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1
p. 1-133
JOURNAL DU SIEGE DE NAMUR.
Début :
Le 26. du mois de Juin, M. le Comte d'Athlone [...]
Mots clefs :
Ennemis, Troupes, Siège de Namur, Retranchement , Jean-Louis de Barberin, M. de Reignac, Attaque, Meuse, Ville, Chemin, Maréchal, Nuit, Jour, Place, Feu, Chemin couvert , Côte, Comte, Dragons, Canon, Régiment, Château, Porte Saint-Nicolas, Régiment de Gramont, Redoute, Bastion, Grenadiers, Colonel, Maison, Hommes, Tranchée, Tranchées, Pièces, Temps, M. de Saint-Laurent, Sambre
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texteReconnaissance textuelle : JOURNAL DU SIEGE DE NAMUR.
GUR A a
DU SIEGE
DE NAMUR.
E 26. du mois de Juin
M. le Comte d'Athlone
décampa de Falais sur la
Mehaigne, & marcha
avec son Armée qui estoit de
25000. hommes, ayant fait pren-
dre du pain pour six jours, avec
huit pieces de petit canon: il
A
Journal du Siege
campa ce jour là à Peruiis.
M. le Marquis d'Harcourt
estant informé de ce mouvement,
se rendit à Namur, pour
observer la route que tiendroient
les Ennemis, parce que l'on
estoit incertain s'ils marcheroient
du costé de Genap, pour joindre
le Prince d’Orange, ou s'ils s'approcheroient
de Charleroy.
Le 27. on eut avis qu'ils a-
voient décampé, & qu'ils marchoient
du costé de Sombref
cela détermina M. le Marquis
d'Harcourt à se mettre aussi en
mouvement, il tira onze Batail.
lons de la garnison de Namur,
avec le Regiment d'Oneuil,
& celuy de Dragons d'Asfeld
de Namur.
il campa à Estrival avec ces mes-
mes troupes, & s'avança jusqu'à
Charleroy, où il apprit que les
Ennemis avoient plié sur leur
gauche, & arrivoient dans la
Plaine de Fleurus-, il s'en retourna
à son Camp, & voyant
que le 28. ils faisoient paroistre
une teste à Gochelie & à Chastelet,
il détacha le sieur de Mon.
tet, Lieutenant Colonel du Re-
giment de Beauvoisis, avec qua-
tre cens hommes pour entrer à
Charleroy. Il marcha avec tou-
tes ses Troupes pour se rapprocher
de Namur. Il campa à l'Abbaye
de Floref.
Le mesme jour les Ennemis
campérent à Chastelet, & firent
Aij
Fournal du Siege
4
passer la Sambre à une partie de
leuis Troupes, sous les ordres du
Baron d’Eiden, General de celles
de Brandebourg; le Comte
d'Athlone resta à Gochelie,
avec 60. Escadrons, afin de favoriser
un grand convoy de vi-
vres qui leur venoit de Bruxelles.
Le 29. leurs mouvemens firent
croire qu'ils vouloient investir
Charleroy, mais la nuit suivante
ils décampérent. M. le Baron
d'Eiden marcha du costé de Saint
Gerard, & ensuite retourna
camper à Floref, d'où M. le Marquis
d'Harcoutt estoit parti pour
faire rentrer les Troupes dans
Namur. M. le Comte d'Athlo-
ne s'avança au défilé du Mazy,
de Namur.
où il campa le trentiéme.
Le 1. de Juillet la Cavalerie des
Ennemis parut sur les hauteurs
de la Maison rouge, pour in-
vestir Namur, prit des Postes à
Maloigne & à la Maison blanche,
pour investir le costé d'entre Sam-
bre & Meuse.
Le 2. les Ennemis firent leurs
Ponts de communication sur la
Meuse au dessous de la Ville, &
sur la Sambre. Mr de Tilly arriva
à leur Camp avec 30. Escadrons,
& passa sur le Pont de Meuse,
pour investir du costé du Con-
dros, mais il ne put y arriver
assez-tost pour empescher M. le
Mareschal de Bouflers de se
Ai)
6 Fournal du Siege
jetter dans la Place, avec sept
Regimens de Dragons. Il estoit
parti de Flandre en mesme temps
que les Troupes de M. de Baviere
avoient quitté les Lignes, &
ayant fait une diligence incroya-
ble, il se trouva à la hauteur de
Sainte Barbe une heure avant
que les Ennemis eussent ache-
vé de passer la Meuse, & eut le
temps de renvoyer à Dinant tous
les chevaux des Dragons qu'il
avoit avec luy, hors ceux du
Regiment du Roy. L'on croyoit
quun si puissant renfort oblige-
roit les Ennemis de se rejetter sur
quelqu'autre Place, mais comme
ils connoissoient parfaitement cel-
le de Namur, ils ne trouvérent
rien de plus facile que d'en fairede
Namur.
le Siege, parce que la Ville n'est
pas bonne, & que le Chasteau
est si serré que plus on y a de
Troupes, moins on y peut agir;
d'ailleurs les fortifications n'en
estoient point encore achevées.
Le 3 il arriva quantité de
Troupes aux Ennemis, qui se
campérent hors de la portée du
canon de la Place; & aprés qu',
elles eurent pris le terrain qu'el-
les devoient occuper, ils firent
marcher quatre Bataillons soûte-
nus par un grand corps de Ca-
valerie, qui s'emparérent de la
hauteur de Bouge, où ils se re-
tranchérent avec beaucoup de
précaution.
A iiij
8 Fournal du Siege
M. le Comte de Guiscard
avoit fait faire pour la deffense
de la Place, un petit retranchement
le long de certaines carrieres
qui regnent depuis une maison
que l'on a nommée la maison de
Reignac, laquelle est au dessus
de la Redoute de Ballart, embrassant
la creste qui est entre cette
maison & le ravin de l'Hermitage
Saint Fiacre. M. le Mareschal ju-
gea qu'il falloit faire occuper ce
poste, pour y amuser les Ennemis
autant qu'on le pourroit &
mesme l'on mit une garde à une
mauvaise Cense ruinée, nom-
mée le Coquelet, où il ne restoit
qu'un Colombier, dans lequel on
laissa un Sergent & quinze hom-
de Namur.
mes. Elle est située dans la Plaine
à cent toises au dela de ce retranchement,
& n'estoit nulle-
ment soutenue. M. le Mares-
chal donna le commandement
de ce Poste & des quatre Redoutes
qui couvrent la Ville de ce
costé-là, à M. de Reignac, lequel
s'estoit jetté dans la Place le
jour precedent, par ordre de la
Cour. Il occupa ce retranche-
ment avec 500. hommes, un Co-
lonel, & un Lieutenant Colonel;
& comme le terrain estoit tres-
étendu, & qu'il n'estoit presque
passoûtenable, il commença à fai-
re planter quelques mauvaises pa-
lissades sur le parapet, lesquelles
n'estant posées que sur du roc,
nestoient enterrées que d'un
10 Journal du Siege
pied; en sorte qu'elles servoient
bien plus pour la figure que pour
l'utilité. Cela ne laissa pas de faire
impression aux Ennemis, car au
lieu de s'emparer de ce Poste, ils
prirent toutes les précautions qu-
on verta cy-aprés pour l'attaquer.
Le 4. les Ennemis change-
rent leurs Camps de situations.
Il leur arriva de nouvelles trou-
pes, & ils continuerent de se
retrancher dans Bouge, & avan-
cerent quelques gardes du costé
de la Place pour la resserrer, les-
quelles on fit retirer par des escar-
mouches,
M. le Mareschal fit camper la-
moitié des troupes au Chasteau,
de Namur. 11
& l'autre dans les dehors de la
Ville, les distribuant par Brigades.
Les quatre d'Infanterie furent
commandées par Mrs de Saint
Laurent & de la Badie Brigadiers,
& par Mrs le Marquis de Vieux-
bourg & le Comte de Maulevrier
qui estoient les plus anciens Co-
lonels. Il y eut aussi deux Brigades
de Dragons commandées par
Mrs le Marquis de Gramont &
le Chevalier d'Asfeld. M. de
Quélus commandoit tous les
Dragons. Mr de Bragelonne fit
ses fonctions de Major General
pour le détail du service de tou-
tes les troupes. M. de Megrigny
qui estoit entré dans la Place avec
M. le Mareschal, visita les fortifi-
cations, & ordonna ce qu'il y
12 Fournal du Siege
avoit a faire, à quoy on tra-
vailla avec beaucoup de diligence
& d'application. L'on commença
à faire une Digue pour arrester le
cours de la Sambre jusqu'à une
certaine hauteur, qu'elle pust
inonder depuis la Ville jusqu'à
la Maison blanche, afin d’em-
pescher les Ennemis de faire des
Ponts à Salzeines pour passer des
troupes, & pour les obliger d'attaquer
le retranchement du vieux
mur par le front. L'on mit 100
hommes dans l'Abbaye de Salzeines,
& 50. dans une maison qui
est sur le bord de la Sambre
que l'on nomme la Balance, afin
de s'opposer à la construction de
ces Ponts. M. de Reignac fit tra-
vailler à son retranchement, &
de Namur. 13
les troupes qui le gardoient es-
carmoucherent toute la journée
avec celles des Ennemis, qui
estoient à Bouge.
Le 5. les Ennemis firent un
Pont de Batteaux sur la Meuse au
dessous de l'Hermitage Saint
Hubert, & au dessus du premier,
qui estoit de Pontons. M. le
Prince d'Orange arriva au Camp
avec le reste de l'Armée, qui se
campa à la maison rouge; les En-
nemis commencérent à travailler
à deux Batteries sur les hauteurs
au dessous de Sainte Barbe, pour
battre à revers le retranchement
de M. de Reignac, dont les troupes
qui le gardoient estoient re-
levées tous les jours.
Fournal du Siege
14.
L'on continua les tiavaux qu'
on avoit commencez dans la
Ville, l'on porta au Chasteau
les munitions de guerre & de
bouche qui n'estoient pas utiles
à la Ville, à quoy l’on employa
les Regimens de Dragons du
Roy & d'Asfeld, qui estoient à
cheval, & M. le Mareschal fit
aussi travailler pendant le Siege
tous ses domestiques & ses che-
vaux d'équipage.
Le 6. les Ennemis rompirent
leur Pont de Pontons qu'ils avoient
à la basse Meuse, y laissant
celuy de Batteaux; ils por-
terent ce premier au dessus de la
Ville, vis-à- vis du Village de
Wespion, pour faire une commu-
de Namur.
15
nication du Condros entre Sam-
bre & Meuse; ils porterent aussi
quantité de fascines du costé de
Bouge, & l'on apprit par des Deserteurs
que leur canon n'estoit
point arrivé: ils mirent cepen-
dant quelques petites pieces qu'ils
avoient dans leur Armée aux
Batteries des hauteurs de Sainte
Barbe, & continuerent à travail-
ler à leur retranchement de
Bouge.
Pendant la journée M. de Rei-
gnac fit palissader la maison qu'il
occupoit à la droite de son retranchement,
l'on travailla a fai-
re un petit fosse autour du Co-
lombier de Coquelet. A l'égard
de ce retranchement il n'estoit
16 Fournal du Siege
pas possible d'y rien faire, atten-
du qu'estant sur le roc, on ne
pouvoit approfondir le terrain,
ses troupes & celles des Ennemis
qui estoient dans les retranche-
mens de Bouge, escarmouchoient
sans cesse. M. le Maré-
chal visitoit tous les jours les tra-
vaux que l'on faisoit, tant au
Chasteau qu'à la Ville, ayant de
grands égards pour M. le Comte
de Guiscard, à qui il renvoyoit
tout le détail du service de la Place,
laissant aussi M. de Megrigny
le maistre de faire tout ce que
bon luy sembleroit au sujet de la
Fortification, ayant en luy une
parfaite confiance. Lors que plu-
sieurs gens ont la liberté de dire
leurs sentimens sur les projets,
de Namur. 17
l'on trouve rarement que ceux
qui sont en droit de dire leurs
avis, soient d'un mesme senti-
ment: cela estoit ainsi en plu-
sieurs occasions pendant le Siege;
ce qui a fait remarquer combien
M. le Mareschal en a usé prudem-
ment, car il a si bien concilié
les esprits que quelque disposi-
tion qu'il pust y avoir pour quelque
mes. intelligence, l'on ne s'en
est point apperçû, & rien sur cela-
n'a porté de préjudice au Service
du Roy, le tout par la patience
& le bon esprit de M. le Mareschal,
lequel na jamais dit un seul
mot de desobligeant à qui que ce
soit, incitant les Officiers a bien
faire leur devoir, par l'exemple
qu'il leur montroit, les visitant
B.
18 Fournal du Siege
dans tous leurs Postes, disant à
un chacun ce qu'ils devoient faire;
ce qui faisoit que les Troupes ne
se plaignoient jamais de la fatigue
qu on leur donnoit. Quoy qu'il
fust entré dans la Place sans autre
équipage que ses chevaux, &
qu'il dust une tenir grosse ta-
ble, il ne voulut point que la
Ville luy fournist aucune chose
qu'en payant, & il achetoit ses
provisions au double, parce que
ceux qui tenoient table aussi,
s'estoient déja pourvûs de toute-
chose.
Le 7. les Ennemis marquérent
de l'inquietude de ce qu’on occupoit
toûjours le retranchement-
de M. de Reignac; ils ne croyoient
de Namur. 19
pas qu'on se fist une affaire serieuse
de le garder, mais voyant
que non seulement l'on gardoit
ce retranchement, mais que l'on
en faisoit encore d'autres à Cocquelet,
ils eurent quelque envie
d'en interrompre le travail. Ils
firent sortir de leurs retranche-
mens de Bougè trois ou quatre
cens hommes qui coulerent le
long d'un chemin creux, bordé
de quelques hayes, & firent un
grand feu sur Cocquelet. M. des
Rivieres, Capitaine au Regiment
de Piémont, qui y estoit détaché,
leur fit tirer; mais comme il n'a-
voit que trente hommes, M. de
Reignac y mena une Compagnie
de Grenadiers qui fit retirer les
Ennemis, & pour empescher
B'1)
20 Fournal du Siege
qu'ils ne pussent revenir une au-
tre fois par le mesme chemin, M.
de Megrigny fit faire un petit re-
dant à la droite de Cocquelet
qui pouvoit contenir vingt hom-
mes, l'on y fit aussi un boyau
pour y communiquer. L'on tra-
vailla avec grande application à
creuser le fossé devant le grand
retranchement du Chasteau, &
à continuer la Digue sur la Sam-
bre, l'on travallla aussi à faire un
soûterrain dans la demi lune du
front du Fort Guillaume, & à ce-
luy de la redoute de la Cassotte.
M. Derigny Ingenicur estoit
chargé de tous ces Ouvrages.
Le 8. on s'apperceut que les
Ennemis faisoient décamper leurs
de Namur. 2I
troupes, & l'on apprit qu'ils
envoyoient une partie de leur
Cavalerie du costé de Tresigny,
pour avoir plus de facilité à la
faire subsister, n'y ayant pas
beaucoup de foutage aux environs
de Namur. Ce jour là M. le
Comte d'Albert, Colonel des
Dragons du Regiment Dauphin,
se jetta dans la Place sous l'habit
de Batelier. Il passa la Meuse à la
nâge pour y entrer. Les Ennemis
avancerent une ligne de gabions
vingt toises au devant de leurs
retranchemens de Bouge, & éten.
dirent leur gauche sur la pente du-
ravin qui tombe dans la Meuse;
toute la journée se passa à travail-
ler de part & d'autre. On fit monter
sept pieces de canon sur la
2 Fournal du Siege
Redoute de Saint Fiacre, & deux
dans celle de Pied noir. ce qui ser-
vit parfaitement dans la suite. M.
le Maréchal alla visiter le poste
de M. de Reignac; il fit mettre
une Garde de Dragons à cheval à
la gauche de Coquelet, dont les
Vedettes, & celles de là Garde
des Ennemis, n'estoient qu'à une
portée de Carabine. M. de Mégrigny
fit travailler à arrester le
cours du ravin de Vedrin, afin
d'inonder le terrain qui est entre
la Ville & les Redoutes. On reçut
des Passeports pour faire sor-
tir Mesdames de Moulinneuf &
de Fumeron, & elles furent
conduites à Dinant.
Le 9. les Ennemis commence.
de Namur. 23
rent à tirer de leurs Batteries des
hauteurs de Sainte Barbe, dans
le retranchement de Mr de Reignac.
Comme leurs pieces é-
toient tres-petites, cela ne fit
pas un grand effet. Ils s'avancerent
pour occuper le Four à chaux
entre leurs retranchemens de
Bouge & celuy de Coquelet, mais
un détachement de Dragons les en
alla chasser du côté du Chasteau.
Les Ennemis s'estant emparez
d'une hauteur, d'où ils auroient
pû incommoder les Travailleurs
du retranchement, M. le Maré-
chal fit poster deux Compagnies
de Grenadiers sur la creste qui
est devant ce retranchement,
derriere lequel il fit monter sept
cens hommes pour le garder,
24 Journal du Siege
avec un Brigadier & un Colonel.
Ee 10. la Cavalerie des Ennemis
porta tout le jour une
grande quantité de fascines derriere
le village de Bouge, & dans
le ravin de la maison de Casselot,
de l'autre costé de la Meuse. La
nuit suivante il se fit un tres-
grand feu du retranchement des
Ennemis à celuy de Mr de Rei-
gnac; on voulut arrester la Ri-
viere à la Digue de la Sambre,
mais cela ne se put faire ce jour. la-
Le 1I. on vit arriver une par-
tie de l'Artillerie des Ennemis,
qu'ils placerent à leurs batteries
des hauteurs de Sainte Barbe; ils
occuperent la maison des Jesuites
au
de Namur. 25
au bas du ravin, au dessous de
Bouge. M. le Maréchal fit mettre
le feu à toutes celles qui estoient
depuis cet endroit jusqu'à la por-
te Saint Nicolas, & fit achever
de raser le Fauxbourg Sainte
Croix, ne laissant que l'Eglise,
dans laquelle on mit une Garde,
pour en soutenir une autre de
Dragons à cheval que l'on tenoit
en rase campagne. Il y eut une
grande escarmouche entre les
troupes de M. de Reignac &
celles des Ennemis, qui estoient
dans leurs retranchemens de Bou-
ge. Ils voulurent encore occu-
per le Four à chaux, mais il les
en fit chasser par des Grenadiers
du Regiment de Piedmont. Sur
le soir, on vit marcher beaucouj
Fournal du Siege
26
de troupes des Ennemis derriere
Bouge, & l'on ne douta pas qu'ils
n'eussent intention d'attaquer le
retranchement, lequel, comme
on a dit, n'estoit pas soutenable:
M. le Comte de Guiscard estoit
mesme du sentiment d'en retirer
une partie des troupes, & de n’y
laisser qu'une tres-petite garde,
mais M. le Maréchal trouva bon
que M. de Reignac y demeurast.
Il luy envoya quatre Compagnies
de Grenadiers d'augmentation:
l'on fut toute la nuit sous les ar-
mes dans ce poste, & on fut bien
surpris d'entendre travailler les
Ennemis, & encore plus lors qu'-
on s'apperceut au point du jour
qu'ils avoient ouvert la tranchée
pour s'approcher du retranche-
de Namur. 27
ment. On ne pouvoit croire qu'u-
ne Armée de quatre-vingt mille
hommes deust prendre cette pré-
caution pour s'emparer d'un poste
qui n' estoit soutenu sur la droite
que par une mauvaise maison de
Paysan, & au milieu, par un Pi-
geonnier d'une Cense abandonnée,
autour duquel on avoit fait
un fossé, & qui estoit avancé dans
la campagne à plus de cent toises
du retranchement, n'ayant par la
gauche aucune protection.
Le 12. on s'apperceut dés le ma-
tin que les Ennemis avoient ou-
vert la tranchée prés de la maison
des Jesuites, & qu'ils l'avoient
poussée vers la Meuse, environ
trente toises. Dés que l'on vit
Cij
Fournal du Siege
28
qu'ils declaroient leur attaque du
costé de la Porte Saint Nicolas, M.
de Megrigny redoubla ses soins
pour y faire travailler. Il fit en-
foncer les chemins couverts, &
élever les Traverses pour se défiler
des montagnes, desquelles on
estoit vû de revers & de flanc.
Comme il faisoit une grande con-
sommation d'argent dans la Pla-
ce, tant pour les travaux que pour
les autres necessitez, cela avoit
alteré les fonds qui estoient entre
les mains du Tresorier pour la
subsistance des troupes. M. le
Mareschal emprunta en son nom
de grosses sommes des Bourgeois
de la Ville: en sorte que pendant
tout le Siege, on n'a point manqué
d'argent.
de Namur. 29
La nuit du 12. au 13. les Enne-
mis pousserent leurs tranchées de
l'attaque Saint Nicolas jusqu'à la
Meuse; & à celle de Bouge, ils ti-
rérent un boyau le long d'un che-
min vers Cocquelet. Ils ouvrirent
une troisiéme tranchée à la maifon
de Casselot de l'autre costé
de la Meuse, & ils Vavancé-
rent jusqu'au bord de cette ri-
viere, où ils firent un retour.
Dés le point du jour ils tirérent
de leurs Batteries de Sainte Barbe,
ausquelles ils avoient quatorze
pieces de canon & six mortiers,
qui donnoient sur les Travailleurs
du chemin couvert de l'attaque
de Saint Nicolas, dans le retranchement
de M de Reignac, & sur
la Redoute de Ballart; l'on fit
CIIj
30 Fournal du Siege
masquer la porte de cette Redou-
te, & l'on travailla à des Ponts
de communication pour aller du
corps de la Place aux chemins
couverts. M. le Mareschal voyant
que les Ennemis faisoient un Sie-
ge dans les formes pour le Pigeonnier
de Cocquelet, envoya
M de Megrigny pour y faire faire
quelques travaux, & fit monter
quatre Bataillons avec un Colo-
nel pour soutenir M. de Reignac.
M. le Marquis d'Illiers y monta,
& se posta au dessous du ravin de
Saint Fiacre. On envoya aussi
huit Compagnies de Grenadiers
dans le terrain creux qui commu-
niquoit du retranchement à Co-
quelet. Les Ennemis monterent
la tranchée de cette attaque plu-
de Namur. 31
tost qu'à l'ordinaire, & avec un
plus gros corps de troupes, ce qui
fit croire à M. de Reignac qu'on
le vouloit attaquer. Ils avancerent
droit à Coquelet, d'où le sieur
Pascal, Capitaine au Regiment de
Piémont, leur fit faire un tres-
grand feu, & en melme temps
M. de Reignac y marcha avec la
Compagnie de Grenadiers du
Regiment de Nice, qui obligea
les Ennemis de se retirer dans
leurs tranchées, ausquelles ils
commencerent à travailler pour
embrasser Coquelet.
La nuit du 13. au 14. les Enne-
mis firent une Batterie de douze
pieces de canon de l'autre coſté
de la Meuse, prés de la Saline;
CHI)
32 Fournal du Siege
elle commença à tirer au point
du jour sur la demi - contre.
garde du demi Bastion de Saint
Roch, & sur la Redoute de Bal-
lart. Ils avancerent leurs tran-
chées parun retour de la Meuse au
rocher, cequi faisoit une parallele à
l'attaque. Ils voulurent continuer
leurs tranchées pour embrasser
Coquelet; mais M. de Reignac fit
faire un feu si redoublé de tous ces
retranchemens qu'il ne leur fut pas
possible d'avancer leur sappe. Il
eurent quantité de gens tuez. Le
General Fagel y fut blessé. M. de
de Saint Laurent qui avoit mon-
té à la gauche avec une Brigade,
retira ses troupes dans le ravin
de Saint Fiacre. Pendant le jour,
les Ennemis firent une Batterie
de Namur.
33
de canon à Bouge pour battre les
retranchemens. L'Artillerie de la
Place tira sans discontinuer.
La nuit du 14. au 15. M. de
Gramont monta à la gauche de
Coquelet, avec une Brigade
d'Infanterie, & un détachement
de Dragons. Les Ennemis sa-
vancérent pour se loger prés de
ce Poste, mais les troupes de
M. de Reignac & celles de M.
de Gramont, firent un feu si
violent qu'ils n'avancérent leurs
tranchées que de dix toises. Sur
leur gauche ils pousserent un
boyau qui embrassoit le Four à
chaux, & qui s'approchoit de
l'angle du retranchement à l'atraque
de Saint Nicolas. Ils tiré-
Fournal du Siege
34
rent une parallele du Rocher à
la Meuse, derriere laquelle ils fi.
rent une Place d'armes pour soû-
tenir leurs tranchées. Ils élevérent
une Batterie de quatorze
pieces pour battre les chemins
couverts, le demy bastion de
Saint Roch, & la Redoute de
Ballatt, à l'attaque de la basse
Meuse. Ils pousserent un boyau
en remontant le long de la rivie.
re, à la teste de laquelle ils firent
une Place d'armes, vis à-vis de la
contre-garde. Du costé de la
haute Meuse, ils ouvrirent une
tranchée dans le ravin, au delà
de celuy de Gerenssard, qui tra-
versoit la Plaine, & joignoit une
autre tranchée qu'ils avoient ou-
verte le long de la riviere, au.
de Namur.
35
dessous de Wespion. A la teste
du Chasteau, ils occupoient seu-
lement leurs postes sans rien faire
de considerable.
Pendant le jour, ils firent un
tres-grand feu de leur Artillerie,
& rasérent le Colombier de Co-
quelet, & beaucoup de pallissades
du retranchement de M. de Rei-
gnac. Ils firent une grande ou-
verture a l'épaule droite de la
Redoute de Ballart, rasérent aussi
beaucoup de palissades à l'avant
chemin couvert de la Porte Saint
Nicolas, & firent une bréche à la
la demi-contre-garde du demi-
Bastion de Saint Roch. Vers les
quatre heures du soir, ils avance-
rent beaucoup de troupes du costé
35 Fournal du Siege
de Bouge, on crut qu'ils vouloient
attaquer le retranchement, &
comme ils firent un grand feu de
mousqueterie, M. de Reignac,
qui estoit preparé à les recevoir,
leur en opposa un semblable. Cela
ressembloit à une veritable atta-
que, ce qui fit que M. le Mareschal
marcha en personne avec la Bri-
gade de Beauvoisis pour le foûte-
nir; les Ennemis se retirerent, &
fe contenterent de relever leurs
tranchées. L'opiniastreté avec la-
quelle on avoit deffendu ce mau-
vais Poste, donna occasion d'y
faire quelques traverses. Le corps
de troupes qui y passoit la nuit
estant considerable, M. de Guis-
card y voulut rester, & se retira
le lendemain aprés avoir ordonné
en
de Namur
quelques ouvrages à la droite de
Coquelet, où l'on fit porter des
palissades.
La nuit du 15. au 16. M. de la
Badie monta à la gauche de Co-
quelet avec le nombre de troupes
ordinaire; celles du retranchement
furent aussi relevées. M.
de Reignac fit faire un profonde
tranchée de la droite à son retranchement
jusqu'à la hauteur de
Coquelet, faisant un demycercle
qui embrassoit les ouvrages, & il
fit enterrer quarante bombes
de distance en distance. Il y avoit
des augettes de l’une a l'autre,
qui venoient communiquer
dans un endroit du retranche-
ment, d'ou l'on y pouvoit met-
Fournal du Siege
tre le feu. Ensuite il fit recom-
bler cette tranchée, de maniere
qu'on ne pouvoit s'en apperce-
voir. L'on travailla à faire deux
ou trois traverses pour communi-
quer aux ruines de Coquelet, que
l'on occupoit toûjours. M. le
Comte de Guiscard y fit travail-
ler une partie de la nuit. Les Ennemis
avancerent une gabionna-
de vingt toises au devant de leurs
tranchées du costé de Bouge, &
poussérent un boyau jusques sur
le bord du Ravin qui regne vers
la maison des Jesuites. A l'atta-
que de Saint Nicolas, ils firent un
retour de la Meuse vers le rocher,
qu'ils ne purent pousser qu'à moi-
tié du terrain, parce que M. Da-
vejan, Lieutenant de Roy de la
de Namur.
39
Place, qui estoit dans le chemin
couvert, fit faire un tres-grand
feu, ce qui les empescha de con-
tinuer. Ils augmenterent leurs
Batteries de quelques embrasures
où ils placerent du canon. A l'attaque
de la basse Meuse, ils pous-
sérent une tranchée le long de la
riviere, jusque vis-à-vis la grosse
Tour de Meuse; ils continuerent
leurs Tranchées dans la Plaine du
costé de Jambe, & du costé du
Chasteau ils restoient dans l'inac-
tion. L'on gardoit toûjours le re-
tranchement du vieux mur avec
un Brigadier & le mesme nombre
de Troupes qui a esté marqué.
De l'autre costé de la Sambre, ils
firent deux Batteries à fin de battre
la Digue que l'on faisoit pour bar-
40 Journal du Siège
rer la Sambre, elles voyoient à
revers les Troupes qui gardoient
le retranchement du vieux mur.
Les Ennemis firent aussi quelques
ouvrages de terre du costé de la
Porte de Bruxelles, afin de resserrer
les Gardes que la Garnison
tenoit dans les dehors. Pendant
le jour, ils tirérent une grande
quantité de canon & de bombes.
Ils firent une bréche considerable
à la Redoute de Ballart, celle de
la demi-contre-garde ne l'estoit
pas moins. M. de Megrigny fit
en fin arrester le cours de la Sam-
bre, croyant luy faire inonder
la Prairie de Salzeine, mais cela
ne fit presque aucun effet, & ce
grand ouvrage qui avoit cousté
tant de peines demeura inutile.
de Namur. 41
Il tourna tous ses soins à continuer
le Retranchement derriere l'atta-
que de Saint Nicolas, & il fit mi-
ner le demy-Bastion de Saint
Roch. Les sieurs de Bequaire &
de Vauglaisan, Lieutenans d'Artillerie,
travailloient avec applica-
tion à faire servir le canon & les
mortiers de la Place, & faisoient
fournir avec la derniere exactitu-
de les munitions de guerre necessaires
dans chaque poste. M. le
Mareschal qui estoit jour & nuit
en mouvement, ne se contentoit
pos de visiter les Postes, il faisoit
executer devant luy les ordres
qu'il donnoit, & ne s'en rapportoit
presque à personne.
La nuit du 16. au 17. M. d'As-
D
Fournal du Siege
42
feld monta à la gauche de Coque-
let, avec M. de Sainte Hermine.
Les Ennemis avancerent. leurs
Tranchées assez prés de ce Poste;
& du costé de Bouge, ils la poussérent
fort prés du Retranchement.
Ils firent une Batterie aux
Fours à chaux. Pendant toute la
nuit l'on fit faire un feu continuel
de mousqueterie, & remettre des
palissades dans les endroits d'où
le canon les avoit emportées. A-
l'attaque de Saint Nicolas les Ennemis
continuerent leur parallele
jusqu'au rocher. A celle de la basse
Meuse, ils remonterent encore
leurs Tranchées le long de la ri-
viere, & y firent une Place d'armes.
A celle de Jambe, ils pro-
longérent leur boyau de quelques
de Namur.
43
toises, & dans les autres endroits
ils ne firent aucuns ouvrages.
ma is pendant le jour ils firent un
feu extraordinaire de leur Attil-
lerie, qui augmentoit tous les
jours; car n'ayant pû la faire re-
monter entierement par la Meu-
se, parce qu'elle estoit trop basse,
ils estoient obligez de la conduire
par charrois, & à mesure que
leurs pieces arrivoient ils les met-
toient en Batterie. Ce jour-là,
M, de Serville, Capitaine au Re-
giment de Gramont, se jetta dans
la Place, & M. le Mareschal re-
çût des Lettres du Roy par des
Transfuges qui y entrérent.
Sur les quatre heures du soir,
les Ennemis eurent quelque envie
d'attaquer le Retranchement de
Dij
Fournal du Siege
44
M de Reignac; il se fit une gran-
de escarmouche de part & d'autre,
qui se termina par leur retraite.
Ils s'estoient attachez à tirer tout
le jour dans ce Retranchement,
& le poste y estoit devenu si pe-
rilleux, que les Soldats par déri-
sion nommoient la maison où se
tenoit M. de Reignac, le Chas-
teau Gaillard.
La nuit du 17. au 18. M. de
Saint Laurent monta à la gauche
de Coquelet, avec M. de la Marre.
M. de Megrigny commença
à faire une Tranchée pour communiquer
de l'angle du Retranchement
a Coquelet, mais on
ne put l'achever, & malgré le
grand feu qui se fit de part & d'au-
de Namur-
45
tre, les Ennemis poussérent leurs
Tranchées jusqu'à dix toises de
Coquelet. Ils avancérent aussi
celle de leur gauche assez prés du
Retranchement. Il parut qu'ils
avoient donné toute leur atten-
tion de ce costé-là, parce qu'ils
ne travaillérent presque point à
toutes les auttes attaques; ils per-
fectionnérent seulement les ou-
vrages qu'ils avoient commencez
la nuit precedente. Ils établirent
à Bouge sept mortiers qui com-
mencérent a tirer dés le point du
jour avec toute leur Artillerie.
M. de Reignac, qui avoit bien
prévû que lors que l'on jetteroit
des Bombes dans son Retranche
ment, il ne seroit pas possible
d'y tenir, avoit marqué aux
fournal du Siege
46
Troupes les endroits où il y avoic
le moins de peril. Il fut contraint
d'abandonner sa maison qui fut
rasée dés sept heures du matin,
par le canon qui ne cessa point de
tirer jusqu'au moment de l'atta-
que. La quantité de bombes que
l'on y jettoit, faisoit un tel desor-
dre, que les Troupes y souffrirent
beaucoup, il y eut quantité de
Soldats tuez & blessez. M. de
Reignac manda à M. le Mares-
chal que vray-semblablement les
Ennemis l'attaquer oien t ce jourlà.
Depuis le matin on se prepa-
roit à faire une sortie sur l'attaque
de Jambe, & M. le Mareschal
ayant disposé toutes choses, en
donna la conduite à M le Mar-
de Namur.
quis de Gramont. Environ à
deux heures aprés midy, l'on fit
sortir par la Porte de Jambe deux
cens Grenadiers commandez par
M de Princé, Lieutenant Colo-
nel du Regiment Dauphin d'In-
fanterie, qui coulérent le long
de la Meuse en remontant, se
couvrant des houblonnieres qui
les déroboient à la vûë des Troupes
des Ennemis qui gardoient
la Tranchée; ensuite il sortit
cinque cens hommes choisis, com-
mandez par M. le Marquis de
Monbron, qui marchérent droit
a la Tranchée, faisant alte dans
les houblonnieres, pour attendre
le signal qu'on devoit donner
On fit suivre cinq Troupes de
Dragons, d'environ cinquante
Fournal du Siege
Maistres chacune; à la teste de
la premiere estoit M. le Comte
de Nogent Colonel du Regiment
du Roy; à la seconde, M. de
Martinet, Lieutenant Colonel du
mesme Regiment, M de Gra-
mont marchoit à la testè des trois
autres. Aprés que les cinqui troupes
eurent passe le Fauxbourg de Jam-
be, M. de Gramont donna or-
dre de marcher aux Ennemis.
M. de Nogent poussa à toute
bride avec deux Troupes dans la
Plaine, laissant la Tranchée à
droite, & s'en alla jusqu'à la
queve, sur laquelle il se rabatit
pour empescher la fuite des En-
nemis: M. de Princé qui avoit
marché jusqu'à une certaine hau-
teur, pendant que M. de Mon-
bron
de Namur.
49
bron commençoit à les charger
par la teste, les chargea en mesme
temps dans le milieu de la Tranchée,
les Ennemis ne sapperceu-
rent de la sortie que dans le mo-
ment qu'ils se virent coupez par
Mr de Nogent. Ils pritent les
armes, & firent une décharge
mais on les attaqua si vigouteu-
sement de toutes parts que de
mille hommes qu'ils avoient à la
tranchée, il ne s'en sauva que cent
quatre-vingt, qui se precipitérent
au travers des Dragons pour pren-
dre la fuite. Il y en eut soixantéhuit
faits prisonniers; le reste fut
tué sur la place; les Travailleurs
qu'on avoit fait sortir pour raser
la Tranchée, se servirent des
corps morts pour la remplir, &
Fournal du Siege
50
on en combla plus de trois cens
toises. Cette action qui fut saite à
la vuë de tous les Camps des En-
nemis, fit prendre les armes aux
Troupes de celuy du Condros.
Ils accoururent de toutes parts,
pour repousser celles de la sortie.
Mrle Comte de Morstein, Colo-
nel du Regiment de Hainault
qui s'y estoit trouvé volontaire,
sétant avancé trop prés pour re-
connoistre leur contenance, fut
malheureusement tué d'un coup
de mousquet. Deux escadrons des
Ennemis arrivérent à la Chapelle
de Sainte Barbe, & descendirent
dans la Plaine, passant par un
defilé, & comme ils se mettoient
en bataille, M. le Marquis de
Gramont les alla charger, & aprés
de Namur. 51
les avoir rompus, il leur fit pren-
dre la fuite; ils furent fortifiez
par d'autres Troupes, qui descendirent
une seconde fois. Mr de
Martinet alla à leur rencontre, &
les rechassa jusqu'à my-coste
mais leur Infanterie ayant bordé
la Montagne, fit un grand feu
sur la Troupe, & l'obligea de se
retirer. Mr le Marquis de Gra-
mont ayant donné ordre à l'In-
fanterie de se retirer dans la Place
le tout se fit avec beaucoup d'audace
& sans confusion. L'on n'y
perdit, outre Mr de Morstein,
que deux Officiers, & environ
vingt hommes.
Pendant le temps de cette sortie
l'on vit paroistre une Colom-
E 1)
52 Fournal du Siege
ne d'Infanterie, qui se mettoit
en bataille derriere Bouge. Mr
de Reignac vit bien que cela le
regardoit; il en donna avis à Mr
Mareschal, par Mr du Couret, Ca-
pitaine au Regiment Dauphin
d'Infanterie, duquel il se servoit
pour faire la fonction de Major,
Cei Officier fut quelque temps
sans pouvoir joindre Mr le Mares-
chal, parce qu'il estoit à la Porte
de Jambe, pour voir faire la sortie.
A l'instant Mr le Marquis de
Gramont qui estoit de jour pour
monter à Coquelet, eut ordre d'y
marcher avec sa Brigade qui de-
voit relever celle de Mr de Saint
Laurent, ce qu'il fit avec beau-
coup de diligence. Dans ce mo-
ment, le grand feu des bombes
de Namur. 53
des Ennemis fit sauter le Maga-
zin à poudre de Mr de Reignac.
Mr le Mareschal qui estoit déja
sorty de la Ville par la porte de
Fer, l’ayant remarqué, en voya
Mr de Cuchy, l'un de ses Ai-
des de Camp, pour luy en faire
voiturer, ce qu'il fit avec la deiniere
promptitude. Il estoit en-
viron cinque heures lors que Mr de
Gramont arriva au ravin de Co-
quelet, avec la Brigade de Beauvoisis.
Les Bataillons n'estoient
pas encore formez, n'y n'avoient
pas eu le- temps de relever les
Postes qu occupoit la Brigade de
Piémont, que commandoit Mr
de Saint Laurent, lors qu'on vit
paroistre dans la Plaine, un grand
front de Troupes Ennemies qui
E iij
54 Fournal du Siege
marchoient d'un pas grave pour
embrasser Coquelet. M. de Rei-
gnac qui estoit attentif à leurs
mouvemens, & qui avoit des
Troupes en bon ordre, vit venir
à luy quatre Bataillons pour atta-
quer le Retranchement. Il se fit
de part & d'autre un feu qui ne
se peut exprimer. Il avoit avec
luy deux cens Dragons & trois
cens Grenadiers, qui soûtinrent
le choc, ils estoient soûtenus par
cinq cens hommes, détachez de
toutes les Brigades, ayant encore
un Corps de reserve qui devoit
se porter dans les endroits qui
auroient pû estre forcez. Un Ba-
taillon des Ennemis ayant coulé
le long du ravin de la Redoute
de Ballart, & n'ayant pû soûte-
de Namur. 55
nir le feu que luy fit faire M. le
Chevalier de Mons, se retira sans
rien faire, laissant le glacis cou-
vert de leurs morts. Les qua-
tre Bataillons des Ennemis qui
estoient à la portée du pistolet de
la palissade du Retranchement
voulurent y entrer l'épée à la
main. Mr de Villars, Lieutenant
Colonel du Regiment de la Marre,
que Mr de Reignac avoit char-
gé de faire mettre le feu au Sau-
cisson, le fit si àpropos, que les
bombes qui estoient enterrées
ayant fait leur effet sous ces Ba-
taillons, on vit un spectacle ex-
traordinaire, par un nombre de
Soldats qui sautérent en l'air.
Ils en furent si ébranlez qu'ils pri-
rent la fuite. M. de Reignac qui
E iiij
56 Fournal du Siege
attendoit cet effet, sortit par la
branche droite du Retranche-
ment, avec environ trois cens tant
Dragons & Grenadiers, que gens
de bonne volonté. Il marcha a eux
l'épée à la main, & profitant de
leur desordre, il les poussa jusques
dans leurs Tranchées de Bouge
& s'empara d'un de leurs Retranchemens.
Les Ennemis firent
venir de nouvelles Troupes pour
rassurer les premieres. Mr de
Reignac s'estant retiré ne sçavoit
point si la gauche combattoit avec
le mesme avantage, car on ne se
voyoit point dans la fumée de la
poudre; il s'apperçût que l'on y
estoit poussé, parce qu'un Batail-
lon de la Brigade de Beauvoisis
estant sui vy par deux Regimens
de Namur.
9
Anglois, se jetta dans les palissa-
des du Retranchement. Mr de
Villars qui estoit à l'angle avec la
Compagnie des Grenadiers de
Nice, & la seconde de Maulevrier,
arresta par un grand feu ces
deux Regimens; & pour revenir
à ce qui se passa sur la gauche
les Ennemis n'ayant pas donné
le temps à Mr de Gramont de
poster ses Troupes, il y eut un
peu de confusion. Celles de Me
de Saint Laurent qui devoient
estre relevées, estoient déja en
mouvement pour se retirer, lors
que les Ennemis parurent, & l'on
ne put les remettre en bataille,
sans quelque espece de desordre.
Cependant, Mr de Gramont prit
son party, & opposa la Brigade de-
58 Fournal du Siege
Beauvoisis au front des Ennemis.
Mr le Marquis de Vieuxbourg,
Colonel du Regiment de Beauvoisis,
aprés avoir soutenu deux
ou trois charges derriere un Re-
tranchement, fut obligé de se re-
tirer a un second, auquel il fut
encore chargé, il y fut tué en
faisant des actions dignes de luy.
Mr le Comte de Maulevrier qui
deffendoit une Traverse à la teste
de son Regiment, y reçut les Ennemis
avec beaucoup de valeur,
& y fut aussi tué. M. le Marquis
de Gramont qui s'estoit jetté dans
Coquelet, y fut forcé & se retira
derriere un boyau, qu'il soutint
encore quelque temps. Mrde Saint
Laurent qui estoit à l'extrémité de
la gauche, soutint longtemps le
de Namur. 59
choc, & fut obligé de se retirer par
le ravin de Saint Fiacre, & à peu
prés dans le mesme temps les
Troupes de Mr le Marquis de Gramont
se retirerent. Il y avoit deux
heures que l'action estoit com-
mencée avant que les Ennemis eus-
sent pû forcer le Retranchement.
Mrde Reignac se maintenoit toû-
jours à la droite avec beaucoup
d'opiniâtreté; mais les Troupes
des Ennemis, aprés avoir poussé
celles de Mrs de Gramont & de
Saint Laurent, tournérent toutes
à la droite, où il se fit encore un si
grand feu de mousqueterie & de
grenades, qu'il ne s'en est jamais
vû de semblable, & estant en-
trées par la gauche, elles s'emparérent
du Retranchement. Mr de
60 Fournal du Siege
Reignac les en rechassa, & dans
ce moment il reçut un coup d'es-
ponton qui neanmoins ne l'em-
pescha pas d'agir. Il fut enfin ren-
versé dans le ravin à costé de la
Redoute de Ballart, faisant occu-
per par quelques détachemens les
monticules qui voyoient le loge-
ment que faisoient les Ennemis.
