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Détail
Liste
51
p. 174
« Mr Moreau de Mautour luy [e]nvoya ce Quatrain sur sa / Docte Sapho, peu de personnes [...] »
Début :
Mr Moreau de Mautour luy [e]nvoya ce Quatrain sur sa / Docte Sapho, peu de personnes [...]
Mots clefs :
Sapho, Immortalité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Mr Moreau de Mautour luy [e]nvoya ce Quatrain sur sa / Docte Sapho, peu de personnes [...] »
M
'
Moreau
de
Mautour
luy
nvoya
ce
Quatrain
fur fa
éponſe
.
Docte Sapho , peu de perfonnes
Meritent l'immortalité,
Mais
par
ton
efprit ſi
vanté
Tu
te
l'acquiers
,
&
tu
la
donnes
.
'
Moreau
de
Mautour
luy
nvoya
ce
Quatrain
fur fa
éponſe
.
Docte Sapho , peu de perfonnes
Meritent l'immortalité,
Mais
par
ton
efprit ſi
vanté
Tu
te
l'acquiers
,
&
tu
la
donnes
.
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52
p. 58-63
LES CHESNES.
Début :
Le même Mr Moreau de Mautour a adressé à Mr l'Abbé / Arbres qui resistez à la fureur des vents, [...]
Mots clefs :
Chênes, Vieillesse, Sapho, Temple de mémoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES CHESNES.
Le
même
M
Moreau
de
Mautour
a
adreffé à
M
'
l'Abbé
Bofquillon
,
de l'Academie
Royale de
Soiffons
,
l'Idille
que vous
allez
lire
.
GALANT. 19
LES
CHESNES
.
ARbres
qui
reſiſtez
à
lafureur
des
vents
,
Vous qui femblezbraver les injures
des
ans
,
Dont
la
feuille
aux
Heros
,
aux
Dieux
fut
confacrée
,
Et
les
fruits
aux Humains
fervirent
d'alimens
,
Chefnes fi hauts , fi fiers , qui dans ,
voftre durée ,
Confondez à nos yeux les âges & les
temps ,
Faut
-
il
que
Scudery
,
cette illuftre
MortelleSujette
au
trait
fatal
de la
Parque
cruelle
Ne puiffe fubfifter du moins autant
que vous ?
10
60
MERCURE
Elle n'ignore pas la loy commune à
tous
,
Mais je vois à regret fleurir voftre
jeuneſſe ,
Lorfqu'elle eft déja loin de cet age ou
tout
rit
.
Accable
fous
le
poids d'une
lente vieil
[
efprit
.
Leffe
,
Son
corps
n'eft
foutenu
que
de
fon feul
De
vos feuillages verds
dont
nos
bois
s'embelliffent
La
Nature avec
foin conferve
les
attraits
,
Tandis que de Sapho les forces s'af-
foibliffent,
Elle dont brille encor l'espritpar mille
traits
Et
plein de
ce
beau feu qu'Apollon
feul
inspire
Anime
parfes vers
les
doux chants
de™
fa
lire
.
GALANT. 61Son
grand
àge m'allarme
,
&
fes ra-
pides
jours
,
Sur
les
ailes
du
temps
précipitent leur
cours. [ vie,
Chefnes , qui joüiffez d'une fi longue
Si voftre heureux deftin ne luy fait
point envie ,
Qui d'elle ou bien de vous devroit
plutoftfinir ?
Ilfaudra que le temps unjour anean-
tiffe
De vos troncs orgueilleuxjuſques au
fouvenir,
Mais en dépit dufort , & malgréfon
caprice
Legrand nom
de Sapho vivra dans
Pavenir
.
Enparlant de Sapho ,fije tiens un
langage
Qui
de toute autre
qu'elle
allarmeroit
Pefprit
,
62
MERCURE
Dis
-
moy
,
cher Bofquillon
,
Amy
dif
cret
&
fage
,
Que
fon
merite
touche
,
&
fon age
at-
tendrit
,
Aurois
-
je
dans
mes Vers
manqué
de
politeffe
,
Lorfque
jay
relevé fes jours
&
fa
vieilleffe
?
Non , non , tu fais trop bien quels
éloges font dûs
Aux
nobles
fentimens degrandeur
&
de
gloire
Que
l'on
voit
partoutrépandus
Dansfes écrits gravez du Temple de
Memoire
.
Pour
elle
n'ayons point
ces
trompeu-
fes douceurs
Qui
flattent
l'Amour
propre
&
fedui-
fent
les
cœurs
.
Par defauffes délicateffes,
N'impofonspoint à fes fens abatus;
GALANT. 63De
fon
Sexe
elle
a
les
vertus
,
Et
n'en eut
jamais
les
foibleffes
même
M
Moreau
de
Mautour
a
adreffé à
M
'
l'Abbé
Bofquillon
,
de l'Academie
Royale de
Soiffons
,
l'Idille
que vous
allez
lire
.
GALANT. 19
LES
CHESNES
.
ARbres
qui
reſiſtez
à
lafureur
des
vents
,
Vous qui femblezbraver les injures
des
ans
,
Dont
la
feuille
aux
Heros
,
aux
Dieux
fut
confacrée
,
Et
les
fruits
aux Humains
fervirent
d'alimens
,
Chefnes fi hauts , fi fiers , qui dans ,
voftre durée ,
Confondez à nos yeux les âges & les
temps ,
Faut
-
il
que
Scudery
,
cette illuftre
MortelleSujette
au
trait
fatal
de la
Parque
cruelle
Ne puiffe fubfifter du moins autant
que vous ?
10
60
MERCURE
Elle n'ignore pas la loy commune à
tous
,
Mais je vois à regret fleurir voftre
jeuneſſe ,
Lorfqu'elle eft déja loin de cet age ou
tout
rit
.
Accable
fous
le
poids d'une
lente vieil
[
efprit
.
Leffe
,
Son
corps
n'eft
foutenu
que
de
fon feul
De
vos feuillages verds
dont
nos
bois
s'embelliffent
La
Nature avec
foin conferve
les
attraits
,
Tandis que de Sapho les forces s'af-
foibliffent,
Elle dont brille encor l'espritpar mille
traits
Et
plein de
ce
beau feu qu'Apollon
feul
inspire
Anime
parfes vers
les
doux chants
de™
fa
lire
.
GALANT. 61Son
grand
àge m'allarme
,
&
fes ra-
pides
jours
,
Sur
les
ailes
du
temps
précipitent leur
cours. [ vie,
Chefnes , qui joüiffez d'une fi longue
Si voftre heureux deftin ne luy fait
point envie ,
Qui d'elle ou bien de vous devroit
plutoftfinir ?
