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1
p. 296
Reception de M. le Comte de la Chaise à la Charge de Seneschal de Lion. [titre d'après la table]
Début :
Il n'y a rien d'égal à l'aplaudissement avec lequel Monsieur [...]
Mots clefs :
Applaudissement, Comte de la Chaise, Sénéchal
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texteReconnaissance textuelle : Reception de M. le Comte de la Chaise à la Charge de Seneschal de Lion. [titre d'après la table]
Il n'yariend'égal àl'aplau- diſſement avec lequel Monſieur le Comte de la Chaiſe ,
Frere du R. P. de la Chaiſe
Confefſeurdu Roy, a eſtére- çeu Senéchaldela Provincede Lyon.Il traita magnifiquement le Prefidial de la Ville , & ce
fatune joye generale parmy le Peuple. C'eſt un Homme
qui a de tres-belles qualitez ,
& qui ayant beaucoup de naiſſance , n'aime à tirer ſes
plus grands avantages que de fonpropremerite.
Frere du R. P. de la Chaiſe
Confefſeurdu Roy, a eſtére- çeu Senéchaldela Provincede Lyon.Il traita magnifiquement le Prefidial de la Ville , & ce
fatune joye generale parmy le Peuple. C'eſt un Homme
qui a de tres-belles qualitez ,
& qui ayant beaucoup de naiſſance , n'aime à tirer ſes
plus grands avantages que de fonpropremerite.
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2
p. 50-69
DISCOURS ACADEMIQUE. S'il faut toûjours dire la Verité.
Début :
Je vous envoye un Discours, qui a esté prononcé depuis / L'Eloquence Chrétienne dont je fais mon unique étude, ne me permet [...]
Mots clefs :
Discours, Académie, Turin, Applaudissement, Docteur de Sorbonne, Sénateur, Fils, Gentilhomme, Abbé, Louanges, Éloquence chrétienne, Maximes, Religion, Parole de Dieu, Vérité, Orateur, Panégyrique, Hyperbole, Courtisans, Ami, Fausse sagesse, Fidélité, Mensonge, Disciples, Juifs, Morale chrétienne, Impies, Coupable, Héros
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texteReconnaissance textuelle : DISCOURS ACADEMIQUE. S'il faut toûjours dire la Verité.
Je vous envoye un Dif
GALANT. 51
cours , qui a eſté prononcé
depuis peu de temps à l'Academie
de Turin par M. l'Abbé
Deville . On l'a receu dans
ce Corps avec de tres grands
applaudiſſemens , & l'on n'a
fait en cela que rendre juftice
à fon merite. Quoy qu'il
n'ait encore que vingt- fix
ans , il eft Docteur de Sorbonne,
& a paffé dans fa Licence
à la tefte de cent autres.
Il eſt Fils d'un des plus
anciens Senateurs de Savoye
, & il compte parmy
fes Ançeftres des Advocats
Generaux dans le Senat &
E ij
52 MERCURE
& didans
la Chambre des Comptes
. Son Ayeul eftoit Gentilhomme
de la Chambre de
fon Alteffe Royale , dont il
eft Sujet , & fa Famille s'eft
fignalée dans l'Epée & dans
la Robe . Il a de grands talens
pour la Chaire
vers Sermons qu'il a prefchez
devant toute la Cour
de Savoye , luy ont acquis
une grande gloire . Quant au
Difcours que je vous envoye
, le Directeur de l'Academie
de Turin luy en
donna le fujet , & le lendemain
ce jeune Abbé le luy
GALANT. 53
envoya tout compofé. Vous
pouvez juger des louanges
qu'il receut fur cette facilité
d'écrire fi nettement
& fi
poliment en toutes fortes
de matieres.
-SZ522222 2522: 2222
DISCOVRS
ACADEMIQUE .
S'il faut toujours dire la Verité.
L'
Eloquence Chrétienne
dont
je fais mon unique étude
ne me permet pas de traiter problematiquement
une Maxime
E iij
54 MERCURE
qui eft le Principe fondamental
de la Religion du Sauveur du
Monde. Sans doute , Meffieurs ,
il faut toujours dire la verité,
ma bouche n'anonceroit plus avec
confiance la Parole du Seigneur,
fi ma plume avoit donné lieu de
douter un moment de l'horreur
fincere que j'ay pour le menſonge.
