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4901
p. 613-615
MORTS, NAISSANCES & Mariages.
Début :
Jean-Pierre Moret de Bourchenu, Marquis de Valbonnays, Seigneur de Peyre, Saint Jean [...]
Mots clefs :
Lieutenant, Roi, Comte
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texteReconnaissance textuelle : MORTS, NAISSANCES & Mariages.
MORTS , NAISSANCES
& Mariages.
Ean- Pierre Moret de Bourchenu , Marquis de
Valbonnays , Seigneur de Peyre , Saint Jean
d'Octaveon , &c. Premier Preſident de la Chambre
des Comtes de Dauphiné , mourut à Grenoble
le 2. de ce mois , dans la 79e année de fon
age , étant né le 25. Juin 1651 .
Dame Marie Mallet , veuve de M. Gedeon
du Metz , Chevalier , Comte de Rofnay, Vicomte
de Perrian , Seigneur de Rance , Corbeil , Chalette
, Courcelles , &c. Confeiller du Roi en fes
Confeils , Prefident en la Chambre des Comptes
à Paris , Intendant & Contrôleur General des
Meubles de la Couronne , decedée le 4. Mars ,
en la 84° année de fon âge.
>
Dame Françoife Paparel , Epoufe de Mre Philippes-
Charles de la Fare , Chevalier de l'Ordre
de la Toifon d'or , Gouverneur des Villes &
Château d'Alais & Pays des Sevenes Maréchal
des Camps & Armées du Roi , Lieute
nant General & Commandant dans la Province
du Languedoc , mourut en cette Ville le 7. de
ce mois , âgée de 34. ans.
Charles-Louis Lallemant , Chevalier , Comte
de Lerignan , mourut le 18. Fevrier , âgé de
73. ans.
(
Le 20. Henry Bouchay d'Orsay , Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Louis , Brigadier des
Armées du Roi , Premier Capitaine des Grenadiers
du Régiment des Gardes Françoifes , mourut
à Paris , âgé de 49. ans. Sa Compagnie a été
donnéc
614 MERCURE DE FRANCE.
donnée à M. d'Herbouville , Capitaine dans le
même Régiment. M. de Boiffin , Premier Lieutenant
à monter & Ayde-Major , a eû la Compagnie
de ce dernier. M. de Gravelle , Lieutenant,
a obtenu l'Ayde- Majorité , & M. de Vaudreuil a
eû la Lieutenance de M. de Graville.
Dame Marguerite-Françoiſe Joffan , Epouſe
de François-Louis Martial , Comte Defmoutiers
de Merinville , Capitaine-Lieutenant des Gendarmes
de la Reine , accoucha le 26. Fevrier d'une
fille , qui fut nommée Jeanne,
-
Dame-Claude Louife de Lory , Epoufe de
Charles de Marteliere, Ecuyer, Seigneur de Chancey-
la-Corte , Orfeville , Vaux , Motteux , &c.
ancien Gouverneur pour le Roi de la Ville de
Langres , Confeiller , Secretaire du Roi , Maiſon,
Couronne de France & de fes Finances , accoucha
le 28. du même mois d'une fille , qui fut tenuë
fur les Fonts & nommée Marie -Louife-Charlotte
, par Guillaume-Charles le Févre , Seigneur,
de la Valette , Biars , la Salle , S. Remy , &c.
Gentilhomme Ordinaire de Madame la Dauphine
de Savoye, & par D.Marie- Marguerite Lhorte
Beaulieu , Epoufe d'Auguftin- Antoine Picart de
Mauny , Confeiller du Roi en fes Confeils , Maître
Ordinaire en fa Chambre des Comptes.
La nuit du 6. au 7. du mois dernier , Louis de
Bouchet , Comte de Montforeau , Marquis de
Sourches &c. Grand- Prevôt de France , époufa
Charlotte Antoinette de Gontaut de Biron , fille
de Charles Armand de Gontaut , Duc de Biron ,
Lieutenant General des Armées du Roi & Gouverneur
de Landau , & de Marie Antoinette de
Bautru-Nogent.
`Jacques Tanneguy le Veneur , Marquis de Til..
lieres™
MARS. 1730. 615
lieres , Sous-Lieutenant des Chevaux - Legers &
Gendarmes de la Reine , fils du Comte de Tillie
res , Brigadier des Armées du Roi , & de D. Michelle
Gabrielle Dugué de Bagnoles , époufa le
13. Mars Dile Michelle Julie Francoife d'Aubeterre
, fille de Louis- Pierre-Jofeph Bouchar d'Efparbes
de Luffan , d'Aubeterre , Comte de Jonfac
&c. Capitaine- Lieutenant des Gendarmes de
Monfeigneur le Dauphin, Lieutenant General des
Provinces de Saintonge & Angoumois, & de feuë
Dame Françoiſe-Marie Henault ; la celebration
du mariage fut faite par l'Archevêque de Tours
& Mariages.
Ean- Pierre Moret de Bourchenu , Marquis de
Valbonnays , Seigneur de Peyre , Saint Jean
d'Octaveon , &c. Premier Preſident de la Chambre
des Comtes de Dauphiné , mourut à Grenoble
le 2. de ce mois , dans la 79e année de fon
age , étant né le 25. Juin 1651 .
Dame Marie Mallet , veuve de M. Gedeon
du Metz , Chevalier , Comte de Rofnay, Vicomte
de Perrian , Seigneur de Rance , Corbeil , Chalette
, Courcelles , &c. Confeiller du Roi en fes
Confeils , Prefident en la Chambre des Comptes
à Paris , Intendant & Contrôleur General des
Meubles de la Couronne , decedée le 4. Mars ,
en la 84° année de fon âge.
>
Dame Françoife Paparel , Epoufe de Mre Philippes-
Charles de la Fare , Chevalier de l'Ordre
de la Toifon d'or , Gouverneur des Villes &
Château d'Alais & Pays des Sevenes Maréchal
des Camps & Armées du Roi , Lieute
nant General & Commandant dans la Province
du Languedoc , mourut en cette Ville le 7. de
ce mois , âgée de 34. ans.
Charles-Louis Lallemant , Chevalier , Comte
de Lerignan , mourut le 18. Fevrier , âgé de
73. ans.
(
Le 20. Henry Bouchay d'Orsay , Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Louis , Brigadier des
Armées du Roi , Premier Capitaine des Grenadiers
du Régiment des Gardes Françoifes , mourut
à Paris , âgé de 49. ans. Sa Compagnie a été
donnéc
614 MERCURE DE FRANCE.
donnée à M. d'Herbouville , Capitaine dans le
même Régiment. M. de Boiffin , Premier Lieutenant
à monter & Ayde-Major , a eû la Compagnie
de ce dernier. M. de Gravelle , Lieutenant,
a obtenu l'Ayde- Majorité , & M. de Vaudreuil a
eû la Lieutenance de M. de Graville.
Dame Marguerite-Françoiſe Joffan , Epouſe
de François-Louis Martial , Comte Defmoutiers
de Merinville , Capitaine-Lieutenant des Gendarmes
de la Reine , accoucha le 26. Fevrier d'une
fille , qui fut nommée Jeanne,
-
Dame-Claude Louife de Lory , Epoufe de
Charles de Marteliere, Ecuyer, Seigneur de Chancey-
la-Corte , Orfeville , Vaux , Motteux , &c.
ancien Gouverneur pour le Roi de la Ville de
Langres , Confeiller , Secretaire du Roi , Maiſon,
Couronne de France & de fes Finances , accoucha
le 28. du même mois d'une fille , qui fut tenuë
fur les Fonts & nommée Marie -Louife-Charlotte
, par Guillaume-Charles le Févre , Seigneur,
de la Valette , Biars , la Salle , S. Remy , &c.
Gentilhomme Ordinaire de Madame la Dauphine
de Savoye, & par D.Marie- Marguerite Lhorte
Beaulieu , Epoufe d'Auguftin- Antoine Picart de
Mauny , Confeiller du Roi en fes Confeils , Maître
Ordinaire en fa Chambre des Comptes.
La nuit du 6. au 7. du mois dernier , Louis de
Bouchet , Comte de Montforeau , Marquis de
Sourches &c. Grand- Prevôt de France , époufa
Charlotte Antoinette de Gontaut de Biron , fille
de Charles Armand de Gontaut , Duc de Biron ,
Lieutenant General des Armées du Roi & Gouverneur
de Landau , & de Marie Antoinette de
Bautru-Nogent.
`Jacques Tanneguy le Veneur , Marquis de Til..
lieres™
MARS. 1730. 615
lieres , Sous-Lieutenant des Chevaux - Legers &
Gendarmes de la Reine , fils du Comte de Tillie
res , Brigadier des Armées du Roi , & de D. Michelle
Gabrielle Dugué de Bagnoles , époufa le
13. Mars Dile Michelle Julie Francoife d'Aubeterre
, fille de Louis- Pierre-Jofeph Bouchar d'Efparbes
de Luffan , d'Aubeterre , Comte de Jonfac
&c. Capitaine- Lieutenant des Gendarmes de
Monfeigneur le Dauphin, Lieutenant General des
Provinces de Saintonge & Angoumois, & de feuë
Dame Françoiſe-Marie Henault ; la celebration
du mariage fut faite par l'Archevêque de Tours
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Résumé : MORTS, NAISSANCES & Mariages.
En mars 1730, plusieurs événements marquants ont eu lieu au sein de l'aristocratie française. Le 2 mars, Ean-Pierre Moret de Bourchenu, Marquis de Valbonnays et Premier Président de la Chambre des Comptes de Dauphiné, est décédé à Grenoble à l'âge de 79 ans. Dame Marie Mallet, veuve de M. Gedeon du Metz, Chevalier et Comte de Rosnay, est décédée le 4 mars à l'âge de 84 ans. Dame Françoise Paparel, épouse de M. Philippe-Charles de la Fare, Gouverneur des Villes et Château d'Alais, est décédée à l'âge de 34 ans. Charles-Louis Lallemant, Chevalier et Comte de Lerignan, est décédé le 18 février à l'âge de 73 ans. Henry Bouchay d'Orsay, Chevalier de l'Ordre Militaire de Saint-Louis, est décédé à Paris à l'âge de 49 ans. Des naissances ont également été enregistrées. Dame Marguerite-Françoise Joffan, épouse de François-Louis Martial, Comte Desmoutiers de Merinville, a donné naissance à une fille nommée Jeanne le 26 février. Dame Claude Louise de Lory, épouse de Charles de Martelière, ancien Gouverneur de la Ville de Langres, a accouché d'une fille nommée Marie-Louise-Charlotte le 28 février. Des mariages ont eu lieu, notamment celui de Louis de Bouchet, Comte de Montforeau, avec Charlotte Antoinette de Gontaut de Biron le 7 mars, et celui de Jacques Tanneguy le Veneur, Marquis de Tillières, avec Diane Michelle Julie Françoise d'Aubeterre le 13 mars.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4902
p. 615-634
ARREST, ORDONNANCE, &c.
Début :
Louis, par la grace de Dieu, Roi de France, &c. Salut. Notre amé & féal Alexandre Prevôt [...]
Mots clefs :
Arrêts, Ordonnance, Roi, Compagnie des Indes, Procureur général, Expédition, Droits, Syndics, Actions, Parlement
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texteReconnaissance textuelle : ARREST, ORDONNANCE, &c.
ARRESTS ,
ORDONNANCE , & c.
Ouis, par la grace de Dieu , Roi de France ;
Louis,par &c. Salut. Notre amé & féal Alexandre Prevêt
, Chevalier , Seigneur de Gagemon , ancien
Capitaine au Regiment de Dragons d'Orleans , &
Chevalier de l'Ordre militaire de S. Louis , nous
a très-humblement fait expofer, qu'ayant l'honneur
d'appartenir , à titre de coufin , à deffunte
notre très-chere & très-amée coufine , Madame
Eleonore , Ducheffe de Brunfvik- Lunebourg ,
Ayeule maternelle de notre-très cher frere le
Roi de la Grande Bretagne , & de notre trèschere
Soeur la Reine de Pruffe , auxquels , comme
heritiers de cette Princeffe , la Terre & Seigneurie
d'Ollebreufe , fituée dans notre Royaume,
au Pays d'Aunis , appartient aujourd'hui ;
c'eft par cette confideration , & pour remettre ladite
Terre d'Ollebreufe dans la famille de cette
Princeffe , qu'il a plû à notre très- cher frere le
Į Roi
66 MERCURE DE FRANCE .
1
>
Roi de la Grande Bretagne & à notre très- chere
Sour la Reine de Pruffe, d'en faire don à l'expofant
par deux Brevets fignés de leurs mains , l'un
datté au Palais de Saint James le Novembre
1728. & l'autre à Berlin le 14.Decembre fuivant;
mais l'Expofant ne pouvant profiter de cette liberalité
, ni l'accepter fans notre permiffion , nous
avons bien voulu la lui accorder , ainſi qu'il eſt
justifié par la lettre de M. le Garde des Sceaux ,
& Secretaire d'Etat , dattée à Compiegne le 20,
May de la prefente année 1729, en confequence
de laquelle l'Expofant ayant accepté ladite Terre
d'Ollebreufe , après que les Miniftres de notre
très-cher frere le Roi de la Grande Bretagne ,
& de notre très - chere Soeur la Reine de Pruffe
ont eu depofé lefdits Brevets de don , chez le
Prevôt , Notaires à Paris , il nous a preſenté ſa
Requête, tendante à ce qu'il nous plût approuver
& confirmer ladite acception , à laquelle Requête
ayant joint l'expedition de ladite acceptation &
defdits Brevets de don ; enſemble les Lettres originales
à lui écrites par deffunte notre très - chere
& très-amée coufine , Madame Eleonore Ducheffe
de Brunfvik- Lunebourg , par lesquelles elle
a reconnu & qualifié l'Expofant , fon coufin , &
autres pieces juftificatives. Nous , par l'Arrêt de
notre Confeil d'Etat , rendu , Nous y étant , le
17. Septembre de la prefente année 1729. approuvant
& confirmant le don fait de ladite Terre ·
Olebreufe à l'Expofant par lefdits Brevets de
don , lui avons permis de prendre poffeffion de
ladite Terre , pour en jouir en toute proprieté &
en percevoir les fruits & revenus , tant ceux échus
pendant l'année 1728. & la prefente , que ceux
qui échoiront à l'avenir , avec deffenfes de le troubier
, fes heritiers ou ayans caufe , dans ladite
proprieté , poffeffion & joüiffance , & ordonne
que
MARS. . 1730. 617
-
que fur ledit Arrêt toutes Lettres Patentes ne
ceffaires feroient expediées , lesquelles Lettres
l'Expofant nous a fupplié de lui accorder ; &
voulant le traitter favorablement, en confideration
de la memoire de deffunte notre très chere &
très amée coufine , Madame Eleonore Ducheffe
de Brunfvik-Lunebourg , à laquelle il avoit l'honneur
d'apartenir,à titre de coufin , & des fervices
qu'il nous a rendus en qualité de Capitaine dans
le Regiment de Dragons d'Orleans. A ces cauſes,
de l'avis de notre Confeil , & conformément
l'Arrêt d'icelui , dudit jour 17. Septembre 1729.
ci attaché fous le contrefcel de notre Chancellerie
, Nous , par ces prefentes fignées de notre
main , en approuvant & confirmant le don fait
à l'Expofant de ladite Terre d'Ollebreuſe , par
lefdits Brevets des Novembre & quatorze Decembre
1728. avons permis & permettons audit
Expofant de prendre poffeffion de ladite Terre ,
pour en jouir en toute proprieté , & en percevoir
les fruits & revenus tant ceux échus pendant
l'année 1728. & la prefente , que ceux qui échoiront
à l'avenir ; faifons deffenfes de troubler ledit
Expofant , fes heritiers ou ayans cauſe dans
ladite propriecé , poffeffion & jouillance : Si vous
mandons que ces prefentes vous ayez à faire enregiftrer
, & du contenu en icelles faire jouir &
ufer ledit Expofant pleinement & paiſiblement
nonobftant tous Edits , Declarations & autres
difpofitions à ce contraires , auxquelles nous
avons, en tant que de befoin, derogé & derogeons
ces prefentes ; car tel eſt notre plaifir . Donné
a Verfailles & c .
par
>
Tout ce qui eft énoncé dans l'Acte ci- deffus
établit pour M M. Prevôt , fortis d'une très-ancienne
nobleffe , une illuftration qui eft unique.
Mlle d'Ollebreuſe , devenue Ducheffe de Brunf
I ij
wik
9
618 MERCURE DE FRANCE.
vik , a reporté dans fa famille avec la Terre &
Seigneurie d'Ollebreufe , le prix de la vertu &
de fes grandes & rares qualités , elle les a decorées
d'une alliance affez étroite avec deux Maifons
fouveraines , qui par le progrès d'un fang
déja affermi fur tant de Trônes , affure encore
pour la fuite une pofterité Royale des plus nombreufes
, & le fils de M. Alexandre Prevoft , Seigneur
de Gagemon , âgé de treize à quatorze
ans , élevé parmi ces grands avantages de fa Maifon
, & aujourd'hui Seigneur d'Ollebreuſe , peut
concevoir pour lui & pour les fiens l'efperance
d'apartenir un jour à la plus grande partie des
Puiffances de l'Europe.
M. Louis Armand Prevoft , Marquis de l'Etoriere
, Meftre de Camp d'Infanterie , Chevalier
de l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis , a été
fondé d'une procuration fpeciale de M. Alexandre
Prevoft , Seigneur de Gagemon ; en vertu
de laquelle , & conjointement avec M. Jean Reck,
Envoyé du Roi d'Angleterre , Electeur d'Hannover
à la Diette de l'Empire , à Ratisbonne
étant alors à Paris , & avec M. Jean le Chambrier
, Miniftre du Roi de Pruffe auprès du Roi,
tous deux chargés des ordres précis de leurs
Maîtres , a obtenu la permiffion d'accepter en
faveur de M, Prevolt , Seigneur de Gagemon
fon iffu de germain , les dons de la Terre &
Seigneurie d'Ollebreufe , lefquels dons lui ont
été faits , à titre de coufin , tant par le Roi d'Angleterre
que par la Reine de Pruffe , comme heritiers
de feue Madame Eleonore , Ducheffe de
Brunfyik-Lunebourg , leur ayeule maternelle , &
dont il a l'honneur d'être parent très- proche ;
les Lettres Patentes fur Arrêt du Confeil , &
fcellées du grand Sceau , en ont été expediées
le 6. Octobre 1729. & enregistrées au Parlement
le 14 Decembre de la même année, ARMARS.
r736 ;
3 ARREST du 28. Novembre, qui ordonne que
les Piéces de trente deniers n'auront plus cours
que pour vingt-quatre deniers , les demis à proportion
; & que celles de vingt-un deniers feront
données & reçûes dans tous les payemens
pour le même prix de vingt-quatre deniers.
AUTRE du 6. Decembre , qui proroge l'exe
aution de celui du 5. Decembre 1728. jufques &
compris le dernier Decembre 1730. paffé lequel
tems le prix des anciennes efpeces & matieres d'or
& d'argent fera réduit ainfi qu'il l'eut dû être au
premier Janvier prochain.
AUTRE du 20. Decembre , qui difpenfe du
fervice de la Milice ceux qui aquereront des
Maîtriſes créées par les Edits des mois de No
yembre 1722. & Juin 1725.
'AUTRE du même jour , qui révoque celui du
18. Octobre dernier , & ordonne que les Droits
d'Entrée fur les Cacaos de l'Ile de Caraques feront
perçus fur le pied qu'ils font fixés par l'Arrêt
du 12. May 1693. & que les Cacaos prove
hans des Ifles & Colonies Françoifes acquiteront
les Droits reglés par les Lettres Patentes du mois
Avril 1717. &c.
AUTRE du 31. Decembre , qui ordonne que
ceux qui remettront aux Hôtels des monnoyes,
en Piaftres ou autres matieres d'or & d'argent ,'
venant des Pays Etrangers , jufqu'à concurrence
de dix mille livres , continueront d'être payés
jufqu'au premier Juillet prochain des quatre de
niers pour livre attribués aux Changeurs .
I iij
AU
620 MERCURE DE FRANCE.
AUTRE du 3. Janvier , qui proroge pendant
le courant de l'année 1730. la moderation accordée
par celui du 4. Janvier 1729. des Droits
de marc d'or , Sceau , enregistrement chez les
Gardes des Rôles , frais de reception & inſtallation
des Offices vacans ou de nouvelle création,
qui feront levés aux Revenus Cafuels.
ン
AUTRE du 21. Janvier au fujet des Billets que
l'on pourra prendre pour la Loterie établie pour
le remboursement des Rentes de l'Hôtel de Ville,
par laquelle le Roi ordonne que les Proprietaires
de Contracts de mille livres en capital & au - def
fus , ne pourront prendre de Billets au - deffous de
vingt fois , & que les Rentiers dont les Contracts
feront au-deffous de mille livres de capital , &
dont les Billets fetont par conféquent au-deffous
de vingt fols , ne pourront prendre qu'un Billet
pour chacun de leurs Contracts. Deffend auffi Sa
Majefté à aucuns Rentiers de prendre des Billets
au-deffus de vingt livres , à quelque fomme que
puiffe monter le capital de leurs Contracts , le
tout à peine de perdre leur mife , qui demeurera
jointe au fonds de ladite Loterie au profit des autres
Rentiers & c.
AUTRE du 31. Janvier , qui ordonne que les
Charbons de Terre , venant d'Angleterre , d'Ecoffe
& d'Irlande , ne payeront pendant un an ,
commencer du premier Fevrier prochain
que douze fols par Baril du poids de deux cens
cinquante livres, poias de marc.
J
AUTRE du 31. Janvier , qui décharge de la
Collecte des Tailles le nommé Naudin , Revendeur
de Sel à petites mefurès dans la Ville de Montreuil
- Bellay.
AUMARS.
1730. 621
ARREST du Parlement , qui déclare abufifs
quatre Brefs ou Décrets au fujet de la Légende
de Gregoire V I I.
Ce jour , les Gens du Roy font entrez , & M.
Pierre Gilbert de Voifins , Avocat dudit Seigneur
Roy , portant la parole , ont dit :
Meffieurs , après l'Arrêt folemnel que la Cour
rendit au mois de Juillet dernier fur nos Conclufions,
à l'occafion de l'Office de Gregoire VII ,
nous avions lieu de croire que nous n'aurions
plus d'autre devoir à remplir fur cet objet , &
que la Cour de Rome nous en laifferoit infenfiblement
perdre la mémoire.
Mais nous reconnoiffons avec douleur combien
nos efperances ont été trompées , à la vue d'un
Bref publié à Rome que nous avons entre les
mains , & dont on peut dire qu'il réduit en pra
tique la doctrine répandue dans l'Office de Gregoire
VII. en caffant par l'autorité Pontificale
tous Edits , Arrêts , Ordonnances , & autres Actes
émanez à ce fujet des Puiffances Séculieres
même Souveraines ; ce Bref entreprend de foûmettre
au Sacerdoce l'empire temporel des Souverains
; il exerce une autorité fuprême fur des
Actes revêtus du caractere de leur pouvoir ; il
attaque leur indépendance jufques dans fes fondemens
, & tend à leur ôter la voye de la défendre.
S'il eft un droit inféparable de la puiffance tem
porelle , émanée immédiatement de Dieu , c'eft
celui de fe maintenir par des voyes auffi indépendantes
que fon pouvoir même. Quand l'autre
Puiflance veut l'affujettir , elle ne peut fe refuſer
une legitime défenfe . Mais plus Pentrepriſe fera
foûtenue d'un caractere augufte & venerable, plus
elle fçaura garder,en fe maintenant, une conduite
mefurée .
I iuj C'eft
621 MERCURE DE FRANCE.
C'eft fur ces grandes confidérations qu'est fon-
'dé l'Arrêt
que la Cour a rendu le 20. Juillet dernier.
Que pouvions -nous faire de moins que de
vous demander ce qu'il prononce ? aurions - nous
gardé le filence , & euffions-nous été capables
d'oublier jufqu'à ce point l'exemple & les maximes
de nos Peres ?
Que Rome eût placé un de fes Pontifes dans le
catalogue des Saints ; qu'elle eût loué dans fon
Office des vertus Chrétiennes & Ecclefiaftiques
des travaux Apoftoliques pour l'extirpation des
hérefies , pour le rétabliffement de la difcipline ,
& pour la réforme des moeurs notre miniftere
n'eût point eû à s'élever. Mais ce qui a dû l'exciter
, c'eft de voir fous le titre d'un Office Ecclefiaftique
, publier l'empire de la Cour de Rome
fur le temporel & fur la Majefté des Souverains.
>
En nous élevant contre cet Office nous n'avons
point cherché à attaquer la Puillance dont
il pouvoit être émané. On ne nous a point vâ
mettre en question le pouvoir dont elle eft en
poffeffion dans l'Eglife , de décerner un culte &
des prieres confacrées à la memoire de ceux
qu'elle juge dignes de la vénération des Fideles .
Avec la même retenuë votre Arrêt s'eſt borné à
fupprimer une Feuille qui bleffoit ce qu'il y a de
plus inviolable parmi nous , & à prendre de juftes
précautions pour empêcher qu'à l'avenir on
ne pût introduire , à l'infçu des Magiſtrats , des
nouveautez fi dangereufes.
Un Arrêt fi fage & fi mefuré devient cependant
aujourd'hui l'objet d'une entrepriſe fur la
Puiffance Séculiere , puifqu'on ne fçauroit méconnoître
qu'il eft compris & défigné dans le
Bref. Nous n'avons , Meffieurs , dans cette occafion
d'autre interêt à vous propofer que celui de
mos Loix & de nos maximes ; elles trouvent toujours
MARS. 17307 623
jours en elles -mêmes des reffources pour fe main
tenir.
Pour ufer de la voye qu'elles nous ouvrent
nous avons l'honneur de demander à la Cour
d'être reçûs'appellans comme d'abus de ce Bref
& qu'en prononçant fur fon abus manifefte , il
foit défendu de le recevoir , de lè diftribuer , &
d'en faire aucun ufage. C'eſt le remede le plus
ordinaire & le plus fimple que nos moeurs ayent
introduit les occafions de ce genre.
pour
Il a paru fur la même matiere d'autres Brefs
contre des Mandemens de quelques Prélats du
Royaume. Nous les remettons tous fous les yeux
de la Cour & comme il ne nous eft pas permis
de garder le filence , fur tout ce qui peut intereffer
directement ou indirectement l'autorité du
Roy & les maximes de la France , notre miniftere
vous demande auffi de déclarer abufifs cès
Brefs dont la feule lecture fuffit pour juftifier les
Conclufions que nous prenons à ce fujet.
Pour ne rien obmettre des vues que notre devoir
nous infpire , il nous refte à vous propofer
d'ordonner que l'Arrêt du 20. Juillet , par lequel
la Cour a pris les plus fages précautions pour
prévenir les conféquences de l'Office de Gregoire
VII . foit executé felon fa forme & teneur : en y
ajoûtant des défenfes générales de recevoir aucuns
Brefs ou autres Actes de la Cour de Rome ,
moins qu'ils ne foient revêtus de Lettres Patentes
du Roy , excepté les Expéditions ordinaires qui
regardent les Particuliers.
de nou-
Ces défenfes fondées fur nos libertez & fur les
Loix du Royaume , fubfiftent toujours de droit
parmi nous : mais fuivant les conjonctures fouvent
la Cour a pris ſoin de les prononcer
veau. Elles font en même tems un préſervatif &
uine proteftation folemnelle contre ce qui peut
ΤΥ furvenir
624 MERCURE DE FRANCE.
furvenir , & on en tire l'avantage d'être en droit
de le négliger.
C'eft avec regret qu'on fe voit forcé à renouveller
ces précautions fous un des plus faints
Pontifes que l'Eglife ait vû élevés fur la Chaire
de faint Pierre. Digne des tems Apoftoliques , il
nous retrace l'image de fes premiers Prédéceffeurs.
Si le danger d'une opinion qué des fiécles plus
récents ont vû naître dans la Cour de Rome
tient encore aujourd'hui la France attentive à s'en
préferver , elle n'en demeure que plus fidellement
attachée aux véritables droits du faint Siège. Elle
les revere fur la foi des verités les plus certaines
& les plus refpectables de la Religion : elle en fait
le principal fondement de fa doctrine ; & fi elle
perfifte inviolablement dans fes maximes , c'eſt
qu'elle trouve dans les mêmes fources ce qui fert
a les foûtenir.
Nous laiffons , Meffieurs , à la Cour les exemplaires
des Brefs , & les Conclufions que nous
avons cru devoir prendre.
Les Gens du Roi retirez.
Veu l'Imprimé du Decret ou Bref du Pape , intitulé
, Declaratio Nullitatis , Edictorum , Mandatorum
, Praceptorum , Ordinationum , aliorumque
Geftorum per Magiftratus feu Officiales
Miniftros Saculares vel alias à Laïca Poteftate
ejufve nomine adverfus Decretum extenfionis
Officii Santi Gregorii Papa feptimi ad
univerfos Chrifti Fideles qui Horas Canonicas
tenentur à SS. D. N. Benedido , Divinâ Providentiâ
, Papa XIII . nuper_editum cum illorum
omnium revocatione , caffatione & abolitione
daté du 19. Decembre 1729. avec la publication
faite à Rome le même jour. Veu auffi trois autres
Brefs ou Decrets datez des 17. Septembre , 8.
Octobre
MARS. 1730. 625
.
Octobre & 6. Decembre 1729. ayant chacun
pour titre , Revocatio & annullatio Ordinationum
contentarum in quibufdam foliis Gallico
idiomate impreffis fub titulo : Mandement , &c .
Veu pareillement l'Arrêt de la Cour du 20. Juillet
1729. & les Arrêts des 15. May 1647. 9.
May 1703. premier Avril 1710. & 16. Decembre
1716. enfemble les Conclufions par écrit du
Procureur General du Roy , la matiere miſe en
déliberation. La Cour reçoit le Procureur General
du Roy appellant comme d'abus deſdits Brefs
ou Decrets ; faifant droit fur ledit appel , dit
qu'il y a abus. En conféquence , enjoint à tous
ceux qui en ont ou pourront en avoir des exemplaires
, de les apporter au Greffe de la Cour pour
y être fupprimez. Fait très-expreffes inhibitions-
& défenfes à toutes fortes de perfonnes , de quelqualité
& condition qu'elles foient , de recevoir
faire lire , publier , imprimer , diftribuer , ni autrement
mettre à execution , directement ni indirectement
, de quelque maniere & fous quelque
prétexte que ce puiffe être, lefdits Brefs ou De- ' .
crets , ni pareillement aucunes Bulles , Brefs ou
autres Expeditions émanées de la Cour de Rome
fans Lettres Patentes du Roy enregistrées en la
Cour , pour en ordonner la publication , à l'ex-'
ception néanmoins des Brefs de Pénitencerie
Provifions de Bénéfices & autres Expeditions ordinaires
concernant les affaites des Particuliers
lefquelles s'obtiennent en Cour de Rome , fuivant
les Ordonnances & Ufages du Royaume, Fait
auffi défenſes à tous Libraires , Imprimeurs , Colporteurs
& autres , d'imprimer ou faire imprimer
, vendre , débiter ou autrement diftribuer
aucunes Bulles , Brefs ou autres Expeditions de
Cour de Rome , fans Lettres Parentés du Roy enregiſtrées
en la Cour , qui en ordonnent la Pu-
I vj
blication >
•
627 MERCURE DE FRANCE:
›
blication , à peine de 500. livres d'amende , mé
me de déchéance de leur Maîtriſe & Vacation
& autres plus grandes peines , s'il y échet ; au fur--
plus ordonne que l'Arrêt du 20. Juillet 1729. fera
executé felon fa forme & teneur fait défenfes
d'y contrevenir - fous les peines y contenues ::
Ordonne en outre que le prefent Arrêt ſera inſcrit
dans le Régiftre de la Communauté des Libraires
& Imprimeurs de cette Ville de Paris
envoyé dans les Bailliages & Senéchauffées du
Reffort , pour y être lû , publié & enregistré , &
affiché par tout où befoin fera. Enjoint aux Sub
ftituts du Procureur Général du Roy d'y tenir la
main , & dans certifier la Cour dans un mois.
Fait en Parlement le 23. Fevrier 1730. Signé
YSABEA U.
ARREST du 14. Fevrier , qui déclare ce-
Jui du 12. Avril 1723. & autres rendus pour les.
Manufactures d'Elbeuf , Louviers , Dernetal &
Orival , communs pour la Manufacture des Frocs
de Bolbec..
AUTRE du même jour , qui proroge jufqu'au
dernier Avril 1730. le délay accordé par l'Arrêt
du 23. Août 1729. pour le Contrôle des Actes
de Foy & Hommage.
AUTRE du même jour , qui ordonne qu'à
Commencer du 19. Mars 1730. jufqu'à la fin du
Bail de Carlier , il ne fera perçû fur les Sardines
venant de la Province de Bretagne en Anjou
que 4. livres 15. fols 6. deniers par Barrique du
poids de trois cens livres , pour tous Droits d'En
trée , d'Abord & de Confommation.
ARREST du Parlement , qui ordonne qu'un
Libelle
23
MARS. 173.0. 627
Libelle fera laceré & brûlé. Ce jour , les Geas
du Roi font entrez , & Maître Pierre Gilbert de
Voifins , Avocat dudit Seigneur Roi portant la
parole , ont dit :
Meffieurs , la lecture du Libelle que nous dé
ferons à la Cour lui fera connoître aiſément'
quelles en font les confequences pernicieufes , &'
combien il y a lieu de le réprimer.
C'eſt un imprimé fans aveu fous le titre de Remontrances
addreffées à Monfieur l'Archevêque
de Paris , par les Fideles de fon Diocèſe. Ainfi
un Auteur anonime du fond de fon obſcurité ,
entreprend de faire parler un peuple entier , &
fous prétexte de lui prêter fes paroles , effaye en
effet de lui infpirer les fentimens & fes maximes
féditieufes.
Loin d'appercevoir dans cet ouvrage la retenuë
& le refpect dont l'Auteur devoit au moins affecter
de conferver l'apparence , on n'y voit que
témerité , qu'emportement & que fcandale. Il
ne fe contente pas de fe déclarer contre l'Ordonnance
de Monfieur l'Archevêque de Paris du 29°
Septembre dernier , il attaque en même-temps
fa perfonne & la droiture de fes intentions . Nous
vous plaindrions , dit le Libelle , Si vous n'êtiez
que féduit. Mais nôtre foi ... s'eft apperçue
du piege qu'on lui veut tendre , &c. Affectations,
déguifemens , mauvaiſe foi , fauffes infinuations,
détours artificieux ; ce font les expreffions injurieufes
qu'on y trouve à chaque page contre ce
Prélat.
Les Evêques de France en general font encore
moins épargnez . Sans égard ni pour leur dignité .
ni pour leurs perfonnes , on met en oeuvre les
couleurs les plus noires pour les décrier. Il n'eft
point d'invectives ni de traits envenimez qu'on ne
raffemble contr'eux . Pour comble d'attentat on
ofe
625 MERCURE DE FRANCE .
ofe s'élever contre le Corps même de l'Epiſcopat ,
& il femble qu'on aſpire à le rendre odieux &
méprifable.
A ce caractere fe reconnoît d'abord un Libelle
diffamatoire , qui par fa nature exige toute la fe→
verité des Loix.
Prévenu d'ailleurs par l'excès de fa paffion
l'Auteur s'abandonne à des déclamations contre
la Conftitution Unigenitus , qui ont été tant de
fois condamnées par vos Arrêts . Il s'éleve encore
davantage contre les explications folemnelles de
1720. que feu Monfieur le Cardinal de Noailles a
lui- même publiées. Il les traite d'ouvrage tiffu
des plus indignes artifices , & il reproche à Monfieur
l'Archevêque de Paris d'en copier les mife-.
rables défaites : oubliant en cet endroit les éloges
qu'il donne ailleurs à Monfieur le Cardinal de
Noailles , & cenfurant fa conduite pour décrier
celle de fon fucceffeur.
ع ق م
Mais ce qui merite fur tout d'attention la plus.
ferieufe de la Cour , c'eft le danger des faux principes
qu'on ne craint point de mettre au jour dans
ce Libelle. Sans parler de la témérité & de l'artifice
avec lefquels il s'explique fur les faits qui
regardent les anciens troubles de l'Arianifme
l'Auteur avance fans détour qu'il eft des occafions
où le Pasteur doit obéir à fes oüailles ,
le Corps de l'Epifcopat fe foumettre à quelques ,
unsde fes membres . Il eft faux , dit-il ailleurs
qu'en toute circonflance l'autorité ( du Chef&
du Corps des Pasteurs ) doivent rendre notre
foumiffion tranquille & exempte de fcrupule.
Après tout , dit-il encore & fe font fes propres
termes pourquoi ne défendrions - nous pas la
verité contre le Pape & contre tous les Evêques,
s'ils la combattoient en effet ? S'expliquer ainfi ,
c'eſt annoncer ouvertement que le Corps de l'Epifcopat
MARS. 1730. 629
pifcopat peut tomber dans l'erreur & l'enfeigner
qu'il peut être inftruit , corrigé , jugé même par
le peuple. C'eſt le but que l'Auteur femble s'être
propofé dans fon ouvrage. Et peut -on s'empêcher
de reconnoître que c'eft travailler à détruire toute
fubordination & toute Hierarchie Ecclefiaftique ,
ou plutôt à renverfer les fondemens de l'autorité
infaillible de l'Eglife , en introduiſant dans for
fein les principes des Sectes qui s'en font féparées
dans les derniers fiecles ?
Que ferviroit-il de s'étendre davantage fur un
Libelle qui contient des principes dont on ne
fçauroit étouffer trop promptement les fémences
dangereufes C'eft l'objet des Conclufions que
nous laiffons à la Cour avec l'ouvrage dont notre
miniftere lui demande la condamnation la plus
rigoureufe.
Les Gens du Roy retirez :
Vu le Libelle intitulé : Remontrances des Fideles
du Diocefe de Paris , à Monseigneur leur
Archevêque , au fujet de fon Ordonnance du 29.
Septembre 1719. & à la fin , A Paris ce 26 Octo
bre 1729. Enſemble les Conclufions par écrit du
Procureur General du Roi. La matière mife en
déliberation :
La Cour a ordonné & ordonne que ledit Libelle
fera laceré & brûlé dans la Cour du Palais ,
au pied du grand efcalier d'icelui, par l'Executeur
de la Haute Juftice ; fait très -expreffes inhibitions
& défenfes à tous Imprimeurs & Libraires , Colporteurs
& autres , de l'imprimer , vendre , dé
biter ou autrement diftribuer ; enjoint à ceux qui
en ont ou pourroient avoir des Exemplaires , de
les apporter inceffamment au Greffe de la Cour ,
pour y être fupprimez ; ordonne qu'à la requête
du Procureur General du Roi , il fera informé
pardevant Maître Philibert Lorenchet Confeiller
pour
630 MERCURE DE FRANCE:
"'
pour les témoins qui pourroient être entendus
dans cette Ville, & à la pourfuite & diligence des
Subftituts du Procureur General du Roi , pardevant
les Lieutenans Criminels , ou autres Officiers
des Bailliages & Sénechauffées des Lieux pour les
témoins qui y feroient entendus , contre les Auteurs
dudit Libelle , & ceux qui l'auroient imprimé
, vendu , débité ou autrement diftribué , pour
les informations faites rapportées & communiquées
au Procureur General du Roi être ordonné
ce que de raifon Ordonne en outre que copies
collationnées du prefent Arrêt feront envoyées.
aux Bailliages & Sénechauffées du Reffort , pour
y être lûes , publiées & enregistrées , & affichées
par tout où befoin fera ; Enjoint aux Subftituts
du Procureur General du Roi d'y tenir la main &
d'en certifier la Cour dans un mois . Fait en Parlement
le 23. Fevrier 1730. Signé , YSABEAU.
Et le 23. Fevrier 1730. onze heures du matin,
à la levée de la Cour , le Libelle " mentionné
a été laceré & jetté au feu par l'Executeur de
La Haute-Jufice , au bas du grand Efcalier du
Palais , en prefence de nous Marie Dagobert
Tfabeau , l'un des trois premiers & principaux
Commis pour la Grand Chambre , affifté de deux
Huiffiers de ladite Cour. Signé , YSABEAU.
ORDONNANCE DU ROY , du 2 5. Fevrier ,
pour faire faire par les Intendans , ou ceux qui
feront par eux commis une Revûë generale des
Troupes de Milice.
"
ARREST du 7. Mars, qui autorife les Syndics
& Directeurs de la Compagnie des Indes , à établir
une Loterie pour rembourfer au Public , fur
le pied de Trois mille livres , trois cens trente
Actions par mois , voici la teneur de l'Arrêt. Sur
la
MARS. 1730 631
la Requête prefentée au Roi , en fon Confeil , par
les Syndics & Directeurs de la Compagnie des
Indes , contenant , qu'ils voyent avec peine les
variations qui arrivent de temps en temps fur le
prix des Actions de ladite Compagnie , & que
pour obvier à cet inconvenient , qui allarme un
grand nombre de Familles qui ont été obligées
de placer en Actions les fonds provenans des rembourfemens
qui leur ont été faits , ils fe propofent
de foûtenir le prix de l'Action fur un pied
proportionné à fon revenu , par le moyen d'une
Loterie , s'il plaift à Sa Majefté les y autorifer.-
Vu ladite Requête & le plan de ladite Loterie :
Ouy le rapport du Sieur le Peletier Conſeiller
ordinaire au Confeil Royal , Controlleur generaf
des Finances , Sa Majeſté étant en fon Conſeil , a
erdonné & ordonne ce qui fuit.
ARTICLE PREMIER.
Les Syndics & Directeurs de la Compagnie
des Indes auront la faculté d'établir une Loterie
pour retirer du Public Trois cens trente Actions
tous les mois.
I I.
Lefdites Trois cens trente Actions feront payées
fur le pied de Trois mille livres l'Action .
I I I.
Ceux qui voudront mettre à cette Loterie ,
payeront dix livres pour chaque Billet ; & la
Loterie fera fermée , quand le nombre de quarante
neuf mille cinq cens Billets aura été rempli.
I V.
La Loteric fera tirée le cinquième jour de cha
que mois , dans la Salle de l'Hôtel de la Compagnie
des Indes , en prefence des Sieurs Infpecteurs,
Syndics & Directeurs de ladite Compagnie,
& de ceux des Intereffez qui voudront s'y trouver.
V
632 MERCURE DE FRANCE.
V.
Chacun des trois cens trente premiers Billets
qui fortiront de la roue , operera le payement
comptant d'une Action fur le pied de Trois mille
livres , fur laquelle fomme il fera retenu dix liv.
pour les frais : Et fera par le Secretaire de la Compagnie
tenu un Regiſtre paraphé par l'un des S
Infpecteurs , où feront enregistrez les numero des
Billets à mesure qu'ils feront appellez ; lequel
Registre demeurera au Secretariat ,
pour y avoir
recours en cas de befoin .
V I.
Les deniers feront reçûs par les perfonnes qui
feront à ce prépofées par déliberation de ladite
Compagnie , du nom defquelles le Public fera
averti par des Affiches .
VII .
Les Regiftres qui feront tenus pour cette recette
, feront cotez & paraphez par l'un desdits
Sicurs Infpecteurs , ou par l'un des Syndics &
Directeurs de ladite Compagnie ; dans lefquels
Registres les Receveurs écriront le numero du
Billet , & le nom du Proprietaire d'icelui .
VIII.
Les Dividendes échûs ou à écheoir dans le cou
rant de la demi- année, feront joints aux Actions,
où il fera retenu fur les Trois mille livres la fomme
de foixante-quinze livies pour la valeur du Dividende.
I X.
Ladite Loterie aura lieu à commencer du premier
Avril prochain , & fera continuée de mois
en mois fans interruption , &c.
AUTRE du même jour, par lequel il eft dit que
le Roi étant informé que le Commerce des Actions
de la Compagnie des Indes,qui s'eft fait par vente
à
MARS. 17 ; 6 : 613
à Prime ou à marché ferme , a donné lieu à des
engagemens ufuraires & illici tes ; à quoi Sa Majefté
voulant pourvoir , fait deffenfes à toutes.
perfonnes de quelque qualité & condition qu'elles
foient , de contracter à l'avenir aucuns engagemens
pour fournir ou recevoir à terme desActions
de la Compagnie des Indes , fous le nom de Pri
me , marché ferme ou autrement , à peine , de
nullité defdits engagemens , & de trois mille livres
d'amende , tant contre le vendeur que contre
l'acheteur. Veut S. M. qu'il ne puiffe être fait
à l'avenir aucune vente defdites Actions qu'en les
delivrant réellement & en recevant la valeur comptant.
Veut auffi S. M. que les engagemens contractez
jufqu'à ce jour , foit à Prime , foit à mar
ché ferme ou autrement , & qui n'ont point encore
été confommez , demeurent nuls & réfo us ,
& qu'en confequence les Proprietaires des Actions
vendues à Prime ne puiffent les retirer du
dépôt , qu'en rendant à l'acheteur , foit en efpeces
, foit en Actions fur le pied du cours qu'elles
auront le jour de la publication du prefent Arrêt,
les fommes qu'ils auront reçues pour lefdites
Primes : Et à l'égard des ventes faites à marché
ferme, les vendeurs & les acheteurs retireront refpectivement
les Actions qu'ils ont déposées , &c. ,
SENTENCE DE POLICE du 2. Decembre
qui condamne les nommez Legrand & femme le
Baigue , Boulangers , en trois cens livres d'amende
, pour avoir contreven u aux Ordonnances qui
reglent ce qui doit être obfervě par les Boulanger
qui occupent des Piaces dans les Halles
& Marchez .
AUTRE du 9. Decembre , qui condamne les
nommez Potonnier & le Clerc , Joueufes de Profeffion
624 MERCURE DE FRANCE : 834
feflion , en mille livres d'amende chacune , pour
avoir donné à jouer au Jeu de Pharaon.
AUTRE du même jour , qui condamne les
nommez Aubri , Duguy & Maurice , pour avoir
alteré les Chandelles des Lanternes publiques .
AUTRE du 18. Fevrier , qui enjoint à toutes
perfonnes de faire ramoner exactement leurs
Cheminees , pour prévenir les Incendies.
F
JUGEMENT rendu le 18. Février , par
M. Herault , Lieutenant General de Police , &
Mrs les Confeillers au Siege Préfidial du Châtelet,
qui condamne Martin Baudrier, ' dit Defchaifes
,à être attaché au Carcan en la Place de Greve
, & y demeurer depuis midi jufqu'à deux heu
tes , ayant Ecriteau devant & derriere portant ces
mots : Colporteur d'Ouvrages imprimez &prohibez,
& banni pour trois ans du reffort des
Parlements de Paris & de Rouen.
ORDONNANCE , & c.
Ouis, par la grace de Dieu , Roi de France ;
Louis,par &c. Salut. Notre amé & féal Alexandre Prevêt
, Chevalier , Seigneur de Gagemon , ancien
Capitaine au Regiment de Dragons d'Orleans , &
Chevalier de l'Ordre militaire de S. Louis , nous
a très-humblement fait expofer, qu'ayant l'honneur
d'appartenir , à titre de coufin , à deffunte
notre très-chere & très-amée coufine , Madame
Eleonore , Ducheffe de Brunfvik- Lunebourg ,
Ayeule maternelle de notre-très cher frere le
Roi de la Grande Bretagne , & de notre trèschere
Soeur la Reine de Pruffe , auxquels , comme
heritiers de cette Princeffe , la Terre & Seigneurie
d'Ollebreufe , fituée dans notre Royaume,
au Pays d'Aunis , appartient aujourd'hui ;
c'eft par cette confideration , & pour remettre ladite
Terre d'Ollebreufe dans la famille de cette
Princeffe , qu'il a plû à notre très- cher frere le
Į Roi
66 MERCURE DE FRANCE .
1
>
Roi de la Grande Bretagne & à notre très- chere
Sour la Reine de Pruffe, d'en faire don à l'expofant
par deux Brevets fignés de leurs mains , l'un
datté au Palais de Saint James le Novembre
1728. & l'autre à Berlin le 14.Decembre fuivant;
mais l'Expofant ne pouvant profiter de cette liberalité
, ni l'accepter fans notre permiffion , nous
avons bien voulu la lui accorder , ainſi qu'il eſt
justifié par la lettre de M. le Garde des Sceaux ,
& Secretaire d'Etat , dattée à Compiegne le 20,
May de la prefente année 1729, en confequence
de laquelle l'Expofant ayant accepté ladite Terre
d'Ollebreufe , après que les Miniftres de notre
très-cher frere le Roi de la Grande Bretagne ,
& de notre très - chere Soeur la Reine de Pruffe
ont eu depofé lefdits Brevets de don , chez le
Prevôt , Notaires à Paris , il nous a preſenté ſa
Requête, tendante à ce qu'il nous plût approuver
& confirmer ladite acception , à laquelle Requête
ayant joint l'expedition de ladite acceptation &
defdits Brevets de don ; enſemble les Lettres originales
à lui écrites par deffunte notre très - chere
& très-amée coufine , Madame Eleonore Ducheffe
de Brunfvik- Lunebourg , par lesquelles elle
a reconnu & qualifié l'Expofant , fon coufin , &
autres pieces juftificatives. Nous , par l'Arrêt de
notre Confeil d'Etat , rendu , Nous y étant , le
17. Septembre de la prefente année 1729. approuvant
& confirmant le don fait de ladite Terre ·
Olebreufe à l'Expofant par lefdits Brevets de
don , lui avons permis de prendre poffeffion de
ladite Terre , pour en jouir en toute proprieté &
en percevoir les fruits & revenus , tant ceux échus
pendant l'année 1728. & la prefente , que ceux
qui échoiront à l'avenir , avec deffenfes de le troubier
, fes heritiers ou ayans caufe , dans ladite
proprieté , poffeffion & joüiffance , & ordonne
que
MARS. . 1730. 617
-
que fur ledit Arrêt toutes Lettres Patentes ne
ceffaires feroient expediées , lesquelles Lettres
l'Expofant nous a fupplié de lui accorder ; &
voulant le traitter favorablement, en confideration
de la memoire de deffunte notre très chere &
très amée coufine , Madame Eleonore Ducheffe
de Brunfvik-Lunebourg , à laquelle il avoit l'honneur
d'apartenir,à titre de coufin , & des fervices
qu'il nous a rendus en qualité de Capitaine dans
le Regiment de Dragons d'Orleans. A ces cauſes,
de l'avis de notre Confeil , & conformément
l'Arrêt d'icelui , dudit jour 17. Septembre 1729.
ci attaché fous le contrefcel de notre Chancellerie
, Nous , par ces prefentes fignées de notre
main , en approuvant & confirmant le don fait
à l'Expofant de ladite Terre d'Ollebreuſe , par
lefdits Brevets des Novembre & quatorze Decembre
1728. avons permis & permettons audit
Expofant de prendre poffeffion de ladite Terre ,
pour en jouir en toute proprieté , & en percevoir
les fruits & revenus tant ceux échus pendant
l'année 1728. & la prefente , que ceux qui échoiront
à l'avenir ; faifons deffenfes de troubler ledit
Expofant , fes heritiers ou ayans cauſe dans
ladite propriecé , poffeffion & jouillance : Si vous
mandons que ces prefentes vous ayez à faire enregiftrer
, & du contenu en icelles faire jouir &
ufer ledit Expofant pleinement & paiſiblement
nonobftant tous Edits , Declarations & autres
difpofitions à ce contraires , auxquelles nous
avons, en tant que de befoin, derogé & derogeons
ces prefentes ; car tel eſt notre plaifir . Donné
a Verfailles & c .
par
>
Tout ce qui eft énoncé dans l'Acte ci- deffus
établit pour M M. Prevôt , fortis d'une très-ancienne
nobleffe , une illuftration qui eft unique.
Mlle d'Ollebreuſe , devenue Ducheffe de Brunf
I ij
wik
9
618 MERCURE DE FRANCE.
vik , a reporté dans fa famille avec la Terre &
Seigneurie d'Ollebreufe , le prix de la vertu &
de fes grandes & rares qualités , elle les a decorées
d'une alliance affez étroite avec deux Maifons
fouveraines , qui par le progrès d'un fang
déja affermi fur tant de Trônes , affure encore
pour la fuite une pofterité Royale des plus nombreufes
, & le fils de M. Alexandre Prevoft , Seigneur
de Gagemon , âgé de treize à quatorze
ans , élevé parmi ces grands avantages de fa Maifon
, & aujourd'hui Seigneur d'Ollebreuſe , peut
concevoir pour lui & pour les fiens l'efperance
d'apartenir un jour à la plus grande partie des
Puiffances de l'Europe.
M. Louis Armand Prevoft , Marquis de l'Etoriere
, Meftre de Camp d'Infanterie , Chevalier
de l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis , a été
fondé d'une procuration fpeciale de M. Alexandre
Prevoft , Seigneur de Gagemon ; en vertu
de laquelle , & conjointement avec M. Jean Reck,
Envoyé du Roi d'Angleterre , Electeur d'Hannover
à la Diette de l'Empire , à Ratisbonne
étant alors à Paris , & avec M. Jean le Chambrier
, Miniftre du Roi de Pruffe auprès du Roi,
tous deux chargés des ordres précis de leurs
Maîtres , a obtenu la permiffion d'accepter en
faveur de M, Prevolt , Seigneur de Gagemon
fon iffu de germain , les dons de la Terre &
Seigneurie d'Ollebreufe , lefquels dons lui ont
été faits , à titre de coufin , tant par le Roi d'Angleterre
que par la Reine de Pruffe , comme heritiers
de feue Madame Eleonore , Ducheffe de
Brunfyik-Lunebourg , leur ayeule maternelle , &
dont il a l'honneur d'être parent très- proche ;
les Lettres Patentes fur Arrêt du Confeil , &
fcellées du grand Sceau , en ont été expediées
le 6. Octobre 1729. & enregistrées au Parlement
le 14 Decembre de la même année, ARMARS.
r736 ;
3 ARREST du 28. Novembre, qui ordonne que
les Piéces de trente deniers n'auront plus cours
que pour vingt-quatre deniers , les demis à proportion
; & que celles de vingt-un deniers feront
données & reçûes dans tous les payemens
pour le même prix de vingt-quatre deniers.
AUTRE du 6. Decembre , qui proroge l'exe
aution de celui du 5. Decembre 1728. jufques &
compris le dernier Decembre 1730. paffé lequel
tems le prix des anciennes efpeces & matieres d'or
& d'argent fera réduit ainfi qu'il l'eut dû être au
premier Janvier prochain.
AUTRE du 20. Decembre , qui difpenfe du
fervice de la Milice ceux qui aquereront des
Maîtriſes créées par les Edits des mois de No
yembre 1722. & Juin 1725.
'AUTRE du même jour , qui révoque celui du
18. Octobre dernier , & ordonne que les Droits
d'Entrée fur les Cacaos de l'Ile de Caraques feront
perçus fur le pied qu'ils font fixés par l'Arrêt
du 12. May 1693. & que les Cacaos prove
hans des Ifles & Colonies Françoifes acquiteront
les Droits reglés par les Lettres Patentes du mois
Avril 1717. &c.
AUTRE du 31. Decembre , qui ordonne que
ceux qui remettront aux Hôtels des monnoyes,
en Piaftres ou autres matieres d'or & d'argent ,'
venant des Pays Etrangers , jufqu'à concurrence
de dix mille livres , continueront d'être payés
jufqu'au premier Juillet prochain des quatre de
niers pour livre attribués aux Changeurs .
I iij
AU
620 MERCURE DE FRANCE.
AUTRE du 3. Janvier , qui proroge pendant
le courant de l'année 1730. la moderation accordée
par celui du 4. Janvier 1729. des Droits
de marc d'or , Sceau , enregistrement chez les
Gardes des Rôles , frais de reception & inſtallation
des Offices vacans ou de nouvelle création,
qui feront levés aux Revenus Cafuels.
ン
AUTRE du 21. Janvier au fujet des Billets que
l'on pourra prendre pour la Loterie établie pour
le remboursement des Rentes de l'Hôtel de Ville,
par laquelle le Roi ordonne que les Proprietaires
de Contracts de mille livres en capital & au - def
fus , ne pourront prendre de Billets au - deffous de
vingt fois , & que les Rentiers dont les Contracts
feront au-deffous de mille livres de capital , &
dont les Billets fetont par conféquent au-deffous
de vingt fols , ne pourront prendre qu'un Billet
pour chacun de leurs Contracts. Deffend auffi Sa
Majefté à aucuns Rentiers de prendre des Billets
au-deffus de vingt livres , à quelque fomme que
puiffe monter le capital de leurs Contracts , le
tout à peine de perdre leur mife , qui demeurera
jointe au fonds de ladite Loterie au profit des autres
Rentiers & c.
AUTRE du 31. Janvier , qui ordonne que les
Charbons de Terre , venant d'Angleterre , d'Ecoffe
& d'Irlande , ne payeront pendant un an ,
commencer du premier Fevrier prochain
que douze fols par Baril du poids de deux cens
cinquante livres, poias de marc.
J
AUTRE du 31. Janvier , qui décharge de la
Collecte des Tailles le nommé Naudin , Revendeur
de Sel à petites mefurès dans la Ville de Montreuil
- Bellay.
AUMARS.
1730. 621
ARREST du Parlement , qui déclare abufifs
quatre Brefs ou Décrets au fujet de la Légende
de Gregoire V I I.
Ce jour , les Gens du Roy font entrez , & M.
Pierre Gilbert de Voifins , Avocat dudit Seigneur
Roy , portant la parole , ont dit :
Meffieurs , après l'Arrêt folemnel que la Cour
rendit au mois de Juillet dernier fur nos Conclufions,
à l'occafion de l'Office de Gregoire VII ,
nous avions lieu de croire que nous n'aurions
plus d'autre devoir à remplir fur cet objet , &
que la Cour de Rome nous en laifferoit infenfiblement
perdre la mémoire.
Mais nous reconnoiffons avec douleur combien
nos efperances ont été trompées , à la vue d'un
Bref publié à Rome que nous avons entre les
mains , & dont on peut dire qu'il réduit en pra
tique la doctrine répandue dans l'Office de Gregoire
VII. en caffant par l'autorité Pontificale
tous Edits , Arrêts , Ordonnances , & autres Actes
émanez à ce fujet des Puiffances Séculieres
même Souveraines ; ce Bref entreprend de foûmettre
au Sacerdoce l'empire temporel des Souverains
; il exerce une autorité fuprême fur des
Actes revêtus du caractere de leur pouvoir ; il
attaque leur indépendance jufques dans fes fondemens
, & tend à leur ôter la voye de la défendre.
S'il eft un droit inféparable de la puiffance tem
porelle , émanée immédiatement de Dieu , c'eft
celui de fe maintenir par des voyes auffi indépendantes
que fon pouvoir même. Quand l'autre
Puiflance veut l'affujettir , elle ne peut fe refuſer
une legitime défenfe . Mais plus Pentrepriſe fera
foûtenue d'un caractere augufte & venerable, plus
elle fçaura garder,en fe maintenant, une conduite
mefurée .
I iuj C'eft
621 MERCURE DE FRANCE.
C'eft fur ces grandes confidérations qu'est fon-
'dé l'Arrêt
que la Cour a rendu le 20. Juillet dernier.
Que pouvions -nous faire de moins que de
vous demander ce qu'il prononce ? aurions - nous
gardé le filence , & euffions-nous été capables
d'oublier jufqu'à ce point l'exemple & les maximes
de nos Peres ?
Que Rome eût placé un de fes Pontifes dans le
catalogue des Saints ; qu'elle eût loué dans fon
Office des vertus Chrétiennes & Ecclefiaftiques
des travaux Apoftoliques pour l'extirpation des
hérefies , pour le rétabliffement de la difcipline ,
& pour la réforme des moeurs notre miniftere
n'eût point eû à s'élever. Mais ce qui a dû l'exciter
, c'eft de voir fous le titre d'un Office Ecclefiaftique
, publier l'empire de la Cour de Rome
fur le temporel & fur la Majefté des Souverains.
>
En nous élevant contre cet Office nous n'avons
point cherché à attaquer la Puillance dont
il pouvoit être émané. On ne nous a point vâ
mettre en question le pouvoir dont elle eft en
poffeffion dans l'Eglife , de décerner un culte &
des prieres confacrées à la memoire de ceux
qu'elle juge dignes de la vénération des Fideles .
Avec la même retenuë votre Arrêt s'eſt borné à
fupprimer une Feuille qui bleffoit ce qu'il y a de
plus inviolable parmi nous , & à prendre de juftes
précautions pour empêcher qu'à l'avenir on
ne pût introduire , à l'infçu des Magiſtrats , des
nouveautez fi dangereufes.
Un Arrêt fi fage & fi mefuré devient cependant
aujourd'hui l'objet d'une entrepriſe fur la
Puiffance Séculiere , puifqu'on ne fçauroit méconnoître
qu'il eft compris & défigné dans le
Bref. Nous n'avons , Meffieurs , dans cette occafion
d'autre interêt à vous propofer que celui de
mos Loix & de nos maximes ; elles trouvent toujours
MARS. 17307 623
jours en elles -mêmes des reffources pour fe main
tenir.
Pour ufer de la voye qu'elles nous ouvrent
nous avons l'honneur de demander à la Cour
d'être reçûs'appellans comme d'abus de ce Bref
& qu'en prononçant fur fon abus manifefte , il
foit défendu de le recevoir , de lè diftribuer , &
d'en faire aucun ufage. C'eſt le remede le plus
ordinaire & le plus fimple que nos moeurs ayent
introduit les occafions de ce genre.
pour
Il a paru fur la même matiere d'autres Brefs
contre des Mandemens de quelques Prélats du
Royaume. Nous les remettons tous fous les yeux
de la Cour & comme il ne nous eft pas permis
de garder le filence , fur tout ce qui peut intereffer
directement ou indirectement l'autorité du
Roy & les maximes de la France , notre miniftere
vous demande auffi de déclarer abufifs cès
Brefs dont la feule lecture fuffit pour juftifier les
Conclufions que nous prenons à ce fujet.
Pour ne rien obmettre des vues que notre devoir
nous infpire , il nous refte à vous propofer
d'ordonner que l'Arrêt du 20. Juillet , par lequel
la Cour a pris les plus fages précautions pour
prévenir les conféquences de l'Office de Gregoire
VII . foit executé felon fa forme & teneur : en y
ajoûtant des défenfes générales de recevoir aucuns
Brefs ou autres Actes de la Cour de Rome ,
moins qu'ils ne foient revêtus de Lettres Patentes
du Roy , excepté les Expéditions ordinaires qui
regardent les Particuliers.
de nou-
Ces défenfes fondées fur nos libertez & fur les
Loix du Royaume , fubfiftent toujours de droit
parmi nous : mais fuivant les conjonctures fouvent
la Cour a pris ſoin de les prononcer
veau. Elles font en même tems un préſervatif &
uine proteftation folemnelle contre ce qui peut
ΤΥ furvenir
624 MERCURE DE FRANCE.
furvenir , & on en tire l'avantage d'être en droit
de le négliger.
C'eft avec regret qu'on fe voit forcé à renouveller
ces précautions fous un des plus faints
Pontifes que l'Eglife ait vû élevés fur la Chaire
de faint Pierre. Digne des tems Apoftoliques , il
nous retrace l'image de fes premiers Prédéceffeurs.
Si le danger d'une opinion qué des fiécles plus
récents ont vû naître dans la Cour de Rome
tient encore aujourd'hui la France attentive à s'en
préferver , elle n'en demeure que plus fidellement
attachée aux véritables droits du faint Siège. Elle
les revere fur la foi des verités les plus certaines
& les plus refpectables de la Religion : elle en fait
le principal fondement de fa doctrine ; & fi elle
perfifte inviolablement dans fes maximes , c'eſt
qu'elle trouve dans les mêmes fources ce qui fert
a les foûtenir.
Nous laiffons , Meffieurs , à la Cour les exemplaires
des Brefs , & les Conclufions que nous
avons cru devoir prendre.
Les Gens du Roi retirez.
Veu l'Imprimé du Decret ou Bref du Pape , intitulé
, Declaratio Nullitatis , Edictorum , Mandatorum
, Praceptorum , Ordinationum , aliorumque
Geftorum per Magiftratus feu Officiales
Miniftros Saculares vel alias à Laïca Poteftate
ejufve nomine adverfus Decretum extenfionis
Officii Santi Gregorii Papa feptimi ad
univerfos Chrifti Fideles qui Horas Canonicas
tenentur à SS. D. N. Benedido , Divinâ Providentiâ
, Papa XIII . nuper_editum cum illorum
omnium revocatione , caffatione & abolitione
daté du 19. Decembre 1729. avec la publication
faite à Rome le même jour. Veu auffi trois autres
Brefs ou Decrets datez des 17. Septembre , 8.
Octobre
MARS. 1730. 625
.
Octobre & 6. Decembre 1729. ayant chacun
pour titre , Revocatio & annullatio Ordinationum
contentarum in quibufdam foliis Gallico
idiomate impreffis fub titulo : Mandement , &c .
Veu pareillement l'Arrêt de la Cour du 20. Juillet
1729. & les Arrêts des 15. May 1647. 9.
May 1703. premier Avril 1710. & 16. Decembre
1716. enfemble les Conclufions par écrit du
Procureur General du Roy , la matiere miſe en
déliberation. La Cour reçoit le Procureur General
du Roy appellant comme d'abus deſdits Brefs
ou Decrets ; faifant droit fur ledit appel , dit
qu'il y a abus. En conféquence , enjoint à tous
ceux qui en ont ou pourront en avoir des exemplaires
, de les apporter au Greffe de la Cour pour
y être fupprimez. Fait très-expreffes inhibitions-
& défenfes à toutes fortes de perfonnes , de quelqualité
& condition qu'elles foient , de recevoir
faire lire , publier , imprimer , diftribuer , ni autrement
mettre à execution , directement ni indirectement
, de quelque maniere & fous quelque
prétexte que ce puiffe être, lefdits Brefs ou De- ' .
crets , ni pareillement aucunes Bulles , Brefs ou
autres Expeditions émanées de la Cour de Rome
fans Lettres Patentes du Roy enregistrées en la
Cour , pour en ordonner la publication , à l'ex-'
ception néanmoins des Brefs de Pénitencerie
Provifions de Bénéfices & autres Expeditions ordinaires
concernant les affaites des Particuliers
lefquelles s'obtiennent en Cour de Rome , fuivant
les Ordonnances & Ufages du Royaume, Fait
auffi défenſes à tous Libraires , Imprimeurs , Colporteurs
& autres , d'imprimer ou faire imprimer
, vendre , débiter ou autrement diftribuer
aucunes Bulles , Brefs ou autres Expeditions de
Cour de Rome , fans Lettres Parentés du Roy enregiſtrées
en la Cour , qui en ordonnent la Pu-
I vj
blication >
•
627 MERCURE DE FRANCE:
›
blication , à peine de 500. livres d'amende , mé
me de déchéance de leur Maîtriſe & Vacation
& autres plus grandes peines , s'il y échet ; au fur--
plus ordonne que l'Arrêt du 20. Juillet 1729. fera
executé felon fa forme & teneur fait défenfes
d'y contrevenir - fous les peines y contenues ::
Ordonne en outre que le prefent Arrêt ſera inſcrit
dans le Régiftre de la Communauté des Libraires
& Imprimeurs de cette Ville de Paris
envoyé dans les Bailliages & Senéchauffées du
Reffort , pour y être lû , publié & enregistré , &
affiché par tout où befoin fera. Enjoint aux Sub
ftituts du Procureur Général du Roy d'y tenir la
main , & dans certifier la Cour dans un mois.
Fait en Parlement le 23. Fevrier 1730. Signé
YSABEA U.
ARREST du 14. Fevrier , qui déclare ce-
Jui du 12. Avril 1723. & autres rendus pour les.
Manufactures d'Elbeuf , Louviers , Dernetal &
Orival , communs pour la Manufacture des Frocs
de Bolbec..
AUTRE du même jour , qui proroge jufqu'au
dernier Avril 1730. le délay accordé par l'Arrêt
du 23. Août 1729. pour le Contrôle des Actes
de Foy & Hommage.
AUTRE du même jour , qui ordonne qu'à
Commencer du 19. Mars 1730. jufqu'à la fin du
Bail de Carlier , il ne fera perçû fur les Sardines
venant de la Province de Bretagne en Anjou
que 4. livres 15. fols 6. deniers par Barrique du
poids de trois cens livres , pour tous Droits d'En
trée , d'Abord & de Confommation.
ARREST du Parlement , qui ordonne qu'un
Libelle
23
MARS. 173.0. 627
Libelle fera laceré & brûlé. Ce jour , les Geas
du Roi font entrez , & Maître Pierre Gilbert de
Voifins , Avocat dudit Seigneur Roi portant la
parole , ont dit :
Meffieurs , la lecture du Libelle que nous dé
ferons à la Cour lui fera connoître aiſément'
quelles en font les confequences pernicieufes , &'
combien il y a lieu de le réprimer.
C'eſt un imprimé fans aveu fous le titre de Remontrances
addreffées à Monfieur l'Archevêque
de Paris , par les Fideles de fon Diocèſe. Ainfi
un Auteur anonime du fond de fon obſcurité ,
entreprend de faire parler un peuple entier , &
fous prétexte de lui prêter fes paroles , effaye en
effet de lui infpirer les fentimens & fes maximes
féditieufes.
Loin d'appercevoir dans cet ouvrage la retenuë
& le refpect dont l'Auteur devoit au moins affecter
de conferver l'apparence , on n'y voit que
témerité , qu'emportement & que fcandale. Il
ne fe contente pas de fe déclarer contre l'Ordonnance
de Monfieur l'Archevêque de Paris du 29°
Septembre dernier , il attaque en même-temps
fa perfonne & la droiture de fes intentions . Nous
vous plaindrions , dit le Libelle , Si vous n'êtiez
que féduit. Mais nôtre foi ... s'eft apperçue
du piege qu'on lui veut tendre , &c. Affectations,
déguifemens , mauvaiſe foi , fauffes infinuations,
détours artificieux ; ce font les expreffions injurieufes
qu'on y trouve à chaque page contre ce
Prélat.
Les Evêques de France en general font encore
moins épargnez . Sans égard ni pour leur dignité .
ni pour leurs perfonnes , on met en oeuvre les
couleurs les plus noires pour les décrier. Il n'eft
point d'invectives ni de traits envenimez qu'on ne
raffemble contr'eux . Pour comble d'attentat on
ofe
625 MERCURE DE FRANCE .
ofe s'élever contre le Corps même de l'Epiſcopat ,
& il femble qu'on aſpire à le rendre odieux &
méprifable.
A ce caractere fe reconnoît d'abord un Libelle
diffamatoire , qui par fa nature exige toute la fe→
verité des Loix.
Prévenu d'ailleurs par l'excès de fa paffion
l'Auteur s'abandonne à des déclamations contre
la Conftitution Unigenitus , qui ont été tant de
fois condamnées par vos Arrêts . Il s'éleve encore
davantage contre les explications folemnelles de
1720. que feu Monfieur le Cardinal de Noailles a
lui- même publiées. Il les traite d'ouvrage tiffu
des plus indignes artifices , & il reproche à Monfieur
l'Archevêque de Paris d'en copier les mife-.
rables défaites : oubliant en cet endroit les éloges
qu'il donne ailleurs à Monfieur le Cardinal de
Noailles , & cenfurant fa conduite pour décrier
celle de fon fucceffeur.
ع ق م
Mais ce qui merite fur tout d'attention la plus.
ferieufe de la Cour , c'eft le danger des faux principes
qu'on ne craint point de mettre au jour dans
ce Libelle. Sans parler de la témérité & de l'artifice
avec lefquels il s'explique fur les faits qui
regardent les anciens troubles de l'Arianifme
l'Auteur avance fans détour qu'il eft des occafions
où le Pasteur doit obéir à fes oüailles ,
le Corps de l'Epifcopat fe foumettre à quelques ,
unsde fes membres . Il eft faux , dit-il ailleurs
qu'en toute circonflance l'autorité ( du Chef&
du Corps des Pasteurs ) doivent rendre notre
foumiffion tranquille & exempte de fcrupule.
Après tout , dit-il encore & fe font fes propres
termes pourquoi ne défendrions - nous pas la
verité contre le Pape & contre tous les Evêques,
s'ils la combattoient en effet ? S'expliquer ainfi ,
c'eſt annoncer ouvertement que le Corps de l'Epifcopat
MARS. 1730. 629
pifcopat peut tomber dans l'erreur & l'enfeigner
qu'il peut être inftruit , corrigé , jugé même par
le peuple. C'eſt le but que l'Auteur femble s'être
propofé dans fon ouvrage. Et peut -on s'empêcher
de reconnoître que c'eft travailler à détruire toute
fubordination & toute Hierarchie Ecclefiaftique ,
ou plutôt à renverfer les fondemens de l'autorité
infaillible de l'Eglife , en introduiſant dans for
fein les principes des Sectes qui s'en font féparées
dans les derniers fiecles ?
Que ferviroit-il de s'étendre davantage fur un
Libelle qui contient des principes dont on ne
fçauroit étouffer trop promptement les fémences
dangereufes C'eft l'objet des Conclufions que
nous laiffons à la Cour avec l'ouvrage dont notre
miniftere lui demande la condamnation la plus
rigoureufe.
Les Gens du Roy retirez :
Vu le Libelle intitulé : Remontrances des Fideles
du Diocefe de Paris , à Monseigneur leur
Archevêque , au fujet de fon Ordonnance du 29.
Septembre 1719. & à la fin , A Paris ce 26 Octo
bre 1729. Enſemble les Conclufions par écrit du
Procureur General du Roi. La matière mife en
déliberation :
La Cour a ordonné & ordonne que ledit Libelle
fera laceré & brûlé dans la Cour du Palais ,
au pied du grand efcalier d'icelui, par l'Executeur
de la Haute Juftice ; fait très -expreffes inhibitions
& défenfes à tous Imprimeurs & Libraires , Colporteurs
& autres , de l'imprimer , vendre , dé
biter ou autrement diftribuer ; enjoint à ceux qui
en ont ou pourroient avoir des Exemplaires , de
les apporter inceffamment au Greffe de la Cour ,
pour y être fupprimez ; ordonne qu'à la requête
du Procureur General du Roi , il fera informé
pardevant Maître Philibert Lorenchet Confeiller
pour
630 MERCURE DE FRANCE:
"'
pour les témoins qui pourroient être entendus
dans cette Ville, & à la pourfuite & diligence des
Subftituts du Procureur General du Roi , pardevant
les Lieutenans Criminels , ou autres Officiers
des Bailliages & Sénechauffées des Lieux pour les
témoins qui y feroient entendus , contre les Auteurs
dudit Libelle , & ceux qui l'auroient imprimé
, vendu , débité ou autrement diftribué , pour
les informations faites rapportées & communiquées
au Procureur General du Roi être ordonné
ce que de raifon Ordonne en outre que copies
collationnées du prefent Arrêt feront envoyées.
aux Bailliages & Sénechauffées du Reffort , pour
y être lûes , publiées & enregistrées , & affichées
par tout où befoin fera ; Enjoint aux Subftituts
du Procureur General du Roi d'y tenir la main &
d'en certifier la Cour dans un mois . Fait en Parlement
le 23. Fevrier 1730. Signé , YSABEAU.
Et le 23. Fevrier 1730. onze heures du matin,
à la levée de la Cour , le Libelle " mentionné
a été laceré & jetté au feu par l'Executeur de
La Haute-Jufice , au bas du grand Efcalier du
Palais , en prefence de nous Marie Dagobert
Tfabeau , l'un des trois premiers & principaux
Commis pour la Grand Chambre , affifté de deux
Huiffiers de ladite Cour. Signé , YSABEAU.
ORDONNANCE DU ROY , du 2 5. Fevrier ,
pour faire faire par les Intendans , ou ceux qui
feront par eux commis une Revûë generale des
Troupes de Milice.
"
ARREST du 7. Mars, qui autorife les Syndics
& Directeurs de la Compagnie des Indes , à établir
une Loterie pour rembourfer au Public , fur
le pied de Trois mille livres , trois cens trente
Actions par mois , voici la teneur de l'Arrêt. Sur
la
MARS. 1730 631
la Requête prefentée au Roi , en fon Confeil , par
les Syndics & Directeurs de la Compagnie des
Indes , contenant , qu'ils voyent avec peine les
variations qui arrivent de temps en temps fur le
prix des Actions de ladite Compagnie , & que
pour obvier à cet inconvenient , qui allarme un
grand nombre de Familles qui ont été obligées
de placer en Actions les fonds provenans des rembourfemens
qui leur ont été faits , ils fe propofent
de foûtenir le prix de l'Action fur un pied
proportionné à fon revenu , par le moyen d'une
Loterie , s'il plaift à Sa Majefté les y autorifer.-
Vu ladite Requête & le plan de ladite Loterie :
Ouy le rapport du Sieur le Peletier Conſeiller
ordinaire au Confeil Royal , Controlleur generaf
des Finances , Sa Majeſté étant en fon Conſeil , a
erdonné & ordonne ce qui fuit.
ARTICLE PREMIER.
Les Syndics & Directeurs de la Compagnie
des Indes auront la faculté d'établir une Loterie
pour retirer du Public Trois cens trente Actions
tous les mois.
I I.
Lefdites Trois cens trente Actions feront payées
fur le pied de Trois mille livres l'Action .
I I I.
Ceux qui voudront mettre à cette Loterie ,
payeront dix livres pour chaque Billet ; & la
Loterie fera fermée , quand le nombre de quarante
neuf mille cinq cens Billets aura été rempli.
I V.
La Loteric fera tirée le cinquième jour de cha
que mois , dans la Salle de l'Hôtel de la Compagnie
des Indes , en prefence des Sieurs Infpecteurs,
Syndics & Directeurs de ladite Compagnie,
& de ceux des Intereffez qui voudront s'y trouver.
V
632 MERCURE DE FRANCE.
V.
Chacun des trois cens trente premiers Billets
qui fortiront de la roue , operera le payement
comptant d'une Action fur le pied de Trois mille
livres , fur laquelle fomme il fera retenu dix liv.
pour les frais : Et fera par le Secretaire de la Compagnie
tenu un Regiſtre paraphé par l'un des S
Infpecteurs , où feront enregistrez les numero des
Billets à mesure qu'ils feront appellez ; lequel
Registre demeurera au Secretariat ,
pour y avoir
recours en cas de befoin .
V I.
Les deniers feront reçûs par les perfonnes qui
feront à ce prépofées par déliberation de ladite
Compagnie , du nom defquelles le Public fera
averti par des Affiches .
VII .
Les Regiftres qui feront tenus pour cette recette
, feront cotez & paraphez par l'un desdits
Sicurs Infpecteurs , ou par l'un des Syndics &
Directeurs de ladite Compagnie ; dans lefquels
Registres les Receveurs écriront le numero du
Billet , & le nom du Proprietaire d'icelui .
VIII.
Les Dividendes échûs ou à écheoir dans le cou
rant de la demi- année, feront joints aux Actions,
où il fera retenu fur les Trois mille livres la fomme
de foixante-quinze livies pour la valeur du Dividende.
I X.
Ladite Loterie aura lieu à commencer du premier
Avril prochain , & fera continuée de mois
en mois fans interruption , &c.
AUTRE du même jour, par lequel il eft dit que
le Roi étant informé que le Commerce des Actions
de la Compagnie des Indes,qui s'eft fait par vente
à
MARS. 17 ; 6 : 613
à Prime ou à marché ferme , a donné lieu à des
engagemens ufuraires & illici tes ; à quoi Sa Majefté
voulant pourvoir , fait deffenfes à toutes.
perfonnes de quelque qualité & condition qu'elles
foient , de contracter à l'avenir aucuns engagemens
pour fournir ou recevoir à terme desActions
de la Compagnie des Indes , fous le nom de Pri
me , marché ferme ou autrement , à peine , de
nullité defdits engagemens , & de trois mille livres
d'amende , tant contre le vendeur que contre
l'acheteur. Veut S. M. qu'il ne puiffe être fait
à l'avenir aucune vente defdites Actions qu'en les
delivrant réellement & en recevant la valeur comptant.
Veut auffi S. M. que les engagemens contractez
jufqu'à ce jour , foit à Prime , foit à mar
ché ferme ou autrement , & qui n'ont point encore
été confommez , demeurent nuls & réfo us ,
& qu'en confequence les Proprietaires des Actions
vendues à Prime ne puiffent les retirer du
dépôt , qu'en rendant à l'acheteur , foit en efpeces
, foit en Actions fur le pied du cours qu'elles
auront le jour de la publication du prefent Arrêt,
les fommes qu'ils auront reçues pour lefdites
Primes : Et à l'égard des ventes faites à marché
ferme, les vendeurs & les acheteurs retireront refpectivement
les Actions qu'ils ont déposées , &c. ,
SENTENCE DE POLICE du 2. Decembre
qui condamne les nommez Legrand & femme le
Baigue , Boulangers , en trois cens livres d'amende
, pour avoir contreven u aux Ordonnances qui
reglent ce qui doit être obfervě par les Boulanger
qui occupent des Piaces dans les Halles
& Marchez .
AUTRE du 9. Decembre , qui condamne les
nommez Potonnier & le Clerc , Joueufes de Profeffion
624 MERCURE DE FRANCE : 834
feflion , en mille livres d'amende chacune , pour
avoir donné à jouer au Jeu de Pharaon.
AUTRE du même jour , qui condamne les
nommez Aubri , Duguy & Maurice , pour avoir
alteré les Chandelles des Lanternes publiques .
AUTRE du 18. Fevrier , qui enjoint à toutes
perfonnes de faire ramoner exactement leurs
Cheminees , pour prévenir les Incendies.
F
JUGEMENT rendu le 18. Février , par
M. Herault , Lieutenant General de Police , &
Mrs les Confeillers au Siege Préfidial du Châtelet,
qui condamne Martin Baudrier, ' dit Defchaifes
,à être attaché au Carcan en la Place de Greve
, & y demeurer depuis midi jufqu'à deux heu
tes , ayant Ecriteau devant & derriere portant ces
mots : Colporteur d'Ouvrages imprimez &prohibez,
& banni pour trois ans du reffort des
Parlements de Paris & de Rouen.
Fermer
Résumé : ARREST, ORDONNANCE, &c.
Le texte relate une série d'événements et de décisions juridiques concernant la transmission de la Terre et Seigneurie d'Ollebreuse. Alexandre Prévôt, Chevalier et Seigneur de Gagemon, a reçu en donation cette terre par le Roi de Grande-Bretagne et la Reine de Prusse, héritiers de la défunte Duchesse Éléonore de Brunswick-Lunebourg, dont Prévôt est le cousin. Cette donation a été confirmée par le Roi de France, Louis, par un arrêt du Conseil d'État du 17 septembre 1729, permettant à Prévôt de prendre possession de la terre et d'en percevoir les revenus. Les lettres patentes ont été expédiées le 6 octobre 1729 et enregistrées au Parlement le 14 décembre 1729. Le texte mentionne également plusieurs autres arrêts et ordonnances, notamment concernant la valeur des pièces de monnaie, la prorogation de certaines exemptions fiscales, et des régulations sur les droits de douane et les loteries. Un arrêt du Parlement déclare abusifs des brefs ou décrets concernant la légende de Grégoire VII, soulignant l'indépendance des puissances séculières face à l'autorité pontificale. En mars 1730, les Syndics et Directeurs de la Compagnie des Indes ont présenté une requête au Roi pour stabiliser le prix des actions de la Compagnie, fluctuant fréquemment. Ils proposent d'établir une loterie pour fixer le prix de l'action à trois mille livres, proportionné à son revenu. Le Roi, après avoir examiné la requête et le plan de la loterie, a ordonné la mise en place de cette loterie. Les points essentiels de l'arrêt royal incluent l'organisation d'une loterie mensuelle pour retirer trois cent trente actions, payées trois mille livres chacune. Les billets de loterie coûtent dix livres chacun, et la loterie sera close à quarante-neuf mille cinq cents billets. Le tirage aura lieu le cinquième jour de chaque mois à l'Hôtel de la Compagnie des Indes. Les gagnants recevront une action moins dix livres de frais, avec un registre tenu par le secrétaire de la Compagnie. Les dividendes seront ajoutés aux actions, avec une retenue de soixante-quinze livres pour la valeur du dividende. La loterie débutera le premier avril 1730 et se poursuivra mensuellement sans interruption. Le Roi a également interdit les engagements à terme pour les actions de la Compagnie des Indes, sous peine de nullité et d'amende, et les ventes doivent se faire en délivrant réellement les actions et en recevant la valeur comptant.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4903
p. 634-635
ADDITION.
Début :
Le Roi a accordé au Marquis de Berenghen, Premier Ecuyer de S. M. la Charge de Lieutenant [...]
Mots clefs :
Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ADDITION.
ADDITION. '
É Roi a accordé au Marquis de Berenghen
Premier Ecuyer de S. M. la Charge de Lieurenant
General au Gouvernement de Bourgogne ,
& le Gouvernement des Villes & Citadelle de
Châlons fur Saone , dont le Maréchal d'Huxelles
a donné fa démiffion .
Jacques de Caflagnet- Tilladet , Marquis de
Firmacon , Chevalier des Ordres du Roi , Lieutenant
General des Armées de S. M. Lieutenant'
General de la Province de Rouffillon , où il commandoit
, & Oouverneur de Mont -Louis , mourut
à Leictoure vers le milieu de Mars ,
71. ans.
âgée
de
M. Pierre-Paul de Riquer , Comte de Caraman, "
LienMARS.
173.0
635
Lieutenant General des Armées du Roi , Grand-
Croix de l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis,
cy-devant Lieutenant - Colonel du Regiment des
Gardes Françoifes , &
Gouverneur de Courtray ,
mourut à Paris le 25. de Mars ; âgé de 84. ans.
É Roi a accordé au Marquis de Berenghen
Premier Ecuyer de S. M. la Charge de Lieurenant
General au Gouvernement de Bourgogne ,
& le Gouvernement des Villes & Citadelle de
Châlons fur Saone , dont le Maréchal d'Huxelles
a donné fa démiffion .
Jacques de Caflagnet- Tilladet , Marquis de
Firmacon , Chevalier des Ordres du Roi , Lieutenant
General des Armées de S. M. Lieutenant'
General de la Province de Rouffillon , où il commandoit
, & Oouverneur de Mont -Louis , mourut
à Leictoure vers le milieu de Mars ,
71. ans.
âgée
de
M. Pierre-Paul de Riquer , Comte de Caraman, "
LienMARS.
173.0
635
Lieutenant General des Armées du Roi , Grand-
Croix de l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis,
cy-devant Lieutenant - Colonel du Regiment des
Gardes Françoifes , &
Gouverneur de Courtray ,
mourut à Paris le 25. de Mars ; âgé de 84. ans.
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Résumé : ADDITION.
Le roi a nommé le Marquis de Berenghen Lieutenant Général en Bourgogne et Gouverneur de Châlons-sur-Saône, succédant au Maréchal d'Huxelles. Jacques de Caslagnet-Tilladet, Marquis de Firmacon, est décédé à Lectoure à 71 ans. Pierre-Paul de Riquer, Comte de Caraman, est décédé à Paris à 84 ans.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4904
p. 635
TABLE.
Début :
PIECES FUGITIVES, Desespoir Amoureux, Cantate 525 [...]
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texteReconnaissance textuelle : TABLE.
TABLE .
IECES FUGITIVES , Defefpoir Amoureux ,
Cantate ,
525
Lettre fur la Réponse à la Queſtion : Qu'elle eft
· la femme la plus
malheureuse , &c.
Epitre en Vers ,
Ode d'Horace , Imitation
Réponſe fur S. Oudard ,
,
Lettre fur les Sels contenus dans l'Air ,
Triomphe de Pallas , Allegorie ,
429
437
439
447
459
461
L'Arc de Triomphe d'Orange ,
Remarques , 468
Vers fur le Mariage de M ***
47I
Lettre de M. l'Archevêque de Paris au Roi , 474
Lettre du Roi à l'Archevêque de Paris , 487
Madrigal à Mile P.
488 .
Méthode nouvelle
d'Accompagnement pour le
Clavecin ,
489
502 A Mile fur la mort de fon Chien ,
Explication des Médailles de Caraufius , &c. s03
Ode d'Anacreon , Imitation .
524
Moyen , fans fe faire faigner , de faire changer
la
diftribution du fang dans le corps ,
Logogriphes & Enigmes ,
526
5311
Nouvelles Litteraires , des Beaux Arts , &c. 536
Tableau du Monde ancien & moderne , & c. 538
Effay fur la Critique , Poëme de M. Pope , &c.
549
543
Hiftoire
Univerfelle , & c.
Memoire fur les deux Editions de Herrera , &c.
544
Hiftoire Bizantine , par Soufcription , &c. 550
Nouvelles Eftampes de Wattau ,
Remede ſpecifique pour la Goute
Phénomene Çelefte , vú en Provence ,
Goutes fpecifiques du General la Mothe ,
553
553
554
555
Spectacles. Les Vocations forcées. Piece d'un Acte,
Couplets Notez
Tragedie de Callifthene ,
Mort de Mlle le Couvreur
557
567
569
577
Nouvelles du Temps. D'Afrique , de Ruffie , 583
Dannemark, Fête donnée par le Comte de Plelo ,
terre
Morts , Naiffances , & c,
France , Journal de Paris , &c,
586.
D'Allemagne , d'Italie , d'Eſpagne & d'Angle-
591
595
599
604
606
Morts , Naiffances & Mariages ,
613
GIS
Addition ,
634
IECES FUGITIVES , Defefpoir Amoureux ,
Cantate ,
525
Lettre fur la Réponse à la Queſtion : Qu'elle eft
· la femme la plus
malheureuse , &c.
