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1
p. 195-210
« Pendant que Paderi chargé de ces instructions va travailler au [...] »
Début :
Pendant que Paderi chargé de ces instructions va travailler au [...]
Mots clefs :
Étienne Padery, Caravane, Mer, Joyau, Tentes, Maître, Esclave, Alexandrette, Constantinople
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texteReconnaissance textuelle : « Pendant que Paderi chargé de ces instructions va travailler au [...] »
Pendant que Paderi chargé
de ces inſtructions va travailler
auſuccésdeſon entrepriſe,
Rij
196 JOURNAL
voyons ce que devient l'Ambafladeur
de Perſe.
Dés que les Chaoux de la
Porte l'curent remis avec ſes
équipages , ſes tentes & fes
domeſtiques , entre les mains
des Conducteurs de la Caravanne
, il ſe vitau milieu d'une
quantité prodigicuſe de gens
attentifs à examiner ſes actions
:& tellement environnéd'eſpions
de tous les coſtez ,
qu'il deteſpera de pouvoir
tromper leur vigilance. Cependant
il s'aviſa d'une ruſe
qui de tous les temps a ſervià
tromper les hommes. Il teHISTORIQUE.
19 .
moigna un zele ſi éclatant
pour ſa Religion , tant de
veneration pour le S. Prophe.
te ,& tant d'ardeur d'arriver à
la Mecque , que ſes Gardes
forent à la fir les dupes de fa
dévotion: tantoſt il ſeduiſoit
les uns par l'éloquence & la
ferveurde fesdiſcours ,tantôt
il combloit de preſents les
autres;attentif à foulager les
pauvres , il prevenoit leurs
beſoins , & leur épargnoit la
honte de les declarer. Enfin
il rapportoit ſi adroitement
toutes les actions& fes paroles
à l'eſprit de tendreffe & do
Riij
198 JOURNAL
Charité qu'il affectoit pour
fon prochain , qu'on ne s'entretenoit
plus dans toute la
Caravanne que du détail de
ſes vertus.
Il ſentit bien- toſt l'effet que
produiſoient dans les eſprits
ces bruits ſagement répandus,
& il en conclut que la négligence
& l'inattention de ſes
Gardes alloient dans peu de
jours luy faire ceüillir le fruit
de ſa diſſimulation .
On commença d'abord
par neplus ſe mettre en peine
du lieu de ſon campement ,
& tous les foirs on luy laiſſoit
HISTORIQUE. 199
:
indifferemment la liberté de
fairedreſſer ſes tentes,à la tête,
au centre ou à la queuë de la
Caravanne. Un motifde picté
ſervoit toûjours de pretexte à
ces changements; & toujours
il alleguoit qu'il enviſageoit
la commodité de ſes voiſins ,
avant la fienne. En un mot il
ſoût ſe mettre en ſi bonne
odeur que c'eût été un crime
capital de le foupçonner d'aucune
action capablededétruire
l'idée de celles qu'onluy
avoit veu faire.
Voilà l'état où étoient les
choſes , lorſqu'aprés trente
R iiij
200 JOURNALI
&un jour de marche il arriva
avec la Caravanne à une demie
licue d'Alexandrette : chacun
àl'ordinaire fit dreffer ſes ten
tes ,&luy les fiennes , mais du
côté de la Mer où il envoyaun
de ſes gens pour voir fi le Bâtiment
qui devoit le paffer en
France, étoit àla rade; &pour
chercher Paderi , afin de l'informer
de la liberté qu'il avoit
dele joindre dés qu'il feroit
temps de le faire. Paderi qui
s'ytrouva en effet arrivé quatre
jours avant luy , luy fit dire
que tout étoitpreſt , & qu'il
n'avoit plus qu'à partir. 1
HISTORIQUE. 201
Le moyen dont l'Ambaſſa
deur ſeſervit pour donner de
fes nouvelles à Paderi , eft fi
fingulier , que je croy qu'on
ne peut rien apprendre deplus
extraordinaire,
Il demanda à l'Esclave , à
qui il deſtinoit l'honneur de
cette commiffion,s'il pourroit
bien fe refoudre à ſouffrir de
bonne grace la baſtonnade
pourl'amourde luy.Seigneur,
luyrépondit- il , avez vous dé.
ja oublié les mauvais traitements
que nous avons eſſuyé
àConſtantinople ;&me croyriez
- vous capabled'une l'acho
202 JOURNAL
té lorſqu'il s'agit de voſtre
ſervice. Et bien , luy dit- il ,
il eſt dela plus grande importance
du monde pour moy de
t'envoyer ſur le rivage voir
fi Padery m'y attend , & que
tut'abouches avec luy , pour
venir me rendre compte de
tout ce qu'il t'aura dit; mais il
faut que cela ſe faſſe de maniere
que perſonne ne ſe méfic
icy nyde toy, ny de moy. Je
vais foindre d'avoir perdu
quelque joyau précieux & enrichi
de diamants de grand
prix, pour avoir fur ce pretexteun
ſujet plus raisonnable
HISTORIQUE. 203
de me mettre en colere. Je
feray aſſembler tous mes domeſtiques
pour le chercher ;
&enfin je feray tomber tous
les ſoupçons ſur toy , en prefence
de tant de gens , que
j'obligeray ceux qui feront
témoins de la rigueur du ſupplice
auquel je te condamneray
, àme demander ta grace
ou du moins à te dérober à
ma fureur. Alors il te ſera
facile de t'abandonner à ton
deſeſpoir , tu pourras en
homme éperdu, courir çà& là
&gagner enfin le bord de la
Mer , y parler à tout ce que
204 JOURNAL
tu rencontreras d'hommes
vivants , à l'exemple de ces
malheureux qui étourdiſſent
tout le gente humain du récit
de leurs infortunes , alors tu
rendras comptede mes affaires
à Padery , fi tu le trouve
(comme jen'en doute nulle.