Mais pour foutenir dignement
les interefts de la verité , il
faudroit eftre doué de cette Eloquence
noble
dont ceux qui compofert cette celebre
Academie , ont donné tant
de fois des marques publiques &
éclatantes. Ie crains , Meffieurs ,
>
grave & folide ,
GALANT. 55
de détruire en voulant édifier ; de
ruiner en voulant élever; de nuique
re à cette verité que j'entreprens
de defendre
, parce que je fçay que
l'on peut faire tort à la bonne caufe
en la defendant
mal , 1'0-
rateur qui nefoûtient
pas la dignité
de fon fujet , l'affoiblit
; &
que fouvent
il ne fuffit pas de
propofer
des maximes
certaines
,
fi on ne les établit avec cette netteté,
cetteforce , cette folidité
, cette
jufteffe, cette éloquence
que j'ad
mire en vous , & que je n'ay pas.
Du moins onfçaura
que vous pou
vezfupléer
à ce que j'auray
ômis,
que la Verité a pù trouver
en vous
E
iiij
56 MERCURE
des Defenfeursplus dignes d'elle;
& que fi j'ayfoutenu foiblement
fes interefts , plufieurs illuftres &
doctes Academiciens peuvent les
foutenir avec plus de lumieres ,
de force & de folidité.
La Verité eft de tous les Etats.
L'Orateur , le Courtisan , l'Amy
fidelle , le Chreftien , ne peu
vent jamais s'en écarter. Ilfaut
toujours dire vray , lors meſme
qu'on fe méle d'éloquence ; & je
ne puis fouffrir ces Orateurs peu
judicieux , qui donnent les mesmes
louanges à tous ceux dont ils
font le Panegyrique . Tous les
Princes dont ils celebrent les ver-
L
GALANT. 57
tus , ont la Prudence d'un Neftor,
I Adreffe d'un Uliffe , la Valeur
d'un Alexandre & d'un Cefar,
la Bonte d'un Augufte & d'un
Vefpafien. Ils ont des lieux communs
qui rempliffent tous leurs
Difcours , & des hyperboles qui
élevent fans mefure tous leurs
Heros. Fofe dire que de tels Panegyriftes
meriteroient qu'on leur
impofaft des peines , puis qu'ils
deshonorent la folide veritable
Eloquence , qui embellit le ſujet,
mais qui ne le transforme pass
quifait conferver à chaque chofe
fon caractere particulier ; qui ajou
te le coloris , mais qui fuppofe la
58 MERCURE
reffemblance des traits : & ilfe
roit à fouhaiter que les Princes
les traitaffent comme Alexandre
le Macedonien traita Ariftobule ,
dont il jetta le Livre confacré à
celebrer fes victoires dans l'Hy
dafpe , le menaçant de l'y jetter
luy mefme , parce qu'il luy avoit
donné des louanges outrées , &
qui ne luy convenoient pas.
Le Courtifan mefme doit toujours
dire la verité. Hé ! qu'il
eft aisé , Meffieurs , de la dire ,
quand on a le bon- heur de vivre
fous le gouvernement d'un Prince
tel que le nostre , qui aime la
verité, qui cherche à la connoître,
L
GALANT. 59
qui detefte la flaterie ! C'eft
ce pofon mortel qui corrompt les
plus grands Princes. Malheur à
ceux-là , dit le Prophete Osée, qui
ont réjoüy le Roy dans fa malice,
c'est à dire qui ont applaudy àfes
defauts !
L'Amy doit parler avec toute
forte de fincerité à fon Amy. Ah
Meffieurs pourquoy faut - il
que l'ufage de la parfaite amitié ,
fi connu parmy les Anciens , foit
aboly parmy nous ? Le Cbriftianifme
condamne til le plus honnefte
de voir de la vie Civile ?
Nonfans doute , puifque nous lifons
que les premiers Fideles n'a60
MERCURE
voient qu'un coeur& qu'une ame.
Credentium erat cor unum ,
& anima una. D'où vient donc
que nous ne voyons plus des Atticus
unis par les liens de la plus
exacte vertu , quife parlent coeur
à coeur , & qui ne diffimulent jamais
la verité? Sans doute cette
fauffe fageffe par laquelle nous
croyons nous élever an deffus de
la fidelle cordialité de nos Peres ,
en diffimulant les defauts de nos
Amis , ne vient de la corruption
de noftre coeur. L'homme
méchant , dit le Sage , flatte fon
amy, & le fait marcher dans une
voye fatale qui le conduit à la
mort.