Ilfaudra que le temps unjour anean-
tiffe
De vos troncs orgueilleuxjuſques au
fouvenir,
Mais en dépit dufort , & malgréfon
caprice
Legrand nom
de Sapho vivra dans
Pavenir
.
Enparlant de Sapho ,fije tiens un
langage
Qui
de toute autre
qu'elle
allarmeroit
Pefprit
,
62
MERCURE
Dis
-
moy
,
cher Bofquillon
,
Amy
dif
cret
&
fage
,
Que
fon
merite
touche
,
&
fon age
at-
tendrit
,
Aurois
-
je
dans
mes Vers
manqué
de
politeffe
,
Lorfque
jay
relevé fes jours
&
fa
vieilleffe
?
Non , non , tu fais trop bien quels
éloges font dûs
Aux
nobles
fentimens degrandeur
&
de
gloire
Que
l'on
voit
partoutrépandus
Dansfes écrits gravez du Temple de
Memoire
.
Pour
elle
n'ayons point
ces
trompeu-
fes douceurs
Qui
flattent
l'Amour
propre
&
fedui-
fent
les
cœurs
.
Par defauffes délicateffes,
N'impofonspoint à fes fens abatus;
GALANT. 63De
fon
Sexe
elle
a
les
vertus
,
Et
n'en eut
jamais
les
foibleffes
Fermer
53
p. 63
REPONSE.
Début :
Quel changement de goust ! l'auroit-on cru possible ? [...]
Mots clefs :
Sapho, Pleurs, Vieillesse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REPONSE.
GALANT. 63De
fon
Sexe
elle
a
les
vertus
,
Et
n'en eut
jamais
les
foibleffes
.
Quel
REPONSE
.
Vel changement
de gouft
!
l'auroit-
on
cru
poſſible
?
Tonpinceau gracieux eft devenu ter-
rible..
Ah
!
cache
par
pitié
de
trop
fombres
couleurs
,
Qui m'ont déja coufté despleurs.
Pour l'illuftre Sapho connoiſſant ma
tendreffe ,
Evite
de
toucher
&
vieilleffe
&
tre-
pas
.
Il est vray ,fon efprit eft exempt defoi-
bleſſes
Mais , Moreau , mon cœur ne l'eft
pas
fon
Sexe
elle
a
les
vertus
,
Et
n'en eut
jamais
les
foibleffes
.
Quel
REPONSE
.
Vel changement
de gouft
!
l'auroit-
on
cru
poſſible
?
Tonpinceau gracieux eft devenu ter-
rible..
Ah
!
cache
par
pitié
de
trop
fombres
couleurs
,
Qui m'ont déja coufté despleurs.
Pour l'illuftre Sapho connoiſſant ma
tendreffe ,
Evite
de
toucher
&
vieilleffe
&
tre-
pas
.
Il est vray ,fon efprit eft exempt defoi-
bleſſes
Mais , Moreau , mon cœur ne l'eft
pas
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54
p. 189
Madrigal. [titre d'après la table]
Début :
Quoy vous avez douté, SAPHO, de mon retour ! [...]
Mots clefs :
Sapho, Chant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Madrigal. [titre d'après la table]
GALANT
. 189
il fait parler cette Fauvette.
Q
Voy
vous
avez
doute
,
SApho
,
de mon retour!
Quand
Flore
a
ramené
la verdure
&
l'ombrage
,
Ailleurs qu'auprés de vous qui
van-
tez
mon
ramage
,
Où
pourrois
-
je trouver
un
plus
heu-
reux
fejour?
Dans
vos
Vers
fi
charmans
tant
de
fois celebrée
,
Ne vous fuis-je pas confacrée ,
Comme mes chants & mon amour?
SijadisJupiter, Venus , Junon , Mi-
nerve
,
Ont
eu
leur oifeau
favori
,
Je veux que l'avenir pour moy feule
referve
L'honneur d'avoir
efté
l'oifeau le
plus cher
. 189
il fait parler cette Fauvette.
Q
Voy
vous
avez
doute
,
SApho
,
de mon retour!
Quand
Flore
a
ramené
la verdure
&
l'ombrage
,
Ailleurs qu'auprés de vous qui
van-
tez
mon
ramage
,
Où
pourrois
-
je trouver
un
plus
heu-
reux
fejour?
Dans
vos
Vers
fi
charmans
tant
de
fois celebrée
,
Ne vous fuis-je pas confacrée ,
Comme mes chants & mon amour?
SijadisJupiter, Venus , Junon , Mi-
nerve
,
Ont
eu
leur oifeau
favori
,
Je veux que l'avenir pour moy feule
referve
L'honneur d'avoir
efté
l'oifeau le
plus cher
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55
p. 188-194
PLAINTE DE LA FAUVETTE.
Début :
Vous serez bien aise, sans doute, d'entendre la plainte de / Ma voix, qui par vos airs si doux, si ravissans, [...]
Mots clefs :
Plainte, Mort, Sapho, Chant, Acante, Ombre, Fauvette
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PLAINTE DE LA FAUVETTE.
Vous ferez bien aiſe , ſans
doute, d'entendre la plainte de
la Fauvette de Mademoiſelle
de Scuderi fur la mort de cette
illuftre perfonne. C'eſt M
Moreau de Mautour Auditeur
de la Chambre des Comptes
quila fait parler. Il adreffe cer
te plainte a M' l'Abbé Bofquil-
lon , de l'Academie Royale de
Soiffons
GALANT
.
189
252552 :55252255 :SSZ
PLAINTE
DE
LA
FAUVETTE
MA
A
voix
,
qui
par
vos
airs
fi
doux
,
firaviffans
,
Avez rendu SAPHO tant de fois
attentive ,
Exprimez
ma
douleur
par
de
triftes
accens
,.
Sa
mort vient de caufer
les
maux
que je
reffens
.
Ah
!
foyezdeformais languiſſante
&
plaintive
,
Donnez à mes
regrets les
tons
les
plustouchans
,
Vous
ne pouvez former d'aßez lugu-bres chans
.
190
MERCURE
Vous
,
arbres
,
fi
jadis fous vos épaisfeuillages
Pour elle j'emploiay mesplus tendres
ramages
,
Pouvez-vous à mes yeux conferver
vos attraits ?
Voftre ombre , ouj'ay cherché le filen
ce & le frais
>
.
Eft
une ombrepour
moy
d'horreur
&
de
trifteße
,
Et vous me paroiffez de funeftes
Ciprés:
Depuis que j'ay perdu mon illuftre
Maistreffe ,
Moy
qui fus
des
longtemps
l'objet
de
Jes amours
Plus
trifte
mille fois
que
n'eftla
Tour-
terelle ,
Quand
le
fortlay ravit
fa
compagnefidelle,
De mes ennuis cruels rien n'arrefte lecours
GALANT
197
Etje
paffe
en
langueur
&
les
nuits
&
les jours
.