ment )& tu receveras de luy
les instructions neceffaires
pourmonévaſion , tu reviendras
enfuite à la Caravanne ,
où tu rencontreras d'abord
des gens empreſſez à t'apprendre
de bonne foy que j'auray
retrouvéle joyau qu'on t'avoit
accufé fauſſement de
HISTORIQUE. 105
m'avoir dérobé. Tu te feras
auſſi toft ramener, dans ma
tente ou je t'accorderayla
gracedeuë à ton innocence.01
CetteScene fut joüée àmer
veille , & l'Esclave fidele en
fut heureuſement quitte pour
quelques coups de bâton. Sa
fuite le garantit des autres outrages
dont la credulité de ſes
Camarades alloit l'accabler. Il
courut à droite , à gauche , &
ſur le bord de la Mer , comme
un furieux , proteſtant de
ſon innocence aux arbres , aux
rochers qui s'offroient à fon
paffage. Il vit Paderi à qui il
206 JOURNAL
parla engeſticulant enhomme
deſeſperé ; il luy conta de la
forte ſon affaire , & apprit de
luy tout ce que ſon Maiſtre
pouvoit ſouhaitter d'appren.
dre. Enfin comme ſi toutes les
oreilles euffent été ſourdes à
ſes cris , il le quitta en levant
les bras/au Ciel , & reprit le
cheminde la queuë de la Caravanne
qui voyoit parfaitement
& d'un oeil de compaf
fion , l'extrême affliction de ce
miferable.
.com
Alors il s'entenidit appeller
par ſon nom , il vit venir àluy
des gens qui luy annoncerent
HISTORIQUE. 207.
:
que la colere de ſon Maiſtre
étoit appaisée , & qu'il avoit
retrouvé fon joyau , qu'il ne
doutoit point de ſon innocen.
ce , que ſa grace eſtoit fûre ,
qu'il ſe reprochoit ſon injuftice
, & qu'enfin il le redemandoit
luy-même.
L'Eſclave fut ainſi reconduit
, comme il s'y attendoit ,
dans la tente de ſon Maiſtre ,
qui eût l'indulgence de luy
pardonner les mauvais traitemens
qu'il luy avoit fait ſouffrir.
Mais ce n'étoit pas là de
quoy il étoit queſtion , &dés
que les mediateurs de cette
208 JOURNAL
grace furent fortis , la converſation
changea d'objet. Il
luy apprit ce que Paderi luy
avoit dit ; & cela ne rouloit
que ſur les quatre paroles que
voicy. A
Tout est prest. Qu'il parte
cette nuitfansfaute. Le vent eft
bon. Je l'attends. i
Cela eſtant , luy répondit
Mehemet , diſpoſons - nous
donc à partir.
En effet , entre la premiere
&la ſeconde priere de la nuit ,
il fit avertir tous ceux de ſes
gens qui ſe trouverent en état
de le ſuivre, il laiſſa ſes tentes
}
4 &
HISTORIQUE . 209
&tout fon bagage , & gagna
le bord de la Mer , où il trouva
Paderi qui l'attendoit avec ſa
Chaloupe , qui le mena auffi
tôt à bord de ſon Bâtiment ,
& qui à l'inſtant fit mettre
toutes les voiles dehors , &
cingler du coſté de l'Europe.
Je croy que le Lecteur ne
fera pas fâché de me voir en
cet endroit ſubſtituer à mon
raiſonnement hiſtorique les
Lettres originales que Paderi
envoya à ce ſujet à M. Defalleurs
, qui luy avoit ordonné
poſitivement de luy écrire de
toutes les Echelles du Levant ,
Février 1715. S
210 JOURNAL
&de tous lesPorts où il moüilleroit.
Ce qu'il fit à peu prés en
ces termes :
de ces inſtructions va travailler
auſuccésdeſon entrepriſe,
Rij
196 JOURNAL
voyons ce que devient l'Ambafladeur
de Perſe.
Dés que les Chaoux de la
Porte l'curent remis avec ſes
équipages , ſes tentes & fes
domeſtiques , entre les mains
des Conducteurs de la Caravanne
, il ſe vitau milieu d'une
quantité prodigicuſe de gens
attentifs à examiner ſes actions
:& tellement environnéd'eſpions
de tous les coſtez ,
qu'il deteſpera de pouvoir
tromper leur vigilance. Cependant
il s'aviſa d'une ruſe
qui de tous les temps a ſervià
tromper les hommes. Il teHISTORIQUE.
19 .
moigna un zele ſi éclatant
pour ſa Religion , tant de
veneration pour le S. Prophe.
te ,& tant d'ardeur d'arriver à
la Mecque , que ſes Gardes
forent à la fir les dupes de fa
dévotion: tantoſt il ſeduiſoit
les uns par l'éloquence & la
ferveurde fesdiſcours ,tantôt
il combloit de preſents les
autres;attentif à foulager les
pauvres , il prevenoit leurs
beſoins , & leur épargnoit la
honte de les declarer. Enfin
il rapportoit ſi adroitement
toutes les actions& fes paroles
à l'eſprit de tendreffe & do
Riij
198 JOURNAL
Charité qu'il affectoit pour
fon prochain , qu'on ne s'entretenoit
plus dans toute la
Caravanne que du détail de
ſes vertus.