que
GALANT. 61
Mais le Chreftien quifaitprofeffion
d'eftre Difciple de celuy
qui eft venu dans le monde pour
détruire le menfonge , & pour
rendre témoignage à la Verité, le
Chreftien , dis-je , ne peut jamais
parler contrefa confcience & trahir
la verité; car l'intereft mefme
de la Religion entiere ne pourroit
authorifer le menfonge le plus leger
; & c'eft fur ce principe que
Saint Auguftin établit admirablement
la confiance que nous devons
avoir dans la fidelité de ceux qui
nous ont annoncé l'Evangile. En
effet , fi le déguisement
en matiere
de Religion , que Saint Hièrô62
MERCURE
me , aprés Origene , & plufieurs
Peres Grecs , a confondu avec ce
fage ménagement qui obligea les
Apoftres d'obferver la Circoncifion
, de peur de fcandalifer les
Juifs , & pour enfevelir la Synagogue
avec honneur ; fi ce déguisement
eftoit permis , nous
pourrions apprehender que quelques
- uns d'entre les Difciples ,
emportez par le zele d'établir le
Chriftianifme , n'euffent meflé
des faufletez avantageuſes à la
Foy, pourfaire recevoirplus facilement
les veritez faintes qu'ils
annonçoient. Mais la Morale
Chreftienne n'a jamais permis
GALANT. 63
d'établir la verité
que par
la verité
mefme , fuivant ce Principe
de Saint Paul fondé fur le bon
fens, & fur la droite raifon, qu'il
n'eft jamais permis de faire du
mal afin qu'il en arrive du bien.
O Ciel ! pourquoy ceux qui ont
écrit dans lafuite des tems, n'ontils
pas efté auffi fidelles ? Pourquoy
faut - il que les fages Critiques
rencontrent dans tous les fiecles
des Impofteurs zelez , qui ont
remply le monde de fables
vifions , par lesquelles les Impies
entreprennent de combattre aujourd'huy
les veritez les mieux
établies & les plus folides ?
de
64 MERCURE
Fe ne pense pas qu'il foit- neceffaire
de combattre avec Saint
Auguftin ces détours , ces reftrictions
mentales , ces équivoques, ces
menfonges palliez , dont l'invention
n'eft pas nouvelle, quoy qu'ils
ayent efté plus ufitez dans noftre
temps. Ceux qui connoiffent les
noms venerables d'honnefteté , de
droiture , de probité , de fidelité,
de fincerité, "deteftent fans peine
ces duplicitez honteufes qui ruinent
lafocieté & le commerce,
qui nous reduſent à nous défier
de ceux- là mefmes qui n'ont pas
renoncé à l'étude de lafageffe, &
à l'amour de la vertu . Si quelqueGALANT
65
fois on pouvoit employer fans cri
me cet art de mentir avec adreſſe,
l'Evefque Firmus , dont parle
Saint Auguſtin , s'en feroit fervy
avantageufement dans une occafion
où la charité paroiffoit intereßée.
Un Empereur Payen luy
commandoit de livrer un Homici
de qui eftoit caché dans fa maifon
, ou du moins de découvrir
le lieu où le Coupable s'estoit retiré.
Il ajoûta les tourmens aux
menaces ; mais lefaint Evefque
ne voulant nylivrer le Criminel,
ny déguifer la verité, ne répondit
que ces deux mots, nec prodam,
nec mentiar , ny je ne le dé-
Juillet 1685.
F
66 MERCURE
couvriray , ny je ne mentiray..
L'Empereur admirant bien plus
l'amour que ce Prelat avoit pour
la verité que l'étendue de fa charité,
accorda , la liberté de
l'Evefque Firmus , & la grace
de l'Homicide.
Mais eft- il donc neceffaire de
dire toûjours tout ce qu'on penſe ?
Non fans doute , mais il n'eſt jamais
permis de dire ce qu'on ne
penfe pas. On peut quelquefois
taire la verité, mais c'est toujours
un crime de parler contre la verité.
L'Orateur n'eft pas obligé de
découvrir les endroits foibles de
fon Heros ; mais il ne peut jamais
GALANT. 67
comluy
attribuer les vertus qui ne luy
conviennent pas. Le Courtisan ne
doit pas reprendre les vices de fon
Prince ; mais il ne peut jamais les
lower. L'Amy peut quelquefois
ménager lafoibleffe de fon Amy,
en ne l'avertiffant qu'aprés que le
feu defa paffion fera éteint ; mais
il ne doit jamais avoir de la
plaifance pour fon defordre . Le
Chrestien peut & doit fouvent
taire devant les Peuples , lesgrands
mifteres de la Religion , tels
font ceux de la Grace & de la
Prédeftination, comme le Sauveur
du monde ne difoit pas àfes Difciples
plufieurs chofes qu'ils ne
que
Fij
68 MERCURE
pouvoient entendre pour lors; mais
il ne peutfans crime rien avancer
qui détruife les Decrets eternels
de la Mifericorde à l'égard des
Eleus , & de la Justice à l'égard
des Enfans de colere de perdition.
