeur infernale ,
Chacun fuit l'atteinte fatale ;
Preſque tous en ſont prévenus ;
Etdans le ſein de leurs aziles ,
Portent les ſemences fubtiles
Du trepas qu'ils ne craignent plus.
Dieux ! qui pourroit te reconnoître ,
Superbe Ville , heureux ſéjour ,
Doux rivage , où l'on voyoit naître L
De
120 LE MERCURE
1
De nouveaux plaiſirs chaque jour ?
Eſt - ce toi , de qui l'abondance ,
Le luxe , la magnificence ,
De l'Etranger charmoient les yeux
Que te reſte t- il de ta gloire ,
Qu'une humiliante memoire ,
Qui ſert la colere des Cieux ?
Au ſeind'une mere mourante ,
Je vois un enfant languiff,
Succer une liqueur brûlante,
Qui le tuë en le nourriſſant.
Ici ſecourant ſa famille ,
Tombe une genereuſe fille ,
Aux pieds d'un pere conſterné.
Là meurt une épouſe fidele ,
Triſte victime de fon zele ,
Pourun époux infortuné.
Mais le devoir & la nature
Sur tous les coeurs perdent leurs droits :
Le fils ingrat , Pépoux parjure ,
N'entendent plus leur foible voix.
Prodiges la mere inhumaine,
Cede
D'AOUST 1722. 121
Cede à la frayeur qui l'entraîne
Loin du fils , qui meurt fans ſecours ,
L'ami froid , craint ſon ami même :
Le lâche amant fuit ce qu'il aime ,
Pour fauver ſes infamesjours.
Qu'entens-je , quelle voix affreuſe !
Où court ce démon déchaîné ?
Fuyons. Quelle face hideuſe !
Quels yeux! quel regard forcené !
Quels coups lance ſa main cruelle !
Mais que vois je ? il tremble , il chancele ,
Il tombe, pâle & languiſſant,
Je vois ſa force évanoüie ;
Et ce'démon , cette furie ,
N'eſt plus qu'unhomme agoniſant.
Mais quels abîmes effroyables ,
Sous mes pas viennent de s'ouvrir ?
Du Stix les rives redoutables ,
Ames yeux vont ſe découvrir,
Quel tas de cadavres livides ,
Tombent dans ces gouffres avides ,
Que je vois naître dans nos champs ?
F Malheur
122 LE MERCURE
Malheur au peuple qui t'habite ,
Terre ingrate , terre maudite ,
Qui devore tes habitans.
Fermer
9
p. 121-131
SUITE de l'extrait des Pieces d'Eloquence & de Poësie, presentées à l'Academie des Jeux Floraux pour les prix de l'année 1722.
Début :
L'abus de la Poësie, Poëme au Roi, qui a remporté le second prix. Par [...]
Mots clefs :
Prix, Héros, Jeux floraux, Clémence Isaure, Gloire, Amour, Poésie, Abus de la poésie, Vers, Minerve, Amour divin, Sciences et arts
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texteReconnaissance textuelle : SUITE de l'extrait des Pieces d'Eloquence & de Poësie, presentées à l'Academie des Jeux Floraux pour les prix de l'année 1722.
SUITE de l'extrait des Pieces d'Eloquence
& de Poësie , preſentées à
l'Academie des Jeux Floraux pour les
prix de l'année 1722.
L'abus de la Poësie , Poëme au Roi ,
qui a remporté le ſecond prix. Par
l'Abbé de Pontbriand.
19
L'Auteur parie de la Poësie qui se trouve
dans les Livres Sacrez , & de l'effet
qu'elle produifoit für les hommes.
E
Lle leur inſpiroit un plaifir ſalutaire ,
Jamais fans les inftruire elle n'oſoit leur
plaire.
F Ses
122 LE MERCURE
Ses ſons harmonieux , ſes accens enchanteurs ,
Ouvroient à la vertu le chemin de leurs coeurs.
Bientôt , helas ! bien-tôt la Grece & l'Italie
Virent dégenerer ſa ſageſle en folie.
En changeant de climat , elle changea de
moeurs ,
Et des incirconcis embraſſa les erreurs.
Homere pour donner du credit à ſes ſonges ,
La força d'embellir d'infipides menfonges ,
Avec Anacreon , elle but , el aima ,
De parricides traits Archiloque ( a ) l'arma .
