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1
p. 122-123
« L'Art de la Chirurgie eft porté de nos jours à un dégré de perfection, inconnu [...] »
Début :
L'Art de la Chirurgie eft porté de nos jours à un dégré de perfection, inconnu [...]
Mots clefs :
Chirurgie, Académie royale de chirurgie
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texteReconnaissance textuelle : « L'Art de la Chirurgie eft porté de nos jours à un dégré de perfection, inconnu [...] »
'Art de la Chirurgie eft porté de nos
jours à un dégré de perfection , inconnu
aux fiécles précédens. Les Chirurgiens
de Paris y ont depuis long- tems le
plus contribué. L'établiſſement de l'Académie
royale de Chirurgie , dont ils font
redevables au plus fage des Rois , ne peut
manquer de hâter, encore les progrès de
cet art falutaire. Le public voit avec fatisfaction
les travaux de cette Compagnie.
Ils ne fe bornent point à rechercher les
plus fûrs , pour guérir les hommes par fes
opérations , quand elles font indifpenfables
; ils s'étendent encore à tout ce qui
peut foulager l'humanité dans les occafions
où fes befoins l'exigent. M. Recolin , un
de fes membres , diftingué par fes talens ,
vient de donner à cette Compagnie un
mémoire qu'elle a entendu avec plaifir , &
qu'elle lui a permis de rendre public par
la voie de ce Journal. Ce mémoire eft auffi
curieux qu'il a été utile , pour mettre l'Académie
à portée d'apprécier au jufte le
mérite d'une nouvelle découverte qui a
FEVRIER. 1755. 123
fait beaucoup de bruit , pour nourrir les
hommes avec une poudre.
jours à un dégré de perfection , inconnu
aux fiécles précédens. Les Chirurgiens
de Paris y ont depuis long- tems le
plus contribué. L'établiſſement de l'Académie
royale de Chirurgie , dont ils font
redevables au plus fage des Rois , ne peut
manquer de hâter, encore les progrès de
cet art falutaire. Le public voit avec fatisfaction
les travaux de cette Compagnie.
Ils ne fe bornent point à rechercher les
plus fûrs , pour guérir les hommes par fes
opérations , quand elles font indifpenfables
; ils s'étendent encore à tout ce qui
peut foulager l'humanité dans les occafions
où fes befoins l'exigent. M. Recolin , un
de fes membres , diftingué par fes talens ,
vient de donner à cette Compagnie un
mémoire qu'elle a entendu avec plaifir , &
qu'elle lui a permis de rendre public par
la voie de ce Journal. Ce mémoire eft auffi
curieux qu'il a été utile , pour mettre l'Académie
à portée d'apprécier au jufte le
mérite d'une nouvelle découverte qui a
FEVRIER. 1755. 123
fait beaucoup de bruit , pour nourrir les
hommes avec une poudre.
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Résumé : « L'Art de la Chirurgie eft porté de nos jours à un dégré de perfection, inconnu [...] »
L'art de la chirurgie a atteint un niveau de perfection inédit grâce aux chirurgiens de Paris. L'établissement de l'Académie royale de Chirurgie, initié par un roi sage, a accéléré les progrès de cet art vital. L'Académie ne se contente pas de rechercher les méthodes les plus sûres pour guérir les hommes par des opérations indispensables, mais s'étend aussi à tout ce qui peut soulager l'humanité en cas de besoin. Le public apprécie les travaux de cette institution. M. Recolin, membre distingué de l'Académie, a présenté un mémoire sur une nouvelle découverte permettant de nourrir les hommes avec une poudre. Ce mémoire, à la fois curieux et utile, a été approuvé par l'Académie et autorisé à être publié dans un journal.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 123-139
Remarques sur la nourriture des hommes avec les differentes farines, lûes à la séance de l'Académie royale de Chirurgie, le Jeudi 5 Décembre 1754. Par M. Recolin, Maitre en Chirurgie, &c.
Début :
On vient de faire des essais d'une poudre farineuse, avec laquelle on peut nourrir [...]
Mots clefs :
Nourriture, Nourriture des hommes, Quantité, Sauvages, Soupe, Graisse, Maître en Chirurgie, Académie royale de chirurgie, Eau, Poudre farineuse
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texteReconnaissance textuelle : Remarques sur la nourriture des hommes avec les differentes farines, lûes à la séance de l'Académie royale de Chirurgie, le Jeudi 5 Décembre 1754. Par M. Recolin, Maitre en Chirurgie, &c.
Remarques fur la nourriture des hommes
avec les differentes farines , lûes à la feance
de l'Académie royale de Chirurgie , le
Jeudis Décembre 1754. Par M. Recolin
, Maire en Chirurgie , &c.
On vient de faire des effais d'une poudre
farineuſe , avec laquelle on peut nour
rir des hommes pendant quelque tems ,
moyennant fix onces par jour à chacun ,
délayées dans fuffifante quantité d'eau
bouillante . Cette poudre coûte ou revient
à un fol l'once , puifque l'auteur dit , que
la ration journaliere d'un homme revient
à fix fols ; que ceux qui en feront nourris
pourront vaquer aux travaux les plus pénibles
, fans que leurs forces & leurs fantés
foient expofées à aucune diminution .
C'eft M. Bouébe , Chirurgien major du
régiment Grifon de Salis , qui en eft l'auteur.
Il y a environ trois mois qu'on en a
fait des épreuves en Flandre , par ordre
de M. le Marquis de Paulmi , fous les yeux
de M. le Prince de Soubife & de M. de Sechelles
; M. Bagieu en fit part à l'Académie.
On vient d'en faire de nouvelles expérien
www
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
ces à l'Hôtel royal des Invalides , par ordre
du même Miniftre : M. Morand en a
lu le procès verbal . Ceux qui ont été nourris
avec cette poudre ou farine , s'en font
bien trouvés .
Cette découverte eft fans doute intéreflante
, & peut être d'une grande utilité
dans certaines conjonctures. L'on doit fçavoir
bon gré à M. Bouébe , d'avoir travaillé
à trov er ce moyen de plus , pour foulager
l'humanité dans les occafions où fes befoins
l'exigent : cependant on ne doit pas
regarder cette découverte avec l'enthoufiafme
de la nouveauté , puifque de tous
les tems les farines tirées principalement
des grains , ont fait le fond de la nourriture
de certains peuples , comme je le dirai
plus bas ; mais que même ceux qui n'y
font point habitués , y ont encore tous les
jours recours , quand ils font privés d'autres
alimens plus conformes à leur goût &
à leurs ufages ; & ils fe foutiennent en
fanté , avec cette nourriture fimple , plus
ou moins de tems , felon la néceffité : enfuite
on en revient à la nourriture ordinaire
, quand le tems de la difette ceffe ,
ce qui n'a guere duré , felon les exemples
du paffé , qu'environ fix femaines. On a
vû la preuve de ce que j'avance ici , il y
a quelques années , dans la province de
Guyenne.
FEVRIER. 1755. 125
En 1747 plufieurs provinces de ce
royaume fe trouverent affligées d'une
difette de grains confidérable ; celle de
Guyenne fut une des plus expofées aux
calamités & aux horreurs d'une famine ;
quelque attention que le miniftere appor
tât pour la foulager , même avant qu'elle
fe fût apperçue du danger , elle ne laiffa
pas d'en éprouver les effets .
Bordeaux , fa capitale , ne reçoit de fecours
que par la mer. Les Anglois inftruits
de tous les chargemens qui fe faifoient
'ailleurs pour la province de Guyenne ,
bloquerent l'entrée de la riviere , & par
ce moyen tout fecours fut intercepté. Le
Commiffaire du Roi dans cette province ,
homme d'un génie fupérieur & d'une grande
expérience , occupé par état des malheurs
qui menaçoient les peuples , eut
recours aux moyens dont les nations étrangeres
fe fervent pour fe préferver de la
famine fléau auquel les peuples d'Afie
font affez fouvent expofés..
Ce Magiftrat fit publier une quantité
confidérable de feuilles imprimées , portant
la maniere de faire une espece de
bouillie avec la farine de froment , ainfi
que la façon de préparer le ris pour nourrir
beaucoup de monde à très-bon marché ;
puifque , calcul fait , au prix même où font
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
les choſes à Paris , la farine cinq fols la
livre , le ris huit fols , la graiffe ou ſaindoux
quatorze fols , le beurre à ſeize ſols ,
le fel a onze fols , la nourriture de chaque
homme reviendroit à un fol fept ou huit
deniers tout au plus . Celui de la foupe du
ris au gras , felon la méthode qu'on va
voir , à quelque chofe de plus ; le ris à
l'eau & au lait à beaucoup moins , ce qui
peut encore fouffrir une diminution confidérable
, relativement au prix où font ces
denrées dans les différentes provinces.
Je vais faire la lecture de deux exemplaires
de ces méthodes qui me parvinrent
dans le tems ; l'une pour la préparation de
la farine de froment , l'autre pour celle du
ris.
COPIE DES DEUX EXEMPLAIRES IMPRIMÉS .
Méthode pourfaire la foupe dauphinoife
dite Touble , en plufieurs endroits de Turquie
, avec laquelle on peut nourrir à trèspeu
de frais ungrand nombre de perfonnes.
Prenez une livre de farine de pur froment
, paîtriffez-la avec de l'eau un peu falée.
Quand la pâte eft faite & paîtrie un
* Ainfi nommée , parce qu'un homme de la province
du Dauphiné donna jādis la formule de cette
foupe en Turquie.
FEVRIER. 1755 . 127
peu molle , partagez -la en morceaux , de
la groffeur d'un ceuf ou environ ; étendezles
avec un rouleau , de maniere que la
pâte de chacun foit fort mince , & rangez
le tout fur une table.
Ayez fur le feu une marmite ou chaudron
, ou un pot de terre , avec deux pots
d'eau. Quand cette eau fera chaude , falezla
, & mettez- y un quarteron de beurre
ou de graiffe .
Lorfqu'elle bout à gros bouillons , jettez-
y la pâte qui a été étendue , &
que
vous
aurez
coupée
en très - petits
morceaux
:
plus
ils
font
minces
&
petits
, plus
ils
foifonnent
. Obfervez
de les
jetter
dans
l'endroit
où l'eau
bout
le plus
fort
.
Il ne faut plus enfuite qu'un petit feu
pour faire bouillir doucement pendant cinq
quarts-d'heure ou une heure & demie cette
foupe , qu'il eft néceffaire de remuer de
tems en tems jufqu'au fond de la marmite
avec une cuiller , afin d'empêcher qu'elle
ne s'attache.
Si l'on s'apperçoit qu'elle épaiffit trop ,
on y mettra de l'eau chaude , ou bien de la
farine fi elle eſt trop liquide. Cette foupe
eft agréable au goût , raffafiante & nourriffante.
La quantité ci - deffus fuffit à fix
perfonnes , qui en prendront la moitié pour
dîner , & le refte pour fouper.
Fiiij
128 MERCURE DE FRANCE.
Comme ce refte s'épaiffit beaucoup en fe
refroidiffant , on le délayera avec de l'eau
chaude quand on voudra le manger , &
on le fera rechauffer à petit feu .
On ne doit point laiffer long-tems cette
foupe dans une marmite ou chaudron , de
peur qu'elle ne prenne un goût de cuivre
ou de fer.
Dix livres de farine mifes en pâte , en
rendent treize livres un quart , lefquelles
apprêtées comme ci- deffus , nourriffent
abondamment foixante perfonnes toute
une journée .
Pour dix livres de farine , faifant treize
livres & plus de pâte , il faut vingt pots.
d'eau , deux livres & demie de beurre ou
de graiffe , & trois quarterons de fel .
Plus la farine de froment eft bonne
fans être toutefois bien fine , plus elle foifonne.
La fleur de farine rendroit moins
en pâte , & fe diffoudroit trop aifément en
bouillant. Une farine trop groffiere ne ſe
lieroit pas affez , & ne s'étendroit pas bien
il faut donc choifir la farine dont on fait
le pain bourgeois dans un ménage,
:
Inftructionfur la façon de préparer le ris pour
en nourrir beaucoup de monde à bon marché.
Le ris eft connu pour être une des meilFEVRIER.
1755. 129
leures nourritures qu'il y ait ; des provinces
, des royaumes entiers s'en nourriffent ,
& d'autres en font plus d'ufage pour leur
fubfiftance que de froment ou de feigle.
Il y a plufieurs façons de le manger ; à
l'eau , au gras & au lait . Quelle que foit
celle de ces façons dont on veuille faire
ufage , il faut commencer par bien laver
& nettoyer dans trois eaux tiédes différentes
, la quantité qu'on en doit employer.
Pour le faire à l'eau , & nourrir pendant
unjour trente perſonnes .
Il faut en mettre cinq livres , poids de
marc , dans une marmite ou chaudiere ,
avec dix pots d'eau , & du fel à proportion,
le faire bouillir à petit feu l'efpace de trois
heures , en le remuant de tems en tems ,
afin d'empêcher qu'il ne s'attache , & verfer
à mesure qu'il paroît s'épaiffir , jufques
à concurrence' de dix autres pots d'eau
chaude ; ces cinq livres rendront foixante
portions , ni trop épaiffes ni trop claires
dont deux fuffifent à la nourriture d'une
perfonne , & par conféquent les cinq livies
font fuffifantes pour nourrir trente
perfonnes.
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
Pour le faire au gras , & nourrir le même
nombre de perfonnes.
Il faut , fur le pied de huit onces de
viande par livre de ris & pour quatre pots
d'eau , mettre une livre de viande de quarante
onces dans les dix premiers pots
d'eau , les faire bouillir & écumer , après
quoi y jetter , avec du fel , les cinq livres
de ris , & fuivre ce qui a été dit ci - deſſus.
A la place des quarante onces de viande
, on peut fe fervir de vingt onces de
graiffe , fur le pied d'un quarteron par
livre , & le ris eſt auſſi bon .
Pour le faire au lait , & nourrir le même
nombre de perfonnes.
Il faut obferver la même chofe qu'à celui
à l'eau , en diminuant de deux pots &
demi la quantité d'eau , & les rempliffant
de même quantité de lait , bouilli féparément
& écrêmé , lequel ne fera jetté dans
la marmite qu'au dernier quart d'heure
de cuiffon.
que
·
On entend felon le nombre de perfonnes
qu'on a intention de nourrir , il
n'y a qu'à augmenter ou diminuer à proportion
les dofes de ris , d'eau , de viande,
de graiffe ou de lait.
FEVRIER . 1755. 131
Le ris à l'eau & au gras peut être préparé
pour deux ou trois jours ; mais il y auroit
du danger que celui au lait ne s'aigrît d'un
jour à l'autre.
Voilà la copie littérale des deux imprimés.
Par ces deux méthodes , ce fage Commiffaire
du Roi préferva les habitans de la
Province de Guyenne de la famine dont
ils étoient menacés , & il donna le moyen
de fubfifter , à très- bon marché , à trois ou
quatre cens mille habitans de tout âge & de
tout fexe , qui s'en nourrirent fix femaines
confécutives ; & enfuite à mefure qu'ils
eurent les fecours ordinaires , ils entremêlerent
cette nourriture avec d'autres ,
dont ils ne difpoferent abondamment qu'après
en avoir été privés totalement , ou en
partie , pendant environ quatre mois.
Je n'ignorai pas que dans cette même,
année de calamité il mourut moins de
monde dans cette province que les années
précédentes , à l'époque de dix ans ; c'eſt
ce qui fut vérifié fur les lieux au moyen
des regiftres , ainfi que le bon fuccès de
cette nourriture , avec laquelle les gens qui
en vêcurent , travaillerent comme à leur
ordinaire. Ils s'y font même fi bien accoutumés
, que l'ufage en eft encore fréquent
parmi eux , dans le tems même d'abondance.
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
Un voyage que j'ai fait au Canada em
1739 , m'a mis à portée de voir par moimême
que les Sauvages qui habitent ce
vafte pays , fe nourriffent . fréquemment
avec la farine feute de maïs , bled' d'Inde
ou bled de Turquie. Il ne fe paffe prefque
point d'hivers qu'ils ne foient obligés d'y
avoir recours ; ce pays étant neuf mois de
l'année couvert d'une prodigieufe quantité
de neige & de glace , il n'eft pas furprenant
que le gibier & le poiffon leur
manque fouvent. Les François Canadiens
vont faire des hivernemens avec les Sauvages
, dans les forêts des montagnes , loin
des villes & des habitations , pour faire la
chaffe aux animaux propres à leur commerce
de pelleteries . Ils ne fçauroient porter
beaucoup de provifions dans les canots
d'écorce de bouleau , avec lefquels ils font
obligés de voyager pour paffer les rivieres
& les lacs qui fe rencontrent fréquemment
dans leur chemin ; ils font dans la néceffité
de porter ces mêmes canots par terre ,
ainfi que leur petit bagage néceffaire pour
la chaffe. Arrivés aux lieux de leur deſtination
, qui ne font jamais permanens , ils
fubiflent le fort des Sauvages , vivent comme
eux de gibier & de poiffon , & fouvent
auffi avec la farine de bled d'Inde , délayée
tout fimplement dans l'eau chaude , & le
FEVRIER. 1755. 133
و ت
plus fouvent froide. Beaucoup m'ont dit
qu'ils fe font toujours très- bien foutenus
avec cette feule nourriture , des femaines &
des mois entiers: Tous les habitans de ce
pays-là en font témoins , ainfi que les voyageurs
, & on ne peut le révoquer en doute.
Les Sauvages font cuire à des efpeces de
fours qu'ils pratiquent dans la terre , les
épis de bled d'Inde ; ils féparent enfuite
la farine du fon , & la mettent dans de
petits facs pour s'en fervir au befoin , &
fur - tout quand ils veulent entreprendre'
de longs voyages , comme j'ai dit ci- def
fus , ou pour aller faire la guerre à d'autres
nations ennemies qui en font féparées
ordinairement par des efpaces immenſes.
L'année où j'étois dans ce pays-là , quelques
nations voifines de Quebec étoient
en guerre avec les Chicachas ; ces deux armées
avoient environ fix cens lieues à faire
pour fe trouver au champ de bataille.
Une remarque encore digne d'attention.
Feu M. Sarrazin , Médecin célébre
qui a vécu long- tems au Canada , fit part
à l'Académie royale des Sciences , il y a
environ vingt ans , du bon fuccès de la
nourriture avec la farine de bled d'Inde
dont les guerriers Canadiens & Sauvages
s'étoient nourris pendant une campagne ,
& que ceux qui en avoient vécu depuis
134 MERCURE DE FRANCE.
trois à quatre mois , guériffoient de leurs
bleffures avec une facilité furprenante .
Outre cet ufage particulier & effentiel
de la farine de bled d'Inde , les Sauvages.
en font la fagamité , qu'ils nomment fimple
quand elle ne confifte qu'en une efpéce
de bouillie faite avec cette farine , le
fucre d'érable & l'eau. Mais ils en font
ordinairement une plus compofée , pour
leurs repas de cérémonie. Ils ajoutent dans
la chaudiere même avec la farine , de la
graiffe des différens animaux , du gibier ,
du poiffon , & quelquefois du fruit. Ils
nomment alors ce mêlange , une fagamité
complette : quelques nations prononcent
fagoüité.
Les troupes Ruffiennes fe nourriffent
dans les plus longues marches , avec de la
farine préparée , pour être délayée, avec
de l'eau , fouvent fans autres provifions ,
comme il leur eft arrivé pendant les campagnes
de 1737 , 38 & 39 , dans les deferts
de la petite Tartarie . Chaque foldat porte.
fur lui , dans un petit fac, la quantité néceffaire
de farine pour fubfifter des mois entiers
, comme font les Sauvages du Canada .
Cela fuffit pour démontrer que la dofe de
chaque ration doit être fort petite.
Les peuples Maures , & ceux qui habitent
le Sénégal , vivent d'ordinaire & prinFEVRIER.
1755. 135
cipalement , avec la farine de deux eſpéces
de millet ; l'un grand , què les Botaniftes
nomment Sargo ; l'autre petit , nommé
Pani à épi en maffe : Panicum fpica tiphina.
Ils font avec cette farine une espéce
de bouillie ; & quand ils veulent la rendre
plus agréable par la faveur & le goût ,
ils y ajoutent quelques feuilles des plantes
mucilagineufes , tirées des émollientes ou
des aromatiques : ils nomment cette addition
Lalo.
Ils fe nourriffent quelquefois auffi avec
une farine tirée de la moëlle d'une eſpéce
de palmier on nomme celle- ci le Sagou
des Indes .
Ils font encore ufage de la gomme arabique
, dont ils choififfent la plus blanche
& la plus friable , la mettent en poudre
& en ufent comme de la farine . Tout le
monde fçait combien ces hommes font d'une
bonne fanté , forts & vigoureux , quoiqu'ils
ne vivent d'ordinaire qu'avec des
alimens fimples.
La farine de maïs fert univerfellement
à la nourriture des naturels du Pérou & du
Méxique ; ils en font du pain , de la bouillie
, & une préparation particuliere , mais
toujours fimple , qu'ils nomment Tortilles.
C'eft une espéce de pâte cuite qu'ils mangent
journellement , & qui leur fert de
136 MERCURE DE FRANCE.
nourriture dans les plus longs voyages ,
fans autres alimens : ils la portent fur eux
dans un petit fac , comme font les Canadiens
& les Ruffes.
Les Polonois font le Kacha , préparation
farineuſe , dont l'ufage eft général . Ils employent
tantôt celle d'orge , d'avoine , de
millet , ou du bled farrazin de Cracovie ;
celles- là fervent pour la nourriture des foldats
& des gens pauvres. Ils ont auffi une
autre efpéce de petite graine , dont la préparation
eft plus légere & délicate ; les
riches la font cueillir pour eux dans les
prairies , avant le lever & après le coucher
du foleil on nomme celle-ci la manne. :
Les Lapons ufent beaucoup auffi de farine
de millet & autres grains farineux
pour bafe de leur nourriture . Les monta
gnards d'Irlande & d'Ecoffe employent
celle d'avoine & de feigle. En Italie on
fait la Polenta avec celle de bled de Turquie
, qui eft d'un grand ufage , & beaucoup
d'autres préparations farineufes. Le
bled farrazin fournit la nourriture de beaucoup
de peuplés différens. Les Savoyards
outre les bouillies , en font du pain pour
toute leur année , & en vivent la moitié
du tems. Les payfans du Limoufin , de la
baffe Bretagne , en ufent beaucoup auffi .
Dans le pays des Bafques , la farine de maïs
"
FEVRIE R. 1755. 137
eft d'un fecours journalier , ils en font la
maïture.
C'est un fait que dans prefque tous les
pays éloignés des grandes villes , & furtout
dans les pays de montagnes ,
les peuples
fe nourriffent ordinairement avec différentes
préparations farinenſes ; que dans
les villes les plus floriffantes la difette a
obligé quelquefois à y avoir recours ; &
que le ris , diftribué en médiocre quantité
a fourni lui feul la fubfiftance principale
des peuples , en attendant un tems plus favorable
.
*
3
Le réſultat de ces différens faits remplit
mon objet principal ; c'eft de démontrer à
l'Académie le rapport qu'il y a de la nourriture
des Sauvages de l'Amérique feptentrionale
, des Ruffes , des habitans de la
Turquie , de ceux du Sénégal , du Pérou
du Méxique , & de plufieurs autres nations
, avec celle que M. Bouébe propoſe
dans les occafions embarraffantes : que fa
découverte n'eſt rien moins que nouvelle
& merveilleufe ; que le prix de fa poudre
eft exceffif , en le comparant à celui auxquels
reviennent & la foupe Dauphinoife
& la préparation des ris ; qu'une grande
multitude s'eft nourrie dans la province
de Guyenne , avec ces différentes foupes
fur- tout avec la Dauphinoiſe , auffi bien
138 MERCURE DE FRANCE.
& auffi facilement , moyennant les formules
ci-deffus , que le petit nombre auxquels
M. Bouébe a donné fa poudre . Un point
effentiel encore de cette obfervation eft ,
que la quantité néceffaire de farine & de
ris , eft beaucoup moindre dans ces deux
méthodes que dans celle de cet auteur ; on
fent de quelle conféquence eft cet avantage
, fur-tout dans le cas du tranfport , joint
celui des trois quarts moins de la dépenfe
, en portant les chofes au prix le
plus haut , qui eft celui de Paris , comme
j'ai déja dit. Le calcul le plus fimple fuffic
pour prouver cette vérité.
Pour faire la foupe dauphinoife pour 60
perfonnes , pendant une journée , il faut :
Dix livres de farine de froment à cinq
fols ,
Deux liv. de beurre à 16
fols ,
Trois quarterons de fel à
11 fols ,
2 l. 10 f.
8 3 d.
Total
4 l. 18 f. 3 d.
Pour faire la foupe de ris à l'eau pour 30
perfonnes , pendant une journée , il faut :
Cinq livres de ris à 8 f. 2 1.
Six onces de fel à 11 f. I
4f. 1 d.
Total 2 1.4 f. 1 d . 1.
FEVRIER. 1755. 139
Voilà ce dont j'ai cru devoir faire
à la Compagnie.
avec les differentes farines , lûes à la feance
de l'Académie royale de Chirurgie , le
Jeudis Décembre 1754. Par M. Recolin
, Maire en Chirurgie , &c.
On vient de faire des effais d'une poudre
farineuſe , avec laquelle on peut nour
rir des hommes pendant quelque tems ,
moyennant fix onces par jour à chacun ,
délayées dans fuffifante quantité d'eau
bouillante . Cette poudre coûte ou revient
à un fol l'once , puifque l'auteur dit , que
la ration journaliere d'un homme revient
à fix fols ; que ceux qui en feront nourris
pourront vaquer aux travaux les plus pénibles
, fans que leurs forces & leurs fantés
foient expofées à aucune diminution .
C'eft M. Bouébe , Chirurgien major du
régiment Grifon de Salis , qui en eft l'auteur.
Il y a environ trois mois qu'on en a
fait des épreuves en Flandre , par ordre
de M. le Marquis de Paulmi , fous les yeux
de M. le Prince de Soubife & de M. de Sechelles
; M. Bagieu en fit part à l'Académie.
On vient d'en faire de nouvelles expérien
www
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
ces à l'Hôtel royal des Invalides , par ordre
du même Miniftre : M. Morand en a
lu le procès verbal . Ceux qui ont été nourris
avec cette poudre ou farine , s'en font
bien trouvés .
Cette découverte eft fans doute intéreflante
, & peut être d'une grande utilité
dans certaines conjonctures. L'on doit fçavoir
bon gré à M. Bouébe , d'avoir travaillé
à trov er ce moyen de plus , pour foulager
l'humanité dans les occafions où fes befoins
l'exigent : cependant on ne doit pas
regarder cette découverte avec l'enthoufiafme
de la nouveauté , puifque de tous
les tems les farines tirées principalement
des grains , ont fait le fond de la nourriture
de certains peuples , comme je le dirai
plus bas ; mais que même ceux qui n'y
font point habitués , y ont encore tous les
jours recours , quand ils font privés d'autres
alimens plus conformes à leur goût &
à leurs ufages ; & ils fe foutiennent en
fanté , avec cette nourriture fimple , plus
ou moins de tems , felon la néceffité : enfuite
on en revient à la nourriture ordinaire
, quand le tems de la difette ceffe ,
ce qui n'a guere duré , felon les exemples
du paffé , qu'environ fix femaines. On a
vû la preuve de ce que j'avance ici , il y
a quelques années , dans la province de
Guyenne.
FEVRIER. 1755. 125
En 1747 plufieurs provinces de ce
royaume fe trouverent affligées d'une
difette de grains confidérable ; celle de
Guyenne fut une des plus expofées aux
calamités & aux horreurs d'une famine ;
quelque attention que le miniftere appor
tât pour la foulager , même avant qu'elle
fe fût apperçue du danger , elle ne laiffa
pas d'en éprouver les effets .
Bordeaux , fa capitale , ne reçoit de fecours
que par la mer. Les Anglois inftruits
de tous les chargemens qui fe faifoient
'ailleurs pour la province de Guyenne ,
bloquerent l'entrée de la riviere , & par
ce moyen tout fecours fut intercepté. Le
Commiffaire du Roi dans cette province ,
homme d'un génie fupérieur & d'une grande
expérience , occupé par état des malheurs
qui menaçoient les peuples , eut
recours aux moyens dont les nations étrangeres
fe fervent pour fe préferver de la
famine fléau auquel les peuples d'Afie
font affez fouvent expofés..
Ce Magiftrat fit publier une quantité
confidérable de feuilles imprimées , portant
la maniere de faire une espece de
bouillie avec la farine de froment , ainfi
que la façon de préparer le ris pour nourrir
beaucoup de monde à très-bon marché ;
puifque , calcul fait , au prix même où font
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
les choſes à Paris , la farine cinq fols la
livre , le ris huit fols , la graiffe ou ſaindoux
quatorze fols , le beurre à ſeize ſols ,
le fel a onze fols , la nourriture de chaque
homme reviendroit à un fol fept ou huit
deniers tout au plus . Celui de la foupe du
ris au gras , felon la méthode qu'on va
voir , à quelque chofe de plus ; le ris à
l'eau & au lait à beaucoup moins , ce qui
peut encore fouffrir une diminution confidérable
, relativement au prix où font ces
denrées dans les différentes provinces.
Je vais faire la lecture de deux exemplaires
de ces méthodes qui me parvinrent
dans le tems ; l'une pour la préparation de
la farine de froment , l'autre pour celle du
ris.
COPIE DES DEUX EXEMPLAIRES IMPRIMÉS .
Méthode pourfaire la foupe dauphinoife
dite Touble , en plufieurs endroits de Turquie
, avec laquelle on peut nourrir à trèspeu
de frais ungrand nombre de perfonnes.
Prenez une livre de farine de pur froment
, paîtriffez-la avec de l'eau un peu falée.
Quand la pâte eft faite & paîtrie un
* Ainfi nommée , parce qu'un homme de la province
du Dauphiné donna jādis la formule de cette
foupe en Turquie.
FEVRIER. 1755 . 127
peu molle , partagez -la en morceaux , de
la groffeur d'un ceuf ou environ ; étendezles
avec un rouleau , de maniere que la
pâte de chacun foit fort mince , & rangez
le tout fur une table.
Ayez fur le feu une marmite ou chaudron
, ou un pot de terre , avec deux pots
d'eau. Quand cette eau fera chaude , falezla
, & mettez- y un quarteron de beurre
ou de graiffe .
Lorfqu'elle bout à gros bouillons , jettez-
y la pâte qui a été étendue , &
que
vous
aurez
coupée
en très - petits
morceaux
:
plus
ils
font
minces
&
petits
, plus
ils
foifonnent
. Obfervez
de les
jetter
dans
l'endroit
où l'eau
bout
le plus
fort
.
Il ne faut plus enfuite qu'un petit feu
pour faire bouillir doucement pendant cinq
quarts-d'heure ou une heure & demie cette
foupe , qu'il eft néceffaire de remuer de
tems en tems jufqu'au fond de la marmite
avec une cuiller , afin d'empêcher qu'elle
ne s'attache.
Si l'on s'apperçoit qu'elle épaiffit trop ,
on y mettra de l'eau chaude , ou bien de la
farine fi elle eſt trop liquide. Cette foupe
eft agréable au goût , raffafiante & nourriffante.
La quantité ci - deffus fuffit à fix
perfonnes , qui en prendront la moitié pour
dîner , & le refte pour fouper.
Fiiij
128 MERCURE DE FRANCE.
Comme ce refte s'épaiffit beaucoup en fe
refroidiffant , on le délayera avec de l'eau
chaude quand on voudra le manger , &
on le fera rechauffer à petit feu .
On ne doit point laiffer long-tems cette
foupe dans une marmite ou chaudron , de
peur qu'elle ne prenne un goût de cuivre
ou de fer.
Dix livres de farine mifes en pâte , en
rendent treize livres un quart , lefquelles
apprêtées comme ci- deffus , nourriffent
abondamment foixante perfonnes toute
une journée .
Pour dix livres de farine , faifant treize
livres & plus de pâte , il faut vingt pots.
d'eau , deux livres & demie de beurre ou
de graiffe , & trois quarterons de fel .
Plus la farine de froment eft bonne
fans être toutefois bien fine , plus elle foifonne.
La fleur de farine rendroit moins
en pâte , & fe diffoudroit trop aifément en
bouillant. Une farine trop groffiere ne ſe
lieroit pas affez , & ne s'étendroit pas bien
il faut donc choifir la farine dont on fait
le pain bourgeois dans un ménage,
:
Inftructionfur la façon de préparer le ris pour
en nourrir beaucoup de monde à bon marché.
Le ris eft connu pour être une des meilFEVRIER.
1755. 129
leures nourritures qu'il y ait ; des provinces
, des royaumes entiers s'en nourriffent ,
& d'autres en font plus d'ufage pour leur
fubfiftance que de froment ou de feigle.
Il y a plufieurs façons de le manger ; à
l'eau , au gras & au lait . Quelle que foit
celle de ces façons dont on veuille faire
ufage , il faut commencer par bien laver
& nettoyer dans trois eaux tiédes différentes
, la quantité qu'on en doit employer.
Pour le faire à l'eau , & nourrir pendant
unjour trente perſonnes .
Il faut en mettre cinq livres , poids de
marc , dans une marmite ou chaudiere ,
avec dix pots d'eau , & du fel à proportion,
le faire bouillir à petit feu l'efpace de trois
heures , en le remuant de tems en tems ,
afin d'empêcher qu'il ne s'attache , & verfer
à mesure qu'il paroît s'épaiffir , jufques
à concurrence' de dix autres pots d'eau
chaude ; ces cinq livres rendront foixante
portions , ni trop épaiffes ni trop claires
dont deux fuffifent à la nourriture d'une
perfonne , & par conféquent les cinq livies
font fuffifantes pour nourrir trente
perfonnes.
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
Pour le faire au gras , & nourrir le même
nombre de perfonnes.
Il faut , fur le pied de huit onces de
viande par livre de ris & pour quatre pots
d'eau , mettre une livre de viande de quarante
onces dans les dix premiers pots
d'eau , les faire bouillir & écumer , après
quoi y jetter , avec du fel , les cinq livres
de ris , & fuivre ce qui a été dit ci - deſſus.
A la place des quarante onces de viande
, on peut fe fervir de vingt onces de
graiffe , fur le pied d'un quarteron par
livre , & le ris eſt auſſi bon .
Pour le faire au lait , & nourrir le même
nombre de perfonnes.
Il faut obferver la même chofe qu'à celui
à l'eau , en diminuant de deux pots &
demi la quantité d'eau , & les rempliffant
de même quantité de lait , bouilli féparément
& écrêmé , lequel ne fera jetté dans
la marmite qu'au dernier quart d'heure
de cuiffon.
que
·
On entend felon le nombre de perfonnes
qu'on a intention de nourrir , il
n'y a qu'à augmenter ou diminuer à proportion
les dofes de ris , d'eau , de viande,
de graiffe ou de lait.
FEVRIER . 1755. 131
Le ris à l'eau & au gras peut être préparé
pour deux ou trois jours ; mais il y auroit
du danger que celui au lait ne s'aigrît d'un
jour à l'autre.
Voilà la copie littérale des deux imprimés.
Par ces deux méthodes , ce fage Commiffaire
du Roi préferva les habitans de la
Province de Guyenne de la famine dont
ils étoient menacés , & il donna le moyen
de fubfifter , à très- bon marché , à trois ou
quatre cens mille habitans de tout âge & de
tout fexe , qui s'en nourrirent fix femaines
confécutives ; & enfuite à mefure qu'ils
eurent les fecours ordinaires , ils entremêlerent
cette nourriture avec d'autres ,
dont ils ne difpoferent abondamment qu'après
en avoir été privés totalement , ou en
partie , pendant environ quatre mois.
Je n'ignorai pas que dans cette même,
année de calamité il mourut moins de
monde dans cette province que les années
précédentes , à l'époque de dix ans ; c'eſt
ce qui fut vérifié fur les lieux au moyen
des regiftres , ainfi que le bon fuccès de
cette nourriture , avec laquelle les gens qui
en vêcurent , travaillerent comme à leur
ordinaire. Ils s'y font même fi bien accoutumés
, que l'ufage en eft encore fréquent
parmi eux , dans le tems même d'abondance.
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
Un voyage que j'ai fait au Canada em
1739 , m'a mis à portée de voir par moimême
que les Sauvages qui habitent ce
vafte pays , fe nourriffent . fréquemment
avec la farine feute de maïs , bled' d'Inde
ou bled de Turquie. Il ne fe paffe prefque
point d'hivers qu'ils ne foient obligés d'y
avoir recours ; ce pays étant neuf mois de
l'année couvert d'une prodigieufe quantité
de neige & de glace , il n'eft pas furprenant
que le gibier & le poiffon leur
manque fouvent. Les François Canadiens
vont faire des hivernemens avec les Sauvages
, dans les forêts des montagnes , loin
des villes & des habitations , pour faire la
chaffe aux animaux propres à leur commerce
de pelleteries . Ils ne fçauroient porter
beaucoup de provifions dans les canots
d'écorce de bouleau , avec lefquels ils font
obligés de voyager pour paffer les rivieres
& les lacs qui fe rencontrent fréquemment
dans leur chemin ; ils font dans la néceffité
de porter ces mêmes canots par terre ,
ainfi que leur petit bagage néceffaire pour
la chaffe. Arrivés aux lieux de leur deſtination
, qui ne font jamais permanens , ils
fubiflent le fort des Sauvages , vivent comme
eux de gibier & de poiffon , & fouvent
auffi avec la farine de bled d'Inde , délayée
tout fimplement dans l'eau chaude , & le
FEVRIER. 1755. 133
و ت
plus fouvent froide. Beaucoup m'ont dit
qu'ils fe font toujours très- bien foutenus
avec cette feule nourriture , des femaines &
des mois entiers: Tous les habitans de ce
pays-là en font témoins , ainfi que les voyageurs
, & on ne peut le révoquer en doute.
Les Sauvages font cuire à des efpeces de
fours qu'ils pratiquent dans la terre , les
épis de bled d'Inde ; ils féparent enfuite
la farine du fon , & la mettent dans de
petits facs pour s'en fervir au befoin , &
fur - tout quand ils veulent entreprendre'
de longs voyages , comme j'ai dit ci- def
fus , ou pour aller faire la guerre à d'autres
nations ennemies qui en font féparées
ordinairement par des efpaces immenſes.
L'année où j'étois dans ce pays-là , quelques
nations voifines de Quebec étoient
en guerre avec les Chicachas ; ces deux armées
avoient environ fix cens lieues à faire
pour fe trouver au champ de bataille.
Une remarque encore digne d'attention.
Feu M. Sarrazin , Médecin célébre
qui a vécu long- tems au Canada , fit part
à l'Académie royale des Sciences , il y a
environ vingt ans , du bon fuccès de la
nourriture avec la farine de bled d'Inde
dont les guerriers Canadiens & Sauvages
s'étoient nourris pendant une campagne ,
& que ceux qui en avoient vécu depuis
134 MERCURE DE FRANCE.
trois à quatre mois , guériffoient de leurs
bleffures avec une facilité furprenante .
Outre cet ufage particulier & effentiel
de la farine de bled d'Inde , les Sauvages.
en font la fagamité , qu'ils nomment fimple
quand elle ne confifte qu'en une efpéce
de bouillie faite avec cette farine , le
fucre d'érable & l'eau. Mais ils en font
ordinairement une plus compofée , pour
leurs repas de cérémonie. Ils ajoutent dans
la chaudiere même avec la farine , de la
graiffe des différens animaux , du gibier ,
du poiffon , & quelquefois du fruit. Ils
nomment alors ce mêlange , une fagamité
complette : quelques nations prononcent
fagoüité.
Les troupes Ruffiennes fe nourriffent
dans les plus longues marches , avec de la
farine préparée , pour être délayée, avec
de l'eau , fouvent fans autres provifions ,
comme il leur eft arrivé pendant les campagnes
de 1737 , 38 & 39 , dans les deferts
de la petite Tartarie . Chaque foldat porte.
fur lui , dans un petit fac, la quantité néceffaire
de farine pour fubfifter des mois entiers
, comme font les Sauvages du Canada .
Cela fuffit pour démontrer que la dofe de
chaque ration doit être fort petite.
Les peuples Maures , & ceux qui habitent
le Sénégal , vivent d'ordinaire & prinFEVRIER.
1755. 135
cipalement , avec la farine de deux eſpéces
de millet ; l'un grand , què les Botaniftes
nomment Sargo ; l'autre petit , nommé
Pani à épi en maffe : Panicum fpica tiphina.
Ils font avec cette farine une espéce
de bouillie ; & quand ils veulent la rendre
plus agréable par la faveur & le goût ,
ils y ajoutent quelques feuilles des plantes
mucilagineufes , tirées des émollientes ou
des aromatiques : ils nomment cette addition
Lalo.
Ils fe nourriffent quelquefois auffi avec
une farine tirée de la moëlle d'une eſpéce
de palmier on nomme celle- ci le Sagou
des Indes .
Ils font encore ufage de la gomme arabique
, dont ils choififfent la plus blanche
& la plus friable , la mettent en poudre
& en ufent comme de la farine . Tout le
monde fçait combien ces hommes font d'une
bonne fanté , forts & vigoureux , quoiqu'ils
ne vivent d'ordinaire qu'avec des
alimens fimples.
La farine de maïs fert univerfellement
à la nourriture des naturels du Pérou & du
Méxique ; ils en font du pain , de la bouillie
, & une préparation particuliere , mais
toujours fimple , qu'ils nomment Tortilles.
C'eft une espéce de pâte cuite qu'ils mangent
journellement , & qui leur fert de
136 MERCURE DE FRANCE.
nourriture dans les plus longs voyages ,
fans autres alimens : ils la portent fur eux
dans un petit fac , comme font les Canadiens
& les Ruffes.
Les Polonois font le Kacha , préparation
farineuſe , dont l'ufage eft général . Ils employent
tantôt celle d'orge , d'avoine , de
millet , ou du bled farrazin de Cracovie ;
celles- là fervent pour la nourriture des foldats
& des gens pauvres. Ils ont auffi une
autre efpéce de petite graine , dont la préparation
eft plus légere & délicate ; les
riches la font cueillir pour eux dans les
prairies , avant le lever & après le coucher
du foleil on nomme celle-ci la manne. :
Les Lapons ufent beaucoup auffi de farine
de millet & autres grains farineux
pour bafe de leur nourriture . Les monta
gnards d'Irlande & d'Ecoffe employent
celle d'avoine & de feigle. En Italie on
fait la Polenta avec celle de bled de Turquie
, qui eft d'un grand ufage , & beaucoup
d'autres préparations farineufes. Le
bled farrazin fournit la nourriture de beaucoup
de peuplés différens. Les Savoyards
outre les bouillies , en font du pain pour
toute leur année , & en vivent la moitié
du tems. Les payfans du Limoufin , de la
baffe Bretagne , en ufent beaucoup auffi .
Dans le pays des Bafques , la farine de maïs
"
FEVRIE R. 1755. 137
eft d'un fecours journalier , ils en font la
maïture.
C'est un fait que dans prefque tous les
pays éloignés des grandes villes , & furtout
dans les pays de montagnes ,
les peuples
fe nourriffent ordinairement avec différentes
préparations farinenſes ; que dans
les villes les plus floriffantes la difette a
obligé quelquefois à y avoir recours ; &
que le ris , diftribué en médiocre quantité
a fourni lui feul la fubfiftance principale
des peuples , en attendant un tems plus favorable
.
*
3
Le réſultat de ces différens faits remplit
mon objet principal ; c'eft de démontrer à
l'Académie le rapport qu'il y a de la nourriture
des Sauvages de l'Amérique feptentrionale
, des Ruffes , des habitans de la
Turquie , de ceux du Sénégal , du Pérou
du Méxique , & de plufieurs autres nations
, avec celle que M. Bouébe propoſe
dans les occafions embarraffantes : que fa
découverte n'eſt rien moins que nouvelle
& merveilleufe ; que le prix de fa poudre
eft exceffif , en le comparant à celui auxquels
reviennent & la foupe Dauphinoife
& la préparation des ris ; qu'une grande
multitude s'eft nourrie dans la province
de Guyenne , avec ces différentes foupes
fur- tout avec la Dauphinoiſe , auffi bien
138 MERCURE DE FRANCE.
& auffi facilement , moyennant les formules
ci-deffus , que le petit nombre auxquels
M. Bouébe a donné fa poudre . Un point
effentiel encore de cette obfervation eft ,
que la quantité néceffaire de farine & de
ris , eft beaucoup moindre dans ces deux
méthodes que dans celle de cet auteur ; on
fent de quelle conféquence eft cet avantage
, fur-tout dans le cas du tranfport , joint
celui des trois quarts moins de la dépenfe
, en portant les chofes au prix le
plus haut , qui eft celui de Paris , comme
j'ai déja dit. Le calcul le plus fimple fuffic
pour prouver cette vérité.
Pour faire la foupe dauphinoife pour 60
perfonnes , pendant une journée , il faut :
Dix livres de farine de froment à cinq
fols ,
Deux liv. de beurre à 16
fols ,
Trois quarterons de fel à
11 fols ,
2 l. 10 f.
8 3 d.
Total
4 l. 18 f. 3 d.
Pour faire la foupe de ris à l'eau pour 30
perfonnes , pendant une journée , il faut :
Cinq livres de ris à 8 f. 2 1.
Six onces de fel à 11 f. I
4f. 1 d.
Total 2 1.4 f. 1 d . 1.
FEVRIER. 1755. 139
Voilà ce dont j'ai cru devoir faire
à la Compagnie.
Fermer
Résumé : Remarques sur la nourriture des hommes avec les differentes farines, lûes à la séance de l'Académie royale de Chirurgie, le Jeudi 5 Décembre 1754. Par M. Recolin, Maitre en Chirurgie, &c.
