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1
p. 2-52
Panegyrique du Roy. [titre d'après la table]
Début :
C'est ce qui m'oblige à commencer cette Lettre par le / Qu'attendez-vous de moy, Messieurs ? Avez-vous esperé que je [...]
Mots clefs :
Louis le Grand, Panégyrique, Histoire, Troupes, Éloges, Vainqueur, Ennemis, Éloquence, Statue, Admiration, Sagesse, Trône, Guerre, Passion, Justice, Conquérant, Sujets, Modération, Empire, Piété, Zèle, Monde chrétien, Merveilles, Hérésie, Prodiges, Bataille, Héros, Grâces
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texteReconnaissance textuelle : Panegyrique du Roy. [titre d'après la table]
C'eſt
ce qui m'oblige à commencer
cette Lettre par le
Panegyrique de Sa Majefté,
GALANT.
3
qui fut prononcé à Caën
le cinquième de Septembre,
au fujet de la Statuë que
les Habitans luy ont élevée.
Je vous envoyay le
mois paffé une exacte Relation
de cette Fefte , &
vous marquay que le Pere
Fejacq, Profeffeur en Theologie
, & Prieur des Jacobins
de la Ville, avoit charmé
par un excellent Difcours
le grand nombre d'Auditeurs
que le zele qu'on
a par tout pour le Roy , avoit
attirez à cet auguſte
Spectacle. Voicy en quels
ト
A ij
4 MERCURE
termes ce Difcours
eftoit
conceu.
QVatte
V'attendez - vous de moy
Meffieurs ? Avez - vous
efperé que je répondrois à vos
idées , quand vous muvez fait.
l'honneur de me choisir pour
Panegyrifte de noftre Augufte
Monarque , & pour interprete
de vos coeurs ? Ces deux qualitez
font difficiles à foutenir ; ce qu'a
fart Louis LE GRAND eft fi
extraordinaire & fifingulier ; les
fentimens que vous avez pour
luy font fi vifs & fi délicats ,
qu'on ne peut fans témerité fe
GALANT. 5
X
promettre de réuffer , foit qu'on
foit obligé de parler de luy , foit
qu'il faille parler pour vous .
L'Invincible , le Magnanime
Louis fait le bonheur de la
France , la deftinée de l'Europe ,
L'étonnement de l'Univers. La
gloire de fon Nom s'étend juf
qu'aux extrémitez de la terre;
de ces extrémitez, des Peuples
dont les Noms nous eftoient pref
que inconnus , viennent le voir
& l'admirer. Adoré de fes Sujets
, respecté deſes Voifins, toû
jours vainqueur , foit qu'irrité de
Lorgueil de fes Ennemis , il leur
Faffe la guerre ;foir que touché de
A iij
6 MERCURE
leur foibleffe , il leur donne la
Paix. Quelles expreffions peuvent
égaler la gloire d'un tel Prince ?
L'Eloquence accoûtumée à telever
les actions des autres . Heros,
ne peut qu'affaiblir celles de
Louis , prefque reduite à ne le
louer que par fon defordre
fon filence.
•l'impref-
Il paroift bien , Meffieurs ,
qu'un merite fi extraordinaire a
fait fur vos coeurs toute l'
fion qu'il eft capable de faire .
L'éclat de ce jour qui va devenir
celebre ; cette Pompe, cette Affem.
blée , la joye qui paroift dans vos
yeux , la Place mefme que vous
GALANT. 7
1
avez fait embellir , & la magnifique
Statue que vous venez
d'y ériger , ne nous laiffent point
douter , qu'entre tous les Sujets
d'un fi grand Roy , il n'y en a
point qui reffentent mieux que
vous , le plaifir & la gloire de
luy obeir. Rien de tout ce que fa
Grandeur vous a fait penſer ,
devroit échapper à quiconque doit
parler pour vous. Mais comment
une langue pourroit - elle fervir
d'interprete à tant de coeurs ? Quel
Orateur affez habile pourroit expliquer
ce qu'ont pensé tant de
ne
spirituelles
nes ?
d'illustres Perfon-
A iiij
8
00
MERCURE
Quand il ne feroit pas mefme
impoffible d'y réüſſir , eftoit-ce fur
moy , Meffieurs , que devoit tomber
voftre choix ? Né dans une
autre Province , & prefque inconnu
dans cette Ville , où fleuriffent
les beaux Arts , où plu
fieurs excellens Hommes joignent
l'étude de l'Eloquence à celle des
Loix , des belles Lettres , des Scien
ces humaines , & de la Divine
Theologie , devois -je esperer d'autre
part au Panegyrique que
prepariez , que celle d'entendre
d'applaudir?
Mais vous avez voulu
Panegyrique deuftfa beauté à la
-
vous
que
ce
GALANT. 9
grandeur de fa matiere ,fans rien
devoir à l'Orateur. Vous l'avez
voulu , Meffieurs , & j'obeis ;
perfuadé de mon infuffifance,feur
neanmoins de vous plaire , puifque
j'ay l'honneur de parler d'un
Prince pour qui vous n'avez pas
moins de tendreffe que de respect,
& qui merite l'admiration qu'ont
pour luy les deux Mondes qui
compofent l'Univers , je veux
dire le Monde Chreftien , & le
MondePolitique. Il eftrare qu'on
leur playfe également . Tels Prin
ces qui ont efté les delices de l'Eglife
, n'ont
pas eu l'approbation
du Siecle; & tels qui ont fait l'ad10
MERCURE
miration de ces fages mondains ,
qui préferent à toutes les raifons
la raifon d'Eftat , ont eu le malbeurde
déplaire aux Sages Evangeliques
, qui préferent à tous les
interefts , l'intereft de la Religion.
Ce qui diftingue le Roy de
prefque tous les autres Rois , eft
qu'il plaift en mefme temps à ces
deux Mondes. On voit en luy
que l'Eglifepeut aimer , ony voit
ce que le Siecle peut admirer. Et fi
je fuis affez heureux pour raconter
feulement quelqu'une de fes
actions fans en affoiblir la beauté,
ou pour découvrir quelqu'une de
fes vertus fans en diminuer l'é
ce
GALANT. II
clat ; vous avoüerez , Meffieurs,
qu'on pourroit ajoûter aux nobles
Infcriptions , que des perfonnes diftinguées
par leur rang, & par
leur merite , ont fait graver an
pied du fuperbe Monument , que
cette Ville confacre à la gloire du
Roy , qu'on pourroit , dis- je , y
ajoûter ces deux mots , qui feuls
Walent un Panegyrique ; Louis
LE GRAND , l'Amour du Monde
Chreftien , l'Admiration
du Monde Politique.
1. Si ce que l'Eglife aime dans les
Princes , n'eft pas toûjours ce qui
brille le plus en eux, c'eft du moins
ce qui mérite le plus d'eftime. In12
MERCURE
capable qu'elle eft de fe laiffer
éblouir par un faux jour , éclairée
des lumieres de l'Evangile , elle
n'eftime que le vray merite ,
ne donne que de juftes éloges . Que
peut on s'imaginer de plus grand
que ce qu'elle aime dans les Rois ?
Nefe croire élevé fur le Trône
que pour rendre des Sujets heu
reux ; n'entreprendre la Guerre
que pour réprimer l'injustice , ou
pour affermir la Paix , n'avoir de
puiſſance & de grandeur,quepour
Les fairefervir
aux interefts de la
Religion ; c'est ce qu'aime l'Eglife,
& ce que nous admirons
en Louis LE GRAND .
GALANT. 13
Qu'on est heureux quand on
obeit à un Prince , perfuadé comme
luy , que la Providence fait
naiftre les Rois pour l'utilité de
leurs Sujets ! & que comme les
Aftres ne font attachez an Ciel
que pour éclairer l'Univers , les
Souverains ne font élevezfur le
Trône , que pour le bien de leurs
Eftats ! Loüis ne pense qu'à
faire la felicité des fiens. Si nous.
l'admirons , il nous aime. Nous
nous eftimons heureux de l'avoir
pour Maiftre , & il ne feroit pas
content de luy-mefme, s'ily avoit
dans le monde. un meilleur Maitre
que luy.
14 MERCURE
A qui devons nous qu'àfa valeur
& àfesfoins , le repos dont
nous avons joйy pendant une
une lon
gue Guerre , qui ne nous a point
empefché de goûter les fruits &
les douceurs de la Paix ? Si nos
voifins n'ont pasfeulement approché
de nos Provinces qu'ils espe
roient conquerir , s'ils n'ont rien
fait de tout le mal qu'ils vouloient
faire ; n'eft ce point qu'il les a prévenus
, & que portant la terreur
la defolation fur leurs terres ,
il les a mis hors d'état d'entreprendre
rien fur les noftres ?
A qui devons- nous qu'à sa prudence
, & à la paffion qu'il a de
!
GALANT.
