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1
p. 97-106
LETTRE de M. Du Breüil, à M. le Marquis D*** contenant l'Analyse de la Dissertation sur la circulation de la Séve dans les Plantes, qui a remporté en 1733. le Prix, au jugement de l'Académie Royale des Belles-Lettres, Sciences et Arts de Bordeaux. Par M. de la Baisse.
Début :
Je vous envoye, Monsieur, une Analyse précise et exacte de la Dissertation [...]
Mots clefs :
Écorce, Plantes, Suc nourricier, Circulation de la sève dans les plantes, Sève, Nourriture, Expériences, Moelle, Arbres, Bois
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Du Breüil, à M. le Marquis D*** contenant l'Analyse de la Dissertation sur la circulation de la Séve dans les Plantes, qui a remporté en 1733. le Prix, au jugement de l'Académie Royale des Belles-Lettres, Sciences et Arts de Bordeaux. Par M. de la Baisse.
LETTRE de M. Du Breuil , à M. le
Marquis D *** contenant * l'Analyse
de la Dissertation sur la circulation de
la Séve dans les Plantes , qui a remporté
en 1733. le Prix , au jugement
de
Académie Royale des Belles Lettres ,
Sciences et Arts de Bordeaux . Par M. de
la Baisse.
E vous envoye , Monsieur , une Analyse
précise et exacte de la Dissertation
sur la circulation de la Séve , qui a
remporté cette année le Prix proposé
par l'Académie de Bordeaux. Je ne suis
entré dans aucun détail sur le mérite et
la bonté de l'Ouvrage ; l'Extrait même
suffita pour l'aprétier à sa juste valeurs
si cependant dans le cours de ma Lettre il
m'échappe quelques Refléxions ( ce que
j'éviterai autant qu'il me sera possible )
ce sera uniquement pour vous mettre en
état de juger si (a) les Physiciens trouveront,
ainsi que l'Académie de Bordeaux, que dans
* Je me servirai le plus souvent que je pourrai
des paroles de l'Auteur , pour ne point alterer la
• force de ses expressions.
(a) Tout ce qui est sousligné se trouve mot powr
mot dans l'Avertitsement de l'Académie de Bordeaux
, qui est à la tête de la Dissertation.
ľ hypon
98 MERCURE DE FRANCE
l'hypothese de la circulation de la Séve , qui
est , suivant ces Académiciens , une des
grandes entreprises de la nouvelle Philosophie
; M. de la Baisse paroît avoir pénetré
plus avant que ceux qui l'ont précedé,
et s'ils conviendront que ses Recherches laborieuses
, qu'il appelle par modestie des
tentatives et des conjectures , sont expliquées
avec netteté et solidité ; et qu'enfin cei Auteur
a mis dans un grand jour le Systême qui admet
dans les Plantes une méchanique approchante
de celle des Animaux.
ART. 1. pag. 3. M. d: 1 Baïsse commence
sa Dissertation par examiner quelles
sont les voyes par lesquelles s'insinue
le suc nourricier dans les Plant s. Il lui
paroît vrai en general que c'est par les racines
que les herbes , comme les arbres,
tirent leur nourriture , mais cette connoissance
étoit trop vague , il falloit quelque
chose de plus philosophique ; la racine
est composée de trois principales substances
, de la moëlle , du bois et de l'écorce
; l'écorce , comme tout le monde
sçait , recouvre les deux autres substances
et la moëlle est environnée du bois
et parconséquent de l'écorce ; il s'agissoit
de déterminer par laquelle de ces
trois substances entre le suc nourricier ;
le bois et la moëlle occupent la partic
interieure
JANVIER 1734. 99
interieure , c'est pourquoi elles ne paroissent
pas au premier coup d'oeil trop
à l'introduction de la séve , il ne
propres
reste plus que l'écorce à qui on puisse
naturellement accorder cet usage , son
tissu spongieux paroissoit à notre Auteur
propre à sucer les humiditez terrestres
ainsi voila bien des raisons qui peuvent
déterminer en faveur de l'écorce.
Mais M. de la Baïsse , en bon Physicien
, voulut s'en assurer et examiner par
quels endroits de l'écorce se fait particu
lierement cette suction ; il fit plusieurs
Experiences qui consistent à faire tremper
dans de l'eau ou dans quelque liqueur
colorée , differentes Plantes , tantôt il les
dépoüilla de l'éco , tantôt il leur laissa
leur écorce. Ces Experiences lui ont
paru prouver que l'écorce contribuoit
beaucoup à l'introduction du suc nourricier
, que la partie ligneuse pouvoit
elle seule recevoir la séve , mais en pe
tite quantité ; enfin , que les menües écor
ces du chevelu de la racine , tirent beaucoup
de nourriture , quoique les plus
épaisses ne laissent pas d'en recevoir.
Les Plantes ausquelles il avoit coupé
tous les menus filamens des racines , et
celles aux racines desquelles il avoit fait
des incisions , profiterent dans l'eau à
mer-
386187
100 MERCURE DE FRANCE
merveille . M. de la Baïsse compare ces
coupures à des bouches artificielles
par lesquelles la nourriture s'insinuë plus
aisément dans la substance de l'écorce ,
et il se sert de cette Experience pour
montrer l'utilité qu'on retire en coupant
tous les menus filamens des racines quand
on transplante. Toutes ces preuves rassemblées
font conclure à notre Auteur
que l'écorce est la voïe principale et naturelle
par laquelle les racines tirent les
sucs extérieurs dont les Plantes se nourrissent.
ART. 2. Il passe ensuite à l'examen des
routes que tient le suc nourricier , lorsqu'il
est introduit dans la Plante , parce
que le suc terrestre a dû , selon lui , recevoir
dans l'écorce une préparation qui
le dispose à s'élever jusqu'aux dernieres
extrémitez des feuilles et des branches.
C'est encore par la voïe sûre des expériences
que M. de la Baïsse cherche à reconnoître
le chemin de la séve ; il a mis
pour cela tremper
à différens
temps
, dans l'eau
teinte
par le suc de Phytolacca
, un
nombre
considérable
de Plantes
différen- tes , les unes avec leurs
racines
, les au- tres coupées
vers le pied
de la tige ; ses
observations
l'ont
porté
à croire
que le
suc nourricier
avant
que d'avoir
reçu les
derJANVIER.
1734. Iot .
dernieres préparations , s'éleve en partie
jusqu'au plus haut sommet des Plantes , et
qu'une autre partie de ce suc non encore
digéré , monte pour se répandre ensuite .
dans les branches et les feuilles .
Notre Auteur flaté de cette découverte
, voulut voir si les tuyaux des Plantes
par où monte le suc , ont quelque disposition
particuliere propre à en faciliter
l'afcension , ou s'ils sont indifférens à le
laisser monter ou descendre ; il observa
des Plantes qui trempoient dans une situation
renversée ; et il examina en même-
temps d'autres Plantes qui trempoient
dans leur situation naturelle; de ces
observations il conclut que les vaisseauz
pouvoient rirer de la nourriture par
leurs parties supérieures , quoique cependant
ces canaux soient plus disposez à
Jaisser monter le suc du pied vers le sommet
; on pourroit tres-aisément trouver
dans la Physique des Plantes , bien
des faits et des expériences , sans doute
, inconnuës à M. de la Baïsse , qui renverseroient
la seconde Partie de sa conclusion
et détruiroient les Observations
qui la soutiennent ; il suppose ensuite
qu'il se fait dans ces premières voies ' , lors
même que le suc y entre à contre- sens,
une digestion par laquelle la nourriture
102 MERCURE DE FRANCE.
ture se façonne en passant de ces canaux
dans d'autres , qui la distribuent
dans toute la substance de la Plante ;
cependant cette digestion qui se fait dans
la situation renversée n'a pas paru à notre
Auteur , ni aussi abondante, ni aussi parfaite
que celle qui se fait dans un état naturel;
c'est pourquoi il remarque que la maniere
dont les Plantes se nourrissent lorsqu'on
les fait tremper la tête en bas , paroît très
analogue à celle dont on prétend que des
hommes ont été nourris durant quelque tems
sans prendre que des clysteres delait ou de
liqueur succulente ; pour rendre l'analogic
complette M. de la Baïsse fait observer
que les orifices superieurs des canaux par
lesquels il a découvert que les Plantes
pouvoient tirer quelque nourriture , ne
seroient pour lors dans leur état naturel
que des ouvertures destinées aux ejections
excrementelles , il n'oublie point non plus
que ces canaux auront dèslors beaucoup
de ressemblance aux boyaux des animaux,
il semble que tout favorise les vuës de
notre Physicien , car sur des feuilles de
Tubereuse arrachées de la tige et plongées
par la pointe dans la teinture de Phytolacca
, il a observé des veines branchuës
et ondoyantes , et il a jugé que ces veines
pourroient bien avoir quelque rapport
aux
JANVIER . 1724. 103
aux veines lactées des animaux et être
des vaisseaux où se filtre la liqueur dont
les tuyaux sont remplis.
ART. 3. pag. 16. Après avoir décou
vert que le suc nourricier monte du pied
de la Plante vers le sommet , il falloit
rechercher par quelle partie de la tige se
fait plus particulierement cette ascension ;
parmi les Physiciens les uns ont crû que
la séve monte par l'écorce , d'autres ont
soutenu qu'elle s'éleve entre le bois et
l'écorce , quelques autres enfin ont voulu
que ce fût par la moëlle . Les expériences
rapportées par ces Auteurs pour deffendre
deux sentimens , n'ont nullement paru
décisives à M. de la Baïsse , c'est ce
qui l'a engagé à examiner par lui même
et à faire plusieurs expériences pour tâcher
de découvrir la verité. Il a mis tremper
dans la teinture dePhytolacca différen
tes tiges ou branches d'arbres et de plantes
. Au bout de quelque tems il a examiné
l'écorce et la portion ligneuse , plusieurs
amas de filets dans la substance du bois
lui ont paru rouges sans qu'il trouvât
rien de remarquable dans l'écorce , et sans
que
la moëlle en ait tiré aucune teinture
dans l'antirrhinum , l'écorce étoit devenuë
d'un verd foncé , le calice des fleurs,
lequel bien examiné , n'est , suivant la remar104
MERCURE DE FRANCE
marque de notre Auteur , qu'une production
de l'écorce avoit considérablement
rougi d'un rouge plus foncé vers
les bords. De toutes ces observations , il
conclut que les canaux destinez à porter
la séve dans le corps de la Plante, ne sont
ni dans la moëlle, ni dans l'écorce, ni entré
l'écorce et le bois ; mais dansla substance
ligneuse c.à.d. que ces canaux sont de vé
ritables fibres ligneuses renfermées entre
la moëlle et l'écorce M. de la Baïsse
s'appercevant sans doute de la foiblesse
de ces preuves et de la contradiction manifeste
de ses expériences, a voulu renforcir
sa conclusion par les observations
suivantes.
>
Il dit 1. qu'il est de notorieté publi
que que des arbres cariez dont le tronc
est entierement dépourvû de moëlle
ne laissent pas de vegeter on pourroit
ajouter, le Public n'est pas moins exactement
informé que les mêmes arbres vegetent
très bien sans portion ligneuse avec
la seule écorce , il avance . 2 ° . Que ce ne
peut pas être non plus par l'écorce que
la nourriture monte des racines aux branches
, puisqu'on a vû des arbres croître
et vegeter, quoique le tronc en fut entierement
dépouillé , témoin l'Ormeau des
Thuilleries et ceux du Luxembourg dont
•
il
JAN VIER. 734. 105
il est parlé dans l'Histoire de l'Académic
Royale des Sciences 1709. en 1711. témoins
les Oliviers de Languedoc dont il
a fait mention au même endroit ausquels
on cerne l'écorce , ( a ) au - dessus de l'endroit
où on vient de les enter, ce qui fait
porter plus de fruit aux vieilles branches
qu'on doit couper après la récolte.Je suis,
en verité, surpris que M. de la Baïsse qui
paroît instruit des preuves queM . Parent
proposa à l'Académie Royale des Sciences
, pour soutenir le sistême que notre
Auteur annonce aujourd'hui comme une
grande découverte etune découverte assurée
, ait ignoré combien les faits exposez
par M.Parent péchoient contre la verité,
et de quelle maniere ils furent relevez
par M. Reneaume qui se transporta au
Luxembourg et aux Thuilleries pour
examiner les arbres en question ; il auroit
dû sçavoir aussi ce que l'on répondit à
l'observation des Oliviers de Languedoc ,
communiquée à l'Académie des Sciences
par M. Magnol.
