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p. 54-116
DES TALISMANS.
Début :
Je ne doute point, Monsieur, que vous ne receviez beaucoup [...]
Mots clefs :
Talismans, Figure, Astres, Influences, Bien, Image, Vertu, Hommes, Matière, Auteur, Planètes, Effets, Livre, Soleil, Heure, Temps, Nature, Métal, Raison, Pierre, Serpents, Dieux, Corps, Humeurs, Science, Apologiste, Superstitions
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texteReconnaissance textuelle : DES TALISMANS.
SMANS
TE ne doute point, Monsieur,
c'"e vous ne receviez beau-
GiA ? v.hents ciuiiiiX.touchant
les Ta.Uiin.*ns-y m.isparce q-ic
vous ..v z rerco.gnc que l,,)n
desiroit s'est ( ~éJ.jrcv detout
ce qui regarde c-:rt maci.re,,6c
que certe diversité me kn}bI
moins propre à cela que des
Trattez à fends & méthodiques-
ivne j' n a y deux qui ont esté
i..t~j depuis environ douzeans
seulement,dont l'un porte pour
titre, Les 'IjtrlJ,sJ.'!iJi. 1
8c
l'autre, LaSpestition du Temps,l'autre La S P,, iJ,
le premier,par un Autheur, no-
me,& le dernier par lesçavant
P. Placet, Religieux de Pré-
montré;j'en ay fait sans f çon,
& à plume courante, l'Excr it
que je vous envoye, , ù j; n'.y
rienapporté du mien que le
foin de r trancher. Il y a de la
honteàestre Plagiaire; maisje
me f y ps de déicatesse
dtdh'c Copste en cote ren-
contre, s'agisntdel'utilitépu.
-particulière. L'honneur en de-
meure àces Autheurs, dont
l'Extraitpourra faire d firer les
Livres entiers qui font impri.
mezà Parisen 1668. les Talïf*
mans chez Pierre de Bresche,
&la Superstition, qui en estla
Réfutation, chez la Veuve Ger
vais Alliot..
L'Autheur des Talismansjuf.
tifiez, commence sonDiscours
à la naissance du Monde, ,& dit
que nostre premier Pere au mi.
lieu du Paradis terrestre, estoit
comme un beau Soleil revestu
des lumièresdetoutes,lescon-.
noissances qui pouvoienr satis-
faire son entendement, connoif-
[.lt parsaitement la nature Se
les proprietez de toutes choses,
le pouvoir des Astres les in-
fluences -
des Planètes, le mé-
lange des Elémens; que ces lu-
mieres se sont communiquées
de Pere en Filsjusques à Noé,
& de NoéjusquesàMoïse; qu'a-
pres Moïse,les Hommes décou-
vraient seulement quelques om-
brages de ces, belles Sciences,
que les Caldéens,les Perses,&
les Egyptiens, en avoient retenu
quelques images, qui commen-
cerent à s'effacerrdesorte que
ces connoissances, d'universelles
devindrentparticulièresdequel,
ques Sçavans;que le Monde
s'estant éloigné de plus en,
plus des premiers Docteurs,,
il se voit enfin dans une en-
tiere nuit; que le Diable qui se
plaist dans les tenebres, a en-
seigné une Nigromantie pour
l'opposer à la Magie Divine,
qu'il a distribué de certains Ca-
racteres pour nous oster l'envie
de rechercherles innocens & les
véritables, ce qui est cause que
si quelqu'un déclare que par
l'Astronomie celeste il peut
ne pleuvoit jamais dans le Parvis
du Temple de V énus à,Cypre-
d'une Puture d'aire in repréen-
tant un Feu, un Sarpent, un
Rat d'eau, trouvée sousle Re-
gne de Chilpericen,encreusant
quelque Fossé de la Ville de
Prisr LquJiPigure(frnt.
~erniporté : , partie de laVille
fut brulée, & les Habitans as-
fligez de Serpens ôc de Rats
d'eauyde.plulieuisr. Statues à
Constantinople, & entr'utres:
deCelled'unChevalier,quiser-
voit de préservatif contre la
Peste du Palladium deTroye,,
des Boucliers de Rome,. & de
plusieurs Dieux tutelaires, &
conclud detout cela, &de ce
qu'Albert le Grand,M'arcile-
ficin,Paracclse,Roger,.Bacon,,
Arnaud de Villeneusve, & pkU-
sieurs autres, ontfait des Trai-
tez tous entiers pour montrer
la force des Talismans, qu'il
faut qu'ils ayent esté de tout
temps en usage. En fuite apres
avoir discouru sur l'étimologie
du mot, il passe à la définition
du Talismany & dit que ce
n'est autre chose que le sceau,
la figure, le caractere, &l'image
d'un Signe celeste, Planere, ou
Constellation, faite, imprimée,
gravée, oucizelée sur une Pierre
fimpatétique, ou sur un Metal
correspondant à l'Astre, par un
Ouvrier qui ait l'esprit arresté
& attaché à l'ouvrage & à la
fin de son ouvrage, sans estre
distrait ou dissipé en d'autres
pensées étrangeres; au jour &
heure duPlanete, en un lieu
fortuné, en untemps beau 6c
serain,& quand il est en la
meilleure dispositiondans le
Ciel qu'il peut estre,afin d'at-
tirer plus fortement ses influen-
ces, pour un effetdépendant
du mesme pouvoir & de la vertu
de sesinfluences; dans toutes
lesquelles choses,matiere, for-
me, ouvrier, condition, fin, es-
set, & circonstances, l'Autheur
soûtient que tout est innocent.
A cet effet il pose en premier
lieu, que les influences des corps
supérieurs descendent icybas,
secondement, qu'on les peut
attirer abondamment & forte-
ment. Il ne s'arrete que peu à
la premiere proposition,comme
n'estant point contestée, mais
avoüée de l'Ecole mesmes, qui
s'est renduë ennemieparticu-
liere desTalismans. Pour la se-
conde proposition, il avouë qu'
elle n'estpas si aisés à croire;il
se sert pour laprouver, de l'x-
périence du Miroir ardent, par
lequel nous ramassonsles rayons
solaires, véhiculesdesesinfluen-
ces,& les introduisons dans une
matiere combustible. D'où il
conclud que les Talismans font
naturels en toutes lescircons-
tances qui accompagnent leur
composition. Sur la premiere
conditionqui est de la matiere,
il prétend que comme l'action
se reçoit fk.n la disposition du
suje t, & que cette meilleure dis-.
position vientde la simpartiequi
sçait unir les Homogenespar
tin lien miraculeux, les Astres
doivnt agirplus~asémens êc
plus fortement sur les sujets qui
kur sont simpatétiques 6c con-
foim. s, commeilse voit de l' E-
toiie Polaire sur le Fer touché
de l'A ~yman. Il veut que de tous
lescorps il'yen it
point qui ay nt plus de simpatie
:avc les supérieurs que les Pier-
res, les Miréraux, & les Mé-
trux, & qu'ils ayant reçeu en
partage des formes toutesastra-
le: ille prouve tres bien des
M étaux, & discourt amplement
des raports de leurs qualitez
av.ccelles des Planetes. Sura
f.eonde cordi ion qui est de
grav r les caracterts ,
sceau x,
images, oufiguresdes Planetes,
sur les Métaux correspondans
à ces mesmesPlanetes, ou pour
mieux faire encore, defondre,
jetteren moule ou en fable, le
Métal fondu, pour estre impri-
mé, ce quicomprend deux cho-
ses; la premiere, queleMétal
soit excité par la graveure ou
par la fusion qu'il tient estre
meilleure; la seconde,que la
figure y soit marquée ; il pré-
tend donner la raison deces
deux choses. 'Surla premiere,
que le Métal ainsi excité par un
agent extérieur, & sur toutpar
le feu son ennemy, ses esprits
métaliques demandent & atti-
rent plus fortement del'aidede
son Astre pour combatre cet
Ennemy ; & qu'aussi les vertus
astrales se reçoivent beaucoup
mieux quand le sujet est en
mouvement, que quand il effc
sansaction;& quant à la figure,
l'Autheurveut que lescorps
supérieurs ayent leurs figures
comme lesautres choses d'icy-
bas; que la ressemblance fonde
lasimpatie,non que la figure
soit agissante physiquement,
mais feulement qu'elle étabà l'heure planetaire; il ne dit
autre chose, sinon que c'est
d'autant que comme les Plane-
tes dominent tous les jours une
heureàleur tour, leursinfluen-
ces estantplusfortes à l'heure
qu'ilsdominent, que nous ap-
pellonsl'heure planetaire, il est
tres-convenable que cette at-
traction se fasse à l'heure du
Planete, puis que pour lors il
influë plus fortement & plus
copieusement. Iltranche au/15;
la cinquiéme condition en peu
de mots, endisantquel'onveut
quel'Ouvrier duTalisman tra-
vailleenun beau jour & serain;
perceque bienque lesinfluen-
ces astrales penetrent par tout,
& que tous les corps les plus
opaques leur soient comme du
verre,neantmoins l'air & Ili lu-
miere leur servant de véhicule
& de passage, comme nous
voyons au Soleil, il est plus à
proposde commencersonopé-
ration en un lieu aëré,& dans
un temps serain. Enfin sur la
derniere condition, qui est la
recollection de l'Ouvrier en
soy.mesme,en forte qu'il ne
laisse point aller sonesprit en
d'autres étrangèrespensées, &
ne pense quàson ouvrage & à
son dessein, il avoue que c'cllz
la plus soupçonneusecondition
des Talismans, & qui oblige
d'abord lesames scrupuleuses à
les c õdamner ;que neantmoins,
si l'on confidere que l'entende-
ment del'Homme se forme des
imagesdes choses qu'il connoist
par le moyen desfausses ouvé-
ritables espèces qu'il en a re-
çeuës par l'entremisedes sens,
& qu'il reçoit luy-mesme cette
image, estant le principe alliE
&passifde ces intellections, 8C
que l'Homme peut recevoir Se
reçoit en effet les influences des
Planetes, nous connoistrons que
s'il s'applique fortement àlafin
& au dessein deson ouvrage,
unissant par cette attention son
espritau Planete,il se formera
une image dece mesme P lanete,
ôc par cette image qui établit sa
ressemblance, il attirera con-
jointement avec le Métal, l'in-
fluence astrale,tant sur le Mé-
tal que sur luy-mesme, comme
ilest necessaire; autrement por-
tantsur foy sonTalisman, il en
pourroit recevoir les impressions
aussi-bien que les autres. Par
exemple,s'il avoit fait un Ta-
lifman pour donner de la ter-
reur, il en recevroit luy-mesme
à l'aspect du Talisman; mais
ayant attiré sur foy,aussi-bien
que sur leMétal, cette qualité
terrifique,il ne fait point d'im-
pression sur son Talisman , & le
Talisman n'en fait point surluy
comme surles autres, qui ne se
font point formez cette image;
& que. pour cette raison per-
sonne ne se doit entremettre de
faire des Talismans, qu'il ne sça
che les vrais sceaux,images, fi-
gures, ou caracteresdes Cons-
tellations, autrement il feroit
privéde son attente. Remar-
quez toûjours en passant, que
cet Autheur raisonne,. en supo-
fant une figure veritable de
l'Astre,laquelle établit sa res-
semblance, & la ressemblance
l'attraction de l'influence.D'où
s'enfuit, que quand onluy ré-
pond que les figuresqui se gra-
vent sur les Talismansn'ontau-
cun raportaux veritables figu-
resdesAstres, toutes lesconsé-
quences qu'il tire de cette res-
semblance qui n'est point, se
trouventnecessairement fausses.