Epitre en Vers ,
Ode d'Horace , Imitation
Réponſe fur S. Oudard ,
,
Lettre fur les Sels contenus dans l'Air ,
Triomphe de Pallas , Allegorie ,
429
437
439
447
459
461
L'Arc de Triomphe d'Orange ,
Remarques , 468
Vers fur le Mariage de M ***
47I
Lettre de M. l'Archevêque de Paris au Roi , 474
Lettre du Roi à l'Archevêque de Paris , 487
Madrigal à Mile P.
488 .
Méthode nouvelle
d'Accompagnement pour le
Clavecin ,
489
502 A Mile fur la mort de fon Chien ,
Explication des Médailles de Caraufius , &c. s03
Ode d'Anacreon , Imitation .
524
Moyen , fans fe faire faigner , de faire changer
la
diftribution du fang dans le corps ,
Logogriphes & Enigmes ,
526
5311
Nouvelles Litteraires , des Beaux Arts , &c. 536
Tableau du Monde ancien & moderne , & c. 538
Effay fur la Critique , Poëme de M. Pope , &c.
549
543
Hiftoire
Univerfelle , & c.
Memoire fur les deux Editions de Herrera , &c.
544
Hiftoire Bizantine , par Soufcription , &c. 550
Nouvelles Eftampes de Wattau ,
Remede ſpecifique pour la Goute
Phénomene Çelefte , vú en Provence ,
Goutes fpecifiques du General la Mothe ,
553
553
554
555
Spectacles. Les Vocations forcées. Piece d'un Acte,
Couplets Notez
Tragedie de Callifthene ,
Mort de Mlle le Couvreur
557
567
569
577
Nouvelles du Temps. D'Afrique , de Ruffie , 583
Dannemark, Fête donnée par le Comte de Plelo ,
terre
Morts , Naiffances , & c,
France , Journal de Paris , &c,
586.
D'Allemagne , d'Italie , d'Eſpagne & d'Angle-
591
595
599
604
606
Morts , Naiffances & Mariages ,
613
GIS
Addition ,
634
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Résumé : TABLE.
Le document présente une table des matières d'une publication diversifiée. Elle inclut des poèmes, des lettres, des essais et des articles sur divers sujets. Les œuvres notables comprennent des cantates, des odes, des épîtres, des lettres scientifiques et littéraires, des allégories, des remarques historiques, des madrigaux, des méthodes musicales, des explications de médailles, des logogriphes, des énigmes, des nouvelles littéraires, des tableaux historiques, des essais critiques, des histoires universelles et byzantines, des estampes, des remèdes médicaux, des phénomènes naturels, des spectacles théâtraux, et des nouvelles du temps couvrant plusieurs pays comme l'Afrique, la Russie, le Danemark, la France, l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne et l'Angleterre. La table des matières se conclut par des informations sur les morts, naissances et mariages, ainsi qu'une addition.
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4905
s. p.
Errata de Fevrier.
Début :
Page 227. ligne 7. à droite, lisez, non à droite. [...]
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texteReconnaissance textuelle : Errata de Fevrier.
Errata de Fevrier.
Age 227. ligne 7. à droite , lifez , non
PAgedroite.
Ibid. 1. 22. la , l. les.
P. 286. L. 9. dictions , l. dictons,
P. 288. 1. 6. I537 1. 1552 .
Age 227. ligne 7. à droite , lifez , non
PAgedroite.
Ibid. 1. 22. la , l. les.
P. 286. L. 9. dictions , l. dictons,
P. 288. 1. 6. I537 1. 1552 .
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4906
s. p.
Fautes à corriger dans ce Livre.
Début :
Page 457. ligne 21. broü,llard, lisez, broüillard. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Fautes à corriger dans ce Livre.
Fautes à corriger dans ce Livre.
PAge 457. ligne 21. broü ,llard , liſex broüillard
.
abid. 1. 23. remplira tout l'air d'un coup , life
remplira l'air tout d'un coup.
P. 459. 1. 6. procedent , . procede.
P. 572. 1. 3 également , l, élegamment.
P. 575. 1. 9. Gendre , 1. Beau-frere .
PAge 457. ligne 21. broü ,llard , liſex broüillard
.
abid. 1. 23. remplira tout l'air d'un coup , life
remplira l'air tout d'un coup.
P. 459. 1. 6. procedent , . procede.
P. 572. 1. 3 également , l, élegamment.
P. 575. 1. 9. Gendre , 1. Beau-frere .
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4907
s. p.
« L'Air noté doit regarder la page, 568. [...] »
Début :
L'Air noté doit regarder la page, 568. [...]
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texteReconnaissance textuelle : « L'Air noté doit regarder la page, 568. [...] »
L'Air noté doit regarder la page, 568.
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4908
s. p.
LISTES DES LIBRAIRES qui débitent le Mercure dans les Provinces du Royaume, &c.
Début :
A Toulouse, chez Enaut & Forest. Bordeaux, chez Raymond Labottiere, chez [...]
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texteReconnaissance textuelle : LISTES DES LIBRAIRES qui débitent le Mercure dans les Provinces du Royaume, &c.
LISTE DES LIBRAIRES
qui débitent le Mercure dans les
Provinces du Royaume , &c .
A Toulouſe , chez Enaut & Foreft.
Bordeaux , chez Raymond Labottiere , chez
Etienne Labottiere , & chez Chapui , fils ,
au Palais & à la Pofte.
Nantes , chez Julien Maillard , & chez du
Verger.
Rennes , chez Jofeph Jouanet & Julien Vattar,
Blois , chez Maffon .
Tours , chez Gripon.
ibid. chez Maffon.
Reüen , chez Herault,
Châlons- fur - Marne , chez Seneuze
Amiens , chez François Godard & Redé le fils
Arras , chez C. Duchamp .
Orleans , chez Rouzeaux .
Angers , chez Fourreau & à la Pofte.
Chartres , chez Fetil , & chez J. Roux.
Dijon , chez la veuve Armil .
Verfailles , chez Pigeon .
Befançon , chez Charmet & à la Pofte.
Saint Germain , chez Doré.
Lyon , à la Pofte.
Reims , chez Godard . B
A Vitry - le - François , chez Vitalis.
Beauvais , chez De Saint,
Douay , chez Willerval .
Charleville , chez P. Thefin.
qui débitent le Mercure dans les
Provinces du Royaume , &c .
A Toulouſe , chez Enaut & Foreft.
Bordeaux , chez Raymond Labottiere , chez
Etienne Labottiere , & chez Chapui , fils ,
au Palais & à la Pofte.
Nantes , chez Julien Maillard , & chez du
Verger.
Rennes , chez Jofeph Jouanet & Julien Vattar,
Blois , chez Maffon .
Tours , chez Gripon.
ibid. chez Maffon.
Reüen , chez Herault,
Châlons- fur - Marne , chez Seneuze
Amiens , chez François Godard & Redé le fils
Arras , chez C. Duchamp .
Orleans , chez Rouzeaux .
Angers , chez Fourreau & à la Pofte.
Chartres , chez Fetil , & chez J. Roux.
Dijon , chez la veuve Armil .
Verfailles , chez Pigeon .
Befançon , chez Charmet & à la Pofte.
Saint Germain , chez Doré.
Lyon , à la Pofte.
Reims , chez Godard . B
A Vitry - le - François , chez Vitalis.
Beauvais , chez De Saint,
Douay , chez Willerval .
Charleville , chez P. Thefin.
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Résumé : LISTES DES LIBRAIRES qui débitent le Mercure dans les Provinces du Royaume, &c.
Le document liste les libraires distribuant le périodique 'Mercure' dans diverses provinces du Royaume. À Toulouse, Enaut & Foreft distribuent le périodique. À Bordeaux, Raymond Labottiere, Étienne Labottiere et Chapui, fils, sont les distributeurs. À Nantes, Julien Maillard et du Verger le distribuent. À Rennes, Joseph Jouanet et Julien Vattar sont les distributeurs.
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4909
s. p.
CATALOGUE des Mercures de France, depuis l'année 1721. jusqu'à present.
Début :
Juin & Juillet 1721. 2. vol. Aoust, Septembre, Octobre, [...]
Mots clefs :
Catalogue, Mercure de France
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CATALOGUE des Mercures de France, depuis l'année 1721. jusqu'à present.
CATALOGUE
des Mercures de France,
depuis l'année 1721. jufqu'à prefent.
Uin & Juillet 1721 . 2. vol.
Novembre & Decembre 5. vol
.
Janvier & Fevrier 1722 .
2. vol .
Mars 1722. 2. vol.
Avril. 1. vol.
Mai.
2. vol.
Juin , Juillet & Aouft. 3. vol.
Septembre. 2. vol.
Octobre. 1. vol.
Novembre . 2, vol.
Decembre . 1. voi.
Année 1723. le mois de Decembre
double.
13. vol. Année 1724. les mois de Juin
& de Decembre doubles . 14. vol.
Année 1725. les mois de Juin ,
de Septembre
& de Decembre
doubles. IS . vol.
Année 1726. les mois de Juin
& de Decembre doubles. 14.
vol.
Année 1727. les mois de Juin
& de Décembre doubles . 14.
vol.
Année 1728. les mois de Juin
& de Décembre doubles 14.
vol
. Année 1729. les mois de Juin , de
Septembre & Décembre, doubles 15. vol,
Janvier 1730 .
1. vol.
123. vol,
des Mercures de France,
depuis l'année 1721. jufqu'à prefent.
Uin & Juillet 1721 . 2. vol.
Novembre & Decembre 5. vol
.
Janvier & Fevrier 1722 .
2. vol .
Mars 1722. 2. vol.
Avril. 1. vol.
Mai.
2. vol.
Juin , Juillet & Aouft. 3. vol.
Septembre. 2. vol.
Octobre. 1. vol.
Novembre . 2, vol.
Decembre . 1. voi.
Année 1723. le mois de Decembre
double.
13. vol. Année 1724. les mois de Juin
& de Decembre doubles . 14. vol.
Année 1725. les mois de Juin ,
de Septembre
& de Decembre
doubles. IS . vol.
Année 1726. les mois de Juin
& de Decembre doubles. 14.
vol.
Année 1727. les mois de Juin
& de Décembre doubles . 14.
vol.
Année 1728. les mois de Juin
& de Décembre doubles 14.
vol
. Année 1729. les mois de Juin , de
Septembre & Décembre, doubles 15. vol,
Janvier 1730 .
1. vol.
123. vol,
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Résumé : CATALOGUE des Mercures de France, depuis l'année 1721. jusqu'à present.
Le catalogue des Mercures de France de 1721 à 1730 recense 123 volumes. De 1721 à 1728, les publications sont mensuelles, avec certains mois doubles. En 1729, trois mois sont doubles. En 1730, seul janvier est mentionné. Le nombre de volumes varie de 1 à 15 par an.
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4910
s. p.
AVIS.
Début :
L'ADRESSE generale pour toutes choses est à M. MOREAU, Commis [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS.
A VIS.
'ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. MOREAU , Commis
au Mercure vis- à- vis la Comedie Frangoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetez
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuvent fe fervir de cette voye
-pour les faire tenir.
On prie très- inflamment , quand on adreffe
des Lettres on Paquets par la Pofte , d'avoir
\ foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre, s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la
premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter fur·
Pheure à la Pofte , ou aux Meffageries qu'on .
Ini indiquera.
PAIX XXX. SOLS
'ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. MOREAU , Commis
au Mercure vis- à- vis la Comedie Frangoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetez
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuvent fe fervir de cette voye
-pour les faire tenir.
On prie très- inflamment , quand on adreffe
des Lettres on Paquets par la Pofte , d'avoir
\ foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre, s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la
premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter fur·
Pheure à la Pofte , ou aux Meffageries qu'on .
Ini indiquera.
PAIX XXX. SOLS
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Résumé : AVIS.
Le document annonce la distribution du Mercure de France. Les paquets destinés à M. Moreau, commis au Mercure, doivent être cachetés et peuvent être remis aux libraires vendant le Mercure à Paris. Il est conseillé d'affranchir les lettres et paquets pour éviter leur rejet. Les libraires des provinces et des pays étrangers, ainsi que les particuliers, doivent fournir leurs adresses à M. Moreau pour recevoir le Mercure rapidement, soit par la poste, soit par les messageries. L'abonnement coûte 30 sols.
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4911
p. 635-642
LES SEREINS, ou LA NAIVETÉ. CONTE.
Début :
Naïveté du Ciel nous est venuë, [...]
Mots clefs :
Naïveté, Serins, Ciel, Cage
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texteReconnaissance textuelle : LES SEREINS, ou LA NAIVETÉ. CONTE.
LES SEREINSS
ou LA NAIVETE.
CONT E.
Aïveté du Ciel nous eft venue ,
Au Siecle d'or Dieu nous en fit un don,
De tous alors la Bonne étoit connuë
Onc pour un oui n'eût été dit un non ;
Elle charmoit par fa face ingenuë ,
De qui Nature étoit l'unique fard ;
A ij Comme
636 MERCURE DE FRANCE
Comme fa four ( a) fouvent elle alloit nuë ,
Où s'ajuftoit fimplement & fans art.
De fa douceur toute ame prévenue ,
N'eût på la voir fans un fecret tranfport
Langue qui foit ne fe fût retenue ,
En la voyant , de s'écrier d'abord ;
Naïveté du Ciel nous eft venue ;
Mais quand menfonge au difcours enchanteur ,
Eût pris les droits de Thémis & d'Aftrée
Siecle de fer enfanta maint flateur ,
Par qui Juftice étant adminiſtrée ,
Loin de la Cour , du fourbe ufurpateur
Naïveté fe vit tôt féqueftrée ;
Chacun farda fon viſage & fes dits ,
Au plus offrant toute ame fut venduë ,
Et nul ne fut criant comme jadis ;
Naïveté du Ciel eft défcenduë.
On l'éxila. L'homme , quoique peu fin ,
Vit qu'en fon lieu l'on avoit mis fallace , ( b)
Grand bruit en fut , peu la crurent ; enfin
Pour mieux tromper , Aftuce ( c ) prit fa place.
Qui non pas nuë ainfi que verité ,
Mais fous l'atour de la Naïveté ,
Dupa des Grands avec la Populace,
Naïveté pour obéir aux Loix.
(a) La Verité.
(b ) Fallacia , Tromperie groffiere.
(c) Aftutia , Tromperie fine.
L
AVRIL. 1730 .
637
Du fier vainqueur , au perfide langage ,
Les yeux en pleurs , fuit au travers des bois ,
Laffe , alterée , enfin preſque aux abois ,
On la reçoit dans un lointain Village ;
Elle
y
demeure avec gens à fon choix ,
Sans regretter le vain ſéjour des Rois :
Donc , quoiqu'ici nous la croyons perdue ,
Dans des Hameaux on la trouve par fois ;
Bergers encor chantent à haute voix :
Naïveté du Ciel eft defcendue.
Bergers pourtant ne font feuls heritiers
Des biens fans prix de la franche Déeffe ;
Chez les Bourgeois fe trouvent volontiers
Collateraux , mais grande n'eft l'efpèce :
Si quelqu'un d'eux nous fait voir ſon portrait
( Peinture à nous prefque autant deffenduë ,
Que nuditez , partant moins attenduë , )
Dabord diſons , beniffant chaque trait :
Naïveté du Ciel eſt deſcenduë.
Chez le Manant plus fouvent la voit - on ;
Preuve j'en tiens à qui loüange eft duë
Pour la montrer je quitte mon dictum :
Naïveté du Ciel eft defcendue ;
Et dis enfin prefque fur même ton ,
Fuyant de Cour la race empoifonnée ,
Naïveté s'eft aux Champs confinée.
Remi Richard, Marchand affez aifé.
Dans le Martigue avoit fon domicile ;
A iij
Claude
638 MERCURE DE FRANCE
Claude Croit- tout , Païfan peu rufé ,
D'un lieu voifin , fréquentoit à la Ville :
Le bon Pitaut , non encor déniaiſé ,
Rien n'y cherchoit qu'à gagner croix ou pile ;
Richard ayant quelque méchant procès ,
( Car pour de bons, je crois qu'il n'en eft guere, )
Pour avancer d'icelui le fuccès ,
Voulut graiffer la patte , à l'ordinaire,
Au Rapporteur dudit en la Cour d'Aix.
Deux Habitans des Iles Canaries , (a)
Furent choifis chez le meilleur Marchand ;
Onc on n'oüit Mufiques fi fleuries ;
Lully tout pur diftiloit de leur chant.
Fredons , fur tout , ornemens du ramage
De leurs goziers frôlant le doux plumage ,
Si tendrement l'oreille chatouilloient ,
Qu'on fe pâmoit fi -tôt qu'ils gazoüilloient.
Or l'embarras fut de trouver voiture ,,
Pour envoyer ce précieux ballot ,
Ballot craignant vent , cahots , chaud, froidure,
Le bon Richard pour envoi fi fallot ,
Jamais, je croi , n'avoit dreffé facture..
Tant y rêva , qu'enfin fut arrêté ,:
( Et franchement c'étoit un doux voyage , )
Que ledit couple en main feroit porté ,
Et que d'un voile on couvriroit la cage ,
Pour qu'en chemin ne fût épouvanté.
(a ) Deux Sereins.
Rona
AVRIL. 1730. 1730.639
>
Pour cet effet Richard cherchant un homme ,
En plein marché trouve Claude , & d'abord
Lui dit le fait , lui propofe une fomme ,
Puis plus , puis tant qu'enfin ils font d'accord.
Le Couple part ; s'il arrive à bon port ,
C'eft autre cas : plus bas on verra comme
Il en avint. Il chargea Claude encor ,
D'un mot d'écrit , & voici ce qu'en fomme
Portoit l'écrit. » Il vous plaira , Monfieur
» Avoir bon oeil fur ma petite affaire :
» Si je la gagne , à bon jeu , bon payeur ;
J'aurai le foin de vous bien fatisfaire ;
» En attendant , recevez du Porteur ,
» Les deux Sereins de la meilleure efpece ,
» Ils m'ont coûté quatre piſtoles piece ;
»Je fuis , Monfieur , votre humble ferviteur.
Claude , chargé de ce double meffage ,
Richard l'inftruit du foin qu'il doit avoir ,
Mets-les à l'air , dit-il , & fonge à voir ,
Avant dîner , s'il n'ont manque en leur cage
De graine ou d'eau , c'eft ton premier devoir ;
Puis , quand après voudras rentrer en marche
Recouvre-les , enfin fais de ton mieux ,
Car nul depuis l'ouverture de l'Arche ,
ѳa vû , je croi , couple fi précieux .
Claude promet plus qu'on ne lui demande ;
Et Dieu l'ayant de jambes bien monté ,
En peu de temps il fait traite affez grande ,
A iiij Malgré
646 MERCURE DE FRANCE
Malgré l'ardeur du flambeau de l'Eté .
Mais l'Aftre chaud lui cuiſant la cervelle ,
Sous des Tilleuls au bord d'un clair Ruiffeau
11 va faire alte , & fur l'herbe nouvelle ,
Fait table & lit au pied d'un Arbriffeau.
Auprès de lui le Couple au doux ramage ,
Eft mis à l'ombre , & d'un jugement clair ,
Croit- tout, au lieu de découvrir la cage ,
Ouvre la porte , afin qu'il ait de l'air';
Le grain & l'eau n'eft pas ce qui le touche
Son plus grand foin n'eft que pour le bétail ,
Son ventre alors importunant fa bouche ,
De fon biffac il tire pain , gourde , ail ,
Fromage auffi , mange , boit & fe couche ;
Mais cependant que ronfle le beneft ,
Un des Sereins qu'une branche effarouche ,
Sans demander à Claude s'il lui plaît ,
Sort de la cage & pourfuit une mouche ;
Pas ne la manque , & fur l'arbre voiſin ,
Va ſe percher pour manger à fon aife ;
Là le Petit trouvant quelque coufin ,
Chenille encore à ſon gout non mauvaiſe ,
Il s'en régale , appelle fon fecond ;
L'autre écoutant fuit la voix qui le guide ;
Claude fortant de fon fommeil profond ,
A fon réveil trouve la cage vuide ;
Il fe démene , il fiffle , il va , revient ,
Apperçoit l'un , l'appelle , le cajolle ;
L'OyAVRIL
1730. 641
L'Oyfeau l'attend , Croit-tout croit qu'il le tient,
Mais , lui plus près , l'Oiſeau malin s'envole
Puis avec l'autre il fait le même jeu ,
Tant que laffé d'une inutile courſe.
"
·
Le bon Croit tout commence à croire un peu :
Que les Sereins font perdus fans reffource.
Pourtant encor flatté d'un peu d'efpoir ,
Qu'ils reviendront d'eux-mêmes dans la cage,
Il fe recouche , il attend ; mais le foir
Chaffant le jour , lui fait plier bagage.
Etant déja plus d'amoitié chemin ,
Allons , dit-il toûjours porter la Lettre
Laiffons la cage , & peut- être demain ,
Sereins viendront d'eux-mêmes s'y remettre
Il part , arrive , & d'un coeur fatisfait
Au Rapporteur de la fufdite inftance ,
Il met en main la Lettre & fa Sentence
Sans ſe vanter du beau coup qu'il a fait.
Le Confeiller ayant lû cette Lettre ,
Dit au Porteur : » Richard peut ſe promettre
Que de ma part j'aurai foin du Procès ;
» Il peut dormir fans douter du fuccès ;
" La Cour fera bon droit fur fa Requête ;
Mais , notre ami , les Sereins que voici .
Où ? quels Sereins ? » deux Oifeaux , groffe bête
Lire fçais-tu ? tiens ; vois , ils font ici.
Comment , dit Claude , en avançant la tête ,
Pour regarder la Lettre de Remy ,
Av . Tous
642 MERCURE DE FRANCE
Tous deux font là ! pefte foit d'eux ! j'enrage ;
Ils m'ont tantôt preſque mis fur les dents
J'ai tant couru , qu'encore en fuis en nage ,
Mais tout va bien , puiſqu'ils font la dedans ;
Attendez-moi , je vais chercher la cage..
ou LA NAIVETE.
CONT E.
Aïveté du Ciel nous eft venue ,
Au Siecle d'or Dieu nous en fit un don,
De tous alors la Bonne étoit connuë
Onc pour un oui n'eût été dit un non ;
Elle charmoit par fa face ingenuë ,
De qui Nature étoit l'unique fard ;
A ij Comme
636 MERCURE DE FRANCE
Comme fa four ( a) fouvent elle alloit nuë ,
Où s'ajuftoit fimplement & fans art.
De fa douceur toute ame prévenue ,
N'eût på la voir fans un fecret tranfport
Langue qui foit ne fe fût retenue ,
En la voyant , de s'écrier d'abord ;
Naïveté du Ciel nous eft venue ;
Mais quand menfonge au difcours enchanteur ,
Eût pris les droits de Thémis & d'Aftrée
Siecle de fer enfanta maint flateur ,
Par qui Juftice étant adminiſtrée ,
Loin de la Cour , du fourbe ufurpateur
Naïveté fe vit tôt féqueftrée ;
Chacun farda fon viſage & fes dits ,
Au plus offrant toute ame fut venduë ,
Et nul ne fut criant comme jadis ;
Naïveté du Ciel eft défcenduë.
On l'éxila. L'homme , quoique peu fin ,
Vit qu'en fon lieu l'on avoit mis fallace , ( b)
Grand bruit en fut , peu la crurent ; enfin
Pour mieux tromper , Aftuce ( c ) prit fa place.
Qui non pas nuë ainfi que verité ,
Mais fous l'atour de la Naïveté ,
Dupa des Grands avec la Populace,
Naïveté pour obéir aux Loix.
(a) La Verité.
(b ) Fallacia , Tromperie groffiere.
(c) Aftutia , Tromperie fine.
L
AVRIL. 1730 .
637
Du fier vainqueur , au perfide langage ,
Les yeux en pleurs , fuit au travers des bois ,
Laffe , alterée , enfin preſque aux abois ,
On la reçoit dans un lointain Village ;
Elle
y
demeure avec gens à fon choix ,
Sans regretter le vain ſéjour des Rois :
Donc , quoiqu'ici nous la croyons perdue ,
Dans des Hameaux on la trouve par fois ;
Bergers encor chantent à haute voix :
Naïveté du Ciel eft defcendue.
Bergers pourtant ne font feuls heritiers
Des biens fans prix de la franche Déeffe ;
Chez les Bourgeois fe trouvent volontiers
Collateraux , mais grande n'eft l'efpèce :
Si quelqu'un d'eux nous fait voir ſon portrait
( Peinture à nous prefque autant deffenduë ,
Que nuditez , partant moins attenduë , )
Dabord diſons , beniffant chaque trait :
Naïveté du Ciel eſt deſcenduë.
Chez le Manant plus fouvent la voit - on ;
Preuve j'en tiens à qui loüange eft duë
Pour la montrer je quitte mon dictum :
Naïveté du Ciel eft defcendue ;
Et dis enfin prefque fur même ton ,
Fuyant de Cour la race empoifonnée ,
Naïveté s'eft aux Champs confinée.
Remi Richard, Marchand affez aifé.
Dans le Martigue avoit fon domicile ;
A iij
Claude
638 MERCURE DE FRANCE
Claude Croit- tout , Païfan peu rufé ,
D'un lieu voifin , fréquentoit à la Ville :
Le bon Pitaut , non encor déniaiſé ,
Rien n'y cherchoit qu'à gagner croix ou pile ;
Richard ayant quelque méchant procès ,
( Car pour de bons, je crois qu'il n'en eft guere, )
Pour avancer d'icelui le fuccès ,
Voulut graiffer la patte , à l'ordinaire,
Au Rapporteur dudit en la Cour d'Aix.
Deux Habitans des Iles Canaries , (a)
Furent choifis chez le meilleur Marchand ;
Onc on n'oüit Mufiques fi fleuries ;
Lully tout pur diftiloit de leur chant.
Fredons , fur tout , ornemens du ramage
De leurs goziers frôlant le doux plumage ,
Si tendrement l'oreille chatouilloient ,
Qu'on fe pâmoit fi -tôt qu'ils gazoüilloient.
Or l'embarras fut de trouver voiture ,,
Pour envoyer ce précieux ballot ,
Ballot craignant vent , cahots , chaud, froidure,
Le bon Richard pour envoi fi fallot ,
Jamais, je croi , n'avoit dreffé facture..
Tant y rêva , qu'enfin fut arrêté ,:
( Et franchement c'étoit un doux voyage , )
Que ledit couple en main feroit porté ,
Et que d'un voile on couvriroit la cage ,
Pour qu'en chemin ne fût épouvanté.
(a ) Deux Sereins.
Rona
AVRIL. 1730. 1730.639
>
Pour cet effet Richard cherchant un homme ,
En plein marché trouve Claude , & d'abord
Lui dit le fait , lui propofe une fomme ,
Puis plus , puis tant qu'enfin ils font d'accord.
Le Couple part ; s'il arrive à bon port ,
C'eft autre cas : plus bas on verra comme
Il en avint. Il chargea Claude encor ,
D'un mot d'écrit , & voici ce qu'en fomme
Portoit l'écrit. » Il vous plaira , Monfieur
» Avoir bon oeil fur ma petite affaire :
» Si je la gagne , à bon jeu , bon payeur ;
J'aurai le foin de vous bien fatisfaire ;
» En attendant , recevez du Porteur ,
» Les deux Sereins de la meilleure efpece ,
» Ils m'ont coûté quatre piſtoles piece ;
»Je fuis , Monfieur , votre humble ferviteur.
Claude , chargé de ce double meffage ,
Richard l'inftruit du foin qu'il doit avoir ,
Mets-les à l'air , dit-il , & fonge à voir ,
Avant dîner , s'il n'ont manque en leur cage
De graine ou d'eau , c'eft ton premier devoir ;
Puis , quand après voudras rentrer en marche
Recouvre-les , enfin fais de ton mieux ,
Car nul depuis l'ouverture de l'Arche ,
ѳa vû , je croi , couple fi précieux .
Claude promet plus qu'on ne lui demande ;
Et Dieu l'ayant de jambes bien monté ,
En peu de temps il fait traite affez grande ,
A iiij Malgré
646 MERCURE DE FRANCE
Malgré l'ardeur du flambeau de l'Eté .
Mais l'Aftre chaud lui cuiſant la cervelle ,
Sous des Tilleuls au bord d'un clair Ruiffeau
11 va faire alte , & fur l'herbe nouvelle ,
Fait table & lit au pied d'un Arbriffeau.
Auprès de lui le Couple au doux ramage ,
Eft mis à l'ombre , & d'un jugement clair ,
Croit- tout, au lieu de découvrir la cage ,
Ouvre la porte , afin qu'il ait de l'air';
Le grain & l'eau n'eft pas ce qui le touche
Son plus grand foin n'eft que pour le bétail ,
Son ventre alors importunant fa bouche ,
De fon biffac il tire pain , gourde , ail ,
Fromage auffi , mange , boit & fe couche ;
Mais cependant que ronfle le beneft ,
Un des Sereins qu'une branche effarouche ,
Sans demander à Claude s'il lui plaît ,
Sort de la cage & pourfuit une mouche ;
Pas ne la manque , & fur l'arbre voiſin ,
Va ſe percher pour manger à fon aife ;
Là le Petit trouvant quelque coufin ,
Chenille encore à ſon gout non mauvaiſe ,
Il s'en régale , appelle fon fecond ;
L'autre écoutant fuit la voix qui le guide ;
Claude fortant de fon fommeil profond ,
A fon réveil trouve la cage vuide ;
Il fe démene , il fiffle , il va , revient ,
Apperçoit l'un , l'appelle , le cajolle ;
L'OyAVRIL
1730. 641
L'Oyfeau l'attend , Croit-tout croit qu'il le tient,
Mais , lui plus près , l'Oiſeau malin s'envole
Puis avec l'autre il fait le même jeu ,
Tant que laffé d'une inutile courſe.
"
·
Le bon Croit tout commence à croire un peu :
Que les Sereins font perdus fans reffource.
Pourtant encor flatté d'un peu d'efpoir ,
Qu'ils reviendront d'eux-mêmes dans la cage,
Il fe recouche , il attend ; mais le foir
Chaffant le jour , lui fait plier bagage.
Etant déja plus d'amoitié chemin ,
Allons , dit-il toûjours porter la Lettre
Laiffons la cage , & peut- être demain ,
Sereins viendront d'eux-mêmes s'y remettre
Il part , arrive , & d'un coeur fatisfait
Au Rapporteur de la fufdite inftance ,
Il met en main la Lettre & fa Sentence
Sans ſe vanter du beau coup qu'il a fait.
Le Confeiller ayant lû cette Lettre ,
Dit au Porteur : » Richard peut ſe promettre
Que de ma part j'aurai foin du Procès ;
» Il peut dormir fans douter du fuccès ;
" La Cour fera bon droit fur fa Requête ;
Mais , notre ami , les Sereins que voici .
Où ? quels Sereins ? » deux Oifeaux , groffe bête
Lire fçais-tu ? tiens ; vois , ils font ici.
Comment , dit Claude , en avançant la tête ,
Pour regarder la Lettre de Remy ,
Av . Tous
642 MERCURE DE FRANCE
Tous deux font là ! pefte foit d'eux ! j'enrage ;
Ils m'ont tantôt preſque mis fur les dents
J'ai tant couru , qu'encore en fuis en nage ,
Mais tout va bien , puiſqu'ils font la dedans ;
Attendez-moi , je vais chercher la cage..
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Résumé : LES SEREINS, ou LA NAIVETÉ. CONTE.
Le texte 'Les Sérénissimes ou La Naïveté' explore l'évolution de la naïveté à travers les époques. À l'âge d'or, la naïveté était perçue comme un don céleste, valorisée pour sa sincérité et sa pureté. Elle était appréciée pour son innocence naturelle et son absence d'artifice. Cependant, avec l'avènement du 'siècle de fer', la flatterie et la tromperie ont pris le dessus, et la naïveté a été remplacée par la ruse et la duplicité. La véritable naïveté a été exilée, et l'astuce s'est dissimulée sous les traits de la naïveté pour mieux tromper. Malgré cette transformation, la naïveté persiste encore dans les villages et parmi les bergers, les bourgeois et les manants. Le texte illustre cette persistance à travers deux personnages : Remi Richard, un marchand, et Claude Croit-tout, un paysan. Richard, impliqué dans un procès, envoie deux sérins (oiseaux) à un rapporteur via Claude. Ce dernier, chargé de transporter les oiseaux, les perd en chemin après les avoir libérés par inadvertance. Malgré ses efforts pour les retrouver, Claude arrive finalement au tribunal sans les oiseaux. Le conseiller, après avoir lu la lettre de Richard, assure que le procès sera traité favorablement, mais remarque l'absence des sérins, ignorant que Claude les avait perdus.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4912
p. 642-650
SUITE des Remarques sur l'Arc de Triomphe d'Orange.
Début :
Lorsque je fis mes premieres Remarques sur l'Arc de Triomphe d'Orange [...]
Mots clefs :
Arc de triomphe, Ville d'Orange, Romains, Monument, Rhône
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE des Remarques sur l'Arc de Triomphe d'Orange.
SUITE des Remarques fur l'Arc
de Triomphe d'Orange..
Liques
Orfque je fis mes premieres Remar :
ques fur l'Arc de Triomphe d'Orange
, je regardois l'opinion qui attribuoit
ce Monument à Caius Marius ,,
comme la plus fuivie & en quelque ma--
niere comme la plus plaufible ; c'eft pourquoi
je m'attachai principalement à la
détruire , & jaffectai de paffer legerement
fur celle qui faifoit Cneius Domitius
Ænobarbus & Quintus Fabius Maximus
Amilianus , Auteurs de ce Monument , ..
le peu que je difois , me paroiffant plus
que fuffifant pour la faire tomber d'ellemême.
Cependant je viens d'apprendre
que M. Guib , a embraffé ce dernier fentiment
dans une Differtation qu'il a donnée
au public , & qui fe trouve inferée
dans les Mémoires de Trévoux , du mois
de Decembre 1729. page 2142. A la ve
rité j'ai été furpris qu'une opinion que
j'avois
AVRIL. 1730. -643
ས་
j'avois crûe infoutenable reparût avec tant.
d'éclat fur la Scene , je craignois d'abord
de m'être trompé , mais après avoir examiné
les preuves , j'ai crû devoir m'en
tenir à mon premier fentiment.
Voici furquoi M. Guib s'eft fondé . Il
dit d'abord que Domitius Enobarbus vainquit
les Allobroges auprès de la Ville de
Vindalion , fituée à l'Embouchure de la
Sorgue , dans le Rhône , & parconfequent
il femble , dit-il , pouvoir affurer que les
Campagnes de la Principauté d'Orange ont
été le Théatre fur lequel ce General s'eft
fignalé d'une maniere fi diftinguée ; il ajoute .
que Fabius Maximus dompta ces mêmes.
Peuples,joints avec les Auvergnats , proche
le Rhône , fuivant Eutrope , c'eft-à- dire
felon l'avis de M. Guib , dans le Territoire
d'Orange ; enfuite il nous dit d'après Florus
que ces Generaux Romains éleverent
des Tours de pierre aux mêmes lieux où
ils avoient vaincu leurs ennemis , & conclut
enfin que fi l'on fait reflexion fur ce
qu'il vient de dire & qu'on regarde l'ancienne
fituation de la Ville d'Orange , on verra'
facilement les raisons qui engagerent ces:
Confuls Romains à choisir fon terroir pour
faire bâtir un Arc de Triomphe.
Je réponds , 1 ° . que l'Embouchure de
la Sorgue dans le Rhône & parconfequent
l'endroit où Domitius Enobarbus vain
A vj quis
644 MERCURE DE FRANCE
quit les Allobroges , n'eft pas dans la Prin
cipauté d'Orange : or cela étant un fait
notoire & inconteftable , je ne comprens
pas comment M. Guib a pû s'imaginer
que les Campagnes de cette Principauté
ayent été le Théatre fur lequel ce General
s'eft fignalé.
2. Tous les Hiftoriens conviennent
que cette Bataille a été donnée auprès de
la Ville de Vindale ; ainfi quand même
Domitius Encbarbus auroit voulu choifir
une Ville pour y conftruire un Monument
de fon Triomphe , il eft hors de
doute que ce Conful Romain auroit préferé
Vindale comme la plus proche de
l'endroit où les Allobroges avoient été
deffaits .
M. Guib a bien fenti cette difficulté
& perfuadé que les Romains n'ont dû
conftruire les Monumens en queftion que
fur le Champ de Bataille , comme je l'ai
déja prouvé dans mes premieres Remarques
, il fuppofe fort habilement que Fabius
Maximus a combattu les Allobroges
& les Auvergnats , joints enſemble , dans le
Territoire d'Orange ; j'avouë que fi cela
étoit veritable , ce feroit du moins une
raiſon affez plaufible en faveur de fon
fentiment ; mais par malheur il fe
trouve démenti par tous les Auteurs qui
difent que ce Combat a été donné un peu
au
AVRIL 1730. 645
au deffus de Valence , & dans l'endroit où
l'Ifere fe joint avec leRhône ; en effetStrabon
, dans fon IVe Livre , affure en termes
exprès & formels que Fabius Maximus
deffit les Gaulois au Confluent de l'Ifere
& du Rhône: Quo autem loco , dit-il , Ifara
Rhodanus Fluvii confluunt Q. Fabius.
Max, Emilianus ducenta millia Gallorum
concidit. Florus , dans fon Hiftoire
Romaine , Livre 3. Chap. 2. eft du même
fentiment , en parlant des Fleuves fur les
bords defquels les Gaulois avoient été
battus il nomme l'Ifere & le Rhone ,
Victoria teftes , dit-il , Ifara & impiger Flu
minum Rhodanus.
:
Eutrope même en difant que Bituitus ,
Roi des Auvergnats fut deffait proche le
Rhône , ne dit rien de contraire aux Auteurs
déja citez ; ainfi , quoique je refpecte
l'autorité de M. Guib , il me permettra
de ne le croire pas fur fa fimple parole
au fujet d'un fait qui s'eft paffé il y a près
de deux mille ans , & de m'en tenir à
ce que difent là- deffus tous les Hiftoriens;
il me femble parconfequent que je fuis
bien mieux en droit de conclure que fi
on fait reflexion fur tout ce que je viens
d'avancer & qu'on regarde la fituation de
la Ville d'Orange qui fe trouve éloignée
des lieux où Domitius Enobarbus &
Fabius Maximus ont combattu , on fera
>
ve
646 MERCURE DE FRANCE
veritablement convaincu que ces deux
Generaux n'ont pas dû conftruire les
Monumens de leurs Triomphes dans le
Territoire de cette Ville.
M. Guib nous dir pour feconde preuve,
qu'ayant confideré que dans toute la Côte
de Dauphiné , qui borde le Rhône , on
ne trouve aucune trace de Tours de pier--
res , il fe confirme encore davantage dans
fon fentiment ; Domit. Enobarbus & Fab..
Maximus , dit-il , battent les Peuples du
Dauphiné, ils font élever des Tours de pier
rès proche le Rhône , où trouver cela que:
dans notre Territoire ?
Voilà un Argument bien démonſtratif,
quoi , parcequ'on ne trouve plus aucune
trace des Tours élevées par Dom. Enobarbus
& par Fab. Maximus dans les lieux
où elles ont dû être conftruites , il faut
neceffairement qu'elles foient dans le Territoire
d'Orange ? & cela par la raifon
qu'on y voit un Arc de Triomphe ; mais
quelle comparaifon y a t'il entre des Tours
informes & groffieres , telles que Florus
les a décrites , & un Arc de Triomphe'
qu'on admire encore aujourd'hui parla
Beauté de fes bas-reliefs & de fon Architecture
? peut-on croire de bonne foi que,.
fi cet Auteur avoit voulu parler de ce mo
nument , iill nnee ll''aauurrooiitt pas fçû décrire tel
qu'il eft ? Eft-ce que de fon tems on ne
fçavoir
AVRIL. 1730. 647
fçavoit pas diftinguer un Arc d'une Tour?
or Florus nous dit en termes formels
que
Dom. Enobarbus & Fab, Maximus ne firent
conftruire que des Tours ; donc ces-
Confuls Romains n'ont pas fait élever
un Arc de Triomphe , & par conféquent
celui d'Orange ne peut pas leur être at
tribué.
Mais , dira- t'on , que font donc devenuës
les Tours ? je réponds que la longueur
des tems en a dû abolir jufqu'à là
moindre trace ; d'autant mieux que ce
font les premieres Tours qui ayent été élevées
en pareilles occafions , & qu'elles
ont été groffierement conftruites , com--
me l'attefte Florus : Saxeas erexere Turres ,
& par conféquent elles n'ont pas dû
avoir la perfection requife pour être à¹
F'épreuve d'une fi longue durée..
Paffons à la troifiéme preuve. M. Guib
nous affure que les Tridents , les Sirenes ,
les Mats , les Cordages , les Ancres &
les Navires que , l'on voit fur l'Arc de
Triomphe d'Orange conviennent parfai--
tement à Dom. Enobarbus & à Fab. Ma--
ximus , & fignifient , fuivant notre Au--
reur fo que c'étoit par le fecours des Dieux
de la Mer que les Ennemis
du Peuple Ro-- main avoient
été vaincus
, & qu'ils s'étoient
noyés dans le Rhône en voulant
le traverſer
.
2º que Bituitus
, ce formidable
Ennemi
,›
fut
648 MERCURE DE FRANCE.
fut conduit par Merjusqu'à Rome. 3 ° que
Les Romains étoient redevables aux Marfeillois
de la conquête de ces Pays .
Je pourrois me diſpenſer de répondre
à des raifons fi foibles ; en effet , peut- on
raisonnablement penfer que les Dieux de
la Mer ayent été d'un grand fecours à
Dom. Enobarbus & à Fab. Maximus , tan
dis que ces deux Generaux ont combattu
fur terre , & que ce n'eft qu'après la bataille
gagnée , & dans la fuite que quelques-
uns des Ennemis s'étoient noyés dans
le Rhône , en voulant le traverſer ; après
cela , de quelle maniere que Bituitus ait
été conduit à Rome , foit par mer , foit
par terre , cette circonftance intereffet'elle
fi fort la gloire des Vainqueurs pour
en faire mention dans un Monument
de Triomphe ? Il eft vrai enfin que la
Ville de Marfeille a été la cauſe , comme
Ciceron le dit , que les Romains ont conquis
les Gaules ; mais je ne vois pas le
rapport qu'il y a entre les Marfeillois &
les Mats , les Cordages , les Ancres &
les Navires que l'on voit fur ce Monument
; M. Guib auroit bien dû nous expliquer
en quoi confifte cette parfaite convenance
qu'il y trouve . En attendant , il
me femble que je fuis toujours en droit
de dire que tous les fymboles de Marine
neconviennent en aucune façon à Dom,
EnoAVRIL.
1730. 649
Enobarbus & à Fab. Maximus , & par
conféquent , c'eft une raifon , felon moi ,
pour foûtenir que l'Arc de Triomphe
ne peut leur être attribué.
M. Guib , après avoir établi fon opinion
fur les trois preuves que je viens de
détruire , nous fait part des decouvertes
qu'il a faites au fujet des perfonnes qui
font repréſentées fur ce Monument ; il
nous fait d'abord remarquer Bituitus avec
fon fils Congentiatus , enfuite Dom. Enobarbus
& Fab. Maximus ; il nous apprend
même le nom qu'il faut donner aux Figures
qui ne fubfiftent plus , comme
celles du Dieu Mars , d'Hercule & du
Roi Teutomalion ; enfuite il nous avertit
que la Figure de femme qu'on prenoit
pour Marche la Sirienne , eft la Deeffe de
l'efperance ; enfin , pour donner encore
plus de poids & plus de créance à tout
ce qu'il vient de dire , il nous affure
qu'il s'eft défait de toute forte de préju
gés , & que c'eft fans prévention , &
après un mur examen qu'il s'eft déterminé.
Il faut avouer que M. Guib après avoir
donné des preuves d'une fi rigide& fiexacte
Critique , ne manquera peut-être pas de
s'attirer la confiance des Lecteurs . Pour
moi , fans vouloir le contredire formellement
fur les découvertes , dont je lui laiſſe
de
650 MERCURE DE FRANCE.
at
de bon coeur toute la gloire , fçachant
d'ailleurs qu'en fait de conjectures chačun
eft en droit de fuppofer ce qu'il
veut , je me contente de dire que l'Arc
de Triomphe d'Orange ne peut être artribué
à Dom . Enobarbus & à Fab. Maximus
, comme je viens de le montrer ,
ni à Caius Marius , comme je l'ai prouvé
dans mes premieres Remarques , & que
je me confirme toujours plus dans la
penfée
de Triomphe d'Orange..
Liques
Orfque je fis mes premieres Remar :
ques fur l'Arc de Triomphe d'Orange
, je regardois l'opinion qui attribuoit
ce Monument à Caius Marius ,,
comme la plus fuivie & en quelque ma--
niere comme la plus plaufible ; c'eft pourquoi
je m'attachai principalement à la
détruire , & jaffectai de paffer legerement
fur celle qui faifoit Cneius Domitius
Ænobarbus & Quintus Fabius Maximus
Amilianus , Auteurs de ce Monument , ..
le peu que je difois , me paroiffant plus
que fuffifant pour la faire tomber d'ellemême.
Cependant je viens d'apprendre
que M. Guib , a embraffé ce dernier fentiment
dans une Differtation qu'il a donnée
au public , & qui fe trouve inferée
dans les Mémoires de Trévoux , du mois
de Decembre 1729. page 2142. A la ve
rité j'ai été furpris qu'une opinion que
j'avois
AVRIL. 1730. -643
ས་
j'avois crûe infoutenable reparût avec tant.
d'éclat fur la Scene , je craignois d'abord
de m'être trompé , mais après avoir examiné
les preuves , j'ai crû devoir m'en
tenir à mon premier fentiment.
Voici furquoi M. Guib s'eft fondé . Il
dit d'abord que Domitius Enobarbus vainquit
les Allobroges auprès de la Ville de
Vindalion , fituée à l'Embouchure de la
Sorgue , dans le Rhône , & parconfequent
il femble , dit-il , pouvoir affurer que les
Campagnes de la Principauté d'Orange ont
été le Théatre fur lequel ce General s'eft
fignalé d'une maniere fi diftinguée ; il ajoute .
que Fabius Maximus dompta ces mêmes.
Peuples,joints avec les Auvergnats , proche
le Rhône , fuivant Eutrope , c'eft-à- dire
felon l'avis de M. Guib , dans le Territoire
d'Orange ; enfuite il nous dit d'après Florus
que ces Generaux Romains éleverent
des Tours de pierre aux mêmes lieux où
ils avoient vaincu leurs ennemis , & conclut
enfin que fi l'on fait reflexion fur ce
qu'il vient de dire & qu'on regarde l'ancienne
fituation de la Ville d'Orange , on verra'
facilement les raisons qui engagerent ces:
Confuls Romains à choisir fon terroir pour
faire bâtir un Arc de Triomphe.
Je réponds , 1 ° . que l'Embouchure de
la Sorgue dans le Rhône & parconfequent
l'endroit où Domitius Enobarbus vain
A vj quis
644 MERCURE DE FRANCE
quit les Allobroges , n'eft pas dans la Prin
cipauté d'Orange : or cela étant un fait
notoire & inconteftable , je ne comprens
pas comment M. Guib a pû s'imaginer
que les Campagnes de cette Principauté
ayent été le Théatre fur lequel ce General
s'eft fignalé.
2. Tous les Hiftoriens conviennent
que cette Bataille a été donnée auprès de
la Ville de Vindale ; ainfi quand même
Domitius Encbarbus auroit voulu choifir
une Ville pour y conftruire un Monument
de fon Triomphe , il eft hors de
doute que ce Conful Romain auroit préferé
Vindale comme la plus proche de
l'endroit où les Allobroges avoient été
deffaits .
M. Guib a bien fenti cette difficulté
& perfuadé que les Romains n'ont dû
conftruire les Monumens en queftion que
fur le Champ de Bataille , comme je l'ai
déja prouvé dans mes premieres Remarques
, il fuppofe fort habilement que Fabius
Maximus a combattu les Allobroges
& les Auvergnats , joints enſemble , dans le
Territoire d'Orange ; j'avouë que fi cela
étoit veritable , ce feroit du moins une
raiſon affez plaufible en faveur de fon
fentiment ; mais par malheur il fe
trouve démenti par tous les Auteurs qui
difent que ce Combat a été donné un peu
au
AVRIL 1730. 645
au deffus de Valence , & dans l'endroit où
l'Ifere fe joint avec leRhône ; en effetStrabon
, dans fon IVe Livre , affure en termes
exprès & formels que Fabius Maximus
deffit les Gaulois au Confluent de l'Ifere
& du Rhône: Quo autem loco , dit-il , Ifara
Rhodanus Fluvii confluunt Q. Fabius.
Max, Emilianus ducenta millia Gallorum
concidit. Florus , dans fon Hiftoire
Romaine , Livre 3. Chap. 2. eft du même
fentiment , en parlant des Fleuves fur les
bords defquels les Gaulois avoient été
battus il nomme l'Ifere & le Rhone ,
Victoria teftes , dit-il , Ifara & impiger Flu
minum Rhodanus.
:
Eutrope même en difant que Bituitus ,
Roi des Auvergnats fut deffait proche le
Rhône , ne dit rien de contraire aux Auteurs
déja citez ; ainfi , quoique je refpecte
l'autorité de M. Guib , il me permettra
de ne le croire pas fur fa fimple parole
au fujet d'un fait qui s'eft paffé il y a près
de deux mille ans , & de m'en tenir à
ce que difent là- deffus tous les Hiftoriens;
il me femble parconfequent que je fuis
bien mieux en droit de conclure que fi
on fait reflexion fur tout ce que je viens
d'avancer & qu'on regarde la fituation de
la Ville d'Orange qui fe trouve éloignée
des lieux où Domitius Enobarbus &
Fabius Maximus ont combattu , on fera
>
ve
646 MERCURE DE FRANCE
veritablement convaincu que ces deux
Generaux n'ont pas dû conftruire les
Monumens de leurs Triomphes dans le
Territoire de cette Ville.
M. Guib nous dir pour feconde preuve,
qu'ayant confideré que dans toute la Côte
de Dauphiné , qui borde le Rhône , on
ne trouve aucune trace de Tours de pier--
res , il fe confirme encore davantage dans
fon fentiment ; Domit. Enobarbus & Fab..
Maximus , dit-il , battent les Peuples du
Dauphiné, ils font élever des Tours de pier
rès proche le Rhône , où trouver cela que:
dans notre Territoire ?
Voilà un Argument bien démonſtratif,
quoi , parcequ'on ne trouve plus aucune
trace des Tours élevées par Dom. Enobarbus
& par Fab. Maximus dans les lieux
où elles ont dû être conftruites , il faut
neceffairement qu'elles foient dans le Territoire
d'Orange ? & cela par la raifon
qu'on y voit un Arc de Triomphe ; mais
quelle comparaifon y a t'il entre des Tours
informes & groffieres , telles que Florus
les a décrites , & un Arc de Triomphe'
qu'on admire encore aujourd'hui parla
Beauté de fes bas-reliefs & de fon Architecture
? peut-on croire de bonne foi que,.
fi cet Auteur avoit voulu parler de ce mo
nument , iill nnee ll''aauurrooiitt pas fçû décrire tel
qu'il eft ? Eft-ce que de fon tems on ne
fçavoir
AVRIL. 1730. 647
fçavoit pas diftinguer un Arc d'une Tour?
or Florus nous dit en termes formels
que
Dom. Enobarbus & Fab, Maximus ne firent
conftruire que des Tours ; donc ces-
Confuls Romains n'ont pas fait élever
un Arc de Triomphe , & par conféquent
celui d'Orange ne peut pas leur être at
tribué.
Mais , dira- t'on , que font donc devenuës
les Tours ? je réponds que la longueur
des tems en a dû abolir jufqu'à là
moindre trace ; d'autant mieux que ce
font les premieres Tours qui ayent été élevées
en pareilles occafions , & qu'elles
ont été groffierement conftruites , com--
me l'attefte Florus : Saxeas erexere Turres ,
& par conféquent elles n'ont pas dû
avoir la perfection requife pour être à¹
F'épreuve d'une fi longue durée..
Paffons à la troifiéme preuve. M. Guib
nous affure que les Tridents , les Sirenes ,
les Mats , les Cordages , les Ancres &
les Navires que , l'on voit fur l'Arc de
Triomphe d'Orange conviennent parfai--
tement à Dom. Enobarbus & à Fab. Ma--
ximus , & fignifient , fuivant notre Au--
reur fo que c'étoit par le fecours des Dieux
de la Mer que les Ennemis
du Peuple Ro-- main avoient
été vaincus
, & qu'ils s'étoient
noyés dans le Rhône en voulant
le traverſer
.
2º que Bituitus
, ce formidable
Ennemi
,›
fut
648 MERCURE DE FRANCE.
fut conduit par Merjusqu'à Rome. 3 ° que
Les Romains étoient redevables aux Marfeillois
de la conquête de ces Pays .
Je pourrois me diſpenſer de répondre
à des raifons fi foibles ; en effet , peut- on
raisonnablement penfer que les Dieux de
la Mer ayent été d'un grand fecours à
Dom. Enobarbus & à Fab. Maximus , tan
dis que ces deux Generaux ont combattu
fur terre , & que ce n'eft qu'après la bataille
gagnée , & dans la fuite que quelques-
uns des Ennemis s'étoient noyés dans
le Rhône , en voulant le traverſer ; après
cela , de quelle maniere que Bituitus ait
été conduit à Rome , foit par mer , foit
par terre , cette circonftance intereffet'elle
fi fort la gloire des Vainqueurs pour
en faire mention dans un Monument
de Triomphe ? Il eft vrai enfin que la
Ville de Marfeille a été la cauſe , comme
Ciceron le dit , que les Romains ont conquis
les Gaules ; mais je ne vois pas le
rapport qu'il y a entre les Marfeillois &
les Mats , les Cordages , les Ancres &
les Navires que l'on voit fur ce Monument
; M. Guib auroit bien dû nous expliquer
en quoi confifte cette parfaite convenance
qu'il y trouve . En attendant , il
me femble que je fuis toujours en droit
de dire que tous les fymboles de Marine
neconviennent en aucune façon à Dom,
EnoAVRIL.
1730. 649
Enobarbus & à Fab. Maximus , & par
conféquent , c'eft une raifon , felon moi ,
pour foûtenir que l'Arc de Triomphe
ne peut leur être attribué.
M. Guib , après avoir établi fon opinion
fur les trois preuves que je viens de
détruire , nous fait part des decouvertes
qu'il a faites au fujet des perfonnes qui
font repréſentées fur ce Monument ; il
nous fait d'abord remarquer Bituitus avec
fon fils Congentiatus , enfuite Dom. Enobarbus
& Fab. Maximus ; il nous apprend
même le nom qu'il faut donner aux Figures
qui ne fubfiftent plus , comme
celles du Dieu Mars , d'Hercule & du
Roi Teutomalion ; enfuite il nous avertit
que la Figure de femme qu'on prenoit
pour Marche la Sirienne , eft la Deeffe de
l'efperance ; enfin , pour donner encore
plus de poids & plus de créance à tout
ce qu'il vient de dire , il nous affure
qu'il s'eft défait de toute forte de préju
gés , & que c'eft fans prévention , &
après un mur examen qu'il s'eft déterminé.
Il faut avouer que M. Guib après avoir
donné des preuves d'une fi rigide& fiexacte
Critique , ne manquera peut-être pas de
s'attirer la confiance des Lecteurs . Pour
moi , fans vouloir le contredire formellement
fur les découvertes , dont je lui laiſſe
de
650 MERCURE DE FRANCE.
at
de bon coeur toute la gloire , fçachant
d'ailleurs qu'en fait de conjectures chačun
eft en droit de fuppofer ce qu'il
veut , je me contente de dire que l'Arc
de Triomphe d'Orange ne peut être artribué
à Dom . Enobarbus & à Fab. Maximus
, comme je viens de le montrer ,
ni à Caius Marius , comme je l'ai prouvé
dans mes premieres Remarques , & que
je me confirme toujours plus dans la
penfée
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Résumé : SUITE des Remarques sur l'Arc de Triomphe d'Orange.
Le texte traite de l'attribution de l'Arc de Triomphe d'Orange. Initialement, l'auteur rejetait l'idée que ce monument soit attribué à Caius Marius et penchait plutôt pour Cneius Domitius Ænobarbus et Quintus Fabius Maximus Amilianus. Cependant, il découvre que M. Guib a adopté cette dernière opinion dans une dissertation publiée en décembre 1729. L'auteur examine les arguments de M. Guib, qui se fondent sur les victoires de Domitius Ænobarbus contre les Allobroges et de Fabius Maximus contre les Auvergnats près du Rhône, ainsi que sur l'érection de tours de pierre par ces généraux. L'auteur réfute ces arguments en soulignant que les batailles mentionnées n'ont pas eu lieu dans la Principauté d'Orange, mais respectivement près de Vindale et au confluent de l'Isère et du Rhône. Il conteste également l'idée que les symboles marins sur l'Arc de Triomphe seraient liés à ces généraux, qui ont combattu sur terre. De plus, il note que les inscriptions sur l'arc mentionnent des victoires navales, ce qui renforce l'hypothèse d'une attribution à un général ayant des succès maritimes. L'auteur mentionne également des inscriptions trouvées à Nîmes et à Arles, qui pourraient indiquer des victoires navales. Il souligne que les victoires de Domitius Ænobarbus et de Fabius Maximus n'ont pas de rapport avec ces inscriptions. Enfin, il conclut que l'Arc de Triomphe d'Orange ne peut être attribué ni à Caius Marius ni à Domitius Ænobarbus et Fabius Maximus, confirmant ainsi son opinion initiale. L'auteur suggère que l'arc pourrait être lié à des victoires navales, mais il ne propose pas de nouveau candidat pour l'attribution du monument.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4913
p. 650-654
L'AMANT FIDELE Et malheureux. CANTATE. Mise en Musique par M. Bouvard, & dediée à Madame F...
Début :
N'étoit-ce point assez d'une si longue absence ? [...]
Mots clefs :
Amour, Coeur, Coeurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'AMANT FIDELE Et malheureux. CANTATE. Mise en Musique par M. Bouvard, & dediée à Madame F...
L'AMANT FIDELE
Et malheureux.
CANT AT E.
Mife en Mufique par M. Bouvard , &
dediée à Madame F ...
N'étoit- ce point affez d'une fi longue abſences
Falloit-il , inhumaine , y joindre le filence,
,
Tandis que Cupidon , fidele Meffager
Fendant les vaftes airs de fes rapides afles ,
Et fans ceffe chargé de tes cheres nouvelles ,
Dans ma vive douleur devoit me foulager.
Pour
AVRIL 1730. 653
Pour adoucir la violence
Des peines que caufe l'abſence
De la pointe de ſes traits ,
L'Amour traçant l'art d'écrire,
Aux Sujets de fon Empire ,
En apprit les premiers traits.
Par une magie innocente ,
Des Lettres la vertu puiſſante
Semble rapprocher deux coeurs ,
Et fait entrer ; à la place
Des noirs chagrins qu'elle chaffe,
Les plus flateufes douceurs.
Ingrate , je le vois , un feu de tant d'années
A ton coeur inconftant a paru trop
durer ,
Mais apprends
que l'amour
dans les ames bien
nées
S'affermit Par le tems au lieu de s'alterer.
Coulez , coulez avec viteffe ,
Triomphez , rapides jours
De la honteufe foibleffe
De la plupart des Amours ;
Vous ne fçauriez dans votre cours
Que faire honneur à ma tendreffe
Qui vous refiftera toujours ..
Quand
652 MERCURE DE FRANCE.
Quand fuivant une humeur changeante
Notre coeur laiffe éteindre une flamme innocente,
Orgueilleufe raifon , chimérique vertu ,
ous vous vantez alors d'avoir bien combattu ;
Mais quand l'amour ne fait que naître ,
Tandis qu'il plaît encor , quel eft votre pouvoir ?
Vous n'avez le fecret de vous faire valoir ,
Que lorfque de lui-même il vient à difparoître
Par un goût pour la nouveauté ,
Par la propre fragilité.
Amans délicats & finceres ,
Ah ! que vous êtes malheureux
Lorfque vous confacrez vos feux
A des coeurs legers & vulgaires ;
Aux moindres revers fâcheux ,
Auffi bien qu'à la moindre abfence ,
Vous voyez bientôt fous le nom
Du fcrupule , de la raiſon ,
Du devoir , de la bienféance
Paroître leur inconftance.
Mais malgré cette ingratitude ,
Amans dignes d'un fort plus doux ,
Vous fuivez vos premiers goûts ;
La conftance fait votre étude ;
Helas ! je fais comme vous
J'aime toujours une infidele ,
ร่
Dont
AVRIL.
1730. 653
Dont je hais le perfide coeur ;
Au feul fouvenir de l'ardeur
Dont je brulai d'abord pour elle ,
Cette ardeur fe renouvelle.
Ceffe , Berger , de gémir
Loin d'entretenir
Des peines cruelles ,
Il faut plutôt bannir
Le fouvenir
De toutes les Belles,
L'Amour a des aîles
Afin qu'avec elles
Il puiffe finir
Avec plus de viteffe
L'affreufe trifteffe
Et mieux courir
Au devant du plaifir,
D'un efpoir frivole
S'il nourrit nos ardeurs ;
S'il nous immole
Aux chagrins , aux langueurs ,
Et nous défole
Par mille rigueurs ,
Qu'à jamais il s'envole
Loin de nos coeurs ,
Que fa gloire s'éteigne
Aink
54 MERCURE DE FRANCE C
Ainfi que fon flambeau ,
Et qu'à fon tour il baigne
De pleurs fon bandeau.
Par M. Moraine.
Et malheureux.
CANT AT E.
Mife en Mufique par M. Bouvard , &
dediée à Madame F ...
N'étoit- ce point affez d'une fi longue abſences
Falloit-il , inhumaine , y joindre le filence,
,
Tandis que Cupidon , fidele Meffager
Fendant les vaftes airs de fes rapides afles ,
Et fans ceffe chargé de tes cheres nouvelles ,
Dans ma vive douleur devoit me foulager.
Pour
AVRIL 1730. 653
Pour adoucir la violence
Des peines que caufe l'abſence
De la pointe de ſes traits ,
L'Amour traçant l'art d'écrire,
Aux Sujets de fon Empire ,
En apprit les premiers traits.
Par une magie innocente ,
Des Lettres la vertu puiſſante
Semble rapprocher deux coeurs ,
Et fait entrer ; à la place
Des noirs chagrins qu'elle chaffe,
Les plus flateufes douceurs.
Ingrate , je le vois , un feu de tant d'années
A ton coeur inconftant a paru trop
durer ,
Mais apprends
que l'amour
dans les ames bien
nées
S'affermit Par le tems au lieu de s'alterer.
Coulez , coulez avec viteffe ,
Triomphez , rapides jours
De la honteufe foibleffe
De la plupart des Amours ;
Vous ne fçauriez dans votre cours
Que faire honneur à ma tendreffe
Qui vous refiftera toujours ..
Quand
652 MERCURE DE FRANCE.
Quand fuivant une humeur changeante
Notre coeur laiffe éteindre une flamme innocente,
Orgueilleufe raifon , chimérique vertu ,
ous vous vantez alors d'avoir bien combattu ;
Mais quand l'amour ne fait que naître ,
Tandis qu'il plaît encor , quel eft votre pouvoir ?
Vous n'avez le fecret de vous faire valoir ,
Que lorfque de lui-même il vient à difparoître
Par un goût pour la nouveauté ,
Par la propre fragilité.
Amans délicats & finceres ,
Ah ! que vous êtes malheureux
Lorfque vous confacrez vos feux
A des coeurs legers & vulgaires ;
Aux moindres revers fâcheux ,
Auffi bien qu'à la moindre abfence ,
Vous voyez bientôt fous le nom
Du fcrupule , de la raiſon ,
Du devoir , de la bienféance
Paroître leur inconftance.
Mais malgré cette ingratitude ,
Amans dignes d'un fort plus doux ,
Vous fuivez vos premiers goûts ;
La conftance fait votre étude ;
Helas ! je fais comme vous
J'aime toujours une infidele ,
ร่
Dont
AVRIL.
1730. 653
Dont je hais le perfide coeur ;
Au feul fouvenir de l'ardeur
Dont je brulai d'abord pour elle ,
Cette ardeur fe renouvelle.
Ceffe , Berger , de gémir
Loin d'entretenir
Des peines cruelles ,
Il faut plutôt bannir
Le fouvenir
De toutes les Belles,
L'Amour a des aîles
Afin qu'avec elles
Il puiffe finir
Avec plus de viteffe
L'affreufe trifteffe
Et mieux courir
Au devant du plaifir,
D'un efpoir frivole
S'il nourrit nos ardeurs ;
S'il nous immole
Aux chagrins , aux langueurs ,
Et nous défole
Par mille rigueurs ,
Qu'à jamais il s'envole
Loin de nos coeurs ,
Que fa gloire s'éteigne
Aink
54 MERCURE DE FRANCE C
Ainfi que fon flambeau ,
Et qu'à fon tour il baigne
De pleurs fon bandeau.
Par M. Moraine.
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Résumé : L'AMANT FIDELE Et malheureux. CANTATE. Mise en Musique par M. Bouvard, & dediée à Madame F...
Le poème 'L'Amant Fidèle', publié en avril 1730 dans le Mercure de France, explore les tourments d'un amant fidèle mais malheureux en raison de l'absence et du silence de sa bien-aimée. L'auteur exprime sa douleur et son espoir que Cupidon lui apporte des nouvelles, soulignant le pouvoir des lettres pour rapprocher les cœurs éloignés. Il déplore l'ingratitude de sa bien-aimée, dont l'amour semble s'affaiblir avec le temps, et affirme que l'amour véritable s'affermit avec les années. Le texte critique la raison et la vertu qui combattent l'amour naissant mais montrent leur pouvoir seulement lorsque l'amour disparaît. Le poème met en garde contre les cœurs légers et volatils, inconstants aux premiers revers ou absences. Malgré l'ingratitude, les amants fidèles restent constants. L'auteur avoue aimer une infidèle dont il hait le cœur perfide, mais dont le souvenir ravive son ardeur. Enfin, il conseille de bannir les souvenirs douloureux des amours passées pour éviter les chagrins.
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4914
p. 654-671
EXTRAIT de deux Harangues Latines sur la Naissance de Monseigneur le Dauphin, prononcées au College de Louis le Grand par les Professeurs de Rhetorique.
Début :
Il y a quelques mois qu'on a imprimé les deux Harangues dont nous [...]
Mots clefs :
Naissance du Dauphin, Harangues, Dauphin, Professeurs de rhétorique, Collège Louis le Grand, Roi, Prince, Peuples, Orateur, Bonheur
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT de deux Harangues Latines sur la Naissance de Monseigneur le Dauphin, prononcées au College de Louis le Grand par les Professeurs de Rhetorique.
EXTRAIT de deux Harangues Latines
fur la Naiffance de Monfeigneur
le Dauphin , prononcées au College de
Louis le Grand par les Profeffeurs de
Rhetorique.
Ly a quelques mois qu'on a imprimé
les deux Harangues dont nous
donnons ici l'Extrait ; l'une fut prononcée
par le P.Charles Porée le 14.Septembre
1729 vers le commencement desVacances,
l'autre par le P.Xavier de la Sante le 15. Decembre
fuivant , quelque tems après qu'on
eut repris les exercices ordinaires du College.
Le premier crut ne pouvoir mieux
finir fon année , & le fecond mieux commencer
la fienne , qu'en félicitant le Public
fur un évenement fi intereffant pour
la France & pour toute l'Europe. Nous
croyons faire plaifir à nos Lecteurs en leur
donnant un Abregé de ces deux Difcours,
qui répondent parfaitement à la réputation
des Auteurs.
La
AVRIL 1730. 655
>
›
3
La Harangue du P. Porée commence
par feliciter le Roi de la Naiffance de
fon augufte Fils. Il n'eft point d'homme ,
dit l'Orateur , de quelque condition qu'il
foit , qui ne fouhaite de laiffer fon nom
ou fes biens à un fils plutôt qu'à une ou
à plufieurs filles ; celles ci perdent ce
nom en entrant dans d'autres familles
où il meurt bientôt avec elles. Il fe perpetuë
dans la perfonne d'un fils
en fe
perpetuant il devient plus illuftre , & acquiert
une efpece d'immortalité , dont
l'efperance feule flatte un pere qui s'ima
gine devoir vivre en quelque forte éternellement
dans une nombreuſe pofterité.
Mais qui doit être plus touché de ce
plaifir qu'un Prince , un Monarque , un
Roi de France , & un Roi de la Maiſon
des Bourbons ? nom fi ancien , fi glorieux
que tant de Grands Hommes ont porté
& honoré. Par une fucceffion non interrompue
, il vient de Louis IX . jufqu'à
Louis XV, il a été illuftré par tous les
genres de mérite ; il a étendu fa domination
dans un Royaume voiſin , d'où il fe
fait refpecter jufques dans le nouveau
monde ; il eft confacré par la Religion &
placé jufques dans le Ciel , où nous lui
rendons de juftes hommages. Tel eft le
nom que Louis tranfmet à fon fils : un
jour celui-ci en foutiendra la gloire , &
656 MERCURE
DE FRANCE
રે
la fera paffer à une longue fuite de Heros .
Il n'en fut pas ainfi du nom des Cefars;
depuis le Grand Jules il ne fubfifta que
par l'adoption , par l'élection , fouvent
même par l'ufurpation ; il périt dès qu'il
fut élevé fur le Trône ; quand il devint le
nom des Empereurs , il paffa à des Etrangers
, & ceffa d'être celui d'une même
famille.
Tout peré aime encore à laiffer un fils
heritier de fes biens , quelques médiocres
, quelque peu confiderables
qu'ils
foient ; on femble alors les quitter fans
c'eft les perdre deux
regret , au lieu que
fois , que de les voir paffer en d'autres
mains. Quel eft donc le bonheur de Louis ,
à qui le Ciel accorde un fils , auquel il
pourra remettre , non pas fimplement un
riche heritage , non pas des titres glorieux
, mais le plus beau Royaume , le
plus floriffant , le plus ancien de l'Europe
! Augufte n'eut pas cet avantage ; il
etendit les bornes de l'Empire ; mais il
fut obligé de fe chercher un heritier hors
de fa Maiſon ; il s'entendit appeller Pere
de la Patrie par tous les Citoyens ; mais
jamais il n'entendit fortir ce doux nom
de pere de la bouche d'un fils . La même
confolation fut refufée non-feulement aux
Nerons , aux Caligula , aux Domitiens ,
humain
il étoit de l'interêt du genre
que
de
AVRIL
1730.
657
de tels monftres périffent tout entiers ;
mais elle fut refufée aux Tites & aux
Trajans , ces Princes adorables qui faifoient
les délices de l'Univers.
Notre Roi plus heureux que tous ces
Empereurs a déja merité d'être appellé le
Pere de fon Peuple , comme un très- petit
nombre d'entr'eux ; il eſt déja comme
quelques-uns pere de plufieurs Princeffes;
mais ce qui n'arriva à aucun d'eux , aujourd'hui
il fe voit pere d'un fils ; & à
quel âge a- t'il ce bonheur ? Remontons
dans les fiécles paffés ; parcourons la fuite
de tous nos Rois ; jettons les yeux fur
toutes les Cours Etrangeres, ici nous trouverons
des Princes qui envient le fort de
Louis , là nous n'en trouverons point qui
ait eu fi tôt le même bonheur,
Les meres ne font pas moins charmées
d'avoir un fils que les peres mêmes ; l'amour
qu'elles ont pour leurs Epoux eft
la meſure de la joye que leur cauſe la
Naiffance d'un fils qui le repréſente d'une
maniere plus parfaite que des tableaux
muets. Cette raifon generale convient
encore mieux à une grande Reine qui revere
toûjours la perfonne de fon Roi dans
celle de fon Epoux , & dont la tendreffe
eft temperée par le refpect . Quelque
grand , quelque fincere que foit l'amour
de part & d'autre , les dehors en font
B Lou
658 MERCURE DE FRANCE
toujours reglés par la dignité des auguftes
Epoux , & la majefté tempere une vivacité
permife à des perfonnes privées. Le
Dauphin repréſentera à fa mere tous les
traits de Louis ; mais dépouillés de cette
vive lumiere qui fait qu'on n'ofe fixer
trop long- tems fur lui fes regards ; elle
pourra le contempler à loifir , lui prodiguer
fes careffes , à peu près comme nos
yeux qui ne fçauroient foutenir la clarté
du Soleil , contemplent avec plaifir ſon
image , s'il vient à fe peindre dans une
Nuée brillante.
D'autres raifons que l'Orateur touche
avec beaucoup de délicateffe , c'eft que
la Naiffance du Dauphin affure à la Reine
le coeur de fon augufte Epoux , & augmente
en quelque forte fon autorité. A
la verité , elle n'avoit pas befoin de cel
gage pour s'attacher le coeur d'un Prince
, dont toutes les inclinations font reglées
par la raifon , tous les goûts fubordonnés
au devoir , tous les defirs moderés
par la fageffe ; il avoit reçû avec
joye les trois Princeffes que la Reine lui
avoit données jufqu'ici ; il les accable tous
les jours des careffes qu'elles peuvent attendre
du pere le plus tendre. Ce n'eſt
pas qu'il ne defirât un heritier de fes Etats
auffi ardemment que fes Peuples le fouhaitoient
, mais il l'attendoit plus patiemment,
AVRIL. 1730. 659
tiemment , & avec une plus grande foumiffion
aux ordres du Ciel. Quelle joye
pour notre Reine d'avoir enfin comblé
des voeux fi juftes & fi fages !
Quelle joye d'avoir donné à toute la
France ce qui faifoit l'objet de fon attente
, & de l'avoir ainfi payée avec uſure
de tout ce qu'elle en a reçû ! Il eſt vrai
que fa vertu eft au - deffus des honneurs
que nous lui rendons ; mais fon grand .
coeur n'a voulu les recevoir que pour
faire notre bonheur ; elle fe les reproche
roit ſi ſon élevation n'étoit utile qu'à ellemême
; par le Dauphin qu'elle donne à
la France , elle lui rend plus qu'elle ne
lui a donné ; elle en a reçû la Couronne
& elle donne un Prince qui la foutiendra
un jour glorieufement.
La feconde Partie eft adreffée au Dauphin
mème , que le R. P. Porée félicite
fur fon bonheur. Pour en tirer des préfages
certains , il ne lui eft pas neceffaire
de recourir aux chimeres de l'Aftrologie
, à de vaines fupputations , & du moment
de fa naiffance , & du cours des
Aftres ; il n'a pas recours aux Fables des
Poëtes , adoptées quelquefois par les Orateurs
en femblables occafions. Des raifons
plus folides fur lefquelles il fe fonde
font les Royales qualités du pere ,
qui ne promettent pas moins qu'un He
Bij LOS
660 MERCURE DE FRANCE.
ros ; l'ordre de fa naiffance qui le fait feul
heritier de tout le Royaume ; la maniere
dont il a été obtenu du Ciel . L'Orateur
dans ce dernier article nous repréſente le
voyage que la pieté fit entreprendre l'année
derniere à la Reine. Il ne nous eft
pas
permis de toucher au Portrait qu'il fait
du Roi , nous craindrions de le defigurer
en quelque forte. Renvoyant donc
pour cette partie à la Piece même , nous
paffons à la troifiéme , où le R. P. Porée
félicite les Peuples d'un évenement qui
les intereffoit infiniment.
III. Il remarque d'abord qu'il eft bien
rare qu'on puiffe feliciter le Peuple fur
l'accompliffement de fes voeux ; ce font
ordinairement des voeux temeraires ou
nuifibles , il ne voit jamais les premiers
accomplis ; fi les autres le font quelquefois
, ce n'eft que pour fon malheur. Il
n'en eft pas ainfi de ceux que nous formions
pour la naiffance d'un Dauphin ;
rien n'étoit plus fage , & ne devoit nous
être plus avantageux ; notre impatience
même , quoiqu'elle fut trop vive , &
qu'elle allat à nous faire abfolument defefperer
ce que nous n'avions pas obtenu
tout d'un coup , avoit quelque choſe de
raifonnable , fufques dans fa bizarrerie.
C'eft que nous fouhaitions non- feule- ,
ment de voir à notre Roi un heritier de ,
fes
1
AVRIL. 1730. 661
fes Etats , mais encore de le lui voir naî
tre dans fa jeuneffe , afin que ce Prince
pût être élevé fous fes yeux , afin qu'il
pût par fes grands exemples s'inftruire
long- tems dans l'art de regner. Nous
fçavons que toutes les minorités des Rois
ne font pas auffi tranquilles que l'a
été celle de Louis XV. Il eft difficile que
des Princes aufquels pour premiere leçon
on apprend qu'ils font maîtres de ceux
qui les inftruiſent , profitent bien de l'éducation
qu'on leur donne. Il faudroit
pour cela naître avec un caractere ferieux ,
amateur de l'ordre , avec une fageffe naturelle
, & dans la plus tendre enfance
n'avoir rien de la legereté de cet âge ; il
faudroit être tel , en un mot , que Louis
le Grand & fon digne fucceffeur.
Enfin ce qui intereffoit non - feulement
les François , mais tous les Peuples de
l'Europe , & leur faifoit formes les mêmes
voeux qu'à nous , c'eft qu'un Dauphin
de France femble affurer la tranquillité
de tous les Etats voifins auffibien
que la notre. Cette tranquillité fait
l'unique objet des foins de notre jeune
Monarque ; après un David guerrier ,
nous avons en lui un pacifique Salomon.
Le fage Miniftre auquel il donne toute
fa confiance , & qu'il appelle à tous fes
Confeils , eft un Ange de paix ; le fils
B iij qu'il
>
:
662 MERCURE DE FRANCE
1
le
partage
qu'il vient d'obtenir du Ciel peut être
appellé en quelque forte le Prince de la
Paix ; cet augufte enfant diffipe les allarmes
que nous pourrions avoir de ces
guerres qui fe font pour la fucceffion &
des grands Royaumes , Guerres
veritablement plus que civiles dont
nous avons un exemple dans ce qui s'eft
paffé dans l'Europe au commencement
de ce Siecle. Le R. P. Porée en fait une
deſcription vive & frappante , qu'on lira
avec d'autant plus de plaifir , que la naiffance
du Dauphin nous empêche de crain.
dre rien de Temblable..
II. DISCOURS..
R.P. La Harangue du R. P. De la Sante eft
moins fur la Naiffance du Dauphin qu'un
préfage de ce que doit être ce Prince ,
qui croft pour la fortune la plus brillante
& pour la felicité des Peuples. S'il
avoit voulu fe borner à celebrer cet heureux
évenement , il n'auroit pas attendu
fi long- tems ; mais fon Collegue l'ayant
fait avec fuccès , il a crû devoir donner
un autre tour à fon Difcours. Dans la
premiere Partie il montre ce que le Dauphin
promet à la France ; dans la feconde
, ce que la France promer au Dauphin
.
I. Pour fçavoir , dit l'Orateur , les ma
gnifiques
AVRIL. 1730.
663
,
gnifiques efperances que nous pouvons
concevoir de cet augufte Enfant , il nous
fuffit de faire reflexion qu'il eft fils d'un
Roi Bourbon & fils d'un Roi Très-
Chrétien . Ces deux titres nous apprennent
ce que nous devons en attendre
Fun nous affure du bonheur du Royaume
, l'autre nous promet un appui pour
la Religion.
Le P. De la Sante commence la
preuve de la premiere Propofition par un
éloge des Bourbons qu'il fait avec autant
d'art que le R. P. Porée , quoique le tour
en foit different. L'efprit du Lecteur aime
à trouver le même morceau d'Eloquence,
traité par deux grands Maîtres qui ne fe
copient pas l'un l'autre . On peut encore
voir le même éloge dans la troifiéme Harangue
du P. Coffart , Jefuite & prédeceffeur
de ces deux Peres dans l'emploi
qu'ils rempliffent fi dignement.
Enfuite defcendant dans le détail , if
parcourt tous les grands Rois qu'a don
nés cette maifon ,. & commence par Louis
IX. qui en eft la tige . Quel Monarque
s'appliqua jamais avec plus de zele à pro
curer le bonheur de fes Peuples , c'eſt-àdire
, à pacifier les troubles domeftiques
à repouffer les Ennemis Etrangers , à adminiftrer
la juftice à fes Sujets & à l'éta
blir folidement par les Ordonnances les
plus
B. iiij.
664 MERCURE DE FRANCE
plus fages. Pour faire toutes ces chofes
avec le fuccés qu'il eut , il falloit être le
Pere de fes Peuples , plutôt que leur Roi;
fe regarder comme leur Pafteur plutôt
que comme leur Chef. Pour foûtenir les
traverfes qu'il effuya pendant fa vie , il
falloit une vertu plus qu'humaine ; la
conftance des Heros ne va pas jufques là:
il falloit être un Saint.
L'Orateur paffe auffi- tôt à Henri le
Grand , Prince veritablement digne de ce
nom , dans quelque point de vue qu'on
l'envifage ; conquerant d'un Royaume fur
lequel il avoit feul un droit inconteftable
, à confiderer avec quelle bonté il
gouvernoit fes Peuples , avec quelle affection
& quel zele on lui obéïffoit , il fembloit
qu'il ne dût le Sceptre ni à ſa naiſfance
, ni à fon épée , mais à un choix libre
qui lui donnoit tous les coeurs .
Cette même bonté , cette facilité fut
le caractere qui diftingua le fils d'Henri
le Grand ; ce Monarque fit affeoir fur fon
Trône la Juftice & la Pieté ; la Sageffe
préfida à tous fes Confeils , aucun Roi
n'a été plus heureux dans le choix de fes
Miniftres ; fon Regne établit la tranquillité
au dedans de la France , étoufa jufqu'aux
femences des diffenfions domeftiques
, fit refpecter notre puiffance à des
voifins jaloux , & feroit peut-être le plus
glorieux
AVRIL. 1730.
865
'glorieux de tous les Regnes , fi ce Prince
n'avoit eu un prédeceffeur & un fucceffeur
,tous deux plus grands que lui.
Ici l'Orateur fait un portrait achevé de
Louis le Grand , ce Heros fi noblement
łoüé pendant la vie , & ce qui eft moins
équivoque , encore mieux loué après fa
mort par les regrets , non des feuls François
, mais des Nations étrangeres & ennemies.
Nous craindrions d'affoiblir cet
éloge fi nous nous contentions d'en rap--
porter quelques traits ; il faut le voir tout
entier dans la Piece.
L'arriere- petit- fils de ce Prince fait au
jourd'hui fon unique étude de conferver
la paix qu'il avoit glorieufement établie
fur la fin de fon Regne. Louis XV. fe
propofe de gouverner for Royaume felon
les maximes de Louis XIV. & met
fa félicité dans celle des Peuples. Le bonheur
de ce Monarque c'eft que le bruit
des armes n'a pas troublé les jeux de fon
enfance; fa gloire, c'eft qu'à la fleur de fes
années , & dans la plus tendre jeuneffe
-il fe voit l'arbitre de la paix , & choifi
pour Médiateur par tous les Princes de
l'Europe. Dans ces divers caracteres , l'adreffe
de l'Orateur confifte à ne point
laiffer perdre de vûë fon principal objet.
C'eft ce que fait le P. De la Sante , en
rappellant fans ceffe l'idée du nouveau
Bv Dauphin
666 MERCURE DE FRANCE
Dauphin dans les Portraits qu'il fait de
fes Ayeux.
Il parle enfuite de l'attachement que tous
les Rois Bourbons ont témoigné pour la
Religion , & prouve que le nom de Rois
Très-Chrétiens n'a pas été en eux un vain
titre.. Ici comme dans la premiere induction
, il commence par S. Louis ; tout le
monde fçait le zele qu'il témoigna pour
l'extirpation de l'herefie des Albigeois ;:
ce zele le tranfporta deux fois au - delà
des mers , plutôt pour la propagation de
la Foi , qu'en vûe d'étendre fon Empire,
ou pour fatisfaire un efprit d'inquiétude :
qui fut l'ame de la plupart des projets de
cette nature ..
Henri IV. avoit eu le malheur de fe
laiffer aller au parti de l'Herefie ; il ne
fut pas plutôt fur le Trône qu'il l'abjura:
fincerement , & la & la preuve de cette fincerité
, c'eft ce qu'il fit pour ramener à la
verité ceux du parti qu'il avoit abandonné.
On fçait que ce Prince d'un coeur veritablement
droit , témoignoit plus de
joye lorfqu'on lui apprenoit que quelqu'un
des Chefs de la Religion Protef
tante étoit retourné au ſein de l'Eglife ,
que lorsqu'on lui annonçoit que quelque
Ligueur étoit rentré dans fon obéillance..
Le plus bel Ouvrage de Louis le Jufte
eft l'abaiffement de ce même parti ; la
prife
AVRIL 1730. 667
prife de La Rochelle qui réduifit les fac
tieux à leur devoir,fera toujours regardée
dans nos Faftes comme la plus glorieufe
action d'un Regne conftamment glorieux;
la confommation de ce grand Ouvrage
étoit refervée à fon fils , heritier de fa pieté
& de fon zele pour la foi. Louis le
Grand a enfin détruit dans fon Royaume
le Calvinisme , la feule herefie qui eut été
tolerée depuis la fondation de la Monarchie
par Clovis le premier Roi Très - Chrétien
.
Enfin ce même efprit de Religion a paſfé
dans le Monarque qui nous gouverne,
ce jeune Prince femble avoir été nourri
par la pieté, il en a fuccé le lait dès l'enfance
; fon refpect pour les chofes faintes a
éclaté en lui dès fes premieres années ; on
l'admire encore dans le feu d'une brillante
jeuneffe ; il paroît moins attentif à
faire refpecter la Majefté Royale qu'à fou
tenir dans fes Etats les interêts de la Reli
gion.
Tels font les Ayeux de notre Dauphin,
reprend l'Orateur , pouvons - nous douter
qu'il ne croiffe pour le bonheur de la
France , pour la deffenfe des Autels En
vain on diroit que tous les fils n'heritent
des vertus de leurs peres ,que lesVefpa
fiens n'ont pas toujours desTites pour fucceffeurs
; quand nous voyons que ce dou
BВ vj
pas
ble
668 MERCURE DE FRANCE
ble efprit de juftice & de pieté , d'amour
du bien public & de zele pour les interêts
de l'Eglife, s'eft perpetué dans tous les
Rois Bourbons pendant un fr long eſpace
d'années , nous pouvons nous tenir affurez.
qu'il ne fe démentira pas dans le
Prince qui vient de naître , & qu'il formera
fon caractere.
II. Partie.
Les François promettent au Dauphin
leur amour & leurs voeux dans fon enfance
; la Cour dont il fera les délices
pendant la jeuneffe , lui promet toutes
fortes de complaifances & d'agrémens;
enfin dès-à-prefent les Peuples lui voüent
pour le temps de la vieilleffe , leur obéïffance
& leurs fervices. Plaiſe an Ciel que
nos defirs foient accomplis dans tous ces
points ! qu'il arrive à une heureuſe vieil
Leffe , pendant laquelle il donnera la Loi,
& qu'il ne la donne pas avant ce temps !
Mais que dis -je , reprend l'Orateur ,
lui promettons pas feulement
notre amour & nos voeux ; dès ce jour il
a le coeur de tous les François , il a déja
reçu les hommages de tous les Ordres de
nous ne
Etat. Les Prélats qui font la plus noble
portion du premier de ces Ordres , fe
font diftinguez parmi tous les autres ; ils
ne fe font pas contentez de porter leurs
voeux
AVRIL 1730 . 669
voeux au pied du Trône & au Berceau
de l'augufte Enfant ; ils les ont confacrez
par la Religion , & rendus ainfi plus efficaces
; ils ont fanctifié ceux de tous les
Peuples en ordonnant des Prieres folemnelles
pour la profperité du Dauphin.
Qu'il a été heureux en particulier pour le
Paſteur du premier Troupeau du Royaume
, notre illuftre Archevêque , que le
premier exercice de fon miniftere qu'il ait
fait en cette Ville, ait été de recevoir fon
Roi , & de joindre fes actions de graces
à celles de ce Monarque ! Delà le P. de
La Sante prend occafion de faire un compliment
également jufte & ingenieux au
Prélat , qui étoit prefent.
Les Fêtes qui ont été faites dans toute
la France font une partie des hommages
qui ont été rendus au Dauphin . Par
là les Villes entieres , les Seigneurs du
Royaume , les Princes Etrangers par leurs
Ambaffadeurs , marquent les fouhaits
qu'ils font pour ce Prince. Le Peuple
même par la part qu'il a prife à ces Réjoüiffances
, par l'aimable folie à laquelle
il s'eft livré en cette occafion , lui témoi
gne fon amour & fon zele..
Qui voudra fçavoir les fentimens que
l'on aura pour le Dauphin de France , les
devoirs que lui rendront les François ,
lorſque dans un âge plus avancé , il fera
Pornement
670 MERCURE DE FRANCE
Pornement de la Cour n'a qu'à fe reffou
venir de l'affection des Peuples , du refpect
des Grands pour le premier Dauphin
, fils de Louis XIV. qu'il fe rappelle
la confiance qu'on avoit dans le Duc de
Bourgogne; la veneration qu'on avoit pour
lui & du vivant de fon Pere , & encore
plus lorfqu'il fut devenu l'Heritier immediat
de la Couronne . L'Orateur promet
avec affurance au Fils de Louis XV.
les mêmes honneurs , la même affection ,
la même foumiffion. Dans cette condition
, pourfuit - il , plus glorieufe que celle
de plufieurs Souverains , il apprendra à
commander , il s'inftruira par les exemples
& les Confeils de fon Pere dans l'Art de
regner.