Il ſentit bien- toſt l'effet que
produiſoient dans les eſprits
ces bruits ſagement répandus,
& il en conclut que la négligence
& l'inattention de ſes
Gardes alloient dans peu de
jours luy faire ceüillir le fruit
de ſa diſſimulation .
On commença d'abord
par neplus ſe mettre en peine
du lieu de ſon campement ,
& tous les foirs on luy laiſſoit
HISTORIQUE. 199
:
indifferemment la liberté de
fairedreſſer ſes tentes,à la tête,
au centre ou à la queuë de la
Caravanne. Un motifde picté
ſervoit toûjours de pretexte à
ces changements; & toujours
il alleguoit qu'il enviſageoit
la commodité de ſes voiſins ,
avant la fienne. En un mot il
ſoût ſe mettre en ſi bonne
odeur que c'eût été un crime
capital de le foupçonner d'aucune
action capablededétruire
l'idée de celles qu'onluy
avoit veu faire.
Voilà l'état où étoient les
choſes , lorſqu'aprés trente
R iiij
200 JOURNALI
&un jour de marche il arriva
avec la Caravanne à une demie
licue d'Alexandrette : chacun
àl'ordinaire fit dreffer ſes ten
tes ,&luy les fiennes , mais du
côté de la Mer où il envoyaun
de ſes gens pour voir fi le Bâtiment
qui devoit le paffer en
France, étoit àla rade; &pour
chercher Paderi , afin de l'informer
de la liberté qu'il avoit
dele joindre dés qu'il feroit
temps de le faire. Paderi qui
s'ytrouva en effet arrivé quatre
jours avant luy , luy fit dire
que tout étoitpreſt , & qu'il
n'avoit plus qu'à partir. 1
HISTORIQUE. 201
Le moyen dont l'Ambaſſa
deur ſeſervit pour donner de
fes nouvelles à Paderi , eft fi
fingulier , que je croy qu'on
ne peut rien apprendre deplus
extraordinaire,
Il demanda à l'Esclave , à
qui il deſtinoit l'honneur de
cette commiffion,s'il pourroit
bien fe refoudre à ſouffrir de
bonne grace la baſtonnade
pourl'amourde luy.Seigneur,
luyrépondit- il , avez vous dé.
ja oublié les mauvais traitements
que nous avons eſſuyé
àConſtantinople ;&me croyriez
- vous capabled'une l'acho
202 JOURNAL
té lorſqu'il s'agit de voſtre
ſervice. Et bien , luy dit- il ,
il eſt dela plus grande importance
du monde pour moy de
t'envoyer ſur le rivage voir
fi Padery m'y attend , & que
tut'abouches avec luy , pour
venir me rendre compte de
tout ce qu'il t'aura dit; mais il
faut que cela ſe faſſe de maniere
que perſonne ne ſe méfic
icy nyde toy, ny de moy. Je
vais foindre d'avoir perdu
quelque joyau précieux & enrichi
de diamants de grand
prix, pour avoir fur ce pretexteun
ſujet plus raisonnable
HISTORIQUE. 203
de me mettre en colere. Je
feray aſſembler tous mes domeſtiques
pour le chercher ;
&enfin je feray tomber tous
les ſoupçons ſur toy , en prefence
de tant de gens , que
j'obligeray ceux qui feront
témoins de la rigueur du ſupplice
auquel je te condamneray
, àme demander ta grace
ou du moins à te dérober à
ma fureur. Alors il te ſera
facile de t'abandonner à ton
deſeſpoir , tu pourras en
homme éperdu, courir çà& là
&gagner enfin le bord de la
Mer , y parler à tout ce que
204 JOURNAL
tu rencontreras d'hommes
vivants , à l'exemple de ces
malheureux qui étourdiſſent
tout le gente humain du récit
de leurs infortunes , alors tu
rendras comptede mes affaires
à Padery , fi tu le trouve
(comme jen'en doute nulle.
ment )& tu receveras de luy
les instructions neceffaires
pourmonévaſion , tu reviendras
enfuite à la Caravanne ,
où tu rencontreras d'abord
des gens empreſſez à t'apprendre
de bonne foy que j'auray
retrouvéle joyau qu'on t'avoit
accufé fauſſement de
HISTORIQUE. 105
m'avoir dérobé. Tu te feras
auſſi toft ramener, dans ma
tente ou je t'accorderayla
gracedeuë à ton innocence.01
CetteScene fut joüée àmer
veille , & l'Esclave fidele en
fut heureuſement quitte pour
quelques coups de bâton. Sa
fuite le garantit des autres outrages
dont la credulité de ſes
Camarades alloit l'accabler. Il
courut à droite , à gauche , &
ſur le bord de la Mer , comme
un furieux , proteſtant de
ſon innocence aux arbres , aux
rochers qui s'offroient à fon
paffage. Il vit Paderi à qui il
206 JOURNAL
parla engeſticulant enhomme
deſeſperé ; il luy conta de la
forte ſon affaire , & apprit de
luy tout ce que ſon Maiſtre
pouvoit ſouhaitter d'appren.
dre. Enfin comme ſi toutes les
oreilles euffent été ſourdes à
ſes cris , il le quitta en levant
les bras/au Ciel , & reprit le
cheminde la queuë de la Caravanne
qui voyoit parfaitement
& d'un oeil de compaf
fion , l'extrême affliction de ce
miferable.
.com
Alors il s'entenidit appeller
par ſon nom , il vit venir àluy
des gens qui luy annoncerent
HISTORIQUE. 207.