ME le Mareschal pendant l'action
fut toûjours à my- coste, arrestant
les Soldats qui se retiroient avec
trop de precipitation, & les ra-
menant assez prés du Retranche.
ment, où il essuya une partie du
grand feu qui se faisoit. Mr de
Reignac ayant rallié les Dragons
& les Grenadiers qui s'estoient
retirez avec luy, leur propoſa d'al-
ler regagner le Retranchement,
de Namur. 61
& aprés qu'il luy eurent dit qu'ils
estoient resolus de le suivre, il y
marcha & le regagna effective-
ment Mr le Marquis de Gramont
fit à peu prés la mesme chose à la
gauche; mais comme les Enne-
mis s'estoient emparez du débris
de la maison retranchée, il ne fut
pas possible de les en déposter,
en sorte qu'ils demeurérent mai-
stres d’une partie du Retranchement,
pendant que l'on occupoit
l'autre. L'on estoit si acharné à
se disputer une palissade l'une
aprés l'autre, qu'il estoit dix heu-
res du soit avant que l'on pust se
reconnoistre tant la fumée estoit
épaisse. Mr le Chevalier de Pe-
zeux, & Mr du Bouchet soûtin-
rent une Traverse pendant- une
62 Fournal du Siege
demi-heure avec beaucoup de va-
leur; & comme il n'estoit pas
possible de se retrancher, Mrs de
Gramont & de Reignac qui s'é-
toient joints, firent ouvrir un
cheval de frise, & sortirent du
Retranchement pour charger les
Ennemis. Mr du Rozeau, Lieu-
tenant Colonel du Regiment de
Quélus, Mr le Comte de Beaujeu
Lieutenant Colonel de Gra-
mont, & Mr Dérigny Ingenieur
qui s'y estoit trouvé, avec nom-
bre d'Officiers, entrérent tous
l'épée à la main dans un Bataillon
des Ennemis & le firent plier
mais la quantité de Troupes qu'ils
avoient obligerent Mrs de Rei-
gnac & de Gramont de rentrer.
Il y avoit deux heures que Mr le
de Namur. 63
Mareschal avoit envoyé ordre de
se retirer, mais il ne fut porté à
Mrs de Reignac & de Gramont
qu à dix heures du soir. Ils firent
leur retraite en fort bon ordre, &
rentrérent dans les chemins couverts
où ils estoient campez. Cette
action fut trop vive pour n'y
pas perdre beaucoup de monde.
Il y eut environ huit cens hommes
tuez ou blessez, & du costé des
Ennemis, de leur propre aveu, ils
laissérent dix huit cens hommes
tuez sur la place, sans compter
plus de quinze cens blessez. On a
rapporté que Mr le Prince d’O-
range qui estoit sur une hauteur,
voyant l'action, avoit dit que
jamais Colombier n'avoit esté
si bien attaqué ny mieux def-
64 Journal du Siege
fendu, & que cela avoit plus l'air
d'une bataille que d'une action
particuliere. Il avoit em ployé à
cette atiaque quatorze Batail-
lons & quatre-vingt Compagnies
de Grenadiers, ce qui faisoit en
tout prés de quinze mille hom-
mes.
La nuit du 18 les Ennemis ne
poussérent presque point leurs
Travaux & leur plus grande oc-
cupation fut de retirér leurs bles-
sez du champ de bataille. Ils
changérent quelques pieces de
canon d'une Batterie à l'autre, &
ils travaillérent a refaire la Tranchée
de l'atraque de Jambe qu'on
leur avoit rasée: ils la remirent à
peu prés au mesme estat qu'elle
de Namur 65
estoit dans le temps de la sortie.
Pendant le 19. ils continuérent
à tirer sur la Redoute de Ballart,
& firent une batterie à Coquelet,
qui battoit la Redoute de Saint
Fiacre. Ils avancérent celle qui
estoit aux Fours à chaux pour rui-
ner le flanc du demi-Bistion de
Saint Roch. Mr le Mareschal
changea la disposition du campe-
ment des Troupes, & refit les
Brigades qui furent formées de
cette manière.
Mr de Saint Laurent, premier
Brigadier d'Infanterie, eut le
commandement de celle de Pié-
mont, composée de trois Batail-
lons de ce Regiment, & du pre-
66. Fournal du Siege
mier Bataillon du Regiment de
Nice. Mr de la Badie eut quatre
Bataillons du Regiment Dauphin.
Mr de Bragelonne eut un
Bataillon de Beauvoisis, les deux
premiers de Maulevrier, & un de
Bugey. Mr de Reignac eut un
Bataillon de Hainault, un de la
Marre, un de Courten, Suisse,
un d'Illiers, Milice d'Alençon
un de Solre, & neuf Compagnies
franches de Fusiliers. On fit aussi
deux Brigades de Dragons. Le
Marquis de Gramont eut les Regimens
du Roy, Quélus, Gramont,
& Sainte Hermine Mi
d'Asfeld eut ceux de Dauphin,
Barreaux, Gange, & Asfeld. Les
Brigades d'Asfeld, la Badie &
Bragelonne, campérent au Chade
Namur. 67
steau. Celles de Gtamont, S Liu-
rent & Reignac, campérent à la
Ville, & un Bataillon de Navarre
demeura au Donjon du Chasteau.
La nuit du 19. au 20. les En-
nemis continuérent leurs Tran-
chées de l'attaque de Jambe, & la
poussérent fort prés du Faux.
bourg. Ils firent de grandes Pla-
ces d'armes pour les soûtenir, &
postérent une grosse garde de
Cavalerie à l'Hermitage de Sainte
Barbe. A l'attaque de Saint Nico-
las, ils tirérent une parallele de
la maison brûlée sur le bord de
la Meuse, au rocher qui est au
dessous des Fours à chaux, Ils
commencérent une batterie de
seize pieces de canon, pour battre
F 1)
68 Fournal du Siege
la face droite du Bastion de Saint
Nicolas, & poussérent leurs Tran-
chées de la basse Meuse jusque
vis-à vis la Porte de Graver.
Tout le jour ils continuérent à
battre les Redoutes de Ballart &
de Saint Fiacre, la courtine de la
Porte de Saint Nicolas, & la demi-
contrescarpe; ils firent deux
Batteries, l'une de trois & l'autre
de quatte pieces de canon, sur la
montagne au dessus de Salzeine,
a fin de battre à revers les Troupes
qui gardoient le Retranchement
du vieux mur, & deux autres de
deux & trois pieces de canon, sur
des monticules qui sont au front
de ce Retranchement. Le mesme
jour on continua de travailler à
raser les Maisons de la Ville qui
de Namur 69
bordoient la Sambre du costé du
Chasteau, afin de faire un Retranchement
pour deffendre la
partie d'entre Sambre & Meuse.
On ne cessa point de porter au
Chasteau toutes les Provisions
dont on n'avoit plus de besoin à
la Ville. Il arriva un Trompette
des Ennemis pour demander un
grand nombre d'Officiers qui ne
se trouvoient point, & qui appa-
remment avoient esté tuez dans
les actions du 18, car on n'avoit
de leurs Prisonniers que trois Ca-
pitaines aux Gardes du Princed'Orangè,
quelques Subalternes
& environ quatre-vingt Soldats.
Ce Trompette avoit un Memoi-
re de ceux qu'ils avoient faits sur
la Garnison, & qui consistoient
70 Four nal du Siege
en deux Subalternes du Regi-
ment de Maulevrier, & environ
dix ou douze Soldats blefsez. Les
Domestiques du Marquis de
Vieuxbourg & du Comte de
Maulevrier, retournérent à la
Ville, sans avoir pu trouver les
corps de leurs Maistres : les Ennemis
les assurérent qu'ils les
avoient fait enterrer.
La nuit du 20. au 21. Mr de
la Badie monta à la Ville, & M.
de Gramont, au Chasteau. Les
Ennemis poussérent leurs Tranchées
de Jambe, jusque dans les
jardins du Fauxbourg qu'on avoit
fait brûler le jour precedent. A
l'attaque de la basse Meuse, ils
tirérent un grand Retranchement
de Namur. 71
le long de la riviere, vis-à-vis le
demi Bastion de Saint Roch, où
ils firent une Batterie de dix pie-
ces de canon pour battre la branche
de ce demi Bastion; à l'attaque
de Saint Nicolas, ils avancérent
leurs Tranchées d'environ
trente toises. Ils voulurent occu-
per pendant le jour une maison
qui est proche la Redoute de Bal-
lart, mais ils en furent chassez par
le grand feu que l'on fit de l'avantchemin
couvert. Leur Batterie de
seize pieces cummença à tirer sur
la face droite du Bastion de Saint
Nicolas, qu'elle battit en bréche
toute la journée. Trois Batteries
de mortiers jettoient continuelle-
ment des bombes dans les Ouvra-
ges de la Porte de Saint Nicolas,
Fournal du Siege
& dans les Redoutes de Ballart
& de Saint Fiacre. Ils avancerent
deux pieces de canon sur la pente
du ravin de Coquelet; elles tiré-
rent sut les Brigades de Saint
Laurent & de Reignac, qui
estoient campées dans les dehors
des Portes de Fer & de Bruxelles.
L'on en retira les Troupes pour
les mettre derriere des Fortifica-
tions, où elles ne pouvoient estre
veuës. Les Ennemis firent aussi
une Batterie de quatre pieces de
canon, & de quelques mortiers
à la maison qui est au dessus de la
Redoute de Ballart, de laquelle
ils battoient à revers les chemins
couverts de Saint Nicolas. L'on
travailla avec vigueur au Retran-
chement de cette attaque, à des
commu.
de Namur.
73
communications souterraines, &
à rétablir de petits Ponts pour
aller du corps de la Place dans les
chemins couverts, ce qui estoit
extrémement difficile & necessai-
re; l'on acheva de munir de toutes
choses les Redoutes de Bal-
lart, Saint Fiacre, Piednoir &
Saint Antoine.
La nuit du 21. au 22. Mr de
Bragelonne monta au Chasteau
& Mr d'Asfeld, à la Ville. Les
Ennemis avancérent leurs tranchées
à quarante toises de l'avant
chemin couvert de l'attaque de
Saint Nicolas, & tirérent une li-
gne de communication de leurs
Tranchées à la maison au dessus
de la Redoute de Ballart. Dés le
Fournaldu Siege
74
point du jour, toutes leurs Bat-
teries tirérent sur les Ouvrages de
cette attaque, ce qui dura tout le
jour. Du costé de Jambe, ils pous-
sérent leurs Tranchées jusqu'au
chemin pavé, & l'une des Batte-
ries de la hauteur de Salzeine ne
cessa point de tirer sur les Tra-
vailleurs de la Digue de la Sambre,
& sur le troupeau de vaches
qui estoient dans la Prairie.
Dans la Place on continual la
démo'ition des maisons & leRetranchement
de la Ville, d'entre
Sambre & Meuse. L'on voulut
aussi travaillet au Retranche-
ment derriere l'attaque de Saint
dicolas, mais les Soldats ne pu-
rent tenir au feu de canon & de
de Namur.
75
bombes que les Ennemis firent
sur eux, & il fallut attendre à la
nuit pout continuer ce travail.
L'on plaça dans les soûterrains du
Chasteau les Provisions de bou-
che qui y avoient esté menées.
La nuit du 22. au 23. Mr de
Reignac monta au Chasteau, &
Mr de Saint Laurent à la Ville.
Les ennemis ne firent pas grands
ouvrages à l'attaque de Jambe;
ils achevérent leurs Batteries &
placérent leur canon à celle de
la basse Meuse. Ils avancérent de
quelques toises à l'attaque de Saint
Nicolas, & dés le point du jour
ils firent un feu extraordinaire de
toutes leurs Batteries, ausquelles
ils avoient plus de soixante pieces
G ij
6 Journal du Siege
de canon, qui ne discontinuérent
point de tirer jusqu'à la nuit. Sur
le soir on s'apperçut que la face
de la demi-contregarde du demi-
Bastion de Saint Roch estoit ex-
trémement renveisée, & que la
bréche du Bastion de Saint Nico-
las estoit assez considerable. Les
Ennemis ouvrirent la Tranchée
à une quatriéme attaque, du costé
de Salzeine. Ils embrassérent la
creste de la hauteur qui plonge
dans l'Abbaye, dans laquelle il
y avoit une Garde de cent hom;
mes sous le commandement d'un
Capitaine de Dragons. L'on avoit
aussi redoublé la Gaide de la Ba-
lance, pour tascher d'empescher
que les Ennemis ne possentijet-
ter un Pont sur la Sambre à por-
de Namur.
tée de ce Poste ; l'on continua le
Retranchement de l'attaque de
Saint Nicolas, & celuy de la
Ville d'entre Sambre & Meuse.
La nuit du 23. au 24. Mrd'As-
feld monta au Chasteau & Mr de
Gramont à la Ville. Les Enne-
mis poussérent leur attaque de
Jambe, cinquante toises en des-
cendant la Meuse, afin de join-
dre celle de la basse Meuse, qu'ils
remontérent pour cet effet. A
l'attaque de Saint Nicolas, ils
poussérent des boyaux du costé
de la Redoute de Ballart, & le
long de la Meuſe, a pottée de
'avant chemin couvert Pendant
tout le jour, le feu de leur Artil-
lerie fut si continuel & si precipité,
G II
78 Fournal du Siege
qu'il ressembloit à celuy de la
mousqueterie. Il y avoit deux
bréches insultables, l'une à la face
de la demi-contregarde, & l'autre
à la branche du demi-Bastion
de Saint Roch. Ils ouvrirent une
Tranchée de l'autre coſté de la
Sambre, vis. a vis la Balance; leurs
Batteries du costé du Chasteau
ne firent qu'un feu tres-mediocre,
L'on continua dans la Place
le rravail du Retranchement der-
riere l'attaque, mais la pluye qui
avoit esté abondante rendoit cet
ouvrage difficile. Mrle Mareschal
resta avec les Soldats pour les y re-
tenir, car les Ennemis y jettérent
une si grande quantité de Bombes
qu'ils abandonnoient souvenr, &
de Namur. 79
Mr le Mareschal y fut enterré plu.
sieurs fois. Comme l'on croyoit
que les Ennemis attaqueroient
l'avant chemin couvert & la Re-
doute de Ballart, la nuit suivante
l'on fit tenir les Grenadiers & le
Piquet prest à matcher, & ME de
la Forest, Capitaine des Mineurs,
demeura à l'avant chemin cou-
vert pour faire jouer les fourneaux
qu'on y avoit faits.
La nuit du 24. au 25. Mt de
Bragelonne monta à la Ville, &
Mr de la Badie au Chasteau. Les
Ennemis prolongétent leurs Tran.
chées de Jambe & de la basse
Meuse, afin de joindre les deux
attaques. Ils poussérent celle de
Saint Nicolas à trente pas de l'an-
GiI
80
Journal du Siege
gle saillant de l'avant chemin
couvert, & s'estant logez à l'angle
du chemin couvert de la Redoute
de Ballart, ils firent trois fois la
descente du fossé, mais ils en fu-
rent toûjours chassez par la quan-
tité de grenades que le Chevalier
de Mons leur fit jetter, de sorte
qu'ils ne purent s'y loger.
Toute la journée leur Artille-
rie ne cessa de tirer par salves.
Les bréches de la demi contregarde
& du demi-Bastion de Saint
Roch, estoient pratiquables, &
l'on s'attendoit que la nuit ils fe-
roient une tentative pour insulter
les dehors de la Place, & qu'ils
prendroient la Redoute de Bal-
lart, ce qui obligea Mr le Ma-
de Namur. 81
reschal de redoubler la garde de
ces Postes.
Ub
La nuit du 25. au 26. Mr de
Saint Laurent monta de Briga-
dier au Chasteau, & Mr de la
Chaise; Colonel de Bugey, Mr
de Reignac Brigadier, à la Ville,
avec Mr de Sainte Hermine, Co-
lonel. Les Ennemis firent une
grande parallele le long de la Di-
gue de la Flaque d’eau, de l'avant
chemin couvert de l'attaque de
Saint Nicolas, appuyant leur gau-
che à la Meuse & la droite fort
prés de la Redoute de Ballart. Ils
attachérent le Mineur à l'angle
de l'épaule droite de cette Re-
doute, d'où ils assurérent une
communication à leurs Tran-
82. Fournal du Siege
chées, & comme l'on croyoit
qu'ils pourroient se loger sur l'a-
vant chemin couvert, l'on y mit
cent cinquante Dragons, ou
Grenadiers, sous les ordres de
Mr des Rozeaux, Lieutenant
Colonel de Quélus. L'on dispersa
huit, cens hommes, dans
tous les Postes de l'attaque aux
ordres de Mr Davejan, Lieutenant
de Roy. Mr le Comte d'e
Guiscard coucha à cette attaque,
disposant toutes choses pout y
faire une vigoureuse resistance.
Mrde Reignac voulut aller chas-
ser les Ennemis du fosse de la Re-
doute de Ballart pour enlever le
Mineur, mais comme l'on re-
connut qu'ils s'estoient emparez
d'une maison, prés de laquelle il
de Namur. 83
falloit passer, Mr le Comie de
Guiscard ne jugea pas à propos
qu'on l'entreprist. Il fit seulement
faire une petite sortie d'un Offi-
cier & de vingt Dragons, qui
chargérent les Troupes qui soûte-
noient les Travailleurs de la
Tranchée. Cela ſe paſsa par une
simple escarmouche. Les Enne-
mis joignirent en fin leurs attaques
de Jambe & de la basse Meuse, &
ils ne travaillérent presque point
dans les autres endroits. Pendant
le jour ils tirérent une prodigieuse
quantité de coups de canon. La
bréche de la demi-contregarde
estoit tout-à-fait pratiquable, &
on pouvoit monter facilement à
celle du demi-Bastion de Roch.
Ils avoient un peu endommagé
84 Fournal du Siege
le batardeau, qui la soûtient dans
le fossé de la seconde envelope de
la Ville. Mr de Megrigny trouva
un moyen pour mettre de l'eau
dans le fossé de la premiere, qui
estoit à sec, & fit aussi continuer
le retranchement derriere l'atta-
que. Le matin, il fit un grand
broüillard, à la faveur duquel,
les Ennemis attaquérent & pri-
rent la Redoute de Ballart; le
Chevalier de Mons y demeura
prisonnier de guerre.
.
La nuit du 26. au 17. Mr. de
Gramont monta de Brigadier au
Chasteau, avec Mr de Monbron
Colonel. Mr de Qiélus, Briga-
dier, qui jusque là avoit fait le
service de Commandant des Dra-
de Namur. 85
gons, voulut prendre jour de Bri-
gadier, & monta en cette qualité à
la Ville, avec Mrle Comte de No-
gent, Colonel. Les Ennemis per-
fectionnérent les ouvrages qu'ils
avoient commencez la nuit prece-
dente à l'attaque de S. Nicolas, &
poussant leur parallele jusqu'à la
Meuse, ils embrassérent la demi-
contregarde; àla gauchede laquelle
ils firent un crochet. Ils firent aussi
trois ou quatre Bateries à my-coste
de la Redoute de Ballart, pour
battre de revers les Troupes des
chemins couverts. Tout le jour
ils ne cesserent de tirer de toutes
leurs Batteries de cette attaque,
à laquelle ils avoient plus de qua-
tre-vingt pieces de canon. Il fal-
loit avoir autant de fermeté qu'en
86 Fournal du Siege
avoient les Troupes, pour y re-
sister. Environ à trois heures
aprés midy, Mr de Moulin-neuf
alla trouver Mr le Mareschal,
pour luy dire qu'il venoit de dé-
couvrir du Chasteau plus de dix
Bataillons des Ennemis, qui mar-
choient du costé de Saint Ni-
colas, & que tous leurs Camps
estoient sous leurs armes. Il arri-
va dans ce moment un Deserteur
Anglois, qui rapporta que tous
les Grenadiers de leur Armée
estoient commandez, avec un
renfort de dix mille hommes
Mr de Guiscard marcha en dili
gence aux deux Bastions de l'attaque,
pour y donner ses ordres.
Mr le Mareſchal monta à cheval,
& alla au Campde la Porte de Brude
Namur. 87
xelles, où il fit battre la generale.
Une partie des Troupes qui
estoient dans la Ville, en arrivant
à leur Drapeau, ſe préparérent à
prendre les armes. Une heure
aprés, on vit sortir de tous les
ravins qui tomboient aux Tranchées,
des colomnes d'Infanterie,
qui à mesure qu'elles arrivoient
se mettoient en bataille, & mal-
gré le feu du canon de la Redoute
de Saint Fiacre, qui les voyoit de
revers, & qui donnoit au travers
de leurs Bataillons, elles de meuré-
rent fermes. Aprés avoir fait leurs
dispositions, lesEnnemis partirent
en bon ordre, & avec la derniere
furie, pour attaquer l'avant che-
min couvert par cinq endroits.
Lon en retira les Troupes, car
88 Fournal du Siege
n'y ayan point de communica-
tion pour les rafraischir, on ne
pouvoit pas s'y maintenir. On lais-
sa seulemeni vingt hommes dans
les angles qui attendirent les En-
nemis aussi fiérement que s'ils
avoient esté bien soutenus. Les
Assiegeanss avancérent jusqu'à la
palissade, & dans ce moment on
fit jouer trois Fourneaux, qui leur
firent sauter beaucoup de mon-
de, ce qui les mit dans un grand
desordre. Ils retournérent à la
charge, & se precipitérent dans
l'avant chemin-couvert. Mr Da-
vejan qui deffendoit le chemin
couvert, avoit si bien posté ses
Troupes qu'il foutint leur premie-
re ardeur, & les chassa de l'avant
chemin couvert, pat un grand
de Namur. 89
seu. En mesme temps, les Enne-
mis coulérent le long de la Meu-
se, où l'on ne pouvoit rien leur
opposer. Ils donnérent un assaut à
la demi contregarde, à la bréche
de laquelle on pouvoit monter à
cheval. Mr de Martinet qui la
deffendoit avec cent Dragons
les reçut si vigoureusement, qu'il
les repoussa avec une tres grande
perte, & comme ils avoient coulé
le long de la face gauche; ils vou-
lurent par cet endroit entrer dans
le chemin couvert, mais ils fu-
rent aussi repoussez par Mr le
Comte de Resnel, & par Mrlle
Chevalier de Quélus, Capitaines
de Dragons. Un Bataillon des
Gardes du Prince d'Orange al-
taqua la Place d'armes du chemin
H
90 Fournal du Siege
couvert à la gauche du Bastion de
Saint Nicolas, & pour y venir ils
passérent dans la flaque d'eau, en
ayant jusqu'à la ceinture. Les Grenadiers
du Regiment de Piémont
conservérent ce Poste quel-
que temps avec beaucoup de va-
leur, mais ils auroient esté em-
portez, si on ne les eust pas fait
soûtenir. Au moment de l'action,
Mr le Mareschal ordonna à Mr le
Comte de Quélus, Brigadier de
jour, de marcher avec quelques
Compagnies de Grenadiers &
de Dragons, pour soutenir les
Troupes du chemin couvert. Il
arriva a propos à cette Place d'ar-
mes, puis qu'il repoussa le Batail-
lon des Gardes du Prince d'O-
range, avec une perte considera-
de Namur. 91
ble; il fut blessé en ce meſme lieu
Mr le Mareſchal en voya auſsi toſt
Mr de Reignac avec cinq cens
hommes pour soûtenir ce chemin
couvert, & ordonna à Mr de
Saint Laurent de le suivre avec
sa Brigade. Celle de Mr de Rei-
gnac fut postée dans la seconde
envelope de la Place. Mr de Saint
te Hermine occupa avec son Re-
giment de Dragons le Bastion de
Jean-Petit, à la gauche de celuy
de Saint Nicolas. Les Ennemis
envoyérent de nouvelles Trou-
pes pour faire une seconde atta-
que, une partie de celles qui
avoient donné la premiere fois,
ayant esté défaites. L'on rafraichit
aussi celles de la Place. M.
Daucourt, Capitaine de Greno-
Hij
92 Fournal du Siege
diers de Maulevrier, & le Capitaine
des Grenadiers de Solre
marchérent à la bréche de la de-
mi-contregarde. Mr de Villars,
Lieutenant Colonel de la Marre,
qui commandoit dans la demi-
lune de l'attaque, envoya Mr du
Paget, Capitaine des Grenadiers
de Nice, au Poste de Mrle Comte
de Resnel, & Mr de Reignac
qui avoit passe à celuy de Mr de
Quélus, mit des renforts de nou-
velles Troupes dans tout le chemin
couvert, Les Ennemis char-
gérent encore avec la mesme im-
petuosité, & aprés un combat
tres-opiniastre, & qui dura prés
de trois quarts d'heure, ils fu-
rent encore repoussez, laissant
le glacis couvert de morts. Mr
81
de Namur.
de la Forest, Capitaine des Mi-
neurs de la Place, fut blessé à
mort: Mr de la Fey Capitaine au
Regiment du Roy, fut aussi bles-
sé, & Mr de Suzy, Capitaine
dans le Regiment de Sainte Hermine,
y fut tué avec Mr de Magny,
Major du Regiment de
Quélus. Le canon de la Place &
de la Redoute de S. Fiacre tira
avec tant de promptitude & de
succés, que si les Ennemis n'a-
voient pas eu la précaution de faire
enivrer d'eau de vie toutes les
troupes destinées pour l'attaque,
il ny en auroit eu aucune, qui
eust pû soutenir de sang froid, la
boucherie que l'on en fai soit. Mr
le Mareschal donnoit des ordres
pour faire passer dans tous les po-
94 fournal du Siege
stes les munitions qui y estoient
necessaires, & il s'exposoit à
cheval dans le chemin couvert,
faisant avancer les troupes à me-
sure qu'il estoit besoin de les re-
nouveller. Les Ennemis firent
poster un Bataillon sur des mon-
ticules à la gauché de la redoute
de Ballart: il se fit un tres- grand
feu sur les troupes du chemin cou-
vert, ce qui les incommoda beau-
coup. Elles estoient tres-fatiguées,
y ayant trois heures que l'action
avoit commencé, & une partie
des armes estoient crevées par le
grand feu qu'on avoit fait. On ne
laiſſa pas de ſe préparer à soutenir
un troisiéme assaut, car les
Ennemis ayant fait venir de nou-
veaux bataillons, revinrent à la
9
de Namur.
charge avec la mesme ardeur. Mr
le Comte de Guiscard envoya le
Regiment de Dragons de Gramont,
commandé par Mr le
Comte de Beaujeu, pour deffendre
la breche de la demi-contregarde.
Mr Davejan fit de nou-
velles dispositions, & Mr de Rei-
gnac fit avancer quelques déta-
chemens de la Brigade de Saint
Laurent pour le soutenir. Les en-
nemis entrerent encore dans l'a-
vant chemin couvert, d'où ils
furent chassez par le grand feu
que Mr Davejan continua de fai-
re, mais ils se logerent sur l'angle
saillant. Mr le Comte de Resnel
les répoussa aussi, & comme ils
monterent jusques au haut de la
breche de la demi-contregarde,
96
Fournal du Siege
Mr le Comte de Beaujeu y fit
une resistance tres grande; il les
rechassa une troisième fois; & ils
se contenterent d'establir un lo-
gement au bas de la breche. A la
gauche du chemin couvert, ils se
présenterent dans un plus gios
corps, & ayant passé par la flaque
d'eau ils y entrerent une seconde
fois. M. de Reignac leur opposa
un détachement de Dragons com-
mandé par Mr le Chevalier de
Pezeu, qui aprés en avoir tué un
nombre considerable les en chassa
l'épée à la main, & les obligea de
se retirer, en sorte qu'il demeura
maistre du chemin couvert. Il
estoit neuf heures du soir que les
choses estoient dans cette situa-
tion. Le tas des moris faisoit un
triste-
de Namur. 97
triste spectacle, & on ne pouvoit
s'empescher d'estre touché des cris
des mourans. Demie heure avant
la troisiéme attaque qui se fit sur
les six heures, Mr de Moulinneuf
envoya avertir Mr le Mareschal
que l'on voyoit approcher du coſté
du Chasteau une Colonne de
Cavalerie, & une d'Infanterie,
qui marchoient pour jetter des
ponts à Salzcine & à la Balance.
afin de passer la Sambre. Mr le
Mareschal s'y rendit dans le mo-
ment, & trouva que les ennemis
s'estoient emparez de la maison
de la Balance, & qu'ils y avoient
déja dressé un pont. Ils coulerent
ensuite le long de la Sambre pour
s'emparer aussi de l'Abbaye de
Salzeine. Il envoya ordre au Che-
98 Fournal du Siege
valier des Rivieres, qui y com-
mandoit un détachement, de se
retirer, ce qu'il fit en tres-bon or-
dre. Les Ennemis firent passer
plusieurs Bataillons, & voulurent
forcer certains postes que l'on oc-
cupoit à my-coste du retranche-
ment du vieux mur. Mr le Mareschal
fit marcher à eux Mr des
Aides à la teste de deux Troupes
de Dragons à cheval du Regiment
d'Asfeld; & comme il abordoit les
Ennemis, ils se jetterent dans des
hayes entre la Balance & Salzeine.
Mr le Mareschal envoya Mr
de Moulinneuf pour faire retirer
Mr des Aides, qui avoit esté bles-
sé. On auroit pû disputer le pas-
sage de la Sambre aux Ennemis;
mais les Troupes estoient si fati-
de Namur. 99
guées que s'il leur estoit arrivéun
échec, l'on n'auroit pas esté en
estat de deffendre le Chasteau;
cependant Mr le Mareschal ne
laiſsa pas de faire avancer des Ba-
taillons pour contenir les Enne-
mis, demeurant prés d'eux, où il
essuya un feu de leur artillerie qui
ne se peut dire. L'on ne put le
faire retirer qu'à la nuit; le Mar-
quis de Monguion, l'un de ses Ai-
des de Camp, fut tué auprés de
luy d'un coup de canon. Il coucha
au retranchement & ne se retira
que le lendemain, aprés avoir vû
que les Ennemis s'estoient seule-
ment contentez d'occuper les pos-
tes de Salzeine & de la Balance,
& d'avoir fait quelques retranche
mens pour assurer la teste de leur
Pont. Iij
100 Journal du Siege
La nuit du 27. au 28. Mr de
Bragelonne, Brigadier, monta
au Chasteau avec Mr de la Chaise,
Colonel. Mr d'Asfeld aussi Briga-
diet monta à la Ville avec Mrde la
Marre, Colonel. Mr Dantrague
qui avoit pris la place de Mr de
Bragelonne pour faire la Charge
de Major General, releva les pos-
tes. On prit un Estat des Officiers
& Soldats quion avoit perdus pen-
dant la journée aux attaques du
chemin couvert, & on trouva qu'-
il y avoit treize Officiers & envi-
ron deux cens Dragons ou Soldats
tuez ou bleſsez. Une partie du
jour il parut que le feu de l'Artil-
lerie des Ennemis s'estoit un peu
rallenty. Ils firent une baterie de
Canon de l'autre costé de la Meu-
101
de Namur.
ſe; elle tira sur le Pont de Sambre,
ce qui incommoda beaucoup la
communication de la Ville au Cha-
ſteau, où l'on songeoit à faire ſa
retraite, parce que la breche du
demy-Bastion de saint Roch estoit
parfaitement accessible, & l'on
prévoyoit que si les Ennemis l'at-
taquoient avec vigueur, ils pou-
roient s'y loger. Cependant on a
vû dans la suite que le bon accueil
qu'on leur avoit fait dans la derniere
action, leur faisoit prendre
de grandes précautions pour s'ap-
procher. Environ à deux heures
aprés midy, leur Artillerie tira a-
vec plus de violence sur l'attaque
saint Nicolas, & autant qu'on le
pouvoit distinguer, il y avoit cent
cinq pieces de Canon, & trente-
I1I
102 Journal du Siege
sept Mortiers. Mr le Comte de
Lomont qui demeura toujours à
cette attaque, faisoit travailler a.
vec la derniere diligence à faire
des tetranchemens derriere la bre-
che du demy-Bastion de S. Roch,
& Mr Davejan faisoit aussi travail.
ler dans le chemin couvert à re-
mettre des palissades, dans les endroits
où elles estoient emportées
du Canon. Mrs de Megrigny &
Filley abandonnerent l'ouvrage
de la Digue qu'ils avoient faite
pour faire remonter les eaux de la
Sambre, leur dessein estant deve-
nu inutile, aussi bien que le travail
du retranchement derriere l'atta-
que Saint Nicolas, ne jugeant pas
qu'ils pussent avoir le temps de le
mettre en estat de servir, attendu-
103
de Namur.
qu'on n’y pouvoit travailler que la
nuit. Ils s'attacherent à faire des
traverses & des épaulemens, & à
plusieurs autres ouvrages neces-
faires.
La nuit du 28. au 29. Mr de
Reignac, Brigadier, monta au
Chasteau avec Mr le Marquis de
Quélus, Colonel du Regiment de
Dragons de Languedoc. Mr de
Saint Laurent monta à la Ville
avec Mr de la Marre, Colonel.
Les Ennemis firent un logement
au dessus du bastardeau, contre la
demi-contregarde, & le demi-ba-
stion de Saint Roch. Ils attache.
rent le Mincur à ce bastardeau.
Pendant le jour leur Artillerie a-
cheva de bouleverser ce demy.
Liiij.
104 Fournal du Siege
bastion, & commença à tirer sur
la tour de Meuse, à l'angle de la
derniere envelope, marquant par
là qu'ils vouloient se mettre en
estat d'entrer dans la Ville, en cas
qu un assaut leer pust réussir. Ce
qui faisoit tirer cette conjecture,
c'est que la baterie qu'ils avoient
establie pour battre le Pont de
Sambre, n'estoit que pour couper
la communication de la Ville au
Chasteau, afin que les troupes de
la Ville ne s’y pussent retirer. Pour
prévenir cet accident, Mrle Mareschal
fit faire un pont de batteaux,
au dessus de l'Ecluse, & fit
rompre deux arches de celuy de
pierre, afin que les Ennemis ne
sen pussent servir, dans le des-
sein qu'il avoit de deffendre parde
Namur. 105
ticulierement la partie de la Ville,
d'entre Sambre & Meuse, laquelle
pour cet effet il avoit fait re-
trancher en rasant les maisons qui
regnoient le long de la Sambre.
Les Ennemis establirent à la Ba-
lance une batterie de six pieces de
Canon pour couvrir le pont qu'ils
avoient jetté sur cette rivière, &
ils travaillerent le jour à en faire
une autre de seize pieces, au front
du retranchement du vieux mur,
à laquelle ils placerent du Canon
qui commença à tirer. Mr de Rei-
gnac persuadé qu'ils avoient dessein
d'atiaquer le retranchement,
disposa ses troupes pour le deffen-
dre, & envoya ordre au Regiment
de Dragons d'Asfeld, de monter
à cheval, & aux huit Bitaillons
106 Fournal du Siege
qui estoient campez à la Cassotte,
de se tenir prests à prendre les armes.
Les Ennemis avoient fait
paroistre trois ou quatre mille
hommes au bas de la Meuse, qui
se retirerent quelque temps aprés.
Le reſte de la journée ſe paſſa à ſe
tirer beaucoup de Canon de part
& d'autre.
La nuit du 29. au 30. Mr d'As-
feld, Brigadier, monta au Cha-
steau avec Mr de Barreaux, & Mr
de Gramont, Btigadier, monta à
la Ville avec Mr de Sainte Hermi-
ne, Colonel. Avant la nuit on
s'estoit apperçû d'un grand mou-
vement dans l'Armée des Enne-
mis Deux Soldats Anglois qui se
rendirent à la Ville, assurerent
de Namur. 107
qu'outre les garde: ordinaires des
tranchées, qui estoient de sept
mille hommes, on avoit encore
commandé trois mille Grenadiers
& six hommes par Compagnie de
toute leur Armée, ce qui faisoit
un corps considerable, que le bruit
estoit dans leur Camp, que le Prin-
ce d'Orange avoit intention de
faire attaquer le retranchement
du vieux mur, & en mesme temps
de faire donner un aussaut à la Vil-
le. A l'entrée de la nuit un Espion
raporta la meſme choſe à Mr le
Mareschal, ajoûtant qu'il y avoit
plus de deux mille eschelles de
dix. huit pieds de longueur à la te-
ste de leurs Camps. Mr le Mareschal
fit prendre les armes à toute
la Garnison, & donna ordre de-
108 Fournal du Siege
faire avancer les Troupes à portée
des endroits où elles devoient
combattre. Mr le Comte de
Guiscard le fit prier de luy en-
voyer Mr de Reignac pour le se-
conder dans la deffense des breches.
Mr de Reignac y alla avec
huit Compagnies de Grenadiers,
& deux Bataillons de sa Brigade.
Toutes les Troupes furent distri-
buées de manière qu'elles ne pouvoient
s'incommoder, & que cha-
quedétachement pouvoit agir sans
confusion. La nuit se passa dans
un grand silence à la Porte Saint
Nicolas, ce qui faisoit croire que
les Ennemis se préparoient à don-
ner un assaut, & l'on pouvoit
monter à cheval aux breches du
demy bastion de Saint Roch. Mr
de Namur. 109
le Marquis de Gramont occupoit
une partie du chemin couvert
pour soutenir Mr Davejan, mais il
ne ſe paſſa aucune action du coſté
de la Ville. Les Ennemis firent
sauter la Dame qui soutenoit l'eau
du fossé de la Ville. Cela en fit
écouler trois pieds. Ils avoient
donné leur attention au retranchement
du vieux mur, & ilgl'ar-
taquerent au petit point du jour,
lors que l'on ne s'y attendoit plus.
Ils firent passer quatre mille hom-
mes d'Infanterie sur le pont de la
Balance, soutenus par deux mille
chevaux, & coulerent le long de
la Meuse pareil nombre d'Infante.
rie. En mesme temps ils se pré-
senterent aux deux gorges du re-
tranchement, sans attaquer le
110
Journal du Siege
front. Mr d'Asfeld qui avoit pré-
veu leurs dispositions, & qui avoit
un ordre particulier de Mr le Ma-
reſchal de ne rien opiniaſtrer à la
deffense de ce poste, aprés avoir
fait essuyer toutes ses décharges
aux Ennemis, se retira en fort
bon ordre dans le chemin couvert
de la Cassote, qu'il fit border par
ses Troupes. Les Ennemis enflez
du peu de resistance qu'on leur
avoit faite, marcherent avec une
grande audace aux chemins cou-
verts du Fort Guillaume, & de
la Cassotte, dans lesquels les
Troupes estoient campées. En
arrivant à la palissade ils jetté-
rent plus de deux mille Grena-
des, & firent un feu extraordi-
naire pendant plus d'une demide
Namur. 11I
heure. Mr le Mareschal s'y estant
rendu, trouva les Troupes sous les
armes. Mr d'Asfeld soutenoit le
costé de la Cassotte, & Mr de
Moulin neuf avoit fait avancer
Mrs de la Badie & de Bragelonne
à la droite du Fort Guillaume.
Mr le Mareschal prit les Regi
mens de Dragons du Dauphin,
Languedoc, Barreaux, & Gange,
& ayant fait ouvrir les barrieres
du chemin couvert de la Cassotte,
il marcha aux Ennemis, & aprés
avoir essuyé un tres-grand feu a la
portêe du pistolet, il les fit charger
l'épée à la main. L'on ne scauroit
dire jusqu où alla la valeur des Dra-
gons; ils culbutérent les Bataillons
des Ennemis, & les obligerent
de se retirer jusqu au Retranche112
Journal du Siege
ment qu'on leur avoit abandon-
né, & ensnite ils rentterent dans
le chemin couvert. Dés ce mesme
moment les Ennemis ouvrirent
la Tranchée, laquelle ils ne pousserent
pas bien loin, parce que
Mr de Moulinneuf fit faire un si
grand feu de canon & de mous.
queterie, qu'ils furent obligez de
faire des épaulemens pour leur
seuretè. Toute la journée ils ti-
rerent sur l'attaque de Saint Ni-
colas. Comme la Ville pouvoit
estre emportée d'assaut, & que
l'on ne comptoit que sur la fer-
meté des Troupes, Mr le Comte
de Lomont se presentoit aux bréches
dés qu'il y avoit apparence
que l'on voulust faire quelque
tentative, ayant avec luy Mrs de
de Namui. 113
la Bussiere, de Coufoulin, Conche,
& Vaudragon Mr de Reignac
demeura au Bastion de Saint
Nicolas, avec les Troupes dont
il a eſté parlé: il ne ſe paſſa rien à
cette attaque pendant ce jour.
La nuit du 30. au 31. Mr de
la Badie, Brigadier, monta au
Chasteau, avec Mr de Monbron,
Colonel, & Mr de Saint Laurent,
Brigadier à la Ville, avec Mr de
Marre, Colonel. On estoit toû-
jours dans l'attente que les Ennemis
donneroient un assaut aux
bréches du Bastion de Saint Roch
& de la Tour de Meuse. Il n'y
avoit aucun flanc ny deffense qui
les pust proteger. De cette ma-
niere, ils auroient laissé tous les
K
114 Fournal du Siege
dehors sans les attaquer, car outre
qu'ils pouvoient couler le long
de la Meuse pour aller aux bré-
ches, ils pouvoient encore passer
la Riviere, qui estoit si basse
qu'en certains endroits vis-à-vis
l'attaque, il n'y avoit de l'eau que
jusqu'aux genoux; il parut que
toutes leurs Troupes estoient en
mouvement. Mr le Mareschal
donna ses ordres, afin que celles
de la Place fussent bien disposées
à les recevoir. Mr le Comte de
Guiscard demeura à cette atta-
que avec Mrs de Lomont & de
Reignac. Du coſté du Ghaſteau
on croyoit que Mr de Baviere y
feroit une diversion, mais les
Ennemis ne firent aucune entre-
prise. Ils poussérent un logement
de Namur. 131
de la demi-contregarde, le long
du chemin couvert, où ils allé-
rent à la sappe jusqu'à la cinquié-
me traverse, sans que le feu qu'on
faisoit, les en pust empescher, ce
qui obligea Mr Davejan de se
retirer dans la Place d'armes, de
laquelle on ne le put chasser.
Tout le jour les Ennemis firent
un feu qui rasa presque tous les
ouvrages de l'attaque; ainsi les
Troupes ne pouvoient s'y tenir,
tant le peril estoit grand.
La nuit du dernier de Juillet au
premier d'Aoust, les Troupes de
la Ville & du Chaſteau ne pû-
rent plus rouler ensemble pour
faire le service, de sorte qu'il
domeura trois Brigadiers au Cha--
Kij115
Fournal du Siege
steau. Ce furent Mrs d'Asfeld,
la Badie & Bragelonne. Mrs de
Saint Laurent, Gramont & Reignac
demeurérent à la Ville, où
ils estoient toûjours en mouve-
ment; en sortant d'un Poste, ils
alloient dans un autre. Mr de
Gramont monta à l'attaque, Mr
de Saint Laurent au chemin cou-
vert, & Mr de Reignac resta à
la teste des Troupes qui n'estoient
pas postées, afin de se porter dans
les endroits où un Corps de reserve
seroit necessaire. Les En-
nemis rapprochérent trois Batte-
ries, & en firent deux nouvelles
le long de la Meuse, pour battre
la courtine qui regne depuis la
Tour de Meuse jusqu'à la Porte
de Graver. Ils continuérent leur
de Namur. 117
sappe pour embrasser le chemin
couvert, d'où Mr Davejan fir
faire un si grand feu de mousque-
terie, qu'il les empescha d'appro-
cher de la Place d'armes, Du
costé du Chasteau ils poussérent
un petit boyau du milieu de leur
logement de la creste de la Cassotte,
tirant vers le chemin cou-
vert. A la pointe du jour leur Ar-
tillerie commença à tirer. La
précipitation des salves conti-
nuelles qui durérent jusqu'à la
nuit, obligea les Bourgeois de se
cacher dans leurs caves, croyant
estre à leur derniere heure, tant
le bruit estoit épouvantable. Il y
avoit plus de six vingt pieces de
gros canon en batterie, avec
quarante mortiers. L'on travailla
118 Fournal du Siege
avec beaucoup de soin à s'enfon-
cer dans les logemens, à épaissir
les parapets, & à faite des épau-
lemens. Mr le Mareschal pour
rassurer les Troupes, se portoit
dans tous les endroits les plus
perilleux, où il fut plusieurs fors
enterré par l'effet des Bombes &
des boulets. Mr le Comte de
Guiscard estoit presque toûjours
à l'attaque, où plus de quarante
hommes furent tuez ou blessez.