Nous pouvons , ajoûte- t- il , lui pro
mettre qu'il regnera effectivement unt
jour , mais de la maniere la plus heureufe
& la plus confolante ; c'eft que , comme
un Poëte le difoit du fils d'un Empereur
Romain , dans un âge déja avancé , il parragera
l'autorité avec fon Pere , déja vieux.
Ce que difoit par pure flatterie ce vain
Panegyrifte , & ce qui ne pouvoit s'accomplir
qu'en accordant des fiecles entiers
à cet Empereur , nous pouvons le
dire de Louis avec confiance . Tout femble
lui promettre une longue vie & une
fanté conftante; c'eft le Prix que la Pro
vidence
AVRIL 1730. 671"
vidence a établi ici-bas pour la fageffe &
pour la vertu. Avant même qu'il foit fort
avancé en âge , fon augufte Fils aura toute
la maturité neceffaire au commandement.
Le Roi pourra le charger d'une partie des
affaires , moins pour s'en débarraffer, que
pour lui marquer la confiance..
Quelque temps avant que ces Pieces ayent
été imprimées, les R. P. Jefuites, toujours prêts
à fignaler leur zele pour la Maiſon Royale
avoient fait paroître un Recueil contenant
plufieurs Pieces de Vers François & La- `
tins , qui étoient toutes d'un excellent gout ,
chacune dans fon genre.
fur la Naiffance de Monfeigneur
le Dauphin , prononcées au College de
Louis le Grand par les Profeffeurs de
Rhetorique.
Ly a quelques mois qu'on a imprimé
les deux Harangues dont nous
donnons ici l'Extrait ; l'une fut prononcée
par le P.Charles Porée le 14.Septembre
1729 vers le commencement desVacances,
l'autre par le P.Xavier de la Sante le 15. Decembre
fuivant , quelque tems après qu'on
eut repris les exercices ordinaires du College.
Le premier crut ne pouvoir mieux
finir fon année , & le fecond mieux commencer
la fienne , qu'en félicitant le Public
fur un évenement fi intereffant pour
la France & pour toute l'Europe. Nous
croyons faire plaifir à nos Lecteurs en leur
donnant un Abregé de ces deux Difcours,
qui répondent parfaitement à la réputation
des Auteurs.
La
AVRIL 1730. 655
>
›
3
La Harangue du P. Porée commence
par feliciter le Roi de la Naiffance de
fon augufte Fils. Il n'eft point d'homme ,
dit l'Orateur , de quelque condition qu'il
foit , qui ne fouhaite de laiffer fon nom
ou fes biens à un fils plutôt qu'à une ou
à plufieurs filles ; celles ci perdent ce
nom en entrant dans d'autres familles
où il meurt bientôt avec elles. Il fe perpetuë
dans la perfonne d'un fils
en fe
perpetuant il devient plus illuftre , & acquiert
une efpece d'immortalité , dont
l'efperance feule flatte un pere qui s'ima
gine devoir vivre en quelque forte éternellement
dans une nombreuſe pofterité.
Mais qui doit être plus touché de ce
plaifir qu'un Prince , un Monarque , un
Roi de France , & un Roi de la Maiſon
des Bourbons ? nom fi ancien , fi glorieux
que tant de Grands Hommes ont porté
& honoré. Par une fucceffion non interrompue
, il vient de Louis IX . jufqu'à
Louis XV, il a été illuftré par tous les
genres de mérite ; il a étendu fa domination
dans un Royaume voiſin , d'où il fe
fait refpecter jufques dans le nouveau
monde ; il eft confacré par la Religion &
placé jufques dans le Ciel , où nous lui
rendons de juftes hommages. Tel eft le
nom que Louis tranfmet à fon fils : un
jour celui-ci en foutiendra la gloire , &
656 MERCURE
DE FRANCE
રે
la fera paffer à une longue fuite de Heros .
Il n'en fut pas ainfi du nom des Cefars;
depuis le Grand Jules il ne fubfifta que
par l'adoption , par l'élection , fouvent
même par l'ufurpation ; il périt dès qu'il
fut élevé fur le Trône ; quand il devint le
nom des Empereurs , il paffa à des Etrangers
, & ceffa d'être celui d'une même
famille.
Tout peré aime encore à laiffer un fils
heritier de fes biens , quelques médiocres
, quelque peu confiderables
qu'ils
foient ; on femble alors les quitter fans
c'eft les perdre deux
regret , au lieu que
fois , que de les voir paffer en d'autres
mains. Quel eft donc le bonheur de Louis ,
à qui le Ciel accorde un fils , auquel il
pourra remettre , non pas fimplement un
riche heritage , non pas des titres glorieux
, mais le plus beau Royaume , le
plus floriffant , le plus ancien de l'Europe
! Augufte n'eut pas cet avantage ; il
etendit les bornes de l'Empire ; mais il
fut obligé de fe chercher un heritier hors
de fa Maiſon ; il s'entendit appeller Pere
de la Patrie par tous les Citoyens ; mais
jamais il n'entendit fortir ce doux nom
de pere de la bouche d'un fils . La même
confolation fut refufée non-feulement aux
Nerons , aux Caligula , aux Domitiens ,
humain
il étoit de l'interêt du genre
que
de
AVRIL
1730.
657
de tels monftres périffent tout entiers ;
mais elle fut refufée aux Tites & aux
Trajans , ces Princes adorables qui faifoient
les délices de l'Univers.
Notre Roi plus heureux que tous ces
Empereurs a déja merité d'être appellé le
Pere de fon Peuple , comme un très- petit
nombre d'entr'eux ; il eſt déja comme
quelques-uns pere de plufieurs Princeffes;
mais ce qui n'arriva à aucun d'eux , aujourd'hui
il fe voit pere d'un fils ; & à
quel âge a- t'il ce bonheur ? Remontons
dans les fiécles paffés ; parcourons la fuite
de tous nos Rois ; jettons les yeux fur
toutes les Cours Etrangeres, ici nous trouverons
des Princes qui envient le fort de
Louis , là nous n'en trouverons point qui
ait eu fi tôt le même bonheur,
Les meres ne font pas moins charmées
d'avoir un fils que les peres mêmes ; l'amour
qu'elles ont pour leurs Epoux eft
la meſure de la joye que leur cauſe la
Naiffance d'un fils qui le repréſente d'une
maniere plus parfaite que des tableaux
muets. Cette raifon generale convient
encore mieux à une grande Reine qui revere
toûjours la perfonne de fon Roi dans
celle de fon Epoux , & dont la tendreffe
eft temperée par le refpect . Quelque
grand , quelque fincere que foit l'amour
de part & d'autre , les dehors en font
B Lou
658 MERCURE DE FRANCE
toujours reglés par la dignité des auguftes
Epoux , & la majefté tempere une vivacité
permife à des perfonnes privées. Le
Dauphin repréſentera à fa mere tous les
traits de Louis ; mais dépouillés de cette
vive lumiere qui fait qu'on n'ofe fixer
trop long- tems fur lui fes regards ; elle
pourra le contempler à loifir , lui prodiguer
fes careffes , à peu près comme nos
yeux qui ne fçauroient foutenir la clarté
du Soleil , contemplent avec plaifir ſon
image , s'il vient à fe peindre dans une
Nuée brillante.
D'autres raifons que l'Orateur touche
avec beaucoup de délicateffe , c'eft que
la Naiffance du Dauphin affure à la Reine
le coeur de fon augufte Epoux , & augmente
en quelque forte fon autorité. A
la verité , elle n'avoit pas befoin de cel
gage pour s'attacher le coeur d'un Prince
, dont toutes les inclinations font reglées
par la raifon , tous les goûts fubordonnés
au devoir , tous les defirs moderés
par la fageffe ; il avoit reçû avec
joye les trois Princeffes que la Reine lui
avoit données jufqu'ici ; il les accable tous
les jours des careffes qu'elles peuvent attendre
du pere le plus tendre. Ce n'eſt
pas qu'il ne defirât un heritier de fes Etats
auffi ardemment que fes Peuples le fouhaitoient
, mais il l'attendoit plus patiemment,
AVRIL. 1730. 659
tiemment , & avec une plus grande foumiffion
aux ordres du Ciel. Quelle joye
pour notre Reine d'avoir enfin comblé
des voeux fi juftes & fi fages !
Quelle joye d'avoir donné à toute la
France ce qui faifoit l'objet de fon attente
, & de l'avoir ainfi payée avec uſure
de tout ce qu'elle en a reçû ! Il eſt vrai
que fa vertu eft au - deffus des honneurs
que nous lui rendons ; mais fon grand .
coeur n'a voulu les recevoir que pour
faire notre bonheur ; elle fe les reproche
roit ſi ſon élevation n'étoit utile qu'à ellemême
; par le Dauphin qu'elle donne à
la France , elle lui rend plus qu'elle ne
lui a donné ; elle en a reçû la Couronne
& elle donne un Prince qui la foutiendra
un jour glorieufement.
La feconde Partie eft adreffée au Dauphin
mème , que le R. P. Porée félicite
fur fon bonheur. Pour en tirer des préfages
certains , il ne lui eft pas neceffaire
de recourir aux chimeres de l'Aftrologie
, à de vaines fupputations , & du moment
de fa naiffance , & du cours des
Aftres ; il n'a pas recours aux Fables des
Poëtes , adoptées quelquefois par les Orateurs
en femblables occafions. Des raifons
plus folides fur lefquelles il fe fonde
font les Royales qualités du pere ,
qui ne promettent pas moins qu'un He
Bij LOS
660 MERCURE DE FRANCE.
ros ; l'ordre de fa naiffance qui le fait feul
heritier de tout le Royaume ; la maniere
dont il a été obtenu du Ciel . L'Orateur
dans ce dernier article nous repréſente le
voyage que la pieté fit entreprendre l'année
derniere à la Reine. Il ne nous eft
pas
permis de toucher au Portrait qu'il fait
du Roi , nous craindrions de le defigurer
en quelque forte. Renvoyant donc
pour cette partie à la Piece même , nous
paffons à la troifiéme , où le R. P. Porée
félicite les Peuples d'un évenement qui
les intereffoit infiniment.
III. Il remarque d'abord qu'il eft bien
rare qu'on puiffe feliciter le Peuple fur
l'accompliffement de fes voeux ; ce font
ordinairement des voeux temeraires ou
nuifibles , il ne voit jamais les premiers
accomplis ; fi les autres le font quelquefois
, ce n'eft que pour fon malheur. Il
n'en eft pas ainfi de ceux que nous formions
pour la naiffance d'un Dauphin ;
rien n'étoit plus fage , & ne devoit nous
être plus avantageux ; notre impatience
même , quoiqu'elle fut trop vive , &
qu'elle allat à nous faire abfolument defefperer
ce que nous n'avions pas obtenu
tout d'un coup , avoit quelque choſe de
raifonnable , fufques dans fa bizarrerie.
C'eft que nous fouhaitions non- feule- ,
ment de voir à notre Roi un heritier de ,
fes
1
AVRIL. 1730. 661
fes Etats , mais encore de le lui voir naî
tre dans fa jeuneffe , afin que ce Prince
pût être élevé fous fes yeux , afin qu'il
pût par fes grands exemples s'inftruire
long- tems dans l'art de regner. Nous
fçavons que toutes les minorités des Rois
ne font pas auffi tranquilles que l'a
été celle de Louis XV. Il eft difficile que
des Princes aufquels pour premiere leçon
on apprend qu'ils font maîtres de ceux
qui les inftruiſent , profitent bien de l'éducation
qu'on leur donne. Il faudroit
pour cela naître avec un caractere ferieux ,
amateur de l'ordre , avec une fageffe naturelle
, & dans la plus tendre enfance
n'avoir rien de la legereté de cet âge ; il
faudroit être tel , en un mot , que Louis
le Grand & fon digne fucceffeur.
Enfin ce qui intereffoit non - feulement
les François , mais tous les Peuples de
l'Europe , & leur faifoit formes les mêmes
voeux qu'à nous , c'eft qu'un Dauphin
de France femble affurer la tranquillité
de tous les Etats voifins auffibien
que la notre. Cette tranquillité fait
l'unique objet des foins de notre jeune
Monarque ; après un David guerrier ,
nous avons en lui un pacifique Salomon.
Le fage Miniftre auquel il donne toute
fa confiance , & qu'il appelle à tous fes
Confeils , eft un Ange de paix ; le fils
B iij qu'il
>
:
662 MERCURE DE FRANCE
1
le
partage
qu'il vient d'obtenir du Ciel peut être
appellé en quelque forte le Prince de la
Paix ; cet augufte enfant diffipe les allarmes
que nous pourrions avoir de ces
guerres qui fe font pour la fucceffion &
des grands Royaumes , Guerres
veritablement plus que civiles dont
nous avons un exemple dans ce qui s'eft
paffé dans l'Europe au commencement
de ce Siecle. Le R. P. Porée en fait une
deſcription vive & frappante , qu'on lira
avec d'autant plus de plaifir , que la naiffance
du Dauphin nous empêche de crain.
dre rien de Temblable..
II. DISCOURS..
R.P. La Harangue du R. P. De la Sante eft
moins fur la Naiffance du Dauphin qu'un
préfage de ce que doit être ce Prince ,
qui croft pour la fortune la plus brillante
& pour la felicité des Peuples. S'il
avoit voulu fe borner à celebrer cet heureux
évenement , il n'auroit pas attendu
fi long- tems ; mais fon Collegue l'ayant
fait avec fuccès , il a crû devoir donner
un autre tour à fon Difcours. Dans la
premiere Partie il montre ce que le Dauphin
promet à la France ; dans la feconde
, ce que la France promer au Dauphin
.
I. Pour fçavoir , dit l'Orateur , les ma
gnifiques
AVRIL. 1730.
663
,
gnifiques efperances que nous pouvons
concevoir de cet augufte Enfant , il nous
fuffit de faire reflexion qu'il eft fils d'un
Roi Bourbon & fils d'un Roi Très-
Chrétien . Ces deux titres nous apprennent
ce que nous devons en attendre
Fun nous affure du bonheur du Royaume
, l'autre nous promet un appui pour
la Religion.
Le P. De la Sante commence la
preuve de la premiere Propofition par un
éloge des Bourbons qu'il fait avec autant
d'art que le R. P. Porée , quoique le tour
en foit different. L'efprit du Lecteur aime
à trouver le même morceau d'Eloquence,
traité par deux grands Maîtres qui ne fe
copient pas l'un l'autre . On peut encore
voir le même éloge dans la troifiéme Harangue
du P. Coffart , Jefuite & prédeceffeur
de ces deux Peres dans l'emploi
qu'ils rempliffent fi dignement.
Enfuite defcendant dans le détail , if
parcourt tous les grands Rois qu'a don
nés cette maifon ,. & commence par Louis
IX. qui en eft la tige . Quel Monarque
s'appliqua jamais avec plus de zele à pro
curer le bonheur de fes Peuples , c'eſt-àdire
, à pacifier les troubles domeftiques
à repouffer les Ennemis Etrangers , à adminiftrer
la juftice à fes Sujets & à l'éta
blir folidement par les Ordonnances les
plus
B. iiij.
664 MERCURE DE FRANCE
plus fages. Pour faire toutes ces chofes
avec le fuccés qu'il eut , il falloit être le
Pere de fes Peuples , plutôt que leur Roi;
fe regarder comme leur Pafteur plutôt
que comme leur Chef. Pour foûtenir les
traverfes qu'il effuya pendant fa vie , il
falloit une vertu plus qu'humaine ; la
conftance des Heros ne va pas jufques là:
il falloit être un Saint.
L'Orateur paffe auffi- tôt à Henri le
Grand , Prince veritablement digne de ce
nom , dans quelque point de vue qu'on
l'envifage ; conquerant d'un Royaume fur
lequel il avoit feul un droit inconteftable
, à confiderer avec quelle bonté il
gouvernoit fes Peuples , avec quelle affection
& quel zele on lui obéïffoit , il fembloit
qu'il ne dût le Sceptre ni à ſa naiſfance
, ni à fon épée , mais à un choix libre
qui lui donnoit tous les coeurs .
Cette même bonté , cette facilité fut
le caractere qui diftingua le fils d'Henri
le Grand ; ce Monarque fit affeoir fur fon
Trône la Juftice & la Pieté ; la Sageffe
préfida à tous fes Confeils , aucun Roi
n'a été plus heureux dans le choix de fes
Miniftres ; fon Regne établit la tranquillité
au dedans de la France , étoufa jufqu'aux
femences des diffenfions domeftiques
, fit refpecter notre puiffance à des
voifins jaloux , & feroit peut-être le plus
glorieux
AVRIL. 1730.
865
'glorieux de tous les Regnes , fi ce Prince
n'avoit eu un prédeceffeur & un fucceffeur
,tous deux plus grands que lui.
Ici l'Orateur fait un portrait achevé de
Louis le Grand , ce Heros fi noblement
łoüé pendant la vie , & ce qui eft moins
équivoque , encore mieux loué après fa
mort par les regrets , non des feuls François
, mais des Nations étrangeres & ennemies.
Nous craindrions d'affoiblir cet
éloge fi nous nous contentions d'en rap--
porter quelques traits ; il faut le voir tout
entier dans la Piece.
L'arriere- petit- fils de ce Prince fait au
jourd'hui fon unique étude de conferver
la paix qu'il avoit glorieufement établie
fur la fin de fon Regne. Louis XV. fe
propofe de gouverner for Royaume felon
les maximes de Louis XIV. & met
fa félicité dans celle des Peuples. Le bonheur
de ce Monarque c'eft que le bruit
des armes n'a pas troublé les jeux de fon
enfance; fa gloire, c'eft qu'à la fleur de fes
années , & dans la plus tendre jeuneffe
-il fe voit l'arbitre de la paix , & choifi
pour Médiateur par tous les Princes de
l'Europe. Dans ces divers caracteres , l'adreffe
de l'Orateur confifte à ne point
laiffer perdre de vûë fon principal objet.
C'eft ce que fait le P. De la Sante , en
rappellant fans ceffe l'idée du nouveau
Bv Dauphin
666 MERCURE DE FRANCE
Dauphin dans les Portraits qu'il fait de
fes Ayeux.
Il parle enfuite de l'attachement que tous
les Rois Bourbons ont témoigné pour la
Religion , & prouve que le nom de Rois
Très-Chrétiens n'a pas été en eux un vain
titre.. Ici comme dans la premiere induction
, il commence par S. Louis ; tout le
monde fçait le zele qu'il témoigna pour
l'extirpation de l'herefie des Albigeois ;:
ce zele le tranfporta deux fois au - delà
des mers , plutôt pour la propagation de
la Foi , qu'en vûe d'étendre fon Empire,
ou pour fatisfaire un efprit d'inquiétude :
qui fut l'ame de la plupart des projets de
cette nature ..
Henri IV. avoit eu le malheur de fe
laiffer aller au parti de l'Herefie ; il ne
fut pas plutôt fur le Trône qu'il l'abjura:
fincerement , & la & la preuve de cette fincerité
, c'eft ce qu'il fit pour ramener à la
verité ceux du parti qu'il avoit abandonné.
On fçait que ce Prince d'un coeur veritablement
droit , témoignoit plus de
joye lorfqu'on lui apprenoit que quelqu'un
des Chefs de la Religion Protef
tante étoit retourné au ſein de l'Eglife ,
que lorsqu'on lui annonçoit que quelque
Ligueur étoit rentré dans fon obéillance..
Le plus bel Ouvrage de Louis le Jufte
eft l'abaiffement de ce même parti ; la
prife
AVRIL 1730. 667
prife de La Rochelle qui réduifit les fac
tieux à leur devoir,fera toujours regardée
dans nos Faftes comme la plus glorieufe
action d'un Regne conftamment glorieux;
la confommation de ce grand Ouvrage
étoit refervée à fon fils , heritier de fa pieté
& de fon zele pour la foi. Louis le
Grand a enfin détruit dans fon Royaume
le Calvinisme , la feule herefie qui eut été
tolerée depuis la fondation de la Monarchie
par Clovis le premier Roi Très - Chrétien
.
Enfin ce même efprit de Religion a paſfé
dans le Monarque qui nous gouverne,
ce jeune Prince femble avoir été nourri
par la pieté, il en a fuccé le lait dès l'enfance
; fon refpect pour les chofes faintes a
éclaté en lui dès fes premieres années ; on
l'admire encore dans le feu d'une brillante
jeuneffe ; il paroît moins attentif à
faire refpecter la Majefté Royale qu'à fou
tenir dans fes Etats les interêts de la Reli
gion.
Tels font les Ayeux de notre Dauphin,
reprend l'Orateur , pouvons - nous douter
qu'il ne croiffe pour le bonheur de la
France , pour la deffenfe des Autels En
vain on diroit que tous les fils n'heritent
des vertus de leurs peres ,que lesVefpa
fiens n'ont pas toujours desTites pour fucceffeurs
; quand nous voyons que ce dou
BВ vj
pas
ble
668 MERCURE DE FRANCE
ble efprit de juftice & de pieté , d'amour
du bien public & de zele pour les interêts
de l'Eglife, s'eft perpetué dans tous les
Rois Bourbons pendant un fr long eſpace
d'années , nous pouvons nous tenir affurez.
qu'il ne fe démentira pas dans le
Prince qui vient de naître , & qu'il formera
fon caractere.
II. Partie.
Les François promettent au Dauphin
leur amour & leurs voeux dans fon enfance
; la Cour dont il fera les délices
pendant la jeuneffe , lui promet toutes
fortes de complaifances & d'agrémens;
enfin dès-à-prefent les Peuples lui voüent
pour le temps de la vieilleffe , leur obéïffance
& leurs fervices. Plaiſe an Ciel que
nos defirs foient accomplis dans tous ces
points ! qu'il arrive à une heureuſe vieil
Leffe , pendant laquelle il donnera la Loi,
& qu'il ne la donne pas avant ce temps !
Mais que dis -je , reprend l'Orateur ,
lui promettons pas feulement
notre amour & nos voeux ; dès ce jour il
a le coeur de tous les François , il a déja
reçu les hommages de tous les Ordres de
nous ne
Etat. Les Prélats qui font la plus noble
portion du premier de ces Ordres , fe
font diftinguez parmi tous les autres ; ils
ne fe font pas contentez de porter leurs
voeux
AVRIL 1730 . 669
voeux au pied du Trône & au Berceau
de l'augufte Enfant ; ils les ont confacrez
par la Religion , & rendus ainfi plus efficaces
; ils ont fanctifié ceux de tous les
Peuples en ordonnant des Prieres folemnelles
pour la profperité du Dauphin.
Qu'il a été heureux en particulier pour le
Paſteur du premier Troupeau du Royaume
, notre illuftre Archevêque , que le
premier exercice de fon miniftere qu'il ait
fait en cette Ville, ait été de recevoir fon
Roi , & de joindre fes actions de graces
à celles de ce Monarque ! Delà le P. de
La Sante prend occafion de faire un compliment
également jufte & ingenieux au
Prélat , qui étoit prefent.
Les Fêtes qui ont été faites dans toute
la France font une partie des hommages
qui ont été rendus au Dauphin . Par
là les Villes entieres , les Seigneurs du
Royaume , les Princes Etrangers par leurs
Ambaffadeurs , marquent les fouhaits
qu'ils font pour ce Prince. Le Peuple
même par la part qu'il a prife à ces Réjoüiffances
, par l'aimable folie à laquelle
il s'eft livré en cette occafion , lui témoi
gne fon amour & fon zele..
Qui voudra fçavoir les fentimens que
l'on aura pour le Dauphin de France , les
devoirs que lui rendront les François ,
lorſque dans un âge plus avancé , il fera
Pornement
670 MERCURE DE FRANCE
Pornement de la Cour n'a qu'à fe reffou
venir de l'affection des Peuples , du refpect
des Grands pour le premier Dauphin
, fils de Louis XIV. qu'il fe rappelle
la confiance qu'on avoit dans le Duc de
Bourgogne; la veneration qu'on avoit pour
lui & du vivant de fon Pere , & encore
plus lorfqu'il fut devenu l'Heritier immediat
de la Couronne . L'Orateur promet
avec affurance au Fils de Louis XV.
les mêmes honneurs , la même affection ,
la même foumiffion. Dans cette condition
, pourfuit - il , plus glorieufe que celle
de plufieurs Souverains , il apprendra à
commander , il s'inftruira par les exemples
& les Confeils de fon Pere dans l'Art de
regner.
Nous pouvons , ajoûte- t- il , lui pro
mettre qu'il regnera effectivement unt
jour , mais de la maniere la plus heureufe
& la plus confolante ; c'eft que , comme
un Poëte le difoit du fils d'un Empereur
Romain , dans un âge déja avancé , il parragera
l'autorité avec fon Pere , déja vieux.
Ce que difoit par pure flatterie ce vain
Panegyrifte , & ce qui ne pouvoit s'accomplir
qu'en accordant des fiecles entiers
à cet Empereur , nous pouvons le
dire de Louis avec confiance . Tout femble
lui promettre une longue vie & une
fanté conftante; c'eft le Prix que la Pro
vidence
AVRIL 1730. 671"
vidence a établi ici-bas pour la fageffe &
pour la vertu. Avant même qu'il foit fort
avancé en âge , fon augufte Fils aura toute
la maturité neceffaire au commandement.
Le Roi pourra le charger d'une partie des
affaires , moins pour s'en débarraffer, que
pour lui marquer la confiance..
Quelque temps avant que ces Pieces ayent
été imprimées, les R. P. Jefuites, toujours prêts
à fignaler leur zele pour la Maiſon Royale
avoient fait paroître un Recueil contenant
plufieurs Pieces de Vers François & La- `
tins , qui étoient toutes d'un excellent gout ,
chacune dans fon genre.
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Résumé : EXTRAIT de deux Harangues Latines sur la Naissance de Monseigneur le Dauphin, prononcées au College de Louis le Grand par les Professeurs de Rhetorique.
Le texte relate deux harangues prononcées par les professeurs de rhétorique du Collège Louis-le-Grand à l'occasion de la naissance du Dauphin, fils de Louis XV. La première harangue, prononcée par le Père Charles Porée le 14 septembre 1729, félicite le roi pour la naissance de son fils, soulignant l'importance de transmettre le nom et les biens à un héritier mâle. Le Père Porée compare la succession des Bourbons à celle des Césars, mettant en avant la continuité et la gloire de la dynastie française. Il évoque également la joie des parents royaux et les avantages politiques et religieux de la naissance du Dauphin, qui assure la tranquillité du royaume et de l'Europe. La seconde harangue, prononcée par le Père Xavier de la Sante le 15 décembre suivant, se concentre sur les promesses que le Dauphin représente pour la France. Le Père de la Sante souligne que le Dauphin, en tant que fils d'un roi Bourbon et d'un roi Très-Chrétien, garantit le bonheur du royaume et un soutien à la religion. Il rappelle les vertus des grands rois de la maison des Bourbons, comme Louis IX et Henri IV, et les espérances qu'ils ont suscitées pour le peuple français. Le texte décrit les qualités et les actions des rois de la dynastie des Bourbons, mettant particulièrement en lumière la bonté et la justice de Louis XIII, fils d'Henri IV. Ce monarque a établi la tranquillité en France, étouffé les dissensions domestiques et fait respecter la puissance française à l'étranger. Son règne aurait été le plus glorieux si ce n'était pour ses prédécesseurs et successeurs plus grands que lui. L'orateur loue également Louis XIV, surnommé Louis le Grand, pour ses actions héroïques et son influence positive, même après sa mort. Louis XV, arrière-petit-fils de Louis XIV, s'efforce de conserver la paix et de gouverner selon les maximes de son aïeul. Il est loué pour son rôle de médiateur en Europe et son attachement à la religion. Le texte souligne l'attachement des Bourbons à la religion, mentionnant Saint Louis, Henri IV et Louis XIV pour leurs efforts contre l'hérésie. Louis XV est décrit comme un monarque pieux, respectueux des choses saintes et attentif aux intérêts de la religion. L'orateur exprime l'espoir que le Dauphin, fils de Louis XV, héritera des vertus de ses ancêtres et contribuera au bonheur de la France et à la défense des autels. Les Français, la Cour et les peuples promettent leur amour et leur soutien au Dauphin, avec des prières et des fêtes en son honneur. L'orateur compare l'affection portée au Dauphin à celle accordée aux précédents Dauphins et promet au fils de Louis XV les mêmes honneurs et affection. Il prédit que le Dauphin régnera de manière heureuse et confiante, avec le soutien de son père.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4915
p. 671-678
Fête sur le même sujet au College de Moulins, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le 30. Janvier dernier, il y eut dans le College de Moulins une Fête pour la [...]
Mots clefs :
Naissance du Dauphin, College de Moulins, Fête, Orateur, Peuple, Devises, Harangue
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Fête sur le même sujet au College de Moulins, &c. [titre d'après la table]
Le 30. Janvier dernier , il y eut dans
le College de Moulins une Fête pour la
Naiffance de Monfeigneur le Dauphin ,
& cette Fête mérite un des premiers rangs
parmi celles qui le font faites , pour
bon gout & l'efprit qui y regnoit . Ce fut
à l'occafion de la Harangue du Pere Du
parc , Regent de Rhétorique. Il la préparoit
depuis long - temps ; mais pour la
prononcer il falloit le concours de certaines
circonftances qui ne ſe réunirent
que le 30. de Janvier.. კი .
La Salle étoit magnifiquement ornée ;
de très- beaux Luftres garnis de bougies
l'éclairoient comme en plein midi ; les
Portraits de toute la Famille Royale y
étoient
672 MERCURE DE FRANCE
étoient expofez dans un bel arrangement.
Mais ce qu'il y avoit de plus fingulier ,
c'eft que des Devifes très- ingenieufes y
étoient mêlées , & avoient un rapport ef
fentiel au fujet de la Harangue , à fa principale
divifion & à fes fubdivifions , enforte
qu'à mesure que l'Orateur parloit ,
les yeux trouvoient dans ces Deviſes des
images liées ingenieufement avec les idées
que l'Orateur préfentoit à l'efprit par
oreilles .
les
M. de Vannolle , Intendant , M. l'Abbé
d'Harcourt , M. l'Abbé de Vannolle , &
tout ce qu'il y avoit de gens confiderables
dans la Ville , ayant pris leurs places , on
diftribua à tout le monde deux Recueils,
dont l'un contenoit les Pieces de Vers que
les Régens du College avoient compofées
fur la Naiffance du Dauphin , preſque
toutes d'un très -bon gout. L'autre contenoit
les Explications des Devifes , mifes
en Vers par les Ecoliers de Rhétorique
; mais le tour des Vers & leur netteté
prouve que le Régent y avoit eu au moins
quelque part.
La Harangue fut parfaitement bien
prononcée , avec une aifance qui marque
un homme né pour parler en public. Le
deffein de la Piece étoit de montrer que
le Dauphin ne pouvoit pas naître dans
des circonstances plus heureuſes, ni pour
luiAVRIL.
1730. 673
lui -même , & ce fut le fujet de la premiere
Partie ; ni pour toute la France ,
& ce fut la matiere de la feconde.
L'Orateur s'ouvrit dans la premiere
Partie un vafte champ & fécond en caracteres
& en traits tirez de l'Hiftoire de
France.
Il montra d'abord les avantages du
Dauphin qui apprendroit à regner fous
les yeux du Roy fon Pere , dont il décrivit
les grandes qualitez ; il commence,
dit l'Orateur , comme Titus , il contínue
comme Augufte , il regne comme Trajan ,
il fe prépare aux combats par de nobles
exercices comme Henry le Grand ... Lo
Dauphin recevra les vertueufes inftructions
d'une Reine , dont la pieté eft encore
au-deffus de fon rang fublime; elle lui
rappellera le fouvenir de fes illuftres.
Ayeux & des grandes vertus qui ont
formé leurs caracteres . Ici l'Orateur parcourut
en maître les grands Rois de la
troifiéme Race , & toucha legerement
les qualitez qui les ont caracterifez . Là ,
Louis XII. Henry IV. Louis le Grand ,
& fur tout faint Louis , furent dignement
loüez . Il trouva auffi dequoi propofer au
Dauphin dans la Maifon de Lechfinski.
L'Orateur paffa enfuite à la difpofition
des efprits à l'égard du Dauphin , ſecond
avantage de fa Naiffance . Quelle impatience
674 MERCURE DE FRANCÉ
tience dans les Peuples ! quels voeux n'ont
ils pas fait pour l'obtenir ! Quelle crainte
ne leur caufoit pas le retardement de
cette heureuſe Naiffance ! Quels ardents
fouhaits un Roi & une Reine , ornez de
tant de grandes vertus , n'excitoient- ils
pas pour un Fils qui réuniroit les rares
qualitez de l'un & de l'autre !
Le troifiéme avantage que trouve le
Dauphin dans les circonftances de fa
Naiffance , c'eſt l'état floriffant & pacifique
du Royaume. Pour le prouver , l'Orateur
compara la France aux Royaumes voifins ,
& cela lui fournit des Reflexions délicates
& vrayes enfuite il la compara
avec elle-même fous nos plus grands Rois,
fous Charlemagne , fous Philippe Augufte ,
&c.... Il en décrivit la puiffance , l'étenduë
, la fertilité , &c .... La nobleſſe,
la juftice , la Religion , les Sciences , les
Beaux Arts , vinrent à leur tour , & reçurent
de grands traits & des couleurs animées
; mais un des plus grands avantages
de la France eft qu'il y ait fous le Roi
un Miniftre le plus fage de tous ceux qui
ont jamais occupé cette place. L'Orateur
fit à cette occafion un parallele hiftorique
qui fut extrémement applaudi & regardé
comme un de ces morceaux lumineux ,
qui quand ils feroient feuls , rendroient
un Ouvrage excellent.. Trois Miniftres
dit-il,
AVRIL. 1730. 675
dit-il , ont fauvé de grands maux à la
France , Richelieu , en réſiſtant avec force
, Mazarin , en cedant avec adreffe , le
Cardinal de Fleury, en les prévenant avec
prudence. Le premier infpiroit la terreurs
le fecond la hardieffe & la confiance ; le
dernier l'amour & le refpect.
Dans la feconde Partie l'Orateur fait
voir que le Dauphin ne pouvoit naître
dans des circonftances plus heureuſes ,
1º.pour la confolation du Roi & de la Reine;
2 ° . pour la joye des Peuples ; 30. pour
l'affermiffement de l'Etat. Cette fubdivifion
eft priſe de la Lettre même du Roi
à M. l'Archevêque de Paris..
Quel plaifir , en effet, a un Roi de Fran
ee , de fe voir un Heritier Tout lui
manque au comble même de la gloire &
de la puiffance , s'il lui manque un Dau
phin ; & quelqu'éclatant que fût le Trôneoù
la Reine étoit montée , quelque tendreffe
que
le Roi eût pour elle , tendreffe
marquée dans mille & mille rencontres
elle n'étoit point entierement heureuſe.
C'est ce qui parut , fur tout lorsque cette
vertueufe Princeffe alla rendre avec tant
de pieté des actions de graces dans la Cathédrale
de Paris , où la joye de fon coeur
éclatoit dans les yeux & dans toute fon
augufte perfonne.
Enfuite l'Orateur décrivit la joye des
peuples
676 MERCURE DE FRANCE
peuples qui avoit déja paffé les bornes ,
forfque le Roi fe crut obligé d'en moderer
les excès . Ce fut là une defcrip
tion pompeufe des Feux d'artifice , des
Fontaines de vin , des Ares de Triomphe ,
& c. & les Auditeurs eurent le plaifir de
fe voir rappeller à la memoiré par des
expreffions élegantes , les Réjoüiffances
de la Ville de Moulins , dont ils avoient
été les Auteurs & les Spectateurs ; Ce
qui produifit dans l'Affemblée un certain
plaifir qu'on fent mieux qu'on ne l'exprime
. Les Feux d'artifice , les Fontaines
de vin qui avoient coulé , le grand Arc
de Triomphe , l'Illumination de la façade
de l'Hôtel de Ville , les Inferiptions , les
Devifes , les autres ornemens que M. de
la Serre , Maire de la Ville , y avoit fait
étaler avec beaucoup de gout , le grand
repas de M. l'Intendant , rien ne fut oublié
dans cette magnifique Deſcription .
La troifiéme Subdivifion renfermoit les
preuves de l'affermiffement de l'Etat par
la Naiffance du Dauphin.
L'Orateur finit par une récapitulation
de tout ce qu'il avoit dit ; il le raffembla
en peu de mots , & y ajoûta un éloge
fin & bien tourné , de M. l'Intendant .
DEVISES .
Premiere Devife. Un Soleil naiffant , &
au .
AVRIL . 1730. 677
au- deffous la Terre , Sibi fulget & orbi.
2 Devife. Un Vaiffeau guidé par l'Etoile
Polaire , Refpice ; tuta via eft.
3. Un Lys au milieu d'un Parterre
dont il efface toutes les fleurs par fon
éclat & par fa hauteur , avec ces paroles
de Virgile , Unum illud praque omnibus
ипит.
4. Un Alcyon dans fon nid fur une
Mer tranquille , Illo nafcente quiefcunt.
se . Une Poule qui fe voit avec complaifance
, fuivie d'un jeune Coq & de
trois petites Poules , avec ces mots de
Virgile , Mea magna potentia folus.
6. Un Parterre de fleurs qui femblent
renaître à la naiffance du Soleil , Te nafcente
renafcimur omnes.
7. Un Soleil au milieu du Monde ;
qui éclaire les Planettes & la Terre , Quis
fulgor ab uno !
8. En l'honneur de M. le Cardinal de
Fleury. C'eft un Parterre femé de Rofes
& de Lys , Stant bene purpureis Lilia mixta
Rofis.
9. Pour M. l'Intendant. Un Vaiffeau
qui par fon heureuſe arrivée au Port , met
toute la Ville dans la joye , Venitfeliciter
urbi.
M. de Vannolle vint prendre poffeffion
de l'Intendance du Bourbonnois à la
Naiffance de Monfeigneur le Dauphin ,
La
678 MERCURE DE FRANCE
La 10. Un Cafque chargé de tous fes
ornemens , avec ces paroles de Virgile ,
Decus & Tutamen.
On a voulu exprimer par là que la Ville
de Moulins étant la Capitale du Bourbonnois
, d'où la Famille regnante a pris
fon nom , la Naiffance d'un Dauphin eft
pour cette Ville un ornement & un appui .
11. Un Dauphin portant fur fon dos
Arion , qui joue de fa Lyre , Quam dulcia
premia Cantus !
On a eu deffein de marquer par ·là que
les Ecoliers qui ont fait ces Devifes , font
affez récompenfez par l'honneur d'avoir
travaillé pour le Dauphin.
A la fortie de cette Harangue les Auditeurs
trouverent la Cour du College
toute illuminée , les Fenêtres & les portes
, tout brilloit d'une infinité de Lampions
; mais fur tout la grande porte faifoit
un effet furprenant. Depuis le rezde-
chauffée elle étoit environnée de filets
de lumieres qui formoient des Deffeins
d'Architecture & s'élevoient jufqu'à une
très-grande hauteur .
le College de Moulins une Fête pour la
Naiffance de Monfeigneur le Dauphin ,
& cette Fête mérite un des premiers rangs
parmi celles qui le font faites , pour
bon gout & l'efprit qui y regnoit . Ce fut
à l'occafion de la Harangue du Pere Du
parc , Regent de Rhétorique. Il la préparoit
depuis long - temps ; mais pour la
prononcer il falloit le concours de certaines
circonftances qui ne ſe réunirent
que le 30. de Janvier.. კი .
La Salle étoit magnifiquement ornée ;
de très- beaux Luftres garnis de bougies
l'éclairoient comme en plein midi ; les
Portraits de toute la Famille Royale y
étoient
672 MERCURE DE FRANCE
étoient expofez dans un bel arrangement.
Mais ce qu'il y avoit de plus fingulier ,
c'eft que des Devifes très- ingenieufes y
étoient mêlées , & avoient un rapport ef
fentiel au fujet de la Harangue , à fa principale
divifion & à fes fubdivifions , enforte
qu'à mesure que l'Orateur parloit ,
les yeux trouvoient dans ces Deviſes des
images liées ingenieufement avec les idées
que l'Orateur préfentoit à l'efprit par
oreilles .
les
M. de Vannolle , Intendant , M. l'Abbé
d'Harcourt , M. l'Abbé de Vannolle , &
tout ce qu'il y avoit de gens confiderables
dans la Ville , ayant pris leurs places , on
diftribua à tout le monde deux Recueils,
dont l'un contenoit les Pieces de Vers que
les Régens du College avoient compofées
fur la Naiffance du Dauphin , preſque
toutes d'un très -bon gout. L'autre contenoit
les Explications des Devifes , mifes
en Vers par les Ecoliers de Rhétorique
; mais le tour des Vers & leur netteté
prouve que le Régent y avoit eu au moins
quelque part.
La Harangue fut parfaitement bien
prononcée , avec une aifance qui marque
un homme né pour parler en public. Le
deffein de la Piece étoit de montrer que
le Dauphin ne pouvoit pas naître dans
des circonstances plus heureuſes, ni pour
luiAVRIL.
1730. 673
lui -même , & ce fut le fujet de la premiere
Partie ; ni pour toute la France ,
& ce fut la matiere de la feconde.
L'Orateur s'ouvrit dans la premiere
Partie un vafte champ & fécond en caracteres
& en traits tirez de l'Hiftoire de
France.
Il montra d'abord les avantages du
Dauphin qui apprendroit à regner fous
les yeux du Roy fon Pere , dont il décrivit
les grandes qualitez ; il commence,
dit l'Orateur , comme Titus , il contínue
comme Augufte , il regne comme Trajan ,
il fe prépare aux combats par de nobles
exercices comme Henry le Grand ... Lo
Dauphin recevra les vertueufes inftructions
d'une Reine , dont la pieté eft encore
au-deffus de fon rang fublime; elle lui
rappellera le fouvenir de fes illuftres.
Ayeux & des grandes vertus qui ont
formé leurs caracteres . Ici l'Orateur parcourut
en maître les grands Rois de la
troifiéme Race , & toucha legerement
les qualitez qui les ont caracterifez . Là ,
Louis XII. Henry IV. Louis le Grand ,
& fur tout faint Louis , furent dignement
loüez . Il trouva auffi dequoi propofer au
Dauphin dans la Maifon de Lechfinski.
L'Orateur paffa enfuite à la difpofition
des efprits à l'égard du Dauphin , ſecond
avantage de fa Naiffance . Quelle impatience
674 MERCURE DE FRANCÉ
tience dans les Peuples ! quels voeux n'ont
ils pas fait pour l'obtenir ! Quelle crainte
ne leur caufoit pas le retardement de
cette heureuſe Naiffance ! Quels ardents
fouhaits un Roi & une Reine , ornez de
tant de grandes vertus , n'excitoient- ils
pas pour un Fils qui réuniroit les rares
qualitez de l'un & de l'autre !
Le troifiéme avantage que trouve le
Dauphin dans les circonftances de fa
Naiffance , c'eſt l'état floriffant & pacifique
du Royaume. Pour le prouver , l'Orateur
compara la France aux Royaumes voifins ,
& cela lui fournit des Reflexions délicates
& vrayes enfuite il la compara
avec elle-même fous nos plus grands Rois,
fous Charlemagne , fous Philippe Augufte ,
&c.... Il en décrivit la puiffance , l'étenduë
, la fertilité , &c .... La nobleſſe,
la juftice , la Religion , les Sciences , les
Beaux Arts , vinrent à leur tour , & reçurent
de grands traits & des couleurs animées
; mais un des plus grands avantages
de la France eft qu'il y ait fous le Roi
un Miniftre le plus fage de tous ceux qui
ont jamais occupé cette place. L'Orateur
fit à cette occafion un parallele hiftorique
qui fut extrémement applaudi & regardé
comme un de ces morceaux lumineux ,
qui quand ils feroient feuls , rendroient
un Ouvrage excellent.. Trois Miniftres
dit-il,
AVRIL. 1730. 675
dit-il , ont fauvé de grands maux à la
France , Richelieu , en réſiſtant avec force
, Mazarin , en cedant avec adreffe , le
Cardinal de Fleury, en les prévenant avec
prudence. Le premier infpiroit la terreurs
le fecond la hardieffe & la confiance ; le
dernier l'amour & le refpect.
Dans la feconde Partie l'Orateur fait
voir que le Dauphin ne pouvoit naître
dans des circonftances plus heureuſes ,
1º.pour la confolation du Roi & de la Reine;
2 ° . pour la joye des Peuples ; 30. pour
l'affermiffement de l'Etat. Cette fubdivifion
eft priſe de la Lettre même du Roi
à M. l'Archevêque de Paris..
Quel plaifir , en effet, a un Roi de Fran
ee , de fe voir un Heritier Tout lui
manque au comble même de la gloire &
de la puiffance , s'il lui manque un Dau
phin ; & quelqu'éclatant que fût le Trôneoù
la Reine étoit montée , quelque tendreffe
que
le Roi eût pour elle , tendreffe
marquée dans mille & mille rencontres
elle n'étoit point entierement heureuſe.
C'est ce qui parut , fur tout lorsque cette
vertueufe Princeffe alla rendre avec tant
de pieté des actions de graces dans la Cathédrale
de Paris , où la joye de fon coeur
éclatoit dans les yeux & dans toute fon
augufte perfonne.
Enfuite l'Orateur décrivit la joye des
peuples
676 MERCURE DE FRANCE
peuples qui avoit déja paffé les bornes ,
forfque le Roi fe crut obligé d'en moderer
les excès . Ce fut là une defcrip
tion pompeufe des Feux d'artifice , des
Fontaines de vin , des Ares de Triomphe ,
& c. & les Auditeurs eurent le plaifir de
fe voir rappeller à la memoiré par des
expreffions élegantes , les Réjoüiffances
de la Ville de Moulins , dont ils avoient
été les Auteurs & les Spectateurs ; Ce
qui produifit dans l'Affemblée un certain
plaifir qu'on fent mieux qu'on ne l'exprime
. Les Feux d'artifice , les Fontaines
de vin qui avoient coulé , le grand Arc
de Triomphe , l'Illumination de la façade
de l'Hôtel de Ville , les Inferiptions , les
Devifes , les autres ornemens que M. de
la Serre , Maire de la Ville , y avoit fait
étaler avec beaucoup de gout , le grand
repas de M. l'Intendant , rien ne fut oublié
dans cette magnifique Deſcription .
La troifiéme Subdivifion renfermoit les
preuves de l'affermiffement de l'Etat par
la Naiffance du Dauphin.
L'Orateur finit par une récapitulation
de tout ce qu'il avoit dit ; il le raffembla
en peu de mots , & y ajoûta un éloge
fin & bien tourné , de M. l'Intendant .
DEVISES .
Premiere Devife. Un Soleil naiffant , &
au .
AVRIL . 1730. 677
au- deffous la Terre , Sibi fulget & orbi.
2 Devife. Un Vaiffeau guidé par l'Etoile
Polaire , Refpice ; tuta via eft.
3. Un Lys au milieu d'un Parterre
dont il efface toutes les fleurs par fon
éclat & par fa hauteur , avec ces paroles
de Virgile , Unum illud praque omnibus
ипит.
4. Un Alcyon dans fon nid fur une
Mer tranquille , Illo nafcente quiefcunt.
se . Une Poule qui fe voit avec complaifance
, fuivie d'un jeune Coq & de
trois petites Poules , avec ces mots de
Virgile , Mea magna potentia folus.
6. Un Parterre de fleurs qui femblent
renaître à la naiffance du Soleil , Te nafcente
renafcimur omnes.
7. Un Soleil au milieu du Monde ;
qui éclaire les Planettes & la Terre , Quis
fulgor ab uno !
8. En l'honneur de M. le Cardinal de
Fleury. C'eft un Parterre femé de Rofes
& de Lys , Stant bene purpureis Lilia mixta
Rofis.
9. Pour M. l'Intendant. Un Vaiffeau
qui par fon heureuſe arrivée au Port , met
toute la Ville dans la joye , Venitfeliciter
urbi.
M. de Vannolle vint prendre poffeffion
de l'Intendance du Bourbonnois à la
Naiffance de Monfeigneur le Dauphin ,
La
678 MERCURE DE FRANCE
La 10. Un Cafque chargé de tous fes
ornemens , avec ces paroles de Virgile ,
Decus & Tutamen.
On a voulu exprimer par là que la Ville
de Moulins étant la Capitale du Bourbonnois
, d'où la Famille regnante a pris
fon nom , la Naiffance d'un Dauphin eft
pour cette Ville un ornement & un appui .
11. Un Dauphin portant fur fon dos
Arion , qui joue de fa Lyre , Quam dulcia
premia Cantus !
On a eu deffein de marquer par ·là que
les Ecoliers qui ont fait ces Devifes , font
affez récompenfez par l'honneur d'avoir
travaillé pour le Dauphin.
A la fortie de cette Harangue les Auditeurs
trouverent la Cour du College
toute illuminée , les Fenêtres & les portes
, tout brilloit d'une infinité de Lampions
; mais fur tout la grande porte faifoit
un effet furprenant. Depuis le rezde-
chauffée elle étoit environnée de filets
de lumieres qui formoient des Deffeins
d'Architecture & s'élevoient jufqu'à une
très-grande hauteur .
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Résumé : Fête sur le même sujet au College de Moulins, &c. [titre d'après la table]
Le 30 janvier dernier, le Collège de Moulins a célébré la naissance du Dauphin lors d'une fête remarquable pour son bon goût et son esprit. Cette célébration a eu lieu à l'occasion de la harangue du Père Du Parc, régent de Rhétorique, qu'il avait préparée depuis longtemps. La salle était magnifiquement ornée, éclairée par de beaux lustres et décorée des portraits de la famille royale. Des devises ingénieuses, en lien avec le sujet de la harangue, étaient également présentes. Des personnalités notables, dont M. de Vannolle, Intendant, et plusieurs abbés, étaient présentes. Deux recueils ont été distribués : l'un contenant des pièces de vers composées par les régents du Collège pour la naissance du Dauphin, et l'autre des explications des devises en vers, rédigées par les écoliers de Rhétorique avec l'aide du régent. La harangue, parfaitement prononcée, soulignait que le Dauphin ne pouvait naître dans des circonstances plus heureuses, ni pour lui-même ni pour la France. L'orateur a décrit les avantages du Dauphin, qui apprendrait à régner sous l'œil du roi son père, et les vertus de la reine. Il a également évoqué l'impatience et les vœux des peuples pour la naissance du Dauphin, ainsi que l'état florissant et pacifique du royaume. La harangue se divisait en deux parties : la première montrait les avantages pour le Dauphin et la France, et la seconde soulignait la consolation du roi et de la reine, la joie des peuples et l'affermissement de l'État. L'orateur a conclu par une récapitulation et un éloge de M. l'Intendant. Des devises symboliques, comme un soleil naissant ou un vaisseau guidé par l'étoile polaire, étaient présentes pour illustrer les thèmes de la harangue. À la fin de la harangue, la cour du Collège était illuminée, créant un effet surprenant avec des filets de lumières formant des dessins architecturaux.
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4916
p. 679-681
A GRIBOURI, PETIT MOINEAU PRIVÉ.
Début :
Vous n'avez qu'à former des voeux, [...]
Mots clefs :
Moineau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A GRIBOURI, PETIT MOINEAU PRIVÉ.
A
GRIBOURI ,
PETIT MOINEAU PRIVE.
Vous n'avez qu'à former des voeux ,
Je fuis prêt à les fatisfaire ,
Petit Moineau , je veux vous rendre heureux ;
C'est tout le bien qu'à preſent je puis faire.
M
Eclos , nourri dans la maiſon ,
Vous ignorez des Champs les plaifirs & les peines,
Et pour votre bonheur , privé de la raiſon ,
Vous ignorez aufli les miferes humaines.
來
Cette trifte Prifon où je fuis confiné ,
Eft pour vous un lieu comme un autre ;
Vivez-y toujours fortuné ;
Faites- y mon plaifir , je prendrai foin du vôtre,
Pour votre fûreté , j'écarterai les Chats ;
Un fidele Barbet , nuit & jour à la quête ,
Vieux Routier qui connoît ces fubtils Scelerats ,
De vos jours précieux me répond fur fa tête :
Prenez en liberté tous vos petits ébats.
De
680 MERCURE DE FRANCE
De mets friands & délicats ,
Je vous ferai chere complete ;
Nul Medecin fâcheux ne prêchera, la diete ;
Vous toucherez à tous les plats ,
Et bien fouvent à mon affiete.
粥
Si par hazard vous daignez convoiter,
Quelque morceau que ma main indifcrete ,
A ma bouche veuille porter ;
Fâchez-vous , pincez-moi , volez fur ma fourchette
Et fur ma levre enfin venez le becqueter.
Mais ce n'eft pas affez de faire bonne chere ;
Il faut encor fonger à ſa ſanté ,
Et pourvoir à la propreté ;
Tous les matins de l'eau nouvelle & claire ,
Vous offrira la douceur de choifir >
Les délices du bain , ou de boire à loiſir.
Dans un petit réduit que le Soleil éclaire ,
J'ai fait tout exprès ramaffer ,
Un tas de fable & de pouffiere ,
Où follement vous irez vous placer ,
Pour y faire la pouffiniere.
La
AVRIL. 685 1730.
Là , je vous vois blotti , puis femillant ,
Battre de l'afle & grater en arriere ,
Puis tout à coup venir en fautillant
Auprès de moi mandier des carreffes ;
Eh ! qui pourroit y refifter ?
Moineau charmant , les plus belles Maîtreffes
Avec bien moins d'attraits fçavent les exciter.
Du moins chez vous tout eft fincere ;'
Quand vous me careffez , je fuis fur de vous plains
Chez les Belles , helas ! le plaiſir décevant
Se donne & ſe reçoit fans amour bien ſou venti
Mais déja vous portez cette cravate noire ,
Ornement dont Venus décora les Moineaux ,
Pour avoir celebré ſa gloire ,
Et mieux & plus fouvent que les autres Oifeaux
Gribonry, de mes foins vous pouvez tout attendre
Je vous donnerai dès demain ,
Une Compagne jeune & tendre ;
Toujours d'accord puiffiez-vous rendre
A Venus , à l'Amour des hommages fans fin.
Par M. M. Prifonnier.
GRIBOURI ,
PETIT MOINEAU PRIVE.
Vous n'avez qu'à former des voeux ,
Je fuis prêt à les fatisfaire ,
Petit Moineau , je veux vous rendre heureux ;
C'est tout le bien qu'à preſent je puis faire.
M
Eclos , nourri dans la maiſon ,
Vous ignorez des Champs les plaifirs & les peines,
Et pour votre bonheur , privé de la raiſon ,
Vous ignorez aufli les miferes humaines.
來
Cette trifte Prifon où je fuis confiné ,
Eft pour vous un lieu comme un autre ;
Vivez-y toujours fortuné ;
Faites- y mon plaifir , je prendrai foin du vôtre,
Pour votre fûreté , j'écarterai les Chats ;
Un fidele Barbet , nuit & jour à la quête ,
Vieux Routier qui connoît ces fubtils Scelerats ,
De vos jours précieux me répond fur fa tête :
Prenez en liberté tous vos petits ébats.
De
680 MERCURE DE FRANCE
De mets friands & délicats ,
Je vous ferai chere complete ;
Nul Medecin fâcheux ne prêchera, la diete ;
Vous toucherez à tous les plats ,
Et bien fouvent à mon affiete.
粥
Si par hazard vous daignez convoiter,
Quelque morceau que ma main indifcrete ,
A ma bouche veuille porter ;
Fâchez-vous , pincez-moi , volez fur ma fourchette
Et fur ma levre enfin venez le becqueter.
Mais ce n'eft pas affez de faire bonne chere ;
Il faut encor fonger à ſa ſanté ,
Et pourvoir à la propreté ;
Tous les matins de l'eau nouvelle & claire ,
Vous offrira la douceur de choifir >
Les délices du bain , ou de boire à loiſir.
Dans un petit réduit que le Soleil éclaire ,
J'ai fait tout exprès ramaffer ,
Un tas de fable & de pouffiere ,
Où follement vous irez vous placer ,
Pour y faire la pouffiniere.
La
AVRIL. 685 1730.
Là , je vous vois blotti , puis femillant ,
Battre de l'afle & grater en arriere ,
Puis tout à coup venir en fautillant
Auprès de moi mandier des carreffes ;
Eh ! qui pourroit y refifter ?
Moineau charmant , les plus belles Maîtreffes
Avec bien moins d'attraits fçavent les exciter.
Du moins chez vous tout eft fincere ;'
Quand vous me careffez , je fuis fur de vous plains
Chez les Belles , helas ! le plaiſir décevant
Se donne & ſe reçoit fans amour bien ſou venti
Mais déja vous portez cette cravate noire ,
Ornement dont Venus décora les Moineaux ,
Pour avoir celebré ſa gloire ,
Et mieux & plus fouvent que les autres Oifeaux
Gribonry, de mes foins vous pouvez tout attendre
Je vous donnerai dès demain ,
Une Compagne jeune & tendre ;
Toujours d'accord puiffiez-vous rendre
A Venus , à l'Amour des hommages fans fin.
Par M. M. Prifonnier.
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Résumé : A GRIBOURI, PETIT MOINEAU PRIVÉ.
Dans une lettre adressée à Griboüri, un petit moineau, un prisonnier nommé M. M. Prisonnier exprime son désir de rendre l'oiseau heureux malgré sa propre captivité. Il promet de protéger Griboüri des dangers, notamment des chats, et de lui fournir un chien fidèle pour assurer sa sécurité. Le narrateur s'engage à offrir une alimentation abondante et variée sans restrictions. Il prévoit également de prendre soin de la santé et de la propreté de Griboüri en lui offrant de l'eau fraîche chaque matin pour se baigner ou boire. Un espace confortable est préparé pour que le moineau puisse se reposer et se divertir. Le narrateur admire les attentions sincères de Griboüri et compare ses caresses à celles des belles maîtresses. Enfin, il annonce qu'il lui trouvera une compagne pour partager sa vie et honorer Vénus et l'Amour.
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4917
p. 682-697
SUITE des Troubles d'Egypte. Extrait d'une Lettre écrite du Caire le 30. Août 1729.
Début :
Au mois de Juin dernier, les Beys qui s'étoient retirez au Saïdy, dans [...]
Mots clefs :
Rebelles, Égypte, Le Caire, Troupes, Hommes, Pacha , Beys, Commandant
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texteReconnaissance textuelle : SUITE des Troubles d'Egypte. Extrait d'une Lettre écrite du Caire le 30. Août 1729.
SUITE des Troubles d'Egypte. Extrait
d'une Lettre écrite du Caire le 30.
Août 1729.
Aqui
U mois de Juin dernier , les Beys
qui s'étoient retirez au Saïdy , dans
la haute Egypte , lors de la deffaite totale
de Cherkes Mehemet Bey , arrivée en
1725. commencerent à donner des foupçons
aux Commandans du Païs , dont
Zulficar Bey eft le principal Chef , par
les intelligences qu'ils avoient dans la
Ville du Caire , ce qui fit redoubler les
attentions à chaffer ou à faire executer les
Rebelles qui reftoient dans la Ville ; ceux
qui purent éviter de perir par le Sabre
prirent le parti de s'aller joindre à ceux
de la haute Egypte , dont le nombre s'accrut
confiderablement ce qui donna
beaucoup d'inquiétude à nos Commandans
, & les détermina enfin à envoyer
un Corps de 3000. hommes pour tâcher
de les réduire , ou de les difperfer.
,
Ceux de la haute Egypte ne s'endormirent
pas de leur côté, ils s'étoient précautionnez
long- temps auparavant en fe
joignant aux Arabes , dont un des Beys.
Rebelles avoit époufé une Princeffe , fille
d'un des principaux Emirs de cette Nation,
AVRIL. 1730. 683
A
tion , ce qui leur donna le courage de
s'opposer au Corps de Troupes dont on
vient de parler. Le 5. Juillet dernier , co
Corps commença à fe mettre en marche.
Les Rebelles marcherent prefque en même
temps , ils fe rencontrerent bientôt ,
& camperent les uns devant les autres
fans coup ferir.
Quelquesjours après , Soliman Bey, Chef
des Rebelles , envoya dire à Ofman Bey ,
Commandant des Troupes du Caire , qu'il
n'étoit pas bien aife de combattre contre
Les freres , que la Religion Mufulmane ,
dont ils étoient tous , le lui deffendoit
ce qui ayant été pris par Ofman Bey pour
une marque de foibleffe , il fe détermina
au combat qui fut donné le 13. Juillet ,
mais il eut le malheur d'y fuccomber avec
le plus grand nombre des fiens , dont
plus de 350. pafferent du côté des Rebelles.
Dans la mêlée Soliman Bey atteignit
Ofman Bey d'un coup de Lance , &
s'en rendit enfuite bientôt le maître ; il
lui reprocha fes cruautez & les mauvaiſes
manieres que ceux de fon parti avoient
eues avec lui , après quoi il lui coupa luimême
la tête d'un coup de Sabre. Les
autres Beys & ceux qui font échapez
dont le nombre eft fort petit , font prefque
tous bleffez , celui des morts eft trèsconfiderable.
Cij Deux
684 MERCURE DE FRANCE
Deux jours après cette défaite , Cherkez
Mehemet Bey ,qui étoit fugitif depuis fa
déroute de 1725. rentra dans le Royaume
& joignit les Beys du Saïdy , ce qui a
beaucoup renforcé ce Parti ; ayant fait
cette jonction à la tête de 400. Maugre
bins ou Africains de Barbarie , ce renfort
fit prendre la réfolution aux Beys d'écrire
à ceux du Caire , qu'ils euffent à ne
plus envoyer de Troupes contre eux ,
étant bien réfolus d'aller au-devant pour
les combattre , ce qui obligea les Beys.
du Caire à prendre mieux leurs meſures,
ne doutant pas fur cette fierté qu'il n'y
eût dans la Ville quelqu'un qui les trahiffoit.
Ils ne furent pas long- temps à décou
vrir que c'étoit le Pacha d'Egypte lui ,
même , qui abufant de l'autorité dont il
eft revêtu , favorifoit les Rebelles , furquoi
ils s'affemblerent & prirent la réſolution
de le deftituer , ce qu'ils executerent
de cette maniere le 19. Juillet. Tous
les Beys & autres Puiffances du Pays ,
s'étant affemblez à Carameidam , * ils
firent prier le Pacha d'y venir pour conferer
enfemble fur les moyens de faire
cefler les troubles caufez par les Rebel
les ; le Pacha fe rendit à l'Affemblée ;
mais il n'y fut pas plutôt arrivé qu'on
* La Place Noire lieu oùse font les Executions:
lui
AVRIL 1730. 683
lui déclara la réſolution qu'on venoit de
prendre de le deftituer , ce qui fut executé
fur le champ ; il n'en parut point ému ,
on croit même qu'il n'eft pas fâché de
cette deftitution dans les conjonctures prefentes
. Cependant le Pacha affectant toûtjours
un air tranquille , s'adreffa au Tefterdar
ou Tréforier General , préſent à
cette Aſſemblée , à qui il dit , c'eſt donc
à vous à être Kaimakan ou Lieutenant
General du Gouvernement , ce que celuicy
refufa. Alors Zulficar Bey , qui eſt tout
puiffant dans le Parti , dit qu'ils avoient
réfolu d'élire MehemetBey, fils deDervich
Bey pour Kaimakan,à quoi lePacha confentit
; il lui vétitleCaftant ouRobe d'honneur
& lui fit prefent d'une belle Vefte doublée
d'une riche Peau , après quoi le Pacha fe
retira dans la maifon qu'on lui avoit préparée
, où il doit refter fous bonne garde,
en attendant les ordres de la Porte ; il
a reçû depuis bien des mortifications
de la des Puiffances du Pays , jufqu'à
confentir qu'on coupât la tête à trois de
fes Gens , qui étoient ſuſpects au Parti
dominant.
part
Au refte , cette deftitution a fait un
grand changement dans le Pays , ceux.de
la Ville en paroiffent plus tranquilles ,
& ceux de la Campagne ne remuent plus
eependant les Beys d'ici préparent un
Ciij Corps
686 MERCURE DE FRANCE
Corps de 6000. hommes pour l'envoyer
contre les Rebelles , qu'on dit s'être
retranchez dans la haute Egypte , attendant
de pied ferme ceux qui doivent aller
les attaquer. On ne le pourra que par eau,
car nous fommes dans le temps de la
croiffance du Nil . Comme ces Comman
dans ont épuisé leurs fonds , & que pour
la continuation de la guerre , la folde des
6000. hommes & les autres dépenses , il
leur faut plus d'un million cinq cens mille
livres , ils tyrannifent le Peuple & taxent
tous les Marchands , ce qui fait crier hautement
contre leur Gouvernement.
Le 28. nous apprîmes qu'un Corps des
Rebelles s'étoit avancé jufqu'à deux journées
du Caire ; à cette nouvelle on s'affembla
& on confia les poftes du dehors
de la Ville à divers Seigneurs , qui avec
leurs Troupes , fe chargerent de les garder
, & comme on eft toûjouts perfuadé
que le Pacha favorife les Rebelles ,
on
alla lui ordonner de la part des Commandans
, de fortir de fa demeure pour
être conduit à la Prifon de Jofeph , fituée
dans le Château ; c'eft le lieu ordinaire
où l'on execute les Pachas lorsqu'il y a
des ordres de la Porte pour les faire mourir.
Le Pacha parut confterné, & dit qu'il
n'avoit rien fait qui méritât la mort , mais
que fi on devoit l'executer , il falloit
que
AVRIL 1730. 687
que ce fût à la porte de l'Hôtel des Jan- ,
niffaires , comme étant de leur Corps ; il
y fut conduit fur le chimp ; Zulficar Bey
ordonna qu'il y refteroit fous la garde..
d'un Bey ; dès que ce Bey fut arrivé à la
porte des Jannillaires pour y executer les ,
ordres de Zulficar , l'un des anciens Kia- :
hias ou Lieutenans des Janniffaires , fe
leva & dit en s'adreffant à tout le Corps ,
permettrez vous , mes freres , qu'on nous
faffe un tel affront , & ne fommes- nous
pas affez puiffants pour garder nous- mê- ,
mes un Pacha ; ces paroles prononcées :
avec force par un ancien Oficier du
Corps , firent une telle impreffion qu'on
envoya dire fur le champ au Bey de fe
retirer, ce que celui- cy nè fè fit pas dire .
deux fois.
qu'il
Le 29. Zulficar fit fortir toutes fes fem
mes de fa maiſon & tout ce qu'il avoit
de plus précieux , & fit travailler à des
affuts deCanon pour pouvoir monter ceux
avoit fait venir d'Alexandrie des
deux Barques Tripolines qu'il avoit confifquées
, & fait vendre à l'enchere , fur
ce que ceux de Tripoly avoient donné
retraite à Cherkez Mehemet Bey. On ne
put rien apprendre des Rebelles de tout
ce jour là , tous les poftes du dehors continuant
à être gardez .
Le 30. il partit d'ici un détachement
Ciiij de
688 MERCURE DE FRANCE
de 5oo. hommes , commandez par un
Bey , pour aller reconnoître les ennemis ,
qu'on affuroit n'être plus qu'à deux journées
d'ici , & en même- temps un autre
Bey alla fe pofter avec des Troupes &
des Canons fur une élévation qui commande
le Château & une partie de la
Ville ; les poftes continuerent à être exactement
gardez .
›
Le 31. il y eut une petite allarme aur
fujet des 5oo. hommes qu'on avoit envoyez
pour reconnoître les Ennemis , on
affuroit qu'ils avoient été battus & taillez
en pieces ; cependant on continua à envoyer
des Troupes & des Munitions aux
divers Officiers qui occupoient les dehors
de la Ville. Le même jour ceux- cy , peu
accoûtumez aux travaux de la guerre ,
envoyerent dire à Zulficar & à Youffep
Kiahia Officiers dans le Corps des
Azabs , qu'ils euffent à fortir du Caire ,
pour les venir joindre & aller enfemble
attaquer les Rebelles; ceux - cy répondirent
qu'ils ne pouvoient fortir que dans deux
ou trois jours ; on affure qu'ils fe méfient
de ceux qui ont fait cette demande , les
croyant d'intelligence avec les Rebelles .
Le premier Août , les 500. hommes en- ၂၁ ဝ .
voyez pour reconnoître les Ennemis ,
s'en retournerent épouvantez d'une ca-
* Azabs , Corps de Milice,
nonade
.
AVRIL 1730. 689
nonade dont ils furent régalez à leur approche
, ce qui les dérouta totalement.
Le même jour on vint affurer le Bey
Commandant , que les Rebelles n'avoient
tout au plus que 200. hommes de bonnes
Troupes , & 3. à 400. Arabes fort mal
équipez , ce qu'on prit grand foin de publier
pour donner du courage aux Troupes.
Le même jour il arriva au Caire un
Tartare , dépêché par un Aga de la Porte
, arrivé de Conftantinople à Damiette ,
qu'on difoit porteur de la confirmation
du Pacha deftitué. On ne voulut pas
permettre à ce Courier de voir le Pacha
toûjours prifonnier chez les Janniffaires;
le. Kiahia ou Lieutenant de ce Pacha
ayant demandé de pouvoir refter dans la
maifon qu'il occupoit auparavant , pour
avoir foin de fes femmes & de fa famille,
on le lui accorda , mais auffi - tôt qu'il y
fut entré , on lui donna des Gardes , de
forte que ce Lieutenant devint auffi
Prifonnier.
a;
Cependant l'Aga des Janniffaires , pour
calmer la Populace , fit crier par toute
la Ville que la paix & la tranquillité
étoient rétablies , qu'il n'y avoit plus rien
à craindre , & qu'on pouvoit ouvrir les
Boutiques. Mais on continua d'arrêter
tous les Bâtimens trouvez fur le Nil , pour
C v tranf
690 MERCURE DE FRANCE
tranfporter des Munitions de guerre &
de bouche à ceux qui font au bout du
vieux Caire , fur la même Riviere , pour
fervir à réduire les Rebelles.
,
Le 2. on envoya un Commandement à
Damiette pour y arrêter l'Aga , Porteur
de la confirmation du Pacha & les
6000. hommes deftinez pour aller at
taquer les Rebelles partirent. Le Procès
Verbal qu'on a coûtume de dreffer contre
le Pacha lorfqu'on le deftituë , pour envoyer
à la Porte , n'étoit pas encore fi
gné de toutes les Puiffances , mais il le
fut le 3. & on l'envoya à Conftantinople
on apprit ce jour là que les 6000. hommes
avoient fait une marche de 8. heures
confécutives , après quoi ils avoient
fait alte pour laiffer paffer les chaleurs
, & que les Rebelles attendoient
toujours de pied ferme. On apprit auffi
qu'il y avoit trois Beys du parti des Rebelles
dans la Ville , & on arrêta un homme
qui leur portoit des Provifions , mais
ayant fait inveftir la maifon indiquée ,
on ne les y trouva pas , ce qui inquiete
fort le Commandant, perfuadé qu'ils font
cachez dans cette grande Ville , où ils fomentent
les troubles .
Le 4. le bruit fe répandit que les Rebelles
en étoient venus aux mains avec
les 6000. hommes envoyez de la Ville
&
AVRIL 1730. 691
&
que ceux- cy
les avoient deffaits , &
on affure que Soliman Bey étoit mort les
armes à la main , & que Cherkes Mehemet
Bey avoit pris la fuite. Un Chef des
Arabes du parti de Zulficar , arriva en
même- temps & confirma cette nouvelle.
On crut au Caire qu'il apportoit la tête
de Soliman Bey & celle des fix autres
Grands de fon parti ; cet Arabe fut fort
bien reçû du Bey , qui lui fit prefent d'une
belle Peliffe de Samour , d'un Cheval
& d'un Village ; il fit diftribuer deux
poignées de Sequins aux Gens de fa fuite.
Sur cette nouvelle le Commandant rappella
le Bey qui étoit de garde fur la hauteur
qui domine le Château , lequel aban
donna auffi-tôt fon pofte & rentra dans
la Ville avec tous fes Gens. Le Peuple
plaignit extrémement le fort de Soliman
Bey , qui étoit adoré à cauſe de ſes bonnes
qualitez , & les Religieux Latins le
regretterent comme leur plus grand' Protecteur
dans le Pays .
Le 5. une partie des Troupes envoyées
contre les Rebelles rentra dans la Ville
avec quelques - uns des Commandans ; on
publia qu'il n'y avoit eu qu'un petit
choc , & que les Rebelles n'étant pas les:
plus forts , s'étoient retranchez entre deux
Montagnes qui les rendoient maîtres du
paffage , & on affura que Soliman Bey
692 MERCURE DE FRANCE
-1
& Cherkez étoient encore en vie & toujours
très-unis , que la prétenduë tête
qu'on avoit apportée de Soliman Bey ,
étoit celle de Marram Aly Bey , autre
Chef des Rebelles , lequel ayant eu fon
cheval tué fous lui , fut pris & eut la tête
coupée..
>
Le 6. les nouvelles varierent , on confirma
la mort de Soliman Bey , & la
deffaite des Rebelles
ajoûtant que
Cherkez Mehemet Bey , ayant été pourfuivi
, s'étoit refugié dans un Village avec
environ 400. hommes de Troupes ; làdeffus
Zulficar Bey fortit pour faire défiler
les Troupes qui étoient rentrées du
côté de ce Village pour l'inveftir & fe
rendre maître de Cherkez . Ce même jour
on amena Cara Muftapha , Chaoux des
Janniffaires , du parti des Rebelles , lequel
ayant été interrogé par le Bey Commandant
, ne daigna pas lui répondre .
Il fut conduit à l'Hôtel des Janniffaires
& interrogé par les Officiers de fon Corps,
il s'obſtina à ne vouloir rien déclarer
fur quoi on lui fit couper la tête .
Le 7. le Commandant fortit encore de
la Ville pour achever de faire repaffer la
Riviere aux Troupes commandées pour
prendre Cherkez , & en même- temps on
X fit voiturer des Munitions de guerre &
de bouche.
Le
AVRIL 1730. 693
Le 8. on continua d'affurer que SolimanBey
n'étoit pas mort, que dans la derniere
affaire qui s'eft paffée , une balle de
Moufquet ne lui avoit fait qu'éfleurer le
nez , & qu'il étoit toûjours avec Cherkez,
& en état de fe bien deffendre ; cependant
la politique des Commandans continuoit
de le faire paffer pour mort dans
le public , & l'autre Bey rencoigné dans
un Village , prêt à fe rendre ; ce qui eſt,
dit-on , bien different de la verité .
Le 9. on fit fortir le Pacha de l'Hôtel
des Janniffaires & on le renvoya dans fa
premiere maiſon , où il eft toûjours gardé ;
on continue de garder exactement les
Poftes du dedans de la Ville.
Le 10. on apprit que Cherkez s'étoit
retiré dans le Village de Manouri , fitué
dans la Behera , prefque au milieu du
chemin de Roffette à Alexandrie , &
qu'ayant fait alliance avec les Arabes de
cette Contrée , il s'étoit , pour ainfi dire ,
rendu le maître de cette Prefqu'Ifle , d'où
oncroyoit qu'il feroit difficile de le chaffer.
Le 11. le Bey Commandant , taxa toutes
les Boutiques de la Ville à un Sequin
chacune , ce qui doit lui rendre près de
vingt mille Sequins , outre cela il envoya
de temps - en-temps faire des emprunts
aux Habitans les plus aifez du Caire , ce
qui n'augmente pas la confiance , & na
link
694
MERCURE DE FRANCE
lui attire pas l'amitié du Peuple.
Le 12. on apprit que Cherkez & fes
amis avoient abandonné leurs poftes de
la Montagne , & qu'ils avoient parcouru
divers Villages de la Behere , qu'ils avoient
mis à contribution .
Le 13. Aly Bey , Commandant des Troupes
de la Ville , fut renforcé par un petit
Détachement que Zulficar lui envoya.
Ce même jour on fit la ceremonie accoûtumée
de couper le Nil, qui étoit venu
au point fixe de fa croiffance , depuis:
il a encore augmenté ; deforte que les
terres vont dans peu de temps être inondées
, ce qui pourra favorifer Cher
kez dans fa retraite , s'il a ce deffein- là.
>
Le 14. Cherkez Bey s'avança au Fioume,.
canton de la Behere , avec les Troupes
où , en chemin faifant , il fut , dit -on ,
attaqué par le Kiimakan d'un Village ,
qui lui tua une trentaine d'hommes : enfuite
de quoi il arriva au Fioume , où il
fe délaffi pendant deux jours fans être
inquieté de perfonne.
Le 15. Aly Bey envoya dire qu'il s'en
retournoit , ne fe fentant pas affez fort
pour attaquer Cherkez , qui , fuivant les
apparences , ne cherche qu'à fatiguer ceux
qui vont pour le combattre , & ce jour
là il commença d'entrer partie des Troupes
d'Aly Bey dans la Ville.
Lo
"AVRIL 1730.
695
Le 16. il arriva un Courier de la Mec
que, avec avis que la Caravane arrivetoit
dans une quinzaine de jours , il donna
auffi pour nouvelle que Mehemet Pacha
, cy-devant Pacha du Caire & preſentement
de Gedda , étoit mort à la Mecque
, en moins de trois jours , ce qu'on
affure être le motif du Voyage de Janem
Koaga à la Mecque , qui avoit , dit-on
ordre de la Porte, d'empoifonner ce Vizir.
Aly Bey arriva ce jour-là avec le refte de
fes Troupes , mais il campa dehors.
Le 17. on apprit que Cherkez Bey étoit
venu camper à deux journées du Caire
au même endroit où il avoit été ci -de-
,
vant battu , fur quoi Aly Bey envoya dire
qu'il ne vouloit plus entrer , mais qu'il
vouloit aller combattre Cherkez &
qu'on eut à lui envoyer des Troupes ; à
quoi on s'appliqua pendant toute la jour
née. On affure que la diverfion qu'avoit
fait Cherkez de courir vers Alexandrie
où les Troupes du Caire le fuivirent ,
n'étoit pas fans deffein , puifque Soliman
Bey qui avoit été bleffé dans la premiere:
Bataille s'étoit retiré dans un Village pour
fe faire guerir , & afin qu'on ne foupçonnât
rien de ce qui fe paffoit, Cherkez
avoit attiré bien loin les Troupes du Caire
& c.
· Le 18. le Kaïmakan fit appeller en plein
Divan
696 MERCURE DE FRANCE
Divan les Vizirs Aly & Uffein Qurb bigi
de Rofferte , aufquels il revêtit le Caftan
de Bey. Le Parti regnant a fait cependant
tout ce qu'il a pû pour remettre Dekir
Pacha en place ; mais celui- ci a remercié,
& delà , on conjecture avec fondement
que le Procès Verbal contre ce Pacha n'a
pas encore été envoyé à la Porte. Aly Bey
partit avec de nouvelles Troupes pour
aller combattre Cherkez ; mais on apprehende
l'inondation ne feconde pas
fon deffein. Zulficar Bey a mis la tête de
Cherkez Bey à prix , offrant de donner
dix mille fequins à ceux qui l'ameneront
en vie , & deux mille fequins à ceux qui
apporteront fa tête feulement.
que
J
Le 19. Uffein , un des nouveaux Beys,
fortit de la Ville avec 400. hommes de
Milice & alla camper hors du Vieux
Caire , fans qu'on ait fçû dans quel deffein
; les uns croyent que c'eft pour garder
les avenues , & les autres pour être
plus à portée de donner du fecours à Aly
Bey.
Le 20. on apprit que apprit que Cherkez avoit
décampé de l'endroit où il étoit , & qu'il
s'étoit mis en marche pour aller dans la
Haute Egypte , ce qui a fair refoudre Aly
Bey de s'en retourner . On affure que Cher
kez , en chemin faifant , arrête tous les
Batteaux qui tranfportent des grains au
1
Caire
AVRIL 1730. 697
Caire , & qu'il revend enfuite à fort bon
compte. Comme on ne parle en aucune
maniere plus de Soliman Bey , cela fait
croire qu'il eft effectivement mort . Uffein
Bey rentra ce jour là dans la Ville ; mais
les Troupes refterent dehors .
Le 21. les Beys & les autres Puiffances
de la Ville allerent complimenter les deux
nouveaux Beys , aufquels le Pacha n'a
pas voulu envoyer le Pavillon , fuivant
Fufage ; car quoique celui- ci foit deftitué,
il faut que le Pavillon leur foit envoyé
par
l'Homme direct du Grand - Seigneur.
On a réfolu d'envoyer les Kaïmakans dans
la Haute Egypte , chacun dans leur Village
, pour voir s'ils pourront y arriver
fans empêchement , après quoi le Bey ,
Gouverneur de cette Province , s'y rendra
auffi , mais fi au contraire les Kaïmakans
font obligés de s'en retourner , on
formera une nouvelle Thegeride ou Camp
volant pour réduire ceux qui s'oppofent.
à la tranquillité du Pays.
d'une Lettre écrite du Caire le 30.
Août 1729.
Aqui
U mois de Juin dernier , les Beys
qui s'étoient retirez au Saïdy , dans
la haute Egypte , lors de la deffaite totale
de Cherkes Mehemet Bey , arrivée en
1725. commencerent à donner des foupçons
aux Commandans du Païs , dont
Zulficar Bey eft le principal Chef , par
les intelligences qu'ils avoient dans la
Ville du Caire , ce qui fit redoubler les
attentions à chaffer ou à faire executer les
Rebelles qui reftoient dans la Ville ; ceux
qui purent éviter de perir par le Sabre
prirent le parti de s'aller joindre à ceux
de la haute Egypte , dont le nombre s'accrut
confiderablement ce qui donna
beaucoup d'inquiétude à nos Commandans
, & les détermina enfin à envoyer
un Corps de 3000. hommes pour tâcher
de les réduire , ou de les difperfer.
,
Ceux de la haute Egypte ne s'endormirent
pas de leur côté, ils s'étoient précautionnez
long- temps auparavant en fe
joignant aux Arabes , dont un des Beys.
Rebelles avoit époufé une Princeffe , fille
d'un des principaux Emirs de cette Nation,
AVRIL. 1730. 683
A
tion , ce qui leur donna le courage de
s'opposer au Corps de Troupes dont on
vient de parler. Le 5. Juillet dernier , co
Corps commença à fe mettre en marche.
Les Rebelles marcherent prefque en même
temps , ils fe rencontrerent bientôt ,
& camperent les uns devant les autres
fans coup ferir.
Quelquesjours après , Soliman Bey, Chef
des Rebelles , envoya dire à Ofman Bey ,
Commandant des Troupes du Caire , qu'il
n'étoit pas bien aife de combattre contre
Les freres , que la Religion Mufulmane ,
dont ils étoient tous , le lui deffendoit
ce qui ayant été pris par Ofman Bey pour
une marque de foibleffe , il fe détermina
au combat qui fut donné le 13. Juillet ,
mais il eut le malheur d'y fuccomber avec
le plus grand nombre des fiens , dont
plus de 350. pafferent du côté des Rebelles.
Dans la mêlée Soliman Bey atteignit
Ofman Bey d'un coup de Lance , &
s'en rendit enfuite bientôt le maître ; il
lui reprocha fes cruautez & les mauvaiſes
manieres que ceux de fon parti avoient
eues avec lui , après quoi il lui coupa luimême
la tête d'un coup de Sabre. Les
autres Beys & ceux qui font échapez
dont le nombre eft fort petit , font prefque
tous bleffez , celui des morts eft trèsconfiderable.
Cij Deux
684 MERCURE DE FRANCE
Deux jours après cette défaite , Cherkez
Mehemet Bey ,qui étoit fugitif depuis fa
déroute de 1725. rentra dans le Royaume
& joignit les Beys du Saïdy , ce qui a
beaucoup renforcé ce Parti ; ayant fait
cette jonction à la tête de 400. Maugre
bins ou Africains de Barbarie , ce renfort
fit prendre la réfolution aux Beys d'écrire
à ceux du Caire , qu'ils euffent à ne
plus envoyer de Troupes contre eux ,
étant bien réfolus d'aller au-devant pour
les combattre , ce qui obligea les Beys.
du Caire à prendre mieux leurs meſures,
ne doutant pas fur cette fierté qu'il n'y
eût dans la Ville quelqu'un qui les trahiffoit.
Ils ne furent pas long- temps à décou
vrir que c'étoit le Pacha d'Egypte lui ,
même , qui abufant de l'autorité dont il
eft revêtu , favorifoit les Rebelles , furquoi
ils s'affemblerent & prirent la réſolution
de le deftituer , ce qu'ils executerent
de cette maniere le 19. Juillet. Tous
les Beys & autres Puiffances du Pays ,
s'étant affemblez à Carameidam , * ils
firent prier le Pacha d'y venir pour conferer
enfemble fur les moyens de faire
cefler les troubles caufez par les Rebel
les ; le Pacha fe rendit à l'Affemblée ;
mais il n'y fut pas plutôt arrivé qu'on
* La Place Noire lieu oùse font les Executions:
lui
AVRIL 1730. 683
lui déclara la réſolution qu'on venoit de
prendre de le deftituer , ce qui fut executé
fur le champ ; il n'en parut point ému ,
on croit même qu'il n'eft pas fâché de
cette deftitution dans les conjonctures prefentes
. Cependant le Pacha affectant toûtjours
un air tranquille , s'adreffa au Tefterdar
ou Tréforier General , préſent à
cette Aſſemblée , à qui il dit , c'eſt donc
à vous à être Kaimakan ou Lieutenant
General du Gouvernement , ce que celuicy
refufa. Alors Zulficar Bey , qui eſt tout
puiffant dans le Parti , dit qu'ils avoient
réfolu d'élire MehemetBey, fils deDervich
Bey pour Kaimakan,à quoi lePacha confentit
; il lui vétitleCaftant ouRobe d'honneur
& lui fit prefent d'une belle Vefte doublée
d'une riche Peau , après quoi le Pacha fe
retira dans la maifon qu'on lui avoit préparée
, où il doit refter fous bonne garde,
en attendant les ordres de la Porte ; il
a reçû depuis bien des mortifications
de la des Puiffances du Pays , jufqu'à
confentir qu'on coupât la tête à trois de
fes Gens , qui étoient ſuſpects au Parti
dominant.
part
Au refte , cette deftitution a fait un
grand changement dans le Pays , ceux.de
la Ville en paroiffent plus tranquilles ,
& ceux de la Campagne ne remuent plus
eependant les Beys d'ici préparent un
Ciij Corps
686 MERCURE DE FRANCE
Corps de 6000. hommes pour l'envoyer
contre les Rebelles , qu'on dit s'être
retranchez dans la haute Egypte , attendant
de pied ferme ceux qui doivent aller
les attaquer. On ne le pourra que par eau,
car nous fommes dans le temps de la
croiffance du Nil . Comme ces Comman
dans ont épuisé leurs fonds , & que pour
la continuation de la guerre , la folde des
6000. hommes & les autres dépenses , il
leur faut plus d'un million cinq cens mille
livres , ils tyrannifent le Peuple & taxent
tous les Marchands , ce qui fait crier hautement
contre leur Gouvernement.
Le 28. nous apprîmes qu'un Corps des
Rebelles s'étoit avancé jufqu'à deux journées
du Caire ; à cette nouvelle on s'affembla
& on confia les poftes du dehors
de la Ville à divers Seigneurs , qui avec
leurs Troupes , fe chargerent de les garder
, & comme on eft toûjouts perfuadé
que le Pacha favorife les Rebelles ,
on
alla lui ordonner de la part des Commandans
, de fortir de fa demeure pour
être conduit à la Prifon de Jofeph , fituée
dans le Château ; c'eft le lieu ordinaire
où l'on execute les Pachas lorsqu'il y a
des ordres de la Porte pour les faire mourir.
Le Pacha parut confterné, & dit qu'il
n'avoit rien fait qui méritât la mort , mais
que fi on devoit l'executer , il falloit
que
AVRIL 1730. 687
que ce fût à la porte de l'Hôtel des Jan- ,
niffaires , comme étant de leur Corps ; il
y fut conduit fur le chimp ; Zulficar Bey
ordonna qu'il y refteroit fous la garde..
d'un Bey ; dès que ce Bey fut arrivé à la
porte des Jannillaires pour y executer les ,
ordres de Zulficar , l'un des anciens Kia- :
hias ou Lieutenans des Janniffaires , fe
leva & dit en s'adreffant à tout le Corps ,
permettrez vous , mes freres , qu'on nous
faffe un tel affront , & ne fommes- nous
pas affez puiffants pour garder nous- mê- ,
mes un Pacha ; ces paroles prononcées :
avec force par un ancien Oficier du
Corps , firent une telle impreffion qu'on
envoya dire fur le champ au Bey de fe
retirer, ce que celui- cy nè fè fit pas dire .
deux fois.
qu'il
Le 29. Zulficar fit fortir toutes fes fem
mes de fa maiſon & tout ce qu'il avoit
de plus précieux , & fit travailler à des
affuts deCanon pour pouvoir monter ceux
avoit fait venir d'Alexandrie des
deux Barques Tripolines qu'il avoit confifquées
, & fait vendre à l'enchere , fur
ce que ceux de Tripoly avoient donné
retraite à Cherkez Mehemet Bey. On ne
put rien apprendre des Rebelles de tout
ce jour là , tous les poftes du dehors continuant
à être gardez .
Le 30. il partit d'ici un détachement
Ciiij de
688 MERCURE DE FRANCE
de 5oo. hommes , commandez par un
Bey , pour aller reconnoître les ennemis ,
qu'on affuroit n'être plus qu'à deux journées
d'ici , & en même- temps un autre
Bey alla fe pofter avec des Troupes &
des Canons fur une élévation qui commande
le Château & une partie de la
Ville ; les poftes continuerent à être exactement
gardez .