Concluons doncqu'il faut toujours
dire la verité. Elevons nos
voix avec ces Peuples dont parle
Efdras, difons hautement avec
eux , que la Verité eft grande , &
qu'elledoit regnerfurtous les hommes.
C'est à Vous , ô mon Dieu!
qui eftes la Verité mefme , le Pere
des lumieres , & celuy làfeul duquel
nous devons attendre ce Don
GALANT. 69
celefte , de nous donner la connoiffance
& l'amour de la Verité; la
connoiffancepournepas nous trom
per, & l'amour pour ne pas tromper
les autres. Diffipez nos ténebres
, éclairez nos efprits , rempliffez
- nous de vos connoiffances,
rendez- nous dignes de voir
& de contempler vostre Effence
divine , qui eft le Principe , la
Source , l'Abime des lumieres &
de la Verité.
GALANT. 51
cours , qui a eſté prononcé
depuis peu de temps à l'Academie
de Turin par M. l'Abbé
Deville . On l'a receu dans
ce Corps avec de tres grands
applaudiſſemens , & l'on n'a
fait en cela que rendre juftice
à fon merite. Quoy qu'il
n'ait encore que vingt- fix
ans , il eft Docteur de Sorbonne,
& a paffé dans fa Licence
à la tefte de cent autres.
Il eſt Fils d'un des plus
anciens Senateurs de Savoye
, & il compte parmy
fes Ançeftres des Advocats
Generaux dans le Senat &
E ij
52 MERCURE
& didans
la Chambre des Comptes
. Son Ayeul eftoit Gentilhomme
de la Chambre de
fon Alteffe Royale , dont il
eft Sujet , & fa Famille s'eft
fignalée dans l'Epée & dans
la Robe . Il a de grands talens
pour la Chaire
vers Sermons qu'il a prefchez
devant toute la Cour
de Savoye , luy ont acquis
une grande gloire . Quant au
Difcours que je vous envoye
, le Directeur de l'Academie
de Turin luy en
donna le fujet , & le lendemain
ce jeune Abbé le luy
GALANT. 53
envoya tout compofé. Vous
pouvez juger des louanges
qu'il receut fur cette facilité
d'écrire fi nettement
& fi
poliment en toutes fortes
de matieres.
-SZ522222 2522: 2222
DISCOVRS
ACADEMIQUE .
S'il faut toujours dire la Verité.
L'
Eloquence Chrétienne
dont
je fais mon unique étude
ne me permet pas de traiter problematiquement
une Maxime
E iij
54 MERCURE
qui eft le Principe fondamental
de la Religion du Sauveur du
Monde. Sans doute , Meffieurs ,
il faut toujours dire la verité,
ma bouche n'anonceroit plus avec
confiance la Parole du Seigneur,
fi ma plume avoit donné lieu de
douter un moment de l'horreur
fincere que j'ay pour le menſonge.
Mais pour foutenir dignement
les interefts de la verité , il
faudroit eftre doué de cette Eloquence
noble
dont ceux qui compofert cette celebre
Academie , ont donné tant
de fois des marques publiques &
éclatantes. Ie crains , Meffieurs ,
>
grave & folide ,
GALANT. 55
de détruire en voulant édifier ; de
ruiner en voulant élever; de nuique
re à cette verité que j'entreprens
de defendre
, parce que je fçay que
l'on peut faire tort à la bonne caufe
en la defendant
mal , 1'0-
rateur qui nefoûtient
pas la dignité
de fon fujet , l'affoiblit
; &
que fouvent
il ne fuffit pas de
propofer
des maximes
certaines
,
fi on ne les établit avec cette netteté,
cetteforce , cette folidité
, cette
jufteffe, cette éloquence
que j'ad
mire en vous , & que je n'ay pas.
Du moins onfçaura
que vous pou
vezfupléer
à ce que j'auray
ômis,
que la Verité a pù trouver
en vous
E
iiij
56 MERCURE
des Defenfeursplus dignes d'elle;
& que fi j'ayfoutenu foiblement
fes interefts , plufieurs illuftres &
doctes Academiciens peuvent les
foutenir avec plus de lumieres ,
de force & de folidité.
La Verité eft de tous les Etats.
