Résultats : 1 texte(s)
Accéder à la liste des mots clefs.
Détail
Liste
1
p. 121-131
SUITE de l'extrait des Pieces d'Eloquence & de Poësie, presentées à l'Academie des Jeux Floraux pour les prix de l'année 1722.
Début :
L'abus de la Poësie, Poëme au Roi, qui a remporté le second prix. Par [...]
Mots clefs :
Prix, Héros, Jeux floraux, Clémence Isaure, Gloire, Amour, Poésie, Abus de la poésie, Vers, Minerve, Amour divin, Sciences et arts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de l'extrait des Pieces d'Eloquence & de Poësie, presentées à l'Academie des Jeux Floraux pour les prix de l'année 1722.
SUITE de l'extrait des Pieces d'Eloquence
& de Poësie , preſentées à
l'Academie des Jeux Floraux pour les
prix de l'année 1722.
L'abus de la Poësie , Poëme au Roi ,
qui a remporté le ſecond prix. Par
l'Abbé de Pontbriand.
19
L'Auteur parie de la Poësie qui se trouve
dans les Livres Sacrez , & de l'effet
qu'elle produifoit für les hommes.
E
Lle leur inſpiroit un plaifir ſalutaire ,
Jamais fans les inftruire elle n'oſoit leur
plaire.
F Ses
122 LE MERCURE
Ses ſons harmonieux , ſes accens enchanteurs ,
Ouvroient à la vertu le chemin de leurs coeurs.
Bientôt , helas ! bien-tôt la Grece & l'Italie
Virent dégenerer ſa ſageſle en folie.
En changeant de climat , elle changea de
moeurs ,
Et des incirconcis embraſſa les erreurs.
Homere pour donner du credit à ſes ſonges ,
La força d'embellir d'infipides menfonges ,
Avec Anacreon , elle but , el aima ,
De parricides traits Archiloque ( a ) l'arma .
Arépandre l'encens , par Pindare (b) formée ,
Elfe en vendit aux Grecs la flateuſe fumée.
O vous ! que Rome a vû renaître dans Lucain,
Vous couvrîtes de fard ſon viſage & ſon ſein
Et fon voile autrefois enlevé par Catule ,
Luy fût encore ravi par la main de Tibule.
Innocente pudeur , tes doigts n'ont point filé ,
La gaze dont en France elle a le corps voilé.
Le leger ornement qui voltige autour d'elle ,
1
(a) Poëte Satyrique. Il fit des vers contreſon
beau- pere , qui s'en pendit de douleur.
(b) Pindare étoit fort intereſſé , il chantoit
aux Jeux olympiques les vainqueurs qui payoient
Ses flateries.
N'eft
DE SEPTEMBRE 1722. 123
N'eſt pour l'oeil indifcret qu'une amorce nou
velle,
Sans honte on oſe voir , ſans crainte elle ofe
offrir ,
Ce qu'un voile impuiſſant affecte de couvrir.
Aux traits calomnieux que ſon art envenime ,
Mille fois l'innocence a ſervi de victime.
Qu'on ne nous vante plus le pouvoir de ſes
charmes ;
Je n'y puis voir pour nous que des ſujets de
larmes ;
Et coupable aujourd'hui des plus honteux excès,
Elle même elle doit rougirde ſes ſuccès.
O! vous qui la rendez complice de vos crimes ,
Quel fruit efperez -vous de vos coupables rimest
L'odieuſe beauté qui regne en vos écrits ,
Même en charmant nos coeurs , vous livre à
nos mépris.
MINERVE , Ode , à laquelle le prix
del'Eglogue a été adjugé. Par l'Abbe
de Prades .
Eureux , & Minerve ! ces Princes
H
Qui par toi reglent leurs defirs ,
Qui du bonheur de leurs Provinces ,
Fij Font
124
LE MERCURE
Font leur étude , & leur plaifir ,
En vain l'ambition ſoupire ,
La gloire d'étendre l'Empire ,
Cede au ſoin de le rendre heureux;
Là le Heros qu'on y contemple ,
Moins par les loix que par l'exemple ,
Forment des ſujets vertueux.