Il poursuit ôc paiT. à la feconde
proposition,quiest l'attention
de l' Ouvrieràla fin &au des-
sein de son opération, dont il
rend raison, en disantque se for-
mant ainsi l'image dela qualité
qu'il prétend introduire au Ta-
lisman,cette image détermine
par lameime Loy cette influen-
ce à se communiquer particu-
lierement: au Talisman,& est
precifémenc & singulierement
attirée entre toutes les influen-
ces que le Planete peut produi-
re. Surquoy l'Autheur se sert
de la comparaison de la Femme
qui imprimedansl'Enfant qu'-
elle porte en ses flancs, la res-
semblance de l'objet par le
moyen de l'image qu'elle s'en
est formée.. Apres avoirainsi
raisonné. sur toutes les condi-
tions necessairesàfaire les Ta-
lismans. cetAutheur se faitune.
objection,& dit, qu'encorequ'il
ne paroisse riende superstitieux
êc de surnaturelen leur compo-
sition,les effets toutefois que
l'on leur attribueestantaudes-
sus du pouvoir de laNature;
sontdes motifs allezforts pour
les condamnerqu'on luyac-
cordera bien queles influences
des Astres se peuvent attirer
fortement & copieusement ;
mais qu'attirez sur la Pierre &
sur le Métal, elles puissent cau-
serleseffetsque nouslisons dans
les Ecrits des Curieux, c'estce
qui ne se peut aisément conce-
voir; car quelle apparence que
Saturne fasse trouverles trésors,
Jupiter départir les honneurs, &
ainsi du reste? Si le pouvoirdes
Talismans ne s'étendoit qu'à
guérir les maladies, comme les
Signes & les Astres dominent
iey- bas sur diverses parties de
noscorps,àsçavoir, le Soleil sur
le cœur, Vénussur lesreins,&c.
ains
ainsi qu'ont remarqué les Astro-
logues 8c les Medecins, on pour-
roit se persuader facilement que
les influences de ces Constella-
tions attirées par l'artifice, gué.
riroient les infirmitez aux parties
sur lesquelles elles dominent,
veu les expériences que l'on a
des Simples propres à quelque
maladie, cueillis à l'heure du
Planete qui a correspondance
avec le Simple, ou cueillis à
l'heure du Planete ennemy de
celuy qui cause cette maladie;
qu'ainsi l'on peut demeurer
d'accord que les influences atti-
rées par les soins & artifices de
l'Ouvrier, peuvent guérir &.
causer diverses maladies, & pro-
duire dans les sujets plusieurs
mauvaises ou bonnes qualitez,
selon la force ou la vertu de l'in-
fluence; mais qu'il n'est pas si
facile à concevoir comme ces
Astres donnent les honneurs,
les victoires, l'amour, & produi-
sent d'a utres semblables effets
quidépendent des volontez &
libertez des Hommes. Pour ré-
soudre cette objection, l'Au-
theur confesse que celuy qui
diroit que les Astresproduisent
ces merveilleux effetsdépen-
dans principalement de nostre
liberté, par une fatale necessité,
feroit dans l'erreur; mais que
puis que l'on demeure d'accord
que les Astres inclinent nos vo-
lontez sans toutefois les con-
traindre, en ce sens leurs in-
fluences peuvent donner de l'a-
mour, de la crainte, de la ter-
reur, &des honneurs;que nous
sommes composez de quatre
humeurs qui produisent en nous
plusieurs fortes d'accidcns, &
que de là dérivent les divers
mouvemens de nostre ame;que nous connoissonsassez tous
les jours que nous sommesagi-
tez de nos diversespassions, sui-
vant que l'une de ces humeurs
domine. Or il est indubitable
que les Planetes &. les Astres
dominent sur ces humeurs, d'où
vient que nous appellons les
mélancoliques Saturniens, &c.
&: partant les Astres par cette
domination inclinent nos vo-
lontez; que c'est en ce sens qu'il
faut entendre que lesTalismans
donnent des honneurs, de l'a-
mour, &c. qu'estans remplis
pour les raisons qui ont esté di-
tes, des influences astrales, ces
influences produisent leurs ver-
tus; que lapersonne qui les porte
sur soy,estantcomme le Ciel de
cet Astre corporifié, ceux qui
les reçoivent, le trouvent agitez
de son propre & naturel mou-
vement, & ce mouvement se
rencontrant naturel en la per-
sonne qui le reçoit, elle le re-
garde comme un bien qui luy
est propre, & ainsi tend plutost
au sujet d'où il procede, qu'à
tous autres. Là-dessus 1"Au-
theur fait l'application de ce
raisonnement à ce qui se passe
lors qu'un Talisman pour don-
ner de la terreur ou del'amour,
fait l'impression des influences
qu'il a attirées desAstres, con-
cluant qu'en tout cela il n'y a
rien decriminel, puis que tous
ces effets ne proviennent dire-
ctement que des humeurs exci-
tées par les influences qui font
envoyées par les Talismans, &
reçeus dans les sujets par le
moyen de ces humeurs;sans qu'il
prétende que les Personnes qui
reçoivent les vertus des Talis-
mans, ne puissent résister à leur
effort, & confessant qu'elles le
peuvent sans doute, & que leur
victoire en cft plus glorieuse, si
elles en sont pousséesfortement,
& qu'elles yrésistent. Ilfinit en
aiiurant que c'est ainsi que l'ont
entendu ces Sages sur cette ma-
tiere; dit que Salomon estoit
trop fage pour laisser des ima-
ges négromantiques, luy à qui
l'on impute un Livre intitulé,
Des Sceaux des Pierreries, dont
l'Autheur rapporte plusieurs fi-
gures deTalismans,& leurs ver-
tus;dit que le Grand Hermes n'a
jamais esté soupçonnédeMagie,
& que cependant il a laissédans
l'un de ses Livres quinze images
de mesme façon que les Au-
theurs qu'il a nommez dés le
commencement, en ont aussi
laissé des Traitez tous entiers;
qu'il ne croit pas qu'ilseussent
voulu donner au Public des Le-
çons superstitieuses, ny aussi
qu'ilsayent enseigné ces Leçons
curieuses, pour obliger à leur
pratique avec enipressement,
mais pour faire connoistre les
merveilleux pouvoirs dela Na-
ture; que pour luy ce n'est point
aussi son dessein de donner des
aiguillons pour s'employer à
cette recherche; qu'il conseille
le Chrestien de ne regarder le
Talisman que d'un œil tres-in-
diférent, & comme un diver-
tissement d'esprit. Il exalte en
suite le pouvoir de la Croix &
du Nom de Jesus, qu'il appelle
(avecrespectneantmoins)deux
divins Talismans;& pour fin de
tout l'ouvrage, il donne la ma-
niere de faire onze Talismans,
les uns pour guérir de quelques
maux, comme des maux de
teste, dela gorge, & du col,&c.
& les autres, pour la joye , la
beauté & la force du corps, pour
acquérir aisément les honneurs,
grandeurs & dignitez, pour es-
tre heureux en marchandise,
avoir la faveur des Roys, &c.
Voilal'œconomie de lOu-
vrage de cet Autheur, & les rai-
sons dont il se fert,quej'ay abre-
gées autant qu'ilm'a esté possi-
ble, nem'estant étenduquesur-
celles où j'ay trouvé qu'illefa-
loit nécessairement pour l'intel-
ligence de ses pensees. LeR.P.
Placet qui y a répondu, ne fuit
paspar tout cemesme ordre, 8c
rationne beaucoup plusà fonds.
Je trancheray aussi le plus suc-
cintement que je pourray, ce
qui est de plus considérable dans
sa Réponse. Dés l'entrée il de-
meure d'accord de la connois-
sance parfaite & de la science
infuse de nostre premier Pere
pour le regard de la Science in-
nocente; mais il dit que cell
de Talismans estant diabolique,
il est tres-faux qu'elle ait esté
inspirée au Chef des Humains.
Il nie que les Hommes des pre-
miers temps fussent scavans,
comme l'Apologiste le donne à
entendre, veu qu'ilsn'avoient
ny l'évidence ny la certitude,,
Se que la science ne s'acquiert
que par l'expérience du pcuTéj
que le premier Homme n'a pu
faire part de (à science àses def-
cendans que très-imparfaite-
ment, n'ayant point ci"'àutre-
moyen que la parole vocale qui
s'évanoüit, &ses Enfansn'ayãt
que leurfoible mémoire pour la
retenir, outre que leurs inclina-
tions ne se portant qu'au mal,
ils ne s'assujetissoient qu'avec
peine à écouterlesinstructions
de leur Pere; ce qui paroist en
ce que la connoissance de la
premiere verité naturelle, qui
est l'unité de Dieu, n'a pû se
conserver parmy les Hommes
deux cens ans apres le Deluge,
& que suposé que les premiers
Hommes eussent esté plus sça-
vans, & qu'Adam eust fait paf-
fer plusieurssciences innocentes
à ses descendans, il ne s'ensuit
pas de là que celle des Talis-
mans luy ait estéinspirée, ny
qu'elle sesoit communiquée à
ses successeurs, veu qu'elle cil:
diabolique; pourpreuve de-
quoy il cite le Livre de la Sa-
gesse, chap. 4. S.Augustin dans
le 24. chapitre du huitième Li-
vre de la Cité de Dieu, &Ter-
tulien. au troisiéme chapitre du
Livre de l'Idolâtrie; il rétorque
contre l'Apôlogiste l'autorité
du Grand Hermes, qu'il dit dé-
clarer dans S. Augustin au. lieu
cy-dessus allegué, que les Figu-
res & les Statues ont esté inven-
tées des Egyptiens, oublieux de
l'honneur &. de la Religion di-
vine, qui par un Art magique
ont attaché les Démons aux
Images. LeLecteur qui en aura
le loisir, peut avoir recours à ces
passages dans les Livres mesmes,
&juger si avec la condamnation
de l'idolâtrie l'on y trouve aussi
la condamnation des figures Ta-
lismaniques, en tant quelles ne
servent qu'à attirer l'influence
des Astres par des causes natu-
relles. Dans le second Chapitre,
le Pere rapportela définition du
Talisman donnée par l'Apolo-
giste; & avant que d'en exami-
ner lesconditions qu'il dit estre
suspicieuses, ilcite encor S. Au-
gustin au mesme lieu, où ce
Saint Docteur dit que le cara-
ctre Talismanique est un- Dé-
mon lié à une Image par un art
contraire à la pieté. Il cite encor
Proclus au Livre de la Magie,
Psellus & Averroës, &: qu'ils
disent que les Hommes con
gnent les Démons par de cer-
tains signes&figures, &que les
esprits impurs font cachez fous
les Images, ce que quelques
Saints ont contraintlesDiables
de confesser,comme il se voit
entr'àutres dans S. Hierôme en
là Vie de S. Hilarion. Il ajoûte
qu'il faut avoüer le pacte que
les Payens mesmes ont toujours
reconnu, puis que Porphire au
Livre des Oracles, déclare que
les Démonsmotrentaux Hom-
mes non feulement leurs con-
versations, mais aussi de quelles
choses on les prend, & comme
quoy on les lie; quels jours il
faut observer, quelle figure il
doit y avoir au caractère, qui
font les conditions que requiert
l'Apologiste pour faire le Talis-
man. Il finit ce Chapitre par
1"Histoireadmirable d'un jeune
Gentilhomme, qui lejour de ses
Noces ayant mis sans y penser
son Anneau nuptial au doigt
d'uneStatue de Vénus, le Si-
mulachre plia ledoigt, sans que
ce jeune Homme pût retirer
jcet Anneau, ny estre délivré de
certaines illusions qui s'en en-
suivirent, que par des opéra-
tions d'Art magique. Dans le
Chapitresuivant, le Pere exa-
mine l'intention de l'Apolo-
giste, &nonobstant ses protes-
tations, de condamner les Talis-
mans diaboliques, ne l'excuse
que par le defaut de connois-
sance de la superstition de Tes
Médailles) disant qu'il s'cft
trompé le premier, & qu'il a
écrit son Livre dans une inten-
tion trop curieuse. Dans le qua-
trième, il dit que le Palladium
deTroye estoit un Simulachre
du Démon , &: qu'il n'avoïc
point la vertu de présèrver la
Ville) & cite fort à propos
S. Augllfiin, qui montre au pre-
mier Livre de la Cité de Dieu,
ueles Grecs ayant mis à more
les Gardes de cette Pallas, onla
pouvoit bien emporter,5c que ce
n'estoit donc point le Simula-
chre qui gardoit les Hommes,
mais les Hommes qui confer-
voient l'Idole. LePere dans le
Chapitre 5. prouve tres - bien
que les Dieux tutelaires & les
Boucliers Romains n'efiotenc
point des Talismans innocens,
& qu'ils n'avoient point le pou-
voir de défendre les Villes; &
que l'idolâtrie envers les uns 6c
les autres estant évidente, l'on
ne peut douter que leur origine
nefuft diabolique, 6c leur pro-
grés su perftitieux. Dans le Cha-
pitre fixiérap, il avouë que la
difficulté eit plus grande à l'é.
