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1
p. 70-82
L'ADIEU AUX MUSES. DISCOURS.
Début :
Quand on dit adieu au monde par la mort, c'est / Muses c'est trop resver au bord de vos Fontaines, [...]
Mots clefs :
Adieu, Muses, Vers, Poète, Auteurs, Arts, Chansons, Libraire, Livres
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texteReconnaissance textuelle : L'ADIEU AUX MUSES. DISCOURS.
té.
Quand on dit adieu au mon- de par la mort , c'eſt ſans reſource. Iln'en est pas de meſme du ſpirituel Inconnu qui pré- tend l'avoir dit aux Muſes. Il a
un ſi beautalent pour la Poëfie,
qu'il ſe réfoudra difficilement à
tenir parole. Voyez ſi j'ay raiſon dele croire.
A
L'ADIEU
AVX MVSES.
DISCOURS.
MUses, c'esttrop rever, anbordde
Pour unfoible plaisir vouscaufezmil tepeines :
48 LE MERCVRE
Vousn'avezplus pour moy vos premie- res beautez ,
Et je renonce aux biens que vous me
prometez.
Iadis avechonneur vos charmantes retraites
Retentiſſoient du bruit des tranquiles
Poëtes ,
Quand les Maistres du Monde apres degrands exploits Concertoient avec eux àl'ombre de vos
Bois ,
Etqu'un mesme Laurier cueilly sur le Parnaffe Couronnoit tout ensemble Auguste
SonHorace.
Mais belas ,dans ce Siecle un iniuste
mépris Estde nos tristes Vers &lefruit & le
prix!
Quoy,lors quefans rien faire il m'est
permis de vivre ,
Dois-je mal- à-proposfecher àfaire un
Livre,
Quandje n'auray pourfruit de mes tra
vaux ingrats
:
Que
GALANT. 49 Que le mépris du Peuple , &la haine desFats?
Maisquandde vos attraits on a l'ame
ravie,
Qui vousfuit une fois , vousfait toute
Savie.
On a beau remontrer au Poëte Damon
Qu'on n'entendit jamais son barbare
jargon ;
Envainpourleguerir deſa fureurd'é- crire.
Onmépriſeſes Vers que luy ſeul il ad
mire,
Ases propres dépens il se fait imprimer,
Ettoûjours malgré vous il s'obſtineà
rimer.
Moy-mesme mille fois à vos ardeurs rebelle,
I'aytenté vainement de vous eſtre infidelle.
Tous les jours , dés que l'Aube anonce le Soleil,
Apollon par ces mots interrompt mon Sommeil.
Quitte, quitte du Litles delicesvulgai
res,
Tom. VIII. C
50 LE MERCVRE
Cen'estpas en dormant que se font les
Homeres,
Debout. Il n'estpas jour ,que faire fi matin ?
Vad' Horace &de Perſe éclaircir le
Latin,
Lis
gile,
relis encore &Terence &VirEtfur leurstyle heureux tâche àformer
-toastyle.
lesçay tous ces Auteurs. Les peut-on trop sçavoir?
Il i'y faut appliquer du matin jusqu'au
foir,
Tefeurerdes plaisirs où l'âge teconvie ,
Et me facrifier les beaux jours de ta
vie.
C'est ainsi,doctes Sœurs , que vos chers
Nourriffons Aleur tranquilité préferent vos Chan- fons,
On pourroitde vostre Artſoufrir l'in
quiétude ,
Sile gain balançoit l'ennuy de fon étu
des
MaisentretouslesArts qui demandens
nosfoins,
GALAN T. SI
↓
ش
Vostre Art couste le plus , &profite le moins.
Nocardqui tuë un Homme avec une
Ordonnance ,
Deſonafſaffinat reçoit la récompense,
Ettoy qui t'enrichis d'un argent fi mal du,
Paulin,je t'aypayé pour un Procés perdu.
Cependantqui ne sçait la réponse bar- bare
Quefit àl'Arioste un Mecenas avare ,
Quand cet Auteur Comique autant qu'ingénieux ,
Allaluy preſenterſon Roland Furieux?