:
que la colere de ſon Maiſtre
étoit appaisée , & qu'il avoit
retrouvé fon joyau , qu'il ne
doutoit point de ſon innocen.
ce , que ſa grace eſtoit fûre ,
qu'il ſe reprochoit ſon injuftice
, & qu'enfin il le redemandoit
luy-même.
L'Eſclave fut ainſi reconduit
, comme il s'y attendoit ,
dans la tente de ſon Maiſtre ,
qui eût l'indulgence de luy
pardonner les mauvais traitemens
qu'il luy avoit fait ſouffrir.
Mais ce n'étoit pas là de
quoy il étoit queſtion , &dés
que les mediateurs de cette
208 JOURNAL
grace furent fortis , la converſation
changea d'objet. Il
luy apprit ce que Paderi luy
avoit dit ; & cela ne rouloit
que ſur les quatre paroles que
voicy. A
Tout est prest. Qu'il parte
cette nuitfansfaute. Le vent eft
bon. Je l'attends. i
Cela eſtant , luy répondit
Mehemet , diſpoſons - nous
donc à partir.
En effet , entre la premiere
&la ſeconde priere de la nuit ,
il fit avertir tous ceux de ſes
gens qui ſe trouverent en état
de le ſuivre, il laiſſa ſes tentes
}
4 &
HISTORIQUE . 209
&tout fon bagage , & gagna
le bord de la Mer , où il trouva
Paderi qui l'attendoit avec ſa
Chaloupe , qui le mena auffi
tôt à bord de ſon Bâtiment ,
& qui à l'inſtant fit mettre
toutes les voiles dehors , &
cingler du coſté de l'Europe.
Je croy que le Lecteur ne
fera pas fâché de me voir en
cet endroit ſubſtituer à mon
raiſonnement hiſtorique les
Lettres originales que Paderi
envoya à ce ſujet à M. Defalleurs
, qui luy avoit ordonné
poſitivement de luy écrire de
toutes les Echelles du Levant ,
Février 1715. S
210 JOURNAL
&de tous lesPorts où il moüilleroit.
Ce qu'il fit à peu prés en
ces termes :
Fermer
2
p. 124-125
PRIX proposé par l'Académie de Chirurgie pour l'année 1733.
Début :
L'Académie de Chirurgie, établie à Paris sous la protection du Roy, desirant [...]
Mots clefs :
Académie de chirurgie, Prix, Médaille, Tentes, Dilatants
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PRIX proposé par l'Académie de Chirurgie pour l'année 1733.
PRIX proposiparPflcadëmie de Chirmgid
pour Panne} 175 3. "
L’Académie de Chirurgie, établie ï
Paris sous la protection du Roy , de
q sirant contribuer aux progrès de. cet Art,
et â Futilité ublique, repose pour sujet
du ‘Priîc de l'année milpsept cent trente;
U015 , a uestion suivante:
Q5215 20m, selon Je: dzflèrzfl: m: , le!
avantages et les irzconvmien: de l'usage de:
72mm et autre: dilatam. ' '
Ceux qui ‘trfgxvaillerlontjaour le Prix,’
sont invitez a onder eurs raisonnemens
sur des faits de prariquechoisis- et bien
averez ; on les prie d’écrire en François
ou en Latin , autant qu’il se pourra, et
d'avoir attention que leurs Ecrits soient
fort lisibles. . ‘N
Ils mettront à leur Mémoire une mare
que distinctive , comme Sentence, Deà
vise, Paraphe ou Signature; et cette mat.
que sera couvs rre.d’un papier blanc collé
ou cacheté , qui ne sera levé qu’en cas que
la Piece air remporté le Prix. ’
Ils adresseronr leurs Ouvrages francs
duper: , à M. Motafld , Secreraire de PA-c
académie de Chirurgie à Paris, ou les lui
feront remettre entre les mains.
L"?
J A N V I E ‘R. 173;. 12j
. ‘Les Çhirurgiens de tous Pays seront
ladmis à concourir pour le Prix ;- on n’a;
excepte que les Membres de I’Académie.
Le Prix est une Médaille d’or de la va.
leur de deux cent livres, qui sera don
îiée à celui, quihau jugement de l’Acag
demie, aura fait le meilleur Mémoire sur
la. question proposée. '
La .Médaille sera délivrée à l’Auteur
mëine , qui se‘ fera connoître ou au Por
teur d’une Procuration de sa part; l'un
ou l'autre représentant la marque dÎstinC-_
«tive , avec une copie nette du Mémoire.
Les Ouvrages ne seront reçûsque jusé
ques au dernier jour de l'année 173;. in
çlusivement. ' A
Lflflcadémie à son Assemblée publique
de i734. qui se tiendra le Mardi d’aprês
la ‘Trinité , prociamera la Piece qui. aura.
_mcrité le Prix.
pour Panne} 175 3. "
L’Académie de Chirurgie, établie ï
Paris sous la protection du Roy , de
q sirant contribuer aux progrès de. cet Art,
et â Futilité ublique, repose pour sujet
du ‘Priîc de l'année milpsept cent trente;
U015 , a uestion suivante:
Q5215 20m, selon Je: dzflèrzfl: m: , le!
avantages et les irzconvmien: de l'usage de:
72mm et autre: dilatam. ' '
Ceux qui ‘trfgxvaillerlontjaour le Prix,’
sont invitez a onder eurs raisonnemens
sur des faits de prariquechoisis- et bien
averez ; on les prie d’écrire en François
ou en Latin , autant qu’il se pourra, et
d'avoir attention que leurs Ecrits soient
fort lisibles. . ‘N
Ils mettront à leur Mémoire une mare
que distinctive , comme Sentence, Deà
vise, Paraphe ou Signature; et cette mat.
que sera couvs rre.d’un papier blanc collé
ou cacheté , qui ne sera levé qu’en cas que
la Piece air remporté le Prix. ’
Ils adresseronr leurs Ouvrages francs
duper: , à M. Motafld , Secreraire de PA-c
académie de Chirurgie à Paris, ou les lui
feront remettre entre les mains.
