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Détail
Liste
1
p. 131-141
A Malthe le 8 Octobre 1717.
Début :
Comme on n'a pas esté exactement informé des évenemens / Nous sortîmes de Malthe le 3 de Juin avec deux des [...]
Mots clefs :
Vaisseaux, Capitaine, Turcs, Ennemis, Galères, Vénitiens, Malte, Navires, Armée, Combat, Religion, Corfou, Canons
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texteReconnaissance textuelle : A Malthe le 8 Octobre 1717.
Omme on n'a pas esté exactement
qui fe font paffés pendant cette Campagne,
entre les Flotes Venitiennes & Turques
; peut - être me faura- t- on gré que
j'en donne ici un Journal plus fidele que
ce qui a paru dans les Gazettes.. It
a efté traduit fur une Lettre Italienne,
écritepar un Chevalier à un de ſes amis :
On reconnoîtrafans peine qu'il n'avance
aucun fait dont il n'ait eftétémoin , ou
dont il n'ait efté parfaitement inftruit.
NOUVELLES ETRANGERES.
N
A Malthe le8 Octobre 1717.
OUS fortîmes de Malthe lez
de Juin avec deux des Vaiffeaux
de la Religion.
Le 16 du même mois , nous arrivâmes
à Corfon où étoit le rendez - vous
de la Flote Vénitienne : Nous la trouvâmes
cependant partie, pour gagner les
Bouches de Conftantinople ,fur un faux
avis que les Turcs ne pouvant pas trou132
LEMERCURE
ver de monde pour armer leurs Vaiffeaux
, étoient hors d'état de fe mettre:
en Mer. M. le Bailly de Belle - Fontaine
Lieutenant Général des Vaiffeaux
du Roy de France , nommé par le
Grand- Maître & le Pape , pour commander
les Auxiliaires , prévoyant cequi
artiveroit de cette Manoeuvre à
contre tems , dit hautement que ces
Vaifleaux alloient fe faire battre aux
Dardanelles ; qu'il eftoit un peu furpris
que ces Meffieurs ûffent manqué de leur
prudence ordinaire dans cette occafion ,
par trop d'impatience ; qu'ils devoient
bien attendre au moins la jonction des
fecours qui n'auroient point êté de trop.
V
Nous avions trouvé en effet à Corfou
, outre les Vaiffeaux Portugais avec
deux Brulots , les 5. Galeres de la Réligion
, les 5. autres du Pape , avec les
deux du grand Duc & toutes celles de
Veniſe..
Le 21. nous partîmes tous enfemble
pour les Zantès : Le 25. nous moüillâmes
à la Rade de ces ifles . Le 29. nous
apprîmes apres midi, que les Venitiens
êtant arrivés à l'entrée des Dardanelles
, s'en étoient retirés fort précipi- :
tamment ; après avoir laiffé leurs An- ¸
DE NOVEMBRE. 133
cres & leurs Cables aux Ifles de Ténédos
où ils ne faifoient que de moüiller .
Il leur a fallu effuyer deux combâts
confécutifs ; preſque toûjours en fuyant
devant la flotte Ottomane . M. de Frangini
fort brave homme d'ailleurs , mais,
aïant peu de capacité pour le metier
de la Mer ,fut tué dans l'i pemiere action
. M. Diedo l'a templacé dans la
même fonction d'Amira ' . Nous continuâmes
nôtre route pour nous joindre à
l'Armée Venitienne , qui s'êtoit retirée
entre la Candie & la Morée , Païs de
Maniotes qui font des Sauvages fous
la domination des Turcs. Le 2. Juillet ,
nous nous joignîmes avec la flore Venitienne
,réduite dans un pitoyable êtar,
êtapt fort délabrée & manquant de tour .
Le 4. nous apperçûmes les Vaiffeaux
ennemis, pourfuivans toûjours les Venitiens
Nous nous préparâmes au combat
le refte du jour & de la nuit . Le s .
à 8 heures du matin,ils vinrent fur nous
& nous gagnerent le vent : Nous nous
vîmes abandonnés en moins de z. heures
de toutes nos Galeres , dans le tems
que nos Vaiffeaux en avoient le plus
de befoin ,êtant en bonace , & que nous
êtions à 2. portées de Canon des En134
LE MERCURE
nemis. Les 8. Galeres Turques au contraire,
ne s'écarterent point de leurs Sultanes
ou Vaiff. quarrés. Hûreufement il
nous vint un peu de vent ; nous en profitâmes
& nous êtant mis en ligne
les Turcs déployerent leurs Pavillons ,
& nous , les nôtres aprés . Mais , ces Barbares
ayant reconnû que la flote chrêtienne
avoit reçû 10 Vaiff. de renfort ,ils
n'oferent pas nous attaquer ; ils fe contenterent
de tenir le vent. Noustachâmes
de le leur gagner , fans y avoir pû.
réuffir. Le 6. nous vîmes les Ennemis
qui fe retiroient & qui allerent moüiller
à Coron. Pour nous autres , nous
reftântes jufqu'au 13. dans les mêmes
eaux,ayant toûjours ûles vents contraires
& toûjours en vue des Ottomans.
Il ne nous auroit pas fallu plus de 12 .
heures de bon tems, pour regagner les
Zantes où nous nous ferions raccommodés
: Nous prîmes le parti d'aborder
au Golfe de Paflava , pour y faite
de l'Eau ; il n'y en avoit pas pour 24.
heures dans chaque Navire des Venitiens
, qui pour l'épargner , n'en diſtribuoient
à chaque homme que 2. verres
par jour : Jugés de l'extremité où nous
êtions , quand on penfe que nous toûDE
NOVEMBRE.
135
chions au moment de périr de foif.Deux
jours aprés, nous retrouvâmes nos Galeres
& nos Généraux .
•
Le 14 Juillet , eftant entrez dans le
Golfe de Paffava , nous apperçûmes
9 Barbarefques qui nous prenant pour
leurs gens , vinrent s'affaier fur la terre:
Elles fe détromperent bien- tôt , & nous
ayant reconnu , elles fortirent précipitamment
de leur -Taniere fur les s
heures du foir. Nous les chaffâmes inutilement
, nous y étant pris trop tard .
Nous fimes nôtre eau, aprés avoir pris
la précaution de mettre à terre 4000
hommes , à caufe que c'eft Pays de
Turquie.