Envain
le
doux
Printemps
ranimant
la nature
,
'
Ramenéra
les
fleurs
,
les
zephirs
,
la
verdure
;
Au
leverde l'Aurore
on ne
m'enten-
dra
plus
Annoncer
leur retour
par mes
chants
/
alidus
.
SAPHO
fit
mes
plaifirs
,
mes beaux
jours
&
ma
gloire
,
Par
elle
,
par
fes foins
&
fes vers fi
charmans
Je
fus
chere
en
tous lieux
aux
Filles
de memoire
Et
d'un vol
empreffé je revins
tous
les
ans
,
Favorable à
fes
vœux
,
fidelle
à fonattente
,
Luy confacrer toujours la douceur de
mes chans.
192
MERCURE
Elle
me
confola
,
de
la
perte
d'A
cante
*
Cet
amy
genereux
,
Favori
d'Apol-Lon
Qui comme elle exerçant fur fa lire
touchante
>
Les
divines
lecons
d'une
Mufe
fca-
vante
,
Rendit mon nomfameux dans lefa-
cré vallon. 1
Mais
aujourd'huy
pour
moy
tout
eft
mort avec
elle
,
Verdure
,
ombrage
,
fleurs
,
zephirs
,
faifon nouvelle
,
Rien ne peutreparer le bonheur que
je perds.
Que deviendray-je,helas en cet eftat
funefte:L'espoir de ne plus vivre
eft
le
feul
qui
me
refte
:
*
Mr
Peliffon
,
Bientoft
GALANT. 193
Bientoft
je
periray
dons
le
fond
des
deferts
,
Où
j'iray
dans
les
champs
,
Fauvetta
infortunée
,
En des pieges cachez finir ma deftinée,
Et m'expofant fans ceffe au perfide
Oifeleur
,
Je mourray de
fa
main
,
ou bien
de
ma
douleur
.
ΕΝΥΟΥ
Toy
,
que
les
foins
vifs
d'une
ami-
tie conftante
Ontrendu
,
cher
Daphnis
,
le
fucceffeur
d'Acante
Dans
l'eftime
de Sculery
,
Pour
te
marquer
l'excés
de la douleurfecrete
,
Que fa mort faitfentir à mon cœur
attendry
,
Aouft 701
. R
1
194
MERCURE
F'emprunte les regrets de la trifte
Fauvette
,
Cet
oifeau
renommê
que
fa
Mufe a
chery
.
Si
la
tienne
fut
confacrée
Al'illuftre
SAPHO
par
tout
fi reve-
rée
,
Tandis qu'on
vit
briller
fon
efprit
icy
bas ,
Il
n'appartient qu'à
toy
pour
celebrer
Ja
gloire
,
D'élever
aprés
fon
trepas
Un monument à ſa memoire.
doute, d'entendre la plainte de
la Fauvette de Mademoiſelle
de Scuderi fur la mort de cette
illuftre perfonne. C'eſt M
Moreau de Mautour Auditeur
de la Chambre des Comptes
quila fait parler. Il adreffe cer
te plainte a M' l'Abbé Bofquil-
lon , de l'Academie Royale de
Soiffons
GALANT
.
189
252552 :55252255 :SSZ
PLAINTE
DE
LA
FAUVETTE
MA
A
voix
,
qui
par
vos
airs
fi
doux
,
firaviffans
,
Avez rendu SAPHO tant de fois
attentive ,
Exprimez
ma
douleur
par
de
triftes
accens
,.
Sa
mort vient de caufer
les
maux
que je
reffens
.
Ah
!
foyezdeformais languiſſante
&
plaintive
,
Donnez à mes
regrets les
tons
les
plustouchans
,
Vous
ne pouvez former d'aßez lugu-bres chans
.
190
MERCURE
Vous
,
arbres
,
fi
jadis fous vos épaisfeuillages
Pour elle j'emploiay mesplus tendres
ramages
,
Pouvez-vous à mes yeux conferver
vos attraits ?
Voftre ombre , ouj'ay cherché le filen
ce & le frais
>
.
Eft
une ombrepour
moy
d'horreur
&
de
trifteße
,
Et vous me paroiffez de funeftes
Ciprés:
Depuis que j'ay perdu mon illuftre
Maistreffe ,
Moy
qui fus
des
longtemps
l'objet
de
Jes amours
Plus
trifte
mille fois
que
n'eftla
Tour-
terelle ,
Quand
le
fortlay ravit
fa
compagnefidelle,
De mes ennuis cruels rien n'arrefte lecours
GALANT
197
Etje
paffe
en
langueur
&
les
nuits
&
les jours
.
Envain
le
doux
Printemps
ranimant
la nature
,
'
Ramenéra
les
fleurs
,
les
zephirs
,
la
verdure
;
Au
leverde l'Aurore
on ne
m'enten-
dra
plus
Annoncer
leur retour
par mes
chants
/
alidus
.
SAPHO
fit
mes
plaifirs
,
mes beaux
jours
&
ma
gloire
,
Par
elle
,
par
fes foins
&
fes vers fi
charmans
Je
fus
chere
en
tous lieux
aux
Filles
de memoire
Et
d'un vol
empreffé je revins
tous
les
ans
,
Favorable à
fes
vœux
,
fidelle
à fonattente
,
Luy confacrer toujours la douceur de
mes chans.
192
MERCURE
Elle
me
confola
,
de
la
perte
d'A
cante
*
Cet
amy
genereux
,
Favori
d'Apol-Lon
Qui comme elle exerçant fur fa lire
touchante
>
Les
divines
lecons
d'une
Mufe
fca-
vante
,
Rendit mon nomfameux dans lefa-
cré vallon. 1
Mais
aujourd'huy
pour
moy
tout
eft
mort avec
elle
,
Verdure
,
ombrage
,
fleurs
,
zephirs
,
faifon nouvelle
,
Rien ne peutreparer le bonheur que
je perds.
Que deviendray-je,helas en cet eftat
funefte:L'espoir de ne plus vivre
eft
le
feul
qui
me
refte
:
*
Mr
Peliffon
,
Bientoft
GALANT. 193
Bientoft
je
periray
dons
le
fond
des
deferts
,
Où
j'iray
dans
les
champs
,
Fauvetta
infortunée
,
En des pieges cachez finir ma deftinée,
Et m'expofant fans ceffe au perfide
Oifeleur
,
Je mourray de
fa
main
,
ou bien
de
ma
douleur
.
ΕΝΥΟΥ
Toy
,
que
les
foins
vifs
d'une
ami-
tie conftante
Ontrendu
,
cher
Daphnis
,
le
fucceffeur
d'Acante
Dans
l'eftime
de Sculery
,
Pour
te
marquer
l'excés
de la douleurfecrete
,
Que fa mort faitfentir à mon cœur
attendry
,
Aouft 701
. R
1
194
MERCURE
F'emprunte les regrets de la trifte
Fauvette
,
Cet
oifeau
renommê
que
fa
Mufe a
chery
.