15
à
nous rendre heureux , l'établiſſement
du Commerce , la fureté de la
Navigation, la reforme des Loix,
le bon ordre de la fuftice ,` la difcipline
des Armées ; tout enfin ce
qui rend la France auffifloriſſante
au dedans , qu'elle eft redoutée
au dehors ? De tout ce qui peut
nous eftre utile , rien n'échappe
fa prévoyance , rien ne fatiguefa
bonté , rempliffant felon nos divers
befoins les differentes fon .
ctions de Legiflateur , de Pere &
de fuge ; tantoft il fait des Loix,
tantost il accorde des Graces, &
tan oft il termine des Differens.
Plus fage que tant de Rois ,
16 MERCURE
qui ne fe foucians pas que leurs
Sujets foient bons , pourveu qu'ils
leur foient foumis , penfent plus
quand ils font des Loix , à confer
ver à chacunfon bien , quefon innocence
; Loüis fe confiderant
plûtoft comme le Directeur des
moeurs de fes Sujets , que comme
Arbitre fouverain de leurfortu
fait pas feulement des
ne ,
Loix pour maintenir la tranquil.
lité dans fon Empire , il en fait
poury conferver la vertu. Il punit
le Blafpheme , il défend les
Ufures, il arrefte la fureur des
Duels , fureur prefque auſſi ancienne
que la Monarchie , inveGALANT.
17
terée , opiniâtre , incurable à tout
autre qu'à Louis LE GRAND ,
dont l'empire femble s'étendre jufquesfur
les coeurs. Il commande ,
comme on perd en même temps
juſqu'au defir , juſqu'à la pensée
de luy defobeir, il ne trouve prefque
point de coupables qu'ilfoit
obligé de punir.
*
Il voudroit bien ne pas trovver
plus de malheureux ; mais:
parce que telle eft nostre destinée,
qu'ily en aura toujours , ilfe fait
un plaifir une loy de lesfecon
rir. Qui d'entre fes Sujets diftingué
par le merite , & accablépar
la fortune , luy a fait connoiftre
Novembre 1685.
J.
B
18 MERCURE
les
fes befoins fans le voir s'y intereffer
? Laquelle de fes Provinces
a veu mourir fes efperances par
le déreglement des Saifons , fans
les voir auffi- toft renaître par
foins qu'il a pris de la foulager?
Ilfuffit que Louis fçache qu'on
est malheureux pour qu'on ceffe
auffi tost de l'eftre. Son air feul
fes manieres obligeantes tiennent
lieu de bonne fortune aux
miferables qui ont l'honneur de
l'aborder ; il y ajoûte des fecours
confiderables , & il femble que
la Providence ne permet qu'il
arrive quelques difgraces , que
pour luy laiffer la gloire d'avoir
GALANT. 19
fait feul le bonheur de fes Sujets .
L'amour qu'il a pour eux le
faitJouvent defcendre du Trône
pour monter fur le Tribunal , où
comme s'il n'eftoit point d'ailleurs
occupé à regler la deftinée de prefque
tous les Souverains de l'Europe
, il fe fait uneferieuſe occupation
de terminer les Differens de
fes Sujets. Il écoute, il examine,
il prononce ; mais avec quel difcernement
? Avec quel respectpour
les loix ? Ceux dont il daigne
prendre les avis , avoient queplus
habile qu'eux il ne regnepas moins:
dans fon Confeil par l'élevation:
defon genie , que par la fuperior
Bij
20 MERCURE
rité de fon rang. Il démele toû
jours le bon droit ; & fi nous en
exceptons les occafions , où fabonté
pour fes Sujets l'empefche defe
rendre justice à foy- mefme , il le
favorife toujours ; inflexible dans:
la justice qu'il rend aux autres ;:
injufte avec honneur dans les in--
juftices qu'il fe fait à luy mefme ;
par tout également digne de
l'amour du Monde Chreftien.
Mais peut- eftre qu'il paroift
moins aimable à ce monde pacifique
, quand à la tefte de fes redoutables
Armées ilporte la guerre
chez les Peuples jaloux de fa
puiffance . Rien moins, Meffieurs,
GALANT. 21
il plaßt autant fous les armes que
fur le Trône.
Qu'on ne fe figure point icy
un de ces Conquerans , qui ne
troublent le repos de la terre , que
pour calmer le trouble qu'un defir
déreglé de s'agrandir excite dans
le coeur. Tels ont eflé les Cefars
& les Alexandres , qui en
acquerant un peu de gloire,fe font
attirez beaucoup de haine , au lieu
que noftre invincible Monarque
ne s'eft pas moins acquis par fes
conquestes l'amour
tion de l'Univers .
que l'admira-
Ne fçait- on pas , que le defir
de vaincre , le plaifir , deſe van22
MERCURE
ger , le deffein de nuire , ny aucu
ne defes farouchespaffions quifont
les guerres injuftes , ne luy a point
fait prendre les armes ? Nos Ennemis
mefmes peuvent - ils defavouer
que quelque ardeur qu'il
euft pour la gloire , quelque af
feuré qu'il fuft de triompher , il
n'a combattu que malgré luy? Jamais
il n'eustfait la guerre ,fifans
lafaire , il eust pú réprimer l'injuftice
de fes voifins , ou affurer le
repos de fes Sujets ?
Empereurs , Rois , Souverains,
Republiques, Eftats, Peuples qu'il
a vaincus , ne vous en prenez
qu'à vous mefmes de vos pertes
1
"
GALANT 23
trop
de vos malheurs . Si l'Efpagne
n'euft pas contefté des Droits
bien juftifiez , Loüis n'euft
point attaqué les Païs- bas , qu'il
parcourut comme unfoudre , avec
une incroyable rapidité , laiffant
par tout d'éclatantes marques de
fes victoires. Si la Hollande euft
efté moins ingrate , on ne l'euſt
point veuëfuccomberfous la mefmepuissance
, à laquelle elle estoit
redevable de fon élevation. Si
l'Allemagne euft mieux connu fes
veritables interefts ; fi des craintes
imaginaires ,fi d'injustes défiances
ne l'euffent fait armer contre
la France , le Roy qu'elle a con24
MERCURE
traint de devenir fon Ennemy,
n'euft jamais efté que fon Protecteur.
Combien les Princes liguez
avec tant de peine , & avecfi
peu de fuccés , euffent -ils épargné
de fang? Combien de Places euffent-
ils confervées , fi leur opiniâtreté
ne les enft empefchez
d'obferver les Traitez que leur
foibleffe les avoit forcé de conclure
? Luxembourg n'euft point
changé de maître , s'il n'euft fallu
par un coup defi grand éclat met-
-tre fin aux lenteurs & aux artifices
de la Politique Espagnole .
L'obftination des Ennemis à perdre
GALANT. 25
dre cette importante Place , aforcé
le Roy à la prendre. Paffionnépour
la paix jufques dans le fein de la
victoire , il n'a fait cette derniere
conquefte que pour n'eftre pas obligé
d'en faire de nouvelles.
Quel autre obstacle ,que fa feule
moderation s'eft opposée à celles
qu'il pouvoit faire ? L'occafion
fera - t - elle jamais plus favorable
de remonterfur le Trône de Charlemagne
, & de s'affujetir l'Em.
pire, quifur le penchant defaruinefembloit
demander un nouveau
Maître, un pluspuiffant Protecteur
? Le Roy n'avoit qu'à le
vouloir , il pouvoit tout . Mais
Novembre 1685. C
26 MERCURE
femblable au grand Theodofe , que
Saint Auguftin admire pour avoir
efté moins fenfible au defir d'dequerir
un Empire , qu'à la gloire
de fecourir un Empereur deftitué
de tout fecours : Loüis , pour
laiſſer à l'Empire la liberté de réü–
nirfes forces contre les Turcs , retire
lesfiennes du voisinage de Luxembourg
, preft à ſecourir l'Empereur
, & à renouvellerfur les
bords du Danube les merveilles de
la journée du Raab , fi ce Prince
n'euft mieux aimé s'expofer à perdre
tout , qu'à devoir deux fois fa
Couronne.
Que cet endroit, Meffieurs , a
GALANT. 27
•
efté touchant pour l'Eglife ! &
que le Roy parut aimable au Monde
Chreftien , quand il fufpendit
fes conqueftes pour faciliter le fecours
de Vienne , dont la perte
n'eftoit pas tout le mal qu'on devoit
craindre. Les interests de la
Religion estoient meflez avec
ceux de l'Empire dans la confervation
de cette Place : c'est ce qui
faifoit trembler le Monde Chrétien,
c'est ce qui toucha Louis
LE GRAND : car fut - il jamais
un Prince plus religieux?
témoin toute la
terre : on voit par tout des mar-
F'en prens
ques defon zele de ſa pieté.