Mais notre Auteur,sans vouloir entrer
dans tout ce détail , soutient que ce qui
a été dit pour expliquer tous ces faits,en
supposant que c'est par l'écorce que mon-
( a ) L'Auteur auroit dû mestre deux doigts
d'écorce pour ne point faire prendre le change.
F te
16 MERCURE DE FRANCE
te la nourriture , est plus subtil que solides
et regardant son sentiment comme victotieux,
il se contente pour refuter l'opinion
des partisants de l'écorce , d'ajouter deux
nouveaux faits assez remarquables , selon
lui , mais qui ne paroîtront peut-être pas
plus frappans que les précedens , et qui
sont sujets aux - mêmes inconveniens . En
finissant cet article M. de la Baisse voyant
sa découverte hors de toute atteinte, veut
bien , en galant homme, avoir la complai
sance de relâcher de ses droits en faveur
de l'écorce ; il accorde que dans les arbres
faits dont le bois est fort compact , comme
chênes et ormeaux , la séve monte par
PAubier ou par la partie du bois la plus
voisine de l'écorce , il dit même qu'il s'est
assuré de cette observation par plusieurs
expériences qu'il passe sous silence.
La suite dans un autre Mercure.
Marquis D *** contenant * l'Analyse
de la Dissertation sur la circulation de
la Séve dans les Plantes , qui a remporté
en 1733. le Prix , au jugement
de
Académie Royale des Belles Lettres ,
Sciences et Arts de Bordeaux . Par M. de
la Baisse.
E vous envoye , Monsieur , une Analyse
précise et exacte de la Dissertation
sur la circulation de la Séve , qui a
remporté cette année le Prix proposé
par l'Académie de Bordeaux. Je ne suis
entré dans aucun détail sur le mérite et
la bonté de l'Ouvrage ; l'Extrait même
suffita pour l'aprétier à sa juste valeurs
si cependant dans le cours de ma Lettre il
m'échappe quelques Refléxions ( ce que
j'éviterai autant qu'il me sera possible )
ce sera uniquement pour vous mettre en
état de juger si (a) les Physiciens trouveront,
ainsi que l'Académie de Bordeaux, que dans
* Je me servirai le plus souvent que je pourrai
des paroles de l'Auteur , pour ne point alterer la
• force de ses expressions.
(a) Tout ce qui est sousligné se trouve mot powr
mot dans l'Avertitsement de l'Académie de Bordeaux
, qui est à la tête de la Dissertation.
ľ hypon
98 MERCURE DE FRANCE
l'hypothese de la circulation de la Séve , qui
est , suivant ces Académiciens , une des
grandes entreprises de la nouvelle Philosophie
; M. de la Baisse paroît avoir pénetré
plus avant que ceux qui l'ont précedé,
et s'ils conviendront que ses Recherches laborieuses
, qu'il appelle par modestie des
tentatives et des conjectures , sont expliquées
avec netteté et solidité ; et qu'enfin cei Auteur
a mis dans un grand jour le Systême qui admet
dans les Plantes une méchanique approchante
de celle des Animaux.
ART. 1. pag. 3. M. d: 1 Baïsse commence
sa Dissertation par examiner quelles
sont les voyes par lesquelles s'insinue
le suc nourricier dans les Plant s. Il lui
paroît vrai en general que c'est par les racines
que les herbes , comme les arbres,
tirent leur nourriture , mais cette connoissance
étoit trop vague , il falloit quelque
chose de plus philosophique ; la racine
est composée de trois principales substances
, de la moëlle , du bois et de l'écorce
; l'écorce , comme tout le monde
sçait , recouvre les deux autres substances
et la moëlle est environnée du bois
et parconséquent de l'écorce ; il s'agissoit
de déterminer par laquelle de ces
trois substances entre le suc nourricier ;
le bois et la moëlle occupent la partic
interieure
JANVIER 1734. 99
interieure , c'est pourquoi elles ne paroissent
pas au premier coup d'oeil trop
à l'introduction de la séve , il ne
propres
reste plus que l'écorce à qui on puisse
naturellement accorder cet usage , son
tissu spongieux paroissoit à notre Auteur
propre à sucer les humiditez terrestres
ainsi voila bien des raisons qui peuvent
déterminer en faveur de l'écorce.
Mais M. de la Baïsse , en bon Physicien
, voulut s'en assurer et examiner par
quels endroits de l'écorce se fait particu
lierement cette suction ; il fit plusieurs
Experiences qui consistent à faire tremper
dans de l'eau ou dans quelque liqueur
colorée , differentes Plantes , tantôt il les
dépoüilla de l'éco , tantôt il leur laissa
leur écorce. Ces Experiences lui ont
paru prouver que l'écorce contribuoit
beaucoup à l'introduction du suc nourricier
, que la partie ligneuse pouvoit
elle seule recevoir la séve , mais en pe
tite quantité ; enfin , que les menües écor
ces du chevelu de la racine , tirent beaucoup
de nourriture , quoique les plus
épaisses ne laissent pas d'en recevoir.
Les Plantes ausquelles il avoit coupé
tous les menus filamens des racines , et
celles aux racines desquelles il avoit fait
des incisions , profiterent dans l'eau à
mer-
386187
100 MERCURE DE FRANCE
merveille . M. de la Baïsse compare ces
coupures à des bouches artificielles
par lesquelles la nourriture s'insinuë plus
aisément dans la substance de l'écorce ,
et il se sert de cette Experience pour
montrer l'utilité qu'on retire en coupant
tous les menus filamens des racines quand
on transplante. Toutes ces preuves rassemblées
font conclure à notre Auteur
que l'écorce est la voïe principale et naturelle
par laquelle les racines tirent les
sucs extérieurs dont les Plantes se nourrissent.
ART. 2. Il passe ensuite à l'examen des
routes que tient le suc nourricier , lorsqu'il
est introduit dans la Plante , parce
que le suc terrestre a dû , selon lui , recevoir
dans l'écorce une préparation qui
le dispose à s'élever jusqu'aux dernieres
extrémitez des feuilles et des branches.
C'est encore par la voïe sûre des expériences
que M. de la Baïsse cherche à reconnoître
le chemin de la séve ; il a mis
pour cela tremper
à différens
temps
, dans l'eau
teinte
par le suc de Phytolacca
, un
nombre
considérable
de Plantes
différen- tes , les unes avec leurs
racines
, les au- tres coupées
vers le pied
de la tige ; ses
observations
l'ont
porté
à croire
que le
suc nourricier
avant
que d'avoir
reçu les
derJANVIER.
1734. Iot .
dernieres préparations , s'éleve en partie
jusqu'au plus haut sommet des Plantes , et
qu'une autre partie de ce suc non encore
digéré , monte pour se répandre ensuite .
dans les branches et les feuilles .
Notre Auteur flaté de cette découverte
, voulut voir si les tuyaux des Plantes
par où monte le suc , ont quelque disposition
particuliere propre à en faciliter
l'afcension , ou s'ils sont indifférens à le
laisser monter ou descendre ; il observa
des Plantes qui trempoient dans une situation
renversée ; et il examina en même-
temps d'autres Plantes qui trempoient
dans leur situation naturelle; de ces
observations il conclut que les vaisseauz
pouvoient rirer de la nourriture par
leurs parties supérieures , quoique cependant
ces canaux soient plus disposez à
Jaisser monter le suc du pied vers le sommet
; on pourroit tres-aisément trouver
dans la Physique des Plantes , bien
des faits et des expériences , sans doute
, inconnuës à M. de la Baïsse , qui renverseroient
la seconde Partie de sa conclusion
et détruiroient les Observations
qui la soutiennent ; il suppose ensuite
qu'il se fait dans ces premières voies ' , lors
même que le suc y entre à contre- sens,
une digestion par laquelle la nourriture
102 MERCURE DE FRANCE.
ture se façonne en passant de ces canaux
dans d'autres , qui la distribuent
dans toute la substance de la Plante ;
cependant cette digestion qui se fait dans
la situation renversée n'a pas paru à notre
Auteur , ni aussi abondante, ni aussi parfaite
que celle qui se fait dans un état naturel;
c'est pourquoi il remarque que la maniere
dont les Plantes se nourrissent lorsqu'on
les fait tremper la tête en bas , paroît très
analogue à celle dont on prétend que des
hommes ont été nourris durant quelque tems
sans prendre que des clysteres delait ou de
liqueur succulente ; pour rendre l'analogic
complette M. de la Baïsse fait observer
que les orifices superieurs des canaux par
lesquels il a découvert que les Plantes
pouvoient tirer quelque nourriture , ne
seroient pour lors dans leur état naturel
que des ouvertures destinées aux ejections
excrementelles , il n'oublie point non plus
que ces canaux auront dèslors beaucoup
de ressemblance aux boyaux des animaux,
il semble que tout favorise les vuës de
notre Physicien , car sur des feuilles de
Tubereuse arrachées de la tige et plongées
par la pointe dans la teinture de Phytolacca
, il a observé des veines branchuës
et ondoyantes , et il a jugé que ces veines
pourroient bien avoir quelque rapport
aux
JANVIER . 1724. 103
aux veines lactées des animaux et être
des vaisseaux où se filtre la liqueur dont
les tuyaux sont remplis.
ART. 3. pag. 16. Après avoir décou
vert que le suc nourricier monte du pied
de la Plante vers le sommet , il falloit
rechercher par quelle partie de la tige se
fait plus particulierement cette ascension ;
parmi les Physiciens les uns ont crû que
la séve monte par l'écorce , d'autres ont
soutenu qu'elle s'éleve entre le bois et
l'écorce , quelques autres enfin ont voulu
que ce fût par la moëlle . Les expériences
rapportées par ces Auteurs pour deffendre
deux sentimens , n'ont nullement paru
décisives à M. de la Baïsse , c'est ce
qui l'a engagé à examiner par lui même
et à faire plusieurs expériences pour tâcher
de découvrir la verité. Il a mis tremper
dans la teinture dePhytolacca différen
tes tiges ou branches d'arbres et de plantes
. Au bout de quelque tems il a examiné
l'écorce et la portion ligneuse , plusieurs
amas de filets dans la substance du bois
lui ont paru rouges sans qu'il trouvât
rien de remarquable dans l'écorce , et sans
que
la moëlle en ait tiré aucune teinture
dans l'antirrhinum , l'écorce étoit devenuë
d'un verd foncé , le calice des fleurs,
lequel bien examiné , n'est , suivant la remar104
MERCURE DE FRANCE
marque de notre Auteur , qu'une production
de l'écorce avoit considérablement
rougi d'un rouge plus foncé vers
les bords. De toutes ces observations , il
conclut que les canaux destinez à porter
la séve dans le corps de la Plante, ne sont
ni dans la moëlle, ni dans l'écorce, ni entré
l'écorce et le bois ; mais dansla substance
ligneuse c.à.d. que ces canaux sont de vé
ritables fibres ligneuses renfermées entre
la moëlle et l'écorce M. de la Baïsse
s'appercevant sans doute de la foiblesse
de ces preuves et de la contradiction manifeste
de ses expériences, a voulu renforcir
sa conclusion par les observations
suivantes.
>
Il dit 1. qu'il est de notorieté publi
que que des arbres cariez dont le tronc
est entierement dépourvû de moëlle
ne laissent pas de vegeter on pourroit
ajouter, le Public n'est pas moins exactement
informé que les mêmes arbres vegetent
très bien sans portion ligneuse avec
la seule écorce , il avance . 2 ° . Que ce ne
peut pas être non plus par l'écorce que
la nourriture monte des racines aux branches
, puisqu'on a vû des arbres croître
et vegeter, quoique le tronc en fut entierement
dépouillé , témoin l'Ormeau des
Thuilleries et ceux du Luxembourg dont
•
il
JAN VIER. 734. 105
il est parlé dans l'Histoire de l'Académic
Royale des Sciences 1709. en 1711. témoins
les Oliviers de Languedoc dont il
a fait mention au même endroit ausquels
on cerne l'écorce , ( a ) au - dessus de l'endroit
où on vient de les enter, ce qui fait
porter plus de fruit aux vieilles branches
qu'on doit couper après la récolte.Je suis,
en verité, surpris que M. de la Baïsse qui
paroît instruit des preuves queM . Parent
proposa à l'Académie Royale des Sciences
, pour soutenir le sistême que notre
Auteur annonce aujourd'hui comme une
grande découverte etune découverte assurée
, ait ignoré combien les faits exposez
par M.Parent péchoient contre la verité,
et de quelle maniere ils furent relevez
par M. Reneaume qui se transporta au
Luxembourg et aux Thuilleries pour
examiner les arbres en question ; il auroit
dû sçavoir aussi ce que l'on répondit à
l'observation des Oliviers de Languedoc ,
communiquée à l'Académie des Sciences
par M. Magnol.