:
Mais qui pourroit te méconnoître ,
Sage Déeſſe des Guerriers ?
Tu formes mon Auguſte Maître ,
A cueillir d'immortels Lauriers .
Fais que les vertus heroïques ,
Des Rois ſages & pacifiques ,
Se réüniffent en lui ſeul ,
Et qu'envers lui le Ciel s'acquitte
De la gloire dûë au merite ,
De ſon pere & de ſon ayeul .
L'AMOUR DIVIN , Ode , qui a
remporté le prix deſtiné au Diſcours ,
P
du même Auteur.
Uiffant Guide , fous taconduite,
S'avance un peuple fortuné , *
Les Ifraëlites. :
La
DE SEPTEMBRE 1722. 125
La mer le voit & prend la fuite ,
Le Jourdain recule , étonné.
Tantôt de mers couvrant la terre ,
Tantôt tirant l'eau de la pierre ,
Tu lui prêtes mille ſecours.
Arreſte , & demeure immobile ,
Soleil ; l'homme dit , & docile ,
Le Soleil arreſte ſon cours .
Mais quoi ! rappellez à la vie ,
Les Morts racontent tes bienfaits ,
L'aveugle voit , le ſourd s'écrie
Qu'il entend parler les muets.
Déja les nations s'empreſſent ,
Juifs & Gentils , tous reconnoiſſent
L'Empire de leur nouveau Roi.
C'eſt la verité triomphante ,
C'eſt la grace toute puiſſante ,
Amour qui leur donne la loi.
Où vole cette Pechereſſe ?
Je la vois aux pieds du Sauveur.
Quel filence ! quelle triſteffe!
Fiij
Tout
126 LE MERCURE
Tout nous peint ſa vive douleur. '
Femmes , tes larmes t'ont lavéc
C'eſt ton amour qui t'a ſauvée ,
Ta gloire doit vivre à jamais.
Grand repentir ! grand facrifice !
De l'amour ſaint naît la justice ,
Mere & compagne de la paix , &c.
Premier Difcours fur ces paroles.
Rien n'affure davantage laſuperiorité d'une
nation ,que la culture des ſciences
des Arts.
L
Es armes n'ontjamais rien eu de plus
brillant que ces pompes triomphantes
, dont l'ancienne Rome honoroit les
vainqueurs . Cependant oferai-je le dire ?
Ce ſuperbe vainqueur , élevé ſur ſon
char , chargé des dépoüilles de l'ennemi ,
& fuivi des Captifs enchaînez , me paroît
moins grand qu'un Tite-1 ive environné
d'admirateurs , qui venoient à Ro.
me des extrêmitez de la terre pour ne
voir dans la Capitale du monde, que fon
hiftorien.
Accordons au préjugé vulgaire que la
gloire des armes eſt plus ébloüiffante ,
peut- être mêmeplus flateuſe que la gloire
des
DE SEPTEMBRE 1722. 127
des Lettres ; mais ſi celle-ci a moins d'é
clat , elle a fans doute plus de folidité ;
eſt plus legitime , plus indépendante, plus
rare , & plus durable.
Les Poëtes & les Orateurs ne doivent
leur réputation qu'à leur merite ; ils ne
P'ont pas acheté au prix du ſang des peuples.
Les Miniftres , les Generaux , le foldat
même a part aux lauriers du conquerant
, & ſouvent celui qui a l'honneur de
la victoire , n'eſt pas le plus digne de la
couronne. Ciceron né dans l'obscurité ,
perce le ſombre nuage qui l'enveloppe ,
ſe fait jour , & s'éleve rapidement au faîte
de la grandeur Romaine ; les Villes , les
Provinces , les Etats recherchent la protection
de cet homme nouveau , les Rois
même ſont ſes cliens . La memoire des
Heros perit bien-tôt , ſi les ſçavans ne la
confervent. Les ſçavans , dépoſitaires &
diſpenſateurs de l'immortalité , peuvent
immortaliſer leur nom , ſans le ſecours
du Heros.