LaGloire , direz-vous , qui vousfuit d'ordinaire,
Doitàvos Favoris tenir lieu deſalaire.
Oledigneloyerd'un pénible Métier ,
Oûfans compter letemps ,on perdjus qu'aupapier!
CetteGloirequi dupe &le Sot &l'Ha bite ,
Qwest elle que duvent quandelle est in- fertile?
Etpuislors qu'apres elleon court en in- fenfé
Cij
52 LE MERCVRE
Eft-on feur de l'atteindre apres s'estre lassé?
Licidas quife tuë à grimperauParnaſſe,
Etd'un tasde Laquaisfiflédeplace en
C
place;
Etcombien voyons-nous d'Auteurs in
fortunez,
Qu'àd'eternels affrons vous avez condamnez!
Dans un Siecle oùfleurit la puretéparfaite,
Ilfautde grands talenspour former un Poëte;
Il faut qu'au Berceau mesme Apollon
nous ait ry ,
Quedes meilleurs Auteurs wostre esprit foit nourry ,
Etque par le travail d'une longue !eEture,
2
L'Art acheve les traits qu'ébaucha la
Nature.
Aujourd'huy que l'on voit d'aſſez fameux Auteurs
Apauvrir le Libraire, &manquer d'Acheteurs,
Iray-je follemeipourprix de mon étude,
Des Livresinconus groffir la multitude?
GALANT: 53 En vain vous me flatez qu'un fuccés plusheureux
Diſſiperoit ma crainte ,& rempliroit
mes VŒUХ ,
Etque Paris un jour à mes Ocuvres propice
Forceroit la Province à me rendrejusti
ce
Quandlesfons demon Lut presque usé fous mes doigts ,
D'un Cygne agoniſantfurpaſſeroient la voix د
Etque mes Chantspolisparde laſſantes veilles
Auroient d'Apollon mesme enchanté les
oreilles,
Pourroit-je m'aſſurer que le tour de mes
Vers
Sçent plaire également àmille Esprits divers ?
Maissifermant les yeux auxpérils on s'expose
Lagloire on
pofe
lereposdequiconque comIeſuivois pour rimerun aveugle defir ,
Quelgenre de Poëme oftroit-je choi fir ?
Cij
34 LE MERCVRE Faut-il ,Auteur nouveau d'une Piece
tragique ,
Faireplaindre un Hérosfurun ton ma- gnifique,
Ettouchant lefuccés reſveur , triſte inquict ,
D'un chagrin incertain m'affliger en ef fet?
Non, mon ameau repos constamment
attachée,
D'unSentimentpareilne peut estre tou chée.
Dois-je en ſtyle amoureux ,pleurant ,
horsdeſaiſon ,
Me ou de plaindre des rigueursd'Iris , ou
Lifon Helas ! lesplus beaux Vers d'un cœur tendre&fidelle Sontun foible Secours pourvaincre une Cruelle.
Si dans une Satire abondante en bons
mot's
-Jeberneplaiſamment une foule de Sots,
Toute la Ville en cris contre moy dechai
née
Traite mesjeux d'esprit de licence effren née.
GALANT.
1
MesAmis lesplus chers n'ofentqu'avec
terreur
D'un torrent fi rapide arreſter la fureur,
Etfurle bruit qui court mes Parens en alarmes
Amafuture mort donnent déja des larmes.
CesParensennemis devos vieilles Chanfons Mefont à tout moment d'importunes
Leçons.
Quite , me diſent-ils, une étude inutile,
Et va faire au Palais une moiſſon fertile.
Vital,tu le connois, chacun parle de luys Voy ce qu'il fut jadis , ce qu'il est au- jourd'huy.
Tuſçais le peude bien qu'il eutpourſon
partage,
Sesdebtes de beaucoup paſſoient fon heritage.
Cependant qui l'a mis au rangoùtu le
vois!
C'estleBarreau.Voilal'utilité des Loix.