Mr le Comte de Lomont le secondoit
avec une fermeté digne
de luy. Mr de Megrigny fit miner
la Tour de Meuse, & continua à
saire re parer le desordre que l'Ar-
tillerie des Ennemis pouvoit fai-
re., Environ onze heures du ma-
tin, Mr de Bavicre fit sortir de
de Namur 119
la Tranchée du Chaſteau un
Trompette qui fit un appel. Mrde
Moulin neuf envoya sçavoir ce
qu'il desiroit. Il dit que Mr de
Baviere demandoit une suspen-
sion d'armes pour retirer de part
& d'autre les morts & les blessez
qui estoient demeurez à l'attaque
du vieux mur Mr de Moulin neuf
le fit sçavoir à Mr le Mareschal,
qui répondit qu'il n'avoit point
de connoissance qu'on eust attaqué
ce Rrtranchement; que
n'ayant pas jugé à propos de le
garder, il avoit envoyé ordre à
ses Troupes de se retirer; que si
Mr de Baviere en le faisant occu-
per avoit perdu de ses Soldats par
le feu des chemins couverts de la-
Cassotte & du Eort Guillaume, il
120 Fournal du Siege
vouloit bien que Mr de Moulin-
neuf luy renvoyast ses morts &
ses blessez qui pouvoient estre de-
meurez sur les glacis.; qu'il n'e-
stoit pas necessaite que cela fust
reciproque, parce qu'il n'y en
avoit aucun des siens. Cela fut
executé par Mr de Moulinneuf,
qui fit rassembler environ cent
soixante & huit corps morts, &
quelques blessez que l'on porta
dans leurs Tranchées, ayant eu
l'honnesteté de ne les pas dépouil.
ler. Les Ennemis firent sur cela
beaucoup de civilité, & un mo-
ment aprés les signaux ayant esté
donnez, l'on recommença à tirer
de part & d'autre.
La nuit du premier au 2. Aoust
Mr
de Namur. 121
Mr de Reignac monta à l'attaque
Saint Nicolas, Mr de Gramont,
au chemin couvert, & Mr de
Saint Laurent, à la teste des
Troupes de la Ville. Au Chasteau,
Mr d'Asfeld demeura aux
chemins couverts, & Mr de la
Badie, au fort Guillaume. Mr de
Bragelonne estant malade, fut
quelques jours sans fonction. Mr
de Millancourt, Lieutenant de
Roy du Chaſteau, entra dans le
commandement qu'il devoit a-
voir pour la deffense du chemin
couvert. Les Ennemis ne firent
que tres-peu de chose à l'attaque
de ce Chaſteau, mais à celle de
la Ville ils firent un chemin le
long de la demi-contregarde du
L
122 Fournal du Siege
costé de la Meuse, pour se faire un
accés libre & pou voir couler leurs
troupes, afin que donnant un as-
saut au demy-Bastion de Saint
Roch, ils pussent en mesme
temps monter aux breches de la
Courtine & de la Tour de Meuse.
Mr le Comte de Guiscard fit sa
disposition ordinaire pour la def-
fense des breches. Les Ennemis
commencerent dés le point du
jour à battre cette Courtine, &
avant le soir un Bataillon y auroit
pû monter de front. Il y a-
voit aussi une breche moins gran-
de, mais fort accessible à une
Tour prés de celle de Graver.
Leurs autres batteries tirerent
continuellement sur celles de la
de Namur. 123
Tour de Meuse, & du demy
Bastion de Saint Roch. Une batterie
particuliere battit en breche
la face gauche du Bastion de Saint
Nicolas, & rasoit toutes les pa-
lissades du chemin couvert. Cela
fit juger que l'on avoit envie de
l'attaquer. Mr le Mareschal qui
estoit attentif sur les mouvemens
que les Ennemis pouvoient faire,
connut qu'ils avoient intention
de donner un assaut pendant le
jour. Il alla donner ses ordres a
Mr de Guiscard, & visita luy-
mesme tous les postes, conviant
chacun d’y bien faire son de voir.
Il n'avoit presque pas finy, lors
qu'il fut averty que l'on voyoit du
Chasteau une Colomne d'Infan-
terie qui descendoit par le Ravin
L1)
124 fournal du Siege
derriere Bouge, & peu de temps
aprés l'on vit les Ennemis sortir
de leurs tranchées qui se met-
toient en bataille. Deux Batail-
lons marcherent a la droite de la
place d'Armes du chemin cou-
vert, sur lequel ils commence-
rent l'attaque. M. de Givry, Ca-
pitaine de Dragons au Regiment
du Roy, & Mr du Plessac, Ca-
pitaine au Regiment de Quélus,
qui estoient dans cette Place
d'Armes avec soixante & dix
Dragons, les receurent avec tou-
te la valeur possible, & firent
un grand carnage des Ennemis.
Deux autres Bataillons attaque-
rent un Angle où estoit MrDa-
vejan qui y fit une forte resistan-
ce, ayant avec luy cinquante
de Namur 125
Dragons & le Capitaine des Grenadiers
du Regiment de Hai-
nault. Les Ennemis furent enco-
re repouſsez, & aprés s'estre re-
tirez, ils revinrent avec de nou-
velles Troupes. L'on avoit aussi
fortifié celles du chemin convert;
en sorte que la seconde charge
fut aussi vive que la premiere, &
fut deffenduë de mesme. Cepen-
dant les Ennemis y entrerent, &
pousserent la Troupe de Mr de
Givry jusques à une traverse, à
laquelle il fit ferme, & en estant
sorty l'épée à la main avec Mr
Davejan qui s'y estoit avancé,
tout ce qui estoit entré dans le
chemin couvert fut tué, & ceux
qui estoient sur le glacis se retire-
rent, l'artillerie de la Redoute de
L'iij
126 Fournal du Siege
Saint Fiacre leur ayant deffait
beaucoup de gens, aussi bien
que la mousquererie de la demi-
Lune de Saint Nicolas, à laquel-
le ils voulurent aussi donner un
assaut, mais ils ne sy opiniâtre-
rent pas. Leur grande attention
estoit de montrer au demy-Bas-
tion de Saint Roch, afin de fe
se rendre maistres de la-Place. Ils
commencerent cette attaque en
mesme temps que celle du che-
min couvert, ils coulerent par
le chemin qu'ils avoient fait le
long du bastardeau, & monte-
rent par la branche & par la fa-
ce du demy-Bastion dont les bré-
ches estoient jointes. Mis de Con-
che & de Vaudragon, Capitaines
de Grenadiers au Regiment Dau-
de Namur. 127
phin, ſe présenterent pour les recevoir,
soûtenus par Mr de Martinet,
Lieutenant Colonel du
Regiment du Roy avec cent
Dragons, où estoient Mrs d'Or-
nasne & le Chevalier de Lon-
gueval. Les Ennemis furent vive-
ment repoussez, & l'action dura
deux heures. Ils faisoient mon-
ter de moment à autre, denouvelles
troupes, & à la fin comme
ils commençoient à se loger au
milieu de la bréche, les Grenadiers
du Dauphin avec des Dra-
gons, à la teste desquels estoient
Mr de Lomont & Mrde Rogon,
Major de la Place, monterent sur
le parapet & ramenerent les En-
nemis jusques au bas de la bréche
au pied de laquelle on ne put les
Liii
128 Fournal du Siege
empescher d'establir un loge-
ment. L'action qui avoit com-
mencé à cinq heures du soir, ne
finit qu'a neuf. Jamais Troupes
ne firent si bien que celles du
Roy. L'on ne perdit pas beau-
coup de Dragons ni de Soldats,
mais l'on fit une tres-considera-
ble perte par la mort du Cheva-
lier de Longueval, de Mrs du
Plessac, Vaudragon & de plusieurs
Officiers. Mr Davejan,
Lieutenant de Roy, fut blessé,
& mourut de ses blessures quel-
ques jours aprés, Mr le Mareschal
fut tres content du succez de cer-
te action; à laquelle il avoit la
meilleure part, menant luy mes-
me de nouvelles Troupes dans
les endroits où il estoit besoin
de Namur. 129
de les rafraischir, conservant
son sang froid ordinaire, & sa
mesme tranquilité, au milieu des
coups de mousquet qu'il essuyoit
de fort prés.
Le soir du 2. les Brigadiers du
Chasteaud meurerent dans leurs
mesmes Postes, & on ne fit que
tres-peu de chose à l'attaque de la
Cassotte, ceux de la Ville estant
montez plutost qu'à l'ordinaire.
Mr de Gramont qui avoit relevé
à l'attaque, se trouva à l'action
où il se distingua beaucoup. Mr
de Saint Laurent monta au che-
min couvert, & fut à une partie
du choc. Il prit le poste de Mr
Davejan aprés qu'il eut esté bles.
sé. Mr de Reignac demeura à la
130
Fournal du Sirg.
teste des Troupes, & se porta
dans les endroits où sa presence
estoit necessaire, afin d'y faire
executer les ordres de Mrle Ma-
reschal. Pendant la nuit, les En-
nemis travaillérent à assurer le
logement qu'ils avoient fait au
bas de la bréche, & perfectionnérent
un petit ouvrage sur la
Place d'armes du chemin cou-
vert, qui est tout l'avantage
qu'ils avoient tiré de leur atta-
que.
Le 3. dés le point du jour, tou-
tes leurs Batteries commencérent
à titer, & avant huit heures du
matin les bréches estoient dans
un estat qu'on y auroit pu mon-
ter à cheval. Mr le Mareschal-
de Namur. 131
comptoit de soutenir encore un
assaut, mais sur les dix heures
Mr le Comte de Guiscard l'avertit
que l'on voyoit défiler beau-
coup de Troupes qui entroient
dans les Tranchées, & qu'il ne
doutoit point qu'ils ne voulussent
donner un autre assaut. On en-
voya cherchet Mr de Mégrigny
qui venoit de visiter les bréches
& il rapporta qu'elles estoient
dans un tres-mauvais estat. Mr
le Mareschal demanda leurs avis
& à Mrs les Brigadiers, ne pou-
vant se déterminer à prendre le
party de rendre la Ville. Mr le
Comte de Guiscard ayant dit
qu'elle n'estoit pas soutenable, &
qu'il n'y avoit pas un moment à
perdre pour battre la chamade.
132 Journal du Siege
Mr le Mareschal y consentit, &
ordonna à Mr de Reignac & à
Mr de Fûmeron de dresser les
articles de la Capitulation, &
cependant Mrle Comte de Guis-
card envoya Mr le Comte de No-
gent & Mr de Villefort, en osta-
ge, & ensuite les articles furent
portez par Mr du Gast, qui rentra
dans la Ville a onze heures
du soir, avec Mr le Comte
de Brouay, pour regler toutes
choses.
Le 4. tout le matin se passa
en discussions sur quelques arti-
cles. Mr le Mareschal ne vouloit
se relascher en rien sur ce qui
avoit esté proposé par Mrs de
Reignac & de Fumeron; mais
de Namur. 133
Mr de Guiscard pour qui il avoit
beaucoup d'égards, le persuada
de consentir au Traité qu'il avoit
fait avec Mr le Comte de Brouay.
Mr le Mareschal l'en laissa le
maistre, & Mr de Guiscard signa
la Capitulation qui s'ensuit.
DU SIEGE
DE NAMUR.
E 26. du mois de Juin
M. le Comte d'Athlone
décampa de Falais sur la
Mehaigne, & marcha
avec son Armée qui estoit de
25000. hommes, ayant fait pren-
dre du pain pour six jours, avec
huit pieces de petit canon: il
A
Journal du Siege
campa ce jour là à Peruiis.
M. le Marquis d'Harcourt
estant informé de ce mouvement,
se rendit à Namur, pour
observer la route que tiendroient
les Ennemis, parce que l'on
estoit incertain s'ils marcheroient
du costé de Genap, pour joindre
le Prince d’Orange, ou s'ils s'approcheroient
de Charleroy.
Le 27. on eut avis qu'ils a-
voient décampé, & qu'ils marchoient
du costé de Sombref
cela détermina M. le Marquis
d'Harcourt à se mettre aussi en
mouvement, il tira onze Batail.
lons de la garnison de Namur,
avec le Regiment d'Oneuil,
& celuy de Dragons d'Asfeld
de Namur.
il campa à Estrival avec ces mes-
mes troupes, & s'avança jusqu'à
Charleroy, où il apprit que les
Ennemis avoient plié sur leur
gauche, & arrivoient dans la
Plaine de Fleurus-, il s'en retourna
à son Camp, & voyant
que le 28. ils faisoient paroistre
une teste à Gochelie & à Chastelet,
il détacha le sieur de Mon.
tet, Lieutenant Colonel du Re-
giment de Beauvoisis, avec qua-
tre cens hommes pour entrer à
Charleroy. Il marcha avec tou-
tes ses Troupes pour se rapprocher
de Namur. Il campa à l'Abbaye
de Floref.
Le mesme jour les Ennemis
campérent à Chastelet, & firent
Aij
Fournal du Siege
4
passer la Sambre à une partie de
leuis Troupes, sous les ordres du
Baron d’Eiden, General de celles
de Brandebourg; le Comte
d'Athlone resta à Gochelie,
avec 60. Escadrons, afin de favoriser
un grand convoy de vi-
vres qui leur venoit de Bruxelles.
Le 29. leurs mouvemens firent
croire qu'ils vouloient investir
Charleroy, mais la nuit suivante
ils décampérent. M. le Baron
d'Eiden marcha du costé de Saint
Gerard, & ensuite retourna
camper à Floref, d'où M. le Marquis
d'Harcoutt estoit parti pour
faire rentrer les Troupes dans
Namur. M. le Comte d'Athlo-
ne s'avança au défilé du Mazy,
de Namur.
où il campa le trentiéme.
Le 1. de Juillet la Cavalerie des
Ennemis parut sur les hauteurs
de la Maison rouge, pour in-
vestir Namur, prit des Postes à
Maloigne & à la Maison blanche,
pour investir le costé d'entre Sam-
bre & Meuse.
Le 2. les Ennemis firent leurs
Ponts de communication sur la
Meuse au dessous de la Ville, &
sur la Sambre. Mr de Tilly arriva
à leur Camp avec 30. Escadrons,
& passa sur le Pont de Meuse,
pour investir du costé du Con-
dros, mais il ne put y arriver
assez-tost pour empescher M. le
Mareschal de Bouflers de se
Ai)
6 Fournal du Siege
jetter dans la Place, avec sept
Regimens de Dragons. Il estoit
parti de Flandre en mesme temps
que les Troupes de M. de Baviere
avoient quitté les Lignes, &
ayant fait une diligence incroya-
ble, il se trouva à la hauteur de
Sainte Barbe une heure avant
que les Ennemis eussent ache-
vé de passer la Meuse, & eut le
temps de renvoyer à Dinant tous
les chevaux des Dragons qu'il
avoit avec luy, hors ceux du
Regiment du Roy. L'on croyoit
quun si puissant renfort oblige-
roit les Ennemis de se rejetter sur
quelqu'autre Place, mais comme
ils connoissoient parfaitement cel-
le de Namur, ils ne trouvérent
rien de plus facile que d'en fairede
Namur.
le Siege, parce que la Ville n'est
pas bonne, & que le Chasteau
est si serré que plus on y a de
Troupes, moins on y peut agir;
d'ailleurs les fortifications n'en
estoient point encore achevées.
Le 3 il arriva quantité de
Troupes aux Ennemis, qui se
campérent hors de la portée du
canon de la Place; & aprés qu',
elles eurent pris le terrain qu'el-
les devoient occuper, ils firent
marcher quatre Bataillons soûte-
nus par un grand corps de Ca-
valerie, qui s'emparérent de la
hauteur de Bouge, où ils se re-
tranchérent avec beaucoup de
précaution.
A iiij
8 Fournal du Siege
M. le Comte de Guiscard
avoit fait faire pour la deffense
de la Place, un petit retranchement
le long de certaines carrieres
qui regnent depuis une maison
que l'on a nommée la maison de
Reignac, laquelle est au dessus
de la Redoute de Ballart, embrassant
la creste qui est entre cette
maison & le ravin de l'Hermitage
Saint Fiacre. M. le Mareschal ju-
gea qu'il falloit faire occuper ce
poste, pour y amuser les Ennemis
autant qu'on le pourroit &
mesme l'on mit une garde à une
mauvaise Cense ruinée, nom-
mée le Coquelet, où il ne restoit
qu'un Colombier, dans lequel on
laissa un Sergent & quinze hom-
de Namur.
mes. Elle est située dans la Plaine
à cent toises au dela de ce retranchement,
& n'estoit nulle-
ment soutenue. M. le Mares-
chal donna le commandement
de ce Poste & des quatre Redoutes
qui couvrent la Ville de ce
costé-là, à M. de Reignac, lequel
s'estoit jetté dans la Place le
jour precedent, par ordre de la
Cour. Il occupa ce retranche-
ment avec 500. hommes, un Co-
lonel, & un Lieutenant Colonel;
& comme le terrain estoit tres-
étendu, & qu'il n'estoit presque
passoûtenable, il commença à fai-
re planter quelques mauvaises pa-
lissades sur le parapet, lesquelles
n'estant posées que sur du roc,
nestoient enterrées que d'un
10 Journal du Siege
pied; en sorte qu'elles servoient
bien plus pour la figure que pour
l'utilité. Cela ne laissa pas de faire
impression aux Ennemis, car au
lieu de s'emparer de ce Poste, ils
prirent toutes les précautions qu-
on verta cy-aprés pour l'attaquer.
Le 4. les Ennemis change-
rent leurs Camps de situations.
Il leur arriva de nouvelles trou-
pes, & ils continuerent de se
retrancher dans Bouge, & avan-
cerent quelques gardes du costé
de la Place pour la resserrer, les-
quelles on fit retirer par des escar-
mouches,
M. le Mareschal fit camper la-
moitié des troupes au Chasteau,
de Namur. 11
& l'autre dans les dehors de la
Ville, les distribuant par Brigades.
Les quatre d'Infanterie furent
commandées par Mrs de Saint
Laurent & de la Badie Brigadiers,
& par Mrs le Marquis de Vieux-
bourg & le Comte de Maulevrier
qui estoient les plus anciens Co-
lonels. Il y eut aussi deux Brigades
de Dragons commandées par
Mrs le Marquis de Gramont &
le Chevalier d'Asfeld. M. de
Quélus commandoit tous les
Dragons. Mr de Bragelonne fit
ses fonctions de Major General
pour le détail du service de tou-
tes les troupes. M. de Megrigny
qui estoit entré dans la Place avec
M. le Mareschal, visita les fortifi-
cations, & ordonna ce qu'il y
12 Fournal du Siege
avoit a faire, à quoy on tra-
vailla avec beaucoup de diligence
& d'application. L'on commença
à faire une Digue pour arrester le
cours de la Sambre jusqu'à une
certaine hauteur, qu'elle pust
inonder depuis la Ville jusqu'à
la Maison blanche, afin d’em-
pescher les Ennemis de faire des
Ponts à Salzeines pour passer des
troupes, & pour les obliger d'attaquer
le retranchement du vieux
mur par le front. L'on mit 100
hommes dans l'Abbaye de Salzeines,
& 50. dans une maison qui
est sur le bord de la Sambre
que l'on nomme la Balance, afin
de s'opposer à la construction de
ces Ponts. M. de Reignac fit tra-
vailler à son retranchement, &
de Namur. 13
les troupes qui le gardoient es-
carmoucherent toute la journée
avec celles des Ennemis, qui
estoient à Bouge.
Le 5. les Ennemis firent un
Pont de Batteaux sur la Meuse au
dessous de l'Hermitage Saint
Hubert, & au dessus du premier,
qui estoit de Pontons. M. le
Prince d'Orange arriva au Camp
avec le reste de l'Armée, qui se
campa à la maison rouge; les En-
nemis commencérent à travailler
à deux Batteries sur les hauteurs
au dessous de Sainte Barbe, pour
battre à revers le retranchement
de M. de Reignac, dont les troupes
qui le gardoient estoient re-
levées tous les jours.
Fournal du Siege
14.
L'on continua les tiavaux qu'
on avoit commencez dans la
Ville, l'on porta au Chasteau
les munitions de guerre & de
bouche qui n'estoient pas utiles
à la Ville, à quoy l’on employa
les Regimens de Dragons du
Roy & d'Asfeld, qui estoient à
cheval, & M. le Mareschal fit
aussi travailler pendant le Siege
tous ses domestiques & ses che-
vaux d'équipage.
Le 6. les Ennemis rompirent
leur Pont de Pontons qu'ils avoient
à la basse Meuse, y laissant
celuy de Batteaux; ils por-
terent ce premier au dessus de la
Ville, vis-à- vis du Village de
Wespion, pour faire une commu-
de Namur.
15
nication du Condros entre Sam-
bre & Meuse; ils porterent aussi
quantité de fascines du costé de
Bouge, & l'on apprit par des Deserteurs
que leur canon n'estoit
point arrivé: ils mirent cepen-
dant quelques petites pieces qu'ils
avoient dans leur Armée aux
Batteries des hauteurs de Sainte
Barbe, & continuerent à travail-
ler à leur retranchement de
Bouge.
Pendant la journée M. de Rei-
gnac fit palissader la maison qu'il
occupoit à la droite de son retranchement,
l'on travailla a fai-
re un petit fosse autour du Co-
lombier de Coquelet. A l'égard
de ce retranchement il n'estoit
16 Fournal du Siege
pas possible d'y rien faire, atten-
du qu'estant sur le roc, on ne
pouvoit approfondir le terrain,
ses troupes & celles des Ennemis
qui estoient dans les retranche-
mens de Bouge, escarmouchoient
sans cesse. M. le Maré-
chal visitoit tous les jours les tra-
vaux que l'on faisoit, tant au
Chasteau qu'à la Ville, ayant de
grands égards pour M. le Comte
de Guiscard, à qui il renvoyoit
tout le détail du service de la Place,
laissant aussi M. de Megrigny
le maistre de faire tout ce que
bon luy sembleroit au sujet de la
Fortification, ayant en luy une
parfaite confiance. Lors que plu-
sieurs gens ont la liberté de dire
leurs sentimens sur les projets,
de Namur. 17
l'on trouve rarement que ceux
qui sont en droit de dire leurs
avis, soient d'un mesme senti-
ment: cela estoit ainsi en plu-
sieurs occasions pendant le Siege;
ce qui a fait remarquer combien
M. le Mareschal en a usé prudem-
ment, car il a si bien concilié
les esprits que quelque disposi-
tion qu'il pust y avoir pour quelque
mes. intelligence, l'on ne s'en
est point apperçû, & rien sur cela-
n'a porté de préjudice au Service
du Roy, le tout par la patience
& le bon esprit de M. le Mareschal,
lequel na jamais dit un seul
mot de desobligeant à qui que ce
soit, incitant les Officiers a bien
faire leur devoir, par l'exemple
qu'il leur montroit, les visitant
B.
18 Fournal du Siege
dans tous leurs Postes, disant à
un chacun ce qu'ils devoient faire;
ce qui faisoit que les Troupes ne
se plaignoient jamais de la fatigue
qu on leur donnoit. Quoy qu'il
fust entré dans la Place sans autre
équipage que ses chevaux, &
qu'il dust une tenir grosse ta-
ble, il ne voulut point que la
Ville luy fournist aucune chose
qu'en payant, & il achetoit ses
provisions au double, parce que
ceux qui tenoient table aussi,
s'estoient déja pourvûs de toute-
chose.
Le 7. les Ennemis marquérent
de l'inquietude de ce qu’on occupoit
toûjours le retranchement-
de M. de Reignac; ils ne croyoient
de Namur. 19
pas qu'on se fist une affaire serieuse
de le garder, mais voyant
que non seulement l'on gardoit
ce retranchement, mais que l'on
en faisoit encore d'autres à Cocquelet,
ils eurent quelque envie
d'en interrompre le travail. Ils
firent sortir de leurs retranche-
mens de Bougè trois ou quatre
cens hommes qui coulerent le
long d'un chemin creux, bordé
de quelques hayes, & firent un
grand feu sur Cocquelet. M. des
Rivieres, Capitaine au Regiment
de Piémont, qui y estoit détaché,
leur fit tirer; mais comme il n'a-
voit que trente hommes, M. de
Reignac y mena une Compagnie
de Grenadiers qui fit retirer les
Ennemis, & pour empescher
B'1)
20 Fournal du Siege
qu'ils ne pussent revenir une au-
tre fois par le mesme chemin, M.
de Megrigny fit faire un petit re-
dant à la droite de Cocquelet
qui pouvoit contenir vingt hom-
mes, l'on y fit aussi un boyau
pour y communiquer. L'on tra-
vailla avec grande application à
creuser le fossé devant le grand
retranchement du Chasteau, &
à continuer la Digue sur la Sam-
bre, l'on travallla aussi à faire un
soûterrain dans la demi lune du
front du Fort Guillaume, & à ce-
luy de la redoute de la Cassotte.
M. Derigny Ingenicur estoit
chargé de tous ces Ouvrages.
Le 8. on s'apperceut que les
Ennemis faisoient décamper leurs
de Namur. 2I
troupes, & l'on apprit qu'ils
envoyoient une partie de leur
Cavalerie du costé de Tresigny,
pour avoir plus de facilité à la
faire subsister, n'y ayant pas
beaucoup de foutage aux environs
de Namur. Ce jour là M. le
Comte d'Albert, Colonel des
Dragons du Regiment Dauphin,
se jetta dans la Place sous l'habit
de Batelier. Il passa la Meuse à la
nâge pour y entrer. Les Ennemis
avancerent une ligne de gabions
vingt toises au devant de leurs
retranchemens de Bouge, & éten.
dirent leur gauche sur la pente du-
ravin qui tombe dans la Meuse;
toute la journée se passa à travail-
ler de part & d'autre. On fit monter
sept pieces de canon sur la
2 Fournal du Siege
Redoute de Saint Fiacre, & deux
dans celle de Pied noir. ce qui ser-
vit parfaitement dans la suite. M.
le Maréchal alla visiter le poste
de M. de Reignac; il fit mettre
une Garde de Dragons à cheval à
la gauche de Coquelet, dont les
Vedettes, & celles de là Garde
des Ennemis, n'estoient qu'à une
portée de Carabine. M. de Mégrigny
fit travailler à arrester le
cours du ravin de Vedrin, afin
d'inonder le terrain qui est entre
la Ville & les Redoutes. On reçut
des Passeports pour faire sor-
tir Mesdames de Moulinneuf &
de Fumeron, & elles furent
conduites à Dinant.
Le 9. les Ennemis commence.
de Namur. 23
rent à tirer de leurs Batteries des
hauteurs de Sainte Barbe, dans
le retranchement de Mr de Reignac.
Comme leurs pieces é-
toient tres-petites, cela ne fit
pas un grand effet. Ils s'avancerent
pour occuper le Four à chaux
entre leurs retranchemens de
Bouge & celuy de Coquelet, mais
un détachement de Dragons les en
alla chasser du côté du Chasteau.
Les Ennemis s'estant emparez
d'une hauteur, d'où ils auroient
pû incommoder les Travailleurs
du retranchement, M. le Maré-
chal fit poster deux Compagnies
de Grenadiers sur la creste qui
est devant ce retranchement,
derriere lequel il fit monter sept
cens hommes pour le garder,
24 Journal du Siege
avec un Brigadier & un Colonel.
Ee 10. la Cavalerie des Ennemis
porta tout le jour une
grande quantité de fascines derriere
le village de Bouge, & dans
le ravin de la maison de Casselot,
de l'autre costé de la Meuse. La
nuit suivante il se fit un tres-
grand feu du retranchement des
Ennemis à celuy de Mr de Rei-
gnac; on voulut arrester la Ri-
viere à la Digue de la Sambre,
mais cela ne se put faire ce jour. la-
Le 1I. on vit arriver une par-
tie de l'Artillerie des Ennemis,
qu'ils placerent à leurs batteries
des hauteurs de Sainte Barbe; ils
occuperent la maison des Jesuites
au
de Namur. 25
au bas du ravin, au dessous de
Bouge. M. le Maréchal fit mettre
le feu à toutes celles qui estoient
depuis cet endroit jusqu'à la por-
te Saint Nicolas, & fit achever
de raser le Fauxbourg Sainte
Croix, ne laissant que l'Eglise,
dans laquelle on mit une Garde,
pour en soutenir une autre de
Dragons à cheval que l'on tenoit
en rase campagne. Il y eut une
grande escarmouche entre les
troupes de M. de Reignac &
celles des Ennemis, qui estoient
dans leurs retranchemens de Bou-
ge. Ils voulurent encore occu-
per le Four à chaux, mais il les
en fit chasser par des Grenadiers
du Regiment de Piedmont. Sur
le soir, on vit marcher beaucouj
Fournal du Siege
26
de troupes des Ennemis derriere
Bouge, & l'on ne douta pas qu'ils
n'eussent intention d'attaquer le
retranchement, lequel, comme
on a dit, n'estoit pas soutenable:
M. le Comte de Guiscard estoit
mesme du sentiment d'en retirer
une partie des troupes, & de n’y
laisser qu'une tres-petite garde,
mais M. le Maréchal trouva bon
que M. de Reignac y demeurast.
Il luy envoya quatre Compagnies
de Grenadiers d'augmentation:
l'on fut toute la nuit sous les ar-
mes dans ce poste, & on fut bien
surpris d'entendre travailler les
Ennemis, & encore plus lors qu'-
on s'apperceut au point du jour
qu'ils avoient ouvert la tranchée
pour s'approcher du retranche-
de Namur. 27
ment. On ne pouvoit croire qu'u-
ne Armée de quatre-vingt mille
hommes deust prendre cette pré-
caution pour s'emparer d'un poste
qui n' estoit soutenu sur la droite
que par une mauvaise maison de
Paysan, & au milieu, par un Pi-
geonnier d'une Cense abandonnée,
autour duquel on avoit fait
un fossé, & qui estoit avancé dans
la campagne à plus de cent toises
du retranchement, n'ayant par la
gauche aucune protection.
Le 12. on s'apperceut dés le ma-
tin que les Ennemis avoient ou-
vert la tranchée prés de la maison
des Jesuites, & qu'ils l'avoient
poussée vers la Meuse, environ
trente toises. Dés que l'on vit
Cij
Fournal du Siege
28
qu'ils declaroient leur attaque du
costé de la Porte Saint Nicolas, M.
de Megrigny redoubla ses soins
pour y faire travailler. Il fit en-
foncer les chemins couverts, &
élever les Traverses pour se défiler
des montagnes, desquelles on
estoit vû de revers & de flanc.
Comme il faisoit une grande con-
sommation d'argent dans la Pla-
ce, tant pour les travaux que pour
les autres necessitez, cela avoit
alteré les fonds qui estoient entre
les mains du Tresorier pour la
subsistance des troupes. M. le
Mareschal emprunta en son nom
de grosses sommes des Bourgeois
de la Ville: en sorte que pendant
tout le Siege, on n'a point manqué
d'argent.
de Namur. 29
La nuit du 12. au 13. les Enne-
mis pousserent leurs tranchées de
l'attaque Saint Nicolas jusqu'à la
Meuse; & à celle de Bouge, ils ti-
rérent un boyau le long d'un che-
min vers Cocquelet. Ils ouvrirent
une troisiéme tranchée à la maifon
de Casselot de l'autre costé
de la Meuse, & ils Vavancé-
rent jusqu'au bord de cette ri-
viere, où ils firent un retour.
Dés le point du jour ils tirérent
de leurs Batteries de Sainte Barbe,
ausquelles ils avoient quatorze
pieces de canon & six mortiers,
qui donnoient sur les Travailleurs
du chemin couvert de l'attaque
de Saint Nicolas, dans le retranchement
de M de Reignac, & sur
la Redoute de Ballart; l'on fit
CIIj
30 Fournal du Siege
masquer la porte de cette Redou-
te, & l'on travailla à des Ponts
de communication pour aller du
corps de la Place aux chemins
couverts. M. le Mareschal voyant
que les Ennemis faisoient un Sie-
ge dans les formes pour le Pigeonnier
de Cocquelet, envoya
M de Megrigny pour y faire faire
quelques travaux, & fit monter
quatre Bataillons avec un Colo-
nel pour soutenir M. de Reignac.
M. le Marquis d'Illiers y monta,
& se posta au dessous du ravin de
Saint Fiacre. On envoya aussi
huit Compagnies de Grenadiers
dans le terrain creux qui commu-
niquoit du retranchement à Co-
quelet. Les Ennemis monterent
la tranchée de cette attaque plu-
de Namur. 31
tost qu'à l'ordinaire, & avec un
plus gros corps de troupes, ce qui
fit croire à M. de Reignac qu'on
le vouloit attaquer. Ils avancerent
droit à Coquelet, d'où le sieur
Pascal, Capitaine au Regiment de
Piémont, leur fit faire un tres-
grand feu, & en melme temps
M. de Reignac y marcha avec la
Compagnie de Grenadiers du
Regiment de Nice, qui obligea
les Ennemis de se retirer dans
leurs tranchées, ausquelles ils
commencerent à travailler pour
embrasser Coquelet.
La nuit du 13. au 14. les Enne-
mis firent une Batterie de douze
pieces de canon de l'autre coſté
de la Meuse, prés de la Saline;
CHI)
32 Fournal du Siege
elle commença à tirer au point
du jour sur la demi - contre.
garde du demi Bastion de Saint
Roch, & sur la Redoute de Bal-
lart. Ils avancerent leurs tran-
chées parun retour de la Meuse au
rocher, cequi faisoit une parallele à
l'attaque. Ils voulurent continuer
leurs tranchées pour embrasser
Coquelet; mais M. de Reignac fit
faire un feu si redoublé de tous ces
retranchemens qu'il ne leur fut pas
possible d'avancer leur sappe. Il
eurent quantité de gens tuez. Le
General Fagel y fut blessé. M. de
de Saint Laurent qui avoit mon-
té à la gauche avec une Brigade,
retira ses troupes dans le ravin
de Saint Fiacre. Pendant le jour,
les Ennemis firent une Batterie
de Namur.
33
de canon à Bouge pour battre les
retranchemens. L'Artillerie de la
Place tira sans discontinuer.
La nuit du 14. au 15. M. de
Gramont monta à la gauche de
Coquelet, avec une Brigade
d'Infanterie, & un détachement
de Dragons. Les Ennemis sa-
vancérent pour se loger prés de
ce Poste, mais les troupes de
M. de Reignac & celles de M.
de Gramont, firent un feu si
violent qu'ils n'avancérent leurs
tranchées que de dix toises. Sur
leur gauche ils pousserent un
boyau qui embrassoit le Four à
chaux, & qui s'approchoit de
l'angle du retranchement à l'atraque
de Saint Nicolas. Ils tiré-
Fournal du Siege
34
rent une parallele du Rocher à
la Meuse, derriere laquelle ils fi.
rent une Place d'armes pour soû-
tenir leurs tranchées. Ils élevérent
une Batterie de quatorze
pieces pour battre les chemins
couverts, le demy bastion de
Saint Roch, & la Redoute de
Ballatt, à l'attaque de la basse
Meuse. Ils pousserent un boyau
en remontant le long de la rivie.
re, à la teste de laquelle ils firent
une Place d'armes, vis à-vis de la
contre-garde. Du costé de la
haute Meuse, ils ouvrirent une
tranchée dans le ravin, au delà
de celuy de Gerenssard, qui tra-
versoit la Plaine, & joignoit une
autre tranchée qu'ils avoient ou-
verte le long de la riviere, au.
de Namur.
35
dessous de Wespion. A la teste
du Chasteau, ils occupoient seu-
lement leurs postes sans rien faire
de considerable.
Pendant le jour, ils firent un
tres-grand feu de leur Artillerie,
& rasérent le Colombier de Co-
quelet, & beaucoup de pallissades
du retranchement de M. de Rei-
gnac. Ils firent une grande ou-
verture a l'épaule droite de la
Redoute de Ballart, rasérent aussi
beaucoup de palissades à l'avant
chemin couvert de la Porte Saint
Nicolas, & firent une bréche à la
la demi-contre-garde du demi-
Bastion de Saint Roch. Vers les
quatre heures du soir, ils avance-
rent beaucoup de troupes du costé
35 Fournal du Siege
de Bouge, on crut qu'ils vouloient
attaquer le retranchement, &
comme ils firent un grand feu de
mousqueterie, M. de Reignac,
qui estoit preparé à les recevoir,
leur en opposa un semblable. Cela
ressembloit à une veritable atta-
que, ce qui fit que M. le Mareschal
marcha en personne avec la Bri-
gade de Beauvoisis pour le foûte-
nir; les Ennemis se retirerent, &
fe contenterent de relever leurs
tranchées. L'opiniastreté avec la-
quelle on avoit deffendu ce mau-
vais Poste, donna occasion d'y
faire quelques traverses. Le corps
de troupes qui y passoit la nuit
estant considerable, M. de Guis-
card y voulut rester, & se retira
le lendemain aprés avoir ordonné
en
de Namur
quelques ouvrages à la droite de
Coquelet, où l'on fit porter des
palissades.
La nuit du 15. au 16. M. de la
Badie monta à la gauche de Co-
quelet avec le nombre de troupes
ordinaire; celles du retranchement
furent aussi relevées. M.
de Reignac fit faire un profonde
tranchée de la droite à son retranchement
jusqu'à la hauteur de
Coquelet, faisant un demycercle
qui embrassoit les ouvrages, & il
fit enterrer quarante bombes
de distance en distance. Il y avoit
des augettes de l’une a l'autre,
qui venoient communiquer
dans un endroit du retranche-
ment, d'ou l'on y pouvoit met-
Fournal du Siege
tre le feu. Ensuite il fit recom-
bler cette tranchée, de maniere
qu'on ne pouvoit s'en apperce-
voir. L'on travailla à faire deux
ou trois traverses pour communi-
quer aux ruines de Coquelet, que
l'on occupoit toûjours. M. le
Comte de Guiscard y fit travail-
ler une partie de la nuit. Les Ennemis
avancerent une gabionna-
de vingt toises au devant de leurs
tranchées du costé de Bouge, &
poussérent un boyau jusques sur
le bord du Ravin qui regne vers
la maison des Jesuites. A l'atta-
que de Saint Nicolas, ils firent un
retour de la Meuse vers le rocher,
qu'ils ne purent pousser qu'à moi-
tié du terrain, parce que M. Da-
vejan, Lieutenant de Roy de la
de Namur.
39
Place, qui estoit dans le chemin
couvert, fit faire un tres-grand
feu, ce qui les empescha de con-
tinuer. Ils augmenterent leurs
Batteries de quelques embrasures
où ils placerent du canon. A l'attaque
de la basse Meuse, ils pous-
sérent une tranchée le long de la
riviere, jusque vis-à-vis la grosse
Tour de Meuse; ils continuerent
leurs Tranchées dans la Plaine du
costé de Jambe, & du costé du
Chasteau ils restoient dans l'inac-
tion. L'on gardoit toûjours le re-
tranchement du vieux mur avec
un Brigadier & le mesme nombre
de Troupes qui a esté marqué.
De l'autre costé de la Sambre, ils
firent deux Batteries à fin de battre
la Digue que l'on faisoit pour bar-
40 Journal du Siège
rer la Sambre, elles voyoient à
revers les Troupes qui gardoient
le retranchement du vieux mur.
Les Ennemis firent aussi quelques
ouvrages de terre du costé de la
Porte de Bruxelles, afin de resserrer
les Gardes que la Garnison
tenoit dans les dehors. Pendant
le jour, ils tirérent une grande
quantité de canon & de bombes.
Ils firent une bréche considerable
à la Redoute de Ballart, celle de
la demi-contre-garde ne l'estoit
pas moins. M. de Megrigny fit
en fin arrester le cours de la Sam-
bre, croyant luy faire inonder
la Prairie de Salzeine, mais cela
ne fit presque aucun effet, & ce
grand ouvrage qui avoit cousté
tant de peines demeura inutile.
de Namur. 41
Il tourna tous ses soins à continuer
le Retranchement derriere l'atta-
que de Saint Nicolas, & il fit mi-
ner le demy-Bastion de Saint
Roch. Les sieurs de Bequaire &
de Vauglaisan, Lieutenans d'Artillerie,
travailloient avec applica-
tion à faire servir le canon & les
mortiers de la Place, & faisoient
fournir avec la derniere exactitu-
de les munitions de guerre necessaires
dans chaque poste. M. le
Mareschal qui estoit jour & nuit
en mouvement, ne se contentoit
pos de visiter les Postes, il faisoit
executer devant luy les ordres
qu'il donnoit, & ne s'en rapportoit
presque à personne.
La nuit du 16. au 17. M. d'As-
D
Fournal du Siege
42
feld monta à la gauche de Coque-
let, avec M. de Sainte Hermine.
Les Ennemis avancerent. leurs
Tranchées assez prés de ce Poste;
& du costé de Bouge, ils la poussérent
fort prés du Retranchement.
Ils firent une Batterie aux
Fours à chaux. Pendant toute la
nuit l'on fit faire un feu continuel
de mousqueterie, & remettre des
palissades dans les endroits d'où
le canon les avoit emportées. A-
l'attaque de Saint Nicolas les Ennemis
continuerent leur parallele
jusqu'au rocher. A celle de la basse
Meuse, ils remonterent encore
leurs Tranchées le long de la ri-
viere, & y firent une Place d'armes.
A celle de Jambe, ils pro-
longérent leur boyau de quelques
de Namur.
43
toises, & dans les autres endroits
ils ne firent aucuns ouvrages.
ma is pendant le jour ils firent un
feu extraordinaire de leur Attil-
lerie, qui augmentoit tous les
jours; car n'ayant pû la faire re-
monter entierement par la Meu-
se, parce qu'elle estoit trop basse,
ils estoient obligez de la conduire
par charrois, & à mesure que
leurs pieces arrivoient ils les met-
toient en Batterie. Ce jour-là,
M, de Serville, Capitaine au Re-
giment de Gramont, se jetta dans
la Place, & M. le Mareschal re-
çût des Lettres du Roy par des
Transfuges qui y entrérent.
Sur les quatre heures du soir,
les Ennemis eurent quelque envie
d'attaquer le Retranchement de
Dij
Fournal du Siege
44
M de Reignac; il se fit une gran-
de escarmouche de part & d'autre,
qui se termina par leur retraite.
Ils s'estoient attachez à tirer tout
le jour dans ce Retranchement,
& le poste y estoit devenu si pe-
rilleux, que les Soldats par déri-
sion nommoient la maison où se
tenoit M. de Reignac, le Chas-
teau Gaillard.
La nuit du 17. au 18. M. de
Saint Laurent monta à la gauche
de Coquelet, avec M. de la Marre.
M. de Megrigny commença
à faire une Tranchée pour communiquer
de l'angle du Retranchement
a Coquelet, mais on
ne put l'achever, & malgré le
grand feu qui se fit de part & d'au-
de Namur-
45
tre, les Ennemis poussérent leurs
Tranchées jusqu'à dix toises de
Coquelet. Ils avancérent aussi
celle de leur gauche assez prés du
Retranchement. Il parut qu'ils
avoient donné toute leur atten-
tion de ce costé-là, parce qu'ils
ne travaillérent presque point à
toutes les auttes attaques; ils per-
fectionnérent seulement les ou-
vrages qu'ils avoient commencez
la nuit precedente. Ils établirent
à Bouge sept mortiers qui com-
mencérent a tirer dés le point du
jour avec toute leur Artillerie.
M. de Reignac, qui avoit bien
prévû que lors que l'on jetteroit
des Bombes dans son Retranche
ment, il ne seroit pas possible
d'y tenir, avoit marqué aux
fournal du Siege
46
Troupes les endroits où il y avoic
le moins de peril. Il fut contraint
d'abandonner sa maison qui fut
rasée dés sept heures du matin,
par le canon qui ne cessa point de
tirer jusqu'au moment de l'atta-
que. La quantité de bombes que
l'on y jettoit, faisoit un tel desor-
dre, que les Troupes y souffrirent
beaucoup, il y eut quantité de
Soldats tuez & blessez. M. de
Reignac manda à M. le Mares-
chal que vray-semblablement les
Ennemis l'attaquer oien t ce jourlà.