Toutes les nations ont eu des Heros
fameux , tous les fiecles ont eu des Guerriers
illuftres ; il n'y a eu que les Grecs ,
les Romains & les François ; il n'y a eu
que trois fiecles qui ayent donné des Poëtes
, & des Orateurs dignes de l'immortalité.
Les conquerans , & les Heros ſont des
Finj aftres
128 LE MERCURE
aſtres errans , qui après avoir brillé quelque
temps , & effrayé la terre , diſparoiflent
pour toûjours , & ne laiffent que le
ſouvenir d'un éclat paflager. Les ſcavans
font des aſtres qui éclairent le monde julques
à la plus reculée antiquité. Ciceron
nous parle , nous harangue , nous inſtruit,
& nous charme ; Ciceron vit encore , &
L'ancienne Rome vit avec lui.
Dans l'éloge de Clemence Iſaure, prononcé
ſuivant l'uſage , le jour de la diftribution
des prix , par M. Delherm ,
Conſeiller au Parlement , l'un des Academiciens
, on met le merite de cette
illuſtre fondatrice dans un beau jour. Clemence
s'éleva au deſſus des foibleſſes de
ſon ſexe , dit l'Orateur. Richelieu trouva
dans ſon projet les avantages des préjugez,&
de l'éducation . Clemence ranime
l'amour de la Poësie , en un fiecle groffier
dans ſon goût & dans ſes moeurs ;
Richelieu medite d'accroître l'empire
des Belles- Lettres , dans le temps où le
genie des François fembloit être tourné
à les culriver. Clemence ſeule, projette
, ſuit , execute ; Richelieu aſſocie à
fon ouvrage des hommes éclairez , & capables
dele conduire. C'emence n'a point
de modele , & l' Academie Françoiſe eſt
formée ſur l'idée que Richelieu prend des
Jeux de Clemence. LeDigne Academi
: cien
DE SEPTEMBRE 1722. 129
cien fait dire un peu après à Loüis le
Grand , que les Jeux Floraux avoient rappellé
en France le goût des Belles- Lettres
, qu'ils avoient ſervi de modele à toutes
les Societez litteraires , & qu'ils of-
⚫ froient depuis quatre fiecles , des fleurs à
cüeillir aux éleves des Muſes .
1
Nous paſſons à regret bien des choſes
excellentes de ce difcours , dans la crainte
de nous y trop arrêter. La fin en eft inftructive,
& très - capable de donner de l'émulation
. Oüy , Meſſieurs , pourſuit , M.
Delherm , les Poëtes peuvent comme
autrefois , aſpirer aux fleurs de Clemence,
par des vers conſacrez à la gloire des vertus
des Heros & des Dieux , & à l'attraic
des innocens plaiſirs ; mais il faut que
leurs vers naiſſent des ſons d'une Lyre
ſçavante , que leurs vers aſſujetis aux
loix d'une cadence auffi meſurée qu'harmonieuſe,
offrent toûjours des Images vives
, nobles , hardies , & élevées ; que le
genie du Poëte Lyrique , formé par la
nature , & guidé par l'art , frape l'auditeur
, l'excite , l'enleve , le raviffe. Telle
eſt cette Poësie divine , que Polymnie
inſpire à ſes favoris , & à laquelle nous
destinons nos premieres couronnes .
Nous en avons encore pour vous , Poë
es , qui à la faveur d'une fiction inge .
nieuſe , chantez auſſi ſur la trompette
F heroïque
130
LE MERCURE
heroïque , la valeur & la ſageſſe des Heros
, la puiffance & la bonté des Dieux ,
vous qui , élevez & foutenus par l'idée d'un
objet , ou heureuſement imaginé , & fagement
ennobli , nous diſpotez par l'attrait
des exemples , à connoître la ſageffe
, à l'aimer , à la ſuivre , genies fublimes
, venez ciieillir les fleurs que nous
vous refervons .