Mets-toy devant les yeux unſemblable
modelle ,
Cij
$6 LE MERCVRE
DesVersqui tefont tort débroüille ta
cervelle ;
Qusi pour t'attirer, le Droit manque d'apas Quite-le , maisdu moins dors , &ne
rimepas.
C'est ainsi qu'oposez au panchant qui m'entraîne ,
De mon cœur contre vous ils foûlevent Lahaine;
Ilfaut leur plaire enfin , & faire un
nouveau choix.
Adieu, Muses , adieu pourla derniere
fois.
Quand on dit adieu au mon- de par la mort , c'eſt ſans reſource. Iln'en est pas de meſme du ſpirituel Inconnu qui pré- tend l'avoir dit aux Muſes. Il a
un ſi beautalent pour la Poëfie,
qu'il ſe réfoudra difficilement à
tenir parole. Voyez ſi j'ay raiſon dele croire.
A
L'ADIEU
AVX MVSES.
DISCOURS.
MUses, c'esttrop rever, anbordde
Pour unfoible plaisir vouscaufezmil tepeines :
48 LE MERCVRE
Vousn'avezplus pour moy vos premie- res beautez ,
Et je renonce aux biens que vous me
prometez.
Iadis avechonneur vos charmantes retraites
Retentiſſoient du bruit des tranquiles
Poëtes ,
Quand les Maistres du Monde apres degrands exploits Concertoient avec eux àl'ombre de vos
Bois ,
Etqu'un mesme Laurier cueilly sur le Parnaffe Couronnoit tout ensemble Auguste
SonHorace.
Mais belas ,dans ce Siecle un iniuste
mépris Estde nos tristes Vers &lefruit & le
prix!
Quoy,lors quefans rien faire il m'est
permis de vivre ,
Dois-je mal- à-proposfecher àfaire un
Livre,
Quandje n'auray pourfruit de mes tra
vaux ingrats
:
Que
GALANT. 49 Que le mépris du Peuple , &la haine desFats?
Maisquandde vos attraits on a l'ame
ravie,
Qui vousfuit une fois , vousfait toute
Savie.
On a beau remontrer au Poëte Damon
Qu'on n'entendit jamais son barbare
jargon ;
Envainpourleguerir deſa fureurd'é- crire.
Onmépriſeſes Vers que luy ſeul il ad
mire,
Ases propres dépens il se fait imprimer,
Ettoûjours malgré vous il s'obſtineà
rimer.
Moy-mesme mille fois à vos ardeurs rebelle,
I'aytenté vainement de vous eſtre infidelle.
Tous les jours , dés que l'Aube anonce le Soleil,
Apollon par ces mots interrompt mon Sommeil.
Quitte, quitte du Litles delicesvulgai
res,
Tom. VIII. C
50 LE MERCVRE
Cen'estpas en dormant que se font les
Homeres,
Debout. Il n'estpas jour ,que faire fi matin ?
Vad' Horace &de Perſe éclaircir le
Latin,
Lis
gile,
relis encore &Terence &VirEtfur leurstyle heureux tâche àformer
-toastyle.
lesçay tous ces Auteurs. Les peut-on trop sçavoir?
Il i'y faut appliquer du matin jusqu'au
foir,
Tefeurerdes plaisirs où l'âge teconvie ,
Et me facrifier les beaux jours de ta
vie.
C'est ainsi,doctes Sœurs , que vos chers
Nourriffons Aleur tranquilité préferent vos Chan- fons,
On pourroitde vostre Artſoufrir l'in
quiétude ,
Sile gain balançoit l'ennuy de fon étu
des
MaisentretouslesArts qui demandens
nosfoins,
GALAN T. SI
↓
ش
Vostre Art couste le plus , &profite le moins.
Nocardqui tuë un Homme avec une
Ordonnance ,
Deſonafſaffinat reçoit la récompense,
Ettoy qui t'enrichis d'un argent fi mal du,
Paulin,je t'aypayé pour un Procés perdu.
Cependantqui ne sçait la réponse bar- bare
Quefit àl'Arioste un Mecenas avare ,
Quand cet Auteur Comique autant qu'ingénieux ,
Allaluy preſenterſon Roland Furieux?