Cij
28 MERCURE
Dans l'Empire , Strasbourg &
Munster affujetis à leurs Princes
legitimes , & en mefme temps à
leurs legitimes Pasteurs ; dans la
Hollande , des lauriers confacrez
au Dieu des Batailles , & au lieu
d'Arcs de triomphe , des Croix
élevées & des Autels reparez;
en Afrique les Prifons de Tripoli,
d'Alger de Tunis ouvertes par
de glorieux Traitez, ou brifées par
d'heroïques efforts ; & un nombre
infini d'esclaves arrachez à lafureur
des Ennemis du nom Chrétien;
dans tout l'Empire Ottoman ,
le Christianifme floriffant à l'ombre
des lys ; dans la Palestine les
GALANT. 29
Lieuxfaints protegez contre l'impieté
des Infideles, & mis à l'abry
de leurs infultes ; dans les Indes,
dans le fapon , dans la Perfe , des
Miffions d'HommesApostoliques,
établies , protegées , entretenuës ;
dans l'Italie, la fameuse Pyramide .
quifut élevée pour vanger l'honneur
de la France, abattue pour ménager
la gloire du faint Siege ; à
nos yeux , de dangereuses nouveautez
ou prévenues , ou diffipées
; la paix rendue à l'Eglife ,
& ce qui fera l'éternité de cette
Paix , l'Epifcopat remply d'excellens
Sujets , & degrands Hommes
Ciij
30 MERCURE
Ajoutons à tant de merveilles.
ce qui feulfuffiroit pour immortalifer
la pieté de Louis LE
GRAND : le Calvinisme prefque
aneanty; il expire ce monstre qui
defoloit autrefois la France ; elle
languit , elle meurt cette berefie
qui fut la fource funeste de nos
de
divifions & de nos guerres . Ils ne
fubfiftent plus ces Temples élevez
fur les ruines de nos Eglifes ; ces
Temples où l'on n'offroit pas
Victimes, & où l'onformoit des
voeux qui n'avoientpeut- eftre pas
pour objet nos profperitez. Des
millions de Protestans font réduits
à un petit nombre , & bien-toft
GALANT. 31
ce ne fera plus que par l'Histoire
qu'on apprendra qu'elle a esté la
fortune de ceformidable party.
Il avoit refifté aux armes de
plufieurs grands Rois , & il cede
prefquefans refiftance à Louis
LE GRAND, qui n'employe pour
le ruiner que fa bonté,fa douceur,
fes bienfaits , fon zele , &fes
Loix ; Loix qui fans violer d'anciens
Edits en repriment les abus ;
Loix également douces feveres,
juftes & charitables ; Loixfavo
rables à ceux mefmes qui les trouvent
dures ,
qui s'en plaignentfe confefferont
quelque jour redevables de leur
aufquelles ceux
Jalut..
C iiij .
32 MERCURE
L'Eglife peut- elle donner moins
que fon coeur à un Prince qui luy
rend de fi grands fervices ? Eftce
affez qu'elle l'appelle le Prédi
cateur de la Foy , le Defenfeur
des Veritez Orthodoxes , l'Evef
que feculier de fes Sujets ? Noms
glorieux que Saint Remy donnoit
autrefois à Clovis. Eft - ce affez
mais laiffons à l'Eglife le
....
choix de ce qu'elle doit faire pour
marquer fa reconnoiffance
à ce
Grand Roy ; & voyons dans le
peu de temps qui nous refte , s'il
ne merite pas auffi juftement l'admiration
du Monde Politique , que
l'amour du Monde Chreftien.
GALANT.
33
L'admiration , toute muette
qu'elle est ordinairement , eft le
plus glorieux de tous les Eloges.
que ce qu'on eftime laiſſe
Tandis
la liberté de parler , ce qu'on dit
peut eftre foupçonné de flaterie ;
tout est naturel , tout eft fincere
dans le filence qui accompagne la
Surprife ; ce qu'on voit ne peut eftre
que tres-grand , quand on admire
fans loüer. Alexandre tou
jours brave , toûjours heureux, ne
trouva rien qui pût arrefter le
cours rapide de fes Victoires, toute
la terre enfut faifie d'étonnement;
comme il eft remarqué dans
l'Ecriture , ne pouvant le loüer ,
34 MERCURE
elle fe tút , & l'admira. Salomon
fut le plus magnifique de tous les
Rois , & ceux qui le virent, tomberent
dans une espece de raviffement
qui leur ofta l'usage de la
parole. Ce que ces Princes ont esté
dans leur Siecle , Louis LE
GRAND ne l'eft - il pas dans le
noftre ? Eft il moins vaillant
moins heureux qu' Alexandre ?
Eft.il moins magnifique que Salomon
? N'en doutez pas , Meffieurs
, la pofterité l'admirera ,
comme nous les admirons .
Le fameux Paffage du Rhin
va prendre parmy les prodiges le
rang qu'ont tenu jufqu'icy les pafGALANT.
35
fages du Granique & de l'Hydafpe.
On y verra Louis LE
GRAND s'eftimer heureux d'avoir
enfin trouvé un peril digne
de luy ; & ce que ne putfaire Alexandre
, on l'y verra imprimer.
dans les coeurs de tous les fiens la
noble ardeur dont il brûloit, Soûtenus
par fa prefence , animez
parfa valeur , glorieux de combattrefous
les yeux d'un fi grand
Roy , ils fe précipiterent dans les
eaux , & ils allerent malgré la
profondeur la rapidité du Fleu
ve chercher des Ennemis qui
n'eurent ny affez de fermeté pour
Les recevoir , ny affez de coeur
>
36 MERCURE
pour les attendre
.
Cent prodiges ontfuivy ce premier
miracle ; mais la Pofterité
qui les doit admirer , les croira
t- elle ? Vous mefines , Meffieurs,
qui les avez veus ,
les croyezvous
? L'Histoire de Louis LE
GRAND , toute vraye qu'elle eft,
a t- elle moins que celle d'Alexandre
l'air de la Fable ? Y a- t - il
de la vray-femblance dans les veritez
qu'on dit de luy ?
Qu'en quinze jours , dans la
plus fâcheufe faifon de l'année ,
it airfubjugué toute une Province
confiderable par le nombre
par la force de fes Places ; qu'en
&
GALANT. 37
moins d'un mois il ait pris plus
de Villes qu'il n'en faudroit pour
faire un puiffant Erat ; qu'il ait
refifté feul à toute l'Europe ; qu'il
ait triomphé par tout où il a combattu
; que fes Ennemis n'ayent
les témoins et les fpectaefté
que
teurs
immobiles
de
fes
victoires
;
qu'il
leur
ait
osté
jusqu'au
courage
de fe
défendre
; qu'il
ait
réduit
Alger
à
confeffer
qu'il
luy
faifoit
grace
, quand
il luy
impofoit
des
Loix
; qu'il
ait
humilié
Gennes
, fans
achever
de
la
détruire
: fouffrez
que
je le
repete
,
vous
qui
en avez
esté
les
témoins
,
croyez
- vous
? Ou
parce
qu'il
le
38 MERCURE
vous est impoffible d'en douter ,
esperez - vous que les Sieclesfuturs
n'en doutent point? Alexandre
crût qu'il étoit de fa gloire de
les tromper, par les vaines apparences
d'une grandeur qu'il n'avoit
pas : il eft au contraire de la
gloire du Roy qu'on les ménage ,
& qu'on ne leur apprenne des
grandes chofes qu'il a faites , que
celles qu'ils pourront croire.
Que la Pofterité fcache , que
Louis s'est rendu deux fois maître
de Valenciennes par fes Armes
& par fes Bienfaits. Mais
ne luy difons pas que cette importante
Place attaquée au milieu de
GALANT.
39
l'Hyver , a efté prise en un quart
d'heure & en plein jour ; qu'on la
vitpaffer en un moment de la confiance
au defefpoir , & du defefpoir
à la joye ; que le fort des &
Vaincus y fut bien- toft égal à celuy
des Victorieux ; ceux- cy penfant
avec plaisir à la gloire qu'ils
avoient acquife , ceux- là au pardon
qu'on leur avoit accordé ; &
tous à la Victoire que Loüis
avoit emportée.
Que la Pofterité fcache , que
formidable Cambray n'a refifté
que tres -peu dejours : mais qu'elle
ignore,que le Roy n'employa pour
le prendre que la moindre partie
le
40 MERCURE
4°
de fes Forces : & que plus genereux
qu'Alexandre , qui croyoit
perdre autant de gloire , que les au
tres en acqueroient , il avoit envoyéfes
meilleures Troupes à fon
illuftre Frere , qui dans le mefme
temps prenoit une Ville , & gagnoit
une Bataille.
Ce que nous retrancherons des
que
l'Invin- furprenantes
actions
cible Loüis
a faites , empefchera
ceux qui viendront
aprés
nous de le prendre pour un Heros
fabuleux ; & le peu que nous en
direns fuffira pour le faire regarder
comme le plus grand des Hea
ros.