En décembre 1754, M. Recolin, maire en chirurgie, a présenté à l'Académie royale de Chirurgie une poudre farineuse destinée à nourrir les hommes pendant une certaine période. Cette poudre, coûtant un sol l'once, est administrée à raison de six onces par jour, diluées dans de l'eau bouillante. Son auteur, M. Bouébe, chirurgien major du régiment Grifon de Salis, a mené des expériences en Flandre sous les ordres du Marquis de Paulmy, en présence du Prince de Soubise et de M. de Sechelles. De nouvelles expériences ont été réalisées à l'Hôtel royal des Invalides, confirmant que les personnes nourries avec cette poudre se sont bien portées. Cette découverte est particulièrement utile en cas de pénurie alimentaire. En 1747, plusieurs provinces françaises, dont la Guyenne, ont souffert d'une grave pénurie de grains. Le commissaire du Roi dans cette province a publié des méthodes pour préparer des bouillies à base de farine de froment et de riz, permettant de nourrir un grand nombre de personnes à faible coût. Ces méthodes ont permis de sauver les habitants de la famine pendant environ six semaines. Au Canada, les Amérindiens et les Français utilisent fréquemment la farine de maïs, délayée dans l'eau chaude ou froide, pour se nourrir pendant les hivers rigoureux. Cette pratique a été observée et confirmée par des voyageurs et des habitants du pays. Les Amérindiens préparent une bouillie appelée 'fagamité', qui peut être simple ou composée avec des ingrédients supplémentaires comme de la graisse animale, du gibier, du poisson ou des fruits. Les troupes russes se nourrissent de farine délayée dans l'eau lors de longues marches. Les Maures et les habitants du Sénégal consomment une bouillie de farine de millet, parfois enrichie de plantes mucilagineuses. Ils utilisent également la farine de palmier et la gomme arabique. Au Pérou et au Mexique, la farine de maïs sert à faire du pain, de la bouillie et des tortillas. Les Polonais préparent le 'Kacha' avec diverses farines, tandis que les Lapons et les montagnards irlandais et écossais utilisent la farine de millet et d'avoine. En Italie, la 'Polenta' est faite avec de la farine de maïs. Les Savoyards et les habitants du Limousin et de la Basse-Bretagne utilisent également beaucoup de farine. Dans les régions éloignées et les montagnes, les préparations farineuses sont courantes, même dans les villes florissantes en cas de disette. Le texte compare également les coûts et les avantages des différentes préparations alimentaires, soulignant que la quantité de farine nécessaire est moindre dans certaines méthodes, ce qui est particulièrement avantageux pour le transport et les dépenses.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 139
« M. LAPIE , Maître en Chirurgie à Saint-Sevrin-sur-l'Isle, près Coutras en Guyenne [...] »
Début :
M. LAPIE , Maître en Chirurgie à Saint-Sevrin-sur-l'Isle, près Coutras en Guyenne [...]
Mots clefs :
Académie royale de chirurgie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « M. LAPIE , Maître en Chirurgie à Saint-Sevrin-sur-l'Isle, près Coutras en Guyenne [...] »
M. LAPIE , Maître en Chirurgie à Saint-
Sevrin-fur- l'Ifle , près Coutras en Guyenne
, a communiqué à l'Académie royale de
Chirurgie une obfervation , de laquelle il
réfulte qu'il vient au monde des enfans qui ,
fans avoir le filet ni la langue trop courte ,
ne peuvent point téter , & font en danger
de périr faute de nouriture : qu'il faut
alors examiner s'ils n'ont point la langue
trop fortement appliquée , & comme collée
au palais ; qu'en ce cas il faut la détacher
, & la baiffer avec une fpatule , ou
le manche d'une cuiller , ou chofes femblables
; & que par ce moyen M. Lapie a
donné la vie à deux enfans qui jufqu'à
ce moment n'avoient pû prendre le teton ,
fans qu'il eût été poffible de reconnoître
la caufe de cet empêchement : & comme
cette remarque , toute fimple qu'elle paroiffe
, peut cependant échapper aux fagesfemmes
, & même aux maîtres de l'art ,
l'Académie l'a jugée affez intéreſſante
mériter d'être rendue publique.
MORAND ;
Secrétaire perpétuel.
Ce 28 Décembre 1754.
Sevrin-fur- l'Ifle , près Coutras en Guyenne
, a communiqué à l'Académie royale de
Chirurgie une obfervation , de laquelle il
réfulte qu'il vient au monde des enfans qui ,
fans avoir le filet ni la langue trop courte ,
ne peuvent point téter , & font en danger
de périr faute de nouriture : qu'il faut
alors examiner s'ils n'ont point la langue
trop fortement appliquée , & comme collée
au palais ; qu'en ce cas il faut la détacher
, & la baiffer avec une fpatule , ou
le manche d'une cuiller , ou chofes femblables
; & que par ce moyen M. Lapie a
donné la vie à deux enfans qui jufqu'à
ce moment n'avoient pû prendre le teton ,
fans qu'il eût été poffible de reconnoître
la caufe de cet empêchement : & comme
cette remarque , toute fimple qu'elle paroiffe
, peut cependant échapper aux fagesfemmes
, & même aux maîtres de l'art ,
l'Académie l'a jugée affez intéreſſante
mériter d'être rendue publique.
MORAND ;
Secrétaire perpétuel.
Ce 28 Décembre 1754.
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Résumé : « M. LAPIE , Maître en Chirurgie à Saint-Sevrin-sur-l'Isle, près Coutras en Guyenne [...] »
M. Lapie, Maître en Chirurgie, a observé que certains nouveau-nés ne peuvent pas téter en raison d'une langue trop attachée au palais. Il recommande de détacher la langue avec une spatule ou une cuiller. Cette méthode a sauvé deux enfants. L'Académie royale de Chirurgie a jugé l'observation importante et l'a publiée le 28 décembre 1754.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 123-127
Progrès du Lithotome caché pour la taille.
Début :
Si la lettre suivante au Frere Jean de Saint-Côme est une preuve favorable [...]
Mots clefs :
Lithotome, Opération de la taille, Instrument, Douleurs, Chirurgien, Malade
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Progrès du Lithotome caché pour la taille.
Progrès du Lithotome caché pour la taille.
I la lettre fuivante au Frere Jean de
Saint-Come
Saint-Côme eft une preuve favorable
pour fon inftrument , elle ne l'eft pas moins
pour celui qui s'en eft fervi.
* Page 37*
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
A Lille , ce 30 Janvier 1755-
Mon cher Frere , voici l'hiftoire d'une
taille que je viens de faire avec votre inftrument
, & fuivant votre méthode. Le
nommé Augufte , âgé de fept ans & demi ,
fils de Henri Cantinier , au quartier de la
Magdeleine à Lille , fut attaqué des douleurs
de la pierre dès l'âge de deux ans ,
& à quatre ans & demi il fe joignit à ces
douleurs une incontinence d'urine , qu'il
a confervée jufqu'au moment de l'opération
. Les douleurs devenant plus fortes de
jour en jour , les parens me firent appeller
dans le mois de Juillet dernier ; je leur annonçai
l'exiſtence d'une pierre dans la veffie
, & leur propofai l'opération : mais inquiers
fur la réuffice , ils ne voulurent pas
s'y prêter. Enfin je fus de nouveau prié de
revoir ce malade dans le mois de Décem
bre , je le trouvai dans un état déplorable ;
il y avoit plufieufs jours qu'il ne dormoit
plus ; la pierre faifoit une irritation fi confidérable
dans la veffie , que toutes les parties
du ventre étoient dans une contraction
violente , & prefque continuelle ; l'inteſtin
rectum étoit pouffé avec force , & bien loin
au-delà de l'anus : il y eut même une hémorrhagie
affez forte des vaiffeaux de cet
inteftin. Ce dernier accident me déserM.
A RS. $ 755. 125
•
mina à propofer une feconde fois l'opération
, & engagea les parens à l'accepter,
Je la fis le 21 Décembre dernier , malgré
les tems durs & fâcheux. Je tirai une
pierre d'une demi - once , & groffe.comme
un petit ceuf de pigeon ; la couche
extérieure de cette pierre étoit molle , &
fe détacha dans le tems de l'extraction :
j'en tirai le noyau avec la tenette , & la
curette me fervit à tirer le refte . Cette
opération ne fut néanmoins ni longue ni
difficile , quoique je n'eus porté mon inftrument
qu'au feptiéme dégré de dilatation
, qui me fuffit de refte à tirer la
pierre fans efforts & fans difficulté . Auffi
les fpectateurs qui étoient nombreux , furent-
ils fatisfaits . , & rendirent justice à
la méthode. Dès le lendemain les urines
commencerent à paffer par les voies ordinaires
; mais une indigeftion que le malade
fe donna le troifiéme jour , penfa le
faire périr. Il lui furvint de l'altération ,
des felles , & la fiévre ; la plaie deyint
pâle & feche , & les urines prirent cette
route. J'avois formé le deffein de ne faire
aucun panfement à mon malade ; mais. appercevant
le changement furvenu à ſa plaic ,
j'abandonnai ce projet , & le penſai régudierement
deux fois par jour avec un plumaceau
chargé de beaume d'arcoeüs , &
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
une languette de linge garni par fes deux
extrêmités d'emplâtre d'André de la Croix ;
cette languette me fervoit tout à la fois
à contenir mon plumaceau & à rapprocher
les deux levres de la plaie. Les autres
accidens furent combattus fi efficacement ,
que le malade fut parfaitement guéri , &
fa plaie cicatrifée le dix-neuviéme jour ;
fon incontinence d'urine n'eut plus lieu ,
& fut guérie en même tems que le refte.
Voilà , mon cher Frere , un fuccès d'autant
plus complet , que je l'ai obtenu dans
la plus mauvaiſe faifon de l'année , ce qui
prouve tout-à - fair pour votre inftrument.
J'en fuis d'autant plus enchanté que c'eft
ma premiere épreuve ; & je vous avouerai
franchement que fans votre méthode , que
je trouve d'une facile exécution , je n'euffe
peut- être jamais penfé à enrichir ma pratique
d'une opération , qui en me faifant
honneur , me met plus à portée de foulager
l'humanité.1
J'oubliois de vous dire que j'ai taillé ce
malade dans la fituation horizontale , &
des fpectateurs étoient Meffieurs Payerne ,
Chirurgien- major du régiment d'Eu infanterie
; Marchant , que vous connoiſſez ;
Baftide , Chirurgien -major de Royal-dra-
-gons , Prevôt-maître en Chirurgie à Lille ;
Defombrages , Médecin de cette ville , &
MARS. 1755. 727
Planeque , Chirurgien-major des Hôpitaux
militaires. Ce dernier , ainfi que M. Mar
chant , m'ont prié de vous faire mille
complimens.
J'efpere dans peu joindre d'autres fuccès
à celui- ci , pour feconder vos intentions &
celles de tous vos partifans .
Je fuis , & c.
L. CHASTANET ,
Maître en Chirurgie , & Chi
rurgien Aide- major des Hôpitaux
militaires.
I la lettre fuivante au Frere Jean de
Saint-Come
Saint-Côme eft une preuve favorable
pour fon inftrument , elle ne l'eft pas moins
pour celui qui s'en eft fervi.
* Page 37*
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
A Lille , ce 30 Janvier 1755-
Mon cher Frere , voici l'hiftoire d'une
taille que je viens de faire avec votre inftrument
, & fuivant votre méthode. Le
nommé Augufte , âgé de fept ans & demi ,
fils de Henri Cantinier , au quartier de la
Magdeleine à Lille , fut attaqué des douleurs
de la pierre dès l'âge de deux ans ,
& à quatre ans & demi il fe joignit à ces
douleurs une incontinence d'urine , qu'il
a confervée jufqu'au moment de l'opération
. Les douleurs devenant plus fortes de
jour en jour , les parens me firent appeller
dans le mois de Juillet dernier ; je leur annonçai
l'exiſtence d'une pierre dans la veffie
, & leur propofai l'opération : mais inquiers
fur la réuffice , ils ne voulurent pas
s'y prêter. Enfin je fus de nouveau prié de
revoir ce malade dans le mois de Décem
bre , je le trouvai dans un état déplorable ;
il y avoit plufieufs jours qu'il ne dormoit
plus ; la pierre faifoit une irritation fi confidérable
dans la veffie , que toutes les parties
du ventre étoient dans une contraction
violente , & prefque continuelle ; l'inteſtin
rectum étoit pouffé avec force , & bien loin
au-delà de l'anus : il y eut même une hémorrhagie
affez forte des vaiffeaux de cet
inteftin. Ce dernier accident me déserM.
A RS. $ 755. 125
•
mina à propofer une feconde fois l'opération
, & engagea les parens à l'accepter,
Je la fis le 21 Décembre dernier , malgré
les tems durs & fâcheux. Je tirai une
pierre d'une demi - once , & groffe.comme
un petit ceuf de pigeon ; la couche
extérieure de cette pierre étoit molle , &
fe détacha dans le tems de l'extraction :
j'en tirai le noyau avec la tenette , & la
curette me fervit à tirer le refte . Cette
opération ne fut néanmoins ni longue ni
difficile , quoique je n'eus porté mon inftrument
qu'au feptiéme dégré de dilatation
, qui me fuffit de refte à tirer la
pierre fans efforts & fans difficulté . Auffi
les fpectateurs qui étoient nombreux , furent-
ils fatisfaits . , & rendirent justice à
la méthode. Dès le lendemain les urines
commencerent à paffer par les voies ordinaires
; mais une indigeftion que le malade
fe donna le troifiéme jour , penfa le
faire périr. Il lui furvint de l'altération ,
des felles , & la fiévre ; la plaie deyint
pâle & feche , & les urines prirent cette
route. J'avois formé le deffein de ne faire
aucun panfement à mon malade ; mais. appercevant
le changement furvenu à ſa plaic ,
j'abandonnai ce projet , & le penſai régudierement
deux fois par jour avec un plumaceau
chargé de beaume d'arcoeüs , &
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
une languette de linge garni par fes deux
extrêmités d'emplâtre d'André de la Croix ;
cette languette me fervoit tout à la fois
à contenir mon plumaceau & à rapprocher
les deux levres de la plaie. Les autres
accidens furent combattus fi efficacement ,
que le malade fut parfaitement guéri , &
fa plaie cicatrifée le dix-neuviéme jour ;
fon incontinence d'urine n'eut plus lieu ,
& fut guérie en même tems que le refte.
Voilà , mon cher Frere , un fuccès d'autant
plus complet , que je l'ai obtenu dans
la plus mauvaiſe faifon de l'année , ce qui
prouve tout-à - fair pour votre inftrument.
J'en fuis d'autant plus enchanté que c'eft
ma premiere épreuve ; & je vous avouerai
franchement que fans votre méthode , que
je trouve d'une facile exécution , je n'euffe
peut- être jamais penfé à enrichir ma pratique
d'une opération , qui en me faifant
honneur , me met plus à portée de foulager
l'humanité.1
J'oubliois de vous dire que j'ai taillé ce
malade dans la fituation horizontale , &
des fpectateurs étoient Meffieurs Payerne ,
Chirurgien- major du régiment d'Eu infanterie
; Marchant , que vous connoiſſez ;
Baftide , Chirurgien -major de Royal-dra-
-gons , Prevôt-maître en Chirurgie à Lille ;
Defombrages , Médecin de cette ville , &
MARS. 1755. 727
Planeque , Chirurgien-major des Hôpitaux
militaires. Ce dernier , ainfi que M. Mar
chant , m'ont prié de vous faire mille
complimens.
J'efpere dans peu joindre d'autres fuccès
à celui- ci , pour feconder vos intentions &
celles de tous vos partifans .
Je fuis , & c.
L. CHASTANET ,
Maître en Chirurgie , & Chi
rurgien Aide- major des Hôpitaux
militaires.
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Résumé : Progrès du Lithotome caché pour la taille.
Le 21 décembre 1755, le chirurgien L. Chastanet a réalisé une opération à Lille pour extraire une pierre de la vessie d'un patient nommé Auguste, âgé de sept ans et demi. Depuis l'âge de deux ans, Auguste souffrait de douleurs et d'incontinence urinaire en raison de cette pierre. Malgré les réticences initiales des parents, l'opération a été effectuée en raison de l'aggravation de l'état du patient. Chastanet a utilisé un instrument et une méthode fournis par le frère Jean de Saint-Côme. La pierre, de la taille d'un petit œuf de pigeon, a été extraite sans difficulté majeure. La guérison complète, incluant la fin de l'incontinence urinaire, a été atteinte en dix-neuf jours. Plusieurs chirurgiens et médecins présents ont témoigné de la réussite de l'intervention. Chastanet a exprimé sa satisfaction et son espoir de reproduire ce succès à l'avenir.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 127-144
SEANCES PARTICULIERES De la Société Littéraire de Châlons.
Début :
Si quelques critiques chagrins se sont érigés de nos jours en censeurs des [...]
Mots clefs :
Nature, Dieux, Vessie, Remède, Religion, Pierres humaines, Pierre, Maladie, Chaux, Société littéraire de Châlons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SEANCES PARTICULIERES De la Société Littéraire de Châlons.
SEANCES PARTICULIERES
De la Société Linéraire de Châlons.
St
1. quelques critiques chagrins fe font
érigés de nos jours en cenfeurs des
Académies , il s'eft auffi trouvé des défenfeurs
de ces fortes d'établiffemens : leur
utilité a été démontrée dans des écrits. publics
: il a été prouvé d'une maniere victorieufe
que leur multiplicité étoit néceffaire
au progrès des fciences , & que loin
de nuire au corps politique de l'Etat, elle
ne pouvoit lui être qu'avantageufe.
C'eft fous ce point de vue que M. Du-
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
pré d'Aulnay , ancien Commiffaire des
Guerres , l'a confidéré. Retiré depuis plufieurs
années dans la ville de Châlons-fur-
Marne , fon amour pour l'étude l'y a fuivi
, & les liaifons qu'il a formées avec des
concitoyens animés du même amour , lui
ont fait concevoir le deffein de les unir
par les noeuds d'une fociété littéraire .
Il en a demandé. l'agrément à M. le
Comte de Saint - Florentin . Ce Miniftre
qui chérit les Lettres , autant qu'il eft cher
aux Sçavans , l'a honoré d'une réponſe
favorable , & a promis une autorifation
plus précife , lorfque les affociés auroient
donné des preuves de leurs talens .
Son A. S. M. le Comte de Clermont ,
Gouverneur des provinces de Champagne
& de Brie , a bien voulu concourit de fon
côté à cet établiffement : illuftre par fon
fang & par la faveur finguliere qu'il a fait
aux Mufes d'entrer dans leur fanctuaire ,
il a donné de nouvelles marques de fon
attachement pour elles , en fe déclarant le
protecteur de cette fociété naiffante.
Les membres d'une fociété qui commence
fous de fi heureux aufpices , ont dé
ja produits quelques fruits de leurs veilles
dans les affemblées particulieres qu'ils ont
tenues pendant le cours de cette année.
M. Culoteau de Velye , Avocat du Roi
MARS. 1755. 129
•
au Préfidial de Châlons en Champagne ,
& l'un des membres de cette fociété , a lû
une differtation fur la confécration des
Empereurs romains , & particulierement
fur celle de Pertinax , juftifiée par une médaille.
Il obferve que la confécration en uſage
chez les Romains étoit différente de l'apothéofe
admife chez les autres peuples ;
que cette derniere cérémonie étoit connue
dès le tems de Belus , premier Roi des
Affyriens , & qu'elle a été continuée depuis
en faveur des Princes , des Rois recommendables
par leur fageffe , & même
de fimples particuliers qui s'étoient fignalés
par leurs vertus & des actions éclatantes
. Il fixe au regne des Céfars l'origine de
la confécration qui , lorfque Romulus fut
admis au rang des Dieux , n'étoit point
encore établie de la maniere dont elle l'a
été dans la fuite.
›. Il fait voir que dans tel tems de la République
, le Sénat n'accorda cet honneur
qu'à la feule Acea Laurentia , comme un
tribut de fa reconnoiffance pour les biens
qu'il en avoit reça que s'il décerna par la
fuite les mêmes honneurs à un grand nom
-bre d'Empereurs , il les refufa néanmoins à
ceux qui s'étoient rendus odieux par leurs
vices.
Fy
130 MERCURE DE FRANCE .
Il rapporte pour exemple la joie générale
qu'excita la mort de Tibere , le decret
qui déclara Neron ennemi de la patrie,
les outrages exercés fur les corps de Vitellius
& d'Héliogabale qui , après avoir
été traînés avec ignominie par les rues de
Rome , furent jertés dans le Tibre ; le long
refus du Sénat d'élever Adrien au rang des
Dieux , la fermeté avec laquelle il йétric
la mémoire de Domitien déifié par les armées
, en faifant brifer fes ftatues , fes portraits
& les infcriptions faites en fon honneur.
Il prouve que la cérémonie de la confé
cration des Empereurs a fubfifté jufqu'an
tems du parfait établiſſement de notre religion
; Jovien ayant encore été mis au
rang des Dieux par les foins de fon fuc
ceffeur Valentinien , vers l'an 364 de l'ere
chrétienne .
A l'égard de l'Empereur Pertinax , dont
-M. de la Baftie prétend dans fon ouvrage
fur le P. Joubert , que l'on n'a point encore
trouvé de médailles , M. de Velye en
produit une , qui femble ne laiffer aucun
doute que l'on a déféré à cet Empereur
-les honneurs de la confécration ." col
< Cette médaille , qui eft de moyen broneze
, préfente d'un côté la tête de Pertinax ,
avec la légende Divus Helvius Pertinax , &
MAR S.: 1755. 131
a pour tipe en fon revers un aigle avec les
aîles déployées , fur lefquelles eft la figure
de l'Empereur à demi- couché , avec la légende
Confecratio. Cette médaille paroît
caracterifer d'une façon particuliere la confécration
de Pertinax , & l'on a lieu de
croire qu'elle eft une de celles qui ont été
re nouvellées par Gallien .
M. de Velye penfe que l'on peut porter
le même jugement d'une médaille de Fauftine
, qui du côté de la tête a pour légende
Diva Fauftina ; & au revers une figure
humaine que l'on peut prendre pour un
Prêtre , faifant une libation fur un autel ,
fur lequel il y a du feu , avec la légende
Confecratio : cependant il ne propofe fon
fentiment à cet égard que comme conjecture
, s'en rapportant aux connoiffances des
fçavans en ce genre.
M. de Velye a fait encore lecture d'une
autre differtation, dont l'objet eft de déterminer
quels étoient les principes de la religion
des anciens Romains , & s'ils étoient
différens de ceux qui conftituoient le culte
religieux des Grecs .
Voici fommairement les preuves qu'il
apporte pour établir cette différence .
Les premiers Romains , preſque tous occupés
à nourrir des troupeaux , en tiroient
les fecours néceffaires pour -fubfifter. Pan
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
étoit leur principale Divinité ; ils cétébroient
en fon honneur des fêtes par des
facrifices , & par des jeux appellés Lupeztaux
; ils honoroient auffi comme des
Dieux , Janus , Saturne , Picus , Hercule ,
&c. Mais indépendamment de ces Dieux
de la patrie ils reconnoifloient encore ceux
des grandes nations ; ils admettoient auffi
les augures , les pénates , les génies , &c.
Romulus effaya de détruire les préjugés
de ceux qui compofoient fa colonie , d'établir
une religion fondée fur des principes
raisonnables , & de fixer un culte conforme
à l'idée qu'il avoit conçue de la Divinité
, qu'il reconnoiſſoit comme un être
parfait & immortel .
Numa qui lui fuccéda , approchoit aſſez
des fentimens de fon prédéceffeur au ſujet
de la religion ; il penfoit qu'on ne pouvoit
donner aucune forme fenfible à la caufe
premiere de tous les êtres créés ; en conféquence
l'on ne vit à Rome pendant près
de deux fiécles aucun monument élevé pour
repréfenter la Divinité .
La religion établie par Romulus fubfiſta
long-tems , comme le fondement inébranlable
de la confervation de la chofe publique
; tout fon fyftême confiftoit à propo
fer pour objet du culte religieux un être
pur , efprit fouverainement parfait , imMARS.
1755. 133
mortel , auteur de tout , & de l'honorer
par un culte digne de fon unité & de fa
grandeur.
Les Grecs , au contraire , s'imaginant
qu'il étoit poffible d'appercevoir , par l'organe
des fens , la divinité telle quelle eft
en elle-même , la fixerent d'abord, dans le
foleil ; ils déïferent les élémens , l'univers
entier , & les différentes parties qui le com →
pofent. Orphée , Mufée , Eumolpe , que
S. Auguftin appelle les théologiens des
Grecs , bien loin d'amener leurs compatriotes
à la connoiffance de la vérité , les
en éloignerent , & les plongerent dans des
erreurs injurieufes à l'être fuprême ; ils
propoferent des Dieux fous des fymboles
& des hieroglyphes , dont ils avoient apris
à faire ufage en Egypte. La trop grande
élévation d'efprit de ces philofophes fit
tomber dans l'égarementceux qu'ils fe pro
pofoient d'éclairer , & qui n'étoient point
capables de comprendre le fens des fables
abfurdes qu'ils employoient pour établir les
vérités les plus importantes.
Ce fut des prétendus fages de l'Egypte
qu'ils avoient appris à diftinguer l'âge , le
fexe , la forme & le nombre des Dieux ;
ils apprirent auffi d'eux à les honorer par
des fêtes & par des jeux folemnels ; mais
il n'arrivoit que trop fouvent que l'on
.
134 MERCURE DE FRANCE.
portoit l'impiété en triomphe dans ces cérémonies
, & qu'elles devenoient un affemblage
monftrueux de defordres & de crimes.
La connoiffance de la nature & l'étude
de la phyfique devint la fource de l'erreur ;
on donnoit à chacune des caufes un des
attributs de la divinité , & les attributs diftingués
, fembloient introduire & préfenter
une multiplicité de Dieux. Plufieurs
fages , comme Diagoras & Socrate , furent
les victimes de leur attachement à la vérité
, telle que l'homme peut la découvrir par
l'étude & la force du raifonnement .
Les Romains , dans leur origine , étoient
des hommes durs , groffiers , fauvages ;
mais ils furent amenés à la connoiffance
de l'être fuprême , autant qu'on peut en
approcher par les lumieres de la raifon ;
ils fe diftinguerent par leur inviolable attachement
à une religion plus fainte que
celle des autres nations..
Les Grecs , au contraire , inconftans &
legers , fe livrerent au torrent d'une aveugle
fuperftition ; leur culte avoit fouvent
l'homme pour objet ; leurs fêtes , & les
jeux qu'ils célébroient , n'étoient inſtitués
que pour exciter ceux qui y étoient admis
à fe furpaffer mutuellement par la force ,
l'adreffe & la légereté : on n'y comptoit
MARS 1755 ”ན
135
prefque pour rien le coeur , les moeurs &
la vertu .
la
De cet expofé , on peut conclure que
religion des anciens Romains étoit plus
parfaite que celle des Grecs , & qu'elle
étoit établie fur des principes différens.
- M. Dupré d'Aulnai a lû auffi une differtation
qui a pour objet l'écoulement magne
tique , Pélectricité , l'afcenfion de la feve
dans les végétaux , & le flux de la mer. Il
croit que la même caufe produit ces différens
effets , que le foleil en eft le premier
& le feul mobile , & que cet aftre eft dans
l'univers ce qu'eft le coeur dans l'animal ,
auquel il donne le mouvement , la chaleur
& la vie.
af-
M. Navier , Docteur en Médecine ,
focié correfpondant de l'Académie royale
des Sciences de Paris , & l'un des mem
bres de la Société , a lu dans différentes
féances des differtations fur plufieurs maladies
populaires qui ont regné dans la
vince de Champagne & ailleurs.
་
pro-
La Faculté de Médecine de Paris , & M.
de Vernage , ayant jugé cet ouvrage fondé
-fur une bonne théorie , conforme à la faine
·pratique , & appuyé de l'autorité des grands
maîtres , l'auteur a cru ne devoir point fe
refufer au bien du public , & s'eft en conféquence
déterminé à le faire imprimer. Il
136 MERCURE DE FRANCE.
fe trouve à Paris , chez Cavelier
Saint Jacques , au Lys d'or.
·
rue
Après de pareils témoignages , il eft
inutile d'infilter fur la nature de ce travail
; le lecteur jugera par lui-même que
l'auteur a fait nombre de recherches utiles
& intéreffantes pour le traitement de différentes
maladies.
M. Navier a auffi lû des obfervations
théoriques & pratiques fur l'amolliffement
des os en général , & en particulier fur
celui qui a caractériſé la maladie extraor
dinaire de la Dame Supior , dont tout le
royaume a été informé.
Il penfe que cette maladie tenoit du rachitis
& du fcorbut. Pour démontrer le caractere
& la véritable caufe de cette maladie
, l'auteur fuit fon objet par la voie
des expériences & des démonftrations , &
conclut que les levains qui occafionnent
l'amolliffement des os , eft de nature acide.
Pour bien conftater cette vérité , il a fait
des recherches infinies , qui toutes ont concouru
à le convaincre que cette maladie ne
pouvoit reconnoître d'autre caufe . La nature
& le caractere de cette fâcheufe maladie
étant bien connue , l'auteur fait voir
qu'il faut néceffairement la combattre par
les moyens qu'il propofe. Cet ouvrage a
été examiné & approuvé par l'Académie
f
MARS. 1755. 137
royale des Sciences de Paris : il va être mis
fous preffe.
Le même a fait encore lecture d'un
autre ouvrage qui a pour titre : Obfervations
médico-phyfiques fur les dangers auxquels
on s'expofe en mangeant des fruits qui
n'ont point encore atteint leur dégré de maturité
, & fur les avantages au contraire qui
résultent de leur ufage lorfqu'ils ont acquis
toute leur perfection.
L'abus trop commun de manger les
fruits avant qu'ils foient murs , & le zéle
de l'auteur pour le bien public , l'ont engagé
à traiter cette matiere .
Après un court expofé des loix générales
de la végétation , il examine la nature des
fruits qui naiffent dans les pays chauds &
dans les pays froids & tempérés ; il fait
voir que la providence a fait naître dans
chaque contrée de la terre des fruits doués
de toutes les propriétés néceffaires pour
garantir les habitans des maladies auxquel
les les expoferoient l'intempérie de l'air
des régions qu'ils habitent. Il reconnoît
d'une part que les fruits aigrelets & acidules
qui naiffent abondamment dans les pays
chauds , contiennent des fucs merveilleux
pour réprimer les effervefcences fougueufes
, & une infinité d'autres accidens que
la chaleur exceffive occafionne dans le fang
13 8 MERCURE DE FRANCE .
de leurs habitans. D'un autre côté , il re
garde les fruits que produifent les pays
froids & tempérés , comme des matieres
favoneufes & délayantes, extrêmement propres
à diffoudre les concrétions & les
épaiffiffemens des liqueurs de ceux qui ha
bitent ces climats. Il entre à cet égard
dans un certain détail fur la nature des
matieres favoneufes , factices & naturelles :
il reconnoît que les favons naturels font
beaucoup plus parfaits que les factices ,
qu'ils font formés d'une union intime de
parties onctueufes extrêmement fines , pénétrées
par un acide végétal , au lieu que les
favons factices ordinaires font les produits
de parties graffes , fort groffieres , unies affez
imparfaitement avec un fel lixiviel , & c.
On voit que l'auteur reconnoît par- tout
un ordre & une fageffe fuprême dans la
formation & la confervation de tous les
êtres. C'eft effectivement en ne perdant
point de vue cet important objet , que les
fçavans fe rapprocheront toujours de la vérité
; au lieu qu'en fe livrant à des fyſtêmes
erronés & dictés par l'efprit d'illufion
, ils ne feront jamais d'accord ni avec
la nature , ni avec eux-mêmes.
M. Navier a auffi fait part d'un travail
qu'il a commencé en 1738 , pour trouver
un lithontriptique , ou diffolvant des pier,
MARS. 1755. 139
1
res humaines ; ouvrage dont il avoit informé
en différens tems MM. de l'Acadé-.
mie royale des Sciences de Paris ; il paroît
avoir conduit fes recherches déja fort loin
il a même fait voir plufieurs de ces pierres
extraordinairement dures, réduites en bouil
lie en fort peu de tems , par le moyen
d'une liqueur fi douce , qu'elle peut être
bûe fans faire aucune impreffion fâcheufe
fur l'eftomac. Il a déja par devers lui des
expériences du bon effet de ce remede ;
mais ,comme il n'a jamais prétendu réuffic
que par la voie des injections , il n'a pû
encore parvenir à autre chofe , finon qu'à
fe rendre certain que ce remede peut être
porté dans la veffie par les injections , fans
y caufer ni douleur ni altération . Si par
un bonheur ineftimable pour l'humanité
on pouvoit parvenir par cette voie à fondre
la pierre dans la veffie , il réfteroit en
core beaucoup à travailler , tant pour fe
perfectionner dans la maniere d'y introduire
la fonde , que dans la matiere & la
forme de cet inftrument ; car il feroit de
la derniere importance de pouvoir l'intro
duire promptement , fûrement & fans dou
leur. M.Navier defireroit que l'on s'exerçât
à fonder avec des alkalis qui n'euffent
prefque point de courbure ; il penfe que
Cette forme feroit plus commode pour ins
140 MERCURE DE FRANCE.
jecter , pour pouvoir tourner la fonde en
rous fens dans la veffie , & pour y pou
voir féjourner long- tems fans bleffer ce
vifcere , & c.
C'est particulierement du génie de nos
grands Chirurgiens que l'on doit efpérer
la perfection dans la forme de cet inftrument
, & dans la maniere de l'infinuer
dans la veffie , ou même de trouver le
moyen de dilater fon fphincter , & d'y
porter un liquide fans avoir recours au
catheter.
On a annoncé cette année deux ouvra
ges imprimés à Edimbourg , dans lesquels
on prétend que l'eau de chaux eft un excellent
diffolvant des pierres humaines pris
intérieurement , ou porté dans la veffic
par les injections .
M. Navier a fait depuis dix-fept à dixhuit
ans un fi grand nombre d'expériences
& de recherches fur les différens lithontriptiques
, qu'il auroit été furprenant que
celui de la chaux lui eût échappé : il a donc
travaillé fur ce diffolvant , comme fur une
infinité d'autres , & il craint qu'il ne réuffiffe
pas autant qu'on le fait efperer ; car
il a reconnu que ce remede avoit peu ou
point d'action fur un très - grand nombre
de pierres humaines . Si M. Whitt a éprouvé
le contraire , cela ne peut venir , ſelon
MA- R S.
1755 141
M. Navier , que de la différence des pierres
qui fe forment chez les Anglois , dont la
boiffon ordinaire eft la bierre , & de celles
qui prennent naiffance chez les François
qui font ufage du vin.
M. Navier n'a eu occafion de travailler
que fur ces dernieres ; peut-être eft- ce cette
différence de boiffon qui a fait que le diffolvant
de Mlle Stephens a été employé
avec fuccès en Angleterre , & qu'il a fi peu
réuffi en France.
M. Navier croit encore être bien fondé
à fe défier de l'eau de chaux : 1 °. parce que
contenant une grande quantité de parties
de feu , ce reméde pris . intérieurement &
à grandes dofes , comme il feroit néceffaire
pour fondre les calculs humains pourroit
intéreffer la fanté des perfonnes délicates.
2 °. Cette eau étant chargée de beaucoup
de parties pierreufes qu'elle tient en
diffolution , ne pourroit - il pas arriver
qu'elles fe dépoferoient dans différens endroits
du corps , peut-être même dans les
reins & dans la veffie ? M. Navier eſt d'aųtant
mieux fondé dans cette opinion , qu'il
a reconnu par l'expérience , qu'un peu d'urine
chaude verfée far de l'eau de chaux ,
la rend laiteufe , & en fait précipiter de
fa fubftance pierreufe. Si donc la même
chofe arrivoit dans les reins ou dans la
142 MERCURE DE FRANCE.
veffie de ceux qui prendroient beaucoup
de ce lithontriptique , comme il y a tout
lieu de le croire , fur- tout chez les pierreux
, qui ont une urine dont l'alkali volatil
eft fort développé , & par conféquent
plus propre à précipiter la partie pierreufe
de l'eau de chaux , ne doit- on pas préfumer
que ce remede pourroit dépofer dans
ces vifceres autant & peut être plus de
fubftance pierreufe qu'ils n'en éleveroient
de calculs qui s'y rencontreroient ? M. Navier
a connoiffance d'un fait qui paroît
bien confirmer cette théorie .
Une perfonne qui avoit une pierre bien
conftatée dans la veffie , s'étoit déterminée
à prendre du lithontriptique de Mlle Stephens
, qui contient , comme l'on fçait
beaucoup de matieres calcaires réduites en
chaux. Après un certain tems de l'uſage
de ce remede , on apperçut dans les urines
du malade beaucoup de parties terreufesblanches
, que l'on croyoit être infailliblement
des débris de la pierre ; mais la
perfonne étant morte , on reconnut avec
furprife , par l'ouverture de la veffie , que
la pierre n'avoit été en aucune façon endommagée.
Donc les portions blanchâtres
& terreufes que l'urine avoit charriées,
venoient des parties de chaux qui entroient
dans le remede anglois. Cela prou오
Y
MARS. 1755. 143
ve qu'on ne peut avoir trop de circonfpection
, même de défiance , dans la vérification
des faits , car ils font fouvent voilés
par des
apparences trompeufes & féduifantes.
M. Whitt a avancé que tout fel lixiviel
eft abfolument incapable de diffoudre la pierre
humaine . M. Navier a remarqué tout le
contraire , ayant conftamment obfervé
dans le nombre des lithontriptiques qu'il a
découvert , que ces fels avoient tous cette
propriété.
Cette différence entre les obfervations
de nos deux auteurs pourroit bien venir
de celle des pierres fur lefquelles ils ont
travaillé , par la raifon rapportée ci -deffus
. En effet M. Navier , d'après qui nous
parlons toujours , a reconnu que ces fels
agiffoient fort différemment , felon la nature
de la pierre ; & il eft perfuadé que
c'eſt cette différence dans les calculs humains
qui mettra toujours le plus d'obftacles
à la découverte d'un lithontriptique
univerfel , c'est-à - dire qui agiffe également
& d'une maniere douce fur toutes les pierres
humaines.
Nous venons de rapporter une partie
des obfervations de M. Navier , que fon
defintéreffement & fon amour pour le
bien public a déterminé à nous communiquer.
#44 MERCURE DE FRANCE.
Quelle louable émulation ! qu'il eft digne
de notre reconnoiffance de voir dans
deux Royaumes auffi floriffans que la France
& l'Angleterre , la Médecine toujours
occupée d'un objet qui tend à délivrer l'hu
manité du plus cruel de tous les maux !
Les affociés fe font féparés le 28 du
mois d'Août , moins pour fe délaffer de
leurs fatigues que pour préparer les mémoires
dont ils rendront compte l'année
prochaine dans leurs féances ; ils font tous
également difpofés à fe rendre dignes de
la protection qu'un grand Prince leur accorde
, à fe mettre en état d'obtenir la
confirmation de leur établiſſement , & à
mériter l'eftime du public.
De la Société Linéraire de Châlons.
St
1. quelques critiques chagrins fe font
érigés de nos jours en cenfeurs des
Académies , il s'eft auffi trouvé des défenfeurs
de ces fortes d'établiffemens : leur
utilité a été démontrée dans des écrits. publics
: il a été prouvé d'une maniere victorieufe
que leur multiplicité étoit néceffaire
au progrès des fciences , & que loin
de nuire au corps politique de l'Etat, elle
ne pouvoit lui être qu'avantageufe.
C'eft fous ce point de vue que M. Du-
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
pré d'Aulnay , ancien Commiffaire des
Guerres , l'a confidéré. Retiré depuis plufieurs
années dans la ville de Châlons-fur-
Marne , fon amour pour l'étude l'y a fuivi
, & les liaifons qu'il a formées avec des
concitoyens animés du même amour , lui
ont fait concevoir le deffein de les unir
par les noeuds d'une fociété littéraire .
Il en a demandé. l'agrément à M. le
Comte de Saint - Florentin . Ce Miniftre
qui chérit les Lettres , autant qu'il eft cher
aux Sçavans , l'a honoré d'une réponſe
favorable , & a promis une autorifation
plus précife , lorfque les affociés auroient
donné des preuves de leurs talens .
Son A. S. M. le Comte de Clermont ,
Gouverneur des provinces de Champagne
& de Brie , a bien voulu concourit de fon
côté à cet établiffement : illuftre par fon
fang & par la faveur finguliere qu'il a fait
aux Mufes d'entrer dans leur fanctuaire ,
il a donné de nouvelles marques de fon
attachement pour elles , en fe déclarant le
protecteur de cette fociété naiffante.
Les membres d'une fociété qui commence
fous de fi heureux aufpices , ont dé
ja produits quelques fruits de leurs veilles
dans les affemblées particulieres qu'ils ont
tenues pendant le cours de cette année.
M. Culoteau de Velye , Avocat du Roi
MARS. 1755. 129
•
au Préfidial de Châlons en Champagne ,
& l'un des membres de cette fociété , a lû
une differtation fur la confécration des
Empereurs romains , & particulierement
fur celle de Pertinax , juftifiée par une médaille.
Il obferve que la confécration en uſage
chez les Romains étoit différente de l'apothéofe
admife chez les autres peuples ;
que cette derniere cérémonie étoit connue
dès le tems de Belus , premier Roi des
Affyriens , & qu'elle a été continuée depuis
en faveur des Princes , des Rois recommendables
par leur fageffe , & même
de fimples particuliers qui s'étoient fignalés
par leurs vertus & des actions éclatantes
. Il fixe au regne des Céfars l'origine de
la confécration qui , lorfque Romulus fut
admis au rang des Dieux , n'étoit point
encore établie de la maniere dont elle l'a
été dans la fuite.
›. Il fait voir que dans tel tems de la République
, le Sénat n'accorda cet honneur
qu'à la feule Acea Laurentia , comme un
tribut de fa reconnoiffance pour les biens
qu'il en avoit reça que s'il décerna par la
fuite les mêmes honneurs à un grand nom
-bre d'Empereurs , il les refufa néanmoins à
ceux qui s'étoient rendus odieux par leurs
vices.
Fy
130 MERCURE DE FRANCE .
Il rapporte pour exemple la joie générale
qu'excita la mort de Tibere , le decret
qui déclara Neron ennemi de la patrie,
les outrages exercés fur les corps de Vitellius
& d'Héliogabale qui , après avoir
été traînés avec ignominie par les rues de
Rome , furent jertés dans le Tibre ; le long
refus du Sénat d'élever Adrien au rang des
Dieux , la fermeté avec laquelle il йétric
la mémoire de Domitien déifié par les armées
, en faifant brifer fes ftatues , fes portraits
& les infcriptions faites en fon honneur.
Il prouve que la cérémonie de la confé
cration des Empereurs a fubfifté jufqu'an
tems du parfait établiſſement de notre religion
; Jovien ayant encore été mis au
rang des Dieux par les foins de fon fuc
ceffeur Valentinien , vers l'an 364 de l'ere
chrétienne .
A l'égard de l'Empereur Pertinax , dont
-M. de la Baftie prétend dans fon ouvrage
fur le P. Joubert , que l'on n'a point encore
trouvé de médailles , M. de Velye en
produit une , qui femble ne laiffer aucun
doute que l'on a déféré à cet Empereur
-les honneurs de la confécration ." col
< Cette médaille , qui eft de moyen broneze
, préfente d'un côté la tête de Pertinax ,
avec la légende Divus Helvius Pertinax , &
MAR S.: 1755. 131
a pour tipe en fon revers un aigle avec les
aîles déployées , fur lefquelles eft la figure
de l'Empereur à demi- couché , avec la légende
Confecratio. Cette médaille paroît
caracterifer d'une façon particuliere la confécration
de Pertinax , & l'on a lieu de
croire qu'elle eft une de celles qui ont été
re nouvellées par Gallien .
M. de Velye penfe que l'on peut porter
le même jugement d'une médaille de Fauftine
, qui du côté de la tête a pour légende
Diva Fauftina ; & au revers une figure
humaine que l'on peut prendre pour un
Prêtre , faifant une libation fur un autel ,
fur lequel il y a du feu , avec la légende
Confecratio : cependant il ne propofe fon
fentiment à cet égard que comme conjecture
, s'en rapportant aux connoiffances des
fçavans en ce genre.
M. de Velye a fait encore lecture d'une
autre differtation, dont l'objet eft de déterminer
quels étoient les principes de la religion
des anciens Romains , & s'ils étoient
différens de ceux qui conftituoient le culte
religieux des Grecs .
Voici fommairement les preuves qu'il
apporte pour établir cette différence .
Les premiers Romains , preſque tous occupés
à nourrir des troupeaux , en tiroient
les fecours néceffaires pour -fubfifter. Pan
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
étoit leur principale Divinité ; ils cétébroient
en fon honneur des fêtes par des
facrifices , & par des jeux appellés Lupeztaux
; ils honoroient auffi comme des
Dieux , Janus , Saturne , Picus , Hercule ,
&c. Mais indépendamment de ces Dieux
de la patrie ils reconnoifloient encore ceux
des grandes nations ; ils admettoient auffi
les augures , les pénates , les génies , &c.
Romulus effaya de détruire les préjugés
de ceux qui compofoient fa colonie , d'établir
une religion fondée fur des principes
raisonnables , & de fixer un culte conforme
à l'idée qu'il avoit conçue de la Divinité
, qu'il reconnoiſſoit comme un être
parfait & immortel .
Numa qui lui fuccéda , approchoit aſſez
des fentimens de fon prédéceffeur au ſujet
de la religion ; il penfoit qu'on ne pouvoit
donner aucune forme fenfible à la caufe
premiere de tous les êtres créés ; en conféquence
l'on ne vit à Rome pendant près
de deux fiécles aucun monument élevé pour
repréfenter la Divinité .