L'Orateur , le Courtisan , l'Amy
fidelle , le Chreftien , ne peu
vent jamais s'en écarter. Ilfaut
toujours dire vray , lors meſme
qu'on fe méle d'éloquence ; & je
ne puis fouffrir ces Orateurs peu
judicieux , qui donnent les mesmes
louanges à tous ceux dont ils
font le Panegyrique . Tous les
Princes dont ils celebrent les ver-
L
GALANT. 57
tus , ont la Prudence d'un Neftor,
I Adreffe d'un Uliffe , la Valeur
d'un Alexandre & d'un Cefar,
la Bonte d'un Augufte & d'un
Vefpafien. Ils ont des lieux communs
qui rempliffent tous leurs
Difcours , & des hyperboles qui
élevent fans mefure tous leurs
Heros. Fofe dire que de tels Panegyriftes
meriteroient qu'on leur
impofaft des peines , puis qu'ils
deshonorent la folide veritable
Eloquence , qui embellit le ſujet,
mais qui ne le transforme pass
quifait conferver à chaque chofe
fon caractere particulier ; qui ajou
te le coloris , mais qui fuppofe la
58 MERCURE
reffemblance des traits : & ilfe
roit à fouhaiter que les Princes
les traitaffent comme Alexandre
le Macedonien traita Ariftobule ,
dont il jetta le Livre confacré à
celebrer fes victoires dans l'Hy
dafpe , le menaçant de l'y jetter
luy mefme , parce qu'il luy avoit
donné des louanges outrées , &
qui ne luy convenoient pas.
Le Courtifan mefme doit toujours
dire la verité. Hé ! qu'il
eft aisé , Meffieurs , de la dire ,
quand on a le bon- heur de vivre
fous le gouvernement d'un Prince
tel que le nostre , qui aime la
verité, qui cherche à la connoître,
L
GALANT. 59
qui detefte la flaterie ! C'eft
ce pofon mortel qui corrompt les
plus grands Princes. Malheur à
ceux-là , dit le Prophete Osée, qui
ont réjoüy le Roy dans fa malice,
c'est à dire qui ont applaudy àfes
defauts !
L'Amy doit parler avec toute
forte de fincerité à fon Amy. Ah
Meffieurs pourquoy faut - il
que l'ufage de la parfaite amitié ,
fi connu parmy les Anciens , foit
aboly parmy nous ? Le Cbriftianifme
condamne til le plus honnefte
de voir de la vie Civile ?
Nonfans doute , puifque nous lifons
que les premiers Fideles n'a60
MERCURE
voient qu'un coeur& qu'une ame.
Credentium erat cor unum ,
& anima una. D'où vient donc
que nous ne voyons plus des Atticus
unis par les liens de la plus
exacte vertu , quife parlent coeur
à coeur , & qui ne diffimulent jamais
la verité? Sans doute cette
fauffe fageffe par laquelle nous
croyons nous élever an deffus de
la fidelle cordialité de nos Peres ,
en diffimulant les defauts de nos
Amis , ne vient de la corruption
de noftre coeur. L'homme
méchant , dit le Sage , flatte fon
amy, & le fait marcher dans une
voye fatale qui le conduit à la
mort.
que
GALANT. 61
Mais le Chreftien quifaitprofeffion
d'eftre Difciple de celuy
qui eft venu dans le monde pour
détruire le menfonge , & pour
rendre témoignage à la Verité, le
Chreftien , dis-je , ne peut jamais
parler contrefa confcience & trahir
la verité; car l'intereft mefme
de la Religion entiere ne pourroit
authorifer le menfonge le plus leger
; & c'eft fur ce principe que
Saint Auguftin établit admirablement
la confiance que nous devons
avoir dans la fidelité de ceux qui
nous ont annoncé l'Evangile. En
effet , fi le déguisement
en matiere
de Religion , que Saint Hièrô62
MERCURE
me , aprés Origene , & plufieurs
Peres Grecs , a confondu avec ce
fage ménagement qui obligea les
Apoftres d'obferver la Circoncifion
, de peur de fcandalifer les
Juifs , & pour enfevelir la Synagogue
avec honneur ; fi ce déguisement
eftoit permis , nous
pourrions apprehender que quelques
- uns d'entre les Difciples ,
emportez par le zele d'établir le
Chriftianifme , n'euffent meflé
des faufletez avantageuſes à la
Foy, pourfaire recevoirplus facilement
les veritez faintes qu'ils
annonçoient. Mais la Morale
Chreftienne n'a jamais permis
GALANT. 63
d'établir la verité
que par
la verité
mefme , fuivant ce Principe
de Saint Paul fondé fur le bon
fens, & fur la droite raifon, qu'il
n'eft jamais permis de faire du
mal afin qu'il en arrive du bien.