Il y ût des Capitaines des Vaiffeaux
Vénitiens , qui nous avoüerent qu'il
y avoit un jour que l'eau leur manquoit.
Le 16 , une Chaloupe Vénitienne fe fauva
avec fon équipage & alla fe rendre
aux Turcs , auxquels elle découvrit la
fituation facheufe où l'Armée fe trouvoir.
LesEnnemis en ayant profité , le 18 ,
nous les reconûmes venans à toute voile
fur nous . Nous appareillâmes & nous
nous préparâmes toute la nuit au cobat .
Le19 , à la pointe du jour ,nous découvrîmes
de nôtre avant , leurs voiles , à deux
136 LE MERCURE
lieuës de nos Navires: Ayant le vent fur
nous , nous êtendîmes nôtre ligne tant
bien que mal : M. de Belle - Fontainecommandoit
l'arriere Garde de la Flote
avec les Auxiliaires . Les Vénitiens qui
avoient l'Avant- Garde, commencerent
à tirer à 8 heures du matin : Pour notre
Arriere- Garde , elle ne fit fes décharges
qu'à 9 heures , que les Ennemis
n'étoient qu'à demie-portée de canon
de nous. Le Corps de bataille des
Turcs , & tous les Amiraux tomberent
en même tems fur elle. Ils virent un
autre feu que celui des Vénitiens ; nôcanon
alloit comme la moufqueterie ,
Les Portugais , dont deux de leurs
Vaiffeaux eftoient de 80piéces de canon
, en ayant furtout de 36 livres de
balles à leur premiere batterie , y firent
des merveilles : Le Navire que montoit
M. de Belle - Fontaine , tira en quatre
heures 1250 coups de canon , & fit
revirer de bord l'Amiral Turc qui n'en
voulut plus tâter. Comme les Ennemis
tenoient le vent , & qu'ils nous avoient
enfoncez dans le Golphe de Paffava
tout à fait fur la terre ; M. de Belle-
Fontaine envoya dire par le Major à
l'Amiral Vénitien de revirer
les
DE NOVEMBRE. 137
les vents nous ayant adonez ; &
de couper l'Armée Turque en deux ;-
ce qui fut heureufement exécuté dans
le moment : Les Turcs pour lors , fe
crûrent entierement perdus ; nous
fimes feu des deux bords ; tout rioit
pour gagner une Bataille complette &
abimer la Marine Turque ; mais , cette
efperance ne dura pás long - tems ,
car , contre toute attente , l'avant - garde
alla fe remettre tout en Peloton
fous le vent des Ennemis , où nous nous
trouvâmes en bonace les uns fur les
autres. Il eft comme indubitable , que
files Turcs avoient efté gens experimentés
>
ils n'avoient qu'à envoyer
deux ou 3. Brulots , & toute la flore
chrêtienne auroit efté dévorée par les
flammes . Enfin às heures du foir , le
Combât finit Nos Galeres pendant l'action,
refterent toûjours fous le vent , fans
pouvoir tirer un feul coup , fe mertans .
à l'abri de nos Vaiffeaux du côté qu'ils
ne tiroient point. Toute nôtre Armée a
efté fort maltraitée ; mais , en revanche
, celle des Ennemis n'a gueres
moins fouffert que la nôtre . Pour les
Venitiens, ils avoient déja efté fort endommagés
dans les deux premiers
M
138
LE MERCURE
combâts. Il faut avouer que les Turcs
êtoient plus forts que nous , ayant so.
Navires , & nous 35. en tout. Les premiers
avoient des canons de nouvelle
invention , qui pouffoient des Boulets
de marbre , gros comme des bombes de
400. livres; ce qui abimoit un Vaiffeau ;
auffi , nôtre flote faifoit - elle pitié . On
ne voyoit que Mats , Voiles , Corps de
Navires brifés , Bras , Jambes emportées,
& Cadavres jonchés . Nous avons û
3000. hommes de tués ou bleffés dans
cette journée.
Le lendemain 20. les deux Armées
êtant reftées dans le Golfe de Paſſava ,
demeurerent tranquilles & dans l'inaction.
Nous travaillâmes à nous raccom
moder toute la journée. Le 21. manqua
de nous être bien funefte ; puifqu'à 7 .
heures du matin , nous vîmes revirer
les Turcs fur nous , pour nous rattaquer
de nouveau , s'êtant raccommodés dans
leurs ports & rafraichis de monde.Nous
voulûmes nous mettre en ligne , mais ,
la moitié de nôtre Armée fe trouva en
bonace. A 2. heures aprés midi , il s'éleva
un gros vent de Nord- Ouëft qui
nous démâta 7. de nos plus gros Na-..
vires. Quelle êtrange extremité ? Etre
DE NOVEMBRE.
139
nous
en vue des Ennemis , à portée & demie
de canon, & dans la crainte à chaqueinftant
d'en être écrafés , fans pouvoir
prefque fe deffendre : Voilà qu'elle
etoit nôtre fituation . Nous prîmes le
parti le plus fûr , qui eftoit de gagner
le large. Il ne tenoit qu'à ces Barbares
de nous enlever 4. Vaiffeaux qui
reftoient de l'arriere-garde ; cependant,
ils n'en firent rien , n'ayant pas. fû profiter
de l'occafion . Nous manoeuvrames
fi bien que le jour ayant baiffé ,
nous fauvâmes à la faveur des ténébres
; nous ûmes toute la nuit, le vent
trés frais avec une groffe Mer. Toute
la flotte qui avoit fa mâture endommagée
, êtoit occupée à remorquer des
Navires démâtés . Le lendemain 22 .
nous nous trouvâmes à 15. lieuës de
Terre , les Galéres s'en allant , vent
arriere , du côté de la Candie . Le foir ,
le vent manqua , & ayant fait nos fignaux
de reconnoiffance nous nous
ralliames .
,
Depuis le 23 Juillet , jufqu'au 3 Août
que nous découvrîmes du Cap Paffaro,
la Sicile ; nous n'avions point vû de
terre , tant nous apprehendions les Côtes.
Miij
140 LE MERCURE
Le 12 Aouft , les Portugais prirent
congé de l'Armée des Vénitiens , ne
paroiffans pas contens de ces derniers.