Arépandre l'encens , par Pindare (b) formée ,
Elfe en vendit aux Grecs la flateuſe fumée.
O vous ! que Rome a vû renaître dans Lucain,
Vous couvrîtes de fard ſon viſage & ſon ſein
Et fon voile autrefois enlevé par Catule ,
Luy fût encore ravi par la main de Tibule.
Innocente pudeur , tes doigts n'ont point filé ,
La gaze dont en France elle a le corps voilé.
Le leger ornement qui voltige autour d'elle ,
1
(a) Poëte Satyrique. Il fit des vers contreſon
beau- pere , qui s'en pendit de douleur.
(b) Pindare étoit fort intereſſé , il chantoit
aux Jeux olympiques les vainqueurs qui payoient
Ses flateries.
N'eft
DE SEPTEMBRE 1722. 123
N'eſt pour l'oeil indifcret qu'une amorce nou
velle,
Sans honte on oſe voir , ſans crainte elle ofe
offrir ,
Ce qu'un voile impuiſſant affecte de couvrir.
Aux traits calomnieux que ſon art envenime ,
Mille fois l'innocence a ſervi de victime.
Qu'on ne nous vante plus le pouvoir de ſes
charmes ;
Je n'y puis voir pour nous que des ſujets de
larmes ;
Et coupable aujourd'hui des plus honteux excès,
Elle même elle doit rougirde ſes ſuccès.
O! vous qui la rendez complice de vos crimes ,
Quel fruit efperez -vous de vos coupables rimest
L'odieuſe beauté qui regne en vos écrits ,
Même en charmant nos coeurs , vous livre à
nos mépris.
MINERVE , Ode , à laquelle le prix
del'Eglogue a été adjugé. Par l'Abbe
de Prades .
Eureux , & Minerve ! ces Princes
H
Qui par toi reglent leurs defirs ,
Qui du bonheur de leurs Provinces ,
Fij Font
124
LE MERCURE
Font leur étude , & leur plaifir ,
En vain l'ambition ſoupire ,
La gloire d'étendre l'Empire ,
Cede au ſoin de le rendre heureux;
Là le Heros qu'on y contemple ,
Moins par les loix que par l'exemple ,
Forment des ſujets vertueux.
:
Mais qui pourroit te méconnoître ,
Sage Déeſſe des Guerriers ?
Tu formes mon Auguſte Maître ,
A cueillir d'immortels Lauriers .
Fais que les vertus heroïques ,
Des Rois ſages & pacifiques ,
Se réüniffent en lui ſeul ,
Et qu'envers lui le Ciel s'acquitte
De la gloire dûë au merite ,
De ſon pere & de ſon ayeul .
L'AMOUR DIVIN , Ode , qui a
remporté le prix deſtiné au Diſcours ,
P
du même Auteur.
Uiffant Guide , fous taconduite,
S'avance un peuple fortuné , *
Les Ifraëlites. :
La
DE SEPTEMBRE 1722. 125
La mer le voit & prend la fuite ,
Le Jourdain recule , étonné.
Tantôt de mers couvrant la terre ,
Tantôt tirant l'eau de la pierre ,
Tu lui prêtes mille ſecours.
Arreſte , & demeure immobile ,
Soleil ; l'homme dit , & docile ,
Le Soleil arreſte ſon cours .
Mais quoi ! rappellez à la vie ,
Les Morts racontent tes bienfaits ,
L'aveugle voit , le ſourd s'écrie
Qu'il entend parler les muets.
Déja les nations s'empreſſent ,
Juifs & Gentils , tous reconnoiſſent
L'Empire de leur nouveau Roi.
C'eſt la verité triomphante ,
C'eſt la grace toute puiſſante ,
Amour qui leur donne la loi.
Où vole cette Pechereſſe ?
Je la vois aux pieds du Sauveur.
Quel filence ! quelle triſteffe!
Fiij
Tout
126 LE MERCURE
Tout nous peint ſa vive douleur. '
Femmes , tes larmes t'ont lavéc
C'eſt ton amour qui t'a ſauvée ,
Ta gloire doit vivre à jamais.
Grand repentir ! grand facrifice !
De l'amour ſaint naît la justice ,
Mere & compagne de la paix , &c.
Premier Difcours fur ces paroles.
Rien n'affure davantage laſuperiorité d'une
nation ,que la culture des ſciences
des Arts.