GALANT. 41
"Y
Pourra-t- on luy refufer ce titre
, quand on sçaura qu'aprés
avoir triomphe de fes ennemis ,
il s'eft vaincu luy- mefme ? C'eſt
ce qu'il faudra raconter exactement
à la Pofterité. Il eft de l'interest
de toute la terre , qu'aucun›
Prince ne le puiffe ignorer. Loüis
plus grand que fa gloire & quefa
fortune , auffi maître de luy mef
me que de fes Ennemis , s'arrefte :
au milieu de fa courſe , & borne
fes Conqueftes dans un temps où
fon glorieux deftin ſembloit l'appeller
à l'Empire de l'Univers..
Il eft vray qu'il fait la Paix en
Conquerant & en Maître ; il las
Novembre 1685.
å
D
42 MERCURE
donne à fes Ennemis ,
comme it
donne des Loix à fes Sujets ; feul.
Arbitre , feul Mediateur , il conclut
, il décide ; ce qu'il pretend
qu'on reftitue , ce qu'il veut donner
, ce qu'il doit retenir , il regle
tout ; mais il le regle d'une maniere
fi definterefée , fi genereuse ,
qu'il femble vouloir partager avec
les Vaincus le fruit de fes Vi-
Etoires ; & qu'il donne fujet de
douter ; lequel des deux luy eft
plus glorieux , ou d'avoir ſiſouvent
triomphe durant la guerre ,
ou d'avoir facrifié tant de Conqueftes
à la Paix.
L'Antiquité, toute fiere qu'elle
"
GALANT. 43
eft du grand nombre de fes Heros,
pourroit-elle nous en montrer un ,
qui dans telles conjonctures aitfait
un fi grand facrifice ? Il y a peu
de Conquerans qui ne fe foient
laiffez entraîner comme des efcla--
ves par leur bonne fortune ; A
lexandre fuccomba fous le poids'
de la fienne , aveuglé de fon bonheur
il perdit toute moderation..
C'eftoit , Meffieurs , c'estoit à
LOUIS LE GRAND qu'eftoit
refervé l'avantage de donner au
monde ce rare exemple de vertu ;;
& d'apprendre aux Souverains
qu'ils doivent préferer aux charmes
de la gloire , le repos de leurss
Dij
44 MERCURE
Sujets , & au titre de Conque
rant la qualité de Pacifique.
Un Prince connu sous ce nom
dans la Fudée , fut autrefois adoré
de toute la terre ; & ce Prince
femble renaître en Loüis LE
GRAND . Ces nombreuſes Armées
prestes en tout temps à marcher
à combattre ; ces Flotes
qui font trembler toutes les mers ;
ces fortifications fi regulieres , &
preſque auſſi- toſt achevées que refolues
; ces richeffes immenfes, ces
magnifiques Palais , cet aſſemblage
de tous les Chefs - d'oeuvres de
la Nature & de l'Art ; ces Montagnes
abattuës , ces Rivieres déGALANT.
45
tournées , cent autres femblables
merveilles ne renouvellent - elles
pas dans nos jours les merveilles
du temps de Salomon ? N'en
voyons- nouspas mefme un grand
nombre qui échaperent à la magnificence
, on aux foins du Monarque
des Juifs ? Ce fameux
Hoftel , qui difputeroit de beauté
avec les plusfuperbes Palais des
Rois , & qui fert d'azyle à de
braves & d'illuftres malheureux;
ces foins fi noblement employez
à former de jeunes Guerriers , ces
établiffemens où la beauté trouve
une protection qui l'empefche de
devenir criminelle, & où la No
46 MERCURE
bleffe trouve des fecours qui l'empefche
d'eftre miferable ; nefont
ce pas des prodiges de magnificence
inconnus jufqu'au temps de
LOUIS LE GRAND ? Le monde
les admire ; mais ce qu'il admire
le plus , eft la perfonne mesme
de Louis .
-t - on de le
Quelle grace ! quel air ! quel
admirable mélange de douceur &
de majefté ! peut - on le voirfans
laimer ? Etfe laffevoir
? N'y a- t- il point dans fes
moindres mouvemens je ne fçay
quel agrément qui enchante ? Un
air de Heros de Souverain ?Je
ne fçay quoy de plus qu'humain
GALANT.
47
>
le
qui charme les
yeux , qui ravit
les coeurs
& qui inspire tout à
la fois la tendreffe , l'obeïffance &
le respect : Un feul de fes regards
le fait mieux connoître
, que ne le
feront jamais fes Hiftoriens &fes
Panegyriftes
: & pour eftre perfuadé
de tout ce que la renommée
publie de luy , il ne faut que
voir un moment. On fe l'imagine
d'obord , tel qu'il eft , à la tefte de
fes Armées , intrepide
, agiſſant
infatigable ; tel qu'il eft dans fon
Confeil , affidu , penetrant
, judicieux
; tel qu'il eft dans fa Cour ,
& au milieu de cette foule d'adorateurs
, que fon merite plûtoft
48 MERCURE
que fa fortune luy attire de tous
les endroits de la terre , doux , careffant
, defacile accés ,fenfible à
l'amitié, diftinguant le merite, récompenfant
la vertu , diffimulant
les defauts, fupportant lesfoibleffes
; enfin plus grand Homme encore
que grand Roy , & toûjours
digne de l'admiration du Monde
Politique , de l'amour du Monde
Chreftien
.
Que n'ay-je , Meffieurs , une
éloquence affez vive & affez
forte pour le reprefenter tel qu'il
paroift à ceux qui ont l'honneur
de le voir ! Mais vous avez
heureuſement ſuppleé à ce que
Vous
GALANT. 49
vous fçaviez qui manqueroit à
ma voix. L'excellente Statue que
vous avez érigée parle pour
Vous elle parlera mefme dans
tous les temps ; & ce monument
travaillé avec un art & une délicateffe
capables d'immortaliſer
fon Autheur , n'eft pas feulement
le témoin fidelle desfentimens refpectueux
que vous avez pour
le Roy , ilfera fon Panegyrifte
eternel. Les Siècles les plus reculezfe
fouviendront en le voyant,
des Victoires & des Vertus de
LOUIS LE GRAND ; onpenfera
tout ce que vous pensez aujourd'huy
, & l'on dira quefiLoüis
Novembre 1685. E
50 MERCURE
a
efté le plus Grand des Roys ",
vous avez esté les plus fidelles ,
vous vous eftes estimez les
plus heureux de fes Sujets.
Faites , o mon Dieu ! que nous
joüiffions long- temps de ce bonheur
, & qu'il dure encore aprés
nous. Confervez- nous un Prince
que vous nous avez donné , parce
que vous nous aimez. Laiffez-
luy letemps d'achever ce qu'il
medite pour votre gloire , &
comblez- le de vos graces , tandis
qu'il nous comble de fes faveurs.
Qu'il n'ait point d'ennemis , ou
qu'il en triomphe toujours ; Que
la felicité de fon regne s'étende
GALANT. 5
égalementfurfa Famille & fu
fes Etats; Que le glorieux heritier
defa Grandeur le foit de fa vertu
; Qu'il aitfon coeur , comme il
a fon nom ; Que les peuples reverent
ce Monarque , l'amour de
l'Eglife , l'admiration du monde;
Que les Roys l'imitent ; Que tout
luyfoit affujetty , e que luymefme
vous foit foumis.
Ce font , ô mon Dieu , les
Voeux que forment de toute l'éten ·
duë de leur coeur ce Prelat fi vertueux
& fi digne defon Augufte
Caractere : Ce Sage & judicieux
Intendant , digne Miniftre
d'un figrand Roy ; ces Magistrats
E ij
25 MERCURE
fi zelez pour le bien public ;
ces Docteurs fi habiles ; ces Juges
équitables , & éclairez , ces Sçavans
de toutesprofeffions , & tout
ce Peuple. Ils vous demandent ,
Seigneur , je vous demande
avec eux la continuation des
graces que vous avezfi liberalement
répanduës fur la Perfonne ,
fur la Famille , & fur les Etats
de LOUIS LE GRAND .
ce qui m'oblige à commencer
cette Lettre par le
Panegyrique de Sa Majefté,
GALANT.
3
qui fut prononcé à Caën
le cinquième de Septembre,
au fujet de la Statuë que
les Habitans luy ont élevée.
Je vous envoyay le
mois paffé une exacte Relation
de cette Fefte , &
vous marquay que le Pere
Fejacq, Profeffeur en Theologie
, & Prieur des Jacobins
de la Ville, avoit charmé
par un excellent Difcours
le grand nombre d'Auditeurs
que le zele qu'on
a par tout pour le Roy , avoit
attirez à cet auguſte
Spectacle. Voicy en quels
ト
A ij
4 MERCURE
termes ce Difcours
eftoit
conceu.