O Ciel ! pourquoy ceux qui ont
écrit dans lafuite des tems, n'ontils
pas efté auffi fidelles ? Pourquoy
faut - il que les fages Critiques
rencontrent dans tous les fiecles
des Impofteurs zelez , qui ont
remply le monde de fables
vifions , par lesquelles les Impies
entreprennent de combattre aujourd'huy
les veritez les mieux
établies & les plus folides ?
de
64 MERCURE
Fe ne pense pas qu'il foit- neceffaire
de combattre avec Saint
Auguftin ces détours , ces reftrictions
mentales , ces équivoques, ces
menfonges palliez , dont l'invention
n'eft pas nouvelle, quoy qu'ils
ayent efté plus ufitez dans noftre
temps. Ceux qui connoiffent les
noms venerables d'honnefteté , de
droiture , de probité , de fidelité,
de fincerité, "deteftent fans peine
ces duplicitez honteufes qui ruinent
lafocieté & le commerce,
qui nous reduſent à nous défier
de ceux- là mefmes qui n'ont pas
renoncé à l'étude de lafageffe, &
à l'amour de la vertu . Si quelqueGALANT
65
fois on pouvoit employer fans cri
me cet art de mentir avec adreſſe,
l'Evefque Firmus , dont parle
Saint Auguſtin , s'en feroit fervy
avantageufement dans une occafion
où la charité paroiffoit intereßée.
Un Empereur Payen luy
commandoit de livrer un Homici
de qui eftoit caché dans fa maifon
, ou du moins de découvrir
le lieu où le Coupable s'estoit retiré.
Il ajoûta les tourmens aux
menaces ; mais lefaint Evefque
ne voulant nylivrer le Criminel,
ny déguifer la verité, ne répondit
que ces deux mots, nec prodam,
nec mentiar , ny je ne le dé-
Juillet 1685.
F
66 MERCURE
couvriray , ny je ne mentiray..
L'Empereur admirant bien plus
l'amour que ce Prelat avoit pour
la verité que l'étendue de fa charité,
accorda , la liberté de
l'Evefque Firmus , & la grace
de l'Homicide.
Mais eft- il donc neceffaire de
dire toûjours tout ce qu'on penſe ?
Non fans doute , mais il n'eſt jamais
permis de dire ce qu'on ne
penfe pas. On peut quelquefois
taire la verité, mais c'est toujours
un crime de parler contre la verité.
L'Orateur n'eft pas obligé de
découvrir les endroits foibles de
fon Heros ; mais il ne peut jamais
GALANT. 67
comluy
attribuer les vertus qui ne luy
conviennent pas. Le Courtisan ne
doit pas reprendre les vices de fon
Prince ; mais il ne peut jamais les
lower. L'Amy peut quelquefois
ménager lafoibleffe de fon Amy,
en ne l'avertiffant qu'aprés que le
feu defa paffion fera éteint ; mais
il ne doit jamais avoir de la
plaifance pour fon defordre . Le
Chrestien peut & doit fouvent
taire devant les Peuples , lesgrands
mifteres de la Religion , tels
font ceux de la Grace & de la
Prédeftination, comme le Sauveur
du monde ne difoit pas àfes Difciples
plufieurs chofes qu'ils ne
que
Fij
68 MERCURE
pouvoient entendre pour lors; mais
il ne peutfans crime rien avancer
qui détruife les Decrets eternels
de la Mifericorde à l'égard des
Eleus , & de la Justice à l'égard
des Enfans de colere de perdition.
Concluons doncqu'il faut toujours
dire la verité. Elevons nos
voix avec ces Peuples dont parle
Efdras, difons hautement avec
eux , que la Verité eft grande , &
qu'elledoit regnerfurtous les hommes.
C'est à Vous , ô mon Dieu!
qui eftes la Verité mefme , le Pere
des lumieres , & celuy làfeul duquel
nous devons attendre ce Don
GALANT. 69
celefte , de nous donner la connoiffance
& l'amour de la Verité; la
connoiffancepournepas nous trom
per, & l'amour pour ne pas tromper
les autres. Diffipez nos ténebres
, éclairez nos efprits , rempliffez
- nous de vos connoiffances,
rendez- nous dignes de voir
& de contempler vostre Effence
divine , qui eft le Principe , la
Source , l'Abime des lumieres &
de la Verité.
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Résumé : DISCOURS ACADEMIQUE. S'il faut toûjours dire la Verité.