Le 13, nous moüillâmes à Corfou,où
nos Galéres nous avoient précédez.
Ce qu'on aura peine à croire , c'eſt que
malgré tous les défordres du dernier
combat , nous avons trouvé , aprez le
compte fait de nos Bâtimens , que nous
n'en avions pas perdu un feul.
Depuis le 17 jufqu'au 26 , on répara
tant bien que mal , le dommage reçû .
Le 26 , les Galéres de la Religion êtant
parties pour Malthe avec 300 malades ,
nous appareillâmes pour les Zantes , où
nous moüillames le 30 .
Le premier Septembre , les Galéres
de Venife nous y joignirent .
Le 26 du mefme mois , le Tonnerre:
tomba à huit heures de matin fur un
Navire de Malthe. Il brifa le Mât de
Mizaine , tua quatre hommes , & en
brûla 20. Il est étonnant qu'il n'ait pas
mis le feu aux poudres ; mais , ce qu'il
y a de plus furprenant , c'eft qu'il foit
retombé à huit heures du foir fur le
mefme Bâtiment ; eftant entré par un
Sabord , & refforti dans l'inſtant par
l'autre , fans caufer aucun dommage :
DE NOVEMBRE. 14 %
Il fe tranfporta de là fur un Vaiffeau
Vénitien , où il tua hommes , & le
démâta de fes Mats de Hune.
Le 30 Septembre , les Vaiffeaux de
l'Ordre fortirent desZantes ,pour ſe rendre
à Malthe , où ils abordérent. Le 7
Octobre , un de ces meſmes Navires repart
pour ramener M. de Bellefontaine
à Toulon.
qui fe font paffés pendant cette Campagne,
entre les Flotes Venitiennes & Turques
; peut - être me faura- t- on gré que
j'en donne ici un Journal plus fidele que
ce qui a paru dans les Gazettes.. It
a efté traduit fur une Lettre Italienne,
écritepar un Chevalier à un de ſes amis :
On reconnoîtrafans peine qu'il n'avance
aucun fait dont il n'ait eftétémoin , ou
dont il n'ait efté parfaitement inftruit.
NOUVELLES ETRANGERES.
N
A Malthe le8 Octobre 1717.
OUS fortîmes de Malthe lez
de Juin avec deux des Vaiffeaux
de la Religion.
Le 16 du même mois , nous arrivâmes
à Corfon où étoit le rendez - vous
de la Flote Vénitienne : Nous la trouvâmes
cependant partie, pour gagner les
Bouches de Conftantinople ,fur un faux
avis que les Turcs ne pouvant pas trou132
LEMERCURE
ver de monde pour armer leurs Vaiffeaux
, étoient hors d'état de fe mettre:
en Mer. M. le Bailly de Belle - Fontaine
Lieutenant Général des Vaiffeaux
du Roy de France , nommé par le
Grand- Maître & le Pape , pour commander
les Auxiliaires , prévoyant cequi
artiveroit de cette Manoeuvre à
contre tems , dit hautement que ces
Vaifleaux alloient fe faire battre aux
Dardanelles ; qu'il eftoit un peu furpris
que ces Meffieurs ûffent manqué de leur
prudence ordinaire dans cette occafion ,
par trop d'impatience ; qu'ils devoient
bien attendre au moins la jonction des
fecours qui n'auroient point êté de trop.
V
Nous avions trouvé en effet à Corfou
, outre les Vaiffeaux Portugais avec
deux Brulots , les 5. Galeres de la Réligion
, les 5. autres du Pape , avec les
deux du grand Duc & toutes celles de
Veniſe..
Le 21. nous partîmes tous enfemble
pour les Zantès : Le 25. nous moüillâmes
à la Rade de ces ifles . Le 29. nous
apprîmes apres midi, que les Venitiens
êtant arrivés à l'entrée des Dardanelles
, s'en étoient retirés fort précipi- :
tamment ; après avoir laiffé leurs An- ¸
DE NOVEMBRE. 133
cres & leurs Cables aux Ifles de Ténédos
où ils ne faifoient que de moüiller .
Il leur a fallu effuyer deux combâts
confécutifs ; preſque toûjours en fuyant
devant la flotte Ottomane . M. de Frangini
fort brave homme d'ailleurs , mais,
aïant peu de capacité pour le metier
de la Mer ,fut tué dans l'i pemiere action
. M. Diedo l'a templacé dans la
même fonction d'Amira ' . Nous continuâmes
nôtre route pour nous joindre à
l'Armée Venitienne , qui s'êtoit retirée
entre la Candie & la Morée , Païs de
Maniotes qui font des Sauvages fous
la domination des Turcs. Le 2. Juillet ,
nous nous joignîmes avec la flore Venitienne
,réduite dans un pitoyable êtar,
êtapt fort délabrée & manquant de tour .
Le 4. nous apperçûmes les Vaiffeaux
ennemis, pourfuivans toûjours les Venitiens
Nous nous préparâmes au combat
le refte du jour & de la nuit . Le s .
à 8 heures du matin,ils vinrent fur nous
& nous gagnerent le vent : Nous nous
vîmes abandonnés en moins de z. heures
de toutes nos Galeres , dans le tems
que nos Vaiffeaux en avoient le plus
de befoin ,êtant en bonace , & que nous
êtions à 2. portées de Canon des En134
LE MERCURE
nemis. Les 8. Galeres Turques au contraire,
ne s'écarterent point de leurs Sultanes
ou Vaiff. quarrés. Hûreufement il
nous vint un peu de vent ; nous en profitâmes
& nous êtant mis en ligne
les Turcs déployerent leurs Pavillons ,
& nous , les nôtres aprés . Mais , ces Barbares
ayant reconnû que la flote chrêtienne
avoit reçû 10 Vaiff. de renfort ,ils
n'oferent pas nous attaquer ; ils fe contenterent
de tenir le vent. Noustachâmes
de le leur gagner , fans y avoir pû.
réuffir. Le 6. nous vîmes les Ennemis
qui fe retiroient & qui allerent moüiller
à Coron. Pour nous autres , nous
reftântes jufqu'au 13. dans les mêmes
eaux,ayant toûjours ûles vents contraires
& toûjours en vue des Ottomans.