L
Es armes n'ontjamais rien eu de plus
brillant que ces pompes triomphantes
, dont l'ancienne Rome honoroit les
vainqueurs . Cependant oferai-je le dire ?
Ce ſuperbe vainqueur , élevé ſur ſon
char , chargé des dépoüilles de l'ennemi ,
& fuivi des Captifs enchaînez , me paroît
moins grand qu'un Tite-1 ive environné
d'admirateurs , qui venoient à Ro.
me des extrêmitez de la terre pour ne
voir dans la Capitale du monde, que fon
hiftorien.
Accordons au préjugé vulgaire que la
gloire des armes eſt plus ébloüiffante ,
peut- être mêmeplus flateuſe que la gloire
des
DE SEPTEMBRE 1722. 127
des Lettres ; mais ſi celle-ci a moins d'é
clat , elle a fans doute plus de folidité ;
eſt plus legitime , plus indépendante, plus
rare , & plus durable.
Les Poëtes & les Orateurs ne doivent
leur réputation qu'à leur merite ; ils ne
P'ont pas acheté au prix du ſang des peuples.
Les Miniftres , les Generaux , le foldat
même a part aux lauriers du conquerant
, & ſouvent celui qui a l'honneur de
la victoire , n'eſt pas le plus digne de la
couronne. Ciceron né dans l'obscurité ,
perce le ſombre nuage qui l'enveloppe ,
ſe fait jour , & s'éleve rapidement au faîte
de la grandeur Romaine ; les Villes , les
Provinces , les Etats recherchent la protection
de cet homme nouveau , les Rois
même ſont ſes cliens . La memoire des
Heros perit bien-tôt , ſi les ſçavans ne la
confervent. Les ſçavans , dépoſitaires &
diſpenſateurs de l'immortalité , peuvent
immortaliſer leur nom , ſans le ſecours
du Heros.
Toutes les nations ont eu des Heros
fameux , tous les fiecles ont eu des Guerriers
illuftres ; il n'y a eu que les Grecs ,
les Romains & les François ; il n'y a eu
que trois fiecles qui ayent donné des Poëtes
, & des Orateurs dignes de l'immortalité.
Les conquerans , & les Heros ſont des
Finj aftres
128 LE MERCURE
aſtres errans , qui après avoir brillé quelque
temps , & effrayé la terre , diſparoiflent
pour toûjours , & ne laiffent que le
ſouvenir d'un éclat paflager. Les ſcavans
font des aſtres qui éclairent le monde julques
à la plus reculée antiquité. Ciceron
nous parle , nous harangue , nous inſtruit,
& nous charme ; Ciceron vit encore , &
L'ancienne Rome vit avec lui.
Dans l'éloge de Clemence Iſaure, prononcé
ſuivant l'uſage , le jour de la diftribution
des prix , par M. Delherm ,
Conſeiller au Parlement , l'un des Academiciens
, on met le merite de cette
illuſtre fondatrice dans un beau jour. Clemence
s'éleva au deſſus des foibleſſes de
ſon ſexe , dit l'Orateur. Richelieu trouva
dans ſon projet les avantages des préjugez,&
de l'éducation . Clemence ranime
l'amour de la Poësie , en un fiecle groffier
dans ſon goût & dans ſes moeurs ;
Richelieu medite d'accroître l'empire
des Belles- Lettres , dans le temps où le
genie des François fembloit être tourné
à les culriver. Clemence ſeule, projette
, ſuit , execute ; Richelieu aſſocie à
fon ouvrage des hommes éclairez , & capables
dele conduire. C'emence n'a point
de modele , & l' Academie Françoiſe eſt
formée ſur l'idée que Richelieu prend des
Jeux de Clemence. LeDigne Academi
: cien
DE SEPTEMBRE 1722. 129
cien fait dire un peu après à Loüis le
Grand , que les Jeux Floraux avoient rappellé
en France le goût des Belles- Lettres
, qu'ils avoient ſervi de modele à toutes
les Societez litteraires , & qu'ils of-
⚫ froient depuis quatre fiecles , des fleurs à
cüeillir aux éleves des Muſes .
1
Nous paſſons à regret bien des choſes
excellentes de ce difcours , dans la crainte
de nous y trop arrêter. La fin en eft inftructive,
& très - capable de donner de l'émulation
. Oüy , Meſſieurs , pourſuit , M.
