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2751
p. 701-702
LETTRE à M. l'Abbé PHILIPPE, au sujet des Tragedies de M. de Voltaire, écrite de Paris le 20. Mars 1736.
Début :
C'est vous faire ma cour, Monsieur, que de vous envoyer les Vers que j'ai [...]
Mots clefs :
Tragédies, Voltaire, Vers
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. l'Abbé PHILIPPE, au sujet des Tragedies de M. de Voltaire, écrite de Paris le 20. Mars 1736.
LETTRE à M. l'Abbé PHILIPPE ,
au sujet des Tragedies de M. de
Voltaire , écrite de Paris le 20. Mars
1736.
C'est vous faire ma cour , Monsieur
que de vous envoyer les Vers que j'ai
= composés au sujet des Tragédies de l'Illusre
M. de Voltaire . La haute estime que
vous
avez pour les Ouvrages d'un homme qui
fait tant d'honneur à sa Patrie par ses tan
lens universels , vous rendra peut- être agréa❤
ble la lecture des foibles essais d'une Muse
naissante:heureux , s'ils méritoient l'aprobation
des personnes qui ont le goût aussi
délicat que le vôtre ! Il se répand dans le
Public depuis quelques semaines , une Epitre
adressée au brillant Auteur d'Alzire &
elle commence par ces mois &
Rare génie , ornement de la France.
On
702 MERCURE DE FRANCE
sont ,
On me l'a attribuée sans fondement 3je
n'y ai aucune part. Cela me feroit -souhai
ter de mettre du jour mes Vers tels qu'il
si vous le jugez à propos. Soumis de
bon coeur à votre décision , j'attends tout de
Votre indulgence. Si c'est mon destin d'êt
imprimé, faites- moi grace de la Prose qui
faisoit partie des Lettres que j'ai eû l'honneur
d'écrire au Poëte incomparable de notr
siecle. Je finis par ce proverbe , Ne mihi
sis Patruus , en vous assurant que je suis
dans les sentimens d'une sincere et tendre vé
neration, M. & c. BA ... D'ARNAUD
A Paris ce 22. Mars 1736.
au sujet des Tragedies de M. de
Voltaire , écrite de Paris le 20. Mars
1736.
C'est vous faire ma cour , Monsieur
que de vous envoyer les Vers que j'ai
= composés au sujet des Tragédies de l'Illusre
M. de Voltaire . La haute estime que
vous
avez pour les Ouvrages d'un homme qui
fait tant d'honneur à sa Patrie par ses tan
lens universels , vous rendra peut- être agréa❤
ble la lecture des foibles essais d'une Muse
naissante:heureux , s'ils méritoient l'aprobation
des personnes qui ont le goût aussi
délicat que le vôtre ! Il se répand dans le
Public depuis quelques semaines , une Epitre
adressée au brillant Auteur d'Alzire &
elle commence par ces mois &
Rare génie , ornement de la France.
On
702 MERCURE DE FRANCE
sont ,
On me l'a attribuée sans fondement 3je
n'y ai aucune part. Cela me feroit -souhai
ter de mettre du jour mes Vers tels qu'il
si vous le jugez à propos. Soumis de
bon coeur à votre décision , j'attends tout de
Votre indulgence. Si c'est mon destin d'êt
imprimé, faites- moi grace de la Prose qui
faisoit partie des Lettres que j'ai eû l'honneur
d'écrire au Poëte incomparable de notr
siecle. Je finis par ce proverbe , Ne mihi
sis Patruus , en vous assurant que je suis
dans les sentimens d'une sincere et tendre vé
neration, M. & c. BA ... D'ARNAUD
A Paris ce 22. Mars 1736.
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2752
p. 702-708
AVERTISSEMENT au Lecteur. / Vers envoyés à M. de Voltaire le 30. Janvier 1736.
Début :
Deja plus d'un rimeur / O Toi, qui de l'amour empruntant le pinceau, [...]
Mots clefs :
Amour, Coeur, Vers, Nature, Époux, Brutus , Alzire, Amant, Critique
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texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT au Lecteur. / Vers envoyés à M. de Voltaire le 30. Janvier 1736.
AVERTISSEMENT au Lecteur
Deja plus d'un rimeur
Se déchaînant contre l'Ouvrage ,
Me donne le Pont-Neuf et les Quays en partagé
Que répondrai-je à ce fâcheux Censeur ,
Dont le ton critique m'outrage ?
Si Damon , ce vieil Orateur ,
Peut , sans reproche à l'audience ,
Faire ronfler son Auditeur ,
Fourquoi ne pas user de la même licence ?
Te puis à dix- sept ans endormir mon Lecteur.
Vers
AVRIL 1736. 703
Vers envoyés à M. de Voltaire le 30 .
Janvier 1736.
Toi , qui de l'amour empruntant le pinceau ,
Traces des passions une vive peinture :
Toi qui conduit par l'Art, formé par la Nature
Retires les Héros de la nuit du tombeau
Et possedes si bien l'heureux talent de plaire ,
Voltaire , qu'Apollon adopte pour son fils ,
Daigne accepter l'essai d'une muse sincere,
Dont la verité fait l'ornement et le prix :
Tandis que tout Paris te donne son suffrage ;'
Reçoisces Vers , reçois mon foible hommage ;
La raison vainement condamne ces transports ,
Sans écouter d'inutiles caprices ,
Je veux te consacrer mes timides accords ,
D'une Muse au berceau te vouer les prémices ¿
Que vois- je ? La critique abattuë à tes pieds ,
Ose encor contre roi lever sa tête altiere ,
Des Censeurs odieux les fronts humiliés ,
Portent leur haine écrite au sein de la poussiere
En vain ces Typhons condamnés ,
Bravent la main qui les tient enchaînés ; 1
En vain Penvieuse cabale
Désaprouve l'honneur qu'ont mérité tes Vers ;
Parle , et soudain cette fiere rivale ,
Confondue à ta voix , rentrera dans ses fers ;
Virgile , Milton et le Tasse ,
Dont les Ecrits presque divins
Les
1
704 MERCURE DE FRANCE
Les placent au- dessus du reste des Humains ,
Partagent avec toi notre encens au Parnasse.
Que ne puis- je exprimer ces charmes séducteurs
Qui touchent à ton gré les esprits et les coeurs?
Quand tu peins , je vois la Nature
Brillante de nouveaux attraits ;
Quand tu feins , l'aimable imposture
De la verité prend les traits.
Sur OEDIP E.
Par un assemblage exécrable ,
Mere , Epouse à la fois ,
Jocaste est d'autant moins coupable ;
Qu'elle obéit aux Loix.
D'Edipe infortuné je plains le sort funeste,
J'estime sa vertu , j'abhorre ses forfaits ,
C'est le crime que je déteste ,
Non le Criminel que je hais.
Sur HERODE et MARIA MNE .
Hérode en proye à mille allarmes ,
Tout injuste qu'il est nous arrache des larmes ;
J'admire de Varus la generosité ,
J'aime dans Mariamne une pudeur si rare ;
Avec l'Epoux je sens l'amour , la cruauté ,
Et j'accuse , avec lui , le Ciel d'être barbare ,
Lorsqu'il connoît le crime où son coeur l'a porte
Sur BRUTUS.
Du courageux Brutus la fermeté stoïque
Inspir
AVRIL.
, ༠
17368
Inspire au Spectateur de nobles sentimens ;
Sa constance héroïque
Fait taire la Nature en ces tristes momens ,
S'il veut être Romain , il cesse d'être Pere ;
L'un et l'autre a ses droits , il veut les satisfaire,
Rome exige du sang, l'amour retient son bras ;
Mais bien-tôt du Consul il prend le caractere ,
Et sort toujours vainqueur de ces rudes combats
Rien ne peut révoquer l'Arrêt inexorable ,
Le devoir a parlé , sa voix seule suffit
Pour armer ce Héros du foudre inévitable
Et sans gémir du joug où Rome le réduit ,
Il ne voit en Titus qu'un Citoyen coupable,
Sur ZAIRE.
Entre l'amour et la Religion ,
Zaïre irrésoluë
Jusqu'à la fin de l'action ,
Tient mon ame tremblante et toujours sas
penduë.
Lusignan , ce vieillard , ce Pere malheureux ,
Fixe des Spectateurs et le coeur et les yeux.
Son destin seul nous interesse ,
On partage avec lui sa joye et sa tristesse,
Orosmane est cruel , mais il est genereux ;
Dans Nerestan je vois un Chrétien plein de zele
Dans son aimable soeur , une amante fidelle ,
Ainsi mon ame tour-à - tour
Va de l'amour au trouble, et du trouble à l'amour.
Sur
706 MERCURE DE FRANCE
Sur CESAR.
Cesar est bienfaisant , vertueux , magnanime,
Et s'il n'étoit Tyran , Cesar seroit sans crime,
Brutus semble aux François un traître , un ins
humain ;
Mais Rome dans Brutus reconnoît un Romain,
Sur ALZIRE.
D'un devoir odieux victime infortunée ,
Alzire a deux Tyrans , l'Amour et l'Hymenée ;
L'un grave dans son coeur les traits d'un tendre
Amant ,
L'autre opose à ses feux la rigueur d'un serment,
Elle ne peut aimer sans se rendre infidelle .
Elle ne peut haïr sans être criminelle ,
L'Amant a sa tendresse , et l'Epoux a sa foi ,
Qui des deux doit donner ou recevoir la Loi ?
L'estime , la nature et la reconnoissance ,
C
Tiennent Alvarès incertain ;
al veut d'un bienfaiteur embrasser la défense ,
Et maintenir d'un fils le glorieux destin.
Zamoré aux yeux du Catholique ,
Est un Payen séditieux ;
Zamore aux Rives du Mexique ;
Est le liberateur d'un Peuple malheureux ,
Plus grand que ses Dieux même , il jouit de sa
gloire ,
Le coeur fait le Heros , et non pas la victoire ,
En vain le fier Gusman attaque son orgueil ,
Ce vengeur de l'Etat , seul apui de l'Empire ,
Sang
AVRIL. 1735. 707
Cans trembler sur sou sort , ne craint que pour
Alzire ,
Et voit d'un oeil serain les horreurs du cercueil ,
Prétextant ses forfaits du titre de courage ,
De sang toujours avide , enyvré de carnage ,
Gusman vit en tyran et meurt en vrai Chrétien
du tombeau le Ciel est son soutien ;
Aux portes
A son Rival ceder le Diadême ,
C'est l'effort d'un grand coeur
Lui ceder ce qu'on aime ,
C'est de soi - même être vainqueur.
Dans Alzire chacun croit voir une Maîtresse ,
L'on ressent four - à- tour la haîne et la tendresse,
Un Epoux plaint l'Epoux , un Amant plaint
l'Amant.
Plût au Ciel qu'on aimât aussi fidelement !
Poursuis , ingénieux Voltaire ,
A ce prix fai couler nos pleurs :
Poursui ta brillante carriere ,
Et regne à jamais sur nos coeurs
Que ton nom , que ta gloire ,
Perce de l'avenir l'épaisse obscurité ;
Puisses-tu remporter victoire sur victoire ,
Et de mille Rivaux confondre la fierté !
C
Et toi jeune Gossin , dont les yeux pleins de
charmes ,
• Te donnent tant d'admirateurs ,
Tu n'as qu'à répandre des larmes ;
P Ex
708 MERCURE DE FRANCE
EL Voltaire bien- tôt par tes attraits vainqueurs ,
A la Critique arrachera les armes.
BA **
Landare parum est , laudemur et ipsi. Ovid.
Deja plus d'un rimeur
Se déchaînant contre l'Ouvrage ,
Me donne le Pont-Neuf et les Quays en partagé
Que répondrai-je à ce fâcheux Censeur ,
Dont le ton critique m'outrage ?
Si Damon , ce vieil Orateur ,
Peut , sans reproche à l'audience ,
Faire ronfler son Auditeur ,
Fourquoi ne pas user de la même licence ?
Te puis à dix- sept ans endormir mon Lecteur.
Vers
AVRIL 1736. 703
Vers envoyés à M. de Voltaire le 30 .
Janvier 1736.
Toi , qui de l'amour empruntant le pinceau ,
Traces des passions une vive peinture :
Toi qui conduit par l'Art, formé par la Nature
Retires les Héros de la nuit du tombeau
Et possedes si bien l'heureux talent de plaire ,
Voltaire , qu'Apollon adopte pour son fils ,
Daigne accepter l'essai d'une muse sincere,
Dont la verité fait l'ornement et le prix :
Tandis que tout Paris te donne son suffrage ;'
Reçoisces Vers , reçois mon foible hommage ;
La raison vainement condamne ces transports ,
Sans écouter d'inutiles caprices ,
Je veux te consacrer mes timides accords ,
D'une Muse au berceau te vouer les prémices ¿
Que vois- je ? La critique abattuë à tes pieds ,
Ose encor contre roi lever sa tête altiere ,
Des Censeurs odieux les fronts humiliés ,
Portent leur haine écrite au sein de la poussiere
En vain ces Typhons condamnés ,
Bravent la main qui les tient enchaînés ; 1
En vain Penvieuse cabale
Désaprouve l'honneur qu'ont mérité tes Vers ;
Parle , et soudain cette fiere rivale ,
Confondue à ta voix , rentrera dans ses fers ;
Virgile , Milton et le Tasse ,
Dont les Ecrits presque divins
Les
1
704 MERCURE DE FRANCE
Les placent au- dessus du reste des Humains ,
Partagent avec toi notre encens au Parnasse.
Que ne puis- je exprimer ces charmes séducteurs
Qui touchent à ton gré les esprits et les coeurs?
Quand tu peins , je vois la Nature
Brillante de nouveaux attraits ;
Quand tu feins , l'aimable imposture
De la verité prend les traits.
Sur OEDIP E.
Par un assemblage exécrable ,
Mere , Epouse à la fois ,
Jocaste est d'autant moins coupable ;
Qu'elle obéit aux Loix.
D'Edipe infortuné je plains le sort funeste,
J'estime sa vertu , j'abhorre ses forfaits ,
C'est le crime que je déteste ,
Non le Criminel que je hais.
Sur HERODE et MARIA MNE .
Hérode en proye à mille allarmes ,
Tout injuste qu'il est nous arrache des larmes ;
J'admire de Varus la generosité ,
J'aime dans Mariamne une pudeur si rare ;
Avec l'Epoux je sens l'amour , la cruauté ,
Et j'accuse , avec lui , le Ciel d'être barbare ,
Lorsqu'il connoît le crime où son coeur l'a porte
Sur BRUTUS.
Du courageux Brutus la fermeté stoïque
Inspir
AVRIL.
, ༠
17368
Inspire au Spectateur de nobles sentimens ;
Sa constance héroïque
Fait taire la Nature en ces tristes momens ,
S'il veut être Romain , il cesse d'être Pere ;
L'un et l'autre a ses droits , il veut les satisfaire,
Rome exige du sang, l'amour retient son bras ;
Mais bien-tôt du Consul il prend le caractere ,
Et sort toujours vainqueur de ces rudes combats
Rien ne peut révoquer l'Arrêt inexorable ,
Le devoir a parlé , sa voix seule suffit
Pour armer ce Héros du foudre inévitable
Et sans gémir du joug où Rome le réduit ,
Il ne voit en Titus qu'un Citoyen coupable,
Sur ZAIRE.
Entre l'amour et la Religion ,
Zaïre irrésoluë
Jusqu'à la fin de l'action ,
Tient mon ame tremblante et toujours sas
penduë.
Lusignan , ce vieillard , ce Pere malheureux ,
Fixe des Spectateurs et le coeur et les yeux.
Son destin seul nous interesse ,
On partage avec lui sa joye et sa tristesse,
Orosmane est cruel , mais il est genereux ;
Dans Nerestan je vois un Chrétien plein de zele
Dans son aimable soeur , une amante fidelle ,
Ainsi mon ame tour-à - tour
Va de l'amour au trouble, et du trouble à l'amour.
Sur
706 MERCURE DE FRANCE
Sur CESAR.
Cesar est bienfaisant , vertueux , magnanime,
Et s'il n'étoit Tyran , Cesar seroit sans crime,
Brutus semble aux François un traître , un ins
humain ;
Mais Rome dans Brutus reconnoît un Romain,
Sur ALZIRE.
D'un devoir odieux victime infortunée ,
Alzire a deux Tyrans , l'Amour et l'Hymenée ;
L'un grave dans son coeur les traits d'un tendre
Amant ,
L'autre opose à ses feux la rigueur d'un serment,
Elle ne peut aimer sans se rendre infidelle .
Elle ne peut haïr sans être criminelle ,
L'Amant a sa tendresse , et l'Epoux a sa foi ,
Qui des deux doit donner ou recevoir la Loi ?
L'estime , la nature et la reconnoissance ,
C
Tiennent Alvarès incertain ;
al veut d'un bienfaiteur embrasser la défense ,
Et maintenir d'un fils le glorieux destin.
Zamoré aux yeux du Catholique ,
Est un Payen séditieux ;
Zamore aux Rives du Mexique ;
Est le liberateur d'un Peuple malheureux ,
Plus grand que ses Dieux même , il jouit de sa
gloire ,
Le coeur fait le Heros , et non pas la victoire ,
En vain le fier Gusman attaque son orgueil ,
Ce vengeur de l'Etat , seul apui de l'Empire ,
Sang
AVRIL. 1735. 707
Cans trembler sur sou sort , ne craint que pour
Alzire ,
Et voit d'un oeil serain les horreurs du cercueil ,
Prétextant ses forfaits du titre de courage ,
De sang toujours avide , enyvré de carnage ,
Gusman vit en tyran et meurt en vrai Chrétien
du tombeau le Ciel est son soutien ;
Aux portes
A son Rival ceder le Diadême ,
C'est l'effort d'un grand coeur
Lui ceder ce qu'on aime ,
C'est de soi - même être vainqueur.
Dans Alzire chacun croit voir une Maîtresse ,
L'on ressent four - à- tour la haîne et la tendresse,
Un Epoux plaint l'Epoux , un Amant plaint
l'Amant.
Plût au Ciel qu'on aimât aussi fidelement !
Poursuis , ingénieux Voltaire ,
A ce prix fai couler nos pleurs :
Poursui ta brillante carriere ,
Et regne à jamais sur nos coeurs
Que ton nom , que ta gloire ,
Perce de l'avenir l'épaisse obscurité ;
Puisses-tu remporter victoire sur victoire ,
Et de mille Rivaux confondre la fierté !
C
Et toi jeune Gossin , dont les yeux pleins de
charmes ,
• Te donnent tant d'admirateurs ,
Tu n'as qu'à répandre des larmes ;
P Ex
708 MERCURE DE FRANCE
EL Voltaire bien- tôt par tes attraits vainqueurs ,
A la Critique arrachera les armes.
BA **
Landare parum est , laudemur et ipsi. Ovid.
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2753
p. 709-710
LOGOGRYPHE.
Début :
Six membres, quatre pieds font voir également [...]
Mots clefs :
Lièvre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGO GRYPHE.
SIx membres,quatre pieds font voir également
Ma qualité , mon nom , et mon foible talent ;
Que je suis grand coureur , de legere mémoire ,
Voilà par abrégé , des traits de mon histoire.
Mon chef au volatil est de nécessité
Ma fin ; pour la Musique on voit l'utilité ;
Trois pieds après mon chef , marquent Ville er
Village ;
Retranche le dernier , je loge au bas étage ;
Du tout , raye le trois , on verra mon emploi ;
Les Docteurs , les Marchands , tous ont besoin
de moi ;
Tranche à présent le coeur , je bannis l'ignorances
Autrement d'Apollon j'exprime la science ;
En suprimant le chef, je présente à tes yeux
La triste passion d'un homme furieux ;
Coupe de mon entier , un , trois , autre figure ;
Qui fait confusion à l'humaine nature ;
De ceci ne prenant que deux , quatre avec trois ,
et sers aux vêtemens des
Je suis rampant
Rois ; 10,
E ij
Trois
10 MERCURE DE FRANCE
Trois , un , deux avec six , Lecteur, c'est u
Prophete ;
Un , deux , trois , cinq et six , j'ai conservé la tête
D'un , qui prit malgré lui , gîte chés un poisson
,
Un, quatre , cinq , six , quoi ? Refrain d'une
chanson.
C'en est assés , Lecteur , j'acheve mon ouvrage
Fais Fais à present le tien , și ce plaisir t'engage,
M. de Glat.
SIx membres,quatre pieds font voir également
Ma qualité , mon nom , et mon foible talent ;
Que je suis grand coureur , de legere mémoire ,
Voilà par abrégé , des traits de mon histoire.
Mon chef au volatil est de nécessité
Ma fin ; pour la Musique on voit l'utilité ;
Trois pieds après mon chef , marquent Ville er
Village ;
Retranche le dernier , je loge au bas étage ;
Du tout , raye le trois , on verra mon emploi ;
Les Docteurs , les Marchands , tous ont besoin
de moi ;
Tranche à présent le coeur , je bannis l'ignorances
Autrement d'Apollon j'exprime la science ;
En suprimant le chef, je présente à tes yeux
La triste passion d'un homme furieux ;
Coupe de mon entier , un , trois , autre figure ;
Qui fait confusion à l'humaine nature ;
De ceci ne prenant que deux , quatre avec trois ,
et sers aux vêtemens des
Je suis rampant
Rois ; 10,
E ij
Trois
10 MERCURE DE FRANCE
Trois , un , deux avec six , Lecteur, c'est u
Prophete ;
Un , deux , trois , cinq et six , j'ai conservé la tête
D'un , qui prit malgré lui , gîte chés un poisson
,
Un, quatre , cinq , six , quoi ? Refrain d'une
chanson.
C'en est assés , Lecteur , j'acheve mon ouvrage
Fais Fais à present le tien , și ce plaisir t'engage,
M. de Glat.
Fermer
2754
p. 711
AUTRE.
Début :
Cinq pieds me font de France un séjour agréable ; [...]
Mots clefs :
Paris
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
Cinq pieds me font de France un séjour
agréable ;
Lecteur , il faut trouver dans ce que je comprens,"
Vol ,fruit , douleur , rivage , animal redoutable ,
Le tout en mots latins, renversés , differens .
Du Chemin , Musicien à Angers.
Cinq pieds me font de France un séjour
agréable ;
Lecteur , il faut trouver dans ce que je comprens,"
Vol ,fruit , douleur , rivage , animal redoutable ,
Le tout en mots latins, renversés , differens .
Du Chemin , Musicien à Angers.
Fermer
2755
p. 917
AUTRE.
Début :
Du haut jusques en bas je ne suis qu'une Gueule, [...]
Mots clefs :
Tour des couvents
2758
p. 1540-1544
LETTRE à M. l'Abbé Philippe, du 25. Juin 1736. au sujet de la maladie de l'Auteur.
Début :
L'Intérêt que vous prenez, Monsieur, à la vie d'un jeune homme que vous [...]
Mots clefs :
Ami, Coeur, Âme, Esculape, Dieu, Yeux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. l'Abbé Philippe, du 25. Juin 1736. au sujet de la maladie de l'Auteur.
LETTRE à M. l'Abbé Philippe ,
du 25. Juin 1736. au sujet de la maladie
de l'Auteur .
L
' Interêt que vous prenez , Monsieur ;
à la vie d'un jeune homme que vous
bonorez de votre amitié , ranime les feux
d'une Muse expirante. Elle trace dans un
intervalle que lui laisse un accès fugitif ;
ces Vers, Enfans plutôt de la reconnoissance
que du travail.
Succombant sous les coups d'une fiévre ho
micide ,
Brulant des mêmes feux ,
Qui sur le Mont Eta consumerent Alcide ,
Ami , c'est dans ce trouble affreux ,
Que je t'écris ces Vers , derniers fruits de ma
veine .
Déja le jour se dérobe à mes yeux ,
Déja je n'entens plus qu'à peine ,
Les tristes sons de Melpomene ,
Et les mâles accens du sublime Lycas ;
C'en est fait , le Destin ordonne mon trépas ;
L'Arrêt est prononcé ; je l'attends sans me
plaindre i
Qui
JUILLET. 1736. 154%
Qui sçait mourir , sçait ne rien craindro,
Je touche à ce fatal moment ,
Où , revenu de son égarement ,
L'homme commence à se connoître ,
Et paroît tel qu'il doit paroître.
Des remords inconnus s'élevent dans son coeur
Il déteste le crime , il pleure son erreur ;
En vain la volupté d'un poison détestable ,
Veut enyvrer et son ame et ses sens ,
Il reconnoît ses charmes impuissans ,
En se reconnoissant coupable.
Mais quelle horreur tout à coup me saisit ?
Quel voile ténébreux fait pâlir la lumiere!
J'expire , je descends dans l'éternelle nuit :
Cher ami , si jamais Lysimon sçût te plaire ','
S'il fut fidele aux loix d'une sainte amitié.
De son sort malheureux daigne prendre pitié ,
Viens recueillir ma cendre ,
Viens , où Daphnis poura te prévenir .
Par ces rimes instruis les siècles à venir ,
Qu'il fut chez les François un coeur sincere er
rendre :
Cy gît un mortel bienfaisant ,
Il fut François , et sçût être constant.
Ce n'est qu'à regret que je fais mau
Epit aphe
2542 MERCURE DE FRANCE
Epitaphe , je vous accuse ingénuëment ma
foiblesses quitter le monde ! la pensée m'en
fait frémir. Je ne tiens point aux plaisirs 3
mon corps est aguerri aux assauts d'une pénible
maladie. Mon ame seule soupire sur
la perte des douceurs que l'on goûte à cultiver
les beaux Arts , et sur la séparation de
mes guides dans les Sciences. Quoi ! me suisė
je dit , plus d'une fois.
·
Faut- il abandonner cet illustre V.
Cet Enfant du bon goût , Citoyen de
Cythere ,
Dont les accens mélodieux ,
Le mettent même au rang des Dieux ?
Faut- il quitter Apollon , et le Pinde ?
Faut-il mourir et ne pas voir Clorinde ?
>
Voilà quelques- unes des pensées qui me
venoient dans de fréquens délires ; je supri-
Monsieur, celles que vôtre affection
pour moi inspiroit à un coeur penetré ; car il
pense quelquefois mieux que l'esprit , et on
me l'étourdit
pas
j'étois occupé de ces douces réflexions , quand
le sommeil me surprit , graces à mon lutin
farouche.
sur un vrai mérite. Hier
De ses voiles épais la nuit couvroit les Cicax ,
J'avois
JUILLET 1736. 1543
J'avois fermé ma tremblante paupiere ;
Lorsqu'un Vieillard vint s'offrir à mes yeux.
Un tel aspect , je ne le sçaurois taire ,
Glaça mes sens , et de crainte et d'effroi,
Sous son menton flotoit un rabat à l'antique ;
Quelle fut ma terreur ! qnand s'aprochant de
moi ,
Il prononça ces mots d'une voix fatidique.
Je suis Esculape , ce Dieu
Qui reçoit de l'encens et des voeux en tout lieu
Obéïs à mes.Loix , aprends à me connoître ,
Par moi tu peux perir , par moi tu peux re
naître ,
Je te rends aux mortels , révis , mais crains
un jour ,
...
Et le Dieu du Parnasse ; et le Dieu de l'Amour
Déja , Monsieur , je me familiarisois
avec Seigneur Esculape , je m'aprétois à lui
faire quantité de questions sur la Medecine
et ses doctes Supôts ; mais je me réveillai en
sursant , pour mon malheur, j'aurois sans
doute apris de curieuses Anecdotes dont le
Public auroit été instruit. Bien tôt je m'aperçûs
de l'illusion que m'avoit fait un songe
imposteur , la fiévre me réprit , et je connus
La fausseté des promesses de la Divinité qui
s'étoit présentée à votre ami. Peut- être aussi
est- ce un effet de la colere d'Esculape : Il a
sondé
x544 MERCURE DE FRANCE
sondé les replis de mon ame , il y a découvert
les dispositions sinceres où je suis d'écouter
avec docilité les leçons des Muses
sçavantes. Sansy penser ma Lettre devient
longue ; Finissons , c'est assés badiner sur
un sujet trop sérieux : J'oublie que je suis
malade , etje ne m'en ressouviens que par le
sentiment des écarts de mon cerveau déreglé.
Je suis avec toute la considération que
méritent vos rares talens, et la plus vive reconnoissance
de votre affection , Monsieur
, &c.
Ba. *** d'Arnaud.
du 25. Juin 1736. au sujet de la maladie
de l'Auteur .
L
' Interêt que vous prenez , Monsieur ;
à la vie d'un jeune homme que vous
bonorez de votre amitié , ranime les feux
d'une Muse expirante. Elle trace dans un
intervalle que lui laisse un accès fugitif ;
ces Vers, Enfans plutôt de la reconnoissance
que du travail.
Succombant sous les coups d'une fiévre ho
micide ,
Brulant des mêmes feux ,
Qui sur le Mont Eta consumerent Alcide ,
Ami , c'est dans ce trouble affreux ,
Que je t'écris ces Vers , derniers fruits de ma
veine .
Déja le jour se dérobe à mes yeux ,
Déja je n'entens plus qu'à peine ,
Les tristes sons de Melpomene ,
Et les mâles accens du sublime Lycas ;
C'en est fait , le Destin ordonne mon trépas ;
L'Arrêt est prononcé ; je l'attends sans me
plaindre i
Qui
JUILLET. 1736. 154%
Qui sçait mourir , sçait ne rien craindro,
Je touche à ce fatal moment ,
Où , revenu de son égarement ,
L'homme commence à se connoître ,
Et paroît tel qu'il doit paroître.
Des remords inconnus s'élevent dans son coeur
Il déteste le crime , il pleure son erreur ;
En vain la volupté d'un poison détestable ,
Veut enyvrer et son ame et ses sens ,
Il reconnoît ses charmes impuissans ,
En se reconnoissant coupable.
Mais quelle horreur tout à coup me saisit ?
Quel voile ténébreux fait pâlir la lumiere!
J'expire , je descends dans l'éternelle nuit :
Cher ami , si jamais Lysimon sçût te plaire ','
S'il fut fidele aux loix d'une sainte amitié.
De son sort malheureux daigne prendre pitié ,
Viens recueillir ma cendre ,
Viens , où Daphnis poura te prévenir .
Par ces rimes instruis les siècles à venir ,
Qu'il fut chez les François un coeur sincere er
rendre :
Cy gît un mortel bienfaisant ,
Il fut François , et sçût être constant.
Ce n'est qu'à regret que je fais mau
Epit aphe
2542 MERCURE DE FRANCE
Epitaphe , je vous accuse ingénuëment ma
foiblesses quitter le monde ! la pensée m'en
fait frémir. Je ne tiens point aux plaisirs 3
mon corps est aguerri aux assauts d'une pénible
maladie. Mon ame seule soupire sur
la perte des douceurs que l'on goûte à cultiver
les beaux Arts , et sur la séparation de
mes guides dans les Sciences. Quoi ! me suisė
je dit , plus d'une fois.
·
Faut- il abandonner cet illustre V.
Cet Enfant du bon goût , Citoyen de
Cythere ,
Dont les accens mélodieux ,
Le mettent même au rang des Dieux ?
Faut- il quitter Apollon , et le Pinde ?
Faut-il mourir et ne pas voir Clorinde ?
>
Voilà quelques- unes des pensées qui me
venoient dans de fréquens délires ; je supri-
Monsieur, celles que vôtre affection
pour moi inspiroit à un coeur penetré ; car il
pense quelquefois mieux que l'esprit , et on
me l'étourdit
pas
j'étois occupé de ces douces réflexions , quand
le sommeil me surprit , graces à mon lutin
farouche.
sur un vrai mérite. Hier
De ses voiles épais la nuit couvroit les Cicax ,
J'avois
JUILLET 1736. 1543
J'avois fermé ma tremblante paupiere ;
Lorsqu'un Vieillard vint s'offrir à mes yeux.
Un tel aspect , je ne le sçaurois taire ,
Glaça mes sens , et de crainte et d'effroi,
Sous son menton flotoit un rabat à l'antique ;
Quelle fut ma terreur ! qnand s'aprochant de
moi ,
Il prononça ces mots d'une voix fatidique.
Je suis Esculape , ce Dieu
Qui reçoit de l'encens et des voeux en tout lieu
Obéïs à mes.Loix , aprends à me connoître ,
Par moi tu peux perir , par moi tu peux re
naître ,
Je te rends aux mortels , révis , mais crains
un jour ,
...
Et le Dieu du Parnasse ; et le Dieu de l'Amour
Déja , Monsieur , je me familiarisois
avec Seigneur Esculape , je m'aprétois à lui
faire quantité de questions sur la Medecine
et ses doctes Supôts ; mais je me réveillai en
sursant , pour mon malheur, j'aurois sans
doute apris de curieuses Anecdotes dont le
Public auroit été instruit. Bien tôt je m'aperçûs
de l'illusion que m'avoit fait un songe
imposteur , la fiévre me réprit , et je connus
La fausseté des promesses de la Divinité qui
s'étoit présentée à votre ami. Peut- être aussi
est- ce un effet de la colere d'Esculape : Il a
sondé
x544 MERCURE DE FRANCE
sondé les replis de mon ame , il y a découvert
les dispositions sinceres où je suis d'écouter
avec docilité les leçons des Muses
sçavantes. Sansy penser ma Lettre devient
longue ; Finissons , c'est assés badiner sur
un sujet trop sérieux : J'oublie que je suis
malade , etje ne m'en ressouviens que par le
sentiment des écarts de mon cerveau déreglé.
Je suis avec toute la considération que
méritent vos rares talens, et la plus vive reconnoissance
de votre affection , Monsieur
, &c.
Ba. *** d'Arnaud.
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2763
p. 2903-2904
LOGOGRYPHE.
Début :
Du sexe féminin, je suis un ornement ; [...]
Mots clefs :
Panier
2765
p. 81-83
AUTRE.
Début :
Loin de moi des Auteurs la bizarre manie [...]
Mots clefs :
Cornette
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
Loin de moi des Auteurs la bizarre manie
Qui vous fait d'un objet faire l'Anatomie ?
Sur le Parnasse nous tenons
Que tous les renverseurs de noms ;
S'ils n'ont pas la veine insensée,
Ils ont la tête renversée :
Ne t'imagine pas que pour me deviner
E ij
延
MERCURE DE FRANCE
[[ te faille beaucoup pêner
Placer et déplacer la Syllabe ou la Lettre ;
Je me présente mieux pour me faire connoître}
Lis- moi depuis mon chef jusqu'au bas de mon
tout
Et tu me trouveras tout de suite à ton goût ;
Huit lettres dans un mot présentent ma figure
Et trois syllabes font ma parfaite structure.
Je vais te présenter sous de differents traits
Ce que je veux t'offrir de differents objets.
Mon chef est ce trésor après lequel soupire
L'Amant qui se déclare , et qui toûjours désire
Et pris différemment il est un mal fâcheux
Qui s'irrite souvent , et devient douloureux ;
Dans un troisiéme sens une meute il excite
A pousser dans un Bois la Biche la plus vîte.
Joins mon ventre à mon chef , et tu me trous
veras
Peut - être sur ta tête : ou , si je n'y suis pas
Tu n'as qu'à me chercher dans une Boucherie ,
Ou près du Ratelier de quelque Métairie.
Mes deux tiers t'offriront une pâte à manger,
Et si mes divers sens tu sçais bien ménager
Tu sçauras m'ajuster avec une Ecritoire ,
Pentens d'un Ecolier ) et si tu veux m'es
croire ,
Je suis toujours utile à des jeux de hazard
Qu'on joiie bien souvent tête à tête à l'écart ; 2
Enfin
JANVIER 1737
Enfin pour deviner le mot énigmatique
Dans deux lignes voici l'objet Logogryfique
Du beau Sexe on me voit relever les attraits
Et dans un Escadron ne me cacher jamais.
Par M. de C. C. D. M.
Loin de moi des Auteurs la bizarre manie
Qui vous fait d'un objet faire l'Anatomie ?
Sur le Parnasse nous tenons
Que tous les renverseurs de noms ;
S'ils n'ont pas la veine insensée,
Ils ont la tête renversée :
Ne t'imagine pas que pour me deviner
E ij
延
MERCURE DE FRANCE
[[ te faille beaucoup pêner
Placer et déplacer la Syllabe ou la Lettre ;
Je me présente mieux pour me faire connoître}
Lis- moi depuis mon chef jusqu'au bas de mon
tout
Et tu me trouveras tout de suite à ton goût ;
Huit lettres dans un mot présentent ma figure
Et trois syllabes font ma parfaite structure.
Je vais te présenter sous de differents traits
Ce que je veux t'offrir de differents objets.
Mon chef est ce trésor après lequel soupire
L'Amant qui se déclare , et qui toûjours désire
Et pris différemment il est un mal fâcheux
Qui s'irrite souvent , et devient douloureux ;
Dans un troisiéme sens une meute il excite
A pousser dans un Bois la Biche la plus vîte.
Joins mon ventre à mon chef , et tu me trous
veras
Peut - être sur ta tête : ou , si je n'y suis pas
Tu n'as qu'à me chercher dans une Boucherie ,
Ou près du Ratelier de quelque Métairie.
Mes deux tiers t'offriront une pâte à manger,
Et si mes divers sens tu sçais bien ménager
Tu sçauras m'ajuster avec une Ecritoire ,
Pentens d'un Ecolier ) et si tu veux m'es
croire ,
Je suis toujours utile à des jeux de hazard
Qu'on joiie bien souvent tête à tête à l'écart ; 2
Enfin
JANVIER 1737
Enfin pour deviner le mot énigmatique
Dans deux lignes voici l'objet Logogryfique
Du beau Sexe on me voit relever les attraits
Et dans un Escadron ne me cacher jamais.
Par M. de C. C. D. M.
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2766
p. 509-510
AUTRE.
Début :
Trois membres font mon tout. Voici leur difference ; [...]
Mots clefs :
Paupière
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Rois membres font mon tout . Voici leur
difference ;
Le premier vous designe une Ville de France ;
L'autre est un adjectif , un Saint , un Animal ;
Et le troisième enfin est un Ton musical.
En huit lettres un mot tous les trois les rassemble.
Pour vous faire trouver plus aisément inon nom ,
Je vous donne , Lecteur , ma définition.
Ma Soeur unique et moi marchons toujours ensemble.
Nous sommes de même âge et de même grandeur
;
Nos moindres mouvemens expriment la pudeurs
En tout l'une à l'autre ressemble ;
Chacune, nous avons à garder un bijou ,
Qui ne peut s'acheter de tout l'or du Perou ;
Dés qu'il est menacé de quelque coup perfide ,
Plus promptes que l'éclair nous lui servons
d'Egide.
Qui voudra maintenant nous anatomiser
Va trouver de quoi s'amuser.
D'abord le Successeur du premier des Apôtres
Ce qui sert d'envelope à tous les Animaux ,
A l'Homme même comme aux autres.
La Terre qui nourrit les Boeufs et les Chevaux .
E iiij Titre
510 MERCURE DEFRANCE
Titre de grand honneur en France , en Angleterre
.
Le nom que la Loy donne au mari de la mere.
L'innocente chasse aux Oiseaux.
La premiere femme gourmande.
L'endroit de la Riviere où s'arrête le Bac.
Un instrument utile aux Preneurs de Tabac.
Un Dieu du Paganisme : Une Ville Normande.
Ce qui charme l'ennui du Soldat , du Marin ,
Item , une grande Mesure.
Le
synonime de gageure.
Enfin le bon jour en Latin.
Par M. de B.... de Chartres.
Rois membres font mon tout . Voici leur
difference ;
Le premier vous designe une Ville de France ;
L'autre est un adjectif , un Saint , un Animal ;
Et le troisième enfin est un Ton musical.
En huit lettres un mot tous les trois les rassemble.
Pour vous faire trouver plus aisément inon nom ,
Je vous donne , Lecteur , ma définition.
Ma Soeur unique et moi marchons toujours ensemble.
Nous sommes de même âge et de même grandeur
;
Nos moindres mouvemens expriment la pudeurs
En tout l'une à l'autre ressemble ;
Chacune, nous avons à garder un bijou ,
Qui ne peut s'acheter de tout l'or du Perou ;
Dés qu'il est menacé de quelque coup perfide ,
Plus promptes que l'éclair nous lui servons
d'Egide.
Qui voudra maintenant nous anatomiser
Va trouver de quoi s'amuser.
D'abord le Successeur du premier des Apôtres
Ce qui sert d'envelope à tous les Animaux ,
A l'Homme même comme aux autres.
La Terre qui nourrit les Boeufs et les Chevaux .
E iiij Titre
510 MERCURE DEFRANCE
Titre de grand honneur en France , en Angleterre
.
Le nom que la Loy donne au mari de la mere.
L'innocente chasse aux Oiseaux.
La premiere femme gourmande.
L'endroit de la Riviere où s'arrête le Bac.
Un instrument utile aux Preneurs de Tabac.
Un Dieu du Paganisme : Une Ville Normande.
Ce qui charme l'ennui du Soldat , du Marin ,
Item , une grande Mesure.
Le
synonime de gageure.
Enfin le bon jour en Latin.
Par M. de B.... de Chartres.
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2767
p. 510-511
AUTRE.
Début :
Je parle sans avoir langue, ni voix, ni bouche, [...]
Mots clefs :
Papier
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
JE parle sans avoir langue , ni voix , ni bouche
,
Pour cet effet, souvent il faut que l'on me touche,
Mais on ne le peut sans me voir
Et que je sois gris , rouge ou noir ,
Au monde nécessaire , utile ,
Je sers aux champs, comme à la Ville ;
Pour abreger , venons au fait ,
Afin
que tu sois satisfait',
Six pieds font mon allégorie ;
Avec cinq je suis tromperie ;
De plus un avertissement
D'un
MARS . Ski 1737.
B'an domestique surveillant .
En quatre je fais voir un rang sublime en France;
Dans un certain Païs , une haute Puissance;
Garactere au-delà de la perversité ;
Un instrument qui peut conserver la santé ;
Un second qui reduit en poudre
Ce que l'autre en fumée a pû faire resoudre;
Plus , contradiction , faisant un mécontent ;-
Qualité d'un mortel qui parle dureinent ,
Ou bien d'un autre encor recherchant la fortune ;'
De ces combinaisons , il en reste plus d'une .
Trois Villes j'entrevois , deux , portant même
nom ,
L'une au Comté d'Artois, l'autre au Païs Gascon,
En Flandres la derniere est Ville Episcopale ,
Et la troisiéme principale.
En combinant par trois on découvre aisément
Un Oiseau babillard ; un subtil élement ;
Le gardien d'un fruit nécessaire à la vie ;
L'extrême passion d'un mortel en furie ;
A quelques animaux je fournis d'aliment ;
Tu te lasses, peut- être , & Lecteur complaisant ,.
Patience un moment,en deux mots je m'explique :
Deux et trois pieds enfin, sont d'usage en Musique
;
Et combinant le tout avec facilité ,
De la Fable je montre une Divinité.
• Par M. de Glat.
JE parle sans avoir langue , ni voix , ni bouche
,
Pour cet effet, souvent il faut que l'on me touche,
Mais on ne le peut sans me voir
Et que je sois gris , rouge ou noir ,
Au monde nécessaire , utile ,
Je sers aux champs, comme à la Ville ;
Pour abreger , venons au fait ,
Afin
que tu sois satisfait',
Six pieds font mon allégorie ;
Avec cinq je suis tromperie ;
De plus un avertissement
D'un
MARS . Ski 1737.
B'an domestique surveillant .
En quatre je fais voir un rang sublime en France;
Dans un certain Païs , une haute Puissance;
Garactere au-delà de la perversité ;
Un instrument qui peut conserver la santé ;
Un second qui reduit en poudre
Ce que l'autre en fumée a pû faire resoudre;
Plus , contradiction , faisant un mécontent ;-
Qualité d'un mortel qui parle dureinent ,
Ou bien d'un autre encor recherchant la fortune ;'
De ces combinaisons , il en reste plus d'une .
Trois Villes j'entrevois , deux , portant même
nom ,
L'une au Comté d'Artois, l'autre au Païs Gascon,
En Flandres la derniere est Ville Episcopale ,
Et la troisiéme principale.
En combinant par trois on découvre aisément
Un Oiseau babillard ; un subtil élement ;
Le gardien d'un fruit nécessaire à la vie ;
L'extrême passion d'un mortel en furie ;
A quelques animaux je fournis d'aliment ;
Tu te lasses, peut- être , & Lecteur complaisant ,.
Patience un moment,en deux mots je m'explique :
Deux et trois pieds enfin, sont d'usage en Musique
;
Et combinant le tout avec facilité ,
De la Fable je montre une Divinité.
• Par M. de Glat.
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2768
p. 728-729
LOGOGRYPHE.
Début :
Lecteur, qui te plais à percer [...]
Mots clefs :
Maison
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
Lecteur ,qui te plais à percer.
D'un Logogryphe obscur l'agréable Dédale ,
Celui qu'ici ma Muse étale
Poura quelque temps t'exercer.
Un mot composé de six Lettres
En renferme vingt neuf qu'il faut que tu pénétres
.
Trois d'abord , sans rien combiner ,
A tes yeux s'offrent tout de suite ;
Je ne veux point les désigner
Ce seroit te ravir trop vîte
Le plaisir de les deviner.
Mais démembre , si tu souhaites
Par les autres vingt six déveloper ceux - la ;
Tu rencontreras deux Prophetes ,
Ce
AVRIL. 1737. 729
Ce qu'au camp de Porsenne un Romain se brula.
Du Tenare un Juge sévere ;
Deux Monts fameux de l'ancienne Loy ;
Ce qui dans certains jeux est préférable au Roy.
Un Saint que l'Eglise révere.
Un trésor qu'en ce siécle on trouve rarement,
La graine qui chasse le vent.
Un Auteur connu dans la glose.
D'un Patriarche un Descendant.
Ce qui dénomme chaque chose.
Le plus dur du Corps animal.
La Vache qu'Argus garda mal.
Du Dieu du Thyrse la Nourrice.
Le Pere des quatre Saisons .
Ce que renferme l'Ecrevisse ,
Ou tel autre que l'on choisisse,
Du Belier jusques aux Poissons.
Poursuis : Tu verras une Ville
Dont fait mention l'Evangile.
Plus trois autres Cités ; d'Israël un des Rois.
Ce qu'un négligent fuit , et que prend l'Home
me sage.
De la Musique enfin deux Voix .
Adieu , Lecteur , pour cette fois
Je ne t'en dis pas davantage.
Ala Fere, par M. de Broglia
de Martigues .
Lecteur ,qui te plais à percer.
D'un Logogryphe obscur l'agréable Dédale ,
Celui qu'ici ma Muse étale
Poura quelque temps t'exercer.
Un mot composé de six Lettres
En renferme vingt neuf qu'il faut que tu pénétres
.
Trois d'abord , sans rien combiner ,
A tes yeux s'offrent tout de suite ;
Je ne veux point les désigner
Ce seroit te ravir trop vîte
Le plaisir de les deviner.
Mais démembre , si tu souhaites
Par les autres vingt six déveloper ceux - la ;
Tu rencontreras deux Prophetes ,
Ce
AVRIL. 1737. 729
Ce qu'au camp de Porsenne un Romain se brula.
Du Tenare un Juge sévere ;
Deux Monts fameux de l'ancienne Loy ;
Ce qui dans certains jeux est préférable au Roy.
Un Saint que l'Eglise révere.
Un trésor qu'en ce siécle on trouve rarement,
La graine qui chasse le vent.
Un Auteur connu dans la glose.
D'un Patriarche un Descendant.
Ce qui dénomme chaque chose.
Le plus dur du Corps animal.
La Vache qu'Argus garda mal.
Du Dieu du Thyrse la Nourrice.
Le Pere des quatre Saisons .
Ce que renferme l'Ecrevisse ,
Ou tel autre que l'on choisisse,
Du Belier jusques aux Poissons.
Poursuis : Tu verras une Ville
Dont fait mention l'Evangile.
Plus trois autres Cités ; d'Israël un des Rois.
Ce qu'un négligent fuit , et que prend l'Home
me sage.
De la Musique enfin deux Voix .
Adieu , Lecteur , pour cette fois
Je ne t'en dis pas davantage.
Ala Fere, par M. de Broglia
de Martigues .
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2769
p. 730-731
AUTRE.
Début :
Lecteur, je suis dans l'Homme, et dans tout Animal. [...]
Mots clefs :
Poitrine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Ecteur , je suis dans l'Homme , et dans tour
Animal .
Je suis dans l'un , commè dans l'autre ,
Dans Bourgeois , Païsan , dans Veau , Comme
Cheval .
Telle dans tout Climat , qu'on me voit dans le
notre.
Huit Lettres composent mon Nom ,
Dont 1. et 2. me font un Fleuve de renom :
1. 2. et 4. Une grande Mesure ,
Ou quelqu'autre Vaisseau souvent sans Cou
verture .
1. 2. 7. avec 4. Un Ouvrage sur l'eau
Qui fait passer voyageur sans bâteau :
1. 2. 5. avec 4. Un Abord désirable ,
Ou tend Navigateur ayant vent favorable
1. 2. 5. 4. et 8. Ce qui sera fermé
Dans le Ciel à tout Réprouvé :
I. 2. 3. 7. et 4. Une ronde Figure.
Qui fera reposer l'Homme dans sa lecture -
1. 2. 3. 7. 4. avec huit ,
C'est le faux brillant de l'esprit.
1. 2. 3. 5. et 8. Un gros Fruit agréable ,
Commun, et qu'on presente à Table :
1. 2. 5. 8. Un certain petit trou
Imperceptible , et devine ou :
Iv S. 2 To
AVRIL. 1737. 731
1. 5. 2. 7. et 8. Ce que fait dans l'Eglise
Un Curé le Dimanche , ou Personne commise
1. 3. 8. Un certain Oiseau
Qui chante mal et n'est beau
pas
:
1. 6. 7. Certain Arbre assés haut,dont la Pomme
N'a jamais dans Eden tenté le premier Homme;
I. 3. 7. 4. et 8. De deux la Portion
Dans Réguliere Pension :
1. 3. 4. avec 8. Une Monnoïe antique ,
Petite de valeur , petite de fabrique :
1. 6. 2. 7. Membre de certain Jeu ,
Qui , dans le temps present , n'a presque plus
de lieu :
1. 8. 3. 7. 4. 5. 8. Un Homme
Dont la Profession brilloit jadis à Rome :
1. 3. 8. 5. et 6. Un Canton Champenois ,
Qui , pour Vin excellent , l'emporte sur Ard
bois.
Par Duchemin , Musicien à Angers.
Ecteur , je suis dans l'Homme , et dans tour
Animal .
Je suis dans l'un , commè dans l'autre ,
Dans Bourgeois , Païsan , dans Veau , Comme
Cheval .
Telle dans tout Climat , qu'on me voit dans le
notre.
Huit Lettres composent mon Nom ,
Dont 1. et 2. me font un Fleuve de renom :
1. 2. et 4. Une grande Mesure ,
Ou quelqu'autre Vaisseau souvent sans Cou
verture .
1. 2. 7. avec 4. Un Ouvrage sur l'eau
Qui fait passer voyageur sans bâteau :
1. 2. 5. avec 4. Un Abord désirable ,
Ou tend Navigateur ayant vent favorable
1. 2. 5. 4. et 8. Ce qui sera fermé
Dans le Ciel à tout Réprouvé :
I. 2. 3. 7. et 4. Une ronde Figure.
Qui fera reposer l'Homme dans sa lecture -
1. 2. 3. 7. 4. avec huit ,
C'est le faux brillant de l'esprit.
1. 2. 3. 5. et 8. Un gros Fruit agréable ,
Commun, et qu'on presente à Table :
1. 2. 5. 8. Un certain petit trou
Imperceptible , et devine ou :
Iv S. 2 To
AVRIL. 1737. 731
1. 5. 2. 7. et 8. Ce que fait dans l'Eglise
Un Curé le Dimanche , ou Personne commise
1. 3. 8. Un certain Oiseau
Qui chante mal et n'est beau
pas
:
1. 6. 7. Certain Arbre assés haut,dont la Pomme
N'a jamais dans Eden tenté le premier Homme;
I. 3. 7. 4. et 8. De deux la Portion
Dans Réguliere Pension :
1. 3. 4. avec 8. Une Monnoïe antique ,
Petite de valeur , petite de fabrique :
1. 6. 2. 7. Membre de certain Jeu ,
Qui , dans le temps present , n'a presque plus
de lieu :
1. 8. 3. 7. 4. 5. 8. Un Homme
Dont la Profession brilloit jadis à Rome :
1. 3. 8. 5. et 6. Un Canton Champenois ,
Qui , pour Vin excellent , l'emporte sur Ard
bois.
Par Duchemin , Musicien à Angers.
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2770
p. 731
AUTRE.
Début :
Mon nom fait très souvent l'Epithete d'un Fat, [...]
Mots clefs :
Fier
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
On nom fait très souvent l'Epitheté d'un
Fat ,
Il est d'une syllabe , et retournant sa tête ,
C'est un Arbre sans fleurs , sans fruits , sans
odorat .
Je suis Note , et Métal .. J'en dis
m'arrête .
Desnoyers L. P. à Etampes.
On nom fait très souvent l'Epitheté d'un
Fat ,
Il est d'une syllabe , et retournant sa tête ,
C'est un Arbre sans fleurs , sans fruits , sans
odorat .
Je suis Note , et Métal .. J'en dis
m'arrête .
Desnoyers L. P. à Etampes.
Fermer
2771
p. 849-851
LA GLOIRE DES BERGERS. EGLOGUE. Tirsis, Licidas.
Début :
Le Soleil au milieu de sa course rapide [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA GLOIRE DES BERGERS. EGLOGUE. Tirsis, Licidas.
LA GLOIRE DES BERGERS. EGLOGUE. Tirsis, Licidas.
Le Soleil au milieu de sa course rapide
Fait sentir aux Mortels sa chaleur homicide ;
Les Oiseaux amoureux se cachent dans nos bois;
La Cigale en nos champs fait retentir sa voix ;
L'herbe aride pâlit dans nos tristes Prairies ,
Les Nymphes à regret voyent leurs source
Tirsis et Licidas sous un feuillage épais
Evitent du Soleil la fureur et les traits ;
Leurs Moutons auprès d'eux couchés sur la verè
dure
Préferent le repos à la douce pâture ;
Lesommeil , die Tirsis , me paroît ennuyeux j
Que ces tristes Pavots s'éloignent de nos yeux ;
De crainte que Morphée enfin ne nous surprenne,
Chantes-nous ks Chansons qu'aux nôces de
Climene
Tu chantois , Licidas , je me souviens des airs
Je n'ai pu retǝnir ni le sens , ni les vers.
Chantons , dit Licidas , cette Chanson galante
Que je fis autrefois pour la jeune Amarante ;
Insensé, je n'osois lui déclarer mes feux ,
Je
850 MERCURE DE FRANCE
Je gravai sur un Pin ces couplets amoureux ;
J'aime mieux ,dit Tirsis, entendre cet Ouvrage ,
Ou des Dieux employant le sublime langage ,
Tu nous peignis l'Amant de la jeune Daphné
Conduisant chés Admette un Troupeau fortuné:
Muses , dit Licidas , animez mon audace ,
Je chante dans ces Vers le Maître du Parnasse ;
Phébus tire des Arts son plus grand ornement ,
Ila de cent Secrets la science parfaite ;
Contre l'Amour , hélas ! est-il quelque recette ?
L'Art opose à l'Amour ses Secrets vainement :
Laisse-là tes Troupeaux, Phébus , sui ta Bergere,
Pour elle tu quittas la demeure des Dieux ,
Loin d'elle , le Nectar est peu délicieux ,
Et le séjour du Ciel te paroît solitaire ;
Tantôt mêlant sa voix au murmure des eaux ,
Phébus dans nos Vallons exprime son martyre;
Quelquefois confiant sa douleur à sa Lyre
Il nousaprend des sons et tendres et nouveaux ;
Diane qui le voit conduisant ses Troupeaux
Et tenant dans sa main une simple Houlette ,
Est atteinte en son cœur d'une douleur secretteg
Est-ce donc là le Dieu qu'on adore à Delos
Sur le sacré Trépied, auteur de cent Miracles ,
Des Peuples et des Rois Phébus fut consulté ,
Occupé de ses feux , il ne rend plus d'Oracles ,
Et son Temple sera pour jamais deserté ;
Voilà , cruel Amour , ton caprice ordinaire ,
Phébus
MAY.
Mere ?
1737.
Phébus devient Berger , privé de ses Autels ;
Maisun Berger qui plaît à sa tendre Bergere ,
Est placé par l'Amour au rang des Immortels $
Ces chants , reprend Tirsis , ont charmé mon
oreiHe ,
Les Rossignols n'ont point une douceur pareille,
Pour finir d'un seul trait la gloire de nos bois ,
Permets qu'à tes accens Tirsis joigne sa voix.
Tandis que ses Coursiers s'abreuvoient d'Am
broisie ,
Venus se promenoit dans les bois de Paphos ;
Sous un Myrthe Adonis goûtoit undoux repos
Exempt des passions qui troublent notre vie ;
Venus en le voyant sent enflammer son cœur ;
L'Amour , qui le croira
n'épargne point sa
La Déesse des cœurs brûle pour un Pasteur
Et déclare au Berger son amour la premiere ;
Qui pouroit à Venus refuser de l'amour t
L'heureux Berger suivit sa tendre destinée ,
Sans effort il aima la Déesse à son tour,
Les Jeux et les Plaisirs chanterent l'Hymenée ;
Que ces évenemens sont grands , sont précieux !
Phébus devient Berger , et nous comble de gloire
Sur Venus Adonis remporte la victoire ,
?
Quels fastes marqueront des faits plus glorieux
Pierre Defrasnay.
Le Soleil au milieu de sa course rapide
Fait sentir aux Mortels sa chaleur homicide ;
Les Oiseaux amoureux se cachent dans nos bois;
La Cigale en nos champs fait retentir sa voix ;
L'herbe aride pâlit dans nos tristes Prairies ,
Les Nymphes à regret voyent leurs source
Tirsis et Licidas sous un feuillage épais
Evitent du Soleil la fureur et les traits ;
Leurs Moutons auprès d'eux couchés sur la verè
dure
Préferent le repos à la douce pâture ;
Lesommeil , die Tirsis , me paroît ennuyeux j
Que ces tristes Pavots s'éloignent de nos yeux ;
De crainte que Morphée enfin ne nous surprenne,
Chantes-nous ks Chansons qu'aux nôces de
Climene
Tu chantois , Licidas , je me souviens des airs
Je n'ai pu retǝnir ni le sens , ni les vers.