Il ne nous auroit pas fallu plus de 12 .
heures de bon tems, pour regagner les
Zantes où nous nous ferions raccommodés
: Nous prîmes le parti d'aborder
au Golfe de Paflava , pour y faite
de l'Eau ; il n'y en avoit pas pour 24.
heures dans chaque Navire des Venitiens
, qui pour l'épargner , n'en diſtribuoient
à chaque homme que 2. verres
par jour : Jugés de l'extremité où nous
êtions , quand on penfe que nous toûDE
NOVEMBRE.
135
chions au moment de périr de foif.Deux
jours aprés, nous retrouvâmes nos Galeres
& nos Généraux .
•
Le 14 Juillet , eftant entrez dans le
Golfe de Paffava , nous apperçûmes
9 Barbarefques qui nous prenant pour
leurs gens , vinrent s'affaier fur la terre:
Elles fe détromperent bien- tôt , & nous
ayant reconnu , elles fortirent précipitamment
de leur -Taniere fur les s
heures du foir. Nous les chaffâmes inutilement
, nous y étant pris trop tard .
Nous fimes nôtre eau, aprés avoir pris
la précaution de mettre à terre 4000
hommes , à caufe que c'eft Pays de
Turquie.
Il y ût des Capitaines des Vaiffeaux
Vénitiens , qui nous avoüerent qu'il
y avoit un jour que l'eau leur manquoit.
Le 16 , une Chaloupe Vénitienne fe fauva
avec fon équipage & alla fe rendre
aux Turcs , auxquels elle découvrit la
fituation facheufe où l'Armée fe trouvoir.
LesEnnemis en ayant profité , le 18 ,
nous les reconûmes venans à toute voile
fur nous . Nous appareillâmes & nous
nous préparâmes toute la nuit au cobat .
Le19 , à la pointe du jour ,nous découvrîmes
de nôtre avant , leurs voiles , à deux
136 LE MERCURE
lieuës de nos Navires: Ayant le vent fur
nous , nous êtendîmes nôtre ligne tant
bien que mal : M. de Belle - Fontainecommandoit
l'arriere Garde de la Flote
avec les Auxiliaires . Les Vénitiens qui
avoient l'Avant- Garde, commencerent
à tirer à 8 heures du matin : Pour notre
Arriere- Garde , elle ne fit fes décharges
qu'à 9 heures , que les Ennemis
n'étoient qu'à demie-portée de canon
de nous. Le Corps de bataille des
Turcs , & tous les Amiraux tomberent
en même tems fur elle. Ils virent un
autre feu que celui des Vénitiens ; nôcanon
alloit comme la moufqueterie ,
Les Portugais , dont deux de leurs
Vaiffeaux eftoient de 80piéces de canon
, en ayant furtout de 36 livres de
balles à leur premiere batterie , y firent
des merveilles : Le Navire que montoit
M. de Belle - Fontaine , tira en quatre
heures 1250 coups de canon , & fit
revirer de bord l'Amiral Turc qui n'en
voulut plus tâter. Comme les Ennemis
tenoient le vent , & qu'ils nous avoient
enfoncez dans le Golphe de Paffava
tout à fait fur la terre ; M. de Belle-
Fontaine envoya dire par le Major à
l'Amiral Vénitien de revirer
les
DE NOVEMBRE. 137
les vents nous ayant adonez ; &
de couper l'Armée Turque en deux ;-
ce qui fut heureufement exécuté dans
le moment : Les Turcs pour lors , fe
crûrent entierement perdus ; nous
fimes feu des deux bords ; tout rioit
pour gagner une Bataille complette &
abimer la Marine Turque ; mais , cette
efperance ne dura pás long - tems ,
car , contre toute attente , l'avant - garde
alla fe remettre tout en Peloton
fous le vent des Ennemis , où nous nous
trouvâmes en bonace les uns fur les
autres. Il eft comme indubitable , que
files Turcs avoient efté gens experimentés
>
ils n'avoient qu'à envoyer
deux ou 3. Brulots , & toute la flore
chrêtienne auroit efté dévorée par les
flammes . Enfin às heures du foir , le
Combât finit Nos Galeres pendant l'action,
refterent toûjours fous le vent , fans
pouvoir tirer un feul coup , fe mertans .
à l'abri de nos Vaiffeaux du côté qu'ils
ne tiroient point. Toute nôtre Armée a
efté fort maltraitée ; mais , en revanche
, celle des Ennemis n'a gueres
moins fouffert que la nôtre . Pour les
Venitiens, ils avoient déja efté fort endommagés
dans les deux premiers
M
138
LE MERCURE
combâts. Il faut avouer que les Turcs
êtoient plus forts que nous , ayant so.
Navires , & nous 35. en tout. Les premiers
avoient des canons de nouvelle
invention , qui pouffoient des Boulets
de marbre , gros comme des bombes de
400. livres; ce qui abimoit un Vaiffeau ;
auffi , nôtre flote faifoit - elle pitié . On
ne voyoit que Mats , Voiles , Corps de
Navires brifés , Bras , Jambes emportées,
& Cadavres jonchés . Nous avons û
3000. hommes de tués ou bleffés dans
cette journée.
Le lendemain 20. les deux Armées
êtant reftées dans le Golfe de Paſſava ,
demeurerent tranquilles & dans l'inaction.
Nous travaillâmes à nous raccom
moder toute la journée. Le 21. manqua
de nous être bien funefte ; puifqu'à 7 .
heures du matin , nous vîmes revirer
les Turcs fur nous , pour nous rattaquer
de nouveau , s'êtant raccommodés dans
leurs ports & rafraichis de monde.Nous
voulûmes nous mettre en ligne , mais ,
la moitié de nôtre Armée fe trouva en
bonace. A 2. heures aprés midi , il s'éleva
un gros vent de Nord- Ouëft qui
nous démâta 7. de nos plus gros Na-..
vires. Quelle êtrange extremité ? Etre
DE NOVEMBRE.