La religion établie par Romulus fubfiſta
long-tems , comme le fondement inébranlable
de la confervation de la chofe publique
; tout fon fyftême confiftoit à propo
fer pour objet du culte religieux un être
pur , efprit fouverainement parfait , imMARS.
1755. 133
mortel , auteur de tout , & de l'honorer
par un culte digne de fon unité & de fa
grandeur.
Les Grecs , au contraire , s'imaginant
qu'il étoit poffible d'appercevoir , par l'organe
des fens , la divinité telle quelle eft
en elle-même , la fixerent d'abord, dans le
foleil ; ils déïferent les élémens , l'univers
entier , & les différentes parties qui le com →
pofent. Orphée , Mufée , Eumolpe , que
S. Auguftin appelle les théologiens des
Grecs , bien loin d'amener leurs compatriotes
à la connoiffance de la vérité , les
en éloignerent , & les plongerent dans des
erreurs injurieufes à l'être fuprême ; ils
propoferent des Dieux fous des fymboles
& des hieroglyphes , dont ils avoient apris
à faire ufage en Egypte. La trop grande
élévation d'efprit de ces philofophes fit
tomber dans l'égarementceux qu'ils fe pro
pofoient d'éclairer , & qui n'étoient point
capables de comprendre le fens des fables
abfurdes qu'ils employoient pour établir les
vérités les plus importantes.
Ce fut des prétendus fages de l'Egypte
qu'ils avoient appris à diftinguer l'âge , le
fexe , la forme & le nombre des Dieux ;
ils apprirent auffi d'eux à les honorer par
des fêtes & par des jeux folemnels ; mais
il n'arrivoit que trop fouvent que l'on
.
134 MERCURE DE FRANCE.
portoit l'impiété en triomphe dans ces cérémonies
, & qu'elles devenoient un affemblage
monftrueux de defordres & de crimes.
La connoiffance de la nature & l'étude
de la phyfique devint la fource de l'erreur ;
on donnoit à chacune des caufes un des
attributs de la divinité , & les attributs diftingués
, fembloient introduire & préfenter
une multiplicité de Dieux. Plufieurs
fages , comme Diagoras & Socrate , furent
les victimes de leur attachement à la vérité
, telle que l'homme peut la découvrir par
l'étude & la force du raifonnement .
Les Romains , dans leur origine , étoient
des hommes durs , groffiers , fauvages ;
mais ils furent amenés à la connoiffance
de l'être fuprême , autant qu'on peut en
approcher par les lumieres de la raifon ;
ils fe diftinguerent par leur inviolable attachement
à une religion plus fainte que
celle des autres nations..
Les Grecs , au contraire , inconftans &
legers , fe livrerent au torrent d'une aveugle
fuperftition ; leur culte avoit fouvent
l'homme pour objet ; leurs fêtes , & les
jeux qu'ils célébroient , n'étoient inſtitués
que pour exciter ceux qui y étoient admis
à fe furpaffer mutuellement par la force ,
l'adreffe & la légereté : on n'y comptoit
MARS 1755 ”ན
135
prefque pour rien le coeur , les moeurs &
la vertu .
la
De cet expofé , on peut conclure que
religion des anciens Romains étoit plus
parfaite que celle des Grecs , & qu'elle
étoit établie fur des principes différens.
- M. Dupré d'Aulnai a lû auffi une differtation
qui a pour objet l'écoulement magne
tique , Pélectricité , l'afcenfion de la feve
dans les végétaux , & le flux de la mer. Il
croit que la même caufe produit ces différens
effets , que le foleil en eft le premier
& le feul mobile , & que cet aftre eft dans
l'univers ce qu'eft le coeur dans l'animal ,
auquel il donne le mouvement , la chaleur
& la vie.
af-
M. Navier , Docteur en Médecine ,
focié correfpondant de l'Académie royale
des Sciences de Paris , & l'un des mem
bres de la Société , a lu dans différentes
féances des differtations fur plufieurs maladies
populaires qui ont regné dans la
vince de Champagne & ailleurs.
་
pro-
La Faculté de Médecine de Paris , & M.
de Vernage , ayant jugé cet ouvrage fondé
-fur une bonne théorie , conforme à la faine
·pratique , & appuyé de l'autorité des grands
maîtres , l'auteur a cru ne devoir point fe
refufer au bien du public , & s'eft en conféquence
déterminé à le faire imprimer. Il
136 MERCURE DE FRANCE.
fe trouve à Paris , chez Cavelier
Saint Jacques , au Lys d'or.
·
rue
Après de pareils témoignages , il eft
inutile d'infilter fur la nature de ce travail
; le lecteur jugera par lui-même que
l'auteur a fait nombre de recherches utiles
& intéreffantes pour le traitement de différentes
maladies.
M. Navier a auffi lû des obfervations
théoriques & pratiques fur l'amolliffement
des os en général , & en particulier fur
celui qui a caractériſé la maladie extraor
dinaire de la Dame Supior , dont tout le
royaume a été informé.
Il penfe que cette maladie tenoit du rachitis
& du fcorbut. Pour démontrer le caractere
& la véritable caufe de cette maladie
, l'auteur fuit fon objet par la voie
des expériences & des démonftrations , &
conclut que les levains qui occafionnent
l'amolliffement des os , eft de nature acide.
Pour bien conftater cette vérité , il a fait
des recherches infinies , qui toutes ont concouru
à le convaincre que cette maladie ne
pouvoit reconnoître d'autre caufe . La nature
& le caractere de cette fâcheufe maladie
étant bien connue , l'auteur fait voir
qu'il faut néceffairement la combattre par
les moyens qu'il propofe. Cet ouvrage a
été examiné & approuvé par l'Académie
f
MARS. 1755. 137
royale des Sciences de Paris : il va être mis
fous preffe.
Le même a fait encore lecture d'un
autre ouvrage qui a pour titre : Obfervations
médico-phyfiques fur les dangers auxquels
on s'expofe en mangeant des fruits qui
n'ont point encore atteint leur dégré de maturité
, & fur les avantages au contraire qui
résultent de leur ufage lorfqu'ils ont acquis
toute leur perfection.
L'abus trop commun de manger les
fruits avant qu'ils foient murs , & le zéle
de l'auteur pour le bien public , l'ont engagé
à traiter cette matiere .
Après un court expofé des loix générales
de la végétation , il examine la nature des
fruits qui naiffent dans les pays chauds &
dans les pays froids & tempérés ; il fait
voir que la providence a fait naître dans
chaque contrée de la terre des fruits doués
de toutes les propriétés néceffaires pour
garantir les habitans des maladies auxquel
les les expoferoient l'intempérie de l'air
des régions qu'ils habitent. Il reconnoît
d'une part que les fruits aigrelets & acidules
qui naiffent abondamment dans les pays
chauds , contiennent des fucs merveilleux
pour réprimer les effervefcences fougueufes
, & une infinité d'autres accidens que
la chaleur exceffive occafionne dans le fang
13 8 MERCURE DE FRANCE .
de leurs habitans. D'un autre côté , il re
garde les fruits que produifent les pays
froids & tempérés , comme des matieres
favoneufes & délayantes, extrêmement propres
à diffoudre les concrétions & les
épaiffiffemens des liqueurs de ceux qui ha
bitent ces climats. Il entre à cet égard
dans un certain détail fur la nature des
matieres favoneufes , factices & naturelles :
il reconnoît que les favons naturels font
beaucoup plus parfaits que les factices ,
qu'ils font formés d'une union intime de
parties onctueufes extrêmement fines , pénétrées
par un acide végétal , au lieu que les
favons factices ordinaires font les produits
de parties graffes , fort groffieres , unies affez
imparfaitement avec un fel lixiviel , & c.
On voit que l'auteur reconnoît par- tout
un ordre & une fageffe fuprême dans la
formation & la confervation de tous les
êtres. C'eft effectivement en ne perdant
point de vue cet important objet , que les
fçavans fe rapprocheront toujours de la vérité
; au lieu qu'en fe livrant à des fyſtêmes
erronés & dictés par l'efprit d'illufion
, ils ne feront jamais d'accord ni avec
la nature , ni avec eux-mêmes.
M. Navier a auffi fait part d'un travail
qu'il a commencé en 1738 , pour trouver
un lithontriptique , ou diffolvant des pier,
MARS. 1755. 139
1
res humaines ; ouvrage dont il avoit informé
en différens tems MM. de l'Acadé-.
mie royale des Sciences de Paris ; il paroît
avoir conduit fes recherches déja fort loin
il a même fait voir plufieurs de ces pierres
extraordinairement dures, réduites en bouil
lie en fort peu de tems , par le moyen
d'une liqueur fi douce , qu'elle peut être
bûe fans faire aucune impreffion fâcheufe
fur l'eftomac. Il a déja par devers lui des
expériences du bon effet de ce remede ;
mais ,comme il n'a jamais prétendu réuffic
que par la voie des injections , il n'a pû
encore parvenir à autre chofe , finon qu'à
fe rendre certain que ce remede peut être
porté dans la veffie par les injections , fans
y caufer ni douleur ni altération . Si par
un bonheur ineftimable pour l'humanité
on pouvoit parvenir par cette voie à fondre
la pierre dans la veffie , il réfteroit en
core beaucoup à travailler , tant pour fe
perfectionner dans la maniere d'y introduire
la fonde , que dans la matiere & la
forme de cet inftrument ; car il feroit de
la derniere importance de pouvoir l'intro
duire promptement , fûrement & fans dou
leur. M.Navier defireroit que l'on s'exerçât
à fonder avec des alkalis qui n'euffent
prefque point de courbure ; il penfe que
Cette forme feroit plus commode pour ins
140 MERCURE DE FRANCE.
jecter , pour pouvoir tourner la fonde en
rous fens dans la veffie , & pour y pou
voir féjourner long- tems fans bleffer ce
vifcere , & c.
C'est particulierement du génie de nos
grands Chirurgiens que l'on doit efpérer
la perfection dans la forme de cet inftrument
, & dans la maniere de l'infinuer
dans la veffie , ou même de trouver le
moyen de dilater fon fphincter , & d'y
porter un liquide fans avoir recours au
catheter.
On a annoncé cette année deux ouvra
ges imprimés à Edimbourg , dans lesquels
on prétend que l'eau de chaux eft un excellent
diffolvant des pierres humaines pris
intérieurement , ou porté dans la veffic
par les injections .
M. Navier a fait depuis dix-fept à dixhuit
ans un fi grand nombre d'expériences
& de recherches fur les différens lithontriptiques
, qu'il auroit été furprenant que
celui de la chaux lui eût échappé : il a donc
travaillé fur ce diffolvant , comme fur une
infinité d'autres , & il craint qu'il ne réuffiffe
pas autant qu'on le fait efperer ; car
il a reconnu que ce remede avoit peu ou
point d'action fur un très - grand nombre
de pierres humaines . Si M. Whitt a éprouvé
le contraire , cela ne peut venir , ſelon
MA- R S.
1755 141
M. Navier , que de la différence des pierres
qui fe forment chez les Anglois , dont la
boiffon ordinaire eft la bierre , & de celles
qui prennent naiffance chez les François
qui font ufage du vin.
M. Navier n'a eu occafion de travailler
que fur ces dernieres ; peut-être eft- ce cette
différence de boiffon qui a fait que le diffolvant
de Mlle Stephens a été employé
avec fuccès en Angleterre , & qu'il a fi peu
réuffi en France.
M. Navier croit encore être bien fondé
à fe défier de l'eau de chaux : 1 °. parce que
contenant une grande quantité de parties
de feu , ce reméde pris . intérieurement &
à grandes dofes , comme il feroit néceffaire
pour fondre les calculs humains pourroit
intéreffer la fanté des perfonnes délicates.
2 °. Cette eau étant chargée de beaucoup
de parties pierreufes qu'elle tient en
diffolution , ne pourroit - il pas arriver
qu'elles fe dépoferoient dans différens endroits
du corps , peut-être même dans les
reins & dans la veffie ? M. Navier eſt d'aųtant
mieux fondé dans cette opinion , qu'il
a reconnu par l'expérience , qu'un peu d'urine
chaude verfée far de l'eau de chaux ,
la rend laiteufe , & en fait précipiter de
fa fubftance pierreufe. Si donc la même
chofe arrivoit dans les reins ou dans la
142 MERCURE DE FRANCE.
veffie de ceux qui prendroient beaucoup
de ce lithontriptique , comme il y a tout
lieu de le croire , fur- tout chez les pierreux
, qui ont une urine dont l'alkali volatil
eft fort développé , & par conféquent
plus propre à précipiter la partie pierreufe
de l'eau de chaux , ne doit- on pas préfumer
que ce remede pourroit dépofer dans
ces vifceres autant & peut être plus de
fubftance pierreufe qu'ils n'en éleveroient
de calculs qui s'y rencontreroient ? M. Navier
a connoiffance d'un fait qui paroît
bien confirmer cette théorie .
Une perfonne qui avoit une pierre bien
conftatée dans la veffie , s'étoit déterminée
à prendre du lithontriptique de Mlle Stephens
, qui contient , comme l'on fçait
beaucoup de matieres calcaires réduites en
chaux. Après un certain tems de l'uſage
de ce remede , on apperçut dans les urines
du malade beaucoup de parties terreufesblanches
, que l'on croyoit être infailliblement
des débris de la pierre ; mais la
perfonne étant morte , on reconnut avec
furprife , par l'ouverture de la veffie , que
la pierre n'avoit été en aucune façon endommagée.
Donc les portions blanchâtres
& terreufes que l'urine avoit charriées,
venoient des parties de chaux qui entroient
dans le remede anglois. Cela prou오
Y
MARS. 1755. 143
ve qu'on ne peut avoir trop de circonfpection
, même de défiance , dans la vérification
des faits , car ils font fouvent voilés
par des
apparences trompeufes & féduifantes.
M. Whitt a avancé que tout fel lixiviel
eft abfolument incapable de diffoudre la pierre
humaine . M. Navier a remarqué tout le
contraire , ayant conftamment obfervé
dans le nombre des lithontriptiques qu'il a
découvert , que ces fels avoient tous cette
propriété.
Cette différence entre les obfervations
de nos deux auteurs pourroit bien venir
de celle des pierres fur lefquelles ils ont
travaillé , par la raifon rapportée ci -deffus
. En effet M. Navier , d'après qui nous
parlons toujours , a reconnu que ces fels
agiffoient fort différemment , felon la nature
de la pierre ; & il eft perfuadé que
c'eſt cette différence dans les calculs humains
qui mettra toujours le plus d'obftacles
à la découverte d'un lithontriptique
univerfel , c'est-à - dire qui agiffe également
& d'une maniere douce fur toutes les pierres
humaines.
Nous venons de rapporter une partie
des obfervations de M. Navier , que fon
defintéreffement & fon amour pour le
bien public a déterminé à nous communiquer.
#44 MERCURE DE FRANCE.
Quelle louable émulation ! qu'il eft digne
de notre reconnoiffance de voir dans
deux Royaumes auffi floriffans que la France
& l'Angleterre , la Médecine toujours
occupée d'un objet qui tend à délivrer l'hu
manité du plus cruel de tous les maux !
Les affociés fe font féparés le 28 du
mois d'Août , moins pour fe délaffer de
leurs fatigues que pour préparer les mémoires
dont ils rendront compte l'année
prochaine dans leurs féances ; ils font tous
également difpofés à fe rendre dignes de
la protection qu'un grand Prince leur accorde
, à fe mettre en état d'obtenir la
confirmation de leur établiſſement , & à
mériter l'eftime du public.
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Résumé : SEANCES PARTICULIERES De la Société Littéraire de Châlons.
Le texte présente les activités de la Société Linéraire de Châlons, une association littéraire fondée par M. Dupré d'Aulnay, ancien commissaire des Guerres, avec le soutien de M. le Comte de Saint-Florentin et de M. le Comte de Clermont. Cette société vise à promouvoir les sciences et les lettres. Lors de réunions privées, plusieurs membres ont présenté des dissertations. M. Culoteau de Velye a lu une dissertation sur la consécration des empereurs romains, en se concentrant sur Pertinax, et a présenté une médaille attestant de cette consécration. Il a également comparé la religion des anciens Romains à celle des Grecs, soulignant que la religion romaine était plus rationnelle et fondée sur des principes raisonnables. M. Dupré d'Aulnay a présenté une dissertation sur divers phénomènes naturels, comme l'écoulement magnétique et l'électricité, attribuant ces effets à l'influence du soleil. M. Navier, docteur en médecine, a lu des dissertations sur des maladies populaires en Champagne, sur l'amollissement des os, et sur les dangers de consommer des fruits non mûrs. Ses travaux ont été approuvés par l'Académie royale des Sciences de Paris. Le texte détaille également les recherches de M. Navier sur les lithontriptiques, des substances capables de dissoudre les calculs rénaux. Navier reconnaît la supériorité des savons naturels sur les savons artificiels en raison de leur composition plus fine et plus efficace. Il souligne l'importance de l'ordre et de la sagesse divine dans la formation des êtres vivants. Navier a commencé ses travaux en 1738 pour trouver un lithontriptique efficace. Il a présenté plusieurs pierres dures réduites en bouillie grâce à une liqueur douce, pouvant être bue sans effet nocif sur l'estomac. Cependant, il n'a pas encore pu administrer ce remède par voie interne sans causer de douleur ou d'altération. Le texte mentionne des ouvrages imprimés à Edimbourg qui prétendent que l'eau de chaux est un excellent dissolvant des calculs rénaux. Navier, après de nombreuses expériences, doute de l'efficacité de ce remède, estimant qu'il pourrait causer des dépôts de substances pierreuses dans le corps. Navier critique l'eau de chaux pour ses risques potentiels de déposer des particules pierreuses dans les reins et la vessie, et pour son inefficacité constatée sur de nombreux calculs rénaux. Il relate un cas où une personne ayant pris un lithontriptique à base de chaux a vu des particules blanches dans ses urines, mais la pierre rénale n'a pas été dissoute. Enfin, le texte souligne la différence d'observations entre Navier et M. Whitt concernant l'efficacité des lessives sur les calculs rénaux, attribuant ces divergences à la variabilité des types de calculs. Navier conclut que la découverte d'un lithontriptique universel est complexe en raison de cette variabilité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
6
p. 190-192
LETTRE au Frere Côme, contenant une observation, qui prouve de plus en plus l'utilité du Lithotome caché pour l'opération de la Taille.
Début :
MONSIEUR, dans le courant du mois de Juillet de l'année 1754, je [...]
Mots clefs :
Opération de la taille, Chirurgien, Lithotome, Opération, Malade, Pierre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE au Frere Côme, contenant une observation, qui prouve de plus en plus l'utilité du Lithotome caché pour l'opération de la Taille.
CHIRURGIE.
LETTRE au Frere Côme , contenant une
obfervation , qui prouve de plus en plus
l'utilité du Lithotome caché pour l'opération
de la Taille.
ONSIEUR › dans le courant du
Mmois de Juillet de l'année 1754 , je
fus appellé à Bourbon- l'Archambault ,
pour voir la nommée Anne de Canys , native
de Moulins en Bourbonnois , âgée de
huit ans , qui depuis trois ans reffentoit
des douleurs très -aigues , caufées par une
pierre dans la veffie . Dans l'hiftoire que
me firent les deux Médecins & le Chirurgien
du lieu , j'appris qu'un Maître en
Chirurgie de Paris , qui pour lors fe trouvoit
aux eaux , en venoit de tenter l'extraction
à l'ancienne maniere , & qu'il
avoit échoué. Il propofa , comme l'unique
moyen de l'extraire , votre lithotome caché
je voulus fonder la malade , mais
une inflammation confidérable du canal
de l'uretre caufée par cette tentative cideffus
, m'obligea de différer jufqu'à ce
que cette partie ait repris fon état naturel.
JUN. 1755... 191
Dans le commencement du mois d'Août
on fit tranfporter ladite malade à Moulins
: je la fondai & reconnus la pierre ;
mais un cours de ventre , accompagné
d'une fievre lente , jointe aux douleurs
caufées par ce calcul , avoient mis cet
enfant dans une fituation fi trifte que je
fus obligé de retarder l'opération , & de
travailler à détruire ou calmer tous les
accidens. Près de fix femaines s'écoulerent
fans que la nature ait voulu feconder
mes foins. Plufieurs de mes confreres qui
pafferent ici avec leurs régimens , & plufieurs
Maîtres de l'art les plus éclairés de
cette ville , qui virent cet enfant , me confeillerent
, pour ma réputation , de ne pas
entreprendre une opération qui ne pouvoit
être qu'infructueufe ; mais connoiffant
par expérience les fuccès de votre méthode
, je n'eus en vûe que la guériſon de
la malade , ou une diminution confidérable
dans cette complication de maux. Je
la taillai le huit Octobre de la même année
, en préſence de M. Jamé , Chirurgien
major du Régiment Dragons de Beaufremont
, & du R. P. Eleutere Benoît , Chirurgien
de la Charité je lui tirai une
pierre de la groffeur d'un oeuf de pigeon.
La malade a été guérie fans panfement le
,
192 MERCURE DE FRANCE.
dix-feptieme jour, & les accidens ci-deffus
ont totalement cellé : elle jouit aujourd'hui,
d'une parfaite fanté. Je vous prie , Monfieur
, s'il eft poffible , de faire inférer
cette opération dans le Mercure , je vous
en ferai très - obligé : j'ai quelque incrédule
à convaincre.
J'ai l'honneur d'être , &c.
Gerard , Chirurgien major
du Régiment de Berry ,
Infanterie.
A Moulins , ce 23 Avril 1755.
LETTRE au Frere Côme , contenant une
obfervation , qui prouve de plus en plus
l'utilité du Lithotome caché pour l'opération
de la Taille.
ONSIEUR › dans le courant du
Mmois de Juillet de l'année 1754 , je
fus appellé à Bourbon- l'Archambault ,
pour voir la nommée Anne de Canys , native
de Moulins en Bourbonnois , âgée de
huit ans , qui depuis trois ans reffentoit
des douleurs très -aigues , caufées par une
pierre dans la veffie . Dans l'hiftoire que
me firent les deux Médecins & le Chirurgien
du lieu , j'appris qu'un Maître en
Chirurgie de Paris , qui pour lors fe trouvoit
aux eaux , en venoit de tenter l'extraction
à l'ancienne maniere , & qu'il
avoit échoué. Il propofa , comme l'unique
moyen de l'extraire , votre lithotome caché
je voulus fonder la malade , mais
une inflammation confidérable du canal
de l'uretre caufée par cette tentative cideffus
, m'obligea de différer jufqu'à ce
que cette partie ait repris fon état naturel.
JUN. 1755... 191
Dans le commencement du mois d'Août
on fit tranfporter ladite malade à Moulins
: je la fondai & reconnus la pierre ;
mais un cours de ventre , accompagné
d'une fievre lente , jointe aux douleurs
caufées par ce calcul , avoient mis cet
enfant dans une fituation fi trifte que je
fus obligé de retarder l'opération , & de
travailler à détruire ou calmer tous les
accidens. Près de fix femaines s'écoulerent
fans que la nature ait voulu feconder
mes foins. Plufieurs de mes confreres qui
pafferent ici avec leurs régimens , & plufieurs
Maîtres de l'art les plus éclairés de
cette ville , qui virent cet enfant , me confeillerent
, pour ma réputation , de ne pas
entreprendre une opération qui ne pouvoit
être qu'infructueufe ; mais connoiffant
par expérience les fuccès de votre méthode
, je n'eus en vûe que la guériſon de
la malade , ou une diminution confidérable
dans cette complication de maux. Je
la taillai le huit Octobre de la même année
, en préſence de M. Jamé , Chirurgien
major du Régiment Dragons de Beaufremont
, & du R. P. Eleutere Benoît , Chirurgien
de la Charité je lui tirai une
pierre de la groffeur d'un oeuf de pigeon.
La malade a été guérie fans panfement le
,
192 MERCURE DE FRANCE.
dix-feptieme jour, & les accidens ci-deffus
ont totalement cellé : elle jouit aujourd'hui,
d'une parfaite fanté. Je vous prie , Monfieur
, s'il eft poffible , de faire inférer
cette opération dans le Mercure , je vous
en ferai très - obligé : j'ai quelque incrédule
à convaincre.
J'ai l'honneur d'être , &c.
Gerard , Chirurgien major
du Régiment de Berry ,
Infanterie.
A Moulins , ce 23 Avril 1755.
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Résumé : LETTRE au Frere Côme, contenant une observation, qui prouve de plus en plus l'utilité du Lithotome caché pour l'opération de la Taille.
En juillet 1754, le chirurgien Gérard fut appelé à Bourbon-l'Archambault pour soigner Anne de Canys, une fille de huit ans souffrant de douleurs intenses dues à une pierre dans la vessie. Un chirurgien parisien avait déjà tenté sans succès d'extraire la pierre. Gérard envisagea d'utiliser le lithotome caché, mais une inflammation de l'urètre l'obligea à reporter l'opération. En août 1755, la patiente fut transportée à Moulins. Malgré son état critique, Gérard décida d'opérer le 8 octobre 1755, en présence de collègues. Il retira une pierre de la taille d'un œuf de pigeon. La patiente se rétablit rapidement et fut guérie sans pansement le dix-septième jour. Gérard demanda la publication de cette opération dans le Mercure de France pour convaincre les sceptiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 106-119
A MESSIEURS De l'Académie royale de Chirurgie.
Début :
MESSIEURS, j'ai lû avec plaisir dans le second volume de l'Académie [...]
Mots clefs :
Académie royale de chirurgie, Chirurgie, Amputation, Moignon, Jambe, Muscles, Accident, Lambeau, Chirurgien
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texteReconnaissance textuelle : A MESSIEURS De l'Académie royale de Chirurgie.
CHIRURGIE.
A MESSIEURS
De l'Académie royale de Chirurgie.
M
ESSIEURS , j'ai lû avec plaific
dans le fecond volume de l'Académie
royale de Chirurgie l'hiftoire - que M.
la Faye fait de l'amputation à lambeau ; il
y détaille avec beaucoup de fagacité les
différens accidens qui accompagnent l'ancienne
méthode ; il montre les efforts
qu'ont fait plufieurs Chirurgiens célebres
pour fe frayer une nouvelle route en confervant
un lambeau de chair pour couvrir
le moignon , éviter la ligature des vaiffeaux
, la faillie de l'os , fon exfoliation ,
former la cicatrice en moins de tems , &
enfin matelaffer le bout de l'os de façon à
parer les différens accidens qui peuvent
accompagner pendant le cours de la vie .
Mais la difficulté d'appliquer exactement
le lambeau de chair fur le bout des os ,
la crainte qu'il ne s'y rencontrât des vuides
qui donnaffent retraite à des épanchemens,
lui a fait inventer un inftrument pour rapprocher
exactement & mollement le lamJUI
N. 1755. 107
beau fur tout le moignon c'eft une perfection
effentielle qui manquoit à cette
méthode.
M. Garangeot ajoûte la ligature des
vaiffeaux dans ce même cas , & fon procedé
feroit jufte s'il la faifoit par l'ancienne
méthode.
M. Louis dont les recherches & la péné
tration font intariffables , nous donne le
détail de nombre d'autres méthodes , dont
les procédés font auffi différens que les
parties qu'il a à amputer le font entr'elles :
il voit la rétraction des muſcles après leur
fection ; il diffeque les portions de ceux
qui ont refté adhérens aux os , il les releve
par une compreffe fendue pour fcier l'os le
plus haut qu'il eft poffible.
M. Vermalle qui étoit Aide-major à
l'hôpital militaire de Landau en 1734 ,
ayant vû pratiquer l'amputation à deux
lambeaux à M. Ravaton , fon confrere ,
telle qu'il la préfenta à Meffieurs de l'Académie
, a imaginé une façon différente
de former ces deux lambeaux , à laquelle on
a donné la préférence , quoique M. Vermalle
n'ait jamais fait cette amputation
que fur un bouchon de liege , fuivant le
rapport de M. Pierron , Gentilhomme de
la chambre de S. A. S. Electorale Palatine,
chargé de l'Imprimerie de ce Prince
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
ami particulier de Monfieur Vermalle.
Tous les efforts qu'on a fait juſqu'aujourd'hui
pour perfectionner l'amputation,
ont eu pour objet de conferver la peau &
couvrir le moignon en moins de tems . Le
même efprit m'a toujours animé , Meffieurs
, & je vous prie d'agréer mes remar
ques für cette partie effentielle de la chirurgie
je ne m'arrêterai pas à parcourir
l'ancienne méthode , tout le monde connoît
les inconvéniens qui l'accompagnent.
Celle à lambeau inventée par M. Lowdan
, que MM. Verduin , Manget , & c.
ont répandue , & que M. la Faye & quelques
autres ont adoptée , paroît du premier
coup d'oeil impraticable aux praticiens . On
fépare les mufcles jumeaux & folaires jufqu'au
tendon d'Achille on coupe
la peau
au deffous de l'attache des mufcles extenfeurs
de la jambe à l'endroit où on veut
fcier l'os , & on releve enfuite le lambeau
pour couvrir le moignon .
Je remarquerai en premier lieu qu'on ne
peut fcier les os de la jambe fans danger
évident de toucher avec les dents de la
fcie au lambeau , d'où doit s'enfuivre des
accidens fâcheux , puifque les chairs qui
auront été déchirées font recouvertes dans
l'inftant.
Les os ne peuvent être fciés fi également
JUIN. 1755. 109
qu'il n'en refte des pointes qui piqueront
& produiront le même effet , le lambeau
devant être rapproché le plus intimement
qu'il eft poffible ; d'où naîtront des irritations
, des gonflemens , des inflammations,
des dépôts , des fufées , qui rendront le
fuccès fort équivoque. Pour répondre à
ces objections ( qui ont déja été faites ) M.
la Faye dit avoir vû des fractures avec ef
quilles qui piquoient les chairs , qui ont
guéri : pour moi je n'ai pas été fi heureux ,
j'ai vu toujours ces piquûres accompagnées
d'accidens plus ou moins fâcheux , qui ne
fe font terminés que par des dépôts , qui
ont procuré l'exfoliation des portions des
os , ou par l'épanchement d'un fuc que
j'appellerai offeux , qui les a émouffés en
les applaniffant par fucceffion de tems ,
ainfi que M. la Faye l'a remarqué au bout
des os amputés depuis long- tems.
Neft- il pas à craindre que ce fang qui
parcourt le lambeau ne foit gêné ou intercepté
dans fa marche il doit l'être au
jarret par l'angle aigu qui forme le lambeau ;
s'il force cet obftacle , il peut l'être par la
compreffion qu'on eft obligé de faire fur
toute fon étendue pour le tenir rapproché
des os ; d'où s'enfuivra la chûte par pourriture
d'une partie ou du lambeau dans
fon entier.
110 MERCURE DE FRANCE.
Peut- on efperer avec confiance que la
nature réunira des fibres mufculaires coupées
fuivant leur longueur , avec celles
qui le font tranfverfalement ? mais la fuppuration
qui doit néceffairement s'établir
dans toute la ſurface interne du lambeau ,
fuivant la fituation qu'on a coutume de
donner aux bleffés , ne pourra s'écouler
que par les parties latérales femi-fupérieures
: n'eft- il pas à craindre qu'elle ne forme
un vuide dans la partie la plus déclive
du lambeau , & qu'elle ne s'y dépofe ?
Mais ce lambeau rapproché fur toute
la furface du moignon eft-il fi juſte qu'on
ne foit forcé d'en couper des morceaux
pour le rendre parallele ? car fans cette
exacte égalité on ne peut efperer de guérifon.
Le lambeau figuré au moignon laiffe
encore un inconvénient également embarraffant
auquel il n'eft pas aifé de remédier
; car la peau qui eft au bord du tibia
doit fe trouver éloignée de celle du lambeau
de toute l'épaiffeur de ce même
lambeau ; elle le fera davantage fi les chairs
la débordent , comme il arrive prefque
toujours après les grandes fuppurations.
Si la fievre furvient & qu'elle foit violente
( ce qui n'eft que trop ordinaire )
tout le bâtiment s'écroule , la fuppuration
JUI N. 1755. IIT
devient féreufe , abondante , la pofition
de la gaîne du tendon d'Achille reftant ,
ainfi que la membrane oedipeufe qui lie les
mufcles les uns avec les autres ; s'exfolie ;
le lambeau s'amincit , & tend à s'éloigner
du moignon , ce qui entraîne néceffairement
fa chûte.
Je fens cependant que fi cette amputation
eft faite à un bon fujet , qu'il n'arrive
point d'accident pendant le cours du traitement
, elle peut réuffir un peu plus dif
ficilement que dans l'ancienne méthode ;
mais il faut qu'elle ait le bonheur d'être
conduite par une main auffi fage & auffi
expérimentée que celle de M. la Faye.
.M. Garangeot qui dit avoir fait plufieurs
fois cette amputation , confeille d'arrêter
l'hémorragie , en appliquant fur l'orifice
des vaiffeaux ouverts un morceau de
gui de chêne , foutenu d'une compreffe
dont le bout fortira par l'un des côtés de
la plaie. S'il avoit fait attention que ce
font des corps étrangers qu'il introduit
dans le centre d'une très-grande plaie , qui
peuvent caufer des accidens très- fâcheux ,
il auroit préféré la ligature faite avec du fil,
felon l'ancien ufage , qui n'en caufe jamais
de confidérables. Par ce coup de maître
il rend l'inftrument propofé par M. la Faye
pour rapprocher le lambeau, inutile , puif112
MERCURE DE FRANCE.
qu'il introduit un corps intermédiaire qui
s'oppose à ce rapprochement.
M. Louis embraffe toutes les façons
d'amputer les membres qui ont été propofées
, & n'en adopte aucune qu'il ne
l'eût remaniée ; il est vrai qu'il le fait avec
grace , mais il fait tout plier à fon imagi
nation : il charge d'une foule d'accidens
les méthodes qu'il lui plaît de profcrire ,
& n'en voit aucun dans celles qu'il adopte
ou qu'il crée ; il voit la rétraction des mufcles
après l'inciſion tranfverfale ; il détache
les portions de ceux qui restent adhé
rens aux os pour le fcier plus haut , & il
croit par cette découverte remédier à fa
faillie de l'os , à fon exfoliation & à la
longueur des fuppurations.
*
J'ai fait quelques amputations de cuiffe ..
& de jambe par l'ancienne méthode : j'ai
pris en opérant les précautions qui font
récommandées ; je n'aijamais apperçu que
la rétraction des muſcles fût fi confidérable
que M. Louis veut l'infinuer , quoique
j'euffe fait lâcher le tourniquet avant de
faire la ligature , pour reconnoître l'orifice .
des vaiffeaux , comme il eft d'ufage . M.
Louis convient que les mufcles adhérens
aux os ne font pas fufceptibles de cette
rétraction ; mais ceux - ci ne font - ils pás
liés intimément avec ceux qui les touchent?
JUIN. 1755. 113
& ne le font- ils pas tous les uns avec les
autres ?
Si la rétraction des mufcles étoit la feule
caufe de la dénudation de l'os après l'amputation
, cette dénudation paroîtroit à
l'inftant qu'ils font coupés ; ce qui n'eft
jamais arrivé , ni ne peut arriver. M. Louis
l'apperçoit cependant dans le cabinet
lorfqu'il fait lâcher de tourniquet ; & il
faudroit pour que cette grande rétraction
s'exécute , qu'il fe fir un déchirement ou
un alongement confidérable des liens qui
uniffent les mufcles les uns avec les autres ,
ce qui n'eft pas probable.
Si ces remarques font autorifées par
l'expérience de tous les tems , & par la
connoiffance des parties , M. Louis ne doit
plus trouver des portions des mufcles à
relever après fon incifion tranfverfale
faite , & il fera forcé de fcier l'os au niveau
des chairs , comme l'ont fait tous
ceux qui l'ont précédé.
Tout le monde fçait qu'un corps élaftique
coupé en travers s'éloigne plus ou
moins du point de fa divifion à proportion
de fa tenfion & de fon élasticité ; ce
principe a fait errer M. Louis : mais les
mufcles ( par exemple ceux de la cuiffe )
ne font que médiocrement tendus lors de
l'amputation ; leur maffe & leurs liaiſons
114 MERCURE DE FRANCE.
intimes femblent s'oppofer à un grand
écartement : il fe forme cependant un jour
lors de leur fection , mais ce n'eft qu'au
bord extérieur par le principe ci - deffus
établi , car pour les muſcles qui avoiſinent
les Os , cet écartement ou cette retraction
eft infiniment moindre. Or comme on ne
peut fcier l'os qu'après que cette rétraction
s'eft faite , & qu'on a coutume de le fcier
le plus près des chairs qu'il eft poffible , s'il
arrive faillie de l'os elle doit reconnoître
une autre cauſe , & il n'y a aucun Chirur
gien , quelque peu verfé qu'il foit dans la
pratique , qui l'ignore.
Lorfqu'on eft forcé d'amputer la cuiffe
par l'ancienne méthode à un fujet gros &
gras , il y aura faillie de l'os, quelque précaution
qu'on prenne pour l'éviter , &
cette faillie fera même plus ou moins confidérable
, à proportion des accidens qu'aura
effuyés le bleflé pendant le cours des
panfemens. Cette propofition paroîtra erronée
à M. Louis ; mais s'il veut avoir la
bonté de jetter les yeux fur la grande furface
que forme cette fection , fur les fuppurations
longues & abondantes qui l'ac
compagnent , fur la fonte des graiffes &
l'exfoliation des membranes , il apperce
vra l'affaiflement de toutes les parties char
nelles , feule & unique caufe de la grande
faillie de l'os.
JUI N. 1755. 115
Si on fuit M. Louis à l'amputation de la
jambe , on le voit conferver un morceau
de peau femi-fphérique fur le tibia , pour
pouvoir plus aisément couvrir le bout de
cet os après qu'il a été fcié : voilà de ces
efforts d'imagination marqués au bon coin
du cabinet , & qui devroient l'être au contraire
par l'expérience fouvent répétée
pour paroître dans un livre auffi refpectable
que le fera toujours celui des Mémoi
res de l'Académie royale de Chirurgie : il
difféque ici la peau , ailleurs les muſcles
adhérens aux os , & il oublie que dans
tout ceci il fait à petit pas la méthode de
l'amputation à deux lambeaux , inventée
par M. Ravaton , Chirurgien- major de
l'hôpital militaire de Landau , ou celle
en deux tems qu'il condamne ailleurs.
Si à la fuite d'une amputation il arrive
faillie de l'os , M. Louis le coupe fans at
tendre fon exfoliation naturelle , qu'on
peut même accélerer par l'application de
l'eau de mercure ; il s'embarraffe peu des
accidens qui fuivent cette fection ; ce qu'en
ont dit les praticiens eft infuffifant ou inintelligible
pour lui , il y eût remédié s'il
eût été préfent : tout eft borgne ou aveu→
gle , il n'y a que M. Louis qui ait deux
bons yeux.
La cicatrice du moignon ne fe forme ,
116 MERCURE DE FRANCE.
felon M. Louis , que par l'alongement des
fibres de la peau qui eft à fa circonférence ;
il eft vrai qu'elle y concourt effentiellement
, mais les chairs y concourent auffi ,
puifqu'on voit tous les jours des portions
de tégumens fe former dans le centre des
grandes plaies , particulierement aux brûlures
étendues & profondes : il feroit fal
cile d'en rapporter des exemples ; mais cé
que la nature fait tous les jours fous les
yeux de l'obfervateur intelligent , n'a pas
befoin de preuves.
M. Vermalle , Chirurgien de S. A. S.
Electorale Palatine , ayant vû pratiquer
l'amputation à deux lambeaux à M. Rava
ton , a imaginé une façon différente de
former ces deux lambeaux ; il pofe à l'or
dinaire le tourniquet , marque au - deſſous
avec un fil l'étendue qu'il veut leur donner
; il enfonce enfuite un biftouri droit
fur le milieu de l'os , & en fait tourner la
pointe à côté & autour de l'os pour former
deux lambeaux égaux , & il les releve
pour fcier l'os , & c.
Il eft impoffible ( la ligature étant pofée
à la cuiffe ) de faire tourner un biſtouri
droit à côté & autour de l'os pour former
deux lambeaux égaux . Faut- il qu'un petit
Chirurgien de province les affure qu'il n'a
jamais pû les former fur le cadavre ? ( il
JUIN 1755 : 117
n'y a que le liege fur lequel on peut
faire
cette manoeuvre ) car enfin il eft palpable.
qu'il y a une impoffibilité morale de fermer
ces deux l'ambeaux , quand bien même
le biſtouri feroit courbe , comme le propofe
M. Louis , & je ne vois d'autre moyen
de remédier à cet obſtacle infurmontable
qu'en rendant le fer foumis à nos com→
mandemens , fi on en trouve le fecret, pour
qu'il fe plie & fe contourne à volonté , &
alors cette méthode pourra s'employer uti
lement aux amputations des cuiffes.
MM. La Faye & Louis s'accordent à
dire que l'amputation à deux lambeaux
propolée par M. Ravaton , qui confifte à
faire une coupe tranfverfale avec le couteau
courbe , & deux incifions latérales
avec le biftonri , à difféquer & relever les
deux lambeaux pour feier l'os le plus haut
qu'il eft poffible , forme une léſion trop
grande pour ne pas attirer des accidens
fâcheux; mais cette léfion ne feroit- elle
pas la même dans la méthode propofée par
M. Vermalle & n'eft - elle pas double dans
celle à lambeau de la jambe , où ces Mefheurs
ont la complaifance de n'en pas appercevoir
aucun ? Dans trente années d'ici
les décifions de ces Meffieurs fur ces matieres
pourront avoir quelque poids ;
mais en vérité pour le préfent ils permet
2
118 MERCURE DE FRANCE.
tront aux Chirurgiens praticiens de ne pas
fuivre aveuglément leurs dogmes qu'ils
ne les aient anatomifés , & pefés au poids
de l'expérience.
J'ai vû pratiquer l'amputation à deux
lambeaux à M. Ravaton avec tout le fuccès
poffible. Les deux incifions latérales
qui effrayent ces Meffieurs , & qui doivent
être caufe , felon eux , de tant d'accidens
fâcheux , font celles au contraire qui re
médient à ces mêmes accidens , en laiſſant
librement couler la matiere de la fuppu
ration , & évitant conféquemment les inflammations
, les gonflemens , les fuſées ,
les dépôts , &c. qui n'arrivent que trop
fouvent dans l'ancienne méthode ; l'os fe
trouve bien enfoncé & bien recouvert des
chairs , plus d'exfoliation : ce moignon
préfentant une moindre furface, fe cicatrife
en moins de tems , & fe trouve pour
toujours à l'abri des différens accidens qui
l'accompagnoient par l'ancienne méthode.
M. Ledran dit dans fon traité d'opérations
de Chirurgie , avoir fait l'amputation
à deux lambeaux d'une cuiffe,fous les
yeux de Meffieurs de l'Académie , & que
cette amputation a été guérie en trois femaines.
M. Louis rapporte que M. Trecour ,
Chirurgien-major du Régiment de PiéJUIN.
1755: 119
mont , l'a pratiquée avec un égal fuccès ;
je l'ai vû faire en Flandres à différens Chirurgiens,
qui ont été émerveillés du peu de
tems qu'ils ont employé à cicatrifer le
moignon . Je l'ai faite moi- même avec tant
d'avantage , que je ne puis trop recommander
aux princes de la Chirurgie de
l'examiner de plus près , afin de la mieux
connoître .
On fera fans doute furpris de me voir
prendre tant d'intérêt aux avantages que
Famputation à deux lambeaux a fur toutes
ces autres méthodes. Cette furpriſe ceffera
lorfqu'on fera informé que je fuis éleve de
M. Ravaton , & que l'humanité , le bien
public & la force de la vérité m'y ont engagé.
M. Ravaton pratique fon amputation à
deux lambeaux à toutes les parties des bras,
des avant-bras , aux cuifles & aux jambes ;
mais ce qui furprendra davantage , c'eft
que fi une maladie au pied demande l'amputation
de la jambe , il coupe cette jambe
près les malléoles ; & par le fecours d'une
bottine le bleffé étant guéri , marche avec
une facilité peu aifée à rendre. Il coupe de
même les doigts des mains & des pieds ; je
l'ai vû emporter le métatarfe , & le malade
eft guéri en peu de tems.
J'ai l'honneur d'être , & c.
A Meziere, le 20 Mars 1755.
A MESSIEURS
De l'Académie royale de Chirurgie.
M
ESSIEURS , j'ai lû avec plaific
dans le fecond volume de l'Académie
royale de Chirurgie l'hiftoire - que M.
la Faye fait de l'amputation à lambeau ; il
y détaille avec beaucoup de fagacité les
différens accidens qui accompagnent l'ancienne
méthode ; il montre les efforts
qu'ont fait plufieurs Chirurgiens célebres
pour fe frayer une nouvelle route en confervant
un lambeau de chair pour couvrir
le moignon , éviter la ligature des vaiffeaux
, la faillie de l'os , fon exfoliation ,
former la cicatrice en moins de tems , &
enfin matelaffer le bout de l'os de façon à
parer les différens accidens qui peuvent
accompagner pendant le cours de la vie .
Mais la difficulté d'appliquer exactement
le lambeau de chair fur le bout des os ,
la crainte qu'il ne s'y rencontrât des vuides
qui donnaffent retraite à des épanchemens,
lui a fait inventer un inftrument pour rapprocher
exactement & mollement le lamJUI
N. 1755. 107
beau fur tout le moignon c'eft une perfection
effentielle qui manquoit à cette
méthode.
M. Garangeot ajoûte la ligature des
vaiffeaux dans ce même cas , & fon procedé
feroit jufte s'il la faifoit par l'ancienne
méthode.
M. Louis dont les recherches & la péné
tration font intariffables , nous donne le
détail de nombre d'autres méthodes , dont
les procédés font auffi différens que les
parties qu'il a à amputer le font entr'elles :
il voit la rétraction des muſcles après leur
fection ; il diffeque les portions de ceux
qui ont refté adhérens aux os , il les releve
par une compreffe fendue pour fcier l'os le
plus haut qu'il eft poffible.