Mais notre Auteur,sans vouloir entrer
dans tout ce détail , soutient que ce qui
a été dit pour expliquer tous ces faits,en
supposant que c'est par l'écorce que mon-
( a ) L'Auteur auroit dû mestre deux doigts
d'écorce pour ne point faire prendre le change.
F te
16 MERCURE DE FRANCE
te la nourriture , est plus subtil que solides
et regardant son sentiment comme victotieux,
il se contente pour refuter l'opinion
des partisants de l'écorce , d'ajouter deux
nouveaux faits assez remarquables , selon
lui , mais qui ne paroîtront peut-être pas
plus frappans que les précedens , et qui
sont sujets aux - mêmes inconveniens . En
finissant cet article M. de la Baisse voyant
sa découverte hors de toute atteinte, veut
bien , en galant homme, avoir la complai
sance de relâcher de ses droits en faveur
de l'écorce ; il accorde que dans les arbres
faits dont le bois est fort compact , comme
chênes et ormeaux , la séve monte par
PAubier ou par la partie du bois la plus
voisine de l'écorce , il dit même qu'il s'est
assuré de cette observation par plusieurs
expériences qu'il passe sous silence.
La suite dans un autre Mercure.
Fermer
Résumé : LETTRE de M. Du Breüil, à M. le Marquis D*** contenant l'Analyse de la Dissertation sur la circulation de la Séve dans les Plantes, qui a remporté en 1733. le Prix, au jugement de l'Académie Royale des Belles-Lettres, Sciences et Arts de Bordeaux. Par M. de la Baisse.
La lettre de M. Du Breuil au Marquis D*** résume la dissertation de M. de la Baïsse sur la circulation de la sève dans les plantes, lauréate du prix de l'Académie Royale des Belles Lettres, Sciences et Arts de Bordeaux en 1733. M. de la Baïsse explore les voies d'absorption de la sève nourricière par les plantes. Il conclut que les racines, constituées de moëlle, de bois et d'écorce, permettent principalement l'absorption de la sève par l'écorce. Des expériences montrent que l'écorce joue un rôle significatif dans cette absorption, tandis que le bois et la moëlle en jouent un moindre. M. de la Baïsse examine ensuite les chemins empruntés par la sève une fois introduite dans la plante. Il observe que la sève monte jusqu'aux extrémités des feuilles et des branches après avoir été préparée dans l'écorce. Des expériences avec des liquides colorés révèlent que la sève monte plus facilement vers le sommet, bien que les vaisseaux puissent aussi tirer de la nourriture par leurs parties supérieures. Pour déterminer par quelle partie de la tige la sève monte, M. de la Baïsse conclut que les canaux destinés à porter la sève se trouvent dans la substance ligneuse, entre la moëlle et l'écorce. Cette conclusion est renforcée par des observations sur des arbres carieux et des expériences sur des tiges trempées dans des teintures. Enfin, M. de la Baïsse reconnaît que, dans certains arbres, la sève peut monter par l'aubier ou la partie du bois proche de l'écorce. Il mentionne des faits observés sur des arbres spécifiques, comme les ormes et les oliviers, pour appuyer ses conclusions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2
p. 222-232
SUITE de la Lettre de M. D. B.*** contenant l'Analyse de la Dissertation sur la Circulation de la Séve dans les Plantes, &c.
Début :
ART. 4. / pag. 24 / Mr de la Baïsse avoit résolu de suivre, s'il étoit possible, [...]
Mots clefs :
Circulation de la sève dans les plantes, Suc, Écorce, Plantes, Sève, Fibres ligneuses, Feuilles, Canaux, Parties, Utricules
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texteReconnaissance textuelle : SUITE de la Lettre de M. D. B.*** contenant l'Analyse de la Dissertation sur la Circulation de la Séve dans les Plantes, &c.
SUITE de la Lettre de M. D. B. ***
contenant l'Analyse de la Dissertation
sur la Circulation de la Séve dans les
Plantes , &c.
ART. 4.
pag. 24
R de la Baïsse avoit résolu
Mde suivre, s'il étoit
possible,
dans les Plantes le cours de la Séve d'une
maniere
FEVRIER 1734. 223
>
maniere aussi précise qu'on fait le cours
du Chyle dans les animaux , il vouloit en
déterminer les visieres , les veines , les ar--
teres , les glandes , et les vaisseaux , parce
qu'il avoit cru les voir distinctement
dans quelques Plantes ; il entreprit pour
executer ce projet plusieurs dissections ;
mais comme il ne retiroit de ce travail
aucun fruit , il jugea l'entreprise impossible
, du moins de la maniere dont il avoit
arrangé son plan , c'est pourquoi il l'abandonna
entierement , et il se contenta
d'examiner en general comment et ent
quelles parties de la Plante se dégorgent
les premiers tuyaux par lesquels monte
d'abord le suc nourricier ; notre Auteur
a toûjours mis tremper dans une liqueur.
colorée les parties des Plantes qu'il a voulu
examiner , et cette voye lui a paru suffisante
pour découvrir la route de la
séve.
La premiere partie de la Plante dans laquelle
il a observé le cours de la liqueur, a
été les fleurs ; il a jugé par ses observations
que le suc monte fort vîte et fort aisément
jusqu'au sommet des tiges , mais qu'il se
trouve ensuite arrêté aux plis et extrê
mitez des fleurs ; il pense que c'est peutêtre
en ces Endroits que le suc dépose ce
qu'il a de plus grossier ; il a aussi remar-
Bij qué
224 MERCURE DE FRANCE.
qué que le suc passe de ces premiers canaux
dans les parties charnues de la fleur
comme au travers d'un filtre , ce qui fait
qu'il n'y a que la portion du suc la plus
subtile qui y puisse être ; il prétend que les
sacs , ( il entend par sacs les utricules de
Malpighi ) tirent le suc immédiatement
de ces vaisseaux le long desquels ils sont
apparemment attachez ; peut- être bien ,
ajoûte-t'il , le suc nourricier se filtre par
côté , et passe dans de petits canaux collateraux
qui servent de communication
pour le porter dans les Kistes charnus , les
mêmes que ce qui vient d'être appellez
sacs. M. de la Baïsse seroit fort embarrassé
de trouver ces vaisseaux de communication
, même avec le secours du microscope.
.ART. 5. p. 30. Art . 6. ibid. Notre Auteur
n'ayant pû observer la route du suc
dans les fruits , passa la distribution de la
liqueur dans les feuilles , il a découvert
que les canaux destinez à porter la premiere
nourriture dans les feuilles sont situez
dans les nervures , que ces canaux ne
sont qu'une continuation des fibres de la
portion Higneuse , que le suc passe de
ces tuyaux dans les parties charnuës des
feuilles de la même maniere que dans celles
des fleurs , enfin qu'à mesure que le
Suc
FEVRIER. 1734. 225
suc monte dans les nervures , il s'y débarasse
de sa portion la plus grossiere. Pour
ne rien avancer gratis , voici la preuve de
cette derniere proposition , mettant une
feuille tremper par le pidicale dans une liqueur
colorée , la teinture devenoit moins
chargée à proportion qu'elle montoit plus
haut dans les tuyaux de la feiiille ; il falloit
donc qu'elle se dépoüillât de ses parties
heterogenes , par consequent la même
députation doit arriver à la seve qui
se meut dans ces canaux . Il faut avouer
qu'il est impossible de se refuser à de telles
preuves
.
ART. 7. p. 34. M. de la Baïsse mit pendant
deux ou trois jours en experience
dans la liqueur colorée l'écorce de quelques
Plantes , il observa que dans la partie
superieure et inferieure de l'écorce , la
teinture s'étoit répandue , et que la couleur
étoit très- visible vers le bas environ
jusqu'à la hauteur où s'élevoient en dedans
de la Plante des veines sensiblement rouges
, et vers le haut dans l'endroit où le suc
continuellement poussé avoit eu le loisir
de se ramasser jusqu'à répandre une couleur
rougeâtre dans presque tout l'interieur
de la plante ; il n'apperçût aucune
alteration de couleur au milieu de la tige,
et il conclut que ce n'est que quand la
B iij partie
226 MERCURE DE FRANCE
partie ligneuse de la plante a été imbuë de
la couleur du suc dont elle s'est nourrie ,
que l'écorce s'en est aussi trouvée colorée
quelque temps après , et par consequent
que c'est immédiatement du bois que l'écorce
tire sa premiere nourriture ; enfin
comme notre Auteur n'a pû distinguer
de rameaux rouges dans la substance de
l'écorce comme dans celle du bois , quoique
la teinture se répandit dans l'écorce toujours
assez uniformement , il lui a paru démontré
que la seve qui nourrit l'écorce passe immédiatement
des fibres de la portion ligneuse
dans les utricules de l'écorce.
Ordinairement le signe caracteriastique
d'un systême vrai est la facilité qu'il donne
pour expliquer tous les faits qui se présentent
, c'est pourquoi M. de la Baïsse
tâchá de rendre raison selon ses principes
de plusieurs phénomenes qui appartiennent
à la Physique des Plantes. Comme
je crois , Monsieur , que vous ne serez pas
fâché de voir un essai des applications de
son systême à differens cas particuliers , je
vais vous en rendre compte en peu de
mots.
P. 35. M. de la Baïsse se propose d'abord
d'examiner d'où vient cette abondance
de suc qu'on trouve au Printems
entre l'écorce et le bois des Arbres , et
l'explication
FEVRIER 1734 227
l'explication de ce fait lui paroît plutôt
une consequence qu'une nouvelle preuve
de son sentiment , tant elle est ( selon
lui ) naturelle ; au renouvellement de la saison
les premiers canaux situez dans la portion
ligneuse de l'arbre abondent en sucs,
dont ils se déchargent par tous leurs dégorgemens
; bientôt les vessicules de l'écorce
en sont remplies ; et ne pouvant plus
contenir celui qui survient , il faut de necessité
qu'il sorte hors de ses vaisseaux , et
qu'il se jette entre l'écorce et le bois dans
les endroits où l'écorce est trop adhérente
au bois , les fibres ligneuses se replient sur
elles -mêmes, et poussées au dehors par l'effort
continuel des sucs nouveaux , elles
fendent l'écorce et forment de nouveaux
jes. Notre auteur ajoûte que s'il est permis
de se livrer aux conjectures , il dira
encore que cet excès de séve venant à
rompre , les petites attaches qui lioient
les utricules de l'écorce aux fibres les plus
voisines de l'écorce , presse par dehors
ces letricules et les force à s'étendre suivant
la direction la plus facile , c'est- à dire
, selon la longueur de l'Arbre , bientôt
ces utricules ainsi pressez et étendus
en longueur s'ouvrent les uns dans les autres
et deviennent par - là des canaux
longs et contigus ; en un mot , de vrayes
و
B iiij
fibres
228 MERCURE DE FRANCE
fibres ligneuses , c'est aux approches de
l'hyver que le froid doit le presser ,
assez pour les faire coller au corps de
l'Arbre.
et
M. de la Baïsse après cette explication
qui est certainement toute neuve , employe
encore une preuve de fait qui lui
paroît décisive pour démontrer que le
nouveau bois se forme de l'écorce , et il
termine cet article par une question qu'il
se propose , et qu'il résout ensuite ; on lui
demandera peut être , dit-il , comment
l'écorce répare la perte qu'elle fait chaque
année de la portion de substance qui devient
partie ligneuse , il répond qu'il se
travaille dans l'interieur même de l'écorce
une substance propre à reparer ses pertes
et il appuye cette réponse par une obser
vation à peu près aussi juste et aussi concluante
que la réponse elle -même est instructive.