139
nous
en vue des Ennemis , à portée & demie
de canon, & dans la crainte à chaqueinftant
d'en être écrafés , fans pouvoir
prefque fe deffendre : Voilà qu'elle
etoit nôtre fituation . Nous prîmes le
parti le plus fûr , qui eftoit de gagner
le large. Il ne tenoit qu'à ces Barbares
de nous enlever 4. Vaiffeaux qui
reftoient de l'arriere-garde ; cependant,
ils n'en firent rien , n'ayant pas. fû profiter
de l'occafion . Nous manoeuvrames
fi bien que le jour ayant baiffé ,
nous fauvâmes à la faveur des ténébres
; nous ûmes toute la nuit, le vent
trés frais avec une groffe Mer. Toute
la flotte qui avoit fa mâture endommagée
, êtoit occupée à remorquer des
Navires démâtés . Le lendemain 22 .
nous nous trouvâmes à 15. lieuës de
Terre , les Galéres s'en allant , vent
arriere , du côté de la Candie . Le foir ,
le vent manqua , & ayant fait nos fignaux
de reconnoiffance nous nous
ralliames .
,
Depuis le 23 Juillet , jufqu'au 3 Août
que nous découvrîmes du Cap Paffaro,
la Sicile ; nous n'avions point vû de
terre , tant nous apprehendions les Côtes.
Miij
140 LE MERCURE
Le 12 Aouft , les Portugais prirent
congé de l'Armée des Vénitiens , ne
paroiffans pas contens de ces derniers.
Le 13, nous moüillâmes à Corfou,où
nos Galéres nous avoient précédez.
Ce qu'on aura peine à croire , c'eſt que
malgré tous les défordres du dernier
combat , nous avons trouvé , aprez le
compte fait de nos Bâtimens , que nous
n'en avions pas perdu un feul.
Depuis le 17 jufqu'au 26 , on répara
tant bien que mal , le dommage reçû .
Le 26 , les Galéres de la Religion êtant
parties pour Malthe avec 300 malades ,
nous appareillâmes pour les Zantes , où
nous moüillames le 30 .
Le premier Septembre , les Galéres
de Venife nous y joignirent .
Le 26 du mefme mois , le Tonnerre:
tomba à huit heures de matin fur un
Navire de Malthe. Il brifa le Mât de
Mizaine , tua quatre hommes , & en
brûla 20. Il est étonnant qu'il n'ait pas
mis le feu aux poudres ; mais , ce qu'il
y a de plus furprenant , c'eft qu'il foit
retombé à huit heures du foir fur le
mefme Bâtiment ; eftant entré par un
Sabord , & refforti dans l'inſtant par
l'autre , fans caufer aucun dommage :
DE NOVEMBRE. 14 %
Il fe tranfporta de là fur un Vaiffeau
Vénitien , où il tua hommes , & le
démâta de fes Mats de Hune.
Le 30 Septembre , les Vaiffeaux de
l'Ordre fortirent desZantes ,pour ſe rendre
à Malthe , où ils abordérent. Le 7
Octobre , un de ces meſmes Navires repart
pour ramener M. de Bellefontaine
à Toulon.
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2
p. 141-145
De Londres le 18 Novembre 1717.
Début :
On ne doute presque pas ici que le Roy, comme Electeur [...]
Mots clefs :
Électeur d'Hanovre, Traité d'alliance, Empereur, Guerre, Troupes, Milord, Roi, Cavalerie, Comte, Pape, Cour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Londres le 18 Novembre 1717.
De Londres le 18 Novembre 1717 .
le 'On ne doute prefque pas ici que
Roy , comme Electeur d'Hanovre ,
n'ait fait un Traité d'Alliance deffenfive
avec l'Empereur ; fuivant lequel ,
ce Prince doit donner du fecours à S.
M. I. qui eft préfentement attaquée en
Italie par le Roy d'Espagne . Comme
la Nation ne paroit nullement difpofée
à entrer dans cette guerre , dont la
feule déclaration feroit perdre la plus
confidérable branche de fon commerce ,
il n'y a pas d'apparence qu'elle rompe
fitôt avec les Efpagnols : Ainfi , on eft
perfuadé que fi le Roy veut fecourir
l'Empereur , il ne pourra le faire qu'avec
les Troupes de fon Electorat ; &
comme Roy d'Angleterre , il tâchera
avec les autres Puiffances , de regler
742 LE MERCURE.
les différents de ces deux Monarques ,
à l'amiable.
,
Le Lord Cadogan a êté confulté fur
la réduction des Troupes ; mais , cóntre
fon fentiment & celui du Comte
de Sunderland , les ordres ont êté ex-.
pédiés pour réformer inceffament
6300 hommes. Le Roi s'y eft déterminé
fur les rémontrances de Milord
Covvpert, qui a reprefenté à S. M. que
c'étoit le plus für moyen , pour fe
concilier l'affection des Peuples , qui
feroient convaincus par là , qu'elle a
plus de confiance en leur fidélité , que
dans la force d'ure Armée : Cependant
, le Parti oppofé à la Cour , ne témoigne
pas eftre fatisfait de cette réforme
; il prétend qu'elle n'eft
forme au Réglement qui fut fait du
tems du Roy Guillaume ; puifque les
Troupes qui refteroient aprés cette réduction
dans le Royaume , montéroient
encore à plus de 14000 hommes . Ce
Parti voudroit , que fuivant ce Réglement
, on caffât entiérement les nouveaux
Corps , & qu'on les réduifit à
7000 hommes feulement ; ce qui , felon
ces Meffieurs , eft d'une grande
conféquence ; puifqu'en ne réformanc
pas conDE
NOVEMBRE. 143
les Troupes que de dix hommes par
Gompagnies de Cavalerie , & de vingt
par celles d'Infanterie , les Corps n'en
reftent pas moins fur pied ; ce qui n'eft
pas néceffaire , difent -ils , avec d'autant
moins de raifon , que le Royaume
eft en Paix , & que d'ailleurs on a une
Flote pour la garde des Côtes . Ce Parti
prétend faire grand bruit là deffus , dans
le prochain Parlement ; mais , on eft
perfuadé que la Cour fera échouler le
projet de ces Mécontens.
On a êté furpris ici que Milord Cadogan
ait quitté fon Ambaffade de Hollande
, dans le tems qu'il y devoit faire
fon Entrée publique , pour laquelle tous
les préparatifs êtoient faits . On a appris
en même tems , que fon départ êtoit
fondéfur le refus que les E. G. ont fait ,
d'entrer conjointement avec la Cour
dans l'équipement d'une Flote contre
la Suéde , ou contre toute autre Puiſfance.