L"?
J A N V I E ‘R. 173;. 12j
. ‘Les Çhirurgiens de tous Pays seront
ladmis à concourir pour le Prix ;- on n’a;
excepte que les Membres de I’Académie.
Le Prix est une Médaille d’or de la va.
leur de deux cent livres, qui sera don
îiée à celui, quihau jugement de l’Acag
demie, aura fait le meilleur Mémoire sur
la. question proposée. '
La .Médaille sera délivrée à l’Auteur
mëine , qui se‘ fera connoître ou au Por
teur d’une Procuration de sa part; l'un
ou l'autre représentant la marque dÎstinC-_
«tive , avec une copie nette du Mémoire.
Les Ouvrages ne seront reçûsque jusé
ques au dernier jour de l'année 173;. in
çlusivement. ' A
Lflflcadémie à son Assemblée publique
de i734. qui se tiendra le Mardi d’aprês
la ‘Trinité , prociamera la Piece qui. aura.
_mcrité le Prix.
Fermer
Résumé : PRIX proposé par l'Académie de Chirurgie pour l'année 1733.
L'Académie de Chirurgie de Paris, sous la protection royale, a organisé un concours pour l'année 1733. Le sujet porte sur l'évaluation des avantages et des inconvénients de l'usage des sondes et dilatateurs en chirurgie. Les participants doivent soumettre des mémoires en français ou en latin, basés sur des faits de pratique bien choisis. Chaque mémoire doit comporter une marque distinctive cachée sous un papier blanc collé ou cacheté. Les mémoires doivent être envoyés à M. Motafld, secrétaire de l'Académie, avant le 31 décembre 1733. Le prix est une médaille d'or valant deux cents livres, attribuée à l'auteur du meilleur mémoire. Les chirurgiens de tous pays peuvent concourir, sauf les membres de l'Académie. La médaille sera remise à l'auteur ou à son représentant lors de l'assemblée publique de 1734, le mardi suivant la Trinité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3
p. 1751-1757
EXTRAIT d'une Lettre de Czaritien, contenant quelques Particularitez du Pays des Tartares Kalmuques.
Début :
Depuis la Lettre que je vous écrivis de Nova-Paulava, j'ai continué ma [...]
Mots clefs :
Kalmouks, Tartares, Pays, Nez, Femmes, Tentes, Tribut, Crimée, Gengis Khan
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre de Czaritien, contenant quelques Particularitez du Pays des Tartares Kalmuques.
EXTRAIT d'une Lettre de Czaritien,
contenant quelques Particularitez du
Pays des Tartares Kalmuques .
Epuis la Lettre que je vous écrivis
trivia
de Nova- Paulava , j'ai continué ma
route jusqu'aux Lignes de Czaritien , et la
Ville de ce nom , où je me trouve à present
est presque
dans un nouveau Monde.Rien
ne s'y voit que des Kalmuques et des
Dromadaires
; et vers le Levant , il n'y
a pas une seule Ville jusqu'aux Frontieres
de la Chine . Le Pays au - delà du Volga
, Fleuve qui lave cette Ville , est entierement
habité par les Kalmuques ,
dans l'étenduë de 2000. Woërtes , du côté
de l'Orient . Ils sont sujets à l'Empire de
Russie , et gouvernez par un Kan de
leur Nation , qui est nommé par la Czarine
, quoique toujours choisi dans la mê
me Maison. Cette forme de Gouvernement
n'est pas ancienne parmi eux , car
le Kan d'aujourd'hui
n'en est que le septiéme
.
Au1752
MERCURE DE FRANCE
•
Autrefois chique Famille étoit gouvernée
par son Chef , sans relever que du
Souverain de la Russie ; mais à la fin ,
ce Prince trouva à propos de gouverner
ces Peuples par un Kan ou Viceroy , qui
tient de lui toute son autorité , et dont
la Charge est à vie. Je n'ai pû encore
apprendre s'ils payent de tribut ; mais
je suis plus disposé à croire qu'ils ne sont
obligez que de servir à leurs dépens ,
quand ils sont commandez dans les Expeditions
militaires. Ils sont tous Cavaliers
, et peuvent monter , à ce que j'ai
oui dire , à 200000. Combattans . Ils ne'
Sçavent presque ce que c'est que les Armes
à feu , mais ils sont très - adroits à ti
rer de l'Arc , et 1000. Kalmuques tiennent
bien tête à 3 ou 4. mille Tartares de
Krimée . Ils ont beaucoup de l'air des Negres
d'Affrique , mais leurs nez sont encore
plus camus , et leurs yeux à la Chinoise
, ne sont pas si ouverts de la moitié
Ils sont originairement Mogols , et fu÷
rent , dit-on , laissez dans ce Pays par
Ghengis Khan , lorsqu'il fit la conquête
de l'Asie; et quoiqu'ils disent eux -mê
mes qu'ils sont un reste de l'Armée Macédonienne
, qu'Alexandre le Grand laissa
sur les bords du Volga , leur langage et
leur écriture , qui sont un mauvais Mogol
,
A OUST . 1753 1733.