gard des Statues fatales deConi:
tantinople, veu qu'elles ont elle
forgées depuis la naiilànce du
Christianisme, & que la Foy
Chrefticnne eftoicétablie dans
toute la Grece, lors que ceux de
Constantinople en éprouvèrent
lés effets les plussignalez en
plusieurs occasions, & entr'au-
tres VEmpereur Theophile,
ayant trois Armées ennemies
sur les bras, conduites par trois
Capitaines revoltez, qui reçeu-
rent les mesmes coups qui fu-
rent frapez par cet Empereur
aux trois testes d'une Statuë de
bronze queJean Patriarche de
Constantinople découvrit à ce
Prince eftrela cause quiluy avoit
attiré ce malheur ;furquoy le
Pere affirme que la Statue estoit
diaboliqueaussi-bien que toutes
lés autres, 6c dit que tous les
Autheurs qui rapportent cerre
Histoire avec quelque difé-
rence, conviennent tous de la
fuperfhtion5 & que Cedrenus,
Zonare,& Majole,déclarent
que ce Patriarche estos: un
grand Sorcier. Pour soûtenir
Ion affirmation, le Pere dit que
le Démon connoifToic par ds
causes occultes que deuxdec.s
Chefs de Rebelles feroienttuez,,
& l'autre blesle ; qu'il Ce servit
de ce Simulachre pour l'indi-
quer, non que de là il s'ensuive
que le fort de la Bataille fust
attaché à ce Taliss-nanmais seu-
lement qu'il estoit le figne de ce
qui devoit arriver, foit par le
Démon mesmecommeMiniftre
de la Justice Divine-, foie pa
Superstitieux, afin de les trom-
per, comme il arriva en 1453..
que les Grecs perdirent leur
Empire pour s'estre trop con-
fiez en la vanité des Talismans,
nommément au Taureau d'ai-
rain qui estoit dans une grande
Place, sur lequel l'Oracle avoir
prononcé que lors qu'un puiss
fant Ennemy feroit irruption
dans la Ville, les Bourgeois &
les Soldats se retirans'en cette
Place, feroient tourner le dos à
leurs Ennemis, & les mettroient
en déroute, dont tout le con-
traire arriva. Dans leChapitre 7.
il combat les propresTalismans
de l'Apologiste, pour la com-
position desquels il ordonne de
graver polir les maux de teste
la figuredu Bclier avec cellede
Mars, qui cftun Hommearme
avccla Lance, 6c deSaturne qui
eflunVieillard tenant uneFaux à
sa iii,iln,&c. Pour estre heureux
en marchandée & au jeu, celle
de Mercure) pour avoir la fa-
veur des Roys, celle du Soleil,
qui est un Royassis dans fou
Trônerainndesautres,arHr-
mant que c'est une pure idolâ-
trie d'avoir confiance en ces ca-
racheres; qu'ainsi ce n'est pas
sans dessein que l'Apologistea
avancé que les Dieux tutelaires
des. Nations estoient des Talif-
mans innocens, puis que ceux-
cy ne font que des Simulachres
dont les Payens faisoient leurs
Dieux, & qu'il prévoyoit bien
que les fiens ne pourroient estre
receus,s'il ne mettoit les pre-
miersen crédit;que cette seule
raison suffit pour le convaincre
de superstition. Dans le hui-
tième, sans s'arrester à ceque
TApologiftea dittouchantsa
matiere duTalisman , il passe à
la seconde condition, qui est la
figure:furquoy il opposedeux:
moyens qui détruisent absolu-
ment ce principe; & c'est icy
l'endroit que je vous ay cy-de-
vant marqué comme le plus foi-
ble & le plus vain de l'Autheur
des Talifmansjuftifîez. Le pre-
mierde ces moyens est, que les
Planetes n'ont point les figures"
que l'ApoIogifte grave sur ses
Images. Le fécond,que quand
fès Médailles fcroient gravées
des véritables reffenlblancesdes
Astres,ces figuresextérieures
ne pourroient donner aucune
vertu naturelle aux Talismans.
Pour le premier,la figure du
Soleil n'est point un Roy assis.
dans son Trône, ny Mercure
tenant en main un Caducée, &..
ainfidurefte, mais des Simula--
chres de faux Dieux. Là-dcffus
le Pere cite Arnobe & S. Au-
gufiin; puis pour prévenir ce
que IIApologifie pourroit dire
queles Philosophes de toute
ancienneté ont attribué ces fi-
gures aux Planetes, comme ils
ont donné divers noms d'Ani-
maux au Zodiaque, il répond
que ces Philosophes estoient
Payens, &: que d'ailleurs la plû-
part n'ont pas crû que les Pla-
netes susTent fous la figure hu-
-
maine, mais bien qu'ils estoient
gouvernez par des Intelligences
ausquelles ils ont donné les
noms deJupiter,deVénus,£cc.
Que pour les figures du Zodia-
que, il est croyable, félon Picq
de la Mirandole) qu'elles ne font
que des métaphores pour ex-
primer les diférenseffets que
eaufe le Soleil lors qu'il se ren-
contre dans les parties du CieL
Par exemple, le Signe de l'E-
crevifle tire Ton nom de ce que
ce bel Aftrey estant arrivé, re-
cule en arricre, comme fait cet
Animal. Le Lyon, à cause de
l'extrénle chaleur que produit
le Soleil quand il est en ce Signe.
Celuy du Taureau, parce qu'a-
lorsla terreest propre aulabou-
rage. La Balance tire Ion nom
de l'égalité des jours & des
nuits, & ainsi des autres. Mais
que quand ces corps supérieurs
auroient les véritables figures
qu'on leur assigne, cette reifeol..
blance ne seroit d'aucune im-
portance à la production des
effets que l'on attribuë aux Ta-
lismans, & ne communiqueroit
point au Métal une vertu qu'il.
n'a point de sa nature; ce qu'il
prouve par ce raisonnement,
que tout agissant en ce monde
par les qualitez premieres ou
secondes, ou par sa substance,.
d'où viennent les proprietez oc-
cultes &simpatiques, les figures
des Talismans ne peuvent agir
par aucun de ces moyens, estant
certain qu'elles n'agissent pas
par une chaleur, froideur, du-
reté,&c. Que d'ailleursla figure
n'est qu'une certaine fcituation
& disposition des parties, & un
mode de la quantité qu'elle
configure, laquelle dépendant
de la matiere qui est purement
passive,estautant incapable d'a-
ction comme la figure qui la
termine, & quand bien la figure
artinciclleduTalisman pourroit
agir artificiellement, elle ne
pourroit produire aucun effet
naturel, parce quece feroit au
dessus de sa puissànce, encore
moins agir sur la volonté, pour
l'induire àaimer ou haïr. Le
Pere employe le Chapitre 9. à
prouver que les Gamahez ou
figures naturelles, au lieu de ser-
vir à la junification des Talis.
mans, prouvent au contraire
que
que leur vertu ne vient point des
influences astrales, ny de la sim-
patie, ny de la figure. Ces Ga-
mahez font des figures naturel-
les formées sans aucun artifice
humain, telle qu'estoitl'Agathe
du Roy Pyrrus qui représentoit
Apollon, & les NeufMuses,
une autre, felon Mayole, à Ve-
nife, sur laquelle se voitl'Effigie
d'un Hommenaturellementfor-
mée;àPise, selon Gaffarel, une
Pierre où un Hermite est dé-
peint parla feule industrie de la
Nature, representé dans un
agreable Desert, assis pres d'un
Ruisseau, une Cloche à la main,
& tel qu'on represente S. An-
toine;enfin plusieurs autres G
& Gaffarel, dont le premier en-
seigne au Traité 3. des Miné-
raux, que ces Images font for-
mées par une abondance extra-
ordinaire d'influences astrales
qui font si puissantes, qu'elles
expriment naturellement les ca-
racteres des Animaux sur les-
quels elles dominent; d'où le
Pere tire grand avantage, &
conclud que cesGamahez ou
Images naturelles devroient es-
treenrichies des vertus celestes
plus que toutes les figures sem-
blables faites par l'industrie des
Hommes; que cependant il ne
setrouvepoint que ces Talis-
mans admirables ayent plus de
vertus que les Pierres de leur
espece, ny que cette plus grande
simpatie les éleve audessus des
qualitez de leur nature. Donc
à plus forte raison les Talismans
artificiels nepourront par l'in-
fluence des Astres estre enrichis
des vertus surprenan tespour la
production des effets qu'on leur
attribue, & par conséquent qu'il
faut que cette puissance Talis-
manique ne foit pas naturelle,
mais magique. Il prend encore
un plus grand avantagede l'o-
pinion de Gaffarel, qui adjoûte
à cetteabondance d'influences
astrales surlesTalismans, quesi
cesfigures naturelles qui repré-
sentent des Serpens, des Scor-
pions, &des Crapaux, trouvent
la nature du lieu propre, &dis-
posée à donner à laPierre ou à
la matiere sur laquelle elles font,
une qualité & nourriture conve-
nable à la Beste dont ellespor-
tent l'image, assurément ces fi-
gures feront changées en vrais
Serpens,Crapaux, &. Scorpions
vivans; pour preuve dequoy le
mesme Gaffarel rapporte les
exemplesde deux Crapaux
trouvez vivans au milieu des
Rochers &des Marbres: d'où
le Pere conclud que les Gama-
hez estant si avantageusement
favorisez des influences celestes,
qu'il s'enpuisse produire des
corps vivans, ce qu'aucun Ma-
gicien n'a encore pû faire de
leufs caracteres, ces figures na-
turelles devroient avoir incom-
parablement plus de vertu; &
quen'ayantneantmoins aucune
qualité plus considérable que
les autres sujets de leur espece,
à plus forte raison, si les cara-
éteres Talismaniquesont quel-
que vertu au dessus des proprie-
tez de leur matiere, que cette
vertu ne vient point ny des in-
fluences des Astres, ny de la
simpatie,ny delafigure, mais
de l'opération du Diable. Sur la
fin du mesme Chapitre, le Pere
combat les inductions que Gaf-
farel tire de la figure dans les
exemples de la Pierre Helio-
rropius qui arreste le sang, & le
Marbre appellé Orphites, qui
guérit les morsures des Serpens;
la premiere, qui semble estre
rachetée de quelques goûtes de
sang; & le second, qui a quelque
ressemblance des Serpens,que
le Pere assure ne provenir que
de la Nature, par uneffetdela
Providence Divine,pour don-
ner àconnoistre par ces signes
les proprietez occultes des Crea-
tures; & que cela est si verita-
ble, que quand ces Pierres se-
roient réduites en poudre, elles
ne laisseroientpasd'avoir la
mesme vertu, quoy que non pas
lamesmefigure.Il passeensuite
legerement sur les Talismans,
donc le pouvoir a cessé avec le
pacte, quiestoit limité àun cer-
tain temps,& dont si les effets
estoient naturels, ils feroient
continuez, tant que la matiere &
la figure feroient enétat,d'où
il infere que cette matiere &
cettefigure n'ayant reçeu au-
cune altération, les esprits qui
présidoientà ce Simulachre, se
sont retirez au bout d'un certain
temps limité par le pacte, com-
me le Talisman de plomb fondu
par un Caliphe d'Egypte, qui
chassoit autrefois les Crocodi-
les, & qui n'a plus ce pouvoir.