ART. 8. p. 41. La moëlle , selon notre
Auteur , tire sa nourriture de la partie
superieure de la portion ligneuse , et un
de ses usages lui paroît être de filtrer et de
préparer les sucs qui doivent nourrir l'embryon
, parce que dans la dissection des
fruits de plusieurs Arbres on voit une
communication sensible du coeur du jeune
fruit avec la moëlle du nouveau jet.
ART.
FEVRIER. 1734. 229
ART. 9. p. 43. ART. 10. p. 44. Il ne
suffit pas de connoître que la séve monte
jusqu'aux extrêmitez des Plantes , il faut
sçavoir encore si cette séve redescend , les
Plantes poussent des racines de la même
maniere qu'elles poussent des feuilles et
des branches ; ainsi comme il y a un suc
•qui en montant fait rejetter les plantes par
le haut , il doit y en avoir un autre qui en
descendant les fasse croître par le bas . M.
de la Baïsse n'a regardé ce Phénomene que
.comme une simple indication , et afin de
découvrir la verité il s'est engagé dans
plusieurs experiences que je vais rappor
ter dans le même ordre qu'il les a exposées.
1 °. Dans les fleurs et branches opposées
qui ont trempé dans la liqueur de
Phytolaus par une de leurs extrêmitez superieures
et dans une situation renversée
le premier suc ne s'est élevé que très- peu ,
quoique les parties inferieures , les bran
ches et les fleurs collaterales se soient bien
conservées , ce qui fait penser à M. de la
Baisse( et qui peut le penser que lui ? )qu'il
faut qu'il se fasse dans les feuilles et
sommitez où s'arrête ce premier suc une
digestion qui donne naissance à un suc - secondaire
, propre à porter en descendant
la fraîcheur dans les parties inferieures et
collaterales de la fleur ou de la branche
By
230 MERCURE DE FRANCE
-2 ° . Il monte du suc des racines des jeunes
Plantes aux feuilles seminales , et il en
descend des feuilles seminales aux racines,
comme il est facile de le prouver par les
experiences de Malpighi qui démontrent
la nécessité de ses feuilles seminales pour
la vegetation de la tige et des racines naissantes.
3 ° . Si on fait une ligature à une
tige de titrimale , il se forme un bourelet
au dessus de la ligature. Preuve sensible .
d'un suc descendant , et de la verité de
cette experience faite par M. Perrault. 4° .
Dans un gros tronc de noyer vers le couronnement
, sous une des plus considerables
branches , M. de la Baïsse a vû une
grande carité du milieu de laquelle sortoit
une racine de quatre lignes de diametre
à sa naissance , et longue de huit
ces , cette racine n'a pû être formée que
par un suc descendant . 5 ° . Dans les Greffes
la direction des fibres ligneuses est irréguliere
, du moins suivant notre Auteur ,
et à la pluspart il se forme des bourelets ,
les fibres du sujet au contraire ne sont
que peu ou point dérangées , ce qui lut
paroît prouver qu'il descend de la greffe
au sujet un suc qui ne pouvant passer alsement
dans le sujet est repoussé dans la
greffe , où il se replie sur lui même . M. Du
amel a avancé dans les Memoires de l'A
poucadémi
FEVRIER. 1734. 231
cadémie Royale des Sciences 1728. que la
qualité des fruits se perfectionne par la
greffe , parce que le suc se travaille dans
les plis et replis qui se forment au-dessus
de la jonction , M. de la Baïsse pensant
que les observations de cet Academicien
pourroient faire contre son sentiment une
obection assez forte , du moins en apparence
, a jugé à propos pour y répondre
de faire observer que le premier suc montant
se façonne très peu dans les tuyaux
par lesquels il passe et qu'il faut de necessité
que ce suc ait fait plusieurs circulations
dans la Plante , ce qui est alors supposer
un suc descendant. M. de la Bisse
pour prouver que ce n'est pas sans fondement
qu'il prétend qu'il y a des fibres voisines
, dont les unes portent le suc montant
, et les autres le descendant , se sert
de l'experience suivante qu'il croit bien
écisive dans le cas present ; il mit au
Printemps dans la teinture de Phytolacca
une branche de Tilleul longue d'environ
trois pieds la cinture s' leva jusqu'au
haut de la branche , il coupa cette bran
che obliquement en differens endroits , il
en regard less ctions avec une loupe , et
il distingua dans toutes des cercles concentriques
alternativement rouges et
blancs. 6. Si on coupe l'éclaire,le suc jau-
B vj
ne
232 MERCURE DE FRANCE
ne , suivant notre Auteur , sort en plus
grande abondance de la partie superieure
que
de l'inferieure , souvent même il n'en
découle pas une seule goutte de la section
inferieure , ce qui lui semble prouver que
ce suc vient des parties superieures de la
Plante , et par consequent que c'est au suc
descendant . M. de la Baïsse avoue que cette
experience ne lui a pas toujours également
réussi. 7. Enfin notre Auteur a fait
les mêmes observations sur le suc des tithimales
que sur celui de l'éclaire .
ART. II . p. 55. Il s'agit présentement
de déterminer d'où vient ce suc descendant
, et de découvrir si c'est la séve de
la Plante , ou un suc fourni par l'air , M.
de la Baïsse adopte le premier sentiment
et dit que le dernier ne mérite pas qu'on
s'arrête à le refuter par de longs raisonnemens
, et en consequence il conclut qu'il
ya dans les Plantes une vraye circulatio
de la séve ; au reste , s'il entre à rebours
par les extrêmitez des fibres ligneuses des
feuilles ou des tiges , quelques sucs étrangers
, notre Auteur pense qu'ils y reçoivent
bientôt une digestion, qui en les faisant
passer dans d'autres canaux , les réduit
au cours naturel des liquides ordinaires.
contenant l'Analyse de la Dissertation
sur la Circulation de la Séve dans les
Plantes , &c.
ART. 4.
pag. 24
R de la Baïsse avoit résolu
Mde suivre, s'il étoit
possible,
dans les Plantes le cours de la Séve d'une
maniere
FEVRIER 1734. 223
>
maniere aussi précise qu'on fait le cours
du Chyle dans les animaux , il vouloit en
déterminer les visieres , les veines , les ar--
teres , les glandes , et les vaisseaux , parce
qu'il avoit cru les voir distinctement
dans quelques Plantes ; il entreprit pour
executer ce projet plusieurs dissections ;
mais comme il ne retiroit de ce travail
aucun fruit , il jugea l'entreprise impossible
, du moins de la maniere dont il avoit
arrangé son plan , c'est pourquoi il l'abandonna
entierement , et il se contenta
d'examiner en general comment et ent
quelles parties de la Plante se dégorgent
les premiers tuyaux par lesquels monte
d'abord le suc nourricier ; notre Auteur
a toûjours mis tremper dans une liqueur.
colorée les parties des Plantes qu'il a voulu
examiner , et cette voye lui a paru suffisante
pour découvrir la route de la
séve.
La premiere partie de la Plante dans laquelle
il a observé le cours de la liqueur, a
été les fleurs ; il a jugé par ses observations
que le suc monte fort vîte et fort aisément
jusqu'au sommet des tiges , mais qu'il se
trouve ensuite arrêté aux plis et extrê
mitez des fleurs ; il pense que c'est peutêtre
en ces Endroits que le suc dépose ce
qu'il a de plus grossier ; il a aussi remar-
Bij qué
224 MERCURE DE FRANCE.
qué que le suc passe de ces premiers canaux
dans les parties charnues de la fleur
comme au travers d'un filtre , ce qui fait
qu'il n'y a que la portion du suc la plus
subtile qui y puisse être ; il prétend que les
sacs , ( il entend par sacs les utricules de
Malpighi ) tirent le suc immédiatement
de ces vaisseaux le long desquels ils sont
apparemment attachez ; peut- être bien ,
ajoûte-t'il , le suc nourricier se filtre par
côté , et passe dans de petits canaux collateraux
qui servent de communication
pour le porter dans les Kistes charnus , les
mêmes que ce qui vient d'être appellez
sacs. M. de la Baïsse seroit fort embarrassé
de trouver ces vaisseaux de communication
, même avec le secours du microscope.
.ART. 5. p. 30. Art . 6. ibid. Notre Auteur
n'ayant pû observer la route du suc
dans les fruits , passa la distribution de la
liqueur dans les feuilles , il a découvert
que les canaux destinez à porter la premiere
nourriture dans les feuilles sont situez
dans les nervures , que ces canaux ne
sont qu'une continuation des fibres de la
portion Higneuse , que le suc passe de
ces tuyaux dans les parties charnuës des
feuilles de la même maniere que dans celles
des fleurs , enfin qu'à mesure que le
Suc
FEVRIER. 1734. 225
suc monte dans les nervures , il s'y débarasse
de sa portion la plus grossiere. Pour
ne rien avancer gratis , voici la preuve de
cette derniere proposition , mettant une
feuille tremper par le pidicale dans une liqueur
colorée , la teinture devenoit moins
chargée à proportion qu'elle montoit plus
haut dans les tuyaux de la feiiille ; il falloit
donc qu'elle se dépoüillât de ses parties
heterogenes , par consequent la même
députation doit arriver à la seve qui
se meut dans ces canaux . Il faut avouer
qu'il est impossible de se refuser à de telles
preuves
.
ART. 7. p. 34. M. de la Baïsse mit pendant
deux ou trois jours en experience
dans la liqueur colorée l'écorce de quelques
Plantes , il observa que dans la partie
superieure et inferieure de l'écorce , la
teinture s'étoit répandue , et que la couleur
étoit très- visible vers le bas environ
jusqu'à la hauteur où s'élevoient en dedans
de la Plante des veines sensiblement rouges
, et vers le haut dans l'endroit où le suc
continuellement poussé avoit eu le loisir
de se ramasser jusqu'à répandre une couleur
rougeâtre dans presque tout l'interieur
de la plante ; il n'apperçût aucune
alteration de couleur au milieu de la tige,
et il conclut que ce n'est que quand la
B iij partie
226 MERCURE DE FRANCE
partie ligneuse de la plante a été imbuë de
la couleur du suc dont elle s'est nourrie ,
que l'écorce s'en est aussi trouvée colorée
quelque temps après , et par consequent
que c'est immédiatement du bois que l'écorce
tire sa premiere nourriture ; enfin
comme notre Auteur n'a pû distinguer
de rameaux rouges dans la substance de
l'écorce comme dans celle du bois , quoique
la teinture se répandit dans l'écorce toujours
assez uniformement , il lui a paru démontré
que la seve qui nourrit l'écorce passe immédiatement
des fibres de la portion ligneuse
dans les utricules de l'écorce.
Ordinairement le signe caracteriastique
d'un systême vrai est la facilité qu'il donne
pour expliquer tous les faits qui se présentent
, c'est pourquoi M. de la Baïsse
tâchá de rendre raison selon ses principes
de plusieurs phénomenes qui appartiennent
à la Physique des Plantes. Comme
je crois , Monsieur , que vous ne serez pas
fâché de voir un essai des applications de
son systême à differens cas particuliers , je
vais vous en rendre compte en peu de
mots.
P. 35. M. de la Baïsse se propose d'abord
d'examiner d'où vient cette abondance
de suc qu'on trouve au Printems
entre l'écorce et le bois des Arbres , et
l'explication
FEVRIER 1734 227
l'explication de ce fait lui paroît plutôt
une consequence qu'une nouvelle preuve
de son sentiment , tant elle est ( selon
lui ) naturelle ; au renouvellement de la saison
les premiers canaux situez dans la portion
ligneuse de l'arbre abondent en sucs,
dont ils se déchargent par tous leurs dégorgemens
; bientôt les vessicules de l'écorce
en sont remplies ; et ne pouvant plus
contenir celui qui survient , il faut de necessité
qu'il sorte hors de ses vaisseaux , et
qu'il se jette entre l'écorce et le bois dans
les endroits où l'écorce est trop adhérente
au bois , les fibres ligneuses se replient sur
elles -mêmes, et poussées au dehors par l'effort
continuel des sucs nouveaux , elles
fendent l'écorce et forment de nouveaux
jes. Notre auteur ajoûte que s'il est permis
de se livrer aux conjectures , il dira
encore que cet excès de séve venant à
rompre , les petites attaches qui lioient
les utricules de l'écorce aux fibres les plus
voisines de l'écorce , presse par dehors
ces letricules et les force à s'étendre suivant
la direction la plus facile , c'est- à dire
, selon la longueur de l'Arbre , bientôt
ces utricules ainsi pressez et étendus
en longueur s'ouvrent les uns dans les autres
et deviennent par - là des canaux
longs et contigus ; en un mot , de vrayes
و
B iiij
fibres
228 MERCURE DE FRANCE
fibres ligneuses , c'est aux approches de
l'hyver que le froid doit le presser ,
assez pour les faire coller au corps de
l'Arbre.
et
M. de la Baïsse après cette explication
qui est certainement toute neuve , employe
encore une preuve de fait qui lui
paroît décisive pour démontrer que le
nouveau bois se forme de l'écorce , et il
termine cet article par une question qu'il
se propose , et qu'il résout ensuite ; on lui
demandera peut être , dit-il , comment
l'écorce répare la perte qu'elle fait chaque
année de la portion de substance qui devient
partie ligneuse , il répond qu'il se
travaille dans l'interieur même de l'écorce
une substance propre à reparer ses pertes
et il appuye cette réponse par une obser
vation à peu près aussi juste et aussi concluante
que la réponse elle -même est instructive.