Chantons , dit Licidas , cette Chanson galante
Que je fis autrefois pour la jeune Amarante ;
Insensé, je n'osois lui déclarer mes feux ,
Je
850 MERCURE DE FRANCE
Je gravai sur un Pin ces couplets amoureux ;
J'aime mieux ,dit Tirsis, entendre cet Ouvrage ,
Ou des Dieux employant le sublime langage ,
Tu nous peignis l'Amant de la jeune Daphné
Conduisant chés Admette un Troupeau fortuné:
Muses , dit Licidas , animez mon audace ,
Je chante dans ces Vers le Maître du Parnasse ;
Phébus tire des Arts son plus grand ornement ,
Ila de cent Secrets la science parfaite ;
Contre l'Amour , hélas ! est-il quelque recette ?
L'Art opose à l'Amour ses Secrets vainement :
Laisse-là tes Troupeaux, Phébus , sui ta Bergere,
Pour elle tu quittas la demeure des Dieux ,
Loin d'elle , le Nectar est peu délicieux ,
Et le séjour du Ciel te paroît solitaire ;
Tantôt mêlant sa voix au murmure des eaux ,
Phébus dans nos Vallons exprime son martyre;
Quelquefois confiant sa douleur à sa Lyre
Il nousaprend des sons et tendres et nouveaux ;
Diane qui le voit conduisant ses Troupeaux
Et tenant dans sa main une simple Houlette ,
Est atteinte en son cœur d'une douleur secretteg
Est-ce donc là le Dieu qu'on adore à Delos
Sur le sacré Trépied, auteur de cent Miracles ,
Des Peuples et des Rois Phébus fut consulté ,
Occupé de ses feux , il ne rend plus d'Oracles ,
Et son Temple sera pour jamais deserté ;
Voilà , cruel Amour , ton caprice ordinaire ,
Phébus
MAY.
Mere ?
1737.
Phébus devient Berger , privé de ses Autels ;
Maisun Berger qui plaît à sa tendre Bergere ,
Est placé par l'Amour au rang des Immortels $
Ces chants , reprend Tirsis , ont charmé mon
oreiHe ,
Les Rossignols n'ont point une douceur pareille,
Pour finir d'un seul trait la gloire de nos bois ,
Permets qu'à tes accens Tirsis joigne sa voix.
Tandis que ses Coursiers s'abreuvoient d'Am
broisie ,
Venus se promenoit dans les bois de Paphos ;
Sous un Myrthe Adonis goûtoit undoux repos
Exempt des passions qui troublent notre vie ;
Venus en le voyant sent enflammer son cœur ;
L'Amour , qui le croira
n'épargne point sa
La Déesse des cœurs brûle pour un Pasteur
Et déclare au Berger son amour la premiere ;
Qui pouroit à Venus refuser de l'amour t
L'heureux Berger suivit sa tendre destinée ,
Sans effort il aima la Déesse à son tour,
Les Jeux et les Plaisirs chanterent l'Hymenée ;
Que ces évenemens sont grands , sont précieux !
Phébus devient Berger , et nous comble de gloire
Sur Venus Adonis remporte la victoire ,
?
Quels fastes marqueront des faits plus glorieux
Pierre Defrasnay.
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2772
p. 870-874
ODE A BACCHUS.
Début :
DESCENDS des Cieux , vainqueur du Gange, [...]
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texteReconnaissance textuelle : ODE A BACCHUS.
ODE
A BACCHUS.
DESCENDS des Cieux , vainqueur du Gange,
Dieu du Tyrse , écoute ma voix ;
Que le Tigfe à ton Char se range ,
Accours , vole , venge tes droits.
Plein de cette ardeur qui m'anime,
J'arrache à l'Amour la Victime ,
Que je sacrifie à ton jus.
Si tu secondes mon audace ,
Je veux que la Fere surpasse
La Cité que fonda-Cadmus,
Est-ce le Dieu que Cnide adore'
Qu'anoncent les Ris et les Jeux ?
Cruel ! viens-tu troubler encore
Un cœur qui déteste tes feux ?
Des Rois que ton bras a vaincus.
”
Non . Déja mes vœux s'accomplissent ; '
Au parfum dont ces lieux s'emplissent
Puis-je méconnoître Bacchus ?
Aproche , Eleve de Risphée ,
Mon cœur va se joindre au Trophée
#t
MAY.
3737-
Et vous , Prêtres , sacrés Ministres
Quittez Ida votre séjour ;
Venez , annonceź par vos Systres
La célébrité de ce jour.
Que le Pampre ceigne ma tête ,
Jamais de plus brillante Fête
Vous n'illustrâtes le Strimon ;
Sur l'Autel que votre main dresse ,
Je vais immoler la tendresse
Dont m'avoit prévenu Claudon.
Pour oublier cette Infidelle
En vain j'abandonnois les lieux ,
Où nâquit la flâme cruelle ,
Qu'alluma l'éclat de ses yeux.
Loin des bords qu'arrose l'Yonne ,
Des fureurs qu'inspire Bellonne ,
En vain je formois mes plaisirs ,
Le souvenir de la Perfide ,
Dans le feu le plus homicide ,
M'arrachoit encor des soupirs.
C'en est fait
je brise une chaîne
Dont l'Amour serra mal les nœuds ;
Que Claudon à sa honte aprenne
Que sans elle on peut être heureux.
C'est trop, esclave de ses charmes ,
871
Du
872 MERCURE DE FRANCE
Du sacrifice de mes larmes ,
Honorer sa légereté.
L'encens que je brûlois pour elle ,
Je le dois au Fils de Semele ;
C'est le prix de ma liberté.
Oui , cher Nourrisson de Silene ;
C'est toi qui combles mon bonheur
Tel le Favori de Mecene ,
Jadis éprouva ta faveur.
Epris des attraits de Glicere ,
Sous les Loix du Dieu de Cythere
Horace soupire , languit ;
Se couronne-t'il de vervaines?
Le Falerne écarte les peines ,
Que son tendre cœur ressentit,
M
'Ainsi ton jus , Dieu de l'Yvresse ,
M'affranchit du joug de Claudon.
Quelle honte ! Quelle foiblesse
Ai-je pú célébrer ce nom ?
Verse cette liqueur chérie ,
Qui du Chantre de l'Apulie
Inspiroit les doctes accords ;
Ca verse , acheve ta victoire,
Hor. Lib. 1. Ode 19.
Thi
MAY.
Eh! Je nedésire de boire,
1737-
Que pour tevoer mes transports,
Mais quel Vin pétille en mon verre ?
Quel éclat! Qu'il flate mes yeux !
Ganimede au Dieu du Tonnerre
Sert un Nectar moins précieux.
Chaque trait porte dans mon ame ,
Temoins de mon heureux délire ,
Maenades , accordez ma lire ;
Que je chante un Destin si beau !
Quels accords naissent sous ma main !
Ne me vante plus Ionie ,
Celui qui célébra ton vin. *
On ne me voit point à son âge
De l'Amour briguer la faveur.
Pourois-je à mon septième Lustre
Que celuide parfait Beuveur ?
* Anacreon.
878
Quel goût ! ... Quel feu ! .. Ciel ! il m'enflame;
Untrouble , un desordre nouveau.
Est-ce fait ? Oui. Quelle harmonie !
Aussi fortuné , mais plus sage ,
Exiger un sort plus illustre
Soti
·
$74 MERCURE DE FRANCE
Sort chéri ! Sort à qui tout cede !
Source des vrais plaisirs des sens !
Contre une ame qui te possede ,
L'Amour a des Traits impuissans ;
'Auteur de la Paix que je goûte ,
Retourne à la Céleste Voûte ,
Bacchus , ton Triomphe est parfait.
Mais laisse avec moi ton yvrésse ;
Qu'elle me rapelle sans cesse ,
Le souvenir de ce bienfait.
Par M. de Broglio de Martigues.
A BACCHUS.
DESCENDS des Cieux , vainqueur du Gange,
Dieu du Tyrse , écoute ma voix ;
Que le Tigfe à ton Char se range ,
Accours , vole , venge tes droits.
Plein de cette ardeur qui m'anime,
J'arrache à l'Amour la Victime ,
Que je sacrifie à ton jus.
Si tu secondes mon audace ,
Je veux que la Fere surpasse
La Cité que fonda-Cadmus,
Est-ce le Dieu que Cnide adore'
Qu'anoncent les Ris et les Jeux ?
Cruel ! viens-tu troubler encore
Un cœur qui déteste tes feux ?
Des Rois que ton bras a vaincus.
”
Non . Déja mes vœux s'accomplissent ; '
Au parfum dont ces lieux s'emplissent
Puis-je méconnoître Bacchus ?
Aproche , Eleve de Risphée ,
Mon cœur va se joindre au Trophée
#t
MAY.
3737-
Et vous , Prêtres , sacrés Ministres
Quittez Ida votre séjour ;
Venez , annonceź par vos Systres
La célébrité de ce jour.
Que le Pampre ceigne ma tête ,
Jamais de plus brillante Fête
Vous n'illustrâtes le Strimon ;
Sur l'Autel que votre main dresse ,
Je vais immoler la tendresse
Dont m'avoit prévenu Claudon.
Pour oublier cette Infidelle
En vain j'abandonnois les lieux ,
Où nâquit la flâme cruelle ,
Qu'alluma l'éclat de ses yeux.
Loin des bords qu'arrose l'Yonne ,
Des fureurs qu'inspire Bellonne ,
En vain je formois mes plaisirs ,
Le souvenir de la Perfide ,
Dans le feu le plus homicide ,
M'arrachoit encor des soupirs.
C'en est fait
je brise une chaîne
Dont l'Amour serra mal les nœuds ;
Que Claudon à sa honte aprenne
Que sans elle on peut être heureux.
C'est trop, esclave de ses charmes ,
871
Du
872 MERCURE DE FRANCE
Du sacrifice de mes larmes ,
Honorer sa légereté.
L'encens que je brûlois pour elle ,
Je le dois au Fils de Semele ;
C'est le prix de ma liberté.
Oui , cher Nourrisson de Silene ;
C'est toi qui combles mon bonheur
Tel le Favori de Mecene ,
Jadis éprouva ta faveur.
Epris des attraits de Glicere ,
Sous les Loix du Dieu de Cythere
Horace soupire , languit ;
Se couronne-t'il de vervaines?
Le Falerne écarte les peines ,
Que son tendre cœur ressentit,
M
'Ainsi ton jus , Dieu de l'Yvresse ,
M'affranchit du joug de Claudon.
Quelle honte ! Quelle foiblesse
Ai-je pú célébrer ce nom ?
Verse cette liqueur chérie ,
Qui du Chantre de l'Apulie
Inspiroit les doctes accords ;
Ca verse , acheve ta victoire,
Hor. Lib. 1. Ode 19.
Thi
MAY.
Eh! Je nedésire de boire,
1737-
Que pour tevoer mes transports,
Mais quel Vin pétille en mon verre ?
Quel éclat! Qu'il flate mes yeux !
Ganimede au Dieu du Tonnerre
Sert un Nectar moins précieux.
Chaque trait porte dans mon ame ,
Temoins de mon heureux délire ,
Maenades , accordez ma lire ;
Que je chante un Destin si beau !
Quels accords naissent sous ma main !
Ne me vante plus Ionie ,
Celui qui célébra ton vin. *
On ne me voit point à son âge
De l'Amour briguer la faveur.
Pourois-je à mon septième Lustre
Que celuide parfait Beuveur ?
* Anacreon.
878
Quel goût ! ... Quel feu ! .. Ciel ! il m'enflame;
Untrouble , un desordre nouveau.
Est-ce fait ? Oui. Quelle harmonie !
Aussi fortuné , mais plus sage ,
Exiger un sort plus illustre
Soti
·
$74 MERCURE DE FRANCE
Sort chéri ! Sort à qui tout cede !
Source des vrais plaisirs des sens !
Contre une ame qui te possede ,
L'Amour a des Traits impuissans ;
'Auteur de la Paix que je goûte ,
Retourne à la Céleste Voûte ,
Bacchus , ton Triomphe est parfait.
Mais laisse avec moi ton yvrésse ;
Qu'elle me rapelle sans cesse ,
Le souvenir de ce bienfait.
Par M. de Broglio de Martigues.
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2773
p. 894-896
FABLE envoyée à M. de Senecé par M. L. P. D. N.
Début :
UN Cygne dont la voix harmonieuse et tendre, [...]
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texteReconnaissance textuelle : FABLE envoyée à M. de Senecé par M. L. P. D. N.
FABLE envoyée à M. de Senecé par
M. L. P. D. N.
UN Cygne dont la voix harmonieuse et tendre,
Attiroit près de lui les Oyseaux d'alentour ,
Et qu'au milieu de sa superbe Cour
Le Souverain des Dieux daignoit souvent en
tendre ,
Attendoit le trépas sur les bords du Méandre.
Il sembloit que ses derniers Chants
Eussens
MAY.
1737.
895
Eussent encor plus de force et de grace ;
Le Dieu des Vers les trouva si touchants
Qu'il le mena sur le Parnasse ,
Et qu'il obtint pour lui , non sans difficulté ,
Un Brévet d'immortalité.
L'Aigle , Reine des Airs , a bien ce privilege ,
Et pourquoi ce Cygne divin
Ne l'auroit. il pas eû ? d'ailleurs c'est le destin
De tous ceux qu'Apollon protege ;
Il l'eut aussi ; ses sons mélodieux
Avoient charmé la Terre , ils charmerent les
Dieux.
Cher SENECE' , ce Cygne c'est toi- même;
Quand sous le poids des ans ton corps s'apesantit,
Le Dieu des Vers qui t'aime ,
Semble ranimer ton esprit.
Son aimable enjoûment me ravit et m'étonne ;
Dans tes Ecrits qu'elle naïveté !
Quel feu quelle vivacité !
Quand nos Auteurs touchent à leur Automne
On leur dit : Croyez - moi, sevrez- vous des dou-
ceurs
Qu'aux Favoris d'H bé présentent les neuf
Sœurs ,
Toute saison pour elles n'est pas bonne ,
Pour vous tout au contraire , ami , vos cheveux
blancs,
Et vos conseils prudens ,
Ce sont en vous les seules marques
Du
896 MERCURE DE FRANCE
Du grand nombre des ans ,
Qu'Apollon sauvera de la rigueur des Parques ;
Et votre Hyver vaut mieux que mon Printemps.
M. L. P. D. N.
UN Cygne dont la voix harmonieuse et tendre,
Attiroit près de lui les Oyseaux d'alentour ,
Et qu'au milieu de sa superbe Cour
Le Souverain des Dieux daignoit souvent en
tendre ,
Attendoit le trépas sur les bords du Méandre.
Il sembloit que ses derniers Chants
Eussens
MAY.
1737.
895
Eussent encor plus de force et de grace ;
Le Dieu des Vers les trouva si touchants
Qu'il le mena sur le Parnasse ,
Et qu'il obtint pour lui , non sans difficulté ,
Un Brévet d'immortalité.
L'Aigle , Reine des Airs , a bien ce privilege ,
Et pourquoi ce Cygne divin
Ne l'auroit. il pas eû ? d'ailleurs c'est le destin
De tous ceux qu'Apollon protege ;
Il l'eut aussi ; ses sons mélodieux
Avoient charmé la Terre , ils charmerent les
Dieux.
Cher SENECE' , ce Cygne c'est toi- même;
Quand sous le poids des ans ton corps s'apesantit,
Le Dieu des Vers qui t'aime ,
Semble ranimer ton esprit.
Son aimable enjoûment me ravit et m'étonne ;
Dans tes Ecrits qu'elle naïveté !
Quel feu quelle vivacité !
Quand nos Auteurs touchent à leur Automne
On leur dit : Croyez - moi, sevrez- vous des dou-
ceurs
Qu'aux Favoris d'H bé présentent les neuf
Sœurs ,
Toute saison pour elles n'est pas bonne ,
Pour vous tout au contraire , ami , vos cheveux
blancs,
Et vos conseils prudens ,
Ce sont en vous les seules marques
Du
896 MERCURE DE FRANCE
Du grand nombre des ans ,
Qu'Apollon sauvera de la rigueur des Parques ;
Et votre Hyver vaut mieux que mon Printemps.
Fermer
2774
p. 905-915
LETTRE de M. D. à M. l'Abbé Ph... au sujet du Tasse.
Début :
J'ai lû, Monsieur , comme nous en étions convenus ensemble, la Jerusalem [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. D. à M. l'Abbé Ph... au sujet du Tasse.
LETTRE de M. D. à M. l'Abbé Ph... au sujet du Tasse.
J'ai lû, Monsieur , comme nous en
étions convenus ensemble, la Jerusalem
délivrée , et je vous avoie que
j'y ai remarqué des beautés que la foi-
blesse de l'âge , ou le préjugé François
m'avoient empêché d'admirer. Le Tasse,
malgré la Critique du Rossi et des Aca-
démiciens della Crusca , sera tou ours re-
gardé comme le premier des Poëtes Ita-
Liens , l'Arioste ,
il est vrai , lui dispute
le Sceptre Poëtique , son Orlando furioso
est rempli de ces images vivantes , et de
ces Portaits brillans que nous ne voyons
point dans l'autre ; mais celui ci est plus.
sage et moins emporté , ses Peintures ne
sont pas si hardies , mais dans leur gen-
re ce sont autant de miniatures finies
et dont la délicatesse saisir davantage
Dij
les
906 MERCURE DE FRANCE
les yeux le clair obscur et l'harmonie
des couleurs y sont mêlés avec plus
d'art , les nuances moins grossieres ; les
idées de l'Arioste sont bizarres , sublimes ,
gigantesques ; celle du Tasse sont à la
portée de tout le monde , l'un n'a pour
regle que son imagination , l'autre sçait
temperer cette imagination à propos , et
joint à la nature les perfections de l'art;
outre ces avantages , le Tasse a le vers
plus correct et moins enflé que celui de
l'Arioste.
•
M. Despreaux , cet Homme de notre
Siécle le moins ignorant Critique , a
quelquefois porté ses censures un peu
trop loin , beaucoup de petits esprits onc
adopté ses décisions comme sans apel.
C'est ainsi qu'on voit des Frêlons
Imiter souvent les Abeilles ,
Ils bourdonnent à nos oreilles ,
Vôlent de même, et rendent mêmes sons ;
Mais examine- t- on l'ouvrage ,
Le Frêlon est tout different ;
L'Abeille seule a l'avantage
Que lui dispute un Rival ignorant.
M. Mirabeaud dans sa Préface a vengé
le Poëte Italien de ces préjugés ridicules
Le caractere de Renaud est incompa-
rable '
MAY.
1737.
907
rable , je le préfererois à celui d'Achillle.
J'y vois un Heros que l'amour
Aveugle sur sa propre gloire ,
Et qui des deux esclave tour à tour ,
A tous les deux dispute la victoire ,
Tantôt l'amour prend le dessus ,
Le Héros céde , et de la fiere Armide
La beauté dans son cœur décide ,
Et l'emporte sur ses vertus ;
Tantôt rougissant de sa honte ,
Il goûte à regret les plaisirs ;
Le devoir , l'honneur le surmonte ,
Et la raison condamne ses desirs ;
Ainsi peu maître de lui - même ,
Il est jaloux, il n'aime pas , il aime ,
Qui des deux mérite un retour
Ou de la gloire , ou de l'amour ?
Celui de Tancrede est plus moderé ;
c'est un Prince courageux , dont l'âge a
reprimé la fougue ; plus prudent que
Renaud , il connoît davantage le dan-
ger , et par là sa bravoure est moins ac-
tive ; il a toutes les vertus d'Ulysse ,
sans en avoir les défauts.
1
En vain l'amour pour le surprendre
De l'aimable Herminie augmente les apas ,
Un cœur sçait toujours se défendre
D iij
Quand
908 MERCURE DE FRANCE
Quand la raison ne l'abandonne pas.
Clorinde a sçu toucher son ame ;
Mais ce n'est point une brûlante flamme ,
Telle que le plaifir allume dans nos cœurs ,
Qui s'éteint à l'instant qu'elle commence
naître ,
Et qui souvent craint de paroître ,
Pour nous cacher ses honteuses ardeurs
C'est un feu qui naît de l'estime
Que nourrit l'innocence et la fidelité ;
Ennemi de la volupté ,
La raison le soûtient , la constance l'anime ,
Et l'indolente oisiveté
Ne peut éteindre un feu si légitime.
Tancrede n'est point combattu
Par les transports d'une lâche tendresse ;
Ah ! si l'amour étoit une foiblesse ,
Quels cœurs auroient de la vertu ?
Godefroy fait le même Personnage que
Nestor dans l'Iliade, il ne se distingue des
autres Chefs que par une sagesse con
sommée.
C'est un Héros que la prudence guide ,
Dont la vieillesse est l'unique défaut ;
Peut être eût-il , comme Renaud ,
Suivi les pas de la trompeuse Armide.
Mais
M Ả Ý.
1737.
Mais quand l'âge avec la raison
909
Vient reprimer ces fougues indomptables
C'est recueillir en arriere saison,
Que vouloir enflammer des cœurs si respectables
L'Episode de Sophronie et d'Olinde
est bien touchée , quoiqu'on la trouve
déplacée et étrangere au sujet; quelques-
uns veulent que ce soit une copie défi-
gurée de Nisus er d'Euryale ; Argant ,
Aladin , Soliman y sont dépeints avec
les couleurs les plus vives , et les plus
naturelles,
leur caractere ne se dément
point dans la suite du Poëme ; le Tasse
a mis à profit cette maxime d'Horace ,
le seul Auteur de l'antiquité que les Mo
dernes daignent encore respecter. .' ..
Sit Mediaferox invictaque , flebilis Ino ,
Perfidus Ixion , Io vaga , tristis Orestes ;
Si quid inexpertum scene committis , et audes
Personamformare novam , servetur ad imum
Qualis abincapto processerit , et sibi constet.
Le Sarrazin ne connoissoit qu'une và➡
leur brutale et déterminée, semblable à ces
bêres qui ne suivent qu'un instinct gros-
sier ; il seroit à souhaiter pour nos Fran-
çois qu'ils pûssent dépeindre le caracte-
Diiij
re
910 MERCURE DE FRANCE
re des autres Peuples , aussi - bien que le
Poëte Italien ; le seul Auteur de Gil- Blas
a sçi , avec gloire , éviter ce défaut , il
a peint les Espagnols tels qu'ils sont , et
non pas sur des idées vagues ou univer-
selles; si nos Tragiques eussent suivi ce-
te regle , nous n'aurions point tant de
mauvaises Pieces , qui ne sont tout au
plus que de froids Dialogues montés sur
le même ton ; Pharamond ne parleroit
qu'en vrai Conquerant , &c. Mais ce
n'est point ici le lieu d'exercer la Criti-
que.
Ismeno , dans la Jerusalem délivrée
fait le personnage deCalchas dans l'Iliade,
l'un est un Devin qui ne sert qu'à entre-
tenir la superstition de l'Armée Grecque,
aussi Agamenon lui dit fort bien , E'onor
δ᾽ οὐδέτι πω εἶπας ἔπος , ουδ᾽ ἐτέλεββας.
Bonum nullum adbuc verbum dixisti , nes
fecisti.
L'autre est un Magicien qui effraye
les Sarrazins par les secrets de son art.
Le sublime Auteur de la Henriade
dans son Essai sur le Poëme Epique (Ou-
vrage merveilleux ) a rendu justice au
Tasse ; la conformité de talens ne lui a
point inspiré cette jalousie qu'il apelle
ui-même dans sa Préface d'Alzire , Ma-
adie incurable.
L'Episode
MAY.
1737.
911
L'Episode de Tancrede et de Clorin-
de est préférable , selon beaucoup de
Gens d'esprit , à celle de Didon dans
Virgile : je vois déja plusieurs Pédans qui
m'anathematisent , et me menacent des
foudres scholastiques ;
Mais leurs cris impuissans se perdent dans les
airs.
En effet , qu'est- ce que Didon ? une
femme furieuse dans sa passion , qui veut
à toute force aimer Enée , et en être ai-
mée ; comblée de refus outrageans elle se
tuë. ( Dénoüement rate parmi les fem-
mes de notre siècle. )
Ce fut sa faute en un mot :
A quoi songeoit cette Belle,
De prendre un Amant dévot ? *
Il est vrai que ces petits défauts de
caractere sont rachetés par une infinité
de morceaux frapans , et qui trouvent
facilement le chemin du cœur ; mais se
peut- il une situation plus touchante que
celle de nos deux Amans dans le Tasse ?
Tancrede est le propre assasin de sa Maî-
tresse , sans le sçavoir ; il reconnoît son
erreur, quand son aveuglement lui étoit
le plus nécessaire , et les derniers sou-
pirs de son Amante sont consacrés à un
* Rousseau.
D v amour
912 MERCURE DE FRANCE.
amour vertueux. Je m'en raporte aux
Dames dont le goût est plus délicat , et
le cœur plus susceptible de ces impres
sions de tendresse .
Temperes à lacrymis.
• Quis taliafando
La Forêt enchantée , l'Isle où se renfer-
me Armide avec Renaud , sont des coups
de pinceaux hardis que le Tasse a mêlés-
dans l'ombredu tableau ;iln'apartient qu'à
des Hommes choisis d'enfanter de pareil-
les productions , et qui leur sont même
particulieres. L'Albane differe du Titien,.
Michel - Ange se distingue par ses atti-
tudes , le fameux Tableau du Jugement
dernier , que les Curieux regardent com-
me un chef- d'oeuvre , est une preuve de
ce goût sublime qui n'est affecté qu'aux
génies véritablement grands ; les Cruci-
fix du Guide se font admirer de tous les
Connoisseurs.
Le Tombeau que le Tasse fait élever
à Didon , aproche beaucoup de celui de-
Patrocle ; s'il nous represente un com-
bat, c'est avec des expressions mâles er
hardies ; le desespoir où se trouvent les
Sarrazins , après la perte de leurs Chefs,
est d'un coloris admirable : la conclusion
de ce Poëme est bien ménagée, il n'y a
Dien:
MAY 1737.
Dvj
913
rien de trop ni de trop peu ; ce qu'on
pouroit blâmer avec justice , me semble
ce combat singulier qui se donne entre
Godefroy et Argant : notre Heros a le
même bonheur qu'Enée , un Ange lui
remet entre les mains des Armes d'une
trempe fine , et à l'épreuve des coups ;
Argant est un autre Turnus aussi mal-
heureux que le premier ; le Tasse cepen-
dant plus éclairé sur cet article que Vir-
gile , a trouvé moyen de rendre le Sar-
razin odieux à son Lecteur , le Rutulois
au contraire nous interesse ; il dispute à'
un Etranger la Princesse que Latinus lul
avoit promise , Enée n'agit pas en galant
Homme de vouloir enlever sa fiancée, et
sur quel droit prétend-il l'emporter con-
tre Turnus ? a t il quelques prérogatives
qui l'autorisent dans ce rapt ?
Virgile a imité Homere dans la plû-
part de ses fautes ; le Tasse , à son tour,
s'est arrogé celles de Virgile ; un certaint
préjugé que nous avons , dès notre en-
fance , pour les Anciens, nous empêche
de voir leurs défauts : je ne critiquerai
point le Tasse, il me suffit de l'admirer.
Que dirai-je de ses Héroïnes ?
Clorinde est fière , Herminie est sensible ,
Armide est d'autant plus terrible
Qu'elle
914 MERCURE DEFRANCE
Qu'elle sçait l'art de captiver les cours ;
Ses dédains affectés , sa beauté naturelle ,
Toutjusqu'à son silence est un charme pour elle
Mais que j'aime à la voir les yeux baignés de
pleurs ,
Se jetter aux genoux d'un Amant infidele ,
Lui demander la mort , soupirer , l'attendrir ,
Ebranler sa fierté , le vaincre et le féchir!
Mais non , l'ingrat bientôt reprend sa perfidie,
Armide en vain croit avoir triomphé,
Il détourne les yeux, il part , court dans l'Asie
Ensevelir un feu mal étouffé .
Dans cet instant cruel et redoutable ,
Cher Ami , j'ignore , à mon tour
Qui doit être le plus coupable
Ou de l'Amant , ou de l'Amour.
L'Amour , malgré l'Amant , fait sentir sa puis-
sance ;
L'Amant , malgré l'Amour , resiste à la cons-
tance :
Mon cœur veut condamner l'Amant ,
La prudente raison décide le contraire ,
Si j'écoute le cœur , Renaud est trop severe ,
Si j'en crois la raison , Renaud est innocent.
Voilà , Monsieur , ce que je pense en
peu de mots de ce grand Poëte ; il fau-
droit
MAY.
1737.
915
droit entendre l'Italien parfaitement pour
en concevoir toutes les beautés ; à moins
que de se transporter dans le Pays , on
ignore toûjours cette finesse de la lan-
gue annexée à ses seuls Citoyens . J'es-
pere que l'occasion poura me procurer
ce plaisir litteraire : en attendant cette
petite satisfaction , je m'en raporte à vo-
tre jugement , persuadé que vous étes
plus capable qu'aucun autre d'en décider.
J'ai l'honneur d'être , &c.
J'ai lû, Monsieur , comme nous en
étions convenus ensemble, la Jerusalem
délivrée , et je vous avoie que
j'y ai remarqué des beautés que la foi-
blesse de l'âge , ou le préjugé François
m'avoient empêché d'admirer. Le Tasse,
malgré la Critique du Rossi et des Aca-
démiciens della Crusca , sera tou ours re-
gardé comme le premier des Poëtes Ita-
Liens , l'Arioste ,
il est vrai , lui dispute
le Sceptre Poëtique , son Orlando furioso
est rempli de ces images vivantes , et de
ces Portaits brillans que nous ne voyons
point dans l'autre ; mais celui ci est plus.
sage et moins emporté , ses Peintures ne
sont pas si hardies , mais dans leur gen-
re ce sont autant de miniatures finies
et dont la délicatesse saisir davantage
Dij
les
906 MERCURE DE FRANCE
les yeux le clair obscur et l'harmonie
des couleurs y sont mêlés avec plus
d'art , les nuances moins grossieres ; les
idées de l'Arioste sont bizarres , sublimes ,
gigantesques ; celle du Tasse sont à la
portée de tout le monde , l'un n'a pour
regle que son imagination , l'autre sçait
temperer cette imagination à propos , et
joint à la nature les perfections de l'art;
outre ces avantages , le Tasse a le vers
plus correct et moins enflé que celui de
l'Arioste.
•
M. Despreaux , cet Homme de notre
Siécle le moins ignorant Critique , a
quelquefois porté ses censures un peu
trop loin , beaucoup de petits esprits onc
adopté ses décisions comme sans apel.
C'est ainsi qu'on voit des Frêlons
Imiter souvent les Abeilles ,
Ils bourdonnent à nos oreilles ,
Vôlent de même, et rendent mêmes sons ;
Mais examine- t- on l'ouvrage ,
Le Frêlon est tout different ;
L'Abeille seule a l'avantage
Que lui dispute un Rival ignorant.
M. Mirabeaud dans sa Préface a vengé
le Poëte Italien de ces préjugés ridicules
Le caractere de Renaud est incompa-
rable '
MAY.
1737.
907
rable , je le préfererois à celui d'Achillle.
J'y vois un Heros que l'amour
Aveugle sur sa propre gloire ,
Et qui des deux esclave tour à tour ,
A tous les deux dispute la victoire ,
Tantôt l'amour prend le dessus ,
Le Héros céde , et de la fiere Armide
La beauté dans son cœur décide ,
Et l'emporte sur ses vertus ;
Tantôt rougissant de sa honte ,
Il goûte à regret les plaisirs ;
Le devoir , l'honneur le surmonte ,
Et la raison condamne ses desirs ;
Ainsi peu maître de lui - même ,
Il est jaloux, il n'aime pas , il aime ,
Qui des deux mérite un retour
Ou de la gloire , ou de l'amour ?
Celui de Tancrede est plus moderé ;
c'est un Prince courageux , dont l'âge a
reprimé la fougue ; plus prudent que
Renaud , il connoît davantage le dan-
ger , et par là sa bravoure est moins ac-
tive ; il a toutes les vertus d'Ulysse ,
sans en avoir les défauts.
1
En vain l'amour pour le surprendre
De l'aimable Herminie augmente les apas ,
Un cœur sçait toujours se défendre
D iij
Quand
908 MERCURE DE FRANCE
Quand la raison ne l'abandonne pas.
Clorinde a sçu toucher son ame ;
Mais ce n'est point une brûlante flamme ,
Telle que le plaifir allume dans nos cœurs ,
Qui s'éteint à l'instant qu'elle commence
naître ,
Et qui souvent craint de paroître ,
Pour nous cacher ses honteuses ardeurs
C'est un feu qui naît de l'estime
Que nourrit l'innocence et la fidelité ;
Ennemi de la volupté ,
La raison le soûtient , la constance l'anime ,
Et l'indolente oisiveté
Ne peut éteindre un feu si légitime.
Tancrede n'est point combattu
Par les transports d'une lâche tendresse ;
Ah ! si l'amour étoit une foiblesse ,
Quels cœurs auroient de la vertu ?
Godefroy fait le même Personnage que
Nestor dans l'Iliade, il ne se distingue des
autres Chefs que par une sagesse con
sommée.
C'est un Héros que la prudence guide ,
Dont la vieillesse est l'unique défaut ;
Peut être eût-il , comme Renaud ,
Suivi les pas de la trompeuse Armide.
Mais
M Ả Ý.
1737.
Mais quand l'âge avec la raison
909
Vient reprimer ces fougues indomptables
C'est recueillir en arriere saison,
Que vouloir enflammer des cœurs si respectables
L'Episode de Sophronie et d'Olinde
est bien touchée , quoiqu'on la trouve
déplacée et étrangere au sujet; quelques-
uns veulent que ce soit une copie défi-
gurée de Nisus er d'Euryale ; Argant ,
Aladin , Soliman y sont dépeints avec
les couleurs les plus vives , et les plus
naturelles,
leur caractere ne se dément
point dans la suite du Poëme ; le Tasse
a mis à profit cette maxime d'Horace ,
le seul Auteur de l'antiquité que les Mo
dernes daignent encore respecter. .' ..
Sit Mediaferox invictaque , flebilis Ino ,
Perfidus Ixion , Io vaga , tristis Orestes ;
Si quid inexpertum scene committis , et audes
Personamformare novam , servetur ad imum
Qualis abincapto processerit , et sibi constet.
Le Sarrazin ne connoissoit qu'une và➡
leur brutale et déterminée, semblable à ces
bêres qui ne suivent qu'un instinct gros-
sier ; il seroit à souhaiter pour nos Fran-
çois qu'ils pûssent dépeindre le caracte-
Diiij
re
910 MERCURE DE FRANCE
re des autres Peuples , aussi - bien que le
Poëte Italien ; le seul Auteur de Gil- Blas
a sçi , avec gloire , éviter ce défaut , il
a peint les Espagnols tels qu'ils sont , et
non pas sur des idées vagues ou univer-
selles; si nos Tragiques eussent suivi ce-
te regle , nous n'aurions point tant de
mauvaises Pieces , qui ne sont tout au
plus que de froids Dialogues montés sur
le même ton ; Pharamond ne parleroit
qu'en vrai Conquerant , &c. Mais ce
n'est point ici le lieu d'exercer la Criti-
que.
Ismeno , dans la Jerusalem délivrée
fait le personnage deCalchas dans l'Iliade,
l'un est un Devin qui ne sert qu'à entre-
tenir la superstition de l'Armée Grecque,
aussi Agamenon lui dit fort bien , E'onor
δ᾽ οὐδέτι πω εἶπας ἔπος , ουδ᾽ ἐτέλεββας.
Bonum nullum adbuc verbum dixisti , nes
fecisti.
L'autre est un Magicien qui effraye
les Sarrazins par les secrets de son art.
Le sublime Auteur de la Henriade
dans son Essai sur le Poëme Epique (Ou-
vrage merveilleux ) a rendu justice au
Tasse ; la conformité de talens ne lui a
point inspiré cette jalousie qu'il apelle
ui-même dans sa Préface d'Alzire , Ma-
adie incurable.
L'Episode
MAY.
1737.
911
L'Episode de Tancrede et de Clorin-
de est préférable , selon beaucoup de
Gens d'esprit , à celle de Didon dans
Virgile : je vois déja plusieurs Pédans qui
m'anathematisent , et me menacent des
foudres scholastiques ;
Mais leurs cris impuissans se perdent dans les
airs.
En effet , qu'est- ce que Didon ? une
femme furieuse dans sa passion , qui veut
à toute force aimer Enée , et en être ai-
mée ; comblée de refus outrageans elle se
tuë. ( Dénoüement rate parmi les fem-
mes de notre siècle. )
Ce fut sa faute en un mot :
A quoi songeoit cette Belle,
De prendre un Amant dévot ? *
Il est vrai que ces petits défauts de
caractere sont rachetés par une infinité
de morceaux frapans , et qui trouvent
facilement le chemin du cœur ; mais se
peut- il une situation plus touchante que
celle de nos deux Amans dans le Tasse ?
Tancrede est le propre assasin de sa Maî-
tresse , sans le sçavoir ; il reconnoît son
erreur, quand son aveuglement lui étoit
le plus nécessaire , et les derniers sou-
pirs de son Amante sont consacrés à un
* Rousseau.
D v amour
912 MERCURE DE FRANCE.
amour vertueux. Je m'en raporte aux
Dames dont le goût est plus délicat , et
le cœur plus susceptible de ces impres
sions de tendresse .
Temperes à lacrymis.
• Quis taliafando
La Forêt enchantée , l'Isle où se renfer-
me Armide avec Renaud , sont des coups
de pinceaux hardis que le Tasse a mêlés-
dans l'ombredu tableau ;iln'apartient qu'à
des Hommes choisis d'enfanter de pareil-
les productions , et qui leur sont même
particulieres. L'Albane differe du Titien,.
Michel - Ange se distingue par ses atti-
tudes , le fameux Tableau du Jugement
dernier , que les Curieux regardent com-
me un chef- d'oeuvre , est une preuve de
ce goût sublime qui n'est affecté qu'aux
génies véritablement grands ; les Cruci-
fix du Guide se font admirer de tous les
Connoisseurs.
Le Tombeau que le Tasse fait élever
à Didon , aproche beaucoup de celui de-
Patrocle ; s'il nous represente un com-
bat, c'est avec des expressions mâles er
hardies ; le desespoir où se trouvent les
Sarrazins , après la perte de leurs Chefs,
est d'un coloris admirable : la conclusion
de ce Poëme est bien ménagée, il n'y a
Dien:
MAY 1737.
Dvj
913
rien de trop ni de trop peu ; ce qu'on
pouroit blâmer avec justice , me semble
ce combat singulier qui se donne entre
Godefroy et Argant : notre Heros a le
même bonheur qu'Enée , un Ange lui
remet entre les mains des Armes d'une
trempe fine , et à l'épreuve des coups ;
Argant est un autre Turnus aussi mal-
heureux que le premier ; le Tasse cepen-
dant plus éclairé sur cet article que Vir-
gile , a trouvé moyen de rendre le Sar-
razin odieux à son Lecteur , le Rutulois
au contraire nous interesse ; il dispute à'
un Etranger la Princesse que Latinus lul
avoit promise , Enée n'agit pas en galant
Homme de vouloir enlever sa fiancée, et
sur quel droit prétend-il l'emporter con-
tre Turnus ? a t il quelques prérogatives
qui l'autorisent dans ce rapt ?
Virgile a imité Homere dans la plû-
part de ses fautes ; le Tasse , à son tour,
s'est arrogé celles de Virgile ; un certaint
préjugé que nous avons , dès notre en-
fance , pour les Anciens, nous empêche
de voir leurs défauts : je ne critiquerai
point le Tasse, il me suffit de l'admirer.
Que dirai-je de ses Héroïnes ?
Clorinde est fière , Herminie est sensible ,
Armide est d'autant plus terrible
Qu'elle
914 MERCURE DEFRANCE
Qu'elle sçait l'art de captiver les cours ;
Ses dédains affectés , sa beauté naturelle ,
Toutjusqu'à son silence est un charme pour elle
Mais que j'aime à la voir les yeux baignés de
pleurs ,
Se jetter aux genoux d'un Amant infidele ,
Lui demander la mort , soupirer , l'attendrir ,
Ebranler sa fierté , le vaincre et le féchir!
Mais non , l'ingrat bientôt reprend sa perfidie,
Armide en vain croit avoir triomphé,
Il détourne les yeux, il part , court dans l'Asie
Ensevelir un feu mal étouffé .
Dans cet instant cruel et redoutable ,
Cher Ami , j'ignore , à mon tour
Qui doit être le plus coupable
Ou de l'Amant , ou de l'Amour.
L'Amour , malgré l'Amant , fait sentir sa puis-
sance ;
L'Amant , malgré l'Amour , resiste à la cons-
tance :
Mon cœur veut condamner l'Amant ,
La prudente raison décide le contraire ,
Si j'écoute le cœur , Renaud est trop severe ,
Si j'en crois la raison , Renaud est innocent.
Voilà , Monsieur , ce que je pense en
peu de mots de ce grand Poëte ; il fau-
droit
MAY.
1737.
915
droit entendre l'Italien parfaitement pour
en concevoir toutes les beautés ; à moins
que de se transporter dans le Pays , on
ignore toûjours cette finesse de la lan-
gue annexée à ses seuls Citoyens . J'es-
pere que l'occasion poura me procurer
ce plaisir litteraire : en attendant cette
petite satisfaction , je m'en raporte à vo-
tre jugement , persuadé que vous étes
plus capable qu'aucun autre d'en décider.
J'ai l'honneur d'être , &c.
Fermer
2775
p. 915-916
ΕΝVΟΥ.
Début :
Toi, qui de l'austere sagesse [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ΕΝVΟΥ.
ΕΝVΟΥ.
Toi, qui de l'austere sagesse
Sçais dérider le front chagrin ,
Et des Sophistes de la Greee
Erouffer le fatal venin :
Toi , qui d'Horace et de Catulle .
Goûtant les divines leçons ,
Aux fleurs du délicat Tibulle
Joins celles des Anacréons.
Docte Abbé , que sur le Parnasse
On vit plus d'une fois guider mes pas tremblans,
Souffre que , pour chanter le Tasse ,
J'emprunte tes nobles accens.
En vain la Critique severe
Cse lui refuser un légitime enceas ,
La
916 MERCURE DE FRANCE
La gloire est le seul prix des Rois et des Sça-
vans ,
C'est la Dévise de Voltaire.
Cher Ami , tels sont nos défauts ,
Ces Hommes sont pour nous des Hommes or-
dinaires ,
Mais, après leurs trépas, cessant d'être vulgaires, -
Ils cessent d'être nos égaux.
Toi, qui de l'austere sagesse
Sçais dérider le front chagrin ,
Et des Sophistes de la Greee
Erouffer le fatal venin :
Toi , qui d'Horace et de Catulle .
Goûtant les divines leçons ,
Aux fleurs du délicat Tibulle
Joins celles des Anacréons.
Docte Abbé , que sur le Parnasse
On vit plus d'une fois guider mes pas tremblans,
Souffre que , pour chanter le Tasse ,
J'emprunte tes nobles accens.
En vain la Critique severe
Cse lui refuser un légitime enceas ,
La
916 MERCURE DE FRANCE
La gloire est le seul prix des Rois et des Sça-
vans ,
C'est la Dévise de Voltaire.
Cher Ami , tels sont nos défauts ,
Ces Hommes sont pour nous des Hommes or-
dinaires ,
Mais, après leurs trépas, cessant d'être vulgaires, -
Ils cessent d'être nos égaux.
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2776
p. 916-929
LETTRE de M. Le Beuf, Chanoine d'Auxerre, à M. Clerot, Avocat au Parlement de Roüen.
Début :
Il me paroît, Monsieur, par les lettres que vous avez écrites depuis un an à [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Le Beuf, Chanoine d'Auxerre, à M. Clerot, Avocat au Parlement de Roüen.
LETTRE de M. Le Beuf, Chanoine
d'Auxerre, à M. Clerot, Avocat au
Parlement de Roüen.
Il me paroît, Monsieur, par les lettres
que vous avez écrites depuis un an à
M. D. L. R. que vous vous êtes apliqué à
l'Histoire de Rouen et des environs, et que
vous en sçavez parfaitement les Anti-
quités. Le trait que vous venez de nous
donner de St Romain , votre Evêque (a)
m'a fait songer à vous communiquer
une découverte que j'ai faite par hazard
ces jours derniers. Je cherchois dans un
Pays fort éloigné d'ici , et même hors du
Royaume , ( b ) un monument que je
(a ) Mercure de Décembre 1736..
(b) A P'.bbaye de Saint-Gal en Suisse?
croyois
MAY.
$737.
917
croyois pouvoir donner dans mon Histoi-
re d'Auxerre, sur le jugement qu'en avoit
porté l'Auteur de l'Histoire literaire
de la France , Tome 2. p. 261. J'ai été frus-
tré de mon esperance ; il s'est trouvé que
ce Manuscrit dont on a donné communi-
cation fortvolontiers , est un monument
qui ne peut convenir qu'à l'Histoire de
Rouen , ou à l'Histoire Litteraire des
Gaules , ou bien dans un Recuëil tel
que la Bibliotheque des Pères et autres
Auteurs Ecclesiastiques. Je vous apten-
drai ce que c'est avec bien du plaisir.
C'est un Ouvrage de S. Victrice , votre
Evêque. S. Victrice de Rouen , parmi
les Auteurs Ecclesiastiques , est une es-
pece de Phénomene Litteraire. On sça-
voit seulement qu'il avoit écrit quelques
Lettres à S. Paulin de Nole , mais ces
Lettres étoient perduës. L'Ouvrage done
je veux vous parler est beaucoup plus
qu'une Lettre: c'est un Traité qu'il com-
posa à la louange des Saints dont il re
gur des Reliques , qui lui furent en-
voyées d'Italie , et dont plusieurs étoient
venuës de plus loin . Il porte la parole à ces
Saints presque d'un bout à l'autre.
Il nous aprend dans cet Ouvrage qu'il
étoit dans la Grande-Bretagne , dont les
Evêques l'avoient apellé, pour les aider
dans
918 MERCURE DE FRANCE
dans leur Ministere , ( a ) lorsque le Por
teur de ces Reliques , nommé Elien ,
étoit en chemin pour Roüen ; que ce
Porteur ne l'ayant point trouvé dans sa
Ville Episcopale , prit la route de la
Grande Bretagne , dans laquelle il le
rencontra à quarante mille seulement du
lieu d'où il venoit , ou du Port où il
avoit débarqué. Ensorte , dit - il , que les
Reliques vinrent deux fois dans la Ville
de Rouen. Les apostrophes en forme d'ac-
tions de graces , qu'il fait à saint Am-
broise , alors vivant, à un Evêque nom-
mé Théodule , à un autre nommé Eus-
et à d'autres , indiquent de
tathius , et à d'autres
quelles Eglises d'Italie lui venoient ces
précieux restes. Vous trouverez les noms
de ces Evêques à la fin de la Lettre du
Concile de Milan de l'an 390. contre
Jovinien et ses Adhérans. T. 2. Concil.
Labb. Col. 1027. Ces Reliques étoient
de S. Jean- Baptiste , S. Jean l'Evange
liste , S. André , S. Thomas , S. Luc ;
S. Gervais , S. Protais ,
et S. Nazaire , de
( a ) Usserius , ni Harpsfeldius , ni Alfordus ,
Historiens modernes de l'Eglise d'Angleterre, n'ont
point connu ce fait. Gildas ,
et depuis lui Bede
marquent que l'Arianisme trouva des fauteurs
dans la Grande Bretagne , et Usserius croit que
cefut vers l'an 3·80,
Milan :
MAY.
1737.
919
Milar : (a) S. Agricole et S. Procule de
Boulogne; Ste Euphemie, de Calcedoine;
S. Antonin , de Plaisance ; Ss . Saturnin
et Trajan , de Macedoine ; Ss. Mutius
Alexandre , Datysus ou Dathus , Cyn-
dée ou Chyndée , Ste Kogate, Ste Léoni-
de , Ste Anastasie , et Ste Anatocle. ( b )
Il paroît par ses expressions que ce n'é-
toient point des Ossemens de ces Saints ,
au moins quart à la plûpart , mais seu-
lement du Sang , ou de la terre détrem-
pée de leur Sang. Aussi S. Victrice s'é-
tend-il beaucoup à prouver que ce peu
équivaloit en vertu au Corps entier ,
puisqu'on ne peut pas partager le mérite
des Saints , que le Sang est le comple-
ment et la perfection de tous les mem-
bres , et que ces Reliques , toutes mo
diques qu'elles paroissent , sont enam-
mées d'une ardeur divine , qui les ren-
dent aussi puissantes en petite portion
que dans une plus grande. Quoiqu'il
qualifie cet amas de Reliques du nom
( a ) S. Paulin fit mettre sous l'Autel de l'E-
glise de S. Felix de Nole des Reliques des princi-
paux de tous ces Saints , ainsi qu'il paroit par son
Poëme 24. Vers 406. et suivans.
( b ) S. Victrice raporte , sur la fin de son Ou-
vrage , quelques actions de ces Saintes , peu con
ques d'ailleurs.
de
920 MERCURE DE FRANCE
de Troupe de Saints , par raport au nom-
bre dont il y en avoir , le Vase qui les
contenoit n'étoit cependant tout au plus
qu'une espece de Reliquaire portatif que
les Anciens apelloient Philactere , et qu'ils
attachoient au col . Mais l'Ecrit de S Vic-
trice prouve que dès lors on faisoit des
réjouissances pour ces sortes de recep-
zions. Il fait à cette occasion une des-
cription du Peuple de sa Ville , dans la
quelle il s'étend beaucoup sur l'état des
Vierges et des Veuves , afin de donner
par là des preuves de son unité de senti-
mens avec les Eglises d'Italie , qui avoient
condamné nouvellement Jovinien enne-
mi de l'état de Virginité.
Il y fait aussi une longue profession de
foy sur le Mystere de la Trinité , prin
cipalement sur la Divinité de J. C. qui
étoit aparemment combattue alors dans
les Gaules par quelques Ariens , depuis
la liberté que l'Empereur Gratien avoit
donnée en 378.
La 370. Lettre de Saint Paulin de No-
le , qui est adressée à ce même Saint
Victrice , paroît y'avoir raport. Ce que
j'ai encore bien remarqué , c'est qu'il sem
ble que Saint Paulin cût reçû de Vic-
trice un exemplaire de cet Ouvrage , par
la maniere dont il lui parle dans sa pre-
miere
M A Y.
1737.
921
miere Lettre qui est la 18c.) sur la nou-
velle face qu'avoit reprise la Ville de
Rouen sous son Gouvernement (num.s )
il le félicite sur ce qu'une Ville si éloi-
gnée , étoit enrichie de tant de Mémoires
de Saints Apôtres , qui sembloient de-
meurer avec lui pour cooperer à ses tra-
vaux , et être honorés par son Clergé et
son Peuple. Par le moyen de l'Ouvrage
de Saint Victrice , cet endroit de Saint
Paulin qui étoit assés obscur en lui - mê-
me , reçoit une certaine clarté qui fait
honneur à la Ville de Rouen . L'état des
Vierges et des Veuves y est dépeint avec
les mêmes couleurs que dans l'Ecrit de
Saint Victrice.
C'est à vous , Monsieur , à m'apren
dre maintenant s'il y eut dès le quatrié
me siecle à Rouen , une Eglise dédiée
sous l'Invocation de quelques Saints de
Milan ; car Saint Victrice dir que les fon-
demens des Bâtimens étoient déja jettés,
qu'il falloit maintenant ériger les Aurels.
Je ne sçaurois entendre à la lettre le
passage d'Orderic , qui dit que Saint Mel-
lon , votre premier Evêque avoit été in-
humé in Crypta Basilica S. Gervasii. Il
veut dire aparemment dans une Crypte
sur laquelle fut bâtie depuis l'Eglise de
Saint Gervais. Son témoignage prouve
assés
922 MERCURE DE FRANCE
assés que l'Eglise de Saint Gervais , qui
est aux Fauxbourg Occidental de votre
Ville , passoit de son temps pour être
très anciene. Le titre d'Abbaye qu'elle
avoit au XIe. siecle , la belle Crypte
qu'on y voit,sont autant d'indices de son
antiquité. Je croirois volontiers que ç'au-
roit été là que Saint Victrice déposa les
Reliques qu'on lui aporta de Milan , et
que ce fut la premiere Eglise Cimeteriale
du Clergé de Rouen. Vous pouvez re-
former mes conjectures , si elles font
fausses. Je ne suis jamais descendu dans la
Crypte de Saint Gervais , pour juger du
temps de son édifice.
Ce furent sans doute , les fruits que
Saint Victrice fit dans le temps qu'il
passa sur les côtes , qu'on apelle aujour-
d'hui le Pontieu et le Boulenois, qui en-
gagerent les Evêques de la Grande Breta-
gne à l'apeller dans leur Isle. Si la re-
marque de Scaliger sur le mot de Nervi-
ci litioris , au lieu duquel il voudroit qu'on
lût Ebruicani littoris , étoit mieux apuyée,
il sembleroit que ce seroit aux environs
d'York que Saint Victrice auroit été
évangeliser.
Si le Public souhaite que l'opuscule de
votre S.Evêque paroisse en entier, il fera
facile de le donner avec quelques notes.
11
MAY.
1737
923
Test tiré d'un Manuscrit de mille ans ,suc
lequel un Auteur de sept ou huit cent
ans a voulu faire des remarques qui sont
souvent fausses . J'oublicis de vous dire
que S. Victrice se nomme lui- même dans
ce petit Ouvrage. On y verra avec satis-
faction une nouvelle preuve de l'anti-
quité des pratiques de l'Eglise Catholi-
que , exprimées dans le langage du qua-
triéme siecle. Je ne sçai si ce Traité ne
seroit point celui de Laude generali om-
nium Maryrum , que Gennade a attribué
à Saint Paulin , et lequel ne se retrouve
plus. Le Copiste du Manuscrit de mille
ans avoit cru que cet Ouvrage de Vic-
trice , étoit de Saint Ambroise , et lui
avoit donné mal à propos ce titre , Inci-
pit Liber ejusdem ( Ambrosii ) de Laude
Sanctorum.
Les Historiens de votre premier Evê-
que Saint Mellon , le font Breton de nais-
sance , et quelques Auteurs comme Pos-
sevin lui attribuent des Homelies . J'a-
prehende qu'il n'y ait un peu de confu-
sion , au moins quant au dernier chef ,
et que les prétendues Homelies de Saint
Mellon ou Mellaine de la Grande Bre-
tagne , ne soient le Traité de Saint Vic-
trice , qui est assés en style de discours
public. On a cru jusqu'ici que Saint Vie-
trice
924 MERCURE DE FRANCE
trice étoit né ou dans l'Artois ou dans
Le Pays Boulenois ; mais l'endroit de la
18e. Epitre de Saint Paulin , sur lequel
uniquement cela est fondé , peut prouver
également , et même encore mieux , que
c'étoit dans la Grande Bretagne qu'il
avoit pris naissance. Te in lucem populi
sui de extimo , ou extremo orbis eduxit Do-
minus. En ce cas Saint Victrice dut natu-
rellement être porté à ſecourir sa Patrie.
Je vous suis très- obligé,M.du petit mot
que vous avez marqué dans votre Dis-
sertation par raport à mon sentiment sur
la signification du mot Dunum. Je trou-
ve encore de temps en temps ( sans les
chercher ) des exemples de Lieux situés
sur des Montagnes ou à mi- côte , ou au
bas de quelque Montagne considérable
dont le nom latin se termine par ce cé-
lebre mot , dont la signification m'avoit
été contestée par le R. P. du Plessis . Une
personne qui a vu le Village de Senuc
au Diocèse de Rheims , où fut marty-
rifé Saint Oricle , par les Vandales du
cinquième siecle , m'a assuré que ce Vil-
lage nommé en latin Sindunum , est à
mi-côte sur une Montagne. C'est un Lieu
fameux dans l'Histoire de l'Abbaye de
Saint Kemi de Rheims. Staonne qui est
au même Diocese dans le Pays Rethelois,
se
"
MAY.
1737.
925
se dit en latin Stadonum ou Stadunum.
Le P. Mabillon nous fait en deux mots
dans sa Diplomatique la Discription de
sa situation , in edito colle , dit -il , dua-
bus à Mosomago leugis LeVillage de Bran
don au Diocèse de Mâcon est fort connu
par les Titres de l'Abbaye de Cluny , dont
il est peu éloigné. Ces Titres latins du
Monastere qui sont du onzième et dou-
ziéme siecle , l'apellent Brancidunum et
Brancedunum
:
la Montagne auprès de
laquelle il est situé , est si considéra-
ble qu'elle est même figurée dans quel-
ques Cartes. Dun au Diocèse de Rheims
est dans le même cas. Le Prieuré
nommé Artun ou Artas , est situé sur
une hauteur à quelques lieuës de Lyon ;
Aussi les Titres de Cluny que l'on peut
voir cités dans le P. Mabillon ,T. 4. An-
nal. pag. 104. l'apellent ils Artedunum.
A Saverdun au Comté de Foix , il y a la
haute et la basse Ville , ce qui supose une
Montagne. L'Histoire des Evêques du
Mans , recueillie au neuviéme siecle ou
environ , fiit souvent mention d'un Lieu
qu'elle apelle Baladon ou Baladun . Or je
sçais par une personne qui a passé dans ce
Bourg du Pays du Maine , qu'il est situé
sur une Montagne ronde , seule et isolée
comme la Ville de Laon. Le Château est
ац
926 MERCURE DE FRANCE
au sommet,et l'on voit de là tous les Pays
voisins en rond. On l'apelle aujourd'hui
Bâlon . Une Montagne que D. Duplessis
peut voir de sa fenêtre , est celle de Meu-
don. Le Village est à la verité dans le
bas de cette Montagne comme à Bran-
don , et en d'autres Endroits; mais cela ne
change point le fond de la chose : les Châ-
teaux Seigneuriaux par où ces Villages
ont commencé étoient en haut. Or je
suis persuadé que le vrai nom Latin de
cette Montagne est Modunum ou Moldy--
"num. J'en tire la preuve du Pouiller de
l'Evêché de Paris , écrit au commence-
ment du treiziéme siecle , dont voici le
contenu au feuillet 4. Ecclesiæ pertinentes
ad donationem Episcopi in Decanatu Cas-
tri-Fortis. Ecclesia de Issiaco , Ecclesia de
Modun , Ecclesia de Seva , Ecclesia de
Columbis , Ecclesia de Rodolio. Quoique
nous prononcions aujourd'hui Meudon ,
il n'en est pas moins veritable , qu'au
treiziéme siecle et auparavant on pronon-
çoit Modun. Je n'omettrai point de vous
parler du célebre Monastere de Redon
en Bretagne Les Montagnes auprès des-
quelles il est, valent bien celle de Meudon .