Il dit enfin un mot des Talis-
mans, qui produisent souvent
des effets contraires à leurs fi-
gures & aux vertus prétendues
simboliques, comme celuy qui
se voit en Arabie, qui est la fi-
gure d'un Scorpion, lequel fait
mourir tous les Scorpions &
quelques autres semblables qu'il
rapporte; à quoy je croy qu'il
y auroit quelque chose à repli-
quer. Le Chapitre 10. sur la
vanité de l'observation duPla-
nete, ne contient qu'un simple
renvoy au 5. Livre de la Citéde
Dieu, 6e à deux autres endroits
des Ouvrages de S. Augustin,
& le Pere adjoûte, que quand
bien cesobservations astrales ne
seroient point mauvaises prises
en general, neantmoins celles
des Planetes pour faire desTa-
lismans, font condamnées par
la Faculté de Paris. Dans le
ChapitreII. il passesoussilence
la cinquième condition, préten-
dant qu'elle est suffisamment
détruite par la précedente, 8c.
s'arreste à la derniere, qui est
cette recollectiond'esprit de
l'Ouvrier, qu'il combat&dé-
truit par la fausseté cy dessus,
prouvée de la ressemblance des
figures des Astres imprimées sur
lesTalismans, à la veritable fi-
<?:re de ces mesmes Astres. Il
dét ruit aussi l'induction que l'A-
pologiftetire dela comparaison
de la Femme grosse, qui im-
prime les images des objets sur
le corps de son fruit. Le raison-
nement dont le Pere se sert en
cet endroit, seroit trop long à
rapporter entierement. Il suffit
de dire qu'il prouve que la Fem-
me engendre son semblable, &
que le Sculpteur en cet ouvrage
de ses mains, ne fait pas une ge-
neration, puis qu'il faut que la
generation vienne d'une cause
univoque, que le terme produit
soit vivant, qu'il soit semblable
à son principe; ce qui n'est pas
entre la Beste gravée &leScul-
pteur; que d'ailleurs l'Enfant
danslamatrice est une partie
d- :a M-ere, & un mesme corps
av.c CWIIJ quiluydonnelavie;
& quoy qu'après l'infusion de
l'ame, les Personnes soient difé-
rentes, toutefois les principes
de la nourriture, le fang, & les
humeurs qui entretiennent la
vie animale, procedent d'une
mesmesource, qui est.le corps
de la Mere,c'est pourquoyson
imagination a plus de facilité
d'imprimer les especes sur le
corps de son Enfant, que sur le
sien propre, pour deux raisons.
La premiere,parce que les mem-
bres de l'Enfant à naistre, font
à peu pres comme de la cire
mole, &: ceux de la Mere pres-
que solides &: durs comme de
l'acier en comparaison. La se-
conde raison, parce qu'il se fait
une plus grande abondance
d'humeurs & d'esprits sur l' En-
fant dans la matrice, que sur les
autres parties de la Mere, dont
il rend la raison, & conclud que
c'est donc par un principe na-
turel de génération que la Fem-
me imprime les images de sa
fantaisie sur le corps de son En-
fant, ce qui ne se peut feulement
penser de la confection desTa-
lismans. Le Chapitre12.con-
tient la réfutation desAutheurs
citez par l'Apologiste. Le Pere
prétend prouver par S.Augustin
& par Picq de la Mirandole,
queTrismegiste, le plus Hom-
me de bien de tous ces Autheurs,
estoit neantmoins un insigne
Magicien. Il soûtient en fuite,
que le Livre des Sceaux des Pier-
reries n'est point de Salomon;
&que quand il en feroit, l'on
sçaitassez qu'il avoit perdu tei:
prit de Dieu par l'idolâtrie, &
que Josephe au 8. Livre des An-
tiquitez Judaïques,,déclare net-
tement que Salomon estoit a-
donné à la Magie & aux Scien-
ces qui sontinspirées parle Dé-
iiion- Le Pere fortifie ce témoi-
gnage deJosephe par ceux de
S. Gregoire le Grand, & du
docte Albert. Ildit que pour
ce dernier,il n'y a point d'appa-
rence qu'ayant condamné les
caracteres de Salomon, il ap-
prouve ceux de l'Apologiste,
& qu'en effetil n'a jamais avoüé
que les Dieux tutelaires des
Payens, les Boucliers Romains,
les Sratuës fatales du Palladium
deTroye, fussent desTalismans
innoçens. Il demeure d'accord
que ce grandHomme dans l'e-
xamen des Livresde ceux qui
ontécrit des Caractères & des
Figures astrales, en réfute plu-
sieurs, & en louë quelqu'un,
mais avec cette restriction, que
si ce- Livre contient des condi-
tions superstitieuses inconnuës,
Ildoit estre rejetté; tellement
qu'il a parlé de cette matiere
tres-sobrement,&que cepen-
dantilne laisse pasd'estreblâmé
par Gerson,d'avoir trop incliné
à la superstition en traitant des
Caracteres,& qu'il estdesavoüé
de tous les Théologiens en ce
point. Le Chapitre 13. eu: de
résolutions surleseffets des Ta-
lismans, où aprèsl'objection que
ces effets font réels & non fan-
tastiques lePere répond, que
considérez en leurs matieres &
en leurs figures, ils n'ont aucun
effet au dessus de leur nature,
c'est à dire qu'un Talisman de
cuivre n'a point d'autres pro-
prietez que le cuivremesmes;
maisparcequ'ils font les lignes
d'unpacte avec le Démon ; que
de ces effets merveilleux opérez
par le Démon en veuë de ces
Simulacres, est venuë l'idolâtrie
& la défense que Dieu a faite
de faire des caractères ny au-
cune représentation des choses
du Ciel; ce qui estant posé, la
résolution pour les effets des
Talismans, consiste à sçavoir
ce que peut le Démon, & com-
ment il produit les choses extra-
ordinaires en conséquence du
pade fait avec le Magicien;en
uite dequoy il traite cetteQues-
tion par la science naturelle qui
est demeurée auDémon apres
sa chute,au moyen delaquelle
il a connoissance de toutes les
vertus favorables, & de toutes
les qualitez nuisibles des choses
naturelles; n'ignore point ce
qui peut émouvoir les passions,
èc incliner les affections, & ap-
pliquant les ectifs aux passifs,
peut mettre en effet tout ce qui
est faisable par les Loix de la
Nature. Le 14. Chapitre est
des figures faintes & profanes
des anciensHébreux, & de cel-
les qui sont encore aujourd'huy
dans le Christianisme. Il com-
mence ce Chapitre parlasus-
picion que l'on doit avoir de
Tahel, Ragahel, & Tetel, Au-
theurs qui ne font point avoüez
de ceux de leur Nation, & qu'ils
n'ayent esté de ceux dont parle
Elias Levita,qui faisoient des
caractères abominables, en tuãt
un Homme le premier nay de
sa Famille ; & que quand mes-
mes ils auroient fait leurs figures
Talismaniques d'une maniere
moins noire & exécrable, elle
ne seroit pas pour cela moins
superstitieuse. Il adjoûte, que
parmy les Israëlites il y avoir des
Figures qui avoient des pouvoirs
merveilleux; mais qu'elles es-
toient de deux façons, des divi-
nes inspirées de Dieu, & des
magiques composées par l'inf-
tinct du Démon ; des Téraphins
divins & de diaboliques. Parmy
les premiers, il met ceux de la
privation desquels Osée menace
les Israëlites, & le Serpent d'ai-
rain dressé par Moïse dans le
Desert; réfute l'objection des
Libertins, qui veulent que ce
ne fust qu'unTalisman naturel,
par la raison qu'il estoit directe-
ment opposé aux regles des Ta-
lismans. Parmy les Téraphins
mauvais, il met les Idoles que
Michasfitfondre, que Philon -
Juif dit avoir esté trois Statuës
dejeunes Garçons, trois de jeu-
nesVeaux, avec les figures d'un
Lion, d'un Aigle, d'un Dragon,
&d'une Colombe; que la Co-
lombe découvroit la fidélité ou
infidélité des Femmes;les Sta-
tuës des Garçons avertissoient
les Parens dubien ou dumal
quefaisoient les Enfans,&c. Les
SimulacresdeLaban&le Veau
d'or que le Grand PrestreAaron
fit fondre à l'instance des Israë-
lites, & le Simulachre queJero-
boam fit forger en Samarie, font -
aussimis par le Pere au nombre
des mauvais Téraphins. Il parle
en suite de plusieurs Images qui
font encore aujourd'huy en ve-
nération aux Chrestiens,& qui
font miraculeuses, comme celle
qui se voit à Rome sur le Mou-
choir de Sainte Véronique; un
Portrait de N.Seigneur envoyé
par luy-même auRoyAbagarus,
selon de graves Autheurs citez
par Baronius; un Crucifix fait
par Nicodeme,approuvé par le
septiémeSynode,l'Imagede
N. Dame de Liesse; à quoy il
adjoûte les caractères & les ex-
pressions de l'Image de J. Christ
en l'ame des Fidelles, qui font
quelquefois si vives, qu'elles re-
jallissent au dehors & sur les
corps; par exemple, les Stig-
mates en S.François &en Sainte
Catherine de Sienne; & les fi-
gures de la Croix & autres Ins-
trumens de la Passion, au cœur
de Sainte Catherine de Monte-
falco.Enfin repétant les belles'
paroles de l'Apologiste tou-
chant les deux divins Talismans,
la Croix & le Nom deJesus dont
ille louë, il s'en sert pour prou-
ver d'autant plus que les Talis-
mans des Magiciens font inuti-
les; & apres quelques beaux
traits tirez des Peres enrap-
porte deux pris de l'Histoire
Ecclesiastique, l'undeThéo-
phileEvesqued'Alexandrie,qui
muny du Signe de la Croi &
par l'invocation du Nom de je-
sus,chassaunEsprit malin ren-
fermé dans une StatuëTalisma-
nique,&l'autre,deS.Procope,
qui en renversa trente par les
mesmes armes. Le surplus du
Livre, & la conclusion de l'Au-
theur, ne fournissent pas de ma-
tiere à cet Extrait, que je vou-
drois avoir pû faire plus court.