Delherm , les Poëtes peuvent comme
autrefois , aſpirer aux fleurs de Clemence,
par des vers conſacrez à la gloire des vertus
des Heros & des Dieux , & à l'attraic
des innocens plaiſirs ; mais il faut que
leurs vers naiſſent des ſons d'une Lyre
ſçavante , que leurs vers aſſujetis aux
loix d'une cadence auffi meſurée qu'harmonieuſe,
offrent toûjours des Images vives
, nobles , hardies , & élevées ; que le
genie du Poëte Lyrique , formé par la
nature , & guidé par l'art , frape l'auditeur
, l'excite , l'enleve , le raviffe. Telle
eſt cette Poësie divine , que Polymnie
inſpire à ſes favoris , & à laquelle nous
destinons nos premieres couronnes .
Nous en avons encore pour vous , Poë
es , qui à la faveur d'une fiction inge .
nieuſe , chantez auſſi ſur la trompette
F heroïque
130
LE MERCURE
heroïque , la valeur & la ſageſſe des Heros
, la puiffance & la bonté des Dieux ,
vous qui , élevez & foutenus par l'idée d'un
objet , ou heureuſement imaginé , & fagement
ennobli , nous diſpotez par l'attrait
des exemples , à connoître la ſageffe
, à l'aimer , à la ſuivre , genies fublimes
, venez ciieillir les fleurs que nous
vous refervons .
Qu'un coeur tendre ne craigne point
de nous ennuyer par le recit plaintifde
fes peines , ou par l'aveu fincere de ſes
plaiſirs : oüy , les divers mouvemens qui
le flatent, ou qui l'agitent , peuvent nous
intereffer , & rendus dans les vers , ſans
autre art que celui qu'une ardeur pure &
innocente ſçait prêter à l'expreſſion des
ſentimens , ils meriteront nos fuffrages.
Ainſi l'amant vertueux & fidele , orné
de nos couronnes , ſe verra plus digne de
l'objet qui l'a charmé ,&plus ſurde lui
plaire.
Les ſons du chalumeau ruftique , & de
la Muſette champêtre , ſont écoutez favorablement
dans nos jeux. Les Bergers
& les Bergeres peuvent y venit chanter le
retour du Printemps , les charmes de la
folitude , les amours , les Dieux mêmes
& leurs concerts reçoivent de nous un
prix d'honneur , ſi leur genie & leur langage
expriment toûjours l'innocence de
leurs moeurs. Et
DE SEPTEMBRE 1722. 131
-
Et vous qui frapez des traits de l'éloquence
, cherchez à la faire fentir dans
vos difcours , & à la faire aimer : Orateurs
, nous accordons des prix au merite
fuperieur de vos ouvrages , nous en ornons
ceux d'entre vous , qui attachez à
remplir le ſujet que nous leur propofons ,
trouvent l'art de l'étendre par une ſuite
d'idées naturelles , juſtes & ſenſibles ; les
rendent avec préciſion , les placent avec
goût , & les embelliffent de toutes les
beautez de la langue &du ſtile.
Quelle haute idée ne viens-je pas de
vous donner , Meſſieurs , des Jeux Floraux
de Clemence , tels qu'il a plû de les rendre
à la bonté , & au zele de Loüis le
Grand ? Efperons que ces jeux conſerveront
tous leurs avantages , & tout leur
éclat , ſous le regne du digne fucceffeur
de Loüis le Grand ; ſon enfance ne nous
a offert que des talens & des vertus à
admirer. Toûjours docile à la voix de
l'honneur , toûjours frapé des traits dela
ſageſſe , il a montré que la connoiffance
&l'amour de la verité éclatent dans les
vrais Heros avec leur premier âge , &
que chez eux la raiſon & le devoir s'allient
heureuſement avec la jeuneſſe.
& de Poësie , preſentées à
l'Academie des Jeux Floraux pour les
prix de l'année 1722.
L'abus de la Poësie , Poëme au Roi ,
qui a remporté le ſecond prix. Par
l'Abbé de Pontbriand.
19
L'Auteur parie de la Poësie qui se trouve
dans les Livres Sacrez , & de l'effet
qu'elle produifoit für les hommes.
E
Lle leur inſpiroit un plaifir ſalutaire ,
Jamais fans les inftruire elle n'oſoit leur
plaire.