Qu'un coeur tendre ne craigne point
de nous ennuyer par le recit plaintifde
fes peines , ou par l'aveu fincere de ſes
plaiſirs : oüy , les divers mouvemens qui
le flatent, ou qui l'agitent , peuvent nous
intereffer , & rendus dans les vers , ſans
autre art que celui qu'une ardeur pure &
innocente ſçait prêter à l'expreſſion des
ſentimens , ils meriteront nos fuffrages.
Ainſi l'amant vertueux & fidele , orné
de nos couronnes , ſe verra plus digne de
l'objet qui l'a charmé ,&plus ſurde lui
plaire.
Les ſons du chalumeau ruftique , & de
la Muſette champêtre , ſont écoutez favorablement
dans nos jeux. Les Bergers
& les Bergeres peuvent y venit chanter le
retour du Printemps , les charmes de la
folitude , les amours , les Dieux mêmes
& leurs concerts reçoivent de nous un
prix d'honneur , ſi leur genie & leur langage
expriment toûjours l'innocence de
leurs moeurs. Et
DE SEPTEMBRE 1722. 131
-
Et vous qui frapez des traits de l'éloquence
, cherchez à la faire fentir dans
vos difcours , & à la faire aimer : Orateurs
, nous accordons des prix au merite
fuperieur de vos ouvrages , nous en ornons
ceux d'entre vous , qui attachez à
remplir le ſujet que nous leur propofons ,
trouvent l'art de l'étendre par une ſuite
d'idées naturelles , juſtes & ſenſibles ; les
rendent avec préciſion , les placent avec
goût , & les embelliffent de toutes les
beautez de la langue &du ſtile.
Quelle haute idée ne viens-je pas de
vous donner , Meſſieurs , des Jeux Floraux
de Clemence , tels qu'il a plû de les rendre
à la bonté , & au zele de Loüis le
Grand ? Efperons que ces jeux conſerveront
tous leurs avantages , & tout leur
éclat , ſous le regne du digne fucceffeur
de Loüis le Grand ; ſon enfance ne nous
a offert que des talens & des vertus à
admirer. Toûjours docile à la voix de
l'honneur , toûjours frapé des traits dela
ſageſſe , il a montré que la connoiffance
&l'amour de la verité éclatent dans les
vrais Heros avec leur premier âge , &
que chez eux la raiſon & le devoir s'allient
heureuſement avec la jeuneſſe.
& de Poësie , preſentées à
l'Academie des Jeux Floraux pour les
prix de l'année 1722.
L'abus de la Poësie , Poëme au Roi ,
qui a remporté le ſecond prix. Par
l'Abbé de Pontbriand.
19
L'Auteur parie de la Poësie qui se trouve
dans les Livres Sacrez , & de l'effet
qu'elle produifoit für les hommes.
E
Lle leur inſpiroit un plaifir ſalutaire ,
Jamais fans les inftruire elle n'oſoit leur
plaire.
F Ses
122 LE MERCURE
Ses ſons harmonieux , ſes accens enchanteurs ,
Ouvroient à la vertu le chemin de leurs coeurs.
Bientôt , helas ! bien-tôt la Grece & l'Italie
Virent dégenerer ſa ſageſle en folie.
En changeant de climat , elle changea de
moeurs ,
Et des incirconcis embraſſa les erreurs.
Homere pour donner du credit à ſes ſonges ,
La força d'embellir d'infipides menfonges ,
Avec Anacreon , elle but , el aima ,
De parricides traits Archiloque ( a ) l'arma .
Arépandre l'encens , par Pindare (b) formée ,
Elfe en vendit aux Grecs la flateuſe fumée.
O vous ! que Rome a vû renaître dans Lucain,
Vous couvrîtes de fard ſon viſage & ſon ſein
Et fon voile autrefois enlevé par Catule ,
Luy fût encore ravi par la main de Tibule.
Innocente pudeur , tes doigts n'ont point filé ,
La gaze dont en France elle a le corps voilé.