La Cour eſt tout à fait indignée contre
le Pape , de l'affront qui luy a efté
fait en la perfonne du Comte de Peterboroug
: Comme Pair d'Angleterre, elle
prétend qu'il luy en faffe fatisfaction.
Pour cet effet, elle a écrit au Comte de
144
LE MERCURE
Galafch Ambaffadeur de l'Empereur à
Rome , & l'a chargé de demander
en fon nom au Pontife : 10 , Qu'il air
à déclarer par un êcrit figné du Cardinal
Paulucci fon Secretaire , que ce
n'eft pas par fon ordre , que le Comte:
de Peterborough a êté arrêtè . 2 , Qu'il
fera punir le Cardinal Légat de Bologne
qui a donné l'ordre pour arrêter
ce Seigneur. 30 , Qu'il promettra qu'à«
l'avenir , aucun des Sujets de Sa Majefté
ne fera inquieté dans fes Etats , directement
ou indirectement , fous- pretexte
du Prétendant. 4º , Que le Pape
promettra de ne donner à l'avenir aucune
retraite , fecours , ni entretien , aut
Prétendant. 50 , Que fi le Pape refuſe
de donner cette fatisfaction , le Comte
de Galafch a ordre de luy déclarer que
Sa Majesté fait équiper une Efcadre de
Vailleaux, avec des Galiotes à bombes,
pour aller bobarder Civita- Vechia à fes
dépens. On affùre que le Roy a êcrit à
l'Empereur à ce fujet , pour qu'il donne
ordre à fon Ambaffadeur, d'exécuter la
Commiffion de Sa Majefté. Nos Politiques
prétendent que voilà une belle
occafion pour profiter de l'Armement
de huit Vaiffeaux de Guerre , & de deux
Galiotes
DE NOVEMBRE. 145
Galiotes à bombes ; puifqu'il pourra
fervir
à deux fins ; l'un contre le Pape ,
l'autre pour tenir la balance de ce
côté là , & pour empêcher que les Efpagnols
ne pouffent leurs conquêtes
plus avant en Italie , aprés la priſe de
Sardaigne : Mais , il y a grande apparence
que cette Efcadre ne fera pas
prête avant le Printems prochain ; peuteftre
que dans ce tems- là , la Cour de
Rome aura trouvé des moyens d'affoupir
cette affaire .
le 'On ne doute prefque pas ici que
Roy , comme Electeur d'Hanovre ,
n'ait fait un Traité d'Alliance deffenfive
avec l'Empereur ; fuivant lequel ,
ce Prince doit donner du fecours à S.
M. I. qui eft préfentement attaquée en
Italie par le Roy d'Espagne . Comme
la Nation ne paroit nullement difpofée
à entrer dans cette guerre , dont la
feule déclaration feroit perdre la plus
confidérable branche de fon commerce ,
il n'y a pas d'apparence qu'elle rompe
fitôt avec les Efpagnols : Ainfi , on eft
perfuadé que fi le Roy veut fecourir
l'Empereur , il ne pourra le faire qu'avec
les Troupes de fon Electorat ; &
comme Roy d'Angleterre , il tâchera
avec les autres Puiffances , de regler
742 LE MERCURE.
les différents de ces deux Monarques ,
à l'amiable.
,
Le Lord Cadogan a êté confulté fur
la réduction des Troupes ; mais , cóntre
fon fentiment & celui du Comte
de Sunderland , les ordres ont êté ex-.
pédiés pour réformer inceffament
6300 hommes. Le Roi s'y eft déterminé
fur les rémontrances de Milord
Covvpert, qui a reprefenté à S. M. que
c'étoit le plus für moyen , pour fe
concilier l'affection des Peuples , qui
feroient convaincus par là , qu'elle a
plus de confiance en leur fidélité , que
dans la force d'ure Armée : Cependant
, le Parti oppofé à la Cour , ne témoigne
pas eftre fatisfait de cette réforme
; il prétend qu'elle n'eft
forme au Réglement qui fut fait du
tems du Roy Guillaume ; puifque les
Troupes qui refteroient aprés cette réduction
dans le Royaume , montéroient
encore à plus de 14000 hommes . Ce
Parti voudroit , que fuivant ce Réglement
, on caffât entiérement les nouveaux
Corps , & qu'on les réduifit à
7000 hommes feulement ; ce qui , felon
ces Meffieurs , eft d'une grande
conféquence ; puifqu'en ne réformanc
pas conDE
NOVEMBRE. 143
les Troupes que de dix hommes par
Gompagnies de Cavalerie , & de vingt
par celles d'Infanterie , les Corps n'en
reftent pas moins fur pied ; ce qui n'eft
pas néceffaire , difent -ils , avec d'autant
moins de raifon , que le Royaume
eft en Paix , & que d'ailleurs on a une
Flote pour la garde des Côtes . Ce Parti
prétend faire grand bruit là deffus , dans
le prochain Parlement ; mais , on eft
perfuadé que la Cour fera échouler le
projet de ces Mécontens.
On a êté furpris ici que Milord Cadogan
ait quitté fon Ambaffade de Hollande
, dans le tems qu'il y devoit faire
fon Entrée publique , pour laquelle tous
les préparatifs êtoient faits . On a appris
en même tems , que fon départ êtoit
fondéfur le refus que les E. G. ont fait ,
d'entrer conjointement avec la Cour
dans l'équipement d'une Flote contre
la Suéde , ou contre toute autre Puiſfance.
La Cour eſt tout à fait indignée contre
le Pape , de l'affront qui luy a efté
fait en la perfonne du Comte de Peterboroug
: Comme Pair d'Angleterre, elle
prétend qu'il luy en faffe fatisfaction.