QVatte
V'attendez - vous de moy
Meffieurs ? Avez - vous
efperé que je répondrois à vos
idées , quand vous muvez fait.
l'honneur de me choisir pour
Panegyrifte de noftre Augufte
Monarque , & pour interprete
de vos coeurs ? Ces deux qualitez
font difficiles à foutenir ; ce qu'a
fart Louis LE GRAND eft fi
extraordinaire & fifingulier ; les
fentimens que vous avez pour
luy font fi vifs & fi délicats ,
qu'on ne peut fans témerité fe
GALANT. 5
X
promettre de réuffer , foit qu'on
foit obligé de parler de luy , foit
qu'il faille parler pour vous .
L'Invincible , le Magnanime
Louis fait le bonheur de la
France , la deftinée de l'Europe ,
L'étonnement de l'Univers. La
gloire de fon Nom s'étend juf
qu'aux extrémitez de la terre;
de ces extrémitez, des Peuples
dont les Noms nous eftoient pref
que inconnus , viennent le voir
& l'admirer. Adoré de fes Sujets
, respecté deſes Voifins, toû
jours vainqueur , foit qu'irrité de
Lorgueil de fes Ennemis , il leur
Faffe la guerre ;foir que touché de
A iij
6 MERCURE
leur foibleffe , il leur donne la
Paix. Quelles expreffions peuvent
égaler la gloire d'un tel Prince ?
L'Eloquence accoûtumée à telever
les actions des autres . Heros,
ne peut qu'affaiblir celles de
Louis , prefque reduite à ne le
louer que par fon defordre
fon filence.
•l'impref-
Il paroift bien , Meffieurs ,
qu'un merite fi extraordinaire a
fait fur vos coeurs toute l'
fion qu'il eft capable de faire .
L'éclat de ce jour qui va devenir
celebre ; cette Pompe, cette Affem.
blée , la joye qui paroift dans vos
yeux , la Place mefme que vous
GALANT. 7
1
avez fait embellir , & la magnifique
Statue que vous venez
d'y ériger , ne nous laiffent point
douter , qu'entre tous les Sujets
d'un fi grand Roy , il n'y en a
point qui reffentent mieux que
vous , le plaifir & la gloire de
luy obeir. Rien de tout ce que fa
Grandeur vous a fait penſer ,
devroit échapper à quiconque doit
parler pour vous. Mais comment
une langue pourroit - elle fervir
d'interprete à tant de coeurs ? Quel
Orateur affez habile pourroit expliquer
ce qu'ont pensé tant de
ne
spirituelles
nes ?
d'illustres Perfon-
A iiij
8
00
MERCURE
Quand il ne feroit pas mefme
impoffible d'y réüſſir , eftoit-ce fur
moy , Meffieurs , que devoit tomber
voftre choix ? Né dans une
autre Province , & prefque inconnu
dans cette Ville , où fleuriffent
les beaux Arts , où plu
fieurs excellens Hommes joignent
l'étude de l'Eloquence à celle des
Loix , des belles Lettres , des Scien
ces humaines , & de la Divine
Theologie , devois -je esperer d'autre
part au Panegyrique que
prepariez , que celle d'entendre
d'applaudir?
Mais vous avez voulu
Panegyrique deuftfa beauté à la
-
vous
que
ce
GALANT. 9
grandeur de fa matiere ,fans rien
devoir à l'Orateur. Vous l'avez
voulu , Meffieurs , & j'obeis ;
perfuadé de mon infuffifance,feur
neanmoins de vous plaire , puifque
j'ay l'honneur de parler d'un
Prince pour qui vous n'avez pas
moins de tendreffe que de respect,
& qui merite l'admiration qu'ont
pour luy les deux Mondes qui
compofent l'Univers , je veux
dire le Monde Chreftien , & le
MondePolitique. Il eftrare qu'on
leur playfe également . Tels Prin
ces qui ont efté les delices de l'Eglife
, n'ont
pas eu l'approbation
du Siecle; & tels qui ont fait l'ad10
MERCURE
miration de ces fages mondains ,
qui préferent à toutes les raifons
la raifon d'Eftat , ont eu le malbeurde
déplaire aux Sages Evangeliques
, qui préferent à tous les
interefts , l'intereft de la Religion.
Ce qui diftingue le Roy de
prefque tous les autres Rois , eft
qu'il plaift en mefme temps à ces
deux Mondes. On voit en luy
que l'Eglifepeut aimer , ony voit
ce que le Siecle peut admirer. Et fi
je fuis affez heureux pour raconter
feulement quelqu'une de fes
actions fans en affoiblir la beauté,
ou pour découvrir quelqu'une de
fes vertus fans en diminuer l'é
ce
GALANT. II
clat ; vous avoüerez , Meffieurs,
qu'on pourroit ajoûter aux nobles
Infcriptions , que des perfonnes diftinguées
par leur rang, & par
leur merite , ont fait graver an
pied du fuperbe Monument , que
cette Ville confacre à la gloire du
Roy , qu'on pourroit , dis- je , y
ajoûter ces deux mots , qui feuls
Walent un Panegyrique ; Louis
LE GRAND , l'Amour du Monde
Chreftien , l'Admiration
du Monde Politique.
1. Si ce que l'Eglife aime dans les
Princes , n'eft pas toûjours ce qui
brille le plus en eux, c'eft du moins
ce qui mérite le plus d'eftime. In12
MERCURE
capable qu'elle eft de fe laiffer
éblouir par un faux jour , éclairée
des lumieres de l'Evangile , elle
n'eftime que le vray merite ,
ne donne que de juftes éloges . Que
peut on s'imaginer de plus grand
que ce qu'elle aime dans les Rois ?
Nefe croire élevé fur le Trône
que pour rendre des Sujets heu
reux ; n'entreprendre la Guerre
que pour réprimer l'injustice , ou
pour affermir la Paix , n'avoir de
puiſſance & de grandeur,quepour
Les fairefervir
aux interefts de la
Religion ; c'est ce qu'aime l'Eglife,
& ce que nous admirons
en Louis LE GRAND .
GALANT. 13
Qu'on est heureux quand on
obeit à un Prince , perfuadé comme
luy , que la Providence fait
naiftre les Rois pour l'utilité de
leurs Sujets ! & que comme les
Aftres ne font attachez an Ciel
que pour éclairer l'Univers , les
Souverains ne font élevezfur le
Trône , que pour le bien de leurs
Eftats ! Loüis ne pense qu'à
faire la felicité des fiens. Si nous.
l'admirons , il nous aime. Nous
nous eftimons heureux de l'avoir
pour Maiftre , & il ne feroit pas
content de luy-mefme, s'ily avoit
dans le monde. un meilleur Maitre
que luy.
14 MERCURE
A qui devons nous qu'àfa valeur
& àfesfoins , le repos dont
nous avons joйy pendant une
une lon
gue Guerre , qui ne nous a point
empefché de goûter les fruits &
les douceurs de la Paix ? Si nos
voifins n'ont pasfeulement approché
de nos Provinces qu'ils espe
roient conquerir , s'ils n'ont rien
fait de tout le mal qu'ils vouloient
faire ; n'eft ce point qu'il les a prévenus
, & que portant la terreur
la defolation fur leurs terres ,
il les a mis hors d'état d'entreprendre
rien fur les noftres ?
A qui devons- nous qu'à sa prudence
, & à la paffion qu'il a de
!
GALANT.
15
à
nous rendre heureux , l'établiſſement
du Commerce , la fureté de la
Navigation, la reforme des Loix,
le bon ordre de la fuftice ,` la difcipline
des Armées ; tout enfin ce
qui rend la France auffifloriſſante
au dedans , qu'elle eft redoutée
au dehors ? De tout ce qui peut
nous eftre utile , rien n'échappe
fa prévoyance , rien ne fatiguefa
bonté , rempliffant felon nos divers
befoins les differentes fon .
ctions de Legiflateur , de Pere &
de fuge ; tantoft il fait des Loix,
tantost il accorde des Graces, &
tan oft il termine des Differens.
Plus fage que tant de Rois ,
16 MERCURE
qui ne fe foucians pas que leurs
Sujets foient bons , pourveu qu'ils
leur foient foumis , penfent plus
quand ils font des Loix , à confer
ver à chacunfon bien , quefon innocence
; Loüis fe confiderant
plûtoft comme le Directeur des
moeurs de fes Sujets , que comme
Arbitre fouverain de leurfortu
fait pas feulement des
ne ,
Loix pour maintenir la tranquil.
lité dans fon Empire , il en fait
poury conferver la vertu. Il punit
le Blafpheme , il défend les
Ufures, il arrefte la fureur des
Duels , fureur prefque auſſi ancienne
que la Monarchie , inveGALANT.