LaGloire , direz-vous , qui vousfuit d'ordinaire,
Doitàvos Favoris tenir lieu deſalaire.
Oledigneloyerd'un pénible Métier ,
Oûfans compter letemps ,on perdjus qu'aupapier!
CetteGloirequi dupe &le Sot &l'Ha bite ,
Qwest elle que duvent quandelle est in- fertile?
Etpuislors qu'apres elleon court en in- fenfé
Cij
52 LE MERCVRE
Eft-on feur de l'atteindre apres s'estre lassé?
Licidas quife tuë à grimperauParnaſſe,
Etd'un tasde Laquaisfiflédeplace en
C
place;
Etcombien voyons-nous d'Auteurs in
fortunez,
Qu'àd'eternels affrons vous avez condamnez!
Dans un Siecle oùfleurit la puretéparfaite,
Ilfautde grands talenspour former un Poëte;
Il faut qu'au Berceau mesme Apollon
nous ait ry ,
Quedes meilleurs Auteurs wostre esprit foit nourry ,
Etque par le travail d'une longue !eEture,
2
L'Art acheve les traits qu'ébaucha la
Nature.
Aujourd'huy que l'on voit d'aſſez fameux Auteurs
Apauvrir le Libraire, &manquer d'Acheteurs,
Iray-je follemeipourprix de mon étude,
Des Livresinconus groffir la multitude?
GALANT: 53 En vain vous me flatez qu'un fuccés plusheureux
Diſſiperoit ma crainte ,& rempliroit
mes VŒUХ ,
Etque Paris un jour à mes Ocuvres propice
Forceroit la Province à me rendrejusti
ce
Quandlesfons demon Lut presque usé fous mes doigts ,
D'un Cygne agoniſantfurpaſſeroient la voix د
Etque mes Chantspolisparde laſſantes veilles
Auroient d'Apollon mesme enchanté les
oreilles,
Pourroit-je m'aſſurer que le tour de mes
Vers
Sçent plaire également àmille Esprits divers ?
Maissifermant les yeux auxpérils on s'expose
Lagloire on
pofe
lereposdequiconque comIeſuivois pour rimerun aveugle defir ,
Quelgenre de Poëme oftroit-je choi fir ?
Cij
34 LE MERCVRE Faut-il ,Auteur nouveau d'une Piece
tragique ,
Faireplaindre un Hérosfurun ton ma- gnifique,
Ettouchant lefuccés reſveur , triſte inquict ,
D'un chagrin incertain m'affliger en ef fet?
Non, mon ameau repos constamment
attachée,
D'unSentimentpareilne peut estre tou chée.
Dois-je en ſtyle amoureux ,pleurant ,
horsdeſaiſon ,
Me ou de plaindre des rigueursd'Iris , ou
Lifon Helas ! lesplus beaux Vers d'un cœur tendre&fidelle Sontun foible Secours pourvaincre une Cruelle.
Si dans une Satire abondante en bons
mot's
-Jeberneplaiſamment une foule de Sots,
Toute la Ville en cris contre moy dechai
née
Traite mesjeux d'esprit de licence effren née.
GALANT.
1
MesAmis lesplus chers n'ofentqu'avec
terreur
D'un torrent fi rapide arreſter la fureur,
Etfurle bruit qui court mes Parens en alarmes
Amafuture mort donnent déja des larmes.
CesParensennemis devos vieilles Chanfons Mefont à tout moment d'importunes
Leçons.
Quite , me diſent-ils, une étude inutile,
Et va faire au Palais une moiſſon fertile.
Vital,tu le connois, chacun parle de luys Voy ce qu'il fut jadis , ce qu'il est au- jourd'huy.
Tuſçais le peude bien qu'il eutpourſon
partage,
Sesdebtes de beaucoup paſſoient fon heritage.
Cependant qui l'a mis au rangoùtu le
vois!
C'estleBarreau.Voilal'utilité des Loix.
Mets-toy devant les yeux unſemblable
modelle ,
Cij
$6 LE MERCVRE
DesVersqui tefont tort débroüille ta
cervelle ;
Qusi pour t'attirer, le Droit manque d'apas Quite-le , maisdu moins dors , &ne
rimepas.