›
Le 31. il y eut une petite allarme aur
fujet des 5oo. hommes qu'on avoit envoyez
pour reconnoître les Ennemis , on
affuroit qu'ils avoient été battus & taillez
en pieces ; cependant on continua à envoyer
des Troupes & des Munitions aux
divers Officiers qui occupoient les dehors
de la Ville. Le même jour ceux- cy , peu
accoûtumez aux travaux de la guerre ,
envoyerent dire à Zulficar & à Youffep
Kiahia Officiers dans le Corps des
Azabs , qu'ils euffent à fortir du Caire ,
pour les venir joindre & aller enfemble
attaquer les Rebelles; ceux - cy répondirent
qu'ils ne pouvoient fortir que dans deux
ou trois jours ; on affure qu'ils fe méfient
de ceux qui ont fait cette demande , les
croyant d'intelligence avec les Rebelles .
Le premier Août , les 500. hommes en- ၂၁ ဝ .
voyez pour reconnoître les Ennemis ,
s'en retournerent épouvantez d'une ca-
* Azabs , Corps de Milice,
nonade
.
AVRIL 1730. 689
nonade dont ils furent régalez à leur approche
, ce qui les dérouta totalement.
Le même jour on vint affurer le Bey
Commandant , que les Rebelles n'avoient
tout au plus que 200. hommes de bonnes
Troupes , & 3. à 400. Arabes fort mal
équipez , ce qu'on prit grand foin de publier
pour donner du courage aux Troupes.
Le même jour il arriva au Caire un
Tartare , dépêché par un Aga de la Porte
, arrivé de Conftantinople à Damiette ,
qu'on difoit porteur de la confirmation
du Pacha deftitué. On ne voulut pas
permettre à ce Courier de voir le Pacha
toûjours prifonnier chez les Janniffaires;
le. Kiahia ou Lieutenant de ce Pacha
ayant demandé de pouvoir refter dans la
maifon qu'il occupoit auparavant , pour
avoir foin de fes femmes & de fa famille,
on le lui accorda , mais auffi - tôt qu'il y
fut entré , on lui donna des Gardes , de
forte que ce Lieutenant devint auffi
Prifonnier.
a;
Cependant l'Aga des Janniffaires , pour
calmer la Populace , fit crier par toute
la Ville que la paix & la tranquillité
étoient rétablies , qu'il n'y avoit plus rien
à craindre , & qu'on pouvoit ouvrir les
Boutiques. Mais on continua d'arrêter
tous les Bâtimens trouvez fur le Nil , pour
C v tranf
690 MERCURE DE FRANCE
tranfporter des Munitions de guerre &
de bouche à ceux qui font au bout du
vieux Caire , fur la même Riviere , pour
fervir à réduire les Rebelles.
,
Le 2. on envoya un Commandement à
Damiette pour y arrêter l'Aga , Porteur
de la confirmation du Pacha & les
6000. hommes deftinez pour aller at
taquer les Rebelles partirent. Le Procès
Verbal qu'on a coûtume de dreffer contre
le Pacha lorfqu'on le deftituë , pour envoyer
à la Porte , n'étoit pas encore fi
gné de toutes les Puiffances , mais il le
fut le 3. & on l'envoya à Conftantinople
on apprit ce jour là que les 6000. hommes
avoient fait une marche de 8. heures
confécutives , après quoi ils avoient
fait alte pour laiffer paffer les chaleurs
, & que les Rebelles attendoient
toujours de pied ferme. On apprit auffi
qu'il y avoit trois Beys du parti des Rebelles
dans la Ville , & on arrêta un homme
qui leur portoit des Provifions , mais
ayant fait inveftir la maifon indiquée ,
on ne les y trouva pas , ce qui inquiete
fort le Commandant, perfuadé qu'ils font
cachez dans cette grande Ville , où ils fomentent
les troubles .
Le 4. le bruit fe répandit que les Rebelles
en étoient venus aux mains avec
les 6000. hommes envoyez de la Ville
&
AVRIL 1730. 691
&
que ceux- cy
les avoient deffaits , &
on affure que Soliman Bey étoit mort les
armes à la main , & que Cherkes Mehemet
Bey avoit pris la fuite. Un Chef des
Arabes du parti de Zulficar , arriva en
même- temps & confirma cette nouvelle.
On crut au Caire qu'il apportoit la tête
de Soliman Bey & celle des fix autres
Grands de fon parti ; cet Arabe fut fort
bien reçû du Bey , qui lui fit prefent d'une
belle Peliffe de Samour , d'un Cheval
& d'un Village ; il fit diftribuer deux
poignées de Sequins aux Gens de fa fuite.
Sur cette nouvelle le Commandant rappella
le Bey qui étoit de garde fur la hauteur
qui domine le Château , lequel aban
donna auffi-tôt fon pofte & rentra dans
la Ville avec tous fes Gens. Le Peuple
plaignit extrémement le fort de Soliman
Bey , qui étoit adoré à cauſe de ſes bonnes
qualitez , & les Religieux Latins le
regretterent comme leur plus grand' Protecteur
dans le Pays .
Le 5. une partie des Troupes envoyées
contre les Rebelles rentra dans la Ville
avec quelques - uns des Commandans ; on
publia qu'il n'y avoit eu qu'un petit
choc , & que les Rebelles n'étant pas les:
plus forts , s'étoient retranchez entre deux
Montagnes qui les rendoient maîtres du
paffage , & on affura que Soliman Bey
692 MERCURE DE FRANCE
-1
& Cherkez étoient encore en vie & toujours
très-unis , que la prétenduë tête
qu'on avoit apportée de Soliman Bey ,
étoit celle de Marram Aly Bey , autre
Chef des Rebelles , lequel ayant eu fon
cheval tué fous lui , fut pris & eut la tête
coupée..
>
Le 6. les nouvelles varierent , on confirma
la mort de Soliman Bey , & la
deffaite des Rebelles
ajoûtant que
Cherkez Mehemet Bey , ayant été pourfuivi
, s'étoit refugié dans un Village avec
environ 400. hommes de Troupes ; làdeffus
Zulficar Bey fortit pour faire défiler
les Troupes qui étoient rentrées du
côté de ce Village pour l'inveftir & fe
rendre maître de Cherkez . Ce même jour
on amena Cara Muftapha , Chaoux des
Janniffaires , du parti des Rebelles , lequel
ayant été interrogé par le Bey Commandant
, ne daigna pas lui répondre .
Il fut conduit à l'Hôtel des Janniffaires
& interrogé par les Officiers de fon Corps,
il s'obſtina à ne vouloir rien déclarer
fur quoi on lui fit couper la tête .
Le 7. le Commandant fortit encore de
la Ville pour achever de faire repaffer la
Riviere aux Troupes commandées pour
prendre Cherkez , & en même- temps on
X fit voiturer des Munitions de guerre &
de bouche.
Le
AVRIL 1730. 693
Le 8. on continua d'affurer que SolimanBey
n'étoit pas mort, que dans la derniere
affaire qui s'eft paffée , une balle de
Moufquet ne lui avoit fait qu'éfleurer le
nez , & qu'il étoit toûjours avec Cherkez,
& en état de fe bien deffendre ; cependant
la politique des Commandans continuoit
de le faire paffer pour mort dans
le public , & l'autre Bey rencoigné dans
un Village , prêt à fe rendre ; ce qui eſt,
dit-on , bien different de la verité .
Le 9. on fit fortir le Pacha de l'Hôtel
des Janniffaires & on le renvoya dans fa
premiere maiſon , où il eft toûjours gardé ;
on continue de garder exactement les
Poftes du dedans de la Ville.
Le 10. on apprit que Cherkez s'étoit
retiré dans le Village de Manouri , fitué
dans la Behera , prefque au milieu du
chemin de Roffette à Alexandrie , &
qu'ayant fait alliance avec les Arabes de
cette Contrée , il s'étoit , pour ainfi dire ,
rendu le maître de cette Prefqu'Ifle , d'où
oncroyoit qu'il feroit difficile de le chaffer.
Le 11. le Bey Commandant , taxa toutes
les Boutiques de la Ville à un Sequin
chacune , ce qui doit lui rendre près de
vingt mille Sequins , outre cela il envoya
de temps - en-temps faire des emprunts
aux Habitans les plus aifez du Caire , ce
qui n'augmente pas la confiance , & na
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lui attire pas l'amitié du Peuple.
Le 12. on apprit que Cherkez & fes
amis avoient abandonné leurs poftes de
la Montagne , & qu'ils avoient parcouru
divers Villages de la Behere , qu'ils avoient
mis à contribution .
Le 13. Aly Bey , Commandant des Troupes
de la Ville , fut renforcé par un petit
Détachement que Zulficar lui envoya.
Ce même jour on fit la ceremonie accoûtumée
de couper le Nil, qui étoit venu
au point fixe de fa croiffance , depuis:
il a encore augmenté ; deforte que les
terres vont dans peu de temps être inondées
, ce qui pourra favorifer Cher
kez dans fa retraite , s'il a ce deffein- là.
>
Le 14. Cherkez Bey s'avança au Fioume,.
canton de la Behere , avec les Troupes
où , en chemin faifant , il fut , dit -on ,
attaqué par le Kiimakan d'un Village ,
qui lui tua une trentaine d'hommes : enfuite
de quoi il arriva au Fioume , où il
fe délaffi pendant deux jours fans être
inquieté de perfonne.
Le 15. Aly Bey envoya dire qu'il s'en
retournoit , ne fe fentant pas affez fort
pour attaquer Cherkez , qui , fuivant les
apparences , ne cherche qu'à fatiguer ceux
qui vont pour le combattre , & ce jour
là il commença d'entrer partie des Troupes
d'Aly Bey dans la Ville.
Lo
"AVRIL 1730.
695
Le 16. il arriva un Courier de la Mec
que, avec avis que la Caravane arrivetoit
dans une quinzaine de jours , il donna
auffi pour nouvelle que Mehemet Pacha
, cy-devant Pacha du Caire & preſentement
de Gedda , étoit mort à la Mecque
, en moins de trois jours , ce qu'on
affure être le motif du Voyage de Janem
Koaga à la Mecque , qui avoit , dit-on
ordre de la Porte, d'empoifonner ce Vizir.
Aly Bey arriva ce jour-là avec le refte de
fes Troupes , mais il campa dehors.
Le 17. on apprit que Cherkez Bey étoit
venu camper à deux journées du Caire
au même endroit où il avoit été ci -de-
,
vant battu , fur quoi Aly Bey envoya dire
qu'il ne vouloit plus entrer , mais qu'il
vouloit aller combattre Cherkez &
qu'on eut à lui envoyer des Troupes ; à
quoi on s'appliqua pendant toute la jour
née. On affure que la diverfion qu'avoit
fait Cherkez de courir vers Alexandrie
où les Troupes du Caire le fuivirent ,
n'étoit pas fans deffein , puifque Soliman
Bey qui avoit été bleffé dans la premiere:
Bataille s'étoit retiré dans un Village pour
fe faire guerir , & afin qu'on ne foupçonnât
rien de ce qui fe paffoit, Cherkez
avoit attiré bien loin les Troupes du Caire
& c.
· Le 18. le Kaïmakan fit appeller en plein
Divan
696 MERCURE DE FRANCE
Divan les Vizirs Aly & Uffein Qurb bigi
de Rofferte , aufquels il revêtit le Caftan
de Bey. Le Parti regnant a fait cependant
tout ce qu'il a pû pour remettre Dekir
Pacha en place ; mais celui- ci a remercié,
& delà , on conjecture avec fondement
que le Procès Verbal contre ce Pacha n'a
pas encore été envoyé à la Porte. Aly Bey
partit avec de nouvelles Troupes pour
aller combattre Cherkez ; mais on apprehende
l'inondation ne feconde pas
fon deffein. Zulficar Bey a mis la tête de
Cherkez Bey à prix , offrant de donner
dix mille fequins à ceux qui l'ameneront
en vie , & deux mille fequins à ceux qui
apporteront fa tête feulement.
que
J
Le 19. Uffein , un des nouveaux Beys,
fortit de la Ville avec 400. hommes de
Milice & alla camper hors du Vieux
Caire , fans qu'on ait fçû dans quel deffein
; les uns croyent que c'eft pour garder
les avenues , & les autres pour être
plus à portée de donner du fecours à Aly
Bey.
Le 20. on apprit que apprit que Cherkez avoit
décampé de l'endroit où il étoit , & qu'il
s'étoit mis en marche pour aller dans la
Haute Egypte , ce qui a fair refoudre Aly
Bey de s'en retourner . On affure que Cher
kez , en chemin faifant , arrête tous les
Batteaux qui tranfportent des grains au
1
Caire
AVRIL 1730. 697
Caire , & qu'il revend enfuite à fort bon
compte. Comme on ne parle en aucune
maniere plus de Soliman Bey , cela fait
croire qu'il eft effectivement mort . Uffein
Bey rentra ce jour là dans la Ville ; mais
les Troupes refterent dehors .
Le 21. les Beys & les autres Puiffances
de la Ville allerent complimenter les deux
nouveaux Beys , aufquels le Pacha n'a
pas voulu envoyer le Pavillon , fuivant
Fufage ; car quoique celui- ci foit deftitué,
il faut que le Pavillon leur foit envoyé
par
l'Homme direct du Grand - Seigneur.
On a réfolu d'envoyer les Kaïmakans dans
la Haute Egypte , chacun dans leur Village
, pour voir s'ils pourront y arriver
fans empêchement , après quoi le Bey ,
Gouverneur de cette Province , s'y rendra
auffi , mais fi au contraire les Kaïmakans
font obligés de s'en retourner , on
formera une nouvelle Thegeride ou Camp
volant pour réduire ceux qui s'oppofent.
à la tranquillité du Pays.
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Résumé : SUITE des Troubles d'Egypte. Extrait d'une Lettre écrite du Caire le 30. Août 1729.
En août 1729, les beys retirés au Saïdy en Haute-Égypte, après la défaite de Cherkes Mehemet Bey en 1725, commencèrent à susciter des soupçons parmi les commandants du Caire, notamment Zulficar Bey. Les rebelles restants dans la ville furent soit chassés, soit exécutés, beaucoup rejoignant les rebelles en Haute-Égypte. En juillet 1730, un corps de 3 000 hommes fut envoyé pour les réduire, mais les rebelles, alliés aux Arabes, résistèrent. Le 13 juillet, après un refus de combat de Soliman Bey, chef des rebelles, une bataille éclata. Ofman Bey, commandant des troupes du Caire, fut tué par Soliman Bey, qui lui reprocha ses cruautés avant de lui couper la tête. Cette défaite renforça les rebelles avec le retour de Cherkes Mehemet Bey et un renfort de 400 Maugrebins. Les beys du Caire découvrirent que le Pacha d'Égypte favorisait les rebelles et le destituèrent le 19 juillet. Mehemet Bey, fils de Dervich Bey, fut nommé lieutenant général. Malgré cette destitution, les troubles continuèrent. Les beys préparèrent un corps de 6 000 hommes pour attaquer les rebelles retranchés en Haute-Égypte. Le Pacha, emprisonné, subissait des mortifications. Les commandants, manquant de fonds, tyrannisaient le peuple pour financer la guerre. Le 28 août, des rebelles approchèrent du Caire, renforçant les mesures de sécurité. Le Pacha fut transféré en prison, mais les Jannissaires refusèrent de le garder, le considérant comme l'un des leurs. Zulficar Bey renforça les défenses de la ville. Le 31 août, une alarme fut déclenchée par une attaque sur les éclaireurs. Les commandants continuèrent à envoyer des troupes et des munitions. Le 1er août, les éclaireurs revinrent épouvantés par une embuscade. Les nouvelles sur la situation des rebelles variaient, mais les commandants restaient vigilants. Le 5 août, une partie des troupes rentra au Caire, affirmant une résistance des rebelles. Le 6 août, la mort de Soliman Bey fut confirmée, et Cherkes Mehemet Bey se réfugia dans un village. Zulficar Bey préparait une nouvelle offensive. Du 6 au 21 avril 1730, plusieurs événements marquants se déroulèrent au Caire et dans ses environs. Cara Muftapha, un chef rebelle, fut exécuté après avoir refusé de répondre aux interrogatoires. Le commandant de la ville continua de renforcer les troupes et de préparer des munitions pour affronter Cherkez. Des rumeurs circulaient sur la mort de Soliman Bey, bien que la politique officielle le déclarât mort, des informations suggéraient qu'il était toujours en vie et prêt à se défendre. Cherkez se retira dans le village de Manouri, s'alliant avec les Arabes locaux pour contrôler la région. Le commandant de la ville imposa une taxe sur les boutiques et fit des emprunts auprès des habitants. Cherkez et ses alliés pillèrent divers villages de la Behere. Aly Bey, commandant des troupes, fut renforcé et participa à la cérémonie de la coupe du Nil. Cherkez attaqua le Fioume et se délasça sans être inquiété. Aly Bey, jugeant ses forces insuffisantes, décida de ne pas attaquer Cherkez. Un courrier de La Mecque annonça la mort de Mehemet Pacha et l'arrivée imminente de la caravane. Aly Bey et Uffein Qurb bigi furent nommés Beys, et Aly Bey partit combattre Cherkez, bien que l'inondation puisse entraver ses plans. Uffein sortit de la ville avec des milices, et Cherkez se déplaça vers la Haute Égypte, interrompant le transport de grains vers Le Caire. Les Beys et autres autorités complimentèrent les nouveaux Beys, et des préparatifs furent faits pour envoyer des Kaïmakans en Haute Égypte afin de rétablir l'ordre.
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4918
p. 697-702
Autres Lettres de Constantinople du 15. & 28 Novembre 1729.
Début :
Le Kam de Tartarie est entré dans la Crimée sans aucune opposition, les [...]
Mots clefs :
Chah, Troupes, Turcs, Perse
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texteReconnaissance textuelle : Autres Lettres de Constantinople du 15. & 28 Novembre 1729.
Autres Lettres de Conftantinople du 15. &
28 Novembre 1729 .
E Kam de Tartarie eft entré dans la
Crimée fans aucune oppofition , les
fils de Dely Sultan n'ayant pas trouvé les
Peuples difpofés à favoriler les vûës qu'ils
avoieng
698 MERCURE DE FRANCE
avoient de venger la mort de leur pere.
On affure que la tranquillité eft parfaitement
rétablie dans ce Pays là.
Les troubles continuent en Egypte . II .
y a eu plufieurs Combaez entre quelques
Détachemens des Troupes de Zulficar &
celles de Cherkés Beys ; mais il n'y en a
eu aucun de decifif. Zulficar eft Maître au.
Caire , & Cherkez Bey fe tient dans le
Saïdy , Province de la Haute Egypte.
Le Grand- Seigneur ayant été informé.
que Zulficar avoit fait dépofer Bekir Pacha
, qui étoit Pacha du Caire , y a nom
mé Abdoula Pacha , de la famille des Cuprulis
, pour le remplacer ; mais ce nouveau
Pacha étant arrivé au Caire , Zulfiear
& les autres Grands du Pays n'ont pas
voulu le reconnoître ; on dit auffi que ce
Gouverneur ayant trouvé cette Province
dans la confufion , & jugé qu'il ne feroir
pas facile de s'y maintenir,à moins de voufoir
fuivre aveuglement les volontés de
Zulficar , avoit écrit à la Porte pour être
difpenfé d'accepter ce Pachalik .
L'autorité du G. S. n'a jamais été bien
établie en Egypte ; mais il paroit qu'elle
y eft encore plus affoiblie dans la conjonctu
repréfente.Tous les Turcs qui arrivent
au Caire , venant de Conftantinople , y
font regardés de mauvais cil ; on affure
même qu'on ne les Y laiffe pas libres >
&
AVRIL. 1730. 699
& qu'on leur donne des Gardes. Il eft cer
tain que le G. S. n'eft pas fans inquiétude
fur ce qui fe paffe dans ce Pays là , & il
a été tenu plufieurs Conferences à ce fujet
par les Miniftres de la Porte , aufquelles
on a fait affifter les perfonnes les
plus confiderables de l'Empire , pour les
confulter fur les expediens que l'on crois
roit les plus convenables ; mais on prétend
qu'il n'y a été pris aucune réſolu¬
tion.
La Perle ne jouit pas d'une plus grande
tranquillité que l'Egypte par les derniers
avis qu'on en a reçû. On a appris qu'il y
avoit eu deux Batailles données entre
Acheraf Kam & Schah Thamas , & qu'Acheraf
qui commandoit fon Armée à la
derniere les avoit perdues toutes deux ,
ce qui avoit diminué confiderablement
fes Troupes ; on affure même qu'il ne lui
fera pas poffible de les rétablir , ayant
entierement aliené les Perfans par les
cruautés qu'il a exercées contr'eux , &
ne pouvant faire venir des Troupes de la
Province de Candahar par la difficulté
des paffages , & parceque le frere de Mi.
ri-Mahmoud s'eft rendu Maître de cette
Province ; on ne doute pas que fi Schah
Thamas fçait profiter de la fituation où
fe trouve Acheraf qui a été obligé de s'en.
fuir du côté d'Amadam , il ne fe rende
bientôt
700 MERCURE DE FRANCE
bientôt maître d'Ifpaham , & qu'il ne
chaffe Acheraf du Royaume de Perfe .
Quoique la Porte eut fait des honneur's
infinis à l'Ambaffadeur d'Acheraf , &
qu'elle eut paru ne faire que peu de cas
de celui de Schah Thamas lors de fon
arrivée à Conftantinople , on s'apperçoit
depuis les dernieres nouvelles venues de
Perfe que les difpofitions des Miniftres
de la Porte font changées à l'égard
de ce dernier , qu'ils ont de grandes
attentions pour lui , & lui donnant dans
łe Public bien des applaudiffemens fur
fon caractere & fur fon génie , ce qui perfuade
qu'ils fe détacheront infenfiblement
d'Acheraf ; & qu'après avoir pris le parti
d'affifter indirectement Schah Thamas
dans les commencemens , ils fe détermi
neront à lui donner des fecours ouvertement
dans la fuite.
Un frere Bâtard de Schah Thamas qui
vient auffi difputer la Couronne de Perfe
s'étoit avancé jufqu'à Bagdat dans l'intention
de venir demander du fecours au
G. S. pour l'execution de fon projet ; il
lui avoit été mandé de refter à Bagdat juf
qu'à nouvel ordre ; on prétend qu'il lui
a été permis enfuite de venir à Conftantinople
, & qu'il y doit arriver inceffamment.
Les Turcs fe font déterminés à l'y
attirer , en vûë de contenir par là Schah
Thamas
AVRIL. 1730. 701
Thamas , & pour le réduire plus facilement
à executer le Traité de partage fait
par la médiation du Roi entre les Turcs
& les Mofcovites , les differends furvenus
fur les frontieres de Perfe , entre les
Turcs & les Mofcovites n'ont eu juſqu'à
prefent aucunes fuites d'un certain éclat;
mais on a lieu de croire que leur aigreur
n'eft pas éteinte , fur- tout de la part
des
Turcs qui ont été traités avec beaucoup
de hauteur par les Mofcovites. On attend
avec impatience le retour de l'Aga envoyé
à Molcou , pour fçavoir le traitement
qui lui aura été fait par le Czar ,
& la fatisfaction qu'il aura reçûë de ce
Prince , fur les plaintes qu'il avoit été
lui porter des violences exercées par fes
Troupes,
t
Il y a des gens qui prétendent que cet
Aga eft revenu depuis quelques jours , &
qu'on le fait refter caché à Coftantinople ,
afin de lui donner des inftructions fur
la maniere dont les Miniftres de la Porte
trouveront à propos qu'il s'explique au
fujet du voyage qu'il vient de faire . Si le
Vizir fuivoit les mouvemens du Peuple ,
les Turcs feroient bientôt en guerre avec
les Mofcovites ; mais il paroît être dans
des difpofitions oppofées.
Par les Lettres arrivées aujourd'hui 28 .
Novembre de Perfe , on apprend que
Schab
702 MERCURE DE FRANCE
Schah Thamas dont les Troupes ont été
groffies par les fecours qu'il a reçus de
Mofcovie , s'eft rendu maître de Cafbin,
qu'Acheraf s'eft retiré dans les Montagnes
avec ce qui lui refte de Troupes , & qu'il
ne peut pas même fe jetter dans Ifpaham,
dont on dit que les chemins lui ont été
coupez par Schah Thamas. On ajoûte
que la Porte fait marcher beaucoup de
Troupes fur les Frontieres de Perfe fans
qu'on fçache encore à quoi elles font deftinées
, & quel fera le parti que prendra
le Grand-Seigneur.
28 Novembre 1729 .
E Kam de Tartarie eft entré dans la
Crimée fans aucune oppofition , les
fils de Dely Sultan n'ayant pas trouvé les
Peuples difpofés à favoriler les vûës qu'ils
avoieng
698 MERCURE DE FRANCE
avoient de venger la mort de leur pere.
On affure que la tranquillité eft parfaitement
rétablie dans ce Pays là.
Les troubles continuent en Egypte . II .
y a eu plufieurs Combaez entre quelques
Détachemens des Troupes de Zulficar &
celles de Cherkés Beys ; mais il n'y en a
eu aucun de decifif. Zulficar eft Maître au.
Caire , & Cherkez Bey fe tient dans le
Saïdy , Province de la Haute Egypte.
Le Grand- Seigneur ayant été informé.
que Zulficar avoit fait dépofer Bekir Pacha
, qui étoit Pacha du Caire , y a nom
mé Abdoula Pacha , de la famille des Cuprulis
, pour le remplacer ; mais ce nouveau
Pacha étant arrivé au Caire , Zulfiear
& les autres Grands du Pays n'ont pas
voulu le reconnoître ; on dit auffi que ce
Gouverneur ayant trouvé cette Province
dans la confufion , & jugé qu'il ne feroir
pas facile de s'y maintenir,à moins de voufoir
fuivre aveuglement les volontés de
Zulficar , avoit écrit à la Porte pour être
difpenfé d'accepter ce Pachalik .
L'autorité du G. S. n'a jamais été bien
établie en Egypte ; mais il paroit qu'elle
y eft encore plus affoiblie dans la conjonctu
repréfente.Tous les Turcs qui arrivent
au Caire , venant de Conftantinople , y
font regardés de mauvais cil ; on affure
même qu'on ne les Y laiffe pas libres >
&
AVRIL. 1730. 699
& qu'on leur donne des Gardes. Il eft cer
tain que le G. S. n'eft pas fans inquiétude
fur ce qui fe paffe dans ce Pays là , & il
a été tenu plufieurs Conferences à ce fujet
par les Miniftres de la Porte , aufquelles
on a fait affifter les perfonnes les
plus confiderables de l'Empire , pour les
confulter fur les expediens que l'on crois
roit les plus convenables ; mais on prétend
qu'il n'y a été pris aucune réſolu¬
tion.
La Perle ne jouit pas d'une plus grande
tranquillité que l'Egypte par les derniers
avis qu'on en a reçû. On a appris qu'il y
avoit eu deux Batailles données entre
Acheraf Kam & Schah Thamas , & qu'Acheraf
qui commandoit fon Armée à la
derniere les avoit perdues toutes deux ,
ce qui avoit diminué confiderablement
fes Troupes ; on affure même qu'il ne lui
fera pas poffible de les rétablir , ayant
entierement aliené les Perfans par les
cruautés qu'il a exercées contr'eux , &
ne pouvant faire venir des Troupes de la
Province de Candahar par la difficulté
des paffages , & parceque le frere de Mi.
ri-Mahmoud s'eft rendu Maître de cette
Province ; on ne doute pas que fi Schah
Thamas fçait profiter de la fituation où
fe trouve Acheraf qui a été obligé de s'en.
fuir du côté d'Amadam , il ne fe rende
bientôt
700 MERCURE DE FRANCE
bientôt maître d'Ifpaham , & qu'il ne
chaffe Acheraf du Royaume de Perfe .
Quoique la Porte eut fait des honneur's
infinis à l'Ambaffadeur d'Acheraf , &
qu'elle eut paru ne faire que peu de cas
de celui de Schah Thamas lors de fon
arrivée à Conftantinople , on s'apperçoit
depuis les dernieres nouvelles venues de
Perfe que les difpofitions des Miniftres
de la Porte font changées à l'égard
de ce dernier , qu'ils ont de grandes
attentions pour lui , & lui donnant dans
łe Public bien des applaudiffemens fur
fon caractere & fur fon génie , ce qui perfuade
qu'ils fe détacheront infenfiblement
d'Acheraf ; & qu'après avoir pris le parti
d'affifter indirectement Schah Thamas
dans les commencemens , ils fe détermi
neront à lui donner des fecours ouvertement
dans la fuite.
Un frere Bâtard de Schah Thamas qui
vient auffi difputer la Couronne de Perfe
s'étoit avancé jufqu'à Bagdat dans l'intention
de venir demander du fecours au
G. S. pour l'execution de fon projet ; il
lui avoit été mandé de refter à Bagdat juf
qu'à nouvel ordre ; on prétend qu'il lui
a été permis enfuite de venir à Conftantinople
, & qu'il y doit arriver inceffamment.
Les Turcs fe font déterminés à l'y
attirer , en vûë de contenir par là Schah
Thamas
AVRIL. 1730. 701
Thamas , & pour le réduire plus facilement
à executer le Traité de partage fait
par la médiation du Roi entre les Turcs
& les Mofcovites , les differends furvenus
fur les frontieres de Perfe , entre les
Turcs & les Mofcovites n'ont eu juſqu'à
prefent aucunes fuites d'un certain éclat;
mais on a lieu de croire que leur aigreur
n'eft pas éteinte , fur- tout de la part
des
Turcs qui ont été traités avec beaucoup
de hauteur par les Mofcovites. On attend
avec impatience le retour de l'Aga envoyé
à Molcou , pour fçavoir le traitement
qui lui aura été fait par le Czar ,
& la fatisfaction qu'il aura reçûë de ce
Prince , fur les plaintes qu'il avoit été
lui porter des violences exercées par fes
Troupes,
t
Il y a des gens qui prétendent que cet
Aga eft revenu depuis quelques jours , &
qu'on le fait refter caché à Coftantinople ,
afin de lui donner des inftructions fur
la maniere dont les Miniftres de la Porte
trouveront à propos qu'il s'explique au
fujet du voyage qu'il vient de faire . Si le
Vizir fuivoit les mouvemens du Peuple ,
les Turcs feroient bientôt en guerre avec
les Mofcovites ; mais il paroît être dans
des difpofitions oppofées.
Par les Lettres arrivées aujourd'hui 28 .
Novembre de Perfe , on apprend que
Schab
702 MERCURE DE FRANCE
Schah Thamas dont les Troupes ont été
groffies par les fecours qu'il a reçus de
Mofcovie , s'eft rendu maître de Cafbin,
qu'Acheraf s'eft retiré dans les Montagnes
avec ce qui lui refte de Troupes , & qu'il
ne peut pas même fe jetter dans Ifpaham,
dont on dit que les chemins lui ont été
coupez par Schah Thamas. On ajoûte
que la Porte fait marcher beaucoup de
Troupes fur les Frontieres de Perfe fans
qu'on fçache encore à quoi elles font deftinées
, & quel fera le parti que prendra
le Grand-Seigneur.
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Résumé : Autres Lettres de Constantinople du 15. & 28 Novembre 1729.
En novembre 1729, Kam de Tartarie a envahi la Crimée sans rencontrer de résistance, les fils de Dely Sultan n'ayant pas réussi à obtenir de soutien pour venger leur père. La situation en Crimée s'est stabilisée. En Égypte, les troubles persistent entre les troupes de Zulficar et celles de Cherkés Bey. Zulficar contrôle Le Caire, tandis que Cherkés Bey est dans la province du Saïdy. Le Grand Seigneur a nommé Abdoula Pacha pour remplacer Bekir Pacha, mais Zulficar et les notables du pays n'ont pas reconnu ce nouveau gouverneur. Cette situation affaiblit l'autorité du Grand Seigneur, qui consulte ses ministres sans prendre de décision. En Perse, deux batailles ont opposé Acheraf Kam et Schah Thamas, ce dernier remportant les deux victoires. Acheraf, affaibli et impopulaire, a dû fuir. La Porte ottomane, initialement favorable à Acheraf, semble désormais soutenir Schah Thamas, lui accordant des applaudissements publics. Un frère bâtard de Schah Thamas est attendu à Constantinople pour obtenir du soutien contre Schah Thamas. Les relations entre les Turcs et les Moscovites restent tendues en raison des violences exercées par les troupes moscovites. Un Aga envoyé à Moscou est revenu et reste caché à Constantinople pour recevoir des instructions. Les Turcs se préparent à la guerre, mais le Vizir semble opposé à cette option. Les dernières nouvelles indiquent que Schah Thamas, renforcé par des troupes moscovites, a pris Cafbin et contraint Acheraf à se retirer. La Porte ottomane mobilise des troupes à la frontière perse, mais leur destination reste incertaine.
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4919
p. 702-708
ODE Sur la Fête magnifique, donnée par leurs Excellences M M. le Marquis de Santa Cruz, & de Barrenechea, Ambassadeurs Extraordinaires & Plenipotentiaires de S. M. Catholique, au sujet de la Naissance de Monseigneur le Dauphin, le 24. Janvier 1730.
Début :
Sur les Rivages de la Seine, [...]
Mots clefs :
Naissance du Dauphin, Dauphin, Fête, Yeux, Ambassadeurs d'Espagne
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texteReconnaissance textuelle : ODE Sur la Fête magnifique, donnée par leurs Excellences M M. le Marquis de Santa Cruz, & de Barrenechea, Ambassadeurs Extraordinaires & Plenipotentiaires de S. M. Catholique, au sujet de la Naissance de Monseigneur le Dauphin, le 24. Janvier 1730.
O DE
Sur la Fête magnifique , donnée par leurs
Excellences M M. le Marquis de Santa
Cruz , & de Barrenechea , Ambaſſadeurs
Extraordinaires & Plenipotentiaires de
S. M. Catholique , au fujet de la Naiffance
de Monfeigneur le Dauphin , le
24. Fanvier 1730 .
Sur les Rivages de la Seine , Ur
Quels font ces Spectacles charmans ,
Où l'Art ingenieux enchaîne ,
Et réunit les Elemens ?
AVRIL. 1730. 703
Le Soleil plus brillant éclaire ·
Ce jour fi beau , fi fortuné ;
Le Fleuve impetueux tempête,
Et calme fon flot -mutiné.
Au temps même de la froidure
Je vois naître le doux Printemps ,
Et par une aimable impofture ,
L'Art imite fes ornemens.
Sur les eaux flottent des Parterres
Entourez d'Ifs & d'Orangers ;
Ils lancent d'innocens Tonnerres ,
Dont on ne craint point les dangers,
Ici tout plaît , ici tout brille ,
On croit voir nos Bords ennoblis
Quand fur les Tours de la Caftille
Flotte le Pavillon des Lys.
Le Lyon fuperbe y domine ,
Près de fon Fleuve imperieux ;
A fon afpect tout s'illumine ,
Tout rit, tout enchante les yeux.
鼗
Fiere
4
704 MERCURE DE FRANCE
Fiere de parures fi belles ,
La Seine voit orner fes Bords ;
Par le battement de ſes aîles ,
Le Cocq exprime ſes tranſports.
>
Ah ! que de brillantes Etoiles ,
Se détachent du Firmament !
O nuit , elle perce tes voiles ,
Pour marquer cet heureux moment.
Eft- ce pour nous livrer la guerre,
Que brûle ce nouvel Ethna ?
Tel fur les Enfans de la Terre ,
Jupiter autrefois tonna
Après que ces Feux à lá ronde ,
Ont fait ferpenter mille Eclairs ,
Ils vont folâtrer deffus 1.Onde ,
Ainfi qu'ils ont fait dans les Airs.
Mille fleurs vives & brillantes ,
Parent ces Jardins enchantez ;
Les Fruits font Grenades bruyantes ,
Qui partent de tous les côtes.
Gera
AVRIL
1730.
705
Cette fulphureufe matiere ,
S'enflame de mille façons ,
Bondit , fe plonge en la Riviere
Et nage comme des poiffons.
Les Lampions, les Girandoles
Y ramenent l'éclat du jour ,
Et dans de fuperbes Gondoles
S'unit la Trompette au Tambour.'
'Au fon de la vive trompette
Se mêle le bruit du Canon
Et le Peuple charmé repéte
De nos deux Rois l'augufte nom .
Par mainte Bachique Fontaine
Tout le Peuple eft defalteré ,
Ainfi que l'eau coule en la Seine ,
Par tout le vin coule à fon gré.
Que vois -je ! une naiflante Aurore.
Se leve , & dore ces côteaux ,
Et dans l'Univers qui l'implore
Lance des rayons tout nouveaux.
來
D Iris
706 MERCURE DE FRANCE
Iris la fuit , & va defcendre ;
Elle nous annonce la paix ,
Sa préſence doit nous l'apprendre ,
Et confirmer tous nos fouhaits.
Que d'aimables Métamorphofes
S'achevent dans le même inftant
?
Où l'on voyoit croître des Rofes
S'éleve un Palais éclatant.
Sa face toute décorée
Brille d'un éclat fans pareil ;
Ainfi dans la Voute azurée
Brille le Palais du Soleil.
Là j'entens de fçavans Orphées
Former mille Concerts charmans ;
N'est- ce pas ainfi que les Fées
Faifoient de doux enchantemens ?
On ne voit , n'entend que merveilles ,
Le Ballet ſe mêle aux Concerts ,
On charme les yeux , les oreilles ,
Et
par
les pas , & par les airs.
Pour marquer leur réjouiſſance
Des Bergere quittant leurs Hameaux ;
Chantent
AVRIL
1730 .
707
Chantent le bonheur de la France
Au fon de leurs doux chalumeaux.
Des Dieux , des Déeffes charmantes
S'empreffent d'embellir ces lieux ,
Et leurs parures éclatantes
Sont moins brillantes que leurs
yeux.
On a depeuplé pour la Fête
Les Mers ainfi que les Forêts ,
Des feftins que Comus aprête ,
C'eft Philippe qui fait les frais.
De mille facons differentes
Le goût s'y trouve déguiſé ,
Et fous des figures galantes
Le fucre eft métamorphofé.
Un partere de confiture
Y charme le goût & les yeux ;
On craint d'en brifer la ſtructure
Tant on le trouve précieux.
La vive , la legere danſe
Succede bientôt au repas ;
Alors mille Amours en cadence
De nos Beautés fuivent les pas.
Dij A
708 MERCURE DE FRANCE
A voir tant de magnificence ,
D'Eſpagne on connoît les grandeurs
D'un Dauphin l'heureuſe Naiffance
Anime fes Ambaffadeurs.
A vous chanter nos voix font prêtes ;
Vous feuls avez fçû parvenir
A donner de fuperbes Fêtes
Dont parlera tout l'avenir.
淤
En ces lieux d'un augufte maître
yous foûtenez la Majefté ;
Nous y faifons auffi paroître
Tout l'amour qu'il a merité.
Peuples , accourez de l'Eſpagne
Boire la fanté du Dauphin ;
Et la Bourgogne & la Champagne
Vous refervent leur meilleur vin.
Rien ne fçauroit plus nous contraindre ;
Tous les Peuples font nos amis ;
Deformais qu'avons nous à craindre ?,
PHILIPPE s'unit à LOUIS.
D. L. T
Sur la Fête magnifique , donnée par leurs
Excellences M M. le Marquis de Santa
Cruz , & de Barrenechea , Ambaſſadeurs
Extraordinaires & Plenipotentiaires de
S. M. Catholique , au fujet de la Naiffance
de Monfeigneur le Dauphin , le
24. Fanvier 1730 .
Sur les Rivages de la Seine , Ur
Quels font ces Spectacles charmans ,
Où l'Art ingenieux enchaîne ,
Et réunit les Elemens ?
AVRIL. 1730. 703
Le Soleil plus brillant éclaire ·
Ce jour fi beau , fi fortuné ;
Le Fleuve impetueux tempête,
Et calme fon flot -mutiné.
Au temps même de la froidure
Je vois naître le doux Printemps ,
Et par une aimable impofture ,
L'Art imite fes ornemens.
Sur les eaux flottent des Parterres
Entourez d'Ifs & d'Orangers ;
Ils lancent d'innocens Tonnerres ,
Dont on ne craint point les dangers,
Ici tout plaît , ici tout brille ,
On croit voir nos Bords ennoblis
Quand fur les Tours de la Caftille
Flotte le Pavillon des Lys.
Le Lyon fuperbe y domine ,
Près de fon Fleuve imperieux ;
A fon afpect tout s'illumine ,
Tout rit, tout enchante les yeux.
鼗
Fiere
4
704 MERCURE DE FRANCE
Fiere de parures fi belles ,
La Seine voit orner fes Bords ;
Par le battement de ſes aîles ,
Le Cocq exprime ſes tranſports.
>
Ah ! que de brillantes Etoiles ,
Se détachent du Firmament !
O nuit , elle perce tes voiles ,
Pour marquer cet heureux moment.
Eft- ce pour nous livrer la guerre,
Que brûle ce nouvel Ethna ?
Tel fur les Enfans de la Terre ,
Jupiter autrefois tonna
Après que ces Feux à lá ronde ,
Ont fait ferpenter mille Eclairs ,
Ils vont folâtrer deffus 1.Onde ,
Ainfi qu'ils ont fait dans les Airs.
Mille fleurs vives & brillantes ,
Parent ces Jardins enchantez ;
Les Fruits font Grenades bruyantes ,
Qui partent de tous les côtes.
Gera
AVRIL
1730.
705
Cette fulphureufe matiere ,
S'enflame de mille façons ,
Bondit , fe plonge en la Riviere
Et nage comme des poiffons.
Les Lampions, les Girandoles
Y ramenent l'éclat du jour ,
Et dans de fuperbes Gondoles
S'unit la Trompette au Tambour.'
'Au fon de la vive trompette
Se mêle le bruit du Canon
Et le Peuple charmé repéte
De nos deux Rois l'augufte nom .
Par mainte Bachique Fontaine
Tout le Peuple eft defalteré ,
Ainfi que l'eau coule en la Seine ,
Par tout le vin coule à fon gré.
Que vois -je ! une naiflante Aurore.
Se leve , & dore ces côteaux ,
Et dans l'Univers qui l'implore
Lance des rayons tout nouveaux.
來
D Iris
706 MERCURE DE FRANCE
Iris la fuit , & va defcendre ;
Elle nous annonce la paix ,
Sa préſence doit nous l'apprendre ,
Et confirmer tous nos fouhaits.
Que d'aimables Métamorphofes
S'achevent dans le même inftant
?
Où l'on voyoit croître des Rofes
S'éleve un Palais éclatant.
Sa face toute décorée
Brille d'un éclat fans pareil ;
Ainfi dans la Voute azurée
Brille le Palais du Soleil.
Là j'entens de fçavans Orphées
Former mille Concerts charmans ;
N'est- ce pas ainfi que les Fées
Faifoient de doux enchantemens ?
On ne voit , n'entend que merveilles ,
Le Ballet ſe mêle aux Concerts ,
On charme les yeux , les oreilles ,
Et
par
les pas , & par les airs.
Pour marquer leur réjouiſſance
Des Bergere quittant leurs Hameaux ;
Chantent
AVRIL
1730 .
707
Chantent le bonheur de la France
Au fon de leurs doux chalumeaux.
Des Dieux , des Déeffes charmantes
S'empreffent d'embellir ces lieux ,
Et leurs parures éclatantes
Sont moins brillantes que leurs
yeux.
On a depeuplé pour la Fête
Les Mers ainfi que les Forêts ,
Des feftins que Comus aprête ,
C'eft Philippe qui fait les frais.
De mille facons differentes
Le goût s'y trouve déguiſé ,
Et fous des figures galantes
Le fucre eft métamorphofé.
Un partere de confiture
Y charme le goût & les yeux ;
On craint d'en brifer la ſtructure
Tant on le trouve précieux.
La vive , la legere danſe
Succede bientôt au repas ;
Alors mille Amours en cadence
De nos Beautés fuivent les pas.
Dij A
708 MERCURE DE FRANCE
A voir tant de magnificence ,
D'Eſpagne on connoît les grandeurs
D'un Dauphin l'heureuſe Naiffance
Anime fes Ambaffadeurs.
A vous chanter nos voix font prêtes ;
Vous feuls avez fçû parvenir
A donner de fuperbes Fêtes
Dont parlera tout l'avenir.
淤
En ces lieux d'un augufte maître
yous foûtenez la Majefté ;
Nous y faifons auffi paroître
Tout l'amour qu'il a merité.
Peuples , accourez de l'Eſpagne
Boire la fanté du Dauphin ;
Et la Bourgogne & la Champagne
Vous refervent leur meilleur vin.
Rien ne fçauroit plus nous contraindre ;
Tous les Peuples font nos amis ;
Deformais qu'avons nous à craindre ?,
PHILIPPE s'unit à LOUIS.
D. L. T
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Résumé : ODE Sur la Fête magnifique, donnée par leurs Excellences M M. le Marquis de Santa Cruz, & de Barrenechea, Ambassadeurs Extraordinaires & Plenipotentiaires de S. M. Catholique, au sujet de la Naissance de Monseigneur le Dauphin, le 24. Janvier 1730.
Le texte relate une fête somptueuse organisée par les ambassadeurs extraordinaires et plénipotentiaires de Sa Majesté Catholique, le Marquis de Santa Cruz et de Barrenechea, pour célébrer la naissance du Dauphin le 24 janvier 1730. Cette célébration se déroule sur les rives de la Seine et présente des spectacles enchanteurs où l'art s'unit aux éléments naturels. Le jour est décrit comme brillant et fortuné, avec un fleuve alternant entre impétuosité et calme, symbolisant la transition entre l'hiver et le printemps. Les eaux de la Seine sont ornées de parterres flottants entourés d'ifs et d'orangers, lançant des tonnerres inoffensifs. La rivière est décorée de parures, et un coq exprime sa joie par le battement de ses ailes. Le ciel est illuminé de brillantes étoiles, et des feux d'artifice imitent des éclairs et des tonnerres. Des jardins enchanteurs sont parés de fleurs vives et de fruits éclatants, tandis que des lampions et des girandoles éclairent la scène. La trompette et le tambour résonnent, accompagnés par le canon, et le peuple répète les noms augustes des deux rois. Des fontaines de vin désaltèrent la foule, et une aurore naissante dore les coteaux. Iris annonce la paix, et des métamorphoses se produisent, transformant des roses en un palais éclatant. Des concerts et des ballets enchantent les invités, et des bergères chantent le bonheur de la France. Des dieux et des déesses embellissent les lieux, et des festins somptueux sont offerts. La fête met en scène diverses métamorphoses culinaires, comme un parterre de confiture, et des danses légères succèdent aux repas. La magnificence de la fête témoigne des grandeurs de l'Espagne et de la France unies par la naissance du Dauphin. Les peuples sont invités à célébrer cet événement, et la Bourgogne et la Champagne offrent leurs meilleurs vins. La fête symbolise l'union entre Philippe et Louis, et l'amitié entre les peuples.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4920
p. 709-715
CONJECTURE sur l'un des noms qui ont été donnés chez les anciens Romains aux pleureuses des Funerailles. Extrait d'une Lettre de Province du 28. Fevrier 1730.
Début :
Les Auteurs des Journaux de Trévoux m'ont paru faire une reflexion trés-judicieuse [...]
Mots clefs :
Femmes, Anciens romains, Pleureuses, Funérailles, Romains
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONJECTURE sur l'un des noms qui ont été donnés chez les anciens Romains aux pleureuses des Funerailles. Extrait d'une Lettre de Province du 28. Fevrier 1730.
CONJECTURE fur l'un des noms
qui ont été donnés chez les anciens Romains
aux pleureufes des Funerailles.
Extrait d'une Lettre de Province du 28.
Fevrier 1730.
Es Auteurs des Journaux de Trévoux .
Lm'ont parti faire une reflexion trésjudicieufe
fur les trois differentes explications
qu'on a données du nom latin
Reputatrices , attribué aux Pleureufes des
anciens Enterremens ; ils déclarent ingenument
dans la page 144. de leurs Mémoires
de l'année 1730. qu'aucune des
Explications rapportées par M. Baruffaldi
de Ferrare , foit celle de Sopranus , foit
celle de Menochius , leur Confrere , foit,
enfin celle qu'il donne lui - même , n'eſt
la veritable, & je le penfe de même qu'eux.
Mais comme ils ne produifent point celle
qu'ils croyent devoir l'emporter , leur filence
m'a donné occafion de réflechir fur
la nature de ce terme & fur les differentes
lectures qui peuvent fe trouver dans
les Manufcrits des Auteurs qui s'en font
fervi , & ce font ces Reflexions dont je
vous fais part aujourd'hui , me flattant
que plus d'une perfonne pourra les trou-
D iij
ver
710 MERCURE DE FRANCE
ver legitimement appuyées.
Il n'y a qui que ce foit qui ne convien
ne que ces Pleureufes étoient des femmes
gagées , lefquelles dans la cerémonie
des Funerailles difoient du défunt ce
qu'elles en fçavoient & ce qu'elles n'en
fçavoient pas (toujours en bien ) afin d'exciter
l'Affemblée à commiferation . Mais
la difficulté eft de trouver dans les anciens
Auteurs un fondement fuffifant pour appuyer
cette dénomination , puifque rien
ne fe faifoit parmi les Romains fans une
bonne raifon. Sopranus prétend que ce
nom de Reputatrix convenoit à ces femmes
, à caufe que leurs Difcours remettoient
à l'efprit des affiftans tous les beaux
faits de la perfonne décedée , & Menochius
tire la nature de ce mot de fon éti-
י
mologie , qui approcha de la maniere
de parler ufitée parmi nous autres François,
comme fi on vouloit dire des femmes
gagées pour donner aux Funerailles un air
de Nobleffe , & qui reffente les gens de
qualité,ou qui veulent foutenir leur réputation
. Ces deux explications me paroif
fent trop tirées , & la feconde encore plus
que la premiere ; de forte que je n'ai pas
de peine à avouer qu'il faut chercher ailleurs
le veritable fens de ce mot , ou faire
connoître qu'il eft un de ceux qui fonť
corrompus de longue main dans ce qui
6
aft
AV TIL. 1730. 711
eft parvenu jufqu'à nous d'Auteurs profanes.
Je n'incline pas davantage du côté
de l'idée qui eft venue à M. Baruffaldi ,
que ce nom de Reputatrix a été donné à
ces Pleureufes , à caufe qu'en faifant le détail
des actions du défunt , il femble
qu'elles les couchoient toutes en ligne de
compte ; enforte qu'on diroit qu'elles en
auroient eu pardevers elles un état duëment
fupputé & calculé. Ce qui eft renfermé
dans les Propofitions que ces trois
Auteurs avancent pour foutenir leur étimologie
eft veritable ; & cependant il ne
s'enfuit point delà que le nom de Reputatrixait
étéformé par le rapport qu'ils trouvent
entre ce mot & la maniere d'exprimer
ce que l'on avoue avoir été pratiqué
par ces femmes. Je dis donc en premier
lieu, que quand même veritablement tous
les Manufcrits des anciens Auteurs auroient
le terme de Reputatrix , le fens que
je croirois convenir davantage à ce nom,
eft que ces femmes étoient pour tenir lieu
par leur contenance , leurs geftes & leurs
pleurs , de tout ce que les parens ou les
plus proches du défunt auroient dû faire ,
comme étant les veritables perfonnages du
dueil , ad quos luctus pertinet , dit Efope
dans la Fable du Riche ; & fans chercher
une étimologie forcée , je ne vois d'autre
miftere dans ce nom de Reputatrix , finon
D iiij que
712 MERCURE DE FRANCE
que par là on a voulu dire que ces femmes
étoient réputées agir au nom de ceux
qui auroient dû paroître fur la Scene.
C'étoient des Actrices gagées pour fuppléer
à ce que certaines circonftances empêchoient
qu'on ne laiffât faire aux parens
du défunt , acteurs naturels de la
cerémonie ; de même qu'on dit qu'un tel
eft pere putatif d'un autre , parce qu'il
eft reputé pour tel dans le monde & aux
yeux des hommes . J'ajoûterai cependant
à tout cela que je ne produis avec confiance
cette explication , toute naturelle
qu'elle cft , qu'autant que l'on me garantira
pour chofe fûre & certaine , que les
Auteurs qui ont les premiers écrit fur les
Pleureufes , ou Comédiennes Funeraires
ont employé le mot Reputatrix , & que.
ce ne font pas leurs Copiftes qui , en abregeant
un mot trop long , auroient écrit
Reputatrix au lieu de Repritatrix ; c'eft ce
qui feroit une grande difference pour la
netteté de l'expreffion , fi on y lifoit l'un
au lieu de l'autre . Et peut- être cela a-t'il
été ainfi ab initio ; au moins il y a tout
lieu de conjecturer que quelques anciens
Copiſtes trouvant le mot de Repræfentatrix
d'une trop grande étendue , ils en ont
fupprimé quelques lettres felon les regles
que nous tenons encore d'eux pour les
abbreviations des mots præfens , prafentia
&
AVRIL. 1730. 713.
& de leurs dérivés ,& que de même qu'on
écrit præfens en trois lettres de cette forte
pis , & prafentia en cinq pfitia , quelque
Copiſte des premiers tems aura écrit Repntatrix
; enfuite comme les lettres n & u
fe reffemblent très fort , d'autres Ecrivains
pofterieurs s'y feront mépris , & auront
crû devoir lire Reputatrix où il y avoit
Repritatrix. L'exemple de Caienaire pris
pour Caienaire , ainfi qu'il a été remarqué
dans le penultiéme Volume des Mémoires
de l'Académie des Belles- Lettres , eft
tout-à-fait favorable à ma conjecture ; &
même fans fortir de la matiere en queſtion,
certains Copiſtes de nos anciens Grammairiens
Latins ont quelquefois appellé
du nom de Venia pour Nania , par erreur
´d'une lettre , les Chanfons Funeraires des
Pleureuſes .Voyez Kirchman , page 154. Il
eft certain fi l'un des noms de ces an
que
ciennes Lamentatrices étoit celui de Reprafentatrix
, il n'y a plus à fe donner la
torture pour en chercher la raifon . Elle
eft fi naturelle qu'il eft inutile de s'étèndre
à en faire fentir la fignification . C'étoient
de vrayes Comédiennes qui repréfentoient
en badinant la douleur réelle des
affligés , & qui fe répandoient en differens
narrés qu'elles entreméloient de larmes
feintes & de fanglots fimulés fur l'excellence
du défunt , groffiffant par là la
D , v perte
714 MERCURE DE FRANCE
perte que le Public faifoit à fa mort
qu'elles difent faux ou vrai , elles n'en
étoient pas moins de veritables Actricespubliques.
Je laiffe le Public fçavant entierement
juge de mon explication ; quelqu'un
'un lui fera peut- être un jour grande
fête de la découverte de quelque Manuf
crit où il y aura clairement Repræfentatrix
ou Repitatrix , & non pas Reputatrix.
Quant au nom de Pfaltrie qu'on donne
auffi à ces femmes , felon M. Baruffal
di , je le trouve très - compatible avec la
qualité de Repréfentatrices qui étoit fi
naturelle à leur fonction ; & fi nous avions;
tous les Ouvrages qu'ont écrit les Auteurs
profanes , peut- être y rencontrerionsnous
auffi ce nom employé quelquefois
pour defigner des Pleureufes d'entre les
Payens. Il ne faut pas déterminer le fens
du Verbe Pfallere à ne fignifier uniquement
que les louanges du vrai Dieu ; Spartien
nous apprend de l'Empereur Hadrien
qu'il étoit Pfalmifte & bon Chantre ::
Pfallendi & cantandi fcientiam præ fe ferebator
jamais on ne s'eſt aviſé " de croire
que ce Prince Payen air employé dans fes :
chants les louanges du Dieu des Chré--
tiens. Ainfi les femmes qui ont conduit
le dueil chez les Payens ont pû fort bien
être appellées Pfaltria , & il n'eft pas nes
ceffaire de prendre celles à qui on a don
nế
AVRIL 1730. 715
ně ce nom pour des Chrétiennes qui fuffent
uniquement deftinées à chanter les
Pleaumes de David , ou autres Cantiques
de la compofition des premiens Chrétiens.
qui ont été donnés chez les anciens Romains
aux pleureufes des Funerailles.
Extrait d'une Lettre de Province du 28.
Fevrier 1730.
Es Auteurs des Journaux de Trévoux .
Lm'ont parti faire une reflexion trésjudicieufe
fur les trois differentes explications
qu'on a données du nom latin
Reputatrices , attribué aux Pleureufes des
anciens Enterremens ; ils déclarent ingenument
dans la page 144. de leurs Mémoires
de l'année 1730. qu'aucune des
Explications rapportées par M. Baruffaldi
de Ferrare , foit celle de Sopranus , foit
celle de Menochius , leur Confrere , foit,
enfin celle qu'il donne lui - même , n'eſt
la veritable, & je le penfe de même qu'eux.
Mais comme ils ne produifent point celle
qu'ils croyent devoir l'emporter , leur filence
m'a donné occafion de réflechir fur
la nature de ce terme & fur les differentes
lectures qui peuvent fe trouver dans
les Manufcrits des Auteurs qui s'en font
fervi , & ce font ces Reflexions dont je
vous fais part aujourd'hui , me flattant
que plus d'une perfonne pourra les trou-
D iij
ver
710 MERCURE DE FRANCE
ver legitimement appuyées.
Il n'y a qui que ce foit qui ne convien
ne que ces Pleureufes étoient des femmes
gagées , lefquelles dans la cerémonie
des Funerailles difoient du défunt ce
qu'elles en fçavoient & ce qu'elles n'en
fçavoient pas (toujours en bien ) afin d'exciter
l'Affemblée à commiferation . Mais
la difficulté eft de trouver dans les anciens
Auteurs un fondement fuffifant pour appuyer
cette dénomination , puifque rien
ne fe faifoit parmi les Romains fans une
bonne raifon. Sopranus prétend que ce
nom de Reputatrix convenoit à ces femmes
, à caufe que leurs Difcours remettoient
à l'efprit des affiftans tous les beaux
faits de la perfonne décedée , & Menochius
tire la nature de ce mot de fon éti-
י
mologie , qui approcha de la maniere
de parler ufitée parmi nous autres François,
comme fi on vouloit dire des femmes
gagées pour donner aux Funerailles un air
de Nobleffe , & qui reffente les gens de
qualité,ou qui veulent foutenir leur réputation
. Ces deux explications me paroif
fent trop tirées , & la feconde encore plus
que la premiere ; de forte que je n'ai pas
de peine à avouer qu'il faut chercher ailleurs
le veritable fens de ce mot , ou faire
connoître qu'il eft un de ceux qui fonť
corrompus de longue main dans ce qui
6
aft
AV TIL. 1730. 711
eft parvenu jufqu'à nous d'Auteurs profanes.
Je n'incline pas davantage du côté
de l'idée qui eft venue à M. Baruffaldi ,
que ce nom de Reputatrix a été donné à
ces Pleureufes , à caufe qu'en faifant le détail
des actions du défunt , il femble
qu'elles les couchoient toutes en ligne de
compte ; enforte qu'on diroit qu'elles en
auroient eu pardevers elles un état duëment
fupputé & calculé. Ce qui eft renfermé
dans les Propofitions que ces trois
Auteurs avancent pour foutenir leur étimologie
eft veritable ; & cependant il ne
s'enfuit point delà que le nom de Reputatrixait
étéformé par le rapport qu'ils trouvent
entre ce mot & la maniere d'exprimer
ce que l'on avoue avoir été pratiqué
par ces femmes. Je dis donc en premier
lieu, que quand même veritablement tous
les Manufcrits des anciens Auteurs auroient
le terme de Reputatrix , le fens que
je croirois convenir davantage à ce nom,
eft que ces femmes étoient pour tenir lieu
par leur contenance , leurs geftes & leurs
pleurs , de tout ce que les parens ou les
plus proches du défunt auroient dû faire ,
comme étant les veritables perfonnages du
dueil , ad quos luctus pertinet , dit Efope
dans la Fable du Riche ; & fans chercher
une étimologie forcée , je ne vois d'autre
miftere dans ce nom de Reputatrix , finon
D iiij que
712 MERCURE DE FRANCE
que par là on a voulu dire que ces femmes
étoient réputées agir au nom de ceux
qui auroient dû paroître fur la Scene.
C'étoient des Actrices gagées pour fuppléer
à ce que certaines circonftances empêchoient
qu'on ne laiffât faire aux parens
du défunt , acteurs naturels de la
cerémonie ; de même qu'on dit qu'un tel
eft pere putatif d'un autre , parce qu'il
eft reputé pour tel dans le monde & aux
yeux des hommes . J'ajoûterai cependant
à tout cela que je ne produis avec confiance
cette explication , toute naturelle
qu'elle cft , qu'autant que l'on me garantira
pour chofe fûre & certaine , que les
Auteurs qui ont les premiers écrit fur les
Pleureufes , ou Comédiennes Funeraires
ont employé le mot Reputatrix , & que.
ce ne font pas leurs Copiftes qui , en abregeant
un mot trop long , auroient écrit
Reputatrix au lieu de Repritatrix ; c'eft ce
qui feroit une grande difference pour la
netteté de l'expreffion , fi on y lifoit l'un
au lieu de l'autre . Et peut- être cela a-t'il
été ainfi ab initio ; au moins il y a tout
lieu de conjecturer que quelques anciens
Copiſtes trouvant le mot de Repræfentatrix
d'une trop grande étendue , ils en ont
fupprimé quelques lettres felon les regles
que nous tenons encore d'eux pour les
abbreviations des mots præfens , prafentia
&
AVRIL. 1730. 713.
& de leurs dérivés ,& que de même qu'on
écrit præfens en trois lettres de cette forte
pis , & prafentia en cinq pfitia , quelque
Copiſte des premiers tems aura écrit Repntatrix
; enfuite comme les lettres n & u
fe reffemblent très fort , d'autres Ecrivains
pofterieurs s'y feront mépris , & auront
crû devoir lire Reputatrix où il y avoit
Repritatrix. L'exemple de Caienaire pris
pour Caienaire , ainfi qu'il a été remarqué
dans le penultiéme Volume des Mémoires
de l'Académie des Belles- Lettres , eft
tout-à-fait favorable à ma conjecture ; &
même fans fortir de la matiere en queſtion,
certains Copiſtes de nos anciens Grammairiens
Latins ont quelquefois appellé
du nom de Venia pour Nania , par erreur
´d'une lettre , les Chanfons Funeraires des
Pleureuſes .Voyez Kirchman , page 154. Il
eft certain fi l'un des noms de ces an
que
ciennes Lamentatrices étoit celui de Reprafentatrix
, il n'y a plus à fe donner la
torture pour en chercher la raifon . Elle
eft fi naturelle qu'il eft inutile de s'étèndre
à en faire fentir la fignification . C'étoient
de vrayes Comédiennes qui repréfentoient
en badinant la douleur réelle des
affligés , & qui fe répandoient en differens
narrés qu'elles entreméloient de larmes
feintes & de fanglots fimulés fur l'excellence
du défunt , groffiffant par là la
D , v perte
714 MERCURE DE FRANCE
perte que le Public faifoit à fa mort
qu'elles difent faux ou vrai , elles n'en
étoient pas moins de veritables Actricespubliques.
Je laiffe le Public fçavant entierement
juge de mon explication ; quelqu'un
'un lui fera peut- être un jour grande
fête de la découverte de quelque Manuf
crit où il y aura clairement Repræfentatrix
ou Repitatrix , & non pas Reputatrix.
Quant au nom de Pfaltrie qu'on donne
auffi à ces femmes , felon M. Baruffal
di , je le trouve très - compatible avec la
qualité de Repréfentatrices qui étoit fi
naturelle à leur fonction ; & fi nous avions;
tous les Ouvrages qu'ont écrit les Auteurs
profanes , peut- être y rencontrerionsnous
auffi ce nom employé quelquefois
pour defigner des Pleureufes d'entre les
Payens. Il ne faut pas déterminer le fens
du Verbe Pfallere à ne fignifier uniquement
que les louanges du vrai Dieu ; Spartien
nous apprend de l'Empereur Hadrien
qu'il étoit Pfalmifte & bon Chantre ::
Pfallendi & cantandi fcientiam præ fe ferebator
jamais on ne s'eſt aviſé " de croire
que ce Prince Payen air employé dans fes :
chants les louanges du Dieu des Chré--
tiens. Ainfi les femmes qui ont conduit
le dueil chez les Payens ont pû fort bien
être appellées Pfaltria , & il n'eft pas nes
ceffaire de prendre celles à qui on a don
nế
AVRIL 1730. 715
ně ce nom pour des Chrétiennes qui fuffent
uniquement deftinées à chanter les
Pleaumes de David , ou autres Cantiques
de la compofition des premiens Chrétiens.
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Résumé : CONJECTURE sur l'un des noms qui ont été donnés chez les anciens Romains aux pleureuses des Funerailles. Extrait d'une Lettre de Province du 28. Fevrier 1730.
Le texte traite de l'origine du terme 'Reputatrices', utilisé pour désigner les pleureuses lors des funérailles romaines. Une lettre de 1730 présente trois explications différentes proposées par Sopranus, Menochius et Baruffaldi, mais les auteurs des Journaux de Trévoux les jugent toutes incorrectes. Ils soulignent que les pleureuses étaient des femmes engagées pour susciter la compassion en parlant du défunt, mais ils ne trouvent pas de fondement suffisant dans les anciens auteurs pour expliquer ce terme. Sopranus suggère que 'Reputatrix' vient du fait que les discours des pleureuses rappelaient les beaux faits du défunt. Menochius propose une étymologie liée à la noblesse et à la réputation. Baruffaldi pense que le nom vient du fait que les pleureuses détaillaient les actions du défunt comme un état comptable. Cependant, ces explications sont jugées trop tirées par l'auteur de la lettre. L'auteur de la lettre propose que 'Reputatrix' pourrait venir de 'Repræfentatrix', signifiant que ces femmes représentaient les proches du défunt dans le deuil. Il conjecture que des copistes ont abrégé ou modifié le mot au fil du temps, ce qui expliquerait la forme actuelle. Il mentionne également le nom 'Pfaltrie' pour ces femmes, compatible avec leur rôle de représentantes, et note que ce terme ne doit pas être limité aux louanges du Dieu chrétien.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4921
p. 715-717
PARAPHRASE de l'Hymne Vexilla Regis prodeunt &c. Par M. de Senecé.
Début :
Voci l'Etendart glorieux [...]
Mots clefs :
Bois, Croix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PARAPHRASE de l'Hymne Vexilla Regis prodeunt &c. Par M. de Senecé.
PARAPHRASE de l'Hymne Vexilla
Regis prodeunt &c. Par M. de
Senecé.
V
Oici l'Etendart glorieux
Du Roi de la Terre & des Cieux ;
Voici le miftere adorable
D'un Dieu fur la Croix attaché ,
Pour laver l'homme miferable
Des fouileures de fon peché..
C'eft fur ce bois que d'un Romain
Seigneur , la criminelle main
Vous fit la bleffure profonde ,
Qui par un prodige nouveau ,
Pour guerir tous les maux du monde
Ruiffella du fang & de l'eau.
Oracles d'Efprit Saint remplis ,
Que vous fûtes bien accomplis !!
O que David rencontra juſte ,
Quand il prédit que par le bois
D vj
Notre
716 MERCURE DE FRANCE
Notre Legiſlateur Augufte
Nous donneroit fes faintes Loix .
柒
O bois brillant , bois fortuné,
Bois magnifiquement orné
D'une pourpre fi précieuſe
Deftinée à nous racheter !
Que cette fouche fut heureuſe
Qui mérita de vous porter !
Que vous étalez de Tréfors !
Vous portez ce précieux corps
Du Ciel le plus parfait Ouvrage ,
Et vos bras foûtiennent en l'air
Les débris de notre naufrage
Et les dépouilles de l'Enfer.
Sainte Croix , notre unique efpoir ,
Des Fideles dans leur devoir
Augmentez la perfeverance ,
Et dans ces jours de Paffion
Aux pecheurs par votre indulgence
Accordez la remiffion.
Inconcevable Trinité ,
Vous qui regnez dans l'Unité
Fait
AVRIL. 1730. 717
Faites que l'Univers vous louë ,
Rappellez -nous à votre voix ;
Sauvez l'homme qui n'eſt que bouë
Sans le mérite de la Croix .
Regis prodeunt &c. Par M. de
Senecé.
V
Oici l'Etendart glorieux
Du Roi de la Terre & des Cieux ;
Voici le miftere adorable
D'un Dieu fur la Croix attaché ,
Pour laver l'homme miferable
Des fouileures de fon peché..
C'eft fur ce bois que d'un Romain
Seigneur , la criminelle main
Vous fit la bleffure profonde ,
Qui par un prodige nouveau ,
Pour guerir tous les maux du monde
Ruiffella du fang & de l'eau.
Oracles d'Efprit Saint remplis ,
Que vous fûtes bien accomplis !!
O que David rencontra juſte ,
Quand il prédit que par le bois
D vj
Notre
716 MERCURE DE FRANCE
Notre Legiſlateur Augufte
Nous donneroit fes faintes Loix .
柒
O bois brillant , bois fortuné,
Bois magnifiquement orné
D'une pourpre fi précieuſe
Deftinée à nous racheter !
Que cette fouche fut heureuſe
Qui mérita de vous porter !
Que vous étalez de Tréfors !
Vous portez ce précieux corps
Du Ciel le plus parfait Ouvrage ,
Et vos bras foûtiennent en l'air
Les débris de notre naufrage
Et les dépouilles de l'Enfer.
Sainte Croix , notre unique efpoir ,
Des Fideles dans leur devoir
Augmentez la perfeverance ,
Et dans ces jours de Paffion
Aux pecheurs par votre indulgence
Accordez la remiffion.
Inconcevable Trinité ,
Vous qui regnez dans l'Unité
Fait
AVRIL. 1730. 717
Faites que l'Univers vous louë ,
Rappellez -nous à votre voix ;
Sauvez l'homme qui n'eſt que bouë
Sans le mérite de la Croix .
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Résumé : PARAPHRASE de l'Hymne Vexilla Regis prodeunt &c. Par M. de Senecé.
L'hymne 'Vexilla Regis' célèbre la Croix du Christ, présentée comme l'étendard glorieux du Roi des Cieux et symbole de la rédemption. Le texte décrit la crucifixion de Jésus, soulignant que la blessure infligée par un Romain a guéri les maux du monde. Il mentionne la prophétie de David concernant la loi donnée par le législateur auguste. La Croix est décrite comme un bois précieux et fortuné, orné d'une pourpre destinée à racheter l'humanité. Elle porte le corps parfait du Christ, soutenant les débris du naufrage humain et les dépouilles de l'Enfer. Le texte prie la Sainte Croix d'augmenter la persévérance des fidèles et d'accorder la rémission aux pécheurs. Enfin, il s'adresse à la Trinité, demandant que l'univers loue Dieu et que l'homme soit sauvé par le mérite de la Croix.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4922
p. 717-722
REJOUISSANCES faites à Tripoly de Syrie, par le Consul de France. Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville le 5. Janvier 1730. par M....
Début :
Mr le Maire, Consul de France à Tripoly de Syrie, ayant reçu les ordres de la Cour sur [...]
Mots clefs :
Réjouissances, Naissance du Dauphin, Dauphin, Syrie, Consul de France, Nation française, Tripoli
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texteReconnaissance textuelle : REJOUISSANCES faites à Tripoly de Syrie, par le Consul de France. Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville le 5. Janvier 1730. par M....
REJOUISSANCES faites à Tripoly
de Syrie , par le Conful de France.
Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville
le 5. Janvier 1730. par M...··
Mãe Syrie, ayané reçûle's ordres de la Cour fur
le Maire , Conful de France à Tripoly
Pheureufe Naiffance du Dauphin , fit auffi -tôt
convoquer une Affemblée generale de la Nation
de France, où il fut déliberé , que de concert avec
le fieur Aumerat , Député du Commerce de cette
Echelle , le Conful feroit tout ce qu'il jugeroit à
propos pour celebrer cette augufte Naiffance. M
donna fes ordres dès le même jour pour tous les
préparatifs neceffaires ,lefquels furent executez en
moins de huit jours, & approuvez par le Député
du Commerce , auquel le Conful avoit communiqué
fes projets. Comme tout le trouva prêt le
premier jour de l'an , le Conful crut qu'on ne
pouvoit mieux commencer la nouvelle année ,
qu'en donnant ce jour-là des marques de la joyet
de toute la Nation.
Tout étant difpofé , le Conful envoya le der
nier jour de l'année 1729. des Billets d'avertiffe
ment à toute la Nation Françoiſe , pour l'infor
mer qu'il iroit le lendemain en ceremonie à l'Eglife
Paroiffiale pour y faire chanter le Te Deum ,
& une grande Meffe en action de graces de l'heurreufe
718 MERCURE DE FRANCE
reufe nouvelle que la Nation venoit de recevoir.
Le Conful fit avertir aufli tous les Religieux Miffionnaires
d'y affiſter.
Le lendemain , premier jour de l'an , tout le
monde fe rendit à l'heure qui avoit été donnée ,
dans la Maiſon du Roy , & fur les 9. heures le
Conful de France , accompagné de toute la Na--
tion fe mit en marche de cette maniere.
Six Janniffaires portant des Maffes, & couverts
de leurs Bonnets de ceremonie , précedez par
P'Huiffier de la Nation , commençoient la Marche,
les Officiers de la Maifon du Conful , compofée
de quatre Interpretes , venoient enfuite. Le
Conful, à la tête de toute la Nation Françoiſe
fuivoit immédiatement après , & la Marche étoit
terminée par les Tambours , Timbales & Trompettes
du Pacha de Tripoly. Les rues étoient
remplies d'un très - grand nombre de Chrétiens du
Pays, & d'autres Nations étrangeres , & de toute
da Populace de la Ville.
Le Conful arriva en cet ordre jufqu'à la porte
de l'Eglife , où il trouva le Superieur des Capucins,
fon Chapelain & Curé de la Nation , qui lui
prefenta l'Eau - Benite , & lui fit un Compliment
fur la Naiflance du Dauphin . On entra enfuite"
dans l'Eglife qui étoit extraordinairement décorée;
on y chanta la grande Meffe , le Te Deum
& l'Exaudiat , au bruit d'une très-grande quantité
de Boëtes .
Le Conful avec toute fa fuite , fortit de l'Eglife
dans le même ordre qu'il y étoit entré , & revint
la Maiſon du Roi , où l'on fervit un déjeuné
compofé de toutes fortes de viandes en très gran
de profufion. Le Conful but la fanté du Roi , de
la Reine & du Prince nouveau né , au bruit des
Boetes , de la Moufqueterie & de tous les Canons
des Vaileaux François & Etrangers qui étoient
dans
AVRIL. 1730. 719
dans le Port. Le Député du Commerce & toute
la Nation, fuivirent l'exemple du Conful , on dif
tribua de l'argent aux pauvres , & toute cette
journée fe paffa dans la plus grande joye, jeux ,
danfes & autres divertiffemens .
A l'entrée de la nuit on commença l'Illumination
, la Maifon du Roi étoit illuminée de haue™
en bas
par plus de 2000. Lampions. Trois grandes
Piramides de 18. pieds de hauteur fur 6. de
largeur en quarré,.couronnées par des Fleurs
de Lys à quatre faces,à jour, garnies de Lampions,
regnoient le long de la baffe Terraffe , ce qui pro
duifoit un effet admirable. Le Grand-Divan ou Ef-T
trade de la baffe-cour étoit illuminé par 5.grands-
Luftres à quatre étages , à la maniere du Païs
dont chaque étage contenoit plus de 500. Lampions
qui répandoient une clarté étonnante dans
toute la Cour , & au Divan , au bout duquel on
avoit placé une Girandole de cuivre doré ,
douze branches, garnies de bougies.
En face du Divan & fur le bout du Baffin de
Marbre , qui reçoit un jet d'eau , on avoit élevé
le Portrait du Roi , couronné de Lauriers , de zo .
pieds de hauteur , & plus bas on avoit placé un
grand Ecuffon aux Armes de France , travaillé à
jour , dont les Fleurs de Lys avoient quatre pieds
de hauteur. Cet Ecuffon , qui étoit illuminé extraordinairement
, avoit deux faces , pour être vu
des deux côtez du Baffin ; il étoit orné de Palmes
& de Lauriers , & les huit Colomnes qui bordent
le Réfervoir , étoient couvertes dans toute leur
hauteur de branches d'Orangers chargées de leur
fruit , ce qui formoit une décoration des plus
agréables.
Tous les Marchands François qui ont leurs lagemens
dans differens quartiers de la Ville , firentauffi
des Illuminations magnifiques dans leurs
maifors
420 MERCURE DE FRANCE
*
maifons ; elles furent fi grandes & en fi grand
nombre, que le Cadi ou Juge en chef de Tripoly,
en fut allarmé , il envoya
dire au Conful de France
de faire ceffer ces illuminations , que le Peuple
en murmuroit, craignant qu'on ne voulût mettre
Je feu à la Ville , & qu'il feroit obligé d'envoyer ,
du monde pour les éteindre , il fit dire même au
fieur Blanc , que fa maifon fe trouvant placée dans
nn Camp quia ppartient à la Ville de la Meque,
& affecté en quelque façon à leur Prophete , il n'y
pouvoit faire aucun feu fur les Terraffes , & c. Le
Conful ne s'embarraſſa pas beaucoup des menaces
du Cadi , il fut pourtant obligé d'en porter fes
plaintes au Pacha , lequel ayant déja donné fon
agrément au Conful pour toutes les Illuminations
qu'il devoit faire , fit ceffer toutes les difficultez
du Cadi , & les Illuminations furent continuées
fans aucun empêchement pendant les trois jours
que dura la Fête.
La Salle d'Audiance étoit décorée auffi de quan
tité de Portraits de la Famille Royale & de plufieurs
Luftres garnis de Bougies. Le Grand - Divan
de cette Salle étoit tapiffé de plufieurs Pieces d'E
toffes de Soye magnifique & meublé, à la maniere
du Pays, de quantité de Couffins de velours cizelé
pour recevoir la Nation & les Grands du Pays ,
qui étoient venus pour voir la Fête.
Il y a eu pendant les trois jours de cette Fête ,
deux Tables dans la Salle d'Audiance , une de 15 .
Couverts & l'autre de 12. qui furent également
fervies & avec autant de profufion que de délicateffe
; les fantez du Roy y furent bues plus d'une
fois au bruit des Boetes & de l'Artillerie ; il y eut
plus de 800 verres de caffez à la fanté de Monfeigneur
le Dauphin.
* Grand Bâtiment quarré en forme de Cloitre
qui contient plufieurs Logemens .
Les
AVRIL . 2730. 727
Les Religieux Miffionnaires des quatre Maifons
furent priez le fecondjour & de la Fête &
du Repas , ils avoient déja donné des marques de
leur zele par des Prieres , des Charitez , des Illuminations
, & c.
La Maifon du Conful fut toûjours ouverte à
tous les Grands du Pays & aux Marchands Turcs,
aufquels on diftribua du Caffé , des Eaux de fenteurs
, du Sorbec & du Tabac à fumer , fuivant
P'ufage du Pays.
Le Janniffaire-Aga vint fur le foir en ceremo →
nie rendre vifite au Conful , pour lui faire compliment
fur la Naiffance du Dauphin, il fut réga
lé d'une collation , du Parfum.
Comme le Conful avoit fait part au Patriarche
& aux Archevêques & Evêques des Maronites ,
Nation Catholique du Mont Liban , au pied duquel
eft fituée la Ville de Tripoly, de la Naiffance
de Monfeigneur le Dauphin , l'Archevêque Gabriël
d'Eden fut envoyé de la part de ces Prélats,
pour lui en faire compliment & pour le prier d'af
fifter à la Meffe que le même Archevêque devoit
celebrer pontificalement le lendemain , en action
de graces dans cet heureux évenement. Le Conful
s'y rendit avec les Principaux de fa Nation , le
Prélat revêtu de fes habits Pontificaux , vint le
recevoir à la porte de l'Eglife des Maronites , lur
donna l'Eau- Benite & le conduifit , ſuivi de tous e
les Prêtres portant des Cierges , avec la Croix &
la Banniere , jufqu'à fon Prie- Dieu , placé près de
I'Autel. A la fin de la Meffe l'Archevêque prononça
un Difcours à la louange du Roi , Protec
teur de la Nation Maronite , & l'exhorta à prier -
Dieu pour la confervation de S. M. & de la Famille
Royale , le Conful donna le même jour un
* Jefuites , Cordeliers , Carmes Déchaux
Capucins.
grand
22 MERCURE DE FRANCE
grand Repas à ce Prélat & à tout le Clergé qui
l'accompagnoit.
de Syrie , par le Conful de France.
Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville
le 5. Janvier 1730. par M...··
Mãe Syrie, ayané reçûle's ordres de la Cour fur
le Maire , Conful de France à Tripoly
Pheureufe Naiffance du Dauphin , fit auffi -tôt
convoquer une Affemblée generale de la Nation
de France, où il fut déliberé , que de concert avec
le fieur Aumerat , Député du Commerce de cette
Echelle , le Conful feroit tout ce qu'il jugeroit à
propos pour celebrer cette augufte Naiffance. M
donna fes ordres dès le même jour pour tous les
préparatifs neceffaires ,lefquels furent executez en
moins de huit jours, & approuvez par le Député
du Commerce , auquel le Conful avoit communiqué
fes projets. Comme tout le trouva prêt le
premier jour de l'an , le Conful crut qu'on ne
pouvoit mieux commencer la nouvelle année ,
qu'en donnant ce jour-là des marques de la joyet
de toute la Nation.
Tout étant difpofé , le Conful envoya le der
nier jour de l'année 1729. des Billets d'avertiffe
ment à toute la Nation Françoiſe , pour l'infor
mer qu'il iroit le lendemain en ceremonie à l'Eglife
Paroiffiale pour y faire chanter le Te Deum ,
& une grande Meffe en action de graces de l'heurreufe
718 MERCURE DE FRANCE
reufe nouvelle que la Nation venoit de recevoir.
Le Conful fit avertir aufli tous les Religieux Miffionnaires
d'y affiſter.
Le lendemain , premier jour de l'an , tout le
monde fe rendit à l'heure qui avoit été donnée ,
dans la Maiſon du Roy , & fur les 9. heures le
Conful de France , accompagné de toute la Na--
tion fe mit en marche de cette maniere.
Six Janniffaires portant des Maffes, & couverts
de leurs Bonnets de ceremonie , précedez par
P'Huiffier de la Nation , commençoient la Marche,
les Officiers de la Maifon du Conful , compofée
de quatre Interpretes , venoient enfuite. Le
Conful, à la tête de toute la Nation Françoiſe
fuivoit immédiatement après , & la Marche étoit
terminée par les Tambours , Timbales & Trompettes
du Pacha de Tripoly. Les rues étoient
remplies d'un très - grand nombre de Chrétiens du
Pays, & d'autres Nations étrangeres , & de toute
da Populace de la Ville.
Le Conful arriva en cet ordre jufqu'à la porte
de l'Eglife , où il trouva le Superieur des Capucins,
fon Chapelain & Curé de la Nation , qui lui
prefenta l'Eau - Benite , & lui fit un Compliment
fur la Naiflance du Dauphin . On entra enfuite"
dans l'Eglife qui étoit extraordinairement décorée;
on y chanta la grande Meffe , le Te Deum
& l'Exaudiat , au bruit d'une très-grande quantité
de Boëtes .
Le Conful avec toute fa fuite , fortit de l'Eglife
dans le même ordre qu'il y étoit entré , & revint
la Maiſon du Roi , où l'on fervit un déjeuné
compofé de toutes fortes de viandes en très gran
de profufion. Le Conful but la fanté du Roi , de
la Reine & du Prince nouveau né , au bruit des
Boetes , de la Moufqueterie & de tous les Canons
des Vaileaux François & Etrangers qui étoient
dans
AVRIL. 1730. 719
dans le Port. Le Député du Commerce & toute
la Nation, fuivirent l'exemple du Conful , on dif
tribua de l'argent aux pauvres , & toute cette
journée fe paffa dans la plus grande joye, jeux ,
danfes & autres divertiffemens .
A l'entrée de la nuit on commença l'Illumination
, la Maifon du Roi étoit illuminée de haue™
en bas
par plus de 2000. Lampions. Trois grandes
Piramides de 18. pieds de hauteur fur 6. de
largeur en quarré,.couronnées par des Fleurs
de Lys à quatre faces,à jour, garnies de Lampions,
regnoient le long de la baffe Terraffe , ce qui pro
duifoit un effet admirable. Le Grand-Divan ou Ef-T
trade de la baffe-cour étoit illuminé par 5.grands-
Luftres à quatre étages , à la maniere du Païs
dont chaque étage contenoit plus de 500. Lampions
qui répandoient une clarté étonnante dans
toute la Cour , & au Divan , au bout duquel on
avoit placé une Girandole de cuivre doré ,
douze branches, garnies de bougies.
En face du Divan & fur le bout du Baffin de
Marbre , qui reçoit un jet d'eau , on avoit élevé
le Portrait du Roi , couronné de Lauriers , de zo .
pieds de hauteur , & plus bas on avoit placé un
grand Ecuffon aux Armes de France , travaillé à
jour , dont les Fleurs de Lys avoient quatre pieds
de hauteur. Cet Ecuffon , qui étoit illuminé extraordinairement
, avoit deux faces , pour être vu
des deux côtez du Baffin ; il étoit orné de Palmes
& de Lauriers , & les huit Colomnes qui bordent
le Réfervoir , étoient couvertes dans toute leur
hauteur de branches d'Orangers chargées de leur
fruit , ce qui formoit une décoration des plus
agréables.
Tous les Marchands François qui ont leurs lagemens
dans differens quartiers de la Ville , firentauffi
des Illuminations magnifiques dans leurs
maifors
420 MERCURE DE FRANCE
*
maifons ; elles furent fi grandes & en fi grand
nombre, que le Cadi ou Juge en chef de Tripoly,
en fut allarmé , il envoya
dire au Conful de France
de faire ceffer ces illuminations , que le Peuple
en murmuroit, craignant qu'on ne voulût mettre
Je feu à la Ville , & qu'il feroit obligé d'envoyer ,
du monde pour les éteindre , il fit dire même au
fieur Blanc , que fa maifon fe trouvant placée dans
nn Camp quia ppartient à la Ville de la Meque,
& affecté en quelque façon à leur Prophete , il n'y
pouvoit faire aucun feu fur les Terraffes , & c. Le
Conful ne s'embarraſſa pas beaucoup des menaces
du Cadi , il fut pourtant obligé d'en porter fes
plaintes au Pacha , lequel ayant déja donné fon
agrément au Conful pour toutes les Illuminations
qu'il devoit faire , fit ceffer toutes les difficultez
du Cadi , & les Illuminations furent continuées
fans aucun empêchement pendant les trois jours
que dura la Fête.
La Salle d'Audiance étoit décorée auffi de quan
tité de Portraits de la Famille Royale & de plufieurs
Luftres garnis de Bougies. Le Grand - Divan
de cette Salle étoit tapiffé de plufieurs Pieces d'E
toffes de Soye magnifique & meublé, à la maniere
du Pays, de quantité de Couffins de velours cizelé
pour recevoir la Nation & les Grands du Pays ,
qui étoient venus pour voir la Fête.
Il y a eu pendant les trois jours de cette Fête ,
deux Tables dans la Salle d'Audiance , une de 15 .
Couverts & l'autre de 12. qui furent également
fervies & avec autant de profufion que de délicateffe
; les fantez du Roy y furent bues plus d'une
fois au bruit des Boetes & de l'Artillerie ; il y eut
plus de 800 verres de caffez à la fanté de Monfeigneur
le Dauphin.
* Grand Bâtiment quarré en forme de Cloitre
qui contient plufieurs Logemens .
Les
AVRIL . 2730. 727
Les Religieux Miffionnaires des quatre Maifons
furent priez le fecondjour & de la Fête &
du Repas , ils avoient déja donné des marques de
leur zele par des Prieres , des Charitez , des Illuminations
, & c.
La Maifon du Conful fut toûjours ouverte à
tous les Grands du Pays & aux Marchands Turcs,
aufquels on diftribua du Caffé , des Eaux de fenteurs
, du Sorbec & du Tabac à fumer , fuivant
P'ufage du Pays.
Le Janniffaire-Aga vint fur le foir en ceremo →
nie rendre vifite au Conful , pour lui faire compliment
fur la Naiffance du Dauphin, il fut réga
lé d'une collation , du Parfum.
Comme le Conful avoit fait part au Patriarche
& aux Archevêques & Evêques des Maronites ,
Nation Catholique du Mont Liban , au pied duquel
eft fituée la Ville de Tripoly, de la Naiffance
de Monfeigneur le Dauphin , l'Archevêque Gabriël
d'Eden fut envoyé de la part de ces Prélats,
pour lui en faire compliment & pour le prier d'af
fifter à la Meffe que le même Archevêque devoit
celebrer pontificalement le lendemain , en action
de graces dans cet heureux évenement. Le Conful
s'y rendit avec les Principaux de fa Nation , le
Prélat revêtu de fes habits Pontificaux , vint le
recevoir à la porte de l'Eglife des Maronites , lur
donna l'Eau- Benite & le conduifit , ſuivi de tous e
les Prêtres portant des Cierges , avec la Croix &
la Banniere , jufqu'à fon Prie- Dieu , placé près de
I'Autel. A la fin de la Meffe l'Archevêque prononça
un Difcours à la louange du Roi , Protec
teur de la Nation Maronite , & l'exhorta à prier -
Dieu pour la confervation de S. M. & de la Famille
Royale , le Conful donna le même jour un
* Jefuites , Cordeliers , Carmes Déchaux
Capucins.
grand
22 MERCURE DE FRANCE
grand Repas à ce Prélat & à tout le Clergé qui
l'accompagnoit.
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Résumé : REJOUISSANCES faites à Tripoly de Syrie, par le Consul de France. Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville le 5. Janvier 1730. par M....