Si
la
tienne
fut
confacrée
Al'illuftre
SAPHO
par
tout
fi reve-
rée
,
Tandis qu'on
vit
briller
fon
efprit
icy
bas ,
Il
n'appartient qu'à
toy
pour
celebrer
Ja
gloire
,
D'élever
aprés
fon
trepas
Un monument à ſa memoire.
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56
p. 24-35
EPITRE de Sapho à Phaon ; Traduction libre d'Ovide.
Début :
Insensible Phaon, reconnoîtras-tu les caractères de cette épître ? Le nom de [...]
Mots clefs :
Phaon, Yeux, Coeur, Amour, Sapho, Larmes, Lyre, Douleur, Apollon, Ovide
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE de Sapho à Phaon ; Traduction libre d'Ovide.
EPITRE de Sapho à Phaon ; Traduction
libre d'Ovide.
INSENSIBLE Phaon , reconnoîtras - tu les
caractères de cette épître ? Le nom de
celle qui les a tracés eft- il tout- à - fait forti
de ta mémoire ? Ingrat , ton coeur ne te
dit il plus que c'eft Sapho qui t'écrit ? Peutêtre
vas- tu demander pourquoi ce ron
plaintif?
FEVRIER . 1774: 25
plaintif ? Hélas ! il convient à ma fituation
déplorable. Il fut un temps où l'écho
répétoit les fons mélodieux de ma lyre ;
déformais il ne répétera plus que les accens
de ma douleur . Le ton funèbre de l'élégie
a été inventé pour l'amante abandonnée
& trahie.
Malheureufe ! le feu circule dans mes
veines . La fleur de ma jeuneffe fe fane .
C'est ainsi que , dans l'ardeur de la cani.
cule , le vent brûlant du midi , deffèche
les moiffons & Alétrit la verdure . Je pleure
, & Phaon parcourt avec tranquillité
les riantes campagnes de la Sicile. Ma voix
ne s'accorde plus au fon de ma lyre . Les
Mufes ne m'infpirent plus. Elles fuyent
une amante défefpérée . Les aimables com
pagnes de mon enfance n'ont plus à mes
yeux ces charmes qui me les rendoient fi
chères. La belle Anactorie a perdu fes
attraits . La blonde Cydno & l'aimable
Athis ne font plus les mêmes . Je les
fuis , je ne fonge qu'à Phaon , je ne vis
que pour Phaon.
O le plus chéri des amans ! je crois
te voir à chaque inftant. Je contemple
encore ces beaux yeux dont l'éclat a été
fi funefte à mon repos . Tantôt je te vois
tenant la lyre , & je te prends alors pour
B
谨
26 MERCURE DE FRANCE.
Apollon ; tantôt je te vois un thyrfe à la
main , & je crois voir alors l'aimable
Bacchus. Ces Dieux charmans auxquels
tu ne cèdes point en beauté , ne furent
point infenfibles. Apollon aima Daphné ,
Bacchus brûla pour Ariane ; l'une & l'autre
cependant ne furent pas favorifées
des Mufes. Les chaftes Soeurs du Permelle
m'infpirèrent des chants lyriques. Mon
nom fera immortel parmi les races furures.
La gloire du poëte Alcée ne s'étendra
pas plus loin que la mienne. Nous
rendrons à jamais célèbre l'ifle de Leſbos
qui nous a vu naître.
Si la Nature m'a refufé les agrémens
du corps , elle m'a prodigué ceux de l'ef.
prit. Je n'ai point cette blancheur éblouiſ-
Tante qui fafcine les yeux des amans vulgaires
;
mais Andromède , née fous le
ciel brûlant de l'Ethiopie , avoit le teint
noir , & Perfée ne l'en aima pas moins.
La blanche colombe s'unit fouvent au
pigeon d'un plumage différent . La tendre :
tourterelle ne dédaigne pas fon amant fidèle
, parce que fon plumage eft noir.
Il fut un temps où j'étois belle à tes :
yeux .Je m'en fouviens encore. (Les amans
perdent- ils le fouvenir de leur bonheur ) ?
Ah ! rapelle- toi ces momens heureux où
FEVRIER . 1774. 27
to me preffois tendrement fur ton fein.
Je chantois , & tu m'interrompois par des
baifers pleins de feu . Tes yeux peignoient
la volupté & la tendreffe. Tu admirois
avec tranfport le fon de ma voix & les
vers tendres que l'amour m'infpiroit . Ta
bouche collée fur la mienne , me juroit
alors de m'aimer toujours . Perfide ! où
font tes fermens ? Pourquoi fuis - je à Leſbos
? Phaon n'y eft plus . Que ne fuis je en
Sicile ? C'est là que le parjure cherche à
faire de nouvelles conquêtes . Jeunes
Beautés , qui habitez les champs fleuris de
la Sicile , fuyez les piéges que le plus
dangereux des hommes tend à votre ingenuité
. Renvoyez - le à Lefbos ; c'eſt
là que l'infortunée Sapho qu'il a trom
pée , gémit fans cefle. Il vous trompe
comme elle . Son langage , fes fermens
l'expreffion même de fes yeux autrefois fi
tendres , tout eft faux . O Venus ! fi jamais
j'ai chanté des hymnes à ta louange ,
venge- moi d'un perfide qui me fuit , &
qui s'eft réfugié jufques aux pied de tes
autels. *
1
Hélas ! la Fortune a épuifé fur moi fes
* Vénus étoit adorée en Sicile fous le nom
d'Ericyna.
Bij
28 MERCURE DE FRANCE,
rigueurs. A l'aurore de mon âge , elle s'at ,
tacha à mon fort pour me pourfuivre. Je
n'avois vu que fix printemps , & j'arrofai
déjà de mes larmes l'urne d'un père.
Il me reftoit un frète . Une femme artificieufe
fçut gliffer dans fon coeur le
poifon de l'amour . Malheureufe victime
de fa paffion , il s'oublia lui même !
Honneur , fortune ; il prodigua tout pour
fon indigne conquête. Les confeils que
mon amitié alarmée lui donna , l'éloignèrent
de moi . Fugitif & déſeſpéré , il
parcourt les mers pour foutenir les reftes
d'une vie languiffante . Je n'ai qu'une fille .