C'est ainsi qu'oposez au panchant qui m'entraîne ,
De mon cœur contre vous ils foûlevent Lahaine;
Ilfaut leur plaire enfin , & faire un
nouveau choix.
Adieu, Muses , adieu pourla derniere
fois.
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Résumé : L'ADIEU AUX MUSES. DISCOURS.
Dans ce discours d'adieu aux Muses, l'auteur exprime son désarroi face à la poésie et aux difficultés qu'elle engendre. Il commence par souligner que, contrairement à la mort, l'abandon de la poésie n'est pas définitif. L'auteur regrette les peines causées par les Muses et renonce aux biens qu'elles promettent. Il évoque une époque où les poètes étaient honorés et couronnés pour leurs œuvres, contrairement à son siècle où les vers sont méprisés. L'auteur décrit la passion inévitable pour la poésie, malgré les critiques et le mépris. Il mentionne les efforts constants nécessaires pour maîtriser les auteurs classiques et les sacrifices personnels que cela implique. Il critique également la gloire poétique, la qualifiant de dupe et d'infertile, et souligne les difficultés financières des poètes. Le texte se termine par une réflexion sur les genres poétiques : tragédie, amour, satire. L'auteur exprime son désir de repos et les pressions familiales pour abandonner la poésie au profit d'une carrière juridique. Finalement, il décide de dire adieu aux Muses pour la dernière fois.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 13-17
DISCOURS AU ROI, Sur le succès de ses Armes.
Début :
LE Samedi 5 Juin M. Roi Chevalier de l'Ordre de S. Michel eut l'honneur / GRAND ROI, je céde enfin à l'ardeur qui me guide ; [...]
Mots clefs :
Roi, Armes, Temps, Succès, Triomphe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISCOURS AU ROI, Sur le succès de ses Armes.
DISCOURS AU ROI ,
Sur le fuccès de fes Armes.
LeSandredeJ.Michel eut l'honneur
de préfenter à la Reine , à Madame la Dauphine
& à Mefdames le Difcours fur le
fuccès des armes du Roi . Il fut invité de le
prononcer. La Reine entendit ces Vers
pendant fon dîner , Madame la Dauphine
l'après midi , & Mefdames à leur fouper.
Elles en parurent également fatisfaites &
attendries. Il fut comblé de ces éloges toujours
précieux & toujoursnouveaux pour un
Auteur le plus accoûtumé à en recevoir .
E Samedi s Juin M. Roi Chevalier
Sa Majesté a reçû en même- tems à l'armée
cette Piéce ; elle a ordonné qu'elle
fût imprimée à Lille . C'eft le même honneur
que S. M. fit à M. Roi lors de la Convalefcence.
Le Poëme fut imprimé à Metz
par un pareil ordre.
14 MERCURE DE FRANCE.
GRAND ROI , je cúde enfin à l'ardeur qui me
guide ;
Tu peux rendre fécond l'efprit le plus aride.
C'est moi qui le premier chantai notre bonheur
Quand tes jours échapoient à la Parque en fureur.
Peut-être que ma Lyre , organe de tendreffe,
A chanter des combats va trahir la foibleffe.
Le zéle fuffiroit pour rendre les frayeurs
Dont tes derniers périls ont glacé tous les coeurs
Lorſqu'au pied de ces murs , d'où partoit le tonnerre
,
Au milieu de ces feux que vomiffoit la terre ,
Ton oeil bravoit la mort errante autour de toi ,
Et que la France entiere à tremblé pour fon Roi.
T
J'aimerois à me joindre à ces tranſports de joye
Qu'à ton heureux retour le citoyen déploie
A peindre ta famille embraffant tes genoux ,
Doux momens , où triomphe & le pere & l'époux !
x
Tel Horace autrefois , dans fa verve diſcrette ,
Laiffoit à Varius ** emboucher la trompette
Ebranler tout l'Olimpe aux clameurs des mourans
De fang dans Actium répandre les torrens ,
Montrer la terre en feu , les mers épouvantées ,
Et du Styx par les morts . les ondes arrêtées.