Pour cet effet, elle a écrit au Comte de
144
LE MERCURE
Galafch Ambaffadeur de l'Empereur à
Rome , & l'a chargé de demander
en fon nom au Pontife : 10 , Qu'il air
à déclarer par un êcrit figné du Cardinal
Paulucci fon Secretaire , que ce
n'eft pas par fon ordre , que le Comte:
de Peterborough a êté arrêtè . 2 , Qu'il
fera punir le Cardinal Légat de Bologne
qui a donné l'ordre pour arrêter
ce Seigneur. 30 , Qu'il promettra qu'à«
l'avenir , aucun des Sujets de Sa Majefté
ne fera inquieté dans fes Etats , directement
ou indirectement , fous- pretexte
du Prétendant. 4º , Que le Pape
promettra de ne donner à l'avenir aucune
retraite , fecours , ni entretien , aut
Prétendant. 50 , Que fi le Pape refuſe
de donner cette fatisfaction , le Comte
de Galafch a ordre de luy déclarer que
Sa Majesté fait équiper une Efcadre de
Vailleaux, avec des Galiotes à bombes,
pour aller bobarder Civita- Vechia à fes
dépens. On affùre que le Roy a êcrit à
l'Empereur à ce fujet , pour qu'il donne
ordre à fon Ambaffadeur, d'exécuter la
Commiffion de Sa Majefté. Nos Politiques
prétendent que voilà une belle
occafion pour profiter de l'Armement
de huit Vaiffeaux de Guerre , & de deux
Galiotes
DE NOVEMBRE. 145
Galiotes à bombes ; puifqu'il pourra
fervir
à deux fins ; l'un contre le Pape ,
l'autre pour tenir la balance de ce
côté là , & pour empêcher que les Efpagnols
ne pouffent leurs conquêtes
plus avant en Italie , aprés la priſe de
Sardaigne : Mais , il y a grande apparence
que cette Efcadre ne fera pas
prête avant le Printems prochain ; peuteftre
que dans ce tems- là , la Cour de
Rome aura trouvé des moyens d'affoupir
cette affaire .
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3
p. 145-147
De Vienne, le 5 Novembre.
Début :
Quoique les Turcs publient que la Porte sera des efforts [...]
Mots clefs :
Turcs, Campagne, Paix, Puissance, Forteresse, Députés, Prince Eugène, Duc, Troupes, Noblesse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Vienne, le 5 Novembre.
De Vienne , les Novembre.
Quoique les Turcs publient que la
Porte fera des efforts étonnants , pour
agir offenfivement la Campagne prochaine
; il n'en eft pas moins vrai que
ces Infidéles recherchent la Paix avec
empreffement, & mefme fans la participation
d'aucune autre Puiffance . On
fçait que pour préliminaire , ils confentent
de céder Themefvvar , & tout le
côté Septentrional du Danube , juſqu'à
Belgrade . Mais , ils infitent extremément
fur la reftitution de cette derniére
Ville,qui leur tient fi fort au coeur,
que pour la ravoir , ils permetteront
Novembre
1717. N
146
LE
MERCURE
que l'Empereur puiffe conftruire deux
nouvelles Fortereffes fur le Danube ;
l'une , vis- à- vis Belgrade , & l'autre ,
où S. M. I. le trouvera bon. Pour cet
effet , ils offrent de lui payer un million
de Florins ; à condition cependant ,
que les Vénitiens ne feront point compris
dans ce Traité , ne voulans
leur rendre la Morée.
pas
Auffitôt que les Députez des Turcs
qui font à Belgrade , auront reçû de -la
Porte , une plus ample inftruction pour
traiter de la Paix . M. le Prince Eugéne
partira d'ici incognito pour s'y rendre .
En attendant , les Troupes Impériales
font actuellement occupées à s'êtendre
fur la droite par la Bofnie , en
tirant vers Triefte. On avance beaucoup
les nouveaux préparatifs , pour
attaquer de rechef Zvvornick , dont la
la fituation incommode fort nos Quartiers.
La Cour eft en Traité,pour prendre
à fon fervice 30000 hommes d'augmentation
de Troupes auxiliaires ,
qui lui font offertes par divers Princes
Allemagne ...
Les derniéres Lettres de
Hambourg
du dix de ce mois , portent que le Roy
de
Danemarck avance fort fes préparaDE
NOVEMBRE
147
tifs pour le meure de bonne heure
en Campagne avec une Armée de
fooo hommes : Que le Roy de Suéde
defon côté , qui a des Troupes nombreufes
& bien entretenues , ne perdpoint
de vûë fon deffein fur la Norwvege
, fe flatant d'y pouvoir faire
une invafion , à la faveur des glaces
prochaines.
Le Duc de Mexelbourg continue à
faire de nouvelles levées , pour aug
menter le nombre de fes Troupes. Il
prétend avoir fur pied une armée de
15000 hommes le Printes prochain.
On craint fort que cet Armement
n'ait d'autre objet , que fa Nobleffe ;
puifqu'il ne faut pas tant de monde
pour la réduire .
Quoique les Turcs publient que la
Porte fera des efforts étonnants , pour
agir offenfivement la Campagne prochaine
; il n'en eft pas moins vrai que
ces Infidéles recherchent la Paix avec
empreffement, & mefme fans la participation
d'aucune autre Puiffance . On
fçait que pour préliminaire , ils confentent
de céder Themefvvar , & tout le
côté Septentrional du Danube , juſqu'à
Belgrade . Mais , ils infitent extremément
fur la reftitution de cette derniére
Ville,qui leur tient fi fort au coeur,
que pour la ravoir , ils permetteront
Novembre
1717. N
146
LE
MERCURE
que l'Empereur puiffe conftruire deux
nouvelles Fortereffes fur le Danube ;
l'une , vis- à- vis Belgrade , & l'autre ,
où S. M. I. le trouvera bon. Pour cet
effet , ils offrent de lui payer un million
de Florins ; à condition cependant ,
que les Vénitiens ne feront point compris
dans ce Traité , ne voulans
leur rendre la Morée.
pas
Auffitôt que les Députez des Turcs
qui font à Belgrade , auront reçû de -la
Porte , une plus ample inftruction pour
traiter de la Paix . M. le Prince Eugéne
partira d'ici incognito pour s'y rendre .
En attendant , les Troupes Impériales
font actuellement occupées à s'êtendre
fur la droite par la Bofnie , en
tirant vers Triefte. On avance beaucoup
les nouveaux préparatifs , pour
attaquer de rechef Zvvornick , dont la
la fituation incommode fort nos Quartiers.
La Cour eft en Traité,pour prendre
à fon fervice 30000 hommes d'augmentation
de Troupes auxiliaires ,
qui lui font offertes par divers Princes
Allemagne ...