Elle eft dans cet âge heureux où le coeur
ne s'ouvre pas encore aux impreffions
de la douleur. La tendreffe maternelle
m'alarme fans ceffe fur fon fort . Je crains
qu'un jour elle ne foit aufli malheureuſe
que fa mère,
Phaon Parmi tant de viciffitudes
étoit ma feule confolation . C'étoit pour
lui que je me parois de fleurs . C'étoit pour
plaire à fes yeux , que j'ornois mes cheveux
de l'éclat des tubis , & des parfums
dé l'Arabie . Vains ornemens ! ils me font
déformais inutiles. Je voulois plaire à--
Phaon , & Phaon n'eft plus ici. Les mers
nous féparent. Je néglige à préfent le foin
de ma parure. Le Zéphire ne ſe joue plus
f
FEVRIER. 1774.
د و
dans ces treffes charmantes que la main
de mon amant avoit formées . Mes cheveux
Hottent négligemment & fans apprêt
fur mes épaules. Tout m'accable ,
tout me devient importun .
eût
Heureufe & l'absence de l'objet chéri ,
ра étiendre le feu qui me dévore ! Que
je fuis loin de cette douce fécurité qui
fuit l'indifférence ! Je le fens , la plaie de
mon coeur eſt incurable. Les Parques , auffi
cruelles que toi , ont pris plaifir à tramer
les jours de ma vie infortunée . Je cherthe
en vain le repos dans le commerce
des Mufes : j'y trouve toujours l'amour .
Pouvois-je réfifter à tes charmes ? Une
foible mortelle pouvoit - elle contempler
fans danger ce teint de rofe , & ces yeux
dont l'éclat eût charmé les Divinités ?
Belle Aurore ! Combien de fois n'ai-je pas
craint que tu ne m'enlevalles monamant ?
Mais ton coeur étoit fixé , l'amour de Céphale
te captivoit. Lune brillante ! combien
de fois dans le filence de la nuit ne
t'es-tu pas arrêtée dans ton char d'argent ,
pour admirer
mon cher Phaon
dans les
bras du fommeil
? Ah ! fi Endimyon
n'eût fçu te plaire , fans doute je t'eufle vu
ma rivale. Vénus même n'auroit
pu téfif
ter aux charmes
qui m'ont féduite , ſi le
Biij
30 MERCURE DE FRANCE .
fouvenir d'Adonis n'eût été gravé dans
fon coeur.
O Phaon ! aimable jeune homme , la
gloire & l'ornement de ton fiècle , reviens ,
reviens cruel , dans les bras de ta Sapho.
Je ne demande point que tu m'aimes :
fouffre feulement que je t'adore ; ne me
hais point. Ce n'eft pas un crime de t'aimer
avec tranfport . Cet écrit arrofé de
mes larmes ne dit il rien à ton coeur ?
As tu pu m'abandonner fans me dire le
dernier adieu ? Puifque tu devois me quit
ter pour toujours , pourquoi m'avoir envié
la foible confolation de te baigner de mes
larmes , de t'accabler de mes baifers? Pourquoi
ne m'avoir laiffé aucun gage de ton
amour ? Babare ! mon coeur , ma vie ,
mon innocence même , tout étoit à toi ;
& tu ne m'as pas permis de te dire en
partant : Phaon , n'oublie point ta Sapho.
·
Que devins -je , grands dieux ! lorfque
je fus informée de ton départ . Un froid
mortel glaça mon coeur . Ma douleur concentrée
au dedans , ne put s'épancher
par mes larmes . Je voulus parler ; la parole
expira fur mes lèvres. Abartue & confternée
, je ne pus prononcer que ton nom .
Bientôt un torrent de larmes coula de
mes yeux. Mon défefpoir éclata en reFEVRIER.
1774. 31
proches contre la perfidie des hommes .
Hors de moi , je déchirai mon fein , j'arrachai
mes cheveux . Semblable à une
tendre mère qui fuit au bûcher le corps
inanimé d'un fils unique ; je poulfai
vers le ciel d'affreux gémiffemens .
J'appelai Phaon , & Phaon ne me répondit
point. Mon frère , mon barbare frère ,
iufulta à ma douleur , par le ris amer
de l'ironie . Toutes mes concitoyennes
furent témoins de mon défefpoir . Je ne
cherchai point à dérober à leurs yeux le
trait cruel qui me déchiroit . Mes larmes ,
mon vifage pâle & défait , tout m'auroit
-trahi .
Cher amant ! ton image me pourſuit
fans ceffe . La nuit , lorfque Morphée répand
fur moi fes pavots , je te vois à mes
côtés. Je te tends les bras. Je te preffe
contre mon fein . Mes baiſers raniment
tes yeux mourans & accablés fous le
poids de la volupté . J'entends encore ta
voix enchantereffe répondre à mes foupirs.
Chere illuſion ! Elle s'évanouit au
lever de l'aurore. Alors mon bonheur
fantaflique difparoît . La clarté du jour me
devient infupportable . Je fuis dans les
antres des rochers , & dans les forêts , autrefois
les témoins de nos plaifis . Je res
Biv
32
MERCURE
DE
FRANCE
.
connois.cette grotte ruftique, où tu me fis
le premier aveu de ton amour. Je reconnois
ces arbres touffus ,où font encore gravés
ton nom & le mien. Que ces lieux.
font changés ! je n'y retrouve plus celui
dont la préfence me les rendoit fi chers.
Je parcours feule & défefpétée ces riantes
prairies que nous parcourûmes autrefois
enfemble. Je vois encore ce tendre gazon
où Phaon voloit des bras de l'amour
dans ceux du repos . Alors des larmes
s'échappent de mes yeux , & je dis en foupirant
c'est ici que l'ingrat me jura de
'aimertoujours.Toute la Nature femble
partager ma douleur. Ces fleurs qui s'embelliffoient
à l'aspect de nos plaifirs, fe flétriffent
& languiffent far leur tige defféchée
. Les oifeaux ne voltigent plus dans
ces bocages. Ils ne chantent plus leurs
amours. La malheureufe Procné déplore
fa difgrace. Elle redemande Ithis à l'écho
des bois. Elle pleure la mort d'un fils ,
& Sapho regrette l'abfence d'un amant ..
Le doux zéphire ne folâtre plus avec les
fleurs ; il n'agite plus le feuillage de arbres.
L'abfence de Phaon attriſte tous les
objets .
Dans le réduit obfcur d'un bois foliaire
, eft une fontaine qu'une ancienne
FEVRIER . 1774. 33
Tradition a confacrée . Ses eaux claires &
limpides font bordées d'un gazon toujours
fleuri . Un feuillage épais en interdit
l'accès aux rayons du foleil . Un foir , au
clair de la lune , je m'endormis dans cet
afyle champêtre. Je crus voir une Nayades
fortir de la fontaine & s'arrêter devant
moi. Elle étoit trifte , & , me regardant
d'un air compatiffant , elle fembloit par
tager mes peines . Sapho , me dit - elle ,
malheureufe Sapho , tu peux éteindre le
feu qui te confume. Dirige tes pas vers
le promontoire confacré à Apollon . Précipite-
toi dans la iner, & tu feras guétie..