Le 5 janvier 1730, le consul de France à Tripoli de Syrie convoqua une assemblée générale de la Nation française pour célébrer la naissance du Dauphin, conformément aux ordres reçus de la Cour. En collaboration avec le sieur Aumerat, député du Commerce, les préparatifs furent rapidement exécutés et approuvés. Le 31 décembre 1729, le consul informa la Nation française qu'il se rendrait le lendemain à l'église paroissiale pour y faire chanter le Te Deum et une grande messe en action de grâce. Le 1er janvier, une procession solennelle se dirigea vers l'église décorée pour l'occasion, où le Te Deum et l'Exaudiat furent chantés au son des cloches. Après la messe, le consul et sa suite retournèrent à la Maison du Roi, où un déjeuner fut servi. Des salves de canons et des feux d'artifice furent tirés, et l'illumination de la Maison du Roi et des quartiers français de la ville fut spectaculaire, malgré les objections du Cadi. Le Pacha intervint pour permettre la continuation des illuminations. La salle d'audience fut décorée avec des portraits de la famille royale et des lustres. Des tables furent dressées pour recevoir les invités, et des rafraîchissements furent offerts aux grands du pays et aux marchands turcs. Des visites officielles et des compliments furent échangés, notamment avec l'archevêque Gabriel d'Eden, représentant les Maronites. Une messe pontificale fut célébrée en action de grâce, suivie d'un discours en l'honneur du roi et d'un repas offert par le consul.
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4923
p. 722-730
A Montpellier, le noble Jeu de l'Arc, &c. [titre d'après la table]
Début :
Nous avons déja parlé de plusieurs Fêtes données à Montpellier au sujet de la Naissance du [...]
Mots clefs :
Chevaliers du noble jeu de l'arc, Montpellier, Roi, Naissance du Dauphin, Fête
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texteReconnaissance textuelle : A Montpellier, le noble Jeu de l'Arc, &c. [titre d'après la table]
Nous avons déja parlé de plufieurs Fêtes données
à Montpellier au fujet de la Naiffance du
DAUPHIN , où le zele , le bon goût & la magnificence
& la varieté ont également regné. Ce n'eſt
pas notre faute fi nous n'avons pas encore parlé
de celle des Chevaliers du noble Jeu de l'Art
de la même Ville.
Cette Compagnie doit fon établiſſement au
Roi de Maiorque , Seigneur & Souverain de
Montpellier dans le treiziéme fiécle ; foit politi
que ou condefcendance pour des Sujets nés belliqueux
, il crut devoir leur fournir un exercice
noble & utile par le maniement de l'Arc & de la
Fleche ; il réunit dans un corps diftingué tous
ceux qui voulurent y prendre partl leur donna
des loix , leur accorda des privileges , leur propofa
des récompenfes , & il s'applaudit plufieurs
fois d'un établissement dont l'honne & l'avantage
rejailliffoient fur lui . La mort du Roi de
Maïorque refroidit l'ardeur des Chevaliers. Privés
d'un Chef qui entretenoit leur feu naturel par
fon autorité & par fa préfence , ils negligerent
peu à peu leurs exercices journaliers , & ils les
renvoyerent tous au mois de Mai de chaque année
, où à ces evenemens fortunés qui exigent des
Réjouiffances publiques , il feroit trop long de
les rappeller tous. On fe contentera de dire
qu'en l'année 1701. les Ducs de Bourgogne
& de Berri , paffant par Montpellier , furent
extrêmement fatisfaits de leur adreffe & de leur
magnificence , & qu'ils voulurent bien les honorer
, en fignant fur leur Regiſtre , felon l'uſage`
des Chevaliers qu'on y reçoit.
Dans cette occafion fi defirée , leur premiere
attention
AVRIL. 1730. 723
attention fut de fe choifir des Officiers qui fuivant
l'ancienne coûtume commandaffent à la têtede
la Compagnie. Elle s'affembla dans la grande
Sale de l'Hôtel de Ville,& à la pluralité des voix,
elle élut pour Capitaine M. de la Croix de Candillargues
, Ecuyer , M. Haguenot , Confeiller du
Roi & Receveur , pour Capitaine Lieutenant ,
M. Rozier , fameux Négociant , pour Enfeigne ;
mais le premier étant tombé malade , M. Haguenot
lui fut fubftitué , il accepta avec plaifir
un honneur qu'on a vu autrefois n'être accordé
qu'à la Nobleffe la plus ancien ne. La
Compagnie eft divifée en deux Corps , l'un
des Chevaliers mariés , l'autre des jeunes gens.
M. Haguenot , de concert avec les Officiers
ordonna deux fortes d'habits uniformes ; pour
les premiers , d'un beau drap couleur de Caftor
bordé d'un grand galon d'argent , la vefte galonnée
en plein & le chapeau bordé de même ; que
celui de la jeuneffe feroit auffi d'un beau drap
Gouleur de ventre de biche , avec un pareil galon,
les paiemens & la vefte de fatin bleu , galonnés
en plein & le chapeau bordé.
Le Perroquet qui devoit être tiré , annonça
dans tous les quartiers de la Ville l'ouverture de
cette Fête. Il étoit ſculpté en bois , peint en verd,
avec un Ecuffon dans lequel étoit un Dauphin
d'or couronné. Le 8. Octobre il fut depofé dans
PHôtel de Ville par les deux Majors de la Compagnie
, & reçu par les Confuls en habits de Cerémonie
; on le plaça felon l'ufage devant le grand
Portail , au milieu des Bannieres de la Ville & dự
Drapeau du noble Jeu de l'Arc. Le même jour à
quatre heures du foir, au bruit des Inftrumens de
guerre & de mufique , & avec le même cortege;
il fut porté au Foffé , qui eft le lieu deſtiné aux
exercices de la Compagnie , M. Haguenot s'y
trouve
24 MERCURE DE FRANCE
trouva avec les Officiers ; il pofa le Perroquet au
bout d'un mât peint en bleu , parfemé de Fleurs
de Lys & de Dauphins d'or , & qui fut auffi - tôt
élevé à la hauteur de dix - huit toifes. A cet aſpect
Pallegreffe du Public fembla redoubler. M. Ha-*
guenot , fans parler des ferenades qu'il fit donner
dans tous les quartiers de la Ville , de la galanterie
qu'il fit à chaque Officier d'un riche noeud
d'épée , d'une aiguillete d'argent , & d'un ruban
or & argent aux Chevaliers , donna dans famaifon
toute forte de rafraîchiffemens exquis
fa troupe des Chevaliers mariés s'y rendit le 9. a
huit heures du matin , M. Haguenot & Me fon
Epoufe les reçûrent avec beaucoup de politeffe, &
les inviterent à un Feftin dont l'ordre égaloit la
magnificence. M. Rozier, Enſeigne de la Jeuneffe
en ufa de même à l'égard de ceux - ci , qu'il conduifit
fur les onze heures chez M. Haguenot. Les
deux Troupes ainfi réunies , fe rendirent à l'Hôtel
de Ville dans l'ordre fuivant.
Les Tambours de la Ville & deux Fifres , un
Roi des Sauvages les fuivoit , vêtu d'un ſatin couleur
de chair , avec une Couronne & une ceinture
de Laurier & une maffue à la main ; il étoit accompagné
de douze Heraults d'Armes , habillés
de verd avec des Brandebourgs d'or , le fabre au
côté & la hache fur l'épaule. Deux choeurs de
Simphonic compofée de Timballes , Tambours ,""
Violons , Hautbois , Baffons & Baffes de Violon
précedoient trois Enfans en Cupidons , l'élegance
de leur ajuftement ne cedoit en rien à leur beauté.
Plufieurs Valets habillés en Houzards leur fourniffoient
les parfums & les confitures qu'ils répandoient
avec profufion . M. Haguenot paroiffoit
enfuite richement vêtu , une fleche à la
main , à fes côtés quatre Laquais portoient fes
Carquois & fes Arcs. Après lui marchoient le
Major
AVRIL. 1730. 725
Major & les fix Confeillers de la Compagnie , &
fur deux lignes la Troupe des Mariés au nombre
de 100. une fleche à la main , & fuivis de Valets,
qui par la diverfité recherchée de leurs habits ,
repréfentoient toutes les Nations du monde.
Un Choeur de toute forte d'Inftrumens de
Guerre & de Mufique féparoit les mariés d'avec
la jeuneffe. M. Rozier étoit à leur tête , accompagné
de M. Aribert , ancien Enfeigne ; c'eſt le
même qui remplit fi honorablemeut cette place
en 1701. D'une Gibeciere de tafetas couleur de
rofe , auffi -tôt remplie que vuide , ils tiroient
des confitures & des dragées qu'ils jettoient avec
profufion.
Ces deux Troupes également leftes & galantes
arriverent ainfi à l'Hôtel de Ville. Mrs les
Confuls , en Robes rouges, fe mirent à leur tête,
& prirent le chemin qui mene au foffé . C'eſt là
que M. Haguenot , après avoir prêté le ferment
accoûtumé entre les mains de M. Durand , premier
Conful , & avoir reçû celui des autres Officiers
, remit à M. Rozier le Drapeau de la Compagnie.
Il l'exhorta par un compliment court &
energique à le conferver au prix même de fa vie,
On préfenta à Mrs les Confuls des arcs & des
Aleches qu'ils tirerent chacun à leur tour; ils furent
reconduits à l'Hôtel de Ville dans le même ordre.
Delà on fe rendit à l'Hôtel de M. de Candillargues
, Lieutenant de Roi de la Ville , Commandant
en l'abſence du Marquis de la Fare. Il
fut accompagné avec la même cerémonie dans
le foffé , où il décocha une fleche avec tant de
dexterité, qu'elle demeura fufpendue à une des aîles
du Perroquet . Il fut , enfuite ramené chez lui
au milieu des acclamations de la Compagnie &
des cris du peuple.
Le refte du jour fut deftiné à rendre les vifites
d'hon
26 MERCURE DE FRANCE
d'honneur. La Compagnie alla d'abord für la
Place Royale du Peyrou où eft la Statue Equeſtre
de Louis XIV ; tous les Chevaliers , l'épée à la
main , en firent le tour &c. M. de Bernage de S.
Maurice , Intendant de la Province avec M. de
Vaux fon fils & quantité de Nobleffe , les reçût
à la porte de fon Hôtel .
M. Bon , Premier Préfident , accompagné
de Madame fon Epouſe & de M. fon fils , chevalier
de Malte , les reçut auffi à la
fon Hôtel.
porte de
La Compagnie n'eut pas le bonheur de trouver
M. l'Evêque de Montpellier dans fon
Palais ; elle retourna au foffe, & fe difpofa à
faire le premier effai de fon adreffe. Les Officiers
commencèrent par décocher deux fleches ; les
Chevaliers continuerent jufqu'à la nuit qu'on
reconduifit M. Haguenot chez lui.
L'Entrée de fa maiſon fituée dans la plus belle
vue de la Ville ,& bâtie regulierement, étoit ornée
d'Arcs de Triomphe , de Statues , de Simboles
& d'Emblêmes , la plus belle Illumination qu'on
ait encore vûë occupoit le Balcon , toute la façade
& la longueur de la rue. L'interieur étoit paré
de meubles précieux , de Girandoles , de Luftres
& de Glaces qui multiplioient la lumiere d'une
infinité de bougies qui éclairoient tous les Appartemens.
Un repas fervi avec une delicate fomptuofité
arrêta les Chevaliers mariés ; les vins les
plus délicieux , de Bourgogne , de Champagne
ou des Cantons les plus renommés furent fervis
avec profufion , liqueurs , parfums , rien ne fut
épargné. Ce ne fut pas encore affez ; durant trois
jours confecutifs , M. Haguenot tint chez lui table
ouverte de 150. Couverts , & donna abondamment
à manger & à boire au Peuple dans la
Tue. Mc fon Epoufe de fon côté faifoit diftribuer
с
aux
AVRIL. 1730. 727
aux Dames de la Ville des baffins & des boetes
de toute forte de confitures. Cependant les jeunes
gens accompagnoient chez eux , à la lueur de
200. flambeaux , M. Rouzier & M. Moulton
leur Major. Celui- ci qui ne s'attendoit pas à cet
honneur , mit à profit le peu de tems qu'il eut
pour faire dreffer en arrivant une collation dans
la rue. Il la préfenta à cette belle jeuneffe ,
reftes furent livrés à une foule de curieux avides.
Depuis ce jour 9. d'Octobre juſqu'au commencement
du mois de Novembre , M. Haguenot in
venta de nouvelles Fêtes & de nouveaux plaifirs ,
toutes les perfonnes de confideration , de l'un &
de l'autre fexe , Citoyens & Etrangers , s'emprefferent
d'y prendre part , fur-tout dans le foffé
où fe trouvoient toute forte de rafraîchiffemens
M. de Bernage de S. Maurice , M. Bon & Mrs
leurs fils vinrent honorer ces brillantes affemblées
de leur préfence, ils tirerent chacun deux fleches,
& leur exemple attira dans la Compagnie quantité
d'Officiers de la Chambre des Comptes , des
autres Corps diftingués de la Ville & plufieurs
perfonnes de qualité.
Tous ces divertiffemens ne faifoient pas perdre
de vue à Mrs les Chevaliers le motif principal qui
des unifloit. Sous les ordres de M. Haguenot de
puis 9. heures du matin jufqu'à midi , & depuis
deux heures jufqu'à quatre du foir , ils s'exerçoient
à tirer de l'arc à tour de role , ainfi que le fort
les avoit placés ; & afin d'exciter davantage leur
ardeur , il leur préfenta deux aiguilletes d'argent
pareilles à celles des Officiers. On tira au rondeau
qui les emporteroit , l'une fut gagnée par M.
Carquet , Major , & l'autre par M. Teffes , Che
valier.
M. Baunier , Baron de Lamoffon , arriva vers
tems là de Paris. Il s'y étoit diftingué par une
Fêr
728 MERCURE DE FRANCE
Fête des plus fplendides , & il demanda d'être reçu
Chevalier ; il figna dans le Regiftre , & décocha
fes deux fleches avec habileté. Il fit préparer
une grande Fête à fon fuperbe Château de Lamoffon
pour le 23. Octobre , il y invita les Officiers
& tous les Chevaliers par des billets imprimés.
Au Village de Celleneuve , qui étoit le lieu
du Rendez -vous , les Officiers de M. de Lamoffon
y préfenterent à la Compagnie des Rafraî
chiffemens. Elle partit en ordre pour Lamoffon
qui n'est qu'à une petite promenade delà , avec
la même pompe & le même appareil que le premier
jour ; elle y fut reçue par M. de famoffon,
accompagné de M. Bon , Premier Préfident
& de plufieurs autres Chevaliers de Marque.
Le nombre des Conviés fut de 250. & comme
il étoit mal aifé de fournir des amufemens differens
à une fi grande Compagnie , il leur en offrit
un qui convenoit à tous . On dreffa dans la principale
allée de fon Parc un rondeau au milieu d'un
matelas fufpendu , & on s'exerçà à y tirer juſqu'à
l'heure du diner , qui fut annoncée par un charanant
Concert de toute forte d'Inftrumens. Dans
la feconde Cour du Château , & fous une Tente
de 1500. aulnes de toilie , parut une table en fer
à cheval , capable de contenir cette nombreuſe
affemblée ; on ne s'arrêtera pas à faire le détail
de ce Feftin. Il fuffira de dire que M. de Lamoffon
eft magnifique dans toutes fes actions , que
toutes ces Fêtes font marquées au coin du bon
goût , & que celle-ci furpaffa toutes celles qu'il
avoit données .
Le refte de la journée on continua de tirer au
Rondeau jufqu'à - ce que chaque Chevalier eût décoché
fa fleche. La gloire ne fut pas la feule récompenfe
desVainqueurs,M. de Lamoffon leur fit
prefent de riches Bijoux ; à M. Chabanetin d'une
Tabatiere
AVRIL. 1730. 729
Tabatiere d'or , à M. Boudet d'une Montre d'or ,
à M. Defmarêts d'une Canne à pomme d'or . Les
approches de la nuit obligerent la Compagnie de
prendre congé de M. Lamoffon , après l'avoir remercié
de fes politeffes par la bouche de M. Haguenot
, fon Capitaine-Lieutenant.
Ni la fatigue de ces Divertiffemens , ni le foin
même des affaires domeftiques ne rallentirent
l'ardeur des Chevaliers ; toûjours attentifs à ſeconder
les intentions de M. Haguenot , éxacts à
venir dans le Foffé aux heures marquées. Enfin
après plufieurs efforts redoublez, à l'envi, après de
differentes atteintes & de violentes fecouffes données
au Perroquet par des mains habiles , il ceda
au trait de M. Privat, Chevalier de la Troupe des
jeunes gens ; il tomba à fes pieds , & la chute fut
annoncée à toute la Ville par le bruit guerrier des
Tambours & Fanfares, & par les cris d'une foule
de Spectateurs. Le Vainqueur fut couronné de
Laurier par M. Haguenot , & conduit en triomphe
à fa maiſon , &c.
Le premier foin de M. Privat fut de préparer à
la Compagnie une Fête digne d'elle & de lui Sa
maifon fut décorée d'Arcs de Triomphe, & illuminée
avec art. Les danfes & deux Fontaines de
vin arrêtoient le Peuple à la porte ; au dedans les
Feftins , les Concerts & les Bals raſſembloient les
Chevaliers & plufieurs autres perfonnes de l'un &
l'autre fexe. M. Privat entretint ainfi la joye & les
plaifirs jufqu'au jour deſtiné à le proclamer Roi
du noble Jeu de l'Arc. Ce fut le 8.Novembre,jour
que M.Haguenot voulut rendre plus remarquable
& plus folemnel , ordonnant par un ban , de fermer
toutes les Boutiques de la Ville.
A deux heures après midy , M. Privat ſe rendit
dans le Foffé. Il y trouva la Compagnie en ordre.
Il diſtribua aux Officiers des Aiguillettes d'or , &
E en
730 MERCURE DE FRANCE .
en prefenta deux aux Chevaliers pour les tirer au
Rondeau , l'une échut à M. Philis , & l'autre à
M. Davitjean , Chevaliers.
M. Haguenot , affifté des Officiers , revêtit enfuite
M. Privat de ſes Habits Royaux , où l'or, &
la Soye brilloient avec éclat , & qu'on trouva de
la derniere magnificence. Dans ce ſuperbe ajuftement
il reçut les hommages de la Compagnie par
un Difcours éloquent que lui fit M. Haguenot , &
par des Vers que les fix petits Cupidons réciterent
afa louange.
L'ordre donné pour la Marche , dont la pompe
& le cortege fut en tout femblable à celle du
9. Octobre , le nouveau Roi fe mit à la tête de
la Compagnie , ayant à fa droite M. Haguenot ,
Capitaine-Lieutenant , & à fa gauche M. Aribert,
comme le plus ancien Officier du noble Jeu de
PArc. Tous les quartiers de la Ville furent témoins
de fa bonne grace , &c.
Toute la brillante Ceremonie finit par un Feftin
que le Roi donna à la Compagnie dans le Jeu de
Paulme qu'il avoit fait orner de riches Tapifleries,
& éclairer par un grand nombre de luftres & de
bougies. On y avoit ménagé des Balcons tout autour
pour placer les Dames . La varieté & l'arran
gement de cette Affemblée , compofée de quantité
de perfonnes de diftinction , fournit un Spectacle
très-gracieux. Tout fut feryi en abondance & avec
une extréme délicateffe. On but les fantés du Roi
de la Reine & de Monfeigneur le Dauphin , jufques
à 2.heures après minuit que les deux Troupes
allerent , l'épée à la main , précedées de quantité
de flambeaux , accompagner le Roi & M. Hague
not chez eux .
à Montpellier au fujet de la Naiffance du
DAUPHIN , où le zele , le bon goût & la magnificence
& la varieté ont également regné. Ce n'eſt
pas notre faute fi nous n'avons pas encore parlé
de celle des Chevaliers du noble Jeu de l'Art
de la même Ville.
Cette Compagnie doit fon établiſſement au
Roi de Maiorque , Seigneur & Souverain de
Montpellier dans le treiziéme fiécle ; foit politi
que ou condefcendance pour des Sujets nés belliqueux
, il crut devoir leur fournir un exercice
noble & utile par le maniement de l'Arc & de la
Fleche ; il réunit dans un corps diftingué tous
ceux qui voulurent y prendre partl leur donna
des loix , leur accorda des privileges , leur propofa
des récompenfes , & il s'applaudit plufieurs
fois d'un établissement dont l'honne & l'avantage
rejailliffoient fur lui . La mort du Roi de
Maïorque refroidit l'ardeur des Chevaliers. Privés
d'un Chef qui entretenoit leur feu naturel par
fon autorité & par fa préfence , ils negligerent
peu à peu leurs exercices journaliers , & ils les
renvoyerent tous au mois de Mai de chaque année
, où à ces evenemens fortunés qui exigent des
Réjouiffances publiques , il feroit trop long de
les rappeller tous. On fe contentera de dire
qu'en l'année 1701. les Ducs de Bourgogne
& de Berri , paffant par Montpellier , furent
extrêmement fatisfaits de leur adreffe & de leur
magnificence , & qu'ils voulurent bien les honorer
, en fignant fur leur Regiſtre , felon l'uſage`
des Chevaliers qu'on y reçoit.
Dans cette occafion fi defirée , leur premiere
attention
AVRIL. 1730. 723
attention fut de fe choifir des Officiers qui fuivant
l'ancienne coûtume commandaffent à la têtede
la Compagnie. Elle s'affembla dans la grande
Sale de l'Hôtel de Ville,& à la pluralité des voix,
elle élut pour Capitaine M. de la Croix de Candillargues
, Ecuyer , M. Haguenot , Confeiller du
Roi & Receveur , pour Capitaine Lieutenant ,
M. Rozier , fameux Négociant , pour Enfeigne ;
mais le premier étant tombé malade , M. Haguenot
lui fut fubftitué , il accepta avec plaifir
un honneur qu'on a vu autrefois n'être accordé
qu'à la Nobleffe la plus ancien ne. La
Compagnie eft divifée en deux Corps , l'un
des Chevaliers mariés , l'autre des jeunes gens.
M. Haguenot , de concert avec les Officiers
ordonna deux fortes d'habits uniformes ; pour
les premiers , d'un beau drap couleur de Caftor
bordé d'un grand galon d'argent , la vefte galonnée
en plein & le chapeau bordé de même ; que
celui de la jeuneffe feroit auffi d'un beau drap
Gouleur de ventre de biche , avec un pareil galon,
les paiemens & la vefte de fatin bleu , galonnés
en plein & le chapeau bordé.
Le Perroquet qui devoit être tiré , annonça
dans tous les quartiers de la Ville l'ouverture de
cette Fête. Il étoit ſculpté en bois , peint en verd,
avec un Ecuffon dans lequel étoit un Dauphin
d'or couronné. Le 8. Octobre il fut depofé dans
PHôtel de Ville par les deux Majors de la Compagnie
, & reçu par les Confuls en habits de Cerémonie
; on le plaça felon l'ufage devant le grand
Portail , au milieu des Bannieres de la Ville & dự
Drapeau du noble Jeu de l'Arc. Le même jour à
quatre heures du foir, au bruit des Inftrumens de
guerre & de mufique , & avec le même cortege;
il fut porté au Foffé , qui eft le lieu deſtiné aux
exercices de la Compagnie , M. Haguenot s'y
trouve
24 MERCURE DE FRANCE
trouva avec les Officiers ; il pofa le Perroquet au
bout d'un mât peint en bleu , parfemé de Fleurs
de Lys & de Dauphins d'or , & qui fut auffi - tôt
élevé à la hauteur de dix - huit toifes. A cet aſpect
Pallegreffe du Public fembla redoubler. M. Ha-*
guenot , fans parler des ferenades qu'il fit donner
dans tous les quartiers de la Ville , de la galanterie
qu'il fit à chaque Officier d'un riche noeud
d'épée , d'une aiguillete d'argent , & d'un ruban
or & argent aux Chevaliers , donna dans famaifon
toute forte de rafraîchiffemens exquis
fa troupe des Chevaliers mariés s'y rendit le 9. a
huit heures du matin , M. Haguenot & Me fon
Epoufe les reçûrent avec beaucoup de politeffe, &
les inviterent à un Feftin dont l'ordre égaloit la
magnificence. M. Rozier, Enſeigne de la Jeuneffe
en ufa de même à l'égard de ceux - ci , qu'il conduifit
fur les onze heures chez M. Haguenot. Les
deux Troupes ainfi réunies , fe rendirent à l'Hôtel
de Ville dans l'ordre fuivant.
Les Tambours de la Ville & deux Fifres , un
Roi des Sauvages les fuivoit , vêtu d'un ſatin couleur
de chair , avec une Couronne & une ceinture
de Laurier & une maffue à la main ; il étoit accompagné
de douze Heraults d'Armes , habillés
de verd avec des Brandebourgs d'or , le fabre au
côté & la hache fur l'épaule. Deux choeurs de
Simphonic compofée de Timballes , Tambours ,""
Violons , Hautbois , Baffons & Baffes de Violon
précedoient trois Enfans en Cupidons , l'élegance
de leur ajuftement ne cedoit en rien à leur beauté.
Plufieurs Valets habillés en Houzards leur fourniffoient
les parfums & les confitures qu'ils répandoient
avec profufion . M. Haguenot paroiffoit
enfuite richement vêtu , une fleche à la
main , à fes côtés quatre Laquais portoient fes
Carquois & fes Arcs. Après lui marchoient le
Major
AVRIL. 1730. 725
Major & les fix Confeillers de la Compagnie , &
fur deux lignes la Troupe des Mariés au nombre
de 100. une fleche à la main , & fuivis de Valets,
qui par la diverfité recherchée de leurs habits ,
repréfentoient toutes les Nations du monde.
Un Choeur de toute forte d'Inftrumens de
Guerre & de Mufique féparoit les mariés d'avec
la jeuneffe. M. Rozier étoit à leur tête , accompagné
de M. Aribert , ancien Enfeigne ; c'eſt le
même qui remplit fi honorablemeut cette place
en 1701. D'une Gibeciere de tafetas couleur de
rofe , auffi -tôt remplie que vuide , ils tiroient
des confitures & des dragées qu'ils jettoient avec
profufion.
Ces deux Troupes également leftes & galantes
arriverent ainfi à l'Hôtel de Ville. Mrs les
Confuls , en Robes rouges, fe mirent à leur tête,
& prirent le chemin qui mene au foffé . C'eſt là
que M. Haguenot , après avoir prêté le ferment
accoûtumé entre les mains de M. Durand , premier
Conful , & avoir reçû celui des autres Officiers
, remit à M. Rozier le Drapeau de la Compagnie.
Il l'exhorta par un compliment court &
energique à le conferver au prix même de fa vie,
On préfenta à Mrs les Confuls des arcs & des
Aleches qu'ils tirerent chacun à leur tour; ils furent
reconduits à l'Hôtel de Ville dans le même ordre.
Delà on fe rendit à l'Hôtel de M. de Candillargues
, Lieutenant de Roi de la Ville , Commandant
en l'abſence du Marquis de la Fare. Il
fut accompagné avec la même cerémonie dans
le foffé , où il décocha une fleche avec tant de
dexterité, qu'elle demeura fufpendue à une des aîles
du Perroquet . Il fut , enfuite ramené chez lui
au milieu des acclamations de la Compagnie &
des cris du peuple.
Le refte du jour fut deftiné à rendre les vifites
d'hon
26 MERCURE DE FRANCE
d'honneur. La Compagnie alla d'abord für la
Place Royale du Peyrou où eft la Statue Equeſtre
de Louis XIV ; tous les Chevaliers , l'épée à la
main , en firent le tour &c. M. de Bernage de S.
Maurice , Intendant de la Province avec M. de
Vaux fon fils & quantité de Nobleffe , les reçût
à la porte de fon Hôtel .
M. Bon , Premier Préfident , accompagné
de Madame fon Epouſe & de M. fon fils , chevalier
de Malte , les reçut auffi à la
fon Hôtel.
porte de
La Compagnie n'eut pas le bonheur de trouver
M. l'Evêque de Montpellier dans fon
Palais ; elle retourna au foffe, & fe difpofa à
faire le premier effai de fon adreffe. Les Officiers
commencèrent par décocher deux fleches ; les
Chevaliers continuerent jufqu'à la nuit qu'on
reconduifit M. Haguenot chez lui.
L'Entrée de fa maiſon fituée dans la plus belle
vue de la Ville ,& bâtie regulierement, étoit ornée
d'Arcs de Triomphe , de Statues , de Simboles
& d'Emblêmes , la plus belle Illumination qu'on
ait encore vûë occupoit le Balcon , toute la façade
& la longueur de la rue. L'interieur étoit paré
de meubles précieux , de Girandoles , de Luftres
& de Glaces qui multiplioient la lumiere d'une
infinité de bougies qui éclairoient tous les Appartemens.
Un repas fervi avec une delicate fomptuofité
arrêta les Chevaliers mariés ; les vins les
plus délicieux , de Bourgogne , de Champagne
ou des Cantons les plus renommés furent fervis
avec profufion , liqueurs , parfums , rien ne fut
épargné. Ce ne fut pas encore affez ; durant trois
jours confecutifs , M. Haguenot tint chez lui table
ouverte de 150. Couverts , & donna abondamment
à manger & à boire au Peuple dans la
Tue. Mc fon Epoufe de fon côté faifoit diftribuer
с
aux
AVRIL. 1730. 727
aux Dames de la Ville des baffins & des boetes
de toute forte de confitures. Cependant les jeunes
gens accompagnoient chez eux , à la lueur de
200. flambeaux , M. Rouzier & M. Moulton
leur Major. Celui- ci qui ne s'attendoit pas à cet
honneur , mit à profit le peu de tems qu'il eut
pour faire dreffer en arrivant une collation dans
la rue. Il la préfenta à cette belle jeuneffe ,
reftes furent livrés à une foule de curieux avides.
Depuis ce jour 9. d'Octobre juſqu'au commencement
du mois de Novembre , M. Haguenot in
venta de nouvelles Fêtes & de nouveaux plaifirs ,
toutes les perfonnes de confideration , de l'un &
de l'autre fexe , Citoyens & Etrangers , s'emprefferent
d'y prendre part , fur-tout dans le foffé
où fe trouvoient toute forte de rafraîchiffemens
M. de Bernage de S. Maurice , M. Bon & Mrs
leurs fils vinrent honorer ces brillantes affemblées
de leur préfence, ils tirerent chacun deux fleches,
& leur exemple attira dans la Compagnie quantité
d'Officiers de la Chambre des Comptes , des
autres Corps diftingués de la Ville & plufieurs
perfonnes de qualité.
Tous ces divertiffemens ne faifoient pas perdre
de vue à Mrs les Chevaliers le motif principal qui
des unifloit. Sous les ordres de M. Haguenot de
puis 9. heures du matin jufqu'à midi , & depuis
deux heures jufqu'à quatre du foir , ils s'exerçoient
à tirer de l'arc à tour de role , ainfi que le fort
les avoit placés ; & afin d'exciter davantage leur
ardeur , il leur préfenta deux aiguilletes d'argent
pareilles à celles des Officiers. On tira au rondeau
qui les emporteroit , l'une fut gagnée par M.
Carquet , Major , & l'autre par M. Teffes , Che
valier.
M. Baunier , Baron de Lamoffon , arriva vers
tems là de Paris. Il s'y étoit diftingué par une
Fêr
728 MERCURE DE FRANCE
Fête des plus fplendides , & il demanda d'être reçu
Chevalier ; il figna dans le Regiftre , & décocha
fes deux fleches avec habileté. Il fit préparer
une grande Fête à fon fuperbe Château de Lamoffon
pour le 23. Octobre , il y invita les Officiers
& tous les Chevaliers par des billets imprimés.
Au Village de Celleneuve , qui étoit le lieu
du Rendez -vous , les Officiers de M. de Lamoffon
y préfenterent à la Compagnie des Rafraî
chiffemens. Elle partit en ordre pour Lamoffon
qui n'est qu'à une petite promenade delà , avec
la même pompe & le même appareil que le premier
jour ; elle y fut reçue par M. de famoffon,
accompagné de M. Bon , Premier Préfident
& de plufieurs autres Chevaliers de Marque.
Le nombre des Conviés fut de 250. & comme
il étoit mal aifé de fournir des amufemens differens
à une fi grande Compagnie , il leur en offrit
un qui convenoit à tous . On dreffa dans la principale
allée de fon Parc un rondeau au milieu d'un
matelas fufpendu , & on s'exerçà à y tirer juſqu'à
l'heure du diner , qui fut annoncée par un charanant
Concert de toute forte d'Inftrumens. Dans
la feconde Cour du Château , & fous une Tente
de 1500. aulnes de toilie , parut une table en fer
à cheval , capable de contenir cette nombreuſe
affemblée ; on ne s'arrêtera pas à faire le détail
de ce Feftin. Il fuffira de dire que M. de Lamoffon
eft magnifique dans toutes fes actions , que
toutes ces Fêtes font marquées au coin du bon
goût , & que celle-ci furpaffa toutes celles qu'il
avoit données .
Le refte de la journée on continua de tirer au
Rondeau jufqu'à - ce que chaque Chevalier eût décoché
fa fleche. La gloire ne fut pas la feule récompenfe
desVainqueurs,M. de Lamoffon leur fit
prefent de riches Bijoux ; à M. Chabanetin d'une
Tabatiere
AVRIL. 1730. 729
Tabatiere d'or , à M. Boudet d'une Montre d'or ,
à M. Defmarêts d'une Canne à pomme d'or . Les
approches de la nuit obligerent la Compagnie de
prendre congé de M. Lamoffon , après l'avoir remercié
de fes politeffes par la bouche de M. Haguenot
, fon Capitaine-Lieutenant.
Ni la fatigue de ces Divertiffemens , ni le foin
même des affaires domeftiques ne rallentirent
l'ardeur des Chevaliers ; toûjours attentifs à ſeconder
les intentions de M. Haguenot , éxacts à
venir dans le Foffé aux heures marquées. Enfin
après plufieurs efforts redoublez, à l'envi, après de
differentes atteintes & de violentes fecouffes données
au Perroquet par des mains habiles , il ceda
au trait de M. Privat, Chevalier de la Troupe des
jeunes gens ; il tomba à fes pieds , & la chute fut
annoncée à toute la Ville par le bruit guerrier des
Tambours & Fanfares, & par les cris d'une foule
de Spectateurs. Le Vainqueur fut couronné de
Laurier par M. Haguenot , & conduit en triomphe
à fa maiſon , &c.
Le premier foin de M. Privat fut de préparer à
la Compagnie une Fête digne d'elle & de lui Sa
maifon fut décorée d'Arcs de Triomphe, & illuminée
avec art. Les danfes & deux Fontaines de
vin arrêtoient le Peuple à la porte ; au dedans les
Feftins , les Concerts & les Bals raſſembloient les
Chevaliers & plufieurs autres perfonnes de l'un &
l'autre fexe. M. Privat entretint ainfi la joye & les
plaifirs jufqu'au jour deſtiné à le proclamer Roi
du noble Jeu de l'Arc. Ce fut le 8.Novembre,jour
que M.Haguenot voulut rendre plus remarquable
& plus folemnel , ordonnant par un ban , de fermer
toutes les Boutiques de la Ville.
A deux heures après midy , M. Privat ſe rendit
dans le Foffé. Il y trouva la Compagnie en ordre.
Il diſtribua aux Officiers des Aiguillettes d'or , &
E en
730 MERCURE DE FRANCE .
en prefenta deux aux Chevaliers pour les tirer au
Rondeau , l'une échut à M. Philis , & l'autre à
M. Davitjean , Chevaliers.
M. Haguenot , affifté des Officiers , revêtit enfuite
M. Privat de ſes Habits Royaux , où l'or, &
la Soye brilloient avec éclat , & qu'on trouva de
la derniere magnificence. Dans ce ſuperbe ajuftement
il reçut les hommages de la Compagnie par
un Difcours éloquent que lui fit M. Haguenot , &
par des Vers que les fix petits Cupidons réciterent
afa louange.
L'ordre donné pour la Marche , dont la pompe
& le cortege fut en tout femblable à celle du
9. Octobre , le nouveau Roi fe mit à la tête de
la Compagnie , ayant à fa droite M. Haguenot ,
Capitaine-Lieutenant , & à fa gauche M. Aribert,
comme le plus ancien Officier du noble Jeu de
PArc. Tous les quartiers de la Ville furent témoins
de fa bonne grace , &c.
Toute la brillante Ceremonie finit par un Feftin
que le Roi donna à la Compagnie dans le Jeu de
Paulme qu'il avoit fait orner de riches Tapifleries,
& éclairer par un grand nombre de luftres & de
bougies. On y avoit ménagé des Balcons tout autour
pour placer les Dames . La varieté & l'arran
gement de cette Affemblée , compofée de quantité
de perfonnes de diftinction , fournit un Spectacle
très-gracieux. Tout fut feryi en abondance & avec
une extréme délicateffe. On but les fantés du Roi
de la Reine & de Monfeigneur le Dauphin , jufques
à 2.heures après minuit que les deux Troupes
allerent , l'épée à la main , précedées de quantité
de flambeaux , accompagner le Roi & M. Hague
not chez eux .
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Résumé : A Montpellier, le noble Jeu de l'Arc, &c. [titre d'après la table]
En 1730, les Chevaliers du noble Jeu de l'Art à Montpellier organisèrent une fête dirigée par M. Haguenot, élu Capitaine Lieutenant. Cette compagnie, fondée au XIIIe siècle par le Roi de Majorque, avait pour but de canaliser l'énergie belliqueuse des habitants par le maniement de l'arc et de la flèche. Après un déclin dû à la mort du roi, la compagnie fut relancée en 1701 lors du passage des Ducs de Bourgogne et de Berry. La fête débuta par la présentation d'un perroquet sculpté, déposé à l'Hôtel de Ville puis transféré au fossé, lieu des exercices. Les Chevaliers, vêtus d'uniformes spécifiques, défilèrent dans la ville, accompagnés de musique et de symboles royaux. La fête inclut des visites d'honneur à des personnalités locales, des démonstrations de tir à l'arc, et des réjouissances publiques. M. Haguenot et d'autres officiers reçurent des distinctions et des présents. Des concours de tir furent organisés, avec des récompenses pour les vainqueurs. La fête se conclut par une grande réception au château de Lamoffon, organisée par M. Baunier, Baron de Lamoffon, où les Chevaliers furent accueillis avec magnificence. La fête se termina par des tirs au perroquet, avec M. Privat comme vainqueur. Le texte décrit également les célébrations entourant l'élection de M. Privat comme roi du noble Jeu de l'Arc. M. Haguenot couronna M. Privat de laurier et le conduisit en triomphe chez lui. Pour préparer la fête, M. Privat décora sa maison d'arcs de triomphe et d'illuminations. Des danses, des fontaines de vin, des festins, des concerts et des bals attirèrent de nombreux participants. La fête dura jusqu'au jour de la proclamation officielle de M. Privat comme roi, le 8 novembre, jour où toutes les boutiques de la ville furent fermées sur ordre de M. Haguenot. À 14 heures, M. Privat se rendit dans le fossé où il distribua des aiguillettes d'or aux officiers et aux chevaliers pour le tir au rondeau. M. Haguenot, assisté des officiers, revêtit M. Privat de ses habits royaux, ornés d'or et de soie. M. Privat reçut ensuite les hommages de la compagnie par un discours de M. Haguenot et des vers récités par des petits Cupidons. La procession, similaire à celle du 9 octobre, se déroula avec M. Privat à la tête de la compagnie, accompagné de M. Haguenot et de M. Aribert. La cérémonie se conclut par un festin au Jeu de Paulme, orné de riches tapisseries et éclairé par de nombreux lustres et bougies. Des balcons furent aménagés pour les dames, et l'assemblée, composée de personnes de distinction, offrit un spectacle gracieux. Le festin se prolongea jusqu'à 2 heures du matin, où deux troupes escortèrent le roi et M. Haguenot chez eux, épées à la main et précédées de flambeaux.
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4924
p. 730-731
« On a dû expliquer le Logogryphe du mois dernier par Marianne, & les Enigmes [...] »
Début :
On a dû expliquer le Logogryphe du mois dernier par Marianne, & les Enigmes [...]
Mots clefs :
Marianne, Flûte allemande, Soupir
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texteReconnaissance textuelle : « On a dû expliquer le Logogryphe du mois dernier par Marianne, & les Enigmes [...] »
On a dû expliquer le Logogryphe du
mois
AVRIL. 1730. 731
mois dernier par Marianne , Marianne , & les Enigmes
, par la Flute Allemande , & le Soupir.
mois
AVRIL. 1730. 731
mois dernier par Marianne , Marianne , & les Enigmes
, par la Flute Allemande , & le Soupir.
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4925
p. 731-732
EXPLICATION du Logogryphe du Mercure de Fevrier, sur les mêmes Rimes.
Début :
Le Royaume des Lys est un puissant Empire, [...]
Mots clefs :
France
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texteReconnaissance textuelle : EXPLICATION du Logogryphe du Mercure de Fevrier, sur les mêmes Rimes.
EXPLICATION du Logogryphe du
Mercure de Fevrier, fur les mêmes Rimes.
LE Royaume des Lys eft un puiſſant Empire , ”
Ou bienheureux qui trouve un coeur franc & lans
fard ,
Au fond duquel il puiffe lire.
Pour rance , il convient au vieux lard
Chacun fçait que l'ance eft utile ,
Aux fceaux , aux paniers , aux chaudrons ;
Chiffrons ce Logogriphe en changemens fertile
Voyons pour deviner comment nous nous prendrons
;
Je vais donc le ſuivre à la trace ,
Malgré les divers changemens ,
Et rendre plus clairs qu'une glace ,
Tous les obfcurs arrangemens.
L'Afne eft Roffignol d'Arcadie ;
L'Ancre fçait expofer aux yeux
Des Sçavans & des Curieux
Profe , Poëme & Melodie ;
>
Quand elle eft de la Chine on en fait des Tableaux.
Une Ancre arrête les Vaiffeaux ;
Caën , eft Ville de Normandie ,
Un Fare éclaire au bord des Eaux ;
E ij Fecan
A
732 MERCURE DE FRANCE
Fecan , eft très-bonne Abbaye ,
Et Nerac eft près de Bourdeaux.
Le Crâne couvre la cervelle ;
L'Arc fert aux Indiens, auffi - bien qu'à l'Amour;`
Très-acre , eft le goût de Prunelle ;
Peu s'enfallut que Car ne fût profcript un jour.
Une Face eft un gros viſage ;
C Rane eft un Peintre recherché ;
i Les Charlatans font dans l'uſage ,
D'executer leur Farce au milieu d'un Marché.
Ancer , Oye en François jadis par fa parole ,
Ou plutôt par fes cris fauva le Capitole.
Le Fer eft un très -dur métal ;
Et le Cerf à la chaffe exerce la Nobleſſe,
C
Nacre eft Coquille d'une espece
Auffi brillante que criftal.
Cane ou Canne eft l'appui de la foible vieilleffe ;
Le Nerf fait remuer les doigts ,
Ainfi que tout le corps en avant , en arriere
Je crois qu'Arne eft une Riviere ;
Angle ou Carne fe dit de la pierre , du bois ,
D'un volet , d'une Table, ou d'une cheminée,
Nafre, beaucoup mieux Naffe,eft drogue raffinée,
Utile aux femmes quelquefois,
Le Cafre ne connoît que de barbares loix.
Le Canfre eft en tous lieux drogue d'Apoticaire
Dont on fe fert affez fouvent ;
On dit Cran de la Crémaillere ;
En France l'on peut voir tous ces mots à prefent.
Mercure de Fevrier, fur les mêmes Rimes.
LE Royaume des Lys eft un puiſſant Empire , ”
Ou bienheureux qui trouve un coeur franc & lans
fard ,
Au fond duquel il puiffe lire.
Pour rance , il convient au vieux lard
Chacun fçait que l'ance eft utile ,
Aux fceaux , aux paniers , aux chaudrons ;
Chiffrons ce Logogriphe en changemens fertile
Voyons pour deviner comment nous nous prendrons
;
Je vais donc le ſuivre à la trace ,
Malgré les divers changemens ,
Et rendre plus clairs qu'une glace ,
Tous les obfcurs arrangemens.
L'Afne eft Roffignol d'Arcadie ;
L'Ancre fçait expofer aux yeux
Des Sçavans & des Curieux
Profe , Poëme & Melodie ;
>
Quand elle eft de la Chine on en fait des Tableaux.
Une Ancre arrête les Vaiffeaux ;
Caën , eft Ville de Normandie ,
Un Fare éclaire au bord des Eaux ;
E ij Fecan
A
732 MERCURE DE FRANCE
Fecan , eft très-bonne Abbaye ,
Et Nerac eft près de Bourdeaux.
Le Crâne couvre la cervelle ;
L'Arc fert aux Indiens, auffi - bien qu'à l'Amour;`
Très-acre , eft le goût de Prunelle ;
Peu s'enfallut que Car ne fût profcript un jour.
Une Face eft un gros viſage ;
C Rane eft un Peintre recherché ;
i Les Charlatans font dans l'uſage ,
D'executer leur Farce au milieu d'un Marché.
Ancer , Oye en François jadis par fa parole ,
Ou plutôt par fes cris fauva le Capitole.
Le Fer eft un très -dur métal ;
Et le Cerf à la chaffe exerce la Nobleſſe,
C
Nacre eft Coquille d'une espece
Auffi brillante que criftal.
Cane ou Canne eft l'appui de la foible vieilleffe ;
Le Nerf fait remuer les doigts ,
Ainfi que tout le corps en avant , en arriere
Je crois qu'Arne eft une Riviere ;
Angle ou Carne fe dit de la pierre , du bois ,
D'un volet , d'une Table, ou d'une cheminée,
Nafre, beaucoup mieux Naffe,eft drogue raffinée,
Utile aux femmes quelquefois,
Le Cafre ne connoît que de barbares loix.
Le Canfre eft en tous lieux drogue d'Apoticaire
Dont on fe fert affez fouvent ;
On dit Cran de la Crémaillere ;
En France l'on peut voir tous ces mots à prefent.
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Résumé : EXPLICATION du Logogryphe du Mercure de Fevrier, sur les mêmes Rimes.
Le texte explique un logogryphe, un puzzle littéraire publié dans le Mercure de février. Il décrit le Royaume des Lys comme un puissant empire valorisant la franchise. Divers mots et leurs significations sont énumérés, souvent en lien avec des lieux ou des objets. Par exemple, l'anse est utile pour divers récipients, l'afne est un rossignol d'Arcadie, et l'ancre arrête les vaisseaux. Le texte mentionne également Caen, une ville de Normandie, et Sécan, une abbaye. Il explore les significations multiples des mots, comme le crâne qui couvre la cervelle, ou l'arc utilisé par les Indiens et dans l'amour. Le texte se termine par une liste de mots et leurs définitions, allant de la nacre, une coquille brillante, au nerf qui fait bouger les doigts, en passant par le canfre, une drogue d'apothicaire.
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4926
p. 733
LOGOGRYPHE.
Début :
Ma moitié fut jadis en butte, [...]
Mots clefs :
Carmel
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
MA moitié fut jadis en butte ,
A nos plus celebres Sçavans ,
Qui travaillerent à ma chute ;
Mais ils y perdirent leur temps.
Mon tout offre le lieu du féjour d'un Propheté ,
Et fi vous retranchez ma feule extrémité ,
Je deviens auffi - tôt un bon Anachorete ,
Qui malgré fon auſterité ,
A toûjours fa cuifine prête.
Si vous daignez m'ôter & le pied & la tête.
Vous trouverez avec facilité ,
Qu'il n'eft point fans moi de conquête.
I. L. D. C.
MA moitié fut jadis en butte ,
A nos plus celebres Sçavans ,
Qui travaillerent à ma chute ;
Mais ils y perdirent leur temps.
Mon tout offre le lieu du féjour d'un Propheté ,
Et fi vous retranchez ma feule extrémité ,
Je deviens auffi - tôt un bon Anachorete ,
Qui malgré fon auſterité ,
A toûjours fa cuifine prête.
Si vous daignez m'ôter & le pied & la tête.
Vous trouverez avec facilité ,
Qu'il n'eft point fans moi de conquête.
I. L. D. C.
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4927
p. 733-734
ENIGME.
Début :
Pour bien arranger ma matiere, [...]
Mots clefs :
Soulier
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
Pour bien arranger ma matiere ,
Une forme m'eft neceffaire ,
Laquelle , devinez pourquoi ,
Eft matiere tout comme moi ;
Ce qui vous furprendra peut-être ,
C'eft ma mort qui m'a donné l'être ,
Car il eft für que quand je vis ,
Je ne fuis pas ce que je fuis ;
Tantôt je ſuis mal fait tantôt fait à merveille ,
E iij Selon
1
734 MERCURE DE FRANCE
Selon la main quï me conduit ,
J'ai double quartier , double oreille
Et je fers rarement la nuit ""
Quand je fuis trop petit, contre mon pere on jure
Et l'on me traite de priſon ,
Et quand je fuis trop grand je fais laide figure
Sans avoir ni tort ni raiſon
Je fers entre la terre & l'homme
Je fuis à Paris comme à Rome
Et joint avec un certain bois ,
Je fers pour agrandir le Sexe de trois doigts .
Pour bien arranger ma matiere ,
Une forme m'eft neceffaire ,
Laquelle , devinez pourquoi ,
Eft matiere tout comme moi ;
Ce qui vous furprendra peut-être ,
C'eft ma mort qui m'a donné l'être ,
Car il eft für que quand je vis ,
Je ne fuis pas ce que je fuis ;
Tantôt je ſuis mal fait tantôt fait à merveille ,
E iij Selon
1
734 MERCURE DE FRANCE
Selon la main quï me conduit ,
J'ai double quartier , double oreille
Et je fers rarement la nuit ""
Quand je fuis trop petit, contre mon pere on jure
Et l'on me traite de priſon ,
Et quand je fuis trop grand je fais laide figure
Sans avoir ni tort ni raiſon
Je fers entre la terre & l'homme
Je fuis à Paris comme à Rome
Et joint avec un certain bois ,
Je fers pour agrandir le Sexe de trois doigts .
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4928
p. 734-742
CONTINUATION de l'Article de Guillaume Budé.
Début :
L'Auteur des Memoires ajoûte ce qui suit : Ces paroles (c'est-à-dire, ce [...]
Mots clefs :
Guillaume Budé, Ouvrages de Guillaume Budé, Auteur, Recueil, Ouvrages
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texteReconnaissance textuelle : CONTINUATION de l'Article de Guillaume Budé.
CONTINUATION de l'Article
de Guillaume Budé.
'Auteur des Memoires ajoûte ce qui
Lfuit : Ces paroles ( c'eft- à-dire , ce
que Budé avoit ordonné fur fon Enterrement
, ) ont fait naître dans l'efprit de
quelques-uns des foupçons contre la créan-
* ce , qui ont été fort augmentés par la Profeffion
ouverte que fa veuve alla faire du
Proteftantifme à Genève , avec une partie
de fes enfans. Mais d'autres , comme le
Pere Garaffe , ont pris fa défenſe fur cet
article ,
AVRIL. 1730. 735
rticle , outre qu'il paroît par fes Ecrits
qu'il étoit fort oppofé aux prétendus Ré-,
formateurs.
Son mariage ne fut pas fterile , puifqu'il
laiffa en mourant onze enfans , fept gar-
Cons & quatre filles . Sa veuve fe retira à
Genéve , comme je viens de le dire , avec
fes filles , & y embraffa la Religion Proteftante.
Un de fes fils ( Louis Budé ) s'y
retira auffi , & y fut Profeffeur en Langue
Hébraïque. Il publia une Traduction
Latine des Pleaumes avec des Notes , & il
auroit encore publié d'autres Ouvrages ,
s'il n'étoit mort fort jeune vers l'an 1550 .
( a )
Mathieu Budé , autre fils de Guillaume
,eft loué par Henri Etienne comme
un homme qui entendoit à fond la Langue
Hebraique.
Jean Budé , fon frere , fut un des trois
Députés que les Calviniftes envoyerent
en 1558. en Allemagne pour les affaires
de leur Eglife.
On dit deux chofes particulieres de
Guillaume Budé ; la premiere eft qu'il ne
voulut jamais fe laiffer peindre ce qui
a donné fujet à ces Vers d'Etienne Pafquier.
( a ) Colomies Gallia Orient, p. 15% -
E iiij Nec
1
736 MERCURE DE FRANCE
Nec voluit vivus fingi , pingive Budæus ,
Nec vatum moriens quæfiit elogia ;
Hunc qui tanta fuæ mentis monumenta reliquit
Externa puduit vivere velle manu .
La feconde eft qu'ayant voulu haranguer
Charles-Quint à ſon entrée à Paris ,
au mois de Janvier 1540. il demeura court ,
& ne pût achever fon difcours. L'Auteur
de fa vie ne dit rien de femblable.
Catalogue des Ouvrages de Guillaume Budé.
1. De ftudio bonarum Litterarum rectè &
commodè inftituendo Liber ad Franciſcum I.
Regem Galliarum.
نم
2. De Philologia libri duo ad Henricum
Aurelianenfem & Carolum Angolifmenfem ,
Francifci Regis filios. Ces deux Ouvrages
imprimés à Bâle en 1533. fe trouvent dans
le fecond Volume du Recueil de Crenius,
intitulé : Variorum Autorum Concilia ,
Studiorum Methodi . Rotterodami 1694. in-
4. Ils font peu lus ,
dit Louis
parceque ,
le Roi , peu de gens font capables de goûter
l'érudition de Budé , & que tout le
monde n'étant pas accoûtumé à fes manieres
de parler , on a de la peine à entrer
dans fa penfée , à moins que d'être
déja fçavant quand on fe met à cette lecture
, c'est- à-dire , pour parler en ftile
moins panégyrifte , parce qu'il y eft trop
obfcur.
3.
AVRIL. 1730. 737
3. De contemptu rerum fortuitarum Libri
tres ad Draconem Budaum fratrem. Parif.
1520. & 1526.in- 4. Item Argentorati 15-29.
Item Lugd. Bat. 1624. in- 16.
4. De Tranfitu Hellenifmi ad Chriftianifmum
Libri tres ad Francifcum Regem.
Parif. 1535. & 1556. in-fol.
Budé apprend dans cet Ouvrage à
paffer des Sciences profanes à la véritable
Philofophie , qui ne fe trouve que
dans la Doctrine celefte de Jeſus- Chriſt.
L
5. Epiftolarum Latinarum Libri V.
& Grecarum Liber unus. Parif. 1520. infol
. Item Bafilee 1521. in-4 . Les Lettres
Greques ont été imprimées féparément
à Paris 1550. in- 4. Item traduites en Latin
par Antoine Pichon . Paris 1574. in - 4 .
6. Ariftotelis & Philonis Judai Liber de
Mundo. Bafilea 1533 .
7. Plutarchi Liber de tranquillitate animi,
ad Fulium II. Pontificem Maximum.
8. Ejufdem de Fortuna Romanorum Liber
unus , & de Fortuna & Virtute Alexandri
Magni Libri duo.
9. Ejufdem de Placitis Decretifque Phi
lofophorum naturalibus Libri V.
10. Bafilii Magni Epiftola ad Gregorium
Nazianzenum de Vita in folitudine agenda.
Ces Traductions furent le premier
coup d'effai & le commencement des travaux
Litteraires de Budé ; elles furent fi
E v efti738
MERCURE DE FRANCE
eftimées , dit l'Auteur de fa vie , qu'on
auroit eu peine à l'en croire Auteur , s'il
p'eut donné dans la fuite d'autres preuves
plus confiderables de fon génie & de
fa capacité. Mais Nannius & Borremans
prétendent qu'il ne s'y eft appliqué qu'à
exprimer le fens de fon Auteur fans fe
mettre fort en peine de le fuivre mot pour
mot ; & M. Huet dit que pour avoir af
fecté le grand ſtile, & y avoir voulu faire
paroître une partie de fon érudition , il a
paffé pour un Paraphrafte , plutôt que
pour un veritable Traducteur ..
Tous les Ouvrages dont je viens de :
parler font contenus dans le premier Vo--
lume du Recueil des Oeuvres de Budé
publié à Bâle l'an 1557. en 4. volumes in--
fol. avec une ample Préface de Coelius .
fecundus Curion .
11. De Affe & partibus ejus Libri V..
Parif. 1516. 1524 , 1541. 1542. 1544.
in-fol. Item ab Autore noviffimè recogniti
& locupletati. Parifiis 1548. in- fol . Item
Venetiis 1522. in 4. Item Colonia 1528.-
in 8. avec l'Abregé de cet Ouvrage . Item
Lugduni 1542. & 1550. in 8. Budé prit
lui- même le foin de faire un Abregé de
fon Livre en François , & cet Abregé a
été imprimé plufieurs fois ; il eft cepen--
dant rare. Une Edition porte ce titre ::
Sommaire ou Epitome du Livre de . Affe
Par
AVRIL.: 1730. 739 .
も
perpar
Guillaume Budé, Paris 1522. in 8. Une
autre eft intitulée : Extrait on Abregé du
Livre de Affe , de feu M. Budé , auquel
les Monnoyes , Poids & Mefures anciennes
font réduites à celles de maintenant. Revû de
nouveau , corrigé & additionné. Paris 1550 .
in 12. Le Livre de Affe que l'Auteur de
fa Vie appelle Divinum Opus , fit beaucoup
d'honneur à Budé ; mais il fe trouva
un Italien qui lui contefta la gloire
d'avoir défriché le premier les matieres
épineufes des Monnoyes & des Mefures
des Anciens. Ce fut Leonard Portius qui
prétendit avoir cette gloire . Budé l'ayant
appris , en fut extrêmement irrité , & .
déclara hautement qu'il ne tenoit de
fonne ce qu'il avoit publié fur cette matiere
, & que Portius l'avoit pillé . Jean-
Lafcaris , qui étoit leur ami commun
empêcha que cette querelle n'allat plusloin
, & obtint de Budé , à force de prieres
, qu'il n'inferât point dans la feconde.
Edition de fon Livre le Difcours piquant
qu'il avoit compofé contre Portius . Budé
reconnut lui -même , quand fa premiere
colere fut paffée , qu'il avoit eu trop
d'emportement , c'est ce qui fit qu'il ne
voulut plus prendre d'interêt aux attaques
qui lui furent faites dans la fuite , &
qu'il fouffrit tranquillement que George.
Agricola s'attribuât telle part qu'il vou-
E vj droit
740 MERCURE DE FRANCE
droit de la gloire de fes découvertes .
Le Livre de Affe fait le fecond Volume
du Recueil des Oeuvres de Budé.
12. Annotationes in Pandectas priores &
pofteriores. Colonia 1526. in 8. Item Parif.
1532. 1536. 1556. in fol . It. Bafilea 15340
in 8. It. Lugduni 1551. & 1567. in 8 .
Les premieres Obfervations de Budé fur
les Pandectes parurent feules pour la premiere
fois en 1508. Antoine Auguftin ,
qui loue beaucoup cet Ouvrage par rapport
à l'érudition , n'en fait pas le même
cas par rapport à ce qui concerne le Droit.
13. Forenfia quibus vulgares & verè La
tina Furifconfultorum loquendi formula traduntur
, cum verborum forenfium indice. Parif.
1548. in fol. It. fans l'Index. Bafilea
in 8. Cet Ouvrage eft affez imparfait
& n'étoit pas encore en état de voir le
jour lorsque l'Auteur mourut.
Ces deux Ouvrages rempliffent le troifiéme
Volume du Recueil.
14. Commentarii Lingua Greca. Parif.
1529. in fol. Item Bafilea 1530. in fol. It.
ab Autore recogniti & aucti . Parif. 1548 .
in fol. Ft. Bafilea 1556. in fol . Ces Commentaires
font très - fçavans , & on y remarque
fans peine un travail immenfe &
une lecture prodigieufe ; mais après tour
ce n'eft qu'une maffe informe & indi
gefte , fans ordre & fans méthode..
Cet
AVRIL. 1730. 741
Cet Ouvrage termine le Recueil dont
il fait le quatriéme Volume. On a outre
cela de Budé
15. De l'Inftitution du Prince , par Guillaume
Budé , avec les Annotations de Jean
de Luxembourg, Abbé d'Yvri , de la Ri
vour& de Salmoify. La Rivour 1547. in
fol. Item Lyon in 4. La Rivour , où ce Livre
a été imprimé pour la premiere fois
eft une Abbaye en Champagne près de
Troyes. Ce n'étoit pas le talent de Budé
d'écrire en François ; fon ftile eft rude
obfcur & peur poli ; quoique fa Latinité
foit bien meilleure , quelques- uns y trou
vent cependant les mêmes défauts.
16. Ariftotelis Meteorologia , latinè versa.
Dans les Oeuvres de ce Philofophe.
17. Excepta de Venatione. A la fin du
Dictionnaire François- Latin de Jean Thier
ri. Paris. 1564. in fol.
18. Note in Ciceronis Epiftolas familia
res , dans l'Edition de Jean Thierri , cum
Scholiis ferè XXX. Doctorum Virorum. Parifiis
1557. in fol.
V.G. Budai Vita per Lud. Regium. Parif.
1577. in 4. It. dans le Recueil des
Opufcules de Louis le Roi. Paris 1571 .
in 4. Item dans le Recueil des Vies choifies
des Hommes illuftres , publiées par
Jean Bates. Londres 1682. in 4. It. parmi
les Vies des plus celebres Jurifconfultes
recueillies
742 MERCURE DE FRANCE.
recueillies par Fred.Jacques Leicker.Lipfia
1686. in 8.
de Guillaume Budé.
'Auteur des Memoires ajoûte ce qui
Lfuit : Ces paroles ( c'eft- à-dire , ce
que Budé avoit ordonné fur fon Enterrement
, ) ont fait naître dans l'efprit de
quelques-uns des foupçons contre la créan-
* ce , qui ont été fort augmentés par la Profeffion
ouverte que fa veuve alla faire du
Proteftantifme à Genève , avec une partie
de fes enfans. Mais d'autres , comme le
Pere Garaffe , ont pris fa défenſe fur cet
article ,
AVRIL. 1730. 735
rticle , outre qu'il paroît par fes Ecrits
qu'il étoit fort oppofé aux prétendus Ré-,
formateurs.
Son mariage ne fut pas fterile , puifqu'il
laiffa en mourant onze enfans , fept gar-
Cons & quatre filles . Sa veuve fe retira à
Genéve , comme je viens de le dire , avec
fes filles , & y embraffa la Religion Proteftante.
Un de fes fils ( Louis Budé ) s'y
retira auffi , & y fut Profeffeur en Langue
Hébraïque. Il publia une Traduction
Latine des Pleaumes avec des Notes , & il
auroit encore publié d'autres Ouvrages ,
s'il n'étoit mort fort jeune vers l'an 1550 .
( a )
Mathieu Budé , autre fils de Guillaume
,eft loué par Henri Etienne comme
un homme qui entendoit à fond la Langue
Hebraique.
Jean Budé , fon frere , fut un des trois
Députés que les Calviniftes envoyerent
en 1558. en Allemagne pour les affaires
de leur Eglife.
On dit deux chofes particulieres de
Guillaume Budé ; la premiere eft qu'il ne
voulut jamais fe laiffer peindre ce qui
a donné fujet à ces Vers d'Etienne Pafquier.
( a ) Colomies Gallia Orient, p. 15% -
E iiij Nec
1
736 MERCURE DE FRANCE
Nec voluit vivus fingi , pingive Budæus ,
Nec vatum moriens quæfiit elogia ;
Hunc qui tanta fuæ mentis monumenta reliquit
Externa puduit vivere velle manu .
La feconde eft qu'ayant voulu haranguer
Charles-Quint à ſon entrée à Paris ,
au mois de Janvier 1540. il demeura court ,
& ne pût achever fon difcours. L'Auteur
de fa vie ne dit rien de femblable.
Catalogue des Ouvrages de Guillaume Budé.
1. De ftudio bonarum Litterarum rectè &
commodè inftituendo Liber ad Franciſcum I.
Regem Galliarum.
نم
2. De Philologia libri duo ad Henricum
Aurelianenfem & Carolum Angolifmenfem ,
Francifci Regis filios. Ces deux Ouvrages
imprimés à Bâle en 1533. fe trouvent dans
le fecond Volume du Recueil de Crenius,
intitulé : Variorum Autorum Concilia ,
Studiorum Methodi . Rotterodami 1694. in-
4. Ils font peu lus ,
dit Louis
parceque ,
le Roi , peu de gens font capables de goûter
l'érudition de Budé , & que tout le
monde n'étant pas accoûtumé à fes manieres
de parler , on a de la peine à entrer
dans fa penfée , à moins que d'être
déja fçavant quand on fe met à cette lecture
, c'est- à-dire , pour parler en ftile
moins panégyrifte , parce qu'il y eft trop
obfcur.
3.
AVRIL. 1730. 737
3. De contemptu rerum fortuitarum Libri
tres ad Draconem Budaum fratrem. Parif.
1520. & 1526.in- 4. Item Argentorati 15-29.
Item Lugd. Bat. 1624. in- 16.
4. De Tranfitu Hellenifmi ad Chriftianifmum
Libri tres ad Francifcum Regem.
Parif. 1535. & 1556. in-fol.
Budé apprend dans cet Ouvrage à
paffer des Sciences profanes à la véritable
Philofophie , qui ne fe trouve que
dans la Doctrine celefte de Jeſus- Chriſt.
L
5. Epiftolarum Latinarum Libri V.
& Grecarum Liber unus. Parif. 1520. infol
. Item Bafilee 1521. in-4 . Les Lettres
Greques ont été imprimées féparément
à Paris 1550. in- 4. Item traduites en Latin
par Antoine Pichon . Paris 1574. in - 4 .
6. Ariftotelis & Philonis Judai Liber de
Mundo. Bafilea 1533 .
7. Plutarchi Liber de tranquillitate animi,
ad Fulium II. Pontificem Maximum.
8. Ejufdem de Fortuna Romanorum Liber
unus , & de Fortuna & Virtute Alexandri
Magni Libri duo.
9. Ejufdem de Placitis Decretifque Phi
lofophorum naturalibus Libri V.
10. Bafilii Magni Epiftola ad Gregorium
Nazianzenum de Vita in folitudine agenda.
Ces Traductions furent le premier
coup d'effai & le commencement des travaux
Litteraires de Budé ; elles furent fi
E v efti738
MERCURE DE FRANCE
eftimées , dit l'Auteur de fa vie , qu'on
auroit eu peine à l'en croire Auteur , s'il
p'eut donné dans la fuite d'autres preuves
plus confiderables de fon génie & de
fa capacité. Mais Nannius & Borremans
prétendent qu'il ne s'y eft appliqué qu'à
exprimer le fens de fon Auteur fans fe
mettre fort en peine de le fuivre mot pour
mot ; & M. Huet dit que pour avoir af
fecté le grand ſtile, & y avoir voulu faire
paroître une partie de fon érudition , il a
paffé pour un Paraphrafte , plutôt que
pour un veritable Traducteur ..
Tous les Ouvrages dont je viens de :
parler font contenus dans le premier Vo--
lume du Recueil des Oeuvres de Budé
publié à Bâle l'an 1557. en 4. volumes in--
fol. avec une ample Préface de Coelius .
fecundus Curion .
11. De Affe & partibus ejus Libri V..
Parif. 1516. 1524 , 1541. 1542. 1544.
in-fol. Item ab Autore noviffimè recogniti
& locupletati. Parifiis 1548. in- fol . Item
Venetiis 1522. in 4. Item Colonia 1528.-
in 8. avec l'Abregé de cet Ouvrage . Item
Lugduni 1542. & 1550. in 8. Budé prit
lui- même le foin de faire un Abregé de
fon Livre en François , & cet Abregé a
été imprimé plufieurs fois ; il eft cepen--
dant rare. Une Edition porte ce titre ::
Sommaire ou Epitome du Livre de . Affe
Par
AVRIL.: 1730. 739 .
も
perpar
Guillaume Budé, Paris 1522. in 8. Une
autre eft intitulée : Extrait on Abregé du
Livre de Affe , de feu M. Budé , auquel
les Monnoyes , Poids & Mefures anciennes
font réduites à celles de maintenant. Revû de
nouveau , corrigé & additionné. Paris 1550 .
in 12. Le Livre de Affe que l'Auteur de
fa Vie appelle Divinum Opus , fit beaucoup
d'honneur à Budé ; mais il fe trouva
un Italien qui lui contefta la gloire
d'avoir défriché le premier les matieres
épineufes des Monnoyes & des Mefures
des Anciens. Ce fut Leonard Portius qui
prétendit avoir cette gloire . Budé l'ayant
appris , en fut extrêmement irrité , & .
déclara hautement qu'il ne tenoit de
fonne ce qu'il avoit publié fur cette matiere
, & que Portius l'avoit pillé . Jean-
Lafcaris , qui étoit leur ami commun
empêcha que cette querelle n'allat plusloin
, & obtint de Budé , à force de prieres
, qu'il n'inferât point dans la feconde.
Edition de fon Livre le Difcours piquant
qu'il avoit compofé contre Portius . Budé
reconnut lui -même , quand fa premiere
colere fut paffée , qu'il avoit eu trop
d'emportement , c'est ce qui fit qu'il ne
voulut plus prendre d'interêt aux attaques
qui lui furent faites dans la fuite , &
qu'il fouffrit tranquillement que George.
Agricola s'attribuât telle part qu'il vou-
E vj droit
740 MERCURE DE FRANCE
droit de la gloire de fes découvertes .
Le Livre de Affe fait le fecond Volume
du Recueil des Oeuvres de Budé.
12. Annotationes in Pandectas priores &
pofteriores. Colonia 1526. in 8. Item Parif.
1532. 1536. 1556. in fol . It. Bafilea 15340
in 8. It. Lugduni 1551. & 1567. in 8 .
Les premieres Obfervations de Budé fur
les Pandectes parurent feules pour la premiere
fois en 1508. Antoine Auguftin ,
qui loue beaucoup cet Ouvrage par rapport
à l'érudition , n'en fait pas le même
cas par rapport à ce qui concerne le Droit.
13. Forenfia quibus vulgares & verè La
tina Furifconfultorum loquendi formula traduntur
, cum verborum forenfium indice. Parif.
1548. in fol. It. fans l'Index. Bafilea
in 8. Cet Ouvrage eft affez imparfait
& n'étoit pas encore en état de voir le
jour lorsque l'Auteur mourut.
Ces deux Ouvrages rempliffent le troifiéme
Volume du Recueil.
14. Commentarii Lingua Greca. Parif.
1529. in fol. Item Bafilea 1530. in fol. It.
ab Autore recogniti & aucti . Parif. 1548 .
in fol. Ft. Bafilea 1556. in fol . Ces Commentaires
font très - fçavans , & on y remarque
fans peine un travail immenfe &
une lecture prodigieufe ; mais après tour
ce n'eft qu'une maffe informe & indi
gefte , fans ordre & fans méthode..
Cet
AVRIL. 1730. 741
Cet Ouvrage termine le Recueil dont
il fait le quatriéme Volume. On a outre
cela de Budé
15. De l'Inftitution du Prince , par Guillaume
Budé , avec les Annotations de Jean
de Luxembourg, Abbé d'Yvri , de la Ri
vour& de Salmoify. La Rivour 1547. in
fol. Item Lyon in 4. La Rivour , où ce Livre
a été imprimé pour la premiere fois
eft une Abbaye en Champagne près de
Troyes. Ce n'étoit pas le talent de Budé
d'écrire en François ; fon ftile eft rude
obfcur & peur poli ; quoique fa Latinité
foit bien meilleure , quelques- uns y trou
vent cependant les mêmes défauts.
16. Ariftotelis Meteorologia , latinè versa.
Dans les Oeuvres de ce Philofophe.
17. Excepta de Venatione. A la fin du
Dictionnaire François- Latin de Jean Thier
ri. Paris. 1564. in fol.
18. Note in Ciceronis Epiftolas familia
res , dans l'Edition de Jean Thierri , cum
Scholiis ferè XXX. Doctorum Virorum. Parifiis
1557. in fol.
V.G. Budai Vita per Lud. Regium. Parif.
1577. in 4. It. dans le Recueil des
Opufcules de Louis le Roi. Paris 1571 .
in 4. Item dans le Recueil des Vies choifies
des Hommes illuftres , publiées par
Jean Bates. Londres 1682. in 4. It. parmi
les Vies des plus celebres Jurifconfultes
recueillies
742 MERCURE DE FRANCE.
recueillies par Fred.Jacques Leicker.Lipfia
1686. in 8.
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Résumé : CONTINUATION de l'Article de Guillaume Budé.
Guillaume Budé, érudit et humaniste français, a laissé des instructions pour son enterrement qui ont suscité des soupçons sur sa foi. Sa veuve et certaines de ses filles se sont converties au protestantisme à Genève. Cependant, des défenseurs comme le Père Garaffe ont contesté ces accusations, affirmant que Budé était opposé aux réformateurs. Budé a eu onze enfants, dont sept garçons et quatre filles. Louis Budé, l'un de ses fils, est devenu professeur de langue hébraïque à Genève et a traduit les Psaumes en latin. Mathieu Budé était également reconnu pour sa maîtrise de l'hébreu. Jean Budé, un autre fils, a été député des calvinistes en Allemagne en 1558. Deux anecdotes notables concernent Budé : il a refusé de se faire peindre et a échoué à terminer un discours devant Charles Quint en 1540. Budé est l'auteur de plusieurs ouvrages importants, dont 'De studio bonarum litterarum' et 'De Philologia'. Ses écrits, bien que riches en érudition, sont souvent jugés obscurs et difficiles d'accès. Il a également traduit des œuvres de Platon et de Plutarque, et a écrit sur les monnaies, les poids et les mesures antiques, ce qui lui a valu des controverses avec des érudits comme Leonard Portius. Ses 'Annotationes in Pandectas' et 'Commentarii Linguae Graecae' sont également notables, bien que critiqués pour leur manque de méthode. Budé a également travaillé sur des commentaires linguistiques et des annotations juridiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4929
p. 742-743
« De Imitatione Christi Libri quatuor, Versibus Heroïcis, traducti à Domino Du Quesnay [...] »
Début :
De Imitatione Christi Libri quatuor, Versibus Heroïcis, traducti à Domino Du Quesnay [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « De Imitatione Christi Libri quatuor, Versibus Heroïcis, traducti à Domino Du Quesnay [...] »
De Imitatione Chrifti Libri quatuor , Verfibus
Heroicis , traducti à Domino Du Quef
nay de Boifguibert , in Suprema Rationum
Regiarum Curia cognofcendis Rationibus:
Prafecto. Parifiis , Typis Langlois. 1729..
in 8. pages 281 .
Nous ne parlerons point du fond de
cet Ouvrage qui eft affez connu du Public
, nous remarquerons feulement que
M. du Quefnay paroît ne s'être point
éloigné du fens de fon Original ; fon ftile
eft auffi fimple que le fujet le demande
ayant même employé la plus grande partie
des termes du pieux Auteur de l'Imitation
. Une chofe qui paroîtra peu ordinaire
, ou plutôt toute finguliere , c'eft que
l'Approbation même de cet Ouvrage eft
en Vers . On ne fera peut - être pas fâché de
fçavoir enquels termes l'Approbation d'un
Docteur de Sorbonne , & Cenfeur Royal
eft conçûë en ſtile poëtique : la voici ::
Inclyta juffa fequor dum Regia figna tenentis
Bis duo perlegi Libros , unumque Volumen ,.
Quod dedit alma manus , docta & pia Carmine
gråndi
Heroum , nomen verò eft , IMITATIO CHRISTI
Incorrupta fides , morum præceptio ſancta ,
In
AVRIL. 1730.
743
நில
In quo fplendefcunt , dignum prælo , ut fit in
ævum .
Datum in Sorbona , anno
Domini 1729. A. Le Moine & c..
Heroicis , traducti à Domino Du Quef
nay de Boifguibert , in Suprema Rationum
Regiarum Curia cognofcendis Rationibus:
Prafecto. Parifiis , Typis Langlois. 1729..
in 8. pages 281 .
Nous ne parlerons point du fond de
cet Ouvrage qui eft affez connu du Public
, nous remarquerons feulement que
M. du Quefnay paroît ne s'être point
éloigné du fens de fon Original ; fon ftile
eft auffi fimple que le fujet le demande
ayant même employé la plus grande partie
des termes du pieux Auteur de l'Imitation
. Une chofe qui paroîtra peu ordinaire
, ou plutôt toute finguliere , c'eft que
l'Approbation même de cet Ouvrage eft
en Vers . On ne fera peut - être pas fâché de
fçavoir enquels termes l'Approbation d'un
Docteur de Sorbonne , & Cenfeur Royal
eft conçûë en ſtile poëtique : la voici ::
Inclyta juffa fequor dum Regia figna tenentis
Bis duo perlegi Libros , unumque Volumen ,.
Quod dedit alma manus , docta & pia Carmine
gråndi
Heroum , nomen verò eft , IMITATIO CHRISTI
Incorrupta fides , morum præceptio ſancta ,
In
AVRIL. 1730.
743
நில
In quo fplendefcunt , dignum prælo , ut fit in
ævum .
Datum in Sorbona , anno
Domini 1729. A. Le Moine & c..
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Résumé : « De Imitatione Christi Libri quatuor, Versibus Heroïcis, traducti à Domino Du Quesnay [...] »
Le texte décrit une édition de l'œuvre 'De Imitatione Chrifti Libri quatuor, Verfibus', traduite par le seigneur Du Quefnay de Boisfugubert. Publiée à Paris en 1729 par Langlois, cette édition comprend 281 pages. La préface met en avant la fidélité de Du Quefnay au texte original et son utilisation d'un style simple avec de nombreux termes du texte source. Une particularité de cette édition est l'approbation rédigée en vers. Cette approbation, signée par un Docteur de Sorbonne et Censeur Royal, loue l'intégrité et la sainteté des préceptes moraux de l'œuvre, la jugeant digne d'être imprimée pour l'éternité. L'approbation est datée de 1729 et signée par A. Le Moine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4930
p. 743-744
Supplement à la Méthode pour apprendre l'Ortographe, [titre d'après la table]
Début :
SUPPLEMENT à la Méthode pour apprendre l'Ortographe par Principes sans [...]
Mots clefs :
Méthode pour apprendre l'Orthographe, Orthographe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Supplement à la Méthode pour apprendre l'Ortographe, [titre d'après la table]
SUPPLEMENT à la Méthode pour apaprendre
l'Ortographe par Principes fans
fçavoir le Latin , & fans être obligé d'étudier
de mémoire , avec la Clef pour l'en--
feigner , ou Avis aux Maîtres de l'Art ,
par M. Jacquier ; le prix eft de trente
fols, broché , & de quatre livres relié avec
la Méthode..Vol . in 8. de 170. pages . A
Paris , chez Nicolas le Clerc , rue de la
Vieille Bouclerie , Jacques Joffe , rue S. Fac
ques , Le Gras , au Palais , & la Veuve
Piffot , à la defcente du Pont- Neuf, 1730.
Ce Supplement contient en abregé 10
les principales définitions de la Méthode ,,
& le chiffre qui eft au- deffus du reglet à
la fin de chaque définition , eft le nombre
qu'il faut chercher dans la Méthode
pour en voir les exemples , l'explication
& ce que l'on a retouché .
2° Une Méthode aifée & facile pour
conjuguer toute forte de Verbes par le
moyen d'une feule Clef..
3 Une Clef pour enfeigner l'Ortogra
phe , ou Avis aux Maîtres de l'Art.
49 Une Lifte de mots , avec une Mé--
thode
744 MERCURE DE FRANCE
thode pour les bien prononcer & orto
graphier avec principe .
Un Abregé très - utile pour n'être pas
obligé d'étudier de mémoire.
L'Auteur ajoute que comme on eft obligé
de dire pourquoi on écrit toutes les
Lettres qui ne fe prononcent pas , ou qui
n'ont pas un fon propre , on en viendra
aifément à bout par le moyen de la Table
qu'il a dreffée en cherchant les Lettres qui
ne fonnent point , ou qui ont un fon qui
ne leur eft pas propre.
Nous avons parle en fon tems de la Méthode
même dont on vient de donner ce
Supplement nous pouvons dire aujourd'hui
qu'elle a eu tout le fuccès poffible
dans la Pratique , & que c'eft avec beaucoup
de raifon que M. de Fontenelle en
a prévû l'utilité dans l'Approbation dont
il a honoré ce Livre.
l'Ortographe par Principes fans
fçavoir le Latin , & fans être obligé d'étudier
de mémoire , avec la Clef pour l'en--
feigner , ou Avis aux Maîtres de l'Art ,
par M. Jacquier ; le prix eft de trente
fols, broché , & de quatre livres relié avec
la Méthode..Vol . in 8. de 170. pages . A
Paris , chez Nicolas le Clerc , rue de la
Vieille Bouclerie , Jacques Joffe , rue S. Fac
ques , Le Gras , au Palais , & la Veuve
Piffot , à la defcente du Pont- Neuf, 1730.
Ce Supplement contient en abregé 10
les principales définitions de la Méthode ,,
& le chiffre qui eft au- deffus du reglet à
la fin de chaque définition , eft le nombre
qu'il faut chercher dans la Méthode
pour en voir les exemples , l'explication
& ce que l'on a retouché .
2° Une Méthode aifée & facile pour
conjuguer toute forte de Verbes par le
moyen d'une feule Clef..
3 Une Clef pour enfeigner l'Ortogra
phe , ou Avis aux Maîtres de l'Art.
49 Une Lifte de mots , avec une Mé--
thode
744 MERCURE DE FRANCE
thode pour les bien prononcer & orto
graphier avec principe .
Un Abregé très - utile pour n'être pas
obligé d'étudier de mémoire.
L'Auteur ajoute que comme on eft obligé
de dire pourquoi on écrit toutes les
Lettres qui ne fe prononcent pas , ou qui
n'ont pas un fon propre , on en viendra
aifément à bout par le moyen de la Table
qu'il a dreffée en cherchant les Lettres qui
ne fonnent point , ou qui ont un fon qui
ne leur eft pas propre.
Nous avons parle en fon tems de la Méthode
même dont on vient de donner ce
Supplement nous pouvons dire aujourd'hui
qu'elle a eu tout le fuccès poffible
dans la Pratique , & que c'eft avec beaucoup
de raifon que M. de Fontenelle en
a prévû l'utilité dans l'Approbation dont
il a honoré ce Livre.
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Résumé : Supplement à la Méthode pour apprendre l'Ortographe, [titre d'après la table]
Le document décrit un supplément à la 'Méthode pour apprendre l'Ortographe par Principes' de M. Jacquier, publié en 1730 à Paris. Ce supplément est disponible en version brochée à trente sols ou reliée à quatre livres. Il contient les principales définitions de la méthode, avec des références aux exemples et explications dans la méthode principale. Le supplément inclut également une méthode simplifiée pour conjuguer les verbes, une clé pour enseigner l'orthographe, et une liste de mots avec des indications pour leur prononciation et orthographe correctes. L'auteur met en avant l'avantage de cette méthode, qui évite l'apprentissage par cœur en expliquant la présence de certaines lettres non prononcées. La méthode a été bien reçue, notamment par M. de Fontenelle, qui en a souligné l'utilité.
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4931
p. 744-749
Le Belier, Conte, [titre d'après la table]
Début :
LE BELIER, Conte. Par M. le Comte Antoine Hamilton. A Paris, ruë S. Jacques [...]
Mots clefs :
Conte, Prose, Prince, Goût
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Belier, Conte, [titre d'après la table]
LE BELIER , Conte. Par M. le Comte
Antoine Hamilton. A Paris , rue S. Facques
, chez F. Fr. Joffe 1730. in 12. de
330. pages.
Dans un Avis au Lecteur , le Libraire
s'exprime ainfi La profonde érudition
du Comte Antoine Hamilton , la délica
teffe de fon génie & la douceur de fes
moeurs l'ont rendu également cher aux
Sçavans & aux gens du monde. Un grand
Seigneur
AVRIL 1730. 749
Seigneur François ayant pris alliance dans
fa Maiſon , occafionna fes premiers voyages
à la Cour de France. Les Revolutions
d'Angleterre fous Jacques II . y fixerent
prefque fon féjour . Les Traductions des
Contes Perfans , Arabes & Turcs étoient
entre les mains de toutes les Dames de la
Cour & de la Ville ; il railloit les premieres
fur l'attachement qu'elles avoient pour
une lecture fi peu inftructive , mais avec
les ménagemens convenables pour ne pas
bleffer leur amour propre. Un jour on le
défia de faire quelque chofe dans le goût
de ces Ouvrages ; le Comte Hamilton ,
dont le génie pouvoit tout ce qu'il vouloit
, fit voir en peu de jours qu'il fçavoit
badiner avec les Mufes .
Madame la Comteffe de G ... fa foeur ,
avoit acquis depuis quelque tems une
mazure , avec un affez petit terrain , dans
le Parc de cette Maifon Royale qui fait
l'admiration de tout l'Univers , cette mazure
, qu'on nommoit Moulineau , devint
un lieu charmant par les foins vigilans ,
la magnificence & le goût de la Comteffe
de G ... on changea le nom de Moulineau
en celui de Ponthalie. C'eft à l'occafion
de l'étimologie de Ponthalie que,
le
Comte Antoine a fait le Belier ; il y a mille
petits faits déguifés dans cet Ouvrage
qu'il faut laiffer demafquer à qui le pourra
746 MERCURE DE FRANCE
ra; quand on ne devineroit rien , le Conte
n'en feroit pas moins bon ; l'Auteur fçait
badiner legerement , louer avec délicateffe
& critiquer finement.
Ce Manufcrit m'étant tombé dans les
mains ( c'eſt toujours le Libraire qui parle)
j'ai crû que le Public me fçauroit bon gré
de lui donner un Ouvrage qui dans fon
genre n'en a point de fuperieur , felon le
fentiment des gens de goût que j'ai con- .
fultés ,& s'il a le même fuccès que les Mé
moires du Comte de Grammont , qui font du
même Auteur , & le feul Ouvrage qui ait
encore paru de lui imprimé ( c'eft encore
le Libraire qui parle ) je ne ferai point
trompé dans mes efperances.
Dans ce Conte dont les 39. premieres
pages font en Vers , après une Deſcription
de Moulineau , on trouve ce Portrait :
Mais de ces lieux tout l'ornement
Etoit certaine jeune Armide ,
Faite par tel enchantement ,
Que fes regards portoient fans guide
Au fonds des coeurs l'embrafement ;
L'aimer pourtant étoit folie ,
Car l'infenfible Nymphe Alie ,.
Bien loin de vouloir fecourir
Ne cherchoit qu'à faire mourir ;
Tout l'art du Druide ſon Pere
Et
AVRIL. 1730. 747
Et fes enchantemens divers
S'étoient épuisés pour en faire
La merveille de l'Univers.
Depuis ce tems-là chaque Belle
A fuivi ce brillant modele ;
Mais nos modernes Déités
Heritieres de fes beautés ,
"
Et de fa fraîcheur immortelle ,
Par malheur ont emprunté d'elle
Les rigueurs & les cruautés.
Mille Amans : Ciel + quelle foibleflet
Surs de mourir , vouloient la voir ;
La fage & prudente vieilleffe
Y venoit languir fans efpoir ,
Et la floriffante jeuneffe
N'en avoit pas pour juſqu'au foir ;
Rien n'échapoit à la tigreffe ,
Tous les lieux d'alentour étoient tendus de nair
Et l'on voyoit périr fans ceffe
Quelqu'Amant
fec que la tendreffe
Avoit réduit au defefpoir.
Avant de quitter la Poëfie pour prendre
la Profe , l'Auteur fait cette tranfition .
Mais changeons de ftile , il eft tems
Que votre oreille ſe repoſe
Et que les vulgaires accens
Qui
748 MERCURE DE FRANCE
Qui chantoient les évenemens
Faffent place à la fimple Profe.
Le Cheval aîlé court les champs ,
Se cabre , & prend le frein aux dents,
Lors d'une main trop incertaine
Un Auteur par de vains élans ,
'Au milieu des airs fe
promene ;
Mais quand fous quelque efpece vaine à
Réduit au trot il bat des flancs ,
Et bronche au milieu de la Plaine
Il est tout des plus fatiguans.
Un Lecteur qui le fouffre à peine ,
S'endort fur fes pas chancelans ,
Et quels que foient leurs ornemens
Dans un récit de longue haleine
Les vers font toujours ennuyans.
Chez l'importune Poëfie
D'un Conte on ne voit
pas
la fin ;
Car quoiqu'elle marche à grand train ,
A chaque moment elle oublie
Ou fes Lecteurs ou fon deffein
Et fans fe douter qu'elle ennuye
Elle va l'Hiperbole en main ,
Orner un Palais , un Jardin ,
Ou relever en broderie
Tout ce qu'elle trouve en chemin.
Pour donner un petit échantillon de
cette Profe , nous tranfcrirons ici la Déclaration
AVRIL 1730. 749
claration du Prince de Noify à Alie , dont
les Portraits feroient dignes du pinceau de
l'Albane , par le charme & les graces que
l'habile Ecrivain a fçû leur donner .
>> Si vous n'êtes pas la Reine des Dieux
» ou la Mere des Amours, lui dit - il, apre-
» nez moi , je vous prie , qui eft la mortelle
» qui a tant d'éclat & tant de majefté , pour
» n'adorer plus qu'elle fur la terre. Et
» vous , lui répliqua Alie , fi vous n'êtes
» point un de ces Amours dont vous ve-
» nez de parler , qui pouvez- vous être ?
» Mais qui que vous foyez , non -feule-
» ment je reçois vos hommages , mais je
» vous promets de n'en recevoir jamais
» d'autres , pourvû que vous ne foyez pas
» le Prince de Noify ...Le Prince dit tout
» ce que l'amour refpectueux & le plus.
» tendre infpire dans ces occafions ; & la
» belle Alie tout ce que l'innocence dans
» un coeur extrêmement attendri permet
» de répondre,
Antoine Hamilton. A Paris , rue S. Facques
, chez F. Fr. Joffe 1730. in 12. de
330. pages.