M. Vermalle qui étoit Aide-major à
l'hôpital militaire de Landau en 1734 ,
ayant vû pratiquer l'amputation à deux
lambeaux à M. Ravaton , fon confrere ,
telle qu'il la préfenta à Meffieurs de l'Académie
, a imaginé une façon différente
de former ces deux lambeaux , à laquelle on
a donné la préférence , quoique M. Vermalle
n'ait jamais fait cette amputation
que fur un bouchon de liege , fuivant le
rapport de M. Pierron , Gentilhomme de
la chambre de S. A. S. Electorale Palatine,
chargé de l'Imprimerie de ce Prince
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
ami particulier de Monfieur Vermalle.
Tous les efforts qu'on a fait juſqu'aujourd'hui
pour perfectionner l'amputation,
ont eu pour objet de conferver la peau &
couvrir le moignon en moins de tems . Le
même efprit m'a toujours animé , Meffieurs
, & je vous prie d'agréer mes remar
ques für cette partie effentielle de la chirurgie
je ne m'arrêterai pas à parcourir
l'ancienne méthode , tout le monde connoît
les inconvéniens qui l'accompagnent.
Celle à lambeau inventée par M. Lowdan
, que MM. Verduin , Manget , & c.
ont répandue , & que M. la Faye & quelques
autres ont adoptée , paroît du premier
coup d'oeil impraticable aux praticiens . On
fépare les mufcles jumeaux & folaires jufqu'au
tendon d'Achille on coupe
la peau
au deffous de l'attache des mufcles extenfeurs
de la jambe à l'endroit où on veut
fcier l'os , & on releve enfuite le lambeau
pour couvrir le moignon .
Je remarquerai en premier lieu qu'on ne
peut fcier les os de la jambe fans danger
évident de toucher avec les dents de la
fcie au lambeau , d'où doit s'enfuivre des
accidens fâcheux , puifque les chairs qui
auront été déchirées font recouvertes dans
l'inftant.
Les os ne peuvent être fciés fi également
JUIN. 1755. 109
qu'il n'en refte des pointes qui piqueront
& produiront le même effet , le lambeau
devant être rapproché le plus intimement
qu'il eft poffible ; d'où naîtront des irritations
, des gonflemens , des inflammations,
des dépôts , des fufées , qui rendront le
fuccès fort équivoque. Pour répondre à
ces objections ( qui ont déja été faites ) M.
la Faye dit avoir vû des fractures avec ef
quilles qui piquoient les chairs , qui ont
guéri : pour moi je n'ai pas été fi heureux ,
j'ai vu toujours ces piquûres accompagnées
d'accidens plus ou moins fâcheux , qui ne
fe font terminés que par des dépôts , qui
ont procuré l'exfoliation des portions des
os , ou par l'épanchement d'un fuc que
j'appellerai offeux , qui les a émouffés en
les applaniffant par fucceffion de tems ,
ainfi que M. la Faye l'a remarqué au bout
des os amputés depuis long- tems.
Neft- il pas à craindre que ce fang qui
parcourt le lambeau ne foit gêné ou intercepté
dans fa marche il doit l'être au
jarret par l'angle aigu qui forme le lambeau ;
s'il force cet obftacle , il peut l'être par la
compreffion qu'on eft obligé de faire fur
toute fon étendue pour le tenir rapproché
des os ; d'où s'enfuivra la chûte par pourriture
d'une partie ou du lambeau dans
fon entier.
110 MERCURE DE FRANCE.
Peut- on efperer avec confiance que la
nature réunira des fibres mufculaires coupées
fuivant leur longueur , avec celles
qui le font tranfverfalement ? mais la fuppuration
qui doit néceffairement s'établir
dans toute la ſurface interne du lambeau ,
fuivant la fituation qu'on a coutume de
donner aux bleffés , ne pourra s'écouler
que par les parties latérales femi-fupérieures
: n'eft- il pas à craindre qu'elle ne forme
un vuide dans la partie la plus déclive
du lambeau , & qu'elle ne s'y dépofe ?
Mais ce lambeau rapproché fur toute
la furface du moignon eft-il fi juſte qu'on
ne foit forcé d'en couper des morceaux
pour le rendre parallele ? car fans cette
exacte égalité on ne peut efperer de guérifon.
Le lambeau figuré au moignon laiffe
encore un inconvénient également embarraffant
auquel il n'eft pas aifé de remédier
; car la peau qui eft au bord du tibia
doit fe trouver éloignée de celle du lambeau
de toute l'épaiffeur de ce même
lambeau ; elle le fera davantage fi les chairs
la débordent , comme il arrive prefque
toujours après les grandes fuppurations.
Si la fievre furvient & qu'elle foit violente
( ce qui n'eft que trop ordinaire )
tout le bâtiment s'écroule , la fuppuration
JUI N. 1755. IIT
devient féreufe , abondante , la pofition
de la gaîne du tendon d'Achille reftant ,
ainfi que la membrane oedipeufe qui lie les
mufcles les uns avec les autres ; s'exfolie ;
le lambeau s'amincit , & tend à s'éloigner
du moignon , ce qui entraîne néceffairement
fa chûte.
Je fens cependant que fi cette amputation
eft faite à un bon fujet , qu'il n'arrive
point d'accident pendant le cours du traitement
, elle peut réuffir un peu plus dif
ficilement que dans l'ancienne méthode ;
mais il faut qu'elle ait le bonheur d'être
conduite par une main auffi fage & auffi
expérimentée que celle de M. la Faye.
.M. Garangeot qui dit avoir fait plufieurs
fois cette amputation , confeille d'arrêter
l'hémorragie , en appliquant fur l'orifice
des vaiffeaux ouverts un morceau de
gui de chêne , foutenu d'une compreffe
dont le bout fortira par l'un des côtés de
la plaie. S'il avoit fait attention que ce
font des corps étrangers qu'il introduit
dans le centre d'une très-grande plaie , qui
peuvent caufer des accidens très- fâcheux ,
il auroit préféré la ligature faite avec du fil,
felon l'ancien ufage , qui n'en caufe jamais
de confidérables. Par ce coup de maître
il rend l'inftrument propofé par M. la Faye
pour rapprocher le lambeau, inutile , puif112
MERCURE DE FRANCE.
qu'il introduit un corps intermédiaire qui
s'oppose à ce rapprochement.
M. Louis embraffe toutes les façons
d'amputer les membres qui ont été propofées
, & n'en adopte aucune qu'il ne
l'eût remaniée ; il est vrai qu'il le fait avec
grace , mais il fait tout plier à fon imagi
nation : il charge d'une foule d'accidens
les méthodes qu'il lui plaît de profcrire ,
& n'en voit aucun dans celles qu'il adopte
ou qu'il crée ; il voit la rétraction des mufcles
après l'inciſion tranfverfale ; il détache
les portions de ceux qui restent adhé
rens aux os pour le fcier plus haut , & il
croit par cette découverte remédier à fa
faillie de l'os , à fon exfoliation & à la
longueur des fuppurations.
*
J'ai fait quelques amputations de cuiffe ..
& de jambe par l'ancienne méthode : j'ai
pris en opérant les précautions qui font
récommandées ; je n'aijamais apperçu que
la rétraction des muſcles fût fi confidérable
que M. Louis veut l'infinuer , quoique
j'euffe fait lâcher le tourniquet avant de
faire la ligature , pour reconnoître l'orifice .
des vaiffeaux , comme il eft d'ufage . M.
Louis convient que les mufcles adhérens
aux os ne font pas fufceptibles de cette
rétraction ; mais ceux - ci ne font - ils pás
liés intimément avec ceux qui les touchent?
JUIN. 1755. 113
& ne le font- ils pas tous les uns avec les
autres ?
Si la rétraction des mufcles étoit la feule
caufe de la dénudation de l'os après l'amputation
, cette dénudation paroîtroit à
l'inftant qu'ils font coupés ; ce qui n'eft
jamais arrivé , ni ne peut arriver. M. Louis
l'apperçoit cependant dans le cabinet
lorfqu'il fait lâcher de tourniquet ; & il
faudroit pour que cette grande rétraction
s'exécute , qu'il fe fir un déchirement ou
un alongement confidérable des liens qui
uniffent les mufcles les uns avec les autres ,
ce qui n'eft pas probable.
Si ces remarques font autorifées par
l'expérience de tous les tems , & par la
connoiffance des parties , M. Louis ne doit
plus trouver des portions des mufcles à
relever après fon incifion tranfverfale
faite , & il fera forcé de fcier l'os au niveau
des chairs , comme l'ont fait tous
ceux qui l'ont précédé.
Tout le monde fçait qu'un corps élaftique
coupé en travers s'éloigne plus ou
moins du point de fa divifion à proportion
de fa tenfion & de fon élasticité ; ce
principe a fait errer M. Louis : mais les
mufcles ( par exemple ceux de la cuiffe )
ne font que médiocrement tendus lors de
l'amputation ; leur maffe & leurs liaiſons
114 MERCURE DE FRANCE.
intimes femblent s'oppofer à un grand
écartement : il fe forme cependant un jour
lors de leur fection , mais ce n'eft qu'au
bord extérieur par le principe ci - deffus
établi , car pour les muſcles qui avoiſinent
les Os , cet écartement ou cette retraction
eft infiniment moindre. Or comme on ne
peut fcier l'os qu'après que cette rétraction
s'eft faite , & qu'on a coutume de le fcier
le plus près des chairs qu'il eft poffible , s'il
arrive faillie de l'os elle doit reconnoître
une autre cauſe , & il n'y a aucun Chirur
gien , quelque peu verfé qu'il foit dans la
pratique , qui l'ignore.
Lorfqu'on eft forcé d'amputer la cuiffe
par l'ancienne méthode à un fujet gros &
gras , il y aura faillie de l'os, quelque précaution
qu'on prenne pour l'éviter , &
cette faillie fera même plus ou moins confidérable
, à proportion des accidens qu'aura
effuyés le bleflé pendant le cours des
panfemens. Cette propofition paroîtra erronée
à M. Louis ; mais s'il veut avoir la
bonté de jetter les yeux fur la grande furface
que forme cette fection , fur les fuppurations
longues & abondantes qui l'ac
compagnent , fur la fonte des graiffes &
l'exfoliation des membranes , il apperce
vra l'affaiflement de toutes les parties char
nelles , feule & unique caufe de la grande
faillie de l'os.
JUI N. 1755. 115
Si on fuit M. Louis à l'amputation de la
jambe , on le voit conferver un morceau
de peau femi-fphérique fur le tibia , pour
pouvoir plus aisément couvrir le bout de
cet os après qu'il a été fcié : voilà de ces
efforts d'imagination marqués au bon coin
du cabinet , & qui devroient l'être au contraire
par l'expérience fouvent répétée
pour paroître dans un livre auffi refpectable
que le fera toujours celui des Mémoi
res de l'Académie royale de Chirurgie : il
difféque ici la peau , ailleurs les muſcles
adhérens aux os , & il oublie que dans
tout ceci il fait à petit pas la méthode de
l'amputation à deux lambeaux , inventée
par M. Ravaton , Chirurgien- major de
l'hôpital militaire de Landau , ou celle
en deux tems qu'il condamne ailleurs.
Si à la fuite d'une amputation il arrive
faillie de l'os , M. Louis le coupe fans at
tendre fon exfoliation naturelle , qu'on
peut même accélerer par l'application de
l'eau de mercure ; il s'embarraffe peu des
accidens qui fuivent cette fection ; ce qu'en
ont dit les praticiens eft infuffifant ou inintelligible
pour lui , il y eût remédié s'il
eût été préfent : tout eft borgne ou aveu→
gle , il n'y a que M. Louis qui ait deux
bons yeux.
La cicatrice du moignon ne fe forme ,
116 MERCURE DE FRANCE.
felon M. Louis , que par l'alongement des
fibres de la peau qui eft à fa circonférence ;
il eft vrai qu'elle y concourt effentiellement
, mais les chairs y concourent auffi ,
puifqu'on voit tous les jours des portions
de tégumens fe former dans le centre des
grandes plaies , particulierement aux brûlures
étendues & profondes : il feroit fal
cile d'en rapporter des exemples ; mais cé
que la nature fait tous les jours fous les
yeux de l'obfervateur intelligent , n'a pas
befoin de preuves.
M. Vermalle , Chirurgien de S. A. S.
Electorale Palatine , ayant vû pratiquer
l'amputation à deux lambeaux à M. Rava
ton , a imaginé une façon différente de
former ces deux lambeaux ; il pofe à l'or
dinaire le tourniquet , marque au - deſſous
avec un fil l'étendue qu'il veut leur donner
; il enfonce enfuite un biftouri droit
fur le milieu de l'os , & en fait tourner la
pointe à côté & autour de l'os pour former
deux lambeaux égaux , & il les releve
pour fcier l'os , & c.
Il eft impoffible ( la ligature étant pofée
à la cuiffe ) de faire tourner un biſtouri
droit à côté & autour de l'os pour former
deux lambeaux égaux . Faut- il qu'un petit
Chirurgien de province les affure qu'il n'a
jamais pû les former fur le cadavre ? ( il
JUIN 1755 : 117
n'y a que le liege fur lequel on peut
faire
cette manoeuvre ) car enfin il eft palpable.
qu'il y a une impoffibilité morale de fermer
ces deux l'ambeaux , quand bien même
le biſtouri feroit courbe , comme le propofe
M. Louis , & je ne vois d'autre moyen
de remédier à cet obſtacle infurmontable
qu'en rendant le fer foumis à nos com→
mandemens , fi on en trouve le fecret, pour
qu'il fe plie & fe contourne à volonté , &
alors cette méthode pourra s'employer uti
lement aux amputations des cuiffes.
MM. La Faye & Louis s'accordent à
dire que l'amputation à deux lambeaux
propolée par M. Ravaton , qui confifte à
faire une coupe tranfverfale avec le couteau
courbe , & deux incifions latérales
avec le biftonri , à difféquer & relever les
deux lambeaux pour feier l'os le plus haut
qu'il eft poffible , forme une léſion trop
grande pour ne pas attirer des accidens
fâcheux; mais cette léfion ne feroit- elle
pas la même dans la méthode propofée par
M. Vermalle & n'eft - elle pas double dans
celle à lambeau de la jambe , où ces Mefheurs
ont la complaifance de n'en pas appercevoir
aucun ? Dans trente années d'ici
les décifions de ces Meffieurs fur ces matieres
pourront avoir quelque poids ;
mais en vérité pour le préfent ils permet
2
118 MERCURE DE FRANCE.
tront aux Chirurgiens praticiens de ne pas
fuivre aveuglément leurs dogmes qu'ils
ne les aient anatomifés , & pefés au poids
de l'expérience.
J'ai vû pratiquer l'amputation à deux
lambeaux à M. Ravaton avec tout le fuccès
poffible. Les deux incifions latérales
qui effrayent ces Meffieurs , & qui doivent
être caufe , felon eux , de tant d'accidens
fâcheux , font celles au contraire qui re
médient à ces mêmes accidens , en laiſſant
librement couler la matiere de la fuppu
ration , & évitant conféquemment les inflammations
, les gonflemens , les fuſées ,
les dépôts , &c. qui n'arrivent que trop
fouvent dans l'ancienne méthode ; l'os fe
trouve bien enfoncé & bien recouvert des
chairs , plus d'exfoliation : ce moignon
préfentant une moindre furface, fe cicatrife
en moins de tems , & fe trouve pour
toujours à l'abri des différens accidens qui
l'accompagnoient par l'ancienne méthode.
M. Ledran dit dans fon traité d'opérations
de Chirurgie , avoir fait l'amputation
à deux lambeaux d'une cuiffe,fous les
yeux de Meffieurs de l'Académie , & que
cette amputation a été guérie en trois femaines.
M. Louis rapporte que M. Trecour ,
Chirurgien-major du Régiment de PiéJUIN.
1755: 119
mont , l'a pratiquée avec un égal fuccès ;
je l'ai vû faire en Flandres à différens Chirurgiens,
qui ont été émerveillés du peu de
tems qu'ils ont employé à cicatrifer le
moignon . Je l'ai faite moi- même avec tant
d'avantage , que je ne puis trop recommander
aux princes de la Chirurgie de
l'examiner de plus près , afin de la mieux
connoître .
On fera fans doute furpris de me voir
prendre tant d'intérêt aux avantages que
Famputation à deux lambeaux a fur toutes
ces autres méthodes. Cette furpriſe ceffera
lorfqu'on fera informé que je fuis éleve de
M. Ravaton , & que l'humanité , le bien
public & la force de la vérité m'y ont engagé.
M. Ravaton pratique fon amputation à
deux lambeaux à toutes les parties des bras,
des avant-bras , aux cuifles & aux jambes ;
mais ce qui furprendra davantage , c'eft
que fi une maladie au pied demande l'amputation
de la jambe , il coupe cette jambe
près les malléoles ; & par le fecours d'une
bottine le bleffé étant guéri , marche avec
une facilité peu aifée à rendre. Il coupe de
même les doigts des mains & des pieds ; je
l'ai vû emporter le métatarfe , & le malade
eft guéri en peu de tems.
J'ai l'honneur d'être , & c.
A Meziere, le 20 Mars 1755.
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Résumé : A MESSIEURS De l'Académie royale de Chirurgie.
Le texte examine diverses méthodes d'amputation pratiquées par des chirurgiens de l'Académie royale de Chirurgie. M. la Faye décrit l'amputation à lambeau, visant à conserver un lambeau de chair pour couvrir le moignon et accélérer la cicatrisation. Cependant, il mentionne les difficultés liées à cette méthode, telles que la crainte des vides sous le lambeau et les irritations possibles. M. Garangeot ajoute la ligature des vaisseaux, tandis que M. Louis explore différentes méthodes adaptées aux diverses parties à amputer. M. Vermalle propose une variante de l'amputation à deux lambeaux, observée chez M. Ravaton. Le texte critique les méthodes existantes, soulignant les risques d'inflammation, de suppuration et de chute du lambeau. M. Ravaton pratique une technique d'amputation à deux lambeaux, consistant en une coupe transversale avec un couteau courbe et deux incisions latérales avec un bistouri pour disséquer et relever les lambeaux afin de fixer l'os. Cette méthode est critiquée par M. La Faye et M. Louis pour causer une lésion trop grande et attirer des accidents. Cependant, le narrateur conteste cette critique en affirmant que les incisions latérales permettent de drainer la matière purulente, évitant ainsi les inflammations et les gonflements. Le narrateur rapporte avoir vu cette méthode pratiquée avec succès par plusieurs chirurgiens, y compris M. Ravaton, M. Ledran et M. Trecour, soulignant sa rapidité de cicatrisation et la réduction des risques post-opératoires. Le narrateur, élève de M. Ravaton, recommande vivement l'examen et l'adoption de cette méthode, soulignant son efficacité et ses avantages pour le bien public. M. Ravaton pratique cette amputation sur diverses parties du corps, y compris les bras, les avant-bras, les cuisses, les jambes, et même les doigts des mains et des pieds. Dans le cas d'une amputation de jambe, il coupe près des malléoles, permettant au patient de marcher avec une bottine après guérison.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 120-123
LETTRE de M. Descastans a M. Dupuy, Maître en Chirurgie, Associé de l'Académie de Bordeaux, & Chirurgien-major de l'Hôpital S. André de ladite ville.
Début :
MONSIEUR, j'ai communiqué à mon oncle la lettre que vous m'avez fait [...]
Mots clefs :
Bordeaux, Remèdes, Traitement, Malade, Chirurgie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Descastans a M. Dupuy, Maître en Chirurgie, Associé de l'Académie de Bordeaux, & Chirurgien-major de l'Hôpital S. André de ladite ville.
-LETTRE de M. Defcaftans a M. Dupuy,
Maître en Chirurgie , Affocié de l'Acadé-.
mie de Bordeaux , & Chirurgien -major
de l'Hôpital S. André de ladite ville.
Monde la letreque vous m'avez fait
ONSIEUR, j'ai communiqué à mon
l'honneur de m'écrire . Il a été ført furpris
qu'il y ait des Chirurgiens & autres perfonnes
dans votre province qui prétendent
qu'il foit en relation avec eux & qu'il leur.
fourniffe fes remedes , leurs mauvais fuccès
fans doute doivent détruire cette impofture
; mais il est très-certain que vous êtes
le feul à Bordeaux & dans tout le pays
avec qui il ait des correfpondances. Il vous
fera très- facile de tirer d'erreur ceux qui
yous en parleront ; il ne s'agit que d'exiger
de ces prétendus correfpondans qu'ils montrent
les lettres de M. Daran , qui feules
peuvent certifier leur commerce avec lui ,
ou d'engager ceux qui foupçonneront cette
liaifon , de lui écrire à lui- même , & il ne
manquera pas de leur faire auffi- tôt une
réponſe qui levera tous leurs doutes . Vous
connoiffez la fignature , & il ne fera pas
aifé de vous en impofer . Ce n'eft pas feulement
à Bordeaux que l'on fuppofe ces
•¿ ¿ di armik od vcorrefpondances
JUIN. 1755. 121
correfpondances avec M. Daran . On employe
le même artifice non feulement dans,
toute la France , mais encore dans les pays
étrangers ; d'autres fans avoir recours à
cette rufe , qui leur paroît apparemment
inutile , publient que les remedes dont ils
fe fervent ont été pris chez lui , & c'eſt le
plus grand nombre : ils font répandus en
plufieurs endroits , même à Paris , & ce
qu'il y a de plus étonnant , c'eft que des
gens qui jouiffent d'ailleurs de la plus
grande réputation , fe vantent auffi d'avoir
les mêmes remedes que lui , & ils le perfuadent
d'autant plus facilement , qu'ils fe
font acquis beaucoup de crédit & de confiance
dans le public toujours fi facile à
être trompé. Il eft vrai qu'on fe defabuſe
à la fin , mais c'eſt toujours à ſes dépens
après avoir reconnu par un traitement
long , douloureux & inutile , qu'on auroit
dû d'abord s'adreffer à M. Daran. Il m'eſt
arrivé fouvent en lifant les lettres qu'il
reçoit des malades , d'y trouver qu'ils s'étoient
confiés à des perfonnes qui difoient
tenir de M. Daran lui-même les fondes &
les bougies dont elles faifoient ufage. Ces
malades l'avoient cru bonnement , & le
confultoient fur leur état en lui demandant
ce qui pouvoit avoir empêché leur guérifon
, après qu'ils s'étoient fervis de fes
II. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE. ,
reniedes avec toute l'exactitude poffible &
le plus grand régime : mon oncle fe trouvoit
obligé de leur répondre qu'ils avoient
été trompés , & qu'il n'étoit point du tout
vrai qu'on eût pris les remedes chez lui.
Les malades de leur côté fe voyoient dans
la trifte néceffité de fe foumettre à un nouveau
traitement complet , trop heureux
encore d'en être quittes pour l'inutilité du
premier , & de n'avoir été qu'à demi les
victimes de cette contrebande fi funefte à
tant d'autres .
Mon oncle a reçu des plaintes de quan
tité de perfonnes à qui ces faux remedes
avoient caufé des accidens très - fâcheux.
J'ai cru devoir rendre cette lettre publique
, pour détromper les perfonnes qui ont
intérêt de l'être , & pour mettre un frein
à l'avidité de ceux qui fe croyent permis
d'abufer de la crédulité publique pour leur
profit particulier on fent bien quelles
font les fuites funeftes de cet artifice . Les
malades qui voyent leur état empirer , au
lieu de changer en mieux par l'ufage des
remedes qu'ils croyent de la compofition
de M. Daran , s'imaginent que leur mal
eft incurable , parce qu'il a réfifté aux fecours
qui font généralement reconnus
comme les plus propres pour le guérir , &
tombent dans un defefpoir auffi contraire
JUI N. 1735. 123
:
à leur rétabliſſement qu'affligeant pour
leur famille mais il leur fera facile de
s'épargner un fi cruel embarras , comme
auffi le defagrément d'un traitement repété
, s'ils veulent avant que de fe confier à
qui que ce foit , écrire à M. Daran , pour
fçavoir au jufte fi ceux qui ont entrepris de
les traiter , ont des correfpondances avec
lui . Ils recevront infailliblement une réponſe
qui éclaircira leurs doutes , & les
fauvera du danger où ils s'alloient peutêtre
expofer imprudemment.
J'ai l'honneur d'être , &c.
DESCASTANS.
A Paris , cè 8 Avril 1755•
Maître en Chirurgie , Affocié de l'Acadé-.
mie de Bordeaux , & Chirurgien -major
de l'Hôpital S. André de ladite ville.
Monde la letreque vous m'avez fait
ONSIEUR, j'ai communiqué à mon
l'honneur de m'écrire . Il a été ført furpris
qu'il y ait des Chirurgiens & autres perfonnes
dans votre province qui prétendent
qu'il foit en relation avec eux & qu'il leur.
fourniffe fes remedes , leurs mauvais fuccès
fans doute doivent détruire cette impofture
; mais il est très-certain que vous êtes
le feul à Bordeaux & dans tout le pays
avec qui il ait des correfpondances. Il vous
fera très- facile de tirer d'erreur ceux qui
yous en parleront ; il ne s'agit que d'exiger
de ces prétendus correfpondans qu'ils montrent
les lettres de M. Daran , qui feules
peuvent certifier leur commerce avec lui ,
ou d'engager ceux qui foupçonneront cette
liaifon , de lui écrire à lui- même , & il ne
manquera pas de leur faire auffi- tôt une
réponſe qui levera tous leurs doutes . Vous
connoiffez la fignature , & il ne fera pas
aifé de vous en impofer . Ce n'eft pas feulement
à Bordeaux que l'on fuppofe ces
•¿ ¿ di armik od vcorrefpondances
JUIN. 1755. 121
correfpondances avec M. Daran . On employe
le même artifice non feulement dans,
toute la France , mais encore dans les pays
étrangers ; d'autres fans avoir recours à
cette rufe , qui leur paroît apparemment
inutile , publient que les remedes dont ils
fe fervent ont été pris chez lui , & c'eſt le
plus grand nombre : ils font répandus en
plufieurs endroits , même à Paris , & ce
qu'il y a de plus étonnant , c'eft que des
gens qui jouiffent d'ailleurs de la plus
grande réputation , fe vantent auffi d'avoir
les mêmes remedes que lui , & ils le perfuadent
d'autant plus facilement , qu'ils fe
font acquis beaucoup de crédit & de confiance
dans le public toujours fi facile à
être trompé. Il eft vrai qu'on fe defabuſe
à la fin , mais c'eſt toujours à ſes dépens
après avoir reconnu par un traitement
long , douloureux & inutile , qu'on auroit
dû d'abord s'adreffer à M. Daran. Il m'eſt
arrivé fouvent en lifant les lettres qu'il
reçoit des malades , d'y trouver qu'ils s'étoient
confiés à des perfonnes qui difoient
tenir de M. Daran lui-même les fondes &
les bougies dont elles faifoient ufage. Ces
malades l'avoient cru bonnement , & le
confultoient fur leur état en lui demandant
ce qui pouvoit avoir empêché leur guérifon
, après qu'ils s'étoient fervis de fes
II. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE. ,
reniedes avec toute l'exactitude poffible &
le plus grand régime : mon oncle fe trouvoit
obligé de leur répondre qu'ils avoient
été trompés , & qu'il n'étoit point du tout
vrai qu'on eût pris les remedes chez lui.
Les malades de leur côté fe voyoient dans
la trifte néceffité de fe foumettre à un nouveau
traitement complet , trop heureux
encore d'en être quittes pour l'inutilité du
premier , & de n'avoir été qu'à demi les
victimes de cette contrebande fi funefte à
tant d'autres .
Mon oncle a reçu des plaintes de quan
tité de perfonnes à qui ces faux remedes
avoient caufé des accidens très - fâcheux.
J'ai cru devoir rendre cette lettre publique
, pour détromper les perfonnes qui ont
intérêt de l'être , & pour mettre un frein
à l'avidité de ceux qui fe croyent permis
d'abufer de la crédulité publique pour leur
profit particulier on fent bien quelles
font les fuites funeftes de cet artifice . Les
malades qui voyent leur état empirer , au
lieu de changer en mieux par l'ufage des
remedes qu'ils croyent de la compofition
de M. Daran , s'imaginent que leur mal
eft incurable , parce qu'il a réfifté aux fecours
qui font généralement reconnus
comme les plus propres pour le guérir , &
tombent dans un defefpoir auffi contraire
JUI N. 1735. 123
:
à leur rétabliſſement qu'affligeant pour
leur famille mais il leur fera facile de
s'épargner un fi cruel embarras , comme
auffi le defagrément d'un traitement repété
, s'ils veulent avant que de fe confier à
qui que ce foit , écrire à M. Daran , pour
fçavoir au jufte fi ceux qui ont entrepris de
les traiter , ont des correfpondances avec
lui . Ils recevront infailliblement une réponſe
qui éclaircira leurs doutes , & les
fauvera du danger où ils s'alloient peutêtre
expofer imprudemment.
J'ai l'honneur d'être , &c.
DESCASTANS.
A Paris , cè 8 Avril 1755•
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Résumé : LETTRE de M. Descastans a M. Dupuy, Maître en Chirurgie, Associé de l'Académie de Bordeaux, & Chirurgien-major de l'Hôpital S. André de ladite ville.
La lettre de M. Descastans à M. Dupuy, maître en chirurgie et associé de l'Académie de Bordeaux, met en lumière une fraude concernant les remèdes attribués à M. Daran. Des individus prétendent correspondre avec M. Daran et fournissent des remèdes, mais leurs échecs révèlent leur imposture. M. Daran affirme que M. Dupuy est le seul interlocuteur avec qui il correspond à Bordeaux. Pour démasquer les imposteurs, il est recommandé de demander des lettres authentiques de M. Daran ou de lui écrire directement. Cette fraude ne se limite pas à Bordeaux mais se répand en France et à l'étranger. Des personnes, même réputées, se vantent de posséder les mêmes remèdes que M. Daran, trompant ainsi le public. Les malades, après des traitements inefficaces, se retrouvent souvent dans des situations désespérées. M. Descastans conseille aux malades de vérifier auprès de M. Daran avant de se confier à quiconque, afin d'éviter des traitements inutiles et dangereux. La lettre vise à détromper les personnes intéressées et à freiner l'avidité de ceux qui abusent de la crédulité publique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 131-141
Lettre écrite à M. M.... Professeur en Chirurgie, par M. Boucher, Capitaine d'Infanterie.
Début :
C'est un époux, Monsieur, qui va vous entretenir ; c'est un militaire qui va [...]
Mots clefs :
Chirurgie, Malade, Opération, Douleurs, Guérison, Capitaine d'infanterie, Professeur en chirurgie, Chirurgien
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texteReconnaissance textuelle : Lettre écrite à M. M.... Professeur en Chirurgie, par M. Boucher, Capitaine d'Infanterie.
Lettre écrite à M. M ....
Chirurgie , par M. Boucher , Capitaine
d'Infanterie.
C
'Eft un époux , Monfieur , qui va vous
entretenir ; c'eſt un militaire qui va
vous écrire ; c'eſt affez vous en dire pour
mériter votre indulgence . Ce préambule
vous feroit inutile fi j'étois initié dans l'art
de la Chirurgie. Ecrivant à un maître tel
que vous , je n'aurois befoin que de m'énoncer
, vous m'entendriez clairement
mais il s'agit de vous parler une langue qui
m'eft étrangere , & de vous donner à deviner
le plus aiſement que je pourrai. Ce
fera donc , Monfieur , l'amour conjugal
qui fera mon interprête ; c'eſt lui qui m'engage
aujourd'hui à vous rendre compte
d'une maladie que j'ai d'autant mieux étu-
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
diée qu'elle m'a tant effrayé pour les jours
de ma chere femme.
›
Vous ne rae remettez peut - être plus ,
Monfieur , & par conféquent il eft néceffaire
de vous dire qui je fuis. Mon nom
n'eft pas fuffifant pour vous remettre fur
la voie il faut vous dire qu'au mois de
Décembre dernier je vous invitai chez
moi , rue Poiffonniere , avec M. M ....
Chirurgien major de l'Hôtel - Dieu , pour
vous confulter für la maladie dont ma
femme étoit attaquée depuis treize ans.
Cette maladie , Monfieur , étoit la plus
terrible fiftule qu'on ait jamais eue Ma femme
eft créole , de l'ifle de Bourbon , & elle
attribue cette maladie à une chûte qu'elle
fit quelques années avant que je l'époufaffe
, d'une terraffe de vingt pieds de haut
pour le moins. Cette chûte ne lui caufa
que quelques douleurs & meurtriffures
qui fe diffiperen: en peu de tems , par les
fecours qu'on lui donna. Elle n'eût aucun.
fymptome de fiftule , mais un an après notre
mariage elle mit au monde un fils
foit effet de la groffefle ou de la couche ,
elle commença à fentir des douleurs à l'anus
, qui cefferent néanmoins lorfqu'elle
fut rélevée & rétablie de cette premiere
couche. Elle fut environ trois ans fans devenir
enceinte , pendant lequel tems elle
"
JUILLET . 1755. 133
ne fentit aucune douleur ; mais l'étant
devenue , fur le neuvieme meis de fa groffelle
il fe forma en neuf jours un dépot
ficonfidérable qu'elle fouffrit nuit & jour
Toutes les douleurs qu'un panari violent
peut occafionner . Les Chirurgiens de l'afle
peu au fait de leur métier , encore moins
de ces fortes de maladies , ne regarderent
ce dépôt que comme un abcès . Lorfque la
matiere fut bien formée la tumeur perça
d'elle- même , & vuida une quantité prodigieufe
de pûs . Cette évacuation foulagea
fubitement & totalement la malade
qui accoucha le lendemain d'une fille qui fe
porte très bien aujourd'hui. Nos Docteurs
laifferent fermer le fac de lui- même , &
fans doute le loup fut enfermé dans la bergerie
, puifqu'à une troifieme grofleffe.
l'abcès reparut. Pour lors d'autres Chirur
giens de vaiffeaux qui fe trouverent là ,
martyriferent la malade a grands coups de
biftouris , & s'efforcerent de cueillir un
fruit qui n'étoit pas mûr , & qu'ils ne connoilfoient
fans doute pas ; cependant elle
accoucha d'un garçon bien à terme , mais ,
mort par une peur qu'un incendie avoit
caufée à la mere chez elle . L'abcès diſparut
donc encore , & tant que ma femme ne
devenoit pas groffe elle ne fe fentoit de
rien. A la quatrieme groffeffe l'abcès re134
MERCURE DE FRANCE .
que cet
commença , à la cinquieme de même ; &
enfin à la fixieme qui eft arrivée l'année
derniere , il fe forma fur le dernier mois.
Mon épouſe fouffrit beaucoup , le Chirurgien
du logis qui avoit foin d'elle depuis
fon arrivée en Europe , me confia
abcès étoit fiftuleux , pour lors je lui
гар-
portai tout ce que je viens d'avoir l'honneur
de vous dire , & il la panfa en conféquence.
Elle étoit trop avancée dans fa
groffeffe pour entreprendre la guérifon
d'une pareille maladie ; mais loin de la
traiter comme on avoit fait aux Indes , au
contraire il eut grand foin de conferver
cet abcès ouvert , & de donner iffue à la
matiere qu'il fourniffoit journellement
illa panfoit deux fois par jour , & au terme
de neufmois elle accoucha d'une fille pleine
de fanté , & cela fans accident. Le
Chirurgien de la maifon continua à la
panſer exactement pendant deux mois depuis
fa couche , après lequel tems il me
confeilla lui-même de vous appeller au fecours
, me déclarant que la maladie étoit
une fiftule .
Voici , Monfieur , où la grande hiftoire
commence. Vous eûtes la bonté de vous
rendre chez moi avec M. M..... mon
Chirurgien y étoit , & on vous rendit
compte de tout ce que je viens de vous
JUILLET. 1755- 135
répéter. La malade étoit bien prévenue
qu'elle avoit une fiftule , mais elle n'étoit
point portée pour l'opération , parce que
quelques perfonnes lui avoient confeillé
les cauftiques. Vous fondâtes vous-même
le mal , & fuivant votre avis , ainfi que
celui de M. M. . . . vous jugeâtes que
c'étoit une fiftule borgne ; même , me
dites- vous alors , fans clapier & fans que
l'inteftin fût offenfé , car vous fuppofiez
encore une grande diſtance entre le vice &
l'inteftin. Eh bien , Monfieur , l'événement
a fait voir le contraire , & je m'en fuis
convaincu par ce que j'ai vû. Mais fuivez
moi , s'il vous plaît : vous jugeates donc
la fiftule borgne ordinaire , en un mot
point confidérable ; je vous demandai ce
qu'il y avoit à faire , vous me fites l'honneur
de me dire qu'il falloit faire l'opération
, que cela feroit peu de chofe , & que
ma femme n'avoit aucun rifque à courir ;
je vous dis que la malade ne s'y réfoudroit
jamais , & qu'elle préféreroit de fe faire
guérir par les cauftiques. M. Braffant
me dites - vous fur le champ , peut la
guérir ; mais je fuis furpris qu'on préfere
des fouffrances de cinq à fix mois à
une minute & demie. Cependant , continuates-
vous , je vous confeille de commencer
par lui guérir l'efprit. Elle préfere ce
>
136 MERCURE DE FRANCE.
remede , il faut le lui donner. Il détruir
par le feu ce que le nôtre détruit par le fer.
Ho! nous y voilà , Monfieur. Riez tant
qu'il vous ppllaaiirraa de mon extravagance ;
mais je ne veux point difputer avec vous .
Je prétens vous prouver que les événemens
dont je vous ai parlé , font feuls
capables de faire connoître les maladies.
De plus , je prétends vous démontrer que
la méthode des cauftiques eft préférable à
l'opération , fur- tout à de pareilles fiftulles .
Je vous vois déja me railler & me tourner
en ridicule : n'importe , je me hazarde , &
m'encourage ; c'eft que ma femme eft guérie.
Je commence.
La fiſtulle , Monfieur , me paroît à préfent
un terrier de lapin , lequel dans l'inté
rieur forme la figure de ziczac. Si je pouffe
un bâton par fon ouverture , il arrive que
je trouve bientôt une réſiſtance , mais ce
n'eſt pas le fond du terrier ; & quand j'em- -
porterois toute la furface , jufqu'à la profondeur
qui en a procuré la réfiſtance au
bâton , je n'aurois pas encore découvert le
fond de mon gîte. Or la fonde me paroît de
même dans une fiftulle à un pouce , deux
pouces , & plus , fi vous voulez ; elle peut
fentir un arrêt qui paroît être le fond , mais
Louvent ce n'eft que l'endroit où le finus
prend un détour, & qui s'étend encore à une
י
}
JUILLET. 1735 137
certaine profondeur , où il en prend encore
une autre. Comment la fonde peut- elle
nous dire tout cela ? Non , il est donc im- -
poffible de juger d'une fiftulle par la fonde
, & pour voir ce qu'il y a dans un vaſe ,
il faut le découvrir. Je fçais qu'avec l'inftrument
on emporte plus que moins , &
qu'enfuite les cifeaux fuppléent au beſoin ,
mais le fang accable & peut fort bien empêcher
de voir un malin finus qui pourſuit
fa route bien au- delà de ce qu'on s'imaginoit
; néanmoins l'opération guérit radicalement
la fiftulle , je le fçais , j'en conviens
; mais jamais elle n'eût guéri celle
de ma femme , puifque l'inftrument n'auroit
pû aller à la profondeur , & qu'encore
une fois on ne la croyoit pas confiderable .
Je fuis moralement sûr qu'elle eût été manquée
, elle n'auroit pas été la premiere ;
mais en outre quel rifque n'eut- elle point
couru ? les fouffrances des panfemens , les
douleurs de la garderobe , les rifques du
dévoiement , d'une fiévre , d'une hémoragie
, en un mot , un nombre de jours dans
un lit à fouffrir & à vivre fans manger.
Or par la méthode de M. Braffant avec fon
cauftique , il eft impoflible qu'il manque
une fiftulle , lorsqu'il la traitera lui -même,
& fon malade ne court aucun des rifques
que je viens de dire ; il eft vrai qu'on
138 MERCURE DE FRANCE.
fouffre le martyre. On dit qu'il en a guéri
& qu'il en a manqué : je foutiens qu'il n'en
a manqué aucun , à moins que ce foit des
gens aufquels les douleurs ont fait abandonner
le remede ; mais quand on voudra
les fouffrir , on eft sûr de la guérifon . Il
n'y a peut- être jamais eu perfonne que má
femme qui ait fouffert une quantité fi prodi
gieufe de cauftiques, puifqu'elle en a eu 33 ;
mais fi elle avoit abandonné au trentieme ,
sûrement elle n'eût point été guérie. J'appellai
donc M. Braffant le lendemain de votre
vifite. Je ne lui parlai point de la conful
tation qui avoit été faite la veille , je lui
dis fimplement que ma femme étoit atta
quée d'une fiftulle depuis 13 ans. Je lui fis
le détail de cette maladie tel que j'avois
eu l'honneur de vous le faire , & j'ajoûtai
que la malade ayant oui parler de fa méthode
la préféroit à l'opération . Il vit fon
mal & le confidera long- tems ; il tâta les
environs , & jugea que la fiftulle étoit con
fidérable , affurant que l'inteftin étoit of
fenfé ; mais qu'il étoit sûr de la guérifon
radicale , fi la malade vouloit avoir de la
confiance & du courage , parce que font
remede étoit violent : ma femme s'y livra
toute entiere , fur-tout efpérant de pouvoir
guérir fans opération . Elle lui demanda le
régime qu'elle avoit à fuivre ; mais quelle
JUILLET. 1755. 139
fut la joye & fa furpriſe lorfque M. Bralfant
lui dit qu'elle n'avoit qu'à vivre à ſon
ordinaire & conferver fon apétit.
Avouez , Monfieur , que voilà un régime
bien doux & bien différent de celui que
l'oppération exige. La malade avoit été
préparée , & deux mois s'étoient écoulés
depuis fa couche , ce qui fit que M. Braffant
la commença le lendemain 10 Décembre
1754. Il lui appliqua le premier cauftique
à 9 heures du matin , qui fit l'effet
qu'il en attendoit. La malade fouffrit la
douleur que ce remede lui caufa avec un
courage héroïque ; elle fouffroit , mais elle
difoit elle-même que c'étoit fupportable.
M. Braſſant vint la voir le foir , & il fut
furpris de trouver une femme fi courageufe.
Le lendemain matin il vint la panfer ,
les cauftiques avoient brûlé une quantité
de chairs qui commençoient à former un
efcard , ils avoient occafionné un gonfle→
ment confidérable dans toutes les parties
fpongieufes & vicieufes. Le troifieme jour
cet efcard tomba & occafionna une ouverture
affez confidérable , procura la facilité
à M. Braffant de voir différens finus renfermés
dans cette partie ; il les attaqua les
uns après les autres par fes cauftiques , &
plus il en détruifoit , plus l'ouverture s'agrandiffoit
& la profondeur paroiffoit.
140 MERCURE DE FRANCE.
Après que la malade cut fupporté dix a
douze cauftiques , pour lors M. Braffant vit
clairement toute l'étendue du mal ; il s'apperçut
que l'inteftin étoit percé , qu'un
finus fe pourfuivoit droit au gros boyau
il tint toujours ce finus découvert , & s'attachant
à détruire toutes les parties qui
l'environnoient & qui étoient offenfées ; it
y parvint par la fuite , & c'eft ce qui prolongea
la guérifon pour lors , il ne lui
refta plus que le finus principal , ou le fond
du fac qu'il attaqua avec tant de fuccès
que le 30 Avril il vit tout le vice détruit ,
& parvint à une guérifon radicale & certaine
. Voilà , Monfieur , tout le détail que
mon affiduité aux panfemens me permet
de vous faire ; mais vous ne pouvez vous
imaginer l'étendue de ce mal , & je crois
fermement que l'opération ne l'eût point
guéri , d'autant mieux qu'on ne jugeoit
point cette fiftulle fi confidérable. Remarquez
que par la méthode de M. Braffant ,
il n'y a point de fiévre à craindre , point
de dévoiement à appréhender , point de
régime à garder & point de douleurs en
allant à la garderobbe , en un mot point
de danger à courir pour le malade rout
cela , Monfieur , ne me feroit point balancer
à préferer cette méthode à l'opération
d'autant mieux encore qu'il eft impoffible
JUILLET. 1755- 141
qu'on laiffe la moindre chofe par cette fade
traiter une fiftulle.
çon
Il me reste encore à vous parler d'un
article auquel peu de Chirurgiens ajoûtent
foi , c'eft fur l'efpéce de cauftique dont
M. Braffant fe fert . Je crois réellement que
ce cauftique eft à lui feul & à fon fils , &
je ferois porté à croire qu'un autre que lui
qui voudroit traiter la fiftulle par ces cauftiques
y échoueroit , n'ayant ni la pratique
, ni le cauftique de M. Braffant : ne
feroit- ce pas cela qui auroit donné lieu de
croire au public que fi M. Braffant en a
guéri , il en a auffi manqué ? Cela fe
roit bien , Monfieur , & j'en ferois conyaincu
, fi quelqu'un me difoit avoir été
manqué par M. Braffant , pere ou fils.
pour-
Je fuis fâché , Monfieur , de vous avoir
diftrait & peut-être ennuyé par mon verbiage
; mais paffez- le moi en faveur de la
joye que me caufe la guérifon de ma femme
, & de la part que vous avez bien voulu
prendre à fa maladie .
J'ai l'honneur d'être , &c..
BOUCHER.
Paris , ce 2 Mai 1755 .
Chirurgie , par M. Boucher , Capitaine
d'Infanterie.