Un ancien Auteur dont l'Ouvrage se lit
au second Tome du quatriéme siecle Be-
nedictin , pag. 189. Pa dit situé juxia
sinung
dun ,
MAY.
1737.
927
sinum duorum fluminum , montibus proce
ritate fua polo vicinus : et fondé in verti-
ce Bellimontis : Et à la page 210. il dit
At ubi de cacumine montis descenderunt qui
Monasterio imminet. Cette Description
représente ce Lieu ,comme si on le voyoit.
Les Rochers très-élevés que l'Historien
de la Vie de Saint Martin , dit être au-
dessus de Marmoutiers , proche Tours,
suffisent par la même raison , pour avoir
fait donner à cette Ville le nom de Ca
sarodunum.
Si l'argument que D. Duplessis a tiré
de votre Ruisseau du Pays de Caux eût
valu quelque chose , et qu'on eût peu di-
re qu'une preuve que Dun ne signifioit
pas Montagne chés les Celtes , c'est que
ce nom se trouve donné à une eau cou-
lante , on eut pû dire également qu'il
ne signifie ni Vallée ni Montagne , puis-
qu'on trouve des noms d'hommes qui
finissoient également par Dunus. J'en
aperçois dans les mêmes Pays , où Dun
étoit employé pour signifier une Mon-
tagne. A Arles ou à Aix il y eut un Evê-
que apellé Chadunau septiéme siecle.
En Espagne un Capitaine de Tortose
au neuviéme siecle , se nommoit Abai-
( Duchêne Tom. 2. pag. 292. ) Au
Hist. de l'Abbaye Saint Denis , page 28.
E
dixième
924 MERCURE DE FRANCE
trice étoit né ou dans l'Artois ou dans
Le Pays Boulenois ; mais l'endroit de la
18e. Epitre de Saint Paulin , sur lequel
uniquement cela est fondé , peut prouver
également , et même encore mieux , que
c'étoit dans la Grande Bretagne qu'il
avoit pris naissance. Te in lucem populi
sui de extimo , ou extremo orbis eduxit Do-
minus. En ce cas Saint Victrice dut natu-
rellement être porté à ſecourir sa Patrie.
Je vous suis très- obligé, M.du petit mot
que vous avez marqué dans votre Dis-
sertation par raport à mon sentiment sur
la signification du mot Dunum. Je trou
ve encore de temps en temps ( sans les
chercher ) des exemples de Lieux situés
sur des Montagnes ou à mi- côte , ou au
bas de quelque Montagne considérable
dont le nom latin se termine par ce cé-
lebre mot , dont la signification m'avoit
été contestée par le R. P. du Plessis . Une
personne qui a vu le Village de Senuc
au Diocèse de Rheims , où fut marty-
rifé Saint Oricle , par les Vandales du
cinquième siecle , m'a assuré que ce Vil-
lage nommé en latin Sindunum , est à
mi-côte sur une Montagne. C'est un Lieu
fameux dans l'Histoire de l'Abbaye de
Saint Kemi de Rheims. Staonne qui est
au même Diocèse dans le Pays Rethelois,
se
་
MAY.
1737.
925
se dit en latin Stadonum ou Stadunum.
Le P. Mabillon nous fait en deux mots
dans sa Diplomatique la Discription de
sa situation , in edito colle , dit-il , dua-
bus à Masomago lengis LeVillage de Bran-
don au Diocèse de Mâcon est fort connu
par les Titres de l'Abbaye de Cluny , dont
il est peu éloigné. Ces Titres latins du
Monastere qui sont du onzième et dou-
ziéme siecle , l'apellent Brancidunum et
Brancedunum la Montagne auprès de
laquelle il est situé , est si considéra-
ble qu'elle est même figurée dans quel-
ques Cartes. Dun au Diocèse de Rheims
est dans le même cas, Le Prieuré
nommé Artun ou Artas , est situé sur
une hauteur à quelques lieuës de Lyon ;
Aussi les Titres de Cluny que l'on peut
voir cités dans le P. Mabillon ,T. 4. An-
nal. pag. 104. l'apellent ils Artedunum.
A Saverdun au Comté de Foix , il y a la
haute et la basse Ville, ce qui supose une
Montagne. L'Histoire des Evêques du
Mans , recueillie au neuviéme siecle ou
environ ,fiitsouvent mention d'un Lieu
qu'elle apelle Baladon ou Baladun. Or je
sçais par une personne qui a passé dans ce
Bourg du Pays du Maine , qu'il est situé
sur une Montagne ronde , seule et isolée
comme la Ville de Laon. Le Château est
au
926 MERCURE DE FRANCE
au sommet,et l'on voit de là tous les Pays
voisins en rond. On l'apelle aujourd'hui
Bâlon . Une Montagne que D. Duplessis
peut voir de sa fenêtre , est celle de Meu-
don. Le Village est à la verité dans le
bas de cette Montagne comme à Bran-
don , et en d'autres Endroits ; mais cela ne
change point le fond de la chose : les Châ-
teaux Seigneuriaux par où ces Villages
ont commencé étoient en haut. Or je
suis persuadé que le vrai nom Latin de
cette Montagne est Modunum ou Moldy--
"num. J'en tire la preuve du Pouiller de
l'Evêché de Paris , écrit au commence-
ment du treiziéme siecle , dont voici le
contenu au feuillet 4. Ecclesiæ pertinentes
ad donationem Episcopi in Decanatu Cas-
tri-Fortis. Ecclesia de Issiaco , Ecclesia de
Modun , Ecclesia de Seva , Ecclesia de
Columbis , Ecclesia de Rodolio. Quoique
nous prononcions aujourd'hui Meudon ,
il n'en est pas moins veritable , qu'au
treiziéme siecle et auparavant on pronon-
çoit Modun. Je n'omettrai point de vous
parler du célebre Monastere de Redon
en Bretagne : Les Montagnes auprès des-
quelles il est,valent bien celle de Meudon .
Un ancien Auteur dont l'Ouvrage se lit
au second Tome du quatriéme siecle Be
nedictin , pag. 189. l'a dit situé juxia
sinung
"
MAY.
1737.
927
sinum duorum fluminum , montibus proce
ritatefua polo vicinus : et fondé in verti-
ce Bellimontis : Et à la page 210. il dit ,
At ubi de cacumine montis descenderunt qui
Monasterio imminet. Cette Description
représente ce Lieu ,comme si on le voyoit.
Les Rochers très -élevés que l'Historien
de la Vie de Saint Martin , dit être au-
3
dessus de Marmoutiers , proche Tours,
suffisent par la même raison , pour avoir
fait donner à cette Ville le nom de Ca
sarodunum.
Si l'argument que D. Duplessis a tiré
de votre Ruisseau du Pays de Caux eût
valu quelque chose , et qu'on eût peu di-
re qu'une preuve que Dun ne signifioit
pas Montagne chés les Celtes , c'est que
ce nom se trouve donné à une eau cou-
lante , on eut pû dire également qu'il
ne signifie ni Vallée ni Montagne , puis-
qu'on trouve des noms d'hommes qui
finissoient également par Dunus. J'en
aperçois dans les mêmes Pays , où Dun
étoit employé pour signifier une Mon-
tagne. A Arles ou à Aix il y eut un Evê-
que apellé Chadunau septième siecle.
En Espagne un Capitaine de Tortose
E
•
au neuviéme siecle , se nommoit Abai-
dun , ( Duchêne Tom. 2. pag. 292, ) Au
* Hist. de l'Abbaye Saint Denis , page 28 .
dixième
928 MERCURE DE FRANCE
dixiéme siecle, un Evêque de Lindisfarne
en Angleterre , portoit le nom d'Aldun
( Tom. 4. Annal. Bened. pag. 96. ) Dira-
t'on à cause de ces trois exemples , que
Dun signifie un homme ? Et parce que
voilà trois personnes de l'antiquité qui
l'ont eu dans leur nom , seroit-on bien
venu à dire que ce n'étoit pas un nom
de chose ? On feroit très-mal fondé à
tirer cette conclusior . Bucanan m'a pa-
ru aussi très-formel dans son Histoire
d'Ecosse , en faveur de mon interpreta-
tation. Au feüillet 5. de l'Edition de
1583. il dit : Secat regionemfluvius unus
qui memoratu sit dignus Carron , juxta
quem aliquot vetusta funt monumenta. Ad
lavam Carrontis duo terreni funt tumuli ha
minum operâ ( ut res indicat ) adificati ;
vulgo Duni pacis appellari. Voilà des émi-
nences de Terre , qu'en Ecosse on apelle
Duns-Bei , pour dire Montagne de paix.
Il dit plus bas , cujus pacis monumentum
bi colles effent , quod illic terminum fue
ditionis Romani statuissent. Si Bucanan
peut faire foy pour le Celtique qui avoit
pénétréjusques dans l'Ecosse , le Pere Lo-
bineau peut être écouté pour ce qui est
du Celtique des Gaules. Ce Sçavant His-
torien de Bretagne , pag 6. de la Préface
de ces preuves , nous insinue à la verité
qu'en
MAY.
1737.
929
qu'en Breton , Dordon signifie eau pro-
fonde ; mais aussi-tôt il ajoûte que
che
Uche
et Dun marquent aussi en Breton des
hauts lieux , des éminences. Je tiens
(comme vous voyez ) la promesse que
jai faite à M. Maillart de ramasser tous
les témoignages qui se présenteroient
pour fortifier l'ancien sentiment. Nous
verrons quelles observations Dom Du-
Plessis fera sur tout cela dans l'Histoire
de votre Diocése. Je suis , & c.
A Paris le 10. Février 1737.
d'Auxerre, à M. Clerot, Avocat au
Parlement de Roüen.
Il me paroît, Monsieur, par les lettres
que vous avez écrites depuis un an à
M. D. L. R. que vous vous êtes apliqué à
l'Histoire de Rouen et des environs, et que
vous en sçavez parfaitement les Anti-
quités. Le trait que vous venez de nous
donner de St Romain , votre Evêque (a)
m'a fait songer à vous communiquer
une découverte que j'ai faite par hazard
ces jours derniers. Je cherchois dans un
Pays fort éloigné d'ici , et même hors du
Royaume , ( b ) un monument que je
(a ) Mercure de Décembre 1736..
(b) A P'.bbaye de Saint-Gal en Suisse?
croyois
MAY.
$737.
917
croyois pouvoir donner dans mon Histoi-
re d'Auxerre, sur le jugement qu'en avoit
porté l'Auteur de l'Histoire literaire
de la France , Tome 2. p. 261. J'ai été frus-
tré de mon esperance ; il s'est trouvé que
ce Manuscrit dont on a donné communi-
cation fortvolontiers , est un monument
qui ne peut convenir qu'à l'Histoire de
Rouen , ou à l'Histoire Litteraire des
Gaules , ou bien dans un Recuëil tel
que la Bibliotheque des Pères et autres
Auteurs Ecclesiastiques. Je vous apten-
drai ce que c'est avec bien du plaisir.
C'est un Ouvrage de S. Victrice , votre
Evêque. S. Victrice de Rouen , parmi
les Auteurs Ecclesiastiques , est une es-
pece de Phénomene Litteraire. On sça-
voit seulement qu'il avoit écrit quelques
Lettres à S. Paulin de Nole , mais ces
Lettres étoient perduës. L'Ouvrage done
je veux vous parler est beaucoup plus
qu'une Lettre: c'est un Traité qu'il com-
posa à la louange des Saints dont il re
gur des Reliques , qui lui furent en-
voyées d'Italie , et dont plusieurs étoient
venuës de plus loin . Il porte la parole à ces
Saints presque d'un bout à l'autre.
Il nous aprend dans cet Ouvrage qu'il
étoit dans la Grande-Bretagne , dont les
Evêques l'avoient apellé, pour les aider
dans
918 MERCURE DE FRANCE
dans leur Ministere , ( a ) lorsque le Por
teur de ces Reliques , nommé Elien ,
étoit en chemin pour Roüen ; que ce
Porteur ne l'ayant point trouvé dans sa
Ville Episcopale , prit la route de la
Grande Bretagne , dans laquelle il le
rencontra à quarante mille seulement du
lieu d'où il venoit , ou du Port où il
avoit débarqué. Ensorte , dit - il , que les
Reliques vinrent deux fois dans la Ville
de Rouen. Les apostrophes en forme d'ac-
tions de graces , qu'il fait à saint Am-
broise , alors vivant, à un Evêque nom-
mé Théodule , à un autre nommé Eus-
et à d'autres , indiquent de
tathius , et à d'autres
quelles Eglises d'Italie lui venoient ces
précieux restes. Vous trouverez les noms
de ces Evêques à la fin de la Lettre du
Concile de Milan de l'an 390. contre
Jovinien et ses Adhérans. T. 2. Concil.
Labb. Col. 1027. Ces Reliques étoient
de S. Jean- Baptiste , S. Jean l'Evange
liste , S. André , S. Thomas , S. Luc ;
S. Gervais , S. Protais ,
et S. Nazaire , de
( a ) Usserius , ni Harpsfeldius , ni Alfordus ,
Historiens modernes de l'Eglise d'Angleterre, n'ont
point connu ce fait. Gildas ,
et depuis lui Bede
marquent que l'Arianisme trouva des fauteurs
dans la Grande Bretagne , et Usserius croit que
cefut vers l'an 3·80,
Milan :
MAY.
1737.
919
Milar : (a) S. Agricole et S. Procule de
Boulogne; Ste Euphemie, de Calcedoine;
S. Antonin , de Plaisance ; Ss . Saturnin
et Trajan , de Macedoine ; Ss. Mutius
Alexandre , Datysus ou Dathus , Cyn-
dée ou Chyndée , Ste Kogate, Ste Léoni-
de , Ste Anastasie , et Ste Anatocle. ( b )
Il paroît par ses expressions que ce n'é-
toient point des Ossemens de ces Saints ,
au moins quart à la plûpart , mais seu-
lement du Sang , ou de la terre détrem-
pée de leur Sang. Aussi S. Victrice s'é-
tend-il beaucoup à prouver que ce peu
équivaloit en vertu au Corps entier ,
puisqu'on ne peut pas partager le mérite
des Saints , que le Sang est le comple-
ment et la perfection de tous les mem-
bres , et que ces Reliques , toutes mo
diques qu'elles paroissent , sont enam-
mées d'une ardeur divine , qui les ren-
dent aussi puissantes en petite portion
que dans une plus grande. Quoiqu'il
qualifie cet amas de Reliques du nom
( a ) S. Paulin fit mettre sous l'Autel de l'E-
glise de S. Felix de Nole des Reliques des princi-
paux de tous ces Saints , ainsi qu'il paroit par son
Poëme 24. Vers 406. et suivans.
( b ) S. Victrice raporte , sur la fin de son Ou-
vrage , quelques actions de ces Saintes , peu con
ques d'ailleurs.
de
920 MERCURE DE FRANCE
de Troupe de Saints , par raport au nom-
bre dont il y en avoir , le Vase qui les
contenoit n'étoit cependant tout au plus
qu'une espece de Reliquaire portatif que
les Anciens apelloient Philactere , et qu'ils
attachoient au col . Mais l'Ecrit de S Vic-
trice prouve que dès lors on faisoit des
réjouissances pour ces sortes de recep-
zions. Il fait à cette occasion une des-
cription du Peuple de sa Ville , dans la
quelle il s'étend beaucoup sur l'état des
Vierges et des Veuves , afin de donner
par là des preuves de son unité de senti-
mens avec les Eglises d'Italie , qui avoient
condamné nouvellement Jovinien enne-
mi de l'état de Virginité.
Il y fait aussi une longue profession de
foy sur le Mystere de la Trinité , prin
cipalement sur la Divinité de J. C. qui
étoit aparemment combattue alors dans
les Gaules par quelques Ariens , depuis
la liberté que l'Empereur Gratien avoit
donnée en 378.
La 370. Lettre de Saint Paulin de No-
le , qui est adressée à ce même Saint
Victrice , paroît y'avoir raport. Ce que
j'ai encore bien remarqué , c'est qu'il sem
ble que Saint Paulin cût reçû de Vic-
trice un exemplaire de cet Ouvrage , par
la maniere dont il lui parle dans sa pre-
miere
M A Y.
1737.
921
miere Lettre qui est la 18c.) sur la nou-
velle face qu'avoit reprise la Ville de
Rouen sous son Gouvernement (num.s )
il le félicite sur ce qu'une Ville si éloi-
gnée , étoit enrichie de tant de Mémoires
de Saints Apôtres , qui sembloient de-
meurer avec lui pour cooperer à ses tra-
vaux , et être honorés par son Clergé et
son Peuple. Par le moyen de l'Ouvrage
de Saint Victrice , cet endroit de Saint
Paulin qui étoit assés obscur en lui - mê-
me , reçoit une certaine clarté qui fait
honneur à la Ville de Rouen . L'état des
Vierges et des Veuves y est dépeint avec
les mêmes couleurs que dans l'Ecrit de
Saint Victrice.
C'est à vous , Monsieur , à m'apren
dre maintenant s'il y eut dès le quatrié
me siecle à Rouen , une Eglise dédiée
sous l'Invocation de quelques Saints de
Milan ; car Saint Victrice dir que les fon-
demens des Bâtimens étoient déja jettés,
qu'il falloit maintenant ériger les Aurels.
Je ne sçaurois entendre à la lettre le
passage d'Orderic , qui dit que Saint Mel-
lon , votre premier Evêque avoit été in-
humé in Crypta Basilica S. Gervasii. Il
veut dire aparemment dans une Crypte
sur laquelle fut bâtie depuis l'Eglise de
Saint Gervais. Son témoignage prouve
assés
922 MERCURE DE FRANCE
assés que l'Eglise de Saint Gervais , qui
est aux Fauxbourg Occidental de votre
Ville , passoit de son temps pour être
très anciene. Le titre d'Abbaye qu'elle
avoit au XIe. siecle , la belle Crypte
qu'on y voit,sont autant d'indices de son
antiquité. Je croirois volontiers que ç'au-
roit été là que Saint Victrice déposa les
Reliques qu'on lui aporta de Milan , et
que ce fut la premiere Eglise Cimeteriale
du Clergé de Rouen. Vous pouvez re-
former mes conjectures , si elles font
fausses. Je ne suis jamais descendu dans la
Crypte de Saint Gervais , pour juger du
temps de son édifice.
Ce furent sans doute , les fruits que
Saint Victrice fit dans le temps qu'il
passa sur les côtes , qu'on apelle aujour-
d'hui le Pontieu et le Boulenois, qui en-
gagerent les Evêques de la Grande Breta-
gne à l'apeller dans leur Isle. Si la re-
marque de Scaliger sur le mot de Nervi-
ci litioris , au lieu duquel il voudroit qu'on
lût Ebruicani littoris , étoit mieux apuyée,
il sembleroit que ce seroit aux environs
d'York que Saint Victrice auroit été
évangeliser.
Si le Public souhaite que l'opuscule de
votre S.Evêque paroisse en entier, il fera
facile de le donner avec quelques notes.
11
MAY.
1737
923
Test tiré d'un Manuscrit de mille ans ,suc
lequel un Auteur de sept ou huit cent
ans a voulu faire des remarques qui sont
souvent fausses . J'oublicis de vous dire
que S. Victrice se nomme lui- même dans
ce petit Ouvrage. On y verra avec satis-
faction une nouvelle preuve de l'anti-
quité des pratiques de l'Eglise Catholi-
que , exprimées dans le langage du qua-
triéme siecle. Je ne sçai si ce Traité ne
seroit point celui de Laude generali om-
nium Maryrum , que Gennade a attribué
à Saint Paulin , et lequel ne se retrouve
plus. Le Copiste du Manuscrit de mille
ans avoit cru que cet Ouvrage de Vic-
trice , étoit de Saint Ambroise , et lui
avoit donné mal à propos ce titre , Inci-
pit Liber ejusdem ( Ambrosii ) de Laude
Sanctorum.
Les Historiens de votre premier Evê-
que Saint Mellon , le font Breton de nais-
sance , et quelques Auteurs comme Pos-
sevin lui attribuent des Homelies . J'a-
prehende qu'il n'y ait un peu de confu-
sion , au moins quant au dernier chef ,
et que les prétendues Homelies de Saint
Mellon ou Mellaine de la Grande Bre-
tagne , ne soient le Traité de Saint Vic-
trice , qui est assés en style de discours
public. On a cru jusqu'ici que Saint Vie-
trice
924 MERCURE DE FRANCE
trice étoit né ou dans l'Artois ou dans
Le Pays Boulenois ; mais l'endroit de la
18e. Epitre de Saint Paulin , sur lequel
uniquement cela est fondé , peut prouver
également , et même encore mieux , que
c'étoit dans la Grande Bretagne qu'il
avoit pris naissance. Te in lucem populi
sui de extimo , ou extremo orbis eduxit Do-
minus. En ce cas Saint Victrice dut natu-
rellement être porté à ſecourir sa Patrie.
Je vous suis très- obligé,M.du petit mot
que vous avez marqué dans votre Dis-
sertation par raport à mon sentiment sur
la signification du mot Dunum. Je trou-
ve encore de temps en temps ( sans les
chercher ) des exemples de Lieux situés
sur des Montagnes ou à mi- côte , ou au
bas de quelque Montagne considérable
dont le nom latin se termine par ce cé-
lebre mot , dont la signification m'avoit
été contestée par le R. P. du Plessis . Une
personne qui a vu le Village de Senuc
au Diocèse de Rheims , où fut marty-
rifé Saint Oricle , par les Vandales du
cinquième siecle , m'a assuré que ce Vil-
lage nommé en latin Sindunum , est à
mi-côte sur une Montagne. C'est un Lieu
fameux dans l'Histoire de l'Abbaye de
Saint Kemi de Rheims. Staonne qui est
au même Diocese dans le Pays Rethelois,
se
"
MAY.
1737.
925
se dit en latin Stadonum ou Stadunum.
Le P. Mabillon nous fait en deux mots
dans sa Diplomatique la Discription de
sa situation , in edito colle , dit -il , dua-
bus à Mosomago leugis LeVillage de Bran
don au Diocèse de Mâcon est fort connu
par les Titres de l'Abbaye de Cluny , dont
il est peu éloigné. Ces Titres latins du
Monastere qui sont du onzième et dou-
ziéme siecle , l'apellent Brancidunum et
Brancedunum
:
la Montagne auprès de
laquelle il est situé , est si considéra-
ble qu'elle est même figurée dans quel-
ques Cartes. Dun au Diocèse de Rheims
est dans le même cas. Le Prieuré
nommé Artun ou Artas , est situé sur
une hauteur à quelques lieuës de Lyon ;
Aussi les Titres de Cluny que l'on peut
voir cités dans le P. Mabillon ,T. 4. An-
nal. pag. 104. l'apellent ils Artedunum.
A Saverdun au Comté de Foix , il y a la
haute et la basse Ville , ce qui supose une
Montagne. L'Histoire des Evêques du
Mans , recueillie au neuviéme siecle ou
environ , fiit souvent mention d'un Lieu
qu'elle apelle Baladon ou Baladun . Or je
sçais par une personne qui a passé dans ce
Bourg du Pays du Maine , qu'il est situé
sur une Montagne ronde , seule et isolée
comme la Ville de Laon. Le Château est
ац
926 MERCURE DE FRANCE
au sommet,et l'on voit de là tous les Pays
voisins en rond. On l'apelle aujourd'hui
Bâlon . Une Montagne que D. Duplessis
peut voir de sa fenêtre , est celle de Meu-
don. Le Village est à la verité dans le
bas de cette Montagne comme à Bran-
don , et en d'autres Endroits; mais cela ne
change point le fond de la chose : les Châ-
teaux Seigneuriaux par où ces Villages
ont commencé étoient en haut. Or je
suis persuadé que le vrai nom Latin de
cette Montagne est Modunum ou Moldy--
"num. J'en tire la preuve du Pouiller de
l'Evêché de Paris , écrit au commence-
ment du treiziéme siecle , dont voici le
contenu au feuillet 4. Ecclesiæ pertinentes
ad donationem Episcopi in Decanatu Cas-
tri-Fortis. Ecclesia de Issiaco , Ecclesia de
Modun , Ecclesia de Seva , Ecclesia de
Columbis , Ecclesia de Rodolio. Quoique
nous prononcions aujourd'hui Meudon ,
il n'en est pas moins veritable , qu'au
treiziéme siecle et auparavant on pronon-
çoit Modun. Je n'omettrai point de vous
parler du célebre Monastere de Redon
en Bretagne Les Montagnes auprès des-
quelles il est, valent bien celle de Meudon .
Un ancien Auteur dont l'Ouvrage se lit
au second Tome du quatriéme siecle Be-
nedictin , pag. 189. Pa dit situé juxia
sinung
dun ,
MAY.
1737.
927
sinum duorum fluminum , montibus proce
ritate fua polo vicinus : et fondé in verti-
ce Bellimontis : Et à la page 210. il dit
At ubi de cacumine montis descenderunt qui
Monasterio imminet. Cette Description
représente ce Lieu ,comme si on le voyoit.
Les Rochers très-élevés que l'Historien
de la Vie de Saint Martin , dit être au-
dessus de Marmoutiers , proche Tours,
suffisent par la même raison , pour avoir
fait donner à cette Ville le nom de Ca
sarodunum.
Si l'argument que D. Duplessis a tiré
de votre Ruisseau du Pays de Caux eût
valu quelque chose , et qu'on eût peu di-
re qu'une preuve que Dun ne signifioit
pas Montagne chés les Celtes , c'est que
ce nom se trouve donné à une eau cou-
lante , on eut pû dire également qu'il
ne signifie ni Vallée ni Montagne , puis-
qu'on trouve des noms d'hommes qui
finissoient également par Dunus. J'en
aperçois dans les mêmes Pays , où Dun
étoit employé pour signifier une Mon-
tagne. A Arles ou à Aix il y eut un Evê-
que apellé Chadunau septiéme siecle.
En Espagne un Capitaine de Tortose
au neuviéme siecle , se nommoit Abai-
( Duchêne Tom. 2. pag. 292. ) Au
Hist. de l'Abbaye Saint Denis , page 28.
E
dixième
924 MERCURE DE FRANCE
trice étoit né ou dans l'Artois ou dans
Le Pays Boulenois ; mais l'endroit de la
18e. Epitre de Saint Paulin , sur lequel
uniquement cela est fondé , peut prouver
également , et même encore mieux , que
c'étoit dans la Grande Bretagne qu'il
avoit pris naissance. Te in lucem populi
sui de extimo , ou extremo orbis eduxit Do-
minus. En ce cas Saint Victrice dut natu-
rellement être porté à ſecourir sa Patrie.
Je vous suis très- obligé, M.du petit mot
que vous avez marqué dans votre Dis-
sertation par raport à mon sentiment sur
la signification du mot Dunum. Je trou
ve encore de temps en temps ( sans les
chercher ) des exemples de Lieux situés
sur des Montagnes ou à mi- côte , ou au
bas de quelque Montagne considérable
dont le nom latin se termine par ce cé-
lebre mot , dont la signification m'avoit
été contestée par le R. P. du Plessis . Une
personne qui a vu le Village de Senuc
au Diocèse de Rheims , où fut marty-
rifé Saint Oricle , par les Vandales du
cinquième siecle , m'a assuré que ce Vil-
lage nommé en latin Sindunum , est à
mi-côte sur une Montagne. C'est un Lieu
fameux dans l'Histoire de l'Abbaye de
Saint Kemi de Rheims. Staonne qui est
au même Diocèse dans le Pays Rethelois,
se
་
MAY.
1737.
925
se dit en latin Stadonum ou Stadunum.
Le P. Mabillon nous fait en deux mots
dans sa Diplomatique la Discription de
sa situation , in edito colle , dit-il , dua-
bus à Masomago lengis LeVillage de Bran-
don au Diocèse de Mâcon est fort connu
par les Titres de l'Abbaye de Cluny , dont
il est peu éloigné. Ces Titres latins du
Monastere qui sont du onzième et dou-
ziéme siecle , l'apellent Brancidunum et
Brancedunum la Montagne auprès de
laquelle il est situé , est si considéra-
ble qu'elle est même figurée dans quel-
ques Cartes. Dun au Diocèse de Rheims
est dans le même cas, Le Prieuré
nommé Artun ou Artas , est situé sur
une hauteur à quelques lieuës de Lyon ;
Aussi les Titres de Cluny que l'on peut
voir cités dans le P. Mabillon ,T. 4. An-
nal. pag. 104. l'apellent ils Artedunum.
A Saverdun au Comté de Foix , il y a la
haute et la basse Ville, ce qui supose une
Montagne. L'Histoire des Evêques du
Mans , recueillie au neuviéme siecle ou
environ ,fiitsouvent mention d'un Lieu
qu'elle apelle Baladon ou Baladun. Or je
sçais par une personne qui a passé dans ce
Bourg du Pays du Maine , qu'il est situé
sur une Montagne ronde , seule et isolée
comme la Ville de Laon. Le Château est
au
926 MERCURE DE FRANCE
au sommet,et l'on voit de là tous les Pays
voisins en rond. On l'apelle aujourd'hui
Bâlon . Une Montagne que D. Duplessis
peut voir de sa fenêtre , est celle de Meu-
don. Le Village est à la verité dans le
bas de cette Montagne comme à Bran-
don , et en d'autres Endroits ; mais cela ne
change point le fond de la chose : les Châ-
teaux Seigneuriaux par où ces Villages
ont commencé étoient en haut. Or je
suis persuadé que le vrai nom Latin de
cette Montagne est Modunum ou Moldy--
"num. J'en tire la preuve du Pouiller de
l'Evêché de Paris , écrit au commence-
ment du treiziéme siecle , dont voici le
contenu au feuillet 4. Ecclesiæ pertinentes
ad donationem Episcopi in Decanatu Cas-
tri-Fortis. Ecclesia de Issiaco , Ecclesia de
Modun , Ecclesia de Seva , Ecclesia de
Columbis , Ecclesia de Rodolio. Quoique
nous prononcions aujourd'hui Meudon ,
il n'en est pas moins veritable , qu'au
treiziéme siecle et auparavant on pronon-
çoit Modun. Je n'omettrai point de vous
parler du célebre Monastere de Redon
en Bretagne : Les Montagnes auprès des-
quelles il est,valent bien celle de Meudon .
Un ancien Auteur dont l'Ouvrage se lit
au second Tome du quatriéme siecle Be
nedictin , pag. 189. l'a dit situé juxia
sinung
"
MAY.
1737.
927
sinum duorum fluminum , montibus proce
ritatefua polo vicinus : et fondé in verti-
ce Bellimontis : Et à la page 210. il dit ,
At ubi de cacumine montis descenderunt qui
Monasterio imminet. Cette Description
représente ce Lieu ,comme si on le voyoit.
Les Rochers très -élevés que l'Historien
de la Vie de Saint Martin , dit être au-
3
dessus de Marmoutiers , proche Tours,
suffisent par la même raison , pour avoir
fait donner à cette Ville le nom de Ca
sarodunum.
Si l'argument que D. Duplessis a tiré
de votre Ruisseau du Pays de Caux eût
valu quelque chose , et qu'on eût peu di-
re qu'une preuve que Dun ne signifioit
pas Montagne chés les Celtes , c'est que
ce nom se trouve donné à une eau cou-
lante , on eut pû dire également qu'il
ne signifie ni Vallée ni Montagne , puis-
qu'on trouve des noms d'hommes qui
finissoient également par Dunus. J'en
aperçois dans les mêmes Pays , où Dun
étoit employé pour signifier une Mon-
tagne. A Arles ou à Aix il y eut un Evê-
que apellé Chadunau septième siecle.
En Espagne un Capitaine de Tortose
E
•
au neuviéme siecle , se nommoit Abai-
dun , ( Duchêne Tom. 2. pag. 292, ) Au
* Hist. de l'Abbaye Saint Denis , page 28 .
dixième
928 MERCURE DE FRANCE
dixiéme siecle, un Evêque de Lindisfarne
en Angleterre , portoit le nom d'Aldun
( Tom. 4. Annal. Bened. pag. 96. ) Dira-
t'on à cause de ces trois exemples , que
Dun signifie un homme ? Et parce que
voilà trois personnes de l'antiquité qui
l'ont eu dans leur nom , seroit-on bien
venu à dire que ce n'étoit pas un nom
de chose ? On feroit très-mal fondé à
tirer cette conclusior . Bucanan m'a pa-
ru aussi très-formel dans son Histoire
d'Ecosse , en faveur de mon interpreta-
tation. Au feüillet 5. de l'Edition de
1583. il dit : Secat regionemfluvius unus
qui memoratu sit dignus Carron , juxta
quem aliquot vetusta funt monumenta. Ad
lavam Carrontis duo terreni funt tumuli ha
minum operâ ( ut res indicat ) adificati ;
vulgo Duni pacis appellari. Voilà des émi-
nences de Terre , qu'en Ecosse on apelle
Duns-Bei , pour dire Montagne de paix.
Il dit plus bas , cujus pacis monumentum
bi colles effent , quod illic terminum fue
ditionis Romani statuissent. Si Bucanan
peut faire foy pour le Celtique qui avoit
pénétréjusques dans l'Ecosse , le Pere Lo-
bineau peut être écouté pour ce qui est
du Celtique des Gaules. Ce Sçavant His-
torien de Bretagne , pag 6. de la Préface
de ces preuves , nous insinue à la verité
qu'en
MAY.
1737.
929
qu'en Breton , Dordon signifie eau pro-
fonde ; mais aussi-tôt il ajoûte que
che
Uche
et Dun marquent aussi en Breton des
hauts lieux , des éminences. Je tiens
(comme vous voyez ) la promesse que
jai faite à M. Maillart de ramasser tous
les témoignages qui se présenteroient
pour fortifier l'ancien sentiment. Nous
verrons quelles observations Dom Du-
Plessis fera sur tout cela dans l'Histoire
de votre Diocése. Je suis , & c.
A Paris le 10. Février 1737.
Fermer
2777
p. 996
DISCOURS prononcé à l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture le 4. May par M. Lépicié, Graveur ordinaire du Roy, après avoir prêté le Serment ordinaire pour la place de Secretaire et Historiographe de cette Académie, vacante par la mort de M. de Saint Gelais.
Début :
SI le zele tenoit lieu de capacité, je recevrois, Messieurs, avec une joye sans égale l'honneur [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISCOURS prononcé à l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture le 4. May par M. Lépicié, Graveur ordinaire du Roy, après avoir prêté le Serment ordinaire pour la place de Secretaire et Historiographe de cette Académie, vacante par la mort de M. de Saint Gelais.
DISCOURS prononcé à l'Académie
Royale de Peinture et de Sculpture
le 4. May par M. Lépicié, Graveur
ordinaire du Roy, après avoir prêté
le Serment ordinaire pour la place de
Secretaire et Historiographe de cette
Académie, vacante par la mort de
M. de Saint Gelais.
SI le zele tenoit lieu de capacité, je recevrois,
Messieurs, avec une joye sans égale l'honneur
que vous me faites aujourd'hui , mais puisque
l'inexperience est la source des fautes , fose attendre
que vous mettrez le comble à vos bontés , en m'ai-
dant de vos lumieres et de vos conseils , mon Pré-
decesseur étoit un homme consommé dans les affai-
ves , illustrépar les differens Emplois dont le Minis-
tere l'avoit honoré , et qui n'avoit pas crû mieux
finir sa carriere , qu'en devenant votre Secretaire
et votre Historiographe. Heureux , Messieurs , sije
puis remplir avec succès la double place que vous
me confiez , et plus heureux encore si mon travail
et mon exactitude peuvent m'acquerir l'unanimité
de votre estime !
Royale de Peinture et de Sculpture
le 4. May par M. Lépicié, Graveur
ordinaire du Roy, après avoir prêté
le Serment ordinaire pour la place de
Secretaire et Historiographe de cette
Académie, vacante par la mort de
M. de Saint Gelais.
SI le zele tenoit lieu de capacité, je recevrois,
Messieurs, avec une joye sans égale l'honneur
que vous me faites aujourd'hui , mais puisque
l'inexperience est la source des fautes , fose attendre
que vous mettrez le comble à vos bontés , en m'ai-
dant de vos lumieres et de vos conseils , mon Pré-
decesseur étoit un homme consommé dans les affai-
ves , illustrépar les differens Emplois dont le Minis-
tere l'avoit honoré , et qui n'avoit pas crû mieux
finir sa carriere , qu'en devenant votre Secretaire
et votre Historiographe. Heureux , Messieurs , sije
puis remplir avec succès la double place que vous
me confiez , et plus heureux encore si mon travail
et mon exactitude peuvent m'acquerir l'unanimité
de votre estime !
Fermer
2778
p. 1027-1030
DISCOURS prononcé par M. Toustain de Viray, Avocat Général de Lorraine, au sujet de l'Enregistrement des Lettres Patentes en forme d'Edit du Roy de Pologne, pour la Prise de Possession des Duchés de Lorraine et de Bar.
Début :
Mrs, Plus les Décrets de la Providence sont impénetrables, plus ils exigent nos adorations. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISCOURS prononcé par M. Toustain de Viray, Avocat Général de Lorraine, au sujet de l'Enregistrement des Lettres Patentes en forme d'Edit du Roy de Pologne, pour la Prise de Possession des Duchés de Lorraine et de Bar.
DISCOURS prononcé par M. Toustain
de Viray, Avocat Général de
Lorraine, au sujet de l'Enregistrement
des Lettres Patentes en forme
d'Edit du Roy de Pologne, pour la
Prise de Possession des Duchés de Lorraine
et de Bar.
Mrs, Plus les Décrets de la Providence sont
impénetrables, plus ils exigent nos adorations.
Cette profondeur de Conseil que la sagesse
humaine ne peut fonder , et ces dénouëmens sur-
prenans , amenés par des voyes qui en paroifoient
si éloignées , portent le caractere des effets d'une
intelligence suprême , qui n'a pas besoin d'être
justifiée par les acquiescemens de notre foible rai-
son ,
et qui veut néanmoins étre honorée par la
soumission de nos cœurs.
Tel est le grand Evenement qui nous assemble
en cejour , plus vrai que vrai-semblable , qui apor-
te un changement si notable dans l'ordre le plus
immuable des choses humaines ! Respectons ces mys-›
teres , c'est l'hommage dû par notre esprit , à ce
qui lui est superieur , et celui de notre volonté , n'en
sera pas pour cela un mouvement aveugle ; notre
obéissance est éclairée par notre Religion .
C'est à
elle seule qu'il apartient de dissiper les allarmes dè no-
trefidelité étonnée, en la fixant à son veritable objét,
par des réflexions toujours solides et consolantes. Il
est écrit que toute Puissance vient de Dieu , il est
le seul Dispensateur legitime des Couronnes , toute
I iij.
leu
*1028 MERCURE DE FRANCE
leur splendeur n'est qu'un rayon emprunté de sa
Gloire , et ces titres augustes de Majestés humai-
nes seroient autant de blasphêmes , si ceux à qui
`on les attribuë , n'avoient reçu de Dieu le carac
tere sacré, par lequel il se fait représenter sur la
Terre.
C'est à lui seul que se raportent tous les hon-
neurs que nous leurs déférons , et les tributs que
nous portons à leurs pieds, sont autant de sacrifices
qu'on lui immole
en sorte , que dans le plus juste
aspect de notre obéissance
cette nouveauté même
n'est pas pour elle une vicissitude ,
et nous ne de-
vons la considerer que comme une nouvelle déco-
ration qu'il lui plait de donner à son image.
Ce n'est pas que nous veuillions dissimuler , en-
core moins condamner le trouble de notre situation .
On ne se déprend pas sans agitation de ses plus
douces habitudes. Les liens qui tenoient notre
cœur attaché , ont ils pû être brisés sans s'émou-
voir ? et le moyen qu'après une telle révolution
dans le Chef , les Membres soient exempts de criser
Lafidelité ,
cette vertu propre de notre Patrie ,
ce précieux heritage de nos Peres , qui tant defois
les a dépouillés de tout autre heritage , est une de
ces vertus tendres , délicates et scrupuleuses , qui
s'allarmant aisément , et à laquelle conviennent
si bien les reserves ,
>
les saisissemens et les bien-
séantes frayeurs , semblable à la pudeur , dont les
innocentes répugnances envers l'objet même legiti-
me etcheri , n'ont d'autre effet que d'attirer d'au-
tant plus la confiance et l'estime.
Ne rougissons point defaire cet aveu au Prince
Magnanime , sous la domination duquel nous pas,
sons , c'est le gage le plus sûr que nous puissions
lui présenter de l'attachement inviolable que nous
lui voñons dès ce moment, Il est autant de son
interêt
MAY.
1737.
1029
interêt que du nôtre , que nous lui mettions à dém
couvert cet interieur qui vient d'être ulceré, pour
luifaire connoître à fonds la qualité et le prix de
son acquisition pour luifaire voir
que
Les bontés
qu'il nous prépare, ne tomberont point sur une ter-
re ingrate , et sans fruit qui soit à négliger , pour
exposer à sa vûë ce germe de tendresse, de zele , et
de reconnoissance , qui a jetté dans son sein de si
profondes racines , digne production des graces dont
elle a été habituellement arrosée , et des largesses
dont elle est cultivée depuis tant de siecles.
Peuples , bénissez le Seigneur , de ce qu'il afait
pour vous,ce qu'il nefait pas pour toutes les Nations,
en vous donnant des Princes si dignes et si propres à
le representer dans sa clemence , et dans ses bien-
faits ; mais ne lui rendez pas de moindres actions
de graces de ce qu'en retirant de nous cette Famille
vraiment Royale , il n'a pas retiré ses bontés.
C'est dans sa méme misericorde qu'il vous en-
voye aujourd'hui un Roy qu'il a formé selon son
cœur , et pour la possession duquel il vous préfere
même à sa Patrie , Prince de qui la renommée
publie toutes les qualités capables d'honorer le
Diademe , d'accrediter la Religion , de concilier
l'admiration , l'amour , et la gratitude , tout ce
qui rendroit un Particulier respectable , élevé par
la scule vertu à la dignité Royale , sans être re-
devable de rien à la fortune ; à qui la probité est
plus précieuse que le Sceptre , à qui le Paganisme
auroit dréssé des Autels , Prince que le Ciel sem-
ble avoir specialement instruit du bon usage de ses
faveurs , en le dressant à l'humanité , et à la com-
passion dans l'Ecole de ses salutaires adversités.
Remarquez ses premieres expressions , c'est un
langage paternel , voyez cette complaisance qu'il
mise à s'imposer lui-même une sorte de res
I iiij
peot
1030 MERCURE DE FRANCE
pect pour les traces, et les établissemens des Regnes
précedens , qui ont fait nos plus grands.délices.
Considerez ses Ministres , par lesquels il se fait
devancer , Ministres de sa sagesse , de sa douceur,
et de sa modération.
Livrez- vous done , Peuples , livrez- vous à la
joye , que cette Capitale retentisse des cris de votre
allegresse , et de vos empressemens à posseder dans
son enceinte ce présent des Cieux , qu'il vive , que
·la durée de ses jours se mésure sur l'étenduë de sa
réputation, et que leur nombre soit comptépar celui
de ses vertus , qu'il regne pour le triomphe de la
Religion, et pour notre felicité , qu'il soit placédans
vos cœurs ; c'est le Trône ordinaire de vos Mai-
-tres.
C'est dans ces sentimens que Nous requerons
L'Enregistrement des Lettres Patentes en forme
d'Edit,
&c.
de Viray, Avocat Général de
Lorraine, au sujet de l'Enregistrement
des Lettres Patentes en forme
d'Edit du Roy de Pologne, pour la
Prise de Possession des Duchés de Lorraine
et de Bar.
Mrs, Plus les Décrets de la Providence sont
impénetrables, plus ils exigent nos adorations.
Cette profondeur de Conseil que la sagesse
humaine ne peut fonder , et ces dénouëmens sur-
prenans , amenés par des voyes qui en paroifoient
si éloignées , portent le caractere des effets d'une
intelligence suprême , qui n'a pas besoin d'être
justifiée par les acquiescemens de notre foible rai-
son ,
et qui veut néanmoins étre honorée par la
soumission de nos cœurs.
Tel est le grand Evenement qui nous assemble
en cejour , plus vrai que vrai-semblable , qui apor-
te un changement si notable dans l'ordre le plus
immuable des choses humaines ! Respectons ces mys-›
teres , c'est l'hommage dû par notre esprit , à ce
qui lui est superieur , et celui de notre volonté , n'en
sera pas pour cela un mouvement aveugle ; notre
obéissance est éclairée par notre Religion .
C'est à
elle seule qu'il apartient de dissiper les allarmes dè no-
trefidelité étonnée, en la fixant à son veritable objét,
par des réflexions toujours solides et consolantes. Il
est écrit que toute Puissance vient de Dieu , il est
le seul Dispensateur legitime des Couronnes , toute
I iij.
leu
*1028 MERCURE DE FRANCE
leur splendeur n'est qu'un rayon emprunté de sa
Gloire , et ces titres augustes de Majestés humai-
nes seroient autant de blasphêmes , si ceux à qui
`on les attribuë , n'avoient reçu de Dieu le carac
tere sacré, par lequel il se fait représenter sur la
Terre.
C'est à lui seul que se raportent tous les hon-
neurs que nous leurs déférons , et les tributs que
nous portons à leurs pieds, sont autant de sacrifices
qu'on lui immole
en sorte , que dans le plus juste
aspect de notre obéissance
cette nouveauté même
n'est pas pour elle une vicissitude ,
et nous ne de-
vons la considerer que comme une nouvelle déco-
ration qu'il lui plait de donner à son image.
Ce n'est pas que nous veuillions dissimuler , en-
core moins condamner le trouble de notre situation .
On ne se déprend pas sans agitation de ses plus
douces habitudes. Les liens qui tenoient notre
cœur attaché , ont ils pû être brisés sans s'émou-
voir ? et le moyen qu'après une telle révolution
dans le Chef , les Membres soient exempts de criser
Lafidelité ,
cette vertu propre de notre Patrie ,
ce précieux heritage de nos Peres , qui tant defois
les a dépouillés de tout autre heritage , est une de
ces vertus tendres , délicates et scrupuleuses , qui
s'allarmant aisément , et à laquelle conviennent
si bien les reserves ,
>
les saisissemens et les bien-
séantes frayeurs , semblable à la pudeur , dont les
innocentes répugnances envers l'objet même legiti-
me etcheri , n'ont d'autre effet que d'attirer d'au-
tant plus la confiance et l'estime.
Ne rougissons point defaire cet aveu au Prince
Magnanime , sous la domination duquel nous pas,
sons , c'est le gage le plus sûr que nous puissions
lui présenter de l'attachement inviolable que nous
lui voñons dès ce moment, Il est autant de son
interêt
MAY.
1737.
1029
interêt que du nôtre , que nous lui mettions à dém
couvert cet interieur qui vient d'être ulceré, pour
luifaire connoître à fonds la qualité et le prix de
son acquisition pour luifaire voir
que
Les bontés
qu'il nous prépare, ne tomberont point sur une ter-
re ingrate , et sans fruit qui soit à négliger , pour
exposer à sa vûë ce germe de tendresse, de zele , et
de reconnoissance , qui a jetté dans son sein de si
profondes racines , digne production des graces dont
elle a été habituellement arrosée , et des largesses
dont elle est cultivée depuis tant de siecles.
Peuples , bénissez le Seigneur , de ce qu'il afait
pour vous,ce qu'il nefait pas pour toutes les Nations,
en vous donnant des Princes si dignes et si propres à
le representer dans sa clemence , et dans ses bien-
faits ; mais ne lui rendez pas de moindres actions
de graces de ce qu'en retirant de nous cette Famille
vraiment Royale , il n'a pas retiré ses bontés.
C'est dans sa méme misericorde qu'il vous en-
voye aujourd'hui un Roy qu'il a formé selon son
cœur , et pour la possession duquel il vous préfere
même à sa Patrie , Prince de qui la renommée
publie toutes les qualités capables d'honorer le
Diademe , d'accrediter la Religion , de concilier
l'admiration , l'amour , et la gratitude , tout ce
qui rendroit un Particulier respectable , élevé par
la scule vertu à la dignité Royale , sans être re-
devable de rien à la fortune ; à qui la probité est
plus précieuse que le Sceptre , à qui le Paganisme
auroit dréssé des Autels , Prince que le Ciel sem-
ble avoir specialement instruit du bon usage de ses
faveurs , en le dressant à l'humanité , et à la com-
passion dans l'Ecole de ses salutaires adversités.
Remarquez ses premieres expressions , c'est un
langage paternel , voyez cette complaisance qu'il
mise à s'imposer lui-même une sorte de res
I iiij
peot
1030 MERCURE DE FRANCE
pect pour les traces, et les établissemens des Regnes
précedens , qui ont fait nos plus grands.délices.
Considerez ses Ministres , par lesquels il se fait
devancer , Ministres de sa sagesse , de sa douceur,
et de sa modération.
Livrez- vous done , Peuples , livrez- vous à la
joye , que cette Capitale retentisse des cris de votre
allegresse , et de vos empressemens à posseder dans
son enceinte ce présent des Cieux , qu'il vive , que
·la durée de ses jours se mésure sur l'étenduë de sa
réputation, et que leur nombre soit comptépar celui
de ses vertus , qu'il regne pour le triomphe de la
Religion, et pour notre felicité , qu'il soit placédans
vos cœurs ; c'est le Trône ordinaire de vos Mai-
-tres.
C'est dans ces sentimens que Nous requerons
L'Enregistrement des Lettres Patentes en forme
d'Edit,
&c.
Fermer
2779
p. 1030-1031
AUTRE DISCOURS du même, au sujet de l'Enregistrement des Lettres Patentes du Roy très-Chrétien, pour la Prise de Possession Eventuelle de la Lorraine.
Début :
Mrs, N'avons-nous pas à admirer une seconde fois, les vûës encore plus singulieres [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE DISCOURS du même, au sujet de l'Enregistrement des Lettres Patentes du Roy très-Chrétien, pour la Prise de Possession Eventuelle de la Lorraine.
AUTRE DISCOURS du même,
au sujet de l'Enregistrement des Lettres
Patentes du Roy très-Chrétien,
pour
la Prise de Possession Eventuelle
de la Lorraine.
Mrs, N'avons-nous pas à admirer une seconde
fois, les vûës encore plus singulieres
de la Providence sur nous ? Non contente d'avoir
continué notre bonheur actuel , et celui de nos
Concitoyens ; elle veut encore le perpetuer , et nous
reveler dès à présent l'avenir glorieux qu'elle assu-
re à notre postérité.
Quelle perspective de prosperités pour cette Pro-
vince, et d'abondance pour son Commerce ! Quelle
carriere d'émulation pour nos arrieres Neveux ,
que
M A Y.
1737.
T031
que de dignités à meriter ! que de perfections a
étudier ! que d'agrémens à goûter, d'être associés au
Peuple le plus sociable et le plus poli de l'Univers;
d'être incorpores aù premier Royaume du monde ,
tant d'honneur à l'humanité
a
-ce Royaume que le Ciel a privilegié par dessus tou-
tes les Contrées de la Terre , en richesses , en gran-
deur, et en magnificence A ce Royaume qui est
le centre du bon ordre , du bon goût ,
et des plus
belles connoissances! Dont le genie des Habitansfait
dont les Ministres
semblent concerter leurs desseins avec l'Auteur des
destinées, et dont l'invincible Monarque est l'Arbi-
tre du repos de l'Europe ! Peut- il être une idée d'un
sort plusflateur pour nos Descendans , que d'avoir
droit à sagloire , de partager ses succès , de jouir
de sa Justice , et d'augmenter sa puissance ?
Fixons ici nos réflexions . C'en est bien assés pour
remplir toute la capacité de notre ambition , et
batons-nous de requerir l'Enregistrement, &c.
au sujet de l'Enregistrement des Lettres
Patentes du Roy très-Chrétien,
pour
la Prise de Possession Eventuelle
de la Lorraine.
Mrs, N'avons-nous pas à admirer une seconde
fois, les vûës encore plus singulieres
de la Providence sur nous ? Non contente d'avoir
continué notre bonheur actuel , et celui de nos
Concitoyens ; elle veut encore le perpetuer , et nous
reveler dès à présent l'avenir glorieux qu'elle assu-
re à notre postérité.
Quelle perspective de prosperités pour cette Pro-
vince, et d'abondance pour son Commerce ! Quelle
carriere d'émulation pour nos arrieres Neveux ,
que
M A Y.
1737.
T031
que de dignités à meriter ! que de perfections a
étudier ! que d'agrémens à goûter, d'être associés au
Peuple le plus sociable et le plus poli de l'Univers;
d'être incorpores aù premier Royaume du monde ,
tant d'honneur à l'humanité
a
-ce Royaume que le Ciel a privilegié par dessus tou-
tes les Contrées de la Terre , en richesses , en gran-
deur, et en magnificence A ce Royaume qui est
le centre du bon ordre , du bon goût ,
et des plus
belles connoissances! Dont le genie des Habitansfait
dont les Ministres
semblent concerter leurs desseins avec l'Auteur des
destinées, et dont l'invincible Monarque est l'Arbi-
tre du repos de l'Europe ! Peut- il être une idée d'un
sort plusflateur pour nos Descendans , que d'avoir
droit à sagloire , de partager ses succès , de jouir
de sa Justice , et d'augmenter sa puissance ?
Fixons ici nos réflexions . C'en est bien assés pour
remplir toute la capacité de notre ambition , et
batons-nous de requerir l'Enregistrement, &c.
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2780
p. 1051-1081
LETTRE de M. le Tors, Lieutenant Criminel au Bailliage d'Avallon, sur Vellaunodunum, ancienne Ville des Senonois, et Genabum des Carnutes.
Début :
Les Sçavans ont été fort partagés sur la situation de ces deux Villes ; tous [...]
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. le Tors, Lieutenant Criminel au Bailliage d'Avallon, sur Vellaunodunum, ancienne Ville des Senonois, et Genabum des Carnutes.
LETTRE de M. le Tors, Lieutenant
Criminel au Bailliage d'Avallon, sur
Vellaunodunum, ancienne Ville des
Senonois, et Genabum des Carnutes.
Les Sçavans ont été fort partagés sur
la situation de ces deux Villes ; tous
conviennent qu'il faut principalement
la chercher dans César , en suivant au-
tant qu'on peut la découvrir , la route
qu'il a tenue pour aller se rendre maître
de ces deux Places.
César ayant apris en Italie que les Gau-
lois avoient profité de son éloignement ,
et des affaires qu'ils croyoient devoir les
retenir à Rome , pour secoüer le joug
de la domination Romaine , les Carnu-
tes , les Senonois , les Parisiens , les Peu
ples du Poitou, de la Touraine , &c. for-
mentune ligue,s'y engagent par serment,,
et choisissent Vercingentorix pour leur Gé-
néral ; les Carnutes les premiers se signa-
lent par une entreprise d'éclat , ils se
rendent à Genabum
1.Voli
,
où se faisoit un
commerce considérable
>
égorgent les
1
Citoyens Romains qui s'y trouvent , et
entre autres Fusius Cotta qui avoit le soin
Av
dess
1052 MERCURE DE FRANCE
des Vivres ; le bruit de cette action se
répand en peu de temps parmi les Gau-
lois , et le jour même il est porté chés
les Auvergnats , qui sont éloignés de
cent soixante mille de Genabum.
César étant arrivé dans les Gaules ;,
s'annonce par quelques expéditions du
côté des Sevennes et de l'Auvergne, vient
3
ensuite à Vienne , continue sa marche
jour et nuit , en suivant les Frontieres
du Pays des Eduens , pour aller dans ce--
lui des Langrois. Quand il y est arrivé ,.
il donne ses ordres pour assembler ses
Troupes dans un même Lieu , avant que
»
les Auvergnats en puissent être avertis ;
ce qui étant cependant venu à la con-
noissance de Vercingentorix , ce Général
conduisit son Armée dans le Berry , d'où
il alla assieger Gergovia, Ville des Boyens,
Peuples qui avoient des motifs pour être.
plus attachés à César , et moins affection-
nés à la liberté Gauloise que les naturels
du Pays..
L'entreprise de Vercingentorix donna
de l'inquietude à César , qui craignoit
pour sa réputation , et que ses Alliés ne
comptassent plus sur lui , s'ils voyoient
que son secours leur manquoit au besoin;
lé courage de Gésar lu! fit passer sur tou-
tes les difficultés , qui auroient été capa
I.Wol!
bles i
"
JUIN.
1737.
10533
bles d'arrêter tout autre que lui. Il s'as-
sura des vivres pour son Armée auprès
des Eduens , et fit avertir les Boyens de
demeurer fidéles et de se défendre avec
vigueur , afin que se mettant en marche
pour les secourir , il eût le tems de les
joindre. Après avoir laissé deux Légions
à Agendicum , et les Equipages de toute
son Armée , il marche au secours des
Boyens , Duabus Agendici Legionibus re-
lictis atque impedimentis totius exercitus, ad
Boyos proficiscitur.
Je ne vois pas sur quel fondement on a
pû faire passerCésar par Agendicum, puis-
qu'il ne dit pas un mot qui le supose , et
qu'il fait même entendre le contraire. 11
parle de son arrivée dans le Pays de Lan-
gres , et raconte avec beaucoup d'ordre
et de précision les mesures qu'il prend ,
et finit son récit par son départ ; il avoit
assemblé son Armée dans un même Lieu
qu'il ne nomme pas , ses ordres étoient
donnés, avoit-il autre chose à faire, que
de partir ? Et ce qu'il dit , ne fait- il pas
connoître qu'il part du Lieu où ses Lé-
gions sétoient rendues ? If les auroit as-
semblées à Agendicum ,
*
s'il en avoit dû
partir , et on ne peut pas croire qu'il y
alt passé pour se donner lui - même un
soin aussi subalterne que d'y conduire
Il-Volt
Avji
deuxx
1054 MERCURE DE FRANCE
deux Légions , et les Equipages d'une
Armée, dans une conjoncture où il étoit
aussi pressé. Il remarque même , à la fin ,
de son VI. Livre , la distribution qu'il,
avoit faite de ses Légions avant que de
sortir desGaules pour aller en Italie.Il y en
avoit six à Agendicum , ainsi il put en ti-
rer quatre , et en laisser deux , et il lui.