F Ses
122 LE MERCURE
Ses ſons harmonieux , ſes accens enchanteurs ,
Ouvroient à la vertu le chemin de leurs coeurs.
Bientôt , helas ! bien-tôt la Grece & l'Italie
Virent dégenerer ſa ſageſle en folie.
En changeant de climat , elle changea de
moeurs ,
Et des incirconcis embraſſa les erreurs.
Homere pour donner du credit à ſes ſonges ,
La força d'embellir d'infipides menfonges ,
Avec Anacreon , elle but , el aima ,
De parricides traits Archiloque ( a ) l'arma .
Arépandre l'encens , par Pindare (b) formée ,
Elfe en vendit aux Grecs la flateuſe fumée.
O vous ! que Rome a vû renaître dans Lucain,
Vous couvrîtes de fard ſon viſage & ſon ſein
Et fon voile autrefois enlevé par Catule ,
Luy fût encore ravi par la main de Tibule.
Innocente pudeur , tes doigts n'ont point filé ,
La gaze dont en France elle a le corps voilé.
Le leger ornement qui voltige autour d'elle ,
1
(a) Poëte Satyrique. Il fit des vers contreſon
beau- pere , qui s'en pendit de douleur.
(b) Pindare étoit fort intereſſé , il chantoit
aux Jeux olympiques les vainqueurs qui payoient
Ses flateries.
N'eft
DE SEPTEMBRE 1722. 123
N'eſt pour l'oeil indifcret qu'une amorce nou
velle,
Sans honte on oſe voir , ſans crainte elle ofe
offrir ,
Ce qu'un voile impuiſſant affecte de couvrir.
Aux traits calomnieux que ſon art envenime ,
Mille fois l'innocence a ſervi de victime.
Qu'on ne nous vante plus le pouvoir de ſes
charmes ;
Je n'y puis voir pour nous que des ſujets de
larmes ;
Et coupable aujourd'hui des plus honteux excès,
Elle même elle doit rougirde ſes ſuccès.
O! vous qui la rendez complice de vos crimes ,
Quel fruit efperez -vous de vos coupables rimest
L'odieuſe beauté qui regne en vos écrits ,
Même en charmant nos coeurs , vous livre à
nos mépris.
MINERVE , Ode , à laquelle le prix
del'Eglogue a été adjugé. Par l'Abbe
de Prades .
Eureux , & Minerve ! ces Princes
H
Qui par toi reglent leurs defirs ,
Qui du bonheur de leurs Provinces ,
Fij Font
124
LE MERCURE
Font leur étude , & leur plaifir ,
En vain l'ambition ſoupire ,
La gloire d'étendre l'Empire ,
Cede au ſoin de le rendre heureux;
Là le Heros qu'on y contemple ,
Moins par les loix que par l'exemple ,
Forment des ſujets vertueux.
:
Mais qui pourroit te méconnoître ,
Sage Déeſſe des Guerriers ?
Tu formes mon Auguſte Maître ,
A cueillir d'immortels Lauriers .
Fais que les vertus heroïques ,
Des Rois ſages & pacifiques ,
Se réüniffent en lui ſeul ,
Et qu'envers lui le Ciel s'acquitte
De la gloire dûë au merite ,
De ſon pere & de ſon ayeul .
L'AMOUR DIVIN , Ode , qui a
remporté le prix deſtiné au Diſcours ,
P
du même Auteur.
Uiffant Guide , fous taconduite,
S'avance un peuple fortuné , *
Les Ifraëlites. :
La
DE SEPTEMBRE 1722. 125
La mer le voit & prend la fuite ,
Le Jourdain recule , étonné.
Tantôt de mers couvrant la terre ,
Tantôt tirant l'eau de la pierre ,
Tu lui prêtes mille ſecours.
Arreſte , & demeure immobile ,
Soleil ; l'homme dit , & docile ,
Le Soleil arreſte ſon cours .
Mais quoi ! rappellez à la vie ,
Les Morts racontent tes bienfaits ,
L'aveugle voit , le ſourd s'écrie
Qu'il entend parler les muets.
Déja les nations s'empreſſent ,
Juifs & Gentils , tous reconnoiſſent
L'Empire de leur nouveau Roi.
C'eſt la verité triomphante ,
C'eſt la grace toute puiſſante ,
Amour qui leur donne la loi.
Où vole cette Pechereſſe ?
Je la vois aux pieds du Sauveur.