C
'Eft un époux , Monfieur , qui va vous
entretenir ; c'eſt un militaire qui va
vous écrire ; c'eſt affez vous en dire pour
mériter votre indulgence . Ce préambule
vous feroit inutile fi j'étois initié dans l'art
de la Chirurgie. Ecrivant à un maître tel
que vous , je n'aurois befoin que de m'énoncer
, vous m'entendriez clairement
mais il s'agit de vous parler une langue qui
m'eft étrangere , & de vous donner à deviner
le plus aiſement que je pourrai. Ce
fera donc , Monfieur , l'amour conjugal
qui fera mon interprête ; c'eſt lui qui m'engage
aujourd'hui à vous rendre compte
d'une maladie que j'ai d'autant mieux étu-
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
diée qu'elle m'a tant effrayé pour les jours
de ma chere femme.
›
Vous ne rae remettez peut - être plus ,
Monfieur , & par conféquent il eft néceffaire
de vous dire qui je fuis. Mon nom
n'eft pas fuffifant pour vous remettre fur
la voie il faut vous dire qu'au mois de
Décembre dernier je vous invitai chez
moi , rue Poiffonniere , avec M. M ....
Chirurgien major de l'Hôtel - Dieu , pour
vous confulter für la maladie dont ma
femme étoit attaquée depuis treize ans.
Cette maladie , Monfieur , étoit la plus
terrible fiftule qu'on ait jamais eue Ma femme
eft créole , de l'ifle de Bourbon , & elle
attribue cette maladie à une chûte qu'elle
fit quelques années avant que je l'époufaffe
, d'une terraffe de vingt pieds de haut
pour le moins. Cette chûte ne lui caufa
que quelques douleurs & meurtriffures
qui fe diffiperen: en peu de tems , par les
fecours qu'on lui donna. Elle n'eût aucun.
fymptome de fiftule , mais un an après notre
mariage elle mit au monde un fils
foit effet de la groffefle ou de la couche ,
elle commença à fentir des douleurs à l'anus
, qui cefferent néanmoins lorfqu'elle
fut rélevée & rétablie de cette premiere
couche. Elle fut environ trois ans fans devenir
enceinte , pendant lequel tems elle
"
JUILLET . 1755. 133
ne fentit aucune douleur ; mais l'étant
devenue , fur le neuvieme meis de fa groffelle
il fe forma en neuf jours un dépot
ficonfidérable qu'elle fouffrit nuit & jour
Toutes les douleurs qu'un panari violent
peut occafionner . Les Chirurgiens de l'afle
peu au fait de leur métier , encore moins
de ces fortes de maladies , ne regarderent
ce dépôt que comme un abcès . Lorfque la
matiere fut bien formée la tumeur perça
d'elle- même , & vuida une quantité prodigieufe
de pûs . Cette évacuation foulagea
fubitement & totalement la malade
qui accoucha le lendemain d'une fille qui fe
porte très bien aujourd'hui. Nos Docteurs
laifferent fermer le fac de lui- même , &
fans doute le loup fut enfermé dans la bergerie
, puifqu'à une troifieme grofleffe.
l'abcès reparut. Pour lors d'autres Chirur
giens de vaiffeaux qui fe trouverent là ,
martyriferent la malade a grands coups de
biftouris , & s'efforcerent de cueillir un
fruit qui n'étoit pas mûr , & qu'ils ne connoilfoient
fans doute pas ; cependant elle
accoucha d'un garçon bien à terme , mais ,
mort par une peur qu'un incendie avoit
caufée à la mere chez elle . L'abcès diſparut
donc encore , & tant que ma femme ne
devenoit pas groffe elle ne fe fentoit de
rien. A la quatrieme groffeffe l'abcès re134
MERCURE DE FRANCE .
que cet
commença , à la cinquieme de même ; &
enfin à la fixieme qui eft arrivée l'année
derniere , il fe forma fur le dernier mois.
Mon épouſe fouffrit beaucoup , le Chirurgien
du logis qui avoit foin d'elle depuis
fon arrivée en Europe , me confia
abcès étoit fiftuleux , pour lors je lui
гар-
portai tout ce que je viens d'avoir l'honneur
de vous dire , & il la panfa en conféquence.
Elle étoit trop avancée dans fa
groffeffe pour entreprendre la guérifon
d'une pareille maladie ; mais loin de la
traiter comme on avoit fait aux Indes , au
contraire il eut grand foin de conferver
cet abcès ouvert , & de donner iffue à la
matiere qu'il fourniffoit journellement
illa panfoit deux fois par jour , & au terme
de neufmois elle accoucha d'une fille pleine
de fanté , & cela fans accident. Le
Chirurgien de la maifon continua à la
panſer exactement pendant deux mois depuis
fa couche , après lequel tems il me
confeilla lui-même de vous appeller au fecours
, me déclarant que la maladie étoit
une fiftule .
Voici , Monfieur , où la grande hiftoire
commence. Vous eûtes la bonté de vous
rendre chez moi avec M. M..... mon
Chirurgien y étoit , & on vous rendit
compte de tout ce que je viens de vous
JUILLET. 1755- 135
répéter. La malade étoit bien prévenue
qu'elle avoit une fiftule , mais elle n'étoit
point portée pour l'opération , parce que
quelques perfonnes lui avoient confeillé
les cauftiques. Vous fondâtes vous-même
le mal , & fuivant votre avis , ainfi que
celui de M. M. . . . vous jugeâtes que
c'étoit une fiftule borgne ; même , me
dites- vous alors , fans clapier & fans que
l'inteftin fût offenfé , car vous fuppofiez
encore une grande diſtance entre le vice &
l'inteftin. Eh bien , Monfieur , l'événement
a fait voir le contraire , & je m'en fuis
convaincu par ce que j'ai vû. Mais fuivez
moi , s'il vous plaît : vous jugeates donc
la fiftule borgne ordinaire , en un mot
point confidérable ; je vous demandai ce
qu'il y avoit à faire , vous me fites l'honneur
de me dire qu'il falloit faire l'opération
, que cela feroit peu de chofe , & que
ma femme n'avoit aucun rifque à courir ;
je vous dis que la malade ne s'y réfoudroit
jamais , & qu'elle préféreroit de fe faire
guérir par les cauftiques. M. Braffant
me dites - vous fur le champ , peut la
guérir ; mais je fuis furpris qu'on préfere
des fouffrances de cinq à fix mois à
une minute & demie. Cependant , continuates-
vous , je vous confeille de commencer
par lui guérir l'efprit. Elle préfere ce
>
136 MERCURE DE FRANCE.
remede , il faut le lui donner. Il détruir
par le feu ce que le nôtre détruit par le fer.
Ho! nous y voilà , Monfieur. Riez tant
qu'il vous ppllaaiirraa de mon extravagance ;
mais je ne veux point difputer avec vous .
Je prétens vous prouver que les événemens
dont je vous ai parlé , font feuls
capables de faire connoître les maladies.
De plus , je prétends vous démontrer que
la méthode des cauftiques eft préférable à
l'opération , fur- tout à de pareilles fiftulles .
Je vous vois déja me railler & me tourner
en ridicule : n'importe , je me hazarde , &
m'encourage ; c'eft que ma femme eft guérie.
Je commence.
La fiſtulle , Monfieur , me paroît à préfent
un terrier de lapin , lequel dans l'inté
rieur forme la figure de ziczac. Si je pouffe
un bâton par fon ouverture , il arrive que
je trouve bientôt une réſiſtance , mais ce
n'eſt pas le fond du terrier ; & quand j'em- -
porterois toute la furface , jufqu'à la profondeur
qui en a procuré la réfiſtance au
bâton , je n'aurois pas encore découvert le
fond de mon gîte. Or la fonde me paroît de
même dans une fiftulle à un pouce , deux
pouces , & plus , fi vous voulez ; elle peut
fentir un arrêt qui paroît être le fond , mais
Louvent ce n'eft que l'endroit où le finus
prend un détour, & qui s'étend encore à une
י
}
JUILLET. 1735 137
certaine profondeur , où il en prend encore
une autre. Comment la fonde peut- elle
nous dire tout cela ? Non , il est donc im- -
poffible de juger d'une fiftulle par la fonde
, & pour voir ce qu'il y a dans un vaſe ,
il faut le découvrir. Je fçais qu'avec l'inftrument
on emporte plus que moins , &
qu'enfuite les cifeaux fuppléent au beſoin ,
mais le fang accable & peut fort bien empêcher
de voir un malin finus qui pourſuit
fa route bien au- delà de ce qu'on s'imaginoit
; néanmoins l'opération guérit radicalement
la fiftulle , je le fçais , j'en conviens
; mais jamais elle n'eût guéri celle
de ma femme , puifque l'inftrument n'auroit
pû aller à la profondeur , & qu'encore
une fois on ne la croyoit pas confiderable .
Je fuis moralement sûr qu'elle eût été manquée
, elle n'auroit pas été la premiere ;
mais en outre quel rifque n'eut- elle point
couru ? les fouffrances des panfemens , les
douleurs de la garderobe , les rifques du
dévoiement , d'une fiévre , d'une hémoragie
, en un mot , un nombre de jours dans
un lit à fouffrir & à vivre fans manger.
Or par la méthode de M. Braffant avec fon
cauftique , il eft impoflible qu'il manque
une fiftulle , lorsqu'il la traitera lui -même,
& fon malade ne court aucun des rifques
que je viens de dire ; il eft vrai qu'on
138 MERCURE DE FRANCE.
fouffre le martyre. On dit qu'il en a guéri
& qu'il en a manqué : je foutiens qu'il n'en
a manqué aucun , à moins que ce foit des
gens aufquels les douleurs ont fait abandonner
le remede ; mais quand on voudra
les fouffrir , on eft sûr de la guérifon . Il
n'y a peut- être jamais eu perfonne que má
femme qui ait fouffert une quantité fi prodi
gieufe de cauftiques, puifqu'elle en a eu 33 ;
mais fi elle avoit abandonné au trentieme ,
sûrement elle n'eût point été guérie. J'appellai
donc M. Braffant le lendemain de votre
vifite. Je ne lui parlai point de la conful
tation qui avoit été faite la veille , je lui
dis fimplement que ma femme étoit atta
quée d'une fiftulle depuis 13 ans. Je lui fis
le détail de cette maladie tel que j'avois
eu l'honneur de vous le faire , & j'ajoûtai
que la malade ayant oui parler de fa méthode
la préféroit à l'opération . Il vit fon
mal & le confidera long- tems ; il tâta les
environs , & jugea que la fiftulle étoit con
fidérable , affurant que l'inteftin étoit of
fenfé ; mais qu'il étoit sûr de la guérifon
radicale , fi la malade vouloit avoir de la
confiance & du courage , parce que font
remede étoit violent : ma femme s'y livra
toute entiere , fur-tout efpérant de pouvoir
guérir fans opération . Elle lui demanda le
régime qu'elle avoit à fuivre ; mais quelle
JUILLET. 1755. 139
fut la joye & fa furpriſe lorfque M. Bralfant
lui dit qu'elle n'avoit qu'à vivre à ſon
ordinaire & conferver fon apétit.
Avouez , Monfieur , que voilà un régime
bien doux & bien différent de celui que
l'oppération exige. La malade avoit été
préparée , & deux mois s'étoient écoulés
depuis fa couche , ce qui fit que M. Braffant
la commença le lendemain 10 Décembre
1754. Il lui appliqua le premier cauftique
à 9 heures du matin , qui fit l'effet
qu'il en attendoit. La malade fouffrit la
douleur que ce remede lui caufa avec un
courage héroïque ; elle fouffroit , mais elle
difoit elle-même que c'étoit fupportable.
M. Braſſant vint la voir le foir , & il fut
furpris de trouver une femme fi courageufe.
Le lendemain matin il vint la panfer ,
les cauftiques avoient brûlé une quantité
de chairs qui commençoient à former un
efcard , ils avoient occafionné un gonfle→
ment confidérable dans toutes les parties
fpongieufes & vicieufes. Le troifieme jour
cet efcard tomba & occafionna une ouverture
affez confidérable , procura la facilité
à M. Braffant de voir différens finus renfermés
dans cette partie ; il les attaqua les
uns après les autres par fes cauftiques , &
plus il en détruifoit , plus l'ouverture s'agrandiffoit
& la profondeur paroiffoit.
140 MERCURE DE FRANCE.
Après que la malade cut fupporté dix a
douze cauftiques , pour lors M. Braffant vit
clairement toute l'étendue du mal ; il s'apperçut
que l'inteftin étoit percé , qu'un
finus fe pourfuivoit droit au gros boyau
il tint toujours ce finus découvert , & s'attachant
à détruire toutes les parties qui
l'environnoient & qui étoient offenfées ; it
y parvint par la fuite , & c'eft ce qui prolongea
la guérifon pour lors , il ne lui
refta plus que le finus principal , ou le fond
du fac qu'il attaqua avec tant de fuccès
que le 30 Avril il vit tout le vice détruit ,
& parvint à une guérifon radicale & certaine
. Voilà , Monfieur , tout le détail que
mon affiduité aux panfemens me permet
de vous faire ; mais vous ne pouvez vous
imaginer l'étendue de ce mal , & je crois
fermement que l'opération ne l'eût point
guéri , d'autant mieux qu'on ne jugeoit
point cette fiftulle fi confidérable. Remarquez
que par la méthode de M. Braffant ,
il n'y a point de fiévre à craindre , point
de dévoiement à appréhender , point de
régime à garder & point de douleurs en
allant à la garderobbe , en un mot point
de danger à courir pour le malade rout
cela , Monfieur , ne me feroit point balancer
à préferer cette méthode à l'opération
d'autant mieux encore qu'il eft impoffible
JUILLET. 1755- 141
qu'on laiffe la moindre chofe par cette fade
traiter une fiftulle.
çon
Il me reste encore à vous parler d'un
article auquel peu de Chirurgiens ajoûtent
foi , c'eft fur l'efpéce de cauftique dont
M. Braffant fe fert . Je crois réellement que
ce cauftique eft à lui feul & à fon fils , &
je ferois porté à croire qu'un autre que lui
qui voudroit traiter la fiftulle par ces cauftiques
y échoueroit , n'ayant ni la pratique
, ni le cauftique de M. Braffant : ne
feroit- ce pas cela qui auroit donné lieu de
croire au public que fi M. Braffant en a
guéri , il en a auffi manqué ? Cela fe
roit bien , Monfieur , & j'en ferois conyaincu
, fi quelqu'un me difoit avoir été
manqué par M. Braffant , pere ou fils.
pour-
Je fuis fâché , Monfieur , de vous avoir
diftrait & peut-être ennuyé par mon verbiage
; mais paffez- le moi en faveur de la
joye que me caufe la guérifon de ma femme
, & de la part que vous avez bien voulu
prendre à fa maladie .
J'ai l'honneur d'être , &c..
BOUCHER.
Paris , ce 2 Mai 1755 .
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Résumé : Lettre écrite à M. M.... Professeur en Chirurgie, par M. Boucher, Capitaine d'Infanterie.
La lettre est rédigée par M. Boucher, capitaine d'infanterie, à un chirurgien de renom, M. M..., pour discuter de la maladie de son épouse. Cette dernière, une Créole de l'île de Bourbon, souffre d'une fistule anale depuis treize ans, causée par une chute avant leur mariage. La maladie s'est aggravée après chaque grossesse, entraînant des douleurs et des abcès. Plusieurs chirurgiens ont tenté de traiter la fistule sans succès durable. En décembre précédent, M. Boucher a consulté M. M... et un autre chirurgien pour évaluer la condition de sa femme. La fistule a été diagnostiquée comme borgne, sans clapet et sans atteinte de l'intestin. Cependant, il s'est avéré que l'intestin était bel et bien atteint. M. Boucher préfère les cautères à l'opération chirurgicale, estimant que cette méthode, pratiquée par M. Braffant, est moins risquée et plus efficace pour des fistules complexes. La femme de M. Boucher a subi 33 cautérisations, souffrant beaucoup mais sans les risques associés à l'opération chirurgicale. M. Braffant a réussi à détruire radicalement la fistule, confirmant que l'intestin était percé. M. Boucher conclut que la méthode des cautères est préférable pour traiter des fistules de cette nature, soulignant l'absence de fièvre, de déviation, de régime strict et de douleurs post-opératoires. Il exprime également sa confiance dans l'efficacité et l'unicité des cautères utilisés par M. Braffant. La lettre est datée du 2 mai 1755 et exprime la gratitude de M. Boucher pour la sollicitude manifestée à l'égard de la maladie de son épouse, désormais guérie. Il reconnaît que son interlocuteur pourrait être fatigué ou ennuyé par son discours, mais il le prie de l'excuser en raison de la joie qu'il éprouve face à la guérison de son épouse et de l'intérêt porté à sa santé. La lettre se conclut par une formule de politesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 182-206
REFLEXIONS critiques adressées à M***, Médecin à Lyon, sur une Lettre annoncée sous le nom du sieur Beranger, Oculiste, par M. Daviel le fils, Maître-ès Arts en l'Universite de Paris.
Début :
MONSIEUR, j'avois déja vu la lettre du sieur Beranger, lorsque vous eûtes la [...]
Mots clefs :
Chirurgie, Malades, Élève, Yeux, Cristallin, Public, Opération, Instrument, Louis Beranger, Oculiste , Certificats, Oeil
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texteReconnaissance textuelle : REFLEXIONS critiques adressées à M***, Médecin à Lyon, sur une Lettre annoncée sous le nom du sieur Beranger, Oculiste, par M. Daviel le fils, Maître-ès Arts en l'Universite de Paris.
CHIRURGIE.
REFLEXIONS critiques adreffées à M*** ,
Médecin à Lyon , fur une Lettre annoncée
fous le nom du fieur Beranger , Oculifte , par
M. Daviel le fils , Maître- ès Arts en l'Univerfite
de Paris.
En erit unquam
Ille dies , mihi cum liceat tua dicere facta ș
Virg. Bucolica
MONSIEUR , j'avois déja vu la lettre
du fieur Beranger , lorfque vous eûtes la
bonté de me l'envoyer ; je fuis cependant
fenfible autant qu'on le pent être à cette
marque d'attention de votre part ; j'ai été
fort furpris qu'elle eut déja parcouru vos,
contrées , me perfuadant que l'on fe feroit
contenté d'en informer feulement les aubergiftes
fur la route de Bordeaux à Paris :
mais je m'apperçois que l'on n'aura fait
A OUST. 1755. 183
grace à qui que ce foit , il auroit été jufte
cependant que l'auteur fauvât les ports de
lettres à ces perfonnes qui ne m'ont informé
de cette anecdote , que par les plaintes
ameres qu'elles témoignoient contre cet
opérateur , qui fembloit les mettre à contribution
, pour leur faire tenir un ouvrage
, dont la matiere ne les intéreffoit
nullement. Permettez moi cette digreffion,
elle peut fervir à vous fatisfaire fur l'explication
que vous me demandez de quelques
articles de cette lettre , & de la bonne foi
de l'auteur.
Perfuadez - vous , Monfieur , que quelques
fuccès que j'euffe pû me promettre
en faveur de la caufe que je défends ,
je n'aurois pu me réfoudre à refuter
un tel ouvrage ; je ne trouvois rien qui
put me fatter dans une pareille difcution
; d'ailleurs , que n'avois- je pas à ménager
, un public au fervice duquel je me
fuis dévoué pour la chirurgie , auquel j'aurois
voulu préfenter un effai bien différent
de mes travaux ; un pere auquel j'aurois
craint de déplaire en époufant fa querelle
dans une telle occurrence , perfuadé que
fon nom feul capable d'impofer un filence
refpectueux à l'auteur , fiffifoit pour me
prohiber toute voye deffenfive : vu ces raifons
, je m'étois condamné au filence , &
184 MERCURE DE FRANCE:
^
je le garderois encore fi plufieurs perſonnes
ne m'avoient fait rougir de mon indifférence
, à fouffrir qu'on put impunément
en impofer au public , & attaquer mon
pere par des propos indécens qui tendoient
à entamer la réputation dont il jouit à fi
jufte titre. J'ai cru devoir céder à des raifons
auffi plaufibles ; peut- être que ce même
public , juge integre dans tous les différends
, confidérera que c'eft un fils , qui
épargne à fon pere le déplaifir d'entrer en
lice avec un adverfaire fi peu digne de lui ;
vous connoiffez fa façon de penfer , Monfieur
, puifque vous avez été un de ceux
qui ont rendu publiquement hommage à
fes talens , & je me perfuade volontiers
qu'il n'eft perfonne qui ne porte fur la lettre
du fieur Béranger , le même jugement
de Démophon dans Térence ? Ipfum geflio
dari mi in confpectum avec d'autant plus de
raifon que l'on ne peut manquer de s'appercevoir
qu'il a péché par le fentiment le
plus noble , qui eft celui de la reconnoiffance
: comment n'a- t- il pu s'appercevoir.
qu'il s'abufoit en déchirant la réputation
d'une perfonne dont il devoit tirer tout
l'éclat voulant s'annoncer fon éleve . Mais
ce n'eft pas la feule faute que j'aurai à lui
reprocher dans fa lettre , je vais vous les
faire appercevoir.
A O UST. 1755. 185
Ne nous abuſe-t-il pas d'abord , lorfqu'il
veut nous perfuader que privant la capitale
de fa préfence , il eft allé parcourir les pays
étrangers pour s'y rendre utile & s'y perfectionner
dans fon art ; mais comment l'auroit-
il pû , agité tour à tour par le tracas
d'un voyage , occupé à compofer différens
perfonnages fuivant la différence des
moeurs de chaque pays ; avec de telles vûes
comment s'avancer dans un art qui exige.
une application fi exacte , des veilles fré
quentes , des lectures utiles & multipliées ,
dans lequel on ne peut qu'à l'abri d'un
féjour tranquille , pofer fes idées , les rédi
ger , parcourir fes obfervations , en tirer
des conféquences utiles à la perfection
de cet art, & au bien des malades : croiroiton
que c'eft-là l'occupation d'une perfonne
qui court bien des villes , qui paffe de
contrées en contrées , pour y voir des malades
, les opérer , & partir.
Cependant le fieur Beranger , bien loin
de convenir de cette allégation , foutient
au contraire que c'eft dans fes courfes
qu'il a pu s'illuftrer au point de mériter
qu'on lui déférat la primauté fur tous ceux
de fon état ; il a fçu trop bien manier la
nature à fon gré , difpofer des maladies ,
& des guérifons , jufques- là ( a) que mal-
(a) Voyez la gazette d'Amfterdam du mardi
1 Octobre 1753•
186 MERCURE DE FRANCE.
gré les maladies fecrettes dont la plupart des
malades en Espagne avoient été infectés , &
un fang tout- à-fait corrompu , il n'a pas en
encore , dit- il , le déplaifir d'entreprendre la
guérison d'un malade , qu'il ne foit parvenu
à le guérir radicalement. Mais , malgré des
fuccès auffi brillans , les Efpagnols ne lui
ont point applaudi , il fe plaint amèrement
dans fa lettre de leur mauvaiſe grace à lui
faire un procès fur ce qu'il avoit fait imprimer
la lifte des malades qu'il avoit guéri ;
ils ont eu grand tort en effet , de prohiber
un écrit dont les faits vérifiés fufpects ,
légitimoient leur conduite à fon égard ,
ils font très-blamables auffi , fi bien loin
d'accueillir & favorifer cet oculifte, ils l'ont
maltraité mais comme dans ces contrées ,
nous avons plus à redouter de la calomnie &
des effets de la jalousie , voilà fans doute la
caufe de fa difgrace dans ce pays , il fçait
bientôt après prendre noblement fon parti ,
& fe confoler de fa mauvaiſe fortune , déclarant
qu'il n'eſt pas auſſi jaloux d'une réputation
dans l'étranger qu'il le feroit de celle
qu'il peut mériter dans fa patrie. La défaite
eft étrange : & c'eft en quoi il differe de
bien des gens
gens de mérite , qui fçavent prifer
l'eftime des plus petits, que la moindre confiance
flate & fatisfait.
Un Oculiste auffi rare cependant devroit
AOUST. 1755. 187
être fatisfait , ce me femble , de fon haut
mérite , fans dérober ce qui fait celui des
autres , pour ajouter à fa gloire : pourquoi
fe montrer plagiaire des découvertes d'un
autre , quel avantage auffi peut- il fe promettre
en improuvant des faits dont tout
un public eft inftruit ? Si nous en croyons
fon écrit , l'ancienne opération étoit la
feule connue en 1753 ( qui eft à peu près
le tems du retour de fes courfes , ) mais
comment nous perfuader ce qu'il avance :
croirons- nous que nullement informé de
ce qui a été annoncé la- deffus , il fe foit
trompé : non ; ne devroit - il pas fçavoir
qu'en 1752 , M. Daviel avoit dépofé dans
les faftes de l'académie de Chirurgie , un
mémoire fur cette nouvelle méthode , par
lequel il démontre avoir pratiqué deux
fois l'extraction de la cataracte avec fuccès
en 1745 , & l'avoir adoptée entierement en
1750. Tous les gens de l'art ont lu fa lettre
à M. de Joyeuſe , celle de M. de Vermale ,
la vôtre même , Monfieur : defavoue - t- on
des faits auffi folidement conftatés ? ces
ouvrages ne feront fans doute pas échappés
à la vigilance du fieur Beranger. Ce n'eft
pas tout , ne veut- il pas auflì à l'inftar de
quelques critiques deſoeuvrés , lui dérober
la gloire d'avoir inventé cette opération
Ne feroit-ce pas dit- il , pour avoir ofé met188
MERCURE DE FRANCE.
tre en doute , qu'il fut l'invenieur de l'extras"
tion ; il a pû le fçavoir par des diſcours , mais
il en fera encore mieux inftruit , quand il
verra les preuves que j'en rapporte dans un
autre ouvrage , je dirai même qu'il paroît
s'en réferver la gloire , mais les reproches
amers que lui ont fait là- deffus la plupart
de Meffieurs les Chirurgiens de Bordeaux
auroient dû le défabufer d'une prétention
auffi mal fondée , qui tend , fi je ne me
trompe, à lui faire difputer le pas avec mon
pere. Mais par quelle voye fe promet - il de
l'atteindre ? eft- ce par la légereté defa main ?
comme fi avec une main légere on ne pou
voit pas faire habilement une mauvaife
opération ; eft- ce parce qu'il a réuffi dans
des cas aufquels il ne s'attendoit point ? N'afpire-
t-il pas à devenir fon émule , en ouvrant
ici des artères angulaires , puis à
grands coups de tenaillons , brifant les
os voisins d'une partie qu'il ignore (a ) ,
il fçait perfuader adtoitement , que c'eft
pour le bien du malade qu'il a manoeu
vré ainfi Seroit- ce parce qu'il faifit délicatement
le tarfe dans les trichaifes ,
d'où il reste un éraillement de la paupiere
fupérieure jufqu'au fourcil , telle eft une
dame que j'ai vifitée moi- même ( b) , tels
(4) Voyez la lettre de M. Larieux , ci -jointe.
(b) Madame Frefciné , bourgeoiſe de la même
ville , rue des Menus.
1
AOUST. 1755. 189
prafont
auffi deux malades à l'hôpital S. André
de Bordeaux , qu'il a opérés dans le même
goût. Ce reproche eft d'autant plus juſte
que de toutes les opérations que l'on
tique fur les yeux , celle- là eft la plus fimple
, & le tarfe eft la feule partie que l'on
doive craindre de toucher ; voilà fans doute
par quel chemin le fieur Beranger prétend
effacer mon pere , que ne peut- il ſe
perfuader que l'on n'eft pas opérateur pour
avoir vû opérer , il en feroit plus fage. Que
ne fe propofoit- il pour exemple nos meilleurs
auteurs , lefquels fe regardant comme
les artifans de la nature , ont travaillé
fans ceffe à la connoître pour fçavoir l'aider
à propos lorfqu'elle fe prête , la relever
lorfqu'elle manque ? ils lui euffent appris à
éviter les écueils où il a échoué , alors il
n'eut pas eu befoin de recourir à la prédeſtination
pour définir la caufe des accidens
: il étoit dit que ce malheureux ſouffriroit
des contre-tems. Combien le public
ne devroit-il point être circonfpect fur le
choix de ces oculiftes , qui font à leur gré
des opérations pour s'exercer à
s'exercer à porter un
inftrument avec vivacité , qui comptentfur
des guérifons par la légereté de leur main ,
qui ne fçavent ce que c'eft de mefurer leurs
pas à la délicateffe & à la fphere étroite
d'une partie ; depuis long- tems les vrais
190 MERCURE DE FRANCE.
praticiens ont abandonné aux empiriques
le brillant , le vif dans les opérations , pour
pouvoir avec toute fureté toucher , réflé
chir , combiner les parties qu'ils doivent
attaquer , celles qu'il faut éviter , les maux
qu'ils ont à entreprendre, d'où ils concluent
qu'une bonne & utile opération eft affeztôt
faite , lorfqu'elle eft bien faite. Cela
pofé , je crois qu'il a mauvaiſe grace à con
foler , par la légereté de fa main , M. de la
Faye , de la critique qu'un homme véritable
ment de l'art , afaite de fon inftrument ; où
eft donc cette critique ? Quel est donc ce
motif de confolation ? Mon pere , il eft
vrai connoiffant la bonté de fa méthode
par fes heureux fuccès , n'adopte pas pour
lui l'inftrument de M. de la Faye , & comment
ne peut-on , fans tomber dans cette
jaloufie , qui ne permet pas de voir avec plaifir
les progrès d'un art s'augmenter en d'autres
mains que dans les nôtres , garder ce que
l'on croit bon par pratique , fans le quitter
pour ce qui peut l'égaler . L'une & l'autre
méthode ont leurs avantages , l'une & l'au
tre ont leurs inconvéniens ; vu cette jufte
réflexion , notre oculiſte a tort , veut- il
femer la zizanie parmi ces deux artiſtes ,
lefquels foigneufement occupés du bien
public , & non par des motifs d'une fervile
jaloufie , fçavent fe contredire fans huAOUST.
1755. 191
faimeur
, fans préfomption , fe prêter leurs
avis , & fe céder mutuellement fans contrainte
, lorfque le mieux l'exige.-
Volontiers , le fieur Beranger , pour
re valoir l'inſtrument de M. de la Faye ,
exigeroit que la nature fe dérangeât dans
fon ordre , qu'un liquide qui n'eft plus
contenu , pût fe compofer , & refter en
place. Alors , dit - il , on éviteroit les accidens
auxquels cet inftrument eft fujet ; mais s'appercevant
bientôt du ridicule de cette idée ,
il engage l'opérateur à ne pas laiffer fortir
toute l'humeur aqueufe avant que l'incifion
de la cornée ne foit achevée. Ce précepte
eft purement imaginaire , & ne fuppofe
pas une grande notion du méchanifme
de l'oeil dans celui qui le donne : car il
eft moralement impoffible d'empêcher que
l'humeur aqueule contenue dans la chambre
antérieure , ne s'échappe auffi-tôt que
l'inftrument s'eft fait jour d'un angle à
l'autre . Cependant une main auffi légere que
la fienne peut en venir à bout , & l'on voit
bien que ce n'est ni la main , ni les yeux d'un
vieillard qui peuvent franchir ces obftacles.
( Je vous dirai , Monfieur , propos
de ce
nom de viellard par lequel cet opératenr
croit défigner mon pere , que parmi tous les
fecrets qu'il poffede , je ne lui connoiffois
pas encore celui de vieillir à fon gré des
à
192 MERCURE DE FRANCE.
perfonnes qui peuvent s'oppofer à fon
ambition dangereufe. Avec un peu moins
d'animofité il nous eut donné une critique
plus vraie & plus délicate . ) Pour ces opérations
, pourfuit- il , il faut une main exercée
au travail. Mais où font donc les travaux
du fieur Beranger par lefquels il a pu acquérir
cette habileté tant vantée ? où font les
hôpitaux qui l'ont élevé , quels font les maîtres
de l'art qui l'ont enfeigné ? Ne croirat-
on pas plutôt que les yeux & les mains de
la perfonne refpectable dont je prens la
deffenfe , qui ont vu & démontré l'anatomie
, pendant vingt- cinq ans , qui fe font
exercés fur dix mille cadavres à pratiquer
des opérations quelconques , fans détailler
ici ce qu'ils ont pratiqué fur les vivans ,
ne fçauroient être attaqués par les fades
railleries de cet oculifte. Reconnoîtrezvous
là , Monfieur , un éleve qui fe dit foumis,
refpectueux , lequel aux dépens même de
fa gloire éleve fon maître au- deffus de tous les
hommes de fa profeffion . Le fieur Beranger
ne fe décourage pas , & je ne puis parcourir
aucun article de fa lettre fans y trouver
des découvertes qu'il s'approprie . Je ne regarde
point , nous dit-il , la hernie de l'uvée
comme un accident , quoiqu'en difent les auteurs
, & même je la coupe fans rien craindre.
Maiscomment a-t- il pu fe promettre d'être
tranquille
A O UST . 1755. 193
tranquille poffeffeur d'un bien qu'il n'eut
pas été en lui d'acquérir , en impofa- t- on
jamais à un public inftruit de ce qu'a dit
mon pere fur cette matiere dans les Journaux
publics , dans les mémoires de l'Académie
(a) , longtems avant que le fieur Beranger
eut penfé aux maladies des yeux. Je
foufcrirai volontiers qu'il ait eu des idées
fur cette matiere lorfqu'il a coupé l'iris
avec un inftrument qui n'étoit pas des mieux
faits , ni affez tranchant . Et pourquoi fans
déférer à mon pere la gloire de l'avoir dit
le premier , donne-t -il à penfer que c'eſt à
lui feul à qui on doit fçavoir gré d'une découverte
auffi intéressante.
coup
par
Notre oculifte cependant s'effaye quelquefois
à donner du nouveau fur des matieres
fort épineufes , annonçant, qu'il fçait
fûr déterminer l'état des cataractes
leurs couleurs : cette découverte doit
vous paroître merveilleufe , mais je veux
vous démontrer , qu'elle eft fans fondement
. A le fuivre avec réflexion dans cet
amas confus de paroles avec lefquelles il
veut nous perfuader la validité de fon fyftême
, divifant au hazard dix efpeces de
( a ) Voyez la lettre de M. Daviel à M. de
Joyeuſe , fa réponſe à M. de Rouffilles , & les mémoires
de l'Académie royale de chirurgie . pag.
3.37. du II , vol ,
I
194 MERCURE DE FRANCE.
couleurs en deux claffes , dont huit annoncent
le tiffu du cristallin , relâché , & deux
où les couches de ce même corps font intimement
unies , il eſt aifé d'appercevoir
par les effets contraires de fon expérience
même , qu'il n'a point réfléchi avant de le
produire au jour. A l'hôtel de ville de Bordeaux
, il opéra un homme il y a trois mois
dont il avoit annoncé les deux cataractes
bonnes & folides , à peine la membrane criftalloïde
fut elle ouverte que l'idatide s'écoula
& furprit infiniment cet opérateur (a) . Il
n'eft pas plus fûr de fa nouvelle découverte
dans fa lettre , quoiqu'il la publie infaillible
, fes obfervations même le démentent .
Lorfque les couches fuperficielles du criſtallin
font plus étroitement unies , la cataracte a
plus de blancheur. Voilà la couleur & l'état
de folidité déterminés par l'auteur , & voici
fa contradiction. Deuxieme obfervation ,
Jean Trigeart étoit affligé de deux cataractes
dont la couleur étoit blanchâtre qui me parurent
bonnes à être opérées avec ſuccès , je vis
bientôt avec furpriſe qu'il ne fortit point de
criftallin , mais feulement une quantité de pus,
comment veut - il donc faire valoir fon fyf-
(a) J'étois préfent à cette opération avec M. de
la Montagne médecin , & M. Forcade fils , chirurgien
, qui s'apperçurent comme moi de fon
erreur.
AOUST. 1755. 195
par
tême le deffendant fi mal . Il ajoute que
l'humeur vitrée étoit abcédée , comme le crif
tallin. Je ne vois pas que cette défaite
puiffe lui être avantageufe en aucune façon.
Car il est évident que fi les yeux
avoient été abcédés , l'abcès fe feroit manifefté
en dehors des accidens quelconques
; delà avec un peu moins de routine ,
& plus de théorie , il eut prévu indubitablement
la diffolution de l'humeur vîtrée ;
par fon nouveau fyftême l'état de la cataracte
, & par une réflexion néceffaire , il
eut épargné au malade une opération &
des douleurs infructueuſes , & à lui le déplaifir
d'être tombé dans une faute auffi
groffiere ; il eut mieux valu avouer ingénuement
qu'ayant voulu extraire la membrane
du criftallin qui eft fort épaiffe &
adhérante pour l'ordinaire en pareil cas ,
il l'avoit trop tiraillée , qu'en conféquence
les membranes internes déchirées auffi , s'étoient
abcédées , & avoient entraînées la
perte de l'oeil ; ç'eut été alors un malheur
que perfonne n'auroit été en droit de lui
reprocher.
L'adhérance des cataractes par ancienneté
, ne me paroîtra pas plus certaine que fa
differtation fur les couleurs , je dirai même
qu'elle eft contraire à l'expérience , celle
qu'il fuppofe du criftallin avec fa mem-
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
par
brane n'arrive jamais , je m'explique ; feu
lement dans les cataractes pierreufes ou
offeufes ; en un mot , je pense que fon idée
fur la maturité des cataractes eft fans fon-
- dement . En effet , je dis : 1 ° . qu'une cataracte
ne peut fe rendre adhérante à la partie
poftérieure de l'uvée que par inflammation
, & par coup d'inftrumens tranchans
ou piquans ( a) , cette adhérance même eft
contractée dès le principe de la maladie ,
je dis même que le criftallin defféché
fon ancienneté , tendroit plutôt à dégager
fa membrane de l'adhérance s'il s'en
trouvoit ; cet oculifte auroit dû s'en rapporter
au fentiment de feu M. Petit qu'il
rapporte lui -même. 2°. Le criftallin , vu la
diftinction donnée , ne peut pas contracter
une adhérance avec fa membrane , il ne
peut fe faire tout au plus qu'un collement
produit par le deffechement de l'humeur
de Morgagni , j'ai vérifié moi- même ce
que j'avance dans des cristallins de vieillards,
lorfque j'en ai trouvé de defféchés je
les ai toujours féparés avec beaucoup de
ménagement , il eft vrai , de leurs membranes
, ce que je n'aurois pû faire s'il
avoit eu adhérance. 3 ° . Il eft abfurde de
croire que nous devions juger de la matu-
(a ) Voyez la réponfe de M. Daviel à M. de
Rouffilles.
y
AOUST. 1755. 197
tité des cataractes par la facilité que nous
à
pouvons nous promettre
porter un inftrument
dans l'oeil . La perte de la vûe au
jour près , que le malade doit toujours appercevoir
, eft la feule maturité à obferver
, d'où je conclus que le fieur Berranger
s'eft lourdement trompé dans les trois
differtations que je viens de réfuter .
Cependant malgré les vérités que j'expofe
, il a trouvé des deffenfeurs qui lui
ont livré des certificats à l'abri defquels
il s'eft cru affez fort contre les reproches
que l'on pourroit lui faire ; mais quelque
foi que l'on doive ajouter aux certificats
, dont quelques uns font livrés
par des perfonnes non compétentes dans
l'art , on fçait bien qu'un empirique en
produit auffi , en eft - il cru plus habile ?
Les grands hommes font bien éloignés de
fe faire valoir par de pareils témoignages ,
c'est par leurs fuccès , c'eft par les éloges
que leur défere une fociété impartiale ,
c'eft enfin par les applaudiffemens , par les
honneurs qu'ils reçoivent de la république
des fçavans , voilà des certificats que la fupercherie
la plus rafinée ne peut furprendre
, que la mauvaiſe foi ne peut défavouer
, que l'ignorance même refpecte.
D'ailleurs comment fe deffendre de croire
que les certificats du Sr Beranger ne foient
な
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
fufpects s'ils fe démentent mutuellement .
Je vais , Monfieur , vous le faire appercevoir.
Le fieur Gouteyron certifie , comme
vous fçavez , que les foixante cataractes
opérées par le fieur Beranger à Bordeaux ,
ont toutes réuffi , cependant notre oculifte
avoue contre ce certificat , que fur fept il
en a manqué quatre , il eft aisé par proportion
de conclure du refte. Pour vous expliquer
des contradictions femblables dans
quelques-autres certificats , j'aurois befoin
d'un loifir qui me manque ; je vous dirai
cependant que de tous ceux qu'il a produits ,
aucun ne m'a paru plus modefte , plus vraifemblable
, que celui du célebre M. Seris,
Toujours prudent il donne à connoître
qu'il n'a pas voulu fe répentir d'avoir trop
fuccombé à Pillufion . Quant à celui de
M. de Laliman , je ne crois pas devoir lui
oppofer quelque chofe de plus valable ,
que ce qu'on m'écrit fur fon état. Vous y
verrez auffi Monfieur , comment le fieur
Beranger a bonne grace d'annoncer la guérifon
de tous les malades à Marmande."
(a) Les malheurs qui accompagnent les pauvres
malades que le fieurBeranger a opérés ici,
font des
preuves bien contraires au certificat
(a) Extrait d'une lettre écrite par M. Larieux
chirurgien , à Marmande , dattée du 13 Juin
1755.
A O UST. 1755 . 199
qu'il produit , je vais vous en faire le détail.
M. l'Abbé Laliman mérite toute votre
attention . Cet honnête homme eft affligé depuis
quinze ans d'un ulcere chancreux fitué à la
paupiere inférieure de l'oeil droit , l'oculifte
fe contenta de faire quelques mouchetures , &
appliqua un médicamment que je ne connus
point ; quelques tems après l'opération , je
m'apperçus que le rebord de la paupiere était
toujours calleux , rouge & renversé , je me
retirai voyant unfi mauvais fuccès . Quoiqu'il
eut promis de guérir le malade en trois femaines
, huit mois fe font écoulés fans tenir fa parole
, il étoit parti pour Bordeaux & avoit
laiffé fon malade fans emplâtre , mais celui- ci
a été obligé de le reprendre pour couvrir ſon
ulcere qui a récidivé avec plus de rigueur que
jamais , & j'ai obfervé que l'oeil eft moins fail
lant , la paupiere fupérieure gonflée & d'un
rouge brun.
Je paffe à la cure d'une goute ferene imparfaite
que le fieur Beranger fe vente d'avoir
guéric. Mlle Faget reçut un coup fur la tête
par la chute d'un deffus de porte , elle en reſta
aveugle . Par les foins de M. Dupuis , medeein
, fa vue s'est bien rétablie . Que penferezvous
, Monfieur , de ces fortes de miracles ,
par modeftie , fans doute , il n'a pas rempli ſa
lettre des obfervations de fiftules lacrymales
qu'il a opérées. Je veux à fon défaut vous en
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
faire le récit fidel. Le fils de M. Reand fut
opéré par le fieur Beranger l'année paffée ;
auquel il ouvrit l'artere angulaire , brifa les
os voifinsfoit fains , foit cariés , & paſſa une
meche dans le conduit. Ce traitement dura
quatre mois inutilement , la playe n'a jamais
été bien guérie , puifqu'il en fort toujours du
pus & des larmes ; les parens fe font plaints de
ce mauvais fuccês , cet oculifte a répondu qu'il
falloit faigner , purger le malade , le mettre à
l'ufage du lait de vache , appliquer des
compreffes graduées , j'ai fait tout cela fans.
aucun fruit.
Vous voyez , Monfieur , fa défaite ; car
que peuvent fervir ces remedes en pareil
fi ce n'eft à temporifer , jufqu'à ce
qu'il puiffe s'échapper à la fin de fon tricas
,
meſtre ?
Que dirai je ( continue- t -on ) de lafemme
de M. Lançon , Perruquier , qu'il a opere
de deux fiftules. L'état de cette malade eft pitoyable
, fes yeux font toujours chaffieux , lar
moyans , douloureux , l'endroit des incifions
gonflé ,, rouge , le pus en découle fans ceffe
en un mot, tous les malades qu'il a operes ici
excepté le Sr Baquay , fe plaignent fort de fa
conduite , &font livrés à des infirmités pires
que les premieres. On m'avoit mandé pour
aller voir une femme à laquelle le Sr Beranger
avoit ouvert une tumeur enkiſtée ſur un
暈
A O UST. 1755. 201
genou , le delabrement eft fi grand , les douleurs
fi vives qu'elle ne peut fe remuer .
J'ai vérifié par moi-même tout ce que
Pon m'annonce : J'avouerai cependant ,
malgré l'avantage que de pareils fuccès
me donnent fur mon adverfaire , que la
qualité d'honnêtes gens dans ces malades
infortunés, a émouffé le plaifir que j'aurois
eu à les publier ; car je fens qu'il eft bien
dur de ne pouvoir , fans infulter à leurs
malheurs, s'applaudir d'avoir en défendant
mon droit , rappellé des faits qui leur reprochent
leur aveugle confiance. Je vous
épargnerai le détail de quelques autres
opérations qu'il a faites , je le réſerve pour
une autre occafion qui me permettra de
vous inftruire du fuccès que j'ai eu dans
des cas femblables . Je ne veux pas qu'il
ait tant à fe plaindre des injuftices qu'il dit
lui être faites par des perfonnes envieuſes
de fon haut mérite , & par un cenfeur moderne
que fon âge rend incommode à lui-même
, & que fa jeuneffe incommode encore
plus.