Dans un Avis au Lecteur , le Libraire
s'exprime ainfi La profonde érudition
du Comte Antoine Hamilton , la délica
teffe de fon génie & la douceur de fes
moeurs l'ont rendu également cher aux
Sçavans & aux gens du monde. Un grand
Seigneur
AVRIL 1730. 749
Seigneur François ayant pris alliance dans
fa Maiſon , occafionna fes premiers voyages
à la Cour de France. Les Revolutions
d'Angleterre fous Jacques II . y fixerent
prefque fon féjour . Les Traductions des
Contes Perfans , Arabes & Turcs étoient
entre les mains de toutes les Dames de la
Cour & de la Ville ; il railloit les premieres
fur l'attachement qu'elles avoient pour
une lecture fi peu inftructive , mais avec
les ménagemens convenables pour ne pas
bleffer leur amour propre. Un jour on le
défia de faire quelque chofe dans le goût
de ces Ouvrages ; le Comte Hamilton ,
dont le génie pouvoit tout ce qu'il vouloit
, fit voir en peu de jours qu'il fçavoit
badiner avec les Mufes .
Madame la Comteffe de G ... fa foeur ,
avoit acquis depuis quelque tems une
mazure , avec un affez petit terrain , dans
le Parc de cette Maifon Royale qui fait
l'admiration de tout l'Univers , cette mazure
, qu'on nommoit Moulineau , devint
un lieu charmant par les foins vigilans ,
la magnificence & le goût de la Comteffe
de G ... on changea le nom de Moulineau
en celui de Ponthalie. C'eft à l'occafion
de l'étimologie de Ponthalie que,
le
Comte Antoine a fait le Belier ; il y a mille
petits faits déguifés dans cet Ouvrage
qu'il faut laiffer demafquer à qui le pourra
746 MERCURE DE FRANCE
ra; quand on ne devineroit rien , le Conte
n'en feroit pas moins bon ; l'Auteur fçait
badiner legerement , louer avec délicateffe
& critiquer finement.
Ce Manufcrit m'étant tombé dans les
mains ( c'eſt toujours le Libraire qui parle)
j'ai crû que le Public me fçauroit bon gré
de lui donner un Ouvrage qui dans fon
genre n'en a point de fuperieur , felon le
fentiment des gens de goût que j'ai con- .
fultés ,& s'il a le même fuccès que les Mé
moires du Comte de Grammont , qui font du
même Auteur , & le feul Ouvrage qui ait
encore paru de lui imprimé ( c'eft encore
le Libraire qui parle ) je ne ferai point
trompé dans mes efperances.
Dans ce Conte dont les 39. premieres
pages font en Vers , après une Deſcription
de Moulineau , on trouve ce Portrait :
Mais de ces lieux tout l'ornement
Etoit certaine jeune Armide ,
Faite par tel enchantement ,
Que fes regards portoient fans guide
Au fonds des coeurs l'embrafement ;
L'aimer pourtant étoit folie ,
Car l'infenfible Nymphe Alie ,.
Bien loin de vouloir fecourir
Ne cherchoit qu'à faire mourir ;
Tout l'art du Druide ſon Pere
Et
AVRIL. 1730. 747
Et fes enchantemens divers
S'étoient épuisés pour en faire
La merveille de l'Univers.
Depuis ce tems-là chaque Belle
A fuivi ce brillant modele ;
Mais nos modernes Déités
Heritieres de fes beautés ,
"
Et de fa fraîcheur immortelle ,
Par malheur ont emprunté d'elle
Les rigueurs & les cruautés.
Mille Amans : Ciel + quelle foibleflet
Surs de mourir , vouloient la voir ;
La fage & prudente vieilleffe
Y venoit languir fans efpoir ,
Et la floriffante jeuneffe
N'en avoit pas pour juſqu'au foir ;
Rien n'échapoit à la tigreffe ,
Tous les lieux d'alentour étoient tendus de nair
Et l'on voyoit périr fans ceffe
Quelqu'Amant
fec que la tendreffe
Avoit réduit au defefpoir.
Avant de quitter la Poëfie pour prendre
la Profe , l'Auteur fait cette tranfition .
Mais changeons de ftile , il eft tems
Que votre oreille ſe repoſe
Et que les vulgaires accens
Qui
748 MERCURE DE FRANCE
Qui chantoient les évenemens
Faffent place à la fimple Profe.
Le Cheval aîlé court les champs ,
Se cabre , & prend le frein aux dents,
Lors d'une main trop incertaine
Un Auteur par de vains élans ,
'Au milieu des airs fe
promene ;
Mais quand fous quelque efpece vaine à
Réduit au trot il bat des flancs ,
Et bronche au milieu de la Plaine
Il est tout des plus fatiguans.
Un Lecteur qui le fouffre à peine ,
S'endort fur fes pas chancelans ,
Et quels que foient leurs ornemens
Dans un récit de longue haleine
Les vers font toujours ennuyans.
Chez l'importune Poëfie
D'un Conte on ne voit
pas
la fin ;
Car quoiqu'elle marche à grand train ,
A chaque moment elle oublie
Ou fes Lecteurs ou fon deffein
Et fans fe douter qu'elle ennuye
Elle va l'Hiperbole en main ,
Orner un Palais , un Jardin ,
Ou relever en broderie
Tout ce qu'elle trouve en chemin.
Pour donner un petit échantillon de
cette Profe , nous tranfcrirons ici la Déclaration
AVRIL 1730. 749
claration du Prince de Noify à Alie , dont
les Portraits feroient dignes du pinceau de
l'Albane , par le charme & les graces que
l'habile Ecrivain a fçû leur donner .
>> Si vous n'êtes pas la Reine des Dieux
» ou la Mere des Amours, lui dit - il, apre-
» nez moi , je vous prie , qui eft la mortelle
» qui a tant d'éclat & tant de majefté , pour
» n'adorer plus qu'elle fur la terre. Et
» vous , lui répliqua Alie , fi vous n'êtes
» point un de ces Amours dont vous ve-
» nez de parler , qui pouvez- vous être ?
» Mais qui que vous foyez , non -feule-
» ment je reçois vos hommages , mais je
» vous promets de n'en recevoir jamais
» d'autres , pourvû que vous ne foyez pas
» le Prince de Noify ...Le Prince dit tout
» ce que l'amour refpectueux & le plus.
» tendre infpire dans ces occafions ; & la
» belle Alie tout ce que l'innocence dans
» un coeur extrêmement attendri permet
» de répondre,
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Résumé : Le Belier, Conte, [titre d'après la table]
Le texte présente le conte 'Le Bélier', écrit par le Comte Antoine Hamilton et publié à Paris en 1730. Le libraire met en avant l'érudition, le génie et les mœurs douces de Hamilton, qui lui ont valu l'estime des savants et des gens du monde. Après avoir voyagé en France et s'être installé en Angleterre, Hamilton s'est distingué par ses traductions de contes persans, arabes et turcs, très populaires à la cour. Un jour, défié de créer un ouvrage similaire, Hamilton compose 'Le Bélier' en quelques jours, démontrant ainsi son talent. L'histoire se déroule à Ponthalie, une propriété transformée par la Comtesse de G... à partir d'une ancienne masure appelée Moulineau. Le conte commence en vers, décrivant la beauté et les dangers de la jeune Armide, une nymphe cruelle qui attire les amants vers une mort certaine. Le texte passe ensuite à la prose, critiquant la poésie pour sa tendance à ennuyer les lecteurs dans les longs récits. Le conte inclut également des portraits charmants, comme celui du Prince de Noisy déclarant son amour à Alie. Le libraire espère que cet ouvrage connaîtra le même succès que les 'Mémoires du Comte de Grammont' de Hamilton.
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4932
p. 749-752
« NOUVELLE METHODE très-courte & très-facile pour apprendre aux Enfans [...] »
Début :
NOUVELLE METHODE très-courte & très-facile pour apprendre aux Enfans [...]
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texteReconnaissance textuelle : « NOUVELLE METHODE très-courte & très-facile pour apprendre aux Enfans [...] »
NOUVELLE METHODE très - courte
& très-facile pour apprendre aux Enfans,
les premiers Principes de la Langue Latine
& de la Poëfie . A Paris , rue S. Jacques
, chez R. M. d'Espilly , in- 12 . de
261. pages. (
MEMOIRES pour fervir à l'Hiftoire.
dc
750 MERCURE DE FRANCE
de France & de Bourgogne , contenant
un Journal de Paris fous les Regnes de
Charles VI. & de Charles VII . l'hiſtoire
du meurtre de Jean fans peur , Duc de
Bourgogne , avec les preuves &c. A Paris
, Quai de Conti & ruë S. Jacques , chez
Gandouin & chez Giffart 1729. 2. vol . in-
4. de plus de 800. pages les deux.
EMMENOLOGIE Ou Traité de l'évacuation
ordinaire aux femmes , où l'on
examine les Phénomenes , les retours , les
vices & la Méthode curative qui la concernent
, felon les loix de la Mechanique,
écrit en Anglois par M. Freind , & traduit
par M. de Vaux , Maître Chirurgien Juré
à Paris , & ancien Prevoft de fa Communauté.
Rue S. Jacques , chez Jacques Clouzier
1730. in- 12.
DISCOURS CRITIQUE fur la Tragédie
Françoife & fur l'habillement des
Acteurs , contenant quelques Remarques
particulieres fur la Tragédie Italienne ,
traduit de l'Italien , par M *** Ruë S.
Severin , chez Jacques Chardon 1730. bro--
chure in- 12.
LES CHARMES DE LA SOCIETE
DU CHRETIEN. Rue S. Jacques , chez
Jacques Etienne 1730. in- 12,
VOYA
AVRIL. 1730. 751
VOYAGE d'un Miffionnaire de la Compagnie
de Jefus, en Turquie , en Perfe, en
Armenie , en Arabie & en Barbarie. A
Paris , rue S. Severin , chez Jacques Vinsent
1730. in- 12, de 647. pages.
REFLEXIONS CRITIQUES fur le
Traité de l'ufage , des differentes faignées
principalement de celle du pied , en
forme de Lettres. A Paris , Quai des Auguftins
, chez Rollin , pere 1730, in- 12 , de
500. pages.
DICTIONNAIRE UNIVERSEL DE
COMMERCE , contenant tout ce qui
concerne le Commerce qui fe fait dans
les quatre Parties du Monde , par Terre ,
par Mer , de proche en proche , & par
des voyages de long cours , tant en gros
qu'en détail &c. Tome III . pour fervir
de Supplement aux deux premiers Volumes
, compofé en partie fur les Mémoi-'
res de feu S. Jacques Savary des Bruflons
&c. & perfectionné par M. Philemon-
Louis Savary , Chanoine de l'Eglife Royale
de S. Maur des Foffez , fon frere. A Pa
ris , rue S. Jacques , chez Jacques Etienne
1730. in-folio..
CONFERENCE DE LA FABLE AVEC
L'HISTOIRE SAINTE , où l'on voit'
que
752 MERCURE DE FRANCE
que les grandes Fables , le culte & les mi-
Ateres du Paganiſme ne font que
des copies
alterées des Hiftoires , des Ufages &
des Traditions des Hebreux . Par M. de
Lavaur , Quai des Auguftins , chez André
Caillean 1730. 2. Vol. in- 12.
DESCRIPTION DE LA VILLE DE
LISBONNE , où l'on traite de la Cour ,
de la Langue Portugaiſe & des moeurs des
Habitans , du Gouvernement , des Revenus
du Roi & des Forces par Mer & par
Terre , des Colonies Portugaifes & du
Commerce de cette Capitale . Quay de
Gêvres , chez P, Prault 1730, in - 12,
SERMONS CHOISIS fur les Mifteres ,
la verité de la Religion , differens fujets
de la Morale Chrétienne &c. Ruë S.
Jacques , chez Mercier, pere , & N. Lottin
1730. in 12. Le fecond Vol. paroîtra
dans peu.
& très-facile pour apprendre aux Enfans,
les premiers Principes de la Langue Latine
& de la Poëfie . A Paris , rue S. Jacques
, chez R. M. d'Espilly , in- 12 . de
261. pages. (
MEMOIRES pour fervir à l'Hiftoire.
dc
750 MERCURE DE FRANCE
de France & de Bourgogne , contenant
un Journal de Paris fous les Regnes de
Charles VI. & de Charles VII . l'hiſtoire
du meurtre de Jean fans peur , Duc de
Bourgogne , avec les preuves &c. A Paris
, Quai de Conti & ruë S. Jacques , chez
Gandouin & chez Giffart 1729. 2. vol . in-
4. de plus de 800. pages les deux.
EMMENOLOGIE Ou Traité de l'évacuation
ordinaire aux femmes , où l'on
examine les Phénomenes , les retours , les
vices & la Méthode curative qui la concernent
, felon les loix de la Mechanique,
écrit en Anglois par M. Freind , & traduit
par M. de Vaux , Maître Chirurgien Juré
à Paris , & ancien Prevoft de fa Communauté.
Rue S. Jacques , chez Jacques Clouzier
1730. in- 12.
DISCOURS CRITIQUE fur la Tragédie
Françoife & fur l'habillement des
Acteurs , contenant quelques Remarques
particulieres fur la Tragédie Italienne ,
traduit de l'Italien , par M *** Ruë S.
Severin , chez Jacques Chardon 1730. bro--
chure in- 12.
LES CHARMES DE LA SOCIETE
DU CHRETIEN. Rue S. Jacques , chez
Jacques Etienne 1730. in- 12,
VOYA
AVRIL. 1730. 751
VOYAGE d'un Miffionnaire de la Compagnie
de Jefus, en Turquie , en Perfe, en
Armenie , en Arabie & en Barbarie. A
Paris , rue S. Severin , chez Jacques Vinsent
1730. in- 12, de 647. pages.
REFLEXIONS CRITIQUES fur le
Traité de l'ufage , des differentes faignées
principalement de celle du pied , en
forme de Lettres. A Paris , Quai des Auguftins
, chez Rollin , pere 1730, in- 12 , de
500. pages.
DICTIONNAIRE UNIVERSEL DE
COMMERCE , contenant tout ce qui
concerne le Commerce qui fe fait dans
les quatre Parties du Monde , par Terre ,
par Mer , de proche en proche , & par
des voyages de long cours , tant en gros
qu'en détail &c. Tome III . pour fervir
de Supplement aux deux premiers Volumes
, compofé en partie fur les Mémoi-'
res de feu S. Jacques Savary des Bruflons
&c. & perfectionné par M. Philemon-
Louis Savary , Chanoine de l'Eglife Royale
de S. Maur des Foffez , fon frere. A Pa
ris , rue S. Jacques , chez Jacques Etienne
1730. in-folio..
CONFERENCE DE LA FABLE AVEC
L'HISTOIRE SAINTE , où l'on voit'
que
752 MERCURE DE FRANCE
que les grandes Fables , le culte & les mi-
Ateres du Paganiſme ne font que
des copies
alterées des Hiftoires , des Ufages &
des Traditions des Hebreux . Par M. de
Lavaur , Quai des Auguftins , chez André
Caillean 1730. 2. Vol. in- 12.
DESCRIPTION DE LA VILLE DE
LISBONNE , où l'on traite de la Cour ,
de la Langue Portugaiſe & des moeurs des
Habitans , du Gouvernement , des Revenus
du Roi & des Forces par Mer & par
Terre , des Colonies Portugaifes & du
Commerce de cette Capitale . Quay de
Gêvres , chez P, Prault 1730, in - 12,
SERMONS CHOISIS fur les Mifteres ,
la verité de la Religion , differens fujets
de la Morale Chrétienne &c. Ruë S.
Jacques , chez Mercier, pere , & N. Lottin
1730. in 12. Le fecond Vol. paroîtra
dans peu.
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Résumé : « NOUVELLE METHODE très-courte & très-facile pour apprendre aux Enfans [...] »
En 1730 à Paris, plusieurs publications notables ont été éditées. Parmi elles, des ouvrages éducatifs comme 'NOUVELLE METHODE très-courte & très-facile pour apprendre aux Enfants les premiers Principes de la Langue Latine & de la Poëfie' par R. M. d'Espilly. Les 'MEMOIRES pour servir à l'Hiftoire de France & de Bourgogne' couvrent les règnes de Charles VI et Charles VII, ainsi que l'histoire du meurtre de Jean sans Peur, Duc de Bourgogne, et sont édités par Gandouin et Giffart. 'EMMENOLOGIE Ou Traité de l'évacuation ordinaire aux femmes' est un ouvrage médical traduit par M. de Vaux. Le 'DISCOURS CRITIQUE sur la Tragédie Françoise & sur l'habillement des Acteurs' est une traduction anonyme d'un texte italien. D'autres publications incluent 'LES CHARMES DE LA SOCIETE DU CHRETIEN', 'VOYAGE d'un Miffionnaire de la Compagnie de Jefus' en Turquie, Perse, Arménie, Arabie et Barbarie, et 'REFLEXIONS CRITIQUES sur le Traité de l'ufage des différentes faignées'. Le 'DICTIONNAIRE UNIVERSEL DE COMMERCE' est un supplément compilé par Philemon-Louis Savary. 'CONFERENCE DE LA FABLE AVEC L'HISTOIRE SAINTE' de M. de Lavaur compare les fables païennes aux histoires hébraïques. Enfin, 'DESCRIPTION DE LA VILLE DE LISBONNE' traite de la cour portugaise, de la langue, des mœurs, du gouvernement et du commerce. Le texte mentionne également des 'SERMONS CHOISIS' sur divers sujets de morale chrétienne.
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4933
p. 752-754
Plan & Sommaire d'un Traité sur l'Ame des Bêtes.
Début :
On croit devoir prévenir le Public au sujet d'un Ouvrage que l'on se propose [...]
Mots clefs :
Âme, Bêtes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Plan & Sommaire d'un Traité sur l'Ame des Bêtes.
Plan & Sommaire d'un Traité fur l'Ame
des Bêtes.
On croit devoir prévenir le Public au
fujet d'un Ouvrage que l'on fe propoſe
à mettre au jour , & qui a pour titre :
Nouveaux Effais fur l'ame des Bêtés
où l'on prétend établir d'une maniere
démonftrative que les Animaux n'ont
point
>
AVRIL 1730. 753
n'ont point d'ame capable de fentiment
& de connoiffance , mais qu'ils font de
purs Antomates ; on y prend occafion
d'établir , fuivant les plus évidens principes
de la Métaphyfique , la Nature de
la fubftance qui penfe, & d'entrer dans un
curieux détail fur des particularitez intereffantes
de l'Hiftoire des Animaux ; &
on entreprend d'expliquer tout ce que
l'on voit faire aux Bêtes de mieux concerté
, de plus impofant & de mieux imaginé
par une Mécanique fimple , aifée ,
naturelle & palpable dans le fyftême de
la Trituration ou de l'ofcillation des Parties
folides , adopté aujourd'hui de la plûpart
des Sçavans , & confiderablement
enrichi & perfectionné par les nouvelles
découvertes .
Voici en quatre Refléxions le réſultat
du Livre. 1 ° L'ame des Bêtes eft inutile
& c'eft multiplier les êtres fans neceffité
que de l'admettre. 20 Elle eft incompatible
avec les fonctions animales exercées
avec trop de conftance & d'uniformité ,
pour qu'il y préfide une ame variable de
fa nature , & toujours remuante . 30 Elle
paroît attaquer par plufieurs endroits la
Majefté fuprême , ainfi l'interêt de Dieu
s'y oppofe. 4° Elle eft contraire aux privileges
de l'homme , & détruit nos droits
fur les animaux ; c'eft pourquoi notre
F inte754
MERCURE DE FRANCE
interêt demande auffi qu'on lui refuſe
l'existence. Quand tout cela fera prouvé,
on fera peut-être plus de difficulté qu'on
ne fait d'ordinaire , de prendre le parti
de l'ame des Bêtes , & je me perfuade ,
dit M. Le Tellier , fils , Medecin de Peronne
, Auteur de ce ſyſtême , que l'on
aura quelque répugnance à demeurer dans
une opinion fi foiblement défendue
&
combattue avec tant d'avantage,
des Bêtes.
On croit devoir prévenir le Public au
fujet d'un Ouvrage que l'on fe propoſe
à mettre au jour , & qui a pour titre :
Nouveaux Effais fur l'ame des Bêtés
où l'on prétend établir d'une maniere
démonftrative que les Animaux n'ont
point
>
AVRIL 1730. 753
n'ont point d'ame capable de fentiment
& de connoiffance , mais qu'ils font de
purs Antomates ; on y prend occafion
d'établir , fuivant les plus évidens principes
de la Métaphyfique , la Nature de
la fubftance qui penfe, & d'entrer dans un
curieux détail fur des particularitez intereffantes
de l'Hiftoire des Animaux ; &
on entreprend d'expliquer tout ce que
l'on voit faire aux Bêtes de mieux concerté
, de plus impofant & de mieux imaginé
par une Mécanique fimple , aifée ,
naturelle & palpable dans le fyftême de
la Trituration ou de l'ofcillation des Parties
folides , adopté aujourd'hui de la plûpart
des Sçavans , & confiderablement
enrichi & perfectionné par les nouvelles
découvertes .
Voici en quatre Refléxions le réſultat
du Livre. 1 ° L'ame des Bêtes eft inutile
& c'eft multiplier les êtres fans neceffité
que de l'admettre. 20 Elle eft incompatible
avec les fonctions animales exercées
avec trop de conftance & d'uniformité ,
pour qu'il y préfide une ame variable de
fa nature , & toujours remuante . 30 Elle
paroît attaquer par plufieurs endroits la
Majefté fuprême , ainfi l'interêt de Dieu
s'y oppofe. 4° Elle eft contraire aux privileges
de l'homme , & détruit nos droits
fur les animaux ; c'eft pourquoi notre
F inte754
MERCURE DE FRANCE
interêt demande auffi qu'on lui refuſe
l'existence. Quand tout cela fera prouvé,
on fera peut-être plus de difficulté qu'on
ne fait d'ordinaire , de prendre le parti
de l'ame des Bêtes , & je me perfuade ,
dit M. Le Tellier , fils , Medecin de Peronne
, Auteur de ce ſyſtême , que l'on
aura quelque répugnance à demeurer dans
une opinion fi foiblement défendue
&
combattue avec tant d'avantage,
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Résumé : Plan & Sommaire d'un Traité sur l'Ame des Bêtes.
Le traité 'Nouveaux Essais sur l'âme des Bêtes' de M. Le Tellier, fils, médecin de Péronne, soutient que les animaux n'ont pas d'âme capable de sentiment et de connaissance, mais sont des automates. L'ouvrage utilise des principes métaphysiques pour analyser la substance pensante et les comportements animaux. Il explique les actions complexes des animaux par une mécanique naturelle, basée sur la trituration ou l'oscillation des parties solides, une théorie largement acceptée et enrichie par de nouvelles découvertes. Le livre conclut avec quatre réflexions principales : l'inutilité de l'âme des bêtes, son incompatibilité avec les fonctions animales, son opposition à la majesté divine et son contraire aux privilèges humains. L'auteur espère convaincre les lecteurs de rejeter l'idée de l'âme des animaux.
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4934
p. 754-755
Histoire de l'Eglise de France, [titre d'après la table]
Début :
Le Pere Longueval, de la Compagnie de Jesus, a entrepris l'Histoire de l'Eglise [...]
Mots clefs :
Église de France, Histoire de l'Église de France
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire de l'Eglise de France, [titre d'après la table]
Le Pere Longueval , de la Compagnie
de Jefus , a entrepris l'Hiftoire de l'Eglife
de France , depuis l'établiffement de
la Religion Chrétienne dans les Gaules
jufqu'à préfent. On trouvera dans cet Ouvrage
, qui contiendra douze Volumes
in- 4 . l'établiffement du Chriftianiſme dans
les Gaules , les Actes des Martyrs qui ont
quelque autenticité , la fondation de di ,
verfes Eglifes , la fucceffion de ceux de
leurs Evêques qui méritent par quelque
endroit d'être connus , une notice de tous
les Conciles des Gaules , les divers uſages
de la Difcipline , l'établiffement des Chapitres
& des Ordres Religieux , l'Abregé
de la Vie des S S. & des Grands-Hommes
qui ont illuftré l'Eglife de France , l'Hiftoire
des Herefies qui l'ont troublée , une
notion des Ouvrages faits dans les Gaules
en matiere de Religion , le tout lié dans
un
1
AVRIL. 1730. 755
Corps d'Hiftoire avec les Differtations
convenables. Les quatre premiers Volumes
qui conduifent jufqu'en 790. feront
en vente chez Simon dans quelques mois.
de Jefus , a entrepris l'Hiftoire de l'Eglife
de France , depuis l'établiffement de
la Religion Chrétienne dans les Gaules
jufqu'à préfent. On trouvera dans cet Ouvrage
, qui contiendra douze Volumes
in- 4 . l'établiffement du Chriftianiſme dans
les Gaules , les Actes des Martyrs qui ont
quelque autenticité , la fondation de di ,
verfes Eglifes , la fucceffion de ceux de
leurs Evêques qui méritent par quelque
endroit d'être connus , une notice de tous
les Conciles des Gaules , les divers uſages
de la Difcipline , l'établiffement des Chapitres
& des Ordres Religieux , l'Abregé
de la Vie des S S. & des Grands-Hommes
qui ont illuftré l'Eglife de France , l'Hiftoire
des Herefies qui l'ont troublée , une
notion des Ouvrages faits dans les Gaules
en matiere de Religion , le tout lié dans
un
1
AVRIL. 1730. 755
Corps d'Hiftoire avec les Differtations
convenables. Les quatre premiers Volumes
qui conduifent jufqu'en 790. feront
en vente chez Simon dans quelques mois.
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Résumé : Histoire de l'Eglise de France, [titre d'après la table]
Le Père Longueval, jésuite, rédige l'Histoire de l'Église de France, couvrant la période depuis l'établissement du christianisme dans les Gaules jusqu'à l'époque contemporaine. Cette œuvre, prévue en douze volumes in-4, inclut plusieurs éléments clés : l'établissement du christianisme dans les Gaules, les actes des martyrs authentifiés, la fondation de diverses églises, la succession des évêques notables, une notice des conciles des Gaules, les usages disciplinaires variés, l'établissement des chapitres et des ordres religieux, un abrégé des vies des saints et des grands hommes ayant illustré l'Église de France, l'histoire des hérésies ayant troublé l'Église, ainsi qu'une notion des ouvrages religieux produits dans les Gaules. L'ensemble sera structuré en un corps d'histoire avec les différentiations appropriées. Les quatre premiers volumes, couvrant la période jusqu'en 790, seront disponibles chez Simon dans quelques mois.
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4935
p. 755-756
« On écrit de Bordeaux qu'il se débite dans cette Ville un Livre nouveau en deux [...] »
Début :
On écrit de Bordeaux qu'il se débite dans cette Ville un Livre nouveau en deux [...]
Mots clefs :
Paix, Guerre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On écrit de Bordeaux qu'il se débite dans cette Ville un Livre nouveau en deux [...] »
On écrit de Bordeaux qu'il fe débite
dans cette Ville un Livre nouveau en deux
Vol. in 8. intitulé Mémoires de M. de la
Colonie , Maréchal de Camp des Armées
de l'Electeur de Baviere , où l'on voit tous
les évenemens de la Guerre depuis la Paix
de Rifwik jufqu'à la derniere Paix generale
, avec ce qui s'eft paffé en Italie &
en Efpagne , & un ample détail de la Bataille
de Belgarde contre les Turcs ; enfin
les avantures & les Combats particuliers
de l'Auteur. On affure que ce Livre eft
non-feulement curieux , mais que les gens
de guerre en peuvent tirer des inftructions
utiles , & que les autres Lecteurs y trou
veront dequoi fe fatisfaire.
On imprime à Zurich par foufcription ,
pour le prix de huit florins d'Allemagne
pour chaque Exemplaire , la Verſion Grecque
de l'Ancien Teftament , appellée des
Septante , en huit Volumes in 8. avec quelques
Differtations de l'Editeur , M. Bretinger
, fur l'Exemplaire du Vatican , fur
celui d'Alexandrie qu'il défendra contre.
Cafimir Oudin , & fur un Manufcrit des
Fij Pleau-
<
1
756 MERCURE DE FRANCE
Pleaumes qu'il croit égaler en Antiquité
les Exemplaires
dans cette Ville un Livre nouveau en deux
Vol. in 8. intitulé Mémoires de M. de la
Colonie , Maréchal de Camp des Armées
de l'Electeur de Baviere , où l'on voit tous
les évenemens de la Guerre depuis la Paix
de Rifwik jufqu'à la derniere Paix generale
, avec ce qui s'eft paffé en Italie &
en Efpagne , & un ample détail de la Bataille
de Belgarde contre les Turcs ; enfin
les avantures & les Combats particuliers
de l'Auteur. On affure que ce Livre eft
non-feulement curieux , mais que les gens
de guerre en peuvent tirer des inftructions
utiles , & que les autres Lecteurs y trou
veront dequoi fe fatisfaire.
On imprime à Zurich par foufcription ,
pour le prix de huit florins d'Allemagne
pour chaque Exemplaire , la Verſion Grecque
de l'Ancien Teftament , appellée des
Septante , en huit Volumes in 8. avec quelques
Differtations de l'Editeur , M. Bretinger
, fur l'Exemplaire du Vatican , fur
celui d'Alexandrie qu'il défendra contre.
Cafimir Oudin , & fur un Manufcrit des
Fij Pleau-
<
1
756 MERCURE DE FRANCE
Pleaumes qu'il croit égaler en Antiquité
les Exemplaires
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Résumé : « On écrit de Bordeaux qu'il se débite dans cette Ville un Livre nouveau en deux [...] »
À Bordeaux, un livre intitulé 'Mémoires de M. de la Colonie, Maréchal de Camp des Armées de l'Electeur de Bavière' a été publié. Cet ouvrage en deux volumes couvre les événements de la guerre depuis la paix de Ryswick jusqu'à la dernière paix générale, détaillant les conflits en Italie et en Espagne, ainsi que la bataille de Belgrade contre les Turcs. Il relate également les aventures et les combats particuliers de l'auteur, présenté comme un ouvrage curieux et utile pour les militaires, offrant des instructions précieuses et satisfaisant d'autres lecteurs. Par ailleurs, à Zurich, une version grecque de l'Ancien Testament, appelée des Septante, a été imprimée par souscription au prix de huit florins d'Allemagne par exemplaire. Cette édition en huit volumes in-octavo inclut des différentiations de l'éditeur, M. Bretinger, qui compare l'exemplaire du Vatican, celui d'Alexandrie, et un manuscrit des Sires de Pleau, qu'il estime égaler en antiquité.
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4936
p. 756-758
Diverses Nouvelles Litteraires d'Italie, [titre d'après la table]
Début :
On nous écrit d'Italie du commencement de cette année les nouvelles Litteraires suivantes. [...]
Mots clefs :
Italie, Nouvelles littéraires d'Italie, Naples
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Diverses Nouvelles Litteraires d'Italie, [titre d'après la table]
On nous a écrit d'Italie du commencement
de cette année les nouvelles Litteraires
fuivantes.
On vient d'imprimer à Florence pour
la premiere fois Gli Commentari di Filippa
Nerli , qui commencent en 1290, & finiffent
en 1550. On y parle avantageufement
de la Maifon de Médicis ; cependant
en a jugé à propos de mettre Aufbourg
pour le lieu de l'impreffion , & cela , par
ce qu'on trouvoit quelque oppofition de
la part du Tribunal de l'Inquifition pour
la publication de cet Ouvrage.
que
Le Duc Marchefi vient de faire imprimer
à Naples dix Tragédies faintes , dont
il eft l'Auteur , & qu'il dédie à S. M. I.
elles roulent toutes fur les perfecutions
les Chrétiens eurent à fouffrir fous
les Empereurs Romains ; elles font écrites
en Vers , & compofent deux Volumes
in 4. avec des Vignetes au Frontifpice, &
à la tête de chaque Tragédie , gravées
fur les deffeins du fameux Solimene , Peintre
Napolitain ; les Choeurs de ces Tragédies
font en Mufique , & notés exactement
, de la façon des meilleurs Maîtres
d'Italie ; ce qui rend cet Quvrage un peų
cher. Matteo
AVRIL 1730. 757
#
Matteo Egizio , Sçavant de Naples , qui
s'eft acquis déja quelque reputation , vient
de donner au Public une Differtation fur
les Baccanales , à l'occafion d'un marbre
antique , orné d'un bas-relief , découvert.
dans le Royaume de Naples , & qui fe
voit actuellement à Vienne dans le Cabinet
de l'Empereur. On affure que cet Ouvrage
, quoique peu étendu , renferme
toute l'érudition & toutes les recherches
dont pareille matiere eft ſuſceptible.
Le celebre M. Fontanini , Archevêque
d'Ancyre , vient de publier une petite
Differtation au fujet de S. Pierre Orfeolus
premier Duc ou Doge de Venife , qui fe
fit enfuite Moine ; il y prouve fa Canonifation
& l'ancienneté de fon culte ; c'eſt
dans la vue d'engager la Congrégation
des Rites à en ordonner l'Office .
Le même M. Fontanini donnera dans
peu une nouvelle Edition fort augmentée
de fon Ouvrage fur l'éloquence Italienne.
. M. Argelati a enfin achevé fa nouvelle,
Edition de Mezzabarba fur les Médailles
Imperiales . Latines , avec des Notes & des
Additions; il fe prépare à donner tous les
Ouvrages de Sigonius. M. Muratori doit
les enrichir de Notes fçavantes , & y ajoûter
la Vie de l'Auteur . Mrs Biacca &
Echard donneront auffi leurs Remarques
&
758 MERCURE DE FRANCE
& des Differtations fur les matieres d'Antiquité
qui ont du rapport à cet Ouvrage.
M. Vignoli va fe mettre en état de donner
bientôt le fecond Tome d'Anaſtaſe le
Bibliothecaire.
de cette année les nouvelles Litteraires
fuivantes.
On vient d'imprimer à Florence pour
la premiere fois Gli Commentari di Filippa
Nerli , qui commencent en 1290, & finiffent
en 1550. On y parle avantageufement
de la Maifon de Médicis ; cependant
en a jugé à propos de mettre Aufbourg
pour le lieu de l'impreffion , & cela , par
ce qu'on trouvoit quelque oppofition de
la part du Tribunal de l'Inquifition pour
la publication de cet Ouvrage.
que
Le Duc Marchefi vient de faire imprimer
à Naples dix Tragédies faintes , dont
il eft l'Auteur , & qu'il dédie à S. M. I.
elles roulent toutes fur les perfecutions
les Chrétiens eurent à fouffrir fous
les Empereurs Romains ; elles font écrites
en Vers , & compofent deux Volumes
in 4. avec des Vignetes au Frontifpice, &
à la tête de chaque Tragédie , gravées
fur les deffeins du fameux Solimene , Peintre
Napolitain ; les Choeurs de ces Tragédies
font en Mufique , & notés exactement
, de la façon des meilleurs Maîtres
d'Italie ; ce qui rend cet Quvrage un peų
cher. Matteo
AVRIL 1730. 757
#
Matteo Egizio , Sçavant de Naples , qui
s'eft acquis déja quelque reputation , vient
de donner au Public une Differtation fur
les Baccanales , à l'occafion d'un marbre
antique , orné d'un bas-relief , découvert.
dans le Royaume de Naples , & qui fe
voit actuellement à Vienne dans le Cabinet
de l'Empereur. On affure que cet Ouvrage
, quoique peu étendu , renferme
toute l'érudition & toutes les recherches
dont pareille matiere eft ſuſceptible.
Le celebre M. Fontanini , Archevêque
d'Ancyre , vient de publier une petite
Differtation au fujet de S. Pierre Orfeolus
premier Duc ou Doge de Venife , qui fe
fit enfuite Moine ; il y prouve fa Canonifation
& l'ancienneté de fon culte ; c'eſt
dans la vue d'engager la Congrégation
des Rites à en ordonner l'Office .
Le même M. Fontanini donnera dans
peu une nouvelle Edition fort augmentée
de fon Ouvrage fur l'éloquence Italienne.
. M. Argelati a enfin achevé fa nouvelle,
Edition de Mezzabarba fur les Médailles
Imperiales . Latines , avec des Notes & des
Additions; il fe prépare à donner tous les
Ouvrages de Sigonius. M. Muratori doit
les enrichir de Notes fçavantes , & y ajoûter
la Vie de l'Auteur . Mrs Biacca &
Echard donneront auffi leurs Remarques
&
758 MERCURE DE FRANCE
& des Differtations fur les matieres d'Antiquité
qui ont du rapport à cet Ouvrage.
M. Vignoli va fe mettre en état de donner
bientôt le fecond Tome d'Anaſtaſe le
Bibliothecaire.
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Résumé : Diverses Nouvelles Litteraires d'Italie, [titre d'après la table]
En début d'année 1730, plusieurs publications littéraires ont marqué l'Italie. À Florence, les 'Commentari di Filippa Nerli', couvrant la période de 1290 à 1550 et favorables à la maison Médicis, ont été imprimés pour la première fois à Augsbourg en raison des oppositions du Tribunal de l'Inquisition. Le Duc de Modène a fait imprimer à Naples dix tragédies dédiées à Sa Majesté Impériale, illustrées par des gravures de Solimena et accompagnées de chœurs notés en musique. Matteo Egizio, un savant napolitain, a publié une dissertation sur les Bacchanales suite à la découverte d'un marbre antique à Vienne. L'archevêque d'Ancyre, M. Fontanini, a publié une dissertation sur Saint Pierre Orseolo et prépare une nouvelle édition de son ouvrage sur l'éloquence italienne. M. Argelati a achevé une nouvelle édition des 'Médailles impériales latines' de Mezzabarba et se prépare à publier les œuvres de Sigonius, enrichies de notes par M. Muratori. Enfin, M. Vignoli travaille sur le second tome d'Anastase le Bibliothécaire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4937
p. 758-764
Rentrée des Académies.
Début :
L'Académie Royale des Belles-Lettres tint son Assemblée publique du semestre [...]
Mots clefs :
Académie royale des belles-lettres, Académie royale des sciences, Mémoires, Grecs, Langues orientales
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Rentrée des Académies.
Rentrée des Académies.
L'Académie Royale des Belles-Lettres
tint fon Affemblée publique du femeftre
de Pafques le 18. Avril. M. de Boze , Secretaire
perpetuel de cette Académie
ouvrit la féance par l'éloge de M. de Valbonais
, Premier Préfident de la Chambre
des Comptes de Grenoble , Corref
pondant honoraire ; & comme cet éloge
étoit compofé avec cette élegance & cette
précifion qui paroît dans tous les autres
M. l'Abbé Bignon fit remarquer ce qu'on
n'avoit point penfé , que M. de Boze n'avoit
reçû les Mémoires de la Vie de M.
de Valbonnais que fept ou huit jours auparavant
.
}
M. Hardion lut enfuite des Reflexions
fur les Choeurs de la Tragédie d'Andromaque
par Euripide , & après avoir remarqué
le bon ufage que les Anciens faifoient
de ces Choeurs qu'ils avoient l'art de lier
avec la Piece , par l'interêt que plufieurs
perfonnes devoient naturellement prendre
à l'action qui étoit repréſentée , puifqu'elle
étoit & publique & importante
it
AVRIL. 1730. 759
il condamne fans prévention un des
Choeurs de cette même Tragédie qui paroft
deplacé. Il prend même occafion des
endroits où Euripide s'éleve contre la Bigamie
, d'examiner fi l'ufage en étoit permis
à Athénes du tems de ce Poëte , &
fi lui- méme & Socrate n'avoient pas eu
deux femmes legitimes à la fois ; & après
avoir refuté le fentiment de ceux des Anciens
& des Modernes qui l'avoient crû ,
il décide pour la négative.
M. Fourmont l'aîné lut après une Differtation
dont l'objet étoit d'établir la neceffité
des Langues Orientales pour la
connoiffance de l'Hiftoire ancienne & de
Ja Mythologie ; cette propofition , pourvû
qu'elle ne foit pas generale , eft fans
doute très- vraye , & les Sçavans du dernier
Siecle , principalement le celebre
Bochart , en avoient déja fait un grand
ulage. Les Grecs qui nous ont tranſmis
prefque toutes les Fables que nous connoiffons
, tiroient leur origine des Colonies
Egyptiennes & Phéniciennes , qui
avoient apporté dans le Continent de la
Grece & dans les Ifles voifines leur Religion
& leur Langue , & il eft fûr , comme
l'a fouvent remarqué le fçavant Bochart
, que les Langues Phénicienne &
Egyptienne , mal entendues , ont donné
fouvent lieu aux Grecs de debiter des Fa-
Fj bles
760 MERCURE DE FRANCE
bles , c'est- à-dire , de fubftituer des idées
extraordinaires & merveilleufes à des
idées qui ne devoient préfenter rien que
de naturel ; delà , fans doute , l'origine
d'une infinité de fictions. Cependant les
Grecs & les Latins après eux ont debité
eux-mêmes de nouvelles Fables qui ne
paroiffent avoir aucun rapport avec les
Langues Etrangeres , & c'eft une diftinction
que ceux qui entreprennent de les
expliquer, ne doivent pas manquer de faire
; quoiqu'il en foit , M. Fourmont choifit
pour preuve de fa propofition deux
exemples finguliers , l'un de la Fable &
l'autre de l'Hiftoire. Le premier exemple
fut celui de la Fable des Gorgonnes , l'écueil
des Mythologues , & il fit voir qu'à
l'aide des Langues Orientales , elle étoit
fort intelligible , & ne renfermoit plus
aucunes de ces idées myfterieufes qui y répandent
tant d'obfcurité. Les noms des
trois Gorgonnes font ceux des trois Vaiffeaux
que Perfée prit vers les Syrtes de
l'Afrique fur Phoreys,& les Marchandifes
qu'il en rapporta marquent & Chrifaor ,
qui nâquit du fang de Meduſe , & cette
dent & cet oeil unique qu'on donna aux
trois Gorgonnes. Mais pour developer davantage
l'idée de cet Académicien , il faudroit
rapporter toutes les étimologies dont
il fit ufage , ce qui n'eft pas poffible fans
ا ع
AVRIL. 1730. 761
le copier entierement.
Le fecond exemple étoit tiré de la celebre
Infcription de Sardanapale , qu'on
regardoit comme fon Epitaphe , & dans
laquelle après avoir marqué que ce Prince
avoit bâti en un même jour les Villes
de Tarfe & d'Anchialé , on congédioit les
Lecteurs , en leur difant : Paffans, buvez,
mangez , réjouiffez -vous & faites l'amour,
ce qui paroiffoit entierement hors de propos
, & fort deplacé dans un endroit où
F'on venoit de parler de la conftruction
extraordinaire de deux Villes en un même
jour.
C'étoit cependant ainfi que tous les
Anciens avoient rapporté & expliqué
cette Infcription. Il paroiffoit auffi par
cette même Infcription que Sardanapale
étoit fils d'Araxindax , perfonnage toutà
- fait inconnu dans l'Antiquité ; mais.
M. Fourmont , en remettant cette Infcription
dans fa Langue originale , qui eft la
Chaldéenne , & en fubftituant aux trois
mots Grecs qui la terminoient , des mots
Caldéens , il en résulte un fens fort naturel,
qui eft queSardanapale avoit bâti les
deux Villes en queftion en un même jour,
qu'il avoit auffi fait conftruire un Pont
fur le Torrent qui couloit auprès , car
Arax , dans les Langues Orientales , fignifie
en general de l'eau , & il les avoit
Fv réellement
62 MERCURE DE FRANCE
réellement conftruites dans un efpace fi
court , qu'il y avoit mis jufqu'aux clôtures
& aux fermetures , ce que fignifient
les trois mots Chaldéens fubftituez aux
trois mots Grecs qui terminoient l'Inf
cription. Ainfi difparoiffent & le trait
déplacé de cette Infcription , & l'Ara
xindarax prétendu pere de Sardanapale.
M. de la Nauze termina l'Aſſemblée
par
la lecture de l'Hiftoire de Leandre &
de Hero. L'Auteur , après avoir démontré
que ce fait étoit revêtu de toutes les
preuves néceffaires pour le rendre certain,.
quoiqu'en ait dit un celebre Critique ,
qui le traite de pure fable , le raconta
d'une maniere fimple & naturelle , & fit
des Remarques critiques & judicieuſes.
fur les autres qui en avoient parlé. Il
prouva contre le fentiment de quelques
Sçavans , que les deux Epitres d'Ovide
fur ce fujet , étoient de ce Poëte , & contre
le celebre Scaliger , que le Mufée , qui
a compofé un petit Poëme ſur cet évenement
, n'étoit pas l'ancien Mufée , dont
les Ouvrages ne fubfiftent plus , & que
celui-cy , dont Tzetzés eft le premier qui
ait parlé , ne vivoit qu'environ vers le
IVe fiecle. M. de la Nauze fit enfuite uneexacte
Analyfe de ce Poëme & des deux
Heroïdes d'Ovide,
L'AAVRIL
1730. 763
1
L'Académie Royale des Sciences , tint
fon Affemblée publique le Mercredy 19 ,
Avril . M. de Fontenelle ouvrit la Séance
par l'Eloge de feu M. de Valincourt ,
Académicien Honoraire .
M. Caffini lût enfuite un Memoire contenant
les Obfervations qu'il a faites de
la Comete qui a paru l'année derniere
pendant près de cinq mois.
M. Geoffroi , le cadet , lût après cela
un Memoire de Chimie , contenant l'Analyfe
de prefque toutes les viandes qui
fervent à la nourriture des hommes ,
d'où il tire les Relations qu'ont entre
elles les quantitez des parties nourriffantes
que ces viandes produifent.
M. Dufay , lût auffi un Memoire qui
contient de nouvelles preuves de fon fentiment
fur l'Aiman , & donna les Méthodes
les plus fûres & les plus promp
tes d'aimanter les Aiguilles.
M. Juffieu , lût après cela un Memoire
fur la neceffité de continuer & d'augmen--
ter le commerce que les Botaniftes d'Eu
rope ont avec ceux des Indes , pour la
perfection de la Botanique & de l'Hif
toire Naturelle.
M. Duhamel finit la Seance par la
lecture d'un Memoire fur les Greffes des
Arbres ; il y examina les rapports de convenances
& de difconvenances que les
F vj Greffes
764 MERCURE DE FRANCE
Greffes doivent avoir avec les fujets lur
lefquels on les greffe.
On donnera des Extraits de ces Memoires.
L'Académie Royale des Belles-Lettres
tint fon Affemblée publique du femeftre
de Pafques le 18. Avril. M. de Boze , Secretaire
perpetuel de cette Académie
ouvrit la féance par l'éloge de M. de Valbonais
, Premier Préfident de la Chambre
des Comptes de Grenoble , Corref
pondant honoraire ; & comme cet éloge
étoit compofé avec cette élegance & cette
précifion qui paroît dans tous les autres
M. l'Abbé Bignon fit remarquer ce qu'on
n'avoit point penfé , que M. de Boze n'avoit
reçû les Mémoires de la Vie de M.
de Valbonnais que fept ou huit jours auparavant
.
}
M. Hardion lut enfuite des Reflexions
fur les Choeurs de la Tragédie d'Andromaque
par Euripide , & après avoir remarqué
le bon ufage que les Anciens faifoient
de ces Choeurs qu'ils avoient l'art de lier
avec la Piece , par l'interêt que plufieurs
perfonnes devoient naturellement prendre
à l'action qui étoit repréſentée , puifqu'elle
étoit & publique & importante
it
AVRIL. 1730. 759
il condamne fans prévention un des
Choeurs de cette même Tragédie qui paroft
deplacé. Il prend même occafion des
endroits où Euripide s'éleve contre la Bigamie
, d'examiner fi l'ufage en étoit permis
à Athénes du tems de ce Poëte , &
fi lui- méme & Socrate n'avoient pas eu
deux femmes legitimes à la fois ; & après
avoir refuté le fentiment de ceux des Anciens
& des Modernes qui l'avoient crû ,
il décide pour la négative.
M. Fourmont l'aîné lut après une Differtation
dont l'objet étoit d'établir la neceffité
des Langues Orientales pour la
connoiffance de l'Hiftoire ancienne & de
Ja Mythologie ; cette propofition , pourvû
qu'elle ne foit pas generale , eft fans
doute très- vraye , & les Sçavans du dernier
Siecle , principalement le celebre
Bochart , en avoient déja fait un grand
ulage. Les Grecs qui nous ont tranſmis
prefque toutes les Fables que nous connoiffons
, tiroient leur origine des Colonies
Egyptiennes & Phéniciennes , qui
avoient apporté dans le Continent de la
Grece & dans les Ifles voifines leur Religion
& leur Langue , & il eft fûr , comme
l'a fouvent remarqué le fçavant Bochart
, que les Langues Phénicienne &
Egyptienne , mal entendues , ont donné
fouvent lieu aux Grecs de debiter des Fa-
Fj bles
760 MERCURE DE FRANCE
bles , c'est- à-dire , de fubftituer des idées
extraordinaires & merveilleufes à des
idées qui ne devoient préfenter rien que
de naturel ; delà , fans doute , l'origine
d'une infinité de fictions. Cependant les
Grecs & les Latins après eux ont debité
eux-mêmes de nouvelles Fables qui ne
paroiffent avoir aucun rapport avec les
Langues Etrangeres , & c'eft une diftinction
que ceux qui entreprennent de les
expliquer, ne doivent pas manquer de faire
; quoiqu'il en foit , M. Fourmont choifit
pour preuve de fa propofition deux
exemples finguliers , l'un de la Fable &
l'autre de l'Hiftoire. Le premier exemple
fut celui de la Fable des Gorgonnes , l'écueil
des Mythologues , & il fit voir qu'à
l'aide des Langues Orientales , elle étoit
fort intelligible , & ne renfermoit plus
aucunes de ces idées myfterieufes qui y répandent
tant d'obfcurité. Les noms des
trois Gorgonnes font ceux des trois Vaiffeaux
que Perfée prit vers les Syrtes de
l'Afrique fur Phoreys,& les Marchandifes
qu'il en rapporta marquent & Chrifaor ,
qui nâquit du fang de Meduſe , & cette
dent & cet oeil unique qu'on donna aux
trois Gorgonnes. Mais pour developer davantage
l'idée de cet Académicien , il faudroit
rapporter toutes les étimologies dont
il fit ufage , ce qui n'eft pas poffible fans
ا ع
AVRIL. 1730. 761
le copier entierement.
Le fecond exemple étoit tiré de la celebre
Infcription de Sardanapale , qu'on
regardoit comme fon Epitaphe , & dans
laquelle après avoir marqué que ce Prince
avoit bâti en un même jour les Villes
de Tarfe & d'Anchialé , on congédioit les
Lecteurs , en leur difant : Paffans, buvez,
mangez , réjouiffez -vous & faites l'amour,
ce qui paroiffoit entierement hors de propos
, & fort deplacé dans un endroit où
F'on venoit de parler de la conftruction
extraordinaire de deux Villes en un même
jour.
C'étoit cependant ainfi que tous les
Anciens avoient rapporté & expliqué
cette Infcription. Il paroiffoit auffi par
cette même Infcription que Sardanapale
étoit fils d'Araxindax , perfonnage toutà
- fait inconnu dans l'Antiquité ; mais.
M. Fourmont , en remettant cette Infcription
dans fa Langue originale , qui eft la
Chaldéenne , & en fubftituant aux trois
mots Grecs qui la terminoient , des mots
Caldéens , il en résulte un fens fort naturel,
qui eft queSardanapale avoit bâti les
deux Villes en queftion en un même jour,
qu'il avoit auffi fait conftruire un Pont
fur le Torrent qui couloit auprès , car
Arax , dans les Langues Orientales , fignifie
en general de l'eau , & il les avoit
Fv réellement
62 MERCURE DE FRANCE
réellement conftruites dans un efpace fi
court , qu'il y avoit mis jufqu'aux clôtures
& aux fermetures , ce que fignifient
les trois mots Chaldéens fubftituez aux
trois mots Grecs qui terminoient l'Inf
cription. Ainfi difparoiffent & le trait
déplacé de cette Infcription , & l'Ara
xindarax prétendu pere de Sardanapale.
M. de la Nauze termina l'Aſſemblée
par
la lecture de l'Hiftoire de Leandre &
de Hero. L'Auteur , après avoir démontré
que ce fait étoit revêtu de toutes les
preuves néceffaires pour le rendre certain,.
quoiqu'en ait dit un celebre Critique ,
qui le traite de pure fable , le raconta
d'une maniere fimple & naturelle , & fit
des Remarques critiques & judicieuſes.
fur les autres qui en avoient parlé. Il
prouva contre le fentiment de quelques
Sçavans , que les deux Epitres d'Ovide
fur ce fujet , étoient de ce Poëte , & contre
le celebre Scaliger , que le Mufée , qui
a compofé un petit Poëme ſur cet évenement
, n'étoit pas l'ancien Mufée , dont
les Ouvrages ne fubfiftent plus , & que
celui-cy , dont Tzetzés eft le premier qui
ait parlé , ne vivoit qu'environ vers le
IVe fiecle. M. de la Nauze fit enfuite uneexacte
Analyfe de ce Poëme & des deux
Heroïdes d'Ovide,
L'AAVRIL
1730. 763
1
L'Académie Royale des Sciences , tint
fon Affemblée publique le Mercredy 19 ,
Avril . M. de Fontenelle ouvrit la Séance
par l'Eloge de feu M. de Valincourt ,
Académicien Honoraire .
M. Caffini lût enfuite un Memoire contenant
les Obfervations qu'il a faites de
la Comete qui a paru l'année derniere
pendant près de cinq mois.
M. Geoffroi , le cadet , lût après cela
un Memoire de Chimie , contenant l'Analyfe
de prefque toutes les viandes qui
fervent à la nourriture des hommes ,
d'où il tire les Relations qu'ont entre
elles les quantitez des parties nourriffantes
que ces viandes produifent.
M. Dufay , lût auffi un Memoire qui
contient de nouvelles preuves de fon fentiment
fur l'Aiman , & donna les Méthodes
les plus fûres & les plus promp
tes d'aimanter les Aiguilles.
M. Juffieu , lût après cela un Memoire
fur la neceffité de continuer & d'augmen--
ter le commerce que les Botaniftes d'Eu
rope ont avec ceux des Indes , pour la
perfection de la Botanique & de l'Hif
toire Naturelle.
M. Duhamel finit la Seance par la
lecture d'un Memoire fur les Greffes des
Arbres ; il y examina les rapports de convenances
& de difconvenances que les
F vj Greffes
764 MERCURE DE FRANCE
Greffes doivent avoir avec les fujets lur
lefquels on les greffe.
On donnera des Extraits de ces Memoires.
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Résumé : Rentrée des Académies.
Le 18 avril 1730, l'Académie Royale des Belles-Lettres organisa une assemblée publique. M. de Boze, secrétaire perpétuel, débuta la séance par un éloge de M. de Valbonnais, Premier Président de la Chambre des Comptes de Grenoble. L'Abbé Bignon complimenta l'élégance et la précision de cet éloge, soulignant que M. de Boze avait préparé son discours en seulement sept ou huit jours. M. Hardion présenta ensuite des réflexions sur les chœurs de la tragédie 'Andromaque' d'Euripide, critiquant un chœur déplacé et discutant de la bigamie à Athènes. M. Fourmont l'aîné exposa une dissertation sur l'importance des langues orientales pour la compréhension de l'histoire ancienne et de la mythologie, illustrant ses propos avec des exemples comme la fable des Gorgonnes et l'inscription de Sardanapale. M. de la Nauze conclut l'assemblée par la lecture de l'histoire de Léandre et d'Héro, démontrant la réalité de ce fait et analysant les œuvres littéraires s'y rapportant. Le 19 avril 1730, l'Académie Royale des Sciences tint également une assemblée publique. M. de Fontenelle ouvrit la séance par un éloge de feu M. de Valincourt, académicien honoraire. Plusieurs mémoires furent lus, couvrant des sujets variés tels que les observations d'une comète, l'analyse des viandes, les propriétés de l'aimant, l'importance du commerce botanique avec les Indes et les techniques de greffe des arbres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4938
p. 764-766
PRIX proposé par l'Academie Royale des Sciences, pour l'année 1732.
Début :
Feu M. Roüillé de Messay, ancien Conseiller au Parlement de Paris, ayant conçû le noble [...]
Mots clefs :
Académie royale des sciences, Prix, Prix de l'Académie royale des sciences, Secrétaire
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texteReconnaissance textuelle : PRIX proposé par l'Academie Royale des Sciences, pour l'année 1732.
PRIX propofe par l' Academie Royale des
Sciences. , pour l'année 1732 .
F
Eu M. Rouillé de Mellay , ancien Confeiller
au Parlement de Paris , ayant conçu le noble
deffein de contribuer au progrès des Sciences & à
l'utilité que le Public en doit retirer , a légué à
l'Academie Royale des Sciences un fonds pour
deux Prix , qui feront diftribuez à ceux qui , au
jugement de cette Compagnie , auront le mieux
réuffi fur deux differentes fortes de Sujets , qu'il
a indiquez dans fon Teftament , & dont il a donné
des exemples.
Les Sujets du premier Prix regardent le Siftême
général du Monde , & l'Aftronomie Phyſique..
Ce Prix devroit être de deux mille liv . aux termes
du Teſtament , & ſe diſtribuer tous les ans、
Mais la diminution des Rentes a obligé de ne le
donner que tous les deux ans afin de le rendre
plus confiderable , & il fera de 2.500 liv.
Les fujets du fecond Prix regardent la Navigation
& le Commerce.
,
Il ne fe donnera que tous les deux ans , & fera
de deux mille livres.
L'Académie fe conformant aux vûës & aux intentions
du Tefta teur ,propofe pour Sujet du premier
Prix , qui tombe dans l'année 1732 .
Quelle est la caufe Phyfique de l'inclinaison
des Plans , des Orbites , des Planettes , par rapport
au Plan de l'Equateur de la révolution du
Soleil autour de fon Axe , & d'où vient que es
Inclinaisons de ces Orbites font differentes ensr'elles..
Les
AVRIL. 1730. 76.5
Les Savans de toutes les Nations font invitez
à travailler fur ces fujets , & même les Affociez
Etrangers de l'Académie. Elle s'eft fait la Loi
d'exclure les Académiciens regnicoles de prétendre
aux Prix .
Ceux qui compoferont font invitez à écrire en
François ou en Latin , mais fans aucune obligation.
Ils pourront écrire en telle Langue qu'ils
voudront, & l'Académie fera traduire leurs Ouvrages.
On les prie que leurs Ecrits foient fort lifibles,
fur-tout quand il y aura des Calculs d'Algebre.
Ils ne mettront point leur nom à leurs Ouvra
ges , mais feulement une Sentence ou Devife. Ils
pourront , s'ils veulent , attacher à leur Ecrit un
Billet féparé & cacheté par eux , où feront avec
cette même Sentence , leur nom , leurs qualitez &
leur adreffe , & ce Billet ne fera ouvert par l'Académie
, qu'en cas que la Piece ait remporté le
Prix .
Ceux qui travailleront pour le Prix , adrefferont
leurs Ouvrages à Paris au Secretaire perpetuel
de l'Académie, ou les lui feront remettre entre
les mains . Dans ce fecond cas , le Secretaire
en donnera en même -tems,à celui qui les lui aura
remis ,fon Recepiffé , oùì fera marquée la Sentence
de l'Ouvrage & fon numero,felon l'ordre ou lo
tems dans lequel il aura été reçû.
Les Ouvrages ne feront reçûs que jufqu'au premier
Septembre 1731. exclufivement.
L'Académie à fon Affemblée publique d'après
Pâques 1732. proclamera la Piece qui aura ce
Prix.
S'il y aun Recepiffe du Secretaire pour la Piéce
qui aura remporté le Prix ,le Tréforier de l'Académie
délivrera la fomme du Prix à celui qui
Jui rapportera ce Récepiffé. Il n'y aura à cela
nulle autre formalité. S'il
766 MERCURE DE FRANCE
S'il n'y a pas de Récepiffé du Secretaire , le-
Tréforier ne délivrera le Prix qu'à l'Auteur même
, qui fe fera connoître , ou au Porteur d'une.
Procuration de fa part.
MONSIEUR BERNOULLI , Profeffeur en Mathématique
à Bále , aremporté le Prix de 1730..
Sciences. , pour l'année 1732 .
F
Eu M. Rouillé de Mellay , ancien Confeiller
au Parlement de Paris , ayant conçu le noble
deffein de contribuer au progrès des Sciences & à
l'utilité que le Public en doit retirer , a légué à
l'Academie Royale des Sciences un fonds pour
deux Prix , qui feront diftribuez à ceux qui , au
jugement de cette Compagnie , auront le mieux
réuffi fur deux differentes fortes de Sujets , qu'il
a indiquez dans fon Teftament , & dont il a donné
des exemples.
Les Sujets du premier Prix regardent le Siftême
général du Monde , & l'Aftronomie Phyſique..
Ce Prix devroit être de deux mille liv . aux termes
du Teſtament , & ſe diſtribuer tous les ans、
Mais la diminution des Rentes a obligé de ne le
donner que tous les deux ans afin de le rendre
plus confiderable , & il fera de 2.500 liv.
Les fujets du fecond Prix regardent la Navigation
& le Commerce.
,
Il ne fe donnera que tous les deux ans , & fera
de deux mille livres.
L'Académie fe conformant aux vûës & aux intentions
du Tefta teur ,propofe pour Sujet du premier
Prix , qui tombe dans l'année 1732 .
Quelle est la caufe Phyfique de l'inclinaison
des Plans , des Orbites , des Planettes , par rapport
au Plan de l'Equateur de la révolution du
Soleil autour de fon Axe , & d'où vient que es
Inclinaisons de ces Orbites font differentes ensr'elles..
Les
AVRIL. 1730. 76.5
Les Savans de toutes les Nations font invitez
à travailler fur ces fujets , & même les Affociez
Etrangers de l'Académie. Elle s'eft fait la Loi
d'exclure les Académiciens regnicoles de prétendre
aux Prix .
Ceux qui compoferont font invitez à écrire en
François ou en Latin , mais fans aucune obligation.
Ils pourront écrire en telle Langue qu'ils
voudront, & l'Académie fera traduire leurs Ouvrages.
On les prie que leurs Ecrits foient fort lifibles,
fur-tout quand il y aura des Calculs d'Algebre.
Ils ne mettront point leur nom à leurs Ouvra
ges , mais feulement une Sentence ou Devife. Ils
pourront , s'ils veulent , attacher à leur Ecrit un
Billet féparé & cacheté par eux , où feront avec
cette même Sentence , leur nom , leurs qualitez &
leur adreffe , & ce Billet ne fera ouvert par l'Académie
, qu'en cas que la Piece ait remporté le
Prix .
Ceux qui travailleront pour le Prix , adrefferont
leurs Ouvrages à Paris au Secretaire perpetuel
de l'Académie, ou les lui feront remettre entre
les mains . Dans ce fecond cas , le Secretaire
en donnera en même -tems,à celui qui les lui aura
remis ,fon Recepiffé , oùì fera marquée la Sentence
de l'Ouvrage & fon numero,felon l'ordre ou lo
tems dans lequel il aura été reçû.
Les Ouvrages ne feront reçûs que jufqu'au premier
Septembre 1731. exclufivement.
L'Académie à fon Affemblée publique d'après
Pâques 1732. proclamera la Piece qui aura ce
Prix.
S'il y aun Recepiffe du Secretaire pour la Piéce
qui aura remporté le Prix ,le Tréforier de l'Académie
délivrera la fomme du Prix à celui qui
Jui rapportera ce Récepiffé. Il n'y aura à cela
nulle autre formalité. S'il
766 MERCURE DE FRANCE
S'il n'y a pas de Récepiffé du Secretaire , le-
Tréforier ne délivrera le Prix qu'à l'Auteur même
, qui fe fera connoître , ou au Porteur d'une.
Procuration de fa part.
MONSIEUR BERNOULLI , Profeffeur en Mathématique
à Bále , aremporté le Prix de 1730..
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Résumé : PRIX proposé par l'Academie Royale des Sciences, pour l'année 1732.
En 1730, M. Rouillé de Mellay, ancien conseiller au Parlement de Paris, a légué un fonds à l'Académie Royale des Sciences pour créer deux prix annuels afin de promouvoir les sciences et l'utilité publique. Le premier prix, doté de 2 500 livres tous les deux ans, concerne le système général du monde et l'astronomie physique. Pour 1732, le sujet proposé est l'inclinaison des plans et des orbites des planètes par rapport à l'équateur du Soleil. Le second prix, de 2 000 livres également tous les deux ans, porte sur la navigation et le commerce. L'Académie invite les savants de toutes les nations à soumettre leurs travaux en français ou en latin, anonymement et accompagnés d'une devise. Les œuvres doivent être envoyées au secrétaire perpétuel de l'Académie avant le 1er septembre 1731. Le prix sera décerné lors de l'assemblée publique d'après Pâques 1732. Si un reçu est fourni, le trésorier remettra la somme au porteur du reçu. Sinon, le prix sera remis à l'auteur ou à son représentant. En 1730, M. Bernoulli, professeur de mathématiques à Bâle, a remporté le prix.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4939
p. 766-767
SUJET proposé par l'Academie des Sciences & des beaux Arts, établie à Pau, pour le Prix de l'année 1730.
Début :
Les Etats Generaux de Bearn, toujours attentifs à ce qui peut procurer quelque utilité ou [...]
Mots clefs :
Académie des sciences et des beaux-arts de Pau, Prix, Richesses
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUJET proposé par l'Academie des Sciences & des beaux Arts, établie à Pau, pour le Prix de l'année 1730.
SUJET propofe par l'Academie des
Sciences & des beaux Arts , établie à
Pau , pour le Prix de l'année 1730..
Es Etats Generaux de Bearn , toujours atten-
Ltifs à ce qui peut procurer quelque utilité ou
quelque ornement à la Province , ont bien voulu
concourir au zéle des Meffieurs qui ont formé
PAcadémie , en contribuant avec eux d'une fomme
annuelle, aux frais neceffaires pour l'entretien
de cet établiffement. Cette liberalité a engagé
Meffieurs de l'Académie à employer une partic
de cet argent à un prix qu'ils donnent chaque
année .
Ce Prix eft une Médaille d'or , où font gravées
d'un côté les Armes de a Province , & de l'auere
, la Deviſe de l'Académie. On le deftine pour
l'année 1730. à une piece en Vers , dont le fujer
fera cette penfée :
Le mépris des Richeffes eft le plus folide
de tous les Tréfors.
On laiffe le genre de Poëfie au choix des
Auteurs.
Les perfonnes de tout fexe, de toute condition,
& de tous les Pais , pourront prétendre au Prix
qui fera donné pendant le mois de Novembre
prochain.
L'Académie voulant ignorer les noms des Auteurs
AVRIL. 2730. 767
reurs dont les Ouvrages auront été jugez les
moins dignes ; on les avertit de mettre une Sen.
tence au bas de leur Piece , & leur nom féparé--
ment dans un billet cacheté , fur le dos duquel
ils mettront auſſi la même Sentence;par ce moyen
on trouvera d'abord le billet où fera le nom de:
l'Auteur, & loin d'en ouvrir aucun autre ,, on les
brûlera tous en public ..
Comme il faut un certain temps pour examiner
les Ouvrages , les Auteurs feront tenus de les
remettre avant la fin d'Octobre 1730. Ceux qui
n'arriveront pas dans le tempe marqué, ne feront
pas reçûs .
On pourra adreffer les Ouvrages à M.de Courreges
, Secretaire de l'Académie , ou à quelqu'autre
des Académiciens ; & on aura foin d'affranchir
les Paquets qu'on envoyera par la Pof
te ; fans, quoi ils ne feront point retirez..
Sciences & des beaux Arts , établie à
Pau , pour le Prix de l'année 1730..
Es Etats Generaux de Bearn , toujours atten-
Ltifs à ce qui peut procurer quelque utilité ou
quelque ornement à la Province , ont bien voulu
concourir au zéle des Meffieurs qui ont formé
PAcadémie , en contribuant avec eux d'une fomme
annuelle, aux frais neceffaires pour l'entretien
de cet établiffement. Cette liberalité a engagé
Meffieurs de l'Académie à employer une partic
de cet argent à un prix qu'ils donnent chaque
année .
Ce Prix eft une Médaille d'or , où font gravées
d'un côté les Armes de a Province , & de l'auere
, la Deviſe de l'Académie. On le deftine pour
l'année 1730. à une piece en Vers , dont le fujer
fera cette penfée :
Le mépris des Richeffes eft le plus folide
de tous les Tréfors.
On laiffe le genre de Poëfie au choix des
Auteurs.
Les perfonnes de tout fexe, de toute condition,
& de tous les Pais , pourront prétendre au Prix
qui fera donné pendant le mois de Novembre
prochain.
L'Académie voulant ignorer les noms des Auteurs
AVRIL. 2730. 767
reurs dont les Ouvrages auront été jugez les
moins dignes ; on les avertit de mettre une Sen.
tence au bas de leur Piece , & leur nom féparé--
ment dans un billet cacheté , fur le dos duquel
ils mettront auſſi la même Sentence;par ce moyen
on trouvera d'abord le billet où fera le nom de:
l'Auteur, & loin d'en ouvrir aucun autre ,, on les
brûlera tous en public ..
Comme il faut un certain temps pour examiner
les Ouvrages , les Auteurs feront tenus de les
remettre avant la fin d'Octobre 1730. Ceux qui
n'arriveront pas dans le tempe marqué, ne feront
pas reçûs .
On pourra adreffer les Ouvrages à M.de Courreges
, Secretaire de l'Académie , ou à quelqu'autre
des Académiciens ; & on aura foin d'affranchir
les Paquets qu'on envoyera par la Pof
te ; fans, quoi ils ne feront point retirez..
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Résumé : SUJET proposé par l'Academie des Sciences & des beaux Arts, établie à Pau, pour le Prix de l'année 1730.
En 1730, l'Académie des Sciences et des Beaux-Arts de Pau lance un concours annuel avec le soutien financier des États Généraux de Béarn. Une médaille d'or est offerte pour récompenser l'œuvre poétique la plus méritante sur le thème 'Le mépris des richesses est le plus solide de tous les trésors'. Les participants peuvent choisir le genre poétique de leur œuvre, et toute personne, indépendamment de son sexe, condition ou pays d'origine, est éligible. Les candidatures doivent être soumises avant la fin octobre 1730. Pour préserver l'anonymat, les auteurs doivent inclure une sentence au bas de leur œuvre et leur nom dans un billet cacheté avec la même sentence. Les billets non ouverts seront brûlés en public. Les œuvres peuvent être envoyées au secrétaire de l'Académie, M. de Courreges, ou à tout autre académicien, avec une mention d'affranchissement pour les paquets postaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4940
p. 767-771
« On a appris de Londres, que le 8 Mars, on fit dans la grande Salle d'Apollon, près du Temple [...] »
Début :
On a appris de Londres, que le 8 Mars, on fit dans la grande Salle d'Apollon, près du Temple [...]
Mots clefs :
Métail, Estampes de Watteau, Ouvrages, Académie, Opération
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On a appris de Londres, que le 8 Mars, on fit dans la grande Salle d'Apollon, près du Temple [...] »
On a appris de Londres , que le 8 Mars , on fit
dans la grande Salle d'Apollon , près du Temple
àl'i- Bar , l'ouverture d'une nouvelle Académie ,
mitation de l'Académie Françoife de Paris. On y
lut une Differtation fur la beauté de la Langue
Françoife , & fur l'utilité dont elle eft aux Anglois
qui l'ont apprife ; & un Poëme Burleſque ,
intitulé : La Tour de Babel.
De Petersbourg. M. Bayer a achevé une hiftoire
d'Edeffe , il a fort avancé celle de Syrie par
les Médailles ; & il conduit l'Hiftoire Ecclefiaftique
de la Chine & de l'Afie Septentrionale , jufqu'au
temps de l'arrivée des Miffionnaires en ce
Pais — là .
On apprend de Rome que le Comte Paffionci y
a fait
graver fur les deffeins du Comte Berardi ,
768 MERCURE DE FRANCE
un ancien Théatre , dont les reftes fubfiftent eneore
auprès de la Ville de Gabbio , dans l'Ombrie.
La Planche dédiée au Cardinal Ottoboni
contient le Profil de l'interieur de ce Théatre, tel
qu'il eft aujourd'hui. Il peut avoir environ 300
Palmes Romaines d'éténduë. On a mis au deffous
le Profil de l'interieur & de l'extérieur du
Théatre , tel qu'on a jugé à peu près , fur ce qui
refte , qu'il devoit être , lorfqu'il étoit entier , &
on y a ajouté le Plan , auffi dreffé par conjecture,
du premier & du fecond étage de l'Edifice , avec
le Profil des Chapiteaux des Colonnes, employées
pour
le foutenir.
El paroît depuis peu quatre Eſtampes d'après
les Tableaux du celebre Watteau ; fçavoir , un
Défilé , deffiné & gravé par le fieur Moyriau.
Le Sommeil dangereux , par le fieur Liotard.
Les Amuſemens de Ĉithere, par le fieur de Surugues.
Le Repas de Campagne , par le fieur Defplace.
Ces Eftampes fe vendent à Paris , chez la veuve
Chereau , rue S. Jacques , aux deux Pillers
d'or , & chez le fieur Surugues , Graveur , ruë
des Noyers , vis - à- vis S. Yves . On trouve aufſi
chez les mêmes , toutes les Eftampes gravées
jufque à ce jour , d'après les Deffeins & Tableaux
de Watteau. On aura foin d'annoncer les morceaux
nouveaux à mesure qu'ils paroîtront.
On mande de l'Abbaye de Fontevraud que le
Frere Luc David , Récollet , de la Province de
Toulouze , de la Communauté de Brive , en bas
Limoufin étant arrivé au mois de Decembre
› y
dernier , après avoir vû & examiné avec les Medecins
& Chirurgiens de l'Abbaye des Religieufes
affligées par des Cancers adhérans & manifeftez >
&
AVRIL 1730. 769
& quelques-unes par des Tumeurs carcinomateu →
fes au corps
fiftuleux , il a fait fur fept perfonnes
des opérations très dangereufes , avec une adreffe
& un fuccès qui leur fait efperer une guérifon
radicale , leurs playes étant bien fermées. Son
habileté eft fort grande , tant par la maniere particuliere
dont il a fait fes Opérations , que par le
fecret qu'il poffede pour arrêter le fang dans un
inftant , & par la façon de fes appareils qu'il
leve fans caufer la moindre douleur dès le fecond
jour.
Le Frere Luc a fait en Poitou & en Anjou les
guérifons les plus furprenantes tant pour les Cancers
& autres Opérations , que pour les yeux ,
étant très -habile Oculifte , fur tout pour les Ca
taractes.
Nous n'avons appris que depuis peu la perte
qu'on a faite en Allemagne d'un illuftre Profeffeur
en Théologie, à Rintelen , & Sur- Intendant
des Eglifes de ce Pays- là,nommé Frederic- Guillaume
Bierling , mort âgé de 52 ans & quelques
mois , le 25 Juillet 1728. On a de lui des obfervations
fur la Genefe, & des Differtations fur les
Comtes de Schaumbourg,fur l'Ufage Politique de
la fuperftition, fur le Pyrrhoniſme historique, & c.
Le fieur de Renti a trouvé le fecret de compofer
un Métail , qui imite l'Or , & qui en conferve
toujours la couleur. Il eft très-coulant à la fonte
, fans être venteux , tres - maniable & forgéable;
il fouffre toutes fortes. de Soudures & eft trèsdoux
fous les Outils , enforte qu'on en peut
faire tous les Ouvrages qu'on fouhaite , & particulierement
de três - beaux Flambeaux, Girandoles
, Luftres , Surtous de Tables , Feux , & c . dont
le prix ne fe trouvera confiderable,qu'autant que
770 MERCURE DE FRANCE
fes Ouvrages feront recherchez par la Gravure
& Cizelure. On en tirera encore un grand avantage
par la diminution de la confommation des
Dorures , que les Ouvrages des autres Métaux
emportent , & qui ne font jamais auffi beaux que
celui-cy l'eft naturellement;l'Académie des Sciences
, qui a examiné ce métail , l'a fort approuvé,
&c. Le Roy a permis par Brevet audit de Renty
de fondre, faire travailler , vendre & débiter toutes
fortes d'Ouvrages dudit Métail de fa compofition
, qui imite l'Or , dans toutes les Villes du
Royaume , pendant le temps de quatre années
confécutives ; pendant lequel temps fait S. M.dé
fenfes à toutes perſonnes de l'y troubler ni donner
aucun empêchement , &C..
Maniere d'entretenir le nouveau Métail.
Il faut premierement faire fondre la cire ou
fuif , s'il y en a deffus , dans l'eau chaude ou devant
le feu, Peffuyer & bien frotter avec un linge.
net ; & pour remettre les piéces comme fortant:
du Magazin , il faut le frotter avec du tripoli &
de l'huile, avec le tripoli fec, le bien favoner avec
du Savon blan & de l'eau de Riviere chaude, enfuite
le bien effuier ; fi la piece n'eſt pas affez dorée
, il faut la mettre bouillir pendant trois ou
quatre minutes dans l'eau de Riviere , après l'effuier
parfaitement. Si la piece eft cizelée , fe fervir
d'une Broffe rude pour atteindre les fonds, en
fe fervant du tripoli à l'huile & du favon .
Le fieur de Renti donne avis que fa Manufac
ture, qui eft vis-à- vis la Comedie Erançoife , continue
avec beaucoup de fuccès , & qu'ayant ap→
pris que quelques perfonnes n'étoient pas affez
inftruites pour bien entretenir fon métail , pour
le conferver toujours beau & comme neuf, il prie
ceux
AVRIL. 1730.
771
ableri
Il n'eft plus de Printems pour moi.
M. L'AFFICH AR D , Chevalier de
l'Ordre Social. Autre
770 MERCURE
DE FRANCE
inftruites
pour
bien entretenir
fon métail
, pour
le conferver
toujours
beau & comme
neuf, il prie
ceux
AVRIL. 1730. 771
eux qui ont eu de fes Ouvrages , de faire obſerver
la maniere ci- deffus ; & fi on y trouve , par
ce moyen trop de façon , on peut l'entretenir
d'une maniére plus aifée en nétoiant lefdits Ouvrages
avec du Sablon fin ou Tripoli, & de la Liè
de Vin ou Vinaigre , &c. La piece étant bien effuiée
& frottée on la verra auffi belle que neuve
&fi l'on doute de ce que l'Auteur avance,il s'offre
de remettre tous les Ouvrages dans l'état cy-deffus
fans qu'il en coute rien à ceux qui en ont
acheté , que la peine de les faire porter chez lui..
Le fieur Dugeron , ancien Chirurgien d'armée
continue avec fuccès , de diftribuer fon remede
pour préferver les Dents de fe gâter & de tomber.
Il donne la maniere facile de s'en fervir , &
met fon nom & le prix fur fes Boëtes. Il en a depuis
quarante fols jufqu'à quatre liv . Sa demeure
eft à Paris , au grand Cloitre fainte Oportune.
dans la grande Salle d'Apollon , près du Temple
àl'i- Bar , l'ouverture d'une nouvelle Académie ,
mitation de l'Académie Françoife de Paris. On y
lut une Differtation fur la beauté de la Langue
Françoife , & fur l'utilité dont elle eft aux Anglois
qui l'ont apprife ; & un Poëme Burleſque ,
intitulé : La Tour de Babel.
De Petersbourg. M. Bayer a achevé une hiftoire
d'Edeffe , il a fort avancé celle de Syrie par
les Médailles ; & il conduit l'Hiftoire Ecclefiaftique
de la Chine & de l'Afie Septentrionale , jufqu'au
temps de l'arrivée des Miffionnaires en ce
Pais — là .
On apprend de Rome que le Comte Paffionci y
a fait
graver fur les deffeins du Comte Berardi ,
768 MERCURE DE FRANCE
un ancien Théatre , dont les reftes fubfiftent eneore
auprès de la Ville de Gabbio , dans l'Ombrie.
La Planche dédiée au Cardinal Ottoboni
contient le Profil de l'interieur de ce Théatre, tel
qu'il eft aujourd'hui. Il peut avoir environ 300
Palmes Romaines d'éténduë. On a mis au deffous
le Profil de l'interieur & de l'extérieur du
Théatre , tel qu'on a jugé à peu près , fur ce qui
refte , qu'il devoit être , lorfqu'il étoit entier , &
on y a ajouté le Plan , auffi dreffé par conjecture,
du premier & du fecond étage de l'Edifice , avec
le Profil des Chapiteaux des Colonnes, employées
pour
le foutenir.
El paroît depuis peu quatre Eſtampes d'après
les Tableaux du celebre Watteau ; fçavoir , un
Défilé , deffiné & gravé par le fieur Moyriau.
Le Sommeil dangereux , par le fieur Liotard.
Les Amuſemens de Ĉithere, par le fieur de Surugues.
Le Repas de Campagne , par le fieur Defplace.
Ces Eftampes fe vendent à Paris , chez la veuve
Chereau , rue S. Jacques , aux deux Pillers
d'or , & chez le fieur Surugues , Graveur , ruë
des Noyers , vis - à- vis S. Yves . On trouve aufſi
chez les mêmes , toutes les Eftampes gravées
jufque à ce jour , d'après les Deffeins & Tableaux
de Watteau. On aura foin d'annoncer les morceaux
nouveaux à mesure qu'ils paroîtront.
On mande de l'Abbaye de Fontevraud que le
Frere Luc David , Récollet , de la Province de
Toulouze , de la Communauté de Brive , en bas
Limoufin étant arrivé au mois de Decembre
› y
dernier , après avoir vû & examiné avec les Medecins
& Chirurgiens de l'Abbaye des Religieufes
affligées par des Cancers adhérans & manifeftez >
&
AVRIL 1730. 769
& quelques-unes par des Tumeurs carcinomateu →
fes au corps
fiftuleux , il a fait fur fept perfonnes
des opérations très dangereufes , avec une adreffe
& un fuccès qui leur fait efperer une guérifon
radicale , leurs playes étant bien fermées. Son
habileté eft fort grande , tant par la maniere particuliere
dont il a fait fes Opérations , que par le
fecret qu'il poffede pour arrêter le fang dans un
inftant , & par la façon de fes appareils qu'il
leve fans caufer la moindre douleur dès le fecond
jour.
Le Frere Luc a fait en Poitou & en Anjou les
guérifons les plus furprenantes tant pour les Cancers
& autres Opérations , que pour les yeux ,
étant très -habile Oculifte , fur tout pour les Ca
taractes.
Nous n'avons appris que depuis peu la perte
qu'on a faite en Allemagne d'un illuftre Profeffeur
en Théologie, à Rintelen , & Sur- Intendant
des Eglifes de ce Pays- là,nommé Frederic- Guillaume
Bierling , mort âgé de 52 ans & quelques
mois , le 25 Juillet 1728. On a de lui des obfervations
fur la Genefe, & des Differtations fur les
Comtes de Schaumbourg,fur l'Ufage Politique de
la fuperftition, fur le Pyrrhoniſme historique, & c.
Le fieur de Renti a trouvé le fecret de compofer
un Métail , qui imite l'Or , & qui en conferve
toujours la couleur. Il eft très-coulant à la fonte
, fans être venteux , tres - maniable & forgéable;
il fouffre toutes fortes. de Soudures & eft trèsdoux
fous les Outils , enforte qu'on en peut
faire tous les Ouvrages qu'on fouhaite , & particulierement
de três - beaux Flambeaux, Girandoles
, Luftres , Surtous de Tables , Feux , & c . dont
le prix ne fe trouvera confiderable,qu'autant que
770 MERCURE DE FRANCE
fes Ouvrages feront recherchez par la Gravure
& Cizelure. On en tirera encore un grand avantage
par la diminution de la confommation des
Dorures , que les Ouvrages des autres Métaux
emportent , & qui ne font jamais auffi beaux que
celui-cy l'eft naturellement;l'Académie des Sciences
, qui a examiné ce métail , l'a fort approuvé,
&c. Le Roy a permis par Brevet audit de Renty
de fondre, faire travailler , vendre & débiter toutes
fortes d'Ouvrages dudit Métail de fa compofition
, qui imite l'Or , dans toutes les Villes du
Royaume , pendant le temps de quatre années
confécutives ; pendant lequel temps fait S. M.dé
fenfes à toutes perſonnes de l'y troubler ni donner
aucun empêchement , &C..
Maniere d'entretenir le nouveau Métail.
Il faut premierement faire fondre la cire ou
fuif , s'il y en a deffus , dans l'eau chaude ou devant
le feu, Peffuyer & bien frotter avec un linge.
net ; & pour remettre les piéces comme fortant:
du Magazin , il faut le frotter avec du tripoli &
de l'huile, avec le tripoli fec, le bien favoner avec
du Savon blan & de l'eau de Riviere chaude, enfuite
le bien effuier ; fi la piece n'eſt pas affez dorée
, il faut la mettre bouillir pendant trois ou
quatre minutes dans l'eau de Riviere , après l'effuier
parfaitement. Si la piece eft cizelée , fe fervir
d'une Broffe rude pour atteindre les fonds, en
fe fervant du tripoli à l'huile & du favon .
Le fieur de Renti donne avis que fa Manufac
ture, qui eft vis-à- vis la Comedie Erançoife , continue
avec beaucoup de fuccès , & qu'ayant ap→
pris que quelques perfonnes n'étoient pas affez
inftruites pour bien entretenir fon métail , pour
le conferver toujours beau & comme neuf, il prie
ceux
AVRIL. 1730.
771
ableri
Il n'eft plus de Printems pour moi.
M. L'AFFICH AR D , Chevalier de
l'Ordre Social. Autre
770 MERCURE
DE FRANCE
inftruites
pour
bien entretenir
fon métail
, pour
le conferver
toujours
beau & comme
neuf, il prie
ceux
AVRIL. 1730. 771
eux qui ont eu de fes Ouvrages , de faire obſerver
la maniere ci- deffus ; & fi on y trouve , par
ce moyen trop de façon , on peut l'entretenir
d'une maniére plus aifée en nétoiant lefdits Ouvrages
avec du Sablon fin ou Tripoli, & de la Liè
de Vin ou Vinaigre , &c. La piece étant bien effuiée
& frottée on la verra auffi belle que neuve
&fi l'on doute de ce que l'Auteur avance,il s'offre
de remettre tous les Ouvrages dans l'état cy-deffus
fans qu'il en coute rien à ceux qui en ont
acheté , que la peine de les faire porter chez lui..
Le fieur Dugeron , ancien Chirurgien d'armée
continue avec fuccès , de diftribuer fon remede
pour préferver les Dents de fe gâter & de tomber.
Il donne la maniere facile de s'en fervir , &
met fon nom & le prix fur fes Boëtes. Il en a depuis
quarante fols jufqu'à quatre liv . Sa demeure
eft à Paris , au grand Cloitre fainte Oportune.
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Résumé : « On a appris de Londres, que le 8 Mars, on fit dans la grande Salle d'Apollon, près du Temple [...] »
Le texte présente plusieurs événements et découvertes dans divers domaines. À Londres, le 8 mars, une nouvelle Académie inspirée de l'Académie Française de Paris a été inaugurée. Lors de cette cérémonie, une dissertation sur la beauté et l'utilité de la langue française pour les Anglais a été lue, ainsi qu'un poème burlesque intitulé 'La Tour de Babel'. À Saint-Pétersbourg, M. Bayer a achevé une histoire d'Édesse et avancé celle de Syrie grâce aux médailles. Il travaille également sur l'histoire ecclésiastique de la Chine et de l'Asie septentrionale jusqu'à l'arrivée des missionnaires. À Rome, le Comte Passionei a fait graver les restes d'un ancien théâtre près de la ville de Gubbio en Ombrie. La planche dédiée au Cardinal Ottoboni contient le profil intérieur de ce théâtre, estimé à environ 300 palmes romaines. Quatre estampes d'après les tableaux de Watteau ont été publiées et vendues à Paris chez la veuve Chereau et le sieur Surugues. À l'Abbaye de Fontevraud, le Frère Luc David, Récollet, a effectué des opérations dangereuses sur des religieuses atteintes de cancers et de tumeurs, avec succès. Il est également réputé pour ses guérisons en Poitou et en Anjou, notamment pour les cataractes. En Allemagne, le professeur en théologie Frédéric-Guillaume Bierling est décédé à l'âge de 52 ans. Il a laissé des observations sur la Genèse et des dissertations sur divers sujets. Le sieur de Renty a découvert un métal imitant l'or, approuvé par l'Académie des Sciences. Le roi lui a accordé un brevet pour fabriquer et vendre des ouvrages en ce métal pendant quatre ans. Le texte décrit également la manière d'entretenir ce nouveau métal. Enfin, le sieur Dugeron, ancien chirurgien d'armée, distribue un remède pour préserver les dents, avec des prix variant de quarante sols à quatre livres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4941
p. 771
PRINTEMS.
Début :
Le doux Printems revient embellir la nature ; [...]
Mots clefs :
Printemps
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texteReconnaissance textuelle : PRINTEMS.
PRINT EMS.
LE doux Printems revient embellir la nature
Tout eft couvert de Fleurs & de Verdure :
Mille Oifeaux dans les Bois font entendre des
chants
Amoureux & touchans :
Ah ! que leur plaifir eſt extrême !
Je goûterois comme eux un bien fuprême ,
Si Philis m'eut gardé ſa foy ;
Mais elle eft volage , & je l'aime ,
Il n'eft plus de Printems pour moi,
M. L'AFFICH AR D , Chevalier de
l'Ordre Social,
LE doux Printems revient embellir la nature
Tout eft couvert de Fleurs & de Verdure :
Mille Oifeaux dans les Bois font entendre des
chants
Amoureux & touchans :
Ah ! que leur plaifir eſt extrême !
Je goûterois comme eux un bien fuprême ,
Si Philis m'eut gardé ſa foy ;
Mais elle eft volage , & je l'aime ,
Il n'eft plus de Printems pour moi,
M. L'AFFICH AR D , Chevalier de
l'Ordre Social,
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4942
p. *772-772
AUTRE, en Rondeau.