TE ne doute point, Monsieur,
c'"e vous ne receviez beau-
GiA ? v.hents ciuiiiiX.touchant
les Ta.Uiin.*ns-y m.isparce q-ic
vous ..v z rerco.gnc que l,,)n
desiroit s'est ( ~éJ.jrcv detout
ce qui regarde c-:rt maci.re,,6c
que certe diversité me kn}bI
moins propre à cela que des
Trattez à fends & méthodiques-
ivne j' n a y deux qui ont esté
i..t~j depuis environ douzeans
seulement,dont l'un porte pour
titre, Les 'IjtrlJ,sJ.'!iJi. 1
8c
l'autre, LaSpestition du Temps,l'autre La S P,, iJ,
le premier,par un Autheur, no-
me,& le dernier par lesçavant
P. Placet, Religieux de Pré-
montré;j'en ay fait sans f çon,
& à plume courante, l'Excr it
que je vous envoye, , ù j; n'.y
rienapporté du mien que le
foin de r trancher. Il y a de la
honteàestre Plagiaire; maisje
me f y ps de déicatesse
dtdh'c Copste en cote ren-
contre, s'agisntdel'utilitépu.
-particulière. L'honneur en de-
meure àces Autheurs, dont
l'Extraitpourra faire d firer les
Livres entiers qui font impri.
mezà Parisen 1668. les Talïf*
mans chez Pierre de Bresche,
&la Superstition, qui en estla
Réfutation, chez la Veuve Ger
vais Alliot..
L'Autheur des Talismansjuf.
tifiez, commence sonDiscours
à la naissance du Monde, ,& dit
que nostre premier Pere au mi.
lieu du Paradis terrestre, estoit
comme un beau Soleil revestu
des lumièresdetoutes,lescon-.
noissances qui pouvoienr satis-
faire son entendement, connoif-
[.lt parsaitement la nature Se
les proprietez de toutes choses,
le pouvoir des Astres les in-
fluences -
des Planètes, le mé-
lange des Elémens; que ces lu-
mieres se sont communiquées
de Pere en Filsjusques à Noé,
& de NoéjusquesàMoïse; qu'a-
pres Moïse,les Hommes décou-
vraient seulement quelques om-
brages de ces, belles Sciences,
que les Caldéens,les Perses,&
les Egyptiens, en avoient retenu
quelques images, qui commen-
cerent à s'effacerrdesorte que
ces connoissances, d'universelles
devindrentparticulièresdequel,
ques Sçavans;que le Monde
s'estant éloigné de plus en,
plus des premiers Docteurs,,
il se voit enfin dans une en-
tiere nuit; que le Diable qui se
plaist dans les tenebres, a en-
seigné une Nigromantie pour
l'opposer à la Magie Divine,
qu'il a distribué de certains Ca-
racteres pour nous oster l'envie
de rechercherles innocens & les
véritables, ce qui est cause que
si quelqu'un déclare que par
l'Astronomie celeste il peut
ne pleuvoit jamais dans le Parvis
du Temple de V énus à,Cypre-
d'une Puture d'aire in repréen-
tant un Feu, un Sarpent, un
Rat d'eau, trouvée sousle Re-
gne de Chilpericen,encreusant
quelque Fossé de la Ville de
Prisr LquJiPigure(frnt.
~erniporté : , partie de laVille
fut brulée, & les Habitans as-
fligez de Serpens ôc de Rats
d'eauyde.plulieuisr. Statues à
Constantinople, & entr'utres:
deCelled'unChevalier,quiser-
voit de préservatif contre la
Peste du Palladium deTroye,,
des Boucliers de Rome,. & de
plusieurs Dieux tutelaires, &
conclud detout cela, &de ce
qu'Albert le Grand,M'arcile-
ficin,Paracclse,Roger,.Bacon,,
Arnaud de Villeneusve, & pkU-
sieurs autres, ontfait des Trai-
tez tous entiers pour montrer
la force des Talismans, qu'il
faut qu'ils ayent esté de tout
temps en usage. En fuite apres
avoir discouru sur l'étimologie
du mot, il passe à la définition
du Talismany & dit que ce
n'est autre chose que le sceau,
la figure, le caractere, &l'image
d'un Signe celeste, Planere, ou
Constellation, faite, imprimée,
gravée, oucizelée sur une Pierre
fimpatétique, ou sur un Metal
correspondant à l'Astre, par un
Ouvrier qui ait l'esprit arresté
& attaché à l'ouvrage & à la
fin de son ouvrage, sans estre
distrait ou dissipé en d'autres
pensées étrangeres; au jour &
heure duPlanete, en un lieu
fortuné, en untemps beau 6c
serain,& quand il est en la
meilleure dispositiondans le
Ciel qu'il peut estre,afin d'at-
tirer plus fortement ses influen-
ces, pour un effetdépendant
du mesme pouvoir & de la vertu
de sesinfluences; dans toutes
lesquelles choses,matiere, for-
me, ouvrier, condition, fin, es-
set, & circonstances, l'Autheur
soûtient que tout est innocent.
A cet effet il pose en premier
lieu, que les influences des corps
supérieurs descendent icybas,
secondement, qu'on les peut
attirer abondamment & forte-
ment. Il ne s'arrete que peu à
la premiere proposition,comme
n'estant point contestée, mais
avoüée de l'Ecole mesmes, qui
s'est renduë ennemieparticu-
liere desTalismans. Pour la se-
conde proposition, il avouë qu'
elle n'estpas si aisés à croire;il
se sert pour laprouver, de l'x-
périence du Miroir ardent, par
lequel nous ramassonsles rayons
solaires, véhiculesdesesinfluen-
ces,& les introduisons dans une
matiere combustible. D'où il
conclud que les Talismans font
naturels en toutes lescircons-
tances qui accompagnent leur
composition. Sur la premiere
conditionqui est de la matiere,
il prétend que comme l'action
se reçoit fk.n la disposition du
suje t, & que cette meilleure dis-.
position vientde la simpartiequi
sçait unir les Homogenespar
tin lien miraculeux, les Astres
doivnt agirplus~asémens êc
plus fortement sur les sujets qui
kur sont simpatétiques 6c con-
foim. s, commeilse voit de l' E-
toiie Polaire sur le Fer touché
de l'A ~yman. Il veut que de tous
lescorps il'yen it
point qui ay nt plus de simpatie
:avc les supérieurs que les Pier-
res, les Miréraux, & les Mé-
trux, & qu'ils ayant reçeu en
partage des formes toutesastra-
le: ille prouve tres bien des
M étaux, & discourt amplement
des raports de leurs qualitez
av.ccelles des Planetes. Sura
f.eonde cordi ion qui est de
grav r les caracterts ,
sceau x,
images, oufiguresdes Planetes,
sur les Métaux correspondans
à ces mesmesPlanetes, ou pour
mieux faire encore, defondre,
jetteren moule ou en fable, le
Métal fondu, pour estre impri-
mé, ce quicomprend deux cho-
ses; la premiere, queleMétal
soit excité par la graveure ou
par la fusion qu'il tient estre
meilleure; la seconde,que la
figure y soit marquée ; il pré-
tend donner la raison deces
deux choses. 'Surla premiere,
que le Métal ainsi excité par un
agent extérieur, & sur toutpar
le feu son ennemy, ses esprits
métaliques demandent & atti-
rent plus fortement del'aidede
son Astre pour combatre cet
Ennemy ; & qu'aussi les vertus
astrales se reçoivent beaucoup
mieux quand le sujet est en
mouvement, que quand il effc
sansaction;& quant à la figure,
l'Autheurveut que lescorps
supérieurs ayent leurs figures
comme lesautres choses d'icy-
bas; que la ressemblance fonde
lasimpatie,non que la figure
soit agissante physiquement,
mais feulement qu'elle étabà l'heure planetaire; il ne dit
autre chose, sinon que c'est
d'autant que comme les Plane-
tes dominent tous les jours une
heureàleur tour, leursinfluen-
ces estantplusfortes à l'heure
qu'ilsdominent, que nous ap-
pellonsl'heure planetaire, il est
tres-convenable que cette at-
traction se fasse à l'heure du
Planete, puis que pour lors il
influë plus fortement & plus
copieusement. Iltranche au/15;
la cinquiéme condition en peu
de mots, endisantquel'onveut
quel'Ouvrier duTalisman tra-
vailleenun beau jour & serain;
perceque bienque lesinfluen-
ces astrales penetrent par tout,
& que tous les corps les plus
opaques leur soient comme du
verre,neantmoins l'air & Ili lu-
miere leur servant de véhicule
& de passage, comme nous
voyons au Soleil, il est plus à
proposde commencersonopé-
ration en un lieu aëré,& dans
un temps serain. Enfin sur la
derniere condition, qui est la
recollection de l'Ouvrier en
soy.mesme,en forte qu'il ne
laisse point aller sonesprit en
d'autres étrangèrespensées, &
ne pense quàson ouvrage & à
son dessein, il avoue que c'cllz
la plus soupçonneusecondition
des Talismans, & qui oblige
d'abord lesames scrupuleuses à
les c õdamner ;que neantmoins,
si l'on confidere que l'entende-
ment del'Homme se forme des
imagesdes choses qu'il connoist
par le moyen desfausses ouvé-
ritables espèces qu'il en a re-
çeuës par l'entremisedes sens,
& qu'il reçoit luy-mesme cette
image, estant le principe alliE
&passifde ces intellections, 8C
que l'Homme peut recevoir Se
reçoit en effet les influences des
Planetes, nous connoistrons que
s'il s'applique fortement àlafin
& au dessein deson ouvrage,
unissant par cette attention son
espritau Planete,il se formera
une image dece mesme P lanete,
ôc par cette image qui établit sa
ressemblance, il attirera con-
jointement avec le Métal, l'in-
fluence astrale,tant sur le Mé-
tal que sur luy-mesme, comme
ilest necessaire; autrement por-
tantsur foy sonTalisman, il en
pourroit recevoir les impressions
aussi-bien que les autres. Par
exemple,s'il avoit fait un Ta-
lifman pour donner de la ter-
reur, il en recevroit luy-mesme
à l'aspect du Talisman; mais
ayant attiré sur foy,aussi-bien
que sur leMétal, cette qualité
terrifique,il ne fait point d'im-
pression sur son Talisman , & le
Talisman n'en fait point surluy
comme surles autres, qui ne se
font point formez cette image;
& que. pour cette raison per-
sonne ne se doit entremettre de
faire des Talismans, qu'il ne sça
che les vrais sceaux,images, fi-
gures, ou caracteresdes Cons-
tellations, autrement il feroit
privéde son attente. Remar-
quez toûjours en passant, que
cet Autheur raisonne,. en supo-
fant une figure veritable de
l'Astre,laquelle établit sa res-
semblance, & la ressemblance
l'attraction de l'influence.D'où
s'enfuit, que quand onluy ré-
pond que les figuresqui se gra-
vent sur les Talismansn'ontau-
cun raportaux veritables figu-
resdesAstres, toutes lesconsé-
quences qu'il tire de cette res-
semblance qui n'est point, se
trouventnecessairement fausses.