ن م
Mais fondons un peu les raifons qui
l'engagentà murmurer ? ne feroient - elles
pas l'effet d'une pufillanimité qui le porte
à croire que l'on penfe de lui ce qu'il
ne fçauroit fe defavouer ? A l'entendre
mon pere eft la caufe de fon difcrédit ;
Ιν
202 MERCURE DE FRANCE.
mais où trouvera-t-il des témoignages qui
puiffent conftater que l'on ait travaillé
jamais à ternir fa réputation ? au contraire
, jufqu'ici mon pere étoit affez difpofé
à oublier fon nom même , fi le bruit de
fes fautes ne l'avoit entretenu dans fa
mémoire. Cette imputation peut- elle avoir
quelque poids , étant fufcitée , parce que
mon pere lui refufe la qualité de fon éle-
've ? İl eſt vrai qu'il n'a pas pris la peine
encore de le publier , mais il n'en eft pas
moins convaincu ; & les rapports que. l'on
a fait au fieur Beranger , font très - juftes ,
en cela mon pere ne croit pas porter aucune
atteinte au nom de cet Opérateur :
d'ailleurs , on fçait qu'il n'a jamais formé
d'autres éleves que fon fils . Comment
donc ? parce que le fieur Beranger l'aura
vu operer , aura même panfé quelques malades
, ce que l'on peut abandonner fans
crainte aux mains de l'homme le plus ordinaire
, il afpirera au titre d'éleve , ce
propos eft mal fondé , & la conféquence
eft injufte d'ailleurs , mon pere auroit - il
appris au fieur Beranger à en impofer au
public par des bulletins , que le charlatanifme
a dictés , que l'ignorance publie ; jugez-
eń , Monfieur , par ces paffages , qui
annoncent , 1º . * que l'on trouvera chez
:
* C'eft un billet qu'il a fait diftribuer à Sarra
goffe , dont voici la teneur .
A O UST. 1755. 203
Hui toutes fortes d'eaux qui fortifient la vûe,
la maintiennent & guériffent diverfes maladies.
2°. Qu'il guérit la teigne , la gale
avec une pommade. ** 3 ° . Les maux de
bouche , le fcorbut , & autres , avec des
gargarifmes , fera- t- on furpris après , s'il
guérit , fuivant le certificat de M. de Laliman
, l'afthme , les fievres lentes , les
coliques , & les rhumes de poitrine. Voilà
un homme qui paroît unique , Médecin ,
Chirurgien , Oculifte & Dentiſte , rien ne
décourage fa fcience profonde ; les maladies
mêmes que l'on regarderoit comme
incurables , cédent à fes fpécifiques : reconnoîtra-
t- on là les leçons de mon pere ,
bien loin après cela d'exiger le titre de fon
éleve , il devroit travailler à mériter du
moins de l'avoir été.
Voilà des preuves affez fuffifantes pour
conftater que le fieur Beranger n'eft point
éleve de mon pere , en dépit même des
lettres qui ne font pas à beaucoup près
En fu cafa fe encuentran todo genero de agnas,
que fortifican laviſta , la mantienen y curan
differendes enfermedades.
- 2º. Advierteſe , que con una pomada que tiene
, curara el mal de tina fin dolor alguno ,
en poco tiempo , y tambien la farna.
* Con varios gargarifmos que tiene excuifitos
curara qualesquiera infermedades de laboca como
efcorbuto , y otras.
Ivj
204 MERCURE DE FRANCE!
affez fuffifantes pour lui fervir de tro
phées , il croit trop vivement avoir gain
de caufe , parce que mon pere lui recommande
de voir fes malades ; mais pour
cela étoit- il néceffaire qu'on lui connut du
mérite , en ce cas mon pere auroit craint de
confier fes malades en d'autres mains , cependant
le premier venu remplit prefque
au premier jour les occupations du fieur
Beranger ; la troifiéme lettre le prouve.
Recommandez , y eft-il dit , à ce jeune homme
d'avoirfoin de mes malades ; croiroit- on
que ce jeune homme , depuis deux jours
qu'il étoit dans la maifon de mon pere ,
pût être fort verfé dans ce genre de maladie
2 auroit- il bonne grace auffi de s'annoncer
fon éleve ? mais dans la maladie
du Sr Beranger , mon pere le traitoit d'ami,
ce font là de petites attentions que
l'humanité prodigue en pareilles occurrences.
Rien en cela ne peut faire conclure
qu'il étoit fon éleve , la fufcription vague
des lettres qu'il produit le defavoue ; concevra-
t-on qu'il étoit chirurgient
que mon pere lui en a donné le titre dans
la fufcription de fes lettres ? Cette préten
tion ne feroit point fondée.
*
, parce
En vain fon petit amour propre veut- il
** Lifez à M. Beranger , Chirurgien , ou éleve
en Chirurgie , ou à M. Beranger fimplement.
AOUST. 1755
205
lui perfuader qu'on lui refufe le titre d'éleve
, » parce qu'il a travaillé lui feul aux
maladies des yeux , parce qu'il a traité des al
bugo , des ulceres à la cornée , en diffequant
fes lames, chofe qu'il ignore avoir été pratiquée
par M. Daviel. C'est ici où il en impofe
fans ménagement, étant perfuadé lui- même
du contraire ; il ne defavouera fans doute
pas d'avoir vû des yeux préparés, où mon
pere avoit féparé jufqu'à cinq lames de la
cornée j'ajouterai aufli que depuis fix
ans que je te fuis , de deux millè opérations
pratiquées pour la cure de ces maladies
, il n'en eft pas trois cens dans lefquelles
il n'ait diffequé les lames de la cornée
pour déterger le foyer de l'ulcere , & lui
procurer une cicatrice folide. Je rougis
d'être contraint de refuter d'auffi foibles
imputations qui doivent néceffairement
retomber fur celui qui les a avancées .
Vous voyez bien, Monfieur, que ce n'eft
pas avec de pareils faits qu'il peut fe promettre
de faire tomber les armes de fes
tremblantes mains , comme il le dit avec
affez peu de ménagement; au contraire ce
feroit un nouveau motif de les raffermir ,
s'il étoit néceffaire , ayant tant de fapériorité
fur fon prétendu concurrent . Ce trait
peu modefte demafque trop bien le fieur
Beranger , il eft même fipeu conforme à
206 MERCURE DE FRANCE.
.
la décence que je me fuis impofée, que je
ferai affez fatisfait de lui répondre avec
Cicéron par ces mots.
* Rumoribus mecum
pugnas , ego autem à te rationes requiro.
Telles ont été mes réflexions fur la lettre
du fieur Beranger. Vous voyez , Monfieur
que , quamvis homo fuerit , laudatus narratum
ejus non laudatum eft . Je crois avoir
fuffifamment fatisfait à une partie de vos
queftions. Quant à celle par où je conçois
que vous doutez de l'auteur , je ne
dois pas la réfoudre : Les motifs intéreffés
qui ont pû engager une plume vénale à fe
prêter aux intentions du fieur Beranger ,
ne fouffriroient pas volontiers le jour , je
fuis d'autant plus porté à garder le filence
là -deffus , que je puis fans flater beaucoup
cet oculite , fouffrir qu'il jouiffe du plaifir
d'avoir produit un ouvrage auffi médiocre .
Sije fçai , que de tous les fâcheux les
critiques font les plus incommodes , je ne
me fçai pas moins bon gré de l'avoir paru
dans une querelle , qui , quoique defagréable
, m'eft bien précieufe , ayant eu
pour motif le bien public & la défenfe
d'un pere : Je ne pouvois l'éviter , quelque
éloigné que je fus de la prévoir. J'ai l'honneur
d'être , &c. DAVIE L.
A Paris , le 18 Juillet 1755 .
* Cic. liv. 3. de natura Deorum .
REFLEXIONS critiques adreffées à M*** ,
Médecin à Lyon , fur une Lettre annoncée
fous le nom du fieur Beranger , Oculifte , par
M. Daviel le fils , Maître- ès Arts en l'Univerfite
de Paris.
En erit unquam
Ille dies , mihi cum liceat tua dicere facta ș
Virg. Bucolica
MONSIEUR , j'avois déja vu la lettre
du fieur Beranger , lorfque vous eûtes la
bonté de me l'envoyer ; je fuis cependant
fenfible autant qu'on le pent être à cette
marque d'attention de votre part ; j'ai été
fort furpris qu'elle eut déja parcouru vos,
contrées , me perfuadant que l'on fe feroit
contenté d'en informer feulement les aubergiftes
fur la route de Bordeaux à Paris :
mais je m'apperçois que l'on n'aura fait
A OUST. 1755. 183
grace à qui que ce foit , il auroit été jufte
cependant que l'auteur fauvât les ports de
lettres à ces perfonnes qui ne m'ont informé
de cette anecdote , que par les plaintes
ameres qu'elles témoignoient contre cet
opérateur , qui fembloit les mettre à contribution
, pour leur faire tenir un ouvrage
, dont la matiere ne les intéreffoit
nullement. Permettez moi cette digreffion,
elle peut fervir à vous fatisfaire fur l'explication
que vous me demandez de quelques
articles de cette lettre , & de la bonne foi
de l'auteur.
Perfuadez - vous , Monfieur , que quelques
fuccès que j'euffe pû me promettre
en faveur de la caufe que je défends ,
je n'aurois pu me réfoudre à refuter
un tel ouvrage ; je ne trouvois rien qui
put me fatter dans une pareille difcution
; d'ailleurs , que n'avois- je pas à ménager
, un public au fervice duquel je me
fuis dévoué pour la chirurgie , auquel j'aurois
voulu préfenter un effai bien différent
de mes travaux ; un pere auquel j'aurois
craint de déplaire en époufant fa querelle
dans une telle occurrence , perfuadé que
fon nom feul capable d'impofer un filence
refpectueux à l'auteur , fiffifoit pour me
prohiber toute voye deffenfive : vu ces raifons
, je m'étois condamné au filence , &
184 MERCURE DE FRANCE:
^
je le garderois encore fi plufieurs perſonnes
ne m'avoient fait rougir de mon indifférence
, à fouffrir qu'on put impunément
en impofer au public , & attaquer mon
pere par des propos indécens qui tendoient
à entamer la réputation dont il jouit à fi
jufte titre. J'ai cru devoir céder à des raifons
auffi plaufibles ; peut- être que ce même
public , juge integre dans tous les différends
, confidérera que c'eft un fils , qui
épargne à fon pere le déplaifir d'entrer en
lice avec un adverfaire fi peu digne de lui ;
vous connoiffez fa façon de penfer , Monfieur
, puifque vous avez été un de ceux
qui ont rendu publiquement hommage à
fes talens , & je me perfuade volontiers
qu'il n'eft perfonne qui ne porte fur la lettre
du fieur Béranger , le même jugement
de Démophon dans Térence ? Ipfum geflio
dari mi in confpectum avec d'autant plus de
raifon que l'on ne peut manquer de s'appercevoir
qu'il a péché par le fentiment le
plus noble , qui eft celui de la reconnoiffance
: comment n'a- t- il pu s'appercevoir.
qu'il s'abufoit en déchirant la réputation
d'une perfonne dont il devoit tirer tout
l'éclat voulant s'annoncer fon éleve . Mais
ce n'eft pas la feule faute que j'aurai à lui
reprocher dans fa lettre , je vais vous les
faire appercevoir.
A O UST. 1755. 185
Ne nous abuſe-t-il pas d'abord , lorfqu'il
veut nous perfuader que privant la capitale
de fa préfence , il eft allé parcourir les pays
étrangers pour s'y rendre utile & s'y perfectionner
dans fon art ; mais comment l'auroit-
il pû , agité tour à tour par le tracas
d'un voyage , occupé à compofer différens
perfonnages fuivant la différence des
moeurs de chaque pays ; avec de telles vûes
comment s'avancer dans un art qui exige.
une application fi exacte , des veilles fré
quentes , des lectures utiles & multipliées ,
dans lequel on ne peut qu'à l'abri d'un
féjour tranquille , pofer fes idées , les rédi
ger , parcourir fes obfervations , en tirer
des conféquences utiles à la perfection
de cet art, & au bien des malades : croiroiton
que c'eft-là l'occupation d'une perfonne
qui court bien des villes , qui paffe de
contrées en contrées , pour y voir des malades
, les opérer , & partir.
Cependant le fieur Beranger , bien loin
de convenir de cette allégation , foutient
au contraire que c'eft dans fes courfes
qu'il a pu s'illuftrer au point de mériter
qu'on lui déférat la primauté fur tous ceux
de fon état ; il a fçu trop bien manier la
nature à fon gré , difpofer des maladies ,
& des guérifons , jufques- là ( a) que mal-
(a) Voyez la gazette d'Amfterdam du mardi
1 Octobre 1753•
186 MERCURE DE FRANCE.
gré les maladies fecrettes dont la plupart des
malades en Espagne avoient été infectés , &
un fang tout- à-fait corrompu , il n'a pas en
encore , dit- il , le déplaifir d'entreprendre la
guérison d'un malade , qu'il ne foit parvenu
à le guérir radicalement. Mais , malgré des
fuccès auffi brillans , les Efpagnols ne lui
ont point applaudi , il fe plaint amèrement
dans fa lettre de leur mauvaiſe grace à lui
faire un procès fur ce qu'il avoit fait imprimer
la lifte des malades qu'il avoit guéri ;
ils ont eu grand tort en effet , de prohiber
un écrit dont les faits vérifiés fufpects ,
légitimoient leur conduite à fon égard ,
ils font très-blamables auffi , fi bien loin
d'accueillir & favorifer cet oculifte, ils l'ont
maltraité mais comme dans ces contrées ,
nous avons plus à redouter de la calomnie &
des effets de la jalousie , voilà fans doute la
caufe de fa difgrace dans ce pays , il fçait
bientôt après prendre noblement fon parti ,
& fe confoler de fa mauvaiſe fortune , déclarant
qu'il n'eſt pas auſſi jaloux d'une réputation
dans l'étranger qu'il le feroit de celle
qu'il peut mériter dans fa patrie. La défaite
eft étrange : & c'eft en quoi il differe de
bien des gens
gens de mérite , qui fçavent prifer
l'eftime des plus petits, que la moindre confiance
flate & fatisfait.
Un Oculiste auffi rare cependant devroit
AOUST. 1755. 187
être fatisfait , ce me femble , de fon haut
mérite , fans dérober ce qui fait celui des
autres , pour ajouter à fa gloire : pourquoi
fe montrer plagiaire des découvertes d'un
autre , quel avantage auffi peut- il fe promettre
en improuvant des faits dont tout
un public eft inftruit ? Si nous en croyons
fon écrit , l'ancienne opération étoit la
feule connue en 1753 ( qui eft à peu près
le tems du retour de fes courfes , ) mais
comment nous perfuader ce qu'il avance :
croirons- nous que nullement informé de
ce qui a été annoncé la- deffus , il fe foit
trompé : non ; ne devroit - il pas fçavoir
qu'en 1752 , M. Daviel avoit dépofé dans
les faftes de l'académie de Chirurgie , un
mémoire fur cette nouvelle méthode , par
lequel il démontre avoir pratiqué deux
fois l'extraction de la cataracte avec fuccès
en 1745 , & l'avoir adoptée entierement en
1750. Tous les gens de l'art ont lu fa lettre
à M. de Joyeuſe , celle de M. de Vermale ,
la vôtre même , Monfieur : defavoue - t- on
des faits auffi folidement conftatés ? ces
ouvrages ne feront fans doute pas échappés
à la vigilance du fieur Beranger. Ce n'eft
pas tout , ne veut- il pas auflì à l'inftar de
quelques critiques deſoeuvrés , lui dérober
la gloire d'avoir inventé cette opération
Ne feroit-ce pas dit- il , pour avoir ofé met188
MERCURE DE FRANCE.
tre en doute , qu'il fut l'invenieur de l'extras"
tion ; il a pû le fçavoir par des diſcours , mais
il en fera encore mieux inftruit , quand il
verra les preuves que j'en rapporte dans un
autre ouvrage , je dirai même qu'il paroît
s'en réferver la gloire , mais les reproches
amers que lui ont fait là- deffus la plupart
de Meffieurs les Chirurgiens de Bordeaux
auroient dû le défabufer d'une prétention
auffi mal fondée , qui tend , fi je ne me
trompe, à lui faire difputer le pas avec mon
pere. Mais par quelle voye fe promet - il de
l'atteindre ? eft- ce par la légereté defa main ?
comme fi avec une main légere on ne pou
voit pas faire habilement une mauvaife
opération ; eft- ce parce qu'il a réuffi dans
des cas aufquels il ne s'attendoit point ? N'afpire-
t-il pas à devenir fon émule , en ouvrant
ici des artères angulaires , puis à
grands coups de tenaillons , brifant les
os voisins d'une partie qu'il ignore (a ) ,
il fçait perfuader adtoitement , que c'eft
pour le bien du malade qu'il a manoeu
vré ainfi Seroit- ce parce qu'il faifit délicatement
le tarfe dans les trichaifes ,
d'où il reste un éraillement de la paupiere
fupérieure jufqu'au fourcil , telle eft une
dame que j'ai vifitée moi- même ( b) , tels
(4) Voyez la lettre de M. Larieux , ci -jointe.
(b) Madame Frefciné , bourgeoiſe de la même
ville , rue des Menus.
1
AOUST. 1755. 189
prafont
auffi deux malades à l'hôpital S. André
de Bordeaux , qu'il a opérés dans le même
goût. Ce reproche eft d'autant plus juſte
que de toutes les opérations que l'on
tique fur les yeux , celle- là eft la plus fimple
, & le tarfe eft la feule partie que l'on
doive craindre de toucher ; voilà fans doute
par quel chemin le fieur Beranger prétend
effacer mon pere , que ne peut- il ſe
perfuader que l'on n'eft pas opérateur pour
avoir vû opérer , il en feroit plus fage. Que
ne fe propofoit- il pour exemple nos meilleurs
auteurs , lefquels fe regardant comme
les artifans de la nature , ont travaillé
fans ceffe à la connoître pour fçavoir l'aider
à propos lorfqu'elle fe prête , la relever
lorfqu'elle manque ? ils lui euffent appris à
éviter les écueils où il a échoué , alors il
n'eut pas eu befoin de recourir à la prédeſtination
pour définir la caufe des accidens
: il étoit dit que ce malheureux ſouffriroit
des contre-tems. Combien le public
ne devroit-il point être circonfpect fur le
choix de ces oculiftes , qui font à leur gré
des opérations pour s'exercer à
s'exercer à porter un
inftrument avec vivacité , qui comptentfur
des guérifons par la légereté de leur main ,
qui ne fçavent ce que c'eft de mefurer leurs
pas à la délicateffe & à la fphere étroite
d'une partie ; depuis long- tems les vrais
190 MERCURE DE FRANCE.
praticiens ont abandonné aux empiriques
le brillant , le vif dans les opérations , pour
pouvoir avec toute fureté toucher , réflé
chir , combiner les parties qu'ils doivent
attaquer , celles qu'il faut éviter , les maux
qu'ils ont à entreprendre, d'où ils concluent
qu'une bonne & utile opération eft affeztôt
faite , lorfqu'elle eft bien faite. Cela
pofé , je crois qu'il a mauvaiſe grace à con
foler , par la légereté de fa main , M. de la
Faye , de la critique qu'un homme véritable
ment de l'art , afaite de fon inftrument ; où
eft donc cette critique ? Quel est donc ce
motif de confolation ? Mon pere , il eft
vrai connoiffant la bonté de fa méthode
par fes heureux fuccès , n'adopte pas pour
lui l'inftrument de M. de la Faye , & comment
ne peut-on , fans tomber dans cette
jaloufie , qui ne permet pas de voir avec plaifir
les progrès d'un art s'augmenter en d'autres
mains que dans les nôtres , garder ce que
l'on croit bon par pratique , fans le quitter
pour ce qui peut l'égaler . L'une & l'autre
méthode ont leurs avantages , l'une & l'au
tre ont leurs inconvéniens ; vu cette jufte
réflexion , notre oculiſte a tort , veut- il
femer la zizanie parmi ces deux artiſtes ,
lefquels foigneufement occupés du bien
public , & non par des motifs d'une fervile
jaloufie , fçavent fe contredire fans huAOUST.
1755. 191
faimeur
, fans préfomption , fe prêter leurs
avis , & fe céder mutuellement fans contrainte
, lorfque le mieux l'exige.-
Volontiers , le fieur Beranger , pour
re valoir l'inſtrument de M. de la Faye ,
exigeroit que la nature fe dérangeât dans
fon ordre , qu'un liquide qui n'eft plus
contenu , pût fe compofer , & refter en
place. Alors , dit - il , on éviteroit les accidens
auxquels cet inftrument eft fujet ; mais s'appercevant
bientôt du ridicule de cette idée ,
il engage l'opérateur à ne pas laiffer fortir
toute l'humeur aqueufe avant que l'incifion
de la cornée ne foit achevée. Ce précepte
eft purement imaginaire , & ne fuppofe
pas une grande notion du méchanifme
de l'oeil dans celui qui le donne : car il
eft moralement impoffible d'empêcher que
l'humeur aqueule contenue dans la chambre
antérieure , ne s'échappe auffi-tôt que
l'inftrument s'eft fait jour d'un angle à
l'autre . Cependant une main auffi légere que
la fienne peut en venir à bout , & l'on voit
bien que ce n'est ni la main , ni les yeux d'un
vieillard qui peuvent franchir ces obftacles.
( Je vous dirai , Monfieur , propos
de ce
nom de viellard par lequel cet opératenr
croit défigner mon pere , que parmi tous les
fecrets qu'il poffede , je ne lui connoiffois
pas encore celui de vieillir à fon gré des
à
192 MERCURE DE FRANCE.
perfonnes qui peuvent s'oppofer à fon
ambition dangereufe. Avec un peu moins
d'animofité il nous eut donné une critique
plus vraie & plus délicate . ) Pour ces opérations
, pourfuit- il , il faut une main exercée
au travail. Mais où font donc les travaux
du fieur Beranger par lefquels il a pu acquérir
cette habileté tant vantée ? où font les
hôpitaux qui l'ont élevé , quels font les maîtres
de l'art qui l'ont enfeigné ? Ne croirat-
on pas plutôt que les yeux & les mains de
la perfonne refpectable dont je prens la
deffenfe , qui ont vu & démontré l'anatomie
, pendant vingt- cinq ans , qui fe font
exercés fur dix mille cadavres à pratiquer
des opérations quelconques , fans détailler
ici ce qu'ils ont pratiqué fur les vivans ,
ne fçauroient être attaqués par les fades
railleries de cet oculifte. Reconnoîtrezvous
là , Monfieur , un éleve qui fe dit foumis,
refpectueux , lequel aux dépens même de
fa gloire éleve fon maître au- deffus de tous les
hommes de fa profeffion . Le fieur Beranger
ne fe décourage pas , & je ne puis parcourir
aucun article de fa lettre fans y trouver
des découvertes qu'il s'approprie . Je ne regarde
point , nous dit-il , la hernie de l'uvée
comme un accident , quoiqu'en difent les auteurs
, & même je la coupe fans rien craindre.
Maiscomment a-t- il pu fe promettre d'être
tranquille
A O UST . 1755. 193
tranquille poffeffeur d'un bien qu'il n'eut
pas été en lui d'acquérir , en impofa- t- on
jamais à un public inftruit de ce qu'a dit
mon pere fur cette matiere dans les Journaux
publics , dans les mémoires de l'Académie
(a) , longtems avant que le fieur Beranger
eut penfé aux maladies des yeux. Je
foufcrirai volontiers qu'il ait eu des idées
fur cette matiere lorfqu'il a coupé l'iris
avec un inftrument qui n'étoit pas des mieux
faits , ni affez tranchant . Et pourquoi fans
déférer à mon pere la gloire de l'avoir dit
le premier , donne-t -il à penfer que c'eſt à
lui feul à qui on doit fçavoir gré d'une découverte
auffi intéressante.
coup
par
Notre oculifte cependant s'effaye quelquefois
à donner du nouveau fur des matieres
fort épineufes , annonçant, qu'il fçait
fûr déterminer l'état des cataractes
leurs couleurs : cette découverte doit
vous paroître merveilleufe , mais je veux
vous démontrer , qu'elle eft fans fondement
. A le fuivre avec réflexion dans cet
amas confus de paroles avec lefquelles il
veut nous perfuader la validité de fon fyftême
, divifant au hazard dix efpeces de
( a ) Voyez la lettre de M. Daviel à M. de
Joyeuſe , fa réponſe à M. de Rouffilles , & les mémoires
de l'Académie royale de chirurgie . pag.
3.37. du II , vol ,
I
194 MERCURE DE FRANCE.
couleurs en deux claffes , dont huit annoncent
le tiffu du cristallin , relâché , & deux
où les couches de ce même corps font intimement
unies , il eſt aifé d'appercevoir
par les effets contraires de fon expérience
même , qu'il n'a point réfléchi avant de le
produire au jour. A l'hôtel de ville de Bordeaux
, il opéra un homme il y a trois mois
dont il avoit annoncé les deux cataractes
bonnes & folides , à peine la membrane criftalloïde
fut elle ouverte que l'idatide s'écoula
& furprit infiniment cet opérateur (a) . Il
n'eft pas plus fûr de fa nouvelle découverte
dans fa lettre , quoiqu'il la publie infaillible
, fes obfervations même le démentent .
Lorfque les couches fuperficielles du criſtallin
font plus étroitement unies , la cataracte a
plus de blancheur. Voilà la couleur & l'état
de folidité déterminés par l'auteur , & voici
fa contradiction. Deuxieme obfervation ,
Jean Trigeart étoit affligé de deux cataractes
dont la couleur étoit blanchâtre qui me parurent
bonnes à être opérées avec ſuccès , je vis
bientôt avec furpriſe qu'il ne fortit point de
criftallin , mais feulement une quantité de pus,
comment veut - il donc faire valoir fon fyf-
(a) J'étois préfent à cette opération avec M. de
la Montagne médecin , & M. Forcade fils , chirurgien
, qui s'apperçurent comme moi de fon
erreur.
AOUST. 1755. 195
par
tême le deffendant fi mal . Il ajoute que
l'humeur vitrée étoit abcédée , comme le crif
tallin. Je ne vois pas que cette défaite
puiffe lui être avantageufe en aucune façon.
Car il est évident que fi les yeux
avoient été abcédés , l'abcès fe feroit manifefté
en dehors des accidens quelconques
; delà avec un peu moins de routine ,
& plus de théorie , il eut prévu indubitablement
la diffolution de l'humeur vîtrée ;
par fon nouveau fyftême l'état de la cataracte
, & par une réflexion néceffaire , il
eut épargné au malade une opération &
des douleurs infructueuſes , & à lui le déplaifir
d'être tombé dans une faute auffi
groffiere ; il eut mieux valu avouer ingénuement
qu'ayant voulu extraire la membrane
du criftallin qui eft fort épaiffe &
adhérante pour l'ordinaire en pareil cas ,
il l'avoit trop tiraillée , qu'en conféquence
les membranes internes déchirées auffi , s'étoient
abcédées , & avoient entraînées la
perte de l'oeil ; ç'eut été alors un malheur
que perfonne n'auroit été en droit de lui
reprocher.
L'adhérance des cataractes par ancienneté
, ne me paroîtra pas plus certaine que fa
differtation fur les couleurs , je dirai même
qu'elle eft contraire à l'expérience , celle
qu'il fuppofe du criftallin avec fa mem-
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
par
brane n'arrive jamais , je m'explique ; feu
lement dans les cataractes pierreufes ou
offeufes ; en un mot , je pense que fon idée
fur la maturité des cataractes eft fans fon-
- dement . En effet , je dis : 1 ° . qu'une cataracte
ne peut fe rendre adhérante à la partie
poftérieure de l'uvée que par inflammation
, & par coup d'inftrumens tranchans
ou piquans ( a) , cette adhérance même eft
contractée dès le principe de la maladie ,
je dis même que le criftallin defféché
fon ancienneté , tendroit plutôt à dégager
fa membrane de l'adhérance s'il s'en
trouvoit ; cet oculifte auroit dû s'en rapporter
au fentiment de feu M. Petit qu'il
rapporte lui -même. 2°. Le criftallin , vu la
diftinction donnée , ne peut pas contracter
une adhérance avec fa membrane , il ne
peut fe faire tout au plus qu'un collement
produit par le deffechement de l'humeur
de Morgagni , j'ai vérifié moi- même ce
que j'avance dans des cristallins de vieillards,
lorfque j'en ai trouvé de defféchés je
les ai toujours féparés avec beaucoup de
ménagement , il eft vrai , de leurs membranes
, ce que je n'aurois pû faire s'il
avoit eu adhérance. 3 ° . Il eft abfurde de
croire que nous devions juger de la matu-
(a ) Voyez la réponfe de M. Daviel à M. de
Rouffilles.
y
AOUST. 1755. 197
tité des cataractes par la facilité que nous
à
pouvons nous promettre
porter un inftrument
dans l'oeil . La perte de la vûe au
jour près , que le malade doit toujours appercevoir
, eft la feule maturité à obferver
, d'où je conclus que le fieur Berranger
s'eft lourdement trompé dans les trois
differtations que je viens de réfuter .
Cependant malgré les vérités que j'expofe
, il a trouvé des deffenfeurs qui lui
ont livré des certificats à l'abri defquels
il s'eft cru affez fort contre les reproches
que l'on pourroit lui faire ; mais quelque
foi que l'on doive ajouter aux certificats
, dont quelques uns font livrés
par des perfonnes non compétentes dans
l'art , on fçait bien qu'un empirique en
produit auffi , en eft - il cru plus habile ?
Les grands hommes font bien éloignés de
fe faire valoir par de pareils témoignages ,
c'est par leurs fuccès , c'eft par les éloges
que leur défere une fociété impartiale ,
c'eft enfin par les applaudiffemens , par les
honneurs qu'ils reçoivent de la république
des fçavans , voilà des certificats que la fupercherie
la plus rafinée ne peut furprendre
, que la mauvaiſe foi ne peut défavouer
, que l'ignorance même refpecte.
D'ailleurs comment fe deffendre de croire
que les certificats du Sr Beranger ne foient
な
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
fufpects s'ils fe démentent mutuellement .
Je vais , Monfieur , vous le faire appercevoir.
Le fieur Gouteyron certifie , comme
vous fçavez , que les foixante cataractes
opérées par le fieur Beranger à Bordeaux ,
ont toutes réuffi , cependant notre oculifte
avoue contre ce certificat , que fur fept il
en a manqué quatre , il eft aisé par proportion
de conclure du refte. Pour vous expliquer
des contradictions femblables dans
quelques-autres certificats , j'aurois befoin
d'un loifir qui me manque ; je vous dirai
cependant que de tous ceux qu'il a produits ,
aucun ne m'a paru plus modefte , plus vraifemblable
, que celui du célebre M. Seris,
Toujours prudent il donne à connoître
qu'il n'a pas voulu fe répentir d'avoir trop
fuccombé à Pillufion . Quant à celui de
M. de Laliman , je ne crois pas devoir lui
oppofer quelque chofe de plus valable ,
que ce qu'on m'écrit fur fon état. Vous y
verrez auffi Monfieur , comment le fieur
Beranger a bonne grace d'annoncer la guérifon
de tous les malades à Marmande."
(a) Les malheurs qui accompagnent les pauvres
malades que le fieurBeranger a opérés ici,
font des
preuves bien contraires au certificat
(a) Extrait d'une lettre écrite par M. Larieux
chirurgien , à Marmande , dattée du 13 Juin
1755.
A O UST. 1755 . 199
qu'il produit , je vais vous en faire le détail.
M. l'Abbé Laliman mérite toute votre
attention . Cet honnête homme eft affligé depuis
quinze ans d'un ulcere chancreux fitué à la
paupiere inférieure de l'oeil droit , l'oculifte
fe contenta de faire quelques mouchetures , &
appliqua un médicamment que je ne connus
point ; quelques tems après l'opération , je
m'apperçus que le rebord de la paupiere était
toujours calleux , rouge & renversé , je me
retirai voyant unfi mauvais fuccès . Quoiqu'il
eut promis de guérir le malade en trois femaines
, huit mois fe font écoulés fans tenir fa parole
, il étoit parti pour Bordeaux & avoit
laiffé fon malade fans emplâtre , mais celui- ci
a été obligé de le reprendre pour couvrir ſon
ulcere qui a récidivé avec plus de rigueur que
jamais , & j'ai obfervé que l'oeil eft moins fail
lant , la paupiere fupérieure gonflée & d'un
rouge brun.
Je paffe à la cure d'une goute ferene imparfaite
que le fieur Beranger fe vente d'avoir
guéric. Mlle Faget reçut un coup fur la tête
par la chute d'un deffus de porte , elle en reſta
aveugle . Par les foins de M. Dupuis , medeein
, fa vue s'est bien rétablie . Que penferezvous
, Monfieur , de ces fortes de miracles ,
par modeftie , fans doute , il n'a pas rempli ſa
lettre des obfervations de fiftules lacrymales
qu'il a opérées. Je veux à fon défaut vous en
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
faire le récit fidel. Le fils de M. Reand fut
opéré par le fieur Beranger l'année paffée ;
auquel il ouvrit l'artere angulaire , brifa les
os voifinsfoit fains , foit cariés , & paſſa une
meche dans le conduit. Ce traitement dura
quatre mois inutilement , la playe n'a jamais
été bien guérie , puifqu'il en fort toujours du
pus & des larmes ; les parens fe font plaints de
ce mauvais fuccês , cet oculifte a répondu qu'il
falloit faigner , purger le malade , le mettre à
l'ufage du lait de vache , appliquer des
compreffes graduées , j'ai fait tout cela fans.
aucun fruit.
Vous voyez , Monfieur , fa défaite ; car
que peuvent fervir ces remedes en pareil
fi ce n'eft à temporifer , jufqu'à ce
qu'il puiffe s'échapper à la fin de fon tricas
,
meſtre ?
Que dirai je ( continue- t -on ) de lafemme
de M. Lançon , Perruquier , qu'il a opere
de deux fiftules. L'état de cette malade eft pitoyable
, fes yeux font toujours chaffieux , lar
moyans , douloureux , l'endroit des incifions
gonflé ,, rouge , le pus en découle fans ceffe
en un mot, tous les malades qu'il a operes ici
excepté le Sr Baquay , fe plaignent fort de fa
conduite , &font livrés à des infirmités pires
que les premieres. On m'avoit mandé pour
aller voir une femme à laquelle le Sr Beranger
avoit ouvert une tumeur enkiſtée ſur un
暈
A O UST. 1755. 201
genou , le delabrement eft fi grand , les douleurs
fi vives qu'elle ne peut fe remuer .
J'ai vérifié par moi-même tout ce que
Pon m'annonce : J'avouerai cependant ,
malgré l'avantage que de pareils fuccès
me donnent fur mon adverfaire , que la
qualité d'honnêtes gens dans ces malades
infortunés, a émouffé le plaifir que j'aurois
eu à les publier ; car je fens qu'il eft bien
dur de ne pouvoir , fans infulter à leurs
malheurs, s'applaudir d'avoir en défendant
mon droit , rappellé des faits qui leur reprochent
leur aveugle confiance. Je vous
épargnerai le détail de quelques autres
opérations qu'il a faites , je le réſerve pour
une autre occafion qui me permettra de
vous inftruire du fuccès que j'ai eu dans
des cas femblables . Je ne veux pas qu'il
ait tant à fe plaindre des injuftices qu'il dit
lui être faites par des perfonnes envieuſes
de fon haut mérite , & par un cenfeur moderne
que fon âge rend incommode à lui-même
, & que fa jeuneffe incommode encore
plus.
ن م
Mais fondons un peu les raifons qui
l'engagentà murmurer ? ne feroient - elles
pas l'effet d'une pufillanimité qui le porte
à croire que l'on penfe de lui ce qu'il
ne fçauroit fe defavouer ? A l'entendre
mon pere eft la caufe de fon difcrédit ;
Ιν
202 MERCURE DE FRANCE.
mais où trouvera-t-il des témoignages qui
puiffent conftater que l'on ait travaillé
jamais à ternir fa réputation ? au contraire
, jufqu'ici mon pere étoit affez difpofé
à oublier fon nom même , fi le bruit de
fes fautes ne l'avoit entretenu dans fa
mémoire. Cette imputation peut- elle avoir
quelque poids , étant fufcitée , parce que
mon pere lui refufe la qualité de fon éle-
've ? İl eſt vrai qu'il n'a pas pris la peine
encore de le publier , mais il n'en eft pas
moins convaincu ; & les rapports que. l'on
a fait au fieur Beranger , font très - juftes ,
en cela mon pere ne croit pas porter aucune
atteinte au nom de cet Opérateur :
d'ailleurs , on fçait qu'il n'a jamais formé
d'autres éleves que fon fils . Comment
donc ? parce que le fieur Beranger l'aura
vu operer , aura même panfé quelques malades
, ce que l'on peut abandonner fans
crainte aux mains de l'homme le plus ordinaire
, il afpirera au titre d'éleve , ce
propos eft mal fondé , & la conféquence
eft injufte d'ailleurs , mon pere auroit - il
appris au fieur Beranger à en impofer au
public par des bulletins , que le charlatanifme
a dictés , que l'ignorance publie ; jugez-
eń , Monfieur , par ces paffages , qui
annoncent , 1º . * que l'on trouvera chez
:
* C'eft un billet qu'il a fait diftribuer à Sarra
goffe , dont voici la teneur .
A O UST. 1755. 203
Hui toutes fortes d'eaux qui fortifient la vûe,
la maintiennent & guériffent diverfes maladies.
2°. Qu'il guérit la teigne , la gale
avec une pommade. ** 3 ° . Les maux de
bouche , le fcorbut , & autres , avec des
gargarifmes , fera- t- on furpris après , s'il
guérit , fuivant le certificat de M. de Laliman
, l'afthme , les fievres lentes , les
coliques , & les rhumes de poitrine. Voilà
un homme qui paroît unique , Médecin ,
Chirurgien , Oculifte & Dentiſte , rien ne
décourage fa fcience profonde ; les maladies
mêmes que l'on regarderoit comme
incurables , cédent à fes fpécifiques : reconnoîtra-
t- on là les leçons de mon pere ,
bien loin après cela d'exiger le titre de fon
éleve , il devroit travailler à mériter du
moins de l'avoir été.
Voilà des preuves affez fuffifantes pour
conftater que le fieur Beranger n'eft point
éleve de mon pere , en dépit même des
lettres qui ne font pas à beaucoup près
En fu cafa fe encuentran todo genero de agnas,
que fortifican laviſta , la mantienen y curan
differendes enfermedades.
- 2º. Advierteſe , que con una pomada que tiene
, curara el mal de tina fin dolor alguno ,
en poco tiempo , y tambien la farna.
* Con varios gargarifmos que tiene excuifitos
curara qualesquiera infermedades de laboca como
efcorbuto , y otras.
Ivj
204 MERCURE DE FRANCE!
affez fuffifantes pour lui fervir de tro
phées , il croit trop vivement avoir gain
de caufe , parce que mon pere lui recommande
de voir fes malades ; mais pour
cela étoit- il néceffaire qu'on lui connut du
mérite , en ce cas mon pere auroit craint de
confier fes malades en d'autres mains , cependant
le premier venu remplit prefque
au premier jour les occupations du fieur
Beranger ; la troifiéme lettre le prouve.
Recommandez , y eft-il dit , à ce jeune homme
d'avoirfoin de mes malades ; croiroit- on
que ce jeune homme , depuis deux jours
qu'il étoit dans la maifon de mon pere ,
pût être fort verfé dans ce genre de maladie
2 auroit- il bonne grace auffi de s'annoncer
fon éleve ? mais dans la maladie
du Sr Beranger , mon pere le traitoit d'ami,
ce font là de petites attentions que
l'humanité prodigue en pareilles occurrences.
Rien en cela ne peut faire conclure
qu'il étoit fon éleve , la fufcription vague
des lettres qu'il produit le defavoue ; concevra-
t-on qu'il étoit chirurgient
que mon pere lui en a donné le titre dans
la fufcription de fes lettres ? Cette préten
tion ne feroit point fondée.
*
, parce
En vain fon petit amour propre veut- il
** Lifez à M. Beranger , Chirurgien , ou éleve
en Chirurgie , ou à M. Beranger fimplement.
AOUST. 1755
205
lui perfuader qu'on lui refufe le titre d'éleve
, » parce qu'il a travaillé lui feul aux
maladies des yeux , parce qu'il a traité des al
bugo , des ulceres à la cornée , en diffequant
fes lames, chofe qu'il ignore avoir été pratiquée
par M. Daviel. C'est ici où il en impofe
fans ménagement, étant perfuadé lui- même
du contraire ; il ne defavouera fans doute
pas d'avoir vû des yeux préparés, où mon
pere avoit féparé jufqu'à cinq lames de la
cornée j'ajouterai aufli que depuis fix
ans que je te fuis , de deux millè opérations
pratiquées pour la cure de ces maladies
, il n'en eft pas trois cens dans lefquelles
il n'ait diffequé les lames de la cornée
pour déterger le foyer de l'ulcere , & lui
procurer une cicatrice folide. Je rougis
d'être contraint de refuter d'auffi foibles
imputations qui doivent néceffairement
retomber fur celui qui les a avancées .
Vous voyez bien, Monfieur, que ce n'eft
pas avec de pareils faits qu'il peut fe promettre
de faire tomber les armes de fes
tremblantes mains , comme il le dit avec
affez peu de ménagement; au contraire ce
feroit un nouveau motif de les raffermir ,
s'il étoit néceffaire , ayant tant de fapériorité
fur fon prétendu concurrent . Ce trait
peu modefte demafque trop bien le fieur
Beranger , il eft même fipeu conforme à
206 MERCURE DE FRANCE.
.
la décence que je me fuis impofée, que je
ferai affez fatisfait de lui répondre avec
Cicéron par ces mots.
* Rumoribus mecum
pugnas , ego autem à te rationes requiro.
Telles ont été mes réflexions fur la lettre
du fieur Beranger. Vous voyez , Monfieur
que , quamvis homo fuerit , laudatus narratum
ejus non laudatum eft . Je crois avoir
fuffifamment fatisfait à une partie de vos
queftions. Quant à celle par où je conçois
que vous doutez de l'auteur , je ne
dois pas la réfoudre : Les motifs intéreffés
qui ont pû engager une plume vénale à fe
prêter aux intentions du fieur Beranger ,
ne fouffriroient pas volontiers le jour , je
fuis d'autant plus porté à garder le filence
là -deffus , que je puis fans flater beaucoup
cet oculite , fouffrir qu'il jouiffe du plaifir
d'avoir produit un ouvrage auffi médiocre .
Sije fçai , que de tous les fâcheux les
critiques font les plus incommodes , je ne
me fçai pas moins bon gré de l'avoir paru
dans une querelle , qui , quoique defagréable
, m'eft bien précieufe , ayant eu
pour motif le bien public & la défenfe
d'un pere : Je ne pouvois l'éviter , quelque
éloigné que je fus de la prévoir. J'ai l'honneur
d'être , &c. DAVIE L.
A Paris , le 18 Juillet 1755 .
* Cic. liv. 3. de natura Deorum .
Fermer
Résumé : REFLEXIONS critiques adressées à M***, Médecin à Lyon, sur une Lettre annoncée sous le nom du sieur Beranger, Oculiste, par M. Daviel le fils, Maître-ès Arts en l'Universite de Paris.
Le texte est une lettre critique adressée à un médecin de Lyon concernant une lettre attribuée à un certain sieur Béranger, oculiste, et envoyée par M. Daviel le fils. L'auteur exprime sa surprise que la lettre de Béranger ait circulé largement, alors qu'il pensait qu'elle serait seulement distribuée dans les auberges entre Bordeaux et Paris. Il critique Béranger pour avoir fait payer des personnes qui n'étaient pas intéressées par son ouvrage. L'auteur explique qu'il avait initialement choisi de ne pas répondre à cette lettre pour éviter de déplaire au public et à son père, mais il a été poussé à réagir en raison des attaques indécentes contre son père. L'auteur reproche à Béranger de se vanter de ses succès et de prétendre avoir parcouru des pays étrangers pour se perfectionner, alors que ses activités semblaient plus orientées vers la composition de personnages et la recherche de malades à opérer. Béranger est également accusé de plagiat et de vouloir s'attribuer la gloire d'une nouvelle méthode d'opération de la cataracte, déjà pratiquée par M. Daviel. L'auteur critique les méthodes chirurgicales de Béranger, le qualifiant d'empirique et manquant de délicatesse et de précision. L'auteur reproche à Béranger de se vanter de ses succès et de prétendre avoir parcouru des pays étrangers pour se perfectionner, alors que ses activités semblaient plus orientées vers la composition de personnages et la recherche de malades à opérer. Béranger est également accusé de plagiat et de vouloir s'attribuer la gloire d'une nouvelle méthode d'opération de la cataracte, déjà pratiquée par M. Daviel. L'auteur critique les méthodes chirurgicales de Béranger, le qualifiant d'empirique et manquant de délicatesse et de précision. Enfin, l'auteur dénonce l'attitude jalouse et présomptueuse de Béranger, qui cherche à discréditer les méthodes de son père et d'autres chirurgiens compétents. Il appelle à une collaboration respectueuse et constructive entre les praticiens pour le bien du public. L'auteur conteste les découvertes et les méthodes de Béranger, notamment concernant les opérations de la cataracte. Il affirme que Béranger s'approprie des découvertes déjà faites par d'autres, notamment par son père, et qu'il manque de rigueur scientifique. L'auteur cite plusieurs exemples d'erreurs commises par Béranger lors d'opérations, comme l'annonce incorrecte de la solidité des cataractes ou la mauvaise gestion des complications post-opératoires. Il mentionne également des certificats de succès produits par Béranger, qu'il juge suspects et contradictoires. L'auteur conclut en soulignant que les véritables mérites des grands hommes se mesurent par leurs succès et les éloges de la communauté scientifique, et non par des témoignages douteux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 163-182
Suite de la Séance publique de l'Académie de Chirurgie.
Début :
M. Pipelet fit la lecture d'une observation sur la cure d'une hernie ou descente [...]
Mots clefs :
Maladie, Malade, Urine, Urètre, Exostose, Pierres, Observations, Plaie, Incision, Tissu, Fistules, Tumeur, Opération, Académie royale de chirurgie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite de la Séance publique de l'Académie de Chirurgie.
CHIRURGIE.
Suite de la Séance publique de l'Académie
de Chirurgie.