étoit facile d'y faire conduire les Equipa-
ges
de l'Armée
sans y aller en person-
ne. Il a pû aussi assembler toutes ses Lé-
gions et en renvoyer deux à Agendicum,
avec les Equipages ; quoiqu'il en soit , de
la maniere dont cela s'est fait, ce sera cet
ordre qu'il a donné , qu'on aura pris.
pour une marche effective qu'il ait faite..
La situation des affaires de César ne.
lui permettoit pas d'ailleurs de passer par.
Agendicum , que presque tous les Sca-
vans prennent pour Sens , ce qui l'auroit:
obligé de traverser le Pays Ennemi ¡des.
Senonois , qui auroient inquiété son Ar-
mée , retardé sa marche , et même au-
roient pû lui couper les Vivres ; de sorte.
qu'il a dû ne pas s'écarter du Pays des
Eduens , Peuples qui étoient son unique.
ressource pour la subsistance de son Ar
mée:
On ne voit pas dans quel endroit du
Pays de Langres ,, César assembla cette
1. Vol.
Armée ; )
JUIN.
1737.
1055
Armée ; ainsi on ne peut pas dire qu'en
partant du Pays de Langres , il abrégeât
son chemin en passant par Agendicum
dans la circonstance où il se trouvoit ,
c'étoit avancer que de prendre même le
chemin le plus long , pourvû qu'il fût
le plus assuré , et on doit croire qu'il
avoit pris ses mésures de la maniere la
plus convenable à ses desseins.
César étant donc parti du Pays de
Langres , marche avec hâte , et arrive le
lendemain de son départ à une Ville des
Senonois , qu'il nomme Vellaunodunum ;
il dit lui-même les raisons qui l'obligent
de l'assieger , ne quem post se hostem relin
queret , quo expeditiore re frumentarià ute-
retur , oppugnare instituit. Il l'aproche en
effet , en fait la circonvallation en deux'
jours , et l'oblige de se rendre ; comme
il n'avoit pas plus de temps qu'il lui en
falloit , il laisse à Trébonius le soin de
faire executer la Capitulation , marchet
à grandes journées à Genabum , et y arri
ve en deux jours.
L Vol.
1
César ne dit rien de la situation de
Fellaunodunum. Pour la trouver il faut
chercher une Place frontiere des Seno-
nois et des Eduens , sur la route du Pays
de Langres pour aller sur la Loire.
Je trouve la Ville d'Avallon , dont le
>
Bailliage,
106 MERCURE DE FRANCE
Bailliage , qui est ancien , est une partiè
engagée dans le Diòcése de Langres, mais
je ne la propose qu'avec précaution et
sans prétendre décider.-
La situation d'Avallon est exprimée
par le mot de Vellaunodunum , qui pré-
sente à l'esprit, l'idée d'une Plaine, d'une
Vallée où il y a une éminence ; il n'est
pas nécessaire sans doute de rebatre aux
Sçavans l'étimologie de Dunum , après
ce que M. Lancelot et M. le Beuf en ont
dit , il y a dans le Pays même des preu-
ves qui fortifient le sentiment général
sur cette explication , qui est reçûë de
tout le monde.
La Ville d'Avallon est située à l'extré
mité d'une Plaine qui est bornée de cô-
téaux plantés de Vignes , qui produisent
ces Vins si estimés , et sur un rocher es-
carpé de trois côtés , entouré de larges
et profonds Vallons , sur lesquels elle
domine , dans une partie desquels cou-
le la Riviere de Cousain , Cusa amnis i
de sorte que ceux qui viennent du Mor-
vent , qui est au midi de cette Ville ,
sont obligés de descendre et de monter
plus qu'ils n'ont descendu , pour arriver
à cette même Ville .
On ne peut pas dire que l'épithete de
Dunn n'y convienne pas , sous prétex-
I fol
te,,
JUIN.
1737.
1057
te , que du côté de la Plaine elle est ac
cessible , puisque des trois autres elle est
sur une éminence qui domine tous les
aspects.
Si on raproche Vellaunodunum du noma™
d'Aballo ,on y trouve plûtôt un retran-
chement qu'un changement , Aballo se´
trouvant dans Vellauno , la lettre V. a
souvent été prise pour le B. et A. pour
E. dans les Mémoires Historiques et Cri-
tiques , attribués à Mezéray ; s'il n'y a
pas faute d'impression , on y lit Abullo ,
Avallon , ainsi Avellau , Abullo, Aballo,
sont un même nom, que les Copistes ou
lés prononciations ont défiguré. Bollan-
dus qui sçavoit les altérations auxque !--
les les noms de Villes sont sujets , dans
ses notes sur la vie de Saint Lubin , Evê-
que de Chartres , a pris Avallocium pour
Avallon , quoique ce soit Alluye au Pays
de Chartres , il n'y a qu'à voir Gregoire
4. c. 50. Avallocium Car
de Tours , liv . 4. c. 50.
natensem Castrum : surquoi Dom Ruinart´
observe qu'il s'est apellé depuis Alcium
ou Alogium , mais qu'il s'est écrit Al-
sium dans la plupart des Manuscrits , le
mot Aval,suivant Menage, signifie pente :
et descente. Les mots de Val et de Val-
lée rapellent cette signification. Avaller
-dans le sens qu'il a communément, étant
1. Vol .
1658 MERCURE DE FRANCE
métaphorique , et faisant allusion à la
descente des alimens , c'est peut-être ce
qui est entré dans l'esprit de l'Auteur
de la Chronique des Minimies , quand
il a dit d'Avallon , à l'occasion du Con-
vent de son Ordre qui y est établi , que
son nom lui venoit de sa situation , à
præter labente fluviolo cui incidet Aballo
dicitur. Ainsi le mot Aballo n'exprimera
qu'une partie de ce que Vellaunodunum
signifie , il présentoit à l'esprit la pente
et la descente en même temps que l'éle-
vation , comme un endroit où on ne fait
que monter et descendre ; au lieu qu'A
ballo n'exprime que la descente , ce qui
revient toujours au même , puisqu'on ne
peut descendre d'un endroit , qu'on ne
remonte pour y retourner.
Il paroît plus à propos de rendre ain-
si l'étymologie d'Avallon , que par une
autre explication du Celtique qui rend
celle de pomme et de pommier , suivant
un Dictionaire François Breton-Armo-
rique , imprimé en 1659. page 130 .
Adrien de Valois a reçû cette étymolo
gie, suivant laquelle Vellaunodunum pou-
roit signifier la même chose ; cependant
quoiqu'il soit plus juste d'expliquer les
noms de nos Villes anciennes par cette
Langue , que par ceux du Grec ou dự
1. Wo!..
Latin
JUIN.
I. Vol.
1737.
1059
Latin , il faut préférer l'explication qui
a un raport à la chose qu'on explique.
Je conviens qu'on ne trouve aucun
Monument qui prouve l'ancienneté d'A-
vallon , et que si on en exigeoit , je se-
rois réduit à la même excuse que ces fa-
milles douteuses qui se forment un titre
de leur obscurité , et qui ont perdu leurs
papiers dans des incendies ou des pilla-
ges ; cette raison ne seroit pas si mau-
vaise pour Avallon qui en a essuyé de
trop connus , pour que je sois obligé
d'en donner ici les preuves. J'ai oui - dire
à des personnes dignes de foy , qu'il y
avoit eu des restes d'Antiquité , mais
c'est comme s'ils n'avoient pas existé ;
on ne sçait ce que c'est , et on n'en voit
rien.
Il y a seulement quelques années qu'en
démolissant ( chés les Prêtres de la Doc-
trine Chrétienne qui gouvernent le Colle
ge ) les fondations du Château d'Aval-
lon , Castrum Avallonis ; on trouva sous
une grosse pierre du bled , dont l'écor-
ce étoit noircie , soit par vetusté , soit
par quelque opération qu'on avoit faite
pour en conserver la farine aussi saine
qu'elle étoit , deux Lyonceaux d'or , et
plusieurs Médailles; j'en ai vû une qui est
encore entre les mains de M. Vallon ,
Chanoine
1060 MERCURE DE FRANCE
Chanoine de l'Eglise Collégiale Notre-
Dame Saint Lazare de cette Ville , qui
est une consecration d'Auguste ; on y lit
Imp. Cas . au revers, Aug. avec un Aigle.
Je sçais bien que tous les murs dans
lesquels il y a des Médailles , n'ont pas
été bâtis dans le temps auquel ces Mé-
dailles ont été frapées , mais celle ci s'est'
trouvée avec plusieurs autres , avec du
bled , deux Lyonceaux , sous une pierre'
distinguée par sa grosseur , et la figure
ronde , qui servoit de fondement à un
mur de dix-huit à vingt pieds d'épais-
seur , dont l'ouvrage étoit si solide et
si massif , qu'un Ouvrier en pouvoit à
peine rompre deux ou trois pieds par
jour , c'est ce que j'ai vû à peu près dans
le même endroit , dans une autre occa-
sion , et ce qu'on avoit déja, vu dans le
temps que les Ursulines ont bâti leur
Convent , et toujours dans l'enceinte où
la Tradition du Pays , les anciens Titres:
et Terriers de la Ville et du Chapitre ,
placent le Châtel d'Avallon..
Ces Lyonceaux , ce bled , ces Médail-
les , me rapellent à ces anciennes super-
stitions , à l'occasion de la fondation ou
du rétablissement des Villes ou Bâti-
mens publics , dont on voit le détail
dans Tacite , 1. 4. Plutarque sur la Vie
1. Vol.
de
JUIN. 1737.
I. Vol.
1:61
de Romulus , Alex.ab Alex.l.6. c. 14. XC.
Ne feroit ce pas encore trop hazırder ,
de conjecturer que ce pouroit être Au-
guste qui auroit formé le Castrum Ava
lonis , pour y loger les Troupes qui de-
voient y pisser sur les grands chemins
qu'il y a fait faire , dont on voit les res-
tes , et dont il est fait mention dans l'I-
tinéraire d'Antonin , et les Tables des-
Peuttingers? Et la destination de ce Cas-
trum , pouroit faire rendre raison du re-
tranchement de Dunum , et de sa substi-
tution en sa place , ce qui lui est com-
mur. avec d'autres Villes. Quoi qu'il en-
soit,l'Itinéraire connu sous le nom d'An-
tonin , qui porte Aballo , ne contredit
pas cette opinion , les Sçavans ne sont
pas même d'accord sur son époque , que
l'on ne porte pas communément à la pre-
miere Antiquité.
Avallon est assés ancien pour pouvoir
être Vellaunodunum , on ajoute à ce que
l'on a déja dit , qu'on voit cette Ville
en considération du temps au moins
de Saint Germain , Evêque de Paris , qui
y avoit étudié , et de Saint Jean de
Reaume , pour avoir un Comte , des
Ecoles , et une étendue de Pays dont
elle étoit la Capitale , qui s'apelloit Pa-
gus Avalensis."
Si
1062 MERCURE DE FRANCE
Si on réunit ce que je dis sur l'ancien-
neté d'Avallon , son nom , sa situation ,
qu'elle est sur la route du Pays de Langres
pour aller sur la Loire , et frontiere aux
Eduens, en ne séparant pas toutes ces vûës,
je crois qu'elles forment au moins une for-
te conjecture pour mon sistême ; mais je
laisse aux Sçavans à décider, et je me sou-
mets d'avance à leur jugement.
Je sçais bien qu'on me peut faire , en
tr'autres objections , celle- ci ; que César
dit que Vellaunodunum est une Ville des
Senonois , et qu'Avallon est du Diocèse
d'Autun , et que les Diocèses Ecclesias-
tiques ont été formés sur le partage tem
porel des Provinces; d'où on doit conclu-
re, dira-t-on, qu'il faur chercher Vellan-
nodunum dans la Métropole de Sens.
Ce principe est vrai , mais il cesse de
l'être , si on en fait en route occasion
un usage trop rigoureux ; loin de le com-
battre,je prétends le recevoir et le rendre
plus certain en le resserrant dans ses bor-
nes , et faisant voir qu'il ne nuit pas à
ce que j'ai proposé.
On sçait que la Foy a été portée dans
les Gaules assés tard , ainsi les Eglises n'ont
pû être en état de faire entr'elles des
divisions de Diocèses que plus tard en-
core, et vraisemblablement depuis Cons-
1. Vol.
tantin
JUIN.
1737.
1063-
tantin.Or il est certain que les distinctions
des Provinces Ecclesiastiques n'ont été
formées que sur la division temporelle
qui subsistoit dans le temps que l'on a
fait ces divisions . C'est donc un Anacro-
nisme d'apliquer l'étenduë d'un Diocèse,
ou d'une Métropole à l'étenduë d'un Païs
du temps de César , puisque depuis lui
jusqu'à l'établissement des Diocèses Ec-
clesiastiques , il y a eu differens partages
de Provinces , et que l'autorité des Villes,
ou du moins de quelques-unes avoitit pas-
sé à d'autres , qui , par consequent, dans
P'Ordre Ecclesiastique étoient devenuës
les premieres. Les divisions des Diocèses
n'ont pas été reglées avec les premiers
Evêques, ce n'a dû être que quand ils ont
été dans un état fixe et tranquille, que les
changemens de Province n'en ont point
fait aux limites du Territoire Ecclesiasti-
que. On voit bien , par exemple , que le
Diocèse d'Autun , quelque étendu qu'il
soit , ne comprend pas tout le Pays des
Eduens ; que le Pays des Senonois n'est
pas exactement le territoire du Diocèse
de Sens , ni même celui de la Métropole;
la quatriéme Lyonnoise étant une divi .
sion posterieure , qui a donné l'étenduë à
la Métropole. M. de Tillemont T. 5. His.
toire des Empereurs , Art. 65. sur l'Em
1. Vol
pereur
1064 MERCURE DE FRANCE
pereur Honorius , raporte que cet Empe-
reur partagea la Lyonnoise en quatre
Provinces , que du tems de Gratien et de
Théodose , elle n'en faisoit que deux , dont
Lyon et Rouen étoient Métropoles
ainsi
c'est à Honoré que les Métropoles de Tours
et de Sens doivent leur Erection , aussi la
troisiéme Lyonnoise , qui est la Province de
Tours et la Senonoise sont marquées entre
·les dix-sept Provinces des Gaules dans la
Notice de l'Empire qu'on croit avoir été fai-
te du temps d'Honoré. M. de la Barre dans
un Mémoire sur les Divisions des Gaules,
imprimé dans les Mém. de Litt. T.8. p .
403 , prétend trouver la division des qua-
tre Lyonnoises avant 381. sous l'Empire
de Gratien. Quoi qu'il en soit, il ne faut
pas conclure que parce qu'uneVille n'est
aujourd'hui ni de la Métropole , ni du
Diocèse de Sens , qu'elle n'étoit pas du
temps de César dans le Pays des Seno-
nois , puisque cette Métropole a été for-
mée bienpostérieurement sur un partage
temporel tout different .
Il est plus que vraisemblable qu'Aval
lon , qui n'est éloigné que de deux ou
trois lieuës du Diocèse et du Bailliage
d'Auxerre , ait été compris dans le Pays
des Senonois ; le Pays des Eduens s'éten
doit moins de ce côté-là ; et César , après
1. Vol.
avoir
L. Vol,
JUIN.
1737.
1065
avoir pris Vellaunodunum, l'aura attribuée
aux Eduens. Enfin il y a eu depuis lui
jusqu'au temps de l'établissement des
Diocèses tant de changemens généraux
et particuliers, qu'on ne peut apliquer la
Division Ecclesiastique pour connoître à
quel Pays on doit attribuer une Ville du
temps de César,
Après la prise de Vellaunodunum, César
partit avec précipitation pour aller à Ge-
nabum. Ipse ut quamprimùm iter faceret ,
Genabum Carnutum proficiscitur. Il falloit
bien que ce fût l'endroit le plus près où
il pût passer la Loire , puisque ne s'étant
mis en marche que pour secourir Gergo-
via , qui n'étoit pas , comme il le dit lui-
même , en état de tenir long-temps , il
avoit trop d'interêt de ne pas prendre un
passage plus bas , pendant qu'il en trous
voit un plus près , et il falloit bien que
ce fût le seul endroit où il dût nécessai-
rement passer , puisque les Carnutes mé-
ditoient de la mettre en défense , et ne
s'étoient pas assés pressés d'y jetter les
secours nécessaires soit d'hommes , soit
de munitions , parce qu'ils croyoient que
le Siege de Vellaunodunum traîneroit en
longueur. Si la situation de leur Place ne
les avoit pas exposés les premiers , ils
n'auroient pas dû croire que César seroit
venu
1.066 MERCURE DE FRANCE
venu à eux après la prise de Vellaunodu-
num ; ce qui prouve , sans replique , que
c'étoit le seul passage convenable aux des-
seins de César.
Son objet assurément n'étoit pas d'al
ler s'amuser à se vanger de Genabum , il
n'y passoit que parce que c'étoit son che
min ; quand il part du Pays de Langres,
il mande aux Boïens qu'il marche à leur
secours ; il les exhorte à lui donner le
temps , par une vigoureuse resistance ,
de lesjoindre à propos.Gergovia étoit trop
peu considerable pour qu'il pût compter
pouvoir prendre Genabum avant que Ver-
cingentorix eût pris Gergovia , lui qui
doutoit même s'il auroit le temps d'y ar
river. On sçait les inquietudes que le
Siege de cette Place lui donnoit ; enfin
il ne párt l'hyver que pour la secou-
rir. On ne peut donc pas lui donner
d'autres motifs s'il passe à Genabum ,
que de prendre le chemin le plus court
pour y aller.
Il y a quantité d'inconveniens à croi-
re que César ne prend Genabum que pour
donner à ses Armes l'éclat d'une ven-
geance ; il y avoit sans doute plus d'éclat
à réussir dans son objet en arrêtant les
entreprises de ses Ennemis , en secourant
ses Alliés , et en ne laissant pas prendre
1. Vol.
Gergovia
JUIN.
1737.
1067
Gerrovia ne risquoit- il pas tout si cetre
Place tomboit entre les mains des Gau
lois ? ainsi c'est la nécessité du passag
qui détermine César à attaquer Genabum
et c'est ce qui me détermine à préférer
le sentiment de ceux qui prennent Gien
pour Genahum , à l'opinion de ceux qui
sont pour Orleans.
Cette marche que je fais faire à César,
en le faisant partir du Pays de Langres ,
et en prenant Avallon pour Vellaunodu
num , comme étant à peu près à égale
distance de Gien et de l'endroit où il
a voit assemblé ses Légions , qui est celui
d'où il part , puisqu'il arrive en deux
jours à Vellaunodunum ,
et qu'il met le
même espace de temps pour aller de
Vellaunodunum à Genabum , cette marche,
dis. je , s'accorde parfaitement avec l'idée
qu'en donne César. Il avoit une Armée
légere , qui n'avoit aucuns embarras d'é.
quipages , et il exprime fort clairement
qu'il va plus vite que de coûtume ; il ne
dit cependant pas qu'il fait de ces mar-
ches forcées et extraordinaires qu'on sçait
qu'il a quelquefois faites en d'autres oc-
casions, et qu'il a soin de remarquer: ain-
si il faut prendre le milieu entre ces gran-
des marches et une marche ordinaire, On
remarque , après Vegece , qu'un Soldat
1. Vol.
B
Romain
1068 MERCURE DE FRANCE
Romain faisoit en cinq heures d'Eté
gradu militari , vingt mille , ce qui re-
vient à six lieuës et demie . Or ceux qui
font passer César à Sens , et qui met-
tent Vellaunodunum entre cette Ville
Orleans , ne lui font faire que vingt qua
tre lieuës en quatre jours de marche ; re.
connoîtroit- on l'activité de César defal
re moins que de coûtume , quand il dit
qu'il en fait davantage , et qu'il s'étoiɛ
même, dans ce dessein, débarassé d'équis
pages? Il y a encore plus d'inconvenient
pour ceux qui , prenant Genabum pour
Gien , ne lui font faire que quinze lieuës
en quatrejours , en le faisant aussi pard
tir de Sens au lieu qu'en prenant Vel
launodunum pour Avallon , et le faisant
partir du Pays de Langres , on lu ficfait
faire dix de nos lieuës par jour, c'est crois
lieues et demie plus que l'ordinaire :
pouvoit-il faire moins étant obligé à faire
une marche plus forte ? et n'a ton
vû qu'il en a fait plus du double en une
nuit? c'est ce que les Partisans d'Orleans
prouvent par César même.
La nouvelle de la Révolution arrivée
à Genabum est portée en douze ou quinze
heures en Auvergne , qui , selon César
en est éloignée d'environ 160. mille , ce
qui revient à 52. lieuës , et prouve que
1. Vol.
JUIN.
1737.
1069
c'est plûtôt Gien qu'Orleans ; car quel-
que prompte qu'on puisse imaginer
qu'ait été la maniere dont les Gaulois se
communiquoient successivement
, par
des cris , ce qui se passoit d'un Pays à un
autre , il ne faut pas outrer la facilité de
cette communication , qui de Gien en
Auvergne aura toûjours été la plus promp-
te que les hommes puissent par eux- mê-
mes mettre en usage.
Quelqu'interessant qu'ait été cet éve-
nement , il arriva sans être médité ; les
Carnutes s'engagerent bien de faire la
premiere entreprise , mais on ne sçavoit
quand, et quelle elle seroit, et quoiqu'on
en répandît sur le champ la nouvelle , elle
ne le fut pas plus promptement que les
autres qu'on communiquoit par la même
voye ; il falloit toûjours que les uns at-
tendissent que ceux qui les devoient en-
tendre parussent , et ainsi des autres , à
moins de suposer qu'ils fussent tous prêts:
c'est ce qui n'est pas naturel à penser, et
ce qu'on ne peut faire dire à César sans
forcer son texte .
Gien est plûtôt à
2. lieuës d'Auver-
gne qu'Orleans qui en est à 12. ou 15.
lieues plus loin , et la distance que César
marque par mille, est plus exacte et plus
près de la verité que notre maniere de
1. Vol.
Bij compter
1070 MERCURE DE FRANCI
compter par lieues , parce que la differen
ce du nombre se trouveroit trop grande
il
y a près de so. mille de Gien à Orleans
et par consequent au lieu de 160. mille
ce sont 210. mille d'Orleans en Auver
gne. Nous disons plus aisément sc.OL
60. lieuës , qu'on ne diroit 150. ou 200
mille: enfin en donnant 15.heures pour l
temps de porter la nouvelle à 160. mille
il aura fallu 4. heu . et demie de plus pou
la porter d'Orleans en Auvergne , etc
plus ou ce moins n'auroit pas manque
d'être remarqué par César , puisque cet
évenement n'auroit pas été sçû , comme
J
il le fut , antè primam confectam vigiliam,
et qu'il l'auroit été 4. heures et demie
plus tard. Aymoin est l'Auteur de l'o
pinion qu'Orleans est Genabum : son au
torité en fait de critique n'est pas assés
bien établie pour qu'il en soit crû sans
༈༙་
nous en avoir cité d'autres pour apuyer
la sienne , et je crois qu'avec Aymoin ,
Hugues de Fleury , le Poëte Gilles de
Paris , la question peut demeurer en son
entier. Peut-on aussi compter tous ceux
qui ont traduit Genabura Orleans , et
ceux qui aportent en faveur de leur opi-
nion , le nom de Genabum par- tout où ils
le trouvent? Tant de personnes ont mis
la main au Livre d'Aymoin , que son
1. Vol.
passage
JUIN.
1737.
1071
passage poutoit bien être une Note in-
serée dans son Texte, et l'autorité qu'on
lui veut donner sur ce qu'il a demeuré
dans le voisinage d'Orleans et de Gien ,
ne presente toûjours que la question de
sçavoir s'il a bien connu ce Pays-là ; cette
demeure pouvoit- elle lui faire connoître
un Fait tel que celui dont il s'agissoit ?
Glaber , qui avoit été Moine à Saint
Germain d'Auxerre , et que l'on croit
même être né en cette Ville , qui n'est
pas fort éloignée de Gien et d'Orleans ,
prétend que cette dernière Ville n'a cu
son nom que de sa situation sur la Loire,
quasi ore Ligerianâ eo videlicet quod in ore
ejufdem Fluminis ripa sit constituta , non
quidam minus cauti existimant ab Aure-
liano Augusto.
M. de Tillemont T. 3. sur la Vie de
Empereur Aurelien
>
a suivi le senti-
ment d'Oton de Frisingue. Cet Empereur
vint , dit il , dans les Gaules ; on ne dit
pas ce qu'ily fit , selon Zonare & le Syn-
celle , il semble qu'il y soit venu à cause de
quelque rébellion des Gaulois , qu'il apai-
sa bien tôt. Le Maire , dans son Histoire
d'Orleans , cite beaucoup de Modernes
qui croyent que cette Ville a été rebâtie par
Aurelien , et le nom Latin qu'elle portoit
dès le cinquième Siecle au moins sen ble ne
I. Vol.
Biij.
venir
T072 MERCURE DE FRANCE
venir que de lui.C'est donc sur l'Analogie
du nom Latin d'Orleans , que cet Au-
teur , si respecté des Sçavans , l'attribuëà
Aurelien,plûtôt que sur l'autorité des Mo
dernes , et il ne passe pas pour cela à l'o-
pinion de ceux qui la font descendre de
Genabum. Il ajoûte même que le nom
Latin d'Aurelianis étoit celui qu'elle por-
toit au moins dès le cinquiéme Siecles
elle n'en avoit donc pas alors d'autr
sous lequel elle fût communément con-
nuë ; ainsi le passage de Gregoire de
Tours dans la Vie de S. Nisier , Evêque
de Lyon , est entierement décisif ; bien
loin de pouvoir être tourné en objection .
Cet Auteur fait mention de Genabensis
Galliarum Urbs : il y désigne une Vill
dont il n'avoit pas encore parlé , et i
falloit que cette Ville ne fût pas alor
bien connue , puisqu'il étoit obligé d'a
joûter , pour qu'on ne s'y méprît pas
que c'étoit une Ville des Gaules. Auroit-
il ainsi parlé d'Orleans qui étoit dans
son état brillant ? Pourquoi l'auroit- il
ainsi obscurcie sans la faire paroître , lui
qui en parle en plus de cinq uante occa-
sions sous le nom de Aurelianis ? Pour
quoi dans ce seul endroit auroit- il don-
né un nom qui n'étoit pas le nom connu
et en usage ? Il faut donc conclure du
I. Vol.
passage
I. Vol.
JUIN.
1737.
1073
passage de Gregoire de Tours , qu'il y
avoit de son temps une Ville de Gena-
bum , et la Ville d'Aurelien , et que ces
deux noms sont de deux Villes differen-
tes. La seule raison qui a fait croire à
Dom Ruinart que Genabensis Vrbs étoit
Orleans ,
c'est que Gregoire de Tours
avoit déja fait mention de Genêve sous
le nom de Januba.
On objecte contre Gien le passage de
Strabon qui place Genabum environ , fe
rè, au milieu de la Loire , restriction qui
rend son expression toûjours douteuse ,
et qui ne doit pas faire chercher Gena-
bum au milieu de ce Fleuve . C'est déci-
der ce qu'il ne décide pas , de tirer la
conséquence que cela s'aplique plûtôt à
la situation d'Orleans qu'à celle de Gien ;
puisque quand il s'en faudroit 15. lieuës,
cela n'empêcheroit pas que , sans accu-
ser Strabon de s'être trompé , on ne pût
dire , sans erreur , que Gien est presque
au milieu de ce Fleuve , par raport à son
long cours ; et je crois qu'à le bien pren-
dre , Gien est plûtôt au milieu de la Loi-
re qu'Orleans.
On ajoûte que Genabum étant le Mar-
ché principal des Carnutes qui venoient
y commercer , cela convient mieux , dit-
on, à Orleans, qui est plus près de Char-
Biiij.
tress
1074 MERCURE DE FRANCE
tres que Gien; mais c'est tout au plus une .
raison de convenance. Quand on parle
des Carnutes , cela doit s'entendre de tout
le Pays , aussi -bien que des Peuples de
la Capitale , et ce n'est pas toujours la
proximité d'une Ville d'un Pays avec la
Capitale , qui lui est la source de son
commerce ; c'est elle- même qui par sa
situation avec l'Etranger le porte au Pays.
C'étoit Genabum qui fournissoit les Car-
nutes , et portoit la richesse et l'abondan-
ce dans le Pays , sans avoir besoin d'être
plus près de Chartres. Il faut faire atten-
tion à l'état des Gaules , qui la rendoit
alors le rendez- vous des Peuples dont
elle étoit voisine.
Strabon justifie la maniere dont je ré-
.
ponds , en parlant du commerce du Rhô-
ne : il dit que la rapidité de ce Fleuve
rendant la navigation difficile à ceux qui
le remontoient , on transportoit les mar-
chandises par terre chés les Auvergnats ,.
et sur la Loire : Gien , auroit sans doute
été bien plus à portée qu'Orleans d'être
l'Entrepôt de ce commerce , et la pre-
miere Place considérable qui auroit reçû
ces marchandises. N'étoit- elle pas dans
une meilleure situation qu'Orleans par ra-
port à l'état de Gaules les Auvergnats y
venoient par la Loire ; elle étoit frontiere
I. Vol.
aux
JUIN.
I Vole
1737.
1075
aux Peuples du Berry , aux Eduens, aux
Senonois, &c. Cela ne valoit- il pas mieux
que d'être dans la situation d'Orleans et
plus près de Chartres ?
Le Maire, dans son Histoire d'Orleans ,
ajoûte qu'une suite de ce commerce ,
c'est que l'Evêque et le Chapitre de Char-
tres faisoient anciennement tous les ans une
Procession à Orleans; ce qui prouvoit , sc-
lon lui ,l'habitude des deux Peuples d'aller
les uns chés les autres Il faut, suivant ce
raisonnement qu'il n'y ait eu aucune inter-
ruption entre le commerce des Chartrains
et Genabum avec l'établissement des Pro-
cessions dans l'Eglise ,pour que l'on puisse
dire que l'un a été l'occasion de l'autre
et c'est ce qu'on ne peut soutenir : la cé-
lébrité d'Orleans , et le commerce qui
y a été porté depuis , en pouroit être la
seule cause, puisque cela aproche plus du
temps des Processions : il seroit même
peut-être plus naturel de donner à cet
établissement une origine plus pieuse
Enfin, pour tirer une consequence justė,
il faut prouver qu'Orleans est Genabum
autrement on tombe dans une petition
de principe.
On ajoûte encore que les chemins Ro-
mains dont on trouve des vestiges consi--
derables , conduisent de Chartres à Or-
Biv
leans>
1076 MERCURE DE FRANCE
leans , sans faire voir qu'ils ayent existé
avant Aurelien; quoi que ce soit Auguste
qui ait fait travailler le premier aux
grands chemins dans les Gaules, on sçait
qu'il ne les a pas tous faits , et Bergier
entre dans un grand détail du soin avec
lequel les Empereurs qui ont suivi , les
entretenoient , et formoient de nouvel
les communications entre les Villes.
On compte ensuite les distances de Ge
nabum à Paris , et on fait la même opera-
tion en suivant la route jusqu'à Autun ,
et on prétend que , par l'évaluation des
Milliaires sur nos lieuës , il est impossi-
ble que Gien soit l'ancien Genabum , puis
qu'Orleans se trouve précisément à la
même distance de ces Villes que Gena-
bum.
Mais sans entrer dans tout le détail de
la réponse qu'on pouroit faire, qui deman-
deroit beaucoup d'étendue , on croit que
ce qu'on a dit , affoiblit d'avance l'im-
pression que peut faire cette objection ,
qui est , à le bien prendre , la seule qui
reste aux Partisans d'Orleans. On sçait
que l'Itineraire est une piece suspecte et
fort peu exacte, puisqu'on convient qu'il
y a des lacunes en plusieurs endroits ,
que les noms des Villes y sont alterés ,
que les Milliaires ne sont pas sûrs , que
4. Fol..
les
IVol.
JUIN.
1737.
1077
Yes Sçavans ne sont pas même d'accord
sur plusieurs routes ; de sorte qu'on ne
doit pas se servir de l'Itineraire pour déci-
der des points obscurs : tout au contraire,
on vérifie l'Itineraire sur les connoissan-
ces que l'on a , et on ne s'en sert pas
comme on a fait avec des conjectures.
Il est inutile de faire valoir la célébrité
d'Orleans sous la premiere Race de nos
Rois , qu'elle a été Capitale, &c . Cela ne
peut pas prouver qu'elle ait été Genabum,
ni qu'elle fût ancienne ; ces raisons ne
déterminent pas pour y porter la Cour
d'un Roy , et ces sortes de distinctions
peuvent fort bien convenir à une Ville
nouvellement bâtie, qui a ordinairement
plus d'agrément qu'une Ville qui n'a que
le mérite de son ancienneté.
On veut encore que Gien justifie des
Monumens anciens , ce qui est hors du
cas ; puisque cette Ville , en la prenant
pour Genabum, ayant été détruite et brû--
lée par César , n'ayant pas eu de Restau-
rateur, et les Romains n'y ayant pas laissé
de ces Ouvrages immortels , n'aura rien
conservé ; combien de Villes anciennes ,
reconnues pour telles , qui n'ont aucuns
monumens de ces Maîtres du Monde ?
Cela peut même s'accorder avec ce qu'on'
Groit d'Orleans , qui ayant été bâtie , ou
Bvj
retablie
1078 MERCURE DE FRANCE
retablie par Aurelien , aura reçu tout le
commerce avec plus d'avantages qu'auci
ne autre Ville : les Peuples mêmes de Gena-
bum , élevés au commerce , auront été
s'y établir;
et ce sera ainsi qu'Orleans
aura été formée des débris de Genabur
qui sera demeurée une Ville peu consi-
dérable : il n'en faut pas davantage pour.
faire naître de ces Traditions populaires
qui se corrompent toûjours , et qui dans
les temps ténebreux de la Litterature, au-
ront été adoptées par Aymoin , & c.
La question que l'on fait , si Gien sub-
sistoit , est la question même ; si elle est
Genabum , elle subsistoit ; si elle est Ge-
nabum , elle avoit un Pont. Il pouvoit y
en avoir plus bas , mais il ne s'agit pas
de celui - là . Enfin le nom qu'elle porte
est d'une grande considération pour
apuyer ce sistême ,
il fait autant croire
que Gien est Genabum , que le nom d'Or
leans peut prouver qu'elle tire son ori-
gine de l'Empereur Aurelien , suivant
M. de Tillemont , il n'y en a pas d'au-
tre preuve. Les noms de Giemus, Gie-
macum, Giemum , qu'elle a porté dans les
temps de la basse Latinité, sont-ils plus
éloignés de Genabum que ceux de quan
tité de Villes qu'on reconnoît avec de
pareilles alterations ?.
I..Vol.
Ons
JUIN.
1737.
1079
On fait encore la même objection à
Gien que celle que j'ai prévu pour Aval
lon , en disant qu'elle est aujourd'hui du
Diocèse d'Auxerre et de la Métropole
de Sens : d'où on conclut qu'elle a dû être
du Pays des Senonois , et qu'elle ne peut
avoir été Genabum , qui étoit du Pays des
Carnutes. Je ne repeterai pas ce que j'ai
dit sur le principe en général , jajoûterai
seulement que le Lieu où est Gien apar-
tenoit incontestablement aux Carnutes
puisque la Loire passoit , suivant Stra
bon , chés les Auvergnats , et dans le
Pays des Carnutes; et il ne dit pas qu'elle
passât chés les Senonois. Enfin ce qui ne
peut convenir à Orleans , et désigne ab-
solument Gien , c'est que César , après-
avoir pris Genabum , entre dans le Pays
de Berry.
Dire que Gien auroit eu l'Evêché si
elle avoit été Genabum, c'est vouloir faire
croire que ces établissemens ont été faits
les Titres à la main , en examinant l'an--
cienneté des Villes , et que les Apôtres
des Gaules , et ceux qui ont fondé des
Eglises , n'ont pas plûtôt fait attention
à d'autres avantages plus propres à ré
pandre la Foy Pourquoi Decise , Me-
lun , &c. n'ont elles pas d'Evêques ? Ces:
Villes ont parû avant Lyon , qui est
14Vol..
cependant
TOS MERCURE DE FRANCE
cependant apellée la Mere des autres
Eglises. C'est que Lyon avoit dans ce
temps là des avantages qui la faisoient
regarder , à juste titre , comme une Ville
des plus considérables par le concours
des Etrangers. N'étoit- il pas plus natu-
rel qu'Orleans , qui sortoit , pour ainsi
dire , des mains d'Aurelien , eût un Evê-
que , que Gien , qui n'avoit que le sou-
venir de son ancienneté , inuțile à l'éta-
blissement d'un Evêché ? cela même au-
ra dû se faire en suivant le rang que
les Villes tenoient dans l'ordre civil , par
les Prérogatives qu'Aurelien aura accor-
dées à sa Ville. Je ne prétens pas enlever
à Orleans aucun de ses avantages ,
ni
même son ancienneté , elle peut avoir
précedé Aurelien , sans avoir été Gena-
bum. Quand elle ne prendroit son origi-
ne que de ce Prince , elle l'emporteroit
toûjours sur quantité de Villes du Royau-
me , par l'éclat avec lequel elle a parû,
et les Grands Hommes qui en sont sortis ,
et ceux qui y vivent encore.
On me reprochera peut- être de m'être
trop attaché à des conjectures , & à l'A-
nalogie ; je ne donne pas les conjectures
pour des preuves; j'ai cru avoir droit d'en'
faire usage dans des questions où on ne
peut que m'en oposer ; pour l'Analogie ,
I,Vol
jai:
JUIN.
1737
To81
fai évité les deux excès de la mépriser, et
d'en faire trop de cas ; je ne m'y suis pas
abandonné sans regle , puisque je l'ai ac-
cordée avec la position de Lieux.
31. Janvier 1737.
Criminel au Bailliage d'Avallon, sur
Vellaunodunum, ancienne Ville des
Senonois, et Genabum des Carnutes.
Les Sçavans ont été fort partagés sur
la situation de ces deux Villes ; tous
conviennent qu'il faut principalement
la chercher dans César , en suivant au-
tant qu'on peut la découvrir , la route
qu'il a tenue pour aller se rendre maître
de ces deux Places.
César ayant apris en Italie que les Gau-
lois avoient profité de son éloignement ,
et des affaires qu'ils croyoient devoir les
retenir à Rome , pour secoüer le joug
de la domination Romaine , les Carnu-
tes , les Senonois , les Parisiens , les Peu
ples du Poitou, de la Touraine , &c. for-
mentune ligue,s'y engagent par serment,,
et choisissent Vercingentorix pour leur Gé-
néral ; les Carnutes les premiers se signa-
lent par une entreprise d'éclat , ils se
rendent à Genabum
1.Voli
,
où se faisoit un
commerce considérable
>
égorgent les
1
Citoyens Romains qui s'y trouvent , et
entre autres Fusius Cotta qui avoit le soin
Av
dess
1052 MERCURE DE FRANCE
des Vivres ; le bruit de cette action se
répand en peu de temps parmi les Gau-
lois , et le jour même il est porté chés
les Auvergnats , qui sont éloignés de
cent soixante mille de Genabum.
César étant arrivé dans les Gaules ;,
s'annonce par quelques expéditions du
côté des Sevennes et de l'Auvergne, vient
3
ensuite à Vienne , continue sa marche
jour et nuit , en suivant les Frontieres
du Pays des Eduens , pour aller dans ce--
lui des Langrois. Quand il y est arrivé ,.
il donne ses ordres pour assembler ses
Troupes dans un même Lieu , avant que
»
les Auvergnats en puissent être avertis ;
ce qui étant cependant venu à la con-
noissance de Vercingentorix , ce Général
conduisit son Armée dans le Berry , d'où
il alla assieger Gergovia, Ville des Boyens,
Peuples qui avoient des motifs pour être.
plus attachés à César , et moins affection-
nés à la liberté Gauloise que les naturels
du Pays..
L'entreprise de Vercingentorix donna
de l'inquietude à César , qui craignoit
pour sa réputation , et que ses Alliés ne
comptassent plus sur lui , s'ils voyoient
que son secours leur manquoit au besoin;
lé courage de Gésar lu! fit passer sur tou-
tes les difficultés , qui auroient été capa
I.Wol!
bles i
"
JUIN.
1737.
10533
bles d'arrêter tout autre que lui. Il s'as-
sura des vivres pour son Armée auprès
des Eduens , et fit avertir les Boyens de
demeurer fidéles et de se défendre avec
vigueur , afin que se mettant en marche
pour les secourir , il eût le tems de les
joindre. Après avoir laissé deux Légions
à Agendicum , et les Equipages de toute
son Armée , il marche au secours des
Boyens , Duabus Agendici Legionibus re-
lictis atque impedimentis totius exercitus, ad
Boyos proficiscitur.
Je ne vois pas sur quel fondement on a
pû faire passerCésar par Agendicum, puis-
qu'il ne dit pas un mot qui le supose , et
qu'il fait même entendre le contraire. 11
parle de son arrivée dans le Pays de Lan-
gres , et raconte avec beaucoup d'ordre
et de précision les mesures qu'il prend ,
et finit son récit par son départ ; il avoit
assemblé son Armée dans un même Lieu
qu'il ne nomme pas , ses ordres étoient
donnés, avoit-il autre chose à faire, que
de partir ? Et ce qu'il dit , ne fait- il pas
connoître qu'il part du Lieu où ses Lé-
gions sétoient rendues ? If les auroit as-
semblées à Agendicum ,
*
s'il en avoit dû
partir , et on ne peut pas croire qu'il y
alt passé pour se donner lui - même un
soin aussi subalterne que d'y conduire
Il-Volt
Avji
deuxx
1054 MERCURE DE FRANCE
deux Légions , et les Equipages d'une
Armée, dans une conjoncture où il étoit
aussi pressé. Il remarque même , à la fin ,
de son VI. Livre , la distribution qu'il,
avoit faite de ses Légions avant que de
sortir desGaules pour aller en Italie.Il y en
avoit six à Agendicum , ainsi il put en ti-
rer quatre , et en laisser deux , et il lui.
étoit facile d'y faire conduire les Equipa-
ges
de l'Armée
sans y aller en person-
ne. Il a pû aussi assembler toutes ses Lé-
gions et en renvoyer deux à Agendicum,
avec les Equipages ; quoiqu'il en soit , de
la maniere dont cela s'est fait, ce sera cet
ordre qu'il a donné , qu'on aura pris.
pour une marche effective qu'il ait faite..
La situation des affaires de César ne.
lui permettoit pas d'ailleurs de passer par.
Agendicum , que presque tous les Sca-
vans prennent pour Sens , ce qui l'auroit:
obligé de traverser le Pays Ennemi ¡des.
Senonois , qui auroient inquiété son Ar-
mée , retardé sa marche , et même au-
roient pû lui couper les Vivres ; de sorte.
qu'il a dû ne pas s'écarter du Pays des
Eduens , Peuples qui étoient son unique.
ressource pour la subsistance de son Ar
mée:
On ne voit pas dans quel endroit du
Pays de Langres ,, César assembla cette
1. Vol.
Armée ; )
JUIN.
1737.
1055
Armée ; ainsi on ne peut pas dire qu'en
partant du Pays de Langres , il abrégeât
son chemin en passant par Agendicum
dans la circonstance où il se trouvoit ,
c'étoit avancer que de prendre même le
chemin le plus long , pourvû qu'il fût
le plus assuré , et on doit croire qu'il
avoit pris ses mésures de la maniere la
plus convenable à ses desseins.
César étant donc parti du Pays de
Langres , marche avec hâte , et arrive le
lendemain de son départ à une Ville des
Senonois , qu'il nomme Vellaunodunum ;
il dit lui-même les raisons qui l'obligent
de l'assieger , ne quem post se hostem relin
queret , quo expeditiore re frumentarià ute-
retur , oppugnare instituit. Il l'aproche en
effet , en fait la circonvallation en deux'
jours , et l'oblige de se rendre ; comme
il n'avoit pas plus de temps qu'il lui en
falloit , il laisse à Trébonius le soin de
faire executer la Capitulation , marchet
à grandes journées à Genabum , et y arri
ve en deux jours.
L Vol.
1
César ne dit rien de la situation de
Fellaunodunum. Pour la trouver il faut
chercher une Place frontiere des Seno-
nois et des Eduens , sur la route du Pays
de Langres pour aller sur la Loire.
Je trouve la Ville d'Avallon , dont le
>
Bailliage,
106 MERCURE DE FRANCE
Bailliage , qui est ancien , est une partiè
engagée dans le Diòcése de Langres, mais
je ne la propose qu'avec précaution et
sans prétendre décider.-
La situation d'Avallon est exprimée
par le mot de Vellaunodunum , qui pré-
sente à l'esprit, l'idée d'une Plaine, d'une
Vallée où il y a une éminence ; il n'est
pas nécessaire sans doute de rebatre aux
Sçavans l'étimologie de Dunum , après
ce que M. Lancelot et M. le Beuf en ont
dit , il y a dans le Pays même des preu-
ves qui fortifient le sentiment général
sur cette explication , qui est reçûë de
tout le monde.
La Ville d'Avallon est située à l'extré
mité d'une Plaine qui est bornée de cô-
téaux plantés de Vignes , qui produisent
ces Vins si estimés , et sur un rocher es-
carpé de trois côtés , entouré de larges
et profonds Vallons , sur lesquels elle
domine , dans une partie desquels cou-
le la Riviere de Cousain , Cusa amnis i
de sorte que ceux qui viennent du Mor-
vent , qui est au midi de cette Ville ,
sont obligés de descendre et de monter
plus qu'ils n'ont descendu , pour arriver
à cette même Ville .
On ne peut pas dire que l'épithete de
Dunn n'y convienne pas , sous prétex-
I fol
te,,
JUIN.
1737.
1057
te , que du côté de la Plaine elle est ac
cessible , puisque des trois autres elle est
sur une éminence qui domine tous les
aspects.
Si on raproche Vellaunodunum du noma™
d'Aballo ,on y trouve plûtôt un retran-
chement qu'un changement , Aballo se´
trouvant dans Vellauno , la lettre V. a
souvent été prise pour le B. et A. pour
E. dans les Mémoires Historiques et Cri-
tiques , attribués à Mezéray ; s'il n'y a
pas faute d'impression , on y lit Abullo ,
Avallon , ainsi Avellau , Abullo, Aballo,
sont un même nom, que les Copistes ou
lés prononciations ont défiguré. Bollan-
dus qui sçavoit les altérations auxque !--
les les noms de Villes sont sujets , dans
ses notes sur la vie de Saint Lubin , Evê-
que de Chartres , a pris Avallocium pour
Avallon , quoique ce soit Alluye au Pays
de Chartres , il n'y a qu'à voir Gregoire
4. c. 50. Avallocium Car
de Tours , liv . 4. c. 50.
natensem Castrum : surquoi Dom Ruinart´
observe qu'il s'est apellé depuis Alcium
ou Alogium , mais qu'il s'est écrit Al-
sium dans la plupart des Manuscrits , le
mot Aval,suivant Menage, signifie pente :
et descente. Les mots de Val et de Val-
lée rapellent cette signification. Avaller
-dans le sens qu'il a communément, étant
1. Vol .
1658 MERCURE DE FRANCE
métaphorique , et faisant allusion à la
descente des alimens , c'est peut-être ce
qui est entré dans l'esprit de l'Auteur
de la Chronique des Minimies , quand
il a dit d'Avallon , à l'occasion du Con-
vent de son Ordre qui y est établi , que
son nom lui venoit de sa situation , à
præter labente fluviolo cui incidet Aballo
dicitur. Ainsi le mot Aballo n'exprimera
qu'une partie de ce que Vellaunodunum
signifie , il présentoit à l'esprit la pente
et la descente en même temps que l'éle-
vation , comme un endroit où on ne fait
que monter et descendre ; au lieu qu'A
ballo n'exprime que la descente , ce qui
revient toujours au même , puisqu'on ne
peut descendre d'un endroit , qu'on ne
remonte pour y retourner.
Il paroît plus à propos de rendre ain-
si l'étymologie d'Avallon , que par une
autre explication du Celtique qui rend
celle de pomme et de pommier , suivant
un Dictionaire François Breton-Armo-
rique , imprimé en 1659. page 130 .
Adrien de Valois a reçû cette étymolo
gie, suivant laquelle Vellaunodunum pou-
roit signifier la même chose ; cependant
quoiqu'il soit plus juste d'expliquer les
noms de nos Villes anciennes par cette
Langue , que par ceux du Grec ou dự
1. Wo!..
Latin
JUIN.
I. Vol.
1737.
1059
Latin , il faut préférer l'explication qui
a un raport à la chose qu'on explique.
Je conviens qu'on ne trouve aucun
Monument qui prouve l'ancienneté d'A-
vallon , et que si on en exigeoit , je se-
rois réduit à la même excuse que ces fa-
milles douteuses qui se forment un titre
de leur obscurité , et qui ont perdu leurs
papiers dans des incendies ou des pilla-
ges ; cette raison ne seroit pas si mau-
vaise pour Avallon qui en a essuyé de
trop connus , pour que je sois obligé
d'en donner ici les preuves. J'ai oui - dire
à des personnes dignes de foy , qu'il y
avoit eu des restes d'Antiquité , mais
c'est comme s'ils n'avoient pas existé ;
on ne sçait ce que c'est , et on n'en voit
rien.
Il y a seulement quelques années qu'en
démolissant ( chés les Prêtres de la Doc-
trine Chrétienne qui gouvernent le Colle
ge ) les fondations du Château d'Aval-
lon , Castrum Avallonis ; on trouva sous
une grosse pierre du bled , dont l'écor-
ce étoit noircie , soit par vetusté , soit
par quelque opération qu'on avoit faite
pour en conserver la farine aussi saine
qu'elle étoit , deux Lyonceaux d'or , et
plusieurs Médailles; j'en ai vû une qui est
encore entre les mains de M. Vallon ,
Chanoine
1060 MERCURE DE FRANCE
Chanoine de l'Eglise Collégiale Notre-
Dame Saint Lazare de cette Ville , qui
est une consecration d'Auguste ; on y lit
Imp. Cas . au revers, Aug. avec un Aigle.
Je sçais bien que tous les murs dans
lesquels il y a des Médailles , n'ont pas
été bâtis dans le temps auquel ces Mé-
dailles ont été frapées , mais celle ci s'est'
trouvée avec plusieurs autres , avec du
bled , deux Lyonceaux , sous une pierre'
distinguée par sa grosseur , et la figure
ronde , qui servoit de fondement à un
mur de dix-huit à vingt pieds d'épais-
seur , dont l'ouvrage étoit si solide et
si massif , qu'un Ouvrier en pouvoit à
peine rompre deux ou trois pieds par
jour , c'est ce que j'ai vû à peu près dans
le même endroit , dans une autre occa-
sion , et ce qu'on avoit déja, vu dans le
temps que les Ursulines ont bâti leur
Convent , et toujours dans l'enceinte où
la Tradition du Pays , les anciens Titres:
et Terriers de la Ville et du Chapitre ,
placent le Châtel d'Avallon..
Ces Lyonceaux , ce bled , ces Médail-
les , me rapellent à ces anciennes super-
stitions , à l'occasion de la fondation ou
du rétablissement des Villes ou Bâti-
mens publics , dont on voit le détail
dans Tacite , 1. 4. Plutarque sur la Vie
1. Vol.
de
JUIN. 1737.
I. Vol.
1:61
de Romulus , Alex.ab Alex.l.6. c. 14. XC.
Ne feroit ce pas encore trop hazırder ,
de conjecturer que ce pouroit être Au-
guste qui auroit formé le Castrum Ava
lonis , pour y loger les Troupes qui de-
voient y pisser sur les grands chemins
qu'il y a fait faire , dont on voit les res-
tes , et dont il est fait mention dans l'I-
tinéraire d'Antonin , et les Tables des-
Peuttingers? Et la destination de ce Cas-
trum , pouroit faire rendre raison du re-
tranchement de Dunum , et de sa substi-
tution en sa place , ce qui lui est com-
mur. avec d'autres Villes. Quoi qu'il en-
soit,l'Itinéraire connu sous le nom d'An-
tonin , qui porte Aballo , ne contredit
pas cette opinion , les Sçavans ne sont
pas même d'accord sur son époque , que
l'on ne porte pas communément à la pre-
miere Antiquité.
Avallon est assés ancien pour pouvoir
être Vellaunodunum , on ajoute à ce que
l'on a déja dit , qu'on voit cette Ville
en considération du temps au moins
de Saint Germain , Evêque de Paris , qui
y avoit étudié , et de Saint Jean de
Reaume , pour avoir un Comte , des
Ecoles , et une étendue de Pays dont
elle étoit la Capitale , qui s'apelloit Pa-
gus Avalensis."
Si
1062 MERCURE DE FRANCE
Si on réunit ce que je dis sur l'ancien-
neté d'Avallon , son nom , sa situation ,
qu'elle est sur la route du Pays de Langres
pour aller sur la Loire , et frontiere aux
Eduens, en ne séparant pas toutes ces vûës,
je crois qu'elles forment au moins une for-
te conjecture pour mon sistême ; mais je
laisse aux Sçavans à décider, et je me sou-
mets d'avance à leur jugement.
Je sçais bien qu'on me peut faire , en
tr'autres objections , celle- ci ; que César
dit que Vellaunodunum est une Ville des
Senonois , et qu'Avallon est du Diocèse
d'Autun , et que les Diocèses Ecclesias-
tiques ont été formés sur le partage tem
porel des Provinces; d'où on doit conclu-
re, dira-t-on, qu'il faur chercher Vellan-
nodunum dans la Métropole de Sens.
Ce principe est vrai , mais il cesse de
l'être , si on en fait en route occasion
un usage trop rigoureux ; loin de le com-
battre,je prétends le recevoir et le rendre
plus certain en le resserrant dans ses bor-
nes , et faisant voir qu'il ne nuit pas à
ce que j'ai proposé.
On sçait que la Foy a été portée dans
les Gaules assés tard , ainsi les Eglises n'ont
pû être en état de faire entr'elles des
divisions de Diocèses que plus tard en-
core, et vraisemblablement depuis Cons-
1. Vol.
tantin
JUIN.
1737.
1063-
tantin.Or il est certain que les distinctions
des Provinces Ecclesiastiques n'ont été
formées que sur la division temporelle
qui subsistoit dans le temps que l'on a
fait ces divisions . C'est donc un Anacro-
nisme d'apliquer l'étenduë d'un Diocèse,
ou d'une Métropole à l'étenduë d'un Païs
du temps de César , puisque depuis lui
jusqu'à l'établissement des Diocèses Ec-
clesiastiques , il y a eu differens partages
de Provinces , et que l'autorité des Villes,
ou du moins de quelques-unes avoitit pas-
sé à d'autres , qui , par consequent, dans
P'Ordre Ecclesiastique étoient devenuës
les premieres. Les divisions des Diocèses
n'ont pas été reglées avec les premiers
Evêques, ce n'a dû être que quand ils ont
été dans un état fixe et tranquille, que les
changemens de Province n'en ont point
fait aux limites du Territoire Ecclesiasti-
que. On voit bien , par exemple , que le
Diocèse d'Autun , quelque étendu qu'il
soit , ne comprend pas tout le Pays des
Eduens ; que le Pays des Senonois n'est
pas exactement le territoire du Diocèse
de Sens , ni même celui de la Métropole;
la quatriéme Lyonnoise étant une divi .
sion posterieure , qui a donné l'étenduë à
la Métropole. M. de Tillemont T. 5. His.
toire des Empereurs , Art. 65. sur l'Em
1. Vol
pereur
1064 MERCURE DE FRANCE
pereur Honorius , raporte que cet Empe-
reur partagea la Lyonnoise en quatre
Provinces , que du tems de Gratien et de
Théodose , elle n'en faisoit que deux , dont
Lyon et Rouen étoient Métropoles
ainsi
c'est à Honoré que les Métropoles de Tours
et de Sens doivent leur Erection , aussi la
troisiéme Lyonnoise , qui est la Province de
Tours et la Senonoise sont marquées entre
·les dix-sept Provinces des Gaules dans la
Notice de l'Empire qu'on croit avoir été fai-
te du temps d'Honoré. M. de la Barre dans
un Mémoire sur les Divisions des Gaules,
imprimé dans les Mém. de Litt. T.8. p .
403 , prétend trouver la division des qua-
tre Lyonnoises avant 381. sous l'Empire
de Gratien. Quoi qu'il en soit, il ne faut
pas conclure que parce qu'uneVille n'est
aujourd'hui ni de la Métropole , ni du
Diocèse de Sens , qu'elle n'étoit pas du
temps de César dans le Pays des Seno-
nois , puisque cette Métropole a été for-
mée bienpostérieurement sur un partage
temporel tout different .
Il est plus que vraisemblable qu'Aval
lon , qui n'est éloigné que de deux ou
trois lieuës du Diocèse et du Bailliage
d'Auxerre , ait été compris dans le Pays
des Senonois ; le Pays des Eduens s'éten
doit moins de ce côté-là ; et César , après
1. Vol.
avoir
L. Vol,
JUIN.
1737.
1065
avoir pris Vellaunodunum, l'aura attribuée
aux Eduens. Enfin il y a eu depuis lui
jusqu'au temps de l'établissement des
Diocèses tant de changemens généraux
et particuliers, qu'on ne peut apliquer la
Division Ecclesiastique pour connoître à
quel Pays on doit attribuer une Ville du
temps de César,
Après la prise de Vellaunodunum, César
partit avec précipitation pour aller à Ge-
nabum. Ipse ut quamprimùm iter faceret ,
Genabum Carnutum proficiscitur. Il falloit
bien que ce fût l'endroit le plus près où
il pût passer la Loire , puisque ne s'étant
mis en marche que pour secourir Gergo-
via , qui n'étoit pas , comme il le dit lui-
même , en état de tenir long-temps , il
avoit trop d'interêt de ne pas prendre un
passage plus bas , pendant qu'il en trous
voit un plus près , et il falloit bien que
ce fût le seul endroit où il dût nécessai-
rement passer , puisque les Carnutes mé-
ditoient de la mettre en défense , et ne
s'étoient pas assés pressés d'y jetter les
secours nécessaires soit d'hommes , soit
de munitions , parce qu'ils croyoient que
le Siege de Vellaunodunum traîneroit en
longueur. Si la situation de leur Place ne
les avoit pas exposés les premiers , ils
n'auroient pas dû croire que César seroit
venu
1.066 MERCURE DE FRANCE
venu à eux après la prise de Vellaunodu-
num ; ce qui prouve , sans replique , que
c'étoit le seul passage convenable aux des-
seins de César.