Depuis le matin on se prepa-
roit à faire une sortie sur l'attaque
de Jambe, & M. le Mareschal
ayant disposé toutes choses, en
donna la conduite à M le Mar-
de Namur.
quis de Gramont. Environ à
deux heures aprés midy, l'on fit
sortir par la Porte de Jambe deux
cens Grenadiers commandez par
M de Princé, Lieutenant Colo-
nel du Regiment Dauphin d'In-
fanterie, qui coulérent le long
de la Meuse en remontant, se
couvrant des houblonnieres qui
les déroboient à la vûë des Troupes
des Ennemis qui gardoient
la Tranchée; ensuite il sortit
cinque cens hommes choisis, com-
mandez par M. le Marquis de
Monbron, qui marchérent droit
a la Tranchée, faisant alte dans
les houblonnieres, pour attendre
le signal qu'on devoit donner
On fit suivre cinq Troupes de
Dragons, d'environ cinquante
Fournal du Siege
Maistres chacune; à la teste de
la premiere estoit M. le Comte
de Nogent Colonel du Regiment
du Roy; à la seconde, M. de
Martinet, Lieutenant Colonel du
mesme Regiment, M de Gra-
mont marchoit à la testè des trois
autres. Aprés que les cinqui troupes
eurent passe le Fauxbourg de Jam-
be, M. de Gramont donna or-
dre de marcher aux Ennemis.
M. de Nogent poussa à toute
bride avec deux Troupes dans la
Plaine, laissant la Tranchée à
droite, & s'en alla jusqu'à la
queve, sur laquelle il se rabatit
pour empescher la fuite des En-
nemis: M. de Princé qui avoit
marché jusqu'à une certaine hau-
teur, pendant que M. de Mon-
bron
de Namur.
49
bron commençoit à les charger
par la teste, les chargea en mesme
temps dans le milieu de la Tranchée,
les Ennemis ne sapperceu-
rent de la sortie que dans le mo-
ment qu'ils se virent coupez par
Mr de Nogent. Ils pritent les
armes, & firent une décharge
mais on les attaqua si vigouteu-
sement de toutes parts que de
mille hommes qu'ils avoient à la
tranchée, il ne s'en sauva que cent
quatre-vingt, qui se precipitérent
au travers des Dragons pour pren-
dre la fuite. Il y en eut soixantéhuit
faits prisonniers; le reste fut
tué sur la place; les Travailleurs
qu'on avoit fait sortir pour raser
la Tranchée, se servirent des
corps morts pour la remplir, &
Fournal du Siege
50
on en combla plus de trois cens
toises. Cette action qui fut saite à
la vuë de tous les Camps des En-
nemis, fit prendre les armes aux
Troupes de celuy du Condros.
Ils accoururent de toutes parts,
pour repousser celles de la sortie.
Mrle Comte de Morstein, Colo-
nel du Regiment de Hainault
qui s'y estoit trouvé volontaire,
sétant avancé trop prés pour re-
connoistre leur contenance, fut
malheureusement tué d'un coup
de mousquet. Deux escadrons des
Ennemis arrivérent à la Chapelle
de Sainte Barbe, & descendirent
dans la Plaine, passant par un
defilé, & comme ils se mettoient
en bataille, M. le Marquis de
Gramont les alla charger, & aprés
de Namur. 51
les avoir rompus, il leur fit pren-
dre la fuite; ils furent fortifiez
par d'autres Troupes, qui descendirent
une seconde fois. Mr de
Martinet alla à leur rencontre, &
les rechassa jusqu'à my-coste
mais leur Infanterie ayant bordé
la Montagne, fit un grand feu
sur la Troupe, & l'obligea de se
retirer. Mr le Marquis de Gra-
mont ayant donné ordre à l'In-
fanterie de se retirer dans la Place
le tout se fit avec beaucoup d'audace
& sans confusion. L'on n'y
perdit, outre Mr de Morstein,
que deux Officiers, & environ
vingt hommes.
Pendant le temps de cette sortie
l'on vit paroistre une Colom-
E 1)
52 Fournal du Siege
ne d'Infanterie, qui se mettoit
en bataille derriere Bouge. Mr
de Reignac vit bien que cela le
regardoit; il en donna avis à Mr
Mareschal, par Mr du Couret, Ca-
pitaine au Regiment Dauphin
d'Infanterie, duquel il se servoit
pour faire la fonction de Major,
Cei Officier fut quelque temps
sans pouvoir joindre Mr le Mares-
chal, parce qu'il estoit à la Porte
de Jambe, pour voir faire la sortie.
A l'instant Mr le Marquis de
Gramont qui estoit de jour pour
monter à Coquelet, eut ordre d'y
marcher avec sa Brigade qui de-
voit relever celle de Mr de Saint
Laurent, ce qu'il fit avec beau-
coup de diligence. Dans ce mo-
ment, le grand feu des bombes
de Namur. 53
des Ennemis fit sauter le Maga-
zin à poudre de Mr de Reignac.
Mr le Mareschal qui estoit déja
sorty de la Ville par la porte de
Fer, l’ayant remarqué, en voya
Mr de Cuchy, l'un de ses Ai-
des de Camp, pour luy en faire
voiturer, ce qu'il fit avec la deiniere
promptitude. Il estoit en-
viron cinque heures lors que Mr de
Gramont arriva au ravin de Co-
quelet, avec la Brigade de Beauvoisis.
Les Bataillons n'estoient
pas encore formez, n'y n'avoient
pas eu le- temps de relever les
Postes qu occupoit la Brigade de
Piémont, que commandoit Mr
de Saint Laurent, lors qu'on vit
paroistre dans la Plaine, un grand
front de Troupes Ennemies qui
E iij
54 Fournal du Siege
marchoient d'un pas grave pour
embrasser Coquelet. M. de Rei-
gnac qui estoit attentif à leurs
mouvemens, & qui avoit des
Troupes en bon ordre, vit venir
à luy quatre Bataillons pour atta-
quer le Retranchement. Il se fit
de part & d'autre un feu qui ne
se peut exprimer. Il avoit avec
luy deux cens Dragons & trois
cens Grenadiers, qui soûtinrent
le choc, ils estoient soûtenus par
cinq cens hommes, détachez de
toutes les Brigades, ayant encore
un Corps de reserve qui devoit
se porter dans les endroits qui
auroient pû estre forcez. Un Ba-
taillon des Ennemis ayant coulé
le long du ravin de la Redoute
de Ballart, & n'ayant pû soûte-
de Namur. 55
nir le feu que luy fit faire M. le
Chevalier de Mons, se retira sans
rien faire, laissant le glacis cou-
vert de leurs morts. Les qua-
tre Bataillons des Ennemis qui
estoient à la portée du pistolet de
la palissade du Retranchement
voulurent y entrer l'épée à la
main. Mr de Villars, Lieutenant
Colonel du Regiment de la Marre,
que Mr de Reignac avoit char-
gé de faire mettre le feu au Sau-
cisson, le fit si àpropos, que les
bombes qui estoient enterrées
ayant fait leur effet sous ces Ba-
taillons, on vit un spectacle ex-
traordinaire, par un nombre de
Soldats qui sautérent en l'air.
Ils en furent si ébranlez qu'ils pri-
rent la fuite. M. de Reignac qui
E iiij
56 Fournal du Siege
attendoit cet effet, sortit par la
branche droite du Retranche-
ment, avec environ trois cens tant
Dragons & Grenadiers, que gens
de bonne volonté. Il marcha a eux
l'épée à la main, & profitant de
leur desordre, il les poussa jusques
dans leurs Tranchées de Bouge
& s'empara d'un de leurs Retranchemens.
Les Ennemis firent
venir de nouvelles Troupes pour
rassurer les premieres. Mr de
Reignac s'estant retiré ne sçavoit
point si la gauche combattoit avec
le mesme avantage, car on ne se
voyoit point dans la fumée de la
poudre; il s'apperçût que l'on y
estoit poussé, parce qu'un Batail-
lon de la Brigade de Beauvoisis
estant sui vy par deux Regimens
de Namur.
9
Anglois, se jetta dans les palissa-
des du Retranchement. Mr de
Villars qui estoit à l'angle avec la
Compagnie des Grenadiers de
Nice, & la seconde de Maulevrier,
arresta par un grand feu ces
deux Regimens; & pour revenir
à ce qui se passa sur la gauche
les Ennemis n'ayant pas donné
le temps à Mr de Gramont de
poster ses Troupes, il y eut un
peu de confusion. Celles de Me
de Saint Laurent qui devoient
estre relevées, estoient déja en
mouvement pour se retirer, lors
que les Ennemis parurent, & l'on
ne put les remettre en bataille,
sans quelque espece de desordre.
Cependant, Mr de Gramont prit
son party, & opposa la Brigade de-
58 Fournal du Siege
Beauvoisis au front des Ennemis.
Mr le Marquis de Vieuxbourg,
Colonel du Regiment de Beauvoisis,
aprés avoir soutenu deux
ou trois charges derriere un Re-
tranchement, fut obligé de se re-
tirer a un second, auquel il fut
encore chargé, il y fut tué en
faisant des actions dignes de luy.
Mr le Comte de Maulevrier qui
deffendoit une Traverse à la teste
de son Regiment, y reçut les Ennemis
avec beaucoup de valeur,
& y fut aussi tué. M. le Marquis
de Gramont qui s'estoit jetté dans
Coquelet, y fut forcé & se retira
derriere un boyau, qu'il soutint
encore quelque temps. Mrde Saint
Laurent qui estoit à l'extrémité de
la gauche, soutint longtemps le
de Namur. 59
choc, & fut obligé de se retirer par
le ravin de Saint Fiacre, & à peu
prés dans le mesme temps les
Troupes de Mr le Marquis de Gramont
se retirerent. Il y avoit deux
heures que l'action estoit com-
mencée avant que les Ennemis eus-
sent pû forcer le Retranchement.
Mrde Reignac se maintenoit toû-
jours à la droite avec beaucoup
d'opiniâtreté; mais les Troupes
des Ennemis, aprés avoir poussé
celles de Mrs de Gramont & de
Saint Laurent, tournérent toutes
à la droite, où il se fit encore un si
grand feu de mousqueterie & de
grenades, qu'il ne s'en est jamais
vû de semblable, & estant en-
trées par la gauche, elles s'emparérent
du Retranchement. Mr de
60 Fournal du Siege
Reignac les en rechassa, & dans
ce moment il reçut un coup d'es-
ponton qui neanmoins ne l'em-
pescha pas d'agir. Il fut enfin ren-
versé dans le ravin à costé de la
Redoute de Ballart, faisant occu-
per par quelques détachemens les
monticules qui voyoient le loge-
ment que faisoient les Ennemis.
ME le Mareschal pendant l'action
fut toûjours à my- coste, arrestant
les Soldats qui se retiroient avec
trop de precipitation, & les ra-
menant assez prés du Retranche.
ment, où il essuya une partie du
grand feu qui se faisoit. Mr de
Reignac ayant rallié les Dragons
& les Grenadiers qui s'estoient
retirez avec luy, leur propoſa d'al-
ler regagner le Retranchement,
de Namur. 61
& aprés qu'il luy eurent dit qu'ils
estoient resolus de le suivre, il y
marcha & le regagna effective-
ment Mr le Marquis de Gramont
fit à peu prés la mesme chose à la
gauche; mais comme les Enne-
mis s'estoient emparez du débris
de la maison retranchée, il ne fut
pas possible de les en déposter,
en sorte qu'ils demeurérent mai-
stres d’une partie du Retranchement,
pendant que l'on occupoit
l'autre. L'on estoit si acharné à
se disputer une palissade l'une
aprés l'autre, qu'il estoit dix heu-
res du soit avant que l'on pust se
reconnoistre tant la fumée estoit
épaisse. Mr le Chevalier de Pe-
zeux, & Mr du Bouchet soûtin-
rent une Traverse pendant- une
62 Fournal du Siege
demi-heure avec beaucoup de va-
leur; & comme il n'estoit pas
possible de se retrancher, Mrs de
Gramont & de Reignac qui s'é-
toient joints, firent ouvrir un
cheval de frise, & sortirent du
Retranchement pour charger les
Ennemis. Mr du Rozeau, Lieu-
tenant Colonel du Regiment de
Quélus, Mr le Comte de Beaujeu
Lieutenant Colonel de Gra-
mont, & Mr Dérigny Ingenieur
qui s'y estoit trouvé, avec nom-
bre d'Officiers, entrérent tous
l'épée à la main dans un Bataillon
des Ennemis & le firent plier
mais la quantité de Troupes qu'ils
avoient obligerent Mrs de Rei-
gnac & de Gramont de rentrer.
Il y avoit deux heures que Mr le
de Namur. 63
Mareschal avoit envoyé ordre de
se retirer, mais il ne fut porté à
Mrs de Reignac & de Gramont
qu à dix heures du soir. Ils firent
leur retraite en fort bon ordre, &
rentrérent dans les chemins couverts
où ils estoient campez. Cette
action fut trop vive pour n'y
pas perdre beaucoup de monde.
Il y eut environ huit cens hommes
tuez ou blessez, & du costé des
Ennemis, de leur propre aveu, ils
laissérent dix huit cens hommes
tuez sur la place, sans compter
plus de quinze cens blessez. On a
rapporté que Mr le Prince d’O-
range qui estoit sur une hauteur,
voyant l'action, avoit dit que
jamais Colombier n'avoit esté
si bien attaqué ny mieux def-
64 Journal du Siege
fendu, & que cela avoit plus l'air
d'une bataille que d'une action
particuliere. Il avoit em ployé à
cette atiaque quatorze Batail-
lons & quatre-vingt Compagnies
de Grenadiers, ce qui faisoit en
tout prés de quinze mille hom-
mes.
La nuit du 18 les Ennemis ne
poussérent presque point leurs
Travaux & leur plus grande oc-
cupation fut de retirér leurs bles-
sez du champ de bataille. Ils
changérent quelques pieces de
canon d'une Batterie à l'autre, &
ils travaillérent a refaire la Tranchée
de l'atraque de Jambe qu'on
leur avoit rasée: ils la remirent à
peu prés au mesme estat qu'elle
de Namur 65
estoit dans le temps de la sortie.
Pendant le 19. ils continuérent
à tirer sur la Redoute de Ballart,
& firent une batterie à Coquelet,
qui battoit la Redoute de Saint
Fiacre. Ils avancérent celle qui
estoit aux Fours à chaux pour rui-
ner le flanc du demi-Bistion de
Saint Roch. Mr le Mareschal
changea la disposition du campe-
ment des Troupes, & refit les
Brigades qui furent formées de
cette manière.
Mr de Saint Laurent, premier
Brigadier d'Infanterie, eut le
commandement de celle de Pié-
mont, composée de trois Batail-
lons de ce Regiment, & du pre-
66. Fournal du Siege
mier Bataillon du Regiment de
Nice. Mr de la Badie eut quatre
Bataillons du Regiment Dauphin.
Mr de Bragelonne eut un
Bataillon de Beauvoisis, les deux
premiers de Maulevrier, & un de
Bugey. Mr de Reignac eut un
Bataillon de Hainault, un de la
Marre, un de Courten, Suisse,
un d'Illiers, Milice d'Alençon
un de Solre, & neuf Compagnies
franches de Fusiliers. On fit aussi
deux Brigades de Dragons. Le
Marquis de Gramont eut les Regimens
du Roy, Quélus, Gramont,
& Sainte Hermine Mi
d'Asfeld eut ceux de Dauphin,
Barreaux, Gange, & Asfeld. Les
Brigades d'Asfeld, la Badie &
Bragelonne, campérent au Chade
Namur. 67
steau. Celles de Gtamont, S Liu-
rent & Reignac, campérent à la
Ville, & un Bataillon de Navarre
demeura au Donjon du Chasteau.
La nuit du 19. au 20. les En-
nemis continuérent leurs Tran-
chées de l'attaque de Jambe, & la
poussérent fort prés du Faux.
bourg. Ils firent de grandes Pla-
ces d'armes pour les soûtenir, &
postérent une grosse garde de
Cavalerie à l'Hermitage de Sainte
Barbe. A l'attaque de Saint Nico-
las, ils tirérent une parallele de
la maison brûlée sur le bord de
la Meuse, au rocher qui est au
dessous des Fours à chaux, Ils
commencérent une batterie de
seize pieces de canon, pour battre
F 1)
68 Fournal du Siege
la face droite du Bastion de Saint
Nicolas, & poussérent leurs Tran-
chées de la basse Meuse jusque
vis-à vis la Porte de Graver.
Tout le jour ils continuérent à
battre les Redoutes de Ballart &
de Saint Fiacre, la courtine de la
Porte de Saint Nicolas, & la demi-
contrescarpe; ils firent deux
Batteries, l'une de trois & l'autre
de quatte pieces de canon, sur la
montagne au dessus de Salzeine,
a fin de battre à revers les Troupes
qui gardoient le Retranchement
du vieux mur, & deux autres de
deux & trois pieces de canon, sur
des monticules qui sont au front
de ce Retranchement. Le mesme
jour on continua de travailler à
raser les Maisons de la Ville qui
de Namur 69
bordoient la Sambre du costé du
Chasteau, afin de faire un Retranchement
pour deffendre la
partie d'entre Sambre & Meuse.
On ne cessa point de porter au
Chasteau toutes les Provisions
dont on n'avoit plus de besoin à
la Ville. Il arriva un Trompette
des Ennemis pour demander un
grand nombre d'Officiers qui ne
se trouvoient point, & qui appa-
remment avoient esté tuez dans
les actions du 18, car on n'avoit
de leurs Prisonniers que trois Ca-
pitaines aux Gardes du Princed'Orangè,
quelques Subalternes
& environ quatre-vingt Soldats.
Ce Trompette avoit un Memoi-
re de ceux qu'ils avoient faits sur
la Garnison, & qui consistoient
70 Four nal du Siege
en deux Subalternes du Regi-
ment de Maulevrier, & environ
dix ou douze Soldats blefsez. Les
Domestiques du Marquis de
Vieuxbourg & du Comte de
Maulevrier, retournérent à la
Ville, sans avoir pu trouver les
corps de leurs Maistres : les Ennemis
les assurérent qu'ils les
avoient fait enterrer.
La nuit du 20. au 21. Mr de
la Badie monta à la Ville, & M.
de Gramont, au Chasteau. Les
Ennemis poussérent leurs Tranchées
de Jambe, jusque dans les
jardins du Fauxbourg qu'on avoit
fait brûler le jour precedent. A
l'attaque de la basse Meuse, ils
tirérent un grand Retranchement
de Namur. 71
le long de la riviere, vis-à-vis le
demi Bastion de Saint Roch, où
ils firent une Batterie de dix pie-
ces de canon pour battre la branche
de ce demi Bastion; à l'attaque
de Saint Nicolas, ils avancérent
leurs Tranchées d'environ
trente toises. Ils voulurent occu-
per pendant le jour une maison
qui est proche la Redoute de Bal-
lart, mais ils en furent chassez par
le grand feu que l'on fit de l'avantchemin
couvert. Leur Batterie de
seize pieces cummença à tirer sur
la face droite du Bastion de Saint
Nicolas, qu'elle battit en bréche
toute la journée. Trois Batteries
de mortiers jettoient continuelle-
ment des bombes dans les Ouvra-
ges de la Porte de Saint Nicolas,
Fournal du Siege
& dans les Redoutes de Ballart
& de Saint Fiacre. Ils avancerent
deux pieces de canon sur la pente
du ravin de Coquelet; elles tiré-
rent sut les Brigades de Saint
Laurent & de Reignac, qui
estoient campées dans les dehors
des Portes de Fer & de Bruxelles.
L'on en retira les Troupes pour
les mettre derriere des Fortifica-
tions, où elles ne pouvoient estre
veuës. Les Ennemis firent aussi
une Batterie de quatre pieces de
canon, & de quelques mortiers
à la maison qui est au dessus de la
Redoute de Ballart, de laquelle
ils battoient à revers les chemins
couverts de Saint Nicolas. L'on
travailla avec vigueur au Retran-
chement de cette attaque, à des
commu.
de Namur.
73
communications souterraines, &
à rétablir de petits Ponts pour
aller du corps de la Place dans les
chemins couverts, ce qui estoit
extrémement difficile & necessai-
re; l'on acheva de munir de toutes
choses les Redoutes de Bal-
lart, Saint Fiacre, Piednoir &
Saint Antoine.
La nuit du 21. au 22. Mr de
Bragelonne monta au Chasteau
& Mr d'Asfeld, à la Ville. Les
Ennemis avancérent leurs tranchées
à quarante toises de l'avant
chemin couvert de l'attaque de
Saint Nicolas, & tirérent une li-
gne de communication de leurs
Tranchées à la maison au dessus
de la Redoute de Ballart. Dés le
Fournaldu Siege
74
point du jour, toutes leurs Bat-
teries tirérent sur les Ouvrages de
cette attaque, ce qui dura tout le
jour. Du costé de Jambe, ils pous-
sérent leurs Tranchées jusqu'au
chemin pavé, & l'une des Batte-
ries de la hauteur de Salzeine ne
cessa point de tirer sur les Tra-
vailleurs de la Digue de la Sambre,
& sur le troupeau de vaches
qui estoient dans la Prairie.
Dans la Place on continual la
démo'ition des maisons & leRetranchement
de la Ville, d'entre
Sambre & Meuse. L'on voulut
aussi travaillet au Retranche-
ment derriere l'attaque de Saint
dicolas, mais les Soldats ne pu-
rent tenir au feu de canon & de
de Namur.
75
bombes que les Ennemis firent
sur eux, & il fallut attendre à la
nuit pout continuer ce travail.
L'on plaça dans les soûterrains du
Chasteau les Provisions de bou-
che qui y avoient esté menées.
La nuit du 22. au 23. Mr de
Reignac monta au Chasteau, &
Mr de Saint Laurent à la Ville.
Les ennemis ne firent pas grands
ouvrages à l'attaque de Jambe;
ils achevérent leurs Batteries &
placérent leur canon à celle de
la basse Meuse. Ils avancérent de
quelques toises à l'attaque de Saint
Nicolas, & dés le point du jour
ils firent un feu extraordinaire de
toutes leurs Batteries, ausquelles
ils avoient plus de soixante pieces
G ij
6 Journal du Siege
de canon, qui ne discontinuérent
point de tirer jusqu'à la nuit. Sur
le soir on s'apperçut que la face
de la demi-contregarde du demi-
Bastion de Saint Roch estoit ex-
trémement renveisée, & que la
bréche du Bastion de Saint Nico-
las estoit assez considerable. Les
Ennemis ouvrirent la Tranchée
à une quatriéme attaque, du costé
de Salzeine. Ils embrassérent la
creste de la hauteur qui plonge
dans l'Abbaye, dans laquelle il
y avoit une Garde de cent hom;
mes sous le commandement d'un
Capitaine de Dragons. L'on avoit
aussi redoublé la Gaide de la Ba-
lance, pour tascher d'empescher
que les Ennemis ne possentijet-
ter un Pont sur la Sambre à por-
de Namur.
tée de ce Poste ; l'on continua le
Retranchement de l'attaque de
Saint Nicolas, & celuy de la
Ville d'entre Sambre & Meuse.
La nuit du 23. au 24. Mrd'As-
feld monta au Chasteau & Mr de
Gramont à la Ville. Les Enne-
mis poussérent leur attaque de
Jambe, cinquante toises en des-
cendant la Meuse, afin de join-
dre celle de la basse Meuse, qu'ils
remontérent pour cet effet. A
l'attaque de Saint Nicolas, ils
poussérent des boyaux du costé
de la Redoute de Ballart, & le
long de la Meuſe, a pottée de
'avant chemin couvert Pendant
tout le jour, le feu de leur Artil-
lerie fut si continuel & si precipité,
G II
78 Fournal du Siege
qu'il ressembloit à celuy de la
mousqueterie. Il y avoit deux
bréches insultables, l'une à la face
de la demi-contregarde, & l'autre
à la branche du demi-Bastion
de Saint Roch. Ils ouvrirent une
Tranchée de l'autre coſté de la
Sambre, vis. a vis la Balance; leurs
Batteries du costé du Chasteau
ne firent qu'un feu tres-mediocre,
L'on continua dans la Place
le rravail du Retranchement der-
riere l'attaque, mais la pluye qui
avoit esté abondante rendoit cet
ouvrage difficile. Mrle Mareschal
resta avec les Soldats pour les y re-
tenir, car les Ennemis y jettérent
une si grande quantité de Bombes
qu'ils abandonnoient souvenr, &
de Namur. 79
Mr le Mareschal y fut enterré plu.
sieurs fois. Comme l'on croyoit
que les Ennemis attaqueroient
l'avant chemin couvert & la Re-
doute de Ballart, la nuit suivante
l'on fit tenir les Grenadiers & le
Piquet prest à matcher, & ME de
la Forest, Capitaine des Mineurs,
demeura à l'avant chemin cou-
vert pour faire jouer les fourneaux
qu'on y avoit faits.
La nuit du 24. au 25. Mt de
Bragelonne monta à la Ville, &
Mr de la Badie au Chasteau. Les
Ennemis prolongétent leurs Tran.
chées de Jambe & de la basse
Meuse, afin de joindre les deux
attaques. Ils poussérent celle de
Saint Nicolas à trente pas de l'an-
GiI
80
Journal du Siege
gle saillant de l'avant chemin
couvert, & s'estant logez à l'angle
du chemin couvert de la Redoute
de Ballart, ils firent trois fois la
descente du fossé, mais ils en fu-
rent toûjours chassez par la quan-
tité de grenades que le Chevalier
de Mons leur fit jetter, de sorte
qu'ils ne purent s'y loger.
Toute la journée leur Artille-
rie ne cessa de tirer par salves.
Les bréches de la demi contregarde
& du demi-Bastion de Saint
Roch, estoient pratiquables, &
l'on s'attendoit que la nuit ils fe-
roient une tentative pour insulter
les dehors de la Place, & qu'ils
prendroient la Redoute de Bal-
lart, ce qui obligea Mr le Ma-
de Namur. 81
reschal de redoubler la garde de
ces Postes.
Ub
La nuit du 25. au 26. Mr de
Saint Laurent monta de Briga-
dier au Chasteau, & Mr de la
Chaise; Colonel de Bugey, Mr
de Reignac Brigadier, à la Ville,
avec Mr de Sainte Hermine, Co-
lonel. Les Ennemis firent une
grande parallele le long de la Di-
gue de la Flaque d’eau, de l'avant
chemin couvert de l'attaque de
Saint Nicolas, appuyant leur gau-
che à la Meuse & la droite fort
prés de la Redoute de Ballart. Ils
attachérent le Mineur à l'angle
de l'épaule droite de cette Re-
doute, d'où ils assurérent une
communication à leurs Tran-
82. Fournal du Siege
chées, & comme l'on croyoit
qu'ils pourroient se loger sur l'a-
vant chemin couvert, l'on y mit
cent cinquante Dragons, ou
Grenadiers, sous les ordres de
Mr des Rozeaux, Lieutenant
Colonel de Quélus. L'on dispersa
huit, cens hommes, dans
tous les Postes de l'attaque aux
ordres de Mr Davejan, Lieutenant
de Roy. Mr le Comte d'e
Guiscard coucha à cette attaque,
disposant toutes choses pout y
faire une vigoureuse resistance.
Mrde Reignac voulut aller chas-
ser les Ennemis du fosse de la Re-
doute de Ballart pour enlever le
Mineur, mais comme l'on re-
connut qu'ils s'estoient emparez
d'une maison, prés de laquelle il
de Namur. 83
falloit passer, Mr le Comie de
Guiscard ne jugea pas à propos
qu'on l'entreprist. Il fit seulement
faire une petite sortie d'un Offi-
cier & de vingt Dragons, qui
chargérent les Troupes qui soûte-
noient les Travailleurs de la
Tranchée. Cela ſe paſsa par une
simple escarmouche. Les Enne-
mis joignirent en fin leurs attaques
de Jambe & de la basse Meuse, &
ils ne travaillérent presque point
dans les autres endroits. Pendant
le jour ils tirérent une prodigieuse
quantité de coups de canon. La
bréche de la demi-contregarde
estoit tout-à-fait pratiquable, &
on pouvoit monter facilement à
celle du demi-Bastion de Roch.
Ils avoient un peu endommagé
84 Fournal du Siege
le batardeau, qui la soûtient dans
le fossé de la seconde envelope de
la Ville. Mr de Megrigny trouva
un moyen pour mettre de l'eau
dans le fossé de la premiere, qui
estoit à sec, & fit aussi continuer
le retranchement derriere l'atta-
que. Le matin, il fit un grand
broüillard, à la faveur duquel,
les Ennemis attaquérent & pri-
rent la Redoute de Ballart; le
Chevalier de Mons y demeura
prisonnier de guerre.
.
La nuit du 26. au 17. Mr. de
Gramont monta de Brigadier au
Chasteau, avec Mr de Monbron
Colonel. Mr de Qiélus, Briga-
dier, qui jusque là avoit fait le
service de Commandant des Dra-
de Namur. 85
gons, voulut prendre jour de Bri-
gadier, & monta en cette qualité à
la Ville, avec Mrle Comte de No-
gent, Colonel. Les Ennemis per-
fectionnérent les ouvrages qu'ils
avoient commencez la nuit prece-
dente à l'attaque de S. Nicolas, &
poussant leur parallele jusqu'à la
Meuse, ils embrassérent la demi-
contregarde; àla gauchede laquelle
ils firent un crochet. Ils firent aussi
trois ou quatre Bateries à my-coste
de la Redoute de Ballart, pour
battre de revers les Troupes des
chemins couverts. Tout le jour
ils ne cesserent de tirer de toutes
leurs Batteries de cette attaque,
à laquelle ils avoient plus de qua-
tre-vingt pieces de canon. Il fal-
loit avoir autant de fermeté qu'en
86 Fournal du Siege
avoient les Troupes, pour y re-
sister. Environ à trois heures
aprés midy, Mr de Moulin-neuf
alla trouver Mr le Mareschal,
pour luy dire qu'il venoit de dé-
couvrir du Chasteau plus de dix
Bataillons des Ennemis, qui mar-
choient du costé de Saint Ni-
colas, & que tous leurs Camps
estoient sous leurs armes. Il arri-
va dans ce moment un Deserteur
Anglois, qui rapporta que tous
les Grenadiers de leur Armée
estoient commandez, avec un
renfort de dix mille hommes
Mr de Guiscard marcha en dili
gence aux deux Bastions de l'attaque,
pour y donner ses ordres.
Mr le Mareſchal monta à cheval,
& alla au Campde la Porte de Brude
Namur. 87
xelles, où il fit battre la generale.
Une partie des Troupes qui
estoient dans la Ville, en arrivant
à leur Drapeau, ſe préparérent à
prendre les armes. Une heure
aprés, on vit sortir de tous les
ravins qui tomboient aux Tranchées,
des colomnes d'Infanterie,
qui à mesure qu'elles arrivoient
se mettoient en bataille, & mal-
gré le feu du canon de la Redoute
de Saint Fiacre, qui les voyoit de
revers, & qui donnoit au travers
de leurs Bataillons, elles de meuré-
rent fermes. Aprés avoir fait leurs
dispositions, lesEnnemis partirent
en bon ordre, & avec la derniere
furie, pour attaquer l'avant che-
min couvert par cinq endroits.
Lon en retira les Troupes, car
88 Fournal du Siege
n'y ayan point de communica-
tion pour les rafraischir, on ne
pouvoit pas s'y maintenir. On lais-
sa seulemeni vingt hommes dans
les angles qui attendirent les En-
nemis aussi fiérement que s'ils
avoient esté bien soutenus. Les
Assiegeanss avancérent jusqu'à la
palissade, & dans ce moment on
fit jouer trois Fourneaux, qui leur
firent sauter beaucoup de mon-
de, ce qui les mit dans un grand
desordre. Ils retournérent à la
charge, & se precipitérent dans
l'avant chemin-couvert. Mr Da-
vejan qui deffendoit le chemin
couvert, avoit si bien posté ses
Troupes qu'il foutint leur premie-
re ardeur, & les chassa de l'avant
chemin couvert, pat un grand
de Namur. 89
seu. En mesme temps, les Enne-
mis coulérent le long de la Meu-
se, où l'on ne pouvoit rien leur
opposer. Ils donnérent un assaut à
la demi contregarde, à la bréche
de laquelle on pouvoit monter à
cheval. Mr de Martinet qui la
deffendoit avec cent Dragons
les reçut si vigoureusement, qu'il
les repoussa avec une tres grande
perte, & comme ils avoient coulé
le long de la face gauche; ils vou-
lurent par cet endroit entrer dans
le chemin couvert, mais ils fu-
rent aussi repoussez par Mr le
Comte de Resnel, & par Mrlle
Chevalier de Quélus, Capitaines
de Dragons. Un Bataillon des
Gardes du Prince d'Orange al-
taqua la Place d'armes du chemin
H
90 Fournal du Siege
couvert à la gauche du Bastion de
Saint Nicolas, & pour y venir ils
passérent dans la flaque d'eau, en
ayant jusqu'à la ceinture. Les Grenadiers
du Regiment de Piémont
conservérent ce Poste quel-
que temps avec beaucoup de va-
leur, mais ils auroient esté em-
portez, si on ne les eust pas fait
soûtenir. Au moment de l'action,
Mr le Mareschal ordonna à Mr le
Comte de Quélus, Brigadier de
jour, de marcher avec quelques
Compagnies de Grenadiers &
de Dragons, pour soutenir les
Troupes du chemin couvert. Il
arriva a propos à cette Place d'ar-
mes, puis qu'il repoussa le Batail-
lon des Gardes du Prince d'O-
range, avec une perte considera-
de Namur. 91
ble; il fut blessé en ce meſme lieu
Mr le Mareſchal en voya auſsi toſt
Mr de Reignac avec cinq cens
hommes pour soûtenir ce chemin
couvert, & ordonna à Mr de
Saint Laurent de le suivre avec
sa Brigade. Celle de Mr de Rei-
gnac fut postée dans la seconde
envelope de la Place. Mr de Saint
te Hermine occupa avec son Re-
giment de Dragons le Bastion de
Jean-Petit, à la gauche de celuy
de Saint Nicolas. Les Ennemis
envoyérent de nouvelles Trou-
pes pour faire une seconde atta-
que, une partie de celles qui
avoient donné la premiere fois,
ayant esté défaites. L'on rafraichit
aussi celles de la Place. M.
Daucourt, Capitaine de Greno-
Hij
92 Fournal du Siege
diers de Maulevrier, & le Capitaine
des Grenadiers de Solre
marchérent à la bréche de la de-
mi-contregarde. Mr de Villars,
Lieutenant Colonel de la Marre,
qui commandoit dans la demi-
lune de l'attaque, envoya Mr du
Paget, Capitaine des Grenadiers
de Nice, au Poste de Mrle Comte
de Resnel, & Mr de Reignac
qui avoit passe à celuy de Mr de
Quélus, mit des renforts de nou-
velles Troupes dans tout le chemin
couvert, Les Ennemis char-
gérent encore avec la mesme im-
petuosité, & aprés un combat
tres-opiniastre, & qui dura prés
de trois quarts d'heure, ils fu-
rent encore repoussez, laissant
le glacis couvert de morts. Mr
81
de Namur.
de la Forest, Capitaine des Mi-
neurs de la Place, fut blessé à
mort: Mr de la Fey Capitaine au
Regiment du Roy, fut aussi bles-
sé, & Mr de Suzy, Capitaine
dans le Regiment de Sainte Hermine,
y fut tué avec Mr de Magny,
Major du Regiment de
Quélus. Le canon de la Place &
de la Redoute de S. Fiacre tira
avec tant de promptitude & de
succés, que si les Ennemis n'a-
voient pas eu la précaution de faire
enivrer d'eau de vie toutes les
troupes destinées pour l'attaque,
il ny en auroit eu aucune, qui
eust pû soutenir de sang froid, la
boucherie que l'on en fai soit. Mr
le Mareschal donnoit des ordres
pour faire passer dans tous les po-
94 fournal du Siege
stes les munitions qui y estoient
necessaires, & il s'exposoit à
cheval dans le chemin couvert,
faisant avancer les troupes à me-
sure qu'il estoit besoin de les re-
nouveller. Les Ennemis firent
poster un Bataillon sur des mon-
ticules à la gauché de la redoute
de Ballart: il se fit un tres- grand
feu sur les troupes du chemin cou-
vert, ce qui les incommoda beau-
coup. Elles estoient tres-fatiguées,
y ayant trois heures que l'action
avoit commencé, & une partie
des armes estoient crevées par le
grand feu qu'on avoit fait. On ne
laiſſa pas de ſe préparer à soutenir
un troisiéme assaut, car les
Ennemis ayant fait venir de nou-
veaux bataillons, revinrent à la
9
de Namur.
charge avec la mesme ardeur. Mr
le Comte de Guiscard envoya le
Regiment de Dragons de Gramont,
commandé par Mr le
Comte de Beaujeu, pour deffendre
la breche de la demi-contregarde.
Mr Davejan fit de nou-
velles dispositions, & Mr de Rei-
gnac fit avancer quelques déta-
chemens de la Brigade de Saint
Laurent pour le soutenir. Les en-
nemis entrerent encore dans l'a-
vant chemin couvert, d'où ils
furent chassez par le grand feu
que Mr Davejan continua de fai-
re, mais ils se logerent sur l'angle
saillant. Mr le Comte de Resnel
les répoussa aussi, & comme ils
monterent jusques au haut de la
breche de la demi-contregarde,
96
Fournal du Siege
Mr le Comte de Beaujeu y fit
une resistance tres grande; il les
rechassa une troisième fois; & ils
se contenterent d'establir un lo-
gement au bas de la breche. A la
gauche du chemin couvert, ils se
présenterent dans un plus gios
corps, & ayant passé par la flaque
d'eau ils y entrerent une seconde
fois. M. de Reignac leur opposa
un détachement de Dragons com-
mandé par Mr le Chevalier de
Pezeu, qui aprés en avoir tué un
nombre considerable les en chassa
l'épée à la main, & les obligea de
se retirer, en sorte qu'il demeura
maistre du chemin couvert. Il
estoit neuf heures du soir que les
choses estoient dans cette situa-
tion. Le tas des moris faisoit un
triste-
de Namur. 97
triste spectacle, & on ne pouvoit
s'empescher d'estre touché des cris
des mourans. Demie heure avant
la troisiéme attaque qui se fit sur
les six heures, Mr de Moulinneuf
envoya avertir Mr le Mareschal
que l'on voyoit approcher du coſté
du Chasteau une Colonne de
Cavalerie, & une d'Infanterie,
qui marchoient pour jetter des
ponts à Salzcine & à la Balance.
afin de passer la Sambre. Mr le
Mareschal s'y rendit dans le mo-
ment, & trouva que les ennemis
s'estoient emparez de la maison
de la Balance, & qu'ils y avoient
déja dressé un pont. Ils coulerent
ensuite le long de la Sambre pour
s'emparer aussi de l'Abbaye de
Salzeine. Il envoya ordre au Che-
98 Fournal du Siege
valier des Rivieres, qui y com-
mandoit un détachement, de se
retirer, ce qu'il fit en tres-bon or-
dre. Les Ennemis firent passer
plusieurs Bataillons, & voulurent
forcer certains postes que l'on oc-
cupoit à my-coste du retranche-
ment du vieux mur. Mr le Mareschal
fit marcher à eux Mr des
Aides à la teste de deux Troupes
de Dragons à cheval du Regiment
d'Asfeld; & comme il abordoit les
Ennemis, ils se jetterent dans des
hayes entre la Balance & Salzeine.
Mr le Mareschal envoya Mr
de Moulinneuf pour faire retirer
Mr des Aides, qui avoit esté bles-
sé. On auroit pû disputer le pas-
sage de la Sambre aux Ennemis;
mais les Troupes estoient si fati-
de Namur. 99
guées que s'il leur estoit arrivéun
échec, l'on n'auroit pas esté en
estat de deffendre le Chasteau;
cependant Mr le Mareschal ne
laiſsa pas de faire avancer des Ba-
taillons pour contenir les Enne-
mis, demeurant prés d'eux, où il
essuya un feu de leur artillerie qui
ne se peut dire. L'on ne put le
faire retirer qu'à la nuit; le Mar-
quis de Monguion, l'un de ses Ai-
des de Camp, fut tué auprés de
luy d'un coup de canon. Il coucha
au retranchement & ne se retira
que le lendemain, aprés avoir vû
que les Ennemis s'estoient seule-
ment contentez d'occuper les pos-
tes de Salzeine & de la Balance,
& d'avoir fait quelques retranche
mens pour assurer la teste de leur
Pont. Iij
100 Journal du Siege
La nuit du 27. au 28. Mr de
Bragelonne, Brigadier, monta
au Chasteau avec Mr de la Chaise,
Colonel. Mr d'Asfeld aussi Briga-
diet monta à la Ville avec Mrde la
Marre, Colonel. Mr Dantrague
qui avoit pris la place de Mr de
Bragelonne pour faire la Charge
de Major General, releva les pos-
tes. On prit un Estat des Officiers
& Soldats quion avoit perdus pen-
dant la journée aux attaques du
chemin couvert, & on trouva qu'-
il y avoit treize Officiers & envi-
ron deux cens Dragons ou Soldats
tuez ou bleſsez. Une partie du
jour il parut que le feu de l'Artil-
lerie des Ennemis s'estoit un peu
rallenty. Ils firent une baterie de
Canon de l'autre costé de la Meu-
101
de Namur.
ſe; elle tira sur le Pont de Sambre,
ce qui incommoda beaucoup la
communication de la Ville au Cha-
ſteau, où l'on songeoit à faire ſa
retraite, parce que la breche du
demy-Bastion de saint Roch estoit
parfaitement accessible, & l'on
prévoyoit que si les Ennemis l'at-
taquoient avec vigueur, ils pou-
roient s'y loger. Cependant on a
vû dans la suite que le bon accueil
qu'on leur avoit fait dans la derniere
action, leur faisoit prendre
de grandes précautions pour s'ap-
procher. Environ à deux heures
aprés midy, leur Artillerie tira a-
vec plus de violence sur l'attaque
saint Nicolas, & autant qu'on le
pouvoit distinguer, il y avoit cent
cinq pieces de Canon, & trente-
I1I
102 Journal du Siege
sept Mortiers. Mr le Comte de
Lomont qui demeura toujours à
cette attaque, faisoit travailler a.
vec la derniere diligence à faire
des tetranchemens derriere la bre-
che du demy-Bastion de S. Roch,
& Mr Davejan faisoit aussi travail.
ler dans le chemin couvert à re-
mettre des palissades, dans les endroits
où elles estoient emportées
du Canon. Mrs de Megrigny &
Filley abandonnerent l'ouvrage
de la Digue qu'ils avoient faite
pour faire remonter les eaux de la
Sambre, leur dessein estant deve-
nu inutile, aussi bien que le travail
du retranchement derriere l'atta-
que Saint Nicolas, ne jugeant pas
qu'ils pussent avoir le temps de le
mettre en estat de servir, attendu-
103
de Namur.
qu'on n’y pouvoit travailler que la
nuit. Ils s'attacherent à faire des
traverses & des épaulemens, & à
plusieurs autres ouvrages neces-
faires.
La nuit du 28. au 29. Mr de
Reignac, Brigadier, monta au
Chasteau avec Mr le Marquis de
Quélus, Colonel du Regiment de
Dragons de Languedoc. Mr de
Saint Laurent monta à la Ville
avec Mr de la Marre, Colonel.
Les Ennemis firent un logement
au dessus du bastardeau, contre la
demi-contregarde, & le demi-ba-
stion de Saint Roch. Ils attache.
rent le Mincur à ce bastardeau.
Pendant le jour leur Artillerie a-
cheva de bouleverser ce demy.
Liiij.
104 Fournal du Siege
bastion, & commença à tirer sur
la tour de Meuse, à l'angle de la
derniere envelope, marquant par
là qu'ils vouloient se mettre en
estat d'entrer dans la Ville, en cas
qu un assaut leer pust réussir. Ce
qui faisoit tirer cette conjecture,
c'est que la baterie qu'ils avoient
establie pour battre le Pont de
Sambre, n'estoit que pour couper
la communication de la Ville au
Chasteau, afin que les troupes de
la Ville ne s’y pussent retirer. Pour
prévenir cet accident, Mrle Mareschal
fit faire un pont de batteaux,
au dessus de l'Ecluse, & fit
rompre deux arches de celuy de
pierre, afin que les Ennemis ne
sen pussent servir, dans le des-
sein qu'il avoit de deffendre parde
Namur. 105
ticulierement la partie de la Ville,
d'entre Sambre & Meuse, laquelle
pour cet effet il avoit fait re-
trancher en rasant les maisons qui
regnoient le long de la Sambre.