Début :
Printemps, qu'attendez-vous pour embellir ces lieux ? [...]
Mots clefs :
Printemps
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE, en Rondeau.
AUTRE , en Rondeau.
PRintemps, Rintemps, qu'attendez- vous pour embellir coe
lieux ?
D'ou vient qu'on voit encor ces frimats
nuyeux ?
N'eft-il pas temps que la Nature ,
Faffe revoir icy fes charmes les plus doux !
Rien ne doit retarder la riante verdure ,
Printemps , qu'attendez -vous.
Me PAULE , de Vernono
PRintemps, Rintemps, qu'attendez- vous pour embellir coe
lieux ?
D'ou vient qu'on voit encor ces frimats
nuyeux ?
N'eft-il pas temps que la Nature ,
Faffe revoir icy fes charmes les plus doux !
Rien ne doit retarder la riante verdure ,
Printemps , qu'attendez -vous.
Me PAULE , de Vernono
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4943
p. 772-779
Extrait de la Comédie intitulée le Jeu de l'Amour, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le 23 Janvier les Comédiens Italiens donnerent la premiere Représentatoin d'une Comédie [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Théâtre, Comédie, Amour, Maître, Travestissement, Sentiment, Public
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait de la Comédie intitulée le Jeu de l'Amour, &c. [titre d'après la table]
E 23 Janvier les Comédiens Italiens donnela
premiere Repréſentation d'une Comé
die en Profe , & en trois Actes , intitulée : Le Jeu
de l'Amour & du Hazard. Cette Piéce,qui eft de
M. de Marivaux, a été reçue favorablement du
public. En voici l'Extrait , avec quelques remarques
qui font venuës jufqu'à nous.
Au premier Acte , Silvia & fa fuivante Liſette
ouvrent la Scene . Sylvia paroît fâchée contre Lifette,
parce qu'elle a dit ingénument à Orgon fon
pere , qu'elle feroit bien aife d'être mariée . La
raifon qui la porte à témoigner ce mécontentement
à la Suivante , c'eft qu'elle ne fçait pas fi le
mari que fon perelui deftine lui conviendra, quoiqu'on
lui en ait fait des rapports tres-avantageux.
Orgon vient annoncer à fa fille que fon Prétendu
doit arriver ce jour même. Sylvia ne reçoit pas
Cette
AVRIL. 1730. 773
gette nouvelle fans quelques troubles , dont fon
pere lui demande la raiſon ; elle lui fait entendre
- qu'elle voudroit bien voir , avant que de s'engager
, fi cet époux dont on dit tant de bien , lui
convient. Elle prie Orgon de confentir qu'elle l'éprouve
fous les habits & le nom de Lifette , tandis
que Lifette paffera pour Sylvia. Cette idée fait
rire Orgon pour des raifons qu'on va apprendre
dans la Scene fuivante. Il confent au double traveftiffement.
Sylvia & Liſette fortent pour l'aller
exécuter.
Mario , fils d'Orgon , vient féliciter fa foeur
fur fon Hymen prochain , mais elle le quitte en
lui difant qu'elle a des affaires plus férieufes &
plus preffées . Orgon explique cet Enigme à fon
fils ; il commence par lui lire un Fragment d'une
Lettre du pere de fon gendre futur. En voici les
propres termes :
Je ne fçai, au refte , ce que vous penferez d'une
imagination qui eft venue à mon fils ; elle eft
bizare, il en convient lui - même , mais le motif
en eft pardonnable & même délicat ; c'est qu'il
m'a prié de lui permettre de n'arriver d'abord
ehez vous que fous la figure defon valet , qui
de fon côtéfera le perfonnage de fon Maître.
Cette idée paroît tout -à-fait finguliere à Mario
; mais il l'a trouve bien plus comique quand
Orgon lui apprend que par un effet du bazard ,
Sylvia entreprend le même déguiſement faus ſçavoir
le traveftiffement de fon futur époux ; le pere
& le fils fe propofent de jouir de cette Comedie ,
fans prévenir aucun des perfonnages qui l'a vont
jouer.
?
Sylvia , n'ayant pas befoin d'employer tant de
temps que Lifette à fe métamorphofer , revient la
premiere de fa Toilette,& le prépare à bien jouer
fon nouveau rôle.
Derante
774 MER CURE DE FRANCE
Dorante arrive fous les habits d'Arlequin fon
valet , fuivant le projet déja annoncé ; fon début
n'eft pas moins galant que fa perfonne eft relevée.
Orgon & Mario le laiffent tête à tête avec
la fauffe Lifette ; leur converfation eft tout-à-fait
plaifante ; & leurs coeurs commencent à fentir de
la difpofition à s'unir ; ils ont beau protefter l'un
& l'autre que leur horofcope porte qu'ils n'aimeront
que des perfonnes de condition; leur penchant
les entraine malgré eux ce qui femble
les authoriſer en fecret , c'eft que Dorante de fon
côté dit à Sylvia qu'il n'eft pas né pour être va
let, & que Sylvia fait entendre quelque chofe d'aprochant.
Quoiqu'il en foit , cette Scene a fait
plaifir , & a commencé à intereffer le public.
Arlequin arrive enfin ; mais toutes ces paroles
& toutes fes actions font fi peut dignes du perfonnage
qu'il vient reprefenter, que Sylvia le quitte
brufquement, en difant à part : Que le fort eft
bifarre ! aucun de ces deux hommes n'eft à fa
place.
Ce que l'Auteur met dans la bouche du vrai
Dorante , prévient la critique qu'il n'a pas manqué
de prévoir. Il lui dit qu'il lui avoit promis
de quitter fes manieres de parler fottes & triviales
, & qu'il lui avoit fur tout recommandé
d'être férieux , mais a -t- il dû ſe promettre qu'un
Butor lui tiendroit parole ? En effet il retombe
le moment après dans la même faute; on en peut
juger par la réponſe à Orgon, fon prétendu beaupere
; la voicy :
Monfieur, mille pardons! c'eft beaucoup trop ,
& il n'en faut qu'un, quand on n'a fait qu'une
faute ; aufurplus tous mes pardonsfont à votre
Service.
Dans la premiere Scene du fecond Acte , Lifette
fait entendre à Orgon, qu'il eft temps de finir
AVRIL 1730. 775.
nir un jeu qui pourroit aller trop loin , parce que
fes charmes commencent à faire bien du ravage
fur le coeur de Dorante , & que de la maniere
dont il prend feu , elle fe garantit bien - tôt
adorée. Orgon la félicite de fa conquête , & lui
dit qu'il confent qu'elle pouffe fa bonne fortune
jufqu'à l'Hymen. Il l'a charge de faire entendre'
à fa Maîtreffe qu'elle foupçonne Bourguignon , le
prétendu valet de Dorante , de la prévenir contre
fon Maître. Lifette lui promet tout , & fe promer
tout à elle -même. Orgon fe retire voyant venir
le faux Dorante.
Arlequin parle d'amour à Lifette à fa maniere;
le vrai Dorante le vient interrompre pour lui
ordonner tout bas de le débaraffer de tout ce qui
fe paffe , de ne fe point trop livrer à dire fes impertinences
ordinaires , & de paroître férieux ,
rêveur & mêcontent .
Arlequin & Lifette continuent leur entretien ;
chacun d'eux fe croyant indigne de fon bonheur,
s'humilie : Vous me croyez plus de quali
tez que je n'en ay , dit Lifette. Et vous , Madame
, répond Arlequin ; vous ne sçavez pas
les miennes , & je ne devrois vous parler qu'à
genoux. Cette Scene eft le germe de la reconnoiffance
qui doit fe faire entr'eux dans le troifiéme
Acte.
La fauffe Lifette vient les interrompre , comme
le faux Bourguignon vient de faire. Arlequin fe
retire.
Sylvia ordonne à Lifette de fe défaire de ce
brutal qui vient de lui dire des groffiéretez . Lifette
lui répond que M. Orgon vient de lui donner
des ordres directement oppofez aux fiens
elle lui parle de Bourguignon , comme d'un valer
qui l'a prévient contre fon Maître, Sylvia ne peut
s'empêcher de prendre le parti du faux Bourguignon
>
776 MERCURE DE FRANCE
!
gnon, ce qui donne d'étranges foupçons à Lifette,
Les foupçons , quoiqu'ils ne foient expliquez qu'à
demi, la mettent dans une mauvaiſe humeur qui
l'oblige à chaffer Liſette.
Sylvia fait entrevoir dans un court monolo
gue une partie de ce qui fe paffe dans fon coeur.
Voicy par où elle finit fon monologue , voyant
paroître Bourguignon : Voilà cet objet en queftion
, pour qui on veut que je m'emporte , mais
se n'est pas fa faute , le pauvre garçon , ¿je
ne dois pas m'en prendre à lui.
Le faux Bourguignon fait une Scene avec la
fauffe Lifette , dans laquelle ils paroiffent également
agitez. Cette Scene eft interrompue par
l'arrivée d'Orgon & de Mario, qui ayant furpris
Bourguignon à fes genoux, lui en font la guerre
a
d'une maniere à la livrer toute entiere à ſon dépit;
fon pere lui ordonne de continuer fon dé→
guifement , pour voir fi l'averfion qu'elle a pour
Dorante continuëra.
Le faux Bourguignon vient renouer avec la
fauffe Lifette la converfation qu'Orgon & Mario
avoient interrompuë. Cette Scene a été generalement
applaudie & a paru la plus intéreffante de
la Piece. Dorante, par un fentiment de probité
ne veut plus abufer la prétendue Sylvia , qui fe
livre un peu trop au faux Dorante; il déclare à la
fauffe Lifette qu'il n'eft que fon valet , & que c'eft
le vrai Dorante qui lui parle actuellement. Il lui
dit que l'amour qu'il a pour elle ne lui permet
plus aucun engagement , & que ne pouvant être
uni avec elle , attendu la diftance des conditions
qui les fépare ; il feroit trop heureux s'il pouvoit
être affuré de fon coeur. Sylvia lui fait efperer cet
amour qu'il lui demande ; cependant , elle ne lui
rend pas confidence pour confidence , fans qu'on
en puifle pénétrer d'autre raifon que celle de faiAVRIL.
1730. 777
te durer la piece , qui n'eft encore qu'à la fin du
fecond Acte : Paffons au troifiéme.
Nous ne nous étendrons pas beaucoup fur ce
dernier Acte. Il ne s'y agit que de fatisfaire la
petite vanité de Sylvia , qui veut que Dorantefo
détermine à l'époufer , malgré la prétendue inégalité
de conditions. Nous n'appuyerons pas
beaucoup fur la jaloufie que Dorante prend au
fujet de Mario ; la Piece n'en a pas befoin pour
aller fon train.
Dans la premiere Scene , Dorante par un fentiment
de probité , ne veut pas que la fauffe Sylvia
foit abufée plus long-temps par un valet déguifé
. Arlequin ne pouvant obtenir de lui qu'il
lui laiffe pouffer fa pointe , lui promet de lui déclarer
fon état , & le prie de ne pas s'opposer à
fa bonne fortune , fi malgre fa qualité de valet ,
elle veut bien confentir à l'épouſer. Dorante
croyant la chofe impoffible , lui promet ce qu'il
lui demande. Lifette a déja obtenu la même grace
de M. Orgon , qui la lui a d'autant plus facilement
accordée , qu'il fçavoit l'égalité des conditions.
Nous paffons le plus promptement qu'il
nous eft poffible à la reconnoiffance réciproque
du valet & de la fervante. Cette Scene contrafte
parfaitement avec celle duMaître & de la Maîtreſſe
que nous avons déja vûë ; fi cette derniere a été
intereffante , celle qui la fuit eft plaifante . Arlequin
& Lifette s'humilient l'un devant l'autre ,
faute de fe connoître ; enfin Lifette , que la modeftie
outrée d'Arlequin commence à faire douter
de quelque chofe, après avoir dit à part: Tant
d'abaiffement n'eft pas naturel; lui dit tout haut:
Pourquoi me dites - vous cela? Arlequin lui avouë
enfin qu'il n'eft que le valet de Dorante, & Life:-
te ne pouvant s'empêcher d'en rire , prend fa revanche
en lui confeffant qu'elle n'eft que la Sui
vante de Sylvia. G Dorante
A
778 MERCURE DE FRANCE
Dorante a encore une tres -belle Scene avec
Sylvia , mais on l'a trouvée inférieure à celle du
fecond Acte. Elle roule fur la jaloufie que Mario
a donnée à Dorante , dont , comme on l'a déja
remarqué , la piece n'avoit prefque que faire.Le
facrifice que Dorante fait à fa prétendue Suivante,
qui eft de confentir à l'époufer , toute Lifette
qu'elle paroît , détermine enfin Sylvia à lui apprendre
tout fon bonheur.
Voicy les remarques qu'on a faites fur cette
Comédie ; nous ne lommes icy que les échos
du Public. On dit , 1 ° . qu'il n'eft pas vrai-femblable
que Sylvia puiffe fe perfuader qu'un butor
tel qu'Arlequin foit ce même Dorante dont on
lui a fait une peinture fi avantageufe. En effet ,
dès la premiere Scene de la piece, Lifette lui parle
ainfi : On dit que votre futur est bien fait , aimable
, de bonne mine, qu'on ne peut pas avoir
plus d'efprit , qu'on ne sçauroit être d'un meilleur
caractere , &c. Sylvia lui répond : L'Utile
& l'agréable fe trouvent dans le portrait que tu
en fais, on dit qu'il lui reffemble . Dans la
Scene fuivante , M. Orgon parle ainfi à fa fille :
Pour moi , je n'ai jamais vu Dorante , il étoit
abfent quand j'étois chez fon pere ; mais, fur
tout le bien qu'on m'en a dit , je ne sçaurois
craindre que vous vous déplaifiez ni l'un ni
l'autre. La feule vue du faux Dorante ne doitelle
pas faire foupçonner du myftere , fur tout à
Sylvia qui fe trouve dans le cas d'un traveftiffement
, dont elle peut facilement foupçonner fon
Prétendu?
2. Arlequin, à t'on dit, ne ſoûtient pas fon ca
ractere par tout ; des chofes tres-jolies fuccedent
à des groffieretés . En effet,peut-on s'imaginer que
celui qui a dit fi maufladement à fon prétendu
Beaupere : Au furplus tous mes pardons font à
*
Votre
AVRIL. 1730. 779
votre fervice , dife fi joliment à la fauffe Sylvia:
Je voudrois bien pouvoir baiser ces petits mots
là les cueillir fur votre bouche avec la
mienne. 3
3°On auroit voulu que le fecondActe eût été le
troifiéme , & l'on croît que cela n'auroit pas été
difficile ; la raifon qui empêche Sylvia de fe découvrir
après avoir appris que Bourguignon eft
Dorante , n'étant qu'une petite vanité , ne fçau
roit excufer fon filence ; d'ailleurs , Dorante &
Sylvia étant les objets principaux de la piece, c'é
toit par leur reconnoiffance qu'elle devoit finir
& non par celle d'Arlequin & de Lifette , qui
ne font que les finges , l'un de fon Maître , l'autre
de fa Maîtreffe. Au refte tout le monde convient
que la Piece eft bien écrite & pleine d'efprit ,
fentiment & de délicateffe.
premiere Repréſentation d'une Comé
die en Profe , & en trois Actes , intitulée : Le Jeu
de l'Amour & du Hazard. Cette Piéce,qui eft de
M. de Marivaux, a été reçue favorablement du
public. En voici l'Extrait , avec quelques remarques
qui font venuës jufqu'à nous.
Au premier Acte , Silvia & fa fuivante Liſette
ouvrent la Scene . Sylvia paroît fâchée contre Lifette,
parce qu'elle a dit ingénument à Orgon fon
pere , qu'elle feroit bien aife d'être mariée . La
raifon qui la porte à témoigner ce mécontentement
à la Suivante , c'eft qu'elle ne fçait pas fi le
mari que fon perelui deftine lui conviendra, quoiqu'on
lui en ait fait des rapports tres-avantageux.
Orgon vient annoncer à fa fille que fon Prétendu
doit arriver ce jour même. Sylvia ne reçoit pas
Cette
AVRIL. 1730. 773
gette nouvelle fans quelques troubles , dont fon
pere lui demande la raiſon ; elle lui fait entendre
- qu'elle voudroit bien voir , avant que de s'engager
, fi cet époux dont on dit tant de bien , lui
convient. Elle prie Orgon de confentir qu'elle l'éprouve
fous les habits & le nom de Lifette , tandis
que Lifette paffera pour Sylvia. Cette idée fait
rire Orgon pour des raifons qu'on va apprendre
dans la Scene fuivante. Il confent au double traveftiffement.
Sylvia & Liſette fortent pour l'aller
exécuter.
Mario , fils d'Orgon , vient féliciter fa foeur
fur fon Hymen prochain , mais elle le quitte en
lui difant qu'elle a des affaires plus férieufes &
plus preffées . Orgon explique cet Enigme à fon
fils ; il commence par lui lire un Fragment d'une
Lettre du pere de fon gendre futur. En voici les
propres termes :
Je ne fçai, au refte , ce que vous penferez d'une
imagination qui eft venue à mon fils ; elle eft
bizare, il en convient lui - même , mais le motif
en eft pardonnable & même délicat ; c'est qu'il
m'a prié de lui permettre de n'arriver d'abord
ehez vous que fous la figure defon valet , qui
de fon côtéfera le perfonnage de fon Maître.
Cette idée paroît tout -à-fait finguliere à Mario
; mais il l'a trouve bien plus comique quand
Orgon lui apprend que par un effet du bazard ,
Sylvia entreprend le même déguiſement faus ſçavoir
le traveftiffement de fon futur époux ; le pere
& le fils fe propofent de jouir de cette Comedie ,
fans prévenir aucun des perfonnages qui l'a vont
jouer.
?
Sylvia , n'ayant pas befoin d'employer tant de
temps que Lifette à fe métamorphofer , revient la
premiere de fa Toilette,& le prépare à bien jouer
fon nouveau rôle.
Derante
774 MER CURE DE FRANCE
Dorante arrive fous les habits d'Arlequin fon
valet , fuivant le projet déja annoncé ; fon début
n'eft pas moins galant que fa perfonne eft relevée.
Orgon & Mario le laiffent tête à tête avec
la fauffe Lifette ; leur converfation eft tout-à-fait
plaifante ; & leurs coeurs commencent à fentir de
la difpofition à s'unir ; ils ont beau protefter l'un
& l'autre que leur horofcope porte qu'ils n'aimeront
que des perfonnes de condition; leur penchant
les entraine malgré eux ce qui femble
les authoriſer en fecret , c'eft que Dorante de fon
côté dit à Sylvia qu'il n'eft pas né pour être va
let, & que Sylvia fait entendre quelque chofe d'aprochant.
Quoiqu'il en foit , cette Scene a fait
plaifir , & a commencé à intereffer le public.
Arlequin arrive enfin ; mais toutes ces paroles
& toutes fes actions font fi peut dignes du perfonnage
qu'il vient reprefenter, que Sylvia le quitte
brufquement, en difant à part : Que le fort eft
bifarre ! aucun de ces deux hommes n'eft à fa
place.
Ce que l'Auteur met dans la bouche du vrai
Dorante , prévient la critique qu'il n'a pas manqué
de prévoir. Il lui dit qu'il lui avoit promis
de quitter fes manieres de parler fottes & triviales
, & qu'il lui avoit fur tout recommandé
d'être férieux , mais a -t- il dû ſe promettre qu'un
Butor lui tiendroit parole ? En effet il retombe
le moment après dans la même faute; on en peut
juger par la réponſe à Orgon, fon prétendu beaupere
; la voicy :
Monfieur, mille pardons! c'eft beaucoup trop ,
& il n'en faut qu'un, quand on n'a fait qu'une
faute ; aufurplus tous mes pardonsfont à votre
Service.
Dans la premiere Scene du fecond Acte , Lifette
fait entendre à Orgon, qu'il eft temps de finir
AVRIL 1730. 775.
nir un jeu qui pourroit aller trop loin , parce que
fes charmes commencent à faire bien du ravage
fur le coeur de Dorante , & que de la maniere
dont il prend feu , elle fe garantit bien - tôt
adorée. Orgon la félicite de fa conquête , & lui
dit qu'il confent qu'elle pouffe fa bonne fortune
jufqu'à l'Hymen. Il l'a charge de faire entendre'
à fa Maîtreffe qu'elle foupçonne Bourguignon , le
prétendu valet de Dorante , de la prévenir contre
fon Maître. Lifette lui promet tout , & fe promer
tout à elle -même. Orgon fe retire voyant venir
le faux Dorante.
Arlequin parle d'amour à Lifette à fa maniere;
le vrai Dorante le vient interrompre pour lui
ordonner tout bas de le débaraffer de tout ce qui
fe paffe , de ne fe point trop livrer à dire fes impertinences
ordinaires , & de paroître férieux ,
rêveur & mêcontent .
Arlequin & Lifette continuent leur entretien ;
chacun d'eux fe croyant indigne de fon bonheur,
s'humilie : Vous me croyez plus de quali
tez que je n'en ay , dit Lifette. Et vous , Madame
, répond Arlequin ; vous ne sçavez pas
les miennes , & je ne devrois vous parler qu'à
genoux. Cette Scene eft le germe de la reconnoiffance
qui doit fe faire entr'eux dans le troifiéme
Acte.
La fauffe Lifette vient les interrompre , comme
le faux Bourguignon vient de faire. Arlequin fe
retire.
Sylvia ordonne à Lifette de fe défaire de ce
brutal qui vient de lui dire des groffiéretez . Lifette
lui répond que M. Orgon vient de lui donner
des ordres directement oppofez aux fiens
elle lui parle de Bourguignon , comme d'un valer
qui l'a prévient contre fon Maître, Sylvia ne peut
s'empêcher de prendre le parti du faux Bourguignon
>
776 MERCURE DE FRANCE
!
gnon, ce qui donne d'étranges foupçons à Lifette,
Les foupçons , quoiqu'ils ne foient expliquez qu'à
demi, la mettent dans une mauvaiſe humeur qui
l'oblige à chaffer Liſette.
Sylvia fait entrevoir dans un court monolo
gue une partie de ce qui fe paffe dans fon coeur.
Voicy par où elle finit fon monologue , voyant
paroître Bourguignon : Voilà cet objet en queftion
, pour qui on veut que je m'emporte , mais
se n'est pas fa faute , le pauvre garçon , ¿je
ne dois pas m'en prendre à lui.
Le faux Bourguignon fait une Scene avec la
fauffe Lifette , dans laquelle ils paroiffent également
agitez. Cette Scene eft interrompue par
l'arrivée d'Orgon & de Mario, qui ayant furpris
Bourguignon à fes genoux, lui en font la guerre
a
d'une maniere à la livrer toute entiere à ſon dépit;
fon pere lui ordonne de continuer fon dé→
guifement , pour voir fi l'averfion qu'elle a pour
Dorante continuëra.
Le faux Bourguignon vient renouer avec la
fauffe Lifette la converfation qu'Orgon & Mario
avoient interrompuë. Cette Scene a été generalement
applaudie & a paru la plus intéreffante de
la Piece. Dorante, par un fentiment de probité
ne veut plus abufer la prétendue Sylvia , qui fe
livre un peu trop au faux Dorante; il déclare à la
fauffe Lifette qu'il n'eft que fon valet , & que c'eft
le vrai Dorante qui lui parle actuellement. Il lui
dit que l'amour qu'il a pour elle ne lui permet
plus aucun engagement , & que ne pouvant être
uni avec elle , attendu la diftance des conditions
qui les fépare ; il feroit trop heureux s'il pouvoit
être affuré de fon coeur. Sylvia lui fait efperer cet
amour qu'il lui demande ; cependant , elle ne lui
rend pas confidence pour confidence , fans qu'on
en puifle pénétrer d'autre raifon que celle de faiAVRIL.
1730. 777
te durer la piece , qui n'eft encore qu'à la fin du
fecond Acte : Paffons au troifiéme.
Nous ne nous étendrons pas beaucoup fur ce
dernier Acte. Il ne s'y agit que de fatisfaire la
petite vanité de Sylvia , qui veut que Dorantefo
détermine à l'époufer , malgré la prétendue inégalité
de conditions. Nous n'appuyerons pas
beaucoup fur la jaloufie que Dorante prend au
fujet de Mario ; la Piece n'en a pas befoin pour
aller fon train.
Dans la premiere Scene , Dorante par un fentiment
de probité , ne veut pas que la fauffe Sylvia
foit abufée plus long-temps par un valet déguifé
. Arlequin ne pouvant obtenir de lui qu'il
lui laiffe pouffer fa pointe , lui promet de lui déclarer
fon état , & le prie de ne pas s'opposer à
fa bonne fortune , fi malgre fa qualité de valet ,
elle veut bien confentir à l'épouſer. Dorante
croyant la chofe impoffible , lui promet ce qu'il
lui demande. Lifette a déja obtenu la même grace
de M. Orgon , qui la lui a d'autant plus facilement
accordée , qu'il fçavoit l'égalité des conditions.
Nous paffons le plus promptement qu'il
nous eft poffible à la reconnoiffance réciproque
du valet & de la fervante. Cette Scene contrafte
parfaitement avec celle duMaître & de la Maîtreſſe
que nous avons déja vûë ; fi cette derniere a été
intereffante , celle qui la fuit eft plaifante . Arlequin
& Lifette s'humilient l'un devant l'autre ,
faute de fe connoître ; enfin Lifette , que la modeftie
outrée d'Arlequin commence à faire douter
de quelque chofe, après avoir dit à part: Tant
d'abaiffement n'eft pas naturel; lui dit tout haut:
Pourquoi me dites - vous cela? Arlequin lui avouë
enfin qu'il n'eft que le valet de Dorante, & Life:-
te ne pouvant s'empêcher d'en rire , prend fa revanche
en lui confeffant qu'elle n'eft que la Sui
vante de Sylvia. G Dorante
A
778 MERCURE DE FRANCE
Dorante a encore une tres -belle Scene avec
Sylvia , mais on l'a trouvée inférieure à celle du
fecond Acte. Elle roule fur la jaloufie que Mario
a donnée à Dorante , dont , comme on l'a déja
remarqué , la piece n'avoit prefque que faire.Le
facrifice que Dorante fait à fa prétendue Suivante,
qui eft de confentir à l'époufer , toute Lifette
qu'elle paroît , détermine enfin Sylvia à lui apprendre
tout fon bonheur.
Voicy les remarques qu'on a faites fur cette
Comédie ; nous ne lommes icy que les échos
du Public. On dit , 1 ° . qu'il n'eft pas vrai-femblable
que Sylvia puiffe fe perfuader qu'un butor
tel qu'Arlequin foit ce même Dorante dont on
lui a fait une peinture fi avantageufe. En effet ,
dès la premiere Scene de la piece, Lifette lui parle
ainfi : On dit que votre futur est bien fait , aimable
, de bonne mine, qu'on ne peut pas avoir
plus d'efprit , qu'on ne sçauroit être d'un meilleur
caractere , &c. Sylvia lui répond : L'Utile
& l'agréable fe trouvent dans le portrait que tu
en fais, on dit qu'il lui reffemble . Dans la
Scene fuivante , M. Orgon parle ainfi à fa fille :
Pour moi , je n'ai jamais vu Dorante , il étoit
abfent quand j'étois chez fon pere ; mais, fur
tout le bien qu'on m'en a dit , je ne sçaurois
craindre que vous vous déplaifiez ni l'un ni
l'autre. La feule vue du faux Dorante ne doitelle
pas faire foupçonner du myftere , fur tout à
Sylvia qui fe trouve dans le cas d'un traveftiffement
, dont elle peut facilement foupçonner fon
Prétendu?
2. Arlequin, à t'on dit, ne ſoûtient pas fon ca
ractere par tout ; des chofes tres-jolies fuccedent
à des groffieretés . En effet,peut-on s'imaginer que
celui qui a dit fi maufladement à fon prétendu
Beaupere : Au furplus tous mes pardons font à
*
Votre
AVRIL. 1730. 779
votre fervice , dife fi joliment à la fauffe Sylvia:
Je voudrois bien pouvoir baiser ces petits mots
là les cueillir fur votre bouche avec la
mienne. 3
3°On auroit voulu que le fecondActe eût été le
troifiéme , & l'on croît que cela n'auroit pas été
difficile ; la raifon qui empêche Sylvia de fe découvrir
après avoir appris que Bourguignon eft
Dorante , n'étant qu'une petite vanité , ne fçau
roit excufer fon filence ; d'ailleurs , Dorante &
Sylvia étant les objets principaux de la piece, c'é
toit par leur reconnoiffance qu'elle devoit finir
& non par celle d'Arlequin & de Lifette , qui
ne font que les finges , l'un de fon Maître , l'autre
de fa Maîtreffe. Au refte tout le monde convient
que la Piece eft bien écrite & pleine d'efprit ,
fentiment & de délicateffe.
Fermer
Résumé : Extrait de la Comédie intitulée le Jeu de l'Amour, &c. [titre d'après la table]
Le 23 janvier, les Comédiens Italiens ont présenté la première représentation de la comédie en prose et en trois actes intitulée 'Le Jeu de l'Amour et du Hazard' de Pierre de Marivaux. La pièce a été bien accueillie par le public. L'intrigue commence avec Silvia, fille d'Orgon, qui est mécontente de sa suivante Lisette après que celle-ci a exprimé son désir de se marier. Silvia craint que le mari choisi par son père ne lui convienne pas. Orgon annonce à Silvia que son prétendant, Dorante, doit arriver ce jour-là. Silvia demande à son père de lui permettre d'éprouver Dorante en échangeant leurs rôles avec Lisette. Orgon accepte cette idée. Mario, fils d'Orgon, félicite Silvia pour son prochain mariage, mais elle le quitte pour des affaires plus urgentes. Orgon explique à Mario le projet de Silvia et lui lit une lettre du père de Dorante, qui révèle que Dorante souhaite arriver déguisé en valet. Silvia revient déguisée en Lisette et rencontre Dorante, déguisé en valet. Leur conversation est plaisante et ils commencent à s'attirer mutuellement. Cependant, Silvia est déçue par le comportement d'Arlequin, le valet de Dorante, qui ne correspond pas à l'image qu'elle avait de Dorante. Dans le deuxième acte, Lisette informe Orgon que Dorante est tombé amoureux d'elle. Orgon lui permet de poursuivre sa 'bonne fortune'. Dorante ordonne à Arlequin de se comporter sérieusement. Silvia, toujours déguisée, ordonne à Lisette de se débarrasser du valet brutal. Lisette révèle à Silvia que Bourguignon, le valet de Dorante, l'a prévenue contre son maître, ce qui suscite des soupçons chez Silvia. Dans le troisième acte, Dorante, par probité, révèle son identité à Silvia. Arlequin et Lisette se reconnaissent mutuellement comme valets. Silvia finit par révéler son identité à Dorante, qui accepte de l'épouser malgré les différences de condition. La pièce se termine par la reconnaissance réciproque des personnages. Les critiques notent que certaines scènes sont peu vraisemblables et que le caractère d'Arlequin manque de cohérence. Cependant, la pièce est jugée bien écrite et pleine d'esprit, de sentiment et de délicatesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4944
p. 779-793
Opera de Telemaque, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
Le 24 Mars, l'Académie Royale de Musique remit au Théatre la Tragedie de Telemaque, [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique, Dieux, Dieu, Amour, Coeur, Tragédie, Tragédie de Télémaque, Paix, Autel, Temple
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Opera de Telemaque, Extrait, [titre d'après la table]
Le 24 Mars , l'Académie Royale de Mufique
remit au Théatre la Tragedie de Telemaque ,
dont M. le Chevalier Pellegrin a compofé le
Poëme ; & M. Deftouches , Directeur, de cette.
Académie , a fait la Mufique. Le fuccès que cet
Opera avoit eu en 1714. où il fut donné pour la
premiere fois , fembloit répondre de celui de ta
reprife ; l'attente du Public n'a pas
pée ; les applaudiffemens qu'on a donnez à la p
miere repréfentation de la repriſe continuent.
Tout le monde convient qu'il n'a jamais été fibien
reprefenté. La De Antier n'y fait point regretter
la De Journet, & la Dle Pelliffier égale
au moins la De Heufé, qui avoit joué le rôle
d'Eucharis. Le fieur Chaffé s'eft fait applaudir.
par la maniere dont il a chanté & joué la Scene
d'Adrafte. Le fieur Tribou joue le rôle de Telemad'une
maniere à fe concilier tous les ſuffrages
dont il eft en poffeffion depuis quelques années.
que
Gij Le
80 MERCURE DE FRANCE
Le Ballet eft des plus brillants , & les Des Fres
voft , Camargo Salé n'y laiffent rien à défirer.
Nous avons crû que le Public verroit avec plaiſir
un Extrait de cette Tragedie.
PROLOGUE .
Le Théatre reprefente un lieu que les Arts
viennent de construire & d'orner, par ordre de
Minerve , à l'honneur du Roy qui vient de donner
la paix à l'Europe . On y voit des Trophées .
Minerve & Apollon paroiffent au fond. Minerve
eft fuivie des Vertus des Arts , & Apol
lon eft accompagné des Mufes .
Rien n'eft plus heureux pour un deffein de Prologue,
que de fervir d'Epoque à un grand évenement.
Perfonne n'ignore que la celebre journée
de Denain fut décifive pour la paix , & changea
la face de l'Europe entiere. C'est dans cette vûë
que
Minerve dit :
Que j'aime à porter mes regards
Sur cet amas pompeux d'armes & d'étendards !
D'un Roy que je cheris,tout m'annonce la gloire;
Vous , Apollon ; vous , Filles de mémoire,
Préparez vos chants & vos jeux :
Pour rendre les Mortels heureux
La Paix du haut des Cieux vole après la victoire.
Apollon répond à Minerve , que c'eſt à elle à
ordonner les Jeux, puifqu'il s'agit de celebrer un
Héros qui calme la Terre. Minerve invite Apollon
& les Mufes à chanter les bienfaits d'un Roy
qui en donnant la Paix au monde , les met en liberté
de former des Concerts que le bruit des
Armes
AVRIL. 1730. 781
Armes ne puiffe troubler. Apollon lui fait entendre
qu'il a befoin de l'Amour pour fes tragiques
Jeux ; mais qu'il craint que fa prefence ne bleffe
fes yeux. Minerve lui répond , qu'en faveur de
la Paix , elle confent que l'Amour foit de la fête.
On appelle l'Amour , il defcend des Cieux & té
moigne d'abord fa furprife par ce Vers :
Quoy! Minerve en ce lieu m'appelle !
Minerve lui répond :
Ne prétends pas regner fur elle :
L'Amour lui dit :
C'est
pour fuivre mes loix
que tous les cours
font faits ,
Tout cede à mon pouvoir fuprême ,
Vous feule échappez à des traits
Qui font trembler Jupiter même.
Minerve tire une nouvelle gloire de cette petite
Vanité de l'Amour. Voicy fa réponſe :
Quand je te voi vainqueur du Souverain des
Dieux ,
La gloire de mon nom vole au plus haut des
Cieux :
Que devant toi Jupiter tremble ,
C'eft un nouvel éclat pour moi.
Tu triomphes de lui ; je triomphe de toi ,
N'est- ce pas triompher de tous les Dieux enfemble
Gij L'Amour
82 MERCURE DE FRANCE
L'Amour ne veut pas pouffer la rancune plus
loin , & finit cette petite altercation par ces deux
Vers :
Il eft temps d'embellir
ces lieux ;
La Paix doit réunir les Mortels & les Dieux.
Après la Fête , Minerve annonce la Tragédie
qu'elle fouhaite voir , par ces quatre Vers adref→
fez à Apollon & aux Muſes.
Rappellez Telemaque à la clarté du jour
Au ravage des ans , dérobez fa memoire
Mais ne le livrez à l'Amour ,
Que pour faire éclater fa gloire.
ACTE I.
>
Le Théatre représente l'Ile d'Ogygie. On y
voit des Palais renversez par des inondations ;
un côté du Temple de Neptune que les flots
ont respecté.
Eucharis ouvre la Scene par un court Monologue
qui fait allufion aux ravages que Neptune
irrité, exerce fur l'Ile d'Ogygie. Cleone, fa Confidente
, vient lui demander d'où peuvent naître
fes nouvelles plaintes ; Eucharis lui découvre fa
foibleffe pour un Inconnu qui a fait naufrage
après elle fur ces funeftes bords ; voici comment
elle fait cette expofition.
Tu fus témoin du trouble de mes fens ,
Quand ce jeune Etranger , par la fureur des vents,
Fit naufrage fur cette Rive ;
Ses yeux étoient fermez à la clarté du jour ;
Déja fon ame fugitive ,
Etoit
AVRIL. 1730. 783
Etoit prête à defcendre au tenebreux féjour ;
Cleone , quel objet ! que j'en fus attendrie !
Envain à mon fecours j'appellai ma fierté ;
Je ne pus lui rendre la vie ,
Qu'aux dépens de ma liberté.
Cet amour d'Eucharis pour un Inconnu , donne
lieu à Cleone de lui repréſenter qu'elle doit fe
fouvenir qu'elle eft du Sang des Rols ; elle l'invite à
laiffer toujours ignorer qu'elleeft fille d'Idomenée,
d'autant plus queNeptune eft ennemi de ce malheureux
Roi de Crete , & qu'elle feroit perdue fi l'ont
venoit à fçavoir qu'elle eft d'un Sang odieux à ce
Dieu terrible, dont on cherche à appaifer le courroux
; elle voit paroître Calypfo , & prie fa Princeffe
de cacher toujours fon veritable nom d'An
tiope , fous le nom emprunté d'Eucharis.
Calypfo fort toute éperdue du Temple de Nepune
; elle dit à Eucharis que rien ne peut calmer
ce Dieu vengeur ; qu'il vient de lui faire entendre
fon crime, qui eft d'avoir laiffé partir Uliffe, dont
il lui avoit demandé le fang ; elle ajoûte que ce
Dieu cruel perfifte à lui demander fa Victime ,
quoiqu'elle ne foit plus en fon pouvoir ; elle apprend
à Eucharis que ce qui l'avoit encore plus
portée à defobéir à Neptune, & à renvoyer Uliffe
à Itaque , c'eft qu'elle commençoit à fentir une
pitié trop tendre pour ce Heros , quoique les Enfers
lui euffent prédit qu'elle feroit très -malheu
reufe , fi jamais elle livroit fon coeur à l'Amour.
Eucharis lui fait efperer qu'après avoir détourné
les préfages des Enfers , elle pourra parvenir
appailer les Dieux , ce qui oblige Calypſo à lui
découvrir fes nouvelles frayeurs par ces Vers :
Un fonge... ah ! je fremis quand je me le rappelle
Giiij Je
784 MERCURE DE FRANCE
Je l'ai vu ce Heros que Neptune pourfuit ,
Je l'ai vu fur ces bords: une troupe cruelle
L'alloit précipiter dans l'éternelle nuit :
Il n'étoit plus armé d'une auſtere ſageffe ;
L'Amour qui voloit fur fes pas
De la plus brillante jeuneffe ,
Sembloit lui prêter les
appas.
Far un charme inconnu contrainte à le deffendre,
J'ai détourné le fer
vengeur ;
Helas ! pour prix d'un foin fi tendre ,
Le cruel m'a percé le coeur.
Adrafte vient faire une defcription des ravages
qui défolent l'Empire de Calypfo ; il s'en plaint
d'autant plus , qu'ils different fon Hymen avec
elle , arrêté par Athlas , pere de cette Reine . Ca→
Jypfo l'oblige à la quitter pour confulter les Enfers
fur les moyens qu'elle pourra prendre pour
fatisfaire Neptune. Quelques Critiques feveres ont
trouvé qu'une Fête magique ne devoit pas être
dans un premier Acte , fondez fur la feule raiſon
qu'il n'y en a point de pareille dans aucun premier
Acte d'Opera ; mais les Partiſans de cette
Tragedie ont répondu , que le deffaut d'exemples
n'eft pas une regle exclufive , à quoi ils ont ajoûté
que cette Fête eft plutôt une confultation d'Oracles,
qu'une Magie ordinaire ; en effet Calypfo le
fait entendre par ces deux Vers.
Mais comment de Neptune appaiſer la colere ?
L'Enfer peut me le reveler.
Le Muficien eft parfaitement bien entré dans
l'efprit du Poëte , par la maniere dont il a traité
cette
AVRIL. 1730. 785
cette Fête ; elle eft plus vive que terrible , & la
joye barbare des Démons y eft parfaitement cafacterifée.
Voici le réfultat de la Fête .
Calypfo aux Démons .
Neptune fur ces bords demande un facrifice
Je ne puis l'appaiſer à moins du ſang d'Uliffe ;
Ce fang n'eſt plus en mon pouvoir.
Choeur.
Dreffe l'Autel , fais ton devoir ;
Tu ne peux balancer ſans crime.
Calypfo.
Où dois-je chercher la Victime
Choeur.
Neptune y va pourvoir.
Calypfo fe détermine à executer ce que les Eas
fers confultez lui preſcrivent , & finit ce premier
Acte par ces deux Vers :-
La plus aveugle obéiffance ,
Eft la plus agréable aux Dieux .
Le Théatre reprefente au deuxième Acte le Tem
ple de Neptune. On y voit un Autel dreffé .
Telemaque fait entendre à Idas , fon Confident,
que les dangers continuels où fon pere eft exposé
par le courroux de Neptune , lui font une loi indifpenfable
de venir au moins joindre fes voeux
au pompeux facrifice qu'on va celebrer
sher ce terrible Dieu des flots. Idas lui reproche
Gy fon
pour cal786
MERCURE DE FRANCE
fon amour pour Eucharis , malgré le choix que
Minerve , fa Protectrice , a fait d'Antíope pour
être un jour fon Epoufe. Télemaque ne peut
vaincre fa foibleffe , il fait connoître à Idas qu'Eu--
charis ne répond pas à fon amour.
Eucharis vient féliciter Télemaque de l'heu
reux fuccès qu'on efpere du facrifice qu'on va
offrir à Neptune , après lequel il pourra partir de
ce fatal Rivage , au lieu que l'efclavage où Calypfo
la réduit ne peut finir que par la mort. Telemaque
lui promet de rompre fes fers par le fecours des
Sujets de fon pere , dont les Vaiffeaux difperfez
viendront le joindre ; il lui apprend qu'il eft fils.
d'Uliffe , à ce nom d'Uliffe Eucharis frémit ;
Télemaque lui demande le fujet de fa frayeur ;.
Eucharis le lui explique par ces Vers :
Neptune en courroux ,
Veut que le fang d'Uliffe aujourd'hui fe répande ;
Ah ! c'eft le vôtre qu'il demande ;
Et ce barbare Autel n'eft dreffé que pour vous.
Cette Scene a paru très-intereffante , quoique
la Parodic ait voulu faire entendre que Telemaque
fe livroit fans raifon à une mort qui peut-être
ne fauveroit pas fon pere ; ceux qui fçavent
que l'amour filial fait le caractère dominant
de Telemaque , n'ont eu garde de le blâmer
de ce dévouement volontaire , en faveur duquel
Neptune calme fa colere , comme on le verra
dans l'Acte fuivant ; Eucharis voyant approcher
Calypfo avec les Miniftres de Neptune , preffe
plus que jamais Telemaque de fe retirer ; elle fe
flatte de l'y réfoudre par l'aveu de fon amour
pour lui , Telemaque ne la fuit que pour empêcher
qu'elle ne fe livre à fon defefpoir, & revient
Pour être facrifié à Neptune , il déclare a Calypfo
qu'il
AVRIL . 1730. 787
qu'il eft fils d'Uliffe . Cette Reine attentive à exami
ñer fes traits , reconnoît en lui cet Uliffe rajeuni
qu'elle a vû en fonge; elle s'attendrit par degrez &
Parrache enfin de l'Autel, malgré les menaces des
Prêtres de Neptune & les remontrances d'Adrafte..
Au troifiéme Acte le Théatre reprefente un
Defert, Adrafte irrité de l'Amour de Calypfo pour
Telemaque , exprime fon defeſpoir . Il demande à
Arcas ,fon Confident , s'il a tout préparé pour
fa vengeance ; Arcas lui répond que fes amis s'affemblent
& viendront bien- tôt le joindre; il tâche
pourtan: de le détourner d'un projet, où vrai-femblablement
il doit périr , attendu le violent amour
que la Reine à pris pour Telemaque ; Adrafte lut
que le Peuple & les Dieux font pour lui. dit
Adrafte reproche à Calypfo le nouvel outrage
qu'elle vient de faire à Neptune ; Calypfo lui rẻ-
pond que fa fureur a fait place à fa pitié , &
qu'elle a fait ce qu'elle a dû ; Adrafte lui dic , en
parlant de Telemaque :
Non , la feule pitié ,
N'a pas pour lui démandé grace.
Ce dernier reproche irrite Calypfo ; la Scène
devient très-vive de part & d'autre„& finit par
ce Duo.
Enfemble.
Le dépit , la haîné & la rage ,
Vengerons ce mortel outrage ;
Tremblez , & c .
Adrafte. Calypfo.
Ensemble.
Tremblez pour lui ; tremblez pour vous..
Tremblez ; redoutez mon courroux.-
G. vj Eu88
MERCURE DE FRANCE
Eucharis vient annoncer à Calypfo , que la fou
miffion de Telemaque a défarmé la colere de Nep .
& que les Miniftres de ce Dieu irrité vien →
nent de l'annoncer au Peuple ; Calypſo ſe défiant
toûjours de Neptune , s'explique ainfi :
tune ,
Je vois trop ce qu'il médite ,
1
Lorfqu'il nous rend le repos ;
Et le trouble qui m'agite ,
Le venge mieux que fes flots.
Dans cette Scene , Calipfo fait connoître for
amour à Eucharis , qui lui rappelle les malheurs
dont les Enfers l'ont menacée, fi jamais elle vient
à aimer ; elle la preffe de combattre fon amour
Calypfo lui répond :
Tout l'Enfer m'obeït , je regne dans les Airs ,
Je fais gronder la Foudre & briller les Eclairs ;
Le jour quand il me plaît fe change en nuit obfcure
;
Le Ciel même eft foumis à mon pouvoir vain◄
queur ;
Mon Art donne des loix à toute la Nature ;
Mais l'Amour en donne à mon coeur.
Telemaque , mandé par Calypfo, vient , elle lui ✨
témoigne la joye qu'elle a de voir fes jours deformais
en fureté ; Telemaque lui fait connoître que
le calme qui regne fur ces Bords ne regne pas
dans fon coeur. Calypfo attribuant cette inquietude
à un defir fecret qu'il a de revoir Itaque , ordonne
aux Démons d'embellir ces lieux , les Démons
obéiffent , & font une Fête pour amolir
le coeur de ce jeune Heros ; après la Fête qu'on
1
་
AVRIL. 1730. 789
د
a trouvée trés-brillante , Calypfo demande à Te
lemaque fi un féjour fi charmant ne fera pas ca
pable de l'arrêter ; Telemaque lui répond d'une
maniere qui lui fait prendre le change , voici les
Vers qui produifent cet équivoque ; il faut fuppofer
Eucharis prefente.
Telemaque.
Mes yeux font enchantez; je ne m'en deffends pas
Mais pour bien gouter tant d'appas ,
Mon coeur n'eft pas affez tranquille.
Calypfo.
Vous n'êtes pas tranquille en ce charmant
féjour !
A ce trouble fecret , je reconnois l'Amour.
Telemaque à part.
Vous auriez pénétré ... Dieux ! que lui vais -je
apprendre ?
Calypfo.
On penetre aifément les fecrets d'un coeur tendre.
Telemaque .
Le deſtin de mes feux eft en votre pouvoir.
Calypso.
Au Temple de l'Amour , hâtez-vous de vous
rendre ,
Prince , ce jour vous fera voir ,
Qu'au plus parfait bonheur votre coeur doit
prétendre ,
Eucharis
790 MERCURE DE FRANCE
"
Eucharis aura foin de vous le faire entendre.
Telemaque à part.
Dieux , ne trompez pas mon eſpoir.
Au quatriéme Acte où on voit le Temple de
P'Amour, Eucharis chargée par Calypfo de parler
à Telemaque de l'amour que cette Reine a pour lui
exprime fa fituation par ce Monologue.
Lieux facrez , où l'Amour reçoit für fes Autels ,-
L'hommage de tous les Mortels ,
Voyez mon trifte fort ; je perds tout ce que
: j'aime ,
Et je viens à l'Amour immoler l'Amour même
, & c.
Elle fe détermine à cacher fa naiffance à Telemaque
, pour le mieux difpofer en faveur d'une
grande Reine. Elle finit fon Monologue par cesdeux
Vers :
Il vient. Pour lui fauver le jour ,
Immolons à la fois ma gloire & mon amour.
La Scene fuivante , qui eft entre Telemaque &
Eucharis, a paru très intereffante; Eucharis voyant.
approcher Calypfo , prie Telemaque de feindre au
moins ; ce Prince vertueux & digne de la protection
de Minerve, lui répond ,
Quoi ! d'un détour fi bas vous me croyez capable
!
Elle a fauvé mes jours , je ferois trop 'coupable
Fuyons-la , je ne puis la tromper ni l'aimer.
La
AVRIL. 1730 . 791
La troifiéme Scene n'a pas fait moins de plai-
-fir que les deux précedentes ; Calypfo furprife de
la fuite de Telemaque, commence à le foupçonner
d'ingratitude ; Eucharis a beau lui dire que ce-
- Prince ne fçauroit jamais oublier,fans ingratitude,
qu'elle lui a ſauvé la vie , elle lui répond :
Il peut avoir pour moi de la reconnoiffance ,
Et n'en être pas moins ingrat.
- Elle fe rappelle que Telemaque lui a paru amou
reux , d'ou elle conclut qu'elle a donc une Rivale;
Voici comment elle s'exprime ::
Ah ! fi jamais l'Amour jaloux ,
De mon coeur malheureux s'empare ,
Qu'il tremble , au feul bruit de mes coups ,
Je remplirai d'effroi l'Averne & le Tenare ;
L'Amour eft plus cruel que l'Enfer en courroux,
Quand on l'ofe forcer à devenir barbare.
La cruelle incertitude où fe trouve Calypfo , lat
porte à confulter l'Amour fur le fort qu'elle doit
attendre , ce qui produit une . Fête très - galante ,
nous en fupprimons le détail , pour ne point
quitter le fil de Faction. La Grande- Prêtreffe de
Amour prononce cet Oracle à Calypfo :
Minerve a difpofé du fort de Telemaque ;
Antiope avec lui doit regner fur Itaque.
Cet Oracle defefperant pour Calypfo , eft ſuivi
d'un coup encore plus terrible ; Adrafte mortellement
bleffé par Telemaque , vient lui annoncer
que ce Prince aime Eucharis , & finit par ces Vers :
Mon
192 MERCURE DE FRANCE
Mon tourment finit & le vôtre commence :
Du coup qui m'a frappé , je fens moins la rigueurs
J'avois perdu l'espoir de ma vengeance ,
Je la laiffe en mourant au fond de votre coeur."
On voit à la Décoration du cinquiéme Acte le
Port d'Ogygie ; Calypfo en fureur le détermine à
perdre fa Rivale. Elle dit à Telemaque qu'il pèut
partir & qu'elle eft inftruite des deffeins queMinerve
a formez fur lui ; Telemaque foupire de doufeur
, Calypfo lui reproche fon indigne amour
pour une vile Eſclave,& fon ingratitude pour une
Reineimmortelle , par ces Vers , qui rappellent co
qui s'eft paffé dans les premiers Actes :
Ton coeur gémit ! quel indigne langage !
Dans les fers d'une Efclave un tendre amour t’en→
gage !
Du moins fi cet amour ... Dieux ! quel eft mox
malheur !
Dieu des flots, noirs Enfers , fonge rempli d'hor
reur
Votre menace eft accomplie ; -
Je t'aime , tu me hais : je t'ai fauvé la vie ;
Cruel , tu me perces le coeur.
Telemaque mortellement frappé des menaces de
Calypfo , preffe Eucharis de fe fauver , s'il eſt
poffible. Cette Scene a été trouvée la plus intereflante
de la Piece , & a fait verfer des larmes
en voici la fin.
Eucharis.
Par ces triftes adieux, c'eft trop nous attendrir.
partez
AVRIL 793 1730.
Partez ; au nom d'Uliffe , au nom de Penelope ;
Au nom de vos heureux Sujets ,
Parmi de fi tendres objets
Je n'ofe nommer Antiope.
Telemaque.
Demeurez, Eucharis ; quel nom prononcez-vous ?
Antiope ! non , non ; une auguſte Immortelle
Veut en vain m'unir avec elle ;
Je ne puis être fon Epoux.
Eucharis.
Dieux , la réſerviez- vous à ce bonheur extréme
Telemaqué.
Non ; faut-il qu'un ferment raffure vos eſprits
Dieux , armez contre moi votre pouvoir fupréme
Si jamais ...
Eucharis.
Arrêtez ; c'eft Antiope même ,
Que vous aimez dans Eucharis
Les Vaiffeaux de Telemaque viennent à ſon ſe→
cours ; Minerve combat pour eux ; leur victoire
donne lieu à une Fête marine. Minerve apprend à
Calypfo qu'Eucharis eft Antiope. Elle ordonne
aux Zephirs de tranfporter ces deux Amans à
Itaque. Calypfo au defefpoir , biafphême contre
les Dieux qui foudroyent & engloutiffent ſon Iſle
La Piece finit par ce Vers de Calypfo :
Dieux , en me puniffant vous ſervez ma fureur.
remit au Théatre la Tragedie de Telemaque ,
dont M. le Chevalier Pellegrin a compofé le
Poëme ; & M. Deftouches , Directeur, de cette.
Académie , a fait la Mufique. Le fuccès que cet
Opera avoit eu en 1714. où il fut donné pour la
premiere fois , fembloit répondre de celui de ta
reprife ; l'attente du Public n'a pas
pée ; les applaudiffemens qu'on a donnez à la p
miere repréfentation de la repriſe continuent.
Tout le monde convient qu'il n'a jamais été fibien
reprefenté. La De Antier n'y fait point regretter
la De Journet, & la Dle Pelliffier égale
au moins la De Heufé, qui avoit joué le rôle
d'Eucharis. Le fieur Chaffé s'eft fait applaudir.
par la maniere dont il a chanté & joué la Scene
d'Adrafte. Le fieur Tribou joue le rôle de Telemad'une
maniere à fe concilier tous les ſuffrages
dont il eft en poffeffion depuis quelques années.
que
Gij Le
80 MERCURE DE FRANCE
Le Ballet eft des plus brillants , & les Des Fres
voft , Camargo Salé n'y laiffent rien à défirer.
Nous avons crû que le Public verroit avec plaiſir
un Extrait de cette Tragedie.
PROLOGUE .
Le Théatre reprefente un lieu que les Arts
viennent de construire & d'orner, par ordre de
Minerve , à l'honneur du Roy qui vient de donner
la paix à l'Europe . On y voit des Trophées .
Minerve & Apollon paroiffent au fond. Minerve
eft fuivie des Vertus des Arts , & Apol
lon eft accompagné des Mufes .
Rien n'eft plus heureux pour un deffein de Prologue,
que de fervir d'Epoque à un grand évenement.
Perfonne n'ignore que la celebre journée
de Denain fut décifive pour la paix , & changea
la face de l'Europe entiere. C'est dans cette vûë
que
Minerve dit :
Que j'aime à porter mes regards
Sur cet amas pompeux d'armes & d'étendards !
D'un Roy que je cheris,tout m'annonce la gloire;
Vous , Apollon ; vous , Filles de mémoire,
Préparez vos chants & vos jeux :
Pour rendre les Mortels heureux
La Paix du haut des Cieux vole après la victoire.
Apollon répond à Minerve , que c'eſt à elle à
ordonner les Jeux, puifqu'il s'agit de celebrer un
Héros qui calme la Terre. Minerve invite Apollon
& les Mufes à chanter les bienfaits d'un Roy
qui en donnant la Paix au monde , les met en liberté
de former des Concerts que le bruit des
Armes
AVRIL. 1730. 781
Armes ne puiffe troubler. Apollon lui fait entendre
qu'il a befoin de l'Amour pour fes tragiques
Jeux ; mais qu'il craint que fa prefence ne bleffe
fes yeux. Minerve lui répond , qu'en faveur de
la Paix , elle confent que l'Amour foit de la fête.
On appelle l'Amour , il defcend des Cieux & té
moigne d'abord fa furprife par ce Vers :
Quoy! Minerve en ce lieu m'appelle !
Minerve lui répond :
Ne prétends pas regner fur elle :
L'Amour lui dit :
C'est
pour fuivre mes loix
que tous les cours
font faits ,
Tout cede à mon pouvoir fuprême ,
Vous feule échappez à des traits
Qui font trembler Jupiter même.
Minerve tire une nouvelle gloire de cette petite
Vanité de l'Amour. Voicy fa réponſe :
Quand je te voi vainqueur du Souverain des
Dieux ,
La gloire de mon nom vole au plus haut des
Cieux :
Que devant toi Jupiter tremble ,
C'eft un nouvel éclat pour moi.
Tu triomphes de lui ; je triomphe de toi ,
N'est- ce pas triompher de tous les Dieux enfemble
Gij L'Amour
82 MERCURE DE FRANCE
L'Amour ne veut pas pouffer la rancune plus
loin , & finit cette petite altercation par ces deux
Vers :
Il eft temps d'embellir
ces lieux ;
La Paix doit réunir les Mortels & les Dieux.
Après la Fête , Minerve annonce la Tragédie
qu'elle fouhaite voir , par ces quatre Vers adref→
fez à Apollon & aux Muſes.
Rappellez Telemaque à la clarté du jour
Au ravage des ans , dérobez fa memoire
Mais ne le livrez à l'Amour ,
Que pour faire éclater fa gloire.
ACTE I.
>
Le Théatre représente l'Ile d'Ogygie. On y
voit des Palais renversez par des inondations ;
un côté du Temple de Neptune que les flots
ont respecté.
Eucharis ouvre la Scene par un court Monologue
qui fait allufion aux ravages que Neptune
irrité, exerce fur l'Ile d'Ogygie. Cleone, fa Confidente
, vient lui demander d'où peuvent naître
fes nouvelles plaintes ; Eucharis lui découvre fa
foibleffe pour un Inconnu qui a fait naufrage
après elle fur ces funeftes bords ; voici comment
elle fait cette expofition.
Tu fus témoin du trouble de mes fens ,
Quand ce jeune Etranger , par la fureur des vents,
Fit naufrage fur cette Rive ;
Ses yeux étoient fermez à la clarté du jour ;
Déja fon ame fugitive ,
Etoit
AVRIL. 1730. 783
Etoit prête à defcendre au tenebreux féjour ;
Cleone , quel objet ! que j'en fus attendrie !
Envain à mon fecours j'appellai ma fierté ;
Je ne pus lui rendre la vie ,
Qu'aux dépens de ma liberté.
Cet amour d'Eucharis pour un Inconnu , donne
lieu à Cleone de lui repréſenter qu'elle doit fe
fouvenir qu'elle eft du Sang des Rols ; elle l'invite à
laiffer toujours ignorer qu'elleeft fille d'Idomenée,
d'autant plus queNeptune eft ennemi de ce malheureux
Roi de Crete , & qu'elle feroit perdue fi l'ont
venoit à fçavoir qu'elle eft d'un Sang odieux à ce
Dieu terrible, dont on cherche à appaifer le courroux
; elle voit paroître Calypfo , & prie fa Princeffe
de cacher toujours fon veritable nom d'An
tiope , fous le nom emprunté d'Eucharis.
Calypfo fort toute éperdue du Temple de Nepune
; elle dit à Eucharis que rien ne peut calmer
ce Dieu vengeur ; qu'il vient de lui faire entendre
fon crime, qui eft d'avoir laiffé partir Uliffe, dont
il lui avoit demandé le fang ; elle ajoûte que ce
Dieu cruel perfifte à lui demander fa Victime ,
quoiqu'elle ne foit plus en fon pouvoir ; elle apprend
à Eucharis que ce qui l'avoit encore plus
portée à defobéir à Neptune, & à renvoyer Uliffe
à Itaque , c'eft qu'elle commençoit à fentir une
pitié trop tendre pour ce Heros , quoique les Enfers
lui euffent prédit qu'elle feroit très -malheu
reufe , fi jamais elle livroit fon coeur à l'Amour.
Eucharis lui fait efperer qu'après avoir détourné
les préfages des Enfers , elle pourra parvenir
appailer les Dieux , ce qui oblige Calypſo à lui
découvrir fes nouvelles frayeurs par ces Vers :
Un fonge... ah ! je fremis quand je me le rappelle
Giiij Je
784 MERCURE DE FRANCE
Je l'ai vu ce Heros que Neptune pourfuit ,
Je l'ai vu fur ces bords: une troupe cruelle
L'alloit précipiter dans l'éternelle nuit :
Il n'étoit plus armé d'une auſtere ſageffe ;
L'Amour qui voloit fur fes pas
De la plus brillante jeuneffe ,
Sembloit lui prêter les
appas.
Far un charme inconnu contrainte à le deffendre,
J'ai détourné le fer
vengeur ;
Helas ! pour prix d'un foin fi tendre ,
Le cruel m'a percé le coeur.
Adrafte vient faire une defcription des ravages
qui défolent l'Empire de Calypfo ; il s'en plaint
d'autant plus , qu'ils different fon Hymen avec
elle , arrêté par Athlas , pere de cette Reine . Ca→
Jypfo l'oblige à la quitter pour confulter les Enfers
fur les moyens qu'elle pourra prendre pour
fatisfaire Neptune. Quelques Critiques feveres ont
trouvé qu'une Fête magique ne devoit pas être
dans un premier Acte , fondez fur la feule raiſon
qu'il n'y en a point de pareille dans aucun premier
Acte d'Opera ; mais les Partiſans de cette
Tragedie ont répondu , que le deffaut d'exemples
n'eft pas une regle exclufive , à quoi ils ont ajoûté
que cette Fête eft plutôt une confultation d'Oracles,
qu'une Magie ordinaire ; en effet Calypfo le
fait entendre par ces deux Vers.
Mais comment de Neptune appaiſer la colere ?
L'Enfer peut me le reveler.
Le Muficien eft parfaitement bien entré dans
l'efprit du Poëte , par la maniere dont il a traité
cette
AVRIL. 1730. 785
cette Fête ; elle eft plus vive que terrible , & la
joye barbare des Démons y eft parfaitement cafacterifée.
Voici le réfultat de la Fête .
Calypfo aux Démons .
Neptune fur ces bords demande un facrifice
Je ne puis l'appaiſer à moins du ſang d'Uliffe ;
Ce fang n'eſt plus en mon pouvoir.
Choeur.
Dreffe l'Autel , fais ton devoir ;
Tu ne peux balancer ſans crime.
Calypfo.
Où dois-je chercher la Victime
Choeur.
Neptune y va pourvoir.
Calypfo fe détermine à executer ce que les Eas
fers confultez lui preſcrivent , & finit ce premier
Acte par ces deux Vers :-
La plus aveugle obéiffance ,
Eft la plus agréable aux Dieux .
Le Théatre reprefente au deuxième Acte le Tem
ple de Neptune. On y voit un Autel dreffé .
Telemaque fait entendre à Idas , fon Confident,
que les dangers continuels où fon pere eft exposé
par le courroux de Neptune , lui font une loi indifpenfable
de venir au moins joindre fes voeux
au pompeux facrifice qu'on va celebrer
sher ce terrible Dieu des flots. Idas lui reproche
Gy fon
pour cal786
MERCURE DE FRANCE
fon amour pour Eucharis , malgré le choix que
Minerve , fa Protectrice , a fait d'Antíope pour
être un jour fon Epoufe. Télemaque ne peut
vaincre fa foibleffe , il fait connoître à Idas qu'Eu--
charis ne répond pas à fon amour.
Eucharis vient féliciter Télemaque de l'heu
reux fuccès qu'on efpere du facrifice qu'on va
offrir à Neptune , après lequel il pourra partir de
ce fatal Rivage , au lieu que l'efclavage où Calypfo
la réduit ne peut finir que par la mort. Telemaque
lui promet de rompre fes fers par le fecours des
Sujets de fon pere , dont les Vaiffeaux difperfez
viendront le joindre ; il lui apprend qu'il eft fils.
d'Uliffe , à ce nom d'Uliffe Eucharis frémit ;
Télemaque lui demande le fujet de fa frayeur ;.
Eucharis le lui explique par ces Vers :
Neptune en courroux ,
Veut que le fang d'Uliffe aujourd'hui fe répande ;
Ah ! c'eft le vôtre qu'il demande ;
Et ce barbare Autel n'eft dreffé que pour vous.
Cette Scene a paru très-intereffante , quoique
la Parodic ait voulu faire entendre que Telemaque
fe livroit fans raifon à une mort qui peut-être
ne fauveroit pas fon pere ; ceux qui fçavent
que l'amour filial fait le caractère dominant
de Telemaque , n'ont eu garde de le blâmer
de ce dévouement volontaire , en faveur duquel
Neptune calme fa colere , comme on le verra
dans l'Acte fuivant ; Eucharis voyant approcher
Calypfo avec les Miniftres de Neptune , preffe
plus que jamais Telemaque de fe retirer ; elle fe
flatte de l'y réfoudre par l'aveu de fon amour
pour lui , Telemaque ne la fuit que pour empêcher
qu'elle ne fe livre à fon defefpoir, & revient
Pour être facrifié à Neptune , il déclare a Calypfo
qu'il
AVRIL . 1730. 787
qu'il eft fils d'Uliffe . Cette Reine attentive à exami
ñer fes traits , reconnoît en lui cet Uliffe rajeuni
qu'elle a vû en fonge; elle s'attendrit par degrez &
Parrache enfin de l'Autel, malgré les menaces des
Prêtres de Neptune & les remontrances d'Adrafte..
Au troifiéme Acte le Théatre reprefente un
Defert, Adrafte irrité de l'Amour de Calypfo pour
Telemaque , exprime fon defeſpoir . Il demande à
Arcas ,fon Confident , s'il a tout préparé pour
fa vengeance ; Arcas lui répond que fes amis s'affemblent
& viendront bien- tôt le joindre; il tâche
pourtan: de le détourner d'un projet, où vrai-femblablement
il doit périr , attendu le violent amour
que la Reine à pris pour Telemaque ; Adrafte lut
que le Peuple & les Dieux font pour lui. dit
Adrafte reproche à Calypfo le nouvel outrage
qu'elle vient de faire à Neptune ; Calypfo lui rẻ-
pond que fa fureur a fait place à fa pitié , &
qu'elle a fait ce qu'elle a dû ; Adrafte lui dic , en
parlant de Telemaque :
Non , la feule pitié ,
N'a pas pour lui démandé grace.
Ce dernier reproche irrite Calypfo ; la Scène
devient très-vive de part & d'autre„& finit par
ce Duo.
Enfemble.
Le dépit , la haîné & la rage ,
Vengerons ce mortel outrage ;
Tremblez , & c .
Adrafte. Calypfo.
Ensemble.
Tremblez pour lui ; tremblez pour vous..
Tremblez ; redoutez mon courroux.-
G. vj Eu88
MERCURE DE FRANCE
Eucharis vient annoncer à Calypfo , que la fou
miffion de Telemaque a défarmé la colere de Nep .
& que les Miniftres de ce Dieu irrité vien →
nent de l'annoncer au Peuple ; Calypſo ſe défiant
toûjours de Neptune , s'explique ainfi :
tune ,
Je vois trop ce qu'il médite ,
1
Lorfqu'il nous rend le repos ;
Et le trouble qui m'agite ,
Le venge mieux que fes flots.
Dans cette Scene , Calipfo fait connoître for
amour à Eucharis , qui lui rappelle les malheurs
dont les Enfers l'ont menacée, fi jamais elle vient
à aimer ; elle la preffe de combattre fon amour
Calypfo lui répond :
Tout l'Enfer m'obeït , je regne dans les Airs ,
Je fais gronder la Foudre & briller les Eclairs ;
Le jour quand il me plaît fe change en nuit obfcure
;
Le Ciel même eft foumis à mon pouvoir vain◄
queur ;
Mon Art donne des loix à toute la Nature ;
Mais l'Amour en donne à mon coeur.
Telemaque , mandé par Calypfo, vient , elle lui ✨
témoigne la joye qu'elle a de voir fes jours deformais
en fureté ; Telemaque lui fait connoître que
le calme qui regne fur ces Bords ne regne pas
dans fon coeur. Calypfo attribuant cette inquietude
à un defir fecret qu'il a de revoir Itaque , ordonne
aux Démons d'embellir ces lieux , les Démons
obéiffent , & font une Fête pour amolir
le coeur de ce jeune Heros ; après la Fête qu'on
1
་
AVRIL. 1730. 789
د
a trouvée trés-brillante , Calypfo demande à Te
lemaque fi un féjour fi charmant ne fera pas ca
pable de l'arrêter ; Telemaque lui répond d'une
maniere qui lui fait prendre le change , voici les
Vers qui produifent cet équivoque ; il faut fuppofer
Eucharis prefente.
Telemaque.
Mes yeux font enchantez; je ne m'en deffends pas
Mais pour bien gouter tant d'appas ,
Mon coeur n'eft pas affez tranquille.
Calypfo.
Vous n'êtes pas tranquille en ce charmant
féjour !
A ce trouble fecret , je reconnois l'Amour.
Telemaque à part.
Vous auriez pénétré ... Dieux ! que lui vais -je
apprendre ?
Calypfo.
On penetre aifément les fecrets d'un coeur tendre.
Telemaque .
Le deſtin de mes feux eft en votre pouvoir.
Calypso.
Au Temple de l'Amour , hâtez-vous de vous
rendre ,
Prince , ce jour vous fera voir ,
Qu'au plus parfait bonheur votre coeur doit
prétendre ,
Eucharis
790 MERCURE DE FRANCE
"
Eucharis aura foin de vous le faire entendre.
Telemaque à part.
Dieux , ne trompez pas mon eſpoir.
Au quatriéme Acte où on voit le Temple de
P'Amour, Eucharis chargée par Calypfo de parler
à Telemaque de l'amour que cette Reine a pour lui
exprime fa fituation par ce Monologue.
Lieux facrez , où l'Amour reçoit für fes Autels ,-
L'hommage de tous les Mortels ,
Voyez mon trifte fort ; je perds tout ce que
: j'aime ,
Et je viens à l'Amour immoler l'Amour même
, & c.
Elle fe détermine à cacher fa naiffance à Telemaque
, pour le mieux difpofer en faveur d'une
grande Reine. Elle finit fon Monologue par cesdeux
Vers :
Il vient. Pour lui fauver le jour ,
Immolons à la fois ma gloire & mon amour.
La Scene fuivante , qui eft entre Telemaque &
Eucharis, a paru très intereffante; Eucharis voyant.
approcher Calypfo , prie Telemaque de feindre au
moins ; ce Prince vertueux & digne de la protection
de Minerve, lui répond ,
Quoi ! d'un détour fi bas vous me croyez capable
!
Elle a fauvé mes jours , je ferois trop 'coupable
Fuyons-la , je ne puis la tromper ni l'aimer.
La
AVRIL. 1730 . 791
La troifiéme Scene n'a pas fait moins de plai-
-fir que les deux précedentes ; Calypfo furprife de
la fuite de Telemaque, commence à le foupçonner
d'ingratitude ; Eucharis a beau lui dire que ce-
- Prince ne fçauroit jamais oublier,fans ingratitude,
qu'elle lui a ſauvé la vie , elle lui répond :
Il peut avoir pour moi de la reconnoiffance ,
Et n'en être pas moins ingrat.
- Elle fe rappelle que Telemaque lui a paru amou
reux , d'ou elle conclut qu'elle a donc une Rivale;
Voici comment elle s'exprime ::
Ah ! fi jamais l'Amour jaloux ,
De mon coeur malheureux s'empare ,
Qu'il tremble , au feul bruit de mes coups ,
Je remplirai d'effroi l'Averne & le Tenare ;
L'Amour eft plus cruel que l'Enfer en courroux,
Quand on l'ofe forcer à devenir barbare.
La cruelle incertitude où fe trouve Calypfo , lat
porte à confulter l'Amour fur le fort qu'elle doit
attendre , ce qui produit une . Fête très - galante ,
nous en fupprimons le détail , pour ne point
quitter le fil de Faction. La Grande- Prêtreffe de
Amour prononce cet Oracle à Calypfo :
Minerve a difpofé du fort de Telemaque ;
Antiope avec lui doit regner fur Itaque.
Cet Oracle defefperant pour Calypfo , eft ſuivi
d'un coup encore plus terrible ; Adrafte mortellement
bleffé par Telemaque , vient lui annoncer
que ce Prince aime Eucharis , & finit par ces Vers :
Mon
192 MERCURE DE FRANCE
Mon tourment finit & le vôtre commence :
Du coup qui m'a frappé , je fens moins la rigueurs
J'avois perdu l'espoir de ma vengeance ,
Je la laiffe en mourant au fond de votre coeur."
On voit à la Décoration du cinquiéme Acte le
Port d'Ogygie ; Calypfo en fureur le détermine à
perdre fa Rivale. Elle dit à Telemaque qu'il pèut
partir & qu'elle eft inftruite des deffeins queMinerve
a formez fur lui ; Telemaque foupire de doufeur
, Calypfo lui reproche fon indigne amour
pour une vile Eſclave,& fon ingratitude pour une
Reineimmortelle , par ces Vers , qui rappellent co
qui s'eft paffé dans les premiers Actes :
Ton coeur gémit ! quel indigne langage !
Dans les fers d'une Efclave un tendre amour t’en→
gage !
Du moins fi cet amour ... Dieux ! quel eft mox
malheur !
Dieu des flots, noirs Enfers , fonge rempli d'hor
reur
Votre menace eft accomplie ; -
Je t'aime , tu me hais : je t'ai fauvé la vie ;
Cruel , tu me perces le coeur.
Telemaque mortellement frappé des menaces de
Calypfo , preffe Eucharis de fe fauver , s'il eſt
poffible. Cette Scene a été trouvée la plus intereflante
de la Piece , & a fait verfer des larmes
en voici la fin.
Eucharis.
Par ces triftes adieux, c'eft trop nous attendrir.
partez
AVRIL 793 1730.
Partez ; au nom d'Uliffe , au nom de Penelope ;
Au nom de vos heureux Sujets ,
Parmi de fi tendres objets
Je n'ofe nommer Antiope.
Telemaque.
Demeurez, Eucharis ; quel nom prononcez-vous ?
Antiope ! non , non ; une auguſte Immortelle
Veut en vain m'unir avec elle ;
Je ne puis être fon Epoux.
Eucharis.
Dieux , la réſerviez- vous à ce bonheur extréme
Telemaqué.
Non ; faut-il qu'un ferment raffure vos eſprits
Dieux , armez contre moi votre pouvoir fupréme
Si jamais ...
Eucharis.
Arrêtez ; c'eft Antiope même ,
Que vous aimez dans Eucharis
Les Vaiffeaux de Telemaque viennent à ſon ſe→
cours ; Minerve combat pour eux ; leur victoire
donne lieu à une Fête marine. Minerve apprend à
Calypfo qu'Eucharis eft Antiope. Elle ordonne
aux Zephirs de tranfporter ces deux Amans à
Itaque. Calypfo au defefpoir , biafphême contre
les Dieux qui foudroyent & engloutiffent ſon Iſle
La Piece finit par ce Vers de Calypfo :
Dieux , en me puniffant vous ſervez ma fureur.
Fermer
Résumé : Opera de Telemaque, Extrait, [titre d'après la table]
Le 24 mars, l'Académie Royale de Musique a présenté au Théâtre la tragédie 'Télémaque', composée par le Chevalier Pellegrin et mise en musique par Destouches, directeur de l'Académie. Cette œuvre, déjà acclamée en 1714, a été saluée par le public lors de sa reprise. Les interprètes, notamment la Demoiselle Antier et la Demoiselle Pellissier, ainsi que les danseurs Les Fres et Camargo, ont été particulièrement appréciés. Le prologue se déroule dans un lieu construit et orné par les Arts sous l'ordre de Minerve, en l'honneur du roi qui a apporté la paix en Europe. Minerve et Apollon apparaissent, accompagnés des Vertus, des Arts et des Muses. Minerve célèbre la paix après la victoire, et Apollon invite à célébrer les bienfaits du roi. L'Amour est appelé pour participer à la fête, et Minerve accepte sa présence en faveur de la paix. Le prologue se conclut par l'annonce de la tragédie de Télémaque. Dans l'acte I, sur l'île d'Ogygie ravagée par des inondations, Eucharis, amoureuse d'un inconnu naufragé, exprime son désespoir à sa confidente Cleone. Calypso révèle à Eucharis qu'elle a sauvé Ulysse malgré les ordres de Neptune. Adraste décrit les ravages sur l'île, et Calypso consulte les Enfers pour apaiser Neptune. La fête magique révèle que Neptune exige le sang d'Ulysse, mais celui-ci n'est plus en son pouvoir. Dans l'acte II, au temple de Neptune, Télémaque exprime son désir de sauver son père. Eucharis lui révèle que Neptune exige son sang. Télémaque se prépare à se sacrifier, mais Neptune calme sa colère. Calypso, émue, sauve Télémaque et reconnaît en lui Ulysse rajeuni. Dans l'acte III, Adraste, jaloux, prépare sa vengeance contre Télémaque. Calypso, malgré les menaces, sauve Télémaque et exprime son amour pour lui. La tragédie se conclut par une fête organisée par Calypso pour apaiser Télémaque. La pièce se poursuit avec Télémaque, enchanté par la beauté d'Eucharis, exprimant son trouble face à ses sentiments. Calypso, consciente de l'amour de Télémaque, lui demande de se rendre au Temple de l'Amour. Eucharis, chargée par Calypso de révéler les sentiments de la reine à Télémaque, hésite à lui avouer sa propre naissance pour mieux le disposer en faveur de Calypso. Télémaque, vertueux, refuse de tromper Calypso et fuit lorsqu'il la voit approcher. Calypso, surprise par la fuite de Télémaque, le soupçonne d'ingratitude et d'amour pour une rivale. Un oracle révèle que Minerve a décidé que Télémaque doit régner avec Antiope sur Ithaque. Adraste, blessé par Télémaque, révèle que ce dernier aime Eucharis. Calypso, en fureur, menace Télémaque et lui ordonne de partir. Télémaque, désespéré, presse Eucharis de se sauver. Eucharis révèle alors qu'elle est Antiope. Minerve intervient, ordonne aux Zephirs de transporter les amants à Ithaque et punit Calypso. La pièce se termine par la défaite et la malédiction de Calypso.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4945
p. 794-806
EXTRAIT du nouveau Samson, annoncé dans le dernier Mercure.
Début :
L'Auteur est très-modeste, quand il ne donne cette Tragi-Comédie, que comme une simple [...]
Mots clefs :
Samson, Théâtre, Tragicomédie, Amour, Secret, Force, Mort, Dieu, Coeur, Caractère
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT du nouveau Samson, annoncé dans le dernier Mercure.
EXTRAIT du nouveau Samfon
annoncé dans le dernier Mercure .
'Auteur eft très-modefte , quand il ne donne
cette Tragi- Comédie , que comme une fimple
Traduction ; la nouvelle forme fous laquelle il l'a
fait reparoître , mérite bien qu'il s'en dife l'Auteur
; le fieur Riccoboni , qui la mit au Théatre
én 1717. en avoue les deffauts dans fon Avis aux
Lecteurs : voici les termes dont il fe fert. La compofition
Théatrale que je vous prefente aujourd'hui
eft un de ces Monftres dont le Théatrefut
f prodigue en Italie pendant le dernier fiecle.
Cette Piece , telle qu'elle étoit alors , ne laiffa pas
d'avoir un grand fuccès. Le fieur Romagneſi en
a retranché ce qu'il y avoit de monſtrueux. La
Dalila d'autre fois étoit infoutenable au Théatre,
au lieu que celle d'aujourd'hui eft intereffante &
ne tombe dans le malheur que par foibleffe. On
n'a vu de long-temps de fuccès plus frappant que
celui-cy. On n'a pas laiffé cependant de trouver
des deffauts dans la Piéce ; nous ferons part au
Public de ce qui eft venu jufqu'à nous, à la fin de
cet Extrait.
Le Théatre repréfente im Bois, dans l'enfoncement
duquel on découvre le Temple de Dagon.
Dalila ouvre la Scene avec fa Suivante Armillā ; -
elle fait connoître qu'elle s'eft dérobée de la Cour
de Gaza, pour venir implorer le fecours de Dagon,
Idole des Philiftins; elle apprend à Armilla qu'elle
brûle d'un coupable amour pour un Hebreu qu'elle
ne trouva que trop aimable la premiere fois qu'il
parut à fes yeux parmi les Captifs qu'Achab avoit
faits dans fa derniere victoire. Samfon eft . cet
Hebreu dont elle parle ; elle ne laiffe pas de fe
promettre de triompher d'un amour condamné
par une Loi expreffe du Roi des Philiftins. Azael
reproche
AVRIL. 1730. 795
1
1
reproche à Samſon l'indigne repos dans lequel il
languit , au lieu de tourner contre les ennemis de
Dieu ces traits qu'il n'employe que contre des
animaux , dans les vains plaifirs de la Chaffe, Samfon
lui répond qu'il foufcrit aux decrets éternels
qui ont condamné les Hebreux à un pénible ef
clavage , en punition de leurs crimes ; voici comment
il s'exprime :
Du Dieu qui nous punit refpectons la puiffance ;
J'éprouve en l'adorant les traits de fa vengeance,
Et je ne porterois que coups criminels ,
Si je les oppofois aux decrets éternels.
des
L'Auteur ne pouvoit mieux excufer l'inaction
de Samfon . En effet il n'eft déterminé à faire
éclater la force prodigieufe dont le Ciel l'a
doué , que par ces mêmes decrets qu'il refpecte.
Il s'endort fous un Olivier.Pendant fon fommeil
il entend une voix qui chante les Vers fuivans :
La gloire en d'autres lieux t'appelle ,
Samfon , brife ton Arc , abandonne ces bois ;
Que fans tarder le Philiftin rebelle ,
De ton bras triomphant éprouve tout le poids
Que ton coeur à ce bruit de guerre ,
A ces Eclairs , à ce Tonnerre ,
Du Ciel reconnoiffe la voix ;
Et que cet Olivier paifible ,
Difparoiffe à l'afpect terrible ,
De ce Laurier , garant de tes exploits ..
Tout ce qui eft exprimé dans ces Vers arrive
796 MERCURE DE FFRRAANNCE
à mesure qu'on les chante ; les Eclairs brillent , le
Tonnerre gronde & l'Olivier eft changé en Laurier.
Samfon , rempli de l'Efprit de Dieu , jette
fon Carquois comme un indigne ornement ,
il fe prépare à venger les Hebreux , & à les tirer
d'eclavage. Il combat un Lion prêt à dévorer
Dalila , il l'étouffe . Dalila reconnoît l'objet
de fon amour dans celui qui vient de lui fauver
la vie. Samfon ne peut voir tant d'attraits fans
leur rendre les armes. Dalila oppoſe à cet amour
fon devoir & fa Religion ; elle lui fait connoître
qu'elle doit en ce même jour épouſer Achab ,
General des Philiftins ; Samfon fe roidit contre
tous ces obftacles ; Dalila le quitte après lui avoir
fait connoître qu'elle n'eft que trop fenfible à fon
amour. Nous fupprimons ici les Scenes comiques;
elles font trop de diverfion à l'interêt , & ce n'eft
que fur le Théatre Italien que de pareilles difparates
peuvent être excufées ; d'ailleurs la Piece n'a'
pas befoin d'un épiſode fi monftrueux.
Au fecond Acte , le Théatre repréfente le Palais
du Roi des Philiftins . Achab & Dalila com→
mencent cet Acte. Dalila avoue ingenument à
Achab , non-feulement qu'elle ne l'aime point ,'
mais qu'elle aime Samfon ; elle s'excufe par ces
Vers qu'on a trouvés des plus beaux de la Piéce :
Acab , de notre coeur les mouvemens rapides
Naiffent des paffions qui leur fervent de guides ;
Sur nos foibles efprits leur empire abſolu
Malgré tous nos efforts a toûjours prévalu ;
Pour l'un indifferents, pour l'autre pleins de flam
mes ,
Nous ne difpofons point du penchant de nos ames
Sous les traits de l'Amour , lorfque nous flechif-
Lons , Ce
AVRIL. 1730.
797
Ce Dieu nomme l'objet , & nous obéiffons.
On croit que ces Vers feroient encore plus
beaux dans le fiftême Payen. On a trouvé que l'amour
déifié ne convient pas à une Philiftine.
A l'approche de Samfon , Acab redouble fa colere
contre un Rival aimé ; Dalila le fait retirer
par ce Vers , dont on n'a pas bien compris le fens :
Suis mes pas ; vien fçavoir ce que le fort t'aprête.
Emanuel reproche à Samfon fon amour pour
Dalila ; Samfon le raffure par ce ferment :
Oui , je jure , Seigneur , par vos jours précieux
De brifer , de venger nos fers injurieux ,
Et fi je ne remplis toute votre efperance ,
Puiffe pour m'en punir la celefte vengeance -
Me livrer en opprobre aux Philiftins cruets ;
Que traîné par leurs mains au pied de leurs Autels
, ·
Je ferve de jouet à tout ce Peuple impie ,
Et que j'y meure enfin couvert d'ignominie.
Ce ferment n'eft pas tout-à- fait verifié à la fin
de la Piece. Samfon meurt comblé de gloire &
non d'ignominie,
Dans la Scene fuivante qui eft entre Phanor ,
Acab & Dalila , Samfon fe tient au fond du Théatre
fans être apperçû. Le Roi fait d'abord parade
d'un caractere de vertu , qu'il ne foûtient pas dans
la fuite ; il rend ce qu'il doit à la valeur de Samfon
, & dit qu'il l'admire fans la craindre. Samfon
indigné des menaces d'Acab s'approche ; il
défie fon Rival , & brave le Roi même. Le Roi
affectant une espece de juftice , confent que Dalila
798 MERCURE DE FRANCE
lila prononce entre fes deux Amans ; Dalila ne fe
déclare pour aucun des deux ; & n'écoutant que
le zele de la Religion , ôte toute efperance à Samfon
, & dit en fe retirant :
- Je n'épouferai point Samfon. à part , Cruel
devoir !
1
Sur un coeur vertueux connois tout ton pouvoir.
Samfon croyant que Dalila n'a fait jufqu'ici
que le jouer , s'abandonne à toute fa fureur.
Le Théatre repréſente au troifiéme Acte le
Camp des Philiftins . Acab , pour confoler le Roi
du carnage que Samfon feul vient de faire de fes
meilleures Troupes , lui apprend que le Grand-
Prêtre des Hebreux , intimidé par fes menaces
lui a promis de livrer Samfon entre ſes mains
Phanor n'en eft pas plus raffuré.
que
On amene Emanuel , pere de Samfon , priſonnier
; ce genereux Vieillard brave le Roi , & lui
dit fi l'amour de Samfon pour Dalila a long
tems fufpendu fa vengeance , la priſon de fon Pere
le va determiner à la faire éclater. Phanor ordonne
qu'on l'enferme dans une Tour qui paroit
au fond du Théatre.
On vient annoncer à Phanor que Samfon
s'eft laiffé furprendre , & qu'on le lui amene
chargé de fers ; le Roi fort , après avoir rendu
Acab Arbitre du fort de fon Rival . Samfon paroît
chargé de fers; il fait connoître pour quoi il
paroît en cet état par cet à parte.
Pour punir mes Tyrans ma haine a profité
D'un ftratagême heureux qu'eux -mêmes ont inventé
;
Traîtres , qui n'avez pû me vaincre à force oui
yerte ,
Votre
AVRIL. 1730. 799
Votre propre artifice avance votre perte ,
Puifqu'il m'approche enfin de ces lâches Soldats
de mourir déroboit à bras.
Que la peur mon
Acab ordonne à fes Soldats de donner la mort
à Samfon ; l'Hebreu lui dit que c'eft à lui-même
& à tous fes Soldats à trembler ; Acab le menace
d'époufer Dalila en fa préfence même ; ce dernier
outrage pouffe à bout la patience de Samfon ;
il brife fes chaînes , & trouvant par hazard une
mâchoire d'Afne à fes pieds , il les met tous en
fuite avec ce vil inftrument.
Les efforts que Samfon vient de faire lui caufent
une foif qui lui annonce une mort prochai
ne , il reconnoît alors que le bras du Seigneur
s'appefantit fur lui pour le punir de fon amour
pour une Philiftine . Voici comment s'expriment
Les juftes remords,
Mais quel aveuglement fuit ta préfomption
Tu n'as pû furmonter ta folle paffion ,
Et tu veux ignorer , lâche , quels font les crimes
Qui rendent aujourd'hui tes tourmens legitimes!
Souviens- toi que tu viens de combattre en ce lieu
Pour venger ton amour , & non pas pour ton
Dieu,
Malheureux ! tu croyois ne devoir qu'à toi -même
Le fuccès que tu tiens de la bonté fuprême ;
Appuyé de fon bras tu faifois tout trembler ; .
Mais fans lui le plus foible auroit pû t'accabler.
Les Vers fuivans ne font pas moins beaux.
Mon mal redouble ; helas ! mes fens s'évanouifil
tombe ,
Lent ;
Mcs
800 MERCURE DE FRANCE
font obfcurcis & mes genoux flechif
Mes yeux
fent ;
Je vois l'horrible Mort errer autour de moi ;
C'en eft fait ... Dieu puiffant , j'efpere encore en
toi.
Sur les maux de Samfon jette un regard propice
Ta clemence toujours balança ta juftice.