ART. 8. p. 41. La moëlle , selon notre
Auteur , tire sa nourriture de la partie
superieure de la portion ligneuse , et un
de ses usages lui paroît être de filtrer et de
préparer les sucs qui doivent nourrir l'embryon
, parce que dans la dissection des
fruits de plusieurs Arbres on voit une
communication sensible du coeur du jeune
fruit avec la moëlle du nouveau jet.
ART.
FEVRIER. 1734. 229
ART. 9. p. 43. ART. 10. p. 44. Il ne
suffit pas de connoître que la séve monte
jusqu'aux extrêmitez des Plantes , il faut
sçavoir encore si cette séve redescend , les
Plantes poussent des racines de la même
maniere qu'elles poussent des feuilles et
des branches ; ainsi comme il y a un suc
•qui en montant fait rejetter les plantes par
le haut , il doit y en avoir un autre qui en
descendant les fasse croître par le bas . M.
de la Baïsse n'a regardé ce Phénomene que
.comme une simple indication , et afin de
découvrir la verité il s'est engagé dans
plusieurs experiences que je vais rappor
ter dans le même ordre qu'il les a exposées.
1 °. Dans les fleurs et branches opposées
qui ont trempé dans la liqueur de
Phytolaus par une de leurs extrêmitez superieures
et dans une situation renversée
le premier suc ne s'est élevé que très- peu ,
quoique les parties inferieures , les bran
ches et les fleurs collaterales se soient bien
conservées , ce qui fait penser à M. de la
Baisse( et qui peut le penser que lui ? )qu'il
faut qu'il se fasse dans les feuilles et
sommitez où s'arrête ce premier suc une
digestion qui donne naissance à un suc - secondaire
, propre à porter en descendant
la fraîcheur dans les parties inferieures et
collaterales de la fleur ou de la branche
By
230 MERCURE DE FRANCE
-2 ° . Il monte du suc des racines des jeunes
Plantes aux feuilles seminales , et il en
descend des feuilles seminales aux racines,
comme il est facile de le prouver par les
experiences de Malpighi qui démontrent
la nécessité de ses feuilles seminales pour
la vegetation de la tige et des racines naissantes.
3 ° . Si on fait une ligature à une
tige de titrimale , il se forme un bourelet
au dessus de la ligature. Preuve sensible .
d'un suc descendant , et de la verité de
cette experience faite par M. Perrault. 4° .
Dans un gros tronc de noyer vers le couronnement
, sous une des plus considerables
branches , M. de la Baïsse a vû une
grande carité du milieu de laquelle sortoit
une racine de quatre lignes de diametre
à sa naissance , et longue de huit
ces , cette racine n'a pû être formée que
par un suc descendant . 5 ° . Dans les Greffes
la direction des fibres ligneuses est irréguliere
, du moins suivant notre Auteur ,
et à la pluspart il se forme des bourelets ,
les fibres du sujet au contraire ne sont
que peu ou point dérangées , ce qui lut
paroît prouver qu'il descend de la greffe
au sujet un suc qui ne pouvant passer alsement
dans le sujet est repoussé dans la
greffe , où il se replie sur lui même . M. Du
amel a avancé dans les Memoires de l'A
poucadémi
FEVRIER. 1734. 231
cadémie Royale des Sciences 1728. que la
qualité des fruits se perfectionne par la
greffe , parce que le suc se travaille dans
les plis et replis qui se forment au-dessus
de la jonction , M. de la Baïsse pensant
que les observations de cet Academicien
pourroient faire contre son sentiment une
obection assez forte , du moins en apparence
, a jugé à propos pour y répondre
de faire observer que le premier suc montant
se façonne très peu dans les tuyaux
par lesquels il passe et qu'il faut de necessité
que ce suc ait fait plusieurs circulations
dans la Plante , ce qui est alors supposer
un suc descendant. M. de la Bisse
pour prouver que ce n'est pas sans fondement
qu'il prétend qu'il y a des fibres voisines
, dont les unes portent le suc montant
, et les autres le descendant , se sert
de l'experience suivante qu'il croit bien
écisive dans le cas present ; il mit au
Printemps dans la teinture de Phytolacca
une branche de Tilleul longue d'environ
trois pieds la cinture s' leva jusqu'au
haut de la branche , il coupa cette bran
che obliquement en differens endroits , il
en regard less ctions avec une loupe , et
il distingua dans toutes des cercles concentriques
alternativement rouges et
blancs. 6. Si on coupe l'éclaire,le suc jau-
B vj
ne
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ne , suivant notre Auteur , sort en plus
grande abondance de la partie superieure
que
de l'inferieure , souvent même il n'en
découle pas une seule goutte de la section
inferieure , ce qui lui semble prouver que
ce suc vient des parties superieures de la
Plante , et par consequent que c'est au suc
descendant . M. de la Baïsse avoue que cette
experience ne lui a pas toujours également
réussi. 7. Enfin notre Auteur a fait
les mêmes observations sur le suc des tithimales
que sur celui de l'éclaire .
ART. II . p. 55. Il s'agit présentement
de déterminer d'où vient ce suc descendant
, et de découvrir si c'est la séve de
la Plante , ou un suc fourni par l'air , M.
de la Baïsse adopte le premier sentiment
et dit que le dernier ne mérite pas qu'on
s'arrête à le refuter par de longs raisonnemens
, et en consequence il conclut qu'il
ya dans les Plantes une vraye circulatio
de la séve ; au reste , s'il entre à rebours
par les extrêmitez des fibres ligneuses des
feuilles ou des tiges , quelques sucs étrangers
, notre Auteur pense qu'ils y reçoivent
bientôt une digestion, qui en les faisant
passer dans d'autres canaux , les réduit
au cours naturel des liquides ordinaires.
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Résumé : SUITE de la Lettre de M. D. B.*** contenant l'Analyse de la Dissertation sur la Circulation de la Séve dans les Plantes, &c.
Le texte relate les travaux de M. de la Baïsse sur la circulation de la sève dans les plantes, initiés en février 1734. Initialement, il visait à tracer le parcours de la sève avec la même précision que celle du chyle chez les animaux, mais il abandonna cette approche après plusieurs dissections infructueuses. Il se concentra alors sur l'observation générale du parcours de la sève nourricière. M. de la Baïsse utilisa des liquides colorés pour suivre la sève dans différentes parties des plantes. Il observa que la sève monte rapidement dans les tiges et se dépose dans les fleurs, où elle se filtre dans les parties charnues. Il nota également que les utricules de Malpighi tirent directement le suc des vaisseaux. Dans les feuilles, la sève circule dans les nervures et se débarrasse de ses parties grossières au fur et à mesure de son ascension. Lorsqu'il trempa l'écorce de certaines plantes dans des liquides colorés, il constata que la teinture se répandait dans les parties supérieure et inférieure de l'écorce, confirmant que l'écorce tire sa nourriture directement du bois. Il expliqua l'abondance de sève au printemps par le débordement des sucs dans les canaux ligneux, qui finissent par se répandre entre l'écorce et le bois. M. de la Baïsse examina également la moelle, qui tire sa nourriture de la partie supérieure ligneuse et filtre les sucs pour nourrir l'embryon. Il s'intéressa aussi à la descente de la sève, notant que les plantes poussent des racines de manière similaire aux feuilles et branches. Il réalisa plusieurs expériences pour prouver l'existence d'un suc descendant, notamment en observant la formation de bourrelets après des ligatures ou des greffes. Enfin, il conclut qu'il existe une véritable circulation de la sève dans les plantes, bien que des sucs étrangers puissent entrer par les extrémités des fibres et être digérés pour suivre le cours naturel des liquides.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 627-640
SUITE de la Lettre de M. D. B. contenant l'Analyse de la Dissertation sur la circulation de la Séve dans les Plantes.
Début :
Dans le 12. Article pag. 57. M. de la Baïsse tâche de montrer qu'il résulte [...]
Mots clefs :
Air, Circulation de la sève dans les plantes, Sève, M. de la Baïsse, Plante, Plantes, Moelle, Animaux, Bois, Animaux, Poumons, Arbres, Suc, Eau, Action
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texteReconnaissance textuelle : SUITE de la Lettre de M. D. B. contenant l'Analyse de la Dissertation sur la circulation de la Séve dans les Plantes.
SUIT E de la Lettre de M. D. B. contenant
l'Analyse de la Dissertation sur la
circulation de la Séve dans les Plantes.
D
Ans le 12. Article pag. 57. M. de la
Baïsse tâche de montrer qu'il résuite
principalement de ses observations
et de ses expériences que l'analogie qu'on
avoit d'abord soupçonnée entre la maniere
de végeter des Plantes et celle des animaux
est beaucoup plus grande encore
qu'on ne se l'étoit imaginé: voici un échantillon
des vûës de ce Physicien sur cètte
matiere.
>
Le suc terrestre entre dans les filets de
la racine par les pores peu serrez de l'écor
ce comme par autant de bouches; il y reçoit
une premiere digestion semblable à celle
que la nourriture de l'animal reçoit par
la mastication ; des bouches de l'écorce
le suc passe dans les fibres ligneuses de la
racine , qui comme autant d'oesophages
servent de canaux à porter la nourriture
au principal estomach de la Plante , scitué
au noeud ou insertion de la tige , avec la
racine suivant l'observation de M. de
la Baïsse , les fibres ligneuses repliées circulairement
à cet endroit
.>
tourmentent le
A iiij
suc
628 MERCURE DE FRANCE
suc qu'elles contiennent et lui donnent
une deuxième façon assez semblable à
celle que reçoit la nourriture dans l'estomach
: de plus les liqueurs qui s'y jettent
doivent y causer des fermentations , et le
bassin situé au milieu de ce noeud peut
par les dilatationsdu liquide qu'il contient ,
causer des pressions ou mouvemens vermiculaires
dans cette espece d'estomuch , qui.
ne représenteroient pas mal le mouvement
peristaltique de cet intestin dans les animaux.
Toutes les articulations des branches
avec les tiges sont des nauds et doivent
être regardées comme autant de
moindres estomachs , dont la structure et
les fonctions sont précisement les mêmes.
Les duretez pierreuses nommées nauds
sont analogues aux pierres qui se forment
souvent dans les visceres des animaux .
De l'estomach des animaux la nourriture
plus qu'à moitié digerée , passe dans les
boyaux où le discernement acheve de se
faire du noeud de la tige , le suc passé
dans les fibres de la portion ligneuse , où
s'acheve la digestion . M. de la Baïsse a eu
grand soin de faire observer qu'entre ces
canaux ligneux des Plantes et les boyaux
des animaux il se trouve des differences
remarquables ; car les entrailles de l'animal
sont repliées sans division et n'ont
qu'une
AVRIL 1734. 629
qu'une voye par où elles se déchargent ,
au lieu que celles des Plantes se divisent
en plusieurs branches , et se terminent
en une infinité d'orifices imperceptibles
par où se vuident leurs excremens . Ces excremens,
suivant cet Auteur,dans quelques
Plantes sont aisez à distinguer ; dans les
ficoides , par exemple , ce sont les perles
qui les couvrent de tout côté ,
la poussiere
ou fleur qui se trouve sur les fruits
et les feuilles de plusieurs Arbres sont
aussi des excremens de même que la
manne et le Lodanum .