* Ode 5. l. 1 .
** Poëte Epique & Tragique , fous Augufte.
JUIN.
15 1745.
Du fuccès de la guerre il ne peint que les fruits ;
Les Romains raffûrés , les plaifirs reproduits ,
Le Capitole orné de fleurs , de facrifices ,
Les fpectacles ouverts fous de plus doux aufpices,
Les meres de leurs fils béniffant le retour ,
Et les drapeaux de Mars aux Autels de l'Amour .
'Ainfi , fans m'élancer à travers le carnage ,
Ma Mufe du triomphe ofe ébaucher l'image ;
Triomphe différent de ceux où les Céfars
Du malheur des captifs repaiffant leurs regards ,
De l'esclavage encor aggravoient les injures ;
Où ces Rois enchaînés , déchirant leurs bleffures ,
Déteſtoient leurs vainqueurs , & les cruels fecours ,
Qui pour un tel outrage avoient fauvé leurs jours .
Trop long-tems ébloui par ce fafte barbare ,
Dont gémit l'héroïfme, & dont l'orgueil fe pare ,
L'Univers de LOUIS apprend d'autres vertus ,
Joüiſſez- en , Mortels , fous fes pieds abattus ;.
Loin de vous accabler , une pieté tendre
Comme fur fes Sujets ſçaura ſur vous s'étendre
Vous mourez;leVAINQUEUR veille à vous ranimer;
Vous force à l'applaudir , & peut- être à l'aimer.
Si nos deux derniers Rois foudroyoient des murailles
,
Le Ciel lui réfervoit la gloire des batailles :
Mânes de Souverains fi grands & fi chéris ,
Ah ! vous feriez jaloux d'un autre que d'un fils .
16 MERCURE DE FRANCE.
HENRI même , HENRI , dont l'utile courage
A fçu de fes Ayeux recouvrer l'héritage ,
HENRI n'eut que le choix du Trône ou du trépass
Pour nos feuls intérêts LOUIS arme fon bras :
Déja fon Fils le fuir , ce Fils à qui la Gloire
Pour premiere leçon préfente une victoire.
PRINCE , nouvel objet de refpect & d'amo
Que d'exemples touchants il te donne en un jour !
Arbitre du mérite , il loue , il récompenfe ,
Il ſe reconnoît maître aux faveurs qu'il diſpenſe ,
Seul dédommagement de fes juftes regrets
Pour tous ceux que la mort dérobe à fes bienfaits.
Nobles & chers foutiens de ce puiffant Empire ,
Héros , à vous chanter ma voix ne peut fuffire.
Irois-je apprécier le talent des guerriers ,
Et felon mon caprice adjuger les lauriers ?
A l'envi des grands noms qui parent notre Hiftoire,
Il en eft dont ce jour commence la mémoire ,
Mais LOUIS dans fon coeur a gravé vos exploits ;
Le Soldat a tout dit ; qu'ajoûteroit ma voix ?
Puiffe long -tems l'Europe envier à la France
Ce Chef , qui parmi nous prit une autre naiſſance ,
Ce Chef , dont le courage en un corps épuiſé ,
Subjuguant la nature , a tout fait , tout ofé !
Un regard du MONARQUE , un regard plein
de flâme
JUIN.
17 1745%
Jetté fur le Héros , renouvelle fon ame ;
Et MAURICE applaudi du Prince & du Soldat ,
Fait revivre à nos yeux VENDÔME & Catinat.
Yous , qu'un joug étranger forçoit à vous défendre
,
Redevenez François , hâtez- vous de vous rendre ;
C'eft votre premier Maître ; éprouvez les bontés ,
Et rentrez dans des droits fi long-tems regrettés.
Au milieu de ces champs où le fang fume encore ,
Scéne dont la valeur & frémit & s'honore ,
Sur un Trône formé d'armes & de drapeaux
Il reçoit du Sénat des hommages nouveaux.