Son objet assurément n'étoit pas d'al
ler s'amuser à se vanger de Genabum , il
n'y passoit que parce que c'étoit son che
min ; quand il part du Pays de Langres,
il mande aux Boïens qu'il marche à leur
secours ; il les exhorte à lui donner le
temps , par une vigoureuse resistance ,
de lesjoindre à propos.Gergovia étoit trop
peu considerable pour qu'il pût compter
pouvoir prendre Genabum avant que Ver-
cingentorix eût pris Gergovia , lui qui
doutoit même s'il auroit le temps d'y ar
river. On sçait les inquietudes que le
Siege de cette Place lui donnoit ; enfin
il ne párt l'hyver que pour la secou-
rir. On ne peut donc pas lui donner
d'autres motifs s'il passe à Genabum ,
que de prendre le chemin le plus court
pour y aller.
Il y a quantité d'inconveniens à croi-
re que César ne prend Genabum que pour
donner à ses Armes l'éclat d'une ven-
geance ; il y avoit sans doute plus d'éclat
à réussir dans son objet en arrêtant les
entreprises de ses Ennemis , en secourant
ses Alliés , et en ne laissant pas prendre
1. Vol.
Gergovia
JUIN.
1737.
1067
Gerrovia ne risquoit- il pas tout si cetre
Place tomboit entre les mains des Gau
lois ? ainsi c'est la nécessité du passag
qui détermine César à attaquer Genabum
et c'est ce qui me détermine à préférer
le sentiment de ceux qui prennent Gien
pour Genahum , à l'opinion de ceux qui
sont pour Orleans.
Cette marche que je fais faire à César,
en le faisant partir du Pays de Langres ,
et en prenant Avallon pour Vellaunodu
num , comme étant à peu près à égale
distance de Gien et de l'endroit où il
a voit assemblé ses Légions , qui est celui
d'où il part , puisqu'il arrive en deux
jours à Vellaunodunum ,
et qu'il met le
même espace de temps pour aller de
Vellaunodunum à Genabum , cette marche,
dis. je , s'accorde parfaitement avec l'idée
qu'en donne César. Il avoit une Armée
légere , qui n'avoit aucuns embarras d'é.
quipages , et il exprime fort clairement
qu'il va plus vite que de coûtume ; il ne
dit cependant pas qu'il fait de ces mar-
ches forcées et extraordinaires qu'on sçait
qu'il a quelquefois faites en d'autres oc-
casions, et qu'il a soin de remarquer: ain-
si il faut prendre le milieu entre ces gran-
des marches et une marche ordinaire, On
remarque , après Vegece , qu'un Soldat
1. Vol.
B
Romain
1068 MERCURE DE FRANCE
Romain faisoit en cinq heures d'Eté
gradu militari , vingt mille , ce qui re-
vient à six lieuës et demie . Or ceux qui
font passer César à Sens , et qui met-
tent Vellaunodunum entre cette Ville
Orleans , ne lui font faire que vingt qua
tre lieuës en quatre jours de marche ; re.
connoîtroit- on l'activité de César defal
re moins que de coûtume , quand il dit
qu'il en fait davantage , et qu'il s'étoiɛ
même, dans ce dessein, débarassé d'équis
pages? Il y a encore plus d'inconvenient
pour ceux qui , prenant Genabum pour
Gien , ne lui font faire que quinze lieuës
en quatrejours , en le faisant aussi pard
tir de Sens au lieu qu'en prenant Vel
launodunum pour Avallon , et le faisant
partir du Pays de Langres , on lu ficfait
faire dix de nos lieuës par jour, c'est crois
lieues et demie plus que l'ordinaire :
pouvoit-il faire moins étant obligé à faire
une marche plus forte ? et n'a ton
vû qu'il en a fait plus du double en une
nuit? c'est ce que les Partisans d'Orleans
prouvent par César même.
La nouvelle de la Révolution arrivée
à Genabum est portée en douze ou quinze
heures en Auvergne , qui , selon César
en est éloignée d'environ 160. mille , ce
qui revient à 52. lieuës , et prouve que
1. Vol.
JUIN.
1737.
1069
c'est plûtôt Gien qu'Orleans ; car quel-
que prompte qu'on puisse imaginer
qu'ait été la maniere dont les Gaulois se
communiquoient successivement
, par
des cris , ce qui se passoit d'un Pays à un
autre , il ne faut pas outrer la facilité de
cette communication , qui de Gien en
Auvergne aura toûjours été la plus promp-
te que les hommes puissent par eux- mê-
mes mettre en usage.
Quelqu'interessant qu'ait été cet éve-
nement , il arriva sans être médité ; les
Carnutes s'engagerent bien de faire la
premiere entreprise , mais on ne sçavoit
quand, et quelle elle seroit, et quoiqu'on
en répandît sur le champ la nouvelle , elle
ne le fut pas plus promptement que les
autres qu'on communiquoit par la même
voye ; il falloit toûjours que les uns at-
tendissent que ceux qui les devoient en-
tendre parussent , et ainsi des autres , à
moins de suposer qu'ils fussent tous prêts:
c'est ce qui n'est pas naturel à penser, et
ce qu'on ne peut faire dire à César sans
forcer son texte .
Gien est plûtôt à
2. lieuës d'Auver-
gne qu'Orleans qui en est à 12. ou 15.
lieues plus loin , et la distance que César
marque par mille, est plus exacte et plus
près de la verité que notre maniere de
1. Vol.
Bij compter
1070 MERCURE DE FRANCI
compter par lieues , parce que la differen
ce du nombre se trouveroit trop grande
il
y a près de so. mille de Gien à Orleans
et par consequent au lieu de 160. mille
ce sont 210. mille d'Orleans en Auver
gne. Nous disons plus aisément sc.OL
60. lieuës , qu'on ne diroit 150. ou 200
mille: enfin en donnant 15.heures pour l
temps de porter la nouvelle à 160. mille
il aura fallu 4. heu . et demie de plus pou
la porter d'Orleans en Auvergne , etc
plus ou ce moins n'auroit pas manque
d'être remarqué par César , puisque cet
évenement n'auroit pas été sçû , comme
J
il le fut , antè primam confectam vigiliam,
et qu'il l'auroit été 4. heures et demie
plus tard. Aymoin est l'Auteur de l'o
pinion qu'Orleans est Genabum : son au
torité en fait de critique n'est pas assés
bien établie pour qu'il en soit crû sans
༈༙་
nous en avoir cité d'autres pour apuyer
la sienne , et je crois qu'avec Aymoin ,
Hugues de Fleury , le Poëte Gilles de
Paris , la question peut demeurer en son
entier. Peut-on aussi compter tous ceux
qui ont traduit Genabura Orleans , et
ceux qui aportent en faveur de leur opi-
nion , le nom de Genabum par- tout où ils
le trouvent? Tant de personnes ont mis
la main au Livre d'Aymoin , que son
1. Vol.
passage
JUIN.
1737.
1071
passage poutoit bien être une Note in-
serée dans son Texte, et l'autorité qu'on
lui veut donner sur ce qu'il a demeuré
dans le voisinage d'Orleans et de Gien ,
ne presente toûjours que la question de
sçavoir s'il a bien connu ce Pays-là ; cette
demeure pouvoit- elle lui faire connoître
un Fait tel que celui dont il s'agissoit ?
Glaber , qui avoit été Moine à Saint
Germain d'Auxerre , et que l'on croit
même être né en cette Ville , qui n'est
pas fort éloignée de Gien et d'Orleans ,
prétend que cette dernière Ville n'a cu
son nom que de sa situation sur la Loire,
quasi ore Ligerianâ eo videlicet quod in ore
ejufdem Fluminis ripa sit constituta , non
quidam minus cauti existimant ab Aure-
liano Augusto.
M. de Tillemont T. 3. sur la Vie de
Empereur Aurelien
>
a suivi le senti-
ment d'Oton de Frisingue. Cet Empereur
vint , dit il , dans les Gaules ; on ne dit
pas ce qu'ily fit , selon Zonare & le Syn-
celle , il semble qu'il y soit venu à cause de
quelque rébellion des Gaulois , qu'il apai-
sa bien tôt. Le Maire , dans son Histoire
d'Orleans , cite beaucoup de Modernes
qui croyent que cette Ville a été rebâtie par
Aurelien , et le nom Latin qu'elle portoit
dès le cinquième Siecle au moins sen ble ne
I. Vol.
Biij.
venir
T072 MERCURE DE FRANCE
venir que de lui.C'est donc sur l'Analogie
du nom Latin d'Orleans , que cet Au-
teur , si respecté des Sçavans , l'attribuëà
Aurelien,plûtôt que sur l'autorité des Mo
dernes , et il ne passe pas pour cela à l'o-
pinion de ceux qui la font descendre de
Genabum. Il ajoûte même que le nom
Latin d'Aurelianis étoit celui qu'elle por-
toit au moins dès le cinquiéme Siecles
elle n'en avoit donc pas alors d'autr
sous lequel elle fût communément con-
nuë ; ainsi le passage de Gregoire de
Tours dans la Vie de S. Nisier , Evêque
de Lyon , est entierement décisif ; bien
loin de pouvoir être tourné en objection .
Cet Auteur fait mention de Genabensis
Galliarum Urbs : il y désigne une Vill
dont il n'avoit pas encore parlé , et i
falloit que cette Ville ne fût pas alor
bien connue , puisqu'il étoit obligé d'a
joûter , pour qu'on ne s'y méprît pas
que c'étoit une Ville des Gaules. Auroit-
il ainsi parlé d'Orleans qui étoit dans
son état brillant ? Pourquoi l'auroit- il
ainsi obscurcie sans la faire paroître , lui
qui en parle en plus de cinq uante occa-
sions sous le nom de Aurelianis ? Pour
quoi dans ce seul endroit auroit- il don-
né un nom qui n'étoit pas le nom connu
et en usage ? Il faut donc conclure du
I. Vol.
passage
I. Vol.
JUIN.
1737.
1073
passage de Gregoire de Tours , qu'il y
avoit de son temps une Ville de Gena-
bum , et la Ville d'Aurelien , et que ces
deux noms sont de deux Villes differen-
tes. La seule raison qui a fait croire à
Dom Ruinart que Genabensis Vrbs étoit
Orleans ,
c'est que Gregoire de Tours
avoit déja fait mention de Genêve sous
le nom de Januba.
On objecte contre Gien le passage de
Strabon qui place Genabum environ , fe
rè, au milieu de la Loire , restriction qui
rend son expression toûjours douteuse ,
et qui ne doit pas faire chercher Gena-
bum au milieu de ce Fleuve . C'est déci-
der ce qu'il ne décide pas , de tirer la
conséquence que cela s'aplique plûtôt à
la situation d'Orleans qu'à celle de Gien ;
puisque quand il s'en faudroit 15. lieuës,
cela n'empêcheroit pas que , sans accu-
ser Strabon de s'être trompé , on ne pût
dire , sans erreur , que Gien est presque
au milieu de ce Fleuve , par raport à son
long cours ; et je crois qu'à le bien pren-
dre , Gien est plûtôt au milieu de la Loi-
re qu'Orleans.
On ajoûte que Genabum étant le Mar-
ché principal des Carnutes qui venoient
y commercer , cela convient mieux , dit-
on, à Orleans, qui est plus près de Char-
Biiij.
tress
1074 MERCURE DE FRANCE
tres que Gien; mais c'est tout au plus une .
raison de convenance. Quand on parle
des Carnutes , cela doit s'entendre de tout
le Pays , aussi -bien que des Peuples de
la Capitale , et ce n'est pas toujours la
proximité d'une Ville d'un Pays avec la
Capitale , qui lui est la source de son
commerce ; c'est elle- même qui par sa
situation avec l'Etranger le porte au Pays.
C'étoit Genabum qui fournissoit les Car-
nutes , et portoit la richesse et l'abondan-
ce dans le Pays , sans avoir besoin d'être
plus près de Chartres. Il faut faire atten-
tion à l'état des Gaules , qui la rendoit
alors le rendez- vous des Peuples dont
elle étoit voisine.
Strabon justifie la maniere dont je ré-
.
ponds , en parlant du commerce du Rhô-
ne : il dit que la rapidité de ce Fleuve
rendant la navigation difficile à ceux qui
le remontoient , on transportoit les mar-
chandises par terre chés les Auvergnats ,.
et sur la Loire : Gien , auroit sans doute
été bien plus à portée qu'Orleans d'être
l'Entrepôt de ce commerce , et la pre-
miere Place considérable qui auroit reçû
ces marchandises. N'étoit- elle pas dans
une meilleure situation qu'Orleans par ra-
port à l'état de Gaules les Auvergnats y
venoient par la Loire ; elle étoit frontiere
I. Vol.
aux
JUIN.
I Vole
1737.
1075
aux Peuples du Berry , aux Eduens, aux
Senonois, &c. Cela ne valoit- il pas mieux
que d'être dans la situation d'Orleans et
plus près de Chartres ?
Le Maire, dans son Histoire d'Orleans ,
ajoûte qu'une suite de ce commerce ,
c'est que l'Evêque et le Chapitre de Char-
tres faisoient anciennement tous les ans une
Procession à Orleans; ce qui prouvoit , sc-
lon lui ,l'habitude des deux Peuples d'aller
les uns chés les autres Il faut, suivant ce
raisonnement qu'il n'y ait eu aucune inter-
ruption entre le commerce des Chartrains
et Genabum avec l'établissement des Pro-
cessions dans l'Eglise ,pour que l'on puisse
dire que l'un a été l'occasion de l'autre
et c'est ce qu'on ne peut soutenir : la cé-
lébrité d'Orleans , et le commerce qui
y a été porté depuis , en pouroit être la
seule cause, puisque cela aproche plus du
temps des Processions : il seroit même
peut-être plus naturel de donner à cet
établissement une origine plus pieuse
Enfin, pour tirer une consequence justė,
il faut prouver qu'Orleans est Genabum
autrement on tombe dans une petition
de principe.
On ajoûte encore que les chemins Ro-
mains dont on trouve des vestiges consi--
derables , conduisent de Chartres à Or-
Biv
leans>
1076 MERCURE DE FRANCE
leans , sans faire voir qu'ils ayent existé
avant Aurelien; quoi que ce soit Auguste
qui ait fait travailler le premier aux
grands chemins dans les Gaules, on sçait
qu'il ne les a pas tous faits , et Bergier
entre dans un grand détail du soin avec
lequel les Empereurs qui ont suivi , les
entretenoient , et formoient de nouvel
les communications entre les Villes.
On compte ensuite les distances de Ge
nabum à Paris , et on fait la même opera-
tion en suivant la route jusqu'à Autun ,
et on prétend que , par l'évaluation des
Milliaires sur nos lieuës , il est impossi-
ble que Gien soit l'ancien Genabum , puis
qu'Orleans se trouve précisément à la
même distance de ces Villes que Gena-
bum.
Mais sans entrer dans tout le détail de
la réponse qu'on pouroit faire, qui deman-
deroit beaucoup d'étendue , on croit que
ce qu'on a dit , affoiblit d'avance l'im-
pression que peut faire cette objection ,
qui est , à le bien prendre , la seule qui
reste aux Partisans d'Orleans. On sçait
que l'Itineraire est une piece suspecte et
fort peu exacte, puisqu'on convient qu'il
y a des lacunes en plusieurs endroits ,
que les noms des Villes y sont alterés ,
que les Milliaires ne sont pas sûrs , que
4. Fol..
les
IVol.
JUIN.
1737.
1077
Yes Sçavans ne sont pas même d'accord
sur plusieurs routes ; de sorte qu'on ne
doit pas se servir de l'Itineraire pour déci-
der des points obscurs : tout au contraire,
on vérifie l'Itineraire sur les connoissan-
ces que l'on a , et on ne s'en sert pas
comme on a fait avec des conjectures.
Il est inutile de faire valoir la célébrité
d'Orleans sous la premiere Race de nos
Rois , qu'elle a été Capitale, &c . Cela ne
peut pas prouver qu'elle ait été Genabum,
ni qu'elle fût ancienne ; ces raisons ne
déterminent pas pour y porter la Cour
d'un Roy , et ces sortes de distinctions
peuvent fort bien convenir à une Ville
nouvellement bâtie, qui a ordinairement
plus d'agrément qu'une Ville qui n'a que
le mérite de son ancienneté.
On veut encore que Gien justifie des
Monumens anciens , ce qui est hors du
cas ; puisque cette Ville , en la prenant
pour Genabum, ayant été détruite et brû--
lée par César , n'ayant pas eu de Restau-
rateur, et les Romains n'y ayant pas laissé
de ces Ouvrages immortels , n'aura rien
conservé ; combien de Villes anciennes ,
reconnues pour telles , qui n'ont aucuns
monumens de ces Maîtres du Monde ?
Cela peut même s'accorder avec ce qu'on'
Groit d'Orleans , qui ayant été bâtie , ou
Bvj
retablie
1078 MERCURE DE FRANCE
retablie par Aurelien , aura reçu tout le
commerce avec plus d'avantages qu'auci
ne autre Ville : les Peuples mêmes de Gena-
bum , élevés au commerce , auront été
s'y établir;
et ce sera ainsi qu'Orleans
aura été formée des débris de Genabur
qui sera demeurée une Ville peu consi-
dérable : il n'en faut pas davantage pour.
faire naître de ces Traditions populaires
qui se corrompent toûjours , et qui dans
les temps ténebreux de la Litterature, au-
ront été adoptées par Aymoin , & c.
La question que l'on fait , si Gien sub-
sistoit , est la question même ; si elle est
Genabum , elle subsistoit ; si elle est Ge-
nabum , elle avoit un Pont. Il pouvoit y
en avoir plus bas , mais il ne s'agit pas
de celui - là . Enfin le nom qu'elle porte
est d'une grande considération pour
apuyer ce sistême ,
il fait autant croire
que Gien est Genabum , que le nom d'Or
leans peut prouver qu'elle tire son ori-
gine de l'Empereur Aurelien , suivant
M. de Tillemont , il n'y en a pas d'au-
tre preuve. Les noms de Giemus, Gie-
macum, Giemum , qu'elle a porté dans les
temps de la basse Latinité, sont-ils plus
éloignés de Genabum que ceux de quan
tité de Villes qu'on reconnoît avec de
pareilles alterations ?.
I..Vol.
Ons
JUIN.
1737.
1079
On fait encore la même objection à
Gien que celle que j'ai prévu pour Aval
lon , en disant qu'elle est aujourd'hui du
Diocèse d'Auxerre et de la Métropole
de Sens : d'où on conclut qu'elle a dû être
du Pays des Senonois , et qu'elle ne peut
avoir été Genabum , qui étoit du Pays des
Carnutes. Je ne repeterai pas ce que j'ai
dit sur le principe en général , jajoûterai
seulement que le Lieu où est Gien apar-
tenoit incontestablement aux Carnutes
puisque la Loire passoit , suivant Stra
bon , chés les Auvergnats , et dans le
Pays des Carnutes; et il ne dit pas qu'elle
passât chés les Senonois. Enfin ce qui ne
peut convenir à Orleans , et désigne ab-
solument Gien , c'est que César , après-
avoir pris Genabum , entre dans le Pays
de Berry.
Dire que Gien auroit eu l'Evêché si
elle avoit été Genabum, c'est vouloir faire
croire que ces établissemens ont été faits
les Titres à la main , en examinant l'an--
cienneté des Villes , et que les Apôtres
des Gaules , et ceux qui ont fondé des
Eglises , n'ont pas plûtôt fait attention
à d'autres avantages plus propres à ré
pandre la Foy Pourquoi Decise , Me-
lun , &c. n'ont elles pas d'Evêques ? Ces:
Villes ont parû avant Lyon , qui est
14Vol..
cependant
TOS MERCURE DE FRANCE
cependant apellée la Mere des autres
Eglises. C'est que Lyon avoit dans ce
temps là des avantages qui la faisoient
regarder , à juste titre , comme une Ville
des plus considérables par le concours
des Etrangers. N'étoit- il pas plus natu-
rel qu'Orleans , qui sortoit , pour ainsi
dire , des mains d'Aurelien , eût un Evê-
que , que Gien , qui n'avoit que le sou-
venir de son ancienneté , inuțile à l'éta-
blissement d'un Evêché ? cela même au-
ra dû se faire en suivant le rang que
les Villes tenoient dans l'ordre civil , par
les Prérogatives qu'Aurelien aura accor-
dées à sa Ville. Je ne prétens pas enlever
à Orleans aucun de ses avantages ,
ni
même son ancienneté , elle peut avoir
précedé Aurelien , sans avoir été Gena-
bum. Quand elle ne prendroit son origi-
ne que de ce Prince , elle l'emporteroit
toûjours sur quantité de Villes du Royau-
me , par l'éclat avec lequel elle a parû,
et les Grands Hommes qui en sont sortis ,
et ceux qui y vivent encore.
On me reprochera peut- être de m'être
trop attaché à des conjectures , & à l'A-
nalogie ; je ne donne pas les conjectures
pour des preuves; j'ai cru avoir droit d'en'
faire usage dans des questions où on ne
peut que m'en oposer ; pour l'Analogie ,
I,Vol
jai:
JUIN.
1737
To81
fai évité les deux excès de la mépriser, et
d'en faire trop de cas ; je ne m'y suis pas
abandonné sans regle , puisque je l'ai ac-
cordée avec la position de Lieux.
31. Janvier 1737.
Fermer
2781
p. 1081-1082
ETRENNES.
Début :
Puisque voulez que je vous donne Etrenne [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ETRENNES.
ETRENNES.
Puisque voulez que je vous donne Etrenne
De quelques Vers, pour de l'an le premier ,.
En voici donc que d'une aride Veine ,
J'arrache avec moult chagrinante peine
Pour vous marquer que bonheur tout entier,
Que de plaisirs , trop cruelle Climene ,
Par celui-là que sans aucun quartier ,
Vous prenez goût de mettre dans la gêne ,
Est désiré pour vous plus d'un millier.
Point l'avez crû lorsque sur le papier
Le Notaire a griffonné votre chaîne ,
Avec celui qui comme un vieux Rentier ,,
Silencieux pendant un jour entier ,
Même avec vous pouroit rester sans peine.;
Il m'a fallu souscrire à vos désirs ;
Mais quel'amour mon cœur vous sacrife ?
Fatal Hymen ! que de tendres plaisirs ,
J'aurois goûté pendant toute ma vie !
Tout promettoit succès à mon ardeur ;
Les premiers feux de votre jeune cœur ,
L.Vol.
Farent
fo82 MERCURE DE FRANCE
Furent pour moi ; que n'ai-je un peu plus d'âge!
Oui , malgré tout , jeunesse et voisinage ,
Vous me quittez , pour qui ? Pourun Rival
;
Plus près que moi de son terme fatal ;
Entre-nous deux , voilà la différence ,
Quoi la vieillesse obtient la préference !
Pardon , mes vers peut-être sont trop francs.
Mais puis -je moins dans mes ennuis pressans?
Attendez-vous dans ma douleur mortelle ,
Qu'à votre égard plus Poëte qu'Amant ,
Et de mon cœur trahissant la querelle ,
Pour présider à votre accouchement ,
J'implore encor le secours de Lucine
Et qu'en beaux vers , je chante l'origine
D'un bel Enfant ? je suis votre valet ;
C'est bien assés d'envoyer ce bouquet. `
Reganhac , fils.
Puisque voulez que je vous donne Etrenne
De quelques Vers, pour de l'an le premier ,.
En voici donc que d'une aride Veine ,
J'arrache avec moult chagrinante peine
Pour vous marquer que bonheur tout entier,
Que de plaisirs , trop cruelle Climene ,
Par celui-là que sans aucun quartier ,
Vous prenez goût de mettre dans la gêne ,
Est désiré pour vous plus d'un millier.
Point l'avez crû lorsque sur le papier
Le Notaire a griffonné votre chaîne ,
Avec celui qui comme un vieux Rentier ,,
Silencieux pendant un jour entier ,
Même avec vous pouroit rester sans peine.;
Il m'a fallu souscrire à vos désirs ;
Mais quel'amour mon cœur vous sacrife ?
Fatal Hymen ! que de tendres plaisirs ,
J'aurois goûté pendant toute ma vie !
Tout promettoit succès à mon ardeur ;
Les premiers feux de votre jeune cœur ,
L.Vol.
Farent
fo82 MERCURE DE FRANCE
Furent pour moi ; que n'ai-je un peu plus d'âge!
Oui , malgré tout , jeunesse et voisinage ,
Vous me quittez , pour qui ? Pourun Rival
;
Plus près que moi de son terme fatal ;
Entre-nous deux , voilà la différence ,
Quoi la vieillesse obtient la préference !
Pardon , mes vers peut-être sont trop francs.
Mais puis -je moins dans mes ennuis pressans?
Attendez-vous dans ma douleur mortelle ,
Qu'à votre égard plus Poëte qu'Amant ,
Et de mon cœur trahissant la querelle ,
Pour présider à votre accouchement ,
J'implore encor le secours de Lucine
Et qu'en beaux vers , je chante l'origine
D'un bel Enfant ? je suis votre valet ;
C'est bien assés d'envoyer ce bouquet. `
Reganhac , fils.
Fermer
2782
p. 1082-1115
DISSERTATION sur l'Origine du Papier et Parchemin timbré, les Lieux où cette Formalité est établie, son Objet, ses Effets, et diverses questions auxquelles elle peut donner lieu. Par M. A. G. Boucher d'Argis, Avocat au Parlement.
Début :
Quoique l'établissement du Papier et Parchemin timbré en France ne [...]
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texteReconnaissance textuelle : DISSERTATION sur l'Origine du Papier et Parchemin timbré, les Lieux où cette Formalité est établie, son Objet, ses Effets, et diverses questions auxquelles elle peut donner lieu. Par M. A. G. Boucher d'Argis, Avocat au Parlement.
DISSERTATION sur l'Origine du
Papier et Parchemin timbré, les Lieux
où cette Formalité est établie, son Objet,
ses Effets, et diverses questions auxquelles
elle peut donner lieu. Par M. A. G.
Boucher d'Argis, Avocat au Parlement.
Quoique l'établissement du Papier
et Parchemin timbré en France ne
Q
remonte guere qu'à 60. et quelques an
I Vol.
2
nées
JUIN.
1737.
1033
nées, et que cette matiere semble d'abord
être purement de Finance , la formalité
du Timbre en général , ne laisse pas d'ê-
tre fort ancienne , et de faire naître di-
verses questions , dont la décision dé-
pend des principes du Droit et de l'é-
quité naturelle.
C'est sous ce point de vûë que l'on se
propose de discuter ici cette matiere , et
seulement en ce qui est du Ressort de la
Jurisprudence .
19. Il paroîtra peut- être singulier que
l'on fasse remonter l'origine du Papier
timbré jusqu'au temps des Romains : ce-
pendant il est constant que cette forma-
lité ne leur étoit pas totalement incon-
nuë.
En effet , l'Empereur Justinien , con-
siderant le grand nombre d'Actes que les
Tabellions de Constantinople recevoient
journellement , et voulant prévenir cer-
taines faussetés qui pouvoient s'y glis-
ser , par sa Novelle 44. publiée l'an 537.
suivant les Fastes Consulaires ch. 2.
* Novella 44. de Tabellionibus , et ut Protoco-
la dimittant in
chartis. Imperator Justinianus
August. Joanni Prafect.Prator. iterùm Exconsuli et
Patricio. Litem , &c. Cap. II .
Illud quoque prasenti adjicimus Legi , ut Ta-
beliones non in aliâ charta purafcribant documen
ta , nisi in illâ qua in initio ( quod vocatur Proto-
I.Vol.
donna
7084 MERCURE DE FRANCE
donna que ces Tabellions ne pouroient
recevoir les Originaux des Actes de leur
ministere que sur du Papier en tête du-
quel (ce qu'on apelloit le Protocole ) se-
roit marqué le nom de l'Intendant des
Finances qui seroit alors en place , le
temps auquel auroit été fabriqué le pa-
pier, et les autres chosesque l'on avoit coû
tume de mettre en tête de ces papiers des-
colum per tempora gloriosissimi Comitis sacrarum
nostrarum largitionum habeat appellationem , et
tempus quo Charta facta est , et quacumque in ta-
libus scribuntur , et ut Protocolum non incidant
sed insertum relinquant. Novimus enim multas
falsitates ex talibus chartis ostensas et priùs et nunc;
ideóque licet aliqua sit charta ( nam et hoc san-
cimus ) habens Protocolum non ita conscriptum
sed aliam quandam scripturam gerens , neque il-
lam suscipiant , tanquam adulteram , et ad talia'.
non opportunam: sed in sola ali chartâ qualem du-
dum diximus,documenta scribant: hoc itaque qua de
qualitate talium chartarum à nobis decreta sunt ,
et de incisione eorum qua vocantur Protocola ,
lere in hac felicissimâ solùm Civitate volumus, ubi
plurima quidem contrahentium multitudo , multa
quoque chartarum abundantia est ,
modo interesse negotiis ,
X1 x. Kalend. Septembris
1. Vol.
va-
et licet legali´
et non dare occasionem
quibufdam falsitatem committere : cui se obnoxios
existere demonstrabunt , qui prater hac aliquid'
agere prasumpserint : que igitur placuerunt nobis
et per hanc sanctam declarata sunt Legem : tua
eelsitudo operi effectuique tradere festinet. Datum
tinés
1. Vol.
JUIN.
1737.
1085
tinés à écrire les Originaux des Actes que
recevoient les Tabellions de Constanti-
nople , ce que l'on apelloit , suivant la
Glose et les Interprétes , Imbreviaturam
totius contractus; c'est-à dire un Titre qui
annonçoit sommairement la qualité et
substance de l'Acte.
Par cette même Novelle l'Empereur
défendoit aussi aux Tabellions de Cons-
tantinople de couper ces marques et ti-
tres qui devoient être en tête de leurs-
Actes : il leur enjoignoit de les laisser
sans aucune altération , et défendoit aux
Juges d'avoir égard aux Actes écrits sur
du papier qui ne seroit pas revêtu en tê-
te de ces marques , quelques autres ti
tres ou Protocoles qui y fussent écrits.
Cette origine des Papiers et Parche
mins timbrés a été remarquée par M.de
Bâville , Intendant de Languedoc , dans
les Mémoires ( a ) qu'il a fait pour ser-
vir à l'Histoire de cette Province , dans
lesquels , en parlant du Domaine , il dit
que comme il y a deux Généralités (b )
( a )Ces Mémoiresfurent faits pour l'instruction
de M. le Duc de Bourgogne en l'année 1697. On
les a imprimé depuis sous le nom fent d'Amster-
dam 1734. mais le vrai lieu de cette Edition est
Marseille.
( b) Il n'y avoit alors dans le Languedoc que
dans
1086 MERCURE DE FRANCE
dans leLanguedoc, il y a aussi deux Sous-
Fernres du Domaine ; l'une pour la Gé-
néralité de Toulouse , l'autre pour la Gé-
néralité de Montpellier , et que dans ces
Sous-Fermes sont compris le Papier tim-
bré , les Fórmules et le Contrôle des
Exploits , et à ce propos il remarque, en
passant , que le Papier timbré n'a pas été
inconnu aux Romains , puisqu'on voiť
par la Novelle 44. qu'ils avoient une es-
pece particuliere de papier pour écrire
les Originaux des Actes des Notaires ,
lequel portoit la marque que l'Intendant
des Finances vouloit y faire aposer , et
la date du temps auquel il avoit été
fait.
On ne peut donc pas disconvenir que
la formalité du papier timbré étoit déja
en quelque usage chés les Romains , puis-
que les titres,dates et autres marques qui
devoient être aposées en tête du papier des-
tiné à écrire les Actes originaux des Ta-
bellions de Constantinople , étoient une
espece de Timbre qui avoit le même ob-
jet que ceux qui sont aujourd'hui usités
en France et dans plusieurs autres Pays.
II. Mais il est vrai qu'à l'exception
de la Ville de Constantinople , où cette
ces deux Généralités , aujourd'hui il y en a trois
sçavoir , Toulouse , Montpellier et Montauban.
1. Vol.
formalité
JUIN.
1087
1737.
formalité étoit établie , et pour les Actes
des Tabellions seulement , les Grecs , les
Romains et les autres Nations ne se ser-
voient point anciennement de papier et
Parchemin timbré : il n'y avoit alors au-
cune marque sur les Actes publics qui
les distinguât des écritures privées , car
les Grecs et les Romains n'avoient point
de Sceaux publics , ils n'avoient que des
Sceaux particuliers , ou plûtôt de simples
Cachets qu'ils aposoient aux Actes, au
Heu de signature , comme cela s'est pra-
tiqué long- tems dans plusieurs Pays , et
même autrefois en France , à cause qu'il
y avoit alors peu de personnes qui sçûs-
:
lesquels Sccaux particuliers
sent écrire
n'avoient aucun raport avec les Timbres
dont nous parlons.
III. On tient communément que le
Papier et le Parchemin timbré commen-
cerent à être établis en Espagne et en
Hollande vers l'an 1555.
IV. Ils le furent ensuite en Allema-
gne et dans les Pays-Bas de la Domina-
tion Impériale je n'ai pas trouvé l'Epo-
que précise du temps auquel ils com-
mencerent à y être en usage
mais
je puis assurer qu'il y en avoit du-
moins dès 1668. car j'ai vu un Acte reçû
par des Notaires à Bruxelles daté du 20 .
Février
L.Vol.
088 MERCURE DE FRANCE
Février 1668. qui étoit sur du papier
timbré.
J'ai remarqué deux choses particulie
res au Timbre qui est usité dans ces
Pays.
La premiere, est qu'ils ne sont point
frapés avec un Poinçon , comme ceux
qui sont usités en France et dans plusieurs
autres endroits , mais imprimés avec une
planche de cuivre, comme les Estampes.
La seconde , est que lorsqu'un Acte est
composé de plusieurs feuilles , il suffit
que la premiere soit de Papier timbré, les
autres que l'on insere au dedans peuvent
être de papier commun , au lieu qu'en
France et dans la plupart des autres en-
droits , où les Papiers et Parchemins tim-
brés sont établis, il fautque chaque feüil-
le employée aux Actes publics porte son
timbre.
V. On se sert aussi de papiers et par-
chemins timbrés pour les Actes publics
dans toute l'Angleterre , l'Ecosse et l'Ir-
lande : le Timbre que l'on y apose est
frapé avec un Poinçon , mais il n'y a
point d'encre ni aucune autre couleur
dans le Poinçon , ensorte que le Timbre
qu'il imprime ne paroît que parce qu'il
y a un peu de relief.
Ce Timbre d'Angleterre ne contient
I. Vol.
poinc
JUIN.
1737
1089
point les Armes du Roy , comme la plû-
part des autres Timbres : il est composé
de trois especes d'Ecussons accollés , char-
gés chacun d'une Rose , au tour de la-
quelle sont écrits ces mots : Honny soit
qui mal y pense , qui sont le cri des Ar
mes d'Angleterre.
VI. Les Papiers et Parchemins tim-
brés sont aussi en usage en Lorraine et
dans le Barrois , en Italie , dans le Com-
tat d'Avignon , et dans plusieurs autres
Etats de l'Europe.
VII. Pour ce qui est de la France ,
Louis XIV . étant lors à Paris, donna un
Edit au mois de Mars 1655. portant éta-
blissement d'une Marque sur le Papier et
le Parchemin pour la validité de tous les
Actes qui s'expedieroient dans le Royau-
me. Cet Edit fut enregistré en Parlement,
en la Chambre des Comptes , et en la
Cour des Aydes le 20. du même mois . Il
est à la Chambre des Comptes au je Vo-
lume des Ordonnances de Louis XI V.
coté 3. n. folio 69. et il en est fait men-
tion dans le Recueil des Ordonnances
Edits , &c. par M. Blanchart : mais cet
Edit n'eut pour lors aucune execution.
Ce ne fut qu'en 1673. qu'on ordon-
na de nouveau l'usage des Papiers et Par-
chemins timbrés , à l'occasion des For-
1. Vol.
mules
1090 MERCURE DE FRANCE
mules qui devoient être dressées pour
tous les Actes publics ; le Roy ayant re-
glé la forme de la procédure , tant au
Civil qu'au Criminel , par ses Ordon-
nances de 1.667. et 1670. et ordonné que
cette nouvelle forme de proceder seroit
suivie dans tout son Royame , pour faci-
liter l'execution de ses Reglemens , et
faire cesser les divers stiles particuliers
qui s'observoient dans chaque Tribunal ,
donna une Déclaration le 19. Mars 1673 .
par laquelle il ordonna qu'il seroit dres-
sé un Recueil de Formules , tant des Ac-
tes Judiciaires que des Actes des Notai-
res , pour y avoir recours au besoin , et
que sur ces Formules il seroit imprimé
des Exemplaires de chaque nature d'Ac-
tes , lesquels seroient marqués en tête d'u-
ne Fleur-de- lys , et timbrés de la qualité et
substance des Actes , comme aussi du Droit
qui seroit perçu pour chaque Acre , sui-
vant la Taxe qui en seroit faite au Con..
seil.
Les Formules d'Actes ordonnées par
cette Déclaration n'ont jamais eu lieu ,
parce que l'on y trouva trop de difficulté
et d'inconveniens : mais le Roy donna
une autre Déclaration au mois de Juillet
1673. registrée au Parlement le 10. du
même mois , par laquelle , en attendant
I. Vol.
que
JUIN.
1737.
1091
que les Formules fussent perfectionnées,il
ordonna queles Actes publics ne pouroient
être écrits que sur du papier et parche-
min timbré , comme ils devoient l'être
pour les Formules , avec cette difference
seulement , que le corps de l'Acte seroit
entierement écrit à la main.
Depuis ce Reglement on commença
à écrire les Actes publics sur du papier et
parchemin timbré
,
et on a toujours
continué jusqu'à present ; il y a scule-
ment eu des augmentations et diminu-
tions de Droits sur ces papiers , et divers
changemens dans la Formule des Tim-
bres mais l'objet de cette Dissertation
n'est pas de raporter ici tous ces Regle-
mens , encore moins d'entrer dans le dé-
tail des peines pecuniaires pronon-
cées contre ceux qui commettent à cet
égard quelque contravention ; cette pa : 3
tie qui ne concerne que la Finance
a été traitée par le Sr Deniset , Inte-
ressé dans les Fermes du Roy , lequel en
1715. a donné au Public un Volume in-
12. sous le titre de Recueil des Formules
des Papiers et Parchemins timbrés , & c.
dans lequel il a raporté les divers Regle
mens faits sur ce sujet, même les. Tarifs
des Droits , et les Baux faits aux Adju-
›
dicataires de cette Ferme, avec des Ob-
1. Vol.
C servations
1092 MERCURE DE FRANCE
servations sur la perception de ces Droits,
sur les Fonctions des Préposés et Com-
mis , &c. Ceux qui voudront en voir
davantage à cet égard , peuvent avoir re-
cours à ce Recučil.
VIII. J'observerai seulement que
depuis 1715. date de l'Edition de ce Re-
cueil , il est survenu deux Déclarations
au sujet des Papiers et Parchemins tim
brés.
Par la premiere , qui est du 7. Déa
cembre 1723. registrée en Parlement le
22. du même mois, le Roy en suprimant
la Formalité du Controlle des Actes des
Notaires au Châtelet de Paris , avoit éta-
bli divers Timbres particuliers , qui de-
voient être aposés sur les Actes qu'ils
recevroient , outre le Timbre ordinaire
de la Ferme , sçavoir un Timbre parti-
culier pour
les Actes de la premiere classe
qui y étoient détaillés , un pour les Ac-
tes de la seconde classe , un pour les pre-
mieres feuilles d'Expeditions,un autre pour
les secondesfeuilles.
Toutes ces differentes Formules ont
été suprimées par la seconde Déclaration
qui est du 5. Décembre 1730. par la-
quelle il est ordonné qu'à compter du
premier Janvier 1731. les Notaires de
Paris écriront tous leurs Actes sur du
1. Vol.
papier
JUIN.
1737.
103
papier timbré du Timbreord.naire des Fer
mes du Roy et outre cela d'un Timbre
particulier , intitulé Acres des Notaires de
Paris. Laquelle Formule sera uniforme
pour toute sorte d'Actes .
Tel est le dernier état des Reglemens
faits en France sur cette matiere.
IX.
Il y a quelques Provinces qui
n'ayant été réunies à la France qu'à la
charge d'être maintenues dans leurs Im-
munités et Privileges , n'ont point été
assujetties à la formalité des Timbres
parce qu'ils n'y étoient pas établis aupa-
ravant : Telles sont la Flandre, l'Artois,
Charleville et son Territoire , l'Alsace et
le Roussillon.
X. Il y a aussi deux Principautés
clavées dans la France ; sçavoir celle de
Dombes et celle d'Orange , et encore la
Principauté d'Henrichemont et Bois Belle
en Berry, dans lesquelles on ne se sert pas
non plus de papier timbré.
XI. Les Timbres que l'on apose en
France aux papiers et parchemins desti-
nés à écrire les Actes publics , sont im-
primés avec un Poinçon , et representent
les Armes du Prince, ou son Chiffre , ou
quelqu'autre marque par lui ordonnée ,
selon la nature des Actes , car il y a non
seulement un Timbre particulier pour
1.Vo!
ċij
chaque
1094 MERCUREDE FRANCE
chaque Généralité, mais il y a aussi dans
une même Généralité divers Timbres ,
>
selon la nature des Actes. On garde à
Paris dans l'Hôtel de Charny tous les
Poinçons des Timbres de toutes les Gé-
néralités , et c'est là que se timbrent les
papiers et parchemins pour tout
Royaume.
le
XII. Nos Timbres ont quelque ra
port avec les Sceaux publics , en ce que
les uns et les autres sont ordinairement
une empreinte des Armes du Prince , et
qu'ils s'aposent également aux Actes pu-
blics , et les distinguent des Actes sous
signature privée ; il ne faut pourtant pas
confondre ces deux Formalités , y ayant
entr'elles deux differences essentielles.
La premiere est que les Sceaux publics
tels que ceux du Roy, des Chancelleries,
des Jurisdictions , des Villes , des Uni-
versités , et autres semblables s'apliquent
en relief sur une forme de cire , ou
de quelqu'autre matiere propre à en rece-
voir l'empreinte: il y en aque l'on aplique
sur l'Acte même , d'autres qui sont à dou-
ble face , et qui ne sont attachés à l'Acte
que par des Lacs : au lieu que les Tim-
bres ne sont qu'une marque imprimée
au haut du papier ou parchemin ; lequel
nom de Timbre paroît avoir été emprun-
I. Vol.
té
JUIN.
1737.
1055
té du Blazon , & tirer son étimologie de
ce que le Timbre des papiers et parche-
mins s'imprime au haut de chaque feüil-
le , comme le casque ou autre couron-
nement que l'on nomme aussi Timbre ,
en termes de Blazon , se met au dessus
de l'Ecu.
La seconde difference eft que les Sceaux
que l'on apose aux Actes reçûs par des
Officiers publics, sont la marque de l'au
torité dont ils sont revêtus ; non- scule-
ment ils donnent à l'Acte un caractere
de publicité , mais en quelques endroits
comme à Paris , ils lui donnent aussi le
droit d'éxecution parée , tellement que
si un Acte public n'y étoit pas revêtu du
Sceau qu'il doit avoir pour être execu-
toire , il ne pouroit être mis à execu-
tion , quand même il seroit d'ailleurs re-
vêtu de toutes les autres formalités neces-
;
saires au lieu que le Timbre ne sert qu'à
donner à l'Acte une forme publique et
autentique , et ne lui donne en aucun
Pays le droit d'éxecution parée.
XIII. Quoique la formalité du Tim-
bre semble n'avoir été établie que pour
la finance qui en revient au Roy , elle ne
laisse pas d'être utile d'ailleurs.
En effet , le Timbre sert , 19. à distin-
guer à l'inspection seule du haut de la
1. Vol.
Cij fülle
1096 MERCURE DE FRANCE
feuille sur laquelle l'Acte est écrit, si c'est
un Acte émané d'un Officier public , ou
si ce n'est qu'une Ecriture privée.
2°. Le Timbre sert à faire respecter et
conserver les Affiches , Publications et
autres Actes que l'on attache exterieure-
ment aux portes de certaines Maisons ,
ou dans les Places publiques , en cas de
Decret , Licitation , Adjudication , ou
autre Publication : car dans ces sortes
d'Affiches , il n'y a proprement que le
Timbre qui fasse connoître que ce sont
des Actes émanés de l'autorité publique,
et sans cette formalité ils pouroient être
regardés comme des Ecrits privés, d'au-
tant plus que ces sortes d'Actes ne sont
point scellés , et qu'il n'y a que le Tim-
bre qui les distingue des Ecritures pri-
vées..
3. Le Timbre sert aussi à prévenir
certaines antidates et faussetés que l'on
pouroit plus facilement commettre ,
si
cette formalité n'étoit pas établie : car
comme il y a un Timbre particulier pour
chaque Pays , et même en France pour
chaque Province, que ces Timbres ont
été changés en divers temps , et que l'on
ne peut écrire les Actes publics que sur
du papier ou parchemin timbré du Tim-
bre actuellement autorisé dans le temps
I. Vol
et
JUIN.
1737.
1097
et le lieu où se passe l'Acte , ceux qui
écrivent un Acte sur du papier marqué
du Timbre actuel d'un certain Pays , ne
peuvent pas impunément le dater d'un
temps ni d'un lieu auquel il y auroit eut
un autre Timbre , parce que le Timbre
aposé à l'Acte démentiroit ces dates , et
en feroit connoître la fausseté.
4. Le principal effet des Timbres
( du moins que les Reglemens leur ont
attribué ) est qu'ils sont une des forma-
lités nécessaires pour donner l'authenti-
cité et le caractere de publicité aux Actes
reçûs par des Officiers publics : tellement
que sans cette formalité ces Actes ne pro-
duiroient point d'hypoteque , et ne se-
roient pas authentiques ni exécutoires :
ils ne seroient au plus considerés que
comme des Ecritures privées, et dans cer-
tains cas , ils seroient absolument nuls ,
ainsi que nous l'expliquerons dans un
moment ; ce qui a ainsi lieu , quand mê
me ces Actes seroient d'ailleurs revêtus
de toutes les autres formalités nécessaires
pour produire leur effet.
XIV. L'observation de cette forma
lité est d'autant plus importante , que
les Reglemens qui la prescrivent ne sont
pas des Loix seulement comminatoires ,
elles prononcent formellement la peine
I. Vol.
Ciiij.
de
1098 MERCURE DE FRANCE
de nullité contre les Actes publics qui
ne seront pas sur papier timbré : ensorte
que l'on ne pouroit pas rendre valable
un Acte public écrit sur du papier com-
mun , en le faisant timbrer après coup ,
même en payant aux Fermiers les Droits
et les Amendes , parce que le Fermier ne
peut pas remettre la peine de nullité :
dès qu'elle est encouruë , le droit d'opo-
ser la nullité de l'Acte est acquis.à tous
ceux qui pouroient avoir interêt d'en.
contester la validité ; et comme c'est une
maxime certaine que l'on ne peut pré-
judicier au droit acquis à un Tiers , le
Fermier ne peut remettre la peine de
nullité une fois encourue par l'omission
de la formalité du Timbre.
XV . Pour déterminer si un Acte public
doit , pour être valable , être écrit sur
du papier ou parchemin timbré , ou s'il
peut être écrit sur du papier ou parche-
min commun, on ne doit considerer que
l'usage du Lieu où se passe l'Acte. Si les
papiers et parchemins timbrés y sont éta-
blis , on doit s'en servir à peine de nulli-
té de l'Acte : si au contraire ils n'y sont
point établis , comme dans quelques
Pays et Provinces que nous avons ci- de-
vant remarqué , en ce cas , on n'est pas
obligé de s'en servir , quand même l'Of-
1. Vol.
ficier
JUIN.
17378
formalité des Timbres ést établie.
1099
ficier public , qui reçoit l'Acte , auroit
sa résidence ordinaire dans un lieu où la
Le principe par lequel se décide cette
question, est que tout ce qui ne concer-
ne que les formalités extérieures des
Actes, se regle par l'usage du Lieu où ils
se passent , suivant la maxime Locus re-
git actum. Or certainement il n'y a rien
qui soit plus de la forme extérieure des
Actes que le papier ou le parchemin sur
Fequel ils doivent être écrits ,
et le
Timbre qui y doit être aposé ; ainsi les
Ordonnances , Edits et Déclarations qui
ont établi les papiers et parchemins tim-
Brés , n'ayant pour objet que d'assujettir
les Actes publics à une formalité exté-
rieure , et qui ne concerne absolument
que
la forme , ne doivent être observés
"
que pour les Actes qui se passent dans
fes Pays où ces Loix sont établies.
En effet , quoiqu'il soit enjoint aux
Officiers publics de se servir de papiers
et parchemins timbrés dans le lieu où ils
sont établis , cette disposition n'est pas
un Statut personnel qui les assujettisse à
Suivre sa disposition , en quelque lieu
qu'ils se trouvent ; ce n'est qu'un Statut
réel et local , fait pour regler la formet
extérieure des Actes , et qui par conse
J. Vol
Gy
quent
1098 MERCURE DE FRANCE
de nullité contre les Actes publics qui
ne seront pas sur papier timbré : ensorte
que l'on ne pouroit pas rendre valable
un Acte public écrit sur du papier com-
mun , en le faisant timbrer après coup ,
même en payant aux Fermiers les Droits
et les Amendes , parce que le Fermier ne
peut pas remettre la peine de nullité :
dès qu'elle est encouruë , le droit d'opo-
ser la nullité de l'Acte est acquis à tous
ceux qui pouroient avoir interêt d'en.
contester la validité ; et comme c'est une
maxime certaine que l'on ne peut pré-
judicier au droit acquis à un Tiers , le
Fermier ne peut remettre la peine de
nullité une fois encourue par l'omission
de la formalité du Timbre.
XV. Pour déterminer si un Acte public
doit , pour être valable , être écrit sur
du papier ou parchemin timbré , ou s'il
peut être écrit sur du papier ou parche-
min commun, on ne doit considerer que
l'usage du Lieu où se passe l'Acte. Si les
papiers et parchemins timbrés y sont éta-
blis , on doit s'en servir à peine de nulli-
té de l'Acte : si au contraire ils n'y sont
point établis , comme dans quelques
Pays et Provinces que nous avons ci-de-
vant remarqué , en ce cas , on n'est pas
obligé de s'en servir , quand même l'Òf-
1. Vol.
ficier
JUIN.
17378
formalité des Timbres ést établie.
1099
ficier public , qui reçoit l'Acte , auroit
sa résidence ordinaire dans un lieu où la
Le principe par lequel se décide cette
question , est que tout ce qui ne concer
ne que les formalités extérieures des
Actes, se regle par l'usage du Lieu où ils
se passent , suivant la maxime Locus re-
git actum. Or certainement il n'y a rien
qui soit plus de la forme extérieure des
Actes que le papier ou le parchemin sur
Fequel ils doivent être écrits ,
et le
Timbre qui y doit être aposé ; ainsi les
Ordonnances , Edits et Déclarations qui
ont établi les papiers et parchemins tim-
Brés , n'ayant pour objet que d'assujettir
les Actes publics à une formalité exté-
rieure , et qui ne concerne absolument
que la forme , ne doivent être observés
que pour les Actes qui se passent dans
fes Pays où ces Loix sont établies.
En effet , quoiqu'il soit enjoint au
Officiers publics de se servir de papiers
et parchemins timbrés dans le lieu où ils
sont établis , cette disposition n'est pas
un Statut personnel qui les assujettisse à
suivre sa disposition , en quelque lieu
qu'ils se trouvent ; ce n'est qu'un Statut
réel et local , fait pour regler la forme
extérieure des Actes , et qui par conse
J.Vol
Gy
quent
Troo MERCURE DE FRANCE
quent ne regle que la forme de ceux qui'
se passent dans le lieu où ce Statut est
observé.
Il est vrai qu'il arrive rarement qu'il
se forme un combat sur ce Point entre
deux Statuts oposés , parce qu'il faut
pour cela que l'Officier public , qui a sa
residence dans un lieu dans lequel le pa
pier et le parchemin timbré sont établis,
ait été recevoir un Acte dans un lieu où
les Actes même publics s'écrivent sur du
papier commun , ou bien vice versâ, que
I'Officier public , qui auroit sa residence
dans un lieu où il n'y auroit point de
papier timbré , ait été recevoir un Acte
dans un lieu où la formalité du Timbre
seroit établie, ce qui n'est pas ordinaire,
la plupart des Officiers publics , n'ayant
droit d'instrumenter que dans le lieu de
leur residence:
Néanmoins ces sortes de cas peuvent
arriver , et arrivent en effet quelquefois
Par exemple , les Huissiers au Châte-
let de Paris ont droit d'exploiter par tout
le Royaume. Un de ces Huissiers qui a sa
residence ordinaire à Paris , est obligé de
se servir de papier timbré pour les Ex-
ploits qu'il y feroit , parce que cette for-
malité y est établies mais si , en vertu
du privilege qu'il a d'exploiter par tout
Mr.Vol.
le
JUIN.
1737
ΥΙΟΙ
le Royaume , I alloit faire quelque Ex-
ploit dans une Province où le papier et le
parchemin timbré n'est pas établi , telle
que Charleville , Henrichemont et autres
semblables , il ne seroit pas obligé de se
servir de papier timbré pour les Exploits
qu'il feroit dans ces Provinces , parce
que la Loy particuliere de chaque Pays
regle la forme extérieure des Actes qui
s'y passent , et que dans ce cas le papier
timbré n'est pas nécessaire , puisque la
Loy du Pays ne l'ordonne point.
Il en est de même à l'égard des No-
taires au Châtelet de Paris , qui ont leur
residence à Paris, et y font ordinairement
leurs fonctions ; ils sont obligés pour les
Actes qu'ils y reçoivent de se servir de
papier ou parchemin timbré, selon la na-
ture des Actes ; mais comme ils ont droit
d'instrumenter par tout le Royaume,
Hs peuvent aller recevoir des Actes
dans quelqu'autre Province dans laquelle
le papier timbré n'a pas lieu , et dans cet
cas ils ne seront pas obligés d'écrire leurs
Actes sur du papier ou parchemin tim-
bré , il suffira qu'ils les écrivent sur du
papier commun , suivant l'usage du lieu
où se passent les Actes.
De même encore un Conseiller au Par
lement de Paris , qui seroit commis par
J Vol.
Cvj
sa
Tro2 MERCURE DE FRANCE
sa Compagnie pour aller faire quelque
Enquête , Information , Visite ou autre
Procès verbal dans un lieu du Ressort où
le papier timbré n'est pas établi, comme
en Artois , ne seroit pas obligé de s'en
servir pour écrire les Actes qu'il feroit
dans ce lieu .
Et par une suite nécessaire du même
principe que la Loy du lieu où se passent
les Actes , regle tout ce qui est de la for-
me extérieure , un Officier public , éta-
bli dans un lieu où l'on se sert de papier
timbré , lequel , en vertu de quelque
Privilege ou Commission , iroit instru
menter dans un lieu où le papier timbré
seroit pareillement établi , mais dont le
Timbre seroit different , ne pouroit pas
dans ce lieu se servir de papier marqué
du Timbre autorisé dans le lieu de sa re-
sidence , il seroit tenu de se servir de
papier timbré pour le lieu où il passeroit
Acte
ensorte que les Notaires au Châ-
telet de Paris , qui par la Déclaration du
7. Septembre 1723. ont été affranchis de
la formalité du Controlle , au moyen
d'un Timbre particulier qui a été ajoûté
au papier dont ils se servent , ne pou
roient pas se servir de ce papier dans une
autre Généralité où il y auroit un Tim-
bre different , ils seroient obligés de se:
I.Vol
servig
JUIN.
1737.
F103
servir de papier timbré pour le lieu où
ils passeroient l'Acte , et il y a lieu de
croire que les Actes ainsi reçûs par des
Notaires de Paris , seroient sujets au Con
trolle comme tous les autres Actes qui
se passent dans les lieux où le Roy n'a
point établi le Timbre particulier , au
moyen duquel il a affranchi les Notaires
de Paris de la formalité du Controlle
parce que , comme on l'a déja observé, la
forme des Actes se reglant par la Loy dư
lieu où ils se passent les Actes reçûs par
des Notaires de Paris dans une autre Géné-
ralité , où le Controlle est établi, et où il
il
y a un Timbre different de celui de Pa-
ris , ne doivent point être reçûs selon la
forme usitée à Paris , mais suivant celle
qui est usitée dans le lieu où ils se passent,
et par consequent doivent être controllés
et écrits sur du papier timbré exprès pour
le lieu de la passation , puisque ce sont là
les formalités prescrites pour ce lieu.
XVI. Quoique par plusieurs Ordon
nances , Edits et Déclarations , le Roy
ait distingué les Actes qui doivent être
écrits en parchemin timbré, de ceux qu'il
suffit d'écrire sur du papier timbré ; un
Acte qui doit être en parchemin timbré
ne seroit pas nul , sous prétexte qu'il ne
seroit qu'en papier timbré
Val
parce que
1104 MERCURE DE FRANCE
le Roy a bien ordonné sous peine de nul-
lité d'écrire les Actes publics sur du papier
ou parchemin timbré , mais lorsqu'il a
distingué les Actes qui doivent être en
parchemin d'avec ceux qui doivent être
en papier, il n'a pas prononcé la peine de
nullité contre les Actes où ces distinc-
tions n'auroient pas été observées : en-
sorte qu'en cas de contravention à ces
distinctions, les Officiers publics sont
seulement sujets aux peines pecuniaires
prononcées par les Reglemens.
XVII. Il y auroit seulement plus de
difficulté, si un Acte d'une certaine nature
étoit écrit sur du papier ou parchemin
destiné à des Actes totalement differens:
Par exemple , si un Notaire écrivoit ses
Actes sur du papier ou parchemin des-
tiné pour les Expeditions des Greffiers ,
et vice versa. Dans ces cas la contradic-
tion qui se trouveroit entre l'intitulé du
Timbre, et la qualité de l'Acte, pouroic
faire foupçonner qu'il y auroit eu quel-
que surprise , et qu'on auroit fait signer
aux Parties un Acte pour un autre , ou
dumoins feroit rejeter l'Acte comme
étant absolument informe.
De même s'il arrivoit qu'un Acte pas
sé dans une Généralité fût écrit sur du
I. Vol.
...
papier
JUIN.
1737-
1105
papier ou parchemin timbré du Timbre
d'une autre Généralité , il y a lieu de
croire qu'un tel Acte seroit declaré nul ,
parce que ce seroit aux Parties à s'im-
puter d'avoir fair écrire leur Acte sur du
papier qui ne pouvoit absolument ycon-
venir , et qu'ils ne pouvoient ignorer
être d'une autre Généralité , puisque le
nom de chaque Généralité est gravé dans
chaque Timbre qui lui est particulier.