M. Pipelet fit la lecture d'une obfervation
fur la cure d'une hernie ou deſcente
d'inteftins avec gangréne. La malade, âgée
de quarante - deux ans , fit en 1726 un
effort confidérable qui lui occafionna une
hernie crurale ; la tumeur devint en quinze
jours de tems du volume d'un oeuf de
poule , mais elle rentroit avec facilité. La
malade cacha fon état dont elle ne connoiffoit
pas le danger . Sa négligence donna
lieu à l'augmentation de la tumeur
qui fouffroit en 1738 un étranglement ,
avec tous les fymptomes qui l'accompa164
MERCURE DE FRANCE.
gnent , & les accidens qui en font les fuites
ordinaires . Les fecours que M. Pipelet
donna alors , fuivant les régles de l'art ,
difpenferent de l'opération . Il réduifit les
parties , & ordonna l'ufage continuel d'un
bandage pour les contenir. Au mois d'Ocbre
1740 l'hernie fe trouva étranglée de
nouveau. Les moyens les plus convénables
pour en procurer la réduction , ayant été
infructueux , la tenfion du ventre , la petiteffe
du poulx , & le vomiffement des
matieres ftercorales , exigeoient qu'on fit
promptement l'opération. M. Pipelet qui
n'étoit point encore membre du Collége
de Chirurgie , fit appeller en confultation
M. Guerin , & celui- ci fut choifi par les
perfonnes de qui la malade dépendoit , pour
faire l'opération . L'inteftin étoit gangréné .
L'épiploon & le fac herniaire étoient dans
une difpofition gangréneufe , & toutes ces
parties étoient confondues par des adhérences
intimes qu'il n'avoit pas été poffible
de détruire , quand on en auroit eu
l'intention . Auffi fe contenta -t- on de débrider
l'arcade crurale pour faire ceffer
l'étranglement , & mettre les parties à l'aife.
Il n'étoit ni poffible ni convenable d'en
faire la réduction. Le mauvais état de la
malade fit craindre pendant quelques jours
pour fa vie ; on la foutint par l'uſage
OCTOBRE. 1755 1657
d'une potion cordiale animée : enfin le
ventre fe relâcha , les efcarres gangréneufes
dont on avoit emporté une partie , fe
détâcherent , & l'onzième jour de l'opération
la portion d'inteftin qui faifoit l'ance
fous l'arcade crurale , fe détacha , elle
avoit environ cinq poulces de longueur.
Depuis ce moment , les matieres ftercorales
qui avoient coulé en partie par l'ouverture
de l'inteftin , & plus encore par le rectum ,
cefferent tout - à- coup de paffer par cette
derniere voie , & prirent abfolument leur
route par la plaie que M. Pipelet étoit
obligé de panfer dans le commencement
jufqu'à cinq & fix fois dans les vingt- quatre
heures. La plaie devint fimple , & au
bout de quatre mois fes parois furent rapprochées
au point de ne laiffer qu'une ouverture
large comme l'extrêmité du petit
doigt. Il y avoit tout lieu de préfumer
qu'après un fi long efpace de tems les matieres
fécales continueroient de fortir par
cet anus artificiel ; on ne pouvoit rien efpérer
ni prévoir de plus avantageux pour
la malade mais les chofes changerent fubitement
de face d'une maniere inopinée.
Cette femme qu'on avoit tenu à un régi
me affez févere , mangea indifcretement
des alimens qui lui donnerent la colique
& la fievre, M. Pipeler ayant jugé à pro166
MERCURE DE FRANCE.
pos de la purger avec un verre d'eau de
caffe & de manne , fut le témoin d'un
événement auffi fingulier qu'avantageux
pour la malade. Les matieres fécales , qui
depuis long- tems ne paffoient plus que par
la plaie , prirent dès ce jour leur route vers
le rectum , elles occafionnerent d'abord des
épreintes qui furent aifément calmées par
des lavemens adouciffans. On obferva ce
phénomène pendant quelques jours , l'indication
de travailler à la parfaite confolidation
de la plaie ne préfentoit plus aucun
inconvénient , & on y réuffit en douze
ou quinze jours. La malade qui a actuellement
foixante - onze ans , jouit depuis
quinze ans d'une bonne fanté. M. Pipelet
n'a eu pour le préfent d'autre objet
que de communiquer un fait auffi curieux
à l'Académie. Il remet à une autre occafion
les réflexions que la cure de cette ma->
ladie lui a fuggérées. Son attention à obferver
promet qu'elles feront judicieuſes
& utiles.
M. Houftet lut un mémoire fur les
exoftoſes bénignes des os cylindriques . On
entend par exoftofe une tuméfaction contre
nature , ou une excroiffance des os.
Cette maladie eft fouvent occafionnée par
le vice du fang. Le virus vénérien , le
OCTOBRE . 4755. 167
à
fcorbutique , le fcrophuleux , le cancereux
, font capables de gonfler les os dans
toute leur étendue , ou d'élever quelquesunes
de leurs parties au -deffus de la furface
naturelle. L'exoftole peut auffi être produite
par des cauſes extérieures. Un effort,
un coup , une chute , par lefquels le cours
de la lymphe & du fuc nourricier fera interrompu
dans le corps de l'os , & la fimple
contufion du périofte peuvent donner
lieu à l'extravafation des fucs qui occaſionnent
des protubérances capables d'accroiffement
au point de devenir monstrueuſes.
M. Houfter diftingue avec précifion les
différens ggeennrreess d'exoftofes
par rapport
leurs caufes , & les différentes efpeces que
chaque genre renferme. Les différences
accidentelles des exoftofes , ou ce qui en
conftitue l'efpece particuliere , fe tire de
la diverſe modification contre nature du
tiffu de l'os. Quand les fucs offeux s'amaffent
dans la grande cavité intérieure des
os cylindriques , ils étendent la fubftance
offeufe qui en forme les parois , lefquelles
diviennent minces , à proportion de
l'extenfion qu'elles ont fouffert. Ces fortes
d'exoftofes font fufceptibles d'acquerir un
volume confidérable , leur intérieur eft
toujours rempli des fucs épanchés , & on .
obferve communément qu'elles font bor168
MERCURE DE FRANCE
nées à une certaine étendue de l'os. Le
refte du canal qui n'a point de part à la
maladie conferve l'état naturel . M. Houftet
rapporte au fujet de cette efpece d'exoftofes
plufieurs obfervations particulieres
qu'il compare à celles que nous ont fourni
les grands maîtres. Ces faits rapprochés
fervent à déterminer ce premier caractere
d'exoftofe.
Quand l'engorgement des fucs fe fait
entre les lames qui compofent la fubſtance
de l'os , elle fe gonfle : de compacte.
qu'elle étoit naturellement , elle devient
fpongieufe & cellulaire . M. Houftet a
trouvé ces cellules remplies de fucs blancs
médiocrement épais . Lorfque ces fucs ne
font point viciés , & qu'ils ne contractent
aucune altération acrimonieufe dans le
tiffu de l'os qu'ils diftendent , ils peuvent
paffer de l'état de fluidité à celui d'une induration
parfaite. C'eft précisément le cas
de ce tibia fans cavité que Ruifck avoit
rangé parmi fes curiofités anatomiques ,
& dont il fit fabriquer des manches de
couteaux & de fourchettes. M. Houftet ,
dont les obfervations fur la formation de
ces fortes de tumeurs font très-fuivies , remarque
que des circonstances accidentel--
les peuvent changer la terminaiſon de ces :
exoftofes ; car leur folidité vient de l'endurciffement
OCTOBRE. 1755. 169
durciffement des fucs qui s'épanchoient
peu-à-peu , & par une efpece de fuintement
entre les lames offeufes. Un épanchement
plus copieux , le mêlange d'autres
liqueurs avec le fuc nourricier , une nouvelle
caufe d'épanchement , telle qu'un
coup , une chute , &c. qui raffembleroit
de nouveaux fucs encore fluides avec des
fucs durcis & épanchés depuis long-tems
feroit prendre à cette maladie une terminaifon
différente .
Enfin il y a des exoftofes qui n'affectent
que l'extérieur de l'os ; elles font produires
par l'épaiffiffement du périofte tumefié ,
ou par les fucs nourriciers qui fe répandent
fur la furface de l'os. Elles font ordinairement
d'un volume médiocre , & leur
maffe eft folide. M. Houftet a fait connoî.
tre une nouvelle efpece d'exoftofes différentes
de toutes celles dont on avoit parlé
jufqu'à préfent , en ce qu'elle eft d'un volume
confidérable & creufe , appliquée
feulement fur le corps de l'os qui étoit à
peu de choſe près dans l'état naturel , &
repréfentant en quelque forte un crâne
vuide qui feroit appliqué par fa baſe ſur
le cylindre de l'os. La defcription de toutes
les particularités de cette exoftofe finguliere
feroit déplacée dans un extrait.
M. Houftet l'a fait d'une maniere fa-
'H
170 MERCURE DE FRANCE.
tisfaifante, & la démonſtration des parties
n'a rien laillé à defirer fur ce cas. L'exofto .
fe dont il s'agit étoit à la cuiffe . M. Houftet
donnoit fes foins à la perfonne qui en
étoit attaquée. C'étoit M. le Chevalier
de... Le commencement & le progrès de
la tumeur , les différens remedes qui furent
adminiftrés , tant par les perfonnes
de l'art que par des empiriques , & furtout
la différence des opinions qu'on a
eues fur cette maladie , rendent fort intéreffante
la relation que l'auteur en a
donné . L'examen judicieux des fignes qui
caractérisent les maladies avec lefquelles
on auroit pû confondre celle- ci , feront
des régles pour éviter de pareilles méprifes
. M. Houftet établiffant d'après plufieurs
obfervations de nouveaux fignes capables .
de fe conduire furement en pareil cas dans
la pratique , cette doctrine fera , dit- il , le
fruit des travaux de l'Académie , fi le
goût de la bonne obfervation , & l'efprit
d'émulation , & de recherche continuent
d'y fubfifter. M. Houftet a l'avantage de
donner en même tems le confeil &
l'exemple.
M. Ruffet fecond a fait part de deux
obfervations fur l'utilité des cauteres dans
la cure de l'épilepfie. Une Demoifelle de
dix- huit ans , qui avoit bien réguliéreOCTOBRE
. 1755. 171
ment fes évacuations périodiques , cut
une attaque d'épilepfie. Les faignées , les
purgations , les bains , les eaux de Balaruc
, n'empêcherent point une feconde attaque
environ un mois après la premiere ,
& la malade en eut de mois en mois
pendant deux ans, malgré tous les remédes
que l'on mit en ufage. M. Ruffet propofa
un cautere à la nuque. La malade confentit
à le porter au bras. Le premier accès reculé
de quatre mois fut moins violent que
ceux qui avoient précédé, & il ne fe forma
point d'écume autour de la bouche. Un
effet fi marqué fit demander l'application
d'un fecond cautere à l'autre bras , & la
malade a paffé neuf mois fans le moindre
reffentiment de fon mal . Surpriſe enfin
par une nouvelle attaque , plus légere
encore que les autres , elle fut foumife à
un troifiéme cautere , qu'on mit à une
jambe , & depuis ce tems il n'y a plus eu
d'accès d'épilepfie . Le bon effet des cauteres
multipliés eft prouvé par cette obfervation
. M. Ruffet en rapporte une autre
qui montre le danger de les fupprimer.
Un homme de foixante ans eut une
violente attaque d'épilepfie , qui fut fuivie
d'une autre quinze jours après , malgré
les remédes généraux dont on fit ufage
dans cet intervalle. L'application d'un
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
cautere retarda le troifiéme accès , & en
diminua les fymptomes . L'établiſſement
d'un fecond cautere ôta toute inquiétude
fur la récidive . Au bout de huit mois , le
malade fe croyant radicalement guéri, laiffa
fermer un de ces ulceres. Cette imprudence
fut marquée par le retour de l'épilepfie.
Dès le lendemain de cette dernière
attaque , M. Ruffet rétablit l'égoût dont
la fuppreffion avoit été nuifible ; & le malade
à vécu depuis fept années fans aucune
rechûte .
M. Louis fit enfuite la lecture d'un mémoire
fur les pierres urinaires formées
hors des voies naturelles de l'urine . Ce
cas préfente des circonstances affez variées,
dont il eft important d'être inftruit. Pour
la formation de ces pierres , il faut que
l'urine s'infiltre d'une maniere particuliere
dans les cellules du tiffu graiffeux qui
avoifine les réfervoirs & les conduits naturels
de cette liqueur. Un enfant de dix
ans avoit une tumeur douloureufe au périnée,
M. Louis dans l'examen qu'il en fit ,
trouva qu'elle étoit fituée fous une cicatrice
folide , veftige de l'opération de la
taille que cet enfant avoit foufferte deux
ans auparavant pour une pierre dans la
veffie. Cette tumeur fe termina par une
OCTOBRE. 1755. 173
ouverture à la peau , dans laquelle fe préfentoit
une concrétion pierreufe , & qui
permettoit la fortie de l'urine. M. Louis fit
l'extraction de cette pierre , qui étoit du
volume d'une groffe aveline. Il fentit avec
l'extrêmité boutonnée d'une fonde , que
toute la circonférence de l'efpace qu'avoit
occupé cette pierre , étoit fort dure , &
dans un des points la fonde portoit à nud
fur une concrétion calculeufe ; il fit en
conféquence mettre le malade en fituation
convénable. Il fit une incifion longitudinale
fur toute l'étendue de la tumeur jufqu'au
corps étranger , & il tira fucceffivement
fix petites pierres , dont la réunion
formeroit un corps du volume d'un noyau
de pêche. La cure ne fut point longue , les
panfemens étoient très-fimples , & ne tendoient
qu'à obtenir promptement la confolidation
de cette plaie. Il s'offrit cependant
quelques difficultés toutes les fois
que le malade rendoit fes urines , il en
paffoit une partie par la plaie. M. Louis
étoit bien für de n'avoir pas intéreffé le
canal de l'uretre dans fon opération ; &
la connoiffance de la caufe de la maladie
montroit affez que l'aretre étoit percé ,
l'infiltration de l'urine pour la formation
de ces pierres n'auroit pas eu lieu , s'il n'étoit
resté une fiftule intérieure au canal
Häj
174 MERCURE DE FRANCE .
de l'uretre. A la fuite de l'opération de la
taille faite deux ans auparavant , les bougies
avec les emplâtres fondans exciterent
de la fuppuration à l'orifice de cette filtule
, par la fonte des callofités , & procurerent
la confolidation intérieure .
Cette obfervation montre une maladie
nouvelle facile à prévenir , & contre laquelle
on n'a pris jufqu'ici aucune méfure :
l'on a toujours craint que les plaies faites
à l'uretre pour l'extraction de la pierre
ne reftaffent fiftuleufes , & cet accident
n'eft que trop commun dans la méthode
ancienne du grand appareil. M. Louis en
donne les raifons ; mais voici une espece
particuliere de fiſtule, une fiftule incomplette
, qu'on pourroit appeller borgne & interne
, en fe fervant de la dénomination ufitée
pour les fiftules de l'anus , qui ont une
ouverture dans le rectum fans iffue extérieure.
Cette obfervation eft de confé- .
quence dans la pratique , puifqu'elle prouve
évidemment que la parfaite confolidation
de la plaie des tégumens , après l'opération
de la taille , n'eft point une marque
certaine que l'intérieur de l'uretre foit
bien cicatrifé . On pourroit obtenir facilement
cette cicatrice parfaite par le moyen
des bougies , leur ufage en affurant une
guérifon folide empêcheroit cette infiltraOCTOBRE
. 1755. 175
tion lente de l'urine , qui pénétre en petite
quantité à la fois dans le tiffu cellulaire
, & qui en fe décompofant y produit
par la réunion de fes parties terref
tres & falines des concrétions pierrenfes ,
fufceptibles d'un accroisement confidérable.
Quoique les Auteurs n'ayent pas fait
une mention expreffe de ces fortes de cas ,
on trouve dans leurs écrits des faits ifolés ,
qui peuvent y être rapportés , & qui font
manifeftement de la même efpece. M.
Louis n'a pas négligé d'en faire la recher
che , & d'en faire ufage à propos dans fon
mémoire,pour prouver d'une maniere convaincante
que la formation des pierres
dans le tiffu cellulaire eft un accident confécutif
de l'opération de la taille . Une
obfervation communiquée à l'Académie ,
par M. le Gaigneau , Chirurgien à Coulanges
- la- Vineufe , près d'Auxerre , montre
qu'une pierre formée dans le tiffu cellulaire
a pu acquerir un volume monftrueux
& le poids de dix onces & demie.
Le malade l'a portée plus de trente ans , &
elle eft fortie d'elle-même , après avoir ufé
par fon poids les tégumens qui la recouvroient.
Après avoir levé par des faits incontef
tables tous les doutes qu'on pourroit avoir
Hiy
176 MERCURE DE FRANCE.
fur la fiftule incomplette & interne , que
M. Louis établit pour la caufe de l'infiltration
de l'urine , il recherche comment
cette fiftule peut fe former , & il en trouve
la caufe dans la maniere dont le fait
l'incifion dans le grand appareil ; il eft meme
furprenant , dit- il , que cette fiftule
intérieure n'arrive pas plus fouvent , ou
du moins que les faits qui la prouvent ne
foient pas plus connus . En effet , fuivant
la pratique reçue , l'incifion dans le grand
appareil , eft perpendiculaire , & fe fait à
côté du raphé parallelement. Cette incifion
ne peut être prolongée autant qu'on
le défireroit par rapport au rectum : il
faut donc pour pouvoir procurer la fortie
d'une pierre même médiocre , gagner par
en-haut pour la coupe des tégumens & de
l'uretre ; la peau du périnée eft tendue
& tirée vers l'os pubis par l'aide qui foutient
le fcrotum. Lorfque cette action.
ceffe , l'angle fupérieur de l'incifion des
tégumens fe rabbat , & couvre une partie
de l'incifion de l'uretre ; delà un accident
primitif affez commun , c'eft l'échymofe
du fcrotum. Il eſt donc démontré
que dans cette maniere d'opérer l'angle
fupérieur de l'incifion des tégumens ne
correfpond point à la partie fupérieure de
Pincifion de l'uretre ; celle - ci est tou
OCTOBRE. 1755. 177
jours plus haute ; c'eft pourquoi la cicatrice
du haut de la plaie des tégumens ne
confolide point l'angle fupérieur de l'inci
fion faite à l'urethre : Ainfi , lorfqu'on
croit la plaie parfaitement guérie , il refte
une folution de continuité intérieure .
Voilà , dit M. Louis , le point par où l'urine
s'infinue dans les cellules du tiffu qui
avoifine l'uretre ; c'eft là la caufe de la
fiftule intérieure & des concrétions calculeufes
, qui fe forment confécutivement
hors des voies naturelles de l'urine . Pour
prévenir cet accident , il fuffiroit , dir
l'auteur , d'avoir recours aux bougies après
la guérifon apparente des taillés , afin de
la rendre radicale par la parfaite confolidation
de la plaie intérieure .
Après avoir expliqué comment la méthode
du grand appareil donne lieu aux
fiftules complettes , M. Louis dit que cette
opération devroit être entierement abandonnée
, fes réflexions découvrent dans
cette maniere d'opérer des inconvéniens
lefquels mis en parallele avec les avantages
de la taille latérale , donnent à celleci
la prééminence qu'elle mérite.
Quoique l'objet principal de l'auteur
ait été de parler des pierres formées hors
des voies naturelles de l'urine , comme
accident confécutif de l'opération de la
HW
178 MERCURE DE FRANCE.
taille , il traite de la production de pareilles
pierres en des perfonnes qui n'avoient
point été foumifes à la lithotomie.
On fçait que l'urine peut fe frayer des
routes extraordinaires par différentes caufes
, & que par-tout où elle peut féjourner
, elle eft très- difpofée à former des
concrétions , fur- tout lorfqu'elle charrie
des parties graveleufes : cela fe voit dans
les fiftules urinaires. M. Louis en rapporte
plufieurs exemples , & il en tire des
conféquences utiles pour la pratique. Les
pierres font des corps étrangers dont il
faut faire l'extraction ; c'eft un principe général
, mais dans un cas où il y a des fiftules
, M. Louis penfe que ce n'eft pas cette
indication qu'il importe de fuivre en premier
lieu. Il lui paroît plus avantageux de
procurer d'abord un cours libre à l'urine
par une feule iffue , foit en rétabliffant le
conduit naturel dans fes fonctions par l'ufage
méthodique des bougies appropriées
au cas , foit en faifant une incifion au périnée
pour porter une canulle dans la veffie
, afin que l'urine forte directement &
ceffe de fe porter dans tous les finus fiftuleux.
Le premier parti eft le plus doux , &
par conféquent il eft préférable , s'il peut
avoir du fuccès. Quelque parti qu'on prenne
, ce ne fera qu'après avoir procuré une
OCTOBRE . 1755. 179
voie unique pour la fortie de l'urine qu'on
doit penfer à faire l'extraction des concrétions
calculeufes. Leur fituation peut
exiger beaucoup d'habileté de la part du
Chirurgien , & une grande préfence des
connoiffances anatomiques pour pénétrer
dans le fond de ces fiftules à travers des
parties délicates qu'il faut ménager : c'eft
dans ces cas que l'habitude ne peut conduire
la main. Les opérations qui y conviennent
n'ont aucune place ni aucune
étendue fixée par les préceptes. Les fecours
de la main doivent être déterminés par la
néceffité des circonftances dont on ne peut
exprimer les variations . On peut conclure
de tout ceci que dans l'exercice de la Chirurgie
il ne fuffit pas d'avoir des hommes
qui ne fçavent marcher que dans les routes
qui leur ont été frayées. On voit auſſi
combien s'abufent ceux qui , fans avoir
égard à la diverfité prefque infinie des
circonftances , s'arrêtent dans leurs recherches
par la confiance qu'ils ont en un
inftrument ou invention particuliere , par
laquelle ils croient que toutes les difficultés
d'une opération font applanies ; comme
s'il étoit poffible de fe perfuader qu'on
peur à fi peu de frais rendre court & facile
un art que les plus grands génies ont
trouvé long & difficile.
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
M. Dubertrand a terminé la féance
par
la lecture d'une obfervation fur un coup
d'épée qui a percé le diaphragme & l'eftomach.
Tout le monde connoît le danger
des bleffures des parties intérieures ; celles
de l'eftomach ont toujours été mifes au
nombre des plaies mortelles , quoiqu'elles
ne le foient pas néceffairement. Les foins.
d'un habile Chirurgien peuvent être efficaces
pour combattre les fymptomes de ces
fortes de plaies , & prévenir les accidens.
fâcheux qui pourroient en résulter.
Un homme de quarante ans, échauffé par
le vin , reçut un coup d'épée entre la derniere
des vraies côtes & la premiere des.
fauffes près de leurs portions cartilagineufes
du côté gauche ; il fit environ deux.
cens pas à la pourfuite de fon ennemi &
tomba fans connoiffance. Tranfporté chez
lui , il eut des convulfions violentes qui
ne cefferent qu'après lui avoir ferré le ventre
avec une ferviete , fecours qu'il avoit
demandé de lui -même avec inftance . M. Dubertrand
qui vit le malade une heure après
l'accident , le trouva couvert d'une fueur.
froide avec un pouls petit , concentré &
intermittent. La refpiration étoit laborieufe
; un hoquet affez fréquent , le vifage:
tiré & les yeux éteints menaçoient d'une
mort prochaine. Le ventre étoit extraordiOCTOBRE.
1755. 181
nairement dur & élevé. Pour vifiter la
plaie , on ôta la ferviete qui comprimoit
le ventre. Les mouvemens convulfifs fe renouvellerent
avec force. M. Dubertrand
fit prendre au malade quelques grains de
tartre émétique. Le vomiffement que ce
remede procura , fit rendre avec des alimens
non digérés plufieurs caillots de fang,
dont on eftima le poids de vingt onces , &
le malade en rendit environ dix onces par
en bas. La convulfion ceffa après cette évacuation
. La fituation de la plaie , fa direction
& les divers fymptomes qui fe manifeftoient
, firent juger que le diaphragme
avoit été bleffé auffi-bien que l'eftomach.
Le pouls s'étant un peu relevé , le malade
fur faigné quatorze fois pendant les deux
premiers jours chaque faignée n'étoit
que de deux paletes. La prudence ne permettoit
pas de plus grandes évacuations ,
parce que le malade tomboit en fyncope.
Les fomentations émollientes fur le basventre
, en relâcherent les parties. Une
boiffon rendue aigrelette par l'effence de
Rabel appaifoit la foif du bleffé , qui ne
prenoit par la bouche que quelques cueillerées
de cette tifanne & d'une eau de
poulet très- légere. Le troifiéme jour après
la feizieme faignée le malade tomba en
foibleffe , & rendit par les felles une gran
182 MERCURE DE FRANCE.
de quantité de matieres féreufes & foetides.
Quelques gouttes de Lilium dans de l'eau
de plantain , foutenoient artificiellement .
les forces du malade , qu'on tâchoit de réparer
en même tems par des lavemens
nourriffans. La nuit du au 10 le malade ,
fans confulter perfonne , mangea une petite
foupe dont il fut fort incommodé , &
qu'il vomit avec un peu de fang. Le lendemain
matin la fievre revint , ce qui fit
recourir encore à la faignée. Cet orage
étant calmé , on mit le malade par dégrés
aux bouillons nourriffans , à là gelée de
viande , & à la crême de ris. I prenoit
fenfiblement des forces , lorfque fans caufe
manifefte , il lui furvint le 17 une fievre
confidérable , des hoquets fréquens , une
toux violente & une espece de phrénéfie.
Deux faignées & des potions antifpafmodiques
calmerent ces accidens. Depuis , le
malade parut chaque jour fe rétablir ; il
prit des alimens folides par degrés , & le
33° jour il vacqua à fes exercices ordinaires
fans aucune incommodité.
Suite de la Séance publique de l'Académie
de Chirurgie.
M. Pipelet fit la lecture d'une obfervation
fur la cure d'une hernie ou deſcente
d'inteftins avec gangréne. La malade, âgée
de quarante - deux ans , fit en 1726 un
effort confidérable qui lui occafionna une
hernie crurale ; la tumeur devint en quinze
jours de tems du volume d'un oeuf de
poule , mais elle rentroit avec facilité. La
malade cacha fon état dont elle ne connoiffoit
pas le danger . Sa négligence donna
lieu à l'augmentation de la tumeur
qui fouffroit en 1738 un étranglement ,
avec tous les fymptomes qui l'accompa164
MERCURE DE FRANCE.
gnent , & les accidens qui en font les fuites
ordinaires . Les fecours que M. Pipelet
donna alors , fuivant les régles de l'art ,
difpenferent de l'opération . Il réduifit les
parties , & ordonna l'ufage continuel d'un
bandage pour les contenir. Au mois d'Ocbre
1740 l'hernie fe trouva étranglée de
nouveau. Les moyens les plus convénables
pour en procurer la réduction , ayant été
infructueux , la tenfion du ventre , la petiteffe
du poulx , & le vomiffement des
matieres ftercorales , exigeoient qu'on fit
promptement l'opération. M. Pipelet qui
n'étoit point encore membre du Collége
de Chirurgie , fit appeller en confultation
M. Guerin , & celui- ci fut choifi par les
perfonnes de qui la malade dépendoit , pour
faire l'opération . L'inteftin étoit gangréné .
L'épiploon & le fac herniaire étoient dans
une difpofition gangréneufe , & toutes ces
parties étoient confondues par des adhérences
intimes qu'il n'avoit pas été poffible
de détruire , quand on en auroit eu
l'intention . Auffi fe contenta -t- on de débrider
l'arcade crurale pour faire ceffer
l'étranglement , & mettre les parties à l'aife.
Il n'étoit ni poffible ni convenable d'en
faire la réduction. Le mauvais état de la
malade fit craindre pendant quelques jours
pour fa vie ; on la foutint par l'uſage
OCTOBRE. 1755 1657
d'une potion cordiale animée : enfin le
ventre fe relâcha , les efcarres gangréneufes
dont on avoit emporté une partie , fe
détâcherent , & l'onzième jour de l'opération
la portion d'inteftin qui faifoit l'ance
fous l'arcade crurale , fe détacha , elle
avoit environ cinq poulces de longueur.
Depuis ce moment , les matieres ftercorales
qui avoient coulé en partie par l'ouverture
de l'inteftin , & plus encore par le rectum ,
cefferent tout - à- coup de paffer par cette
derniere voie , & prirent abfolument leur
route par la plaie que M. Pipelet étoit
obligé de panfer dans le commencement
jufqu'à cinq & fix fois dans les vingt- quatre
heures. La plaie devint fimple , & au
bout de quatre mois fes parois furent rapprochées
au point de ne laiffer qu'une ouverture
large comme l'extrêmité du petit
doigt. Il y avoit tout lieu de préfumer
qu'après un fi long efpace de tems les matieres
fécales continueroient de fortir par
cet anus artificiel ; on ne pouvoit rien efpérer
ni prévoir de plus avantageux pour
la malade mais les chofes changerent fubitement
de face d'une maniere inopinée.
Cette femme qu'on avoit tenu à un régi
me affez févere , mangea indifcretement
des alimens qui lui donnerent la colique
& la fievre, M. Pipeler ayant jugé à pro166
MERCURE DE FRANCE.
pos de la purger avec un verre d'eau de
caffe & de manne , fut le témoin d'un
événement auffi fingulier qu'avantageux
pour la malade. Les matieres fécales , qui
depuis long- tems ne paffoient plus que par
la plaie , prirent dès ce jour leur route vers
le rectum , elles occafionnerent d'abord des
épreintes qui furent aifément calmées par
des lavemens adouciffans. On obferva ce
phénomène pendant quelques jours , l'indication
de travailler à la parfaite confolidation
de la plaie ne préfentoit plus aucun
inconvénient , & on y réuffit en douze
ou quinze jours. La malade qui a actuellement
foixante - onze ans , jouit depuis
quinze ans d'une bonne fanté. M. Pipelet
n'a eu pour le préfent d'autre objet
que de communiquer un fait auffi curieux
à l'Académie. Il remet à une autre occafion
les réflexions que la cure de cette ma->
ladie lui a fuggérées. Son attention à obferver
promet qu'elles feront judicieuſes
& utiles.
M. Houftet lut un mémoire fur les
exoftoſes bénignes des os cylindriques . On
entend par exoftofe une tuméfaction contre
nature , ou une excroiffance des os.
Cette maladie eft fouvent occafionnée par
le vice du fang. Le virus vénérien , le
OCTOBRE . 4755. 167
à
fcorbutique , le fcrophuleux , le cancereux
, font capables de gonfler les os dans
toute leur étendue , ou d'élever quelquesunes
de leurs parties au -deffus de la furface
naturelle. L'exoftole peut auffi être produite
par des cauſes extérieures. Un effort,
un coup , une chute , par lefquels le cours
de la lymphe & du fuc nourricier fera interrompu
dans le corps de l'os , & la fimple
contufion du périofte peuvent donner
lieu à l'extravafation des fucs qui occaſionnent
des protubérances capables d'accroiffement
au point de devenir monstrueuſes.
M. Houfter diftingue avec précifion les
différens ggeennrreess d'exoftofes
par rapport
leurs caufes , & les différentes efpeces que
chaque genre renferme. Les différences
accidentelles des exoftofes , ou ce qui en
conftitue l'efpece particuliere , fe tire de
la diverſe modification contre nature du
tiffu de l'os. Quand les fucs offeux s'amaffent
dans la grande cavité intérieure des
os cylindriques , ils étendent la fubftance
offeufe qui en forme les parois , lefquelles
diviennent minces , à proportion de
l'extenfion qu'elles ont fouffert. Ces fortes
d'exoftofes font fufceptibles d'acquerir un
volume confidérable , leur intérieur eft
toujours rempli des fucs épanchés , & on .
obferve communément qu'elles font bor168
MERCURE DE FRANCE
nées à une certaine étendue de l'os. Le
refte du canal qui n'a point de part à la
maladie conferve l'état naturel . M. Houftet
rapporte au fujet de cette efpece d'exoftofes
plufieurs obfervations particulieres
qu'il compare à celles que nous ont fourni
les grands maîtres. Ces faits rapprochés
fervent à déterminer ce premier caractere
d'exoftofe.
Quand l'engorgement des fucs fe fait
entre les lames qui compofent la fubſtance
de l'os , elle fe gonfle : de compacte.
qu'elle étoit naturellement , elle devient
fpongieufe & cellulaire . M. Houftet a
trouvé ces cellules remplies de fucs blancs
médiocrement épais . Lorfque ces fucs ne
font point viciés , & qu'ils ne contractent
aucune altération acrimonieufe dans le
tiffu de l'os qu'ils diftendent , ils peuvent
paffer de l'état de fluidité à celui d'une induration
parfaite. C'eft précisément le cas
de ce tibia fans cavité que Ruifck avoit
rangé parmi fes curiofités anatomiques ,
& dont il fit fabriquer des manches de
couteaux & de fourchettes. M. Houftet ,
dont les obfervations fur la formation de
ces fortes de tumeurs font très-fuivies , remarque
que des circonstances accidentel--
les peuvent changer la terminaiſon de ces :
exoftofes ; car leur folidité vient de l'endurciffement
OCTOBRE. 1755. 169
durciffement des fucs qui s'épanchoient
peu-à-peu , & par une efpece de fuintement
entre les lames offeufes. Un épanchement
plus copieux , le mêlange d'autres
liqueurs avec le fuc nourricier , une nouvelle
caufe d'épanchement , telle qu'un
coup , une chute , &c. qui raffembleroit
de nouveaux fucs encore fluides avec des
fucs durcis & épanchés depuis long-tems
feroit prendre à cette maladie une terminaifon
différente .
Enfin il y a des exoftofes qui n'affectent
que l'extérieur de l'os ; elles font produires
par l'épaiffiffement du périofte tumefié ,
ou par les fucs nourriciers qui fe répandent
fur la furface de l'os. Elles font ordinairement
d'un volume médiocre , & leur
maffe eft folide. M. Houftet a fait connoî.
tre une nouvelle efpece d'exoftofes différentes
de toutes celles dont on avoit parlé
jufqu'à préfent , en ce qu'elle eft d'un volume
confidérable & creufe , appliquée
feulement fur le corps de l'os qui étoit à
peu de choſe près dans l'état naturel , &
repréfentant en quelque forte un crâne
vuide qui feroit appliqué par fa baſe ſur
le cylindre de l'os. La defcription de toutes
les particularités de cette exoftofe finguliere
feroit déplacée dans un extrait.
M. Houftet l'a fait d'une maniere fa-
'H
170 MERCURE DE FRANCE.
tisfaifante, & la démonſtration des parties
n'a rien laillé à defirer fur ce cas. L'exofto .
fe dont il s'agit étoit à la cuiffe . M. Houftet
donnoit fes foins à la perfonne qui en
étoit attaquée. C'étoit M. le Chevalier
de... Le commencement & le progrès de
la tumeur , les différens remedes qui furent
adminiftrés , tant par les perfonnes
de l'art que par des empiriques , & furtout
la différence des opinions qu'on a
eues fur cette maladie , rendent fort intéreffante
la relation que l'auteur en a
donné . L'examen judicieux des fignes qui
caractérisent les maladies avec lefquelles
on auroit pû confondre celle- ci , feront
des régles pour éviter de pareilles méprifes
. M. Houftet établiffant d'après plufieurs
obfervations de nouveaux fignes capables .
de fe conduire furement en pareil cas dans
la pratique , cette doctrine fera , dit- il , le
fruit des travaux de l'Académie , fi le
goût de la bonne obfervation , & l'efprit
d'émulation , & de recherche continuent
d'y fubfifter. M. Houftet a l'avantage de
donner en même tems le confeil &
l'exemple.
M. Ruffet fecond a fait part de deux
obfervations fur l'utilité des cauteres dans
la cure de l'épilepfie. Une Demoifelle de
dix- huit ans , qui avoit bien réguliéreOCTOBRE
. 1755. 171
ment fes évacuations périodiques , cut
une attaque d'épilepfie. Les faignées , les
purgations , les bains , les eaux de Balaruc
, n'empêcherent point une feconde attaque
environ un mois après la premiere ,
& la malade en eut de mois en mois
pendant deux ans, malgré tous les remédes
que l'on mit en ufage. M. Ruffet propofa
un cautere à la nuque. La malade confentit
à le porter au bras. Le premier accès reculé
de quatre mois fut moins violent que
ceux qui avoient précédé, & il ne fe forma
point d'écume autour de la bouche. Un
effet fi marqué fit demander l'application
d'un fecond cautere à l'autre bras , & la
malade a paffé neuf mois fans le moindre
reffentiment de fon mal . Surpriſe enfin
par une nouvelle attaque , plus légere
encore que les autres , elle fut foumife à
un troifiéme cautere , qu'on mit à une
jambe , & depuis ce tems il n'y a plus eu
d'accès d'épilepfie . Le bon effet des cauteres
multipliés eft prouvé par cette obfervation
. M. Ruffet en rapporte une autre
qui montre le danger de les fupprimer.
Un homme de foixante ans eut une
violente attaque d'épilepfie , qui fut fuivie
d'une autre quinze jours après , malgré
les remédes généraux dont on fit ufage
dans cet intervalle. L'application d'un
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
cautere retarda le troifiéme accès , & en
diminua les fymptomes . L'établiſſement
d'un fecond cautere ôta toute inquiétude
fur la récidive . Au bout de huit mois , le
malade fe croyant radicalement guéri, laiffa
fermer un de ces ulceres. Cette imprudence
fut marquée par le retour de l'épilepfie.
Dès le lendemain de cette dernière
attaque , M. Ruffet rétablit l'égoût dont
la fuppreffion avoit été nuifible ; & le malade
à vécu depuis fept années fans aucune
rechûte .
M. Louis fit enfuite la lecture d'un mémoire
fur les pierres urinaires formées
hors des voies naturelles de l'urine . Ce
cas préfente des circonstances affez variées,
dont il eft important d'être inftruit. Pour
la formation de ces pierres , il faut que
l'urine s'infiltre d'une maniere particuliere
dans les cellules du tiffu graiffeux qui
avoifine les réfervoirs & les conduits naturels
de cette liqueur. Un enfant de dix
ans avoit une tumeur douloureufe au périnée,
M. Louis dans l'examen qu'il en fit ,
trouva qu'elle étoit fituée fous une cicatrice
folide , veftige de l'opération de la
taille que cet enfant avoit foufferte deux
ans auparavant pour une pierre dans la
veffie. Cette tumeur fe termina par une
OCTOBRE. 1755. 173
ouverture à la peau , dans laquelle fe préfentoit
une concrétion pierreufe , & qui
permettoit la fortie de l'urine. M. Louis fit
l'extraction de cette pierre , qui étoit du
volume d'une groffe aveline. Il fentit avec
l'extrêmité boutonnée d'une fonde , que
toute la circonférence de l'efpace qu'avoit
occupé cette pierre , étoit fort dure , &
dans un des points la fonde portoit à nud
fur une concrétion calculeufe ; il fit en
conféquence mettre le malade en fituation
convénable. Il fit une incifion longitudinale
fur toute l'étendue de la tumeur jufqu'au
corps étranger , & il tira fucceffivement
fix petites pierres , dont la réunion
formeroit un corps du volume d'un noyau
de pêche. La cure ne fut point longue , les
panfemens étoient très-fimples , & ne tendoient
qu'à obtenir promptement la confolidation
de cette plaie. Il s'offrit cependant
quelques difficultés toutes les fois
que le malade rendoit fes urines , il en
paffoit une partie par la plaie. M. Louis
étoit bien für de n'avoir pas intéreffé le
canal de l'uretre dans fon opération ; &
la connoiffance de la caufe de la maladie
montroit affez que l'aretre étoit percé ,
l'infiltration de l'urine pour la formation
de ces pierres n'auroit pas eu lieu , s'il n'étoit
resté une fiftule intérieure au canal
Häj
174 MERCURE DE FRANCE .
de l'uretre. A la fuite de l'opération de la
taille faite deux ans auparavant , les bougies
avec les emplâtres fondans exciterent
de la fuppuration à l'orifice de cette filtule
, par la fonte des callofités , & procurerent
la confolidation intérieure .
Cette obfervation montre une maladie
nouvelle facile à prévenir , & contre laquelle
on n'a pris jufqu'ici aucune méfure :
l'on a toujours craint que les plaies faites
à l'uretre pour l'extraction de la pierre
ne reftaffent fiftuleufes , & cet accident
n'eft que trop commun dans la méthode
ancienne du grand appareil. M. Louis en
donne les raifons ; mais voici une espece
particuliere de fiſtule, une fiftule incomplette
, qu'on pourroit appeller borgne & interne
, en fe fervant de la dénomination ufitée
pour les fiftules de l'anus , qui ont une
ouverture dans le rectum fans iffue extérieure.
Cette obfervation eft de confé- .
quence dans la pratique , puifqu'elle prouve
évidemment que la parfaite confolidation
de la plaie des tégumens , après l'opération
de la taille , n'eft point une marque
certaine que l'intérieur de l'uretre foit
bien cicatrifé . On pourroit obtenir facilement
cette cicatrice parfaite par le moyen
des bougies , leur ufage en affurant une
guérifon folide empêcheroit cette infiltraOCTOBRE
. 1755. 175
tion lente de l'urine , qui pénétre en petite
quantité à la fois dans le tiffu cellulaire
, & qui en fe décompofant y produit
par la réunion de fes parties terref
tres & falines des concrétions pierrenfes ,
fufceptibles d'un accroisement confidérable.
Quoique les Auteurs n'ayent pas fait
une mention expreffe de ces fortes de cas ,
on trouve dans leurs écrits des faits ifolés ,
qui peuvent y être rapportés , & qui font
manifeftement de la même efpece. M.
Louis n'a pas négligé d'en faire la recher
che , & d'en faire ufage à propos dans fon
mémoire,pour prouver d'une maniere convaincante
que la formation des pierres
dans le tiffu cellulaire eft un accident confécutif
de l'opération de la taille . Une
obfervation communiquée à l'Académie ,
par M. le Gaigneau , Chirurgien à Coulanges
- la- Vineufe , près d'Auxerre , montre
qu'une pierre formée dans le tiffu cellulaire
a pu acquerir un volume monftrueux
& le poids de dix onces & demie.
Le malade l'a portée plus de trente ans , &
elle eft fortie d'elle-même , après avoir ufé
par fon poids les tégumens qui la recouvroient.
Après avoir levé par des faits incontef
tables tous les doutes qu'on pourroit avoir
Hiy
176 MERCURE DE FRANCE.
fur la fiftule incomplette & interne , que
M. Louis établit pour la caufe de l'infiltration
de l'urine , il recherche comment
cette fiftule peut fe former , & il en trouve
la caufe dans la maniere dont le fait
l'incifion dans le grand appareil ; il eft meme
furprenant , dit- il , que cette fiftule
intérieure n'arrive pas plus fouvent , ou
du moins que les faits qui la prouvent ne
foient pas plus connus . En effet , fuivant
la pratique reçue , l'incifion dans le grand
appareil , eft perpendiculaire , & fe fait à
côté du raphé parallelement. Cette incifion
ne peut être prolongée autant qu'on
le défireroit par rapport au rectum : il
faut donc pour pouvoir procurer la fortie
d'une pierre même médiocre , gagner par
en-haut pour la coupe des tégumens & de
l'uretre ; la peau du périnée eft tendue
& tirée vers l'os pubis par l'aide qui foutient
le fcrotum. Lorfque cette action.
ceffe , l'angle fupérieur de l'incifion des
tégumens fe rabbat , & couvre une partie
de l'incifion de l'uretre ; delà un accident
primitif affez commun , c'eft l'échymofe
du fcrotum. Il eſt donc démontré
que dans cette maniere d'opérer l'angle
fupérieur de l'incifion des tégumens ne
correfpond point à la partie fupérieure de
Pincifion de l'uretre ; celle - ci est tou
OCTOBRE. 1755. 177
jours plus haute ; c'eft pourquoi la cicatrice
du haut de la plaie des tégumens ne
confolide point l'angle fupérieur de l'inci
fion faite à l'urethre : Ainfi , lorfqu'on
croit la plaie parfaitement guérie , il refte
une folution de continuité intérieure .
Voilà , dit M. Louis , le point par où l'urine
s'infinue dans les cellules du tiffu qui
avoifine l'uretre ; c'eft là la caufe de la
fiftule intérieure & des concrétions calculeufes
, qui fe forment confécutivement
hors des voies naturelles de l'urine . Pour
prévenir cet accident , il fuffiroit , dir
l'auteur , d'avoir recours aux bougies après
la guérifon apparente des taillés , afin de
la rendre radicale par la parfaite confolidation
de la plaie intérieure .
Après avoir expliqué comment la méthode
du grand appareil donne lieu aux
fiftules complettes , M. Louis dit que cette
opération devroit être entierement abandonnée
, fes réflexions découvrent dans
cette maniere d'opérer des inconvéniens
lefquels mis en parallele avec les avantages
de la taille latérale , donnent à celleci
la prééminence qu'elle mérite.
Quoique l'objet principal de l'auteur
ait été de parler des pierres formées hors
des voies naturelles de l'urine , comme
accident confécutif de l'opération de la
HW
178 MERCURE DE FRANCE.
taille , il traite de la production de pareilles
pierres en des perfonnes qui n'avoient
point été foumifes à la lithotomie.
On fçait que l'urine peut fe frayer des
routes extraordinaires par différentes caufes
, & que par-tout où elle peut féjourner
, elle eft très- difpofée à former des
concrétions , fur- tout lorfqu'elle charrie
des parties graveleufes : cela fe voit dans
les fiftules urinaires. M. Louis en rapporte
plufieurs exemples , & il en tire des
conféquences utiles pour la pratique. Les
pierres font des corps étrangers dont il
faut faire l'extraction ; c'eft un principe général
, mais dans un cas où il y a des fiftules
, M. Louis penfe que ce n'eft pas cette
indication qu'il importe de fuivre en premier
lieu. Il lui paroît plus avantageux de
procurer d'abord un cours libre à l'urine
par une feule iffue , foit en rétabliffant le
conduit naturel dans fes fonctions par l'ufage
méthodique des bougies appropriées
au cas , foit en faifant une incifion au périnée
pour porter une canulle dans la veffie
, afin que l'urine forte directement &
ceffe de fe porter dans tous les finus fiftuleux.