Le leger ornement qui voltige autour d'elle ,
1
(a) Poëte Satyrique. Il fit des vers contreſon
beau- pere , qui s'en pendit de douleur.
(b) Pindare étoit fort intereſſé , il chantoit
aux Jeux olympiques les vainqueurs qui payoient
Ses flateries.
N'eft
DE SEPTEMBRE 1722. 123
N'eſt pour l'oeil indifcret qu'une amorce nou
velle,
Sans honte on oſe voir , ſans crainte elle ofe
offrir ,
Ce qu'un voile impuiſſant affecte de couvrir.
Aux traits calomnieux que ſon art envenime ,
Mille fois l'innocence a ſervi de victime.
Qu'on ne nous vante plus le pouvoir de ſes
charmes ;
Je n'y puis voir pour nous que des ſujets de
larmes ;
Et coupable aujourd'hui des plus honteux excès,
Elle même elle doit rougirde ſes ſuccès.
O! vous qui la rendez complice de vos crimes ,
Quel fruit efperez -vous de vos coupables rimest
L'odieuſe beauté qui regne en vos écrits ,
Même en charmant nos coeurs , vous livre à
nos mépris.
MINERVE , Ode , à laquelle le prix
del'Eglogue a été adjugé. Par l'Abbe
de Prades .
Eureux , & Minerve ! ces Princes
H
Qui par toi reglent leurs defirs ,
Qui du bonheur de leurs Provinces ,
Fij Font
124
LE MERCURE
Font leur étude , & leur plaifir ,
En vain l'ambition ſoupire ,
La gloire d'étendre l'Empire ,
Cede au ſoin de le rendre heureux;
Là le Heros qu'on y contemple ,
Moins par les loix que par l'exemple ,
Forment des ſujets vertueux.
:
Mais qui pourroit te méconnoître ,
Sage Déeſſe des Guerriers ?
Tu formes mon Auguſte Maître ,
A cueillir d'immortels Lauriers .
Fais que les vertus heroïques ,
Des Rois ſages & pacifiques ,
Se réüniffent en lui ſeul ,
Et qu'envers lui le Ciel s'acquitte
De la gloire dûë au merite ,
De ſon pere & de ſon ayeul .
L'AMOUR DIVIN , Ode , qui a
remporté le prix deſtiné au Diſcours ,
P
du même Auteur.
Uiffant Guide , fous taconduite,
S'avance un peuple fortuné , *
Les Ifraëlites. :
La
DE SEPTEMBRE 1722. 125
La mer le voit & prend la fuite ,
Le Jourdain recule , étonné.
Tantôt de mers couvrant la terre ,
Tantôt tirant l'eau de la pierre ,
Tu lui prêtes mille ſecours.
Arreſte , & demeure immobile ,
Soleil ; l'homme dit , & docile ,
Le Soleil arreſte ſon cours .
Mais quoi ! rappellez à la vie ,
Les Morts racontent tes bienfaits ,
L'aveugle voit , le ſourd s'écrie
Qu'il entend parler les muets.
Déja les nations s'empreſſent ,
Juifs & Gentils , tous reconnoiſſent
L'Empire de leur nouveau Roi.
C'eſt la verité triomphante ,
C'eſt la grace toute puiſſante ,
Amour qui leur donne la loi.
Où vole cette Pechereſſe ?
Je la vois aux pieds du Sauveur.
Quel filence ! quelle triſteffe!
Fiij
Tout
126 LE MERCURE
Tout nous peint ſa vive douleur. '
Femmes , tes larmes t'ont lavéc
C'eſt ton amour qui t'a ſauvée ,
Ta gloire doit vivre à jamais.
Grand repentir ! grand facrifice !
De l'amour ſaint naît la justice ,
Mere & compagne de la paix , &c.
Premier Difcours fur ces paroles.
Rien n'affure davantage laſuperiorité d'une
nation ,que la culture des ſciences
des Arts.
L
Es armes n'ontjamais rien eu de plus
brillant que ces pompes triomphantes
, dont l'ancienne Rome honoroit les
vainqueurs . Cependant oferai-je le dire ?