L'abbé Deville, jeune docteur de Sorbonne âgé de vingt-six ans et issu d'une famille noble savoyarde, a prononcé un discours acclamé à l'Académie de Turin. Reconnu pour ses talents oratoires, il a traité du principe fondamental de la vérité dans la religion chrétienne. Deville a critiqué les hyperboles excessives et la flatterie, soulignant l'importance de la sincérité dans les relations politiques, amicales et religieuses. Il a déploré la perte de l'amitié sincère et condamné la flatterie, qui corrompt les relations humaines et les gouvernements. Selon lui, le chrétien, disciple de la vérité, ne peut jamais mentir, même au nom de la religion. Le discours aborde également la fidélité et l'importance de la vérité dans la transmission de l'Évangile. Saint Augustin est cité pour souligner la confiance due aux apôtres qui ont annoncé l'Évangile sans recourir à des mensonges. Le texte critique les pratiques de dissimulation et de mensonge, même pour des raisons apparentes de bien, en se basant sur le principe de Saint Paul. Il dénonce les imposteurs qui propagent des fables pour contester les vérités établies. Deville condamne les duplicités et les mensonges, citant l'exemple de l'évêque Firmus, qui préféra dire la vérité plutôt que de trahir un criminel. Le discours conclut en insistant sur la nécessité de toujours dire la vérité, tout en reconnaissant qu'il est parfois permis de taire certaines choses. Il appelle à proclamer la vérité et prie Dieu de guider les esprits vers la connaissance et l'amour de la vérité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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p. 66-70
EPITRE A M. L'ABBE DE C.... PAR MONSIEUR DE BEAUCHAMPS, Auteur de la traduction en Vers françois de la premiere Lettre d'Héloïse à Abélard, qui a esté si bien recûë du Public.
Début :
Plus glorieux de ton suffrage, [...]
Mots clefs :
Suffrages, Applaudissement, Jugement, Ornement, Sentiments, Harmonie, Délicatesse, Passion, Innocence, Sagesse
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE A M. L'ABBE DE C.... PAR MONSIEUR DE BEAUCHAMPS, Auteur de la traduction en Vers françois de la premiere Lettre d'Héloïse à Abélard, qui a esté si bien recûë du Public.
EPITRE
A M. L'ABBE DE C..
PAR MONSIEUR DE BEAUCHAMPS,
Auteur de la traduction en Vers françoisde
la premiere Lettre d'Héloïfe à
Abélard , qui a efté fit bien recûë
du Public .
P
"
Lus glorieux de ton fuffrage
Que des vains applaudiffements
De ces gens qui n'ont en partage
Que les vaftes égaremens.
DE NOVEMBRE. 67.
D'une verve outrée & peu fage,
J'appelle de leurs jugêmens,
Et préfére les agrémens
D'unfimple & galant badinage ,
Aux emphatiques ornemens
D'un brillant & pompeux ouvrage
Où la richeffe du langage
Tient la place des fentimens.
De ces Auteurs qu'on préconise ,
Tu n'admires point les Ecrits ;
Et la faftueuse forife
>
De ces Modernes beaux Efprits ,
Te paroit une marchandiſe
Qui neferajamais de mife
Que dans les Caffez de Paris .
Efclaves rampans de la Rime ,
Ils n'ofent fecouer fon jong.
La raifon n'eft pas de leur goûti
Et les mots feuls font leur fublime .
En vain par de tendres accens ,
On fait de la fimple Nature
Trager une vive peinture
Et dans des Vers remplis de fens ,
Eviter la fade parure.
Du merveilleux & de l'enflure,
Ce Vers tendres , intereffans
Leur femblent froids & languiffans
Il faut fe donner la torture ,
Pour leur arracher de l'encens.
Fij
38 LE MERCURE
Ils ont entravé le génie
Dans une bizare harmonie ,
Dont les Pedansfont éblouis.
Quelle fauffe délicateſſe !
Avoit-on plus de politeffe
Sous Augufte que fous Louis ?
Etoit-ce ainfi que les Tibulles ,
Les Ovides les Catulles
Peignoient leursfeux & leurs tourmens
Qu'auroient dit Corinne & Lefbie
De la froide galanterie-
Des Poëtes de notre tems ?.
Par un indigne Sacrilége ,
Ils ont défiguré l'Amour ;
Ofe-t-on produire à la Cour
Les termes enflez du College ?"
Cette affreufe contagion
Jufqu'à toi ne s'eft point gliffée ;
Ta Mufe polie & fenfée ,
Même au fort de la paſſion ,
Joint la force de la penfée
Aux charmes de l'expreffion .
Tes Vers font dictez par les Graces
Dans leur noble fimplicité,
On retrouve par tout les traces
Du bon goût de l'Antiquité.
Formé dans Anet par Chapelle
Farmi les Plaifirs & les Jeux.
Tu fcûs prendre de ton modelle ,
DE NOVEMBRE.
"
Le génie & les tours heureux..
Façon de penfer naturelle
Riche de fes propres attraits ,
Toujours vive , toujours nouvelle,
Brille dans tout ce que tu fais :
Sage difciple d'Epicure ,
Tunous prêches la volupté ;
Mais c'est une volupté pure ,
Dont le coeur n'eft point infecté..
Tu fais dans ta Philofophie
Puifer le bonheur de tes jours ;.