Deucalion enflammé d'amour pour l'infenfible
Pirtha , monta fur le rocher de
Leucate , & fe précipita dans les flots.
Aufi tôt fon coeur fut libre , & la cruelle
Pinha commença dès- lors à foupirer..
Depuis ce temps , ce promontoire a tou
jours été le refuge des amans défefpérés
Ainfi parla la Nymphe , & elle difparut
auffi tôt. Je me réveillai faifie de crainte..
Mes joues étoient inondées de larmes.
Belle Nayade , je fuivrai tes confeils..
J'irai , oui , j'irai fur le rocher de Leucate.
Je me précipiterai dans la mer . L'Amour
meprêtera fesaîles. Le Zéphir fou
tiendra le poids léger de mon corps..
- B. w
34
MERCURE DE FRANCE.
Lorfque j'aurai oublié l'ingrat qui caufe
tous mes malheurs , je confacrerai ma lyre
à Apollon ; ma lyre fur laquelle j'ai chanté
mes amours.
Homme dur & infenfible ! pourquoi
me forces - tu de chercher dans la mer un
remède à mes maux. Reviens , & ta préfence
me rendra ce bonheur qui s'eſt évanoui
comme un fonge. Reviens , tu feras
mon dieu , tu feras mon Apollon . Que
dis je ? Peut être dis-ton coeur , plus dur que
les rochers , triomphera-t'il de ma mort .
Ah ! du moins , fi je pouvois te ferrer
encore une fois dans mes bras , & me précipiter
avec toi ; je ne me plaindrois point
de ta cruauté.
Jeunes filles de Lefbos , vos chants
n'accompagneront plus le fon mélodieux
de ma lyre . Vous ne vous affemblerez
plus au tour de moi , pour m'entendre
chanter mes amours. L'aimable mortel
qui m'infpiroit n'eft plus ici . Je paifois
dans fes yeux cet enthoufiafime divin qui
m'élevoit l'ame . Sa préfence allumoit le
feu de mon génie . Un feul de fes regards
enflammoit mon imagination , & faifoit
naître dans mon coeur l'extafe du fentiment.
Il n'eft plus ici . Je cherche en vain
a le toucher par mes prières. Il ne m'enFEVRIER
. 1774. 35 %
tend plus . Mes foupirs ne parviennent
point jufqu'à lui .
Ah ! fi , du haut d'un rocher , je voyois
un jour les voiles de ton vaiffeau flotter
dans les airs ; puiffe alors la déeffe de Cythère
, calmer l'impétuofité des flots ! Que
l'Amour prenne lui - même le gouvernail,
& que l'haleine des Zéphirs enfle doucement
les voiles ! Mais fi cet efpoir eft
vain ; fi Sapho doit être pour jamais féparée
de fon cher Phaon , annonce moi,
mon `malheur. J'aurai alors recours à la
plus trifte des reffources , au rocher de
Leucate. Le danger ne m'effraye point ,
pourvu que je puiffe efpérer un fort , plus
heureux .
Par M. D..... , de Chartres :
libre d'Ovide.
INSENSIBLE Phaon , reconnoîtras - tu les
caractères de cette épître ? Le nom de
celle qui les a tracés eft- il tout- à - fait forti
de ta mémoire ? Ingrat , ton coeur ne te
dit il plus que c'eft Sapho qui t'écrit ? Peutêtre
vas- tu demander pourquoi ce ron
plaintif?
FEVRIER . 1774: 25
plaintif ? Hélas ! il convient à ma fituation
déplorable. Il fut un temps où l'écho
répétoit les fons mélodieux de ma lyre ;
déformais il ne répétera plus que les accens
de ma douleur . Le ton funèbre de l'élégie
a été inventé pour l'amante abandonnée
& trahie.
Malheureufe ! le feu circule dans mes
veines . La fleur de ma jeuneffe fe fane .
C'est ainsi que , dans l'ardeur de la cani.
cule , le vent brûlant du midi , deffèche
les moiffons & Alétrit la verdure . Je pleure
, & Phaon parcourt avec tranquillité
les riantes campagnes de la Sicile. Ma voix
ne s'accorde plus au fon de ma lyre . Les
Mufes ne m'infpirent plus. Elles fuyent
une amante défefpérée . Les aimables com
pagnes de mon enfance n'ont plus à mes
yeux ces charmes qui me les rendoient fi
chères. La belle Anactorie a perdu fes
attraits . La blonde Cydno & l'aimable
Athis ne font plus les mêmes . Je les
fuis , je ne fonge qu'à Phaon , je ne vis
que pour Phaon.
O le plus chéri des amans ! je crois
te voir à chaque inftant. Je contemple
encore ces beaux yeux dont l'éclat a été
fi funefte à mon repos . Tantôt je te vois
tenant la lyre , & je te prends alors pour
B
谨
26 MERCURE DE FRANCE.
Apollon ; tantôt je te vois un thyrfe à la
main , & je crois voir alors l'aimable
Bacchus. Ces Dieux charmans auxquels
tu ne cèdes point en beauté , ne furent
point infenfibles. Apollon aima Daphné ,
Bacchus brûla pour Ariane ; l'une & l'autre
cependant ne furent pas favorifées
des Mufes. Les chaftes Soeurs du Permelle
m'infpirèrent des chants lyriques. Mon
nom fera immortel parmi les races furures.
La gloire du poëte Alcée ne s'étendra
pas plus loin que la mienne. Nous
rendrons à jamais célèbre l'ifle de Leſbos
qui nous a vu naître.
Si la Nature m'a refufé les agrémens
du corps , elle m'a prodigué ceux de l'ef.
prit. Je n'ai point cette blancheur éblouiſ-
Tante qui fafcine les yeux des amans vulgaires
;
mais Andromède , née fous le
ciel brûlant de l'Ethiopie , avoit le teint
noir , & Perfée ne l'en aima pas moins.
La blanche colombe s'unit fouvent au
pigeon d'un plumage différent . La tendre :
tourterelle ne dédaigne pas fon amant fidèle
, parce que fon plumage eft noir.
Il fut un temps où j'étois belle à tes :
yeux .Je m'en fouviens encore. (Les amans
perdent- ils le fouvenir de leur bonheur ) ?
Ah ! rapelle- toi ces momens heureux où
FEVRIER . 1774. 27
to me preffois tendrement fur ton fein.