17
terée , opiniâtre , incurable à tout
autre qu'à Louis LE GRAND ,
dont l'empire femble s'étendre jufquesfur
les coeurs. Il commande ,
comme on perd en même temps
juſqu'au defir , juſqu'à la pensée
de luy defobeir, il ne trouve prefque
point de coupables qu'ilfoit
obligé de punir.
*
Il voudroit bien ne pas trovver
plus de malheureux ; mais:
parce que telle eft nostre destinée,
qu'ily en aura toujours , ilfe fait
un plaifir une loy de lesfecon
rir. Qui d'entre fes Sujets diftingué
par le merite , & accablépar
la fortune , luy a fait connoiftre
Novembre 1685.
J.
B
18 MERCURE
les
fes befoins fans le voir s'y intereffer
? Laquelle de fes Provinces
a veu mourir fes efperances par
le déreglement des Saifons , fans
les voir auffi- toft renaître par
foins qu'il a pris de la foulager?
Ilfuffit que Louis fçache qu'on
est malheureux pour qu'on ceffe
auffi tost de l'eftre. Son air feul
fes manieres obligeantes tiennent
lieu de bonne fortune aux
miferables qui ont l'honneur de
l'aborder ; il y ajoûte des fecours
confiderables , & il femble que
la Providence ne permet qu'il
arrive quelques difgraces , que
pour luy laiffer la gloire d'avoir
GALANT. 19
fait feul le bonheur de fes Sujets .
L'amour qu'il a pour eux le
faitJouvent defcendre du Trône
pour monter fur le Tribunal , où
comme s'il n'eftoit point d'ailleurs
occupé à regler la deftinée de prefque
tous les Souverains de l'Europe
, il fe fait uneferieuſe occupation
de terminer les Differens de
fes Sujets. Il écoute, il examine,
il prononce ; mais avec quel difcernement
? Avec quel respectpour
les loix ? Ceux dont il daigne
prendre les avis , avoient queplus
habile qu'eux il ne regnepas moins:
dans fon Confeil par l'élevation:
defon genie , que par la fuperior
Bij
20 MERCURE
rité de fon rang. Il démele toû
jours le bon droit ; & fi nous en
exceptons les occafions , où fabonté
pour fes Sujets l'empefche defe
rendre justice à foy- mefme , il le
favorife toujours ; inflexible dans:
la justice qu'il rend aux autres ;:
injufte avec honneur dans les in--
juftices qu'il fe fait à luy mefme ;
par tout également digne de
l'amour du Monde Chreftien.
Mais peut- eftre qu'il paroift
moins aimable à ce monde pacifique
, quand à la tefte de fes redoutables
Armées ilporte la guerre
chez les Peuples jaloux de fa
puiffance . Rien moins, Meffieurs,
GALANT. 21
il plaßt autant fous les armes que
fur le Trône.
Qu'on ne fe figure point icy
un de ces Conquerans , qui ne
troublent le repos de la terre , que
pour calmer le trouble qu'un defir
déreglé de s'agrandir excite dans
le coeur. Tels ont eflé les Cefars
& les Alexandres , qui en
acquerant un peu de gloire,fe font
attirez beaucoup de haine , au lieu
que noftre invincible Monarque
ne s'eft pas moins acquis par fes
conquestes l'amour
tion de l'Univers .
que l'admira-
Ne fçait- on pas , que le defir
de vaincre , le plaifir , deſe van22
MERCURE
ger , le deffein de nuire , ny aucu
ne defes farouchespaffions quifont
les guerres injuftes , ne luy a point
fait prendre les armes ? Nos Ennemis
mefmes peuvent - ils defavouer
que quelque ardeur qu'il
euft pour la gloire , quelque af
feuré qu'il fuft de triompher , il
n'a combattu que malgré luy? Jamais
il n'eustfait la guerre ,fifans
lafaire , il eust pú réprimer l'injuftice
de fes voifins , ou affurer le
repos de fes Sujets ?
Empereurs , Rois , Souverains,
Republiques, Eftats, Peuples qu'il
a vaincus , ne vous en prenez
qu'à vous mefmes de vos pertes
1
"
GALANT 23
trop
de vos malheurs . Si l'Efpagne
n'euft pas contefté des Droits
bien juftifiez , Loüis n'euft
point attaqué les Païs- bas , qu'il
parcourut comme unfoudre , avec
une incroyable rapidité , laiffant
par tout d'éclatantes marques de
fes victoires. Si la Hollande euft
efté moins ingrate , on ne l'euſt
point veuëfuccomberfous la mefmepuissance
, à laquelle elle estoit
redevable de fon élevation. Si
l'Allemagne euft mieux connu fes
veritables interefts ; fi des craintes
imaginaires ,fi d'injustes défiances
ne l'euffent fait armer contre
la France , le Roy qu'elle a con24
MERCURE
traint de devenir fon Ennemy,
n'euft jamais efté que fon Protecteur.
Combien les Princes liguez
avec tant de peine , & avecfi
peu de fuccés , euffent -ils épargné
de fang? Combien de Places euffent-
ils confervées , fi leur opiniâtreté
ne les enft empefchez
d'obferver les Traitez que leur
foibleffe les avoit forcé de conclure
? Luxembourg n'euft point
changé de maître , s'il n'euft fallu
par un coup defi grand éclat met-
-tre fin aux lenteurs & aux artifices
de la Politique Espagnole .
L'obftination des Ennemis à perdre
GALANT. 25
dre cette importante Place , aforcé
le Roy à la prendre. Paffionnépour
la paix jufques dans le fein de la
victoire , il n'a fait cette derniere
conquefte que pour n'eftre pas obligé
d'en faire de nouvelles.
Quel autre obstacle ,que fa feule
moderation s'eft opposée à celles
qu'il pouvoit faire ? L'occafion
fera - t - elle jamais plus favorable
de remonterfur le Trône de Charlemagne
, & de s'affujetir l'Em.
pire, quifur le penchant defaruinefembloit
demander un nouveau
Maître, un pluspuiffant Protecteur
? Le Roy n'avoit qu'à le
vouloir , il pouvoit tout . Mais
Novembre 1685. C
26 MERCURE
femblable au grand Theodofe , que
Saint Auguftin admire pour avoir
efté moins fenfible au defir d'dequerir
un Empire , qu'à la gloire
de fecourir un Empereur deftitué
de tout fecours : Loüis , pour
laiſſer à l'Empire la liberté de réü–
nirfes forces contre les Turcs , retire
lesfiennes du voisinage de Luxembourg
, preft à ſecourir l'Empereur
, & à renouvellerfur les
bords du Danube les merveilles de
la journée du Raab , fi ce Prince
n'euft mieux aimé s'expofer à perdre
tout , qu'à devoir deux fois fa
Couronne.
Que cet endroit, Meffieurs , a
GALANT. 27
•
efté touchant pour l'Eglife ! &
que le Roy parut aimable au Monde
Chreftien , quand il fufpendit
fes conqueftes pour faciliter le fecours
de Vienne , dont la perte
n'eftoit pas tout le mal qu'on devoit
craindre. Les interests de la
Religion estoient meflez avec
ceux de l'Empire dans la confervation
de cette Place : c'est ce qui
faifoit trembler le Monde Chrétien,
c'est ce qui toucha Louis
LE GRAND : car fut - il jamais
un Prince plus religieux?
témoin toute la
terre : on voit par tout des mar-
F'en prens
ques defon zele de ſa pieté.
Cij
28 MERCURE
Dans l'Empire , Strasbourg &
Munster affujetis à leurs Princes
legitimes , & en mefme temps à
leurs legitimes Pasteurs ; dans la
Hollande , des lauriers confacrez
au Dieu des Batailles , & au lieu
d'Arcs de triomphe , des Croix
élevées & des Autels reparez;
en Afrique les Prifons de Tripoli,
d'Alger de Tunis ouvertes par
de glorieux Traitez, ou brifées par
d'heroïques efforts ; & un nombre
infini d'esclaves arrachez à lafureur
des Ennemis du nom Chrétien;
dans tout l'Empire Ottoman ,
le Christianifme floriffant à l'ombre
des lys ; dans la Palestine les
GALANT. 29
Lieuxfaints protegez contre l'impieté
des Infideles, & mis à l'abry
de leurs infultes ; dans les Indes,
dans le fapon , dans la Perfe , des
Miffions d'HommesApostoliques,
établies , protegées , entretenuës ;
dans l'Italie, la fameuse Pyramide .
quifut élevée pour vanger l'honneur
de la France, abattue pour ménager
la gloire du faint Siege ; à
nos yeux , de dangereuses nouveautez
ou prévenues , ou diffipées
; la paix rendue à l'Eglife ,
& ce qui fera l'éternité de cette
Paix , l'Epifcopat remply d'excellens
Sujets , & degrands Hommes
Ciij
30 MERCURE
Ajoutons à tant de merveilles.
ce qui feulfuffiroit pour immortalifer
la pieté de Louis LE
GRAND : le Calvinisme prefque
aneanty; il expire ce monstre qui
defoloit autrefois la France ; elle
languit , elle meurt cette berefie
qui fut la fource funeste de nos
de
divifions & de nos guerres . Ils ne
fubfiftent plus ces Temples élevez
fur les ruines de nos Eglifes ; ces
Temples où l'on n'offroit pas
Victimes, & où l'onformoit des
voeux qui n'avoientpeut- eftre pas
pour objet nos profperitez. Des
millions de Protestans font réduits
à un petit nombre , & bien-toft
GALANT. 31
ce ne fera plus que par l'Histoire
qu'on apprendra qu'elle a esté la
fortune de ceformidable party.