Quel filence ! quelle triſteffe!
Fiij
Tout
126 LE MERCURE
Tout nous peint ſa vive douleur. '
Femmes , tes larmes t'ont lavéc
C'eſt ton amour qui t'a ſauvée ,
Ta gloire doit vivre à jamais.
Grand repentir ! grand facrifice !
De l'amour ſaint naît la justice ,
Mere & compagne de la paix , &c.
Premier Difcours fur ces paroles.
Rien n'affure davantage laſuperiorité d'une
nation ,que la culture des ſciences
des Arts.
L
Es armes n'ontjamais rien eu de plus
brillant que ces pompes triomphantes
, dont l'ancienne Rome honoroit les
vainqueurs . Cependant oferai-je le dire ?
Ce ſuperbe vainqueur , élevé ſur ſon
char , chargé des dépoüilles de l'ennemi ,
& fuivi des Captifs enchaînez , me paroît
moins grand qu'un Tite-1 ive environné
d'admirateurs , qui venoient à Ro.
me des extrêmitez de la terre pour ne
voir dans la Capitale du monde, que fon
hiftorien.
Accordons au préjugé vulgaire que la
gloire des armes eſt plus ébloüiffante ,
peut- être mêmeplus flateuſe que la gloire
des
DE SEPTEMBRE 1722. 127
des Lettres ; mais ſi celle-ci a moins d'é
clat , elle a fans doute plus de folidité ;
eſt plus legitime , plus indépendante, plus
rare , & plus durable.
Les Poëtes & les Orateurs ne doivent
leur réputation qu'à leur merite ; ils ne
P'ont pas acheté au prix du ſang des peuples.
Les Miniftres , les Generaux , le foldat
même a part aux lauriers du conquerant
, & ſouvent celui qui a l'honneur de
la victoire , n'eſt pas le plus digne de la
couronne. Ciceron né dans l'obscurité ,
perce le ſombre nuage qui l'enveloppe ,
ſe fait jour , & s'éleve rapidement au faîte
de la grandeur Romaine ; les Villes , les
Provinces , les Etats recherchent la protection
de cet homme nouveau , les Rois
même ſont ſes cliens . La memoire des
Heros perit bien-tôt , ſi les ſçavans ne la
confervent. Les ſçavans , dépoſitaires &
diſpenſateurs de l'immortalité , peuvent
immortaliſer leur nom , ſans le ſecours
du Heros.
Toutes les nations ont eu des Heros
fameux , tous les fiecles ont eu des Guerriers
illuftres ; il n'y a eu que les Grecs ,
les Romains & les François ; il n'y a eu
que trois fiecles qui ayent donné des Poëtes
, & des Orateurs dignes de l'immortalité.
Les conquerans , & les Heros ſont des
Finj aftres
128 LE MERCURE
aſtres errans , qui après avoir brillé quelque
temps , & effrayé la terre , diſparoiflent
pour toûjours , & ne laiffent que le
ſouvenir d'un éclat paflager. Les ſcavans
font des aſtres qui éclairent le monde julques
à la plus reculée antiquité. Ciceron
nous parle , nous harangue , nous inſtruit,
& nous charme ; Ciceron vit encore , &
L'ancienne Rome vit avec lui.
Dans l'éloge de Clemence Iſaure, prononcé
ſuivant l'uſage , le jour de la diftribution
des prix , par M. Delherm ,
Conſeiller au Parlement , l'un des Academiciens
, on met le merite de cette
illuſtre fondatrice dans un beau jour. Clemence
s'éleva au deſſus des foibleſſes de
ſon ſexe , dit l'Orateur. Richelieu trouva
dans ſon projet les avantages des préjugez,&
de l'éducation . Clemence ranime
l'amour de la Poësie , en un fiecle groffier
dans ſon goût & dans ſes moeurs ;
Richelieu medite d'accroître l'empire
des Belles- Lettres , dans le temps où le
genie des François fembloit être tourné
à les culriver. Clemence ſeule, projette
, ſuit , execute ; Richelieu aſſocie à
fon ouvrage des hommes éclairez , & capables
dele conduire. C'emence n'a point
de modele , & l' Academie Françoiſe eſt
formée ſur l'idée que Richelieu prend des
Jeux de Clemence. LeDigne Academi
: cien
DE SEPTEMBRE 1722. 129
cien fait dire un peu après à Loüis le
Grand , que les Jeux Floraux avoient rappellé
en France le goût des Belles- Lettres
, qu'ils avoient ſervi de modele à toutes
les Societez litteraires , & qu'ils of-
⚫ froient depuis quatre fiecles , des fleurs à
cüeillir aux éleves des Muſes .