Ce ſuperbe vainqueur , élevé ſur ſon
char , chargé des dépoüilles de l'ennemi ,
& fuivi des Captifs enchaînez , me paroît
moins grand qu'un Tite-1 ive environné
d'admirateurs , qui venoient à Ro.
me des extrêmitez de la terre pour ne
voir dans la Capitale du monde, que fon
hiftorien.
Accordons au préjugé vulgaire que la
gloire des armes eſt plus ébloüiffante ,
peut- être mêmeplus flateuſe que la gloire
des
DE SEPTEMBRE 1722. 127
des Lettres ; mais ſi celle-ci a moins d'é
clat , elle a fans doute plus de folidité ;
eſt plus legitime , plus indépendante, plus
rare , & plus durable.
Les Poëtes & les Orateurs ne doivent
leur réputation qu'à leur merite ; ils ne
P'ont pas acheté au prix du ſang des peuples.
Les Miniftres , les Generaux , le foldat
même a part aux lauriers du conquerant
, & ſouvent celui qui a l'honneur de
la victoire , n'eſt pas le plus digne de la
couronne. Ciceron né dans l'obscurité ,
perce le ſombre nuage qui l'enveloppe ,
ſe fait jour , & s'éleve rapidement au faîte
de la grandeur Romaine ; les Villes , les
Provinces , les Etats recherchent la protection
de cet homme nouveau , les Rois
même ſont ſes cliens . La memoire des
Heros perit bien-tôt , ſi les ſçavans ne la
confervent. Les ſçavans , dépoſitaires &
diſpenſateurs de l'immortalité , peuvent
immortaliſer leur nom , ſans le ſecours
du Heros.
Toutes les nations ont eu des Heros
fameux , tous les fiecles ont eu des Guerriers
illuftres ; il n'y a eu que les Grecs ,
les Romains & les François ; il n'y a eu
que trois fiecles qui ayent donné des Poëtes
, & des Orateurs dignes de l'immortalité.
Les conquerans , & les Heros ſont des
Finj aftres
128 LE MERCURE
aſtres errans , qui après avoir brillé quelque
temps , & effrayé la terre , diſparoiflent
pour toûjours , & ne laiffent que le
ſouvenir d'un éclat paflager. Les ſcavans
font des aſtres qui éclairent le monde julques
à la plus reculée antiquité. Ciceron
nous parle , nous harangue , nous inſtruit,
& nous charme ; Ciceron vit encore , &
L'ancienne Rome vit avec lui.
Dans l'éloge de Clemence Iſaure, prononcé
ſuivant l'uſage , le jour de la diftribution
des prix , par M. Delherm ,
Conſeiller au Parlement , l'un des Academiciens
, on met le merite de cette
illuſtre fondatrice dans un beau jour. Clemence
s'éleva au deſſus des foibleſſes de
ſon ſexe , dit l'Orateur. Richelieu trouva
dans ſon projet les avantages des préjugez,&
de l'éducation . Clemence ranime
l'amour de la Poësie , en un fiecle groffier
dans ſon goût & dans ſes moeurs ;
Richelieu medite d'accroître l'empire
des Belles- Lettres , dans le temps où le
genie des François fembloit être tourné
à les culriver. Clemence ſeule, projette
, ſuit , execute ; Richelieu aſſocie à
fon ouvrage des hommes éclairez , & capables
dele conduire. C'emence n'a point
de modele , & l' Academie Françoiſe eſt
formée ſur l'idée que Richelieu prend des
Jeux de Clemence. LeDigne Academi
: cien
DE SEPTEMBRE 1722. 129
cien fait dire un peu après à Loüis le
Grand , que les Jeux Floraux avoient rappellé
en France le goût des Belles- Lettres
, qu'ils avoient ſervi de modele à toutes
les Societez litteraires , & qu'ils of-
⚫ froient depuis quatre fiecles , des fleurs à
cüeillir aux éleves des Muſes .