gol , prouvent clairement leur origine ;
outre qu'ils ont la même Religion , et
que leur Grand- Prêtre , ou Lama , réside
dans le Pays des Mogols , où les principaux
de leur Clergé sont obligez d'ailer
pour recevoir les Ordres Sacrez de leur
Religion. Ils sont fort dévots ; car dès
qu'ils cessent de parler , on les voit occupez
à dire leurs Chapelets , qu'ils portent
toujours pendus à leur col. Un jour
étant surpris de la vitesse avec laquelle
ils parcouroient ces Chapelets , je leur
dis que leur formule de priere devoit être
extrémement courte , ils me répondirent
qu'elle ne consistoit qu'en deux paroles.
mystérieuses , sçavoir , Ommani Badmehunc
, ce qui signifie une belle Fleur , et
une Pierre qui ne tire sa lumiere d'ellemêmes
mais de temps- en- temps ils prennent
un Grain de Chapeler plus grand
qui sert à des Prieres plus longues , dont
je n'ai pas appris le sens.
que
Ces gens - là content mille Miracles deleur
Lama , disant , que celui qui lui doit
succeder , déclare sa Mission aussi - tôt
qu'il est né. Ils s'imaginent qu'il connoît
leurs pensées et sçait leur faire
des réponses , sans qu'ils se donnent la
peine de lui parler. Il y a parmi eux plusieurs
Sectes differentes , quelques - uns
adorent
1754 MERCURE DE FRANCE
adorent des Idoles , les autres la Peau
d'un Lievre , car ils prétendent qu'autrefois
pendant tout le temps d'une famine,
40000. personnes avoient été nourries de
la chair d'un seul animal de cette espece.
Ils traitent leurs Morts de quatre manieres
differentes , suivant les quatre Elemens
, car ils brûlent les uns , ils jertent
les autres dans l'eau , ils en enterrent , et
11 y en a qu'ils exposent à l'air , observant
pour cela le temps de la Lune qu'ils
sont nez , ou qu'ils sont morts . Ils n'ont
presque aucune idée de compassion ; car
si leurs Femmes , leurs Peres ou leurs
Meres sont travaillez d'une longue maladie
, ou vicillissent , il les laissent mourir
de faim .
Leurs Tentes sont infiniment mieux
imaginées que les nôtres , et garantissent
mieux du froid ; aussi aimerois je mieux
y loger que dans certaines maisons que
j'ai vûës ailleurs . On place le feu au beau
milieu de la Tente , et l'on pratique une
ouverture dans le toit , qui est façonné
en dôme , par où la fumée monte , et
quand il ne fume plus , on ferme l'ouverture
; de sorte qu'on s'y chauffe tout
aussi-bien que dans une maison . Ces Tentes
sont construites d'une espece de Feutre
, mais qui est six fois plus épais que
celui
AOUS T. 1733 1755
celui dont on fait nos chapeaux , ce qui
fait qu'on y est chaudement en hyver
et fraîchement en é é . Mais le malheur
est qu'elles sont si pesantes , que la plus
ordinaire fait la charge d'un Dromadaire,
car je n'ai point vŷ de Chameaux à une
bosse , et une bonne Tente , ou dix ou̟
douze personnes pourroient coucher , feroit
bien la charge de deux de ces animaux
. Le Kan est à present à 15. ou, 16,
lieues d'ici , avec 10000. Tentes , habitées
par ses Sujets ; je compte de l'aller
voir avant de quitter ce Pays,
Les Kalmuques ont un usage singulier
en fait d'hospitalité , quand un Etranger
vient chez eux , la marque la plus
ordinaire de leur distinction , c'est de
lui donner le choix de leurs femmes ou
de leurs filles , pour passer la nuit avec
celle qu'il trouve le plus à son gré. Les
femmes sont habillées de même que les
hommes , ce qui cause souvent qu'on
se méprend de Sexe. Ils n'ont d'autres ri
chesses que leur Bétail , dont ils font un
grand trafic avec les Rus es. Leurs Chevaux
ne sont pas beaux , mais ils sont
d'une vigueur surprenante , ils font 20,
ou 25. liües par jour sans se fatiguer,
Le meilleur Cheval du Pays se vend 4,
5. pistoles , et un Cheval ordinaire ne
vaus
1756 MERCURE DE FRANCE
vaut que 4. ou 5. écus ; il est cependant
difficile de dompter leur férocité natarelle
,
ils vont presque tous le pas naturellement.
Je viens d'acheter ici quel
ques- uns de leurs Arcs et de leurs Fleches
, et comme vous me mandez que
vous en avez des Indes Occidentales , j'en
troquerai volontiers deux contre un des
vôtres.
J'espere partir de ce Pays- cy dans 8.
ou 10. jouts , et de continuer mon voyage
par le Don jusqu'à Asoph , là je serai
voisin d'un Peuple poli , et de deux Peuples
barbares. Vous jugerez facilement
que par le premier , j'entends les Turcs ,
et que les deux autres sont les Tartares
de Krimée et ceux de Cuban , les uns
sont au Couchant du Don , les autres au
Levant. Si j'y vois quelque chose digne
de remarque , je ne manquerai pas de
Vous en faire part.
Vous trouverez cy - jointe un Lettre du
Baron de Wedel ; il avoit la fievre lorsqu'il
l'écrivit , c'est une espece de tribut
que tout Etranger doit à ce climat , lorsqu'il
arrive , mais on en est quitte pour
3. ou 4. accès. Il paroît par sa Lettre
qu'il alloit marcher contre quelques Kalmuques
qui refusoient de déferer aux ordres
du Kan .