Il poursuit ôc paiT. à la feconde
proposition,quiest l'attention
de l' Ouvrieràla fin &au des-
sein de son opération, dont il
rend raison, en disantque se for-
mant ainsi l'image dela qualité
qu'il prétend introduire au Ta-
lisman,cette image détermine
par lameime Loy cette influen-
ce à se communiquer particu-
lierement: au Talisman,& est
precifémenc & singulierement
attirée entre toutes les influen-
ces que le Planete peut produi-
re. Surquoy l'Autheur se sert
de la comparaison de la Femme
qui imprimedansl'Enfant qu'-
elle porte en ses flancs, la res-
semblance de l'objet par le
moyen de l'image qu'elle s'en
est formée.. Apres avoirainsi
raisonné. sur toutes les condi-
tions necessairesàfaire les Ta-
lismans. cetAutheur se faitune.
objection,& dit, qu'encorequ'il
ne paroisse riende superstitieux
êc de surnaturelen leur compo-
sition,les effets toutefois que
l'on leur attribueestantaudes-
sus du pouvoir de laNature;
sontdes motifs allezforts pour
les condamnerqu'on luyac-
cordera bien queles influences
des Astres se peuvent attirer
fortement & copieusement ;
mais qu'attirez sur la Pierre &
sur le Métal, elles puissent cau-
serleseffetsque nouslisons dans
les Ecrits des Curieux, c'estce
qui ne se peut aisément conce-
voir; car quelle apparence que
Saturne fasse trouverles trésors,
Jupiter départir les honneurs, &
ainsi du reste? Si le pouvoirdes
Talismans ne s'étendoit qu'à
guérir les maladies, comme les
Signes & les Astres dominent
iey- bas sur diverses parties de
noscorps,àsçavoir, le Soleil sur
le cœur, Vénussur lesreins,&c.
ains
ainsi qu'ont remarqué les Astro-
logues 8c les Medecins, on pour-
roit se persuader facilement que
les influences de ces Constella-
tions attirées par l'artifice, gué.
riroient les infirmitez aux parties
sur lesquelles elles dominent,
veu les expériences que l'on a
des Simples propres à quelque
maladie, cueillis à l'heure du
Planete qui a correspondance
avec le Simple, ou cueillis à
l'heure du Planete ennemy de
celuy qui cause cette maladie;
qu'ainsi l'on peut demeurer
d'accord que les influences atti-
rées par les soins & artifices de
l'Ouvrier, peuvent guérir &.
causer diverses maladies, & pro-
duire dans les sujets plusieurs
mauvaises ou bonnes qualitez,
selon la force ou la vertu de l'in-
fluence; mais qu'il n'est pas si
facile à concevoir comme ces
Astres donnent les honneurs,
les victoires, l'amour, & produi-
sent d'a utres semblables effets
quidépendent des volontez &
libertez des Hommes. Pour ré-
soudre cette objection, l'Au-
theur confesse que celuy qui
diroit que les Astresproduisent
ces merveilleux effetsdépen-
dans principalement de nostre
liberté, par une fatale necessité,
feroit dans l'erreur; mais que
puis que l'on demeure d'accord
que les Astres inclinent nos vo-
lontez sans toutefois les con-
traindre, en ce sens leurs in-
fluences peuvent donner de l'a-
mour, de la crainte, de la ter-
reur, &des honneurs;que nous
sommes composez de quatre
humeurs qui produisent en nous
plusieurs fortes d'accidcns, &
que de là dérivent les divers
mouvemens de nostre ame;que nous connoissonsassez tous
les jours que nous sommesagi-
tez de nos diversespassions, sui-
vant que l'une de ces humeurs
domine. Or il est indubitable
que les Planetes &. les Astres
dominent sur ces humeurs, d'où
vient que nous appellons les
mélancoliques Saturniens, &c.
&: partant les Astres par cette
domination inclinent nos vo-
lontez; que c'est en ce sens qu'il
faut entendre que lesTalismans
donnent des honneurs, de l'a-
mour, &c. qu'estans remplis
pour les raisons qui ont esté di-
tes, des influences astrales, ces
influences produisent leurs ver-
tus; que lapersonne qui les porte
sur soy,estantcomme le Ciel de
cet Astre corporifié, ceux qui
les reçoivent, le trouvent agitez
de son propre & naturel mou-
vement, & ce mouvement se
rencontrant naturel en la per-
sonne qui le reçoit, elle le re-
garde comme un bien qui luy
est propre, & ainsi tend plutost
au sujet d'où il procede, qu'à
tous autres. Là-dessus 1"Au-
theur fait l'application de ce
raisonnement à ce qui se passe
lors qu'un Talisman pour don-
ner de la terreur ou del'amour,
fait l'impression des influences
qu'il a attirées desAstres, con-
cluant qu'en tout cela il n'y a
rien decriminel, puis que tous
ces effets ne proviennent dire-
ctement que des humeurs exci-
tées par les influences qui font
envoyées par les Talismans, &
reçeus dans les sujets par le
moyen de ces humeurs;sans qu'il
prétende que les Personnes qui
reçoivent les vertus des Talis-
mans, ne puissent résister à leur
effort, & confessant qu'elles le
peuvent sans doute, & que leur
victoire en cft plus glorieuse, si
elles en sont pousséesfortement,
& qu'elles yrésistent. Ilfinit en
aiiurant que c'est ainsi que l'ont
entendu ces Sages sur cette ma-
tiere; dit que Salomon estoit
trop fage pour laisser des ima-
ges négromantiques, luy à qui
l'on impute un Livre intitulé,
Des Sceaux des Pierreries, dont
l'Autheur rapporte plusieurs fi-
gures deTalismans,& leurs ver-
tus;dit que le Grand Hermes n'a
jamais esté soupçonnédeMagie,
& que cependant il a laissédans
l'un de ses Livres quinze images
de mesme façon que les Au-
theurs qu'il a nommez dés le
commencement, en ont aussi
laissé des Traitez tous entiers;
qu'il ne croit pas qu'ilseussent
voulu donner au Public des Le-
çons superstitieuses, ny aussi
qu'ilsayent enseigné ces Leçons
curieuses, pour obliger à leur
pratique avec enipressement,
mais pour faire connoistre les
merveilleux pouvoirs dela Na-
ture; que pour luy ce n'est point
aussi son dessein de donner des
aiguillons pour s'employer à
cette recherche; qu'il conseille
le Chrestien de ne regarder le
Talisman que d'un œil tres-in-
diférent, & comme un diver-
tissement d'esprit. Il exalte en
suite le pouvoir de la Croix &
du Nom de Jesus, qu'il appelle
(avecrespectneantmoins)deux
divins Talismans;& pour fin de
tout l'ouvrage, il donne la ma-
niere de faire onze Talismans,
les uns pour guérir de quelques
maux, comme des maux de
teste, dela gorge, & du col,&c.
& les autres, pour la joye , la
beauté & la force du corps, pour
acquérir aisément les honneurs,
grandeurs & dignitez, pour es-
tre heureux en marchandise,
avoir la faveur des Roys, &c.
Voilal'œconomie de lOu-
vrage de cet Autheur, & les rai-
sons dont il se fert,quej'ay abre-
gées autant qu'ilm'a esté possi-
ble, nem'estant étenduquesur-
celles où j'ay trouvé qu'illefa-
loit nécessairement pour l'intel-
ligence de ses pensees. LeR.P.
Placet qui y a répondu, ne fuit
paspar tout cemesme ordre, 8c
rationne beaucoup plusà fonds.
Je trancheray aussi le plus suc-
cintement que je pourray, ce
qui est de plus considérable dans
sa Réponse. Dés l'entrée il de-
meure d'accord de la connois-
sance parfaite & de la science
infuse de nostre premier Pere
pour le regard de la Science in-
nocente; mais il dit que cell
de Talismans estant diabolique,
il est tres-faux qu'elle ait esté
inspirée au Chef des Humains.
Il nie que les Hommes des pre-
miers temps fussent scavans,
comme l'Apologiste le donne à
entendre, veu qu'ilsn'avoient
ny l'évidence ny la certitude,,
Se que la science ne s'acquiert
que par l'expérience du pcuTéj
que le premier Homme n'a pu
faire part de (à science àses def-
cendans que très-imparfaite-
ment, n'ayant point ci"'àutre-
moyen que la parole vocale qui
s'évanoüit, &ses Enfansn'ayãt
que leurfoible mémoire pour la
retenir, outre que leurs inclina-
tions ne se portant qu'au mal,
ils ne s'assujetissoient qu'avec
peine à écouterlesinstructions
de leur Pere; ce qui paroist en
ce que la connoissance de la
premiere verité naturelle, qui
est l'unité de Dieu, n'a pû se
conserver parmy les Hommes
deux cens ans apres le Deluge,
& que suposé que les premiers
Hommes eussent esté plus sça-
vans, & qu'Adam eust fait paf-
fer plusieurssciences innocentes
à ses descendans, il ne s'ensuit
pas de là que celle des Talis-
mans luy ait estéinspirée, ny
qu'elle sesoit communiquée à
ses successeurs, veu qu'elle cil:
diabolique; pourpreuve de-
quoy il cite le Livre de la Sa-
gesse, chap. 4. S.Augustin dans
le 24. chapitre du huitième Li-
vre de la Cité de Dieu, &Ter-
tulien. au troisiéme chapitre du
Livre de l'Idolâtrie; il rétorque
contre l'Apôlogiste l'autorité
du Grand Hermes, qu'il dit dé-
clarer dans S. Augustin au. lieu
cy-dessus allegué, que les Figu-
res & les Statues ont esté inven-
tées des Egyptiens, oublieux de
l'honneur &. de la Religion di-
vine, qui par un Art magique
ont attaché les Démons aux
Images. LeLecteur qui en aura
le loisir, peut avoir recours à ces
passages dans les Livres mesmes,
&juger si avec la condamnation
de l'idolâtrie l'on y trouve aussi
la condamnation des figures Ta-
lismaniques, en tant quelles ne
servent qu'à attirer l'influence
des Astres par des causes natu-
relles. Dans le second Chapitre,
le Pere rapportela définition du
Talisman donnée par l'Apolo-
giste; & avant que d'en exami-
ner lesconditions qu'il dit estre
suspicieuses, ilcite encor S. Au-
gustin au mesme lieu, où ce
Saint Docteur dit que le cara-
ctre Talismanique est un- Dé-
mon lié à une Image par un art
contraire à la pieté. Il cite encor
Proclus au Livre de la Magie,
Psellus & Averroës, &: qu'ils
disent que les Hommes con
gnent les Démons par de cer-
tains signes&figures, &que les
esprits impurs font cachez fous
les Images, ce que quelques
Saints ont contraintlesDiables
de confesser,comme il se voit
entr'àutres dans S. Hierôme en
là Vie de S. Hilarion. Il ajoûte
qu'il faut avoüer le pacte que
les Payens mesmes ont toujours
reconnu, puis que Porphire au
Livre des Oracles, déclare que
les Démonsmotrentaux Hom-
mes non feulement leurs con-
versations, mais aussi de quelles
choses on les prend, & comme
quoy on les lie; quels jours il
faut observer, quelle figure il
doit y avoir au caractère, qui
font les conditions que requiert
l'Apologiste pour faire le Talis-
man. Il finit ce Chapitre par
1"Histoireadmirable d'un jeune
Gentilhomme, qui lejour de ses
Noces ayant mis sans y penser
son Anneau nuptial au doigt
d'uneStatue de Vénus, le Si-
mulachre plia ledoigt, sans que
ce jeune Homme pût retirer
jcet Anneau, ny estre délivré de
certaines illusions qui s'en en-
suivirent, que par des opéra-
tions d'Art magique. Dans le
Chapitresuivant, le Pere exa-
mine l'intention de l'Apolo-
giste, &nonobstant ses protes-
tations, de condamner les Talis-
mans diaboliques, ne l'excuse
que par le defaut de connois-
sance de la superstition de Tes
Médailles) disant qu'il s'cft
trompé le premier, & qu'il a
écrit son Livre dans une inten-
tion trop curieuse. Dans le qua-
trième, il dit que le Palladium
deTroye estoit un Simulachre
du Démon , &: qu'il n'avoïc
point la vertu de présèrver la
Ville) & cite fort à propos
S. Augllfiin, qui montre au pre-
mier Livre de la Cité de Dieu,
ueles Grecs ayant mis à more
les Gardes de cette Pallas, onla
pouvoit bien emporter,5c que ce
n'estoit donc point le Simula-
chre qui gardoit les Hommes,
mais les Hommes qui confer-
voient l'Idole. LePere dans le
Chapitre 5. prouve tres - bien
que les Dieux tutelaires & les
Boucliers Romains n'efiotenc
point des Talismans innocens,
& qu'ils n'avoient point le pou-
voir de défendre les Villes; &
que l'idolâtrie envers les uns 6c
les autres estant évidente, l'on
ne peut douter que leur origine
nefuft diabolique, 6c leur pro-
grés su perftitieux. Dans le Cha-
pitre fixiérap, il avouë que la
difficulté eit plus grande à l'é.