Les Ennemis establirent à la Ba-
lance une batterie de six pieces de
Canon pour couvrir le pont qu'ils
avoient jetté sur cette rivière, &
ils travaillerent le jour à en faire
une autre de seize pieces, au front
du retranchement du vieux mur,
à laquelle ils placerent du Canon
qui commença à tirer. Mr de Rei-
gnac persuadé qu'ils avoient dessein
d'atiaquer le retranchement,
disposa ses troupes pour le deffen-
dre, & envoya ordre au Regiment
de Dragons d'Asfeld, de monter
à cheval, & aux huit Bitaillons
106 Fournal du Siege
qui estoient campez à la Cassotte,
de se tenir prests à prendre les armes.
Les Ennemis avoient fait
paroistre trois ou quatre mille
hommes au bas de la Meuse, qui
se retirerent quelque temps aprés.
Le reſte de la journée ſe paſſa à ſe
tirer beaucoup de Canon de part
& d'autre.
La nuit du 29. au 30. Mr d'As-
feld, Brigadier, monta au Cha-
steau avec Mr de Barreaux, & Mr
de Gramont, Btigadier, monta à
la Ville avec Mr de Sainte Hermi-
ne, Colonel. Avant la nuit on
s'estoit apperçû d'un grand mou-
vement dans l'Armée des Enne-
mis Deux Soldats Anglois qui se
rendirent à la Ville, assurerent
de Namur. 107
qu'outre les garde: ordinaires des
tranchées, qui estoient de sept
mille hommes, on avoit encore
commandé trois mille Grenadiers
& six hommes par Compagnie de
toute leur Armée, ce qui faisoit
un corps considerable, que le bruit
estoit dans leur Camp, que le Prin-
ce d'Orange avoit intention de
faire attaquer le retranchement
du vieux mur, & en mesme temps
de faire donner un aussaut à la Vil-
le. A l'entrée de la nuit un Espion
raporta la meſme choſe à Mr le
Mareschal, ajoûtant qu'il y avoit
plus de deux mille eschelles de
dix. huit pieds de longueur à la te-
ste de leurs Camps. Mr le Mareschal
fit prendre les armes à toute
la Garnison, & donna ordre de-
108 Fournal du Siege
faire avancer les Troupes à portée
des endroits où elles devoient
combattre. Mr le Comte de
Guiscard le fit prier de luy en-
voyer Mr de Reignac pour le se-
conder dans la deffense des breches.
Mr de Reignac y alla avec
huit Compagnies de Grenadiers,
& deux Bataillons de sa Brigade.
Toutes les Troupes furent distri-
buées de manière qu'elles ne pouvoient
s'incommoder, & que cha-
quedétachement pouvoit agir sans
confusion. La nuit se passa dans
un grand silence à la Porte Saint
Nicolas, ce qui faisoit croire que
les Ennemis se préparoient à don-
ner un assaut, & l'on pouvoit
monter à cheval aux breches du
demy bastion de Saint Roch. Mr
de Namur. 109
le Marquis de Gramont occupoit
une partie du chemin couvert
pour soutenir Mr Davejan, mais il
ne ſe paſſa aucune action du coſté
de la Ville. Les Ennemis firent
sauter la Dame qui soutenoit l'eau
du fossé de la Ville. Cela en fit
écouler trois pieds. Ils avoient
donné leur attention au retranchement
du vieux mur, & ilgl'ar-
taquerent au petit point du jour,
lors que l'on ne s'y attendoit plus.
Ils firent passer quatre mille hom-
mes d'Infanterie sur le pont de la
Balance, soutenus par deux mille
chevaux, & coulerent le long de
la Meuse pareil nombre d'Infante.
rie. En mesme temps ils se pré-
senterent aux deux gorges du re-
tranchement, sans attaquer le
110
Journal du Siege
front. Mr d'Asfeld qui avoit pré-
veu leurs dispositions, & qui avoit
un ordre particulier de Mr le Ma-
reſchal de ne rien opiniaſtrer à la
deffense de ce poste, aprés avoir
fait essuyer toutes ses décharges
aux Ennemis, se retira en fort
bon ordre dans le chemin couvert
de la Cassote, qu'il fit border par
ses Troupes. Les Ennemis enflez
du peu de resistance qu'on leur
avoit faite, marcherent avec une
grande audace aux chemins cou-
verts du Fort Guillaume, & de
la Cassotte, dans lesquels les
Troupes estoient campées. En
arrivant à la palissade ils jetté-
rent plus de deux mille Grena-
des, & firent un feu extraordi-
naire pendant plus d'une demide
Namur. 11I
heure. Mr le Mareschal s'y estant
rendu, trouva les Troupes sous les
armes. Mr d'Asfeld soutenoit le
costé de la Cassotte, & Mr de
Moulin neuf avoit fait avancer
Mrs de la Badie & de Bragelonne
à la droite du Fort Guillaume.
Mr le Mareschal prit les Regi
mens de Dragons du Dauphin,
Languedoc, Barreaux, & Gange,
& ayant fait ouvrir les barrieres
du chemin couvert de la Cassotte,
il marcha aux Ennemis, & aprés
avoir essuyé un tres-grand feu a la
portêe du pistolet, il les fit charger
l'épée à la main. L'on ne scauroit
dire jusqu où alla la valeur des Dra-
gons; ils culbutérent les Bataillons
des Ennemis, & les obligerent
de se retirer jusqu au Retranche112
Journal du Siege
ment qu'on leur avoit abandon-
né, & ensnite ils rentterent dans
le chemin couvert. Dés ce mesme
moment les Ennemis ouvrirent
la Tranchée, laquelle ils ne pousserent
pas bien loin, parce que
Mr de Moulinneuf fit faire un si
grand feu de canon & de mous.
queterie, qu'ils furent obligez de
faire des épaulemens pour leur
seuretè. Toute la journée ils ti-
rerent sur l'attaque de Saint Ni-
colas. Comme la Ville pouvoit
estre emportée d'assaut, & que
l'on ne comptoit que sur la fer-
meté des Troupes, Mr le Comte
de Lomont se presentoit aux bréches
dés qu'il y avoit apparence
que l'on voulust faire quelque
tentative, ayant avec luy Mrs de
de Namui. 113
la Bussiere, de Coufoulin, Conche,
& Vaudragon Mr de Reignac
demeura au Bastion de Saint
Nicolas, avec les Troupes dont
il a eſté parlé: il ne ſe paſſa rien à
cette attaque pendant ce jour.
La nuit du 30. au 31. Mr de
la Badie, Brigadier, monta au
Chasteau, avec Mr de Monbron,
Colonel, & Mr de Saint Laurent,
Brigadier à la Ville, avec Mr de
Marre, Colonel. On estoit toû-
jours dans l'attente que les Ennemis
donneroient un assaut aux
bréches du Bastion de Saint Roch
& de la Tour de Meuse. Il n'y
avoit aucun flanc ny deffense qui
les pust proteger. De cette ma-
niere, ils auroient laissé tous les
K
114 Fournal du Siege
dehors sans les attaquer, car outre
qu'ils pouvoient couler le long
de la Meuse pour aller aux bré-
ches, ils pouvoient encore passer
la Riviere, qui estoit si basse
qu'en certains endroits vis-à-vis
l'attaque, il n'y avoit de l'eau que
jusqu'aux genoux; il parut que
toutes leurs Troupes estoient en
mouvement. Mr le Mareschal
donna ses ordres, afin que celles
de la Place fussent bien disposées
à les recevoir. Mr le Comte de
Guiscard demeura à cette atta-
que avec Mrs de Lomont & de
Reignac. Du coſté du Ghaſteau
on croyoit que Mr de Baviere y
feroit une diversion, mais les
Ennemis ne firent aucune entre-
prise. Ils poussérent un logement
de Namur. 131
de la demi-contregarde, le long
du chemin couvert, où ils allé-
rent à la sappe jusqu'à la cinquié-
me traverse, sans que le feu qu'on
faisoit, les en pust empescher, ce
qui obligea Mr Davejan de se
retirer dans la Place d'armes, de
laquelle on ne le put chasser.
Tout le jour les Ennemis firent
un feu qui rasa presque tous les
ouvrages de l'attaque; ainsi les
Troupes ne pouvoient s'y tenir,
tant le peril estoit grand.
La nuit du dernier de Juillet au
premier d'Aoust, les Troupes de
la Ville & du Chaſteau ne pû-
rent plus rouler ensemble pour
faire le service, de sorte qu'il
domeura trois Brigadiers au Cha--
Kij115
Fournal du Siege
steau. Ce furent Mrs d'Asfeld,
la Badie & Bragelonne. Mrs de
Saint Laurent, Gramont & Reignac
demeurérent à la Ville, où
ils estoient toûjours en mouve-
ment; en sortant d'un Poste, ils
alloient dans un autre. Mr de
Gramont monta à l'attaque, Mr
de Saint Laurent au chemin cou-
vert, & Mr de Reignac resta à
la teste des Troupes qui n'estoient
pas postées, afin de se porter dans
les endroits où un Corps de reserve
seroit necessaire. Les En-
nemis rapprochérent trois Batte-
ries, & en firent deux nouvelles
le long de la Meuse, pour battre
la courtine qui regne depuis la
Tour de Meuse jusqu'à la Porte
de Graver. Ils continuérent leur
de Namur. 117
sappe pour embrasser le chemin
couvert, d'où Mr Davejan fir
faire un si grand feu de mousque-
terie, qu'il les empescha d'appro-
cher de la Place d'armes, Du
costé du Chasteau ils poussérent
un petit boyau du milieu de leur
logement de la creste de la Cassotte,
tirant vers le chemin cou-
vert. A la pointe du jour leur Ar-
tillerie commença à tirer. La
précipitation des salves conti-
nuelles qui durérent jusqu'à la
nuit, obligea les Bourgeois de se
cacher dans leurs caves, croyant
estre à leur derniere heure, tant
le bruit estoit épouvantable. Il y
avoit plus de six vingt pieces de
gros canon en batterie, avec
quarante mortiers. L'on travailla
118 Fournal du Siege
avec beaucoup de soin à s'enfon-
cer dans les logemens, à épaissir
les parapets, & à faite des épau-
lemens. Mr le Mareschal pour
rassurer les Troupes, se portoit
dans tous les endroits les plus
perilleux, où il fut plusieurs fors
enterré par l'effet des Bombes &
des boulets. Mr le Comte de
Guiscard estoit presque toûjours
à l'attaque, où plus de quarante
hommes furent tuez ou blessez.
Mr le Comte de Lomont le secondoit
avec une fermeté digne
de luy. Mr de Megrigny fit miner
la Tour de Meuse, & continua à
saire re parer le desordre que l'Ar-
tillerie des Ennemis pouvoit fai-
re., Environ onze heures du ma-
tin, Mr de Bavicre fit sortir de
de Namur 119
la Tranchée du Chaſteau un
Trompette qui fit un appel. Mrde
Moulin neuf envoya sçavoir ce
qu'il desiroit. Il dit que Mr de
Baviere demandoit une suspen-
sion d'armes pour retirer de part
& d'autre les morts & les blessez
qui estoient demeurez à l'attaque
du vieux mur Mr de Moulin neuf
le fit sçavoir à Mr le Mareschal,
qui répondit qu'il n'avoit point
de connoissance qu'on eust attaqué
ce Rrtranchement; que
n'ayant pas jugé à propos de le
garder, il avoit envoyé ordre à
ses Troupes de se retirer; que si
Mr de Baviere en le faisant occu-
per avoit perdu de ses Soldats par
le feu des chemins couverts de la-
Cassotte & du Eort Guillaume, il
120 Fournal du Siege
vouloit bien que Mr de Moulin-
neuf luy renvoyast ses morts &
ses blessez qui pouvoient estre de-
meurez sur les glacis.; qu'il n'e-
stoit pas necessaite que cela fust
reciproque, parce qu'il n'y en
avoit aucun des siens. Cela fut
executé par Mr de Moulinneuf,
qui fit rassembler environ cent
soixante & huit corps morts, &
quelques blessez que l'on porta
dans leurs Tranchées, ayant eu
l'honnesteté de ne les pas dépouil.
ler. Les Ennemis firent sur cela
beaucoup de civilité, & un mo-
ment aprés les signaux ayant esté
donnez, l'on recommença à tirer
de part & d'autre.
La nuit du premier au 2. Aoust
Mr
de Namur. 121
Mr de Reignac monta à l'attaque
Saint Nicolas, Mr de Gramont,
au chemin couvert, & Mr de
Saint Laurent, à la teste des
Troupes de la Ville. Au Chasteau,
Mr d'Asfeld demeura aux
chemins couverts, & Mr de la
Badie, au fort Guillaume. Mr de
Bragelonne estant malade, fut
quelques jours sans fonction. Mr
de Millancourt, Lieutenant de
Roy du Chaſteau, entra dans le
commandement qu'il devoit a-
voir pour la deffense du chemin
couvert. Les Ennemis ne firent
que tres-peu de chose à l'attaque
de ce Chaſteau, mais à celle de
la Ville ils firent un chemin le
long de la demi-contregarde du
L
122 Fournal du Siege
costé de la Meuse, pour se faire un
accés libre & pou voir couler leurs
troupes, afin que donnant un as-
saut au demy-Bastion de Saint
Roch, ils pussent en mesme
temps monter aux breches de la
Courtine & de la Tour de Meuse.
Mr le Comte de Guiscard fit sa
disposition ordinaire pour la def-
fense des breches. Les Ennemis
commencerent dés le point du
jour à battre cette Courtine, &
avant le soir un Bataillon y auroit
pû monter de front. Il y a-
voit aussi une breche moins gran-
de, mais fort accessible à une
Tour prés de celle de Graver.
Leurs autres batteries tirerent
continuellement sur celles de la
de Namur. 123
Tour de Meuse, & du demy
Bastion de Saint Roch. Une batterie
particuliere battit en breche
la face gauche du Bastion de Saint
Nicolas, & rasoit toutes les pa-
lissades du chemin couvert. Cela
fit juger que l'on avoit envie de
l'attaquer. Mr le Mareschal qui
estoit attentif sur les mouvemens
que les Ennemis pouvoient faire,
connut qu'ils avoient intention
de donner un assaut pendant le
jour. Il alla donner ses ordres a
Mr de Guiscard, & visita luy-
mesme tous les postes, conviant
chacun d’y bien faire son de voir.
Il n'avoit presque pas finy, lors
qu'il fut averty que l'on voyoit du
Chasteau une Colomne d'Infan-
terie qui descendoit par le Ravin
L1)
124 fournal du Siege
derriere Bouge, & peu de temps
aprés l'on vit les Ennemis sortir
de leurs tranchées qui se met-
toient en bataille. Deux Batail-
lons marcherent a la droite de la
place d'Armes du chemin cou-
vert, sur lequel ils commence-
rent l'attaque. M. de Givry, Ca-
pitaine de Dragons au Regiment
du Roy, & Mr du Plessac, Ca-
pitaine au Regiment de Quélus,
qui estoient dans cette Place
d'Armes avec soixante & dix
Dragons, les receurent avec tou-
te la valeur possible, & firent
un grand carnage des Ennemis.
Deux autres Bataillons attaque-
rent un Angle où estoit MrDa-
vejan qui y fit une forte resistan-
ce, ayant avec luy cinquante
de Namur 125
Dragons & le Capitaine des Grenadiers
du Regiment de Hai-
nault. Les Ennemis furent enco-
re repouſsez, & aprés s'estre re-
tirez, ils revinrent avec de nou-
velles Troupes. L'on avoit aussi
fortifié celles du chemin convert;
en sorte que la seconde charge
fut aussi vive que la premiere, &
fut deffenduë de mesme. Cepen-
dant les Ennemis y entrerent, &
pousserent la Troupe de Mr de
Givry jusques à une traverse, à
laquelle il fit ferme, & en estant
sorty l'épée à la main avec Mr
Davejan qui s'y estoit avancé,
tout ce qui estoit entré dans le
chemin couvert fut tué, & ceux
qui estoient sur le glacis se retire-
rent, l'artillerie de la Redoute de
L'iij
126 Fournal du Siege
Saint Fiacre leur ayant deffait
beaucoup de gens, aussi bien
que la mousquererie de la demi-
Lune de Saint Nicolas, à laquel-
le ils voulurent aussi donner un
assaut, mais ils ne sy opiniâtre-
rent pas. Leur grande attention
estoit de montrer au demy-Bas-
tion de Saint Roch, afin de fe
se rendre maistres de la-Place. Ils
commencerent cette attaque en
mesme temps que celle du che-
min couvert, ils coulerent par
le chemin qu'ils avoient fait le
long du bastardeau, & monte-
rent par la branche & par la fa-
ce du demy-Bastion dont les bré-
ches estoient jointes. Mis de Con-
che & de Vaudragon, Capitaines
de Grenadiers au Regiment Dau-
de Namur. 127
phin, ſe présenterent pour les recevoir,
soûtenus par Mr de Martinet,
Lieutenant Colonel du
Regiment du Roy avec cent
Dragons, où estoient Mrs d'Or-
nasne & le Chevalier de Lon-
gueval. Les Ennemis furent vive-
ment repoussez, & l'action dura
deux heures. Ils faisoient mon-
ter de moment à autre, denouvelles
troupes, & à la fin comme
ils commençoient à se loger au
milieu de la bréche, les Grenadiers
du Dauphin avec des Dra-
gons, à la teste desquels estoient
Mr de Lomont & Mrde Rogon,
Major de la Place, monterent sur
le parapet & ramenerent les En-
nemis jusques au bas de la bréche
au pied de laquelle on ne put les
Liii
128 Fournal du Siege
empescher d'establir un loge-
ment. L'action qui avoit com-
mencé à cinq heures du soir, ne
finit qu'a neuf. Jamais Troupes
ne firent si bien que celles du
Roy. L'on ne perdit pas beau-
coup de Dragons ni de Soldats,
mais l'on fit une tres-considera-
ble perte par la mort du Cheva-
lier de Longueval, de Mrs du
Plessac, Vaudragon & de plusieurs
Officiers. Mr Davejan,
Lieutenant de Roy, fut blessé,
& mourut de ses blessures quel-
ques jours aprés, Mr le Mareschal
fut tres content du succez de cer-
te action; à laquelle il avoit la
meilleure part, menant luy mes-
me de nouvelles Troupes dans
les endroits où il estoit besoin
de Namur. 129
de les rafraischir, conservant
son sang froid ordinaire, & sa
mesme tranquilité, au milieu des
coups de mousquet qu'il essuyoit
de fort prés.
Le soir du 2. les Brigadiers du
Chasteaud meurerent dans leurs
mesmes Postes, & on ne fit que
tres-peu de chose à l'attaque de la
Cassotte, ceux de la Ville estant
montez plutost qu'à l'ordinaire.
Mr de Gramont qui avoit relevé
à l'attaque, se trouva à l'action
où il se distingua beaucoup. Mr
de Saint Laurent monta au che-
min couvert, & fut à une partie
du choc. Il prit le poste de Mr
Davejan aprés qu'il eut esté bles.
sé. Mr de Reignac demeura à la
130
Fournal du Sirg.
teste des Troupes, & se porta
dans les endroits où sa presence
estoit necessaire, afin d'y faire
executer les ordres de Mrle Ma-
reschal. Pendant la nuit, les En-
nemis travaillérent à assurer le
logement qu'ils avoient fait au
bas de la bréche, & perfectionnérent
un petit ouvrage sur la
Place d'armes du chemin cou-
vert, qui est tout l'avantage
qu'ils avoient tiré de leur atta-
que.
Le 3. dés le point du jour, tou-
tes leurs Batteries commencérent
à titer, & avant huit heures du
matin les bréches estoient dans
un estat qu'on y auroit pu mon-
ter à cheval. Mr le Mareschal-
de Namur. 131
comptoit de soutenir encore un
assaut, mais sur les dix heures
Mr le Comte de Guiscard l'avertit
que l'on voyoit défiler beau-
coup de Troupes qui entroient
dans les Tranchées, & qu'il ne
doutoit point qu'ils ne voulussent
donner un autre assaut. On en-
voya cherchet Mr de Mégrigny
qui venoit de visiter les bréches
& il rapporta qu'elles estoient
dans un tres-mauvais estat. Mr
le Mareschal demanda leurs avis
& à Mrs les Brigadiers, ne pou-
vant se déterminer à prendre le
party de rendre la Ville. Mr le
Comte de Guiscard ayant dit
qu'elle n'estoit pas soutenable, &
qu'il n'y avoit pas un moment à
perdre pour battre la chamade.
132 Journal du Siege
Mr le Mareschal y consentit, &
ordonna à Mr de Reignac & à
Mr de Fûmeron de dresser les
articles de la Capitulation, &
cependant Mrle Comte de Guis-
card envoya Mr le Comte de No-
gent & Mr de Villefort, en osta-
ge, & ensuite les articles furent
portez par Mr du Gast, qui rentra
dans la Ville a onze heures
du soir, avec Mr le Comte
de Brouay, pour regler toutes
choses.
Le 4. tout le matin se passa
en discussions sur quelques arti-
cles. Mr le Mareschal ne vouloit
se relascher en rien sur ce qui
avoit esté proposé par Mrs de
Reignac & de Fumeron; mais
de Namur. 133
Mr de Guiscard pour qui il avoit
beaucoup d'égards, le persuada
de consentir au Traité qu'il avoit
fait avec Mr le Comte de Brouay.
Mr le Mareschal l'en laissa le
maistre, & Mr de Guiscard signa
la Capitulation qui s'ensuit.
Fermer
2
p. 152-246
« Sur les quatre heures aprés midy, Mr le Comte de Guiscard [...] »
Début :
Sur les quatre heures aprés midy, Mr le Comte de Guiscard [...]
Mots clefs :
Ennemis, Ville, Fort, Siège de Namur, Troupes, Chemin couvert , Brèche, Basse ville, Fort Guillaume, Place, Maréchal, M. de Reignac, Jean-Louis de Barberin, Sambre, Dragons, Comte, Nuit, Artillerie, Porte, Hommes, Grenadiers, Château, Cassotte, Meuse, Attaque, Temps, Poste, Batteries, M. de Lomont, Canon, Grand feu, Officiers, Régiment de Gramont, Assaut, Tranchées
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Sur les quatre heures aprés midy, Mr le Comte de Guiscard [...] »
Sur les quatre heures aprés
midy, Mr le Comte de Guis-
card livra la Porte de Fer aux
Ennemis, & les autres Postes
dont on estoit convenu; & Mr.
le Maréchal ſe retira au Cha-
steau pour y donner ses ordres.
Le 5. se passa en negocia-
tions pour les Passeports que les
Ennemis avoient promis, sur-
quoy ils ne furent pas fort ponctuels
à les délivrer, ce qui causa
de Namur. 153
quelque embatras. Mr le Maré-
chal fit passer la Sambré aux
Troupes qui estoient dans la
Ville, n'y laissant que les Gardes.
Li Brigade de Mr de Siint
Laurent monta au Chasteau, &
il mit celle de Dragons de Mr de
Gramont, & celle d'Infanterie
de Mr de Reignac dans la par-
tie de la Ville d'entre Sambre
& Meuse, à laquelle on donna
le nom de Basse-Ville. On fit
rompre un des Ponts de Batteaux
de la Sambre.
Le 6. on envoya à Dinant
les Ostages de la Mairie de Bol-
duc, qui estoient prisonniers au
Chasteau, & cent Chevaux des
équipages des Troupes, ain si
154 Journal du Siege
qu'on en estoit convenu avec
les Alliez. On envoya aussi tous
les Equipages de Mr le Comte
de Guiscard, & generalement
tout ce qu'il avoit à Namur, sur
des Passeports particoliers qui
lui furent accordez. Mr le Ma-
réchal qui avoit soixante Che-
vaux d'équipage , ne voulut
point demander de Passeports
pour les faire passer à Dinant.
Il aima mieux que les Officiers
fissent fortir les Chevaux qu'ils
avoient, que de se prévaloir de
la convention qui avoit esté fai-
te, d'en faire sortirtcent de la
Garnison. L'on chargea sur un
Bitteau quelques Blessez qui
estoient dans la Ville, lesquels
remonterent le mesme jour à
155
de Namur.
Dinant, & l'on remit aux En-
nemis les clefs des Magasins de
la Ville, dans lesquels on n'a-
voit laissé que tre-peu de cho-
se. A dix heures du matin, Mr
le Maréchal fit rompre le der-
nier Pont de Sambre, & on en
brûla les Batteaux, à la reserve
de deux, qu'on laissa pour re-
passer les Gardes qui estoient
encore dans la Ville. Comme
la cessation d'armes devoit finir
à midy, l'on fit border les Pa-
rapets de la Basse-Ville, croyant
que les Ennemis commence-
roient à tirer; mais l'on demeu-
ra dans l'inaction de part &
d'autre. Chacun travaillant à
ses dispositions, on avoit laissé
les Bourgeois dans une espece
156 Journal du Siege
de negociation avec Mr de Ba-
viere, afin d'obtenir que l'on
n'attaqueroit point la Basse-Ville
ni le Chaſteau par la Ville ce-
dée. Ceux qui avoient crû la
choſe faiſable y furent trompez.
Mr le Maréchal regla la ma-
niere de faire le Service, & l'on
ne fit plus qu'une Brigade de
Dragons. Mr le Comte de Lo-
mont demeura dans la Basse-
Ville avec Mis de Gramont &
de Reignac. Il monta un Bri-
gadier au Chemin-couvert du
Fort Guillaume, & un autre à
la Basse-Ville. Mr de Millan-
court; Lieutenant de Roy du
Chasteau, resta toujours dans
le Chemin-couvert de la Cas-
de Namur. 157
sotte, & Mr le Maréchal se lo-
gea dans un Soûterain le plus
prés de l'Attaque. Mr de Guis-
card se logea aussi dans un autre,
& les Troupes s'accommoderent
des Hangards pour tâcher de se
garantir de la Bombe.
La nuit du 6. au 7. les Trou-
pes du Chemin-couvert de la
Cassotte firent un grand feu sur
la Tranchée des Ennemis, qui
en firent un assez mediocré. Ils
n'avancerent presque pas leurs
Travaux; mais ils firent plusieurs
Batteries. Ils en placerent trois
sur le bord de la Meuse devant
l'enceinte de la Basse-Ville, &
quesques autres à la hauteur de
la Cassotte. On travailla avec
158 Fournal du Siege
beaucoup de diligence à démo-
lir des maisons à la Basse-Ville
pour se faire un Rempart con-
tre l'Artillerie des Ennemis.
Dans le Chasteau on fit des
Boyaux pour communiquer d'un
Poste à l'autre. Pendant ce
temps-là on ne tiroit pas un coup
de Mousquet d'une Ville à l'autre,
& personne n'en sçavoit la
raison.
Le 8. ſe paſsa à peu prés dans
les mesmes occupations. Mr le
Maréchal pourveut Mr de Ro-
gon de l'employ de Lieutenant
de Roy, à la place de Mr Da-
vejan. Une partie du jour il
tomba une grande pluye, dont
on se réjouit beaucoup dans la
de Namun. 159
Place, par l'avantage qu'on en
titoit, en ce que cela fit grossir
la. Sambre qui estoit fort basse.
Le 9. la Sambre crut d'un
pied, & la Meuse de deux; en
sorte que les Guez ne furent
plus pratiquables, & Eon n'ap-
prehenda plus que les Ennemis
pussent les passer pour infulter
la nouvelle enceinte. L'on siap-
perceut qu'ils faisoient passer avec
diligence leur Artillerie entre
Sambre & Meuse, & on eut avis
par un Batelier, que l'on par-
loit dans leut Armée qu'il ve-
noit un Secours, & que le Prin-
ce d'Orange avoit marché avec
plus de trente mille hommes,
pour joindte Mrde Vaudemont.
160 Journal du Siege
L'on n'eur pas de peine à croire
cette nouvelle, parce qu'on
voyoit que les Ennemis ne fai-
soient pas une grande diligence
pour avancer leurs Tranchées.
Mr le Maréchal regla la distri
bution des vivres avec Mr de
Fumeron, & selon la suputation
l'on avoit des Provisions pour
deux mois. On commença à
faire tuer soixante Chevaux, &
on en servit sur la Table de Mr
le Maréchal, qui en mangea le
premier, avec les Officiers prin-
cipaux; ce qui fit qu'aprés cela
personne n'en eut du scrupule.
Les Ennemis titerent quelques
coups de Canon d'une Batterie
qu'ils avoient de l'autre costé de
la Meuse. L'Artillerie & la
de Namür. 161
Mousqueterie du Chasteau fi-
rent un grand feu tout le jour
& la nuit les Ennemis n'avancerent
presque point leurs Tran-
chées.
Le 10. les Ennemis firent deux
nouvelles batteries au delà de la
Meuſe, l'une de huit pieces de
canon, & l'autre de sept mortiers.
Ils tirerent tout le jour sur
le Chasteau, des anciennes batteries
qu'ils avoint de ce coſté-la.
Comme on n'avoit aucune certi-
tude qu'ils 'n'attaqueroient pas la
basse-Ville, Mr de Guiscard fit
demander a parler à Mr le Comte
de Brouay qui commandoit pour
les Alliez dans la Ville cedée. Il
luy demanda une explication sur
162 Fournal du Siege
cet article, à quoy il ne répondit
rien de positif. L'on vit bien
pour lors qu'il n'y avoit aucun
fond à faire sur une parole, qu'ils
avoient donnée, que quand on
ne tireroit point sur la Ville ils
ne tireroient pas sur celle que
l'on gardoit. Cela fit que Mr le
Mareschal ordonna d'y travail-
ler avec diligence. Mrs de Lo-
mont, de Gramont, & de Rei-
gnac se relevoient tour à tour, &
l'un d'eux estoit toûjours présent
sur les ouvrages, qui cependant
ne pouvoient estre bons ny soli-
des, parce que les parapets n'estoient
que de pierres seches, &
des bois du débris des maisons
qu'il fall it abattre pour ce su-
jet. Mr de Reignac commença
de Namur. 1163
aussi à faire retranoher l'Eglise
de Nostre-Dame, & il trouva
moyen de communiquer du Clo-
cher au Chasteau. par un pont
que l'on fit avec bienode da pei-
ne. Depuis la Capitulution de la
Ville cedée, on n'avoit rien com-
pris au dessein des Ennemis sur
l'attaque du Chasteau. Il sem-
bloit qu'ils attendoient liévene-
ment de quelque grosse affaire,
pour se declarer sur l'endroit où
Ils devoient faire lęut priincipale
attaque, & ce jour-à ils n'avan-
cerent que tres peu de leurs tran-
chées de la Cassote. Il firent trois
batteries de canon de l'autre co-
sté de la Sambre au dessous de
l'Eglise Sainte GtOIX. ME le Ma-
reschal qui vouloit estre par tout,
O1
164 Fournal du Siege
donnoit ses ordres sur les mesures
qu'il y avoit à prendre pour faire
une vigoureuse resistance Il pas-
soit une partie des nuits dans les
chemins couverts, où l'on faisoit
toujours un grand feu de mous-
queterie. Le danger auquel il
s'exposoit à tous momens, don-
na lieu à des Dragons & Soldats
de luy présenter un Placet, qui
en substance contenoit, qu'ils
estoient prests d'exposer leurs
vies pour le service du Roy, ma is
que ce qui leur amolissoit le
courage, estoit la etainte qu'ils
avoient de le perdre, prévoyant
bien que s'il luy arrivoit quelque
malheur, cela entraisneroit celuy
de la Place. Mr le Mareschal les
remercia de leur zele, & leur
de Namur 165.
donna quelque argent; mais cela
ne l'empescha point de suivre son-
train ordinaire.
Le II. les Ennemis commen-
cerent dés le point du jour à ti-
rer sut le Chasteau de toutes leurs
batteries, ne fixant aucun point
de vûë. Il y eut plus de soixante
hommes tuez ou blessez. Ils s'at-
tacherent pendant quelque temps
à l'entrée du sousterain de Mr le
Mareschal, où il y eut de ses gens
tuez, & l'on fut obligé d'y
faire un épaulement. Vers le soir
ils tirerent sur la Porte du Port
de Grogneau de la basse Ville, la-
quelle est à la jonction de la
Meuse & de la Sambre. Mr de
Lomont alla au Pont de Meuse,
166 Fenrnaldu Siege
pour parler àlOfficier de la Gar-
de des Ennemis qui occupoit les
deux Tours cedées, & il luy de-
manda si on pouvoit prendre
certe conduite pour une rupture,
sut la parole qu'on avoitdonnée
de ne point tirer sur les deux Vil-
les. Cer Officier répondit qu'il
falloit que ce fust une méprise &
qu'il alloit faire cesset; que nean-
moins il envoyeroit scavoir sur
cela les intentions de Mr de Ba-
viere, & que le lendemain il en
rendroit raison. L'on vit remon-
ter sur la Meuse quelquec blessez
que l'on conduisoit à Dinant.
Les Ennemis ouvrirent deux
Tranchées, l'une vers Salzeine,
& l'autre du costé de la Balance,
ce qui declaroit l'attaque du Fort
de Namur. 167
Guillaume. L'on faisoit toutes les
nuits des sorties sur les Travail-
leurs de la teste de leurs Tranchées,
ce qui les dérangeoit beau-
doup. Ili y avoit déja quelques
jours que Mr le Mareschal n'avoit
eu de nouvelles, il en appeit par
un Sergent Itlandois des Enne-
mis, qui allant de lIAbbaye de
Salzeine à la VVille, ne croyoit
pas que l'on cust des Gardes sur
la Sambre. Harriva dans un Po-
ste que l'on occupoit, & ayant
reconnu ſa béveuë il prit la fuite.
Mr du Couret & un Grenadier
du Dauphn l'ayani joint, le con-
duisiren à Mrl Mareschal On
sceut pat luy que le Prince d'O-
range n'avoit pas voulu estre
témoin du Bombardement de
168 fournal da Siege
Bruxelles, qu'il estoit revenu pour
continuer le Siège, & que Mr de
Baviere estoit party pour se met-
tre à la teste de l'Armée qui de-
voit s'y opposer, & joindre Mr
de Vaudemont.
Le 12. Mf le Mareschal
envoya Mr de Moulinneuf au
Fort Guillaume poury comman-
der. Il montoit tous les jours un
Brigadier au Chemin Couvert,
ce qui rouloit entre Mrs de Saint
Laurent, d'Asfeld, la Badie &
Bragelonne. Il montoit aussi un
Colonel au Chemin Couvert de
la Cassote aux ordres de Mr de
Millancourt, & environ douze
cens hommes à chacune de ces
deux attaques. QL'Artillerie du
Chaſteau
ler
de Namur. 169
Chaſteau démontoit de temps en
temps quelques pieces aux Ennemis,
& faisoit un feu continuel.
Mr de Megrigny estoit toujours
en mouvement pour faire travail.
ler dans les endroits par où il
croyoit que les Ennemis devoient
venir. Mr le Mareschal voulut
faire faire une grande sortie pour
culbuter les Tranchées des Enne-
mis; mais on luy representa quil
falloit conserver les Troupes pour
les coups de main dans l'attaque
des Chemins Couverts. Environ
à neuf heures du matin, les En-
nemis recommencerent a tirer
sur la Porte de Grogneau sans rendre
réponse, ainsi qu'ils avoient
promis. Monsieur de Reignac al.
la parler à l'Officier qui estoit de
P
170 Fournal du Siege
garde aux Tours de Jambe, &
luy dit, que puisqu'il manquoit
de parole on alloit brûler la Ville
qu'ils occupoient. Il s'excusa sur
ce qu'il avoit relevé le Poste ſans
qu'on luy eust communiqué l'en-
gagement dans lequel on estoit,
mais qu'il alloit faire cesser de ti-
rer, & qu'il en donneroit avis à
ses Generaux. Sur les deux heu-
res aprés midy, avant qu'il eust
rendu réponse, toutes les batte-
ries qu'ils avoient de l'autre coſté
de la Meuse, continuerent de ti-
rer ſur la meſme porte. On vit
bien qu'ils se declaroient pour y
faire une attaque. Mrle Mares-
chal vouloit dans ce moment faire
écraser leur Ville par le canon &
les bombes du Chaſteau. On luy
de Namur. 171
representa encore, que l'on n'en
tireroit aucune utilité, attendu
que si on y tiroit, les Ennemis ti-
reroient aussi d'une Ville sur l'au-
tre, & qu'il y avoit quelque mé-
nagement à garder. Il n'a point
esté decidé si cette conduite estoit
bien bonne, mais il est seur que
Mr le Mareschal ne s'y rendit
qu'avec peine. L'Artillerie des
Ennemis tirant par salves, ne
tarda pas d'y faire une bréche, &
comme il n'y avoit aucune def-
fence pour la soûtenir, on travail-
la à se retrancher derrière dans
un terrain fort serré.
Le 13. on continua de se re-
trancher dans la basse-Ville, &
l'on fit plusieurs traverses le long
PI
172 Fournal du Siege
du Rempart de Meuse jusques à
l'Eglise Nostre-Dame, M. le
Mareſchal ayant reſolu de la def-
fendre jusques à la dernière ex-
trêmité; car comme il n'y avoit
point d'eau dans le Chaſteau, on
auroit esté obligé de se rendre
peu de temps aprés la perte de
cette Ville. On y laissa les deux
Brigades qui y estoient. Celle de
Gramont estoit de prés de sept
cens Dragons; & celle de Rei-
gnac d'environ seize cens Sol-
dats. Depuis le point du jour jusques
à la nuit, les batteries des
Ennemis ne cesserent point de
tiier sur l'attaque de Grogneau;
en sorte qu'il y avoit,une brêche
tres-considerable, & par laquel-
le on pouvoit monter facilement.
de Namur. 173
Mr le Comte de Lomont croyant
que les Ennemis donnetoient l'as-
faut, fit coucher les Troupes sous
les Armes, & l'on travailla avec
vigueur à racommoder les Parapets.
Mt de Reignac descendit
pendant la nuit au bas de la bréche,
& fit sonder la Sambre dans
l'endroit où les Ennemis la poit-
voient passer pour monter à l'al-
saut; il ne s'y trouva qu'un pied
& demy d'eau. Ils avoient aussi
battu la premiere branche droite
du Fort Guillaume avec les bat-
teries de Sainte Croix. Celle de
la teste de leurs Tranchées sur
les hauteurs du Chaſteou avoit
fait bréche à la Redoute de la
Cassotre. Les Troupes des Che.
mins Couverts faisoient un si
Piij
174 Fournal du Siege
grand feu, qu'ils n'avançoient que
tres-peu leurs travaux aux trois
attaques qu'ils faisoient de ce co-
ſté-la.
Le 14 le feu de l'Artillerie des
Ennemis recommença de toutes
parts avec une grande violence
Ils ouvrirent la Bréche de Gro-
gneau par la droite & par la gau-
che pour y monter avec un plus
grand front. A midy elle fut aussi
grande & aussi praticable qu'ils
le pouvoient desirer. Ensuite ils
tirerent dans les endroits qui la
pouvoient proteger, & raserent
une partie des maisons voisines.
Sur le soir on vit quelque mou
vement de Troupes dans la Ville
des Ennemis. Cela fit croire qu'-
de Namur. 175
ils ſe disposoient à donner un as-
saut. Ils baisserent le Pont-levis
de la Porte de Graver, qui re-
garde la bréche. Les Troupes
prirent les Armes, & chacun se
rendit au Poste qui luy estoit dé-
signé. L'on demeura dans cette
situation jusques au lendemain,
que l'on vit que les Ennemis ne
vouloient rien entreprendre. Hs
pousserent leurs Travaux de l'attaque
de la Cassotte, & tirerent
une parallele pour joindre l'atta-
que de la droite du Fort-Guillau-
me. Mr le Mareschal fit comman-
der les Troupes qu'il jugeost ne-
cessaires pour faire une sortie, la
disposition en estoit mesme faite,
mais Mr de Megrigny luy repre-
senta encore qu'il falloit conser-
Piii
176 Fournal du Siege
ver les Troupes, afin de faire des
actions de vigueur, à la deffense
des Chemins couverts, & son
sentiment fut suivy. Les Enne-
mis jetterent une si grande quan-
tité de bombes que l'on ne sçavoit
où se mettre à couvert. Ils
avoient des mortiers en differen-
tes batteries, qui se croisoient de
maniere qu'on ne pouvoit pren-
dre aucune mesure pour s'en garantir
On avoit estably un Hos-
pital dans la maison du Gouver-
neur, où il y avoit deux cens
blessez qu'il fallut descendre dans
la Ville, parce que les Chirurgiens
n'estoient pas en seureté
pour les panser, & ils furent mis
dans l'Eglise Nostre Dame.
de Namur. 17
Le 15 l'on s'attendoit que les
Ennemis donneroient l'assaut à
la basse-Ville, & rien ne les en
empeschoit. Il y avoit soixante
toises de bréche. Ils pouvoient
passer la Sambre avec facilité, &
avoient un grand terrain pour
se mettre en bataille au sortir de
l'eau. Mr de Megrigny fit travail-
lerien toute diligence à baricader
les ruës avec des tonneaux rem-
plis de terre. Mr le Comte de
Lomont dressa avec Mr de Rei-
gnac un projet pour la distribu-
tion des Troupes & ce fut à peu
pres de cette sorte. La Compa-
gnie de Grenadiers de Dragons
de Quélus commandée par M.
d'Antigny, & celle de Siinte
Hermine commandée par le Mar-
178 Fournal du Siege
quis de Maury, devoient se jetter
sur la brêche au moment que
les Ennemis sy présenteroient,
& au cas qu'elles y fussent for-
cées, Mr de Reignac devoit y
marcher avec les Compagnies de
Grenadiers des Regimens de
Hainault & d'Illiers, derriere la
traverſe de l'Hoſpital, la Com-
pagnie des Grenadiers de Courten
vis-à-vis de la bréche dans
un petit terrain, trente hommes
qui auroient vû les Ennemis de
revers, & qui devoient porter
leur feu jusqu au milieu de la bré-
che. Dans la ruë qui tombe au
milieu de la bréche, on y mit
la Compagnie des Grenadiers du
Regiment de la Marre, pour oc-
cuper deux traverses qui bar-
179
de Namur.
toient cette ruë. Dans une petite
place derriere il y avoit cent hom-
mes détachez, dont une partie
devoit occuper les fenestres des
maisons qui emfilent la mesme
ruë. Cette avenuë estoit aux or-
dres d'un Lieutenant Colonel.
La gauche de la brêche estoit
deffenduë par la Compagnie de
Grenadiers de Dragons de Gramont,
commandée par le Comte
de Reſnel, estant soûtenuë par
celle de Dragons du Roy, com-
mandée par Mr de Givry, &
dans une petite fausse Braye où-
estoit la Poissonnerie, l'on y mit
la Compagnie de Grenadiers du
Regiment de Solre. Mr de Gra-
mont soûtenoit cette attaque
avec le corps des Dragons. Il y
180 fournal du Siege
avoit sur la Place deux cens hom-
mes détachez où se devoit tenir
Mr le Comte de Lomont & M.
de Rogon, afin de se porter dans
les endroits qui pourroient estre
forcez. Les Bataillons de la Bri-
gade de Mr de Reignac de voient
loûtenir la droite, celuy de Hai-
nault occupoit la Traverſe du
Cimetiere Nostre-Dame; celuy
de Solre devoit se tenir dans la
ruë de Bulley ; les deux de la
Marre & d'Illiers, devoient bor-
der le Rempart de Meuse, la
moitié de celuy de Courten gar-
doit les ouvrages de la Porte de
Bulley, & l'autre fut postée au
bout du Pont de Meuse pour voir
les Ennemis de flanc. L'on de-
meura seize heures sous les armes
181
de Namur.
attendant de moment à autre de
voir venir les Ennemis. Pendant
ce temps Mr le Mareschal vint a
tous les Postes, exhortant chacun
de bien faire son devoir. Il vouloit
meſme demeurer pour se
trouver à l'action, mais on luy
dit que les Ennemis en donnant
l'aſſaut à la Baſſe Ville, ne manqueroient
pas d'attaquer en mes-
me temps les Chemins couverts
du Fort Guillaume Cela le dé-
termina de monter au Chasteau,
aux attaques duquel les Ennemis
n'avoient pas beaucoup avancé
leurs ouvrages. La journée ſe
passa dans un grand feu d'Artil-
lerie. Les Ennemis ne tirant pres-
que plus sur la bréche de Gro-
gneau, sattacherent à rompre
182 Journal du Siege
l'Escalier qui monte de la Ville
au Chasteau. Ils battirent aussi
une des grosses Tours du Don-
jon dans laquelle estoit le Ma-
gasin à poudre. Sur le soir com-
me l'on s'attendoit à une grosse
action, il survint une grande
pluye qui dura toute la nuit, ce
qui dérangea beaucoup les Enne-
mis, ayant un pied d'eau dans
leurs Tranchées, & estant mesme
obligez de se mettre en bataille
sur le revers. Une bombe tirée
du Fort Guillaume par Mr de
Marcilly, mit le feu dans les pou-
dres de leurs batteries de Sainte
Croix, ce qui fit qu'ils furent
quelques heures sans tirer.