1
Nous paſſons à regret bien des choſes
excellentes de ce difcours , dans la crainte
de nous y trop arrêter. La fin en eft inftructive,
& très - capable de donner de l'émulation
. Oüy , Meſſieurs , pourſuit , M.
Delherm , les Poëtes peuvent comme
autrefois , aſpirer aux fleurs de Clemence,
par des vers conſacrez à la gloire des vertus
des Heros & des Dieux , & à l'attraic
des innocens plaiſirs ; mais il faut que
leurs vers naiſſent des ſons d'une Lyre
ſçavante , que leurs vers aſſujetis aux
loix d'une cadence auffi meſurée qu'harmonieuſe,
offrent toûjours des Images vives
, nobles , hardies , & élevées ; que le
genie du Poëte Lyrique , formé par la
nature , & guidé par l'art , frape l'auditeur
, l'excite , l'enleve , le raviffe. Telle
eſt cette Poësie divine , que Polymnie
inſpire à ſes favoris , & à laquelle nous
destinons nos premieres couronnes .
Nous en avons encore pour vous , Poë
es , qui à la faveur d'une fiction inge .
nieuſe , chantez auſſi ſur la trompette
F heroïque
130
LE MERCURE
heroïque , la valeur & la ſageſſe des Heros
, la puiffance & la bonté des Dieux ,
vous qui , élevez & foutenus par l'idée d'un
objet , ou heureuſement imaginé , & fagement
ennobli , nous diſpotez par l'attrait
des exemples , à connoître la ſageffe
, à l'aimer , à la ſuivre , genies fublimes
, venez ciieillir les fleurs que nous
vous refervons .
Qu'un coeur tendre ne craigne point
de nous ennuyer par le recit plaintifde
fes peines , ou par l'aveu fincere de ſes
plaiſirs : oüy , les divers mouvemens qui
le flatent, ou qui l'agitent , peuvent nous
intereffer , & rendus dans les vers , ſans
autre art que celui qu'une ardeur pure &
innocente ſçait prêter à l'expreſſion des
ſentimens , ils meriteront nos fuffrages.
Ainſi l'amant vertueux & fidele , orné
de nos couronnes , ſe verra plus digne de
l'objet qui l'a charmé ,&plus ſurde lui
plaire.
Les ſons du chalumeau ruftique , & de
la Muſette champêtre , ſont écoutez favorablement
dans nos jeux. Les Bergers
& les Bergeres peuvent y venit chanter le
retour du Printemps , les charmes de la
folitude , les amours , les Dieux mêmes
& leurs concerts reçoivent de nous un
prix d'honneur , ſi leur genie & leur langage
expriment toûjours l'innocence de
leurs moeurs. Et
DE SEPTEMBRE 1722. 131
-
Et vous qui frapez des traits de l'éloquence
, cherchez à la faire fentir dans
vos difcours , & à la faire aimer : Orateurs
, nous accordons des prix au merite
fuperieur de vos ouvrages , nous en ornons
ceux d'entre vous , qui attachez à
remplir le ſujet que nous leur propofons ,
trouvent l'art de l'étendre par une ſuite
d'idées naturelles , juſtes & ſenſibles ; les
rendent avec préciſion , les placent avec
goût , & les embelliffent de toutes les
beautez de la langue &du ſtile.
Quelle haute idée ne viens-je pas de
vous donner , Meſſieurs , des Jeux Floraux
de Clemence , tels qu'il a plû de les rendre
à la bonté , & au zele de Loüis le
Grand ? Efperons que ces jeux conſerveront
tous leurs avantages , & tout leur
éclat , ſous le regne du digne fucceffeur
de Loüis le Grand ; ſon enfance ne nous
a offert que des talens & des vertus à
admirer. Toûjours docile à la voix de
l'honneur , toûjours frapé des traits dela
ſageſſe , il a montré que la connoiffance
&l'amour de la verité éclatent dans les
vrais Heros avec leur premier âge , &
que chez eux la raiſon & le devoir s'allient
heureuſement avec la jeuneſſe.
Fermer