gard des Statues fatales deConi:
tantinople, veu qu'elles ont elle
forgées depuis la naiilànce du
Christianisme, & que la Foy
Chrefticnne eftoicétablie dans
toute la Grece, lors que ceux de
Constantinople en éprouvèrent
lés effets les plussignalez en
plusieurs occasions, & entr'au-
tres VEmpereur Theophile,
ayant trois Armées ennemies
sur les bras, conduites par trois
Capitaines revoltez, qui reçeu-
rent les mesmes coups qui fu-
rent frapez par cet Empereur
aux trois testes d'une Statuë de
bronze queJean Patriarche de
Constantinople découvrit à ce
Prince eftrela cause quiluy avoit
attiré ce malheur ;furquoy le
Pere affirme que la Statue estoit
diaboliqueaussi-bien que toutes
lés autres, 6c dit que tous les
Autheurs qui rapportent cerre
Histoire avec quelque difé-
rence, conviennent tous de la
fuperfhtion5 & que Cedrenus,
Zonare,& Majole,déclarent
que ce Patriarche estos: un
grand Sorcier. Pour soûtenir
Ion affirmation, le Pere dit que
le Démon connoifToic par ds
causes occultes que deuxdec.s
Chefs de Rebelles feroienttuez,,
& l'autre blesle ; qu'il Ce servit
de ce Simulachre pour l'indi-
quer, non que de là il s'ensuive
que le fort de la Bataille fust
attaché à ce Taliss-nanmais seu-
lement qu'il estoit le figne de ce
qui devoit arriver, foit par le
Démon mesmecommeMiniftre
de la Justice Divine-, foie pa
Superstitieux, afin de les trom-
per, comme il arriva en 1453..
que les Grecs perdirent leur
Empire pour s'estre trop con-
fiez en la vanité des Talismans,
nommément au Taureau d'ai-
rain qui estoit dans une grande
Place, sur lequel l'Oracle avoir
prononcé que lors qu'un puiss
fant Ennemy feroit irruption
dans la Ville, les Bourgeois &
les Soldats se retirans'en cette
Place, feroient tourner le dos à
leurs Ennemis, & les mettroient
en déroute, dont tout le con-
traire arriva. Dans leChapitre 7.
il combat les propresTalismans
de l'Apologiste, pour la com-
position desquels il ordonne de
graver polir les maux de teste
la figuredu Bclier avec cellede
Mars, qui cftun Hommearme
avccla Lance, 6c deSaturne qui
eflunVieillard tenant uneFaux à
sa iii,iln,&c. Pour estre heureux
en marchandée & au jeu, celle
de Mercure) pour avoir la fa-
veur des Roys, celle du Soleil,
qui est un Royassis dans fou
Trônerainndesautres,arHr-
mant que c'est une pure idolâ-
trie d'avoir confiance en ces ca-
racheres; qu'ainsi ce n'est pas
sans dessein que l'Apologistea
avancé que les Dieux tutelaires
des. Nations estoient des Talif-
mans innocens, puis que ceux-
cy ne font que des Simulachres
dont les Payens faisoient leurs
Dieux, & qu'il prévoyoit bien
que les fiens ne pourroient estre
receus,s'il ne mettoit les pre-
miersen crédit;que cette seule
raison suffit pour le convaincre
de superstition. Dans le hui-
tième, sans s'arrester à ceque
TApologiftea dittouchantsa
matiere duTalisman , il passe à
la seconde condition, qui est la
figure:furquoy il opposedeux:
moyens qui détruisent absolu-
ment ce principe; & c'est icy
l'endroit que je vous ay cy-de-
vant marqué comme le plus foi-
ble & le plus vain de l'Autheur
des Talifmansjuftifîez. Le pre-
mierde ces moyens est, que les
Planetes n'ont point les figures"
que l'ApoIogifte grave sur ses
Images. Le fécond,que quand
fès Médailles fcroient gravées
des véritables reffenlblancesdes
Astres,ces figuresextérieures
ne pourroient donner aucune
vertu naturelle aux Talismans.
Pour le premier,la figure du
Soleil n'est point un Roy assis.
dans son Trône, ny Mercure
tenant en main un Caducée, &..
ainfidurefte, mais des Simula--
chres de faux Dieux. Là-dcffus
le Pere cite Arnobe & S. Au-
gufiin; puis pour prévenir ce
que IIApologifie pourroit dire
queles Philosophes de toute
ancienneté ont attribué ces fi-
gures aux Planetes, comme ils
ont donné divers noms d'Ani-
maux au Zodiaque, il répond
que ces Philosophes estoient
Payens, &: que d'ailleurs la plû-
part n'ont pas crû que les Pla-
netes susTent fous la figure hu-
-
maine, mais bien qu'ils estoient
gouvernez par des Intelligences
ausquelles ils ont donné les
noms deJupiter,deVénus,£cc.
Que pour les figures du Zodia-
que, il est croyable, félon Picq
de la Mirandole) qu'elles ne font
que des métaphores pour ex-
primer les diférenseffets que
eaufe le Soleil lors qu'il se ren-
contre dans les parties du CieL
Par exemple, le Signe de l'E-
crevifle tire Ton nom de ce que
ce bel Aftrey estant arrivé, re-
cule en arricre, comme fait cet
Animal. Le Lyon, à cause de
l'extrénle chaleur que produit
le Soleil quand il est en ce Signe.
Celuy du Taureau, parce qu'a-
lorsla terreest propre aulabou-
rage. La Balance tire Ion nom
de l'égalité des jours & des
nuits, & ainsi des autres. Mais
que quand ces corps supérieurs
auroient les véritables figures
qu'on leur assigne, cette reifeol..
blance ne seroit d'aucune im-
portance à la production des
effets que l'on attribuë aux Ta-
lismans, & ne communiqueroit
point au Métal une vertu qu'il.
n'a point de sa nature; ce qu'il
prouve par ce raisonnement,
que tout agissant en ce monde
par les qualitez premieres ou
secondes, ou par sa substance,.
d'où viennent les proprietez oc-
cultes &simpatiques, les figures
des Talismans ne peuvent agir
par aucun de ces moyens, estant
certain qu'elles n'agissent pas
par une chaleur, froideur, du-
reté,&c. Que d'ailleursla figure
n'est qu'une certaine fcituation
& disposition des parties, & un
mode de la quantité qu'elle
configure, laquelle dépendant
de la matiere qui est purement
passive,estautant incapable d'a-
ction comme la figure qui la
termine, & quand bien la figure
artinciclleduTalisman pourroit
agir artificiellement, elle ne
pourroit produire aucun effet
naturel, parce quece feroit au
dessus de sa puissànce, encore
moins agir sur la volonté, pour
l'induire àaimer ou haïr. Le
Pere employe le Chapitre 9. à
prouver que les Gamahez ou
figures naturelles, au lieu de ser-
vir à la junification des Talis.
mans, prouvent au contraire
que
que leur vertu ne vient point des
influences astrales, ny de la sim-
patie, ny de la figure. Ces Ga-
mahez font des figures naturel-
les formées sans aucun artifice
humain, telle qu'estoitl'Agathe
du Roy Pyrrus qui représentoit
Apollon, & les NeufMuses,
une autre, felon Mayole, à Ve-
nife, sur laquelle se voitl'Effigie
d'un Hommenaturellementfor-
mée;àPise, selon Gaffarel, une
Pierre où un Hermite est dé-
peint parla feule industrie de la
Nature, representé dans un
agreable Desert, assis pres d'un
Ruisseau, une Cloche à la main,
& tel qu'on represente S. An-
toine;enfin plusieurs autres G
& Gaffarel, dont le premier en-
seigne au Traité 3. des Miné-
raux, que ces Images font for-
mées par une abondance extra-
ordinaire d'influences astrales
qui font si puissantes, qu'elles
expriment naturellement les ca-
racteres des Animaux sur les-
quels elles dominent; d'où le
Pere tire grand avantage, &
conclud que cesGamahez ou
Images naturelles devroient es-
treenrichies des vertus celestes
plus que toutes les figures sem-
blables faites par l'industrie des
Hommes; que cependant il ne
setrouvepoint que ces Talis-
mans admirables ayent plus de
vertus que les Pierres de leur
espece, ny que cette plus grande
simpatie les éleve audessus des
qualitez de leur nature. Donc
à plus forte raison les Talismans
artificiels nepourront par l'in-
fluence des Astres estre enrichis
des vertus surprenan tespour la
production des effets qu'on leur
attribue, & par conséquent qu'il
faut que cette puissance Talis-
manique ne foit pas naturelle,
mais magique. Il prend encore
un plus grand avantagede l'o-
pinion de Gaffarel, qui adjoûte
à cetteabondance d'influences
astrales surlesTalismans, quesi
cesfigures naturelles qui repré-
sentent des Serpens, des Scor-
pions, &des Crapaux, trouvent
la nature du lieu propre, &dis-
posée à donner à laPierre ou à
la matiere sur laquelle elles font,
une qualité & nourriture conve-
nable à la Beste dont ellespor-
tent l'image, assurément ces fi-
gures feront changées en vrais
Serpens,Crapaux, &. Scorpions
vivans; pour preuve dequoy le
mesme Gaffarel rapporte les
exemplesde deux Crapaux
trouvez vivans au milieu des
Rochers &des Marbres: d'où
le Pere conclud que les Gama-
hez estant si avantageusement
favorisez des influences celestes,
qu'il s'enpuisse produire des
corps vivans, ce qu'aucun Ma-
gicien n'a encore pû faire de
leufs caracteres, ces figures na-
turelles devroient avoir incom-
parablement plus de vertu; &
quen'ayantneantmoins aucune
qualité plus considérable que
les autres sujets de leur espece,
à plus forte raison, si les cara-
éteres Talismaniquesont quel-
que vertu au dessus des proprie-
tez de leur matiere, que cette
vertu ne vient point ny des in-
fluences des Astres, ny de la
simpatie,ny delafigure, mais
de l'opération du Diable. Sur la
fin du mesme Chapitre, le Pere
combat les inductions que Gaf-
farel tire de la figure dans les
exemples de la Pierre Helio-
rropius qui arreste le sang, & le
Marbre appellé Orphites, qui
guérit les morsures des Serpens;
la premiere, qui semble estre
rachetée de quelques goûtes de
sang; & le second, qui a quelque
ressemblance des Serpens,que
le Pere assure ne provenir que
de la Nature, par uneffetdela
Providence Divine,pour don-
ner àconnoistre par ces signes
les proprietez occultes des Crea-
tures; & que cela est si verita-
ble, que quand ces Pierres se-
roient réduites en poudre, elles
ne laisseroientpasd'avoir la
mesme vertu, quoy que non pas
lamesmefigure.Il passeensuite
legerement sur les Talismans,
donc le pouvoir a cessé avec le
pacte, quiestoit limité àun cer-
tain temps,& dont si les effets
estoient naturels, ils feroient
continuez, tant que la matiere &
la figure feroient enétat,d'où
il infere que cette matiere &
cettefigure n'ayant reçeu au-
cune altération, les esprits qui
présidoientà ce Simulachre, se
sont retirez au bout d'un certain
temps limité par le pacte, com-
me le Talisman de plomb fondu
par un Caliphe d'Egypte, qui
chassoit autrefois les Crocodi-
les, & qui n'a plus ce pouvoir.