Contre les chagrins de la vie
Elle t'offre mille fecours :
A la douleur inacceffible ,
Tuportes par tout la gayeté;
Et d'un ftoicifme invincible
Tu conferves la fermeté :
Q que ta Morale eft flatenfe !
Du préjugé victorienfe ,
La vertu s'y montre à nos yeux
Tu nous la fais voir gracieuſe ,
Telle qu'autrefois nos Ayeux,
Dans les fiécles de l'innocence ,
La virent defcendre des Cieux ;
Lorfque foumis à fa puiffance ,
Ils converfcient avec les Dieux.
Que j'aime à la voir fans rudeffe
S'accommoder à ma foibleffe
Et ne point gêner mes défirs ,
70 LE MERCURE
Je ne connois d'autre Sageffe ,
Que la Sageffe des plaifirs..
A M. L'ABBE DE C..
PAR MONSIEUR DE BEAUCHAMPS,
Auteur de la traduction en Vers françoisde
la premiere Lettre d'Héloïfe à
Abélard , qui a efté fit bien recûë
du Public .
P
"
Lus glorieux de ton fuffrage
Que des vains applaudiffements
De ces gens qui n'ont en partage
Que les vaftes égaremens.
DE NOVEMBRE. 67.
D'une verve outrée & peu fage,
J'appelle de leurs jugêmens,
Et préfére les agrémens
D'unfimple & galant badinage ,
Aux emphatiques ornemens
D'un brillant & pompeux ouvrage
Où la richeffe du langage
Tient la place des fentimens.
De ces Auteurs qu'on préconise ,
Tu n'admires point les Ecrits ;
Et la faftueuse forife
>
De ces Modernes beaux Efprits ,
Te paroit une marchandiſe
Qui neferajamais de mife
Que dans les Caffez de Paris .
Efclaves rampans de la Rime ,
Ils n'ofent fecouer fon jong.
La raifon n'eft pas de leur goûti
Et les mots feuls font leur fublime .
En vain par de tendres accens ,
On fait de la fimple Nature
Trager une vive peinture
Et dans des Vers remplis de fens ,
Eviter la fade parure.
Du merveilleux & de l'enflure,
Ce Vers tendres , intereffans
Leur femblent froids & languiffans
Il faut fe donner la torture ,
Pour leur arracher de l'encens.
Fij
38 LE MERCURE
Ils ont entravé le génie
Dans une bizare harmonie ,
Dont les Pedansfont éblouis.
Quelle fauffe délicateſſe !
Avoit-on plus de politeffe
Sous Augufte que fous Louis ?
Etoit-ce ainfi que les Tibulles ,
Les Ovides les Catulles
Peignoient leursfeux & leurs tourmens
Qu'auroient dit Corinne & Lefbie
De la froide galanterie-
Des Poëtes de notre tems ?.
Par un indigne Sacrilége ,
Ils ont défiguré l'Amour ;
Ofe-t-on produire à la Cour
Les termes enflez du College ?"
Cette affreufe contagion
Jufqu'à toi ne s'eft point gliffée ;
Ta Mufe polie & fenfée ,
Même au fort de la paſſion ,
Joint la force de la penfée
Aux charmes de l'expreffion .
Tes Vers font dictez par les Graces
Dans leur noble fimplicité,
On retrouve par tout les traces
Du bon goût de l'Antiquité.
Formé dans Anet par Chapelle
Farmi les Plaifirs & les Jeux.
Tu fcûs prendre de ton modelle ,
DE NOVEMBRE.
"
Le génie & les tours heureux..
Façon de penfer naturelle
Riche de fes propres attraits ,
Toujours vive , toujours nouvelle,
Brille dans tout ce que tu fais :
Sage difciple d'Epicure ,
Tunous prêches la volupté ;
Mais c'est une volupté pure ,
Dont le coeur n'eft point infecté..
Tu fais dans ta Philofophie
Puifer le bonheur de tes jours ;.
Contre les chagrins de la vie
Elle t'offre mille fecours :
A la douleur inacceffible ,
Tuportes par tout la gayeté;
Et d'un ftoicifme invincible
Tu conferves la fermeté :
Q que ta Morale eft flatenfe !
Du préjugé victorienfe ,
La vertu s'y montre à nos yeux
Tu nous la fais voir gracieuſe ,
Telle qu'autrefois nos Ayeux,
Dans les fiécles de l'innocence ,
La virent defcendre des Cieux ;
Lorfque foumis à fa puiffance ,
Ils converfcient avec les Dieux.
Que j'aime à la voir fans rudeffe
S'accommoder à ma foibleffe
Et ne point gêner mes défirs ,
70 LE MERCURE
Je ne connois d'autre Sageffe ,
Que la Sageffe des plaifirs..
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