Le premier parti eft le plus doux , &
par conféquent il eft préférable , s'il peut
avoir du fuccès. Quelque parti qu'on prenne
, ce ne fera qu'après avoir procuré une
OCTOBRE . 1755. 179
voie unique pour la fortie de l'urine qu'on
doit penfer à faire l'extraction des concrétions
calculeufes. Leur fituation peut
exiger beaucoup d'habileté de la part du
Chirurgien , & une grande préfence des
connoiffances anatomiques pour pénétrer
dans le fond de ces fiftules à travers des
parties délicates qu'il faut ménager : c'eft
dans ces cas que l'habitude ne peut conduire
la main. Les opérations qui y conviennent
n'ont aucune place ni aucune
étendue fixée par les préceptes. Les fecours
de la main doivent être déterminés par la
néceffité des circonftances dont on ne peut
exprimer les variations . On peut conclure
de tout ceci que dans l'exercice de la Chirurgie
il ne fuffit pas d'avoir des hommes
qui ne fçavent marcher que dans les routes
qui leur ont été frayées. On voit auſſi
combien s'abufent ceux qui , fans avoir
égard à la diverfité prefque infinie des
circonftances , s'arrêtent dans leurs recherches
par la confiance qu'ils ont en un
inftrument ou invention particuliere , par
laquelle ils croient que toutes les difficultés
d'une opération font applanies ; comme
s'il étoit poffible de fe perfuader qu'on
peur à fi peu de frais rendre court & facile
un art que les plus grands génies ont
trouvé long & difficile.
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
M. Dubertrand a terminé la féance
par
la lecture d'une obfervation fur un coup
d'épée qui a percé le diaphragme & l'eftomach.
Tout le monde connoît le danger
des bleffures des parties intérieures ; celles
de l'eftomach ont toujours été mifes au
nombre des plaies mortelles , quoiqu'elles
ne le foient pas néceffairement. Les foins.
d'un habile Chirurgien peuvent être efficaces
pour combattre les fymptomes de ces
fortes de plaies , & prévenir les accidens.
fâcheux qui pourroient en résulter.
Un homme de quarante ans, échauffé par
le vin , reçut un coup d'épée entre la derniere
des vraies côtes & la premiere des.
fauffes près de leurs portions cartilagineufes
du côté gauche ; il fit environ deux.
cens pas à la pourfuite de fon ennemi &
tomba fans connoiffance. Tranfporté chez
lui , il eut des convulfions violentes qui
ne cefferent qu'après lui avoir ferré le ventre
avec une ferviete , fecours qu'il avoit
demandé de lui -même avec inftance . M. Dubertrand
qui vit le malade une heure après
l'accident , le trouva couvert d'une fueur.
froide avec un pouls petit , concentré &
intermittent. La refpiration étoit laborieufe
; un hoquet affez fréquent , le vifage:
tiré & les yeux éteints menaçoient d'une
mort prochaine. Le ventre étoit extraordiOCTOBRE.
1755. 181
nairement dur & élevé. Pour vifiter la
plaie , on ôta la ferviete qui comprimoit
le ventre. Les mouvemens convulfifs fe renouvellerent
avec force. M. Dubertrand
fit prendre au malade quelques grains de
tartre émétique. Le vomiffement que ce
remede procura , fit rendre avec des alimens
non digérés plufieurs caillots de fang,
dont on eftima le poids de vingt onces , &
le malade en rendit environ dix onces par
en bas. La convulfion ceffa après cette évacuation
. La fituation de la plaie , fa direction
& les divers fymptomes qui fe manifeftoient
, firent juger que le diaphragme
avoit été bleffé auffi-bien que l'eftomach.
Le pouls s'étant un peu relevé , le malade
fur faigné quatorze fois pendant les deux
premiers jours chaque faignée n'étoit
que de deux paletes. La prudence ne permettoit
pas de plus grandes évacuations ,
parce que le malade tomboit en fyncope.
Les fomentations émollientes fur le basventre
, en relâcherent les parties. Une
boiffon rendue aigrelette par l'effence de
Rabel appaifoit la foif du bleffé , qui ne
prenoit par la bouche que quelques cueillerées
de cette tifanne & d'une eau de
poulet très- légere. Le troifiéme jour après
la feizieme faignée le malade tomba en
foibleffe , & rendit par les felles une gran
182 MERCURE DE FRANCE.
de quantité de matieres féreufes & foetides.
Quelques gouttes de Lilium dans de l'eau
de plantain , foutenoient artificiellement .
les forces du malade , qu'on tâchoit de réparer
en même tems par des lavemens
nourriffans. La nuit du au 10 le malade ,
fans confulter perfonne , mangea une petite
foupe dont il fut fort incommodé , &
qu'il vomit avec un peu de fang. Le lendemain
matin la fievre revint , ce qui fit
recourir encore à la faignée. Cet orage
étant calmé , on mit le malade par dégrés
aux bouillons nourriffans , à là gelée de
viande , & à la crême de ris. I prenoit
fenfiblement des forces , lorfque fans caufe
manifefte , il lui furvint le 17 une fievre
confidérable , des hoquets fréquens , une
toux violente & une espece de phrénéfie.
Deux faignées & des potions antifpafmodiques
calmerent ces accidens. Depuis , le
malade parut chaque jour fe rétablir ; il
prit des alimens folides par degrés , & le
33° jour il vacqua à fes exercices ordinaires
fans aucune incommodité.
Fermer
Résumé : Suite de la Séance publique de l'Académie de Chirurgie.
Lors d'une séance publique de l'Académie de Chirurgie, plusieurs observations médicales ont été présentées. M. Pipelet a rapporté la cure d'une hernie crurale avec gangrène chez une patiente de 42 ans en 1726. La hernie, apparue après un effort physique, s'était étranglée en 1738, nécessitant une intervention chirurgicale. M. Pipelet et M. Guerin ont débridé l'arcade crurale pour soulager l'étranglement. La patiente a survécu et, après une convalescence, a retrouvé un trajet naturel pour les matières fécales. Quinze ans plus tard, elle jouissait d'une bonne santé. M. Houftet a lu un mémoire sur les exostoses bénignes des os cylindriques, des excroissances osseuses causées par diverses maladies ou traumatismes. Il a distingué plusieurs types d'exostoses en fonction de leur localisation et de leur origine, illustrant ses propos par des observations cliniques. M. Ruffet a partagé deux observations sur l'utilisation des cautères dans le traitement de l'épilepsie. Dans le premier cas, une jeune fille de 18 ans a vu ses crises épileptiques diminuer et cesser après l'application de cautères. Dans le second cas, un homme de 60 ans a connu une rémission de son épilepsie grâce à des cautères, mais a rechuté après avoir cessé leur utilisation. M. Louis a discuté des pierres urinaires formées en dehors des voies naturelles, souvent consécutives à une opération de la taille. La cause identifiée est une fistule intérieure dans l'urètre, résultant d'une cicatrisation incomplète. Cette fistule permet l'infiltration lente de l'urine dans les tissus cellulaires, favorisant la formation de concrétions calculeuses. M. Louis critique la méthode ancienne du grand appareil, qui ne permet pas une cicatrisation parfaite de l'urètre, et recommande l'utilisation de bougies pour assurer une consolidation intérieure après l'opération. Il propose également la taille latérale pour éviter ces complications et insiste sur l'importance de rétablir un cours libre à l'urine avant d'envisager l'extraction des concrétions. Enfin, M. Dubertrand a rapporté un cas de coup d'épée ayant percé le diaphragme et l'estomac, soulignant les soins nécessaires pour traiter de telles blessures.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
p. 166-170
Ouverture des Ecoles de Chirurgie de Bordeaux, [titre d'après la table]
Début :
L'ouverture des Ecoles des Maîtres en Chirurgie de Bordeaux, qui avoit [...]
Mots clefs :
Chirurgie, Amphithéâtre, Élèves, Maîtres en chirurgie, Bordeaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ouverture des Ecoles de Chirurgie de Bordeaux, [titre d'après la table]
'Ouverture des Ecoles des Maîtres en
L Chirurgie de Bordeaux , qui avoit
été annoncée dans les nouvelles publiques
pour le commencement de Mai , n'a pu fo
faire que dans le mois de Juin . Ils ont célébré
cette fête avec beaucoup d'éclat pendant
trois jours confécutifs. Le 18 ils
firent chanter une grand'Meffe folemnelle
du S. Efprit , après laquelle le Célébrant fit
la bénédiction de l'amphithéatre , & en fit
la dédicace à S. Cofme. Le 19 , on fir
depuis fix heures du matin jufqu'au foir
plufieurs décharges des canons qu'on avoit
placés dans la Cour. A trois heures de
l'après -midi , les Maîtres en Chirurgie fe
rendirent dans l'amphithéatre pour entendre
prononcer par le fieur Balai , lieute
nant de Monfieur le premier Chirurgien
du Roi , un difcours très- éloquent , relatif
*au fujer , & qui fat du goût de tout le
monde. Le Parlement , le Corps de Ville ,
l'Univerfité , l'Académie Royale des Sciences
, & un très - grand nombre de perſonnes
de diftinction , honorerent l'affemblée de
leur préfence , & témoignerent par un
applaudiffement général , la fatisfaction
NOVEMBRE. 1755. 167
qu'ils avoient d'un établiſſement auffi précieux
pour la confervation des citoyens.
Après le difcours les Officiers de la compagnie
firent fervir toutes fortes de rafraî
chiffemens qu'ils avoient eu la précaution
de faire préparer dans une falle à caufe de
la chaleur exceffive de la faifon . Le foir ,
il y eut un grand repas pendant lequel on
décora l'Ecole d'une brillante illumina
tion : la principale entrée étoit ornée de
plufieurs pilaftres & panneaux formant
un ordre Ionique ; on avoit pofé au - deffus
plufieurs vafes entre lefquels étoit un fronton
d'un beau deffein, qui couronnoit toute
la façade & en faifoit le principal ornement
: le tout étoit garni de lampions &
I de pots de feu. Dans l'intérieur de la cour,
on voyoit le pleinthe de l'architrave de
l'amphithéatre garni de terrines de feu ;
les pilaftres de fon entrée imitant un ordre
Dorique étoient parfemés d'une infinité
de lampions , & ornés de guirlandes , de
pampres & de lauriers , ce qui offroit le
fpectacle le plus gracieux & le plus amufant
qu'on ait vu depuis longtems dans
cette ville. Vers les onze heures du foir
il y eut un feu d'artifice très-bien exécuté,
avant & après lequel on jetta une trèsgrande
quantité de fufées jufqu'à une
heure après minuit. La férénité de la nuit
168 MERCURE DE FRANCE.
ne contribua pas peu à embellir la décoration.
Beaucoup de perfonnes & plufieurs
dames attirées la curiofité de voir le
par
feu d'artifice , furent régalées de plufieurs
rafraîchiffemens qu'on eut l'honneur de
leur préfenter : le peuple participa auffi à
la joie générale ; on fit couler fans interruption
pendant l'après-midi , deux fonaines
de vin ; tout fe paffa dans le plus
grand ordre , malgré l'affluence & le concours
prodigieux du peuple qui venoit de
routes parts.
Quelque eclatante que fût cette fète ,
elle n'auroit fait dans les efprits qu'une
légere fenfation , fi les Maîtres en Chirurgie
ne s'étoient attachés à en perpétuer
le fouvenir par des exercices plus durables
; ils avoient affigné au lendemain
une fête plus intéreffante pour les Eleves
en Chirurgie ; en effet , le 20 ils affifterent
en foule dans l'amphithéatre , à la
premiere démonftration de l'Oftéologie
qui leur fut faite par le fieur Dubruel , &
qu'il continue avec toute l'efficacité poffible.
Ce n'eft pas le feul cours que cette
compagnie s'eft propofé de faire : elle a
nommé quatre démonftrateurs * pour
remplir fes intentions. Le fieur Lafourcade
fils , trairera des principes de Chirur-
Les quatre Démonftrateurs font Maîtres- ès- arts.
gie ,
NOVEMBRE. 1755. 169
gie , le fieur Larrieu fils démontrera l'anatomie
, le fieur Dupuy fera les opérations
de Chirurgie ; & le fieur Dubruel , après
avoir fait la démonftration des os , traitera
des maladies qui les affectent. On a cru
devoir commencer par ce dernier cours
afin de faciliter aux éleves en Chirurgie
les moyens les plus fûrs de faire de plus
grands progrès , & pour les mettre en état
d'acquerir plus promptement les connoiffances
que doivent leur donner les autres
Démonftrateurs. Le grand nombre des curieux
qui affiftent aux leçons , & l'affiduité
des éleves qui s'y rendent , plutôt par
émulation que par bienféance , font des
fürs garans du fuccès & des avantages
qu'on doit fe promettre de cet établiffement
ordonné par le Roi , ( conformément
aux lettres patentes du 8 Septembre 1752)
' conftruit par la generofité des Maîtres en
Chirurgie , & foutenu par la protection &
les bienfaits de M. de la Martiniere , premier
Chirurgien de Sa Majefté , qui en a
donné des preuves à cette compagnie dans
bien des occafions , notamment l'année
derniere , en lui obtenant des ftaruts follicités
depuis plufieurs années, par lefquels
les Maîtres en Chirurgie lettres jouiront dorénavant
de prérogatives honorables , ainfi
que ceux qui exerceront ou feront exercer
H
170 MERCURE DE FRANCE.
par leurs éleves la Chirurgie , fans aucun
mêlange de barberie .
L Chirurgie de Bordeaux , qui avoit
été annoncée dans les nouvelles publiques
pour le commencement de Mai , n'a pu fo
faire que dans le mois de Juin . Ils ont célébré
cette fête avec beaucoup d'éclat pendant
trois jours confécutifs. Le 18 ils
firent chanter une grand'Meffe folemnelle
du S. Efprit , après laquelle le Célébrant fit
la bénédiction de l'amphithéatre , & en fit
la dédicace à S. Cofme. Le 19 , on fir
depuis fix heures du matin jufqu'au foir
plufieurs décharges des canons qu'on avoit
placés dans la Cour. A trois heures de
l'après -midi , les Maîtres en Chirurgie fe
rendirent dans l'amphithéatre pour entendre
prononcer par le fieur Balai , lieute
nant de Monfieur le premier Chirurgien
du Roi , un difcours très- éloquent , relatif
*au fujer , & qui fat du goût de tout le
monde. Le Parlement , le Corps de Ville ,
l'Univerfité , l'Académie Royale des Sciences
, & un très - grand nombre de perſonnes
de diftinction , honorerent l'affemblée de
leur préfence , & témoignerent par un
applaudiffement général , la fatisfaction
NOVEMBRE. 1755. 167
qu'ils avoient d'un établiſſement auffi précieux
pour la confervation des citoyens.
Après le difcours les Officiers de la compagnie
firent fervir toutes fortes de rafraî
chiffemens qu'ils avoient eu la précaution
de faire préparer dans une falle à caufe de
la chaleur exceffive de la faifon . Le foir ,
il y eut un grand repas pendant lequel on
décora l'Ecole d'une brillante illumina
tion : la principale entrée étoit ornée de
plufieurs pilaftres & panneaux formant
un ordre Ionique ; on avoit pofé au - deffus
plufieurs vafes entre lefquels étoit un fronton
d'un beau deffein, qui couronnoit toute
la façade & en faifoit le principal ornement
: le tout étoit garni de lampions &
I de pots de feu. Dans l'intérieur de la cour,
on voyoit le pleinthe de l'architrave de
l'amphithéatre garni de terrines de feu ;
les pilaftres de fon entrée imitant un ordre
Dorique étoient parfemés d'une infinité
de lampions , & ornés de guirlandes , de
pampres & de lauriers , ce qui offroit le
fpectacle le plus gracieux & le plus amufant
qu'on ait vu depuis longtems dans
cette ville. Vers les onze heures du foir
il y eut un feu d'artifice très-bien exécuté,
avant & après lequel on jetta une trèsgrande
quantité de fufées jufqu'à une
heure après minuit. La férénité de la nuit
168 MERCURE DE FRANCE.
ne contribua pas peu à embellir la décoration.
Beaucoup de perfonnes & plufieurs
dames attirées la curiofité de voir le
par
feu d'artifice , furent régalées de plufieurs
rafraîchiffemens qu'on eut l'honneur de
leur préfenter : le peuple participa auffi à
la joie générale ; on fit couler fans interruption
pendant l'après-midi , deux fonaines
de vin ; tout fe paffa dans le plus
grand ordre , malgré l'affluence & le concours
prodigieux du peuple qui venoit de
routes parts.
Quelque eclatante que fût cette fète ,
elle n'auroit fait dans les efprits qu'une
légere fenfation , fi les Maîtres en Chirurgie
ne s'étoient attachés à en perpétuer
le fouvenir par des exercices plus durables
; ils avoient affigné au lendemain
une fête plus intéreffante pour les Eleves
en Chirurgie ; en effet , le 20 ils affifterent
en foule dans l'amphithéatre , à la
premiere démonftration de l'Oftéologie
qui leur fut faite par le fieur Dubruel , &
qu'il continue avec toute l'efficacité poffible.
Ce n'eft pas le feul cours que cette
compagnie s'eft propofé de faire : elle a
nommé quatre démonftrateurs * pour
remplir fes intentions. Le fieur Lafourcade
fils , trairera des principes de Chirur-
Les quatre Démonftrateurs font Maîtres- ès- arts.
gie ,
NOVEMBRE. 1755. 169
gie , le fieur Larrieu fils démontrera l'anatomie
, le fieur Dupuy fera les opérations
de Chirurgie ; & le fieur Dubruel , après
avoir fait la démonftration des os , traitera
des maladies qui les affectent. On a cru
devoir commencer par ce dernier cours
afin de faciliter aux éleves en Chirurgie
les moyens les plus fûrs de faire de plus
grands progrès , & pour les mettre en état
d'acquerir plus promptement les connoiffances
que doivent leur donner les autres
Démonftrateurs. Le grand nombre des curieux
qui affiftent aux leçons , & l'affiduité
des éleves qui s'y rendent , plutôt par
émulation que par bienféance , font des
fürs garans du fuccès & des avantages
qu'on doit fe promettre de cet établiffement
ordonné par le Roi , ( conformément
aux lettres patentes du 8 Septembre 1752)
' conftruit par la generofité des Maîtres en
Chirurgie , & foutenu par la protection &
les bienfaits de M. de la Martiniere , premier
Chirurgien de Sa Majefté , qui en a
donné des preuves à cette compagnie dans
bien des occafions , notamment l'année
derniere , en lui obtenant des ftaruts follicités
depuis plufieurs années, par lefquels
les Maîtres en Chirurgie lettres jouiront dorénavant
de prérogatives honorables , ainfi
que ceux qui exerceront ou feront exercer
H
170 MERCURE DE FRANCE.
par leurs éleves la Chirurgie , fans aucun
mêlange de barberie .
Fermer
Résumé : Ouverture des Ecoles de Chirurgie de Bordeaux, [titre d'après la table]
L'ouverture des Écoles des Maîtres en Chirurgie de Bordeaux, initialement prévue pour mai, a eu lieu en juin sur trois jours. Le 18 juin, une grand-messe solennelle du Saint-Esprit a été chantée, suivie de la bénédiction et de la dédicace de l'amphithéâtre à Saint-Côme. Le 19 juin, des salves de canons ont été tirées et un discours élogieux sur la chirurgie a été prononcé par le sieur Balai. De nombreuses personnalités, dont le Parlement, le Corps de Ville, l'Université, et l'Académie Royale des Sciences, ont assisté à l'événement, exprimant leur satisfaction pour cet établissement bénéfique à la conservation des citoyens. Après le discours, des rafraîchissements et un grand repas ont été offerts, accompagnés d'une illumination brillante de l'école et d'un feu d'artifice. Le peuple a également participé à la joie générale avec des fontaines de vin coulant sans interruption. Le 20 juin, une démonstration d'ostéologie a été faite par le sieur Dubruel, marquant le début des cours. Quatre démonstrateurs ont été nommés pour enseigner divers aspects de la chirurgie : Lafourcade fils pour les principes de chirurgie, Larrieu fils pour l'anatomie, Dupuy pour les opérations de chirurgie, et Dubruel pour les maladies osseuses. L'établissement, ordonné par le Roi et soutenu par la générosité des Maîtres en Chirurgie et la protection de M. de la Martinière, promet un succès et des avantages significatifs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
p. 170-176
Lettre à l'Auteur du Mercure.
Début :
Monsieur, si le Public éclairé n'eût sçu depuis longtems apprécier tout [...]
Mots clefs :
Académie, Académie royale de chirurgie, Lambeau, Méthode, Chirurgie, Chirurgien, Henry-François Le Dran, Raimon de Vermale
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre à l'Auteur du Mercure.
Lettre à l'Auteur du Mercure.
Mfçu
depuis
Onfieur , fi le Public éclairé n'eût
fçu depuis longtems apprécier tout
ce qui lui vient de la part d'un Anonyme ,
j'aurois pu le défabufer , & répliquer au
Mémoire inféré dans votre Journal du
mois de Juin ( a ) pour repouffer les traits
de l'impoſture avec le bouclier de la verité
; mais je fçais , comme ce fage public ,
méprifer ce qui eft méprifable. Qui male
agit , odit lucem ; & cela feul m'auroit impofé
filence , fi je ne devois rendre juftice
à M. Ravaton , qu'on pourroit peut -être
foupçonner auteur du memoire.
Mais ce Chirurgien- major regardant la
verité comme un principe de vertu chez
toutes les nations , fouffre toujours de la
voir alterée , & il defapprouve fort la
hardieffe de fon éleve : il affure même
dans une de fes lettres datée du 16 de ce
mois , qu'il n'a en aucune part à ce même
mémoire , & que c'est lui faire un tort infini
que de le penfer. Je crois , Monfieur , que
cet aveu fait par un homme auffi refpec
(a)Second vol.
NOVEMBRE. 1755. 171
table & auffi intereffé à la gloire que lui
attribue le mémoire , ne doit laiffer aucun
doute fur le faux témoignage de l'anonyme
, qui veut contre toute apparence
me rendre témoin de l'amputation à lambeaux
de M. Ravaton , & conftater l'impoffibilité
de la mienne ; mais pour en
prouver la poffibilité & en convaincre les
incrédules , je vous prie de vouloir bien
placer les lettres ci jointes dans quelque
volume de votre Journal ; le bien public
doit vous y exciter.
J'ai l'honneur d'être , &c.
Le 20 Septembre 1755
Vermale.
Lettre de M. Ledran , membre de l'Académie
royale de Chirurgie , à M. Remon de
Vermale , Confeiller , premier Chirurgien
de l'Electeur Palatin , & aſſocié de cette
même Académie.
MONSIEUR , j'apprends avec plaifir
que vous faites fleurir la Chirurgie françoife
en Allemagne , & que vous foutenez
ainfi l'honneur de la nation . J'efpere que
vous voudrez bien continuer de faire
part
à notre Académie de ce qui vous paffera
par
les mains de curieux ou d'inftructif.
Je vous félicite du fuccès de votre am-
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
putation à deux lambeaux ; il faudroitqu'il
y eût des chofes bien extraordinaires
fi elle ne réuffiffoit pas. Mais comme
vous me demandez , Monfieur , mon avisfur
les trois manieres que vous propoſez ,
je crois devoir préferer celle qui porte perpendiculairement
un biftouri long , étroit
& très- pointu jufqu'à l'os , & de le gliffer
à côté de fa
circonférence pour percer audeffous
de la cuiffe les mufcles & la peau
de dedans en dehors , comme il les a d'abord
percés de dehors en dedans , & pour
former enfuite à droite & à gauche les
deux lambeaux projettés.
C'eft du moins comme je l'ai faite fur
les deux cadavres depuis que vous m'avez
fait part de ces perfections , & c'eft ainfi
que je l'enfeigne dans le traité d'opérations
que je vais donner au public, en vous rendant
, Monfieur , tout l'honneur qui vous
eft dû .
L'opération faite de cette maniere eft
très- prompte & praticable à tous les membres.
Le point effentiel eft de bien diriger le
tranchant du biftouri en faifant les lambeaux
, pour déterminer leur figure & leur
longueur relativement au volume du membre.
Je ne fçais fi M. Ravaton fera content
de la préference que je donne publiquement
à votre méthode .
NOVEMBRE. 1755. 173
On imprime actuellement les mémoires
de notre Academie , & M. de Lapeyronie
m'a affuré que vous y feriez à la tête des
Medecins & Chirurgiens célebres que nous
avons agregés.
Aimez - nous toujours un peu , & foyez
perfuadé de l'amitié la plus fincere , avec
laquelle je ferai toute ma vie & fans réferve
, votre , & c.
A Paris , ce 31 Mars 1742.
Ledran.
Lettre de M. Dankers , Médecin de S.A. S.
le Langrave de Darmstad , à M. Remon
de Vermale , &c .
MONSIEUR, le malade en queftion eft
déja très fatisfait des bons confeils que
vous nous avez donnés fur fon état ; mais
il fe flatte que vous voudrez bien prendre
la pofte pour venir ici en juger par
vous-même.
M. le Baron & Madame la Barone de
Scherautenbach efperent que vous voudrez
bien prendre votre quartier chez eux ,
m'ont chargé de vous faire en attendant
mille complimens de leur part. M. le Confeiller
de Schade eft dans un état fi bon
qu'il ne peut affez divulguer les obligations
qu'il vous a. Il dit partout que
H iij
774 MERCURE DE FRANCE.
c'est à tort qu'on taxe les Chirurgiens François
de vouloir toujours couper & fans néceffité
; il fe donne pour exemple avouant
que fans les grandes incifions que vous lui
avez faites , il auroit certainement perdu
fa jambe. Ne communiquerez- vous pas
fon accident à l'Academie?
Mais à propos de vos malades , j'ai vu
ces jours derniers la pauvre Goëling qui a
paffé ici avec fes parens pour aller chercher
fortune à Philadelphie. J'ai examiné
le refte du bras que vous lui aviez amputé
par votre nouvelle méthode , & j'ai admiré
la réunion des deux lambeaux.
On n'y voit aux endroits de la cicatrice
qu'une espece de ride ou de petit fillon
peu profond , & qui s'efface à mesure qu'il
s'approche de l'extrêmité du moignon ,
où on apperçoit à peine une ligne blanche
dans le centre , fort étroite & très-fuperficielle
; la cicatrice inférieure eft la plus
apparente , parce qu'elle eft un peu plus
creufe vers fon milieu . Je ne puis affez
applaudir à la bonté de cette méthode , qui
vous fait un honneur infini.
J'ai l'honneur d'être , & c .
Danskers , D. M.
A Darmstad , le 12 Mai 1744.
1
NOVEMBRE. 1755. 175
Extrait d'une lettre de M. Hoffmann , Chirurgien-
major de la ville & de l'hôpital de
Maftreich , à M. de Vermale , &c.
Il y a long- tems , Monfieur , que je me
fais gloire de me dire votre difciple , en
pratiquant avec fuccès votre méthode
d'amputer à deux lambeaux. J'ai eu plufieurs
fois l'occafion de l'employer depuis
1746 , & même à la jambe fur deux malades
, dont l'un fortit de l'hôpital parfaitement
guéri le vingtieme jour , & l'autre le vingttroifieme
après l'opération. Il paroit que M.
Ravaton n'avoit pas bien refléchi fur votre
méthode , lorfqu'il fit imprimer fon
traité des plaies d'armes à feu ; car je lui
crois trop de droiture dans fon procedé &
trop de zele pour la Chirurgie , pour ne
pas accorder à votre façon d'amputer la
fuperiorité qui lui eft due fur la fienne ,
que j'ai auffi pratiquée avec affez de fuccès.
Je me réſerve , Monfieur , de vous en dire
davantage lorfque vous me permettrez de
vous faire part des changemens que j'y ai
faits . Recevez en attendant les fentimens
de la vénération que m'infpire votre merite
diftingué , & du profond refpect avec
lequel je ne cefferai d'être votre très humble
, & c .
Hoffmann.
T
A Maftreich , le 18 Mai 1753 .
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
Après la lecture de ces lettres , on peut
certainement conclure que fi l'anonyme
doué de lumieres fuperieures à celles
qu'ont les plus refpectables Chirurgiens
de Paris , n'a jamais pu , comme il nous
en affure , former deux lambeaux fur le
cadavre , en fuivant la méthode de M. de
Vermale , ce n'eft qu'à lui feul qu'il doit
s'en prendre.
Mfçu
depuis
Onfieur , fi le Public éclairé n'eût
fçu depuis longtems apprécier tout
ce qui lui vient de la part d'un Anonyme ,
j'aurois pu le défabufer , & répliquer au
Mémoire inféré dans votre Journal du
mois de Juin ( a ) pour repouffer les traits
de l'impoſture avec le bouclier de la verité
; mais je fçais , comme ce fage public ,
méprifer ce qui eft méprifable. Qui male
agit , odit lucem ; & cela feul m'auroit impofé
filence , fi je ne devois rendre juftice
à M. Ravaton , qu'on pourroit peut -être
foupçonner auteur du memoire.
Mais ce Chirurgien- major regardant la
verité comme un principe de vertu chez
toutes les nations , fouffre toujours de la
voir alterée , & il defapprouve fort la
hardieffe de fon éleve : il affure même
dans une de fes lettres datée du 16 de ce
mois , qu'il n'a en aucune part à ce même
mémoire , & que c'est lui faire un tort infini
que de le penfer. Je crois , Monfieur , que
cet aveu fait par un homme auffi refpec
(a)Second vol.
NOVEMBRE. 1755. 171
table & auffi intereffé à la gloire que lui
attribue le mémoire , ne doit laiffer aucun
doute fur le faux témoignage de l'anonyme
, qui veut contre toute apparence
me rendre témoin de l'amputation à lambeaux
de M. Ravaton , & conftater l'impoffibilité
de la mienne ; mais pour en
prouver la poffibilité & en convaincre les
incrédules , je vous prie de vouloir bien
placer les lettres ci jointes dans quelque
volume de votre Journal ; le bien public
doit vous y exciter.
J'ai l'honneur d'être , &c.
Le 20 Septembre 1755
Vermale.
Lettre de M. Ledran , membre de l'Académie
royale de Chirurgie , à M. Remon de
Vermale , Confeiller , premier Chirurgien
de l'Electeur Palatin , & aſſocié de cette
même Académie.
MONSIEUR , j'apprends avec plaifir
que vous faites fleurir la Chirurgie françoife
en Allemagne , & que vous foutenez
ainfi l'honneur de la nation . J'efpere que
vous voudrez bien continuer de faire
part
à notre Académie de ce qui vous paffera
par
les mains de curieux ou d'inftructif.
Je vous félicite du fuccès de votre am-
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
putation à deux lambeaux ; il faudroitqu'il
y eût des chofes bien extraordinaires
fi elle ne réuffiffoit pas. Mais comme
vous me demandez , Monfieur , mon avisfur
les trois manieres que vous propoſez ,
je crois devoir préferer celle qui porte perpendiculairement
un biftouri long , étroit
& très- pointu jufqu'à l'os , & de le gliffer
à côté de fa
circonférence pour percer audeffous
de la cuiffe les mufcles & la peau
de dedans en dehors , comme il les a d'abord
percés de dehors en dedans , & pour
former enfuite à droite & à gauche les
deux lambeaux projettés.
C'eft du moins comme je l'ai faite fur
les deux cadavres depuis que vous m'avez
fait part de ces perfections , & c'eft ainfi
que je l'enfeigne dans le traité d'opérations
que je vais donner au public, en vous rendant
, Monfieur , tout l'honneur qui vous
eft dû .
L'opération faite de cette maniere eft
très- prompte & praticable à tous les membres.
Le point effentiel eft de bien diriger le
tranchant du biftouri en faifant les lambeaux
, pour déterminer leur figure & leur
longueur relativement au volume du membre.
Je ne fçais fi M. Ravaton fera content
de la préference que je donne publiquement
à votre méthode .
NOVEMBRE. 1755. 173
On imprime actuellement les mémoires
de notre Academie , & M. de Lapeyronie
m'a affuré que vous y feriez à la tête des
Medecins & Chirurgiens célebres que nous
avons agregés.
Aimez - nous toujours un peu , & foyez
perfuadé de l'amitié la plus fincere , avec
laquelle je ferai toute ma vie & fans réferve
, votre , & c.
A Paris , ce 31 Mars 1742.
Ledran.
Lettre de M. Dankers , Médecin de S.A. S.
le Langrave de Darmstad , à M. Remon
de Vermale , &c .
MONSIEUR, le malade en queftion eft
déja très fatisfait des bons confeils que
vous nous avez donnés fur fon état ; mais
il fe flatte que vous voudrez bien prendre
la pofte pour venir ici en juger par
vous-même.
M. le Baron & Madame la Barone de
Scherautenbach efperent que vous voudrez
bien prendre votre quartier chez eux ,
m'ont chargé de vous faire en attendant
mille complimens de leur part. M. le Confeiller
de Schade eft dans un état fi bon
qu'il ne peut affez divulguer les obligations
qu'il vous a. Il dit partout que
H iij
774 MERCURE DE FRANCE.
c'est à tort qu'on taxe les Chirurgiens François
de vouloir toujours couper & fans néceffité
; il fe donne pour exemple avouant
que fans les grandes incifions que vous lui
avez faites , il auroit certainement perdu
fa jambe. Ne communiquerez- vous pas
fon accident à l'Academie?
Mais à propos de vos malades , j'ai vu
ces jours derniers la pauvre Goëling qui a
paffé ici avec fes parens pour aller chercher
fortune à Philadelphie. J'ai examiné
le refte du bras que vous lui aviez amputé
par votre nouvelle méthode , & j'ai admiré
la réunion des deux lambeaux.
On n'y voit aux endroits de la cicatrice
qu'une espece de ride ou de petit fillon
peu profond , & qui s'efface à mesure qu'il
s'approche de l'extrêmité du moignon ,
où on apperçoit à peine une ligne blanche
dans le centre , fort étroite & très-fuperficielle
; la cicatrice inférieure eft la plus
apparente , parce qu'elle eft un peu plus
creufe vers fon milieu . Je ne puis affez
applaudir à la bonté de cette méthode , qui
vous fait un honneur infini.
J'ai l'honneur d'être , & c .
Danskers , D. M.
A Darmstad , le 12 Mai 1744.
1
NOVEMBRE. 1755. 175
Extrait d'une lettre de M. Hoffmann , Chirurgien-
major de la ville & de l'hôpital de
Maftreich , à M. de Vermale , &c.
Il y a long- tems , Monfieur , que je me
fais gloire de me dire votre difciple , en
pratiquant avec fuccès votre méthode
d'amputer à deux lambeaux. J'ai eu plufieurs
fois l'occafion de l'employer depuis
1746 , & même à la jambe fur deux malades
, dont l'un fortit de l'hôpital parfaitement
guéri le vingtieme jour , & l'autre le vingttroifieme
après l'opération. Il paroit que M.
Ravaton n'avoit pas bien refléchi fur votre
méthode , lorfqu'il fit imprimer fon
traité des plaies d'armes à feu ; car je lui
crois trop de droiture dans fon procedé &
trop de zele pour la Chirurgie , pour ne
pas accorder à votre façon d'amputer la
fuperiorité qui lui eft due fur la fienne ,
que j'ai auffi pratiquée avec affez de fuccès.
Je me réſerve , Monfieur , de vous en dire
davantage lorfque vous me permettrez de
vous faire part des changemens que j'y ai
faits . Recevez en attendant les fentimens
de la vénération que m'infpire votre merite
diftingué , & du profond refpect avec
lequel je ne cefferai d'être votre très humble
, & c .
Hoffmann.
T
A Maftreich , le 18 Mai 1753 .
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
Après la lecture de ces lettres , on peut
certainement conclure que fi l'anonyme
doué de lumieres fuperieures à celles
qu'ont les plus refpectables Chirurgiens
de Paris , n'a jamais pu , comme il nous
en affure , former deux lambeaux fur le
cadavre , en fuivant la méthode de M. de
Vermale , ce n'eft qu'à lui feul qu'il doit
s'en prendre.
Fermer
Résumé : Lettre à l'Auteur du Mercure.
Dans une lettre adressée à l'éditeur du Mercure, un auteur conteste un mémoire anonyme publié en juin 1755, qui critique ses techniques chirurgicales. Il affirme que le public éclairé rejette les impostures et que la vérité doit triompher. L'auteur mentionne M. Ravaton, un chirurgien-major, qui désapprouve le mémoire et nie en être l'auteur. Pour défendre sa méthode d'amputation à deux lambeaux, l'auteur demande à l'éditeur de publier des lettres de soutien. La première lettre provient de M. Ledran, membre de l'Académie royale de Chirurgie, qui félicite M. Vermale pour ses succès en Allemagne et approuve sa méthode d'amputation. Ledran décrit en détail la technique, la recommandant pour sa rapidité et son efficacité. La deuxième lettre est de M. Dankers, médecin du Langrave de Darmstadt, qui témoigne de la satisfaction d'un patient ayant bénéficié de la méthode de M. Vermale. Dankers admire la cicatrisation obtenue et mentionne d'autres cas réussis, ainsi que l'appréciation de la méthode par des patients et des collègues. La troisième lettre, écrite par M. Hoffmann, chirurgien-major de la ville et de l'hôpital de Maestricht, confirme l'efficacité de la méthode de M. Vermale, qu'il pratique avec succès depuis 1746. Hoffmann critique implicitement M. Ravaton pour ne pas avoir reconnu la supériorité de la méthode de M. Vermale. Ces lettres attestent de la reconnaissance et de l'efficacité de la méthode chirurgicale de M. Vermale, contredisant ainsi les accusations du mémoire anonyme.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
14
p. 202-204
Lettre à l'Auteur du Mercure.
Début :
MONSIEUR, l'observation, que je vous prie d'insérer dans le Mercure, n'est qu'une [...]
Mots clefs :
Chirurgie, Chirurgien, Amputation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre à l'Auteur du Mercure.
Lettre à l'Auteur du Mercure .
ONSIEUR, l'obfervation , que je vous
prie d'inférer dans le Mercure , n'eft qu'une
confirmation d'une infinité d'autres que
vous trouverez répandues dans nos auteurs.
Ne la croyez pas néanmoins inutile , parce
que ce n'eft point une découverte. Dans
bien des cas , où le progrès de l'art ne nous
permet point de nous conduire à priori
l'expérience doit nous guider ; & furtout
dans les cas chirurgicaux , l'on ne fçauroit
affez accumuler de pareils faits pour affurer
la pratique. C'eft d'ailleurs fervir la
fociété que d'avertir le Chirurgien que la
nature eft toujours capable de ranimer des
parties que l'art lui prefcrivoit d'amputer.
Le 15 du mois de May dernier , je fus
appellé par un Chirurgien de cette ville ,
pour décider s'il falloit féparer totalement
le poignet d'un jeune homme , prefqu'entierement
coupé d'un coup de couteau de
chaffe qu'il venoit de recevoir. Je crus au
premier coup d'oeil , qu'il n'étoit foutenu
que par le tégument du côté du radius , &
DECEMBRE 1755- 203
que tout étoit tranché , arteres , veines ,
nerfs , tendons , tant des fléchiffeurs , que
des extenfeurs propres & communs , de
même que le radius & cubitus dans leurs
extrêmités inférieures ; & qu'ainfi il ne reftoit
d'autres fecours à porter au bleffé , que
de profiter de l'amputation déja faite . En
examinant cependant de plus près fi la
fection de deux os étoit unie , je découvris
l'artere radiale intacte. L'heureux tempérament
du fujet , fon âge d'environ
vingt-cinq ans , joints à cette circonftance ,
me firent naître pour lors l'idée de la
réunion que je fis effayer , me promettant
toujours d'en venir à l'amputation , fi
la nature ne me fecondoit. Le premier appareil
pofé , j'ordonnai les remedes géné
raux , & en attendant qu'on pût le lever ,
j'eus foin de faire examiner foir & matin
l'état de la partie malade , que le Chirurgien
fomentoit plufieurs fois par jour.
Douze heures après le coup reçu , nous
fentîmes que la main avoit repris fa chaleur
naturelle & même au-delà. Quarantehuit
heures après , à la levée du premier
appareil , je trouvai des pulfations au petit
doigt très diftinctes au rameau que lui
fournit la cubitale. Pour lors , je ne dout ai
point que la nature n'eût heureuſement
rencontré quelque anaſtomoſe ; & que
la
I vj
204 MERCURE DE FRANCE
circulation ne fût rétablie partout . Dèslors
je promis une entiere réunion pourvu
que les os ne s'exfoliaffent point , qu'il
n'y eût point de fuppuration interne ; ou
que celle qui commerçoit extérieurement,
quoique légere , ne fusât point. Aucun de
ces malheurs ne nous eft arrivé heureufement.
Dans trente- fept jours la confolidation
a été faite . Le malade en eft quitte par
la perte totale du mouvement , & un
anéantiffement prefque parfait du fentiment.
Après un pareil exemple , qui n'eft
cependant pas unique , vous devez fentir ,
Monfieur , combien il eft effentiel de différer
dans le traitement des bleffures , toute
efpece d'amputation & combien le
public eft intéreffé , que tous ceux qui
exercent cette profeffion en foient inf
truits. Quand on n'éviteroit qu'un coup
de biftouri , c'est toujours faire un bien.
J'ai l'honneur d'être , &c.
A Aurillac , le 28 Juin 1755%
ONSIEUR, l'obfervation , que je vous
prie d'inférer dans le Mercure , n'eft qu'une
confirmation d'une infinité d'autres que
vous trouverez répandues dans nos auteurs.
Ne la croyez pas néanmoins inutile , parce
que ce n'eft point une découverte. Dans
bien des cas , où le progrès de l'art ne nous
permet point de nous conduire à priori
l'expérience doit nous guider ; & furtout
dans les cas chirurgicaux , l'on ne fçauroit
affez accumuler de pareils faits pour affurer
la pratique. C'eft d'ailleurs fervir la
fociété que d'avertir le Chirurgien que la
nature eft toujours capable de ranimer des
parties que l'art lui prefcrivoit d'amputer.
Le 15 du mois de May dernier , je fus
appellé par un Chirurgien de cette ville ,
pour décider s'il falloit féparer totalement
le poignet d'un jeune homme , prefqu'entierement
coupé d'un coup de couteau de
chaffe qu'il venoit de recevoir. Je crus au
premier coup d'oeil , qu'il n'étoit foutenu
que par le tégument du côté du radius , &
DECEMBRE 1755- 203
que tout étoit tranché , arteres , veines ,
nerfs , tendons , tant des fléchiffeurs , que
des extenfeurs propres & communs , de
même que le radius & cubitus dans leurs
extrêmités inférieures ; & qu'ainfi il ne reftoit
d'autres fecours à porter au bleffé , que
de profiter de l'amputation déja faite . En
examinant cependant de plus près fi la
fection de deux os étoit unie , je découvris
l'artere radiale intacte. L'heureux tempérament
du fujet , fon âge d'environ
vingt-cinq ans , joints à cette circonftance ,
me firent naître pour lors l'idée de la
réunion que je fis effayer , me promettant
toujours d'en venir à l'amputation , fi
la nature ne me fecondoit. Le premier appareil
pofé , j'ordonnai les remedes géné
raux , & en attendant qu'on pût le lever ,
j'eus foin de faire examiner foir & matin
l'état de la partie malade , que le Chirurgien
fomentoit plufieurs fois par jour.
Douze heures après le coup reçu , nous
fentîmes que la main avoit repris fa chaleur
naturelle & même au-delà. Quarantehuit
heures après , à la levée du premier
appareil , je trouvai des pulfations au petit
doigt très diftinctes au rameau que lui
fournit la cubitale. Pour lors , je ne dout ai
point que la nature n'eût heureuſement
rencontré quelque anaſtomoſe ; & que
la
I vj
204 MERCURE DE FRANCE
circulation ne fût rétablie partout . Dèslors
je promis une entiere réunion pourvu
que les os ne s'exfoliaffent point , qu'il
n'y eût point de fuppuration interne ; ou
que celle qui commerçoit extérieurement,
quoique légere , ne fusât point. Aucun de
ces malheurs ne nous eft arrivé heureufement.
Dans trente- fept jours la confolidation
a été faite . Le malade en eft quitte par
la perte totale du mouvement , & un
anéantiffement prefque parfait du fentiment.
Après un pareil exemple , qui n'eft
cependant pas unique , vous devez fentir ,
Monfieur , combien il eft effentiel de différer
dans le traitement des bleffures , toute
efpece d'amputation & combien le
public eft intéreffé , que tous ceux qui
exercent cette profeffion en foient inf
truits. Quand on n'éviteroit qu'un coup
de biftouri , c'est toujours faire un bien.
J'ai l'honneur d'être , &c.
A Aurillac , le 28 Juin 1755%
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Résumé : Lettre à l'Auteur du Mercure.
Une lettre discute de l'importance de l'expérience en chirurgie, notamment dans les cas imprévisibles. Un chirurgien relate l'intervention sur un jeune homme dont le poignet était presque sectionné par un coup de couteau. Initialement, toutes les structures vitales semblaient sectionnées, mais l'artère radiale était intacte. Le chirurgien a donc tenté une réparation plutôt qu'une amputation. Douze heures après, la main avait repris sa chaleur naturelle, et après quarante-huit heures, la circulation était rétablie. Trente-sept jours plus tard, la consolidation osseuse était complète, bien que le mouvement et la sensibilité de la main fussent perdus. L'auteur insiste sur l'importance de différer les amputations et d'éviter les interventions chirurgicales inutiles pour mieux servir la société et les patients.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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