Le 16. la pluye continua tout
de Namur. 183
leljour, & avant huit heures du
matin les Rivieres estoient crues
d'un pied & demy, ce qui ten-
dit l'attaque de Grogneau moins
accessible, & le soir elle fut pres-
que impraticable. Le mauvais
temps empescha l'artillerie des
Ennemis de faire un feu aussi vif
qu'à l'ordinaire, mais en revan-
che elle tira toute la nuit. Les
Tranchées ne furent presque
point avancées. L'on continua de
faire faire un giand feu aux Trou-
pes des Chemins couverts. M.
de Moulinneuf reçût une contu-
sion à la teste, & une legère bles-
sure au bras, ce qui ne l'empes-
cha point d'agir. Mr de Brage-
lonne estani dans le Chemin cou-
vert avec Mr le Mareschal, y fut
184 Fournal du Siege
blessé, ainsi que quelques autres
Ofnciers.
Le 17. l'on s'apperceut que
les Ennemis en usoient de mau-
vaise foy en tout ce qu'ils avoient
promis, car ils commencerent à
faire quatre batteries dans leur
Ville pour battre la face du Chasteau
qui la regarde. Ils avancerent
leurs Tranchées assez prés
du Chemin couvert du Fort
Guillaume, & firent une nou-
velle batterie de l'autre costé de
la Meuse qui voyoit l'Escalier du
Chaſteau par l'enfilade d'une ruë
de la baſse-Ville. C'estoit la ſep-
tième qu'ils avoient pour lors de
ce costé-la. Elles tirerent toute
la journée dans la communica-
de Namur. 185
tion de l'Escalier, & dans les
fausses Brayes qui regnent depuis
le Donion jusques à l'angle du
demy-Bastion gauche-de Terra
Nova, & abbatirent les maisons
des environs de la bréche de
Grogneau, & celles qui leut em-
pêchoient la vuë de l'Escalier. Il y
avoit toûjours trois cens hommes
détachez pour travailler à la reparation
des traverses, & a percer
des maisons pour communi-
quer à la bréche sans passer dans
les rües.
Le 18. les quatorze Batteries
que les Ennemis avoient autour
de la Place, tirérent dés le point
du jour, & ne cessérent qu'à la
nuit. On n'a jamais vû un si grand
186 fournal du Siege
bouleversement, on n'estoit en
seureté dans aucun endroit. Au
travers de tout ce danger Mr
le Mireschal visitoit les Pos-
tes d'un aussi grand sang froid
que s'il n'y avoit eu aucun peril.
Cependant il y avoit tres-souvent
des gens emportez à ses coſtez.
On n'estoit pas bien reçû lors
qu'on l'exhortoit de ne pas s'ex-
poser de la manière qu'il faisoit.
Comme on l'avoit empesché de-
puis trois jours de faire la sortie
qa'il avoit projettée, il prit enfin
la resolution de la faire, & en
voicy la disposition. Il fit com-
mander six- vingt Dlagons à
cheval qui furent separez en deux
Troupes, l'une commandée par
le Chevalier de Jau, Capitaine
de Namur. 187
au Regiment du Roy, & l'autre
par un Capitaine du Regiment
d'Asfeld, le tout mené par Mr
de Martinet, Lieutenant Colonel
du Regiment du Roy, &
par Mr Collard, aussi Lieute-
nant-Colonel de Dragons. Ces
deux Troupes devoient sortir par
la Porte du secours, & couler a
la droite du Fort Guillaume,
pour entrer dans la Prairie de
Salzeine, où les Ennemis avoient
une Garde de Cavalerie, qui sou-
tenoit leur Tranchée, la teste de
laquelle de voit estre attaquée par
quatre Compagnies de Grena-
diers, commandees par Mr de
Conche, Capitaine au Regiment
Dauphin, soutenues par un autre
gtos détachement que devoit
Qij
188 Fournal du Siege
mener Mr de Monbron, lequel
ne put agir Mr de Martinet char-
gea les Ennemis, & renversa
leurs Escadrons. Au bruit de
l'escarmouche, leur Infanterie
abandonna la Tranchée, & les
Grenadiers les suivirent, faisant
un grand feu sur eux. La nuit
estant fort obscure, les Troupes
de la sortie ne purent se rallier.
Les Ennemis estant venus avec
des Troupes nouvelles. se meslérent
avec celles de la Place, &
marchérent ensemble sans se re-
connoistre, jusqu'au dessous du
Fort Guillaume, où de part &
d'autre on s'apperçeut de la mé-
priſe Aprés s'eſtre tiré pluſieurs
coups, les Ennemis se retirérent
ayant laissé plusieurs des leurs sur
de Namur. 189
la Place, avec cinq ou six Prison-
niers. Mr le Chevalier de Jau y
fut tué, aprés avoir rompu un
Escadron des Ennemis. Le Capitaine
d'Asfeld fut aussi tué
avec six Dragons & deux Grena-
diers. L'on auroit tiré de plus
grands avantages de cette fortie, si
les Ennemisn en eussent pas esté
avertis par des Deserteurs, mais
ils estoient sur leurs gardes. Si tost
que l'action fut finie, ils rentré-
rent dans leurs Tranchées, & la
poussérent prés de quarante toi-
ses, sans que l'on s'en apperçust.
Mrle Mareschal qui estoit à l'an-
gle du chemin couvert, manqua
d'y eſtre tué. Du coſté de la biſſe
Ville on commença à se mettre
dans les caves; les maisons estant
190 Journal du Siege
brisées, on ne pouvoit plus les
habiter.
Le 19. ſe paſſa comme le jour
precedent, c est à dire par un feu
continuel de la part des Ennemis.
Geluy de la Place commença à
se ralentir; toutes les embrasures
estoient rompues, & une partie
des pieces démontées. Mr le Ma-
reschal qui voyoit bien que dés
que la Sambre deviendroit gaya.
ble, les Ennemis ne manque-
roient pas de donner un assaut
general à la basse Ville, en fit
retirer le Magasin des palissades,
& les fit porter au Fort Guillau-
me. Mts d'Entragues & du Cou.
ret y furent occupez toute la
nuit. On ne laiſſa pas de travail-
de Namur- 191
ler toujours à se retrancher, Mr
de Reignac prenant le soin de la
droite, & Mr de Gramont de la
gauche. Mr de Moulinneuf tra-
vailla aussi dans le Fort Guillaume
à le mettre dans le meilleur estat
qu'il estoit possible. L'on payoit
regulierement les Travailleurs
mais le Soldat qui avoit de l'ar-
gent, n'avoit nul moyen de s'en
servir ; ils avoient une livre &
demie de pain par jour, & une
demie de chair de cheval, & autant
de viande sallée. Cela ne
faisoit de peine à personne, &
l'exemple de Mr le Mareschal
ostoit la répugnance qu on auroit
pû avoir d'en manger.
Le 20. l'Artillerie des Enne-
192. Journal du Siege
mis tira de la même maniere. Ils
joignirent leurs deux attaques du
Chaſteau par une parallele qui
embrassoit les chemins couverts
du Fort Guillaume & de la Cas-
sotte Mr de Moulinneuf, qui
avoit bien prévû qu'ils fetoient
ce travail, fit faire toute la nuit
un grand feu de mousqueterie,
& tirer huit pieces de canon à
cartouche dans la jonction des
deux boyaux, ce qui fit, que les
Ennemis y perdirent quantifé de
monde. Le marin, Mr de Mil-
lancourt fut blessé au bras & à
la teste, d'un éclat de bombe; Il
y avoit vingt jours qu'il estoit
dans le chemin couvert, y servant
avec beaucoup de distin-
ction. Mr le Maréchal envoya
chercher
de Namur. 193
chercher Mr de Rogon, qui fai-
soit les fonctions de Lieutenant
de Roy de la Basse Ville, pour
le mettre en la place de Mr de
Millancourt. Les batteries que
les Ennemis avoient faites dans
leur Ville, furent achevées, &
ils en commencerent une sur la
courtine joignant la porte de
Gravet, pour voir à revers toute
la courtine de Meuse, & rompre
les traverses qu'on y avoit faites.
La Garnison vit bien de quelle
consequence cela estoit; nean-
moins ny Officiers ny Soldats ne
marquerent d'inquietude &
comme cela regardoit directe.
ment le costé que Mr de Reignac
de voit défendre, il travailla avec
un grand somn à trouver des
R
194 Fournal du Siege
moyens de mettre ses Troupes
a couvert, mais il estoit presque
impossible; & quoy qu'il fust
malade par la fatigue de cinquan-
te jours de Siege, il ne laiſsa pas
d'agir nuit & jour. On estoit tres-
embarassé pour mettre les pou-
dres en seurété. Mr le Comté
de Lomont fit accommoder des
caves pour les y placer. Il parut
qu'il estoit arrivé un Corps de
Troupes aux Ennemis, & un
grand convoy, avec quarante
pieces de canon & dix mortiers.
Le 21. les Ennemis ne tirerent
point de canon jusqu'à sept heu-
res du matin; & comme on vit
faire plusieurs mouvemens
de Namur. 195
leur Cavalerie, & que presque
toute leur Infanterie estoit en
bataille du coſté de la Hesbée
on crut que le secours paroissoir,
& que l'on estoit au moment
d'une Bataille; mais on fut bien
surpris de voir faire une salve
aux Ennemis de toute leur Artillerie,
qui devoit estre pour
lors de prés de deux cens canons
ou mortiers. Ils en avoient placé
dans tous les jatdins de leur
Ville qui pouvoient découvrir le
Chasteau, & l'on comptoit qu'il
y avoit vingt Batteries, Comme
on n'avoit jamais entendu un si
grand bruit, les Soldats & Dra-
gons marquerent d'abord quel-
que consternation. Mr le Ma-
réchal affecta de se montrer par
Rij
196 Fournal du Siege
tout, pour les rassurer, & les
exhorter à soutenir le danger
avec fermeté. Le Chevalier de
Bouflers, son proche Parent, le
seul qui portoit son nom, & qui
loy ſervoir d'Aide de Camp, fut
tue a ses costez. Il fit débarasser
tous les soutertains pour mettre
les Soldats à couvert, & ne voulut
garder pour luy qu'un seul
endroit pour mettre un matelas.
Ce grand feu continua jusqu'à
la nuit avec tant de violence, qu'à
peine pouvoit-on s'entendre; &
l'air estoit obscurcy de la fumée.
Prés de deux cens hommes fu-
rent tuez ou blessez pendant ce
jour. Il n'y eut cependant d'Of-
nciers de consideration que Mr
de Caubet, Major du Regiment
de Namur. 197
de Dragons de Langledoc, qui
avoit servi avec uhe grande dis-
tinction depuis le commence-
ment du Siege. Mr le Maréchal-
ordonna que l'on tirast toute l'Ar-
tillerie du Chaſteau sur leur Ville.
mais celle des Ennemis imposa
ſilence à une partie des pieces,
qui furent démontées. La ma-
niere dont ils se servoient pour
ce Siege surprit bien des gens, &
particulierement Mr de Megri-
gny, qui avoit donné toutes ses
atrentions à fortifiet les endroits
par où naturellement ils devoient
fairelleur attaque. Il parot qu ils
ne vouloient point s'attachen à
la Cassotte, ny au front du Fort
Guillaume, & ils continuerent
de battre en bréche la première
Riij
198 Fournal du Siege
& seconde branche droite, & la
contre-garde de la troisiéme de
ce mesme Fort. Ils battirent aussi
en breche la branche du demi-
Bastion bas de l'Ouvrage de Terra-
nova, ruinerent tous les para-
pets, & rompirent une partie
des communications de la Basse-
ville au Chasteau. Toute la nuit
on travailla à déblayer les dé-
combres des bréches, & à plan-
ter une double pal ffade auxche-
mins couverts du Fort Guillau-
me & de la Cassotte.
Le 22. il n'y eut aucun chan-
gement sur le feu de l'Attillerie
des Ennemis, qui fut aussi vio-
lent que le jour précedent.
Tous les Officiers & Dragons
de Namur. 199
qui avoient des chevaux, les
abandonnerent, les magasins de
foin ayant esté entierement brû-
lez. Les bombes en tuerent une
grande partie; l'on en distribua
aux Troupes, & l'on en salla pour
leur donner dans la suite Les
fours où l'on cuisoit le pain fu-
rent en partie enfoncez. Mr de
Fumeron fit travailler avec dili-
gence à en construire d'autres,
& l'on se servit de ceux que
l'on trouva en estat dans la Basse
ville Le Commandant du Regi-
ment de Maule vrier eut la cuisse
emportée, & plusieurs Officiers
subalternes furent tuez ou blessez.
Comme la Sambre commençoit
a estre gayable, Mr de Lomont
redoubla ses soins sur les précau-
Rgii)
200 Journal du Siege
tions qu'il devoit prendre pour
soutenir une grande action à la
breche de Grogneau. Mr de
Reignac fit faire une traverse
au devant de celle de l'Hôpital,
laquelle estoit à l'épreuve du
canon, afin d'y pouvoir tenir
& arrester l'Ennemi, au cas que
l'on fuſt forcé à la bréche.
Le 23. les Ennemis tirerent de
la meſme maniere. Il y avoit
pour lors cinq btéches conside-
rables, & par lesquelles on pou-
voit monter, une à la basse Ville,
trois au Fort Guillaume, & l'au-
tre à la Cassotte. Mr de Moulinneuf,
qui se voyoit au moment
d'estre insulté dans ce Fort, n'ou-
blia rien de tout ce qui se pou-
de Namur. 201
voit faire pour s’y bien défendre.
La Brigade du Dauphin qu'il
avoit avec luy, n'ayant pû ſou-
tenir le feu de l'Artillerie des
Ennemis dans ce poste, demanda
à estre relevée. Mr le Maréchal
y fit monter la garde par déta-
chement, & il y avoit tous les
jours un Brigadier.
Le 24 les Ennemis retirerent
presque toute l'Artillerie qu'ils
avoient au delà de la Meuse, &
continuerent avec la mesme fu-
rie à tirer de toutes leurs autres
Batteries. Il y avoit quelque
temps qu'ils n'avançoient point
leur tranchée, mais en plein jour
ils y travaillerent avec beaucoup
de vigueur, poussant devant eux
202 Fournal du Siege
des ballots de laine, pout parer
les coups de mousquet qu'on leur
tiro it du chemin couvert du Fort
Guillaume. On ne put les em-
pêcher de l'embrasser du coſté de
Salzeine. La Batterie du Bastion
de Graver rompit la communi-
cation de l'Escalier du Chasteau,
& le pont que Mr de Reignac
avoit fait faire pour communi-
quer du Clocher Nostre Dame
à ce Chasteau. Mr de Guiscard
visita les retranchemens de la
baſſe Ville, & les trouva dans la
derniere perfection. On vit faire
de grands mouvemens à toute
l'Armée des Ennemis. Cela
donnoit quelque esperance pour
le secours que l'on avroit esté
bien-aise de voir arriver. Depuis
de Namur. 203
qn'ils avoient redoublé leur Artillerie,
il ne ſe paſsoit point de
jour que l'on ne perdist soixante
ou quatre vingt hommes. Le
premier Capitaine du Regiment
de la Marre fut tué d'un coup de
canon. Pendant la nuit, ils tra-
vaillerent fortement à leurs tran-
chées, qu'ils poussoient vers les
Briquerres devant la porte du
bord de l'eau. Ils avancerent aussi
celles de la Cassotte. L'on fit un
feu continuel du chemin couvert,
qui leur tua bien du monde.
Comme la Lune estoit claire,
leur Artillerie tira toute la nuit,
& ils jettoient jusqu'à trente
Bombes à la fois. Mr le Maréchal,
qui estoit presque toujours
dans les dchors, contribua par
204 Fournal du Siege
sa preſence à la fermeté que les
Troupes témoignoient dans cet-
te occasion. Mr de Guiscard vi-
sitoit regulierement les postes
une fois par jour, & Mr de Me-
grigny estoit toujours en mou-
vement, assisté par Mr Dérigny,
principal Ingenieur, qui agissoit
avec beaucoup d'application.
Le 25. il parut que les Ennes
mis avoient encore augmenté
leurs Batteries dans leur Ville,
cat dés le point du jour ils tire
rent par salves, & avec tant de
promptitude, qu'il n'y avoit point
d'inter vale. Ils jetterent beaucoup e
de Carcasses, pots à feu, & bom-
bes dans la basse Ville. Toutes
les brêches estoient insultabl,
de Namur. 205
& lon navoit que les Chemins
a couverts dans lesquels on pouvoit
tenir, mais il eſtoit à craindre
que lors qu'on les attaqueroit on
n'emportast en mesme temps le
Fort Guillaume. Mr le Mares-
chal prenoit toutes les précau-
tions imaginables. Comme tout
dépendoit de la fermeté des Trou-
pes dont une partie des meilleu-
res estoit perie, & que le reste se
trouvoit dans un mauvais estat
tant parce qu'elles ne reposoient
point à cause de l'effet des bom-
bes, que parce qu'elles commen-
çoient à souff ir par la mauvaise
m nourriture, il se trouvoit dans
de grandes perplexitez. Cepen-
dant il ne témoignoit point son
inquietude, & se montroit par
206 Journal du Siege
tout avec un visage tranquile.
Les gens à qui il se confioit le
plus connoissoient bien ce qui se
passoit dans son esprit. Pendant
tout le jour on vit arriver des
Troupes aux Ennemis du costé
de la Condros. Ils occuperent
avec quatre ou cinq cens hom-
mes le Fauxbourg de la Plante
devant la Porte de Bulley, &
firent un grand feu sur un Poste
que l'on occupoit à my coſte du
Chemin couvert de la Cassotte.
Mr le Mareschal ne voulant pas
les y laisser establir, manda à M-
le Comte de Lomont de faire
faire une sortie par la Porte des
Bulley pour les en chasser, &
que dans le mesme temps que
les Troupes de la basse-Ville
de Namur. 207
commenceroient à charger, M-
de Megrigny qui estoit dans le
Chemin couyert de la demy-Lu-
ne calemattée, feroit descendre
deux cens Grenadiers pour les
prendre en flanc. Cela fut fort
bien executé de part & d'autre.
Mr le Comte de Lomont ayant
fait commander deux cens Grenadiers
ou Dragons, Mr de Rei-
gnac les fit passer pat le Chemin
couvert de cette Porte de Bulley,
& les divisa en trois Troupes,
l'une commandée par Mr de la
Borie, Capitaine des Grenadiers
du Regiment de Hainault, qui
devoit suivre le grand chemin
de Dinant. Mr de Givry, Capitaine
de Dragons au Regiment
de Quélus, paſsa dans les jardi-
208 Journal du Siege
nages du Fauxbourg avec la se-
conde, & le Capitaine des Grenadiers
du Regiment d'Illiers
marcha le long de la Meuse avec
la troisiéme. Mr de Cochardiere
estoit sur le tout, cela ne ſe put
faire si promptement que les En-
nemis ne s'en apperceussent. Ils
prirent des Postes avantageux
pour se deffendre, mais on les
attaqua si vivement, qu'ils pri-
rent la fuite, laissant quarante
morts sur la place, & vingt-trois
prisonniers. Mr de Cochardiere,
commandant le Regiment de
Quélus, s'en acquitta tres-digne-
ment. L'on apprit par ces pri-
sonniers qu'ils estoient des Trou-
pes de Hessen, venuës nouvel-
lement d'Allemagne, & que le
de Namur. 209
secours estoit fort proche. Les
Ennemis avancerent de quelques
toises leurs tranchées du coſté de
la Sambre, & vers les neuf heu-
res du soir ils firent descendre
des batteaux le long de cette Ri-
viere, sur lesquels ils avoient
embarqué des Grenadiers qui a-
borderent à la Redoute que l'on
occupoit à la droite de la Porte
du bord de l'eau, laquelle est de.
tachée de tous les ouvrages. Ils
jetterent un Pont de Clayes sur
le fossé de la gorge, & s'en rendirent
maistres, sans que l'Offi-
cier qui y commandoit pust faire
la moindre resistance, parce qu-
il estoit dans une galerie dont la
communication avoit esté cou-
pée par une batterie que les En-
S
210 Journal du Siege
nemis avoient mise sur le Rempart
de la Ville. Il fut fait pri-
sonnier avec quinze hommes qui
estoient avec luy. Ce poste fer-
moit entierement la ligne des
Ennemis jusques à la Sambre.
Quoy que leur Artillerie tirast
toute la nuit, Mr le Mareschal
ne laissa pas de visirer toutes les
brêches. Mr de Moulinneuf qui
commandoit dans le Fort Guil-
laume, eut la jambe cassée auprés
de luy, & il en mourut quelques
jours aprés, ce qui fut une veri-
table perte, car outre qu'il ser-
voit avec toute la vivacité ima-
ginable, Mr le Mareſchal ſe re-
posoit beaucoup sur luy pour la
deffense de ce Poste. Cela fit
changer l'ordre du service, Mt
de Namur. 21I
de Princé fut mis dans ce Fort
pour le détail de la Place, sous
les ordres du Brigadier qui montoit
au Chemin couvert. L'on
fit aussi monter un Brigadier a
celuy de la Cassotte.
Le 26 se passa en salves con-
tinuelles de l'Artillerie des En-
nemis. Ils continuerent de jetter
une prodigieuse quantité de carcasses,
pots à feu & bombes dans
la basse-Ville. Presque toutes les
massons furent ren versées, & ja-
mais l'on ne vit rien de si pitoyable
que le desordre où se
trouverent les Soldats qui es-
toient aux Hospitaux, lesquels
estoient entierement enfoncez.
L'on en voyoit, à qui on avoit
S1)
212 Fournal du Siege
coupé des bras & des jambes, qui
rampoient pour se garantir de
l'incendie. Mr le Comte de Lo-
mont donnoit tous ses soins pour
y remedier, mais comme la plus
grande partie des Chirurgiens
avoient eſté tuez, on ne sçavoit
comment les faire panser. Les
bombes renverserent aussi une
partie des traverses que l'on avoit
faites le long du Rempart de
Meuſe, & du costé de la Sambre.
Ces Rivieres estoient fort basses,
& on n'avoit de ressource pour
se garantir d'une insulte, que de
soûtenit un assaut l'épée à la
main, n’y ayant pas un seul flanc
d'où l'on pust tirer un coup de
mousquet. Le Fort Guillaume
estoit ouvert en trois endroits,
de Namur. 2
& l'on pouvoit monter un Ba-
taillon de front par chaque bré-
che. La branche du demy- Ba-
stion bas de Terra Nova estoit
renversée, & l'on battoit les petits
ouvrages qui tombent en am-
phiteatre jusques à la Riviere,
en sorte que les Ennemis pou-
voient attaquer le Fort Guillau-
me, Terra Nova, la basse-Ville,
& le Chemin Couvert de la Cassotte
tout à la fois. Un autre que
Mr le Mareschal auroit marqué
de l'inquietude, mais il donnoit
ses ordres sans qu'il parust avoir
de la crainte du danger qu'il y
avoit, & l'on estoit toûjours dans
l'attente d'estre attaqué. Il divisa
Mis les Officiers Generaux dans
toutes les attaques. Mt de Gra-
214 Fournal du Siege
mont raſta à la basse-Ville a vec
Mr le Comte de Lomont. Mide
Reignac monta au Chemin cou-
vert de la Cassotte avec trois
Lieutenans Colonels, & Mr de
la Badie à celuy du Fort Guillau-
me. La nuit ſe paſſa ſans aucune
entreprise de la pirt des Ennemis.
Ils pousserent leurs Tran-
chées vers la redoure de la Sam-
bre, & ils mirent encore cinqe
pieces de canon en batterie sur
le Bastion de Graver pour achever
de ruiner les épaulemens
qu'on avoit faits à la bréche de
Grogneau. Mr de Megrigny tra-
vailla à reparer les bréches du
Fort Guillaume, & à se retrancher
derriere celle de Terra No-
va. Mr de Courcelle, Capitaine
de Namur. 215
des Grenadiers du Bataillon des
Fusilliers, fut tué à l'angle Sail-
lant droit du Chemin couvert de
ce Fort. Sur le minuit on enten-
dit plusieurs coups de canon vers
le defilé du Mazy, sans que l'on
pust sçavoir pour lors ce que
c'estoit.
Le 27. les décharges de l'Ar-
tillerie des Ennemis continue-
rent de la mesme force. Celle de
la Place tira toûjours sur leur
Ville, & les bombes écraserent
plusieurs maisons. L'on vit un
grand mouvement dans leur Ar-
mée, laquelle quittoit le costé de
la Condros, & prenoit le grand
chemin de Bruxelles. Toute la
Garnison commença à se réjouir,
216 Journal du Siege
sut ce qu'on ne doutoit plus du
secours. Ce qui le faisoit conjec-
turer, c est la précipitation avec
laquelle les Ennemis poussoient
leurs Travaux. Mrde Saint Lau-
rent monta a la Cassotte, M-
de Gramont au Fort Guillau-
me, & Mr de Reignac à la basse-
Ville. Sur les dix heures du
soir, J'on apperceut un hom-
me proche la bréche de Terra
Nova. Comme on croyoit quil
estoit venu pour l'examiner,
Mr de Sainte Hermine estant à
la Porte du bord de l'eau avec
son Regiment, fit avancer qua-
tre Dragons pour tirer sur luy,
mais il cria qu'il se presentoit
pour parler à Mr le Marechal.
Oni luy jetta une corde, & on
le
de Namur
217
le monta à la basse-Ville. Il dit
qu'il estoit François, qu'il fer-
voit un homme a Mr de Baviere,
qu'il estoit bien-aise d'avertit que
dans peu on seroit secouru, &
que l'Armée de France estoit à
la hauteur du Mazy. Les Ennemis
continuerent leurs travaux
pour joindre la Sambre, & leut
Artillerie tira comme le jour.
Le 28. l'on fut surpris de ce
que l'Artillerie des Ennemis
pouvoit tirer, car les pieces de-
voient estre éventées; cependant
on n’y reconnut aucun
changement. Il sembloit même
qu elle estoit encore mieux servie,
& il falloit qu'ils en eussent
une prodigieuse quantité, pour
Journal du Siege
218
changer celles qui ne pouvoient
plus fervir. Jusques alors on en
avoit ignore le nombre, mais
un Officier de leurs Troupes , à
qui on parla, dit qu'ils avoient
plus de deux cens canons ou
mortiers en batterie, Sur le midy
Mr de Reignac fut avery qu'il
paroissoit une flote de Batteaux
jui descendoient à la Ville. L'on
crut que c'estoit des. Troupes qui
venoient debarquer à la brêche
de Grogneau. Il en donna avis
à Mr le Comte de Lomont, qui
fit prendre les armes, & chacun
occupa son poste. Mr de Reignac
ſoitit bors de la porte de Bulley.
pour les teconnoiſtre. Un Bate-
lier avoit averty que c'estoit dix-
neuf Batteaux que l'on avoit
de Namur. 219
fait descendre de Dinant & de
Givet, pour le transport des Bles-
sez qu'on avoit laissez dans la
Ville, suivant la Capitulation,
lesquels contre la bonne foy,
avoient esté arrestez pendant
seize jours, ce qui fit qu'on les
laissa passer. Les Ennemis ne fi-
rent pas beaucoup d'ouvrages à
leurs tranchées, & l'on vit bien
par leurs mouvemens qu'ils ne
vouloient pas hazarder un assaut
avant la décision de l'action à la.
quelle on s'attendoit pour le se-
cours. Ils firent une batterie de
dix pieces de canon à my-coſte
du Chemin couvert de la droite
du Fort Guillaume, qui battoit la
Porte du Secours, afin de ruiner
la défense du flanc qui voyoit la
TI
220 Fournal du Sirge
bréche de la branche du demy-
Bastion de Terra Nova, qui n'en
est qu'à la portée du pistolet. Elle
battoit aussi la face de ce demy-
Bastion Mr de Megrigny fit tra-
vailler à des Fougaces sous le dé-
bris des brêches. Les Officiers
commencerent à murmurer de
ce que Mr le Maréchal s'exposoit
trop, & luy representerent que
le ſalut de la Place toulant sur sa
ſeule personne, il estoit du sei vi-
ce du Roy qu'il se conservast da-
vantage. Cependant il ne laissa
pas de visiter les postes à l'ordi-
nairc. Mr d'Asfeld monta au
Fort Guillaume, Mr de la Badie
au Chemin couvert de la Cassot.
te, & Mr de Reignac resta à la
basse-Ville avec Mr de Lomont,
de Namur. 221
pout y achever les retranchemens
qu'il, y avoit fait faire, lesquels
estoient détruits en partie
par le canon & les bombes.
Le 29. on vit passer un grand
Convoy qui alloit à l'Armée du
Prince d'Orange, laquelle s'estoit
rapprochée de la Place. L'on
ne sçavoit où estoit celle de Mr
le Maréchal de Villeroy, dont
on n'avost eu aucun avis depuis
le 25. de Juillet. La brêche de
Tetra Nova, qui estoit le corps
de la Place, attendu que l'on ne
pouvoit plus le retirer dans les
deux petites envelopes, estoit si
grande & si accessible que l'on-
estoit dans la crainte diy estre
emporté, si les Ennemis don-
Tiij
111 Fournal du Siege
noient un assaut; mais l'on ne
pouvoit s'imaginer qu'ils deus-
sent y venir, la teste de leur tran-
chée en estant encore à plus de
trois cens toises. Mr de Megri-
gny fit abattre un corps de Ca-
sernes pour continuer le retran-
chement derrière cette bréche.
C'estoit un ouvrage difficile à
cause du grand feu d'Artillerie
que les Ennemis faisoient jour
& nuit dans cet endroit. Mr le
Mareschal qui prévoyoit ce qui
arriva le lendemain, voulut faire
une disposition generale, &
mettte des Commandans avec
des Troupes fixes à toutes les
attaques, afin que chacun re-
connust son terrain, & qu'on s'y
accommodast pour attendre les
de Namur 22
Ennemis. L'execution en fut dif-
ferée, à cause que l'on assuira
qu'il n'estoit pas possible qu'ils
pussent partir de si loin pour ve-
nit a l'assaut, & bien des gens
estoient de cette opinion: Mr de
Saint Laurent monta au Chemin
couvert de la Cassotte, Mr de
Reignac a celuy du Fort Guil-
laume, & Mr de Gramont à la
basse-Ville; & comme l'on estoit
dans l'attente d'une grande action,
l'on redoubla la garde de
ces postes.
Le 30. au point du jour l'on
s'apperceut qu'il yavoit un grand
mouvement dans les tranchées
des Ennemis où l'on vit entrer
quantité de Troupes, Mr de Rei-
Tilij
224 Fournal du Siege
gnac en donna avis à Mr le Ma-
reschal. Mr de Saint Laurent en
fit la mesme chose, vers les six
heures du matin. Comme on vie
distribuer aux Ennemis, quan-
nité de faux à revers, & d'espon-
tons, l'on reconnut qu'ils se dif-
posoient à donner un assaut,
mais l'on croyoit qu'ils ne vou-
loient qu'attaquer le Fort Guil-
laume, & le Chemin couvert de
la Cassotte. Mr de Reignac man
da encore à Mr le Mareschal qu'-
il ne doutoit plus que l'on n'allast
estre attaqué. Sur ce dernier avis
on fit prendre les armes à toute
la Garnison, & chacun courut à
son poste. Mr le Mareschal reſta
à celuy de Terranova, avec Mn
de Megrigny, d'Asteld & de
de Namur.
125
Nogent, & environ cinq cens
hommes. Mr de Guiscard se posta
a la demi-lune casematée avec
un corps d'environ mille hom-
mes, ayant avec luy Mr de la
Badic & Mrs de Montbron &
de la Chaise. Mr de Reignac,
comme il a esté dit, estoit au
poste avancé du Fort Guillaume,
ayant avec luy Mr des Barreaux,
Colonel de Dragons, & Mr de
Fonlongue, avec six cens Dra-
gons ou Grenadiers. Mr de Prin.
cé resta dans ce Fort avec Mrde
Verduisant, & environ cinqui cens
hommes. Mr de Montagnac
commandoit dans la demi-lune,
avec cent hommes. Mr le Mar-
quis de Quélus, Colonel de Dra-
gons de Languedoc, occupoit la-
226 Journal du Siege
gauche du Chemin couvert avec
cent Dragons & deux cens hom-
mes d'Infanterie. MEnde Saint
Laurent commandoit avec trois
Lieutenans Colonels & douze
cens hommes d'Infanterie, dans
tous les Chemins couverts de la
Cassotte. Mr de la Cime, Capi-
taine au Regiment de Beauvoisis,
estoit dans la Redoute de la Cas-
sotte avec soixante hommes. M-
le Comte de Lomont resta dans
la basse-Ville, avec Mrs de Gramont,
de Sainte Hermine, &
de la Marre, ayant trois cens
Dragons & environ quatorze
cens hommes d'Infanterie. Mr
de Marigny, Major du Chaſteau,
estoit dans le Donjon, avec cinqui
cens hommes d'Infanterie.
de Namur. 22.7
Sursles dix heures du matin,
l'Artillerie des Ennemis cessa de
tirer, & les Troupes sortirent de
toures leurs Tranchées, & se mi-
tent en bataille sur le revers, ob-
servant un grand ordre & un
grand silence, aprés quoy elles
se separerent par pelotons. Il
sortit aussi environ trois mille
hommes de l'Abbaye de Salzei-
ne, qui aprés s'estre mis en ba-
taille, s'approcherent des tranchées
dans lesquelles apparem-
ment ils n'avoient pû contenir.
Dans le temps qu'ils faisoient
leurs dispositions, un Officier
parut sur le Rempart de leur
Ville, & demanda à parler a Mt
le Comte de Guiscard, & un
Officier luy ayant répondu qu'il
228 Journal du Siege
pouvoit dire ce qu'il souhaitoit,
il dit qu'il venoit de la part de
Mr de Baviere pour l'avertir qu'-
il n'y avoit plus de secours à esperer,
que Mr de Villeroy s'e-
stoit retiré, & que comme il
estoit sur le point de faire don-
ner un assaut general, il l'exhor-
toit à vouloir faire une bonne
Capitulation, & qu'on la luy
accorderoit fort avantageuse; que
ce seroit le moyen de bien épar-
gner du sang de part & d'autre,
mais que l'on ne luy donnoit
qu'un quart d'heure pour se dé-
terminer. Mr le Comte de Lo-
mont qui estoit sur le Bastion du
bord de l'eau, répondit qu'il ne
se chargeoit pas d'une telle com-
mission, & que Mr de Baviere
de Namur. 229
n'avoit qu'à suivre son chemin
que l'on estoit préparé à le rece-
voit. Dans le mesme temps un
autre Officier se presenta sut le
revers de leurs tranchées, prés
le chemin couvert du Fort Guil-
laume, & demanda l'Officier ge
neral qui y commandoit. Mr de
Reignac ayant paru, il luy fit le
mesme compliment, à quoy il
répondit qu'il n'écoutoit point de
semblables propositions, que tou-
tes choses estoient préparées pour
se bien deffendre, & qu'ils n'a-
voient qu'à commencer. Chacun
se retira, & en un instant les En-
nemis donnerent le signal, qui
fut de trois décharges de toute
leur Artillerie, & ensuite ils mar-
cherent à l'attaque qu'on leur
avoit designée.
Fournal du Siege
230
Comme ils estoient plus pro-
che du Chemin couvert du Fort
Guillaume, que des endroits où
ils devoient aussi donner l'assaut,
l'action commença par la. Ils
l'attaquerent par trois differens
endroits avec une extrême vi-
gueur; mais on s'y deffendit
avec tant de fermeté, qu'ils ne
purent y entrer. Ils firent avan-
cer des Troupes fraîches qui vou-
lurent passer par la droite de ce
Chemin couvert pour s'emparer
des brêches de ce Fort. Mr de
Reignac qui avoit préveu la cho-
se, leur opposa un si grand feu
qu'ils furent obligez de se retirer,
& ils ne s'y piesenterent plus.
Ils rejetterent leurs forces du co-
ſté de la Place d'armes où estoit
de Namur. 231
Mr de Barreaux. Ils y entrerent
& en furent rechassez, mais com-
me ceux qui avoient attaqué par
la gauche s'estoient rendus mai-
stres d'un angle mort, ou estoit
Mrde Quélus, ils porterent leur
feu sur ceux qui deffendoient cet.
te Place d'Armes, qu'ils voyoient
à revers. Cela obligea Mr de Rei-
gnac de les faire reurer derriere
des traverses, & les Ennemis se
logerent six toises au dessous de
Langle. Quelque temps aprés de
nouvelles Troupes leur estant en-
core arrivées & Mrde Barreaux
ayant eſté bleſſé à mort, ils vou-
lurent encore entrer dans le Che-
min couvert par cette Place d'Ar-
mes qui n'estoit pas occupée M-
de Reignac y fit avancer Mis de
232 Fournal du Siege
Fonlongue, le Comte de Sanzée,
Mrs des Rouvilles, Belleisse,
Quarvillé, de Givry, de Saint
Sauveur, & de Mortin, qui les
chargerent avec tant de vigueur
qu'aprés un fort grand carnage
les Ennemis se retirerent à leur
logement. Mr de Reignac qui
avoit eu deux legeres blessures
au commencement de l'action,
en receut une troisiéme d'un é-
clat de palissade qui luy donna
par la teste & le porta par terre.
Le feu estant cesse de part &
d'autre il se retira, estant toujours
maistre du Chemin cou-
vert, quoy qu'il y eust perdu
plus de la moitié des Officiers &
Soldats qui estoient avec luy.
de Namur.
23
Pendant que les choses se passoient
ainsi au Fort Guillaume,
les Ennemis attaquerent le Che-
min couvert de la Cassotte par
quatre endroits avec un grand
nombre de Troupes. Mr de Saint
Laurent le soûtint pendant un
quart d'heure, mais Mr de Guis-
card luy ayant envoyé ordre de
ne rien opiniâtrer, il l'abandonna
& se retira dansceluy de la de-
my-Eune Casematée. Les Ennemis
se logerent sur tout le front de
la Cassotte, & voulurent empor-
ter la Redouie, mais Mr de la
Cime s'y deffendit sicbien qu'ils
ne purent s'en rendre maistres,
ny chasser Mr de Quélus des
Traverses derriere lesquelles il
s'estoit retiré.
Journal du Siege
234
Les Etnemis qui vouloient
aussi attaquer la basse-Ville en
mesme tempe que le Chasteau,
firent une fausse attaque à la Porte
de Bulley. Mr de la Marre
qui gardoit ce coſté-là les en
chassa sans beaucoup de peine,
mais dans le moment ils sorti-
rent de leur Ville par la Porte
de Graver, se mirent en bataille
& passerent la Sambre qui estoit
jayable, & ayant voulu monter
à la bréche de Grogneau, Mr de
Lomont leut opposa cent Dra-
gons commandez par Mis Dantigny
& le Marquis de Maury,
soutenus par Mr de la Borie, &
le Capitaine des Grenadiers du
Bataillon de Solre. L'on fit un si
grand feu sur les Ennemis, & on
de Namur
235
uleur tua tant de monde, que la
Riviere estoit teinte de leur sang,
en sorte que ne pouvant plus re-
fister, ils prirent la fuite. Mr le
Marquis de Maury y fut tué, &
plusieurs autres Officiers. Mr de
Lomont s'y porta avec beaucoup
de valeur & de conduite. Quoy
que Mr le Marquis de Gramont,
& Mr. de Sainte Hermine qui
deffendoient le coſté de la Porte
du Baſtion du bord de l'eau,
n'eussent point esté attaquez, il
est certain qu'ils essuyerent un
tres-grand feu, & qu'ils servirent
fort utilement, comme on le
verra dans la suite. Dés que le
signal fut donné pour les atta-
ques, les Ennemis parurent aux
fenestres des maisons qui regnent
236 Fournal du Siege
le long de la Sambre & dans la
Ville cedée, & firent un feu ex-
traordinaire sur le Poste de Mde
Gramont où l'on ne pouvoit
se mettre à couvert, & où il
resta jusques à la fin, mais il per-
dit la moitié des Troupes qu'il
avoit avec luy. Mr de la Vinouze,
Lieutenant Colonel du Regiment
de Hainault fut tué, &
quantité d'Officiers de Dragons.
Le Chevalier de Pezeux y fut
blessé.
L'entreprise la plus hardie que
firent les Ennemis fut celle cy-
Huit cens Grenadiers Anglois
choisis, soutenus de trois mille
hommes qui estoient sortis de
l'Abbaye de Salzeinc, coulerent
de Namur. 235
le long du chemin, entre le
Fort Guillaume & la Sambre
& marcherent droit à Terra
Nova, afin d'y monter à la bréche,
pour la deffense de laquel-
le il y avoit cent hommes de
garde, qui à l'approche des
Ennemis s'y présenterent de
fort bonne grace, & les receurent
avec beaucoup de fermeté.
Ils auroient neanmoins esté
forcez, sans que Mr le Ma-
reschal y envoya Mr de Martinet
avec cent Dragons. Mr
de Martinet y fut tué, aprés
avoir renversé les Grenadiers des
Ennemis aubas de la bréche. Un
de leurs Bataillons estant arrivé,
monta & posa ses Drapeaux sur
le haut de la brêche; mais il fut
23 Journal. du Siege
repouſſe pai Mrs d'Asfeld & de
Nogent. Ce Bitailton ayant pris
la fuite, un autre ſe preſenta, à
la teste duquel il y avoit aussi
des Grenadiers qui s'estoient tal.
liez. Ily en eut plusieurs qui en-
rrerent dans la Place, & y furent
tuez, & comme l'affaire estoit
douteuse, Mr le Marécbal mar-
cha l'épée à la main avec la
Compagnie de ses Gardes, &
combattit avec les Troupes qui
estoient à la bréché, lesquelles
sans ſa presence paroissoient fort
rébutées. L'on fit de si grands
efforts, que les Ennemis furent
rechaſsez avec beaucoup de con-
fusion, ce qui fit qu'ils se cul-
buterent les uns sur les autres
&t renverfetent leur troisième
de Namur. 2-39
Bataillon, qui n'avoit point en-
core combatu. Ils ne purent se
rallier que dans la Prairie de
Salzeine. Il y eut deux choses
essencielles qui les obligerent d'a-
bandonnercette bréche; l'une, le
feu que Mr le Mirquis de Gra-
mont leur fit faire a revers du
Bastion du bord de Leau, qui
ein'en est qu'à une portée de pisto-
let; l'autre, celuy que leur fitent
faire Mr de la Badie & Mr de la
Chaise. Mr le Comte de Guis-
card voyant le danger où estoit
Terranova, les avoit envoyez
avec cent Dragons ou Soldats,
pour prendre les Ennemis en
flanc, & ce fut l'arrivée de ce
detachement, qui détermina les
Ennemis de prendre la fuite M140Journal
du Siege
d'Entragues qui s'y estoit presen-
té dés le commencement, & qui
n'avoit pas assez de Troupes pour
sopposer aux Ennemis, ne laissa
pas de leur tuer beaucoup de
monde. Cette bréche demeura
couverte de leurs morts, & ils
sont convenus depuis, qu'ils eu-
rent trois mille hommes de tuez
ce jour-là, & plus de deux mil-
le bleſſez. Cela ne ſe put paſſer
qu'avec une grande perte du co-
té des Troupes de la Place, Il
y eut un tiers des Officiers tuez
ou blessez, & prés de quinze
cens Soldats. L'affiire ne finit
que sur les cinq heures du soir
& l'on ne s'occupa de part &
d'autre qu'a retirer les blessez,
Pendant la nuit, les Ennemis
s'enfon-
de Namur.
24
s'enfoncerent dans leur loge
ment, & travaillerent à embras
ser plus de terrain.