GRAND ROI , tous tes Sujets te parlent par
fa bouche ;
Répons à leurs défirs ; que leur zéle te touche !
Il veille par tes loix aux jours des Citoyens ';
Promets à fon amour de ménager les tiens ;
11 friffonne au moment qu'il célebre tes armes;
O Pere , épargne -nous de trop vives allarmes ,
Duffent- en murmurer tous ces braves guerriers ,
Toujours François , toujours avides de lauriers.
Rox, Chevalier de l'Ordre de S. Michel
Sur le fuccès de fes Armes.
LeSandredeJ.Michel eut l'honneur
de préfenter à la Reine , à Madame la Dauphine
& à Mefdames le Difcours fur le
fuccès des armes du Roi . Il fut invité de le
prononcer. La Reine entendit ces Vers
pendant fon dîner , Madame la Dauphine
l'après midi , & Mefdames à leur fouper.
Elles en parurent également fatisfaites &
attendries. Il fut comblé de ces éloges toujours
précieux & toujoursnouveaux pour un
Auteur le plus accoûtumé à en recevoir .
E Samedi s Juin M. Roi Chevalier
Sa Majesté a reçû en même- tems à l'armée
cette Piéce ; elle a ordonné qu'elle
fût imprimée à Lille . C'eft le même honneur
que S. M. fit à M. Roi lors de la Convalefcence.
Le Poëme fut imprimé à Metz
par un pareil ordre.
14 MERCURE DE FRANCE.
GRAND ROI , je cúde enfin à l'ardeur qui me
guide ;
Tu peux rendre fécond l'efprit le plus aride.
C'est moi qui le premier chantai notre bonheur
Quand tes jours échapoient à la Parque en fureur.
Peut-être que ma Lyre , organe de tendreffe,
A chanter des combats va trahir la foibleffe.
Le zéle fuffiroit pour rendre les frayeurs
Dont tes derniers périls ont glacé tous les coeurs
Lorſqu'au pied de ces murs , d'où partoit le tonnerre
,
Au milieu de ces feux que vomiffoit la terre ,
Ton oeil bravoit la mort errante autour de toi ,
Et que la France entiere à tremblé pour fon Roi.
T
J'aimerois à me joindre à ces tranſports de joye
Qu'à ton heureux retour le citoyen déploie
A peindre ta famille embraffant tes genoux ,
Doux momens , où triomphe & le pere & l'époux !
x
Tel Horace autrefois , dans fa verve diſcrette ,
Laiffoit à Varius ** emboucher la trompette
Ebranler tout l'Olimpe aux clameurs des mourans
De fang dans Actium répandre les torrens ,
Montrer la terre en feu , les mers épouvantées ,
Et du Styx par les morts . les ondes arrêtées.
* Ode 5. l. 1 .
** Poëte Epique & Tragique , fous Augufte.
JUIN.
15 1745.
Du fuccès de la guerre il ne peint que les fruits ;
Les Romains raffûrés , les plaifirs reproduits ,
Le Capitole orné de fleurs , de facrifices ,
Les fpectacles ouverts fous de plus doux aufpices,
Les meres de leurs fils béniffant le retour ,
Et les drapeaux de Mars aux Autels de l'Amour .
'Ainfi , fans m'élancer à travers le carnage ,
Ma Mufe du triomphe ofe ébaucher l'image ;
Triomphe différent de ceux où les Céfars
Du malheur des captifs repaiffant leurs regards ,
De l'esclavage encor aggravoient les injures ;
Où ces Rois enchaînés , déchirant leurs bleffures ,
Déteſtoient leurs vainqueurs , & les cruels fecours ,
Qui pour un tel outrage avoient fauvé leurs jours .
Trop long-tems ébloui par ce fafte barbare ,
Dont gémit l'héroïfme, & dont l'orgueil fe pare ,
L'Univers de LOUIS apprend d'autres vertus ,
Joüiſſez- en , Mortels , fous fes pieds abattus ;.
Loin de vous accabler , une pieté tendre
Comme fur fes Sujets ſçaura ſur vous s'étendre
Vous mourez;leVAINQUEUR veille à vous ranimer;
Vous force à l'applaudir , & peut- être à l'aimer.