Mais si un Acte qu'il suffit d'écrire
sur du papier timbré étoit écrit sur du
parchemin timbré ; ou bien si un Acte-
que l'on peut mettre sur du papier ou
parchemin commun étoit écrit sur du
papier ou parchemin timbré , un tel Ac-
re ne seroit pas pour cela nul , parce que
ce qui abonde ne vicie point.
XVIII. En France , depuis quelques.
années , on a établi une Fabrique par-
ticuliere pour lespapiers que l'on destine
à être timbrés , dans le corps desquels au
licu de la Marque ou Enseigne du Fabri
quant , il y a au milieu de chaque feüil-
let une impression du Tinibre qui y doir
être aposé en tête.
Selon l'usage,ce Timbre interieur ne pa
roît pas être absolument de l'essence de la
formalité , et à la rigueur il suffit que le
papiersur lequel est écritl'Acte public soit
LiseVol
timbré
1105 MERCURE DE FRANCE
timbré au haut de chaque feuille du Tim
bre extérieur qui s'imprime avec un
Poinçon et en effet les Officiers publics
écrivent quelquefois leurs Actes sur du
papier commun , et font ensuite timbrer
chaque feuille avant de signer et de faire
signer l'Acte.
Il seroit néanmoins à propos que les
Officiers publics ne pussent se servir que
de papier timbré , tant du Timbre inté-
rieur que du Timbre extérieur ; carloin
que cette repetition du Timbre soit inu-
tile , chacun de ces deux Timbres a son
atilité particuliere.
Le Timbre imprimé au haut de cha-
que
feüille sert à faire connoître à l'ins-
pection seule d'un Acte, s'il est public ou
privé.
Le Timbre qui est dans le corps du
papier et fait en même temps que le pa-
pier , sert à assurer que le papier étoit
timbré lorsque l'Acte y a été écrit , et
qu'il n'a pas été timbré après coup : en
quoi ce dernier Timbre est un garand
plus sûr de la forme de l'Acte que le
Timbre extérieur , qui pouroit être apli
qué après coup , pour faire valoir un Ac-
re auquel manqueroit cette formalité.
Ce Timbre intérieur pouroit aussi ser-
vir à supléer le Timbre imprimé s'il se
J. Fol
trouvoit
JUIN.
1737.
1107
trouvoit effacé , ou si le haut de la page
sur lequel il est aposé étoit déchiré : sur
quoi il faut remarquer , en passant , que
les Officiers publics devroient toûjours
avoir l'attention de disposer leurs Actes
de maniere qu'on ne puisse en suprimer
le Timbre sans alterer le corps de l'Ac-
te, ce que néanmoins quelques uns n'ob-
servent pas, ne commençant à écrire leurs
Actes qu'au-dessous du Timbre.
Pour revenir au double Timbre , je
dis
que le Timbre intérieur qui est fait
avec le papier est utile pour assurer que
l'Acte a été écrit sur du papier qui étoit
déja timbré : ce qui ne laisse pas d'être
important ; car puisqu'il est ordonné à
peine de nullité que les Actes reçûs par
des Officiers publics soient écrits sur du
papier timbré , ceux qui sont Déposi-
taires des Poinçons du Timbre ne doi-
vent pas timbrer un Acte écrit sur du
papier commun , lorsqu'il est déja signé
et parfait comme écriture privée , pour
le faire valoir après coup , comme Ecri-
tare publique :
si on tolere que le Tim-
bre soit aposé sur un Acte déja écrit , ce
ne doit être que sur un Acte qui ne soit
pas encore signé : c'est pourquoi il se-
roit à propos d'assujettir tous les Officiers
publics à n'écrire les Actes qu'ils reçoi-
1. Vol.
vent
1108 MERCURE DE FRANCE
vent que sur du papier timbré des deux
Timbres ; c'est-à-dire , du Timbre qui
est marqué dans le corps du papier , er
fait avec le papier même , et de celui qui
s'imprime au haut de la feüille avec un
Poinçon , parce que le concours de ces
deux Timbres rempliroit tous les objets
que l'on peut avoir eu en vûë dans
P'établissement de cette formalité ; et let
Timbre intérieur écarteroit tout soup-
çon , en constatant que
le papier
étoit
déja timbré lorsque l'Acte y a été écrit.
Mais cette double précaution ne pou-
roit servir que pour les Actes qui s'écri-
vent sur du papier , et non pour ceux
qui s'écrivent en parchemin ; parce que
le parchemin n'étant pas fait de miin
d'homme , on ne peut pas y inserer de
Timbre intérieur comme dans le papier ,
dont le Timbre intérieur se fait en mê-
temps que le papier même. Aussi y a t- il
beaucoup plus d'inconveniens à se servir
de parchemin que de papier , parce que
non seulement la destination du parche-
min ne peut pas être constatée d'une ma-
niere aussi sûre que le papier ; mais ou-
tre cela le parchemin est plus facile à al-
térer que le papier , ensorte que pour
mieux assurer la verité des Actes , il se-
roit à souhaiter que l'on ne se servit que
de papier.
XIX.
JUIN.
1737.
1109
XIX. Pour entendre quel est l'effet
de la peine de nullité prononcée par les
Edits et Déclarations du Roy contre
les
Actes reçûs par des Officiers publics ,
lorsqu'ils ne sont pas écrits sur du papier
ou parchemin timbré, ou qu'ils sont écrits
sur du papier ou parchemin timbré du
Timbre d'un autre lieu que celui où est
passé l'Acte , ou d'un Timbre qui est
d'une destination si oposée à la nature de
l'Acte , qu'il ne peut absolument y con
venir , il faut distinguer entre les Actes
publics ceux qui ne sont obligatoires que'
d'une part , d'avec ceux qui sont sinal-
lagmatiques ; c'est- à-dire, qui sont res-
pectivement obligatoires à l'égard de tou
tes les Parties contractantes.
Les Actes qui ne sont obligatoires que
d'une part , comme une obligation , une
quittance , et les Actes qui ne forment
point de convention , tels que les Décla-
rations , les Certificats et autres Actes
de cette nature , ne sont pas
I. Vol.
absolument
nuls à tous égards , lorsqu'il leur manque
la formalité du Timbre : toute la peine
de nullité , à l'égard de ces sortes d'Ac-
tes , est qu'ils ne sont pas valables con
me Actes publics , et qu'ils n'ont aucun
des effets attachés à la publicité des Ac-
tes , tels que l'authenticité et l'hypote-
que
1108 MERCURE DE FRANCE
vent que sur du papier timbré des deux
Timbres ; c'est- à-dire , du Timbre qui
est marqué dans le corps du papier , et
fait avec le papier même , et de celui qui
s'imprime au haut de la feuille avec un
Poinçon , parce que le concours de ces
deux Timbres rempliroit tous les objets
que l'on peut avoir eu en vûë dans
l'établissement de cette formalité ; et le
Timbre intérieur écarteroit tout soup
çon , en constatant que le papier étoit
déja timbré lorsque l'Acte y a été écrit.
Mais cette double précaution ne pou-
roit servir que pour les Actes qui s'écri
vent sur du papier , et non pour ceux
qui s'écrivent en parchemin ; parce que
le parchemin n'étant pas fait de miin
d'homme , on ne peut pas y inserer de
Timbre intérieur comme dans le papier,
dont le Timbre intérieur se fait en mê
temps que le papier même. Aussi y a t- il
beaucoup plus d'inconveniens à se servir
de parchemin que de papier , parce que
non seulement la destination du parche-
min ne peut pas être constatée d'une ma
niere aussi sûre que le papier ; mais ou-
tre cela le parchemin est plus facile à al-
térer que le papier , ensorte que pour
mieux assurer la verité des Actes ,
roit à souhaiter que l'on ne se servît que
de papier.
il se-
XIX.
JUIN.
1737.
1109
XIX. Pour entendre quel est l'effet
de la peine de nullité prononcée par les
Edits et Déclarations du Roy contre les
Actes reçûs par des Officiers publics ,
lorsqu'ils ne sont pas écrits sur du papier
ou parchemin timbré , ou qu'ils sont écrits
sur du papier ou parchemin timbré du
Timbre d'un autre lieu que celui où est
passé l'Acte , ou d'un Timbre qui est
d'une destination si oposée à la nature de
l'Acte , qu'il ne peut absolument y con
venir , il faut distinguer entre les Actes
publics ceux qui ne sont obligatoires que'
d'une part , d'avec ceux qui sont sinal-
lagmatiques ; c'est- à-dire, qui sont res-
pectivement obligatoires à l'égard de tou
tes les Parties contractantes.
Les Actes qui ne sont obligatoires que
d'une part , comme une obligation , une
quittance , et les Actes qui ne forment
point de convention , tels que les Décla-
rations , les Certificats et autres Actes
de cette nature , ne sont pas absolument
nuls à tous égards, lorsqu'il leur manque
la formalité du Timbre : toute la peine
de nullité , à l'égard de ces sortes d'Ac-
tes , est qu'ils ne sont pas valables con
me Actes publics , et qu'ils n'ont aucun
des effets attachés à la publicité des Ac-
tes , tels que l'authenticité et l'hypote-
I. Vol.
que
1170 MERCURE DE FRANCE
que mais ils sont quelquefois valables
comme Ecriture privée.
En effet , lorsque l'on y a observé la
forme prescrite pour les Ecritures pri-
vées , ils sont valables en cette derniere
qualité, quoiqu'ils eussent été faits pour
valoir comme Actes publics.
Mais si ayant été faits pour valoir
comme Actes publics , ils ne peuvent va-
loir en cette qualité faute de Timbre , ou
à cause de quelque défaut essentiel dans
l'observation de cette formalité ; et que
d'un autre côté ces Actes ne soient pas
dans une forme telle qu'ils puissent va-
loir comme Ecriture privée, c'est alors un
des cas où ils sont absolument nuls aux
termes des Reglemens.
Par exemple , si un Notaire reçoit un
Testament sur du papier commun dans
un lieu où il devoit l'écrire sur du papier
timbré , ce Testament sera absolument
nul, et ne vaudra pas même comme Tes-
tament Olographe's parce que , pour être
valable en cette qualité , il faudroit qu'il
fût entierement écrit et signé de la main
du Testateur , auau lieu qu'ayant été reçû
par un Notaire , ce sera le Notaire qui
l'aura écrit ,
De même si un Notaire reçoit une
Obligation sur du papier commun , tan-
1. Vol.
dis
JUIN;
1737.
IIII
dis qu'elle devoit être sur du papier tim-
bré , elle ne sera pas valable , même
comme promesse sous signature privée ,
parce qu'aux termes de la Déclaration
du Roy du 22. Septembre 1733. regis-
trée en Parlement le 14. Octobre suivant
et le 20, Janvier 1734. Tous Billets sous
signature privée , au Porteur , à ordre , on
autrement, causés pour valeur en argent, sont
nuls , si le corps du Billet n'est écrit de la
main de celui qui l'a signé , ou du moins si
la somme portée au Billet n'est reconnuë par
une aprobation écrite en toutes lettres aussi
de sa main.
Cette Déclaration excepte seulement
les Billets sous signature privée , faits par
des Banquiers , Négocians , Marchands ,
Manufacturiers , Artisans , Fermiers, La-
boureurs , Vignerons , Manouvriers et au-
tres de pareille qualité , à l'égard desquels
elle n'exige pas que le corps de leurs
Billets soit entierement écrit de leur
main ensorte que les Obligations pas-
sées devant Notaires par ces sortes de
personnes , et reçûës sur du papier com-
mun lorsqu'elles devoient l'être sur pa-
pier timbré , pouroient valoir comme
Billets sous signature privée , pourvû
que l'Acte fût signé de l'Obligé.
Pour ce qui est des Actes que les Par-
1. Vol
ties
112 MERCURE DE FRANCE
ties n'ont pû signer , faute de sçavoir
écrire , ou pour quelqu'autre empêche-
ment , ils sont absolument nuls à tous
égards , lorsque les Officiers publics de-
voient les recevoir sur du papier timbré,
et qu'ils les ont reçûs sur du papier com-
mun , et ne peuvent valoir même com-
me Ecriture privée , parce que les Actes
sous seing privé ne sont parfaits que par
la signature des Parties.
A l'égard des Actes sinallagmatiques
tels que les Contrats de vente , d'échan-
ge , de societé , les baux et autres Actes
semblables , qui obligent respectivement
les Parties contractantes à remplir cha-
cun de leur part certains engagemens ,
lorsqu'ils sont reçûs par des Officiers pu-
blics sur du papier commun , dans un
lieu où ils devoient être sur papier tim-
bré , ils sont aussi absolument nuls à
tous égards, et ne peuvent valoir même
comme Ecriture privée , quand même
les Parties contractantes les auroient si-
gné , parce que pour former un Acte
obligatoire , sinallagmatique , sous seing
privé ,
il faut qu'il soit fait double , tri-
ple ou quadruple , & c. selon le nombre
des Contractans , afin que chacun d'eux
puisse en avoir un pardevers soi , ce que
fon apelle en Bretagne , un autant ; et
1. Vol
qu'il
JUIN
1737.
1113
qu'il soit fait mention dans chaque ex-
pédition que l'Acte a été fait double
triple ou quadruple , ce qui est tellement
de rigueur que l'omission de cette men-
tion suffit seule pour annuller la conven-
tion
cette regle est for dée sur le prin-
cipe qu'une convention ne peut pas être
valable , à moins que chaque Contrac-
tant ne puisse contraindre les autres à
exécuter leurs engagemens , comme il
peut être contraint de remplir les siens:
pour mettre les Contractans en état d'o-
bliger les autres d'executer leurs enga-
gemens , il faut
il faut que chacun d'eux ait en
main , pardevers soi un titre contre les
autres ; car un Acte sinallagmatique sous
seing privé qui seroit simple , ne forme-
roit pas un titre commun , quoiqu'il fût
signé de tous les Contractans , puisque
chacun d'eux ne pouroit pas l'avoir , et
que celui qui l'auroit, pouroit le faire
paroître ou le suprimer , selon son in-
terêt
3
au préjudice des autres Contrac-
tans , qui ne pouroient pas s'en aider.
Or lorsqu'un Acte sinallagmatique a
été reçû par un Officier public , pour
valoir comme Acte public ; et que néan,
moins il ne l'a reçû que sur papier com-
mun , soit par impéritie ou autrement,
quoiqu'il dût le recevoir sur du papier
J Vol.
timbré
1114 MERCURE DE FRANCE
timbré , cet Acte ne peut valoir comme
Ecriture privée , parce qu'il n'a point
été fait double , triple ou quadruple ,
& c. selon le nombre des Contractans , et
que par conséquent il n'y est pas fait
mention qu'il ait été fait double ou tri
ple , &c. d'où il s'ensuit qu'il ne peut
etre sinallagmatique , et qu'il est abso-
lument nul.
En vain prétendroit- on que la minu
te de cet Acte sinallagmatique devient
un titre commun dont chaque Contrac
tant peut ensuite lever des expéditions
et par- là se procurer un titre pour obli-
ger
les autres Parties à executer l'Acte
de leur part : dès que l'Acte sinallagma
tique n'a pas été reçû par l'Officier pu-
blic sur du papier timbré , comme il le
devoit , et que par l'omission de cette
formalité l'Acte ne peut valoir comme
Acte public , l'original de cet Acte que
l'Officier public a retenu pardevers lui ,
ne peut être considéré comme une vraie
minute , qui soit un titre commun dont
on puisse lever des expéditions , qui ser-
vent de titre à chacun des Contractans,
parce que l'original n'étant pas un Acte
public , mais seulement un Acte privé
simple, il pouvoit être suprimé par ceux
entre les mains desquels il étoit , et par
1. Vol.
conséquent
JUIN 17370
ITTS
conséquent n'étoit pas obligatoire , le
dépôt qui en a été fait chés un Officier
public , ne peut pas réparer ce vice pri-
mordial , ni faire que les expéditions
qu'en délivreroit l'Officier public , ser-
vent de titre à chacun des Contractans,
parce que l'Acte étant nul dans le prin-
cipe ne peut être réhabilité par la quali-
té du Lieu où il est placé.
Il faut néanmoins excepter de cette
regle certains Actes que les Notaires
peuvent recevoir en Brevet ; car si ces
Actes ont été faits doubles ou triples ,
selon le nombre des Parties contractan-
tes , ainsi que cela se pratique ordinaire-
ment, et que chaque double soit signé de
la Partie qu'il oblige, ces Actes qui ne se-
roient pas valables comme Actes publics,
s'ils étoient écrits sur du papier ou par-
chemin commun , dans un Lieu où ils
devoient l'être sur du papier ou parche-
min timbré , vaudroient du moins com-
me Ecritures privées , parce qu'ils au-
roient en eux toutes les conditions né
cessaires pour valoir en cette qualité.
Papier et Parchemin timbré, les Lieux
où cette Formalité est établie, son Objet,
ses Effets, et diverses questions auxquelles
elle peut donner lieu. Par M. A. G.
Boucher d'Argis, Avocat au Parlement.
Quoique l'établissement du Papier
et Parchemin timbré en France ne
Q
remonte guere qu'à 60. et quelques an
I Vol.
2
nées
JUIN.
1737.
1033
nées, et que cette matiere semble d'abord
être purement de Finance , la formalité
du Timbre en général , ne laisse pas d'ê-
tre fort ancienne , et de faire naître di-
verses questions , dont la décision dé-
pend des principes du Droit et de l'é-
quité naturelle.
C'est sous ce point de vûë que l'on se
propose de discuter ici cette matiere , et
seulement en ce qui est du Ressort de la
Jurisprudence .
19. Il paroîtra peut- être singulier que
l'on fasse remonter l'origine du Papier
timbré jusqu'au temps des Romains : ce-
pendant il est constant que cette forma-
lité ne leur étoit pas totalement incon-
nuë.
En effet , l'Empereur Justinien , con-
siderant le grand nombre d'Actes que les
Tabellions de Constantinople recevoient
journellement , et voulant prévenir cer-
taines faussetés qui pouvoient s'y glis-
ser , par sa Novelle 44. publiée l'an 537.
suivant les Fastes Consulaires ch. 2.
* Novella 44. de Tabellionibus , et ut Protoco-
la dimittant in
chartis. Imperator Justinianus
August. Joanni Prafect.Prator. iterùm Exconsuli et
Patricio. Litem , &c. Cap. II .
Illud quoque prasenti adjicimus Legi , ut Ta-
beliones non in aliâ charta purafcribant documen
ta , nisi in illâ qua in initio ( quod vocatur Proto-
I.Vol.
donna
7084 MERCURE DE FRANCE
donna que ces Tabellions ne pouroient
recevoir les Originaux des Actes de leur
ministere que sur du Papier en tête du-
quel (ce qu'on apelloit le Protocole ) se-
roit marqué le nom de l'Intendant des
Finances qui seroit alors en place , le
temps auquel auroit été fabriqué le pa-
pier, et les autres chosesque l'on avoit coû
tume de mettre en tête de ces papiers des-
colum per tempora gloriosissimi Comitis sacrarum
nostrarum largitionum habeat appellationem , et
tempus quo Charta facta est , et quacumque in ta-
libus scribuntur , et ut Protocolum non incidant
sed insertum relinquant. Novimus enim multas
falsitates ex talibus chartis ostensas et priùs et nunc;
ideóque licet aliqua sit charta ( nam et hoc san-
cimus ) habens Protocolum non ita conscriptum
sed aliam quandam scripturam gerens , neque il-
lam suscipiant , tanquam adulteram , et ad talia'.
non opportunam: sed in sola ali chartâ qualem du-
dum diximus,documenta scribant: hoc itaque qua de
qualitate talium chartarum à nobis decreta sunt ,
et de incisione eorum qua vocantur Protocola ,
lere in hac felicissimâ solùm Civitate volumus, ubi
plurima quidem contrahentium multitudo , multa
quoque chartarum abundantia est ,
modo interesse negotiis ,
X1 x. Kalend. Septembris
1. Vol.
va-
et licet legali´
et non dare occasionem
quibufdam falsitatem committere : cui se obnoxios
existere demonstrabunt , qui prater hac aliquid'
agere prasumpserint : que igitur placuerunt nobis
et per hanc sanctam declarata sunt Legem : tua
eelsitudo operi effectuique tradere festinet. Datum
tinés
1. Vol.
JUIN.
1737.
1085
tinés à écrire les Originaux des Actes que
recevoient les Tabellions de Constanti-
nople , ce que l'on apelloit , suivant la
Glose et les Interprétes , Imbreviaturam
totius contractus; c'est-à dire un Titre qui
annonçoit sommairement la qualité et
substance de l'Acte.
Par cette même Novelle l'Empereur
défendoit aussi aux Tabellions de Cons-
tantinople de couper ces marques et ti-
tres qui devoient être en tête de leurs-
Actes : il leur enjoignoit de les laisser
sans aucune altération , et défendoit aux
Juges d'avoir égard aux Actes écrits sur
du papier qui ne seroit pas revêtu en tê-
te de ces marques , quelques autres ti
tres ou Protocoles qui y fussent écrits.
Cette origine des Papiers et Parche
mins timbrés a été remarquée par M.de
Bâville , Intendant de Languedoc , dans
les Mémoires ( a ) qu'il a fait pour ser-
vir à l'Histoire de cette Province , dans
lesquels , en parlant du Domaine , il dit
que comme il y a deux Généralités (b )
( a )Ces Mémoiresfurent faits pour l'instruction
de M. le Duc de Bourgogne en l'année 1697. On
les a imprimé depuis sous le nom fent d'Amster-
dam 1734. mais le vrai lieu de cette Edition est
Marseille.
( b) Il n'y avoit alors dans le Languedoc que
dans
1086 MERCURE DE FRANCE
dans leLanguedoc, il y a aussi deux Sous-
Fernres du Domaine ; l'une pour la Gé-
néralité de Toulouse , l'autre pour la Gé-
néralité de Montpellier , et que dans ces
Sous-Fermes sont compris le Papier tim-
bré , les Fórmules et le Contrôle des
Exploits , et à ce propos il remarque, en
passant , que le Papier timbré n'a pas été
inconnu aux Romains , puisqu'on voiť
par la Novelle 44. qu'ils avoient une es-
pece particuliere de papier pour écrire
les Originaux des Actes des Notaires ,
lequel portoit la marque que l'Intendant
des Finances vouloit y faire aposer , et
la date du temps auquel il avoit été
fait.
On ne peut donc pas disconvenir que
la formalité du papier timbré étoit déja
en quelque usage chés les Romains , puis-
que les titres,dates et autres marques qui
devoient être aposées en tête du papier des-
tiné à écrire les Actes originaux des Ta-
bellions de Constantinople , étoient une
espece de Timbre qui avoit le même ob-
jet que ceux qui sont aujourd'hui usités
en France et dans plusieurs autres Pays.
II. Mais il est vrai qu'à l'exception
de la Ville de Constantinople , où cette
ces deux Généralités , aujourd'hui il y en a trois
sçavoir , Toulouse , Montpellier et Montauban.
1. Vol.
formalité
JUIN.
1087
1737.
formalité étoit établie , et pour les Actes
des Tabellions seulement , les Grecs , les
Romains et les autres Nations ne se ser-
voient point anciennement de papier et
Parchemin timbré : il n'y avoit alors au-
cune marque sur les Actes publics qui
les distinguât des écritures privées , car
les Grecs et les Romains n'avoient point
de Sceaux publics , ils n'avoient que des
Sceaux particuliers , ou plûtôt de simples
Cachets qu'ils aposoient aux Actes, au
Heu de signature , comme cela s'est pra-
tiqué long- tems dans plusieurs Pays , et
même autrefois en France , à cause qu'il
y avoit alors peu de personnes qui sçûs-
:
lesquels Sccaux particuliers
sent écrire
n'avoient aucun raport avec les Timbres
dont nous parlons.
III. On tient communément que le
Papier et le Parchemin timbré commen-
cerent à être établis en Espagne et en
Hollande vers l'an 1555.
IV. Ils le furent ensuite en Allema-
gne et dans les Pays-Bas de la Domina-
tion Impériale je n'ai pas trouvé l'Epo-
que précise du temps auquel ils com-
mencerent à y être en usage
mais
je puis assurer qu'il y en avoit du-
moins dès 1668. car j'ai vu un Acte reçû
par des Notaires à Bruxelles daté du 20 .
Février
L.Vol.
088 MERCURE DE FRANCE
Février 1668. qui étoit sur du papier
timbré.
J'ai remarqué deux choses particulie
res au Timbre qui est usité dans ces
Pays.
La premiere, est qu'ils ne sont point
frapés avec un Poinçon , comme ceux
qui sont usités en France et dans plusieurs
autres endroits , mais imprimés avec une
planche de cuivre, comme les Estampes.
La seconde , est que lorsqu'un Acte est
composé de plusieurs feuilles , il suffit
que la premiere soit de Papier timbré, les
autres que l'on insere au dedans peuvent
être de papier commun , au lieu qu'en
France et dans la plupart des autres en-
droits , où les Papiers et Parchemins tim-
brés sont établis, il fautque chaque feüil-
le employée aux Actes publics porte son
timbre.
V. On se sert aussi de papiers et par-
chemins timbrés pour les Actes publics
dans toute l'Angleterre , l'Ecosse et l'Ir-
lande : le Timbre que l'on y apose est
frapé avec un Poinçon , mais il n'y a
point d'encre ni aucune autre couleur
dans le Poinçon , ensorte que le Timbre
qu'il imprime ne paroît que parce qu'il
y a un peu de relief.
Ce Timbre d'Angleterre ne contient
I. Vol.
poinc
JUIN.
1737
1089
point les Armes du Roy , comme la plû-
part des autres Timbres : il est composé
de trois especes d'Ecussons accollés , char-
gés chacun d'une Rose , au tour de la-
quelle sont écrits ces mots : Honny soit
qui mal y pense , qui sont le cri des Ar
mes d'Angleterre.
VI. Les Papiers et Parchemins tim-
brés sont aussi en usage en Lorraine et
dans le Barrois , en Italie , dans le Com-
tat d'Avignon , et dans plusieurs autres
Etats de l'Europe.
VII. Pour ce qui est de la France ,
Louis XIV . étant lors à Paris, donna un
Edit au mois de Mars 1655. portant éta-
blissement d'une Marque sur le Papier et
le Parchemin pour la validité de tous les
Actes qui s'expedieroient dans le Royau-
me. Cet Edit fut enregistré en Parlement,
en la Chambre des Comptes , et en la
Cour des Aydes le 20. du même mois . Il
est à la Chambre des Comptes au je Vo-
lume des Ordonnances de Louis XI V.
coté 3. n. folio 69. et il en est fait men-
tion dans le Recueil des Ordonnances
Edits , &c. par M. Blanchart : mais cet
Edit n'eut pour lors aucune execution.
Ce ne fut qu'en 1673. qu'on ordon-
na de nouveau l'usage des Papiers et Par-
chemins timbrés , à l'occasion des For-
1. Vol.
mules
1090 MERCURE DE FRANCE
mules qui devoient être dressées pour
tous les Actes publics ; le Roy ayant re-
glé la forme de la procédure , tant au
Civil qu'au Criminel , par ses Ordon-
nances de 1.667. et 1670. et ordonné que
cette nouvelle forme de proceder seroit
suivie dans tout son Royame , pour faci-
liter l'execution de ses Reglemens , et
faire cesser les divers stiles particuliers
qui s'observoient dans chaque Tribunal ,
donna une Déclaration le 19. Mars 1673 .
par laquelle il ordonna qu'il seroit dres-
sé un Recueil de Formules , tant des Ac-
tes Judiciaires que des Actes des Notai-
res , pour y avoir recours au besoin , et
que sur ces Formules il seroit imprimé
des Exemplaires de chaque nature d'Ac-
tes , lesquels seroient marqués en tête d'u-
ne Fleur-de- lys , et timbrés de la qualité et
substance des Actes , comme aussi du Droit
qui seroit perçu pour chaque Acre , sui-
vant la Taxe qui en seroit faite au Con..
seil.
Les Formules d'Actes ordonnées par
cette Déclaration n'ont jamais eu lieu ,
parce que l'on y trouva trop de difficulté
et d'inconveniens : mais le Roy donna
une autre Déclaration au mois de Juillet
1673. registrée au Parlement le 10. du
même mois , par laquelle , en attendant
I. Vol.
que
JUIN.
1737.
1091
que les Formules fussent perfectionnées,il
ordonna queles Actes publics ne pouroient
être écrits que sur du papier et parche-
min timbré , comme ils devoient l'être
pour les Formules , avec cette difference
seulement , que le corps de l'Acte seroit
entierement écrit à la main.
Depuis ce Reglement on commença
à écrire les Actes publics sur du papier et
parchemin timbré
,
et on a toujours
continué jusqu'à present ; il y a scule-
ment eu des augmentations et diminu-
tions de Droits sur ces papiers , et divers
changemens dans la Formule des Tim-
bres mais l'objet de cette Dissertation
n'est pas de raporter ici tous ces Regle-
mens , encore moins d'entrer dans le dé-
tail des peines pecuniaires pronon-
cées contre ceux qui commettent à cet
égard quelque contravention ; cette pa : 3
tie qui ne concerne que la Finance
a été traitée par le Sr Deniset , Inte-
ressé dans les Fermes du Roy , lequel en
1715. a donné au Public un Volume in-
12. sous le titre de Recueil des Formules
des Papiers et Parchemins timbrés , & c.
dans lequel il a raporté les divers Regle
mens faits sur ce sujet, même les. Tarifs
des Droits , et les Baux faits aux Adju-
›
dicataires de cette Ferme, avec des Ob-
1. Vol.
C servations
1092 MERCURE DE FRANCE
servations sur la perception de ces Droits,
sur les Fonctions des Préposés et Com-
mis , &c. Ceux qui voudront en voir
davantage à cet égard , peuvent avoir re-
cours à ce Recučil.
VIII. J'observerai seulement que
depuis 1715. date de l'Edition de ce Re-
cueil , il est survenu deux Déclarations
au sujet des Papiers et Parchemins tim
brés.
Par la premiere , qui est du 7. Déa
cembre 1723. registrée en Parlement le
22. du même mois, le Roy en suprimant
la Formalité du Controlle des Actes des
Notaires au Châtelet de Paris , avoit éta-
bli divers Timbres particuliers , qui de-
voient être aposés sur les Actes qu'ils
recevroient , outre le Timbre ordinaire
de la Ferme , sçavoir un Timbre parti-
culier pour
les Actes de la premiere classe
qui y étoient détaillés , un pour les Ac-
tes de la seconde classe , un pour les pre-
mieres feuilles d'Expeditions,un autre pour
les secondesfeuilles.
Toutes ces differentes Formules ont
été suprimées par la seconde Déclaration
qui est du 5. Décembre 1730. par la-
quelle il est ordonné qu'à compter du
premier Janvier 1731. les Notaires de
Paris écriront tous leurs Actes sur du
1. Vol.
papier
JUIN.
1737.
103
papier timbré du Timbreord.naire des Fer
mes du Roy et outre cela d'un Timbre
particulier , intitulé Acres des Notaires de
Paris. Laquelle Formule sera uniforme
pour toute sorte d'Actes .
Tel est le dernier état des Reglemens
faits en France sur cette matiere.
IX.
Il y a quelques Provinces qui
n'ayant été réunies à la France qu'à la
charge d'être maintenues dans leurs Im-
munités et Privileges , n'ont point été
assujetties à la formalité des Timbres
parce qu'ils n'y étoient pas établis aupa-
ravant : Telles sont la Flandre, l'Artois,
Charleville et son Territoire , l'Alsace et
le Roussillon.
X. Il y a aussi deux Principautés
clavées dans la France ; sçavoir celle de
Dombes et celle d'Orange , et encore la
Principauté d'Henrichemont et Bois Belle
en Berry, dans lesquelles on ne se sert pas
non plus de papier timbré.
XI. Les Timbres que l'on apose en
France aux papiers et parchemins desti-
nés à écrire les Actes publics , sont im-
primés avec un Poinçon , et representent
les Armes du Prince, ou son Chiffre , ou
quelqu'autre marque par lui ordonnée ,
selon la nature des Actes , car il y a non
seulement un Timbre particulier pour
1.Vo!
ċij
chaque
1094 MERCUREDE FRANCE
chaque Généralité, mais il y a aussi dans
une même Généralité divers Timbres ,
>
selon la nature des Actes. On garde à
Paris dans l'Hôtel de Charny tous les
Poinçons des Timbres de toutes les Gé-
néralités , et c'est là que se timbrent les
papiers et parchemins pour tout
Royaume.
le
XII. Nos Timbres ont quelque ra
port avec les Sceaux publics , en ce que
les uns et les autres sont ordinairement
une empreinte des Armes du Prince , et
qu'ils s'aposent également aux Actes pu-
blics , et les distinguent des Actes sous
signature privée ; il ne faut pourtant pas
confondre ces deux Formalités , y ayant
entr'elles deux differences essentielles.
La premiere est que les Sceaux publics
tels que ceux du Roy, des Chancelleries,
des Jurisdictions , des Villes , des Uni-
versités , et autres semblables s'apliquent
en relief sur une forme de cire , ou
de quelqu'autre matiere propre à en rece-
voir l'empreinte: il y en aque l'on aplique
sur l'Acte même , d'autres qui sont à dou-
ble face , et qui ne sont attachés à l'Acte
que par des Lacs : au lieu que les Tim-
bres ne sont qu'une marque imprimée
au haut du papier ou parchemin ; lequel
nom de Timbre paroît avoir été emprun-
I. Vol.
té
JUIN.
1737.
1055
té du Blazon , & tirer son étimologie de
ce que le Timbre des papiers et parche-
mins s'imprime au haut de chaque feüil-
le , comme le casque ou autre couron-
nement que l'on nomme aussi Timbre ,
en termes de Blazon , se met au dessus
de l'Ecu.
La seconde difference eft que les Sceaux
que l'on apose aux Actes reçûs par des
Officiers publics, sont la marque de l'au
torité dont ils sont revêtus ; non- scule-
ment ils donnent à l'Acte un caractere
de publicité , mais en quelques endroits
comme à Paris , ils lui donnent aussi le
droit d'éxecution parée , tellement que
si un Acte public n'y étoit pas revêtu du
Sceau qu'il doit avoir pour être execu-
toire , il ne pouroit être mis à execu-
tion , quand même il seroit d'ailleurs re-
vêtu de toutes les autres formalités neces-
;
saires au lieu que le Timbre ne sert qu'à
donner à l'Acte une forme publique et
autentique , et ne lui donne en aucun
Pays le droit d'éxecution parée.
XIII. Quoique la formalité du Tim-
bre semble n'avoir été établie que pour
la finance qui en revient au Roy , elle ne
laisse pas d'être utile d'ailleurs.
En effet , le Timbre sert , 19. à distin-
guer à l'inspection seule du haut de la
1. Vol.
Cij fülle
1096 MERCURE DE FRANCE
feuille sur laquelle l'Acte est écrit, si c'est
un Acte émané d'un Officier public , ou
si ce n'est qu'une Ecriture privée.
2°. Le Timbre sert à faire respecter et
conserver les Affiches , Publications et
autres Actes que l'on attache exterieure-
ment aux portes de certaines Maisons ,
ou dans les Places publiques , en cas de
Decret , Licitation , Adjudication , ou
autre Publication : car dans ces sortes
d'Affiches , il n'y a proprement que le
Timbre qui fasse connoître que ce sont
des Actes émanés de l'autorité publique,
et sans cette formalité ils pouroient être
regardés comme des Ecrits privés, d'au-
tant plus que ces sortes d'Actes ne sont
point scellés , et qu'il n'y a que le Tim-
bre qui les distingue des Ecritures pri-
vées..
3. Le Timbre sert aussi à prévenir
certaines antidates et faussetés que l'on
pouroit plus facilement commettre ,
si
cette formalité n'étoit pas établie : car
comme il y a un Timbre particulier pour
chaque Pays , et même en France pour
chaque Province, que ces Timbres ont
été changés en divers temps , et que l'on
ne peut écrire les Actes publics que sur
du papier ou parchemin timbré du Tim-
bre actuellement autorisé dans le temps
I. Vol
et
JUIN.
1737.
1097
et le lieu où se passe l'Acte , ceux qui
écrivent un Acte sur du papier marqué
du Timbre actuel d'un certain Pays , ne
peuvent pas impunément le dater d'un
temps ni d'un lieu auquel il y auroit eut
un autre Timbre , parce que le Timbre
aposé à l'Acte démentiroit ces dates , et
en feroit connoître la fausseté.
4. Le principal effet des Timbres
( du moins que les Reglemens leur ont
attribué ) est qu'ils sont une des forma-
lités nécessaires pour donner l'authenti-
cité et le caractere de publicité aux Actes
reçûs par des Officiers publics : tellement
que sans cette formalité ces Actes ne pro-
duiroient point d'hypoteque , et ne se-
roient pas authentiques ni exécutoires :
ils ne seroient au plus considerés que
comme des Ecritures privées, et dans cer-
tains cas , ils seroient absolument nuls ,
ainsi que nous l'expliquerons dans un
moment ; ce qui a ainsi lieu , quand mê
me ces Actes seroient d'ailleurs revêtus
de toutes les autres formalités nécessaires
pour produire leur effet.
XIV. L'observation de cette forma
lité est d'autant plus importante , que
les Reglemens qui la prescrivent ne sont
pas des Loix seulement comminatoires ,
elles prononcent formellement la peine
I. Vol.
Ciiij.
de
1098 MERCURE DE FRANCE
de nullité contre les Actes publics qui
ne seront pas sur papier timbré : ensorte
que l'on ne pouroit pas rendre valable
un Acte public écrit sur du papier com-
mun , en le faisant timbrer après coup ,
même en payant aux Fermiers les Droits
et les Amendes , parce que le Fermier ne
peut pas remettre la peine de nullité :
dès qu'elle est encouruë , le droit d'opo-
ser la nullité de l'Acte est acquis.à tous
ceux qui pouroient avoir interêt d'en.
contester la validité ; et comme c'est une
maxime certaine que l'on ne peut pré-
judicier au droit acquis à un Tiers , le
Fermier ne peut remettre la peine de
nullité une fois encourue par l'omission
de la formalité du Timbre.
XV . Pour déterminer si un Acte public
doit , pour être valable , être écrit sur
du papier ou parchemin timbré , ou s'il
peut être écrit sur du papier ou parche-
min commun, on ne doit considerer que
l'usage du Lieu où se passe l'Acte. Si les
papiers et parchemins timbrés y sont éta-
blis , on doit s'en servir à peine de nulli-
té de l'Acte : si au contraire ils n'y sont
point établis , comme dans quelques
Pays et Provinces que nous avons ci- de-
vant remarqué , en ce cas , on n'est pas
obligé de s'en servir , quand même l'Of-
1. Vol.
ficier
JUIN.
17378
formalité des Timbres ést établie.
1099
ficier public , qui reçoit l'Acte , auroit
sa résidence ordinaire dans un lieu où la
Le principe par lequel se décide cette
question, est que tout ce qui ne concer-
ne que les formalités extérieures des
Actes, se regle par l'usage du Lieu où ils
se passent , suivant la maxime Locus re-
git actum. Or certainement il n'y a rien
qui soit plus de la forme extérieure des
Actes que le papier ou le parchemin sur
Fequel ils doivent être écrits ,
et le
Timbre qui y doit être aposé ; ainsi les
Ordonnances , Edits et Déclarations qui
ont établi les papiers et parchemins tim-
Brés , n'ayant pour objet que d'assujettir
les Actes publics à une formalité exté-
rieure , et qui ne concerne absolument
que
la forme , ne doivent être observés
"
que pour les Actes qui se passent dans
fes Pays où ces Loix sont établies.
En effet , quoiqu'il soit enjoint aux
Officiers publics de se servir de papiers
et parchemins timbrés dans le lieu où ils
sont établis , cette disposition n'est pas
un Statut personnel qui les assujettisse à
Suivre sa disposition , en quelque lieu
qu'ils se trouvent ; ce n'est qu'un Statut
réel et local , fait pour regler la formet
extérieure des Actes , et qui par conse
J. Vol
Gy
quent
1098 MERCURE DE FRANCE
de nullité contre les Actes publics qui
ne seront pas sur papier timbré : ensorte
que l'on ne pouroit pas rendre valable
un Acte public écrit sur du papier com-
mun , en le faisant timbrer après coup ,
même en payant aux Fermiers les Droits
et les Amendes , parce que le Fermier ne
peut pas remettre la peine de nullité :
dès qu'elle est encouruë , le droit d'opo-
ser la nullité de l'Acte est acquis à tous
ceux qui pouroient avoir interêt d'en.
contester la validité ; et comme c'est une
maxime certaine que l'on ne peut pré-
judicier au droit acquis à un Tiers , le
Fermier ne peut remettre la peine de
nullité une fois encourue par l'omission
de la formalité du Timbre.
XV. Pour déterminer si un Acte public
doit , pour être valable , être écrit sur
du papier ou parchemin timbré , ou s'il
peut être écrit sur du papier ou parche-
min commun, on ne doit considerer que
l'usage du Lieu où se passe l'Acte. Si les
papiers et parchemins timbrés y sont éta-
blis , on doit s'en servir à peine de nulli-
té de l'Acte : si au contraire ils n'y sont
point établis , comme dans quelques
Pays et Provinces que nous avons ci-de-
vant remarqué , en ce cas , on n'est pas
obligé de s'en servir , quand même l'Òf-
1. Vol.
ficier
JUIN.
17378
formalité des Timbres ést établie.
1099
ficier public , qui reçoit l'Acte , auroit
sa résidence ordinaire dans un lieu où la
Le principe par lequel se décide cette
question , est que tout ce qui ne concer
ne que les formalités extérieures des
Actes, se regle par l'usage du Lieu où ils
se passent , suivant la maxime Locus re-
git actum. Or certainement il n'y a rien
qui soit plus de la forme extérieure des
Actes que le papier ou le parchemin sur
Fequel ils doivent être écrits ,
et le
Timbre qui y doit être aposé ; ainsi les
Ordonnances , Edits et Déclarations qui
ont établi les papiers et parchemins tim-
Brés , n'ayant pour objet que d'assujettir
les Actes publics à une formalité exté-
rieure , et qui ne concerne absolument
que la forme , ne doivent être observés
que pour les Actes qui se passent dans
fes Pays où ces Loix sont établies.
En effet , quoiqu'il soit enjoint au
Officiers publics de se servir de papiers
et parchemins timbrés dans le lieu où ils
sont établis , cette disposition n'est pas
un Statut personnel qui les assujettisse à
suivre sa disposition , en quelque lieu
qu'ils se trouvent ; ce n'est qu'un Statut
réel et local , fait pour regler la forme
extérieure des Actes , et qui par conse
J.Vol
Gy
quent
Troo MERCURE DE FRANCE
quent ne regle que la forme de ceux qui'
se passent dans le lieu où ce Statut est
observé.
Il est vrai qu'il arrive rarement qu'il
se forme un combat sur ce Point entre
deux Statuts oposés , parce qu'il faut
pour cela que l'Officier public , qui a sa
residence dans un lieu dans lequel le pa
pier et le parchemin timbré sont établis,
ait été recevoir un Acte dans un lieu où
les Actes même publics s'écrivent sur du
papier commun , ou bien vice versâ, que
I'Officier public , qui auroit sa residence
dans un lieu où il n'y auroit point de
papier timbré , ait été recevoir un Acte
dans un lieu où la formalité du Timbre
seroit établie, ce qui n'est pas ordinaire,
la plupart des Officiers publics , n'ayant
droit d'instrumenter que dans le lieu de
leur residence:
Néanmoins ces sortes de cas peuvent
arriver , et arrivent en effet quelquefois
Par exemple , les Huissiers au Châte-
let de Paris ont droit d'exploiter par tout
le Royaume. Un de ces Huissiers qui a sa
residence ordinaire à Paris , est obligé de
se servir de papier timbré pour les Ex-
ploits qu'il y feroit , parce que cette for-
malité y est établies mais si , en vertu
du privilege qu'il a d'exploiter par tout
Mr.Vol.
le
JUIN.
1737
ΥΙΟΙ
le Royaume , I alloit faire quelque Ex-
ploit dans une Province où le papier et le
parchemin timbré n'est pas établi , telle
que Charleville , Henrichemont et autres
semblables , il ne seroit pas obligé de se
servir de papier timbré pour les Exploits
qu'il feroit dans ces Provinces , parce
que la Loy particuliere de chaque Pays
regle la forme extérieure des Actes qui
s'y passent , et que dans ce cas le papier
timbré n'est pas nécessaire , puisque la
Loy du Pays ne l'ordonne point.
Il en est de même à l'égard des No-
taires au Châtelet de Paris , qui ont leur
residence à Paris, et y font ordinairement
leurs fonctions ; ils sont obligés pour les
Actes qu'ils y reçoivent de se servir de
papier ou parchemin timbré, selon la na-
ture des Actes ; mais comme ils ont droit
d'instrumenter par tout le Royaume,
Hs peuvent aller recevoir des Actes
dans quelqu'autre Province dans laquelle
le papier timbré n'a pas lieu , et dans cet
cas ils ne seront pas obligés d'écrire leurs
Actes sur du papier ou parchemin tim-
bré , il suffira qu'ils les écrivent sur du
papier commun , suivant l'usage du lieu
où se passent les Actes.
De même encore un Conseiller au Par
lement de Paris , qui seroit commis par
J Vol.
Cvj
sa
Tro2 MERCURE DE FRANCE
sa Compagnie pour aller faire quelque
Enquête , Information , Visite ou autre
Procès verbal dans un lieu du Ressort où
le papier timbré n'est pas établi, comme
en Artois , ne seroit pas obligé de s'en
servir pour écrire les Actes qu'il feroit
dans ce lieu .
Et par une suite nécessaire du même
principe que la Loy du lieu où se passent
les Actes , regle tout ce qui est de la for-
me extérieure , un Officier public , éta-
bli dans un lieu où l'on se sert de papier
timbré , lequel , en vertu de quelque
Privilege ou Commission , iroit instru
menter dans un lieu où le papier timbré
seroit pareillement établi , mais dont le
Timbre seroit different , ne pouroit pas
dans ce lieu se servir de papier marqué
du Timbre autorisé dans le lieu de sa re-
sidence , il seroit tenu de se servir de
papier timbré pour le lieu où il passeroit
Acte
ensorte que les Notaires au Châ-
telet de Paris , qui par la Déclaration du
7. Septembre 1723. ont été affranchis de
la formalité du Controlle , au moyen
d'un Timbre particulier qui a été ajoûté
au papier dont ils se servent , ne pou
roient pas se servir de ce papier dans une
autre Généralité où il y auroit un Tim-
bre different , ils seroient obligés de se:
I.Vol
servig
JUIN.
1737.
F103
servir de papier timbré pour le lieu où
ils passeroient l'Acte , et il y a lieu de
croire que les Actes ainsi reçûs par des
Notaires de Paris , seroient sujets au Con
trolle comme tous les autres Actes qui
se passent dans les lieux où le Roy n'a
point établi le Timbre particulier , au
moyen duquel il a affranchi les Notaires
de Paris de la formalité du Controlle
parce que , comme on l'a déja observé, la
forme des Actes se reglant par la Loy dư
lieu où ils se passent les Actes reçûs par
des Notaires de Paris dans une autre Géné-
ralité , où le Controlle est établi, et où il
il
y a un Timbre different de celui de Pa-
ris , ne doivent point être reçûs selon la
forme usitée à Paris , mais suivant celle
qui est usitée dans le lieu où ils se passent,
et par consequent doivent être controllés
et écrits sur du papier timbré exprès pour
le lieu de la passation , puisque ce sont là
les formalités prescrites pour ce lieu.
XVI. Quoique par plusieurs Ordon
nances , Edits et Déclarations , le Roy
ait distingué les Actes qui doivent être
écrits en parchemin timbré, de ceux qu'il
suffit d'écrire sur du papier timbré ; un
Acte qui doit être en parchemin timbré
ne seroit pas nul , sous prétexte qu'il ne
seroit qu'en papier timbré
Val
parce que
1104 MERCURE DE FRANCE
le Roy a bien ordonné sous peine de nul-
lité d'écrire les Actes publics sur du papier
ou parchemin timbré , mais lorsqu'il a
distingué les Actes qui doivent être en
parchemin d'avec ceux qui doivent être
en papier, il n'a pas prononcé la peine de
nullité contre les Actes où ces distinc-
tions n'auroient pas été observées : en-
sorte qu'en cas de contravention à ces
distinctions, les Officiers publics sont
seulement sujets aux peines pecuniaires
prononcées par les Reglemens.
XVII. Il y auroit seulement plus de
difficulté, si un Acte d'une certaine nature
étoit écrit sur du papier ou parchemin
destiné à des Actes totalement differens:
Par exemple , si un Notaire écrivoit ses
Actes sur du papier ou parchemin des-
tiné pour les Expeditions des Greffiers ,
et vice versa. Dans ces cas la contradic-
tion qui se trouveroit entre l'intitulé du
Timbre, et la qualité de l'Acte, pouroic
faire foupçonner qu'il y auroit eu quel-
que surprise , et qu'on auroit fait signer
aux Parties un Acte pour un autre , ou
dumoins feroit rejeter l'Acte comme
étant absolument informe.
De même s'il arrivoit qu'un Acte pas
sé dans une Généralité fût écrit sur du
I. Vol.
...
papier
JUIN.
1737-
1105
papier ou parchemin timbré du Timbre
d'une autre Généralité , il y a lieu de
croire qu'un tel Acte seroit declaré nul ,
parce que ce seroit aux Parties à s'im-
puter d'avoir fair écrire leur Acte sur du
papier qui ne pouvoit absolument ycon-
venir , et qu'ils ne pouvoient ignorer
être d'une autre Généralité , puisque le
nom de chaque Généralité est gravé dans
chaque Timbre qui lui est particulier.
Mais si un Acte qu'il suffit d'écrire
sur du papier timbré étoit écrit sur du
parchemin timbré ; ou bien si un Acte-
que l'on peut mettre sur du papier ou
parchemin commun étoit écrit sur du
papier ou parchemin timbré , un tel Ac-
re ne seroit pas pour cela nul , parce que
ce qui abonde ne vicie point.
XVIII. En France , depuis quelques.
années , on a établi une Fabrique par-
ticuliere pour lespapiers que l'on destine
à être timbrés , dans le corps desquels au
licu de la Marque ou Enseigne du Fabri
quant , il y a au milieu de chaque feüil-
let une impression du Tinibre qui y doir
être aposé en tête.
Selon l'usage,ce Timbre interieur ne pa
roît pas être absolument de l'essence de la
formalité , et à la rigueur il suffit que le
papiersur lequel est écritl'Acte public soit
LiseVol
timbré
1105 MERCURE DE FRANCE
timbré au haut de chaque feuille du Tim
bre extérieur qui s'imprime avec un
Poinçon et en effet les Officiers publics
écrivent quelquefois leurs Actes sur du
papier commun , et font ensuite timbrer
chaque feuille avant de signer et de faire
signer l'Acte.
Il seroit néanmoins à propos que les
Officiers publics ne pussent se servir que
de papier timbré , tant du Timbre inté-
rieur que du Timbre extérieur ; carloin
que cette repetition du Timbre soit inu-
tile , chacun de ces deux Timbres a son
atilité particuliere.
Le Timbre imprimé au haut de cha-
que
feüille sert à faire connoître à l'ins-
pection seule d'un Acte, s'il est public ou
privé.
Le Timbre qui est dans le corps du
papier et fait en même temps que le pa-
pier , sert à assurer que le papier étoit
timbré lorsque l'Acte y a été écrit , et
qu'il n'a pas été timbré après coup : en
quoi ce dernier Timbre est un garand
plus sûr de la forme de l'Acte que le
Timbre extérieur , qui pouroit être apli
qué après coup , pour faire valoir un Ac-
re auquel manqueroit cette formalité.
Ce Timbre intérieur pouroit aussi ser-
vir à supléer le Timbre imprimé s'il se
J. Fol
trouvoit
JUIN.
1737.
1107
trouvoit effacé , ou si le haut de la page
sur lequel il est aposé étoit déchiré : sur
quoi il faut remarquer , en passant , que
les Officiers publics devroient toûjours
avoir l'attention de disposer leurs Actes
de maniere qu'on ne puisse en suprimer
le Timbre sans alterer le corps de l'Ac-
te, ce que néanmoins quelques uns n'ob-
servent pas, ne commençant à écrire leurs
Actes qu'au-dessous du Timbre.
Pour revenir au double Timbre , je
dis
que le Timbre intérieur qui est fait
avec le papier est utile pour assurer que
l'Acte a été écrit sur du papier qui étoit
déja timbré : ce qui ne laisse pas d'être
important ; car puisqu'il est ordonné à
peine de nullité que les Actes reçûs par
des Officiers publics soient écrits sur du
papier timbré , ceux qui sont Déposi-
taires des Poinçons du Timbre ne doi-
vent pas timbrer un Acte écrit sur du
papier commun , lorsqu'il est déja signé
et parfait comme écriture privée , pour
le faire valoir après coup , comme Ecri-
tare publique :
si on tolere que le Tim-
bre soit aposé sur un Acte déja écrit , ce
ne doit être que sur un Acte qui ne soit
pas encore signé : c'est pourquoi il se-
roit à propos d'assujettir tous les Officiers
publics à n'écrire les Actes qu'ils reçoi-
1. Vol.
vent
1108 MERCURE DE FRANCE
vent que sur du papier timbré des deux
Timbres ; c'est-à-dire , du Timbre qui
est marqué dans le corps du papier , er
fait avec le papier même , et de celui qui
s'imprime au haut de la feüille avec un
Poinçon , parce que le concours de ces
deux Timbres rempliroit tous les objets
que l'on peut avoir eu en vûë dans
P'établissement de cette formalité ; et let
Timbre intérieur écarteroit tout soup-
çon , en constatant que
le papier
étoit
déja timbré lorsque l'Acte y a été écrit.
Mais cette double précaution ne pou-
roit servir que pour les Actes qui s'écri-
vent sur du papier , et non pour ceux
qui s'écrivent en parchemin ; parce que
le parchemin n'étant pas fait de miin
d'homme , on ne peut pas y inserer de
Timbre intérieur comme dans le papier ,
dont le Timbre intérieur se fait en mê-
temps que le papier même. Aussi y a t- il
beaucoup plus d'inconveniens à se servir
de parchemin que de papier , parce que
non seulement la destination du parche-
min ne peut pas être constatée d'une ma-
niere aussi sûre que le papier ; mais ou-
tre cela le parchemin est plus facile à al-
térer que le papier , ensorte que pour
mieux assurer la verité des Actes , il se-
roit à souhaiter que l'on ne se servit que
de papier.
XIX.
JUIN.
1737.
1109
XIX. Pour entendre quel est l'effet
de la peine de nullité prononcée par les
Edits et Déclarations du Roy contre
les
Actes reçûs par des Officiers publics ,
lorsqu'ils ne sont pas écrits sur du papier
ou parchemin timbré, ou qu'ils sont écrits
sur du papier ou parchemin timbré du
Timbre d'un autre lieu que celui où est
passé l'Acte , ou d'un Timbre qui est
d'une destination si oposée à la nature de
l'Acte , qu'il ne peut absolument y con
venir , il faut distinguer entre les Actes
publics ceux qui ne sont obligatoires que'
d'une part , d'avec ceux qui sont sinal-
lagmatiques ; c'est- à-dire, qui sont res-
pectivement obligatoires à l'égard de tou
tes les Parties contractantes.
Les Actes qui ne sont obligatoires que
d'une part , comme une obligation , une
quittance , et les Actes qui ne forment
point de convention , tels que les Décla-
rations , les Certificats et autres Actes
de cette nature , ne sont pas
I. Vol.
absolument
nuls à tous égards , lorsqu'il leur manque
la formalité du Timbre : toute la peine
de nullité , à l'égard de ces sortes d'Ac-
tes , est qu'ils ne sont pas valables con
me Actes publics , et qu'ils n'ont aucun
des effets attachés à la publicité des Ac-
tes , tels que l'authenticité et l'hypote-
que
1108 MERCURE DE FRANCE
vent que sur du papier timbré des deux
Timbres ; c'est- à-dire , du Timbre qui
est marqué dans le corps du papier , et
fait avec le papier même , et de celui qui
s'imprime au haut de la feuille avec un
Poinçon , parce que le concours de ces
deux Timbres rempliroit tous les objets
que l'on peut avoir eu en vûë dans
l'établissement de cette formalité ; et le
Timbre intérieur écarteroit tout soup
çon , en constatant que le papier étoit
déja timbré lorsque l'Acte y a été écrit.
Mais cette double précaution ne pou-
roit servir que pour les Actes qui s'écri
vent sur du papier , et non pour ceux
qui s'écrivent en parchemin ; parce que
le parchemin n'étant pas fait de miin
d'homme , on ne peut pas y inserer de
Timbre intérieur comme dans le papier,
dont le Timbre intérieur se fait en mê
temps que le papier même. Aussi y a t- il
beaucoup plus d'inconveniens à se servir
de parchemin que de papier , parce que
non seulement la destination du parche-
min ne peut pas être constatée d'une ma
niere aussi sûre que le papier ; mais ou-
tre cela le parchemin est plus facile à al-
térer que le papier , ensorte que pour
mieux assurer la verité des Actes ,
roit à souhaiter que l'on ne se servît que
de papier.
il se-
XIX.
JUIN.
1737.
1109
XIX. Pour entendre quel est l'effet
de la peine de nullité prononcée par les
Edits et Déclarations du Roy contre les
Actes reçûs par des Officiers publics ,
lorsqu'ils ne sont pas écrits sur du papier
ou parchemin timbré , ou qu'ils sont écrits
sur du papier ou parchemin timbré du
Timbre d'un autre lieu que celui où est
passé l'Acte , ou d'un Timbre qui est
d'une destination si oposée à la nature de
l'Acte , qu'il ne peut absolument y con
venir , il faut distinguer entre les Actes
publics ceux qui ne sont obligatoires que'
d'une part , d'avec ceux qui sont sinal-
lagmatiques ; c'est- à-dire, qui sont res-
pectivement obligatoires à l'égard de tou
tes les Parties contractantes.