Des boyaux de l'animal , le suc nourricier
se serre en passant dans les veines
lactées pour êe conduit de-là dans des
reservoirs particuliers , et ensuite dans la
masse du sang. Des fibres ligneuses ,
le
suc le mieux digeré se filtre dans les feuilles
et les fleurs de plusieurs Plantes , passe
ensuite par des canaux collateraux dans
les utricules voisins et delà dans la masse
des liquides .
» Jusques- là , s'écrie avec enthousiasme
» M. de la Baïsse ; j'ai suivi ou plutôt j'ai
» vû de mes yeux le cours du suc nour-
» ricier des Plantes , j'ai même mis tout le
>> monde en état de voir comme moi à quel
» point se res emble l'animal et la Plante
» dans les premieres préparations de ce
A v » Suc,
630 MERCURE DE FRANCE
» suc ; mais puisque les yeux ont conduit
» si loin cette analogie , n'a t'on pas droit
» de conclure qu'elle ne se dément point
» dans toute la suite des distributions se-
» condaires des liquides : Cette seule raison
» pourroit suffire pour conclure que la
» séve digerée et portée hors des premiers
» canaux doit circuler dans la Plante
» comme le chile porté dans le sang , et
» transformé en ce liquide , circule dans
» l'animal ; cependant je crois, avoir assez ·
» bien prouvé indépendamment de cette
>> raison l'existance d'un suc descendant
» dans les Plantes et la communication
» de celui qu'on y voit monter . » C'est .
ainsi que finit M. de la Baïsse en s'applaudissant
de ses grandes découvertes
malgré la difficulté de la matiere.
Art. 13. pag. 62. Il ajoute cépendant
encore à sa dissertation un treizième article,
dans lequel il renferme quelques petites
échapées d'imagination pour le dédommager
d'un travail plus rude qu'on ne pense. La
nourriture terrestre des Plantes est mêlée,
selon lui,de plusieurs principes héteroge
nes. L'eau en est le premier vehicule ,
elle ramollit la semence et met les sels en
action , les sels entraînent après . eux les
parties oleogineuses qui enveloppent dans
leurs branchages quantité de parties terrest
res
AVRIL 1734 . 631
restres , tout cela se mêle dans la Plante
et y reçoit par les fermentations et filtrations
différentes les façons nécessaires
pour devenir un suc loüable. M. de la
Baïsse dit qu'il ne borne pas là ses conjectures
, toutes ces parties héterogenes ne
seront après tout qu'à la nutrition de la
Plante , et la nutrition dans les Plantes
comme dans la végetation de l'animal , ne
fait qu'une partie moins nécessaire que ne
l'est la respiration ; en effer , qu'est- ce
qu'une Plante ? C'est une machine dont les
ressorts cachez opérent tous les mouvemens .
que nous , y découvrons ; il faut une force
qui regle ses mouvemens à peu près
و
comme le fait le balancier dans les Montres
et on ne peut trouver cette force
que dans une respiration continue qui
consiste dans un jeu réciproque de l'air
extérieur et de l'air intérieur , et par conséquent
qui produit une double action ,
capable de bander et de débander les
ressorts avec regle et mesure ; ce n'est
jusques là que la vûë generale du sistême,
en voici le détail .
Dans les Plantes l'air entre avec le suc,
et il se sépare de la séve dès son entrée ;
lorsqu'il est une fois débarrassé , il va se
rendre dans les trachées , et les trachées
se terminent à la moëlle , afin d'y attirer
A vj
Pais
632 MERCURE DE FRANCE
l'air non seulement des extrémitez des
racines , mais encore de tout le contour
extérieur du tronc , où elles aboutissent.
Il est bon de remarquer que nous devons
la connoissance de cette merveilleuse
disposition des trachées à M. de la Baïsse.
L'analogie la lui a sans doute fait imaginer
; car il observe que les arbres ont
une ressemblance marquée avec les chenilles
qui respirent par les bouches qu'elles
ont de part et d'autre dans toute la
longueur de leurs flancs .
La moelle paroît à notre Auteur être
destinée aux mêmes usages dans les
Plantes , que les poulmons dans les animaux,
parce que la substance de la moelle
est spongieuse et que les trachées y por
tent l'air dans toutes les cellules comme
la trachée artere dans les poulmons. Le
suc digeré qui du sommet de la Plante se
répand dans la moëlle , y reçoit par son
mélange avec l'air une préparation semblable
à celle que donne dans les poulmons
l'air au sang ; et comme le sang
passe du ventricule droit du coeur dans
les poulmons et des poulmons revient au
ventricule gauche ; de même il aa paru
M. de la Baïsse dans quelques Plantes
dont la moëlle est renfermée entre deux
noeuds , que du noeud supérieur le suc
à
pas
A VRI L. 633 1734.
passoit à la moëlle et de la moëlle au
noeud inférieur ; d'où il a jugé que ces
noeuds sont comme le coeur de la Plante
dont le supérieur fait à quelques égards
la fonction du ventricule droit et l'inférieur
celle du gauche . Je doute qu'on se
fut jamais attendu à une pareille analogie
entre les Plantes et les animaux. Il y a
cependant suivant notre Physicien , une
différence bien remarquable entre la
Plante et l'animal ; car il se forme dans
les Plantes successivement de nouveaux
poulmons et de nouveaux coeurs souvent
aux dépens des anciens qui se détruisent.
Il est vrai qu'on trouve dans certains
animaux des singularitez qui ont quelque
rapport à celle- ci , puisqu'on en connoît
qui poussent de nouveaux membres,
et quelques - uns même qui changent
d'estomach ; mais certe multiplicité de
parties , essentielle dans une même Plante
est admirable ; elle est , dit M. de la
Baïsse , la cause primitive par laquelle les
fragmens des Plantes deviennent si aisément
des Plantes entieres , parce que
chaque Plante peut être regardée comme
un assemblage de plusieurs réunies sculement
par la continuité des canaux.
L'air introduit dans la Plante doit cn
être exhalé , c'est suivant M. de la Baïsse
d'en634
MERCURE DE FRANCE
1
d'entre les nouvelles feuilles qui terminent
les branches , et du milieu des fleurs,
que sort cet air : voici les raisons de sa
conjecture. Les boutons à fleurs ou à
feuilles ne peuvent s'ouvrir que par un
air qui s'insinue entre deux aussi ces
boutons se gonflent avant de s'épanouiir
et par une imitation aveugle de la nature,
lorsqu'on veut faire ouvrir une Rose ,
on souffle dedans pour en faire écarter ies
petales ; ce que nous faisons par dehors
l'arbrisseau le fait par dedans , en y
poussant l'air surabondant qu'il chasse de
ses poulmons. 2 ° . L'épanouissement se
fait selon notre Auteur le matin οι le
soir ; ainsi on ne peut attribuer cet effet
ni à la force du Soleil ni à la chaleur
extérieure. 3 ° . L'odeur qui s'exhale des
boutons nouvellement épanouis , ne peut
venir que d'un air qui sort du corps de
la Plante ; enfin certaines odeurs ne sortent
qué par intervalles et comme par
bouffées , ce qui n'imite pas mal la respiration
alternative des animaux, et qui doit
sans doute provenir d'une semblable cause,
ce qu'il y a de sûr , dit M. de la Baïsse ,
c'est que les Plantes ont un grand besoin
d'air , qu'elles ne peuvent s'en passer ,
qu'il y a une action réciproque entre l'air
extérieur et l'intérieur , et qu'il y a de
l'air
AVRI L. 1734 635
Pair renfermé dans les concavitez de la
Plante , et surtout dans les vessicules de
la moëlle .
,
De la différente action de l'air sur les
Plantes , M. de la Baïsse veut déduire tous
les Phénomenes de la végetation des
Plantes pendant les quatre Saisons de
l'année. Voici ce qu'il dit : pendant l'hyver
les sucs de la terre n'ont aucun mouvement
, l'air intérieur se trouve comprimé
par le froid , les pores de l'écorce
et du bois sont trop resserrés , ils sont de
plus bouchez par les sucs qui s'y sont
figez ; ainsi l'air extérieur ne peut entrer,
l'action des deux airs cesse , l'arbre par
conséquent ne pousse plus et toute son
action est suspendue. Ce sçavant Physicien
a sans doute oublié que c'est pendant
l'hyver que les bourgeons et les racines
poussent ; An.gros de l'Eté les pores
sont trop ouverts , il y a une communi-
Ication trop libre d'un air avec l'autre ,
d'où suit ,selon notre Auteur , équilibre et
inaction . Au Printems par la chaleur du
Soleil l'air intérieur est dilaté , les pores
ne sont pas bien débarrassez des sucs qui
s'y étoient figez . Pendant l'hyver la fraîcheur
de la nuit survient ; elle le resserre
et comprime l'air par dehors , l'air inté-
.rieur n'a pû encore se refroidir . il en fait
done
836 MERCURE DE FRANCE
donc plus d'effort , il se jette de toutes
parts , il pousse les sucs , il perce
l'écorce,
et c'est ainsi que selon M. de la Baïsse,
l'arbre se renouvelle , que les boutons se
développent et que les feuilles se déployent.
A la fin de l'Eté ou au commencement
de l'Automne , la fraîcheur des
nuits opére le même effet dans les arbres,
ce qui produit la deuxième séve dans
cette action et réaction de l'air , comme
aussi dans les vicissitudes de ressort et de
pésanteur du même air consiste toute
l'oeconomie végetable . Aussi M. de la
Baisse dit qu'il a remarqué après M. Duhamel
( Mem . de l'Académie Royale
des Sciences 1729. ) que les Plantes aquatiques
quoique dans l'eau , croissent plus
sensiblement dans les tems de pluye ,
M. de la Baïsse aussi bien que M. Duhamel
auroenit dû nous dire pourquoi on
n'a jamais observé un si grand nombre de
Plantes aquatiques que pendant les années
séches , surtout en 1731 et 1733. Ainsi
que l'a fait remarquer l'illustre M. de
Jussieu l'Aîné,dans un Mémoire qu'il lut
à la derniere rentrée publique de l'Académie
Royale des Sciences.
Sur les principes que nous venons
d'exposer après notre Auteur , il prétend
expliquer aisément plusieurs Phénomenes ,
d'Ag i
}
AVRIL 1734 637
d'Agriculture et de Botanique. 1 ° . On
foüit profondement la terre au pied des
jeunes arbres, on laboure avant que de
semer dans les Jardins il faut souvent
renverser la terre , à quoi bon tous ces
labours. M. de la Baïsse répond * que c'est
pour fournir aux Plantes l'air dont elles
ont besoin ; car la terre en s'affaissant par
son propre poids force l'air à entrer
dans les pores des racines ; et comme cet
air s'épuise, il faut en introduire de nouveau
; c'est précisément ce qu'on fait en
remuant la terre , aussi quand les racines
des arbres sont trop profondes , il est
inutile de labourer , et pour lors l'écorce
gersée ouvre à l'air des passages suffisans .
2º . Dans les vieux arbres il n'y a que
les extrémitez qui végetent , parce que
cesseules parties contiennent de la moëlle ,
et par conséquent sont les seules pourvues
des réservoirs d'air nécessaires à la
* La même chose avoit été avancée par Borelli
de motu animal. part. 2. prop. 181. par M. Astruc
, trait. de motu fermentat . causâ p . 125.
dans le Journal de Trévoux Mars 1722. art. 25. et
M. Attier le jeune , qui rappelle le sentiment de
tous ces Auteurs , admet pour cause de la fertilité
de la terre la matiere étherée . V.la Relat. de l'Assemblée
publique de l'Académie des Sciences et
belles Lettres de Beziers , du Jeudi 12 Avril 1731 .
in 4. P. 2. }
vége638
MERCURE DE FRANCE
végetation . A l'égard.des arbres dont let
tronc est usé et la moëlle cariée , ce sont,
dit notre sçavant Physicien , des pulmoniques
qui ont une partie considérable de
leurs poulmons gâtée , et qui ne laissent
pas que de vivre. 3 ° . Les petites pluyes
servent plus à l'accroissement des Plantes
que les grandes. Jamais avant M. de la
Baïsse on n'en a donné une bonne raison ;
cependant rien ne lui paroît plus consé
quent dans son systême ; car dans les
petites pluyes les goutes d'eau doivent
emmener autour d'elles un tourbillon
d'air proportionné à leur surface 3
et
comme elles font plus de surface, le tourbillon
doit être plus grand , ainsi elles
font insinuer en terre plus d'air. 4 ° . Par
la même raison les Plantes aquatiques ,
selon notre Auteur ,sur tout celles des Eaux
dormantes , profitent beaucoup en tems
de pluye ; car outre l'effet que produisent
les variations de l'air , il faut faire attention
que l'air renfermé dans les eaux des
étangs s'épuise , tant par la consomption
qu'en font les Plantes , que par la chaleur
de la Saison ; ainsi les goutes de pluye
en tombant labourent la surface de l'eau , et
insinuent l'air dans les creux qu'elles.
font. Par - là les Plantes reçoivent un secours
nécessaire à leur respiration épuisée;.
il
AVRIL. 1734. 639
il est bien triste pour un Physicien de
s'être mis l'esprit à la torture , pour enfanter
l'explication d'un fait qui est faux .