Je chantois , & tu m'interrompois par des
baifers pleins de feu . Tes yeux peignoient
la volupté & la tendreffe. Tu admirois
avec tranfport le fon de ma voix & les
vers tendres que l'amour m'infpiroit . Ta
bouche collée fur la mienne , me juroit
alors de m'aimer toujours . Perfide ! où
font tes fermens ? Pourquoi fuis - je à Leſbos
? Phaon n'y eft plus . Que ne fuis je en
Sicile ? C'est là que le parjure cherche à
faire de nouvelles conquêtes . Jeunes
Beautés , qui habitez les champs fleuris de
la Sicile , fuyez les piéges que le plus
dangereux des hommes tend à votre ingenuité
. Renvoyez - le à Lefbos ; c'eſt
là que l'infortunée Sapho qu'il a trom
pée , gémit fans cefle. Il vous trompe
comme elle . Son langage , fes fermens
l'expreffion même de fes yeux autrefois fi
tendres , tout eft faux . O Venus ! fi jamais
j'ai chanté des hymnes à ta louange ,
venge- moi d'un perfide qui me fuit , &
qui s'eft réfugié jufques aux pied de tes
autels. *
1
Hélas ! la Fortune a épuifé fur moi fes
* Vénus étoit adorée en Sicile fous le nom
d'Ericyna.
Bij
28 MERCURE DE FRANCE,
rigueurs. A l'aurore de mon âge , elle s'at ,
tacha à mon fort pour me pourfuivre. Je
n'avois vu que fix printemps , & j'arrofai
déjà de mes larmes l'urne d'un père.
Il me reftoit un frète . Une femme artificieufe
fçut gliffer dans fon coeur le
poifon de l'amour . Malheureufe victime
de fa paffion , il s'oublia lui même !
Honneur , fortune ; il prodigua tout pour
fon indigne conquête. Les confeils que
mon amitié alarmée lui donna , l'éloignèrent
de moi . Fugitif & déſeſpéré , il
parcourt les mers pour foutenir les reftes
d'une vie languiffante . Je n'ai qu'une fille .
Elle eft dans cet âge heureux où le coeur
ne s'ouvre pas encore aux impreffions
de la douleur. La tendreffe maternelle
m'alarme fans ceffe fur fon fort . Je crains
qu'un jour elle ne foit aufli malheureuſe
que fa mère,
Phaon Parmi tant de viciffitudes
étoit ma feule confolation . C'étoit pour
lui que je me parois de fleurs . C'étoit pour
plaire à fes yeux , que j'ornois mes cheveux
de l'éclat des tubis , & des parfums
dé l'Arabie . Vains ornemens ! ils me font
déformais inutiles. Je voulois plaire à--
Phaon , & Phaon n'eft plus ici. Les mers
nous féparent. Je néglige à préfent le foin
de ma parure. Le Zéphire ne ſe joue plus
f
FEVRIER. 1774.
د و
dans ces treffes charmantes que la main
de mon amant avoit formées . Mes cheveux
Hottent négligemment & fans apprêt
fur mes épaules. Tout m'accable ,
tout me devient importun .
eût
Heureufe & l'absence de l'objet chéri ,
ра étiendre le feu qui me dévore ! Que
je fuis loin de cette douce fécurité qui
fuit l'indifférence ! Je le fens , la plaie de
mon coeur eſt incurable. Les Parques , auffi
cruelles que toi , ont pris plaifir à tramer
les jours de ma vie infortunée . Je cherthe
en vain le repos dans le commerce
des Mufes : j'y trouve toujours l'amour .
Pouvois-je réfifter à tes charmes ? Une
foible mortelle pouvoit - elle contempler
fans danger ce teint de rofe , & ces yeux
dont l'éclat eût charmé les Divinités ?
Belle Aurore ! Combien de fois n'ai-je pas
craint que tu ne m'enlevalles monamant ?
Mais ton coeur étoit fixé , l'amour de Céphale
te captivoit. Lune brillante ! combien
de fois dans le filence de la nuit ne
t'es-tu pas arrêtée dans ton char d'argent ,
pour admirer
mon cher Phaon
dans les
bras du fommeil
? Ah ! fi Endimyon
n'eût fçu te plaire , fans doute je t'eufle vu
ma rivale. Vénus même n'auroit
pu téfif
ter aux charmes
qui m'ont féduite , ſi le
Biij
30 MERCURE DE FRANCE .
fouvenir d'Adonis n'eût été gravé dans
fon coeur.
O Phaon ! aimable jeune homme , la
gloire & l'ornement de ton fiècle , reviens ,
reviens cruel , dans les bras de ta Sapho.
Je ne demande point que tu m'aimes :
fouffre feulement que je t'adore ; ne me
hais point. Ce n'eft pas un crime de t'aimer
avec tranfport . Cet écrit arrofé de
mes larmes ne dit il rien à ton coeur ?
As tu pu m'abandonner fans me dire le
dernier adieu ? Puifque tu devois me quit
ter pour toujours , pourquoi m'avoir envié
la foible confolation de te baigner de mes
larmes , de t'accabler de mes baifers? Pourquoi
ne m'avoir laiffé aucun gage de ton
amour ? Babare ! mon coeur , ma vie ,
mon innocence même , tout étoit à toi ;
& tu ne m'as pas permis de te dire en
partant : Phaon , n'oublie point ta Sapho.
·
Que devins -je , grands dieux ! lorfque
je fus informée de ton départ . Un froid
mortel glaça mon coeur . Ma douleur concentrée
au dedans , ne put s'épancher
par mes larmes . Je voulus parler ; la parole
expira fur mes lèvres. Abartue & confternée
, je ne pus prononcer que ton nom .
Bientôt un torrent de larmes coula de
mes yeux. Mon défefpoir éclata en reFEVRIER.
1774. 31
proches contre la perfidie des hommes .
Hors de moi , je déchirai mon fein , j'arrachai
mes cheveux . Semblable à une
tendre mère qui fuit au bûcher le corps
inanimé d'un fils unique ; je poulfai
vers le ciel d'affreux gémiffemens .
J'appelai Phaon , & Phaon ne me répondit
point. Mon frère , mon barbare frère ,
iufulta à ma douleur , par le ris amer
de l'ironie . Toutes mes concitoyennes
furent témoins de mon défefpoir . Je ne
cherchai point à dérober à leurs yeux le
trait cruel qui me déchiroit . Mes larmes ,
mon vifage pâle & défait , tout m'auroit
-trahi .
Cher amant ! ton image me pourſuit
fans ceffe . La nuit , lorfque Morphée répand
fur moi fes pavots , je te vois à mes
côtés. Je te tends les bras. Je te preffe
contre mon fein . Mes baiſers raniment
tes yeux mourans & accablés fous le
poids de la volupté . J'entends encore ta
voix enchantereffe répondre à mes foupirs.
Chere illuſion ! Elle s'évanouit au
lever de l'aurore. Alors mon bonheur
fantaflique difparoît . La clarté du jour me
devient infupportable . Je fuis dans les
antres des rochers , & dans les forêts , autrefois
les témoins de nos plaifis . Je res
Biv
32
MERCURE
DE
FRANCE
.
connois.cette grotte ruftique, où tu me fis
le premier aveu de ton amour. Je reconnois
ces arbres touffus ,où font encore gravés
ton nom & le mien. Que ces lieux.
font changés ! je n'y retrouve plus celui
dont la préfence me les rendoit fi chers.