Les Actes qui ne sont obligatoires que
d'une part , comme une obligation , une
quittance , et les Actes qui ne forment
point de convention , tels que les Décla-
rations , les Certificats et autres Actes
de cette nature , ne sont pas absolument
nuls à tous égards, lorsqu'il leur manque
la formalité du Timbre : toute la peine
de nullité , à l'égard de ces sortes d'Ac-
tes , est qu'ils ne sont pas valables con
me Actes publics , et qu'ils n'ont aucun
des effets attachés à la publicité des Ac-
tes , tels que l'authenticité et l'hypote-
I. Vol.
que
1170 MERCURE DE FRANCE
que mais ils sont quelquefois valables
comme Ecriture privée.
En effet , lorsque l'on y a observé la
forme prescrite pour les Ecritures pri-
vées , ils sont valables en cette derniere
qualité, quoiqu'ils eussent été faits pour
valoir comme Actes publics.
Mais si ayant été faits pour valoir
comme Actes publics , ils ne peuvent va-
loir en cette qualité faute de Timbre , ou
à cause de quelque défaut essentiel dans
l'observation de cette formalité ; et que
d'un autre côté ces Actes ne soient pas
dans une forme telle qu'ils puissent va-
loir comme Ecriture privée, c'est alors un
des cas où ils sont absolument nuls aux
termes des Reglemens.
Par exemple , si un Notaire reçoit un
Testament sur du papier commun dans
un lieu où il devoit l'écrire sur du papier
timbré , ce Testament sera absolument
nul, et ne vaudra pas même comme Tes-
tament Olographe's parce que , pour être
valable en cette qualité , il faudroit qu'il
fût entierement écrit et signé de la main
du Testateur , auau lieu qu'ayant été reçû
par un Notaire , ce sera le Notaire qui
l'aura écrit ,
De même si un Notaire reçoit une
Obligation sur du papier commun , tan-
1. Vol.
dis
JUIN;
1737.
IIII
dis qu'elle devoit être sur du papier tim-
bré , elle ne sera pas valable , même
comme promesse sous signature privée ,
parce qu'aux termes de la Déclaration
du Roy du 22. Septembre 1733. regis-
trée en Parlement le 14. Octobre suivant
et le 20, Janvier 1734. Tous Billets sous
signature privée , au Porteur , à ordre , on
autrement, causés pour valeur en argent, sont
nuls , si le corps du Billet n'est écrit de la
main de celui qui l'a signé , ou du moins si
la somme portée au Billet n'est reconnuë par
une aprobation écrite en toutes lettres aussi
de sa main.
Cette Déclaration excepte seulement
les Billets sous signature privée , faits par
des Banquiers , Négocians , Marchands ,
Manufacturiers , Artisans , Fermiers, La-
boureurs , Vignerons , Manouvriers et au-
tres de pareille qualité , à l'égard desquels
elle n'exige pas que le corps de leurs
Billets soit entierement écrit de leur
main ensorte que les Obligations pas-
sées devant Notaires par ces sortes de
personnes , et reçûës sur du papier com-
mun lorsqu'elles devoient l'être sur pa-
pier timbré , pouroient valoir comme
Billets sous signature privée , pourvû
que l'Acte fût signé de l'Obligé.
Pour ce qui est des Actes que les Par-
1. Vol
ties
112 MERCURE DE FRANCE
ties n'ont pû signer , faute de sçavoir
écrire , ou pour quelqu'autre empêche-
ment , ils sont absolument nuls à tous
égards , lorsque les Officiers publics de-
voient les recevoir sur du papier timbré,
et qu'ils les ont reçûs sur du papier com-
mun , et ne peuvent valoir même com-
me Ecriture privée , parce que les Actes
sous seing privé ne sont parfaits que par
la signature des Parties.
A l'égard des Actes sinallagmatiques
tels que les Contrats de vente , d'échan-
ge , de societé , les baux et autres Actes
semblables , qui obligent respectivement
les Parties contractantes à remplir cha-
cun de leur part certains engagemens ,
lorsqu'ils sont reçûs par des Officiers pu-
blics sur du papier commun , dans un
lieu où ils devoient être sur papier tim-
bré , ils sont aussi absolument nuls à
tous égards, et ne peuvent valoir même
comme Ecriture privée , quand même
les Parties contractantes les auroient si-
gné , parce que pour former un Acte
obligatoire , sinallagmatique , sous seing
privé ,
il faut qu'il soit fait double , tri-
ple ou quadruple , & c. selon le nombre
des Contractans , afin que chacun d'eux
puisse en avoir un pardevers soi , ce que
fon apelle en Bretagne , un autant ; et
1. Vol
qu'il
JUIN
1737.
1113
qu'il soit fait mention dans chaque ex-
pédition que l'Acte a été fait double
triple ou quadruple , ce qui est tellement
de rigueur que l'omission de cette men-
tion suffit seule pour annuller la conven-
tion
cette regle est for dée sur le prin-
cipe qu'une convention ne peut pas être
valable , à moins que chaque Contrac-
tant ne puisse contraindre les autres à
exécuter leurs engagemens , comme il
peut être contraint de remplir les siens:
pour mettre les Contractans en état d'o-
bliger les autres d'executer leurs enga-
gemens , il faut
il faut que chacun d'eux ait en
main , pardevers soi un titre contre les
autres ; car un Acte sinallagmatique sous
seing privé qui seroit simple , ne forme-
roit pas un titre commun , quoiqu'il fût
signé de tous les Contractans , puisque
chacun d'eux ne pouroit pas l'avoir , et
que celui qui l'auroit, pouroit le faire
paroître ou le suprimer , selon son in-
terêt
3
au préjudice des autres Contrac-
tans , qui ne pouroient pas s'en aider.
Or lorsqu'un Acte sinallagmatique a
été reçû par un Officier public , pour
valoir comme Acte public ; et que néan,
moins il ne l'a reçû que sur papier com-
mun , soit par impéritie ou autrement,
quoiqu'il dût le recevoir sur du papier
J Vol.
timbré
1114 MERCURE DE FRANCE
timbré , cet Acte ne peut valoir comme
Ecriture privée , parce qu'il n'a point
été fait double , triple ou quadruple ,
& c. selon le nombre des Contractans , et
que par conséquent il n'y est pas fait
mention qu'il ait été fait double ou tri
ple , &c. d'où il s'ensuit qu'il ne peut
etre sinallagmatique , et qu'il est abso-
lument nul.
En vain prétendroit- on que la minu
te de cet Acte sinallagmatique devient
un titre commun dont chaque Contrac
tant peut ensuite lever des expéditions
et par- là se procurer un titre pour obli-
ger
les autres Parties à executer l'Acte
de leur part : dès que l'Acte sinallagma
tique n'a pas été reçû par l'Officier pu-
blic sur du papier timbré , comme il le
devoit , et que par l'omission de cette
formalité l'Acte ne peut valoir comme
Acte public , l'original de cet Acte que
l'Officier public a retenu pardevers lui ,
ne peut être considéré comme une vraie
minute , qui soit un titre commun dont
on puisse lever des expéditions , qui ser-
vent de titre à chacun des Contractans,
parce que l'original n'étant pas un Acte
public , mais seulement un Acte privé
simple, il pouvoit être suprimé par ceux
entre les mains desquels il étoit , et par
1. Vol.
conséquent
JUIN 17370
ITTS
conséquent n'étoit pas obligatoire , le
dépôt qui en a été fait chés un Officier
public , ne peut pas réparer ce vice pri-
mordial , ni faire que les expéditions
qu'en délivreroit l'Officier public , ser-
vent de titre à chacun des Contractans,
parce que l'Acte étant nul dans le prin-
cipe ne peut être réhabilité par la quali-
té du Lieu où il est placé.
Il faut néanmoins excepter de cette
regle certains Actes que les Notaires
peuvent recevoir en Brevet ; car si ces
Actes ont été faits doubles ou triples ,
selon le nombre des Parties contractan-
tes , ainsi que cela se pratique ordinaire-
ment, et que chaque double soit signé de
la Partie qu'il oblige, ces Actes qui ne se-
roient pas valables comme Actes publics,
s'ils étoient écrits sur du papier ou par-
chemin commun , dans un Lieu où ils
devoient l'être sur du papier ou parche-
min timbré , vaudroient du moins com-
me Ecritures privées , parce qu'ils au-
roient en eux toutes les conditions né
cessaires pour valoir en cette qualité.
Fermer
2783
p. 1125-1129
LETTRE de M. Mazure, Maître ès Arts dans l'Université de Paris, & Maître de Mathématiques à Rennes, à M. Bardon.
Début :
On trouve tant d'avantage dans les conversations que l'on peut se ménager [...]
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Mazure, Maître ès Arts dans l'Université de Paris, & Maître de Mathématiques à Rennes, à M. Bardon.
LETTRE de M. Mazure, Maître ès
Arts dans l'Université de Paris, &
Maître de Mathématiques à Rennes, à
M. Bardon.
Ο
On trouve tant d'avantage dans les
conversations que l'on peut se ménager
avec vous , Monsieur , qu'on ne
pouroit , sans ingratitude , se dispenser
de vous en faire un hommage. Vous con-
duisez l'esprit avec tant de méthode
qu'il s'emble que vous ne fassiez naître des
doutes , que pour procurer la satisfaction
de les dissiper soi même. Voici le fruit
de mes réfléxions sur la question que
nous agitâmes dernierement. Il s'agissoit
de sçavoir si la matiere actuellement
existente est infinie ou finie en étendue.
Descartes paroît avoir été pour le
premier sentiment ; mais en verité il y a
tant et de si fortes objections à faire , aux-
quelles on ne voit aucune réponse rai-
sonnable qu'on ne peut guere se dé-
terminer à l'embrasser . Contre le dernier,
dans le Systême des Tourbillons plus pe-
tits , et plus petits , qui paroît le seul rai-
sonnable , la plus forte objection que
Fon ait faite jusqu'ici , c'est que, selon
B. Fol.
D vj
les
I 26 MERCURE DE FRANCE
les Loix du mouvement , les petits Tour-
billons qui seroient à l'extrémité , c'est-
à- dire , aux dernieres couches de l'Uni-
vers , devroient s'en aller par des tangen
tes , et tout cet Univers se détruire. Ce-
pendant il se conserve cet Univers , donc
Dieu le conserve par une volonté parti-
culiere ; mais cette conséquence met ma-
nifestement des bornes à la sagesse de
Dieu , qui n'a pû lui dicter des Loix ,
pour ainsi dire , assés fécondes pour con-
server l'Univers. Je ne crois pas que
consultant l'idée de l'Etre infiniment
parfait , et connoissant combien il est ja
loux de l'Attribut de sa Sagesse , on
puisse admettre une pareille conséquence.
Comment donc se tirer de ces embarras ?
Voilà où nous en restâmes , M. et voici
ce qui m'est venu depuis dans l'esprit à
ce sujet:
Je dis qu'on peut regarder tout cet
Univers comme un Tourbillon qui en
renferme d'autres plus petits ; ceux- ci
d'autres , plus petits encore , et ainsi de
suite ( je ne sçai si on ne pouroit pas dire
à l'infini ) de sorte que ces derniers petits
Tourbillons , dont j'ai parlé , participent
à tous les mouvemens de tous les Tour-
billons dont ils sont parties prochaines
ou éloignées ; donc ils reçoivent des im--
1 Vol .
2
pressions>
JULN.
La Violi
1737.
1127
pressions des forces centrales et centrifu-
ges du premier Tourbillon total , ot de
tous les intermédiaires , ils ont eux-mê-
mes des forces centrales et centrifuges ,
qui leur sont propres. Or toutes ces for-
ces centrales et centrifuges , ont des dé
terminations différentes ; donc ces der
nieres parties de l'Univers sont poussées
suivant un nombre immense de déter
minations.
Mais par la Loy des mouvemens com-
posés , un corps poussé suivant différen-
tes déterminations , qui ne sont point
diamétralement oposées , n'en suit au-
cune , mais décrit une ligne par laquelle
il satisfait à toutes ces déterminations ;
donc chacune de ces dernieres parties, ne
suivra aucune de ces déterminations ,
mais elle décrira une ligne par laquelle
elle satisfera à toutes ; or non seulement
il ne répugne point , mais même il est
très -conforme à la Sagesse infinie de l'E-
tre infiniment parfait , que toutes ces +
différentes déterminations fissent entre-
3
elles des angles tels que la ligne , que
chaque petit Tourbillon devra décrire
soit précisément celle où il sera conservé
et retenu dans les bornes de l'Univers.
Donc cet Univers doit se conserver part
lës Loix des mouvemens , et sans volon
ré
128 MERCURE DE FRANCE
té particuliere ; ce qui porte le caracte-
re d'une sagesse infinie et d'une Provi
dence sans bornes.
Mais , M. ce qui me confirme encore
dans cette opinion , c'est que par ce Sys-
tême, je crois trouver une analogie entre
le physique et le moral, laquelle exprime
parfaitement la simplicité de la conduite
de Dieu, qui par la nécessité de son Etre,
ne peut agir que pour faire porter à son
Ouvrage le caractere de ses Attributs, de
la maniere la plus capable de procurer sa
gloire , qui seule peut être la fin , com-
me le seul amour , qu'il se porte à lui-
même , peut être le motif de son action
En effet , M. comme Habitans de l'Uni-
vers entier , nous avons certaines impres-
sions : comme Européens , nous en avons
d'autres ; comme François , d'autres ; de
différentes comme Bretons.L'Habitant de
Rennes a les siennes ,comme Pere ou par-
tie d'une certaine famille , il en a qui lui
sont particulieres ; et enfin , par un res-
sort et par une combinaison que nous ne
sçaurions assés admirer , toutes ces diffé
rentes impressions , dont chacune en
particulier tendroit au renversement de
la societé , prises toutes ensemble , en
operent la conservation et le bien. Voilà,
M. ce que j'ai pû recueillir de mes médi-
1. Vol.
mations
JUIN.
1737.
F129
tations. Je connois votre sincerité , com-
me vous connoissez mon désintéresse-
ment sur mes sentimens philosophiques,
lorsqu'il ne m'est pas clair que j'en doi-
ve compte à la vérité. J'attends vos avis ,
bien résolu d'en profiter , comme d'être
toute ma vie avec une sincere amitié,
M. Votre , &c.
Arts dans l'Université de Paris, &
Maître de Mathématiques à Rennes, à
M. Bardon.
Ο
On trouve tant d'avantage dans les
conversations que l'on peut se ménager
avec vous , Monsieur , qu'on ne
pouroit , sans ingratitude , se dispenser
de vous en faire un hommage. Vous con-
duisez l'esprit avec tant de méthode
qu'il s'emble que vous ne fassiez naître des
doutes , que pour procurer la satisfaction
de les dissiper soi même. Voici le fruit
de mes réfléxions sur la question que
nous agitâmes dernierement. Il s'agissoit
de sçavoir si la matiere actuellement
existente est infinie ou finie en étendue.
Descartes paroît avoir été pour le
premier sentiment ; mais en verité il y a
tant et de si fortes objections à faire , aux-
quelles on ne voit aucune réponse rai-
sonnable qu'on ne peut guere se dé-
terminer à l'embrasser . Contre le dernier,
dans le Systême des Tourbillons plus pe-
tits , et plus petits , qui paroît le seul rai-
sonnable , la plus forte objection que
Fon ait faite jusqu'ici , c'est que, selon
B. Fol.
D vj
les
I 26 MERCURE DE FRANCE
les Loix du mouvement , les petits Tour-
billons qui seroient à l'extrémité , c'est-
à- dire , aux dernieres couches de l'Uni-
vers , devroient s'en aller par des tangen
tes , et tout cet Univers se détruire. Ce-
pendant il se conserve cet Univers , donc
Dieu le conserve par une volonté parti-
culiere ; mais cette conséquence met ma-
nifestement des bornes à la sagesse de
Dieu , qui n'a pû lui dicter des Loix ,
pour ainsi dire , assés fécondes pour con-
server l'Univers. Je ne crois pas que
consultant l'idée de l'Etre infiniment
parfait , et connoissant combien il est ja
loux de l'Attribut de sa Sagesse , on
puisse admettre une pareille conséquence.
Comment donc se tirer de ces embarras ?
Voilà où nous en restâmes , M. et voici
ce qui m'est venu depuis dans l'esprit à
ce sujet:
Je dis qu'on peut regarder tout cet
Univers comme un Tourbillon qui en
renferme d'autres plus petits ; ceux- ci
d'autres , plus petits encore , et ainsi de
suite ( je ne sçai si on ne pouroit pas dire
à l'infini ) de sorte que ces derniers petits
Tourbillons , dont j'ai parlé , participent
à tous les mouvemens de tous les Tour-
billons dont ils sont parties prochaines
ou éloignées ; donc ils reçoivent des im--
1 Vol .
2
pressions>
JULN.
La Violi
1737.
1127
pressions des forces centrales et centrifu-
ges du premier Tourbillon total , ot de
tous les intermédiaires , ils ont eux-mê-
mes des forces centrales et centrifuges ,
qui leur sont propres. Or toutes ces for-
ces centrales et centrifuges , ont des dé
terminations différentes ; donc ces der
nieres parties de l'Univers sont poussées
suivant un nombre immense de déter
minations.
Mais par la Loy des mouvemens com-
posés , un corps poussé suivant différen-
tes déterminations , qui ne sont point
diamétralement oposées , n'en suit au-
cune , mais décrit une ligne par laquelle
il satisfait à toutes ces déterminations ;
donc chacune de ces dernieres parties, ne
suivra aucune de ces déterminations ,
mais elle décrira une ligne par laquelle
elle satisfera à toutes ; or non seulement
il ne répugne point , mais même il est
très -conforme à la Sagesse infinie de l'E-
tre infiniment parfait , que toutes ces +
différentes déterminations fissent entre-
3
elles des angles tels que la ligne , que
chaque petit Tourbillon devra décrire
soit précisément celle où il sera conservé
et retenu dans les bornes de l'Univers.
Donc cet Univers doit se conserver part
lës Loix des mouvemens , et sans volon
ré
128 MERCURE DE FRANCE
té particuliere ; ce qui porte le caracte-
re d'une sagesse infinie et d'une Provi
dence sans bornes.
Mais , M. ce qui me confirme encore
dans cette opinion , c'est que par ce Sys-
tême, je crois trouver une analogie entre
le physique et le moral, laquelle exprime
parfaitement la simplicité de la conduite
de Dieu, qui par la nécessité de son Etre,
ne peut agir que pour faire porter à son
Ouvrage le caractere de ses Attributs, de
la maniere la plus capable de procurer sa
gloire , qui seule peut être la fin , com-
me le seul amour , qu'il se porte à lui-
même , peut être le motif de son action
En effet , M. comme Habitans de l'Uni-
vers entier , nous avons certaines impres-
sions : comme Européens , nous en avons
d'autres ; comme François , d'autres ; de
différentes comme Bretons.L'Habitant de
Rennes a les siennes ,comme Pere ou par-
tie d'une certaine famille , il en a qui lui
sont particulieres ; et enfin , par un res-
sort et par une combinaison que nous ne
sçaurions assés admirer , toutes ces diffé
rentes impressions , dont chacune en
particulier tendroit au renversement de
la societé , prises toutes ensemble , en
operent la conservation et le bien. Voilà,
M. ce que j'ai pû recueillir de mes médi-
1. Vol.
mations
JUIN.
1737.
F129
tations. Je connois votre sincerité , com-
me vous connoissez mon désintéresse-
ment sur mes sentimens philosophiques,
lorsqu'il ne m'est pas clair que j'en doi-
ve compte à la vérité. J'attends vos avis ,
bien résolu d'en profiter , comme d'être
toute ma vie avec une sincere amitié,
M. Votre , &c.
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2784
p. 1129-1137
LE JARDIN. EPITRE, A. M. D. V.
Début :
Toi qui dans le champêtre azile, [...]
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texteReconnaissance textuelle : LE JARDIN. EPITRE, A. M. D. V.
LE JARDIN.
EPITRE,
A. M. D. V.
Toi qui dans le champêtre azile,
Ou te conduisit le bon sens ,
Oposes une étude utile
Aux assauts des soucis piquants ,
Damon , mets à part , pour un temps ,
Les sages Ecrits de Virgile ,
Dans lesquels ton esprit docile
Puise ses doux amusemens ;
Dépouillé de l'humeur chagrine
D'un Aristarque scrupuleux ,
Daigne sur ma Muse badine
Jetter de favorables yeux ;
Si-tôt que ta juste balance
Devant le Tribunal des Ris
1. Fal.
Aura
1130 MERCURE DE FRANCE
'Aura pesé ' ce que j'écris , ·
Tu peux , sans que je m'en offensé ,
Reprenant un front moins serain ,
Recommencer ton premier train ;
Mais pour tirer plus d'avantage
Du travail sçavant qui t'instruit ,
Scache , Damon , qu'un homme sage
Ne doit pas du suc d'un Ouvrage
Sans cesse enyvrer son esprit ;
Car , par là , le plus beau génie
Voit périr sa force affoiblie ,
Et vole par distraction "
Du sein de l'érudition
Vers le foyer de la folic."
Voilà ce que Mere Raison ,
Ami , m'a chargé de te dire ; ·
L'avis n'est pas hors de saison ,
Et j'ai promis de t'en instruire
A la premiere occasion.
Traitons à présent la matiere
A laquelle mon Apollon
Consacre cette Epitre entiere ;
.
Voici le fait
:
Auprès d'une table investie :
Par le hazard et l'interêt ,
Du sort l'inévitable Arrêt
Ayant sur ma bourse remplie
Exércé sa rage canemie ,
Is Vols
attention ;
·
JUIN. 1737.
Je tournai mes pas abatus
Chargé de ma seule misere ,
Vers ma lucarne solitaire ,
Donnant des regrets superflus
A l'argent que je n'avois plus.
Déja la nuit plioit ses voiles ,
Déja la face des Etoiles
Perdoit sa brillante couleur ;
Tenant un seul doigt sur sa bouche
Déja le silence rêveur ,
Fuyoit à l'aproche farouche
Du tumulte perturbateur.
Tout d'un coup , trait pénible à croire,
Dont j'assure la vérité ,
En jurant par cette onde noire ,
Que roule avec férocité
Le Styx , par Jupin respecté;
Soudain , dis- je , du haut des nuës ,
Je vis descendre un Dieu riant ,
Assis sur les aîles du vent ,
Avec des graces ingénuës ;
Ses yeux baissés , son teint vermeil ,
M'annonçoient le Dieu du sommeil ;
Lorsque dans ma Cage embellie
De quelques meubles délabrés ,
Le Dieu des songes bigarés ,
Fut entré sans cerémonie ;
Il me fit entendre ces mots, ?
L. Voli.
1131
Dont
1132 MERCURE DE FRANCE
Don't je me souviens à propos ;
A ces fleurs que je te présente ,
Tu connois assés qui je suis ;
» Loin de toi , je veux des Ennuis
Chasser la cohorte insolente ;
» Vers toi la pitié pénetrante ,
A porté mon pied incertain
Pour apaiser ton humeur noire ,
» Et jouir d'un calme serain ;
» Şous mes aîles d'un jeu malin ,
Viens perdre jusqu'à la memoire.
Il se taît , puis levant la main ,
Me frape , et je m'endors soudain;
Cent et cent songes favorables "
Fondant sur moi de tout côté ,
Ne m'offrant qu'objets agréables
Dont je suis encore enchamé ,
Quel plaisir n'ay-je pas goûté ,
Damon , lorsqu'un charmant délire
Dans ton jardin m'a transporté ;
Jardin des Graces habité ,
Qui joint à leur riant Empire
Tout l'éclat de la vérité ;
Retraite où dans un calme extrême ,
Tu jouis toujours de toi même ,
En dépit de l'adversité ?
Pour prix de ton humeur égale ,
La tendre Vénus chaque nuit ;
I. Vol.
(Ains
JUIN.
1737.
( Ainsi du moins me l'a-t'on dit )
Tandis que Vulcain au front sale
Pour Jupiter forge les Traits
Qui doivent punir les forfaits ,
A l'aide du Char de Cynthie ,
Danse avec les jeunes Plaisirs ,
Dans ta demeure où les convie
Ze souffle badin des Zéphirs ;
L'aimable Flore , qui désire
T'amuser avec ses couleurs ,
Ouvre son sein , t'offre les fleurs
Qu'elle s'empresse de produire ,
Avec le doux secours des pleurs
Que répand la Fille Azurée ,
9
D'un Dieu qui , dans un Char brûlant ,
Eclaire la Voute étherée ,
Sans se reposer un moment;
Avec les glaces de Scythie ,
L'Epoux bisare d'Orithie
Ne vient point enchaîner ces Eaux ,
Qui , roulant leurs ondes plaintives ,
Lavent les pieds de tes Roseaux ,
Près de qui les Nymphes craintives ,
Ornant leurs cheveux de Pavots ,
Vont souvent chercher le repos.
Oui , je croyois , Ami fidele ,
Que la Fortune moins cruelle
M'alloit permettre de nouveau
I. Vol.
1133
D'être
1134 MERCURE DE FRANCE
D'ètre dans le sein pacifique
De ta retraite monarchique ;
D'y goûter un sort aussi beau
Que celui dont mes jours tranquiles
Jouissoient le Printemps passé ,
Lorsqu'échapé du bruit des Villes ,
Et , de tout Flateur empressé
Evitant les adroites chaînes ,
Fallois te découvrir mes peines
Dans un raisonnement sensé ;
Là l'éloquence et la sagesse
Se mariant dans tes discours ;
Bannissoient l'affreuse tristesse
Du fond de mon cœur pour toujours
Et ne versoient que l'allegresse
Sur tous les instants de mes jours ¿
Ennemi du joug exécrable
De cette sévere vertu ,
Dont un Cagot est revêtu ;
Tu laissois une entrée aimable
Dans ta demeure respectable ,
A quelques plaisirs innocens ,
Sources de nos amusemens ;
Tantôt , dès que l'Aube vermeille
Alloit ouvrir dans l'Orient
Du Soleil le Palais brillant ,
Tu venois me dire à l'oreille
Qu'il étoit temps de mépriser
I.Vol
JUIN.
17378
Les charmes d'une plume oiseuse , ⭑
Et qu'ilfalloit nous disposer ,
Remplis d'une ardeur belliqueuse ,
Et secondés d'un plomb volant ,
A declarer adroitement
Une fatale et rude guerre
Au Peuple qui ,fuyant la terre ,
Pour éviter nos coups divers ,
Trouve sa perte dans les airs ;
Tantôt assis sur la verdure ,
Près de quelqu'Arbre bienfaisant ;
Accompagnés de l'enjoüement ,
Et d'une raison toujours pure ,
Nous accordions à la nature ,
Dans un repas apétissant ,
Un gracieux soulagement ;
Et nous buvions avec usure
L'oubli des rides du present ;
* Quelques Personnes avoüoient que corte Ema
pression ne donnoit pas assés de jour à ma pen-
sée , quoique je recueille leurs avis avec autant
de respect que l'on recueilloit les feuilles qui renfer-
moient les Réponses des Sybilles j'ai néanmoins laissé
subsister cette Expression , m'étant aperçû que M.
Boileau s'en étoit servi dans le IV. Chant du Lu-
trin, où il dit , en parlant des Valets du Chantre,
qui s'étoit éveillé agité d'un sommeil éfrayant,
Aux Elans redoublés de sa voix douloureuse ,
1.Vd.
"
Tous les Valets tremblans quittent la plume
oiseuse.
1135
AYSE
1136 MERCURE DE FRANCE
Avec art usant de la lime ,
Tantôt nous ornions quelque rime
De cette noble propreté ,
Et de cette subtilité ,
Qui sortent sans aucune peine ,
De ce redoutable pinceau ,
Que , malgré les cris de la haine ,
Le Dieu qui cherit l'Hypocrêne ,
Laisse dans les mains de Rousseau ;
De ces plaisirs inexprimables
Je me promettois le retour ,
Séduit par des songes aimables ,
Qui me maîtrisoient tour à tour ;
Tandis qu'ainsi je m'abandonne
A des projets délicieux ,
Perché sur son char radieux ,
Le Fils embrasé de Latone
Avoit atteint le haut des Cieux;
Sur la porte de ma Guerite
Un détestable Cuisinier
Contrefaisant le Timbalier,
Me dit que mon repas d'Hermite ,
Rangé sans art , mais proprement
M'attendoit impatiemment.
Au bruit de sa main affamée ,
La Troupe des Rêves distraits ,
Volant vers ses Antres secrets
Ne me laissa que la fumée
1.Vol.
De
JUIN. 1737.
De tous mes plaisirs imparfaits.
En racourci voilà l'histoire
Dont j'ai voulu t'entretenir e
Adieu , Damon , je vais finir,
Et renfermer dans mon armoire
Mes Tabletes et mon Craïon ;
Aussi ne puis-je davantage ,
Sans courir risque de naufrage ,
Joindre la rime à la raison.
M. Last à Aix.
EPITRE,
A. M. D. V.
Toi qui dans le champêtre azile,
Ou te conduisit le bon sens ,
Oposes une étude utile
Aux assauts des soucis piquants ,
Damon , mets à part , pour un temps ,
Les sages Ecrits de Virgile ,
Dans lesquels ton esprit docile
Puise ses doux amusemens ;
Dépouillé de l'humeur chagrine
D'un Aristarque scrupuleux ,
Daigne sur ma Muse badine
Jetter de favorables yeux ;
Si-tôt que ta juste balance
Devant le Tribunal des Ris
1. Fal.
Aura
1130 MERCURE DE FRANCE
'Aura pesé ' ce que j'écris , ·
Tu peux , sans que je m'en offensé ,
Reprenant un front moins serain ,
Recommencer ton premier train ;
Mais pour tirer plus d'avantage
Du travail sçavant qui t'instruit ,
Scache , Damon , qu'un homme sage
Ne doit pas du suc d'un Ouvrage
Sans cesse enyvrer son esprit ;
Car , par là , le plus beau génie
Voit périr sa force affoiblie ,
Et vole par distraction "
Du sein de l'érudition
Vers le foyer de la folic."
Voilà ce que Mere Raison ,
Ami , m'a chargé de te dire ; ·
L'avis n'est pas hors de saison ,
Et j'ai promis de t'en instruire
A la premiere occasion.
Traitons à présent la matiere
A laquelle mon Apollon
Consacre cette Epitre entiere ;
.
Voici le fait
:
Auprès d'une table investie :
Par le hazard et l'interêt ,
Du sort l'inévitable Arrêt
Ayant sur ma bourse remplie
Exércé sa rage canemie ,
Is Vols
attention ;
·
JUIN. 1737.
Je tournai mes pas abatus
Chargé de ma seule misere ,
Vers ma lucarne solitaire ,
Donnant des regrets superflus
A l'argent que je n'avois plus.
Déja la nuit plioit ses voiles ,
Déja la face des Etoiles
Perdoit sa brillante couleur ;
Tenant un seul doigt sur sa bouche
Déja le silence rêveur ,
Fuyoit à l'aproche farouche
Du tumulte perturbateur.
Tout d'un coup , trait pénible à croire,
Dont j'assure la vérité ,
En jurant par cette onde noire ,
Que roule avec férocité
Le Styx , par Jupin respecté;
Soudain , dis- je , du haut des nuës ,
Je vis descendre un Dieu riant ,
Assis sur les aîles du vent ,
Avec des graces ingénuës ;
Ses yeux baissés , son teint vermeil ,
M'annonçoient le Dieu du sommeil ;
Lorsque dans ma Cage embellie
De quelques meubles délabrés ,
Le Dieu des songes bigarés ,
Fut entré sans cerémonie ;
Il me fit entendre ces mots, ?
L. Voli.
1131
Dont
1132 MERCURE DE FRANCE
Don't je me souviens à propos ;
A ces fleurs que je te présente ,
Tu connois assés qui je suis ;
» Loin de toi , je veux des Ennuis
Chasser la cohorte insolente ;
» Vers toi la pitié pénetrante ,
A porté mon pied incertain
Pour apaiser ton humeur noire ,
» Et jouir d'un calme serain ;
» Şous mes aîles d'un jeu malin ,
Viens perdre jusqu'à la memoire.
Il se taît , puis levant la main ,
Me frape , et je m'endors soudain;
Cent et cent songes favorables "
Fondant sur moi de tout côté ,
Ne m'offrant qu'objets agréables
Dont je suis encore enchamé ,
Quel plaisir n'ay-je pas goûté ,
Damon , lorsqu'un charmant délire
Dans ton jardin m'a transporté ;
Jardin des Graces habité ,
Qui joint à leur riant Empire
Tout l'éclat de la vérité ;
Retraite où dans un calme extrême ,
Tu jouis toujours de toi même ,
En dépit de l'adversité ?
Pour prix de ton humeur égale ,
La tendre Vénus chaque nuit ;
I. Vol.
(Ains
JUIN.
1737.
( Ainsi du moins me l'a-t'on dit )
Tandis que Vulcain au front sale
Pour Jupiter forge les Traits
Qui doivent punir les forfaits ,
A l'aide du Char de Cynthie ,
Danse avec les jeunes Plaisirs ,
Dans ta demeure où les convie
Ze souffle badin des Zéphirs ;
L'aimable Flore , qui désire
T'amuser avec ses couleurs ,
Ouvre son sein , t'offre les fleurs
Qu'elle s'empresse de produire ,
Avec le doux secours des pleurs
Que répand la Fille Azurée ,
9
D'un Dieu qui , dans un Char brûlant ,
Eclaire la Voute étherée ,
Sans se reposer un moment;
Avec les glaces de Scythie ,
L'Epoux bisare d'Orithie
Ne vient point enchaîner ces Eaux ,
Qui , roulant leurs ondes plaintives ,
Lavent les pieds de tes Roseaux ,
Près de qui les Nymphes craintives ,
Ornant leurs cheveux de Pavots ,
Vont souvent chercher le repos.
Oui , je croyois , Ami fidele ,
Que la Fortune moins cruelle
M'alloit permettre de nouveau
I. Vol.
1133
D'être
1134 MERCURE DE FRANCE
D'ètre dans le sein pacifique
De ta retraite monarchique ;
D'y goûter un sort aussi beau
Que celui dont mes jours tranquiles
Jouissoient le Printemps passé ,
Lorsqu'échapé du bruit des Villes ,
Et , de tout Flateur empressé
Evitant les adroites chaînes ,
Fallois te découvrir mes peines
Dans un raisonnement sensé ;
Là l'éloquence et la sagesse
Se mariant dans tes discours ;
Bannissoient l'affreuse tristesse
Du fond de mon cœur pour toujours
Et ne versoient que l'allegresse
Sur tous les instants de mes jours ¿
Ennemi du joug exécrable
De cette sévere vertu ,
Dont un Cagot est revêtu ;
Tu laissois une entrée aimable
Dans ta demeure respectable ,
A quelques plaisirs innocens ,
Sources de nos amusemens ;
Tantôt , dès que l'Aube vermeille
Alloit ouvrir dans l'Orient
Du Soleil le Palais brillant ,
Tu venois me dire à l'oreille
Qu'il étoit temps de mépriser
I.Vol
JUIN.
17378
Les charmes d'une plume oiseuse , ⭑
Et qu'ilfalloit nous disposer ,
Remplis d'une ardeur belliqueuse ,
Et secondés d'un plomb volant ,
A declarer adroitement
Une fatale et rude guerre
Au Peuple qui ,fuyant la terre ,
Pour éviter nos coups divers ,
Trouve sa perte dans les airs ;
Tantôt assis sur la verdure ,
Près de quelqu'Arbre bienfaisant ;
Accompagnés de l'enjoüement ,
Et d'une raison toujours pure ,
Nous accordions à la nature ,
Dans un repas apétissant ,
Un gracieux soulagement ;
Et nous buvions avec usure
L'oubli des rides du present ;
* Quelques Personnes avoüoient que corte Ema
pression ne donnoit pas assés de jour à ma pen-
sée , quoique je recueille leurs avis avec autant
de respect que l'on recueilloit les feuilles qui renfer-
moient les Réponses des Sybilles j'ai néanmoins laissé
subsister cette Expression , m'étant aperçû que M.
Boileau s'en étoit servi dans le IV. Chant du Lu-
trin, où il dit , en parlant des Valets du Chantre,
qui s'étoit éveillé agité d'un sommeil éfrayant,
Aux Elans redoublés de sa voix douloureuse ,
1.Vd.
"
Tous les Valets tremblans quittent la plume
oiseuse.
1135
AYSE
1136 MERCURE DE FRANCE
Avec art usant de la lime ,
Tantôt nous ornions quelque rime
De cette noble propreté ,
Et de cette subtilité ,
Qui sortent sans aucune peine ,
De ce redoutable pinceau ,
Que , malgré les cris de la haine ,
Le Dieu qui cherit l'Hypocrêne ,
Laisse dans les mains de Rousseau ;
De ces plaisirs inexprimables
Je me promettois le retour ,
Séduit par des songes aimables ,
Qui me maîtrisoient tour à tour ;
Tandis qu'ainsi je m'abandonne
A des projets délicieux ,
Perché sur son char radieux ,
Le Fils embrasé de Latone
Avoit atteint le haut des Cieux;
Sur la porte de ma Guerite
Un détestable Cuisinier
Contrefaisant le Timbalier,
Me dit que mon repas d'Hermite ,
Rangé sans art , mais proprement
M'attendoit impatiemment.
Au bruit de sa main affamée ,
La Troupe des Rêves distraits ,
Volant vers ses Antres secrets
Ne me laissa que la fumée
1.Vol.
De
JUIN. 1737.
De tous mes plaisirs imparfaits.
En racourci voilà l'histoire
Dont j'ai voulu t'entretenir e
Adieu , Damon , je vais finir,
Et renfermer dans mon armoire
Mes Tabletes et mon Craïon ;
Aussi ne puis-je davantage ,
Sans courir risque de naufrage ,
Joindre la rime à la raison.
M. Last à Aix.
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2785
p. 1147
ENIGME.
Début :
Lieu commun, de l'Enigme ordinaire langage. [...]
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Dents
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
Ieu commun , de l'Enigme ordinaire lang
gage.
Faisant bien , faisant mal , je suis d'un ' grand j
usage.
Je tranche , coupe , taille, et sers sans amitié,
( L'humeur vient à changer , et sans faire pitié
L'on m'accuse d'un mal aprochant de la rage.)
Par ma couleur , par mon arrangement ,
Je fais plaisir , honneur , contentement
Signe certain d'une saine poitrine ,
Je contribue à relever la mine :
Et , quoiqu'ici je parle au singulier ;
Je ne suis pas seule à mon râtelier .
Sans mouvement , ceci n'est point mensonges
Mais c'est le Diable , on prétend que j'alonge
Notez qu'au figuré plûtôt qu'au naturel
Je puis porter un coup très- criminel.
2
JChevrier , Org. D. C. E. A‚ ·
Ieu commun , de l'Enigme ordinaire lang
gage.
Faisant bien , faisant mal , je suis d'un ' grand j
usage.
Je tranche , coupe , taille, et sers sans amitié,
( L'humeur vient à changer , et sans faire pitié
L'on m'accuse d'un mal aprochant de la rage.)
Par ma couleur , par mon arrangement ,
Je fais plaisir , honneur , contentement
Signe certain d'une saine poitrine ,
Je contribue à relever la mine :
Et , quoiqu'ici je parle au singulier ;
Je ne suis pas seule à mon râtelier .
Sans mouvement , ceci n'est point mensonges
Mais c'est le Diable , on prétend que j'alonge
Notez qu'au figuré plûtôt qu'au naturel
Je puis porter un coup très- criminel.
2
JChevrier , Org. D. C. E. A‚ ·
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2786
p. 1257-1261
L'ESPRIT ET LA BEAUTÉ, DIALOGUE.
Début :
Dans l'Isle où l'Amour tient sa Cour, [...]
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texteReconnaissance textuelle : L'ESPRIT ET LA BEAUTÉ, DIALOGUE.
L'ESPRIT ET LA BEAUTÉ,
DIALOGUE.
m'adore ,
Dans l'Isle où l'Amour tient sa Cour,
Sur un lit de gazon qu'avoit em
belli Flore ,
La beauté, sans témoins , se pana
doit un jour ;
disoit- elle , on
Chacun fait son bonheur de vivre sous ma loi ,
II. Vol.
A ij
La
1258 MERCURE DE FRANCE
La Nature n'a rien de si charmant en soi ;
Puisque je suis son plus parfait ouvrage,
Le rang suprême est mon juste partage ,
Qui peut me le disputer ?
L'Esprit.
Moi ,
Qui transporte un Mortel à la voute éclatante
Moi , que tu ne vois pas , qui n'en brille pas
moins ,
Qui te peins quelquefois l'ardeur pure et cons
tante
De ceux qui te donnent leurs soins ,
Moi, Fils, Amant, Rival et Roy de la Nature ;
Utile Créateur de mille Etres divers ,
Protée ingénieux dont l'aimable imposture
Fait les plaisirs de l'Univers ;
Qui, plus prompt qu'un éclair, parcours la Ter
re et l'Onde ,
Qui vole jusqu'aux Cieux ,' descends jusqu'aux
Enfers ,
Qui polis la raison , qui l'arrache à ses fers;
L'Esprit enfin , l'ame du Monde.
La Beauté.
En verité ce beau Portrait
Seroit pour moi la plus parfaite emblême ;
Si tu ne m'avois dit toi- même ,
J'en suis le Peintre et le Sujet.
L'Esprit.
C'est qu'on ne peut me voir sans les yeux que
je donne.
La
mages !
JÚ IN.
La Beauté.
L'Esprit.
1737.
Et tu ne fais des tiens que de vils criminels.
La Beauté.
Courir , voler aux Champs de Mars ;
1259
Je le crois ; mais enfin je porte la Couronne ,
C'est un point décidé dans le cœur des Mortels ;
Leur encens jour et nuit fume sur mes Autels.
Eh ! quel est donc le fruit de tant de vains hom-
Je fais de mes Sujets de grands hommes,de Sages,
Jadis , en ma faveur , on vit toute la Grece
J'ai détrôné des Rois, renversé des remparts ;
C'est par mes traits que l'Amour blesse
Et tous ses feux brillent dans mes regards.
L'Esprit.
Soit, mais sans m'ériger en Censeur Misantrope,
Tu n'es pourtant au fond qu'une belle envelope ;
Tu n'as jamais sans moi que le destin des fleurs,
Tu brilles, il est vrai, mais c'est par les couleurs;
Tranche donc moins de la Déesse ;
A Cithere aujourd'hui pour toi chacun s'em
presse ,
On t'abandonnera demain ,
Pour flétrir une Rose il ne faut qu'un matin.
La Beauté.
L'éloge est des plus beaux.
II. Vol.
A iij
L'Esprie
260 MERCURE DE FRANCE
L'Esprit.
Non ; mais il est sincere ;
En quoi pouroit-il te blesser ?
Comme une fleur on te voit plaire ,
Et comme elle on te voit passer ;
Au contraire , pour moi le temps est immobile ;
Il ne peut rien sur mes travaux ;
Et plus on voit sur eux passer son aîle agile ,
Plus les traits en paroissent beaux.
De l'immortalité je suis l'illustre Pere ,
J'en ai fait sans effort une Divinité ,
Que l'Univers entier révere ,
Et dont le Temple que j'éclaire ,
De vertus , de talens , par moi fut cimenté.
La Beauté.
Tu ne m'as pas toujours parlé ce fier langage ,
Et l'Esprit , à son tour a chéri la Beauté..
3.
L'Esprit.
Tu te trompes ; le cœur en est cause , je gage ;
Tu confonds avec moi cet Esclave volage ,
Si parmi tes Sujets tu crois m'avoir compté.
La Beauté.
'Ah ! c'en est trop , finis un discours qui m'ou-
trage ,
Je ne puis soutenir ce mépris affecté.
L'Esprit.
J'ai voulu te rendre plus sage ,
II. Vol.
Aux
JUIN.
1737.
Aux dépens de ta vanité.
·
1261
Ecoute encor ce trait ; aprends à te connêtre &
On cesse de briller avant de cesser d'être ,
Quand on brille par ton secours ;
Qui brille par le mien est sûr d'avoir la gloire
De briller encor plus au Temple de memoire ,
Quand la mort de sa vie aura tranché le cours.
Par M. de S. R. de Montpellier.
DIALOGUE.
m'adore ,
Dans l'Isle où l'Amour tient sa Cour,
Sur un lit de gazon qu'avoit em
belli Flore ,
La beauté, sans témoins , se pana
doit un jour ;
disoit- elle , on
Chacun fait son bonheur de vivre sous ma loi ,
II. Vol.
A ij
La
1258 MERCURE DE FRANCE
La Nature n'a rien de si charmant en soi ;
Puisque je suis son plus parfait ouvrage,
Le rang suprême est mon juste partage ,
Qui peut me le disputer ?
L'Esprit.
Moi ,
Qui transporte un Mortel à la voute éclatante
Moi , que tu ne vois pas , qui n'en brille pas
moins ,
Qui te peins quelquefois l'ardeur pure et cons
tante
De ceux qui te donnent leurs soins ,
Moi, Fils, Amant, Rival et Roy de la Nature ;
Utile Créateur de mille Etres divers ,
Protée ingénieux dont l'aimable imposture
Fait les plaisirs de l'Univers ;
Qui, plus prompt qu'un éclair, parcours la Ter
re et l'Onde ,
Qui vole jusqu'aux Cieux ,' descends jusqu'aux
Enfers ,
Qui polis la raison , qui l'arrache à ses fers;
L'Esprit enfin , l'ame du Monde.
La Beauté.
En verité ce beau Portrait
Seroit pour moi la plus parfaite emblême ;
Si tu ne m'avois dit toi- même ,
J'en suis le Peintre et le Sujet.
L'Esprit.
C'est qu'on ne peut me voir sans les yeux que
je donne.
La
mages !
JÚ IN.
La Beauté.
L'Esprit.
1737.
Et tu ne fais des tiens que de vils criminels.
La Beauté.
Courir , voler aux Champs de Mars ;
1259
Je le crois ; mais enfin je porte la Couronne ,
C'est un point décidé dans le cœur des Mortels ;
Leur encens jour et nuit fume sur mes Autels.
Eh ! quel est donc le fruit de tant de vains hom-
Je fais de mes Sujets de grands hommes,de Sages,
Jadis , en ma faveur , on vit toute la Grece
J'ai détrôné des Rois, renversé des remparts ;
C'est par mes traits que l'Amour blesse
Et tous ses feux brillent dans mes regards.
L'Esprit.
Soit, mais sans m'ériger en Censeur Misantrope,
Tu n'es pourtant au fond qu'une belle envelope ;
Tu n'as jamais sans moi que le destin des fleurs,
Tu brilles, il est vrai, mais c'est par les couleurs;
Tranche donc moins de la Déesse ;
A Cithere aujourd'hui pour toi chacun s'em
presse ,
On t'abandonnera demain ,
Pour flétrir une Rose il ne faut qu'un matin.
La Beauté.
L'éloge est des plus beaux.
II. Vol.
A iij
L'Esprie
260 MERCURE DE FRANCE
L'Esprit.
Non ; mais il est sincere ;
En quoi pouroit-il te blesser ?
Comme une fleur on te voit plaire ,
Et comme elle on te voit passer ;
Au contraire , pour moi le temps est immobile ;
Il ne peut rien sur mes travaux ;
Et plus on voit sur eux passer son aîle agile ,
Plus les traits en paroissent beaux.
De l'immortalité je suis l'illustre Pere ,
J'en ai fait sans effort une Divinité ,
Que l'Univers entier révere ,
Et dont le Temple que j'éclaire ,
De vertus , de talens , par moi fut cimenté.
La Beauté.
Tu ne m'as pas toujours parlé ce fier langage ,
Et l'Esprit , à son tour a chéri la Beauté..
3.
L'Esprit.
Tu te trompes ; le cœur en est cause , je gage ;
Tu confonds avec moi cet Esclave volage ,
Si parmi tes Sujets tu crois m'avoir compté.
La Beauté.
'Ah ! c'en est trop , finis un discours qui m'ou-
trage ,
Je ne puis soutenir ce mépris affecté.
L'Esprit.
J'ai voulu te rendre plus sage ,
II. Vol.
Aux
JUIN.
1737.
Aux dépens de ta vanité.
·
1261
Ecoute encor ce trait ; aprends à te connêtre &
On cesse de briller avant de cesser d'être ,
Quand on brille par ton secours ;
Qui brille par le mien est sûr d'avoir la gloire
De briller encor plus au Temple de memoire ,
Quand la mort de sa vie aura tranché le cours.
Par M. de S. R. de Montpellier.
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2787
p. 1261-1296
HISTOIRE ABREGÉE des Journaux de Jurisprudence Françoise, pour servir de Suplément à l'Histoire Critique des Journaux de M. C..... par M. A. G. Boucher d'Argis, Avocat au Parlement.
Début :
L'Histoire Critique des Journaux Litteraires, est un Ouvrage que feu [...]
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texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE ABREGÉE des Journaux de Jurisprudence Françoise, pour servir de Suplément à l'Histoire Critique des Journaux de M. C..... par M. A. G. Boucher d'Argis, Avocat au Parlement.
HISTOIRE ABREGÉE des
Journaux de Jurisprudence Françoise,
pour servir de Suplément à l'Histoire
Critique des Journaux de M. C.....
par M. A. G. Boucher d'Argis, Avocat
au Parlement.
L'Histoire Critique des Journaux
Litteraires, est un Ouvrage que
feu
M. Camusat avoit commencé dès l'an-
née 1722. il mourut à Amsterdam le 28.
Octobre 1732. sans y avoir mis la der-
niere main ; cet Ouvrage attendu depuis
long - temps , a été rédigé et donné
au Public par un Auteur anonime ; il a
été imprimé à Amsterdam , chés J. F.
Bernard , en 1734. la forme du Livre est
in 12. et il est divisé en deux Tomes .
II. Vol.
A iiij
Le
#22 MERCURE DE FRANCE
Le premier Tome et la plus grande
partie du second , ne forment que ke
premier Chapitre , qui est subdivisé en
plusieurs Articles et Paragraphes , avec
des Notes ; cette partie de l'Ouvrage
contient l'Histoire du Journal des Sça-
vans , sous la direction des differens Au.
teurs qui y ont travaillé.
La troisiéme Note sur l'Article de M.
de Sallo, premier Auteur du Journal des
Sçavans, explique l'origine des Gazettes.
Le reste du second Tome porte le ti-
tre particulier de Memoires pour servir à
P'Histoire des Journaux et autres Livres
Périodiques qui ont parû en France et ail-
Leurs ; l'Editeur de cet Ouvrage dit dans
son Avertissement que feu M. Camusat
avoit dessein de réduire l'Histoire de
tous ces Livres Périodiques à deux volu
mes in 12. sous le titre de Memoires pour
servir à l'Histoire des petits Journaux, mais
que l'on ne sçait ce que sont devenus
les matériaux qu'il avoit recueillis pour
continuer cette Histoire.
Quoiqu'il en soit , ces Memoires font
le commencement du second Chapitre
de nos deux Tomes , qui est intitulé ,
Journaux divers de peu de durée , et Livres
qui ont du raport aux Journaux ; ce Cha-
pitre est divisé en plusieurs Articles qui
II. Vol.
contiennent
JUIN.
1737
1263
contiennent l'Histoire de diversJournaux
de Politique , de Médecine , de Philoso-
phie et de Mathémathique, l'Histoire cri
tique de la République des Lettres, et au-
tres Memoires de Litterature.
Le troisiéme Chapitre contient l'His
toire des Mémoires de l'Académie Roya
le des Sciences , et de ceux de l'Acadé-
mie Royale des Belles - Lettres.
Le Chapitre quatrième et dernier , con-
tient l'Histoire du Mercure Galant et de la
continuation de ce Livre , qui a changé
de face et de titre ; il est connû au-
jourd'hui sous celui de Mercure de Frances
Si M. Camusat eût achevé son His-
toire des Journaux , il n'auroit pas , sans
doute , omis les Journaux de Jurispru
dence , qui ne sont pas moins des Jour
naux Litteraires , que les Memoires de
Politique , de Médecine et de Philoso
phie aparamment il n'en étoit pas en-
core à cette matiere , car il n'en est point
parlé dans les deux Tomes que nous
avons de son Histoire Critique des Jour-
naux. Il ne sera donc pas hors de propos
de donner ici une Histoire abregée des
Journaux de la Jurisprudence Françoi
se , pour servir de Suplément à l'Histoir
re des Journaux de M: Camusat.
On n'entreprend pas , au reste , de
H. Vol.
A y
donneer
1264 MERCURE DE FRANCE
donner à cette occasion l'Histoire de
tous les Livres de Jurisprudence , mais
seulement de ceux qui portent le titre
de Journaux, ou qui sont en effet de vrais
Journaux , quoiqu'ils portent un autre
titre ; nous allons les parcourir suivant
l'ordre de leur ancienneté.
Journal du Parlement , par M. Denis
Catherinot.
Entre les diverses Pieces Fugitives que
M. Nicolas Catherinot , Avocat du Roy
au Bailliage et Siege Présidial de Bourges,
a fait imprimer à mesure qu'il les com-
posoit , il se trouve une feuille imprimée
à Bourges le premier Août 1685. qui a
pour titre , le Journal du Parlement , à
M. Gueret.
L'Auteur qui dédie ce petit Ouvrage à
M. Gabriël Gueret , celebre Avocat au:
Parlement de Paris , annonce que ce
Journal n'est pas proprement de lui
qu'il l'a tiré d'un Manuscrit de feu Denis
Catherinot , son Pere ; que ce Journal
contient 150. Arrêts des années 1611. et
1612. qu'il ne peut mieux le dédier qu'à
M. Gueret , qui travaille avec M. Blon-
deau , au grand Journal des Parlemens
de France avec un succès merveilleux, et
pour donner à M. Gueret une notion
II. Vol.
plus
M
JUIN.
1737.
1265
plus parfaite de ce Journal , il met en
tête un abregé de la Vie de son Pere, qui
en est l'Auteur , en voici les principales
circonstances.
Denis Catherinot nâquit à Château-
roux en Berry , le 23. Février 1592. d'u
ne famille alliée à celles de Batonneau de
Paris , et de Pinette de Bourges ; il fit sest
Etudes à Bourges , et ensuite trois ou
quatre années de Droit , sous Antoi-
ne Bengy , Ayeul de François Pinson
,
celebre Avocat au Parlement , et sous
la direction particuliere de Jean Chenu,
l'Arrestographe , chés lequel il demeuroit
et qui le présenta au Serment d'Avocat
sur la fin du mois d'Août 1610.
N. Catherinot dit qu'on a voulu lui
persuader que son Pere avoit bonne part
à la derniere Centurie des Arrêts de cet
Auteur, mais il ajoûte que celui qui avoit
fait la premiere pouvoit bien avoir fait
aussi la seconde.
De Bourges , Denis Catherinot vint à
Paris et y demeura pendant les années
1611. et 1612. Il conféroit souvent avec
Mrs Corbin et Cholet , ses Compatrio-
tes , et avec Mrs Brodeau , Tubeuf, Des-
noyers , Doujat , Talon , Bignon , Robert,
Guerin et autres celebres Avocats. Ce fut
dans cette Ville et dans ce temps-là qu'il
II. Vol.
A vj
composa
1266 MERCURE DE FRANCE
composa le Journal du Parlement , que
son Fils dédia ensuite à M. Gueret.
De Paris , Catherinot revint à Bour-
ges , où il fut reçû en 1617. dans une
Charge de Conseiller au Présidial de cet-
te Ville , dont il s'acquitta si dignement,
que le Prince de Condé le prit pour son
Conseil à Bourges , et voulut le faire le
premier Officier de sa Duché- Pairie de
Châteauroux ; mais Catherinot aima
mieux rester à Bourges , où il avoit l'a
grément de converser avec beaucoup de
Sçavans qui y étoient alors.
Le 20. Janvier 1619. il épousa D. Ca
therine Bigot , issuë d'une famille noble
et vertueuse de la Province ; elle mourut
vers l'année 1627. sans avoir eû d'enfans.-
Le 6. Février 1628. il épousa en secon
des Nâces Michelle Riglet , alliée à un
grand nombre de bonnes Familles ; ce se
cond Mariage ne dura que trois ans ; le
sieur Catherinot Pere étant mort le pre-
mier jour de Mars 1631. âgé de 39. ans ,
il laissa un fils nommé Nicolas Catheri
not, qui fut Avocat du Roy au Bailliage
et Siége Présidial de Bourges.
C'est ce même Nicolas Catherinot qui
dédia à M. Gueret le Journal du Parle-
ment , tiré du Manuscrit de son Pere.
Après cet Abregé de la Vie de Denis
LA Vol.
Catherinor,,
JULN.
1737.
1267
Catherinot , Nicolas Catherinot raporte
par ordre de dates , dix Arrêts du Parle
ment de Paris , qui commencent au pre-
mier Août 1611. et finissent au 31. des
mêmes mois et an.
Ces dix Arrêts , qui sont aparamment
tirés du Journal manuscrit de M. Cathe-
rinot, Pere, sont raportés très- sommaire-
ment par le fils dans la feuille imprimée
qu'il dédié à M. Gueret ; chaque Article
n'est proprement qu'une Note des Ques-
tions qui ont été jugées; il a seulement eû
l'attention de marquer le nom des Prési
dens qui tenoient l'Audience et des Avó-
cats qui plaidoient les Causes jugées par
ces Arrêts.
Le titre de la feüille imprimée qui con-
tient ces dix Arrêts , et l'espece d'Epitre
Dédica toire à M. Gueret , qui les préce
de,font présumer que M.Catherinot avoit
dessein de faire imprimer le surplus ; mais
il paroît , sans qu'on en sçache la cause ,
qu'il abandonna ce dessein , car la feuille
dont nous parlons ne contient que ces dix
Arrêts,et est close par une date telle qu'on
la met à fin d'une Lettre, à Bourges ce pre-
mier Août 1685.
Cn n'a point connoissance que le res
të de ce Journal ait été imprimé , ni dė
ce qu'est devenu le Manuscrit ; ce que
L.I. Vola
nous
1268 MERCURE DE FRANCE
nous en avons est si peu de chose qu'il
semble que cela ne mériteroit guere d'ê
tre mis au nombre des Journaux de Ju-
risprudence , cependant comme ce Jour-
nal de Catherinot est le plus ancien , et
que
c'est peut-être celui qui a donné l'i-
dée de ceux qui ont suivi , j'ai crû qu'il
ne devoit pas être omis.
Recueil d' Arrêts , par M. Bardet.
Ce Recueil est un Ouvrage beaucoup
plus considerable que celui de Cathe-
rinot , quoiqu'il ne porte pas le titre de
Journal , c'en est réellement un ; car les
Arrêts y sont raportés suivant l'ordre des
dates.