Le 31. les Ennemis à l'ordi-
naire firent un feu continuel de
leur Arrillerie. Au point du jour,
l'on vit un grand mouvement de
leurs Troupes dans la Prairie de
Salzeine, & elles resterent long.
temps en Bataille. Mr le Mareschal
crut qu'ils avoient intention
de donner un second assaut general,
& il disposa toutes choses
pour le soutenir. Vers les dix
heures du matin, les Ennemis fe
separerent & n'entreprirent rien;
l'on transporta dans la basse Ville
tous les Blessez qui estoient au
Fort Guillaume, & dans les au-
X
Fournal du Siege
242
tres endroits où ils avoient esté
mis le jour précedent. Mr de
Megrigny travailla avec toute la
diligence possible, à mettre en
estat le retranchement auquel il
faisoit travailler derriere la bré-
che de Terra Nova. Mr de Prin-
cé qui estoit resté Commandant
au Fort Guillaume, alla trouver
Mule Maréchal, pour luy répre.
fenter qu'il n estoit presque pas
possible de le deffendte, tous les
ouvrages estant si renverfez qu'-
ils n'avoient presque plus aucune
figure. L'on travailla neanmoins
pendant la nuit à relever des ter-
res dertiere les brêches, pour
mettre à couvert les Troupes qui
devoient les deffendre.
de Namur. 243
Le premier du mois de Sep.
tembre l'on vit un grand mou-
vement dans les Tranchées des
Ennemis, & l'on crut par les dis-
positions qu'ils faisoient, que l'on
de voit s'attendre à une grande
action. Mr le Mareschal n'oublia
rien des mesures qu'il pouvoit
prendre pour la soûtenir. Vers
les six heures du matin, Mr de
Guiscard l'alla trouver, pour luy
répresenter le mauvais estat de
la Place, & combien l'on hazarderoit
les Troupes, s'il vouloit
soûtenir um second assaut. Mr le
Mareschal fut un peu surpris de
se voir reduit à cette exttemité.
Ilne voulut cependant prendre
aucune resolution. Il croyoit que
les Ennemis alloient attaouer de
X 1)
de Namur.
244
moment à autre, lors qu'ils de-
manderent une suspension d'ar
mes, pour retirer les morts &
les blessez qu'ils n'avoient pu
avoir aprés la derniere action,
Mr le Mareschal leur accorda
deux heures, pendant lesquelles
on fit porter à leurs Tranchées
tous ceux qui se trouverent sur
les brêches, & sur les glacis: Tan-
dis que cela s'executoit, Mr de
Guiscard ayant répresenté une
seconde fois à Mr le Mareschal
le mauvais estat de la Place, il
consentit de faire assembler les
Officiers Generaux, afin de sça-
voir leur sentiment. Mr de Megrigny,
aprés avoir rendu com-
pte de l'estat des ouvrages, témoigna
qu'il estoit dangereux de
de Namur.
245
tisquer une affaire semblable a la
derniere. Mr Filley en fit remar-
quer les inconveniens, & Mrs les
Brigadiers qui s y trouverent sui-
virent tous l'avis de Mr le Comte
de Guiscard. Ainsi il fut reso-
lu que l'on capituleroit, & il alla
pour ce sujet au Fort Guillaume,
& lors que la suspension d'armes
fut finie, il demanda a parler à
l'Officier General qui comman-
doit la Tranchée des Ennemis,
qui estoit Mr de Leindebonn
auquel il fit sa proposition, &
ensuite l'on fit les échanges des
Oſtages. Du coſté de la Garni-
son on donna Mt de la Badie &
Mr de Monbron. Le reste du
jour ſe paſſa à negociet la Capi-
tulation, dont les Articles furent
XII)
Fournal du Siege
246
dressez & portez par Mr de Fu-
meron. Cela fut arresté & signé
le meſme jour, ainsi qu'il ensuit.
midy, Mr le Comte de Guis-
card livra la Porte de Fer aux
Ennemis, & les autres Postes
dont on estoit convenu; & Mr.
le Maréchal ſe retira au Cha-
steau pour y donner ses ordres.
Le 5. se passa en negocia-
tions pour les Passeports que les
Ennemis avoient promis, sur-
quoy ils ne furent pas fort ponctuels
à les délivrer, ce qui causa
de Namur. 153
quelque embatras. Mr le Maré-
chal fit passer la Sambré aux
Troupes qui estoient dans la
Ville, n'y laissant que les Gardes.
Li Brigade de Mr de Siint
Laurent monta au Chasteau, &
il mit celle de Dragons de Mr de
Gramont, & celle d'Infanterie
de Mr de Reignac dans la par-
tie de la Ville d'entre Sambre
& Meuse, à laquelle on donna
le nom de Basse-Ville. On fit
rompre un des Ponts de Batteaux
de la Sambre.
Le 6. on envoya à Dinant
les Ostages de la Mairie de Bol-
duc, qui estoient prisonniers au
Chasteau, & cent Chevaux des
équipages des Troupes, ain si
154 Journal du Siege
qu'on en estoit convenu avec
les Alliez. On envoya aussi tous
les Equipages de Mr le Comte
de Guiscard, & generalement
tout ce qu'il avoit à Namur, sur
des Passeports particoliers qui
lui furent accordez. Mr le Ma-
réchal qui avoit soixante Che-
vaux d'équipage , ne voulut
point demander de Passeports
pour les faire passer à Dinant.
Il aima mieux que les Officiers
fissent fortir les Chevaux qu'ils
avoient, que de se prévaloir de
la convention qui avoit esté fai-
te, d'en faire sortirtcent de la
Garnison. L'on chargea sur un
Bitteau quelques Blessez qui
estoient dans la Ville, lesquels
remonterent le mesme jour à
155
de Namur.
Dinant, & l'on remit aux En-
nemis les clefs des Magasins de
la Ville, dans lesquels on n'a-
voit laissé que tre-peu de cho-
se. A dix heures du matin, Mr
le Maréchal fit rompre le der-
nier Pont de Sambre, & on en
brûla les Batteaux, à la reserve
de deux, qu'on laissa pour re-
passer les Gardes qui estoient
encore dans la Ville. Comme
la cessation d'armes devoit finir
à midy, l'on fit border les Pa-
rapets de la Basse-Ville, croyant
que les Ennemis commence-
roient à tirer; mais l'on demeu-
ra dans l'inaction de part &
d'autre. Chacun travaillant à
ses dispositions, on avoit laissé
les Bourgeois dans une espece
156 Journal du Siege
de negociation avec Mr de Ba-
viere, afin d'obtenir que l'on
n'attaqueroit point la Basse-Ville
ni le Chaſteau par la Ville ce-
dée. Ceux qui avoient crû la
choſe faiſable y furent trompez.
Mr le Maréchal regla la ma-
niere de faire le Service, & l'on
ne fit plus qu'une Brigade de
Dragons. Mr le Comte de Lo-
mont demeura dans la Basse-
Ville avec Mis de Gramont &
de Reignac. Il monta un Bri-
gadier au Chemin-couvert du
Fort Guillaume, & un autre à
la Basse-Ville. Mr de Millan-
court; Lieutenant de Roy du
Chasteau, resta toujours dans
le Chemin-couvert de la Cas-
de Namur. 157
sotte, & Mr le Maréchal se lo-
gea dans un Soûterain le plus
prés de l'Attaque. Mr de Guis-
card se logea aussi dans un autre,
& les Troupes s'accommoderent
des Hangards pour tâcher de se
garantir de la Bombe.
La nuit du 6. au 7. les Trou-
pes du Chemin-couvert de la
Cassotte firent un grand feu sur
la Tranchée des Ennemis, qui
en firent un assez mediocré. Ils
n'avancerent presque pas leurs
Travaux; mais ils firent plusieurs
Batteries. Ils en placerent trois
sur le bord de la Meuse devant
l'enceinte de la Basse-Ville, &
quesques autres à la hauteur de
la Cassotte. On travailla avec
158 Fournal du Siege
beaucoup de diligence à démo-
lir des maisons à la Basse-Ville
pour se faire un Rempart con-
tre l'Artillerie des Ennemis.
Dans le Chasteau on fit des
Boyaux pour communiquer d'un
Poste à l'autre. Pendant ce
temps-là on ne tiroit pas un coup
de Mousquet d'une Ville à l'autre,
& personne n'en sçavoit la
raison.
Le 8. ſe paſsa à peu prés dans
les mesmes occupations. Mr le
Maréchal pourveut Mr de Ro-
gon de l'employ de Lieutenant
de Roy, à la place de Mr Da-
vejan. Une partie du jour il
tomba une grande pluye, dont
on se réjouit beaucoup dans la
de Namun. 159
Place, par l'avantage qu'on en
titoit, en ce que cela fit grossir
la. Sambre qui estoit fort basse.
Le 9. la Sambre crut d'un
pied, & la Meuse de deux; en
sorte que les Guez ne furent
plus pratiquables, & Eon n'ap-
prehenda plus que les Ennemis
pussent les passer pour infulter
la nouvelle enceinte. L'on siap-
perceut qu'ils faisoient passer avec
diligence leur Artillerie entre
Sambre & Meuse, & on eut avis
par un Batelier, que l'on par-
loit dans leut Armée qu'il ve-
noit un Secours, & que le Prin-
ce d'Orange avoit marché avec
plus de trente mille hommes,
pour joindte Mrde Vaudemont.
160 Journal du Siege
L'on n'eur pas de peine à croire
cette nouvelle, parce qu'on
voyoit que les Ennemis ne fai-
soient pas une grande diligence
pour avancer leurs Tranchées.
Mr le Maréchal regla la distri
bution des vivres avec Mr de
Fumeron, & selon la suputation
l'on avoit des Provisions pour
deux mois. On commença à
faire tuer soixante Chevaux, &
on en servit sur la Table de Mr
le Maréchal, qui en mangea le
premier, avec les Officiers prin-
cipaux; ce qui fit qu'aprés cela
personne n'en eut du scrupule.
Les Ennemis titerent quelques
coups de Canon d'une Batterie
qu'ils avoient de l'autre costé de
la Meuse. L'Artillerie & la
de Namür. 161
Mousqueterie du Chasteau fi-
rent un grand feu tout le jour
& la nuit les Ennemis n'avancerent
presque point leurs Tran-
chées.
Le 10. les Ennemis firent deux
nouvelles batteries au delà de la
Meuſe, l'une de huit pieces de
canon, & l'autre de sept mortiers.
Ils tirerent tout le jour sur
le Chasteau, des anciennes batteries
qu'ils avoint de ce coſté-la.
Comme on n'avoit aucune certi-
tude qu'ils 'n'attaqueroient pas la
basse-Ville, Mr de Guiscard fit
demander a parler à Mr le Comte
de Brouay qui commandoit pour
les Alliez dans la Ville cedée. Il
luy demanda une explication sur
162 Fournal du Siege
cet article, à quoy il ne répondit
rien de positif. L'on vit bien
pour lors qu'il n'y avoit aucun
fond à faire sur une parole, qu'ils
avoient donnée, que quand on
ne tireroit point sur la Ville ils
ne tireroient pas sur celle que
l'on gardoit. Cela fit que Mr le
Mareschal ordonna d'y travail-
ler avec diligence. Mrs de Lo-
mont, de Gramont, & de Rei-
gnac se relevoient tour à tour, &
l'un d'eux estoit toûjours présent
sur les ouvrages, qui cependant
ne pouvoient estre bons ny soli-
des, parce que les parapets n'estoient
que de pierres seches, &
des bois du débris des maisons
qu'il fall it abattre pour ce su-
jet. Mr de Reignac commença
de Namur. 1163
aussi à faire retranoher l'Eglise
de Nostre-Dame, & il trouva
moyen de communiquer du Clo-
cher au Chasteau. par un pont
que l'on fit avec bienode da pei-
ne. Depuis la Capitulution de la
Ville cedée, on n'avoit rien com-
pris au dessein des Ennemis sur
l'attaque du Chasteau. Il sem-
bloit qu'ils attendoient liévene-
ment de quelque grosse affaire,
pour se declarer sur l'endroit où
Ils devoient faire lęut priincipale
attaque, & ce jour-à ils n'avan-
cerent que tres peu de leurs tran-
chées de la Cassote. Il firent trois
batteries de canon de l'autre co-
sté de la Sambre au dessous de
l'Eglise Sainte GtOIX. ME le Ma-
reschal qui vouloit estre par tout,
O1
164 Fournal du Siege
donnoit ses ordres sur les mesures
qu'il y avoit à prendre pour faire
une vigoureuse resistance Il pas-
soit une partie des nuits dans les
chemins couverts, où l'on faisoit
toujours un grand feu de mous-
queterie. Le danger auquel il
s'exposoit à tous momens, don-
na lieu à des Dragons & Soldats
de luy présenter un Placet, qui
en substance contenoit, qu'ils
estoient prests d'exposer leurs
vies pour le service du Roy, ma is
que ce qui leur amolissoit le
courage, estoit la etainte qu'ils
avoient de le perdre, prévoyant
bien que s'il luy arrivoit quelque
malheur, cela entraisneroit celuy
de la Place. Mr le Mareschal les
remercia de leur zele, & leur
de Namur 165.
donna quelque argent; mais cela
ne l'empescha point de suivre son-
train ordinaire.
Le II. les Ennemis commen-
cerent dés le point du jour à ti-
rer sut le Chasteau de toutes leurs
batteries, ne fixant aucun point
de vûë. Il y eut plus de soixante
hommes tuez ou blessez. Ils s'at-
tacherent pendant quelque temps
à l'entrée du sousterain de Mr le
Mareschal, où il y eut de ses gens
tuez, & l'on fut obligé d'y
faire un épaulement. Vers le soir
ils tirerent sur la Porte du Port
de Grogneau de la basse Ville, la-
quelle est à la jonction de la
Meuse & de la Sambre. Mr de
Lomont alla au Pont de Meuse,
166 Fenrnaldu Siege
pour parler àlOfficier de la Gar-
de des Ennemis qui occupoit les
deux Tours cedées, & il luy de-
manda si on pouvoit prendre
certe conduite pour une rupture,
sut la parole qu'on avoitdonnée
de ne point tirer sur les deux Vil-
les. Cer Officier répondit qu'il
falloit que ce fust une méprise &
qu'il alloit faire cesset; que nean-
moins il envoyeroit scavoir sur
cela les intentions de Mr de Ba-
viere, & que le lendemain il en
rendroit raison. L'on vit remon-
ter sur la Meuse quelquec blessez
que l'on conduisoit à Dinant.
Les Ennemis ouvrirent deux
Tranchées, l'une vers Salzeine,
& l'autre du costé de la Balance,
ce qui declaroit l'attaque du Fort
de Namur. 167
Guillaume. L'on faisoit toutes les
nuits des sorties sur les Travail-
leurs de la teste de leurs Tranchées,
ce qui les dérangeoit beau-
doup. Ili y avoit déja quelques
jours que Mr le Mareschal n'avoit
eu de nouvelles, il en appeit par
un Sergent Itlandois des Enne-
mis, qui allant de lIAbbaye de
Salzeine à la VVille, ne croyoit
pas que l'on cust des Gardes sur
la Sambre. Harriva dans un Po-
ste que l'on occupoit, & ayant
reconnu ſa béveuë il prit la fuite.
Mr du Couret & un Grenadier
du Dauphn l'ayani joint, le con-
duisiren à Mrl Mareschal On
sceut pat luy que le Prince d'O-
range n'avoit pas voulu estre
témoin du Bombardement de
168 fournal da Siege
Bruxelles, qu'il estoit revenu pour
continuer le Siège, & que Mr de
Baviere estoit party pour se met-
tre à la teste de l'Armée qui de-
voit s'y opposer, & joindre Mr
de Vaudemont.
Le 12. Mf le Mareschal
envoya Mr de Moulinneuf au
Fort Guillaume poury comman-
der. Il montoit tous les jours un
Brigadier au Chemin Couvert,
ce qui rouloit entre Mrs de Saint
Laurent, d'Asfeld, la Badie &
Bragelonne. Il montoit aussi un
Colonel au Chemin Couvert de
la Cassote aux ordres de Mr de
Millancourt, & environ douze
cens hommes à chacune de ces
deux attaques. QL'Artillerie du
Chaſteau
ler
de Namur. 169
Chaſteau démontoit de temps en
temps quelques pieces aux Ennemis,
& faisoit un feu continuel.
Mr de Megrigny estoit toujours
en mouvement pour faire travail.
ler dans les endroits par où il
croyoit que les Ennemis devoient
venir. Mr le Mareschal voulut
faire faire une grande sortie pour
culbuter les Tranchées des Enne-
mis; mais on luy representa quil
falloit conserver les Troupes pour
les coups de main dans l'attaque
des Chemins Couverts. Environ
à neuf heures du matin, les En-
nemis recommencerent a tirer
sur la Porte de Grogneau sans rendre
réponse, ainsi qu'ils avoient
promis. Monsieur de Reignac al.
la parler à l'Officier qui estoit de
P
170 Fournal du Siege
garde aux Tours de Jambe, &
luy dit, que puisqu'il manquoit
de parole on alloit brûler la Ville
qu'ils occupoient. Il s'excusa sur
ce qu'il avoit relevé le Poste ſans
qu'on luy eust communiqué l'en-
gagement dans lequel on estoit,
mais qu'il alloit faire cesser de ti-
rer, & qu'il en donneroit avis à
ses Generaux. Sur les deux heu-
res aprés midy, avant qu'il eust
rendu réponse, toutes les batte-
ries qu'ils avoient de l'autre coſté
de la Meuse, continuerent de ti-
rer ſur la meſme porte. On vit
bien qu'ils se declaroient pour y
faire une attaque. Mrle Mares-
chal vouloit dans ce moment faire
écraser leur Ville par le canon &
les bombes du Chaſteau. On luy
de Namur. 171
representa encore, que l'on n'en
tireroit aucune utilité, attendu
que si on y tiroit, les Ennemis ti-
reroient aussi d'une Ville sur l'au-
tre, & qu'il y avoit quelque mé-
nagement à garder. Il n'a point
esté decidé si cette conduite estoit
bien bonne, mais il est seur que
Mr le Mareschal ne s'y rendit
qu'avec peine. L'Artillerie des
Ennemis tirant par salves, ne
tarda pas d'y faire une bréche, &
comme il n'y avoit aucune def-
fence pour la soûtenir, on travail-
la à se retrancher derrière dans
un terrain fort serré.
Le 13. on continua de se re-
trancher dans la basse-Ville, &
l'on fit plusieurs traverses le long
PI
172 Fournal du Siege
du Rempart de Meuse jusques à
l'Eglise Nostre-Dame, M. le
Mareſchal ayant reſolu de la def-
fendre jusques à la dernière ex-
trêmité; car comme il n'y avoit
point d'eau dans le Chaſteau, on
auroit esté obligé de se rendre
peu de temps aprés la perte de
cette Ville. On y laissa les deux
Brigades qui y estoient. Celle de
Gramont estoit de prés de sept
cens Dragons; & celle de Rei-
gnac d'environ seize cens Sol-
dats. Depuis le point du jour jusques
à la nuit, les batteries des
Ennemis ne cesserent point de
tiier sur l'attaque de Grogneau;
en sorte qu'il y avoit,une brêche
tres-considerable, & par laquel-
le on pouvoit monter facilement.
de Namur. 173
Mr le Comte de Lomont croyant
que les Ennemis donnetoient l'as-
faut, fit coucher les Troupes sous
les Armes, & l'on travailla avec
vigueur à racommoder les Parapets.
Mt de Reignac descendit
pendant la nuit au bas de la bréche,
& fit sonder la Sambre dans
l'endroit où les Ennemis la poit-
voient passer pour monter à l'al-
saut; il ne s'y trouva qu'un pied
& demy d'eau. Ils avoient aussi
battu la premiere branche droite
du Fort Guillaume avec les bat-
teries de Sainte Croix. Celle de
la teste de leurs Tranchées sur
les hauteurs du Chaſteou avoit
fait bréche à la Redoute de la
Cassotre. Les Troupes des Che.
mins Couverts faisoient un si
Piij
174 Fournal du Siege
grand feu, qu'ils n'avançoient que
tres-peu leurs travaux aux trois
attaques qu'ils faisoient de ce co-
ſté-la.
Le 14 le feu de l'Artillerie des
Ennemis recommença de toutes
parts avec une grande violence
Ils ouvrirent la Bréche de Gro-
gneau par la droite & par la gau-
che pour y monter avec un plus
grand front. A midy elle fut aussi
grande & aussi praticable qu'ils
le pouvoient desirer. Ensuite ils
tirerent dans les endroits qui la
pouvoient proteger, & raserent
une partie des maisons voisines.
Sur le soir on vit quelque mou
vement de Troupes dans la Ville
des Ennemis. Cela fit croire qu'-
de Namur. 175
ils ſe disposoient à donner un as-
saut. Ils baisserent le Pont-levis
de la Porte de Graver, qui re-
garde la bréche. Les Troupes
prirent les Armes, & chacun se
rendit au Poste qui luy estoit dé-
signé. L'on demeura dans cette
situation jusques au lendemain,
que l'on vit que les Ennemis ne
vouloient rien entreprendre. Hs
pousserent leurs Travaux de l'attaque
de la Cassotte, & tirerent
une parallele pour joindre l'atta-
que de la droite du Fort-Guillau-
me. Mr le Mareschal fit comman-
der les Troupes qu'il jugeost ne-
cessaires pour faire une sortie, la
disposition en estoit mesme faite,
mais Mr de Megrigny luy repre-
senta encore qu'il falloit conser-
Piii
176 Fournal du Siege
ver les Troupes, afin de faire des
actions de vigueur, à la deffense
des Chemins couverts, & son
sentiment fut suivy. Les Enne-
mis jetterent une si grande quan-
tité de bombes que l'on ne sçavoit
où se mettre à couvert. Ils
avoient des mortiers en differen-
tes batteries, qui se croisoient de
maniere qu'on ne pouvoit pren-
dre aucune mesure pour s'en garantir
On avoit estably un Hos-
pital dans la maison du Gouver-
neur, où il y avoit deux cens
blessez qu'il fallut descendre dans
la Ville, parce que les Chirurgiens
n'estoient pas en seureté
pour les panser, & ils furent mis
dans l'Eglise Nostre Dame.
de Namur. 17
Le 15 l'on s'attendoit que les
Ennemis donneroient l'assaut à
la basse-Ville, & rien ne les en
empeschoit. Il y avoit soixante
toises de bréche. Ils pouvoient
passer la Sambre avec facilité, &
avoient un grand terrain pour
se mettre en bataille au sortir de
l'eau. Mr de Megrigny fit travail-
lerien toute diligence à baricader
les ruës avec des tonneaux rem-
plis de terre. Mr le Comte de
Lomont dressa avec Mr de Rei-
gnac un projet pour la distribu-
tion des Troupes & ce fut à peu
pres de cette sorte. La Compa-
gnie de Grenadiers de Dragons
de Quélus commandée par M.
d'Antigny, & celle de Siinte
Hermine commandée par le Mar-
178 Fournal du Siege
quis de Maury, devoient se jetter
sur la brêche au moment que
les Ennemis sy présenteroient,
& au cas qu'elles y fussent for-
cées, Mr de Reignac devoit y
marcher avec les Compagnies de
Grenadiers des Regimens de
Hainault & d'Illiers, derriere la
traverſe de l'Hoſpital, la Com-
pagnie des Grenadiers de Courten
vis-à-vis de la bréche dans
un petit terrain, trente hommes
qui auroient vû les Ennemis de
revers, & qui devoient porter
leur feu jusqu au milieu de la bré-
che. Dans la ruë qui tombe au
milieu de la bréche, on y mit
la Compagnie des Grenadiers du
Regiment de la Marre, pour oc-
cuper deux traverses qui bar-
179
de Namur.
toient cette ruë. Dans une petite
place derriere il y avoit cent hom-
mes détachez, dont une partie
devoit occuper les fenestres des
maisons qui emfilent la mesme
ruë. Cette avenuë estoit aux or-
dres d'un Lieutenant Colonel.
La gauche de la brêche estoit
deffenduë par la Compagnie de
Grenadiers de Dragons de Gramont,
commandée par le Comte
de Reſnel, estant soûtenuë par
celle de Dragons du Roy, com-
mandée par Mr de Givry, &
dans une petite fausse Braye où-
estoit la Poissonnerie, l'on y mit
la Compagnie de Grenadiers du
Regiment de Solre. Mr de Gra-
mont soûtenoit cette attaque
avec le corps des Dragons. Il y
180 fournal du Siege
avoit sur la Place deux cens hom-
mes détachez où se devoit tenir
Mr le Comte de Lomont & M.
de Rogon, afin de se porter dans
les endroits qui pourroient estre
forcez. Les Bataillons de la Bri-
gade de Mr de Reignac de voient
loûtenir la droite, celuy de Hai-
nault occupoit la Traverſe du
Cimetiere Nostre-Dame; celuy
de Solre devoit se tenir dans la
ruë de Bulley ; les deux de la
Marre & d'Illiers, devoient bor-
der le Rempart de Meuse, la
moitié de celuy de Courten gar-
doit les ouvrages de la Porte de
Bulley, & l'autre fut postée au
bout du Pont de Meuse pour voir
les Ennemis de flanc. L'on de-
meura seize heures sous les armes
181
de Namur.
attendant de moment à autre de
voir venir les Ennemis. Pendant
ce temps Mr le Mareschal vint a
tous les Postes, exhortant chacun
de bien faire son devoir. Il vouloit
meſme demeurer pour se
trouver à l'action, mais on luy
dit que les Ennemis en donnant
l'aſſaut à la Baſſe Ville, ne manqueroient
pas d'attaquer en mes-
me temps les Chemins couverts
du Fort Guillaume Cela le dé-
termina de monter au Chasteau,
aux attaques duquel les Ennemis
n'avoient pas beaucoup avancé
leurs ouvrages. La journée ſe
passa dans un grand feu d'Artil-
lerie. Les Ennemis ne tirant pres-
que plus sur la bréche de Gro-
gneau, sattacherent à rompre
182 Journal du Siege
l'Escalier qui monte de la Ville
au Chasteau. Ils battirent aussi
une des grosses Tours du Don-
jon dans laquelle estoit le Ma-
gasin à poudre. Sur le soir com-
me l'on s'attendoit à une grosse
action, il survint une grande
pluye qui dura toute la nuit, ce
qui dérangea beaucoup les Enne-
mis, ayant un pied d'eau dans
leurs Tranchées, & estant mesme
obligez de se mettre en bataille
sur le revers. Une bombe tirée
du Fort Guillaume par Mr de
Marcilly, mit le feu dans les pou-
dres de leurs batteries de Sainte
Croix, ce qui fit qu'ils furent
quelques heures sans tirer.
Le 16. la pluye continua tout
de Namur. 183
leljour, & avant huit heures du
matin les Rivieres estoient crues
d'un pied & demy, ce qui ten-
dit l'attaque de Grogneau moins
accessible, & le soir elle fut pres-
que impraticable. Le mauvais
temps empescha l'artillerie des
Ennemis de faire un feu aussi vif
qu'à l'ordinaire, mais en revan-
che elle tira toute la nuit. Les
Tranchées ne furent presque
point avancées. L'on continua de
faire faire un giand feu aux Trou-
pes des Chemins couverts. M.
de Moulinneuf reçût une contu-
sion à la teste, & une legère bles-
sure au bras, ce qui ne l'empes-
cha point d'agir. Mr de Brage-
lonne estani dans le Chemin cou-
vert avec Mr le Mareschal, y fut
184 Fournal du Siege
blessé, ainsi que quelques autres
Ofnciers.
Le 17. l'on s'apperceut que
les Ennemis en usoient de mau-
vaise foy en tout ce qu'ils avoient
promis, car ils commencerent à
faire quatre batteries dans leur
Ville pour battre la face du Chasteau
qui la regarde. Ils avancerent
leurs Tranchées assez prés
du Chemin couvert du Fort
Guillaume, & firent une nou-
velle batterie de l'autre costé de
la Meuse qui voyoit l'Escalier du
Chaſteau par l'enfilade d'une ruë
de la baſse-Ville. C'estoit la ſep-
tième qu'ils avoient pour lors de
ce costé-la. Elles tirerent toute
la journée dans la communica-
de Namur. 185
tion de l'Escalier, & dans les
fausses Brayes qui regnent depuis
le Donion jusques à l'angle du
demy-Bastion gauche-de Terra
Nova, & abbatirent les maisons
des environs de la bréche de
Grogneau, & celles qui leut em-
pêchoient la vuë de l'Escalier. Il y
avoit toûjours trois cens hommes
détachez pour travailler à la reparation
des traverses, & a percer
des maisons pour communi-
quer à la bréche sans passer dans
les rües.
Le 18. les quatorze Batteries
que les Ennemis avoient autour
de la Place, tirérent dés le point
du jour, & ne cessérent qu'à la
nuit. On n'a jamais vû un si grand
186 fournal du Siege
bouleversement, on n'estoit en
seureté dans aucun endroit. Au
travers de tout ce danger Mr
le Mireschal visitoit les Pos-
tes d'un aussi grand sang froid
que s'il n'y avoit eu aucun peril.
Cependant il y avoit tres-souvent
des gens emportez à ses coſtez.
On n'estoit pas bien reçû lors
qu'on l'exhortoit de ne pas s'ex-
poser de la manière qu'il faisoit.
Comme on l'avoit empesché de-
puis trois jours de faire la sortie
qa'il avoit projettée, il prit enfin
la resolution de la faire, & en
voicy la disposition. Il fit com-
mander six- vingt Dlagons à
cheval qui furent separez en deux
Troupes, l'une commandée par
le Chevalier de Jau, Capitaine
de Namur. 187
au Regiment du Roy, & l'autre
par un Capitaine du Regiment
d'Asfeld, le tout mené par Mr
de Martinet, Lieutenant Colonel
du Regiment du Roy, &
par Mr Collard, aussi Lieute-
nant-Colonel de Dragons. Ces
deux Troupes devoient sortir par
la Porte du secours, & couler a
la droite du Fort Guillaume,
pour entrer dans la Prairie de
Salzeine, où les Ennemis avoient
une Garde de Cavalerie, qui sou-
tenoit leur Tranchée, la teste de
laquelle de voit estre attaquée par
quatre Compagnies de Grena-
diers, commandees par Mr de
Conche, Capitaine au Regiment
Dauphin, soutenues par un autre
gtos détachement que devoit
Qij
188 Fournal du Siege
mener Mr de Monbron, lequel
ne put agir Mr de Martinet char-
gea les Ennemis, & renversa
leurs Escadrons. Au bruit de
l'escarmouche, leur Infanterie
abandonna la Tranchée, & les
Grenadiers les suivirent, faisant
un grand feu sur eux. La nuit
estant fort obscure, les Troupes
de la sortie ne purent se rallier.
Les Ennemis estant venus avec
des Troupes nouvelles. se meslérent
avec celles de la Place, &
marchérent ensemble sans se re-
connoistre, jusqu'au dessous du
Fort Guillaume, où de part &
d'autre on s'apperçeut de la mé-
priſe Aprés s'eſtre tiré pluſieurs
coups, les Ennemis se retirérent
ayant laissé plusieurs des leurs sur
de Namur. 189
la Place, avec cinq ou six Prison-
niers. Mr le Chevalier de Jau y
fut tué, aprés avoir rompu un
Escadron des Ennemis. Le Capitaine
d'Asfeld fut aussi tué
avec six Dragons & deux Grena-
diers. L'on auroit tiré de plus
grands avantages de cette fortie, si
les Ennemisn en eussent pas esté
avertis par des Deserteurs, mais
ils estoient sur leurs gardes. Si tost
que l'action fut finie, ils rentré-
rent dans leurs Tranchées, & la
poussérent prés de quarante toi-
ses, sans que l'on s'en apperçust.
Mrle Mareschal qui estoit à l'an-
gle du chemin couvert, manqua
d'y eſtre tué. Du coſté de la biſſe
Ville on commença à se mettre
dans les caves; les maisons estant
190 Journal du Siege
brisées, on ne pouvoit plus les
habiter.
Le 19. ſe paſſa comme le jour
precedent, c est à dire par un feu
continuel de la part des Ennemis.
Geluy de la Place commença à
se ralentir; toutes les embrasures
estoient rompues, & une partie
des pieces démontées. Mr le Ma-
reschal qui voyoit bien que dés
que la Sambre deviendroit gaya.
ble, les Ennemis ne manque-
roient pas de donner un assaut
general à la basse Ville, en fit
retirer le Magasin des palissades,
& les fit porter au Fort Guillau-
me. Mts d'Entragues & du Cou.
ret y furent occupez toute la
nuit. On ne laiſſa pas de travail-
de Namur- 191
ler toujours à se retrancher, Mr
de Reignac prenant le soin de la
droite, & Mr de Gramont de la
gauche. Mr de Moulinneuf tra-
vailla aussi dans le Fort Guillaume
à le mettre dans le meilleur estat
qu'il estoit possible. L'on payoit
regulierement les Travailleurs
mais le Soldat qui avoit de l'ar-
gent, n'avoit nul moyen de s'en
servir ; ils avoient une livre &
demie de pain par jour, & une
demie de chair de cheval, & autant
de viande sallée. Cela ne
faisoit de peine à personne, &
l'exemple de Mr le Mareschal
ostoit la répugnance qu on auroit
pû avoir d'en manger.
Le 20. l'Artillerie des Enne-
192. Journal du Siege
mis tira de la même maniere. Ils
joignirent leurs deux attaques du
Chaſteau par une parallele qui
embrassoit les chemins couverts
du Fort Guillaume & de la Cas-
sotte Mr de Moulinneuf, qui
avoit bien prévû qu'ils fetoient
ce travail, fit faire toute la nuit
un grand feu de mousqueterie,
& tirer huit pieces de canon à
cartouche dans la jonction des
deux boyaux, ce qui fit, que les
Ennemis y perdirent quantifé de
monde. Le marin, Mr de Mil-
lancourt fut blessé au bras & à
la teste, d'un éclat de bombe; Il
y avoit vingt jours qu'il estoit
dans le chemin couvert, y servant
avec beaucoup de distin-
ction. Mr le Maréchal envoya
chercher
de Namur. 193
chercher Mr de Rogon, qui fai-
soit les fonctions de Lieutenant
de Roy de la Basse Ville, pour
le mettre en la place de Mr de
Millancourt. Les batteries que
les Ennemis avoient faites dans
leur Ville, furent achevées, &
ils en commencerent une sur la
courtine joignant la porte de
Gravet, pour voir à revers toute
la courtine de Meuse, & rompre
les traverses qu'on y avoit faites.
La Garnison vit bien de quelle
consequence cela estoit; nean-
moins ny Officiers ny Soldats ne
marquerent d'inquietude &
comme cela regardoit directe.
ment le costé que Mr de Reignac
de voit défendre, il travailla avec
un grand somn à trouver des
R
194 Fournal du Siege
moyens de mettre ses Troupes
a couvert, mais il estoit presque
impossible; & quoy qu'il fust
malade par la fatigue de cinquan-
te jours de Siege, il ne laiſsa pas
d'agir nuit & jour. On estoit tres-
embarassé pour mettre les pou-
dres en seurété. Mr le Comté
de Lomont fit accommoder des
caves pour les y placer. Il parut
qu'il estoit arrivé un Corps de
Troupes aux Ennemis, & un
grand convoy, avec quarante
pieces de canon & dix mortiers.
Le 21. les Ennemis ne tirerent
point de canon jusqu'à sept heu-
res du matin; & comme on vit
faire plusieurs mouvemens
de Namur. 195
leur Cavalerie, & que presque
toute leur Infanterie estoit en
bataille du coſté de la Hesbée
on crut que le secours paroissoir,
& que l'on estoit au moment
d'une Bataille; mais on fut bien
surpris de voir faire une salve
aux Ennemis de toute leur Artillerie,
qui devoit estre pour
lors de prés de deux cens canons
ou mortiers. Ils en avoient placé
dans tous les jatdins de leur
Ville qui pouvoient découvrir le
Chasteau, & l'on comptoit qu'il
y avoit vingt Batteries, Comme
on n'avoit jamais entendu un si
grand bruit, les Soldats & Dra-
gons marquerent d'abord quel-
que consternation. Mr le Ma-
réchal affecta de se montrer par
Rij
196 Fournal du Siege
tout, pour les rassurer, & les
exhorter à soutenir le danger
avec fermeté. Le Chevalier de
Bouflers, son proche Parent, le
seul qui portoit son nom, & qui
loy ſervoir d'Aide de Camp, fut
tue a ses costez. Il fit débarasser
tous les soutertains pour mettre
les Soldats à couvert, & ne voulut
garder pour luy qu'un seul
endroit pour mettre un matelas.
Ce grand feu continua jusqu'à
la nuit avec tant de violence, qu'à
peine pouvoit-on s'entendre; &
l'air estoit obscurcy de la fumée.
Prés de deux cens hommes fu-
rent tuez ou blessez pendant ce
jour. Il n'y eut cependant d'Of-
nciers de consideration que Mr
de Caubet, Major du Regiment
de Namur. 197
de Dragons de Langledoc, qui
avoit servi avec uhe grande dis-
tinction depuis le commence-
ment du Siege. Mr le Maréchal-
ordonna que l'on tirast toute l'Ar-
tillerie du Chaſteau sur leur Ville.
mais celle des Ennemis imposa
ſilence à une partie des pieces,
qui furent démontées. La ma-
niere dont ils se servoient pour
ce Siege surprit bien des gens, &
particulierement Mr de Megri-
gny, qui avoit donné toutes ses
atrentions à fortifiet les endroits
par où naturellement ils devoient
fairelleur attaque. Il parot qu ils
ne vouloient point s'attachen à
la Cassotte, ny au front du Fort
Guillaume, & ils continuerent
de battre en bréche la première
Riij
198 Fournal du Siege
& seconde branche droite, & la
contre-garde de la troisiéme de
ce mesme Fort. Ils battirent aussi
en breche la branche du demi-
Bastion bas de l'Ouvrage de Terra-
nova, ruinerent tous les para-
pets, & rompirent une partie
des communications de la Basse-
ville au Chasteau. Toute la nuit
on travailla à déblayer les dé-
combres des bréches, & à plan-
ter une double pal ffade auxche-
mins couverts du Fort Guillau-
me & de la Cassotte.
Le 22. il n'y eut aucun chan-
gement sur le feu de l'Attillerie
des Ennemis, qui fut aussi vio-
lent que le jour précedent.
Tous les Officiers & Dragons
de Namur. 199
qui avoient des chevaux, les
abandonnerent, les magasins de
foin ayant esté entierement brû-
lez. Les bombes en tuerent une
grande partie; l'on en distribua
aux Troupes, & l'on en salla pour
leur donner dans la suite Les
fours où l'on cuisoit le pain fu-
rent en partie enfoncez. Mr de
Fumeron fit travailler avec dili-
gence à en construire d'autres,
& l'on se servit de ceux que
l'on trouva en estat dans la Basse
ville Le Commandant du Regi-
ment de Maule vrier eut la cuisse
emportée, & plusieurs Officiers
subalternes furent tuez ou blessez.
Comme la Sambre commençoit
a estre gayable, Mr de Lomont
redoubla ses soins sur les précau-
Rgii)
200 Journal du Siege
tions qu'il devoit prendre pour
soutenir une grande action à la
breche de Grogneau. Mr de
Reignac fit faire une traverse
au devant de celle de l'Hôpital,
laquelle estoit à l'épreuve du
canon, afin d'y pouvoir tenir
& arrester l'Ennemi, au cas que
l'on fuſt forcé à la bréche.
Le 23. les Ennemis tirerent de
la meſme maniere. Il y avoit
pour lors cinq btéches conside-
rables, & par lesquelles on pou-
voit monter, une à la basse Ville,
trois au Fort Guillaume, & l'au-
tre à la Cassotte. Mr de Moulinneuf,
qui se voyoit au moment
d'estre insulté dans ce Fort, n'ou-
blia rien de tout ce qui se pou-
de Namur. 201
voit faire pour s’y bien défendre.
La Brigade du Dauphin qu'il
avoit avec luy, n'ayant pû ſou-
tenir le feu de l'Artillerie des
Ennemis dans ce poste, demanda
à estre relevée. Mr le Maréchal
y fit monter la garde par déta-
chement, & il y avoit tous les
jours un Brigadier.
Le 24 les Ennemis retirerent
presque toute l'Artillerie qu'ils
avoient au delà de la Meuse, &
continuerent avec la mesme fu-
rie à tirer de toutes leurs autres
Batteries. Il y avoit quelque
temps qu'ils n'avançoient point
leur tranchée, mais en plein jour
ils y travaillerent avec beaucoup
de vigueur, poussant devant eux
202 Fournal du Siege
des ballots de laine, pout parer
les coups de mousquet qu'on leur
tiro it du chemin couvert du Fort
Guillaume. On ne put les em-
pêcher de l'embrasser du coſté de
Salzeine. La Batterie du Bastion
de Graver rompit la communi-
cation de l'Escalier du Chasteau,
& le pont que Mr de Reignac
avoit fait faire pour communi-
quer du Clocher Nostre Dame
à ce Chasteau. Mr de Guiscard
visita les retranchemens de la
baſſe Ville, & les trouva dans la
derniere perfection. On vit faire
de grands mouvemens à toute
l'Armée des Ennemis. Cela
donnoit quelque esperance pour
le secours que l'on avroit esté
bien-aise de voir arriver. Depuis
de Namur. 203
qn'ils avoient redoublé leur Artillerie,
il ne ſe paſsoit point de
jour que l'on ne perdist soixante
ou quatre vingt hommes. Le
premier Capitaine du Regiment
de la Marre fut tué d'un coup de
canon. Pendant la nuit, ils tra-
vaillerent fortement à leurs tran-
chées, qu'ils poussoient vers les
Briquerres devant la porte du
bord de l'eau. Ils avancerent aussi
celles de la Cassotte. L'on fit un
feu continuel du chemin couvert,
qui leur tua bien du monde.
Comme la Lune estoit claire,
leur Artillerie tira toute la nuit,
& ils jettoient jusqu'à trente
Bombes à la fois. Mr le Maréchal,
qui estoit presque toujours
dans les dchors, contribua par
204 Fournal du Siege
sa preſence à la fermeté que les
Troupes témoignoient dans cet-
te occasion. Mr de Guiscard vi-
sitoit regulierement les postes
une fois par jour, & Mr de Me-
grigny estoit toujours en mou-
vement, assisté par Mr Dérigny,
principal Ingenieur, qui agissoit
avec beaucoup d'application.
Le 25. il parut que les Ennes
mis avoient encore augmenté
leurs Batteries dans leur Ville,
cat dés le point du jour ils tire
rent par salves, & avec tant de
promptitude, qu'il n'y avoit point
d'inter vale. Ils jetterent beaucoup e
de Carcasses, pots à feu, & bom-
bes dans la basse Ville. Toutes
les brêches estoient insultabl,
de Namur. 205
& lon navoit que les Chemins
a couverts dans lesquels on pouvoit
tenir, mais il eſtoit à craindre
que lors qu'on les attaqueroit on
n'emportast en mesme temps le
Fort Guillaume. Mr le Mares-
chal prenoit toutes les précau-
tions imaginables. Comme tout
dépendoit de la fermeté des Trou-
pes dont une partie des meilleu-
res estoit perie, & que le reste se
trouvoit dans un mauvais estat
tant parce qu'elles ne reposoient
point à cause de l'effet des bom-
bes, que parce qu'elles commen-
çoient à souff ir par la mauvaise
m nourriture, il se trouvoit dans
de grandes perplexitez. Cepen-
dant il ne témoignoit point son
inquietude, & se montroit par
206 Journal du Siege
tout avec un visage tranquile.
Les gens à qui il se confioit le
plus connoissoient bien ce qui se
passoit dans son esprit. Pendant
tout le jour on vit arriver des
Troupes aux Ennemis du costé
de la Condros. Ils occuperent
avec quatre ou cinq cens hom-
mes le Fauxbourg de la Plante
devant la Porte de Bulley, &
firent un grand feu sur un Poste
que l'on occupoit à my coſte du
Chemin couvert de la Cassotte.
Mr le Mareschal ne voulant pas
les y laisser establir, manda à M-
le Comte de Lomont de faire
faire une sortie par la Porte des
Bulley pour les en chasser, &
que dans le mesme temps que
les Troupes de la basse-Ville
de Namur. 207
commenceroient à charger, M-
de Megrigny qui estoit dans le
Chemin couyert de la demy-Lu-
ne calemattée, feroit descendre
deux cens Grenadiers pour les
prendre en flanc. Cela fut fort
bien executé de part & d'autre.