J'ai
A O UST. 1733. 1757
J'ai acheté un petit Kalmuque qui est
d'une beauté parfaite , selon cux , il n'a
presque rien qui ressemble à un nez , excepté
les narinesses yeux ne sont ouverts
que de la largeur d'une paille. Il est d'un
teint couleut de caivre , couleur trèsestimée
parmi eux.; sçachant lire et écrire
sa Langue. Si vous en avez la moindre
envie , mandez - le- moi , et aussi - tôt
que je serai à Petersbourg , où je compte
d'arriver vers la fin de l'année , je le ferai
partir.
contenant quelques Particularitez du
Pays des Tartares Kalmuques .
Epuis la Lettre que je vous écrivis
trivia
de Nova- Paulava , j'ai continué ma
route jusqu'aux Lignes de Czaritien , et la
Ville de ce nom , où je me trouve à present
est presque
dans un nouveau Monde.Rien
ne s'y voit que des Kalmuques et des
Dromadaires
; et vers le Levant , il n'y
a pas une seule Ville jusqu'aux Frontieres
de la Chine . Le Pays au - delà du Volga
, Fleuve qui lave cette Ville , est entierement
habité par les Kalmuques ,
dans l'étenduë de 2000. Woërtes , du côté
de l'Orient . Ils sont sujets à l'Empire de
Russie , et gouvernez par un Kan de
leur Nation , qui est nommé par la Czarine
, quoique toujours choisi dans la mê
me Maison. Cette forme de Gouvernement
n'est pas ancienne parmi eux , car
le Kan d'aujourd'hui
n'en est que le septiéme
.
Au1752
MERCURE DE FRANCE
•
Autrefois chique Famille étoit gouvernée
par son Chef , sans relever que du
Souverain de la Russie ; mais à la fin ,
ce Prince trouva à propos de gouverner
ces Peuples par un Kan ou Viceroy , qui
tient de lui toute son autorité , et dont
la Charge est à vie. Je n'ai pû encore
apprendre s'ils payent de tribut ; mais
je suis plus disposé à croire qu'ils ne sont
obligez que de servir à leurs dépens ,
quand ils sont commandez dans les Expeditions
militaires. Ils sont tous Cavaliers
, et peuvent monter , à ce que j'ai
oui dire , à 200000. Combattans . Ils ne'
Sçavent presque ce que c'est que les Armes
à feu , mais ils sont très - adroits à ti
rer de l'Arc , et 1000. Kalmuques tiennent
bien tête à 3 ou 4. mille Tartares de
Krimée . Ils ont beaucoup de l'air des Negres
d'Affrique , mais leurs nez sont encore
plus camus , et leurs yeux à la Chinoise
, ne sont pas si ouverts de la moitié
Ils sont originairement Mogols , et fu÷
rent , dit-on , laissez dans ce Pays par
Ghengis Khan , lorsqu'il fit la conquête
de l'Asie; et quoiqu'ils disent eux -mê
mes qu'ils sont un reste de l'Armée Macédonienne
, qu'Alexandre le Grand laissa
sur les bords du Volga , leur langage et
leur écriture , qui sont un mauvais Mogol
,
A OUST . 1753 1733.
gol , prouvent clairement leur origine ;
outre qu'ils ont la même Religion , et
que leur Grand- Prêtre , ou Lama , réside
dans le Pays des Mogols , où les principaux
de leur Clergé sont obligez d'ailer
pour recevoir les Ordres Sacrez de leur
Religion. Ils sont fort dévots ; car dès
qu'ils cessent de parler , on les voit occupez
à dire leurs Chapelets , qu'ils portent
toujours pendus à leur col. Un jour
étant surpris de la vitesse avec laquelle
ils parcouroient ces Chapelets , je leur
dis que leur formule de priere devoit être
extrémement courte , ils me répondirent
qu'elle ne consistoit qu'en deux paroles.
mystérieuses , sçavoir , Ommani Badmehunc
, ce qui signifie une belle Fleur , et
une Pierre qui ne tire sa lumiere d'ellemêmes
mais de temps- en- temps ils prennent
un Grain de Chapeler plus grand
qui sert à des Prieres plus longues , dont
je n'ai pas appris le sens.
que
Ces gens - là content mille Miracles deleur
Lama , disant , que celui qui lui doit
succeder , déclare sa Mission aussi - tôt
qu'il est né. Ils s'imaginent qu'il connoît
leurs pensées et sçait leur faire
des réponses , sans qu'ils se donnent la
peine de lui parler. Il y a parmi eux plusieurs
Sectes differentes , quelques - uns
adorent
1754 MERCURE DE FRANCE
adorent des Idoles , les autres la Peau
d'un Lievre , car ils prétendent qu'autrefois
pendant tout le temps d'une famine,
40000. personnes avoient été nourries de
la chair d'un seul animal de cette espece.
Ils traitent leurs Morts de quatre manieres
differentes , suivant les quatre Elemens
, car ils brûlent les uns , ils jertent
les autres dans l'eau , ils en enterrent , et
11 y en a qu'ils exposent à l'air , observant
pour cela le temps de la Lune qu'ils
sont nez , ou qu'ils sont morts . Ils n'ont
presque aucune idée de compassion ; car
si leurs Femmes , leurs Peres ou leurs
Meres sont travaillez d'une longue maladie
, ou vicillissent , il les laissent mourir
de faim .