5°. Quand on a mis du gros bois au feu
il s'y fait des fentes irrégulieres qui tendent
au centre de l'arbre : ces fentes sont
justement , si on en veut croire M. de la
Baïsse , les routes de l'air extérieur pour
s'insinuer dans l'arbre quand il est sur
pied. Pour qu'un bois brule bien il ne
faut pas qu'il soit privé de cet air , aussi
un bois mort sur pied ne brule pas bien,
parce qu'il se trouve dépourvû d'air.
Un bois flotté ne brule pas mieux, parce
que l'eau en a chassé l'air et les sels . Ap .
paremment dans le Pays de M. de la
Baïsse on ne brule point de bois flotté
car il nous auroit parlé plus juste sur la
qualité de ce bois .6. Il faut tremper dans
l'eau leChêne,leNoyer, et quelques autres
arbres avant de les employer en oeuvre ,
autrement ils se déjettent et ils s'écaillent
lorsque les Ouvriers coupent avec leurs
instrumens tranchans une partie des liens
qui tiennent quelques bulles d'air génées
dans les cellules intérieures du bois. L'eau
où on fait tremper ces bois prévient ecs
inconvéniens en ouvrant des passages à
cet air enfermé. 7 ° . Enfin l'air renfermé
dans la moëlle des Plantes , contribuë à
,
pousser
640 MERCURE DE FRANCE
pousser et à perfectionner les sucs ; delà
vient que dans les Entes , lorsque la
moëlle du sujet communique avec celle
de la greffe , les fruits s'en ressentent presque
toujours. Ainsi une branche d'Oranger
entée en fente sur un pied de Jasmin
qui abonde en moëlle , porte des fleurs
qui tiennent plus de la fleur de Jasmin
que de celle de l'Oranger . Si ce fait avancé
par M. de la Baïsse étoit vrai que
viendroient les recherches de M. Duhamel
sur l'analogie des sujets qu'on doit
greffer avec les greffes.
de-
C'est par cette observation , Monsieur,
que M.de la Baïsse finit une Dissertation
que l'Académie Royale de Bourdeaux
a jugée digne du Prix , et qu'elle a eu la
satisfaction de choisir entre plusieurs
sçavans Ouvrages. J'ai l'honneur d'être
M. &c. D. B. *** à Paris ce 23 Novembre
1733 .
l'Analyse de la Dissertation sur la
circulation de la Séve dans les Plantes.
D
Ans le 12. Article pag. 57. M. de la
Baïsse tâche de montrer qu'il résuite
principalement de ses observations
et de ses expériences que l'analogie qu'on
avoit d'abord soupçonnée entre la maniere
de végeter des Plantes et celle des animaux
est beaucoup plus grande encore
qu'on ne se l'étoit imaginé: voici un échantillon
des vûës de ce Physicien sur cètte
matiere.
>
Le suc terrestre entre dans les filets de
la racine par les pores peu serrez de l'écor
ce comme par autant de bouches; il y reçoit
une premiere digestion semblable à celle
que la nourriture de l'animal reçoit par
la mastication ; des bouches de l'écorce
le suc passe dans les fibres ligneuses de la
racine , qui comme autant d'oesophages
servent de canaux à porter la nourriture
au principal estomach de la Plante , scitué
au noeud ou insertion de la tige , avec la
racine suivant l'observation de M. de
la Baïsse , les fibres ligneuses repliées circulairement
à cet endroit
.>
tourmentent le
A iiij
suc
628 MERCURE DE FRANCE
suc qu'elles contiennent et lui donnent
une deuxième façon assez semblable à
celle que reçoit la nourriture dans l'estomach
: de plus les liqueurs qui s'y jettent
doivent y causer des fermentations , et le
bassin situé au milieu de ce noeud peut
par les dilatationsdu liquide qu'il contient ,
causer des pressions ou mouvemens vermiculaires
dans cette espece d'estomuch , qui.
ne représenteroient pas mal le mouvement
peristaltique de cet intestin dans les animaux.
Toutes les articulations des branches
avec les tiges sont des nauds et doivent
être regardées comme autant de
moindres estomachs , dont la structure et
les fonctions sont précisement les mêmes.
Les duretez pierreuses nommées nauds
sont analogues aux pierres qui se forment
souvent dans les visceres des animaux .
De l'estomach des animaux la nourriture
plus qu'à moitié digerée , passe dans les
boyaux où le discernement acheve de se
faire du noeud de la tige , le suc passé
dans les fibres de la portion ligneuse , où
s'acheve la digestion . M. de la Baïsse a eu
grand soin de faire observer qu'entre ces
canaux ligneux des Plantes et les boyaux
des animaux il se trouve des differences
remarquables ; car les entrailles de l'animal
sont repliées sans division et n'ont
qu'une
AVRIL 1734. 629
qu'une voye par où elles se déchargent ,
au lieu que celles des Plantes se divisent
en plusieurs branches , et se terminent
en une infinité d'orifices imperceptibles
par où se vuident leurs excremens . Ces excremens,
suivant cet Auteur,dans quelques
Plantes sont aisez à distinguer ; dans les
ficoides , par exemple , ce sont les perles
qui les couvrent de tout côté ,
la poussiere
ou fleur qui se trouve sur les fruits
et les feuilles de plusieurs Arbres sont
aussi des excremens de même que la
manne et le Lodanum .
Des boyaux de l'animal , le suc nourricier
se serre en passant dans les veines
lactées pour êe conduit de-là dans des
reservoirs particuliers , et ensuite dans la
masse du sang. Des fibres ligneuses ,
le
suc le mieux digeré se filtre dans les feuilles
et les fleurs de plusieurs Plantes , passe
ensuite par des canaux collateraux dans
les utricules voisins et delà dans la masse
des liquides .
» Jusques- là , s'écrie avec enthousiasme
» M. de la Baïsse ; j'ai suivi ou plutôt j'ai
» vû de mes yeux le cours du suc nour-
» ricier des Plantes , j'ai même mis tout le
>> monde en état de voir comme moi à quel
» point se res emble l'animal et la Plante
» dans les premieres préparations de ce
A v » Suc,
630 MERCURE DE FRANCE
» suc ; mais puisque les yeux ont conduit
» si loin cette analogie , n'a t'on pas droit
» de conclure qu'elle ne se dément point
» dans toute la suite des distributions se-
» condaires des liquides : Cette seule raison
» pourroit suffire pour conclure que la
» séve digerée et portée hors des premiers
» canaux doit circuler dans la Plante
» comme le chile porté dans le sang , et
» transformé en ce liquide , circule dans
» l'animal ; cependant je crois, avoir assez ·
» bien prouvé indépendamment de cette
>> raison l'existance d'un suc descendant
» dans les Plantes et la communication
» de celui qu'on y voit monter . » C'est .
ainsi que finit M. de la Baïsse en s'applaudissant
de ses grandes découvertes
malgré la difficulté de la matiere.
Art. 13. pag. 62. Il ajoute cépendant
encore à sa dissertation un treizième article,
dans lequel il renferme quelques petites
échapées d'imagination pour le dédommager
d'un travail plus rude qu'on ne pense. La
nourriture terrestre des Plantes est mêlée,
selon lui,de plusieurs principes héteroge
nes. L'eau en est le premier vehicule ,
elle ramollit la semence et met les sels en
action , les sels entraînent après . eux les
parties oleogineuses qui enveloppent dans
leurs branchages quantité de parties terrest
res
AVRIL 1734 . 631
restres , tout cela se mêle dans la Plante
et y reçoit par les fermentations et filtrations
différentes les façons nécessaires
pour devenir un suc loüable. M. de la
Baïsse dit qu'il ne borne pas là ses conjectures
, toutes ces parties héterogenes ne
seront après tout qu'à la nutrition de la
Plante , et la nutrition dans les Plantes
comme dans la végetation de l'animal , ne
fait qu'une partie moins nécessaire que ne
l'est la respiration ; en effer , qu'est- ce
qu'une Plante ? C'est une machine dont les
ressorts cachez opérent tous les mouvemens .
que nous , y découvrons ; il faut une force
qui regle ses mouvemens à peu près
و
comme le fait le balancier dans les Montres
et on ne peut trouver cette force
que dans une respiration continue qui
consiste dans un jeu réciproque de l'air
extérieur et de l'air intérieur , et par conséquent
qui produit une double action ,
capable de bander et de débander les
ressorts avec regle et mesure ; ce n'est
jusques là que la vûë generale du sistême,
en voici le détail .
Dans les Plantes l'air entre avec le suc,
et il se sépare de la séve dès son entrée ;
lorsqu'il est une fois débarrassé , il va se
rendre dans les trachées , et les trachées
se terminent à la moëlle , afin d'y attirer
A vj
Pais
632 MERCURE DE FRANCE
l'air non seulement des extrémitez des
racines , mais encore de tout le contour
extérieur du tronc , où elles aboutissent.
Il est bon de remarquer que nous devons
la connoissance de cette merveilleuse
disposition des trachées à M. de la Baïsse.
L'analogie la lui a sans doute fait imaginer
; car il observe que les arbres ont
une ressemblance marquée avec les chenilles
qui respirent par les bouches qu'elles
ont de part et d'autre dans toute la
longueur de leurs flancs .
La moelle paroît à notre Auteur être
destinée aux mêmes usages dans les
Plantes , que les poulmons dans les animaux,
parce que la substance de la moelle
est spongieuse et que les trachées y por
tent l'air dans toutes les cellules comme
la trachée artere dans les poulmons. Le
suc digeré qui du sommet de la Plante se
répand dans la moëlle , y reçoit par son
mélange avec l'air une préparation semblable
à celle que donne dans les poulmons
l'air au sang ; et comme le sang
passe du ventricule droit du coeur dans
les poulmons et des poulmons revient au
ventricule gauche ; de même il aa paru
M. de la Baïsse dans quelques Plantes
dont la moëlle est renfermée entre deux
noeuds , que du noeud supérieur le suc
à
pas
A VRI L. 633 1734.
passoit à la moëlle et de la moëlle au
noeud inférieur ; d'où il a jugé que ces
noeuds sont comme le coeur de la Plante
dont le supérieur fait à quelques égards
la fonction du ventricule droit et l'inférieur
celle du gauche . Je doute qu'on se
fut jamais attendu à une pareille analogie
entre les Plantes et les animaux. Il y a
cependant suivant notre Physicien , une
différence bien remarquable entre la
Plante et l'animal ; car il se forme dans
les Plantes successivement de nouveaux
poulmons et de nouveaux coeurs souvent
aux dépens des anciens qui se détruisent.
Il est vrai qu'on trouve dans certains
animaux des singularitez qui ont quelque
rapport à celle- ci , puisqu'on en connoît
qui poussent de nouveaux membres,
et quelques - uns même qui changent
d'estomach ; mais certe multiplicité de
parties , essentielle dans une même Plante
est admirable ; elle est , dit M. de la
Baïsse , la cause primitive par laquelle les
fragmens des Plantes deviennent si aisément
des Plantes entieres , parce que
chaque Plante peut être regardée comme
un assemblage de plusieurs réunies sculement
par la continuité des canaux.