Mr le Comte de Lomont ayant
fait commander deux cens Grenadiers
ou Dragons, Mr de Rei-
gnac les fit passer pat le Chemin
couvert de cette Porte de Bulley,
& les divisa en trois Troupes,
l'une commandée par Mr de la
Borie, Capitaine des Grenadiers
du Regiment de Hainault, qui
devoit suivre le grand chemin
de Dinant. Mr de Givry, Capitaine
de Dragons au Regiment
de Quélus, paſsa dans les jardi-
208 Journal du Siege
nages du Fauxbourg avec la se-
conde, & le Capitaine des Grenadiers
du Regiment d'Illiers
marcha le long de la Meuse avec
la troisiéme. Mr de Cochardiere
estoit sur le tout, cela ne ſe put
faire si promptement que les En-
nemis ne s'en apperceussent. Ils
prirent des Postes avantageux
pour se deffendre, mais on les
attaqua si vivement, qu'ils pri-
rent la fuite, laissant quarante
morts sur la place, & vingt-trois
prisonniers. Mr de Cochardiere,
commandant le Regiment de
Quélus, s'en acquitta tres-digne-
ment. L'on apprit par ces pri-
sonniers qu'ils estoient des Trou-
pes de Hessen, venuës nouvel-
lement d'Allemagne, & que le
de Namur. 209
secours estoit fort proche. Les
Ennemis avancerent de quelques
toises leurs tranchées du coſté de
la Sambre, & vers les neuf heu-
res du soir ils firent descendre
des batteaux le long de cette Ri-
viere, sur lesquels ils avoient
embarqué des Grenadiers qui a-
borderent à la Redoute que l'on
occupoit à la droite de la Porte
du bord de l'eau, laquelle est de.
tachée de tous les ouvrages. Ils
jetterent un Pont de Clayes sur
le fossé de la gorge, & s'en rendirent
maistres, sans que l'Offi-
cier qui y commandoit pust faire
la moindre resistance, parce qu-
il estoit dans une galerie dont la
communication avoit esté cou-
pée par une batterie que les En-
S
210 Journal du Siege
nemis avoient mise sur le Rempart
de la Ville. Il fut fait pri-
sonnier avec quinze hommes qui
estoient avec luy. Ce poste fer-
moit entierement la ligne des
Ennemis jusques à la Sambre.
Quoy que leur Artillerie tirast
toute la nuit, Mr le Mareschal
ne laissa pas de visirer toutes les
brêches. Mr de Moulinneuf qui
commandoit dans le Fort Guil-
laume, eut la jambe cassée auprés
de luy, & il en mourut quelques
jours aprés, ce qui fut une veri-
table perte, car outre qu'il ser-
voit avec toute la vivacité ima-
ginable, Mr le Mareſchal ſe re-
posoit beaucoup sur luy pour la
deffense de ce Poste. Cela fit
changer l'ordre du service, Mt
de Namur. 21I
de Princé fut mis dans ce Fort
pour le détail de la Place, sous
les ordres du Brigadier qui montoit
au Chemin couvert. L'on
fit aussi monter un Brigadier a
celuy de la Cassotte.
Le 26 se passa en salves con-
tinuelles de l'Artillerie des En-
nemis. Ils continuerent de jetter
une prodigieuse quantité de carcasses,
pots à feu & bombes dans
la basse-Ville. Presque toutes les
massons furent ren versées, & ja-
mais l'on ne vit rien de si pitoyable
que le desordre où se
trouverent les Soldats qui es-
toient aux Hospitaux, lesquels
estoient entierement enfoncez.
L'on en voyoit, à qui on avoit
S1)
212 Fournal du Siege
coupé des bras & des jambes, qui
rampoient pour se garantir de
l'incendie. Mr le Comte de Lo-
mont donnoit tous ses soins pour
y remedier, mais comme la plus
grande partie des Chirurgiens
avoient eſté tuez, on ne sçavoit
comment les faire panser. Les
bombes renverserent aussi une
partie des traverses que l'on avoit
faites le long du Rempart de
Meuſe, & du costé de la Sambre.
Ces Rivieres estoient fort basses,
& on n'avoit de ressource pour
se garantir d'une insulte, que de
soûtenit un assaut l'épée à la
main, n’y ayant pas un seul flanc
d'où l'on pust tirer un coup de
mousquet. Le Fort Guillaume
estoit ouvert en trois endroits,
de Namur. 2
& l'on pouvoit monter un Ba-
taillon de front par chaque bré-
che. La branche du demy- Ba-
stion bas de Terra Nova estoit
renversée, & l'on battoit les petits
ouvrages qui tombent en am-
phiteatre jusques à la Riviere,
en sorte que les Ennemis pou-
voient attaquer le Fort Guillau-
me, Terra Nova, la basse-Ville,
& le Chemin Couvert de la Cassotte
tout à la fois. Un autre que
Mr le Mareschal auroit marqué
de l'inquietude, mais il donnoit
ses ordres sans qu'il parust avoir
de la crainte du danger qu'il y
avoit, & l'on estoit toûjours dans
l'attente d'estre attaqué. Il divisa
Mis les Officiers Generaux dans
toutes les attaques. Mt de Gra-
214 Fournal du Siege
mont raſta à la basse-Ville a vec
Mr le Comte de Lomont. Mide
Reignac monta au Chemin cou-
vert de la Cassotte avec trois
Lieutenans Colonels, & Mr de
la Badie à celuy du Fort Guillau-
me. La nuit ſe paſſa ſans aucune
entreprise de la pirt des Ennemis.
Ils pousserent leurs Tran-
chées vers la redoure de la Sam-
bre, & ils mirent encore cinqe
pieces de canon en batterie sur
le Bastion de Graver pour achever
de ruiner les épaulemens
qu'on avoit faits à la bréche de
Grogneau. Mr de Megrigny tra-
vailla à reparer les bréches du
Fort Guillaume, & à se retrancher
derriere celle de Terra No-
va. Mr de Courcelle, Capitaine
de Namur. 215
des Grenadiers du Bataillon des
Fusilliers, fut tué à l'angle Sail-
lant droit du Chemin couvert de
ce Fort. Sur le minuit on enten-
dit plusieurs coups de canon vers
le defilé du Mazy, sans que l'on
pust sçavoir pour lors ce que
c'estoit.
Le 27. les décharges de l'Ar-
tillerie des Ennemis continue-
rent de la mesme force. Celle de
la Place tira toûjours sur leur
Ville, & les bombes écraserent
plusieurs maisons. L'on vit un
grand mouvement dans leur Ar-
mée, laquelle quittoit le costé de
la Condros, & prenoit le grand
chemin de Bruxelles. Toute la
Garnison commença à se réjouir,
216 Journal du Siege
sut ce qu'on ne doutoit plus du
secours. Ce qui le faisoit conjec-
turer, c est la précipitation avec
laquelle les Ennemis poussoient
leurs Travaux. Mrde Saint Lau-
rent monta a la Cassotte, M-
de Gramont au Fort Guillau-
me, & Mr de Reignac à la basse-
Ville. Sur les dix heures du
soir, J'on apperceut un hom-
me proche la bréche de Terra
Nova. Comme on croyoit quil
estoit venu pour l'examiner,
Mr de Sainte Hermine estant à
la Porte du bord de l'eau avec
son Regiment, fit avancer qua-
tre Dragons pour tirer sur luy,
mais il cria qu'il se presentoit
pour parler à Mr le Marechal.
Oni luy jetta une corde, & on
le
de Namur
217
le monta à la basse-Ville. Il dit
qu'il estoit François, qu'il fer-
voit un homme a Mr de Baviere,
qu'il estoit bien-aise d'avertit que
dans peu on seroit secouru, &
que l'Armée de France estoit à
la hauteur du Mazy. Les Ennemis
continuerent leurs travaux
pour joindre la Sambre, & leut
Artillerie tira comme le jour.
Le 28. l'on fut surpris de ce
que l'Artillerie des Ennemis
pouvoit tirer, car les pieces de-
voient estre éventées; cependant
on n’y reconnut aucun
changement. Il sembloit même
qu elle estoit encore mieux servie,
& il falloit qu'ils en eussent
une prodigieuse quantité, pour
Journal du Siege
218
changer celles qui ne pouvoient
plus fervir. Jusques alors on en
avoit ignore le nombre, mais
un Officier de leurs Troupes , à
qui on parla, dit qu'ils avoient
plus de deux cens canons ou
mortiers en batterie, Sur le midy
Mr de Reignac fut avery qu'il
paroissoit une flote de Batteaux
jui descendoient à la Ville. L'on
crut que c'estoit des. Troupes qui
venoient debarquer à la brêche
de Grogneau. Il en donna avis
à Mr le Comte de Lomont, qui
fit prendre les armes, & chacun
occupa son poste. Mr de Reignac
ſoitit bors de la porte de Bulley.
pour les teconnoiſtre. Un Bate-
lier avoit averty que c'estoit dix-
neuf Batteaux que l'on avoit
de Namur. 219
fait descendre de Dinant & de
Givet, pour le transport des Bles-
sez qu'on avoit laissez dans la
Ville, suivant la Capitulation,
lesquels contre la bonne foy,
avoient esté arrestez pendant
seize jours, ce qui fit qu'on les
laissa passer. Les Ennemis ne fi-
rent pas beaucoup d'ouvrages à
leurs tranchées, & l'on vit bien
par leurs mouvemens qu'ils ne
vouloient pas hazarder un assaut
avant la décision de l'action à la.
quelle on s'attendoit pour le se-
cours. Ils firent une batterie de
dix pieces de canon à my-coſte
du Chemin couvert de la droite
du Fort Guillaume, qui battoit la
Porte du Secours, afin de ruiner
la défense du flanc qui voyoit la
TI
220 Fournal du Sirge
bréche de la branche du demy-
Bastion de Terra Nova, qui n'en
est qu'à la portée du pistolet. Elle
battoit aussi la face de ce demy-
Bastion Mr de Megrigny fit tra-
vailler à des Fougaces sous le dé-
bris des brêches. Les Officiers
commencerent à murmurer de
ce que Mr le Maréchal s'exposoit
trop, & luy representerent que
le ſalut de la Place toulant sur sa
ſeule personne, il estoit du sei vi-
ce du Roy qu'il se conservast da-
vantage. Cependant il ne laissa
pas de visiter les postes à l'ordi-
nairc. Mr d'Asfeld monta au
Fort Guillaume, Mr de la Badie
au Chemin couvert de la Cassot.
te, & Mr de Reignac resta à la
basse-Ville avec Mr de Lomont,
de Namur. 221
pout y achever les retranchemens
qu'il, y avoit fait faire, lesquels
estoient détruits en partie
par le canon & les bombes.
Le 29. on vit passer un grand
Convoy qui alloit à l'Armée du
Prince d'Orange, laquelle s'estoit
rapprochée de la Place. L'on
ne sçavoit où estoit celle de Mr
le Maréchal de Villeroy, dont
on n'avost eu aucun avis depuis
le 25. de Juillet. La brêche de
Tetra Nova, qui estoit le corps
de la Place, attendu que l'on ne
pouvoit plus le retirer dans les
deux petites envelopes, estoit si
grande & si accessible que l'on-
estoit dans la crainte diy estre
emporté, si les Ennemis don-
Tiij
111 Fournal du Siege
noient un assaut; mais l'on ne
pouvoit s'imaginer qu'ils deus-
sent y venir, la teste de leur tran-
chée en estant encore à plus de
trois cens toises. Mr de Megri-
gny fit abattre un corps de Ca-
sernes pour continuer le retran-
chement derrière cette bréche.
C'estoit un ouvrage difficile à
cause du grand feu d'Artillerie
que les Ennemis faisoient jour
& nuit dans cet endroit. Mr le
Mareschal qui prévoyoit ce qui
arriva le lendemain, voulut faire
une disposition generale, &
mettte des Commandans avec
des Troupes fixes à toutes les
attaques, afin que chacun re-
connust son terrain, & qu'on s'y
accommodast pour attendre les
de Namur 22
Ennemis. L'execution en fut dif-
ferée, à cause que l'on assuira
qu'il n'estoit pas possible qu'ils
pussent partir de si loin pour ve-
nit a l'assaut, & bien des gens
estoient de cette opinion: Mr de
Saint Laurent monta au Chemin
couvert de la Cassotte, Mr de
Reignac a celuy du Fort Guil-
laume, & Mr de Gramont à la
basse-Ville; & comme l'on estoit
dans l'attente d'une grande action,
l'on redoubla la garde de
ces postes.
Le 30. au point du jour l'on
s'apperceut qu'il yavoit un grand
mouvement dans les tranchées
des Ennemis où l'on vit entrer
quantité de Troupes, Mr de Rei-
Tilij
224 Fournal du Siege
gnac en donna avis à Mr le Ma-
reschal. Mr de Saint Laurent en
fit la mesme chose, vers les six
heures du matin. Comme on vie
distribuer aux Ennemis, quan-
nité de faux à revers, & d'espon-
tons, l'on reconnut qu'ils se dif-
posoient à donner un assaut,
mais l'on croyoit qu'ils ne vou-
loient qu'attaquer le Fort Guil-
laume, & le Chemin couvert de
la Cassotte. Mr de Reignac man
da encore à Mr le Mareschal qu'-
il ne doutoit plus que l'on n'allast
estre attaqué. Sur ce dernier avis
on fit prendre les armes à toute
la Garnison, & chacun courut à
son poste. Mr le Mareschal reſta
à celuy de Terranova, avec Mn
de Megrigny, d'Asteld & de
de Namur.
125
Nogent, & environ cinq cens
hommes. Mr de Guiscard se posta
a la demi-lune casematée avec
un corps d'environ mille hom-
mes, ayant avec luy Mr de la
Badic & Mrs de Montbron &
de la Chaise. Mr de Reignac,
comme il a esté dit, estoit au
poste avancé du Fort Guillaume,
ayant avec luy Mr des Barreaux,
Colonel de Dragons, & Mr de
Fonlongue, avec six cens Dra-
gons ou Grenadiers. Mr de Prin.
cé resta dans ce Fort avec Mrde
Verduisant, & environ cinqui cens
hommes. Mr de Montagnac
commandoit dans la demi-lune,
avec cent hommes. Mr le Mar-
quis de Quélus, Colonel de Dra-
gons de Languedoc, occupoit la-
226 Journal du Siege
gauche du Chemin couvert avec
cent Dragons & deux cens hom-
mes d'Infanterie. MEnde Saint
Laurent commandoit avec trois
Lieutenans Colonels & douze
cens hommes d'Infanterie, dans
tous les Chemins couverts de la
Cassotte. Mr de la Cime, Capi-
taine au Regiment de Beauvoisis,
estoit dans la Redoute de la Cas-
sotte avec soixante hommes. M-
le Comte de Lomont resta dans
la basse-Ville, avec Mrs de Gramont,
de Sainte Hermine, &
de la Marre, ayant trois cens
Dragons & environ quatorze
cens hommes d'Infanterie. Mr
de Marigny, Major du Chaſteau,
estoit dans le Donjon, avec cinqui
cens hommes d'Infanterie.
de Namur. 22.7
Sursles dix heures du matin,
l'Artillerie des Ennemis cessa de
tirer, & les Troupes sortirent de
toures leurs Tranchées, & se mi-
tent en bataille sur le revers, ob-
servant un grand ordre & un
grand silence, aprés quoy elles
se separerent par pelotons. Il
sortit aussi environ trois mille
hommes de l'Abbaye de Salzei-
ne, qui aprés s'estre mis en ba-
taille, s'approcherent des tranchées
dans lesquelles apparem-
ment ils n'avoient pû contenir.
Dans le temps qu'ils faisoient
leurs dispositions, un Officier
parut sur le Rempart de leur
Ville, & demanda à parler a Mt
le Comte de Guiscard, & un
Officier luy ayant répondu qu'il
228 Journal du Siege
pouvoit dire ce qu'il souhaitoit,
il dit qu'il venoit de la part de
Mr de Baviere pour l'avertir qu'-
il n'y avoit plus de secours à esperer,
que Mr de Villeroy s'e-
stoit retiré, & que comme il
estoit sur le point de faire don-
ner un assaut general, il l'exhor-
toit à vouloir faire une bonne
Capitulation, & qu'on la luy
accorderoit fort avantageuse; que
ce seroit le moyen de bien épar-
gner du sang de part & d'autre,
mais que l'on ne luy donnoit
qu'un quart d'heure pour se dé-
terminer. Mr le Comte de Lo-
mont qui estoit sur le Bastion du
bord de l'eau, répondit qu'il ne
se chargeoit pas d'une telle com-
mission, & que Mr de Baviere
de Namur. 229
n'avoit qu'à suivre son chemin
que l'on estoit préparé à le rece-
voit. Dans le mesme temps un
autre Officier se presenta sut le
revers de leurs tranchées, prés
le chemin couvert du Fort Guil-
laume, & demanda l'Officier ge
neral qui y commandoit. Mr de
Reignac ayant paru, il luy fit le
mesme compliment, à quoy il
répondit qu'il n'écoutoit point de
semblables propositions, que tou-
tes choses estoient préparées pour
se bien deffendre, & qu'ils n'a-
voient qu'à commencer. Chacun
se retira, & en un instant les En-
nemis donnerent le signal, qui
fut de trois décharges de toute
leur Artillerie, & ensuite ils mar-
cherent à l'attaque qu'on leur
avoit designée.
Fournal du Siege
230
Comme ils estoient plus pro-
che du Chemin couvert du Fort
Guillaume, que des endroits où
ils devoient aussi donner l'assaut,
l'action commença par la. Ils
l'attaquerent par trois differens
endroits avec une extrême vi-
gueur; mais on s'y deffendit
avec tant de fermeté, qu'ils ne
purent y entrer. Ils firent avan-
cer des Troupes fraîches qui vou-
lurent passer par la droite de ce
Chemin couvert pour s'emparer
des brêches de ce Fort. Mr de
Reignac qui avoit préveu la cho-
se, leur opposa un si grand feu
qu'ils furent obligez de se retirer,
& ils ne s'y piesenterent plus.
Ils rejetterent leurs forces du co-
ſté de la Place d'armes où estoit
de Namur. 231
Mr de Barreaux. Ils y entrerent
& en furent rechassez, mais com-
me ceux qui avoient attaqué par
la gauche s'estoient rendus mai-
stres d'un angle mort, ou estoit
Mrde Quélus, ils porterent leur
feu sur ceux qui deffendoient cet.
te Place d'Armes, qu'ils voyoient
à revers. Cela obligea Mr de Rei-
gnac de les faire reurer derriere
des traverses, & les Ennemis se
logerent six toises au dessous de
Langle. Quelque temps aprés de
nouvelles Troupes leur estant en-
core arrivées & Mrde Barreaux
ayant eſté bleſſé à mort, ils vou-
lurent encore entrer dans le Che-
min couvert par cette Place d'Ar-
mes qui n'estoit pas occupée M-
de Reignac y fit avancer Mis de
232 Fournal du Siege
Fonlongue, le Comte de Sanzée,
Mrs des Rouvilles, Belleisse,
Quarvillé, de Givry, de Saint
Sauveur, & de Mortin, qui les
chargerent avec tant de vigueur
qu'aprés un fort grand carnage
les Ennemis se retirerent à leur
logement. Mr de Reignac qui
avoit eu deux legeres blessures
au commencement de l'action,
en receut une troisiéme d'un é-
clat de palissade qui luy donna
par la teste & le porta par terre.
Le feu estant cesse de part &
d'autre il se retira, estant toujours
maistre du Chemin cou-
vert, quoy qu'il y eust perdu
plus de la moitié des Officiers &
Soldats qui estoient avec luy.
de Namur.
23
Pendant que les choses se passoient
ainsi au Fort Guillaume,
les Ennemis attaquerent le Che-
min couvert de la Cassotte par
quatre endroits avec un grand
nombre de Troupes. Mr de Saint
Laurent le soûtint pendant un
quart d'heure, mais Mr de Guis-
card luy ayant envoyé ordre de
ne rien opiniâtrer, il l'abandonna
& se retira dansceluy de la de-
my-Eune Casematée. Les Ennemis
se logerent sur tout le front de
la Cassotte, & voulurent empor-
ter la Redouie, mais Mr de la
Cime s'y deffendit sicbien qu'ils
ne purent s'en rendre maistres,
ny chasser Mr de Quélus des
Traverses derriere lesquelles il
s'estoit retiré.
Journal du Siege
234
Les Etnemis qui vouloient
aussi attaquer la basse-Ville en
mesme tempe que le Chasteau,
firent une fausse attaque à la Porte
de Bulley. Mr de la Marre
qui gardoit ce coſté-là les en
chassa sans beaucoup de peine,
mais dans le moment ils sorti-
rent de leur Ville par la Porte
de Graver, se mirent en bataille
& passerent la Sambre qui estoit
jayable, & ayant voulu monter
à la bréche de Grogneau, Mr de
Lomont leut opposa cent Dra-
gons commandez par Mis Dantigny
& le Marquis de Maury,
soutenus par Mr de la Borie, &
le Capitaine des Grenadiers du
Bataillon de Solre. L'on fit un si
grand feu sur les Ennemis, & on
de Namur
235
uleur tua tant de monde, que la
Riviere estoit teinte de leur sang,
en sorte que ne pouvant plus re-
fister, ils prirent la fuite. Mr le
Marquis de Maury y fut tué, &
plusieurs autres Officiers. Mr de
Lomont s'y porta avec beaucoup
de valeur & de conduite. Quoy
que Mr le Marquis de Gramont,
& Mr. de Sainte Hermine qui
deffendoient le coſté de la Porte
du Baſtion du bord de l'eau,
n'eussent point esté attaquez, il
est certain qu'ils essuyerent un
tres-grand feu, & qu'ils servirent
fort utilement, comme on le
verra dans la suite. Dés que le
signal fut donné pour les atta-
ques, les Ennemis parurent aux
fenestres des maisons qui regnent
236 Fournal du Siege
le long de la Sambre & dans la
Ville cedée, & firent un feu ex-
traordinaire sur le Poste de Mde
Gramont où l'on ne pouvoit
se mettre à couvert, & où il
resta jusques à la fin, mais il per-
dit la moitié des Troupes qu'il
avoit avec luy. Mr de la Vinouze,
Lieutenant Colonel du Regiment
de Hainault fut tué, &
quantité d'Officiers de Dragons.
Le Chevalier de Pezeux y fut
blessé.
L'entreprise la plus hardie que
firent les Ennemis fut celle cy-
Huit cens Grenadiers Anglois
choisis, soutenus de trois mille
hommes qui estoient sortis de
l'Abbaye de Salzeinc, coulerent
de Namur. 235
le long du chemin, entre le
Fort Guillaume & la Sambre
& marcherent droit à Terra
Nova, afin d'y monter à la bréche,
pour la deffense de laquel-
le il y avoit cent hommes de
garde, qui à l'approche des
Ennemis s'y présenterent de
fort bonne grace, & les receurent
avec beaucoup de fermeté.
Ils auroient neanmoins esté
forcez, sans que Mr le Ma-
reschal y envoya Mr de Martinet
avec cent Dragons. Mr
de Martinet y fut tué, aprés
avoir renversé les Grenadiers des
Ennemis aubas de la bréche. Un
de leurs Bataillons estant arrivé,
monta & posa ses Drapeaux sur
le haut de la brêche; mais il fut
23 Journal. du Siege
repouſſe pai Mrs d'Asfeld & de
Nogent. Ce Bitailton ayant pris
la fuite, un autre ſe preſenta, à
la teste duquel il y avoit aussi
des Grenadiers qui s'estoient tal.
liez. Ily en eut plusieurs qui en-
rrerent dans la Place, & y furent
tuez, & comme l'affaire estoit
douteuse, Mr le Marécbal mar-
cha l'épée à la main avec la
Compagnie de ses Gardes, &
combattit avec les Troupes qui
estoient à la bréché, lesquelles
sans ſa presence paroissoient fort
rébutées. L'on fit de si grands
efforts, que les Ennemis furent
rechaſsez avec beaucoup de con-
fusion, ce qui fit qu'ils se cul-
buterent les uns sur les autres
&t renverfetent leur troisième
de Namur. 2-39
Bataillon, qui n'avoit point en-
core combatu. Ils ne purent se
rallier que dans la Prairie de
Salzeine. Il y eut deux choses
essencielles qui les obligerent d'a-
bandonnercette bréche; l'une, le
feu que Mr le Mirquis de Gra-
mont leur fit faire a revers du
Bastion du bord de Leau, qui
ein'en est qu'à une portée de pisto-
let; l'autre, celuy que leur fitent
faire Mr de la Badie & Mr de la
Chaise. Mr le Comte de Guis-
card voyant le danger où estoit
Terranova, les avoit envoyez
avec cent Dragons ou Soldats,
pour prendre les Ennemis en
flanc, & ce fut l'arrivée de ce
detachement, qui détermina les
Ennemis de prendre la fuite M140Journal
du Siege
d'Entragues qui s'y estoit presen-
té dés le commencement, & qui
n'avoit pas assez de Troupes pour
sopposer aux Ennemis, ne laissa
pas de leur tuer beaucoup de
monde. Cette bréche demeura
couverte de leurs morts, & ils
sont convenus depuis, qu'ils eu-
rent trois mille hommes de tuez
ce jour-là, & plus de deux mil-
le bleſſez. Cela ne ſe put paſſer
qu'avec une grande perte du co-
té des Troupes de la Place, Il
y eut un tiers des Officiers tuez
ou blessez, & prés de quinze
cens Soldats. L'affiire ne finit
que sur les cinq heures du soir
& l'on ne s'occupa de part &
d'autre qu'a retirer les blessez,
Pendant la nuit, les Ennemis
s'enfon-
de Namur.
24
s'enfoncerent dans leur loge
ment, & travaillerent à embras
ser plus de terrain.
Le 31. les Ennemis à l'ordi-
naire firent un feu continuel de
leur Arrillerie. Au point du jour,
l'on vit un grand mouvement de
leurs Troupes dans la Prairie de
Salzeine, & elles resterent long.
temps en Bataille. Mr le Mareschal
crut qu'ils avoient intention
de donner un second assaut general,
& il disposa toutes choses
pour le soutenir. Vers les dix
heures du matin, les Ennemis fe
separerent & n'entreprirent rien;
l'on transporta dans la basse Ville
tous les Blessez qui estoient au
Fort Guillaume, & dans les au-
X
Fournal du Siege
242
tres endroits où ils avoient esté
mis le jour précedent. Mr de
Megrigny travailla avec toute la
diligence possible, à mettre en
estat le retranchement auquel il
faisoit travailler derriere la bré-
che de Terra Nova. Mr de Prin-
cé qui estoit resté Commandant
au Fort Guillaume, alla trouver
Mule Maréchal, pour luy répre.
fenter qu'il n estoit presque pas
possible de le deffendte, tous les
ouvrages estant si renverfez qu'-
ils n'avoient presque plus aucune
figure. L'on travailla neanmoins
pendant la nuit à relever des ter-
res dertiere les brêches, pour
mettre à couvert les Troupes qui
devoient les deffendre.
de Namur. 243
Le premier du mois de Sep.
tembre l'on vit un grand mou-
vement dans les Tranchées des
Ennemis, & l'on crut par les dis-
positions qu'ils faisoient, que l'on
de voit s'attendre à une grande
action. Mr le Mareschal n'oublia
rien des mesures qu'il pouvoit
prendre pour la soûtenir. Vers
les six heures du matin, Mr de
Guiscard l'alla trouver, pour luy
répresenter le mauvais estat de
la Place, & combien l'on hazarderoit
les Troupes, s'il vouloit
soûtenir um second assaut. Mr le
Mareschal fut un peu surpris de
se voir reduit à cette exttemité.
Ilne voulut cependant prendre
aucune resolution. Il croyoit que
les Ennemis alloient attaouer de
X 1)
de Namur.
244
moment à autre, lors qu'ils de-
manderent une suspension d'ar
mes, pour retirer les morts &
les blessez qu'ils n'avoient pu
avoir aprés la derniere action,
Mr le Mareschal leur accorda
deux heures, pendant lesquelles
on fit porter à leurs Tranchées
tous ceux qui se trouverent sur
les brêches, & sur les glacis: Tan-
dis que cela s'executoit, Mr de
Guiscard ayant répresenté une
seconde fois à Mr le Mareschal
le mauvais estat de la Place, il
consentit de faire assembler les
Officiers Generaux, afin de sça-
voir leur sentiment. Mr de Megrigny,
aprés avoir rendu com-
pte de l'estat des ouvrages, témoigna
qu'il estoit dangereux de
de Namur.
245
tisquer une affaire semblable a la
derniere. Mr Filley en fit remar-
quer les inconveniens, & Mrs les
Brigadiers qui s y trouverent sui-
virent tous l'avis de Mr le Comte
de Guiscard. Ainsi il fut reso-
lu que l'on capituleroit, & il alla
pour ce sujet au Fort Guillaume,
& lors que la suspension d'armes
fut finie, il demanda a parler à
l'Officier General qui comman-
doit la Tranchée des Ennemis,
qui estoit Mr de Leindebonn
auquel il fit sa proposition, &
ensuite l'on fit les échanges des
Oſtages. Du coſté de la Garni-
son on donna Mt de la Badie &
Mr de Monbron. Le reste du
jour ſe paſſa à negociet la Capi-
tulation, dont les Articles furent
XII)
Fournal du Siege
246
dressez & portez par Mr de Fu-
meron. Cela fut arresté & signé
le meſme jour, ainsi qu'il ensuit.
Fermer
3
p. 221-233
A Fontainebleau le 26. Juillet.
Début :
Le 23. Juillet l'armée du Roy étant campée, la [...]
Mots clefs :
Fontainebleau, Ennemis, Maréchal de Villars, Sambre, Comtes, Bataillons, De Broglio, L'Escaut
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texteReconnaissance textuelle : A Fontainebleau le 26. Juillet.
A Fontainebleau le 26,
Fuillet.
Le 23. Juillet l'armée du
Roy étant campée , la droite à Maringhemfur la Sambre, & la gauche au Cateau
Cambrefis, M. le Maréchal
deVillars fit jetter plufieurs
ponts fur la Sambre , & declara qu'il vouloit attaquer
T iij
222 MERCURE
les quartiers des ennemis
devant Landrecy , de l'autre côté de la Sambre. Ef
fectivement l'armée ſe mit
en marche par la droite à
l'entrée de la nuit , & M.le
Comte de Coigny paſſa lá
Sambreavecfa referve dans
le même tems . Monfieur de
Villars, dont le deffeinétoit
d'attaquer le camp retran
chéque les ennemis avoient
à Denain de l'autre côté de
L'Efcaut , fit marcher par fa
gauche M. le Comte de
ranBroglio avec fa referve de
cavalerie , & M. de Vieux-
GALANT. 223
pont avectrente bataillons,
qui paffa la Selle , c'eſt à
dire qu'il fe pofta entre la
Selle & l'Efcaut , parce que
l'armée étoit campée audelà de Landrecy. M. d'Albergotty vint avec vingt
bataillons &
quarante efcadrons de la gauche. Peu
de temps aprés le reſte de
l'armée fit demi tour à gauche , & tout marcha fur
une ligne vers l'Eſcaut , où
elle arriva avec le canon le
24. à huit heures du matin.
Les pontons furent faits en
trois quarts- d'heure. M. de
A
Tiiij
224 MERCURE
Broglio fe trouvant natu
rellement à la tête de tout ,
s'avança le premier avec fa
referve , & fut fuivi par les
Brigades de Navarre ,
Champagne , le Maine
Royal, Lionnois, Tourville,
les Vaiffeaux , & Brande
lais , commandées par M.
d'Albergotty , Vieuxpont ,
Dreux & Brandelais , Lieutenans generaux ; & pour
Maréchaux de Camp Meffieurs de Nangis , le Prince
d'Iffanguien, le Duc deMortemart & Mouchi. Il étoit
une heure aprés midi lorf-
GALANT. 225
que M. de Broglio avec fa
referve de cavalerie força
la ligne des ennemis qui alloit de Denain à Marchienne, paffant par Efcordain :
il paffa les retranchemens à
cheval , & défit la cavalerie
qui les défendoit. L'infanterie ennemie , au nombre
de feize ou dix-huit bataillons , avec du canon , étoit
dans des
fort élevez , que les ennemis avoient eu le temps de
perfectionner , qui envelopoient le village de Denain
& celui de Prouvy , où ils
retranchemens
226 MERCURE
avoient leurs ponts fur l'E
caut , pour communiquer
-avec l'armée du Prince Eugene , qui étoit derriere
I'Efcaillon , foûtenant par
fa gauche le camp devant
il
Landrecy & le camp de
Denain par fa droite. Aprés
que M. de Broglio cut forcé les retranchemens ,
tomba fur un convoy de
cinq cent chariots chargez
de pain pour l'armée ennemie, efcorté par cinq ou fix
-cent hommes , qu'il défit ,
& fe rendit maître du con
voy entier.
-GALANT. 227
ན་
Pendant ce temps- là l'infanterie de l'armée du Roy
paffa la ligne que l'on venoit de forcer , &fe mit en
bataille , la droite à cette
même ligne , &la gaucheà
l'autre ligne des ennemis
qui prenoit de l'Eſcaut à S.
Amant , pour attaquer le
retranchement de Denain
où étoit l'infanterie. Ceretranchementfutforcé,malgré une trés- grande refiftance & un grand feu de la
part des ennemis , les troupes duRoy s'y étant portées
avec toute la valeur poſſible.
228 MERCURE
Meffieurs d'Albergotty
& de Nangis marcherent
au pont de Prouvy , pour
couper la retraite des ennemis , & les empêcher d'être
foûtenus par l'armée du
Prince Eugene , dont on
voyoit les colonnes de l'autre côté de l'Efcaut. Ils fe
rendirent maîtres de ce
pont , que les ennemis reprirent enfuite ; & c'eſt là
où s'eft donné le plus grand
combat , qui a duré juſqu'à
fix heures du foir , ce pont
ayant été pris & repris par
trois fois , les troupes du
A
GALANT. 229
Roy en étant enfin demeurées en poffeffion. Et l'on
peut compter que toutes
les troupes des ennemis qui
compofoient ce camp , au
nombre de feize à dix-huit
bataillons , & un corps de
a
cavalerie , dont on ne fçait
pas encore le nombre , rien
ne s'eft fauvé , & que tout
f le reste a été pris ou tué.
7
M. le Prince de Tingry
étant enfuite forti de Valenciennes avec fa garnifon, &étant venu à la Sence
de Hurtebize , il a forcé un
camp des ennemis dans un
230 MERCURE
village , fans que l'on fçache encore le détail. Mef.
freurs de Villars & Montef
quiou étoient tous deux à
l'action ; & outre les Officiers generaux ci - deffus
nommez, M. le Comte de
faint Maurice , Lieutenant
general des troupes de Cologne , M. du Rofel, le Prince Charles , M. de la Valliere, & M. de Silli y étoient
auffi. not caldr
Les principaux Officiers
que nous avons faits prifonniers , font Milord d'Albemarle , le Prince d'An--
GALANT. 231
halt & Bline , Lieutenans
generaux , le Prince d'Holftein & M. de Saulme, Maréchal de Camp , Homel,
Colonel du Grand -Maître
de l'Ordre Teutonique ; le
Major des troupes Impe
riales , & plufieurs autres
Colonels &Officiers. Nous
y avons perdu M. de Tour
ville tué,M. de Meuſe bleffé
à mort, M. de Chevalier de
Teffé , Colonel de Chame
pagne, bleffé , le Marquis
de Jonfac le poignet caffé.
On a trouvé dans le camp
des ennemis une grande
232 MERCURE
quantité de proviſions de
guerre, parce que c'étoit là
leur dépôt.
Au départ de M. de Nangis , qui a apporté la nouvelle de cette action au
Roy' , M. de Broglio avoit
marchépour attaquer Marchiennes , où les ennemis
ont deux ou trois cent batteaux chargez de toutes fortes de munitions de guerre.
& de bouche. Il n'y a pas
lieu de douter qu'il ne s'en
foit emparé, les ennemis ne
pouvant le fecourir. and
Monfieur le Prince Eu
gene
GALANT. 233
gene étoit dans le campde
Denain à neuf heures du
matin ; & aprés avoir fait
les difpofitions pour foûtenir l'attaque , il alla à ſon
armée , pour la faire avancer au fecours du camp.
Fuillet.
Le 23. Juillet l'armée du
Roy étant campée , la droite à Maringhemfur la Sambre, & la gauche au Cateau
Cambrefis, M. le Maréchal
deVillars fit jetter plufieurs
ponts fur la Sambre , & declara qu'il vouloit attaquer
T iij
222 MERCURE
les quartiers des ennemis
devant Landrecy , de l'autre côté de la Sambre. Ef
fectivement l'armée ſe mit
en marche par la droite à
l'entrée de la nuit , & M.le
Comte de Coigny paſſa lá
Sambreavecfa referve dans
le même tems . Monfieur de
Villars, dont le deffeinétoit
d'attaquer le camp retran
chéque les ennemis avoient
à Denain de l'autre côté de
L'Efcaut , fit marcher par fa
gauche M. le Comte de
ranBroglio avec fa referve de
cavalerie , & M. de Vieux-
GALANT. 223
pont avectrente bataillons,
qui paffa la Selle , c'eſt à
dire qu'il fe pofta entre la
Selle & l'Efcaut , parce que
l'armée étoit campée audelà de Landrecy. M. d'Albergotty vint avec vingt
bataillons &
quarante efcadrons de la gauche. Peu
de temps aprés le reſte de
l'armée fit demi tour à gauche , & tout marcha fur
une ligne vers l'Eſcaut , où
elle arriva avec le canon le
24. à huit heures du matin.
Les pontons furent faits en
trois quarts- d'heure. M. de
A
Tiiij
224 MERCURE
Broglio fe trouvant natu
rellement à la tête de tout ,
s'avança le premier avec fa
referve , & fut fuivi par les
Brigades de Navarre ,
Champagne , le Maine
Royal, Lionnois, Tourville,
les Vaiffeaux , & Brande
lais , commandées par M.
d'Albergotty , Vieuxpont ,
Dreux & Brandelais , Lieutenans generaux ; & pour
Maréchaux de Camp Meffieurs de Nangis , le Prince
d'Iffanguien, le Duc deMortemart & Mouchi. Il étoit
une heure aprés midi lorf-
GALANT. 225
que M. de Broglio avec fa
referve de cavalerie força
la ligne des ennemis qui alloit de Denain à Marchienne, paffant par Efcordain :
il paffa les retranchemens à
cheval , & défit la cavalerie
qui les défendoit. L'infanterie ennemie , au nombre
de feize ou dix-huit bataillons , avec du canon , étoit
dans des
fort élevez , que les ennemis avoient eu le temps de
perfectionner , qui envelopoient le village de Denain
& celui de Prouvy , où ils
retranchemens
226 MERCURE
avoient leurs ponts fur l'E
caut , pour communiquer
-avec l'armée du Prince Eugene , qui étoit derriere
I'Efcaillon , foûtenant par
fa gauche le camp devant
il
Landrecy & le camp de
Denain par fa droite. Aprés
que M. de Broglio cut forcé les retranchemens ,
tomba fur un convoy de
cinq cent chariots chargez
de pain pour l'armée ennemie, efcorté par cinq ou fix
-cent hommes , qu'il défit ,
& fe rendit maître du con
voy entier.
-GALANT. 227
ན་
Pendant ce temps- là l'infanterie de l'armée du Roy
paffa la ligne que l'on venoit de forcer , &fe mit en
bataille , la droite à cette
même ligne , &la gaucheà
l'autre ligne des ennemis
qui prenoit de l'Eſcaut à S.
Amant , pour attaquer le
retranchement de Denain
où étoit l'infanterie. Ceretranchementfutforcé,malgré une trés- grande refiftance & un grand feu de la
part des ennemis , les troupes duRoy s'y étant portées
avec toute la valeur poſſible.
228 MERCURE
Meffieurs d'Albergotty
& de Nangis marcherent
au pont de Prouvy , pour
couper la retraite des ennemis , & les empêcher d'être
foûtenus par l'armée du
Prince Eugene , dont on
voyoit les colonnes de l'autre côté de l'Efcaut. Ils fe
rendirent maîtres de ce
pont , que les ennemis reprirent enfuite ; & c'eſt là
où s'eft donné le plus grand
combat , qui a duré juſqu'à
fix heures du foir , ce pont
ayant été pris & repris par
trois fois , les troupes du
A
GALANT. 229
Roy en étant enfin demeurées en poffeffion. Et l'on
peut compter que toutes
les troupes des ennemis qui
compofoient ce camp , au
nombre de feize à dix-huit
bataillons , & un corps de
a
cavalerie , dont on ne fçait
pas encore le nombre , rien
ne s'eft fauvé , & que tout
f le reste a été pris ou tué.
7
M. le Prince de Tingry
étant enfuite forti de Valenciennes avec fa garnifon, &étant venu à la Sence
de Hurtebize , il a forcé un
camp des ennemis dans un
230 MERCURE
village , fans que l'on fçache encore le détail. Mef.
freurs de Villars & Montef
quiou étoient tous deux à
l'action ; & outre les Officiers generaux ci - deffus
nommez, M. le Comte de
faint Maurice , Lieutenant
general des troupes de Cologne , M. du Rofel, le Prince Charles , M. de la Valliere, & M. de Silli y étoient
auffi. not caldr
Les principaux Officiers
que nous avons faits prifonniers , font Milord d'Albemarle , le Prince d'An--
GALANT. 231
halt & Bline , Lieutenans
generaux , le Prince d'Holftein & M. de Saulme, Maréchal de Camp , Homel,
Colonel du Grand -Maître
de l'Ordre Teutonique ; le
Major des troupes Impe
riales , & plufieurs autres
Colonels &Officiers. Nous
y avons perdu M. de Tour
ville tué,M. de Meuſe bleffé
à mort, M. de Chevalier de
Teffé , Colonel de Chame
pagne, bleffé , le Marquis
de Jonfac le poignet caffé.
On a trouvé dans le camp
des ennemis une grande
232 MERCURE
quantité de proviſions de
guerre, parce que c'étoit là
leur dépôt.
Au départ de M. de Nangis , qui a apporté la nouvelle de cette action au
Roy' , M. de Broglio avoit
marchépour attaquer Marchiennes , où les ennemis
ont deux ou trois cent batteaux chargez de toutes fortes de munitions de guerre.
& de bouche. Il n'y a pas
lieu de douter qu'il ne s'en
foit emparé, les ennemis ne
pouvant le fecourir. and
Monfieur le Prince Eu
gene
GALANT. 233
gene étoit dans le campde
Denain à neuf heures du
matin ; & aprés avoir fait
les difpofitions pour foûtenir l'attaque , il alla à ſon
armée , pour la faire avancer au fecours du camp.
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Résumé : A Fontainebleau le 26. Juillet.
Le 23 juillet, l'armée du roi, dirigée par le maréchal de Villars, était positionnée avec sa droite à Maringhem-sur-la-Sambre et sa gauche au Cateau-Cambrésis. Villars ordonna la construction de plusieurs ponts sur la Sambre et annonça son intention d'attaquer les quartiers ennemis devant Landrecy. L'armée se mit en marche à la tombée de la nuit, et le comte de Coigny traversa la Sambre avec sa réserve. L'objectif était d'attaquer le camp retranché des ennemis à Denain, de l'autre côté de l'Escaut. Le comte de Broglio, à la tête de la réserve de cavalerie, et Vieuxpont avec vingt bataillons, passèrent la Selle et se positionnèrent entre la Selle et l'Escaut. Le 24 juillet à huit heures du matin, l'armée atteignit l'Escaut et les pontons furent construits en trois quarts d'heure. Broglio força la ligne ennemie allant de Denain à Marchiennes, passant par Escordain, et défit la cavalerie ennemie. Il captura un convoi de cinq cents chariots chargés de pain destiné à l'armée ennemie. Pendant ce temps, l'infanterie royale traversa la ligne forcée et se mit en bataille, attaquant le retranchement de Denain malgré une forte résistance. Les troupes royales prirent le pont de Prouvy après un combat acharné jusqu'à six heures du soir. Parmi les officiers ennemis capturés figurent Milord d'Albemarle, le prince d'Anhalt et Bline, ainsi que plusieurs autres colonels et officiers. Les pertes françaises incluent M. de Tourville tué et M. de Meuse blessé mortellement. Le prince de Tingry força également un camp ennemi près de Valenciennes. Broglio marcha ensuite vers Marchiennes pour s'emparer des munitions ennemies. Le prince Eugène, présent à Denain, tenta de secourir le camp mais sans succès.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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