1
Nous paſſons à regret bien des choſes
excellentes de ce difcours , dans la crainte
de nous y trop arrêter. La fin en eft inftructive,
& très - capable de donner de l'émulation
. Oüy , Meſſieurs , pourſuit , M.
Delherm , les Poëtes peuvent comme
autrefois , aſpirer aux fleurs de Clemence,
par des vers conſacrez à la gloire des vertus
des Heros & des Dieux , & à l'attraic
des innocens plaiſirs ; mais il faut que
leurs vers naiſſent des ſons d'une Lyre
ſçavante , que leurs vers aſſujetis aux
loix d'une cadence auffi meſurée qu'harmonieuſe,
offrent toûjours des Images vives
, nobles , hardies , & élevées ; que le
genie du Poëte Lyrique , formé par la
nature , & guidé par l'art , frape l'auditeur
, l'excite , l'enleve , le raviffe. Telle
eſt cette Poësie divine , que Polymnie
inſpire à ſes favoris , & à laquelle nous
destinons nos premieres couronnes .
Nous en avons encore pour vous , Poë
es , qui à la faveur d'une fiction inge .
nieuſe , chantez auſſi ſur la trompette
F heroïque
130
LE MERCURE
heroïque , la valeur & la ſageſſe des Heros
, la puiffance & la bonté des Dieux ,
vous qui , élevez & foutenus par l'idée d'un
objet , ou heureuſement imaginé , & fagement
ennobli , nous diſpotez par l'attrait
des exemples , à connoître la ſageffe
, à l'aimer , à la ſuivre , genies fublimes
, venez ciieillir les fleurs que nous
vous refervons .
Qu'un coeur tendre ne craigne point
de nous ennuyer par le recit plaintifde
fes peines , ou par l'aveu fincere de ſes
plaiſirs : oüy , les divers mouvemens qui
le flatent, ou qui l'agitent , peuvent nous
intereffer , & rendus dans les vers , ſans
autre art que celui qu'une ardeur pure &
innocente ſçait prêter à l'expreſſion des
ſentimens , ils meriteront nos fuffrages.
Ainſi l'amant vertueux & fidele , orné
de nos couronnes , ſe verra plus digne de
l'objet qui l'a charmé ,&plus ſurde lui
plaire.
Les ſons du chalumeau ruftique , & de
la Muſette champêtre , ſont écoutez favorablement
dans nos jeux. Les Bergers
& les Bergeres peuvent y venit chanter le
retour du Printemps , les charmes de la
folitude , les amours , les Dieux mêmes
& leurs concerts reçoivent de nous un
prix d'honneur , ſi leur genie & leur langage
expriment toûjours l'innocence de
leurs moeurs. Et
DE SEPTEMBRE 1722. 131
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Et vous qui frapez des traits de l'éloquence
, cherchez à la faire fentir dans
vos difcours , & à la faire aimer : Orateurs
, nous accordons des prix au merite
fuperieur de vos ouvrages , nous en ornons
ceux d'entre vous , qui attachez à
remplir le ſujet que nous leur propofons ,
trouvent l'art de l'étendre par une ſuite
d'idées naturelles , juſtes & ſenſibles ; les
rendent avec préciſion , les placent avec
goût , & les embelliffent de toutes les
beautez de la langue &du ſtile.
Quelle haute idée ne viens-je pas de
vous donner , Meſſieurs , des Jeux Floraux
de Clemence , tels qu'il a plû de les rendre
à la bonté , & au zele de Loüis le
Grand ? Efperons que ces jeux conſerveront
tous leurs avantages , & tout leur
éclat , ſous le regne du digne fucceffeur
de Loüis le Grand ; ſon enfance ne nous
a offert que des talens & des vertus à
admirer. Toûjours docile à la voix de
l'honneur , toûjours frapé des traits dela
ſageſſe , il a montré que la connoiffance
&l'amour de la verité éclatent dans les
vrais Heros avec leur premier âge , &
que chez eux la raiſon & le devoir s'allient
heureuſement avec la jeuneſſe.
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