Il avoit refifté aux armes de
plufieurs grands Rois , & il cede
prefquefans refiftance à Louis
LE GRAND, qui n'employe pour
le ruiner que fa bonté,fa douceur,
fes bienfaits , fon zele , &fes
Loix ; Loix qui fans violer d'anciens
Edits en repriment les abus ;
Loix également douces feveres,
juftes & charitables ; Loixfavo
rables à ceux mefmes qui les trouvent
dures ,
qui s'en plaignentfe confefferont
quelque jour redevables de leur
aufquelles ceux
Jalut..
C iiij .
32 MERCURE
L'Eglife peut- elle donner moins
que fon coeur à un Prince qui luy
rend de fi grands fervices ? Eftce
affez qu'elle l'appelle le Prédi
cateur de la Foy , le Defenfeur
des Veritez Orthodoxes , l'Evef
que feculier de fes Sujets ? Noms
glorieux que Saint Remy donnoit
autrefois à Clovis. Eft - ce affez
mais laiffons à l'Eglife le
....
choix de ce qu'elle doit faire pour
marquer fa reconnoiffance
à ce
Grand Roy ; & voyons dans le
peu de temps qui nous refte , s'il
ne merite pas auffi juftement l'admiration
du Monde Politique , que
l'amour du Monde Chreftien.
GALANT.
33
L'admiration , toute muette
qu'elle est ordinairement , eft le
plus glorieux de tous les Eloges.
que ce qu'on eftime laiſſe
Tandis
la liberté de parler , ce qu'on dit
peut eftre foupçonné de flaterie ;
tout est naturel , tout eft fincere
dans le filence qui accompagne la
Surprife ; ce qu'on voit ne peut eftre
que tres-grand , quand on admire
fans loüer. Alexandre tou
jours brave , toûjours heureux, ne
trouva rien qui pût arrefter le
cours rapide de fes Victoires, toute
la terre enfut faifie d'étonnement;
comme il eft remarqué dans
l'Ecriture , ne pouvant le loüer ,
34 MERCURE
elle fe tút , & l'admira. Salomon
fut le plus magnifique de tous les
Rois , & ceux qui le virent, tomberent
dans une espece de raviffement
qui leur ofta l'usage de la
parole. Ce que ces Princes ont esté
dans leur Siecle , Louis LE
GRAND ne l'eft - il pas dans le
noftre ? Eft il moins vaillant
moins heureux qu' Alexandre ?
Eft.il moins magnifique que Salomon
? N'en doutez pas , Meffieurs
, la pofterité l'admirera ,
comme nous les admirons .
Le fameux Paffage du Rhin
va prendre parmy les prodiges le
rang qu'ont tenu jufqu'icy les pafGALANT.
35
fages du Granique & de l'Hydafpe.
On y verra Louis LE
GRAND s'eftimer heureux d'avoir
enfin trouvé un peril digne
de luy ; & ce que ne putfaire Alexandre
, on l'y verra imprimer.
dans les coeurs de tous les fiens la
noble ardeur dont il brûloit, Soûtenus
par fa prefence , animez
parfa valeur , glorieux de combattrefous
les yeux d'un fi grand
Roy , ils fe précipiterent dans les
eaux , & ils allerent malgré la
profondeur la rapidité du Fleu
ve chercher des Ennemis qui
n'eurent ny affez de fermeté pour
Les recevoir , ny affez de coeur
>
36 MERCURE
pour les attendre
.
Cent prodiges ontfuivy ce premier
miracle ; mais la Pofterité
qui les doit admirer , les croira
t- elle ? Vous mefines , Meffieurs,
qui les avez veus ,
les croyezvous
? L'Histoire de Louis LE
GRAND , toute vraye qu'elle eft,
a t- elle moins que celle d'Alexandre
l'air de la Fable ? Y a- t - il
de la vray-femblance dans les veritez
qu'on dit de luy ?
Qu'en quinze jours , dans la
plus fâcheufe faifon de l'année ,
it airfubjugué toute une Province
confiderable par le nombre
par la force de fes Places ; qu'en
&
GALANT. 37
moins d'un mois il ait pris plus
de Villes qu'il n'en faudroit pour
faire un puiffant Erat ; qu'il ait
refifté feul à toute l'Europe ; qu'il
ait triomphé par tout où il a combattu
; que fes Ennemis n'ayent
les témoins et les fpectaefté
que
teurs
immobiles
de
fes
victoires
;
qu'il
leur
ait
osté
jusqu'au
courage
de fe
défendre
; qu'il
ait
réduit
Alger
à
confeffer
qu'il
luy
faifoit
grace
, quand
il luy
impofoit
des
Loix
; qu'il
ait
humilié
Gennes
, fans
achever
de
la
détruire
: fouffrez
que
je le
repete
,
vous
qui
en avez
esté
les
témoins
,
croyez
- vous
? Ou
parce
qu'il
le
38 MERCURE
vous est impoffible d'en douter ,
esperez - vous que les Sieclesfuturs
n'en doutent point? Alexandre
crût qu'il étoit de fa gloire de
les tromper, par les vaines apparences
d'une grandeur qu'il n'avoit
pas : il eft au contraire de la
gloire du Roy qu'on les ménage ,
& qu'on ne leur apprenne des
grandes chofes qu'il a faites , que
celles qu'ils pourront croire.
Que la Pofterité fcache , que
Louis s'est rendu deux fois maître
de Valenciennes par fes Armes
& par fes Bienfaits. Mais
ne luy difons pas que cette importante
Place attaquée au milieu de
GALANT.
39
l'Hyver , a efté prise en un quart
d'heure & en plein jour ; qu'on la
vitpaffer en un moment de la confiance
au defefpoir , & du defefpoir
à la joye ; que le fort des &
Vaincus y fut bien- toft égal à celuy
des Victorieux ; ceux- cy penfant
avec plaisir à la gloire qu'ils
avoient acquife , ceux- là au pardon
qu'on leur avoit accordé ; &
tous à la Victoire que Loüis
avoit emportée.
Que la Pofterité fcache , que
formidable Cambray n'a refifté
que tres -peu dejours : mais qu'elle
ignore,que le Roy n'employa pour
le prendre que la moindre partie
le
40 MERCURE
4°
de fes Forces : & que plus genereux
qu'Alexandre , qui croyoit
perdre autant de gloire , que les au
tres en acqueroient , il avoit envoyéfes
meilleures Troupes à fon
illuftre Frere , qui dans le mefme
temps prenoit une Ville , & gagnoit
une Bataille.
Ce que nous retrancherons des
que
l'Invin- furprenantes
actions
cible Loüis
a faites , empefchera
ceux qui viendront
aprés
nous de le prendre pour un Heros
fabuleux ; & le peu que nous en
direns fuffira pour le faire regarder
comme le plus grand des Hea
ros.
GALANT. 41
"Y
Pourra-t- on luy refufer ce titre
, quand on sçaura qu'aprés
avoir triomphe de fes ennemis ,
il s'eft vaincu luy- mefme ? C'eſt
ce qu'il faudra raconter exactement
à la Pofterité. Il eft de l'interest
de toute la terre , qu'aucun›
Prince ne le puiffe ignorer. Loüis
plus grand que fa gloire & quefa
fortune , auffi maître de luy mef
me que de fes Ennemis , s'arrefte :
au milieu de fa courſe , & borne
fes Conqueftes dans un temps où
fon glorieux deftin ſembloit l'appeller
à l'Empire de l'Univers..
Il eft vray qu'il fait la Paix en
Conquerant & en Maître ; il las
Novembre 1685.
å
D
42 MERCURE
donne à fes Ennemis ,
comme it
donne des Loix à fes Sujets ; feul.
Arbitre , feul Mediateur , il conclut
, il décide ; ce qu'il pretend
qu'on reftitue , ce qu'il veut donner
, ce qu'il doit retenir , il regle
tout ; mais il le regle d'une maniere
fi definterefée , fi genereuse ,
qu'il femble vouloir partager avec
les Vaincus le fruit de fes Vi-
Etoires ; & qu'il donne fujet de
douter ; lequel des deux luy eft
plus glorieux , ou d'avoir ſiſouvent
triomphe durant la guerre ,
ou d'avoir facrifié tant de Conqueftes
à la Paix.