Indigne des honneurs que tu m'as préſentés
Que je partage ici tes immenfes bontés ;
Ah ! fi le repentir fait defcendre ta grace ,
Je ne fçaurois périr , & mon crime s'efface ;
Ce foudre , deftructeur de tant de Philiftins
Produira , fi tu veux , une fource en mes mains ;
C'est toi qui me l'offris contre ce Peuple impie
Il lui donna la mort ; qu'il me rende la vie ,
Semblable à ce Rocher dont Moïfe autrefois
Vit jaillir un torrent fur ton Peuple aux abois.
Ou t'exauce Samfon &c.
il met
II fort une fource d'eau de la mâchoire d'Afne;
..Samfon ayant étanché fa foif, force la Prifon de
fon Pere , & chargé d'une proye fi chere ,
encore fur fes épaules les portes de la Prifon , dont
le poids eft énorme.
Nous fupprimons la premiere Scene du quatriéme
Acte ( où le Théatre repréfente le Palais
du Roi des Philiftins ) à caufe du comique deplacé.
Dans la feconde , le Roi inftruit de la défaite
de fes Troupes n'a point d'autre confident que
Ja fuivante de Dalila , qui lui confeille d'employer
l'artifice , puifque la force ne fert de rien contre
Samfon ; elle lui dit qu'il faut que fa Maîtreffe
Alatte
AVRIL. 1730. 801.
flatte l'efpoir de ce terrible fleau de fes Sujets ,
pour l'engager à lui declarer d'où naît fa prodigieufe
valeur ; Samſòn , continuë -t'elle , a autrefois
brulé pour Tamnatée , il faut faire croire à
Dalila qu'il l'aime encore , afin que fon Amant
ne puiffe calmer fa défiance qu'en lui revelant ce
fatal fecret . Le Roi dont le caractere , comme on
l'a déja remarqué , eft tantôt vicieux , tantôt vertueux
, ne fe détermine qu'avec peine à recourir
à la tromperie qu'avec ce temperament.
Qu'elle perde Samfon ; mais dans cette entre
prife
Que l'amour du devoir , s'il fe peut , la conduiſed
Dalila vient ; le Roi la preffe d'employer pour
le falut de fa Patrie ces mêmes charmes qui ont
triomphé de Samfon. Voici comment il s'exprime.
La force dont Samfon nous accable aujour
d'hui
Confiſte en un ſecret qui n'eſt ſçû que de lui ;
Flattez le d'un hymen , pour percer ce myſtere
Il eft vaincu.
Dalila fe refufe à la perfidie que le Roi exige
d'elle. Acab effrayé vient annoncer au Roi que
tout eft perdu , & le prie de garantir la Tête du
péril qui la menace par une promte fuite. Phanor
ordonne à Dalila de voir Samfon & d'executer
ce qu'il vient de lui propofer pour le bien
de fes Sujets.
Armilla jette adroitement des foupçons jaloux
dans le coeur de Dalila au fujet de Tamnatée , &
lui perfuade qu'elle ne peut mieux s'affurer de la
fidelité de Samfon qu'en exigeant de lui qu'il lui
H dife
802 -MERCURE DE FRANCE
dife d'où peut naître fa force prodigieufe ; Dalila
qui voit alors les confequences d'un tel fecret lui
répond
Et s'il peut reveler ce fecret important
J'en dois aux Philiftins l'avis au même inftant.
Armilla lui fait entendre que rien ne l'oblige`
à donner cet avis , & qu'elle pourra ſe conferver
Samfon , affurée de fa fidelité par cette marque
de confiance .
Samfon arrive ; Armilla fe retire dans le deffein
d'écouter fans être apperçue .
La Scene entre Samfon & Dalila a paru fort
belle , quoique fufceptible de beaucoup de critique.
Samfon fans appercevoir Dalila dont il fe
croit trahi en faveur d'Acab , jure de perdre fon
Rival & le Roi même. Dalila rompant le filence
lui offre fon coeur à percer ; elle fe juftifie de l'infidelité
qu'il lui reproche , & l'ayant amené au
point qu'elle s'eft propofé , elle lui demande le
fatal fecret ; Samfon lui fait entendre qu'il ne
peut lui accorder ce qu'elle lui demande. Voici
les propres paroles :
Princeffe , épargnez-vous un inutile effort ;
Si ce fatal fecret n'entraînoit que ma mort ....
Mais , Madame , à lui feul ma gloire eft attachée
D'une honte éternelle elle feroit tachée ;
A tout autre péril je m'offre fans regret ;
Je vous accorde tout ; laiffez moi mon fecret.
Dalila fe retire , indignée du refus de Samfon,
& lui défend de la yoir jamais ; Samfon la fuit
fans fçavoir ce qu'il doit faire.
Armilla , dans la premiere Scene du cinquiéme
Acto
I
AVRIL. 1730. 803
Acte raconte au Roi tout ce qui s'eft paffé dans
l'Appartement de Dalila ; elle lui dit que s'étant
cachée de maniere à pouvoir tout voir & tour
entendre fans être apperçue , elle a vû Samſon ſe
jetter aux pieds de Dalila , que cette Princeffe
s'obftinant à vouloir apprendre fon fecret , il l'a
voit long- tems trompée par de fauffes confidences
, qu'enfin pour calmer fa colere , il lui avoit
avoué que fa force confiftoit dans fes cheveux ;
elle ajoûte qu'à peine Samfon avoit - il fait ce fatal,
aveu qu'il s'étoit plongé dans un profond fommeil
, qu'elle s'étoit approchée alors , & qu'elle
avoit dit à Dalila que fans doute Samſon la trompoit
& que fa Rivale fe vantoit hautement d'être
la feule dépofitaire de fon fecret , que Dalila pour
le convaincre de menfonge avoit confenti à faire
l'épreuve de fa fincerité ou de fa tromperie , en
lui faifant couper les cheveux , ce qui avoit d'abord
été executé par Armilla. Le Roi promet à
cette perfide fuivante des récompenfes dignes du
fervice qu'elle vient de rendre à fa Patrie.
Le Théatre repréfente l'Appartement de Dalila.
Dalila allarmée du long fommeil de Samfon ,
commence à craindre qu'il n'ait été que trop fincere
, & voyant le Roi fuivi d'une Troupe de
Soldats pour ſe ſaiſir de ſon Amant , elle l'éveille ;
Samfon voulant fe défendre tombe de foibleffe ;
il reproche à Dalila fa perfidie , & avoue qu'il
ne l'a que trop meritée. Phanor ordonne qu'on
lui aille crever les yeux. Dalila fe plonge un poignard
dans le fein. Nous fupprimons encore ici
une Scene comique qui a été trouvée déplacéedans
un fujet fi refpectable.
il
Le Théatre repréfente le Temple de Dagon
où le Roi & toute fa Cour font affemblés. Samfon
privé de la lumiere reconnoit fon crime ,
Lent un repentir fincere , & prie le Seigneur de lui´
rendre
H
804 MERCURE DE FRANCE
rendre fa premiere force afin qu'il puiffe employer
fes derniers momens à delivrer les Hebreux
de l'esclavage & à perdre fes ennemis en
periffant avec eux . Voici une partie de l'ardente
priere qu'il adreffe au Seigneur :
:
Rends leur premiere force à mes bras défarmés
;
Que ma mort foit utile aux Hebreux opprimés
Anime de mes mains les fecouffes rapides ,
Que je puiffe ébranler ces colomnes folides ,
Et que tes ennemis trouvent leurs monumens
Sous ces murs écroulés jufques aux fondemens .
Sanfon eft exaucé : il fecoue les colomnes , &
il est écrafé lui- même avec tous les Philiftins
fous les ruines du Temple de Dagon , ce qui fait
un fpectacle auffi terrible qu'admirable. Ce Temple
, pour le dire en paffant , eft un riche morceau
d'Architecture en rotonde , d'Ordre compofite
, à colomnes torfes de marbre , dont les
Chapiteaux , Bazes & autres ornemens font en
or. Sur le premier Ordre eft une Gallerie remplie
de plufieurs figures de coloris , repréfentant les
Peuples Philiftins. Les Arçades du bas qui conduifent
aux bas côtés font auffi remplies d'un grand
nombre de figures , ainfi que fur la Gallerie d'en
haut. Cette décoration produit un effet admirable
à la vue , fur tout la deftruction totale de ce
fuperbe Edifice . Elle a été compofée fur les deffeins
de M. Le Maire , & peinte par lui .
'Le fuccès étonnant de Samfon , n'a pas peu
contribué à rendre la critique plus fevere qu'elle
ne l'eft ordinairement pour le Théatre Italien .
La juftice qu'on a rendue à beauconp de beaux
Vers qui font répandus dans la Piéce n'a pas empêché
AVRIL. 1730. 805
pêché que les fpectateurs délicats n'ayent fed
mauvais gré à l'Auteur de s'être , pour ainfi dire,
laffé de bien faire dans plufieurs endroits. Tout
le monde a condamné la difparate du bas comique
, & fi la gentilleffe du jeu du St Thomaffin a
fait paffer ce deffaut dans la Repréfentation , la
lecture l'a fait fentir tout entier ; les caracteres
n'ont pas paru également foutenus. Achab , ar'on
dit , n'a prefque point de fentimens d'honneur
, il n'a en vûë que la mort de fon Rival , &
ne veut parvenir à fon but que par des chemins
indignes d'un Chef d'Armée . Phanor n'a rien de
Roi qu'un vain exterieur ; il fait parade de generofité
dans fes paroles ; mais fes actions démentent
fes maximes. Pour Samfon , on convient
qu'il eft tel que l'Ecriture le dépeint , c'eſt - à-dire,
aveuglé par un fol amour ; on peut même dire
que l'Auteur rectifie fon caractere autant que le
refpect qu'on doit avoir pour l'Histoire Sacrée
le peut permettre. Tout le monde a fait un mérite
au fieur Romagnefi d'avoir ennobli le caractere
de Dalila ; mais il ne l'a pu faire fans tomber
dans des inconveniens prefque inévitables . Dalila
a-t'on ajoûté , telle qu'elle eft vertueufe & fidelle
Amante , ne doit pas exiger de Samſon un ſecret
qui doit lui couter & l'honneur & la vie ; elle doit
fe contenter de l'offre qu'il lui fait d'épargner le
fang des Philiftins : en effet peut-elle exiger une
plus grande preuve de fon amour. Samfon ( pourfuivit-
on ) ne doit pas lui feveler fon fecret , furtout
, lui ayant déja voulu donner le change ; fes
premiers menfonges doivent rendre fufpecte à
Dalila la verité qu'il va lui dire ; fa juſte défiance
doit la porter à en faire l'épreuve , & cette épreuve
doit le livrer à la fureur des Philiftins , & entraîner
tous les Hebreux dans fa perte ; on dit à
la décharge de l'Auteur que fon caractere eſt en-
H iij core
306 MERCURE DE FRANCE
core plus defectueux dans l'Hiftoire , mais c'étoit
à l'Auteur à fubftituer le vrai- femblable Théatral
au vrai hiftorique ; on convient que cela éto it
très- embaraffant , mais du moins il n'étoit pas
bien difficile à l'Auteur de rendre fa Dalila vertueufe
jufqu'au bout , & de ne la point faire confentir
à la fatale épreuve ; Armilla auroit pû la
faire à l'infçu de fa Maîtreffe , & même contre fa
défenfe expreffe.
annoncé dans le dernier Mercure .
'Auteur eft très-modefte , quand il ne donne
cette Tragi- Comédie , que comme une fimple
Traduction ; la nouvelle forme fous laquelle il l'a
fait reparoître , mérite bien qu'il s'en dife l'Auteur
; le fieur Riccoboni , qui la mit au Théatre
én 1717. en avoue les deffauts dans fon Avis aux
Lecteurs : voici les termes dont il fe fert. La compofition
Théatrale que je vous prefente aujourd'hui
eft un de ces Monftres dont le Théatrefut
f prodigue en Italie pendant le dernier fiecle.
Cette Piece , telle qu'elle étoit alors , ne laiffa pas
d'avoir un grand fuccès. Le fieur Romagneſi en
a retranché ce qu'il y avoit de monſtrueux. La
Dalila d'autre fois étoit infoutenable au Théatre,
au lieu que celle d'aujourd'hui eft intereffante &
ne tombe dans le malheur que par foibleffe. On
n'a vu de long-temps de fuccès plus frappant que
celui-cy. On n'a pas laiffé cependant de trouver
des deffauts dans la Piéce ; nous ferons part au
Public de ce qui eft venu jufqu'à nous, à la fin de
cet Extrait.
Le Théatre repréfente im Bois, dans l'enfoncement
duquel on découvre le Temple de Dagon.
Dalila ouvre la Scene avec fa Suivante Armillā ; -
elle fait connoître qu'elle s'eft dérobée de la Cour
de Gaza, pour venir implorer le fecours de Dagon,
Idole des Philiftins; elle apprend à Armilla qu'elle
brûle d'un coupable amour pour un Hebreu qu'elle
ne trouva que trop aimable la premiere fois qu'il
parut à fes yeux parmi les Captifs qu'Achab avoit
faits dans fa derniere victoire. Samfon eft . cet
Hebreu dont elle parle ; elle ne laiffe pas de fe
promettre de triompher d'un amour condamné
par une Loi expreffe du Roi des Philiftins. Azael
reproche
AVRIL. 1730. 795
1
1
reproche à Samſon l'indigne repos dans lequel il
languit , au lieu de tourner contre les ennemis de
Dieu ces traits qu'il n'employe que contre des
animaux , dans les vains plaifirs de la Chaffe, Samfon
lui répond qu'il foufcrit aux decrets éternels
qui ont condamné les Hebreux à un pénible ef
clavage , en punition de leurs crimes ; voici comment
il s'exprime :
Du Dieu qui nous punit refpectons la puiffance ;
J'éprouve en l'adorant les traits de fa vengeance,
Et je ne porterois que coups criminels ,
Si je les oppofois aux decrets éternels.
des
L'Auteur ne pouvoit mieux excufer l'inaction
de Samfon . En effet il n'eft déterminé à faire
éclater la force prodigieufe dont le Ciel l'a
doué , que par ces mêmes decrets qu'il refpecte.
Il s'endort fous un Olivier.Pendant fon fommeil
il entend une voix qui chante les Vers fuivans :
La gloire en d'autres lieux t'appelle ,
Samfon , brife ton Arc , abandonne ces bois ;
Que fans tarder le Philiftin rebelle ,
De ton bras triomphant éprouve tout le poids
Que ton coeur à ce bruit de guerre ,
A ces Eclairs , à ce Tonnerre ,
Du Ciel reconnoiffe la voix ;
Et que cet Olivier paifible ,
Difparoiffe à l'afpect terrible ,
De ce Laurier , garant de tes exploits ..
Tout ce qui eft exprimé dans ces Vers arrive
796 MERCURE DE FFRRAANNCE
à mesure qu'on les chante ; les Eclairs brillent , le
Tonnerre gronde & l'Olivier eft changé en Laurier.
Samfon , rempli de l'Efprit de Dieu , jette
fon Carquois comme un indigne ornement ,
il fe prépare à venger les Hebreux , & à les tirer
d'eclavage. Il combat un Lion prêt à dévorer
Dalila , il l'étouffe . Dalila reconnoît l'objet
de fon amour dans celui qui vient de lui fauver
la vie. Samfon ne peut voir tant d'attraits fans
leur rendre les armes. Dalila oppoſe à cet amour
fon devoir & fa Religion ; elle lui fait connoître
qu'elle doit en ce même jour épouſer Achab ,
General des Philiftins ; Samfon fe roidit contre
tous ces obftacles ; Dalila le quitte après lui avoir
fait connoître qu'elle n'eft que trop fenfible à fon
amour. Nous fupprimons ici les Scenes comiques;
elles font trop de diverfion à l'interêt , & ce n'eft
que fur le Théatre Italien que de pareilles difparates
peuvent être excufées ; d'ailleurs la Piece n'a'
pas befoin d'un épiſode fi monftrueux.
Au fecond Acte , le Théatre repréfente le Palais
du Roi des Philiftins . Achab & Dalila com→
mencent cet Acte. Dalila avoue ingenument à
Achab , non-feulement qu'elle ne l'aime point ,'
mais qu'elle aime Samfon ; elle s'excufe par ces
Vers qu'on a trouvés des plus beaux de la Piéce :
Acab , de notre coeur les mouvemens rapides
Naiffent des paffions qui leur fervent de guides ;
Sur nos foibles efprits leur empire abſolu
Malgré tous nos efforts a toûjours prévalu ;
Pour l'un indifferents, pour l'autre pleins de flam
mes ,
Nous ne difpofons point du penchant de nos ames
Sous les traits de l'Amour , lorfque nous flechif-
Lons , Ce
AVRIL. 1730.
797
Ce Dieu nomme l'objet , & nous obéiffons.
On croit que ces Vers feroient encore plus
beaux dans le fiftême Payen. On a trouvé que l'amour
déifié ne convient pas à une Philiftine.
A l'approche de Samfon , Acab redouble fa colere
contre un Rival aimé ; Dalila le fait retirer
par ce Vers , dont on n'a pas bien compris le fens :
Suis mes pas ; vien fçavoir ce que le fort t'aprête.
Emanuel reproche à Samfon fon amour pour
Dalila ; Samfon le raffure par ce ferment :
Oui , je jure , Seigneur , par vos jours précieux
De brifer , de venger nos fers injurieux ,
Et fi je ne remplis toute votre efperance ,
Puiffe pour m'en punir la celefte vengeance -
Me livrer en opprobre aux Philiftins cruets ;
Que traîné par leurs mains au pied de leurs Autels
, ·
Je ferve de jouet à tout ce Peuple impie ,
Et que j'y meure enfin couvert d'ignominie.
Ce ferment n'eft pas tout-à- fait verifié à la fin
de la Piece. Samfon meurt comblé de gloire &
non d'ignominie,
Dans la Scene fuivante qui eft entre Phanor ,
Acab & Dalila , Samfon fe tient au fond du Théatre
fans être apperçû. Le Roi fait d'abord parade
d'un caractere de vertu , qu'il ne foûtient pas dans
la fuite ; il rend ce qu'il doit à la valeur de Samfon
, & dit qu'il l'admire fans la craindre. Samfon
indigné des menaces d'Acab s'approche ; il
défie fon Rival , & brave le Roi même. Le Roi
affectant une espece de juftice , confent que Dalila
798 MERCURE DE FRANCE
lila prononce entre fes deux Amans ; Dalila ne fe
déclare pour aucun des deux ; & n'écoutant que
le zele de la Religion , ôte toute efperance à Samfon
, & dit en fe retirant :
- Je n'épouferai point Samfon. à part , Cruel
devoir !
1
Sur un coeur vertueux connois tout ton pouvoir.
Samfon croyant que Dalila n'a fait jufqu'ici
que le jouer , s'abandonne à toute fa fureur.
Le Théatre repréſente au troifiéme Acte le
Camp des Philiftins . Acab , pour confoler le Roi
du carnage que Samfon feul vient de faire de fes
meilleures Troupes , lui apprend que le Grand-
Prêtre des Hebreux , intimidé par fes menaces
lui a promis de livrer Samfon entre ſes mains
Phanor n'en eft pas plus raffuré.
que
On amene Emanuel , pere de Samfon , priſonnier
; ce genereux Vieillard brave le Roi , & lui
dit fi l'amour de Samfon pour Dalila a long
tems fufpendu fa vengeance , la priſon de fon Pere
le va determiner à la faire éclater. Phanor ordonne
qu'on l'enferme dans une Tour qui paroit
au fond du Théatre.
On vient annoncer à Phanor que Samfon
s'eft laiffé furprendre , & qu'on le lui amene
chargé de fers ; le Roi fort , après avoir rendu
Acab Arbitre du fort de fon Rival . Samfon paroît
chargé de fers; il fait connoître pour quoi il
paroît en cet état par cet à parte.
Pour punir mes Tyrans ma haine a profité
D'un ftratagême heureux qu'eux -mêmes ont inventé
;
Traîtres , qui n'avez pû me vaincre à force oui
yerte ,
Votre
AVRIL. 1730. 799
Votre propre artifice avance votre perte ,
Puifqu'il m'approche enfin de ces lâches Soldats
de mourir déroboit à bras.
Que la peur mon
Acab ordonne à fes Soldats de donner la mort
à Samfon ; l'Hebreu lui dit que c'eft à lui-même
& à tous fes Soldats à trembler ; Acab le menace
d'époufer Dalila en fa préfence même ; ce dernier
outrage pouffe à bout la patience de Samfon ;
il brife fes chaînes , & trouvant par hazard une
mâchoire d'Afne à fes pieds , il les met tous en
fuite avec ce vil inftrument.
Les efforts que Samfon vient de faire lui caufent
une foif qui lui annonce une mort prochai
ne , il reconnoît alors que le bras du Seigneur
s'appefantit fur lui pour le punir de fon amour
pour une Philiftine . Voici comment s'expriment
Les juftes remords,
Mais quel aveuglement fuit ta préfomption
Tu n'as pû furmonter ta folle paffion ,
Et tu veux ignorer , lâche , quels font les crimes
Qui rendent aujourd'hui tes tourmens legitimes!
Souviens- toi que tu viens de combattre en ce lieu
Pour venger ton amour , & non pas pour ton
Dieu,
Malheureux ! tu croyois ne devoir qu'à toi -même
Le fuccès que tu tiens de la bonté fuprême ;
Appuyé de fon bras tu faifois tout trembler ; .
Mais fans lui le plus foible auroit pû t'accabler.
Les Vers fuivans ne font pas moins beaux.
Mon mal redouble ; helas ! mes fens s'évanouifil
tombe ,
Lent ;
Mcs
800 MERCURE DE FRANCE
font obfcurcis & mes genoux flechif
Mes yeux
fent ;
Je vois l'horrible Mort errer autour de moi ;
C'en eft fait ... Dieu puiffant , j'efpere encore en
toi.
Sur les maux de Samfon jette un regard propice
Ta clemence toujours balança ta juftice.
Indigne des honneurs que tu m'as préſentés
Que je partage ici tes immenfes bontés ;
Ah ! fi le repentir fait defcendre ta grace ,
Je ne fçaurois périr , & mon crime s'efface ;
Ce foudre , deftructeur de tant de Philiftins
Produira , fi tu veux , une fource en mes mains ;
C'est toi qui me l'offris contre ce Peuple impie
Il lui donna la mort ; qu'il me rende la vie ,
Semblable à ce Rocher dont Moïfe autrefois
Vit jaillir un torrent fur ton Peuple aux abois.
Ou t'exauce Samfon &c.
il met
II fort une fource d'eau de la mâchoire d'Afne;
..Samfon ayant étanché fa foif, force la Prifon de
fon Pere , & chargé d'une proye fi chere ,
encore fur fes épaules les portes de la Prifon , dont
le poids eft énorme.
Nous fupprimons la premiere Scene du quatriéme
Acte ( où le Théatre repréfente le Palais
du Roi des Philiftins ) à caufe du comique deplacé.
Dans la feconde , le Roi inftruit de la défaite
de fes Troupes n'a point d'autre confident que
Ja fuivante de Dalila , qui lui confeille d'employer
l'artifice , puifque la force ne fert de rien contre
Samfon ; elle lui dit qu'il faut que fa Maîtreffe
Alatte
AVRIL. 1730. 801.
flatte l'efpoir de ce terrible fleau de fes Sujets ,
pour l'engager à lui declarer d'où naît fa prodigieufe
valeur ; Samſòn , continuë -t'elle , a autrefois
brulé pour Tamnatée , il faut faire croire à
Dalila qu'il l'aime encore , afin que fon Amant
ne puiffe calmer fa défiance qu'en lui revelant ce
fatal fecret . Le Roi dont le caractere , comme on
l'a déja remarqué , eft tantôt vicieux , tantôt vertueux
, ne fe détermine qu'avec peine à recourir
à la tromperie qu'avec ce temperament.
Qu'elle perde Samfon ; mais dans cette entre
prife
Que l'amour du devoir , s'il fe peut , la conduiſed
Dalila vient ; le Roi la preffe d'employer pour
le falut de fa Patrie ces mêmes charmes qui ont
triomphé de Samfon. Voici comment il s'exprime.
La force dont Samfon nous accable aujour
d'hui
Confiſte en un ſecret qui n'eſt ſçû que de lui ;
Flattez le d'un hymen , pour percer ce myſtere
Il eft vaincu.
Dalila fe refufe à la perfidie que le Roi exige
d'elle. Acab effrayé vient annoncer au Roi que
tout eft perdu , & le prie de garantir la Tête du
péril qui la menace par une promte fuite. Phanor
ordonne à Dalila de voir Samfon & d'executer
ce qu'il vient de lui propofer pour le bien
de fes Sujets.
Armilla jette adroitement des foupçons jaloux
dans le coeur de Dalila au fujet de Tamnatée , &
lui perfuade qu'elle ne peut mieux s'affurer de la
fidelité de Samfon qu'en exigeant de lui qu'il lui
H dife
802 -MERCURE DE FRANCE
dife d'où peut naître fa force prodigieufe ; Dalila
qui voit alors les confequences d'un tel fecret lui
répond
Et s'il peut reveler ce fecret important
J'en dois aux Philiftins l'avis au même inftant.
Armilla lui fait entendre que rien ne l'oblige`
à donner cet avis , & qu'elle pourra ſe conferver
Samfon , affurée de fa fidelité par cette marque
de confiance .
Samfon arrive ; Armilla fe retire dans le deffein
d'écouter fans être apperçue .
La Scene entre Samfon & Dalila a paru fort
belle , quoique fufceptible de beaucoup de critique.
Samfon fans appercevoir Dalila dont il fe
croit trahi en faveur d'Acab , jure de perdre fon
Rival & le Roi même. Dalila rompant le filence
lui offre fon coeur à percer ; elle fe juftifie de l'infidelité
qu'il lui reproche , & l'ayant amené au
point qu'elle s'eft propofé , elle lui demande le
fatal fecret ; Samfon lui fait entendre qu'il ne
peut lui accorder ce qu'elle lui demande. Voici
les propres paroles :
Princeffe , épargnez-vous un inutile effort ;
Si ce fatal fecret n'entraînoit que ma mort ....
Mais , Madame , à lui feul ma gloire eft attachée
D'une honte éternelle elle feroit tachée ;
A tout autre péril je m'offre fans regret ;
Je vous accorde tout ; laiffez moi mon fecret.
Dalila fe retire , indignée du refus de Samfon,
& lui défend de la yoir jamais ; Samfon la fuit
fans fçavoir ce qu'il doit faire.
Armilla , dans la premiere Scene du cinquiéme
Acto
I
AVRIL. 1730. 803
Acte raconte au Roi tout ce qui s'eft paffé dans
l'Appartement de Dalila ; elle lui dit que s'étant
cachée de maniere à pouvoir tout voir & tour
entendre fans être apperçue , elle a vû Samſon ſe
jetter aux pieds de Dalila , que cette Princeffe
s'obftinant à vouloir apprendre fon fecret , il l'a
voit long- tems trompée par de fauffes confidences
, qu'enfin pour calmer fa colere , il lui avoit
avoué que fa force confiftoit dans fes cheveux ;
elle ajoûte qu'à peine Samfon avoit - il fait ce fatal,
aveu qu'il s'étoit plongé dans un profond fommeil
, qu'elle s'étoit approchée alors , & qu'elle
avoit dit à Dalila que fans doute Samſon la trompoit
& que fa Rivale fe vantoit hautement d'être
la feule dépofitaire de fon fecret , que Dalila pour
le convaincre de menfonge avoit confenti à faire
l'épreuve de fa fincerité ou de fa tromperie , en
lui faifant couper les cheveux , ce qui avoit d'abord
été executé par Armilla. Le Roi promet à
cette perfide fuivante des récompenfes dignes du
fervice qu'elle vient de rendre à fa Patrie.
Le Théatre repréfente l'Appartement de Dalila.
Dalila allarmée du long fommeil de Samfon ,
commence à craindre qu'il n'ait été que trop fincere
, & voyant le Roi fuivi d'une Troupe de
Soldats pour ſe ſaiſir de ſon Amant , elle l'éveille ;
Samfon voulant fe défendre tombe de foibleffe ;
il reproche à Dalila fa perfidie , & avoue qu'il
ne l'a que trop meritée. Phanor ordonne qu'on
lui aille crever les yeux. Dalila fe plonge un poignard
dans le fein. Nous fupprimons encore ici
une Scene comique qui a été trouvée déplacéedans
un fujet fi refpectable.
il
Le Théatre repréfente le Temple de Dagon
où le Roi & toute fa Cour font affemblés. Samfon
privé de la lumiere reconnoit fon crime ,
Lent un repentir fincere , & prie le Seigneur de lui´
rendre
H
804 MERCURE DE FRANCE
rendre fa premiere force afin qu'il puiffe employer
fes derniers momens à delivrer les Hebreux
de l'esclavage & à perdre fes ennemis en
periffant avec eux . Voici une partie de l'ardente
priere qu'il adreffe au Seigneur :
:
Rends leur premiere force à mes bras défarmés
;
Que ma mort foit utile aux Hebreux opprimés
Anime de mes mains les fecouffes rapides ,
Que je puiffe ébranler ces colomnes folides ,
Et que tes ennemis trouvent leurs monumens
Sous ces murs écroulés jufques aux fondemens .
Sanfon eft exaucé : il fecoue les colomnes , &
il est écrafé lui- même avec tous les Philiftins
fous les ruines du Temple de Dagon , ce qui fait
un fpectacle auffi terrible qu'admirable. Ce Temple
, pour le dire en paffant , eft un riche morceau
d'Architecture en rotonde , d'Ordre compofite
, à colomnes torfes de marbre , dont les
Chapiteaux , Bazes & autres ornemens font en
or. Sur le premier Ordre eft une Gallerie remplie
de plufieurs figures de coloris , repréfentant les
Peuples Philiftins. Les Arçades du bas qui conduifent
aux bas côtés font auffi remplies d'un grand
nombre de figures , ainfi que fur la Gallerie d'en
haut. Cette décoration produit un effet admirable
à la vue , fur tout la deftruction totale de ce
fuperbe Edifice . Elle a été compofée fur les deffeins
de M. Le Maire , & peinte par lui .
'Le fuccès étonnant de Samfon , n'a pas peu
contribué à rendre la critique plus fevere qu'elle
ne l'eft ordinairement pour le Théatre Italien .
La juftice qu'on a rendue à beauconp de beaux
Vers qui font répandus dans la Piéce n'a pas empêché
AVRIL. 1730. 805
pêché que les fpectateurs délicats n'ayent fed
mauvais gré à l'Auteur de s'être , pour ainfi dire,
laffé de bien faire dans plufieurs endroits. Tout
le monde a condamné la difparate du bas comique
, & fi la gentilleffe du jeu du St Thomaffin a
fait paffer ce deffaut dans la Repréfentation , la
lecture l'a fait fentir tout entier ; les caracteres
n'ont pas paru également foutenus. Achab , ar'on
dit , n'a prefque point de fentimens d'honneur
, il n'a en vûë que la mort de fon Rival , &
ne veut parvenir à fon but que par des chemins
indignes d'un Chef d'Armée . Phanor n'a rien de
Roi qu'un vain exterieur ; il fait parade de generofité
dans fes paroles ; mais fes actions démentent
fes maximes. Pour Samfon , on convient
qu'il eft tel que l'Ecriture le dépeint , c'eſt - à-dire,
aveuglé par un fol amour ; on peut même dire
que l'Auteur rectifie fon caractere autant que le
refpect qu'on doit avoir pour l'Histoire Sacrée
le peut permettre. Tout le monde a fait un mérite
au fieur Romagnefi d'avoir ennobli le caractere
de Dalila ; mais il ne l'a pu faire fans tomber
dans des inconveniens prefque inévitables . Dalila
a-t'on ajoûté , telle qu'elle eft vertueufe & fidelle
Amante , ne doit pas exiger de Samſon un ſecret
qui doit lui couter & l'honneur & la vie ; elle doit
fe contenter de l'offre qu'il lui fait d'épargner le
fang des Philiftins : en effet peut-elle exiger une
plus grande preuve de fon amour. Samfon ( pourfuivit-
on ) ne doit pas lui feveler fon fecret , furtout
, lui ayant déja voulu donner le change ; fes
premiers menfonges doivent rendre fufpecte à
Dalila la verité qu'il va lui dire ; fa juſte défiance
doit la porter à en faire l'épreuve , & cette épreuve
doit le livrer à la fureur des Philiftins , & entraîner
tous les Hebreux dans fa perte ; on dit à
la décharge de l'Auteur que fon caractere eſt en-
H iij core
306 MERCURE DE FRANCE
core plus defectueux dans l'Hiftoire , mais c'étoit
à l'Auteur à fubftituer le vrai- femblable Théatral
au vrai hiftorique ; on convient que cela éto it
très- embaraffant , mais du moins il n'étoit pas
bien difficile à l'Auteur de rendre fa Dalila vertueufe
jufqu'au bout , & de ne la point faire confentir
à la fatale épreuve ; Armilla auroit pû la
faire à l'infçu de fa Maîtreffe , & même contre fa
défenfe expreffe.
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Résumé : EXTRAIT du nouveau Samson, annoncé dans le dernier Mercure.
Le texte présente la tragédie 'Dalila', initialement jouée en 1717 et révisée par le sieur Riccoboni. La pièce, malgré ses défauts, a connu un grand succès. Elle raconte l'histoire de Dalila, une Philistine amoureuse de Samson, un Hébreu. Dalila doit épouser Achab, le général des Philistins, mais elle est déchirée entre son devoir et son amour pour Samson. Ce dernier, initialement passif, est poussé à l'action par une vision divine et combat les Philistins. Dalila finit par trahir Samson en révélant son secret de force. Samson meurt en héros après une série de combats et de révélations. Une scène spécifique de la pièce 'Samson', jouée en avril 1730, est également décrite. Dans la première scène du cinquième acte, Armilla informe le roi de ce qu'elle a observé dans l'appartement de Dalila. Elle révèle que Samson a avoué à Dalila que sa force résidait dans ses cheveux. Dalila, aidée par Armilla, fait couper les cheveux de Samson pendant qu'il dort, le privant ainsi de sa force. Le roi récompense Armilla pour sa trahison. Dans la scène suivante, Dalila découvre que les soldats du roi sont venus arrêter Samson. Samson, réveillé, reproche à Dalila sa perfidie avant d'être aveuglé. Dalila se suicide. Dans le temple de Dagon, Samson prie pour retrouver sa force afin de délivrer les Hébreux. Sa prière est exaucée, et il détruit le temple en se sacrifiant, tuant ainsi les Philistins. La critique de la pièce souligne des incohérences dans les personnages et l'inclusion de scènes comiques inappropriées. Les spectateurs ont apprécié certains vers mais ont critiqué la disparité des styles et la faiblesse de certains caractères. Dalila est jugée vertueuse, mais son insistance à connaître le secret de Samson est critiquée.
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4946
p. 806-807
« Le 17. l'Académie Royale de Musique fit l'ouverte de son Théatre par l'Opera de Telemaque [...] »
Début :
Le 17. l'Académie Royale de Musique fit l'ouverte de son Théatre par l'Opera de Telemaque [...]
Mots clefs :
Théâtre, Comédie, Comédiens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 17. l'Académie Royale de Musique fit l'ouverte de son Théatre par l'Opera de Telemaque [...] »
Le 17. l'Académie Royale de Mufique fit l'ou
verture de fon Théatre par l'Opera de Telemaque.
On prépare celui d'Alcione pour être donné
le mois prochain.
Le 17. de ce mois , les Comédiens François firent
l'ouverture de leur Théatre qui étoit fermé
depuis le 24. Mars , à caufe de la folemnité
des Fêtes de Pafques , ainfi que les autres , par la
Tragédie de Poliente. Le Sr Duval complimenta
le Public , felon la coutume , & fut fort applaudi.
Le Sr Dangeville , frere de la jeune Dile Dangeville
, joua le principal Rôle dans cette Piéce
ainfi que dans la petite Comédie du François à
Londres , qu'on joua enfuite , & il fut fort applaudi
dans l'un & dans l'autre Rôle.
Le lendemain , ils remirent au Théatre la Comédie
du Muet , de feu M. l'Abbé Brueys , qui
fit beaucoup de plaifir. Les Srs de la Torilliere &
Quinaut & les Diles Quinaut , Labat & Dufresne
y jouent les principaux Rôles.
Le 24. ils remirent au Théatre la Comédie des
Trois Coufines avec fes Intermedes , que le Public
revoit avec beaucoup de plaifir , & qu'on ne fe
laffe pas de voir. Elle eft repréfentée auffi legerement
& auffi vivement qu'il fe puiffe.
Les mêmes Comédiens ont reçû une Comédie
nouAVRIL.
807 1730.
nouvelle en Vers & en trois Actes , avec un Pro
logue qu'on donnera Samedi 29. de ce mois.
Elle a pour titre Le Divorce , ou les Maris mécontens.
Ils en ont reçu une autre en Profe , en
un Acte , fous le titre de La Tragédie en Profe ,
lûë aux Comédiens on la jouëra au commencement
du mois prochain."
Le 17. Avril , les Comédiens Italiens firent
l'ouverture de leur Théatre par le nouveau Sam→
fon. La Dile Thomaffin fit le compliment qu'on
fait ordinairement à l'ouverture du Théatre , lequel
fut fort bien reçû du Public.
Le 24. les mêmes Comédiens donnerent la premiere
Repréfentation d'une Piéce nouvelle en
Vers & en trois Actes , avec un Divertiffemént
terminé par un Vaudeville , dont le titre eft Democrite
prétendu fou , de la compofition de M.
Autreau ; elle a été très - bien reçue du Public
on en parlera plus au long.
›
;
Le 25. la De Nardi Duperier Italienne
nouvelle Comédienne , joia pour la premiere
fois fur le même Théatre le Rôle de Colombine
dans la Comédie des Deux Arlequins , Piéce de
l'Ancien Théatre Italien , & dans la petite Comédie
du Fleuve d'oubli . Elle a été applaudie du
Public.
L'Opera Italien de Parthenope fut repréſenté
le 18. du mois dernier fur le Théatre du Marché
au foin à Londres , & honoré de la préfence du
Roi & de la Reine d'Angleterre , qui en parurent
fort fatisfaits.
verture de fon Théatre par l'Opera de Telemaque.
On prépare celui d'Alcione pour être donné
le mois prochain.
Le 17. de ce mois , les Comédiens François firent
l'ouverture de leur Théatre qui étoit fermé
depuis le 24. Mars , à caufe de la folemnité
des Fêtes de Pafques , ainfi que les autres , par la
Tragédie de Poliente. Le Sr Duval complimenta
le Public , felon la coutume , & fut fort applaudi.
Le Sr Dangeville , frere de la jeune Dile Dangeville
, joua le principal Rôle dans cette Piéce
ainfi que dans la petite Comédie du François à
Londres , qu'on joua enfuite , & il fut fort applaudi
dans l'un & dans l'autre Rôle.
Le lendemain , ils remirent au Théatre la Comédie
du Muet , de feu M. l'Abbé Brueys , qui
fit beaucoup de plaifir. Les Srs de la Torilliere &
Quinaut & les Diles Quinaut , Labat & Dufresne
y jouent les principaux Rôles.
Le 24. ils remirent au Théatre la Comédie des
Trois Coufines avec fes Intermedes , que le Public
revoit avec beaucoup de plaifir , & qu'on ne fe
laffe pas de voir. Elle eft repréfentée auffi legerement
& auffi vivement qu'il fe puiffe.
Les mêmes Comédiens ont reçû une Comédie
nouAVRIL.
807 1730.
nouvelle en Vers & en trois Actes , avec un Pro
logue qu'on donnera Samedi 29. de ce mois.
Elle a pour titre Le Divorce , ou les Maris mécontens.
Ils en ont reçu une autre en Profe , en
un Acte , fous le titre de La Tragédie en Profe ,
lûë aux Comédiens on la jouëra au commencement
du mois prochain."
Le 17. Avril , les Comédiens Italiens firent
l'ouverture de leur Théatre par le nouveau Sam→
fon. La Dile Thomaffin fit le compliment qu'on
fait ordinairement à l'ouverture du Théatre , lequel
fut fort bien reçû du Public.
Le 24. les mêmes Comédiens donnerent la premiere
Repréfentation d'une Piéce nouvelle en
Vers & en trois Actes , avec un Divertiffemént
terminé par un Vaudeville , dont le titre eft Democrite
prétendu fou , de la compofition de M.
Autreau ; elle a été très - bien reçue du Public
on en parlera plus au long.
›
;
Le 25. la De Nardi Duperier Italienne
nouvelle Comédienne , joia pour la premiere
fois fur le même Théatre le Rôle de Colombine
dans la Comédie des Deux Arlequins , Piéce de
l'Ancien Théatre Italien , & dans la petite Comédie
du Fleuve d'oubli . Elle a été applaudie du
Public.
L'Opera Italien de Parthenope fut repréſenté
le 18. du mois dernier fur le Théatre du Marché
au foin à Londres , & honoré de la préfence du
Roi & de la Reine d'Angleterre , qui en parurent
fort fatisfaits.
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Résumé : « Le 17. l'Académie Royale de Musique fit l'ouverte de son Théatre par l'Opera de Telemaque [...] »
En avril 1730, plusieurs événements marquants ont eu lieu dans le monde du théâtre et de la musique. Le 17 avril, l'Académie Royale de Musique a inauguré sa saison avec l'opéra 'Télémaque', et l'opéra 'Alcione' est prévu pour le mois suivant. Les Comédiens Français ont rouvert leur théâtre le 17 avril avec la tragédie 'Polyeucte', après une fermeture due aux fêtes de Pâques. Le sieur Duval a complimenté le public, et le sieur Dangeville a joué le rôle principal, recevant des applaudissements. Le lendemain, ils ont joué 'Le Muet' de l'abbé Brueys. Le 24 avril, ils ont représenté 'Les Trois Cousines' et ont annoncé deux nouvelles pièces : 'Le Divorce, ou les Maris mécontents' et 'La Tragédie en prose'. Les Comédiens Italiens ont ouvert leur saison le 17 avril avec 'Le Nouveau Samson'. Le 24 avril, ils ont présenté 'Démocrite prétendu fou' de M. Autreau, bien accueilli par le public. Le 25 avril, la demoiselle Duperier a joué pour la première fois le rôle de Colombine dans 'Les Deux Arlequins'. Par ailleurs, l'opéra italien 'Parthenope' a été représenté à Londres le 18 mars précédent, en présence du roi et de la reine d'Angleterre.
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4947
p. 808-809
TURQUIE ET PERSE.
Début :
On a eu avis de la résolution prise par le Grand-Seigneur de faire une ensreprise sur [...]
Mots clefs :
Prince, Sultan
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TURQUIE ET PERSE.
Na eu avis de la réfolution prife par le
Grand- Seigneur de faire une ensrepriſe fur
P'Ifle de Corfou , appartenant à la République de
Venife , & qu'on arme à ce fujet une Flotte à
Conftantinople.
On a eu auffi avis de Smirne , qu'on y avoit
reçû la nouvelle que le Prince Thamas , fils du
dernier Roi de Perfe , s'étoit rendu maître d'Ifpaham
, & qu'on ne parloit plus à Conſtantinople
du départ des Troupes que le G. S. devoit
envoyer en Perfe pour fecourir le Sultan Acheraf
& par les dernieres Lettres de Conftantinople on
a appris que le Prince Thamas ayant défait l'Armée
du Sultan Acheraf en trois rencontres, avoit
formé le fiége d'Ifpaham & s'en étoit rendu maître;
qu'enfuite il avoit pris plufieurs autres Villes
confiderables, & qu'on ne doutoit plus qu'il n'entreprît
de reprendre les autres Villes conquifes
par les Puiffances Etrangeres pendant les troubles
du Pays. Ces Lettres ajoûtent qu'on avoit reçû la
nouvelle de la mort du Sultan Acheraf , & qu'à
cette occafion le Grand-Vifir avoit fait affembler
le Divan.
D'autres Lettres qu'on reçoit dans le moment ,
portent que le 26. Fevrier dernier le Grand- Vifir
avoit reçu la nouvelle de la priſe d'Iſpaħam
par l'armée du Prince Thamas , que ce Prince y
avoit fait une entrée triomphante & avoit été
proclamé Souverain de cette partie de la Perfe
aux
AVRIL 1730. 809
#
aux acclamations réiterées des peuples extremement
fatisfaits de fe voir délivrés de l'oppreffion
& de la tyrannie du Sultan Acheraf , qui s'eft retiré
fecretement de la Ville trois jours avant la
prife , avec le refte de fon parti , pour ſe fauver
du côté de la Géorgie , où l'on croit qu'il a été
affaffiné. , & on ajoûte que le bruit de fa mort
avoit déterminé le Grand-Vizir à renvoyer l'Envoyé
qui étoit à Gonftantinoplc de la part de coc JifU1paceur.
Grand- Seigneur de faire une ensrepriſe fur
P'Ifle de Corfou , appartenant à la République de
Venife , & qu'on arme à ce fujet une Flotte à
Conftantinople.
On a eu auffi avis de Smirne , qu'on y avoit
reçû la nouvelle que le Prince Thamas , fils du
dernier Roi de Perfe , s'étoit rendu maître d'Ifpaham
, & qu'on ne parloit plus à Conſtantinople
du départ des Troupes que le G. S. devoit
envoyer en Perfe pour fecourir le Sultan Acheraf
& par les dernieres Lettres de Conftantinople on
a appris que le Prince Thamas ayant défait l'Armée
du Sultan Acheraf en trois rencontres, avoit
formé le fiége d'Ifpaham & s'en étoit rendu maître;
qu'enfuite il avoit pris plufieurs autres Villes
confiderables, & qu'on ne doutoit plus qu'il n'entreprît
de reprendre les autres Villes conquifes
par les Puiffances Etrangeres pendant les troubles
du Pays. Ces Lettres ajoûtent qu'on avoit reçû la
nouvelle de la mort du Sultan Acheraf , & qu'à
cette occafion le Grand-Vifir avoit fait affembler
le Divan.
D'autres Lettres qu'on reçoit dans le moment ,
portent que le 26. Fevrier dernier le Grand- Vifir
avoit reçu la nouvelle de la priſe d'Iſpaħam
par l'armée du Prince Thamas , que ce Prince y
avoit fait une entrée triomphante & avoit été
proclamé Souverain de cette partie de la Perfe
aux
AVRIL 1730. 809
#
aux acclamations réiterées des peuples extremement
fatisfaits de fe voir délivrés de l'oppreffion
& de la tyrannie du Sultan Acheraf , qui s'eft retiré
fecretement de la Ville trois jours avant la
prife , avec le refte de fon parti , pour ſe fauver
du côté de la Géorgie , où l'on croit qu'il a été
affaffiné. , & on ajoûte que le bruit de fa mort
avoit déterminé le Grand-Vizir à renvoyer l'Envoyé
qui étoit à Gonftantinoplc de la part de coc JifU1paceur.
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Résumé : TURQUIE ET PERSE.
En avril 1730, des informations ont été reçues sur des actions militaires et politiques en Méditerranée orientale. Le Grand Seigneur a décidé d'attaquer l'île de Corfou, appartenant à la République de Venise, et une flotte est en cours d'armement à Constantinople. Parallèlement, des nouvelles de Smirne rapportent que Thamas, fils du dernier roi de Perse, a pris le contrôle d'Ispahan après avoir vaincu l'armée du sultan Acheraf en trois batailles. Thamas a ensuite assiégé et conquis Ispahan ainsi que plusieurs autres villes importantes. La mort du sultan Acheraf a été annoncée, et le Grand-Vizir a convoqué le Divan. Des lettres ultérieures confirment la prise d'Ispahan par Thamas, qui y a été proclamé souverain et acclamé par la population. Le sultan Acheraf s'est enfui en Géorgie, où il aurait été assassiné, ce qui a conduit le Grand-Vizir à rappeler l'envoyé de l'empereur de Perse à Constantinople.
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4948
p. 809-812
RUSSIE.
Début :
La Czarine arriva à Moscou le 19. Fevrier à 2. heures après midi. Dès le matin on fit deux [...]
Mots clefs :
Tsarine, Princesse, Conseil, Prince
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RUSSIE.
RUSSIE.
A Czarine arriva à Mofcou le 19. Fevrier à
2. heures après midi . Dès le matin on fit deux
détachemens , l'un du Régiment des Gardes à
cheval & l'autre du Régiment des Gardes Infanterie
, pour aller au-devant de S.-M. Cz. avec
les Députez des trois Etats , qui à une lieuë de
Mofcou lui préfenterent les Clefs de la Ville & du
Château , le Sceptre & la Couronne. Toutes les
rues fur fon paffage étoient tapiffées ; la Bourgeoifie
fous les armes & la Garnifon formoient
une double haye depuis la porte de la Trinité jufqu'à
la grande Eglife , à la porte de làquelle cette
Princeffe fut reçue par l'Archevêque de Novogorod
, accompagné de plufieurs Evêques , Abbez &
autres Ecclefiaftiques de diftinction . Après le Te
Deum, qui fut chanté par la Mufique , la Czarine
fe rendit au Château , où elle fut reçue par la Du--
cheffe de Mekelbourg , fa foeur. Le foir elle reçut
les complimens des Miniftres Etrangers &
des Seigneurs de la Cour.
Cette Princeffe a figné un Decret par lequel !
elle continue tous les Officiers du feu Czar dans
les fonctians de leurs Charges , à la réſerve du
Procureur General Jagozinski , qui a été arrêté
pour avoir voulu exciter une fédition en faveur
H de
810 MERCURE DE FRANCE
de la Princaffe Elifabeth , tante du feu Czar.
Le 26.Février, la Czarine fit fon entrée publique
à Mofcou. Une Compagnie de Grenadiers des
Gardes à cheval commençoit la marche : elle étoit
fuivie de 21. Caroffes à huit chevaux des principaux
Seigneurs de la Cour& de la principale Nobleffe
à cheval. Les Membres du Haut - Conſeil &
les principaux Boyars marchoient enfuite dans des
Caroffes à fix chevaux : le Caroffe de , Ceremonie
de la Czarine venoit après ; il étoit fuivi d'autres
Caroffes dans lefquels étoient plufieurs Dames
qui font venues de Curlande avec cette Princeffe.
A quelque diftance , un Détachement des Chevaliers
Gardes marchoit devant le Caroffe de
S. M. Cz. attelé de huit chevaux , richement caparaçonnez
, & entouré de Valets de Pied , de
Maures & de Heiduques. Le Prince Bafile Dol--
horuski, le Prince Michel Michalowitz Gallitzin &
le Major General Leontioff , étoient à cheval aux
Portieres du Caroffe de S.M.Cz.un autre Détachement
des Chevaliers- Gardes fermoit la marche.
On avoit élevé trois Arcs de Triomphe dans la
Ville , au premier defquels la Czarine fut complimentée
par les Magiftrats en corps & par les
principaux Habitans ; au fecond , par la Nobleffe
& au troifiéme par le Clergé. La Czarine étant
arrivée à l'Eglife Cathédrale , l'Archevêque de
Novogorod la complimenta , après quoi on chan--
ta le Te Deum , au bruit des falves réiterées de
P'Artillerie & des acclamations du Peuple. S. M.
Cz. après avoir vifité quelques Eglifes , fe rendit
au Château du Crenelin , où elle a réfolu.de faire.
fa réfidence. Les principaux Seigneurs & Dames
de la Cour , eurent l'honneur de la complimenter
& de lui baifer la main.
Le 28. le Senat s'étant affemblé , la nouvelle-
Czarine s'y étant renduë , lui fit un Diſcours ,
conte
AVRIL. 1730. 811
contenant en fubftance qu'elle le remercioit du
foin qu'il avoit pris de remplir le Trône vacant
felon les Lolx & les Conftitutions anciennes de
la Monarchie , & des égards qu'il a eûs à cette
occafion pour fa perfonne ; qu'elle promet de
maintenir de tout fon pouvoir les prérogatives ,
les Privileges & la dignité du Sénat ; qu'elle affure
que tous fes fideles Sujets jouiront d'un gouvernement
doux & paifible , auffi long- temps qu'il
plaira à Dieu de lui conferver la vie : qu'elle promet
de plus qu'elle maintiendra & foutiendra fortement
la Religion Chrétienne Grecque , avec
toutes les ceremonies avec lesquelles elle a été introduite
dans la Ruffie , &c. & qu'elle protegera
les autres Religions que fes Ancêtres ont bienvoulu
tolerer dans leurs Etats , & c.
Avant le départ de la Czarine de Mittau , cette
Princeffe avoit figné une Déliberation qui lui
avoit été préfentée par les Députez du Haut-
Confeil , contenant divers articles , fuivant lefquels
la puiffance fouveraine étoit partagée entre
elle & de Haut- Confeil ; quelques Seigneurs ayant
délibéré entre eux fur cette nouvelle forme de
gouvernement établie par le Confeil , & reconnu
que le Gouvernement Monarchique étoit le feul
qui convint à la Ruffie , demanderent le 8. Marsune
Audience publique à la Czarine. S. M. Cz.
en fit donner avis au Haut-Confeil , qui s'étant
affemblé dans la grande Salle d'Audience , fut témoin
des repréfentations que le Feld- Maréchal
Trubetzkoy & le Knés Alexis Czerkaski , Sénateur
, à la tête de 390. Gentilshommes , firent à
la Czarine contre les conditions qu'elle avoit
agréés ; ils la prierent enfuite de vouloir accepter
la fouveraineté en entier & avec la même autorité
que fes Prédeceffeurs l'avoient poffedée . S. M. Cz.
leur répondit que s'étant engagée par fa figna:ure
Hvja · à
812 MERCURE DE FRANCE
à des conventions contraires , elle devoit fçavoir
files Membres du Haut-Confeil confentoient
qu'elle acceptât les offres de fon Peuple. La plupart
de ceux qui compofoient ce Confeil ayant
marqué par une inclination de tête qu'ils y donnoient
leur confentement , la Czarine accepta la
fouveraineté , & le Grand- Chancelier ayant rapporté
les Articles qu'elle avoit fignez , on les dé→
chira fur le champ ; après quoi S. M. fit un Difcours
, tant pour témoigner fa reconnoiffance aux
Députez de la Nobleffe ,que pour les affurer qu'elle
feroit une veritable mere de la Patrie , & qu'elle
accorderoit à fes Sujets toutes les graces qu'ils
pourroient légitimement efperer.
La fille du Prince Menfikoff , que le feu Czar
avoit eu deffein d'époufer , eft morte au commencement
du mois dernier , & la Princeffe Dolhorucki
, qui a eu l'honneur d'être fiancée avec ce
Prince , s'eft retirée dans une Terre avec le Prince
Dolhorucki fon Pere. La Czarine vient d'accor
der une penfion confiderable à cette Princeffe.
On a envoyé ordre aux Commiffaires de l'Amirauté
de Petersbourg , de faire équiper inceffamment
irois Vaiffeaux de guerre de ..40. Pieces
de Canon , qu'on doit envoyer en France & en
Efpagne avec des Marchandiſes de Ruſſie.
On a donné ordre aux Intendans des Mines
d'Olonitz, d'envoyer des gens experimentez dans
le travail des Mines à Derbent , parce qu'on a
réfolu de mettre en valeur les Mines d'or & d'ar
gent qu'on a découvertes près des Côtes de la
Mer Cafpienne.
A Czarine arriva à Mofcou le 19. Fevrier à
2. heures après midi . Dès le matin on fit deux
détachemens , l'un du Régiment des Gardes à
cheval & l'autre du Régiment des Gardes Infanterie
, pour aller au-devant de S.-M. Cz. avec
les Députez des trois Etats , qui à une lieuë de
Mofcou lui préfenterent les Clefs de la Ville & du
Château , le Sceptre & la Couronne. Toutes les
rues fur fon paffage étoient tapiffées ; la Bourgeoifie
fous les armes & la Garnifon formoient
une double haye depuis la porte de la Trinité jufqu'à
la grande Eglife , à la porte de làquelle cette
Princeffe fut reçue par l'Archevêque de Novogorod
, accompagné de plufieurs Evêques , Abbez &
autres Ecclefiaftiques de diftinction . Après le Te
Deum, qui fut chanté par la Mufique , la Czarine
fe rendit au Château , où elle fut reçue par la Du--
cheffe de Mekelbourg , fa foeur. Le foir elle reçut
les complimens des Miniftres Etrangers &
des Seigneurs de la Cour.
Cette Princeffe a figné un Decret par lequel !
elle continue tous les Officiers du feu Czar dans
les fonctians de leurs Charges , à la réſerve du
Procureur General Jagozinski , qui a été arrêté
pour avoir voulu exciter une fédition en faveur
H de
810 MERCURE DE FRANCE
de la Princaffe Elifabeth , tante du feu Czar.
Le 26.Février, la Czarine fit fon entrée publique
à Mofcou. Une Compagnie de Grenadiers des
Gardes à cheval commençoit la marche : elle étoit
fuivie de 21. Caroffes à huit chevaux des principaux
Seigneurs de la Cour& de la principale Nobleffe
à cheval. Les Membres du Haut - Conſeil &
les principaux Boyars marchoient enfuite dans des
Caroffes à fix chevaux : le Caroffe de , Ceremonie
de la Czarine venoit après ; il étoit fuivi d'autres
Caroffes dans lefquels étoient plufieurs Dames
qui font venues de Curlande avec cette Princeffe.
A quelque diftance , un Détachement des Chevaliers
Gardes marchoit devant le Caroffe de
S. M. Cz. attelé de huit chevaux , richement caparaçonnez
, & entouré de Valets de Pied , de
Maures & de Heiduques. Le Prince Bafile Dol--
horuski, le Prince Michel Michalowitz Gallitzin &
le Major General Leontioff , étoient à cheval aux
Portieres du Caroffe de S.M.Cz.un autre Détachement
des Chevaliers- Gardes fermoit la marche.
On avoit élevé trois Arcs de Triomphe dans la
Ville , au premier defquels la Czarine fut complimentée
par les Magiftrats en corps & par les
principaux Habitans ; au fecond , par la Nobleffe
& au troifiéme par le Clergé. La Czarine étant
arrivée à l'Eglife Cathédrale , l'Archevêque de
Novogorod la complimenta , après quoi on chan--
ta le Te Deum , au bruit des falves réiterées de
P'Artillerie & des acclamations du Peuple. S. M.
Cz. après avoir vifité quelques Eglifes , fe rendit
au Château du Crenelin , où elle a réfolu.de faire.
fa réfidence. Les principaux Seigneurs & Dames
de la Cour , eurent l'honneur de la complimenter
& de lui baifer la main.
Le 28. le Senat s'étant affemblé , la nouvelle-
Czarine s'y étant renduë , lui fit un Diſcours ,
conte
AVRIL. 1730. 811
contenant en fubftance qu'elle le remercioit du
foin qu'il avoit pris de remplir le Trône vacant
felon les Lolx & les Conftitutions anciennes de
la Monarchie , & des égards qu'il a eûs à cette
occafion pour fa perfonne ; qu'elle promet de
maintenir de tout fon pouvoir les prérogatives ,
les Privileges & la dignité du Sénat ; qu'elle affure
que tous fes fideles Sujets jouiront d'un gouvernement
doux & paifible , auffi long- temps qu'il
plaira à Dieu de lui conferver la vie : qu'elle promet
de plus qu'elle maintiendra & foutiendra fortement
la Religion Chrétienne Grecque , avec
toutes les ceremonies avec lesquelles elle a été introduite
dans la Ruffie , &c. & qu'elle protegera
les autres Religions que fes Ancêtres ont bienvoulu
tolerer dans leurs Etats , & c.
Avant le départ de la Czarine de Mittau , cette
Princeffe avoit figné une Déliberation qui lui
avoit été préfentée par les Députez du Haut-
Confeil , contenant divers articles , fuivant lefquels
la puiffance fouveraine étoit partagée entre
elle & de Haut- Confeil ; quelques Seigneurs ayant
délibéré entre eux fur cette nouvelle forme de
gouvernement établie par le Confeil , & reconnu
que le Gouvernement Monarchique étoit le feul
qui convint à la Ruffie , demanderent le 8. Marsune
Audience publique à la Czarine. S. M. Cz.
en fit donner avis au Haut-Confeil , qui s'étant
affemblé dans la grande Salle d'Audience , fut témoin
des repréfentations que le Feld- Maréchal
Trubetzkoy & le Knés Alexis Czerkaski , Sénateur
, à la tête de 390. Gentilshommes , firent à
la Czarine contre les conditions qu'elle avoit
agréés ; ils la prierent enfuite de vouloir accepter
la fouveraineté en entier & avec la même autorité
que fes Prédeceffeurs l'avoient poffedée . S. M. Cz.
leur répondit que s'étant engagée par fa figna:ure
Hvja · à
812 MERCURE DE FRANCE
à des conventions contraires , elle devoit fçavoir
files Membres du Haut-Confeil confentoient
qu'elle acceptât les offres de fon Peuple. La plupart
de ceux qui compofoient ce Confeil ayant
marqué par une inclination de tête qu'ils y donnoient
leur confentement , la Czarine accepta la
fouveraineté , & le Grand- Chancelier ayant rapporté
les Articles qu'elle avoit fignez , on les dé→
chira fur le champ ; après quoi S. M. fit un Difcours
, tant pour témoigner fa reconnoiffance aux
Députez de la Nobleffe ,que pour les affurer qu'elle
feroit une veritable mere de la Patrie , & qu'elle
accorderoit à fes Sujets toutes les graces qu'ils
pourroient légitimement efperer.
La fille du Prince Menfikoff , que le feu Czar
avoit eu deffein d'époufer , eft morte au commencement
du mois dernier , & la Princeffe Dolhorucki
, qui a eu l'honneur d'être fiancée avec ce
Prince , s'eft retirée dans une Terre avec le Prince
Dolhorucki fon Pere. La Czarine vient d'accor
der une penfion confiderable à cette Princeffe.
On a envoyé ordre aux Commiffaires de l'Amirauté
de Petersbourg , de faire équiper inceffamment
irois Vaiffeaux de guerre de ..40. Pieces
de Canon , qu'on doit envoyer en France & en
Efpagne avec des Marchandiſes de Ruſſie.
On a donné ordre aux Intendans des Mines
d'Olonitz, d'envoyer des gens experimentez dans
le travail des Mines à Derbent , parce qu'on a
réfolu de mettre en valeur les Mines d'or & d'ar
gent qu'on a découvertes près des Côtes de la
Mer Cafpienne.
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Résumé : RUSSIE.
Le texte décrit l'arrivée et l'accession au trône de la nouvelle czarine en Russie. Le 19 février, elle arrive à Moscou où elle est accueillie par des détachements des régiments des Gardes à cheval et des Gardes Infanterie, ainsi que par les députés des trois états qui lui remettent les clefs de la ville et du château, le sceptre et la couronne. Les rues sont décorées et la bourgeoisie ainsi que la garnison forment une double haie jusqu'à la grande église. Après un Te Deum, elle se rend au château où elle est reçue par la duchesse de Meckelbourg, sa sœur. Le soir, elle reçoit les compliments des ministres étrangers et des seigneurs de la cour. La czarine signe un décret confirmant tous les officiers du précédent tsar dans leurs fonctions, à l'exception du procureur général Jagozinski, arrêté pour avoir tenté de fomenter une sédition en faveur de la princesse Élisabeth, tante du défunt tsar. Le 26 février, elle fait son entrée publique à Moscou, accompagnée d'une procession solennelle incluant des carrosses, des nobles et des détachements des Chevaliers Gardes. Elle est acclamée par les magistrats, la noblesse et le clergé, et se rend à l'église cathédrale où un Te Deum est chanté. Elle visite ensuite quelques églises avant de se rendre au château du Kremlin, où elle décide de résider. Le 28 février, la czarine s'adresse au Sénat, remerciant les sénateurs pour leur rôle dans la transition et promettant de maintenir les prérogatives et les privilèges du Sénat. Elle assure également un gouvernement doux et paisible, et la protection de la religion chrétienne grecque ainsi que des autres religions tolérées dans l'État. Avant son départ de Mittau, la czarine avait signé une délibération proposée par les députés du Haut-Conseil, partageant la puissance souveraine entre elle et le Haut-Conseil. Cependant, le 8 mars, des seigneurs demandent une audience publique pour lui proposer d'accepter la souveraineté en entier. Après avoir obtenu le consentement du Haut-Conseil, elle accepte la souveraineté et fait un discours de reconnaissance et d'assurance à la noblesse. Le texte mentionne également la mort de la fille du prince Menfikoff et le retrait de la princesse Dolhorucki dans une terre avec son père. La czarine accorde une pension à cette princesse. Enfin, des ordres sont donnés pour équiper des vaisseaux de guerre et exploiter les mines d'or et d'argent près des côtes de la mer Caspienne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4949
p. 812-813
ALLEMAGNE.
Début :
Mr. Brawe, Ministre Plenipotentiaire du Duc de Brunswick-Wolfembutel ; reçut [...]
Mots clefs :
Troupes, Roi d'Angleterre, Roi de Prusse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLE MAGNE.
Mr.Duc de Brunfwick-Wolfembutel ; reçur r . Brawe , Miniftre Plenipotentiaire du
le 13 Mars , des mains de l'Empereur , Pinvef
titure
AVRIL. 813 1730 :
titure du Duché de Brunfwick .
On apprend de Caffel que le Roy de Suede
doit y aller faire un voyage inceffamment ,
pour prendre poffeffion de fes nouveaux Etats.
On a publié à Drefde une Ordonnance du
Roy de Pologne, par laquelle il eft défendu aux
Lutheriens de cette Ville , fous des peines tresrigoureuſes
, de fe trouver aux Offices & autres
Ceremonies de la Chapelle Catholique du Palais.
Le 30 Mars , on celebra dans la Chapelle de
l'Imperatrice Amelie , à Vienne , une des Fêtes
annuelles de l'Ordre de la Croiſade. Il y cut
pendant la journée treize exhortations , aufquelles
les Dames de cet Ordre fe trouverent alter
nativement..
On a eu avis de Berlin, que les differends entre
le Roy d'Angleterre & le Roy de Pruffe ,.
étoient accommodez & qu'on devoit faire inceffamment
l'échange des Soldats Hanovriens
& Pruffiens, qui ont donné lieu à ces differends.
L'Evêque de Bamberg & de Wurtbourg , Vice-
Chancelier de l'Empire , a promis de fournir à
S. M. I. 6000. hommes de fes Troupes.
Le General Wallis doit commander celles
qu'on envoye en Sicile. Elles formeront un
Corps de 14000. hommes.
Le fecond Corps de Troupes , deftiné pour
la Lombardie & la Calabre eft en marche. Le 28
Mars on fit partir encore pour l'Italie huit Bataillons
, quatre Compagnies de Grenadiers &
quatorze Eſcadrons qu'on a tiré d'Hongrie .
Mr.Duc de Brunfwick-Wolfembutel ; reçur r . Brawe , Miniftre Plenipotentiaire du
le 13 Mars , des mains de l'Empereur , Pinvef
titure
AVRIL. 813 1730 :
titure du Duché de Brunfwick .
On apprend de Caffel que le Roy de Suede
doit y aller faire un voyage inceffamment ,
pour prendre poffeffion de fes nouveaux Etats.
On a publié à Drefde une Ordonnance du
Roy de Pologne, par laquelle il eft défendu aux
Lutheriens de cette Ville , fous des peines tresrigoureuſes
, de fe trouver aux Offices & autres
Ceremonies de la Chapelle Catholique du Palais.
Le 30 Mars , on celebra dans la Chapelle de
l'Imperatrice Amelie , à Vienne , une des Fêtes
annuelles de l'Ordre de la Croiſade. Il y cut
pendant la journée treize exhortations , aufquelles
les Dames de cet Ordre fe trouverent alter
nativement..
On a eu avis de Berlin, que les differends entre
le Roy d'Angleterre & le Roy de Pruffe ,.
étoient accommodez & qu'on devoit faire inceffamment
l'échange des Soldats Hanovriens
& Pruffiens, qui ont donné lieu à ces differends.
L'Evêque de Bamberg & de Wurtbourg , Vice-
Chancelier de l'Empire , a promis de fournir à
S. M. I. 6000. hommes de fes Troupes.
Le General Wallis doit commander celles
qu'on envoye en Sicile. Elles formeront un
Corps de 14000. hommes.
Le fecond Corps de Troupes , deftiné pour
la Lombardie & la Calabre eft en marche. Le 28
Mars on fit partir encore pour l'Italie huit Bataillons
, quatre Compagnies de Grenadiers &
quatorze Eſcadrons qu'on a tiré d'Hongrie .
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Résumé : ALLEMAGNE.
En mars 1730, le duc de Brunswick-Wolfenbüttel a reçu la plénipotence impériale. Le roi de Suède envisageait de se rendre en Allemagne pour prendre possession de ses nouveaux États. À Dresde, une ordonnance du roi de Pologne interdisait aux luthériens d'assister aux cérémonies de la chapelle catholique du palais, sous peine de sanctions sévères. Le 30 mars, une fête annuelle de l'Ordre de la Croisade a été célébrée à Vienne. À Berlin, les différends entre le roi d'Angleterre et le roi de Prusse ont été résolus, et un échange de soldats hanovriens et prussiens était imminent. L'évêque de Bamberg et de Wurtzbourg, vice-chancelier de l'Empire, a promis de fournir 6 000 hommes à l'empereur. Le général Wallis devait commander les troupes envoyées en Sicile, formant un corps de 14 000 hommes. Un second corps de troupes, destiné à la Lombardie et à la Calabre, était en marche. Le 28 mars, huit bataillons, quatre compagnies de grenadiers et quatorze escadrons provenant de Hongrie ont été envoyés en Italie.
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4950
p. 813-818
ITALIE.
Début :
Le 25 Février, les Cardinaux, Chefs d'Ordre, eurent le P. Gaspard Lérati, de la Congrégation [...]
Mots clefs :
Cardinal, Cardinaux, République, Naples
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALIE.
E 25 Février, les Cardinaux, Chefs d'Ordre ;.
Laurent le 1. Gafpard Lérati , de la Congré
gation
814 MERCURE DE FRANCE
gation des Prêtres de l'Oratoire de S. Philippe
de Néri , pour être Confeffeur du Conclave. Et
le 28 on tira au fort les Cellules du Conclave.
Le 2 de Mars , les mêmes Cardinaux , Chefs
d'Ordres , tinrent la neuviéme Congrégation ,
dans laquelle ils reçurent , au nom du facré Col
lége , les complimens de condoléance des Ambaffadeurs
de la République de Veniſe & de la
Religion de Malte , du Miniftre du Roy de Sardaigne
, & de l'Ambaffadeur de la Ville de Bologne.
Les Mars , après la Meffe , que le Cardinal
Barberin célebra dans l'Eglife de S. Pierre , & le
Sermon de l'Abbé Lanfredini , fur l'Election du
Pape ; le même Cardinal François . Barberin
-Sous- Doyen , Romain , entra dans le Conclave
avec les Cardinaux Pierre Ottoboni , ~)Venitien .
Antoine- Felix Zondodary , Sienois . Pierre -Marcellin
Corradini , de Sezza. Curce Orighi , Romain.
Louis Belluga , Efpagnol . Bernard-Marie
Conti , Romain . Vincent Petra , Napolitain.
Laurent & Jean- Baptifte Altiery, Romains. Les
Cardinaux Profper Marefoſchi , de Macerata . -
Ange - Marie Querini , Venitien . Leandre Porzia.
du Frioul. Pierre-Louis Caraffa , Napolitain . -
Camille Cibo , de Maffa -Carrara . Nicolas -Marie
Lercari , Genois. Vincent Ferreri , Piemontois
, & François Borghefe , Romain . Les Cardinaux
Melchior de Polignac , chargé des affaires
du Roy de France , François . Antoine Banchieri,
de Siftoye. Alexandre Falconieri , Romain.
Charles Colonne, Romain . Annibal & Alexandre
Albani , de Pefaro. François-Antoine Fini , Napolitain
de Minerino. Charles Colligola , de Spolete.
Jofeph- René Imperiali , Genois , Chef des
Prêtres . Vincent-Louis Gotti ; Bolonois. Alamanno
Salviati , Florentin , & Laurent Corfini,
Florentins
AVRIL. 1730. 815
Florentin , y entrerent l'après midi , vers les
quatre heures le Sacré college y reçut les vifites
des Miniftres Etrangers , des Princes Romains &
de la principale Nobleffe.
Le Cardinal de Sainte- Agnez entra au Conclave
le 8. au matin , avec le Cardinal Charles-
Marini , Genois . Le Cardinal Joſeph Accoramboni
, de Spolete , y entra le même jour au foir,
& le Cardinal Fabio Olivieri , de Pefaro le 9. au
matin. Corneille Bentivoglio , Ferrarois , chargé
des affaires du Roy d'Efpagne , le 12. au foir.
Jean-Antoine Davia , Boulonnois. Jules Alberoni
, de Plaifance. Louis Pie de la Mirandole ,
Milanois. Nicolas Del Gindice , Napolitain. Le
17. au foir , Thomas Ruffo , auffi Napolitain ,.
le 30. ainfi que Jacques Buon- Compagnie , Boulonnois.
Le 31. Henri de Thiard de Biffy,François
, & Philippe- Louis Zinzenderf, Allemand.
Le 1. Avril , Sigifmond Collonitz , auffi Alle--
mand. Le Nicolas Cofcia , de Benevent .
Le 13. Mars , le Sacré College reçût une Let--
tre du Cardinal Cofcia , par laquelle il promerde
venir au Conclave auffi - tôt qu'on lui aura
fait rendre fa Bibliotheque , fes Meubles & fa
Vaiffelle d'argent , qu'on a enlevés du Palaisdu
Marquis Abbati , pour les porter au Château
Saint-Ange. Il reprefente en même-temps qu'on
n'a pu proceder contre lui , pendant le Siége
vacant, fans donner atteinte aux Bulles des Papes
Clement V. & S. Pie V. Les Cardinaux Otthoboni
, Zondodari & Colonne lui firent réponfe
au nom du Sacré College , que s'il fe déterminoit
à venir au Conclave on lui feroit rendre
Tout ce qui lui feroit neceffaire pour foûtenir fa
dignité. On a appris depuis que le Cardinal Cof--
cia étoit arrivé à Rome le 28. au foir , dans le
Caroffe du Prince de Caferte . chez lequel il alla
defcendre.
›
On
$ 16 MERCURE DE FRANCE
On a appris auffi que le 26. Mars , les Cardi
naux Barberin, Spinola & Colligola qui étoient
Chef- d'Ordre ce jour- là , reçurent un Mémoire
de la part des habitans de la Ville de Benevent.
Is le communiquerent le même jour au Sacré
Collége , qui nomma M. Bondelmonti, Gouverneur
d'Afcoli , pour Visiteur Apoftoliqué de ce
Diocéfe , à la place du Grand Vicaire que le
Cardinal Cofcia avoit nommé , & que le Chapitre
de Benevent a refufé de reconnoître. Le Cardinal
Cofcia ayant fait des proteftations contre
cette nomination & menacé d'excommunier le
nouveau Vifiteur Apoftolique : le Sacré College
a changé de réfolution pour ne pas compromettre
fon autorité , & il s'eft contenté de faire au
Mémoire des Beneventins , une réponſe par laquelle
ils renvoyent la décifion de cette affaire au
Pape qui fera élu.
On publia à Naples le 7. du mois dernier, une
nouvelle Ordonnance de l'Empereur , par laquelle
S. M. I. exige à titre d'emprunt , une année
entiere du revenu des Fiefs que les Etrangers pof--
fedent dans le Royaume de Naples : le cinquiénte
denier du prix des Terres donnés pár S. M. I.
à titre de récompenfe ; le Cheval monté de tous
les Barons pour chaque Fief, relevant de la Coùronne
, ou 80 Ducats par Fief.
Les maladies de Poitrine , Fluxions & Catha
res, dont on a été attaqué pendant l'Hyver ,dans
prefque toute l'Italie, & qui ont emporté bien du
monde , fe font communiquées à Naples , en
forte qu'il y a eu un tres- grand nombre de malades
, tant dans les Maifons particulieres , que
dans les Communautez ; ce qui comprend la
plus grande partie des habitans . Le Cardinal ,
Archevêque de cette Ville , fit commencer le 13 .
Mars, des Prieres publiques dans l'Eglife Métropolitaine
"
AVRIL. 1730. 817
tropolitaine , pour en demander à Dieu la ceffation.
Vers le 20. du mois dernier , le Mont-Vefuve
commença à jetter une grande quantité de flammes
& de matieres bitumineufes embrafées , qui
couvrirent une Plaine de quatre milles d'éten
duë , du côté de la Terre d'Ottoiano , dont les
Vignes & les Maiſons ont été embraſées ou ren
verfées , & tous les habitans des Bourgs & Vilages
qui font aux environs de cette Montagne ,
' ont été obligez d'abandonner leurs demeures &
de fe retirer beaucoup plus loin . ..
On mande auffi de Naples que les Fiévres
malignes ont fuccedé aux maladies de poitrine ,
& que beaucoup de gens en meurent.
On mande de Genes , que le nombre des Mécontens
de l'Ile de Corfe avoit augménté jufqu'à
22000 hommes , prefque tous armez , & la
plupart Bandits & Montagnards ; qu'ils avoient
pillé & brûlé tous les environs de Baftia , qu'ils
avoient tenté de furprendre cette Place , de devant
laquelle ils ne s'étoient retirez que parce
que l'Evêque d'Aléria avoit promis d'écrire à
Génes en leur faveur , & de faire tous fes efforts
pour obtenir de la République une diminution
des Impofitions qu'on léve fur eux.
On a appris enfuite que les Corfes s'étoient
retirez de Baftia , après l'avoir pillé , que l'Evêque
d'Aléria leur avoit fait promettre de rentrer
dans leur devoir , auffi -tôt que la République de
Genes auroit diminué les Impofitions & le prix
du Sel ; que M. Venerofo ; chargé des pouvoirs
de la Républiqué , les avoit affurez qu'on les fatisferoit
aufli -tôt qu'ils fe feroient retirez chez
eux ; & qu'on efperois que la tranquillité feroit
bien-tôt rétablie dans cette Ifle. Et les Lettres de
Genes portent que le Podeſtard de la Nation
Corfe
818 MERCURE DE FRANCE
Corfe avoit eu le 31. du mois dernier une audience
publique du Grand Confeil , auquel il fit
un long Difcours pour défavoüer la Rebellion
des Bandits de l'Ile de Corfe , qui ont pillé la
Ville de Baftia. Il affura la République de la fidelité
des habitans de cette Ile ; la priant de ne
les pas confondre avec les Montagnars.
On mande de Venife que M.Louis Mocenigo
en partit au commencement du mois dernier
pour la Cour de France , où il va relever le
Chevalier J. B. Canale , Ambaffadeur de cette
République
E 25 Février, les Cardinaux, Chefs d'Ordre ;.
Laurent le 1. Gafpard Lérati , de la Congré
gation
814 MERCURE DE FRANCE
gation des Prêtres de l'Oratoire de S. Philippe
de Néri , pour être Confeffeur du Conclave. Et
le 28 on tira au fort les Cellules du Conclave.
Le 2 de Mars , les mêmes Cardinaux , Chefs
d'Ordres , tinrent la neuviéme Congrégation ,
dans laquelle ils reçurent , au nom du facré Col
lége , les complimens de condoléance des Ambaffadeurs
de la République de Veniſe & de la
Religion de Malte , du Miniftre du Roy de Sardaigne
, & de l'Ambaffadeur de la Ville de Bologne.
Les Mars , après la Meffe , que le Cardinal
Barberin célebra dans l'Eglife de S. Pierre , & le
Sermon de l'Abbé Lanfredini , fur l'Election du
Pape ; le même Cardinal François . Barberin
-Sous- Doyen , Romain , entra dans le Conclave
avec les Cardinaux Pierre Ottoboni , ~)Venitien .
Antoine- Felix Zondodary , Sienois . Pierre -Marcellin
Corradini , de Sezza. Curce Orighi , Romain.
Louis Belluga , Efpagnol . Bernard-Marie
Conti , Romain . Vincent Petra , Napolitain.
Laurent & Jean- Baptifte Altiery, Romains. Les
Cardinaux Profper Marefoſchi , de Macerata . -
Ange - Marie Querini , Venitien . Leandre Porzia.
du Frioul. Pierre-Louis Caraffa , Napolitain . -
Camille Cibo , de Maffa -Carrara . Nicolas -Marie
Lercari , Genois. Vincent Ferreri , Piemontois
, & François Borghefe , Romain . Les Cardinaux
Melchior de Polignac , chargé des affaires
du Roy de France , François . Antoine Banchieri,
de Siftoye. Alexandre Falconieri , Romain.
Charles Colonne, Romain . Annibal & Alexandre
Albani , de Pefaro. François-Antoine Fini , Napolitain
de Minerino. Charles Colligola , de Spolete.
Jofeph- René Imperiali , Genois , Chef des
Prêtres . Vincent-Louis Gotti ; Bolonois. Alamanno
Salviati , Florentin , & Laurent Corfini,
Florentins
AVRIL. 1730. 815
Florentin , y entrerent l'après midi , vers les
quatre heures le Sacré college y reçut les vifites
des Miniftres Etrangers , des Princes Romains &
de la principale Nobleffe.
Le Cardinal de Sainte- Agnez entra au Conclave
le 8. au matin , avec le Cardinal Charles-
Marini , Genois . Le Cardinal Joſeph Accoramboni
, de Spolete , y entra le même jour au foir,
& le Cardinal Fabio Olivieri , de Pefaro le 9. au
matin. Corneille Bentivoglio , Ferrarois , chargé
des affaires du Roy d'Efpagne , le 12. au foir.
Jean-Antoine Davia , Boulonnois. Jules Alberoni
, de Plaifance. Louis Pie de la Mirandole ,
Milanois. Nicolas Del Gindice , Napolitain. Le
17. au foir , Thomas Ruffo , auffi Napolitain ,.
le 30. ainfi que Jacques Buon- Compagnie , Boulonnois.
Le 31. Henri de Thiard de Biffy,François
, & Philippe- Louis Zinzenderf, Allemand.
Le 1. Avril , Sigifmond Collonitz , auffi Alle--
mand. Le Nicolas Cofcia , de Benevent .
Le 13. Mars , le Sacré College reçût une Let--
tre du Cardinal Cofcia , par laquelle il promerde
venir au Conclave auffi - tôt qu'on lui aura
fait rendre fa Bibliotheque , fes Meubles & fa
Vaiffelle d'argent , qu'on a enlevés du Palaisdu
Marquis Abbati , pour les porter au Château
Saint-Ange. Il reprefente en même-temps qu'on
n'a pu proceder contre lui , pendant le Siége
vacant, fans donner atteinte aux Bulles des Papes
Clement V. & S. Pie V. Les Cardinaux Otthoboni
, Zondodari & Colonne lui firent réponfe
au nom du Sacré College , que s'il fe déterminoit
à venir au Conclave on lui feroit rendre
Tout ce qui lui feroit neceffaire pour foûtenir fa
dignité. On a appris depuis que le Cardinal Cof--
cia étoit arrivé à Rome le 28. au foir , dans le
Caroffe du Prince de Caferte . chez lequel il alla
defcendre.
›
On
$ 16 MERCURE DE FRANCE
On a appris auffi que le 26. Mars , les Cardi
naux Barberin, Spinola & Colligola qui étoient
Chef- d'Ordre ce jour- là , reçurent un Mémoire
de la part des habitans de la Ville de Benevent.
Is le communiquerent le même jour au Sacré
Collége , qui nomma M. Bondelmonti, Gouverneur
d'Afcoli , pour Visiteur Apoftoliqué de ce
Diocéfe , à la place du Grand Vicaire que le
Cardinal Cofcia avoit nommé , & que le Chapitre
de Benevent a refufé de reconnoître. Le Cardinal
Cofcia ayant fait des proteftations contre
cette nomination & menacé d'excommunier le
nouveau Vifiteur Apoftolique : le Sacré College
a changé de réfolution pour ne pas compromettre
fon autorité , & il s'eft contenté de faire au
Mémoire des Beneventins , une réponſe par laquelle
ils renvoyent la décifion de cette affaire au
Pape qui fera élu.
On publia à Naples le 7. du mois dernier, une
nouvelle Ordonnance de l'Empereur , par laquelle
S. M. I. exige à titre d'emprunt , une année
entiere du revenu des Fiefs que les Etrangers pof--
fedent dans le Royaume de Naples : le cinquiénte
denier du prix des Terres donnés pár S. M. I.
à titre de récompenfe ; le Cheval monté de tous
les Barons pour chaque Fief, relevant de la Coùronne
, ou 80 Ducats par Fief.
Les maladies de Poitrine , Fluxions & Catha
res, dont on a été attaqué pendant l'Hyver ,dans
prefque toute l'Italie, & qui ont emporté bien du
monde , fe font communiquées à Naples , en
forte qu'il y a eu un tres- grand nombre de malades
, tant dans les Maifons particulieres , que
dans les Communautez ; ce qui comprend la
plus grande partie des habitans . Le Cardinal ,
Archevêque de cette Ville , fit commencer le 13 .
Mars, des Prieres publiques dans l'Eglife Métropolitaine
"
AVRIL. 1730. 817
tropolitaine , pour en demander à Dieu la ceffation.
Vers le 20. du mois dernier , le Mont-Vefuve
commença à jetter une grande quantité de flammes
& de matieres bitumineufes embrafées , qui
couvrirent une Plaine de quatre milles d'éten
duë , du côté de la Terre d'Ottoiano , dont les
Vignes & les Maiſons ont été embraſées ou ren
verfées , & tous les habitans des Bourgs & Vilages
qui font aux environs de cette Montagne ,
' ont été obligez d'abandonner leurs demeures &
de fe retirer beaucoup plus loin . ..
On mande auffi de Naples que les Fiévres
malignes ont fuccedé aux maladies de poitrine ,
& que beaucoup de gens en meurent.
On mande de Genes , que le nombre des Mécontens
de l'Ile de Corfe avoit augménté jufqu'à
22000 hommes , prefque tous armez , & la
plupart Bandits & Montagnards ; qu'ils avoient
pillé & brûlé tous les environs de Baftia , qu'ils
avoient tenté de furprendre cette Place , de devant
laquelle ils ne s'étoient retirez que parce
que l'Evêque d'Aléria avoit promis d'écrire à
Génes en leur faveur , & de faire tous fes efforts
pour obtenir de la République une diminution
des Impofitions qu'on léve fur eux.
On a appris enfuite que les Corfes s'étoient
retirez de Baftia , après l'avoir pillé , que l'Evêque
d'Aléria leur avoit fait promettre de rentrer
dans leur devoir , auffi -tôt que la République de
Genes auroit diminué les Impofitions & le prix
du Sel ; que M. Venerofo ; chargé des pouvoirs
de la Républiqué , les avoit affurez qu'on les fatisferoit
aufli -tôt qu'ils fe feroient retirez chez
eux ; & qu'on efperois que la tranquillité feroit
bien-tôt rétablie dans cette Ifle. Et les Lettres de
Genes portent que le Podeſtard de la Nation
Corfe
818 MERCURE DE FRANCE
Corfe avoit eu le 31. du mois dernier une audience
publique du Grand Confeil , auquel il fit
un long Difcours pour défavoüer la Rebellion
des Bandits de l'Ile de Corfe , qui ont pillé la
Ville de Baftia. Il affura la République de la fidelité
des habitans de cette Ile ; la priant de ne
les pas confondre avec les Montagnars.
On mande de Venife que M.Louis Mocenigo
en partit au commencement du mois dernier
pour la Cour de France , où il va relever le
Chevalier J. B. Canale , Ambaffadeur de cette
République
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Résumé : ITALIE.
En février 1730, les cardinaux chefs d'ordre, dont Laurent Lérati de la Congrégation des Prêtres de l'Oratoire de Saint Philippe Néri, furent désignés comme confesseurs du conclave. Le 28 février, les cellules du conclave furent tirées au sort. Le 3 mars, après la messe célébrée par le cardinal Barberini et le sermon de l'abbé Lanfredini sur l'élection du pape, plusieurs cardinaux, dont François Barberini, Pierre Ottoboni, Antoine-Félix Zondodari et Pierre-Marcellin Corradini, entrèrent dans le conclave. Le 13 mars, le cardinal Coscia demanda la restitution de sa bibliothèque, de ses meubles et de sa vaisselle d'argent, enlevés du palais du marquis Abbati. Le Sacré Collège lui répondit qu'il lui rendrait tout ce qui lui était nécessaire pour maintenir sa dignité. Le 26 mars, les cardinaux Barberini, Spinola et Colligola reçurent un mémoire des habitants de la ville de Benevent, qui fut communiqué au Sacré Collège. Ce dernier nomma M. Bondelmonti comme visiteur apostolique du diocèse de Benevent, à la place du grand vicaire nommé par le cardinal Coscia. Le cardinal Coscia protesta contre cette nomination et menaça d'excommunier le nouveau visiteur apostolique. Le Sacré Collège décida de renvoyer la décision de cette affaire au pape élu. À Naples, une ordonnance de l'empereur exigea une année entière du revenu des fiefs possédés par des étrangers, le cinquantième denier du prix des terres données par l'empereur, et un cheval monté ou 80 ducats par fief relevant de la couronne. Des maladies de poitrine, fluxions et catarrhes sévirent en Italie, entraînant un grand nombre de malades et de décès. Le cardinal archevêque de Naples fit commencer des prières publiques pour demander la cessation de ces maladies. Vers le 20 mars, le mont Vésuve entra en éruption, jetant des flammes et des matières bitumineuses qui embrasèrent et renversèrent des vignes et des maisons. Les habitants des environs durent abandonner leurs demeures. À Gênes, le nombre de mécontents sur l'île de Corse augmenta, atteignant 22 000 hommes, principalement des bandits et des montagnards. Ils pillèrent et brûlèrent les environs de Bastia avant de se retirer après une promesse de l'évêque d'Aléria d'intercéder en leur faveur auprès de la République de Gênes. À Venise, Louis Mocenigo partit pour la cour de France afin de relever le chevalier J. B. Canale en tant qu'ambassadeur.
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