L'air introduit dans la Plante doit cn
être exhalé , c'est suivant M. de la Baïsse
d'en634
MERCURE DE FRANCE
1
d'entre les nouvelles feuilles qui terminent
les branches , et du milieu des fleurs,
que sort cet air : voici les raisons de sa
conjecture. Les boutons à fleurs ou à
feuilles ne peuvent s'ouvrir que par un
air qui s'insinue entre deux aussi ces
boutons se gonflent avant de s'épanouiir
et par une imitation aveugle de la nature,
lorsqu'on veut faire ouvrir une Rose ,
on souffle dedans pour en faire écarter ies
petales ; ce que nous faisons par dehors
l'arbrisseau le fait par dedans , en y
poussant l'air surabondant qu'il chasse de
ses poulmons. 2 ° . L'épanouissement se
fait selon notre Auteur le matin οι le
soir ; ainsi on ne peut attribuer cet effet
ni à la force du Soleil ni à la chaleur
extérieure. 3 ° . L'odeur qui s'exhale des
boutons nouvellement épanouis , ne peut
venir que d'un air qui sort du corps de
la Plante ; enfin certaines odeurs ne sortent
qué par intervalles et comme par
bouffées , ce qui n'imite pas mal la respiration
alternative des animaux, et qui doit
sans doute provenir d'une semblable cause,
ce qu'il y a de sûr , dit M. de la Baïsse ,
c'est que les Plantes ont un grand besoin
d'air , qu'elles ne peuvent s'en passer ,
qu'il y a une action réciproque entre l'air
extérieur et l'intérieur , et qu'il y a de
l'air
AVRI L. 1734 635
Pair renfermé dans les concavitez de la
Plante , et surtout dans les vessicules de
la moëlle .
,
De la différente action de l'air sur les
Plantes , M. de la Baïsse veut déduire tous
les Phénomenes de la végetation des
Plantes pendant les quatre Saisons de
l'année. Voici ce qu'il dit : pendant l'hyver
les sucs de la terre n'ont aucun mouvement
, l'air intérieur se trouve comprimé
par le froid , les pores de l'écorce
et du bois sont trop resserrés , ils sont de
plus bouchez par les sucs qui s'y sont
figez ; ainsi l'air extérieur ne peut entrer,
l'action des deux airs cesse , l'arbre par
conséquent ne pousse plus et toute son
action est suspendue. Ce sçavant Physicien
a sans doute oublié que c'est pendant
l'hyver que les bourgeons et les racines
poussent ; An.gros de l'Eté les pores
sont trop ouverts , il y a une communi-
Ication trop libre d'un air avec l'autre ,
d'où suit ,selon notre Auteur , équilibre et
inaction . Au Printems par la chaleur du
Soleil l'air intérieur est dilaté , les pores
ne sont pas bien débarrassez des sucs qui
s'y étoient figez . Pendant l'hyver la fraîcheur
de la nuit survient ; elle le resserre
et comprime l'air par dehors , l'air inté-
.rieur n'a pû encore se refroidir . il en fait
done
836 MERCURE DE FRANCE
donc plus d'effort , il se jette de toutes
parts , il pousse les sucs , il perce
l'écorce,
et c'est ainsi que selon M. de la Baïsse,
l'arbre se renouvelle , que les boutons se
développent et que les feuilles se déployent.
A la fin de l'Eté ou au commencement
de l'Automne , la fraîcheur des
nuits opére le même effet dans les arbres,
ce qui produit la deuxième séve dans
cette action et réaction de l'air , comme
aussi dans les vicissitudes de ressort et de
pésanteur du même air consiste toute
l'oeconomie végetable . Aussi M. de la
Baisse dit qu'il a remarqué après M. Duhamel
( Mem . de l'Académie Royale
des Sciences 1729. ) que les Plantes aquatiques
quoique dans l'eau , croissent plus
sensiblement dans les tems de pluye ,
M. de la Baïsse aussi bien que M. Duhamel
auroenit dû nous dire pourquoi on
n'a jamais observé un si grand nombre de
Plantes aquatiques que pendant les années
séches , surtout en 1731 et 1733. Ainsi
que l'a fait remarquer l'illustre M. de
Jussieu l'Aîné,dans un Mémoire qu'il lut
à la derniere rentrée publique de l'Académie
Royale des Sciences.
Sur les principes que nous venons
d'exposer après notre Auteur , il prétend
expliquer aisément plusieurs Phénomenes ,
d'Ag i
}
AVRIL 1734 637
d'Agriculture et de Botanique. 1 ° . On
foüit profondement la terre au pied des
jeunes arbres, on laboure avant que de
semer dans les Jardins il faut souvent
renverser la terre , à quoi bon tous ces
labours. M. de la Baïsse répond * que c'est
pour fournir aux Plantes l'air dont elles
ont besoin ; car la terre en s'affaissant par
son propre poids force l'air à entrer
dans les pores des racines ; et comme cet
air s'épuise, il faut en introduire de nouveau
; c'est précisément ce qu'on fait en
remuant la terre , aussi quand les racines
des arbres sont trop profondes , il est
inutile de labourer , et pour lors l'écorce
gersée ouvre à l'air des passages suffisans .
2º . Dans les vieux arbres il n'y a que
les extrémitez qui végetent , parce que
cesseules parties contiennent de la moëlle ,
et par conséquent sont les seules pourvues
des réservoirs d'air nécessaires à la
* La même chose avoit été avancée par Borelli
de motu animal. part. 2. prop. 181. par M. Astruc
, trait. de motu fermentat . causâ p . 125.
dans le Journal de Trévoux Mars 1722. art. 25. et
M. Attier le jeune , qui rappelle le sentiment de
tous ces Auteurs , admet pour cause de la fertilité
de la terre la matiere étherée . V.la Relat. de l'Assemblée
publique de l'Académie des Sciences et
belles Lettres de Beziers , du Jeudi 12 Avril 1731 .
in 4. P. 2. }
vége638
MERCURE DE FRANCE
végetation . A l'égard.des arbres dont let
tronc est usé et la moëlle cariée , ce sont,
dit notre sçavant Physicien , des pulmoniques
qui ont une partie considérable de
leurs poulmons gâtée , et qui ne laissent
pas que de vivre. 3 ° . Les petites pluyes
servent plus à l'accroissement des Plantes
que les grandes. Jamais avant M. de la
Baïsse on n'en a donné une bonne raison ;
cependant rien ne lui paroît plus consé
quent dans son systême ; car dans les
petites pluyes les goutes d'eau doivent
emmener autour d'elles un tourbillon
d'air proportionné à leur surface 3
et
comme elles font plus de surface, le tourbillon
doit être plus grand , ainsi elles
font insinuer en terre plus d'air. 4 ° . Par
la même raison les Plantes aquatiques ,
selon notre Auteur ,sur tout celles des Eaux
dormantes , profitent beaucoup en tems
de pluye ; car outre l'effet que produisent
les variations de l'air , il faut faire attention
que l'air renfermé dans les eaux des
étangs s'épuise , tant par la consomption
qu'en font les Plantes , que par la chaleur
de la Saison ; ainsi les goutes de pluye
en tombant labourent la surface de l'eau , et
insinuent l'air dans les creux qu'elles.
font. Par - là les Plantes reçoivent un secours
nécessaire à leur respiration épuisée;.
il
AVRIL. 1734. 639
il est bien triste pour un Physicien de
s'être mis l'esprit à la torture , pour enfanter
l'explication d'un fait qui est faux .
5°. Quand on a mis du gros bois au feu
il s'y fait des fentes irrégulieres qui tendent
au centre de l'arbre : ces fentes sont
justement , si on en veut croire M. de la
Baïsse , les routes de l'air extérieur pour
s'insinuer dans l'arbre quand il est sur
pied. Pour qu'un bois brule bien il ne
faut pas qu'il soit privé de cet air , aussi
un bois mort sur pied ne brule pas bien,
parce qu'il se trouve dépourvû d'air.
Un bois flotté ne brule pas mieux, parce
que l'eau en a chassé l'air et les sels . Ap .
paremment dans le Pays de M. de la
Baïsse on ne brule point de bois flotté
car il nous auroit parlé plus juste sur la
qualité de ce bois .6. Il faut tremper dans
l'eau leChêne,leNoyer, et quelques autres
arbres avant de les employer en oeuvre ,
autrement ils se déjettent et ils s'écaillent
lorsque les Ouvriers coupent avec leurs
instrumens tranchans une partie des liens
qui tiennent quelques bulles d'air génées
dans les cellules intérieures du bois. L'eau
où on fait tremper ces bois prévient ecs
inconvéniens en ouvrant des passages à
cet air enfermé. 7 ° . Enfin l'air renfermé
dans la moëlle des Plantes , contribuë à
,
pousser
640 MERCURE DE FRANCE
pousser et à perfectionner les sucs ; delà
vient que dans les Entes , lorsque la
moëlle du sujet communique avec celle
de la greffe , les fruits s'en ressentent presque
toujours. Ainsi une branche d'Oranger
entée en fente sur un pied de Jasmin
qui abonde en moëlle , porte des fleurs
qui tiennent plus de la fleur de Jasmin
que de celle de l'Oranger . Si ce fait avancé
par M. de la Baïsse étoit vrai que
viendroient les recherches de M. Duhamel
sur l'analogie des sujets qu'on doit
greffer avec les greffes.
de-
C'est par cette observation , Monsieur,
que M.de la Baïsse finit une Dissertation
que l'Académie Royale de Bourdeaux
a jugée digne du Prix , et qu'elle a eu la
satisfaction de choisir entre plusieurs
sçavans Ouvrages. J'ai l'honneur d'être
M. &c. D. B. *** à Paris ce 23 Novembre
1733 .
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Résumé : SUITE de la Lettre de M. D. B. contenant l'Analyse de la Dissertation sur la circulation de la Séve dans les Plantes.
Le texte présente les observations de M. de la Baïsse sur la circulation de la sève dans les plantes, en établissant une analogie avec la physiologie animale. Selon M. de la Baïsse, le suc terrestre pénètre dans les racines par les pores de l'écorce, subissant une première digestion similaire à la mastication animale. Ce suc passe ensuite dans les fibres ligneuses de la racine, agissant comme des œsophages, pour atteindre l'estomac principal de la plante situé au nœud de la tige. À cet endroit, les fibres ligneuses repliées tourmentent le suc, lui donnant une deuxième digestion comparable à celle de l'estomac animal. Les liqueurs ajoutées causent des fermentations, et le bassin situé au milieu du nœud peut provoquer des mouvements vermiculaires similaires au péristaltisme intestinal. Les articulations des branches avec les tiges sont également des nœuds, fonctionnant comme des estomacs plus petits. Les duretés pierreuses nommées nœuds sont analogues aux pierres formées dans les viscères des animaux. Après digestion, le suc passe dans les fibres de la portion ligneuse où la digestion s'achève. Contrairement aux entrailles animales, les canaux ligneux des plantes se divisent en plusieurs branches et se terminent par des orifices imperceptibles pour évacuer les excréments. M. de la Baïsse observe que le suc nourricier des plantes, une fois digéré, se filtre dans les feuilles et les fleurs, passant ensuite par des canaux collatéraux dans les utricules voisins et la masse des liquides. Il conclut que la sève digérée circule dans la plante de manière similaire au chyle dans le sang animal. Il ajoute que la nutrition des plantes, comme celle des animaux, est moins nécessaire que la respiration. Les plantes sont des machines dont les mouvements sont régulés par une force similaire à celle d'un balancier, nécessitant une respiration continue. L'air entre avec le suc dans la plante et se sépare dès son entrée, se rendant dans les trachées qui aboutissent à la moelle. La moelle, spongieuse, semble jouer le rôle des poumons chez les animaux. Le suc digéré se mélange avec l'air dans la moelle, recevant une préparation similaire à celle du sang dans les poumons. M. de la Baïsse observe que certains nœuds de la plante fonctionnent comme le cœur, avec un nœud supérieur et un nœud inférieur jouant respectivement les rôles des ventricules droit et gauche. Les plantes exhalent l'air par les nouvelles feuilles et les fleurs, imitant la respiration alternative des animaux. L'action réciproque entre l'air extérieur et intérieur est essentielle pour la végétation des plantes. M. de la Baïsse explique les phénomènes de la végétation des plantes selon les saisons en fonction de la compression et de la dilatation de l'air intérieur et extérieur. Il conclut que les labours et le remuage de la terre fournissent aux plantes l'air nécessaire à leur croissance.
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