L'Antiquité, toute fiere qu'elle
"
GALANT. 43
eft du grand nombre de fes Heros,
pourroit-elle nous en montrer un ,
qui dans telles conjonctures aitfait
un fi grand facrifice ? Il y a peu
de Conquerans qui ne fe foient
laiffez entraîner comme des efcla--
ves par leur bonne fortune ; A
lexandre fuccomba fous le poids'
de la fienne , aveuglé de fon bonheur
il perdit toute moderation..
C'eftoit , Meffieurs , c'estoit à
LOUIS LE GRAND qu'eftoit
refervé l'avantage de donner au
monde ce rare exemple de vertu ;;
& d'apprendre aux Souverains
qu'ils doivent préferer aux charmes
de la gloire , le repos de leurss
Dij
44 MERCURE
Sujets , & au titre de Conque
rant la qualité de Pacifique.
Un Prince connu sous ce nom
dans la Fudée , fut autrefois adoré
de toute la terre ; & ce Prince
femble renaître en Loüis LE
GRAND . Ces nombreuſes Armées
prestes en tout temps à marcher
à combattre ; ces Flotes
qui font trembler toutes les mers ;
ces fortifications fi regulieres , &
preſque auſſi- toſt achevées que refolues
; ces richeffes immenfes, ces
magnifiques Palais , cet aſſemblage
de tous les Chefs - d'oeuvres de
la Nature & de l'Art ; ces Montagnes
abattuës , ces Rivieres déGALANT.
45
tournées , cent autres femblables
merveilles ne renouvellent - elles
pas dans nos jours les merveilles
du temps de Salomon ? N'en
voyons- nouspas mefme un grand
nombre qui échaperent à la magnificence
, on aux foins du Monarque
des Juifs ? Ce fameux
Hoftel , qui difputeroit de beauté
avec les plusfuperbes Palais des
Rois , & qui fert d'azyle à de
braves & d'illuftres malheureux;
ces foins fi noblement employez
à former de jeunes Guerriers , ces
établiffemens où la beauté trouve
une protection qui l'empefche de
devenir criminelle, & où la No
46 MERCURE
bleffe trouve des fecours qui l'empefche
d'eftre miferable ; nefont
ce pas des prodiges de magnificence
inconnus jufqu'au temps de
LOUIS LE GRAND ? Le monde
les admire ; mais ce qu'il admire
le plus , eft la perfonne mesme
de Louis .
-t - on de le
Quelle grace ! quel air ! quel
admirable mélange de douceur &
de majefté ! peut - on le voirfans
laimer ? Etfe laffevoir
? N'y a- t- il point dans fes
moindres mouvemens je ne fçay
quel agrément qui enchante ? Un
air de Heros de Souverain ?Je
ne fçay quoy de plus qu'humain
GALANT.
47
>
le
qui charme les
yeux , qui ravit
les coeurs
& qui inspire tout à
la fois la tendreffe , l'obeïffance &
le respect : Un feul de fes regards
le fait mieux connoître
, que ne le
feront jamais fes Hiftoriens &fes
Panegyriftes
: & pour eftre perfuadé
de tout ce que la renommée
publie de luy , il ne faut que
voir un moment. On fe l'imagine
d'obord , tel qu'il eft , à la tefte de
fes Armées , intrepide
, agiſſant
infatigable ; tel qu'il eft dans fon
Confeil , affidu , penetrant
, judicieux
; tel qu'il eft dans fa Cour ,
& au milieu de cette foule d'adorateurs
, que fon merite plûtoft
48 MERCURE
que fa fortune luy attire de tous
les endroits de la terre , doux , careffant
, defacile accés ,fenfible à
l'amitié, diftinguant le merite, récompenfant
la vertu , diffimulant
les defauts, fupportant lesfoibleffes
; enfin plus grand Homme encore
que grand Roy , & toûjours
digne de l'admiration du Monde
Politique , de l'amour du Monde
Chreftien
.
Que n'ay-je , Meffieurs , une
éloquence affez vive & affez
forte pour le reprefenter tel qu'il
paroift à ceux qui ont l'honneur
de le voir ! Mais vous avez
heureuſement ſuppleé à ce que
Vous
GALANT. 49
vous fçaviez qui manqueroit à
ma voix. L'excellente Statue que
vous avez érigée parle pour
Vous elle parlera mefme dans
tous les temps ; & ce monument
travaillé avec un art & une délicateffe
capables d'immortaliſer
fon Autheur , n'eft pas feulement
le témoin fidelle desfentimens refpectueux
que vous avez pour
le Roy , ilfera fon Panegyrifte
eternel. Les Siècles les plus reculezfe
fouviendront en le voyant,
des Victoires & des Vertus de
LOUIS LE GRAND ; onpenfera
tout ce que vous pensez aujourd'huy
, & l'on dira quefiLoüis
Novembre 1685. E
50 MERCURE
a
efté le plus Grand des Roys ",
vous avez esté les plus fidelles ,
vous vous eftes estimez les
plus heureux de fes Sujets.
Faites , o mon Dieu ! que nous
joüiffions long- temps de ce bonheur
, & qu'il dure encore aprés
nous. Confervez- nous un Prince
que vous nous avez donné , parce
que vous nous aimez. Laiffez-
luy letemps d'achever ce qu'il
medite pour votre gloire , &
comblez- le de vos graces , tandis
qu'il nous comble de fes faveurs.
Qu'il n'ait point d'ennemis , ou
qu'il en triomphe toujours ; Que
la felicité de fon regne s'étende
GALANT. 5
égalementfurfa Famille & fu
fes Etats; Que le glorieux heritier
defa Grandeur le foit de fa vertu
; Qu'il aitfon coeur , comme il
a fon nom ; Que les peuples reverent
ce Monarque , l'amour de
l'Eglife , l'admiration du monde;
Que les Roys l'imitent ; Que tout
luyfoit affujetty , e que luymefme
vous foit foumis.
Ce font , ô mon Dieu , les
Voeux que forment de toute l'éten ·
duë de leur coeur ce Prelat fi vertueux
& fi digne defon Augufte
Caractere : Ce Sage & judicieux
Intendant , digne Miniftre
d'un figrand Roy ; ces Magistrats
E ij
25 MERCURE
fi zelez pour le bien public ;
ces Docteurs fi habiles ; ces Juges
équitables , & éclairez , ces Sçavans
de toutesprofeffions , & tout
ce Peuple. Ils vous demandent ,
Seigneur , je vous demande
avec eux la continuation des
graces que vous avezfi liberalement
répanduës fur la Perfonne ,
fur la Famille , & fur les Etats
de LOUIS LE GRAND .
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Résumé : Panegyrique du Roy. [titre d'après la table]
Le texte est une lettre relatant un panégyrique du roi Louis XIV prononcé par le père Fejacq à Caen le 5 septembre lors de l'inauguration d'une statue en son honneur. Le discours souligne la grandeur et les exploits de Louis XIV, le présentant comme celui qui assure le bonheur de la France, influence la destinée de l'Europe et suscite l'admiration universelle. Le père Fejacq reconnaît la difficulté de louer un prince aussi exceptionnel, mais accepte cette tâche par respect pour le roi et pour plaire à son auditoire. Louis XIV est décrit comme un souverain dévoué au bien de ses sujets et de son pays, ayant maintenu la paix et protégé la France contre les menaces extérieures. Ses réalisations incluent l'établissement du commerce, la sécurité maritime, la réforme des lois, l'ordre judiciaire et la discipline des armées, rendant ainsi la France prospère et respectée. Le roi est également loué pour ses lois visant à maintenir la tranquillité et à promouvoir la vertu, ainsi que pour sa sollicitude envers les malheureux. Ses conquêtes dans les Pays-Bas, ses actions humanitaires en Afrique et en Palestine, et son rôle de défenseur des vérités orthodoxes sont également soulignés. Le texte invite l'Église à reconnaître les services rendus par Louis XIV. Le roi est présenté comme un conquérant juste, cherchant la justice et la protection de ses sujets. Le texte met en garde contre l'arrogance, en prenant l'exemple d'Alexandre le Grand, et présente Louis XIV comme un modèle de vertu, privilégiant le repos de ses sujets et la paix à la gloire militaire. Ses réalisations incluent des armées prêtes au combat, des flottes puissantes, des fortifications, des richesses immenses et des palais magnifiques. Le texte loue également ses œuvres de bienfaisance, comme l'accueil des malheureux et le soutien aux jeunes guerriers. Le physique et le caractère de Louis XIV sont décrits avec admiration, soulignant sa grâce, sa majesté, et son mélange de douceur et de fermeté. Le texte se conclut par des prières pour la longévité de son règne et pour qu'il continue à bénéficier des grâces divines, afin qu'il puisse achever ses projets pour la gloire de Dieu et le bien de ses sujets.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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