Si nos deux derniers Rois foudroyoient des murailles
,
Le Ciel lui réfervoit la gloire des batailles :
Mânes de Souverains fi grands & fi chéris ,
Ah ! vous feriez jaloux d'un autre que d'un fils .
16 MERCURE DE FRANCE.
HENRI même , HENRI , dont l'utile courage
A fçu de fes Ayeux recouvrer l'héritage ,
HENRI n'eut que le choix du Trône ou du trépass
Pour nos feuls intérêts LOUIS arme fon bras :
Déja fon Fils le fuir , ce Fils à qui la Gloire
Pour premiere leçon préfente une victoire.
PRINCE , nouvel objet de refpect & d'amo
Que d'exemples touchants il te donne en un jour !
Arbitre du mérite , il loue , il récompenfe ,
Il ſe reconnoît maître aux faveurs qu'il diſpenſe ,
Seul dédommagement de fes juftes regrets
Pour tous ceux que la mort dérobe à fes bienfaits.
Nobles & chers foutiens de ce puiffant Empire ,
Héros , à vous chanter ma voix ne peut fuffire.
Irois-je apprécier le talent des guerriers ,
Et felon mon caprice adjuger les lauriers ?
A l'envi des grands noms qui parent notre Hiftoire,
Il en eft dont ce jour commence la mémoire ,
Mais LOUIS dans fon coeur a gravé vos exploits ;
Le Soldat a tout dit ; qu'ajoûteroit ma voix ?
Puiffe long -tems l'Europe envier à la France
Ce Chef , qui parmi nous prit une autre naiſſance ,
Ce Chef , dont le courage en un corps épuiſé ,
Subjuguant la nature , a tout fait , tout ofé !
Un regard du MONARQUE , un regard plein
de flâme
JUIN.
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Jetté fur le Héros , renouvelle fon ame ;
Et MAURICE applaudi du Prince & du Soldat ,
Fait revivre à nos yeux VENDÔME & Catinat.
Yous , qu'un joug étranger forçoit à vous défendre
,
Redevenez François , hâtez- vous de vous rendre ;
C'eft votre premier Maître ; éprouvez les bontés ,
Et rentrez dans des droits fi long-tems regrettés.
Au milieu de ces champs où le fang fume encore ,
Scéne dont la valeur & frémit & s'honore ,
Sur un Trône formé d'armes & de drapeaux
Il reçoit du Sénat des hommages nouveaux.
GRAND ROI , tous tes Sujets te parlent par
fa bouche ;
Répons à leurs défirs ; que leur zéle te touche !
Il veille par tes loix aux jours des Citoyens ';
Promets à fon amour de ménager les tiens ;
11 friffonne au moment qu'il célebre tes armes;
O Pere , épargne -nous de trop vives allarmes ,
Duffent- en murmurer tous ces braves guerriers ,
Toujours François , toujours avides de lauriers.
Rox, Chevalier de l'Ordre de S. Michel
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Résumé : DISCOURS AU ROI, Sur le succès de ses Armes.
Le texte décrit la présentation et la réception d'un discours célébrant les succès militaires du roi. Jean-Michel Chevalier de l'Ordre de Saint-Michel a composé et prononcé ce discours devant la reine, la dauphine et Mesdames. Le poème a été bien accueilli par ces dernières et a ensuite été envoyé au roi, qui a ordonné son impression à Lille, comme il l'avait fait précédemment pour un autre poème lors de sa convalescence. Le poème loue le courage et la victoire du roi, comparant ses actions à celles des héros antiques. Il souligne la différence entre les triomphes barbares des Césars et les vertus humaines du roi Louis, qui manifeste de la pitié envers ses ennemis vaincus. Le texte évoque également les exploits des soldats et des héros français, mettant en avant la reconnaissance du roi envers eux. Il appelle les sujets à se rallier au roi et à profiter de sa bonté, tout en exprimant le désir de voir le roi protéger ses citoyens et éviter les alarmes inutiles.
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