Les derniéres Lettres de
Hambourg
du dix de ce mois , portent que le Roy
de
Danemarck avance fort fes préparaDE
NOVEMBRE
147
tifs pour le meure de bonne heure
en Campagne avec une Armée de
fooo hommes : Que le Roy de Suéde
defon côté , qui a des Troupes nombreufes
& bien entretenues , ne perdpoint
de vûë fon deffein fur la Norwvege
, fe flatant d'y pouvoir faire
une invafion , à la faveur des glaces
prochaines.
Le Duc de Mexelbourg continue à
faire de nouvelles levées , pour aug
menter le nombre de fes Troupes. Il
prétend avoir fur pied une armée de
15000 hommes le Printes prochain.
On craint fort que cet Armement
n'ait d'autre objet , que fa Nobleffe ;
puifqu'il ne faut pas tant de monde
pour la réduire .
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4
p. 147-149
A Rome, le 11 Novembre 1717.
Début :
Le Pape tint Consistoire le 11 de l'autre mois. Tous les Cardinaux [...]
Mots clefs :
Pape, Consistoire, Cardinaux, Prince électoral, Empereur, Décès, Hommage, Chapelle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Rome, le 11 Novembre 1717.
A Rome , le 11 Novembre 1717 .
Le Pape tint Confiftoire le 11 de l'autre
mois. Tous les Cardinaux , même
les abfens , avoient efté fommés de s'y
rendre. S. S. leur fit part de l'abiuration
du Prince Electoral de Saxe, faite
en 1712 à Bologne , entre les mains
du Cardinal Cafoni Legat pour lors..
dans cette Ville. C'eft le Prince mê
Nij
148 C LE MERCURE
me quia fupplié le S. P. par une Let.
tre du 28 Septembre de la rendre publique
: On ne doute pas que l'Empereur
ne prenne la défenfe du nouveau
Converti , contre toute Puiffance qui
voudroit lui nuire , ou l'attaquer fous ce
pretexte de changement de Religión.
Milord Peterborough eft toûjours
prifonnier au Fort Urbin, où il fe réjoüit
& fe divertit de fon mieux. On voudroit
bien l'élargir mais il s'y oppofe :
Come ce Seigneur fe croit trés offenfé, il
veut avoir une fatisfaction à l'avenant.
Le 25 du paffé, mourut le Cardinal
Grimaldi Gennois , né le 6 Décembre
1545. Le S. P. médite un voyage à
Urbin lieu de fa naiffance , où il verra
le Prétendant à qui il doit vifite : Il y
paroîtra avec tout l'éclat de la Papauté.
Il a épargné à ce deffein les frais de
trois Villegiatures ; & c'eft pour cela
à ce qu'on affûre ,qu'il ne va point cette
année, à Caftel- Gandolphe : Chemin faifant
, il vifitera Nôtre- Dame de Lorette ,
à qui il deftine pour hommage , les
Queues de cheval nouvellement conquifes
fur les Turcs. Il est arrivé de
France un Courier extraordiniare ; il
eftoit porteur d'un Edit fameux, qui fait
DE NOVEMBRE.. 149
défenfe deparler de la Conftitution.
Quelque inftance qu'ait pû faire M.
le Cardinal de la Tremoille auprés du
Pape , il n'a pû obtenir l'Indult pour
Befançon ; quoique M. l'Abbé de Mornay
défigné pour cet Archevêché , foit
agréable à cette Cour.
Nous fommes dans l'attente , d'un
Confiftoire, pour voir fi M. de ... fera
fait enfin Cardinal : Le Pape s'y eft engagé
de parole trop pofitivement , en
difant de ce Prélat , vederà che fono
galant-huomo,
Le 4 de Novembre , le Pape tint Chapelle
dans l'Eglife de S.
Milanois , dont S. M. I.
Charles des
porte
le nom .
Le Pape tint Confiftoire le 11 de l'autre
mois. Tous les Cardinaux , même
les abfens , avoient efté fommés de s'y
rendre. S. S. leur fit part de l'abiuration
du Prince Electoral de Saxe, faite
en 1712 à Bologne , entre les mains
du Cardinal Cafoni Legat pour lors..
dans cette Ville. C'eft le Prince mê
Nij
148 C LE MERCURE
me quia fupplié le S. P. par une Let.
tre du 28 Septembre de la rendre publique
: On ne doute pas que l'Empereur
ne prenne la défenfe du nouveau
Converti , contre toute Puiffance qui
voudroit lui nuire , ou l'attaquer fous ce
pretexte de changement de Religión.
Milord Peterborough eft toûjours
prifonnier au Fort Urbin, où il fe réjoüit
& fe divertit de fon mieux. On voudroit
bien l'élargir mais il s'y oppofe :
Come ce Seigneur fe croit trés offenfé, il
veut avoir une fatisfaction à l'avenant.
Le 25 du paffé, mourut le Cardinal
Grimaldi Gennois , né le 6 Décembre
1545. Le S. P. médite un voyage à
Urbin lieu de fa naiffance , où il verra
le Prétendant à qui il doit vifite : Il y
paroîtra avec tout l'éclat de la Papauté.
Il a épargné à ce deffein les frais de
trois Villegiatures ; & c'eft pour cela
à ce qu'on affûre ,qu'il ne va point cette
année, à Caftel- Gandolphe : Chemin faifant
, il vifitera Nôtre- Dame de Lorette ,
à qui il deftine pour hommage , les
Queues de cheval nouvellement conquifes
fur les Turcs. Il est arrivé de
France un Courier extraordiniare ; il
eftoit porteur d'un Edit fameux, qui fait
DE NOVEMBRE.. 149
défenfe deparler de la Conftitution.
Quelque inftance qu'ait pû faire M.
le Cardinal de la Tremoille auprés du
Pape , il n'a pû obtenir l'Indult pour
Befançon ; quoique M. l'Abbé de Mornay
défigné pour cet Archevêché , foit
agréable à cette Cour.
Nous fommes dans l'attente , d'un
Confiftoire, pour voir fi M. de ... fera
fait enfin Cardinal : Le Pape s'y eft engagé
de parole trop pofitivement , en
difant de ce Prélat , vederà che fono
galant-huomo,
Le 4 de Novembre , le Pape tint Chapelle
dans l'Eglife de S.
Milanois , dont S. M. I.
Charles des
porte
le nom .
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