Leurs Tentes sont infiniment mieux
imaginées que les nôtres , et garantissent
mieux du froid ; aussi aimerois je mieux
y loger que dans certaines maisons que
j'ai vûës ailleurs . On place le feu au beau
milieu de la Tente , et l'on pratique une
ouverture dans le toit , qui est façonné
en dôme , par où la fumée monte , et
quand il ne fume plus , on ferme l'ouverture
; de sorte qu'on s'y chauffe tout
aussi-bien que dans une maison . Ces Tentes
sont construites d'une espece de Feutre
, mais qui est six fois plus épais que
celui
AOUS T. 1733 1755
celui dont on fait nos chapeaux , ce qui
fait qu'on y est chaudement en hyver
et fraîchement en é é . Mais le malheur
est qu'elles sont si pesantes , que la plus
ordinaire fait la charge d'un Dromadaire,
car je n'ai point vŷ de Chameaux à une
bosse , et une bonne Tente , ou dix ou̟
douze personnes pourroient coucher , feroit
bien la charge de deux de ces animaux
. Le Kan est à present à 15. ou, 16,
lieues d'ici , avec 10000. Tentes , habitées
par ses Sujets ; je compte de l'aller
voir avant de quitter ce Pays,
Les Kalmuques ont un usage singulier
en fait d'hospitalité , quand un Etranger
vient chez eux , la marque la plus
ordinaire de leur distinction , c'est de
lui donner le choix de leurs femmes ou
de leurs filles , pour passer la nuit avec
celle qu'il trouve le plus à son gré. Les
femmes sont habillées de même que les
hommes , ce qui cause souvent qu'on
se méprend de Sexe. Ils n'ont d'autres ri
chesses que leur Bétail , dont ils font un
grand trafic avec les Rus es. Leurs Chevaux
ne sont pas beaux , mais ils sont
d'une vigueur surprenante , ils font 20,
ou 25. liües par jour sans se fatiguer,
Le meilleur Cheval du Pays se vend 4,
5. pistoles , et un Cheval ordinaire ne
vaus
1756 MERCURE DE FRANCE
vaut que 4. ou 5. écus ; il est cependant
difficile de dompter leur férocité natarelle
,
ils vont presque tous le pas naturellement.
Je viens d'acheter ici quel
ques- uns de leurs Arcs et de leurs Fleches
, et comme vous me mandez que
vous en avez des Indes Occidentales , j'en
troquerai volontiers deux contre un des
vôtres.
J'espere partir de ce Pays- cy dans 8.
ou 10. jouts , et de continuer mon voyage
par le Don jusqu'à Asoph , là je serai
voisin d'un Peuple poli , et de deux Peuples
barbares. Vous jugerez facilement
que par le premier , j'entends les Turcs ,
et que les deux autres sont les Tartares
de Krimée et ceux de Cuban , les uns
sont au Couchant du Don , les autres au
Levant. Si j'y vois quelque chose digne
de remarque , je ne manquerai pas de
Vous en faire part.
Vous trouverez cy - jointe un Lettre du
Baron de Wedel ; il avoit la fievre lorsqu'il
l'écrivit , c'est une espece de tribut
que tout Etranger doit à ce climat , lorsqu'il
arrive , mais on en est quitte pour
3. ou 4. accès. Il paroît par sa Lettre
qu'il alloit marcher contre quelques Kalmuques
qui refusoient de déferer aux ordres
du Kan .
J'ai
A O UST. 1733. 1757
J'ai acheté un petit Kalmuque qui est
d'une beauté parfaite , selon cux , il n'a
presque rien qui ressemble à un nez , excepté
les narinesses yeux ne sont ouverts
que de la largeur d'une paille. Il est d'un
teint couleut de caivre , couleur trèsestimée
parmi eux.; sçachant lire et écrire
sa Langue. Si vous en avez la moindre
envie , mandez - le- moi , et aussi - tôt
que je serai à Petersbourg , où je compte
d'arriver vers la fin de l'année , je le ferai
partir.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre de Czaritien, contenant quelques Particularitez du Pays des Tartares Kalmuques.
L'auteur d'une lettre, écrite depuis Czaritien, décrit les particularités du pays des Tartares Kalmuques. Il a voyagé depuis Nova-Paulava jusqu'à Czaritien, une ville peuplée uniquement de Kalmuques et de dromadaires. Le territoire au-delà du Volga, s'étendant sur 2000 Woërtes vers l'Orient, est entièrement habité par les Kalmuques, qui sont sujets de l'Empire de Russie. Ils sont gouvernés par un Kan nommé par la Czarine, le Kan actuel étant le septième de cette lignée. Les Kalmuques sont des cavaliers experts, capables de mobiliser 200 000 combattants. Ils maîtrisent l'arc mais ignorent les armes à feu. Physiquement, ils présentent des traits asiatiques et se considèrent comme les descendants de Gengis Khan, bien que leur langue et leur écriture soient mogoles. Leur religion est dirigée par un Lama résidant en pays mogol. Ils pratiquent diverses formes de dévotion, utilisant des chapelets pour prier et croient en plusieurs sectes, certaines adorant des idoles, d'autres la peau d'un lièvre. Ils traitent leurs morts selon les quatre éléments : par le feu, l'eau, la terre ou l'air. L'hospitalité kalmuque inclut l'offre de leurs femmes ou filles aux étrangers. Leurs tentes, en feutre épais, sont adaptées au climat et transportables par des dromadaires. Ils possèdent des chevaux vigoureux mais difficiles à dompter. L'auteur prévoit de quitter le pays dans huit à dix jours pour continuer son voyage vers le Don, puis vers Azoph, où il rencontrera les Turcs, les Tartares de Crimée et ceux de Cuban. Il mentionne également une lettre du Baron de Wedel, souffrant de fièvre, et l'achat d'un jeune Kalmuque qu'il propose de vendre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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