Je parcours feule & défefpétée ces riantes
prairies que nous parcourûmes autrefois
enfemble. Je vois encore ce tendre gazon
où Phaon voloit des bras de l'amour
dans ceux du repos . Alors des larmes
s'échappent de mes yeux , & je dis en foupirant
c'est ici que l'ingrat me jura de
'aimertoujours.Toute la Nature femble
partager ma douleur. Ces fleurs qui s'embelliffoient
à l'aspect de nos plaifirs, fe flétriffent
& languiffent far leur tige defféchée
. Les oifeaux ne voltigent plus dans
ces bocages. Ils ne chantent plus leurs
amours. La malheureufe Procné déplore
fa difgrace. Elle redemande Ithis à l'écho
des bois. Elle pleure la mort d'un fils ,
& Sapho regrette l'abfence d'un amant ..
Le doux zéphire ne folâtre plus avec les
fleurs ; il n'agite plus le feuillage de arbres.
L'abfence de Phaon attriſte tous les
objets .
Dans le réduit obfcur d'un bois foliaire
, eft une fontaine qu'une ancienne
FEVRIER . 1774. 33
Tradition a confacrée . Ses eaux claires &
limpides font bordées d'un gazon toujours
fleuri . Un feuillage épais en interdit
l'accès aux rayons du foleil . Un foir , au
clair de la lune , je m'endormis dans cet
afyle champêtre. Je crus voir une Nayades
fortir de la fontaine & s'arrêter devant
moi. Elle étoit trifte , & , me regardant
d'un air compatiffant , elle fembloit par
tager mes peines . Sapho , me dit - elle ,
malheureufe Sapho , tu peux éteindre le
feu qui te confume. Dirige tes pas vers
le promontoire confacré à Apollon . Précipite-
toi dans la iner, & tu feras guétie..
Deucalion enflammé d'amour pour l'infenfible
Pirtha , monta fur le rocher de
Leucate , & fe précipita dans les flots.
Aufi tôt fon coeur fut libre , & la cruelle
Pinha commença dès- lors à foupirer..
Depuis ce temps , ce promontoire a tou
jours été le refuge des amans défefpérés
Ainfi parla la Nymphe , & elle difparut
auffi tôt. Je me réveillai faifie de crainte..
Mes joues étoient inondées de larmes.
Belle Nayade , je fuivrai tes confeils..
J'irai , oui , j'irai fur le rocher de Leucate.
Je me précipiterai dans la mer . L'Amour
meprêtera fesaîles. Le Zéphir fou
tiendra le poids léger de mon corps..
- B. w
34
MERCURE DE FRANCE.
Lorfque j'aurai oublié l'ingrat qui caufe
tous mes malheurs , je confacrerai ma lyre
à Apollon ; ma lyre fur laquelle j'ai chanté
mes amours.
Homme dur & infenfible ! pourquoi
me forces - tu de chercher dans la mer un
remède à mes maux. Reviens , & ta préfence
me rendra ce bonheur qui s'eſt évanoui
comme un fonge. Reviens , tu feras
mon dieu , tu feras mon Apollon . Que
dis je ? Peut être dis-ton coeur , plus dur que
les rochers , triomphera-t'il de ma mort .
Ah ! du moins , fi je pouvois te ferrer
encore une fois dans mes bras , & me précipiter
avec toi ; je ne me plaindrois point
de ta cruauté.
Jeunes filles de Lefbos , vos chants
n'accompagneront plus le fon mélodieux
de ma lyre . Vous ne vous affemblerez
plus au tour de moi , pour m'entendre
chanter mes amours. L'aimable mortel
qui m'infpiroit n'eft plus ici . Je paifois
dans fes yeux cet enthoufiafime divin qui
m'élevoit l'ame . Sa préfence allumoit le
feu de mon génie . Un feul de fes regards
enflammoit mon imagination , & faifoit
naître dans mon coeur l'extafe du fentiment.
Il n'eft plus ici . Je cherche en vain
a le toucher par mes prières. Il ne m'enFEVRIER
. 1774. 35 %
tend plus . Mes foupirs ne parviennent
point jufqu'à lui .
Ah ! fi , du haut d'un rocher , je voyois
un jour les voiles de ton vaiffeau flotter
dans les airs ; puiffe alors la déeffe de Cythère
, calmer l'impétuofité des flots ! Que
l'Amour prenne lui - même le gouvernail,
& que l'haleine des Zéphirs enfle doucement
les voiles ! Mais fi cet efpoir eft
vain ; fi Sapho doit être pour jamais féparée
de fon cher Phaon , annonce moi,
mon `malheur. J'aurai alors recours à la
plus trifte des reffources , au rocher de
Leucate. Le danger ne m'effraye point ,
pourvu que je puiffe efpérer un fort , plus
heureux .
Par M. D..... , de Chartres :
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Résumé : EPITRE de Sapho à Phaon ; Traduction libre d'Ovide.
L'épître de Sapho à Phaon, traduite par Ovide, relate la détresse de Sapho après l'abandon de son amant Phaon. Sapho exprime sa douleur et sa désolation, soulignant que sa lyre ne chante plus que ses souffrances. Elle compare sa peine à celle d'une amante trahie, ressentant une aridité intérieure comparable à celle provoquée par le vent brûlant du midi. Pendant que Phaon explore tranquillement la Sicile, Sapho pleure et se remémore les moments heureux passés ensemble, où il lui jurait un amour éternel. Cependant, Phaon l'a trahie pour de nouvelles conquêtes. Sapho met en garde les jeunes beautés siciliennes contre les tromperies de Phaon et implore Vénus de la venger. Elle évoque également ses malheurs personnels, ayant perdu son père et son frère à cause de l'amour, et craint que sa fille ne subisse le même sort. Malgré ses efforts pour plaire à Phaon, il l'a laissée seule et négligée. Sapho décrit sa blessure comme incurable et l'amour comme omniprésent dans sa vie. Dans ses rêves, elle voit Phaon et ressent cruellement son absence au réveil. Elle erre dans les lieux de leurs souvenirs, où la nature semble partager sa douleur. Une nymphe lui apparaît en rêve et lui conseille de se jeter du promontoire de Leucate pour apaiser sa souffrance. Sapho décide de suivre ce conseil, espérant que l'amour l'aidera dans sa chute. Elle implore Phaon de revenir, mais se prépare à consacrer sa lyre à Apollon une fois qu'elle aura oublié son amant ingrat. Elle annonce aux jeunes filles de Lesbos qu'elles n'entendront plus ses chants.
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