Il dit enfin un mot des Talis-
mans, qui produisent souvent
des effets contraires à leurs fi-
gures & aux vertus prétendues
simboliques, comme celuy qui
se voit en Arabie, qui est la fi-
gure d'un Scorpion, lequel fait
mourir tous les Scorpions &
quelques autres semblables qu'il
rapporte; à quoy je croy qu'il
y auroit quelque chose à repli-
quer. Le Chapitre 10. sur la
vanité de l'observation duPla-
nete, ne contient qu'un simple
renvoy au 5. Livre de la Citéde
Dieu, 6e à deux autres endroits
des Ouvrages de S. Augustin,
& le Pere adjoûte, que quand
bien cesobservations astrales ne
seroient point mauvaises prises
en general, neantmoins celles
des Planetes pour faire desTa-
lismans, font condamnées par
la Faculté de Paris. Dans le
ChapitreII. il passesoussilence
la cinquième condition, préten-
dant qu'elle est suffisamment
détruite par la précedente, 8c.
s'arreste à la derniere, qui est
cette recollectiond'esprit de
l'Ouvrier, qu'il combat&dé-
truit par la fausseté cy dessus,
prouvée de la ressemblance des
figures des Astres imprimées sur
lesTalismans, à la veritable fi-
<?:re de ces mesmes Astres. Il
dét ruit aussi l'induction que l'A-
pologiftetire dela comparaison
de la Femme grosse, qui im-
prime les images des objets sur
le corps de son fruit. Le raison-
nement dont le Pere se sert en
cet endroit, seroit trop long à
rapporter entierement. Il suffit
de dire qu'il prouve que la Fem-
me engendre son semblable, &
que le Sculpteur en cet ouvrage
de ses mains, ne fait pas une ge-
neration, puis qu'il faut que la
generation vienne d'une cause
univoque, que le terme produit
soit vivant, qu'il soit semblable
à son principe; ce qui n'est pas
entre la Beste gravée &leScul-
pteur; que d'ailleurs l'Enfant
danslamatrice est une partie
d- :a M-ere, & un mesme corps
av.c CWIIJ quiluydonnelavie;
& quoy qu'après l'infusion de
l'ame, les Personnes soient difé-
rentes, toutefois les principes
de la nourriture, le fang, & les
humeurs qui entretiennent la
vie animale, procedent d'une
mesmesource, qui est.le corps
de la Mere,c'est pourquoyson
imagination a plus de facilité
d'imprimer les especes sur le
corps de son Enfant, que sur le
sien propre, pour deux raisons.
La premiere,parce que les mem-
bres de l'Enfant à naistre, font
à peu pres comme de la cire
mole, &: ceux de la Mere pres-
que solides &: durs comme de
l'acier en comparaison. La se-
conde raison, parce qu'il se fait
une plus grande abondance
d'humeurs & d'esprits sur l' En-
fant dans la matrice, que sur les
autres parties de la Mere, dont
il rend la raison, & conclud que
c'est donc par un principe na-
turel de génération que la Fem-
me imprime les images de sa
fantaisie sur le corps de son En-
fant, ce qui ne se peut feulement
penser de la confection desTa-
lismans. Le Chapitre12.con-
tient la réfutation desAutheurs
citez par l'Apologiste. Le Pere
prétend prouver par S.Augustin
& par Picq de la Mirandole,
queTrismegiste, le plus Hom-
me de bien de tous ces Autheurs,
estoit neantmoins un insigne
Magicien. Il soûtient en fuite,
que le Livre des Sceaux des Pier-
reries n'est point de Salomon;
&que quand il en feroit, l'on
sçaitassez qu'il avoit perdu tei:
prit de Dieu par l'idolâtrie, &
que Josephe au 8. Livre des An-
tiquitez Judaïques,,déclare net-
tement que Salomon estoit a-
donné à la Magie & aux Scien-
ces qui sontinspirées parle Dé-
iiion- Le Pere fortifie ce témoi-
gnage deJosephe par ceux de
S. Gregoire le Grand, & du
docte Albert. Ildit que pour
ce dernier,il n'y a point d'appa-
rence qu'ayant condamné les
caracteres de Salomon, il ap-
prouve ceux de l'Apologiste,
& qu'en effetil n'a jamais avoüé
que les Dieux tutelaires des
Payens, les Boucliers Romains,
les Sratuës fatales du Palladium
deTroye, fussent desTalismans
innoçens. Il demeure d'accord
que ce grandHomme dans l'e-
xamen des Livresde ceux qui
ontécrit des Caractères & des
Figures astrales, en réfute plu-
sieurs, & en louë quelqu'un,
mais avec cette restriction, que
si ce- Livre contient des condi-
tions superstitieuses inconnuës,
Ildoit estre rejetté; tellement
qu'il a parlé de cette matiere
tres-sobrement,&que cepen-
dantilne laisse pasd'estreblâmé
par Gerson,d'avoir trop incliné
à la superstition en traitant des
Caracteres,& qu'il estdesavoüé
de tous les Théologiens en ce
point. Le Chapitre 13. eu: de
résolutions surleseffets des Ta-
lismans, où aprèsl'objection que
ces effets font réels & non fan-
tastiques lePere répond, que
considérez en leurs matieres &
en leurs figures, ils n'ont aucun
effet au dessus de leur nature,
c'est à dire qu'un Talisman de
cuivre n'a point d'autres pro-
prietez que le cuivremesmes;
maisparcequ'ils font les lignes
d'unpacte avec le Démon ; que
de ces effets merveilleux opérez
par le Démon en veuë de ces
Simulacres, est venuë l'idolâtrie
& la défense que Dieu a faite
de faire des caractères ny au-
cune représentation des choses
du Ciel; ce qui estant posé, la
résolution pour les effets des
Talismans, consiste à sçavoir
ce que peut le Démon, & com-
ment il produit les choses extra-
ordinaires en conséquence du
pade fait avec le Magicien;en
uite dequoy il traite cetteQues-
tion par la science naturelle qui
est demeurée auDémon apres
sa chute,au moyen delaquelle
il a connoissance de toutes les
vertus favorables, & de toutes
les qualitez nuisibles des choses
naturelles; n'ignore point ce
qui peut émouvoir les passions,
èc incliner les affections, & ap-
pliquant les ectifs aux passifs,
peut mettre en effet tout ce qui
est faisable par les Loix de la
Nature. Le 14. Chapitre est
des figures faintes & profanes
des anciensHébreux, & de cel-
les qui sont encore aujourd'huy
dans le Christianisme. Il com-
mence ce Chapitre parlasus-
picion que l'on doit avoir de
Tahel, Ragahel, & Tetel, Au-
theurs qui ne font point avoüez
de ceux de leur Nation, & qu'ils
n'ayent esté de ceux dont parle
Elias Levita,qui faisoient des
caractères abominables, en tuãt
un Homme le premier nay de
sa Famille ; & que quand mes-
mes ils auroient fait leurs figures
Talismaniques d'une maniere
moins noire & exécrable, elle
ne seroit pas pour cela moins
superstitieuse. Il adjoûte, que
parmy les Israëlites il y avoir des
Figures qui avoient des pouvoirs
merveilleux; mais qu'elles es-
toient de deux façons, des divi-
nes inspirées de Dieu, & des
magiques composées par l'inf-
tinct du Démon ; des Téraphins
divins & de diaboliques. Parmy
les premiers, il met ceux de la
privation desquels Osée menace
les Israëlites, & le Serpent d'ai-
rain dressé par Moïse dans le
Desert; réfute l'objection des
Libertins, qui veulent que ce
ne fust qu'unTalisman naturel,
par la raison qu'il estoit directe-
ment opposé aux regles des Ta-
lismans. Parmy les Téraphins
mauvais, il met les Idoles que
Michasfitfondre, que Philon -
Juif dit avoir esté trois Statuës
dejeunes Garçons, trois de jeu-
nesVeaux, avec les figures d'un
Lion, d'un Aigle, d'un Dragon,
&d'une Colombe; que la Co-
lombe découvroit la fidélité ou
infidélité des Femmes;les Sta-
tuës des Garçons avertissoient
les Parens dubien ou dumal
quefaisoient les Enfans,&c. Les
SimulacresdeLaban&le Veau
d'or que le Grand PrestreAaron
fit fondre à l'instance des Israë-
lites, & le Simulachre queJero-
boam fit forger en Samarie, font -
aussimis par le Pere au nombre
des mauvais Téraphins. Il parle
en suite de plusieurs Images qui
font encore aujourd'huy en ve-
nération aux Chrestiens,& qui
font miraculeuses, comme celle
qui se voit à Rome sur le Mou-
choir de Sainte Véronique; un
Portrait de N.Seigneur envoyé
par luy-même auRoyAbagarus,
selon de graves Autheurs citez
par Baronius; un Crucifix fait
par Nicodeme,approuvé par le
septiémeSynode,l'Imagede
N. Dame de Liesse; à quoy il
adjoûte les caractères & les ex-
pressions de l'Image de J. Christ
en l'ame des Fidelles, qui font
quelquefois si vives, qu'elles re-
jallissent au dehors & sur les
corps; par exemple, les Stig-
mates en S.François &en Sainte
Catherine de Sienne; & les fi-
gures de la Croix & autres Ins-
trumens de la Passion, au cœur
de Sainte Catherine de Monte-
falco.Enfin repétant les belles'
paroles de l'Apologiste tou-
chant les deux divins Talismans,
la Croix & le Nom deJesus dont
ille louë, il s'en sert pour prou-
ver d'autant plus que les Talis-
mans des Magiciens font inuti-
les; & apres quelques beaux
traits tirez des Peres enrap-
porte deux pris de l'Histoire
Ecclesiastique, l'undeThéo-
phileEvesqued'Alexandrie,qui
muny du Signe de la Croi &
par l'invocation du Nom de je-
sus,chassaunEsprit malin ren-
fermé dans une StatuëTalisma-
nique,&l'autre,deS.Procope,
qui en renversa trente par les
mesmes armes. Le surplus du
Livre, & la conclusion de l'Au-
theur, ne fournissent pas de ma-
tiere à cet Extrait, que je vou-
drois avoir pû faire plus court.
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