La Vie de l'Auteur se trouve dans la
Préface que M. Berroyer a mise à la tête
de ce Recueil en le donnant au Public,
M. Pierre Bardet nâquit à Montaguet
en Bourbonnois le 15. Décembre 1651 .
il fit ses Humanités au College des Jésui-
tes de Moulins , et il eut pour Condisciple
M. de Lingendes , qui fut depuis Evêque
de Mâcon ; ils s'apliquerent l'un et l'au-
tre tellement à la Langue Grecque, qu'el-
le leur devint aussi familiere que la Fran--
çoise.
En 1614. âgé de 23. ans il commença
à étudier le Droit à Toulouse , et conti--
II. V.
nua
JUIN 1737.
1269
nua pendant les années 1615. et 1616.
sous Mrs Maran et de la Coste , deux il-
lustres Disciples de Cujas.
Avec de telles dispositions et excité
par l'exemple de ces deux excellens Maî
tres , M. Bardet ne pouvoit pas manquer
de faire de grands progrès dans la scien-
ce du Droit.
Il fut reçû au Parlement de Paris au
Serment d'Avocat en 1617. et commen-
ça aussi- tôt à recueillir les Arrêts qui
se rendoient aux Audiences
,
qu'il
suivit assidûment jusques en 1643. que
les affaires du Cabinet et les Ecritures
l'occuperent tellement , qu'il n'eut plus
le temps de se trouver aux Audiences.
Quoiqu'il fût peu occupé à la plaidoi
rie, son mérite ne laissoit pas d'être con-
nu ; il plaidoit même avec agrément et
facilité, mais plutôt pour persuader, que
pour plaire.
Il fut honoré de l'estime du celebre
Henry de Mesmes , cet illustre Président
qui aimoit tant les Gens de Lettres , et
du sçavant Premier Président le Jy, qui
après avoir vû son Recueil d'Arrêts , fit
des efforts inutiles pour vaincre sa mo-
destie , en l'excitant avec zele à le don
ner au Public.
Il s'étoit beaucoup apliqué à la matiere
LI. Vol.
des
1270 MERCURE DE FRANCE
des Substitutions , et on a remarqué qu'il
avoit travaillé dans toutes les questions
importantes qui se présenterent de son
temps au Palais sur ce sujet , ensorte que
lesMemoires qu'il en a laissés formeroient
seuls plusieurs volumes; les Substitution's
de Levy Cosan et d'Apchon , ne contri-
buerent pas peu à le faire connoître dans
les Pays de Droit Ecrit'; aussi étoit-il l'A-
vocat de la plupart des grandes Maisons
de Lyonnois , Forest et Auvergne , aussi
bien que de Bourbonnois.
La réputation qu'il s'étoit acquise pour
les Substitutions , fit qu'on l'engagea à
suivre un Procès évoqué du Parlement
de Paris et renvoyé en celui de Provence,
où il demeura si long- temps , que ce sé-
jour lui occasionna dans la suite une per
te de biens très- considerable.
Mais comme sa vertu étoit au-dessus
de tous les Evenemens , malgré une si
triste épreuve, il ne lui échapa jamais au--
cun mouvement d'impatience , et une
vie fort traversée ne l'empêcha pas de
conserver toujours la même tranquillicé
d'esprit.
Il fut moins sensible à la perte de ses
biens qu'à celle de ses amis , qu'il trouva
presque tous morts à son retour de Pro-
ven e , desorte qu'il se trouva comme
1. Vol.
inconnus
JUIN.
1737.
1271
Inconnu aux Avocats qui remplissoient
leur place au Palais, ce qui, joint à l'amour
de sa Patrie et à l'affection qu'il avoit
pour ses Neveux , le détermina à quitter
Paris.
Il se retira à Moulins en 1663. et alla
de-là aux grands Jours de Clermont en
1665. et 1666. mais il ne changea pas
pour cela la résolution qu'il avoit prise
de se retirer du Palais ; en effet depuis le
voyage d'Auvergne il resta toujours à
Moulins jusqu'à sa mort.
Il étoit naturellement humble et doct-
le,et sçavoit concilier une grande modes
tie avec beaucoup de mérite et d'érudi
tion. L'esprit de retraite qu'il conserva
toujours , lui faisoit aimer une vie labo-
rieuse et cachée , quoique dans une Pro-
fession toute publiques et par le partage
qu'il fit de ses momens entre la pieté et
Pétude , les Textes de l'Ecriture Sainte et
ceux du Droit de toute espece, lui étoient
tellement présens , que jusqu'à la fin de
sa vie et malgré le poids des années , sa
memoire lui en fournissoit sur le champ
les termes , lorsqu'il se présentoit quel-
que occasion de les raporter.
La principale dispotition de son Tes-
tament qu'il avoit commencé dès 1647.
et qu'il avoit renouvellé tous les ans jus
II. Vol.
qu'en
1272 MERCURE DE FRANCE
qu'en 1685. qu'il déceda , regardoit le
lieu de Montaguet où il étoit né , pour
procurer à ce lieu l'Erection d'une Cure
ou Eglise Paroissiale , à cause de l'incom-
modité que souffroit une partie des Ha-
bitans en allant à celle du Linois , qui
étoit assés éloignée , et par de mauvais
chemins , qui , même dans l'hyver, pou-
voient quelquefois leur rendre l'Eglise
inaccessible : Disposition digne de la pie-
té et de la generosité de M. Bardet.
Quoiqu'il fûr d'une taille mediocre et
déliée , il étoit néanmoins très- robuste ,
n'ayant presque jamais été malade : dans
un âge fort avancé , il n'avoit aucune des
incommodités de la vieillesse , si ce n'est
un peu de surdité , de sorte qu'il ne cessa
point d'étudier jusqu'à la fin de sa vie ;
sa memoire lui rapelloit toûjours avec
facilité les choses qu'il avoit aprises an-
ciennement : elle étoit seulement un peu
moins prompte pour celles qui étoient
plus recentes : à l'égard de son jugement
il fut toujours solide , et ne fut jamais
affoibli par l'âge.
Il ne s'engagea point dans le mariage ,
et ne nous a laissé que des Productions
de son esprit , qui consistent dans son
Recueil d'Arrêts , ses Mémoires impri-
més , et plusieurs Manuscrits. Il mou-
11. Vol.
rut
JUIN.
âgé de 54. ans .
1737.
1273
rut à Moulins le 20. Septembre 1685.
Son Recueil d'Arrêts a éré donné au
Public par feu M: Berroyer. 11 est inti-
tulé Recueil d' Arrêts du Parlement de Pa-
riș , pris des Mémoires de feu M. Pierre
Bardet , ancien Avocat en la Cour , avec
les Notes et les Dissertations de M. Claude
Berroyer , Avocat au même Parlement. 2 .
Vol. in fol. à Paris , 16.90.
Chaque Tome est divisé en plusieurs
Livres , et chaque Livre en plusieurs
Chapitres , ce qui n'ajoûte rien à l'ordre
de l'Ouvrage , parce que les Arrêts n'y
sont pas rangés par matieres , mais seu-
lement par ordre de dates.
Monsieur Berroyer observe dans la
Préface , qu'il a mise à la tête de ce Re-
cueil , que M. Bardet a évité les deux dé
fauts les plus ordinaires dans ces sortes
d'ouvrages ; le premier de raporter les
Arrêts sur la foy d'autrui ; le second , de
ne garder aucun ordre , et de les rapor-
ter en termes obscurs et mal digerés .
En effet , l'Auteur a été lui- même as-
sidu aux Audiences , et n'a compris dans
son Recueil que les Arrêts intervenus:
dans les causes auxquelles il avoit assis-
té
il avoit soin de les rédiger aussi tôt
qu'il étoit de retour du Palais, pour ne pas
11.Vol.
trop
1274 MERCURE DE FRANCE
trop présumer de sa mémoire ;
il a eu
aussi l'attention de ne rien ajoûter dú
sien , à ce qui avoit été plaidé ou pro-
noncé : il a inseré tous les Avertissemens
donnés au Barreau par M M. les Presi-
dens après la prononciationt des Arrêts ,
et son exactitude a été telle , que dans une
Cause , où M. l'Avocat Général Bignon
porta la parole, il ne fait mention de son
avis , qu'en disant qu'il ne l'a point en-
tendu.
Son Recueil d'Arrêts commence en
16 17. six ans avant le Journal des Au-
diences , et comprend les Ariêrs inter-
venus jusqu'en 1642 , inclusivement , pars
mi lesquels il y en a neuf de prononcés
en Robes rouges.
Il y a beaucoup de methode , de nette-
té et d'ordre dans cet Ouvrage; si l'Au-
teur raporte quelques Arrêts déja cités
ailleurs , on trouve dans son Recueil
quelque circonstance du fait , ou quel
que moyen essentiel , qui a pû détermi
ner les Juges , et que les autres Auteurs
avoient omis.
M. Berroyer observe seulement qu'il
a retranché quelques uns des Arrêts qui
étoient dans le Recueil de M. Bardet ,
parce que ces Arrêts étoient déja rapor
tés ailleurs.
HI. Vol
Le
JUIN.
1737
1275
Le stile de M. Bardet est un peu sec
mais il passe pour un des Arrêtistes des
lus exacts , et son Ouvrage est généra
plus
lement estimé: cependant M.Bretonnier,
dans ses Observations sur le XIX. Plai-
doyer d'Henris, tom. 2. remarque que M.
Bardet s'est trompé dans un endroit de
son Recueil tom. 1. liv. 3. ch. 2. où cet
Auteur dit que le Retrait lignager a été
introduit dans la Ville de Lyon , et s'y
pratique communément , que cela a été
ainsi jugé par un Arrêt qu'il raporte du
8. Février 1628. confirmatif d'une Sen-
tence du Sénéchal de Lyon , qui avoit,
dit-il , declaré les offres d'un Retrayant
bonnes et valables , et ordonné que Ï'Ac-
quereur lui délaisseroit la Maison par
Retrait lignager.
M. Bretonnier dit qu'ayant été extré-
mement surpris de cet Arrêt , il en par-
la à M M. Ferrary , Gilet et Terrasson
ses Confreres , qui lui assurerent que le
Retrait lignager n'avoit point lieu à
Lyon , et lui conseillerent de refuter cet
Arrêt , qu'ils jugoient être ou apocry
phe ou collusoire.
Pour éclaircir encore mieux ce fait ,
M. Bretonnier en écrivit à M. Dufour-
nel , célébre Avocat à Lyon , qui lui
envoya une Consultation signée de 15.
II. Vol.
des
1276 MERCURE DE FRANCE
des plus anciens Avocats de Lyon , qu'il
a jointe à ses Observations : ces 15. Avo-
cats répondirent qu'il étoit difficile de
concevoir quel avoit pû être le fonde-
ment de l'Arrêt raporté par M. Bardet ;
qu'il étoit assés naturel de présumer que
M. Bardet s'étoit trompé dans cette ci-
tation , aussi bien que son Apostillateur.
M. Bretonnier ne s'en tint pas là : il
alla lui-même chercher cet Arrêt dans
les Registres du Parlement ; il le trouva,
à la verité , sous la même date du 28.
Février 1628. mais pour une autre Pro-
vince , et une Ville differente ; sçavoir ;
pour la Ville d'Aurillac dans la Haute
Auvergne , et afin de constater ce fait
important, il a raporté cet Arrêt à la sui-
te de ses Observations dans l'endroit que
l'on a cité.
Il ajoûte ensuite qu'il a crû devoir
raporter cet Arrêt , non pas pour met-
tre au jour la bévûë de M. Bardet , pour
qui il a beaucoup de considération et
d'estime , mais pour établir :
1 °. Que le Retrait lignager n'a point
lieu à Lyon.
2°. Que dans les Pays de Droit Ecrit
de l'Auvergne , le Retrait lignager a
lieu.
3°. Qu'il y a peu de fond à faire sur la
11.Vol
foy
JUIN.
1737
s'est trompé en cet Endroit.
Aliquando bonus dormitat Homerus.
1277
foy des Arrêtistes , puisque M. Bardet ,
qui passe pour être un des plus exacts ,
Il ne nous reste plus , par raport aux
Recueils d'Arrêts de M. Bardet , qu'à
donner une notion de M. Berroyer, son-
Annotateur
M. Claude Berroyer nâquit à Mou-
lins , Capitale du Bourbonnois : son Pe-
re étoit Greffier au Bailliage et Siege Pré-
sidial de cete Ville ; pour lui il vint s'é-
tablir à Paris , et y fut reçû au serment
d'Avocat le 22. Février 1677. Il étoit
d'un naturel doux et paisible , sage et
prudent dans toutes ses démarches , et
d'un esprit très- sociable.
Il plaida pendant quelque temps , et
même avec succès ; mais il se livra bien-
tôt tout entier aux occupations du Cabi
net. Sa grande aplication à l'étude , et
l'experience que l'usage des affaires lui
avoit acquise , lui attirerent bientôt
l'estime des Magistrats et la confiance du
Public ; il devint donc très employé à
la Consultation . Il étoit du Conseil or-
dinaire de l'Ordre de S. Lazare , de ce-
lui de la Maison de Villeroy et de plu
sieurs autres grandes Maisons.
II. Vol.
De
278 MERCURE DE FRANCE
De son mariage avec Demoiselle ....
Maillet , il eut quatre Enfans ; sçavoir ,
un Fils qui fut reçû Avocat au Parle
ment , et qui mourut fort jeune ; une
fille à present décédée , qui avoit épousé
Louis -Joseph Moufle , Avocat au Parle-
ment , une autre Fille mariée à André-
François Louvel des Bois , aussi Avocat
au Parlement , et un Fils reçû Conseil-
ler à la Cour des Aydes le 10. May
1735.
Il étoit si laborieux que , malgré le
grand nombre d'affaires dont il étoit
chargé pour differens Particuliers , il
trouva encore le temps de composer plu-
sieurs Traités de Jurisprudence , dont
quelques- uns ont été imprimés de son
vivant , les autres se sont trouvés ma-
nuscrits parmi ses papiers.
Les Ouvrages imprimés que nous avons
de lui , sont la Bibliotheque des Coûtu-
mes qu'il a faite conjointement avec M.
Eusebe de Lauriere , Avocat , à la reser-
ve de la Préface , contenant des conjec-
tures sur l'Origine du Droit François , la-
quelle est de M. Berroyer seul . Les Notes
qu'il a faites sur le Commentaire de M.
Duplessis sur la Coûtume de Paris , aussi
conjointement avec M. de Lauriere , et
les Notes qu'il a faites sur le Recueil
II. Vol.
d'Arrêts
JUIN.
1737.
d'Arrêts de Monsieur Bardet.
1279
Il fut élû Bitonnier de l'Ordre des
Avocats le 9. May 1728. et après avoir
rempli avec honneur tous les differens
dégrés d'une longue vic , il mourut à
Paris le 7. Mars 1735. universellement
regretté de ses Confreres et de tous ceux
qui le connoissoient,
Il avoit connu particulierement M.
Bardet , qui étoit son Compatriote , c'est
ce qui l'excita à donner au Public le Re-
cueil d'Arrêts de celui ci. Il mit donc
cet Ouvrage en ordre › en ayant seule-
ntent retranché quelques Arrêts , qui
étoient déja raportés ailleurs , et dans
lesquels il n'y avoit rien de plus que ce
qui se trouvoit dans les autres Auteurs.
Il a mis à la tête de l'Ouvrage une
Préface , dans laquelle il fait voir l'uti-
lité des Recueils d'Arrêts, quand ils sont
faits avec attention , et dans cette même
Préface , il nous a donné la Vie de M.
Bardet.
A la fin de chaque Chapitre de l'Ou-
vrage, il a joint des Notes Sommaires
pour servir de Conference avec les autres
Livres dont les Auteurs citent ou rapor-
tent les mêmes Arrêts,afin que le Lecteur
puisse vérifier les differences qui s'y
trouvent.
II. Vol.
B
11
1280 MERCURE DE FRANCE
Il a donné quelques Dissertations
pour
expliquer les veritables motifs de cer
tains Arrêts , et pour prévenir les mau-
vaises applications que l'on en fait quel-
quefois dans les Provinces..
Dans le second Tome, ces Dissertations
sont mises à la fin par forme d'Addition ,
parce que l'impression du corps de l'Ou-
vrage devançoit la plume de l'Annota-
teur. Les Notes et Dissertations de M.
Berroyer , aussi bien que ses autres Ou-
vrages , sont estimées , et le Public lui
est redevable de ce qu'il lui a procuré le
Recueil d'Arrêts de M. Bardet , qu'il a
rendu encore plus utile par ses Disserta
tions , & c.
JOURNAL DES AUDIENCES.
Ce Recueil qui est intitulé Journal des
principales Audiences du Parlement , porte
avec d'autant plus de raison le Titre de
Journal , qu'il ne contient pas seulement
les Plaidoyers des Avocats, et les Arrêts
intervenus sur les Contestations particu-
lieres ,
il contient aussi une partie des
Edits et Déclarations avec leurs Enregis-
tremens , et les differens Reglemens et
Arrêts faits par la Cour.
Il est actuellement composé de plu-
sieurs Vol. infol. qui ont été donnés au
II. Vel.
Public
Public en differens temps , et par diffe-
rens Auteurs. Le premier Volume est
l'Ouvrage de Jean Dufresne , issu de
l'ancienne et noble Famille des Dufresne
d'Amiens en Picardie , où il nâquit.
Louis Dufresne , Seigneur de Froide-
val, son Pere , étoit Prevôt de la Prévôté
Foraine de Beauquesne au Bailliage d'A-
miens; il avoit beaucoup d'érudition, ai-
moit les Belles Lettres, et étoit versé dans
la Langue Grecque : il fut marié deux
fois ; de son premier mariage il eut trois
Fils , Adrien , qui lui succeda à la Pre-
vôté de Beauquesne : Jean
,
qui est
l'Auteur du Journal dont nous avons
à parler , et Louis , Médecin , tous trois
très sçavans. De son second mariage il
eut aussi trois Fils , sçavoir , Michel et
-François , qui firent profession dans la
Compagnie de Jesus, et le sçavant Char-
les Dufresne , Seigneur Ducange , Tré
sorier de France au Bureau des Finan-
ces d'Amiens , Auteur des deux Glossai
res l'un Grec , l'autre Latin , et de plu-
sieurs, autres Ouvrages , Monumens de
son érudition.
Jean Dufresne vint s'établir à Paris ,
et y exerça la Profession d'Avocat au Par-
lement avec beaucoup d'honneur et de
distinction , il suivit long- temps les Au-
II. Vol.
Bij
dienc
$ 282 MERCURE DETRANCE
diences , et eut soin de recueillir les Ar-
rêts rendus de son temps.
M. Baluze , dans une Lettre écrite à
Eusebe Renaudot , au sujet de M. Du
cange , laquelle est inserée dans le pre-
mier Volume de son Glossaire Latin, dit
qu'il a connu Jean Dufresné, que c'étoit
un Homme de bien , sage , prudent et
très-versé dans l'étude du- Droit Civil
et de sa Loy municipale.
Il fit en effet une étude particuliere de
la Coûtume d'Amiens , Lieu de sa Nais-
sance,et il en a donné un Commentaire ,
à la fin duquel il a mis beaucoup d'Ar-
rêts , tant concernant cette Coûtume ,
que sur plusieurs autres matieres. Ce
Commentaire est imprimé en 1. Volu-
me in folio, et il a été inseré dans le Cou-
tumier de Picardie , Edition de 1726 .
On eut assés de peine à déterminer
M. Dufresne à donner au Public son
Recueil d'Arrêts , à cause qu'il y avoit
déja plusieurs Recueils , et qu'il crai-
gnoit qu'on ne lui imputât d'avoir vou-
fu encherir sur les autres ; mais comme
ces autresRecueils étoient dans une forme
differente , et que d'ailleurs ils ne com.
prenoient pas les mêmes Arrêts , on le
fit enfin consentir à laisser paroître le
sien.
11. Vol
C
JUIN.
1737.
1283
Ce premierVolume eut tant de succès ,
qu'il y en eut quatre Editions du vivant
de l'Auteur. Il dédia les trois premieres
à Mathieu Molé , Premier Président du
Parlement , et depuis Garde des Sceaux ,
et la quatrième à Jean Molé de Cham-
plastreux , Président à Mortier , Fils du
Garde des Sceaux.
Comme il n'y avoit d'abord du
Journal des Audiences que ce premier
Volume , donné par Jean Dufresne , plu-
sieurs Auteurs l'ont cité sous le nom
d'Arrêts de Dufresnes il comprend les
Arrêts intervenus depuis 1623. jusqu'en
1657.
M. Dufresne mourut à Paris le ....
après son décès , M. François Jamet de
la Guessiere , Avocat au Parlement, con-
tinua le Journal des Audiences , il en
donna au Public trois Volumes depuis
1686. jusqu'en 1700. un qui compre-
noit les Arrêts intervenus depuis 1657,
jusqu'en 1666. inclusivement ; un autre
Volume dédié à M. le Premier Président
de Novion , qui comprenoit les Arrêts
intervenus depuis 1666. jusqu'en 1678 .
et un autre qui comprenoit les Arrêts ren-
dus depuis 1677. jusques en 1685.
Au moyen de cette continuation , le
Journal des Audiences étoit déja en qua-
11. Vol.
Biij
tre
1284 MERCURE DE FRANCE
tre Volumes in-folio ; M. de la Guessiere
en préparoit un cinquiéme tome lorsqu'il
mourut.
M. Nicolas Nupied , ancien Avocat an
Parlement , reçû le 8. Août 1689. mit en
ordre les Mémoires de M. de la Guessie-
re , et en 1707. donna au Public le cin-
quiéme Tome du Journal des Audien-
ces , qui comprenoit les Arrêts interve-
nus depuis 1685. jusques en 1700.
On a réimprimé en 1736. les cinq Vo-
lumes du Journal des Audiences ; dans
cette derniere Edition , des cinq Volumes
on n'en a formé que quatre , et en les
réimprimant on y a ajoûté quelques Ar-
rêts qui manquoient ; on a corrigé plu
sieurs transpositions, et autres fautes qui
s'étoient glissées dans les précedentes
Editions.
Dans la même année M.Nupied a don-
né au Public un nouveau Volume , qui
comprend les Arrêts intervenus depuis
l'année 1700. jusqu'en 1710. ce Volume
qui fait le sixième Tome de l'ancienne
Edition , et le cinquième de la nouvelle,
est divisé en deux Parties. La premiere
est subdivisée en six Livres , et la secon-
de en quatre. Chaque Livre contient tous
les Arrêts qui sont d'une même année.
Ce dernier.Tome a été imprimé avec
II. Vol.
beaucoup
JUIN 1737.
beaucoup de soin et d'attention.
1285
RECUEIL D'ARRETS de M. Soëfve.
M. Lucien Soëfve , Auteur de ce Re- .
cueil , fut reçû au serment d'Avocat le
21. Juillet 1636. Il étoit Doyen de l'Or-
dre en 1693. étant alors âgé d'environ
78. ans.
Il s'attacha aux Audiences , comme à
la meilleure Ecole du Palais , et les sui-
vit assidument pendant plus de so. an
nées. Il commença au mois de Janvier
1640. à recueillir les Arrêts qui se ren-
doient aux Audiences , et en 169 2. il en
donna au Public deux Tomes in -folio ,
qui furent imprimés à Paris.
Cet Ouvrage est intitulé : Nouveau
Recueil de plusieurs Questions notables tant
de Droit que de Coutumes , jugées par Ar-
rêts d'Audiences du Parlement de Paris
depuis 1640. jusqu'à present. L'Auteur le.
dédia à M. de Fourcy , Président aux En-
quêtes.
Ce Recueil est un vrai Journal , car
les Arrêts y sont raportés par ordre de
dates. Il comprend 800. Arrêts rendus.
depuis 1640. jusqu'au 24. Mars 1681 .
inclusivement , soit aux Audiences de
la Grand-Chambre , ou des Enquêtes ,
par évocation ou renvoy du Conseil ,
II. Vol.
B iiij
soit
1286 MERCURE DE FRANCE
soit en la Tournelle , ou en la Chambre
de l'Edit, pendant qu'elle subsistoit.
Il n'y a aucun de ces Arrêts à la pro-
nonciation duquel l'Auteur n'ait été pre-
sent , et après avoir entendu plaider les
Avocats des Parties : s'il y a quelques Ar-
rêts rendus sur raport , ils sont en petit
nombre , et ce ne sont que ceux qui sont
intervenus dans des affaires qui avoient
d'abord éré plaidées , et ensuite apoin-
tées au Conseil ou en Droit.
Le Recueil de M. Soëfve est divisé par
Centuries , mais cela n'empêche pas que
Pordre des dates n'y soit observé.
JOURNAL DU PALAIS.
A ne considerer que le Titre de cet
Ouvrage , on croiroit d'abord que c'est
la même chose que le Journal des Au-
diences ; cependant ces deux Recueils
d'Arrêts sont fort differents l'un de l'au-
tre en toute maniere ; car outre qu'ils ne
sont pas du même Auteur , et que les
Arrêts contenus dans le Journal du Pa-
lais ne commencent pas au même tems ,
et ne sont pas précisément les mêmes
que ceux qui sont dans le Journal des
Audiences , il y a encore entre ces deux
Journaux une autre difference essentiel-
le : c'est que le Journal du Palais com-
II. Vol.
prend
JUIN.
1737.
1287
prend les Arrêts les plus notables de tou's
les Parlemens , et des autres Cours Su-
perieures du Royaume , au lieu que le
Journal des Audiences ne comprend que
des Arrêts du Parlement de Paris.
LeJournal du Palais est intitulé : Jour
nal du Palais , ou Recueil des principales
Décisions de tous les Parlemens de France
sur les Questions les plus importantes de
Droit Civil, de Coûtume , de Matieres
Criminelles et Bénéficiales
Public.
,
et de Droit
Cet Ouvrage est de feus Mrs Claude
Blondeau et Gabriel Gueret, Avocats au
Parlement de Paris. M. Blondeau qui
étoit l'ancien de M. Gueret , fut reçû au
Serment d'Avocat le 12. Août 1659.
En 1672. il commença à travailler au"
Journal du Palais de concert avec M.-
Gueret ; ils en firent imprimer conjoin-
tement dix Volumes in 4. M. Gueret
étant décédé le 22. Avril 1588. M. Blon-
deau , qui lui survécut , continua l'Ou-
vrage , et donna encore deux Volumes
in- 4 . lesquels, avec les dix premiers Vo-
lumes , forment la premiere Edition de
ce Livre en douze Volumes in-4. It cut
été heureux pour le Public que M. Blon .
deau eût pû continuer son aplication pour
la perfection de ce qu'il avoit commencé,
H. Vol
Boy
mais
1288 MERCURE DE FRAN C
mais ses infirmités ne lui permirent pas
de continuer plus long- temps ce pénible
travail.
Pour ce qui est de M. Gueret, son élo
ge se trouve dans un Journal Litterai
re et dans le Dictionnaire Historique.
Il nâquit à Paris l'an 1641. et se dis-
tingua par son esprit , par son érudition
et par les Ouvrages qu'il donna au Pu-
blic. Dans sa jeunesse il fit beaucoup de
Vers , mais il se contenta de les lire à ses
amis , et n'en a jamais fait imprimer.
Il fut reçû au Serment d'Avocat vers
l'an 1660. Pendant les premieres années
qu'il suivit le Barreau , il partageoit son
temps entre les Belles Lettres et la Juris-
prudence , et donna au Public divers Ou-
vrages de Litterature. Le premier qu'il
mit au jour fut Les sept Sages de la Grece,
qu'il dédia à M. le Febvre de Caumar-
tin , alors Maître des Requêtes , et qui
depuis fut Conseiller d'Etat.
Le second , Les Entretiens sur l'Elo-
quence de la Chaire et du Barreau , qu'il
publia l'an 1666. et qu'il dédia à M. Ĉol-
bert. Le troisiéme , Le Parnasse reformé.
C'est une Satyre très- ingenieuse et fort
estimée , qu'il dédia à M. l'Abbé Des-
roches , qui étoit alors à Rome.
La Guerre des Auteurs , qu'il fit im-
II.Vol.
primer
1289
1737.
JUIN.
primer depuis , est la seconde Partie du
Parnasse reformé , à laquelle néanmoins
il donna un Titre different pour des rai-
sons particulieres , et ce Titre , aussi--
1
bien que l'idée de ce Livre , a servi de-
puis de Modele à celui qui a écrit La
Guerre des Auteurs Anciens et Modernes.
Il a encore fait quelques autres Pieces
dans le même genre, qu'il n'a jamais ren- .
du publiques ; il y avoit entr'autres une
Satyre enProse, d'un tour fin et ingenieux,
intitulée: La Promenade de S. Cloud; mais
comme elle étoit écrite contre un Parti-
culier célébre , qui y étoit désigné d'une
maniere à ne pas le méconnoître , il ne
voulut jamais l'imprimer.
Après avoir laissé échaper ces premiers
traits de la vivacité de son esprit , M.
Gueret s'attacha uniquement à sa Profes-
sion , et ne fit plus que des Ouvrages
concernant la Jurisprudence.
M. Gauthier , célébre Avocat au Par-
lement de Paris , étant mort , n'ayant
donné au Public que le premier Tome
de ses Plaidoyers , M. Gueret donna le
second Tome , sur les Mémoires ma-
nuscrits du défunt , qu'il avoit achetés l'an
1669. et auxquels il fut obligé de supléer
beaucoup du sien : il dédia ce Volume à
M. le Pelletier , alors Président aux En-
II. Vol
Bvj
quêres,
1288 MERCURE DE FRAN C
mais ses infirmités ne lui permirent pas
de continuer plus long- temps ce pénible
travail.
Pour ce qui est de M. Gueret, son élo
ge se trouve dans un Journal Litterai-
re et dans le Dictionnaire Historique.
Il nâquit à Paris l'an 1641. et se dis-
tingua par son esprit , par son érudition
et par les Ouvrages qu'il donna au Pu-
blic. Dans sa jeunesse il fit beaucoup de
Vers , mais il se contenta de les lire à ses
amis , et n'en a jamais fait imprimer.
Il fut reçû au Serment d'Avocat vers
l'an 1660. Pendant les premieres années
qu'il suivit le Barreau , il partageoit son
temps entre les Belles Lettres et la Juris-
prudence , et donna au Public divers Ou-
vrages de Litterature. Le premier qu'il
mit au jour fut Les sept Sages de la Grece,
qu'il dédia à M. le Febvre de Caumar-
tin , alors Maître des Requêtes , et qui
depuis fut Conseiller d'Etat.
Le second , Les Entretiens sur l'Elo-
quence de la Chaire et du Barreau , qu'il
publia l'an 1666. et qu'il dédia à M. Col-
bert. Le troisiéme , Le Parnasse reformé.
C'est une Satyre très- ingenieuse et fort
estimée , qu'il dédia à M. l'Abbé Des-
roches , qui étoit alors à Rome .
La Guerre des Auteurs , qu'il fit im-
II.Vol.
primer
JUIN.
1737.
1289
primer depuis , est la seconde Partie du
Parnasse reformé , à laquelle néanmoins
il donna un Titre different pour des rai-
sons particulieres , et ce Titre , aussi-
bien que l'idée de ce Livre , a servi de-
puis de Modele à celui qui a écrit La
Guerre des Auteurs Anciens et Modernes.
Il a encore fait quelques autres Pieces
dans le même genre, qu'il n'a jamais ren-.
du publiques ; il y avoit entr'autres une
Satyre enProse, d'un tour fin et ingenieux,
intitulée: La Promenade de S. Cloud; mais
comme elle étoit écrite contre un Parti-
culier célébre , qui y étoit désigné d'une
maniere à ne pas le méconnoître , il ne
voulut jamais l'imprimer.
Après avoir laissé échaper ces premiers
traits de la vivacité de son esprit , M.
Gueret s'attacha uniquement à sa Profes-
sion , et ne fit plus que des Ouvrages
concernant la Jurisprudence .
M. Gauthier , célébre Avocat au Par-
lement de Paris , étant mort , n'ayant
donné au Public que le premier Tome
de ses Plaidoyers , M. Gueret donna le
second Tome , sur les Mémoires ma-
nuscrits du défunt, qu'il avoit achetés l'an
1669. et auxquels il fut obligé de supléer
beaucoup du sien : il dédia ce Volume à
M. le Pelletier , alors Président aux En-
II.Vol
B-vj
quêtes,
1290 MERCURE DE FRANCE
quêtes , Prevôt des Marchands , depuis
Controlleur Général des Finances et Mi-
nistre d'Etat. Il a mis à la tête de ce Vo
lume une Préface dans laquelle il a fait
l'éloge de M. Gauthier..
Il commença l'an 1672. de concert
avec M. Blondeau , à recueillir les prin-
cipales Décisions de tous les Parlemens
et Cours Superieures du Royaume ,
au Public
2
ils
travaillerent à ce grand Ouvrage , si utile
Sous le Titre de Journal du
Palais , et le dédierent à Jean-Jacques de
Mesmes , Président au Parlement , Pere
"
de Jean Antoine de Mesmes , Premier
Président. Ils continuerent , et en firent
imprimer conjointement dix Volumes
in- 4. jusqu'à la mort de M- Gueret.
Celui- ci a encore augmenté les Arrêts-
Notables du Parlement , recueillis par
M. le Prestre , et réimprimés l'an 1679 .
il y a ajoûté des Notes très- sçavantes ,
et inseré plusieurs Pieces curieuses , en
tr'autres une Dissertation des Coûtu-
mes de France , composée pir Nicolas
Catherinot , Avocat du Roy au Baillia-
ge et Siege Présidial de Bourges , qui
étoit allié de M. le Prestre, M. Catheri
not en fait mention dans une feuille im-
primée , intitulée Le Journal du Parle
ment , dédiée à M. Gueret , dont nous
avons parlé ci-devant..
M..
JUIN.
1737.. 129T
M. Gueret plaida peu , mais il
très
occupé dans le Cabinet et travailla dans
ce genre avec beaucoup de succès. Il étoit
d'un goût excellent et avoit le discerne-
ment fin ; sa Critique étoit toûjours judi-
- cieuse , et sa conversation très agréable.
Il mérite sur tout d'être loüé par l'égalité
d'humeur que l'on vit toujours en lui ,
sans que les occupations sérieuses et pé-
nibles de sa Profession alterassent la
té de son esprit.
gaye.
Il avoit été un des premiers de l'Assem-
blée que l'Abbé d'Aubignac avoit formée
d'Esprits choisis , pour laquelle on de-
manda des Lettres Patentes afin de l'éri-
ger en Acadéinie ; il en fut le Secretaire
tant qu'elle dura , et y prononça entre au-
tres Pieces deux Discours Académiques ,
dont l'un a pour titre l'Orateur, et l'autre
Si l'Empire de l'Eloquence estplus grand que
celui de l'Amour. Ils sont tous deux insé-
rés dans un volume intitulé , Divers
Traités d'Histoire , de Morale et d'Elo-
quence , imprimé chés P. Esclassan , laß
1672.
M. Gueret fut recherché par toutes les
Personnes de mérite qui le connoissoient,
Il se maria en 1677. n'étant encore alors
âgé que de 26. ans Il eut de ce Mariage
trois fils , qui sont actuellement vivans ,
BI. Vol.
sçavoirs
1292 MERCURE DE FRANCE
sçavoir , N. P. Gueret , Curé de S. Paul
à Paris , un autre fils , qui a été Grand-
Vicaire de l'Evêque de Rhodez , et un
autre qui est au Service du Roy. Il mou-
rut le 22. Avril 1688. âgé de 47. ans.
On ne sçauroit assés bien exprimer avec
quel aplaudissement lefournal duPalais de
Mrs Blondeau et Gueret , a été reçû dans
le Public ; aussi ce Journal est il beau-
coup au- dessus de toutes les autres Com-
pilations d'Arrêts. Les deux Auteurs n'y
ont admis que les Décisions des plus il
lustres Tribunaux du Royaume ; ils ont
travaillé sur les Memoires des Avocats
qui avoient plaidé ou écrit, et quelquefois
sur les éclaircissemens et les instructions
que les Juges même leur ont donné. Ils
ont choisi les affaires les plus curieuses
et les plus importantes , les faits y sont
raportés clairement et avec ordre ; indé-
pendamment des moyens allegués par les
Défenseurs des Parties , ils ont eux-mê-
mes travaillé toutes les matieres , et les
questions y sont discutées méthodique-
ment et avec beaucoup d'érudition ; on
y trouve des Arrêts de tous les Parlemens
et autres Cours Superieures du Royau-
me , ils sont rangés suivant l'ordre des
dates ; il y en a seulement quelques - uns
dont les dates ne sont pas si certaines ,
II. Vol.
que
JUIN 1737.
1293
que l'on a mis à la fin du second volume ,
en un mot ce Journal est regardé com-
me un chef d'œuvre en ce genre.
Il y
en a déja eu quatre Editions , toutes qua-
tre faites à Paris. La premiere est en 12.
volumes in 4. dont les dix premiers fu-
rent donnés par Mrs Blondeau et Gueret,
conjointement ; sçavoir , le premier en
1672. le second et le troisiéme en 1673.
le quatrième en 1676. le cinquiéme en
1678. le sixième en 1679. le septième en
1681. le huitiéme en 1682. le neuvième
en 1684. le dixième en 1686. les deux
autres volumes furent donnés par M.
Blondeau seul,après la mort de M.Gueret;
sçavoir , le onzième en 1689. et le dou-
ziéme en 1695.
La seconde Edition de 1701. est en
deux volumes in folio. On y ajoûta trois
Tables , l'une des Questions , la seconde
des Matieres , et la troisiéme des noms
des Parties.
La troisiéme Edition de 1713. est aussi
en deux volumes in folio ; le premier
volume contient les Arrêts intervenus
depuis 1660. jusqu'en 1678. le second
contient les Arrêts intervenus depuis
1679. jusqu'en 1700 .
La quatriéme Edition vient de paroî-
tre au commencement de cette année
II. Vol.
1737.
1294 MERCURE DE FRANCE
1737. elle est aussi en deux volumes in
folio et dans le même ordre que la préce
dente , sans aucun changement.
ARRESTS DE M. AUGEAR D
M. Mathieu Augeard , ancien Avocat
au Parlement , reçû le 26. Novembre
1703. a aussi donné au Public un Jour-
nal de Jurisprudence Françoise , qui est
intitulé, Arrêts Notables des differens Tri-
bunaux du Royaume sur plusieurs Questions
importantes de Droit Civil, de Coûtume, de
Discipline Ecclesiastique et de Droit Public.
Il y en a trois volumes in 4. qu'il a
donnés en differens temps ; le premier
en 1710. le second en 1713. et le troisié--
me en 1718. il n'y en a encore eu que
cette Edition .
Le premier volume contient des Ar
rêts intervenus depuis le 29. Mars 1696.
jusqu'au 5. Juin 1709. Le second com-
mence au 15. Juillet 163 1. et finit au´s.
Août 1710. et le troisiéme commence au
25. Janvier 1650. et finit au 14. Août
1710.
Lorsque ce Recueil d'Arrêts parut , il
servoit de Suplément au Journal des
Audiences et à celui du Palais , parce
qu'il commence à peu près où finissoient
ces deux Journaux.
II Vol
L'ev
JUIN.
1737.
129.5
Le dernier tome du Journal des Au-
diences , que M. Nupied a depuis don-
né au Public , forme un Suplément plus
complet pour ces deux Journaux et par-
ticulierement pour le Journal des Aur
diences. Mais comme ce dernier volume
du Journal des Audiences ne comprend
que des Arrêts du Parlement de Paris
et que le Journal du Palais comprend
des Arrêts de toutes les Cours Souverai-
nes du Royaume , le Recueil de M. Au-
geard , qui comprend aussi des Arrêts de
tous les Parlemens , sert encore à cet
égard de Suplément au Journal du Palais.
Le Recueil d'Arrêts de M. Augeard est
utile et estimé ; il y a néanmoins un dé-
faut dans la disposition de cet Ouvrage,
c'est que l'ordre des dates n'y est observé
que pour chaque volume en particulier,
et non par raport aux trois volumes ,
que dans le second et le troisiéme tome
il y a des Arrêts des mêmes années com-
prises dans le premier , et de même par
raport au second volume , ensorte que
pour y trouver un Arrêt dont la date est
entre les années 1696. et 1709. il faut
le chercher dans les trois volumes , par-
ce que dans tous les trois il y a des Ar-
rêts de ces mêmes années ; ce qui vient
de ce que l'Auteur a donné chaque vo-
11. Vol.
et
lunne
1296 MERCURE DE FRANCE
lume à mesure qu'il a eû de la matiere
pour le former , et que quand il a donné
le second et le troisième , il a repassé sur
les temps compris dans le premier et le
second , parce qu'il avoit retrouvé quel-
ques Arrêts des mêmes années qu'il avoit
déja comprises dans le précedent volume.
Il seroit facile de remedier à cet incon-
venient , en refondant les trois volumes.
ensemble et en rangeant les Arrêts exac-
tement suivant leurs dates , lorsqu'on fe-
ra une nouvelle Edition de cet Ouvrage,
qui le mérite bien.
Journaux de Jurisprudence Françoise,
pour servir de Suplément à l'Histoire
Critique des Journaux de M. C.....
par M. A. G. Boucher d'Argis, Avocat
au Parlement.
L'Histoire Critique des Journaux
Litteraires, est un Ouvrage que
feu
M. Camusat avoit commencé dès l'an-
née 1722. il mourut à Amsterdam le 28.
Octobre 1732. sans y avoir mis la der-
niere main ; cet Ouvrage attendu depuis
long - temps , a été rédigé et donné
au Public par un Auteur anonime ; il a
été imprimé à Amsterdam , chés J. F.
Bernard , en 1734. la forme du Livre est
in 12. et il est divisé en deux Tomes .
II. Vol.
A iiij
Le
#22 MERCURE DE FRANCE
Le premier Tome et la plus grande
partie du second , ne forment que ke
premier Chapitre , qui est subdivisé en
plusieurs Articles et Paragraphes , avec
des Notes ; cette partie de l'Ouvrage
contient l'Histoire du Journal des Sça-
vans , sous la direction des differens Au.
teurs qui y ont travaillé.
La troisiéme Note sur l'Article de M.
de Sallo, premier Auteur du Journal des
Sçavans, explique l'origine des Gazettes.
Le reste du second Tome porte le ti-
tre particulier de Memoires pour servir à
P'Histoire des Journaux et autres Livres
Périodiques qui ont parû en France et ail-
Leurs ; l'Editeur de cet Ouvrage dit dans
son Avertissement que feu M. Camusat
avoit dessein de réduire l'Histoire de
tous ces Livres Périodiques à deux volu
mes in 12. sous le titre de Memoires pour
servir à l'Histoire des petits Journaux, mais
que l'on ne sçait ce que sont devenus
les matériaux qu'il avoit recueillis pour
continuer cette Histoire.
Quoiqu'il en soit , ces Memoires font
le commencement du second Chapitre
de nos deux Tomes , qui est intitulé ,
Journaux divers de peu de durée , et Livres
qui ont du raport aux Journaux ; ce Cha-
pitre est divisé en plusieurs Articles qui
II. Vol.
contiennent
JUIN.
1737
1263
contiennent l'Histoire de diversJournaux
de Politique , de Médecine , de Philoso-
phie et de Mathémathique, l'Histoire cri
tique de la République des Lettres, et au-
tres Memoires de Litterature.
Le troisiéme Chapitre contient l'His
toire des Mémoires de l'Académie Roya
le des Sciences , et de ceux de l'Acadé-
mie Royale des Belles - Lettres.
Le Chapitre quatrième et dernier , con-
tient l'Histoire du Mercure Galant et de la
continuation de ce Livre , qui a changé
de face et de titre ; il est connû au-
jourd'hui sous celui de Mercure de Frances
Si M. Camusat eût achevé son His-
toire des Journaux , il n'auroit pas , sans
doute , omis les Journaux de Jurispru
dence , qui ne sont pas moins des Jour
naux Litteraires , que les Memoires de
Politique , de Médecine et de Philoso
phie aparamment il n'en étoit pas en-
core à cette matiere , car il n'en est point
parlé dans les deux Tomes que nous
avons de son Histoire Critique des Jour-
naux. Il ne sera donc pas hors de propos
de donner ici une Histoire abregée des
Journaux de la Jurisprudence Françoi
se , pour servir de Suplément à l'Histoir
re des Journaux de M: Camusat.
On n'entreprend pas , au reste , de
H. Vol.
A y
donneer
1264 MERCURE DE FRANCE
donner à cette occasion l'Histoire de
tous les Livres de Jurisprudence , mais
seulement de ceux qui portent le titre
de Journaux, ou qui sont en effet de vrais
Journaux , quoiqu'ils portent un autre
titre ; nous allons les parcourir suivant
l'ordre de leur ancienneté.
Journal du Parlement , par M. Denis
Catherinot.
Entre les diverses Pieces Fugitives que
M. Nicolas Catherinot , Avocat du Roy
au Bailliage et Siege Présidial de Bourges,
a fait imprimer à mesure qu'il les com-
posoit , il se trouve une feuille imprimée
à Bourges le premier Août 1685. qui a
pour titre , le Journal du Parlement , à
M. Gueret.
L'Auteur qui dédie ce petit Ouvrage à
M. Gabriël Gueret , celebre Avocat au:
Parlement de Paris , annonce que ce
Journal n'est pas proprement de lui
qu'il l'a tiré d'un Manuscrit de feu Denis
Catherinot , son Pere ; que ce Journal
contient 150. Arrêts des années 1611. et
1612. qu'il ne peut mieux le dédier qu'à
M. Gueret , qui travaille avec M. Blon-
deau , au grand Journal des Parlemens
de France avec un succès merveilleux, et
pour donner à M. Gueret une notion
II. Vol.
plus
M
JUIN.
1737.
1265
plus parfaite de ce Journal , il met en
tête un abregé de la Vie de son Pere, qui
en est l'Auteur , en voici les principales
circonstances.
Denis Catherinot nâquit à Château-
roux en Berry , le 23. Février 1592. d'u
ne famille alliée à celles de Batonneau de
Paris , et de Pinette de Bourges ; il fit sest
Etudes à Bourges , et ensuite trois ou
quatre années de Droit , sous Antoi-
ne Bengy , Ayeul de François Pinson
,
celebre Avocat au Parlement , et sous
la direction particuliere de Jean Chenu,
l'Arrestographe , chés lequel il demeuroit
et qui le présenta au Serment d'Avocat
sur la fin du mois d'Août 1610.
N. Catherinot dit qu'on a voulu lui
persuader que son Pere avoit bonne part
à la derniere Centurie des Arrêts de cet
Auteur, mais il ajoûte que celui qui avoit
fait la premiere pouvoit bien avoir fait
aussi la seconde.
De Bourges , Denis Catherinot vint à
Paris et y demeura pendant les années
1611. et 1612. Il conféroit souvent avec
Mrs Corbin et Cholet , ses Compatrio-
tes , et avec Mrs Brodeau , Tubeuf, Des-
noyers , Doujat , Talon , Bignon , Robert,
Guerin et autres celebres Avocats. Ce fut
dans cette Ville et dans ce temps-là qu'il
II. Vol.
A vj
composa
1266 MERCURE DE FRANCE
composa le Journal du Parlement , que
son Fils dédia ensuite à M. Gueret.
De Paris , Catherinot revint à Bour-
ges , où il fut reçû en 1617. dans une
Charge de Conseiller au Présidial de cet-
te Ville , dont il s'acquitta si dignement,
que le Prince de Condé le prit pour son
Conseil à Bourges , et voulut le faire le
premier Officier de sa Duché- Pairie de
Châteauroux ; mais Catherinot aima
mieux rester à Bourges , où il avoit l'a
grément de converser avec beaucoup de
Sçavans qui y étoient alors.
Le 20. Janvier 1619. il épousa D. Ca
therine Bigot , issuë d'une famille noble
et vertueuse de la Province ; elle mourut
vers l'année 1627. sans avoir eû d'enfans.-
Le 6. Février 1628. il épousa en secon
des Nâces Michelle Riglet , alliée à un
grand nombre de bonnes Familles ; ce se
cond Mariage ne dura que trois ans ; le
sieur Catherinot Pere étant mort le pre-
mier jour de Mars 1631. âgé de 39. ans ,
il laissa un fils nommé Nicolas Catheri
not, qui fut Avocat du Roy au Bailliage
et Siége Présidial de Bourges.
C'est ce même Nicolas Catherinot qui
dédia à M. Gueret le Journal du Parle-
ment , tiré du Manuscrit de son Pere.
Après cet Abregé de la Vie de Denis
LA Vol.
Catherinor,,
JULN.
1737.
1267
Catherinot , Nicolas Catherinot raporte
par ordre de dates , dix Arrêts du Parle
ment de Paris , qui commencent au pre-
mier Août 1611. et finissent au 31. des
mêmes mois et an.
Ces dix Arrêts , qui sont aparamment
tirés du Journal manuscrit de M. Cathe-
rinot, Pere, sont raportés très- sommaire-
ment par le fils dans la feuille imprimée
qu'il dédié à M. Gueret ; chaque Article
n'est proprement qu'une Note des Ques-
tions qui ont été jugées; il a seulement eû
l'attention de marquer le nom des Prési
dens qui tenoient l'Audience et des Avó-
cats qui plaidoient les Causes jugées par
ces Arrêts.
Le titre de la feüille imprimée qui con-
tient ces dix Arrêts , et l'espece d'Epitre
Dédica toire à M. Gueret , qui les préce
de,font présumer que M.Catherinot avoit
dessein de faire imprimer le surplus ; mais
il paroît , sans qu'on en sçache la cause ,
qu'il abandonna ce dessein , car la feuille
dont nous parlons ne contient que ces dix
Arrêts,et est close par une date telle qu'on
la met à fin d'une Lettre, à Bourges ce pre-
mier Août 1685.
Cn n'a point connoissance que le res
të de ce Journal ait été imprimé , ni dė
ce qu'est devenu le Manuscrit ; ce que
L.I. Vola
nous
1268 MERCURE DE FRANCE
nous en avons est si peu de chose qu'il
semble que cela ne mériteroit guere d'ê
tre mis au nombre des Journaux de Ju-
risprudence , cependant comme ce Jour-
nal de Catherinot est le plus ancien , et
que
c'est peut-être celui qui a donné l'i-
dée de ceux qui ont suivi , j'ai crû qu'il
ne devoit pas être omis.
Recueil d' Arrêts , par M. Bardet.
Ce Recueil est un Ouvrage beaucoup
plus considerable que celui de Cathe-
rinot , quoiqu'il ne porte pas le titre de
Journal , c'en est réellement un ; car les
Arrêts y sont raportés suivant l'ordre des
dates.
La Vie de l'Auteur se trouve dans la
Préface que M. Berroyer a mise à la tête
de ce Recueil en le donnant au Public,
M. Pierre Bardet nâquit à Montaguet
en Bourbonnois le 15. Décembre 1651 .
il fit ses Humanités au College des Jésui-
tes de Moulins , et il eut pour Condisciple
M. de Lingendes , qui fut depuis Evêque
de Mâcon ; ils s'apliquerent l'un et l'au-
tre tellement à la Langue Grecque, qu'el-
le leur devint aussi familiere que la Fran--
çoise.
En 1614. âgé de 23. ans il commença
à étudier le Droit à Toulouse , et conti--
II. V.
nua
JUIN 1737.
1269
nua pendant les années 1615. et 1616.
sous Mrs Maran et de la Coste , deux il-
lustres Disciples de Cujas.
Avec de telles dispositions et excité
par l'exemple de ces deux excellens Maî
tres , M. Bardet ne pouvoit pas manquer
de faire de grands progrès dans la scien-
ce du Droit.
Il fut reçû au Parlement de Paris au
Serment d'Avocat en 1617. et commen-
ça aussi- tôt à recueillir les Arrêts qui
se rendoient aux Audiences
,
qu'il
suivit assidûment jusques en 1643. que
les affaires du Cabinet et les Ecritures
l'occuperent tellement , qu'il n'eut plus
le temps de se trouver aux Audiences.
Quoiqu'il fût peu occupé à la plaidoi
rie, son mérite ne laissoit pas d'être con-
nu ; il plaidoit même avec agrément et
facilité, mais plutôt pour persuader, que
pour plaire.
Il fut honoré de l'estime du celebre
Henry de Mesmes , cet illustre Président
qui aimoit tant les Gens de Lettres , et
du sçavant Premier Président le Jy, qui
après avoir vû son Recueil d'Arrêts , fit
des efforts inutiles pour vaincre sa mo-
destie , en l'excitant avec zele à le don
ner au Public.
Il s'étoit beaucoup apliqué à la matiere
LI. Vol.
des
1270 MERCURE DE FRANCE
des Substitutions , et on a remarqué qu'il
avoit travaillé dans toutes les questions
importantes qui se présenterent de son
temps au Palais sur ce sujet , ensorte que
lesMemoires qu'il en a laissés formeroient
seuls plusieurs volumes; les Substitution's
de Levy Cosan et d'Apchon , ne contri-
buerent pas peu à le faire connoître dans
les Pays de Droit Ecrit'; aussi étoit-il l'A-
vocat de la plupart des grandes Maisons
de Lyonnois , Forest et Auvergne , aussi
bien que de Bourbonnois.
La réputation qu'il s'étoit acquise pour
les Substitutions , fit qu'on l'engagea à
suivre un Procès évoqué du Parlement
de Paris et renvoyé en celui de Provence,
où il demeura si long- temps , que ce sé-
jour lui occasionna dans la suite une per
te de biens très- considerable.
Mais comme sa vertu étoit au-dessus
de tous les Evenemens , malgré une si
triste épreuve, il ne lui échapa jamais au--
cun mouvement d'impatience , et une
vie fort traversée ne l'empêcha pas de
conserver toujours la même tranquillicé
d'esprit.
Il fut moins sensible à la perte de ses
biens qu'à celle de ses amis , qu'il trouva
presque tous morts à son retour de Pro-
ven e , desorte qu'il se trouva comme
1. Vol.
inconnus
JUIN.
1737.
1271
Inconnu aux Avocats qui remplissoient
leur place au Palais, ce qui, joint à l'amour
de sa Patrie et à l'affection qu'il avoit
pour ses Neveux , le détermina à quitter
Paris.
Il se retira à Moulins en 1663. et alla
de-là aux grands Jours de Clermont en
1665. et 1666. mais il ne changea pas
pour cela la résolution qu'il avoit prise
de se retirer du Palais ; en effet depuis le
voyage d'Auvergne il resta toujours à
Moulins jusqu'à sa mort.
Il étoit naturellement humble et doct-
le,et sçavoit concilier une grande modes
tie avec beaucoup de mérite et d'érudi
tion. L'esprit de retraite qu'il conserva
toujours , lui faisoit aimer une vie labo-
rieuse et cachée , quoique dans une Pro-
fession toute publiques et par le partage
qu'il fit de ses momens entre la pieté et
Pétude , les Textes de l'Ecriture Sainte et
ceux du Droit de toute espece, lui étoient
tellement présens , que jusqu'à la fin de
sa vie et malgré le poids des années , sa
memoire lui en fournissoit sur le champ
les termes , lorsqu'il se présentoit quel-
que occasion de les raporter.
La principale dispotition de son Tes-
tament qu'il avoit commencé dès 1647.
et qu'il avoit renouvellé tous les ans jus
II. Vol.
qu'en
1272 MERCURE DE FRANCE
qu'en 1685. qu'il déceda , regardoit le
lieu de Montaguet où il étoit né , pour
procurer à ce lieu l'Erection d'une Cure
ou Eglise Paroissiale , à cause de l'incom-
modité que souffroit une partie des Ha-
bitans en allant à celle du Linois , qui
étoit assés éloignée , et par de mauvais
chemins , qui , même dans l'hyver, pou-
voient quelquefois leur rendre l'Eglise
inaccessible : Disposition digne de la pie-
té et de la generosité de M. Bardet.
Quoiqu'il fûr d'une taille mediocre et
déliée , il étoit néanmoins très- robuste ,
n'ayant presque jamais été malade : dans
un âge fort avancé , il n'avoit aucune des
incommodités de la vieillesse , si ce n'est
un peu de surdité , de sorte qu'il ne cessa
point d'étudier jusqu'à la fin de sa vie ;
sa memoire lui rapelloit toûjours avec
facilité les choses qu'il avoit aprises an-
ciennement : elle étoit seulement un peu
moins prompte pour celles qui étoient
plus recentes : à l'égard de son jugement
il fut toujours solide , et ne fut jamais
affoibli par l'âge.
Il ne s'engagea point dans le mariage ,
et ne nous a laissé que des Productions
de son esprit , qui consistent dans son
Recueil d'Arrêts , ses Mémoires impri-
més , et plusieurs Manuscrits. Il mou-
11. Vol.
rut
JUIN.
âgé de 54. ans .
1737.
1273
rut à Moulins le 20. Septembre 1685.
Son Recueil d'Arrêts a éré donné au
Public par feu M: Berroyer. 11 est inti-
tulé Recueil d' Arrêts du Parlement de Pa-
riș , pris des Mémoires de feu M. Pierre
Bardet , ancien Avocat en la Cour , avec
les Notes et les Dissertations de M. Claude
Berroyer , Avocat au même Parlement. 2 .
Vol. in fol. à Paris , 16.90.
Chaque Tome est divisé en plusieurs
Livres , et chaque Livre en plusieurs
Chapitres , ce qui n'ajoûte rien à l'ordre
de l'Ouvrage , parce que les Arrêts n'y
sont pas rangés par matieres , mais seu-
lement par ordre de dates.
Monsieur Berroyer observe dans la
Préface , qu'il a mise à la tête de ce Re-
cueil , que M. Bardet a évité les deux dé
fauts les plus ordinaires dans ces sortes
d'ouvrages ; le premier de raporter les
Arrêts sur la foy d'autrui ; le second , de
ne garder aucun ordre , et de les rapor-
ter en termes obscurs et mal digerés .
En effet , l'Auteur a été lui- même as-
sidu aux Audiences , et n'a compris dans
son Recueil que les Arrêts intervenus:
dans les causes auxquelles il avoit assis-
té
il avoit soin de les rédiger aussi tôt
qu'il étoit de retour du Palais, pour ne pas
11.Vol.
trop
1274 MERCURE DE FRANCE
trop présumer de sa mémoire ;
il a eu
aussi l'attention de ne rien ajoûter dú
sien , à ce qui avoit été plaidé ou pro-
noncé : il a inseré tous les Avertissemens
donnés au Barreau par M M. les Presi-
dens après la prononciationt des Arrêts ,
et son exactitude a été telle , que dans une
Cause , où M. l'Avocat Général Bignon
porta la parole, il ne fait mention de son
avis , qu'en disant qu'il ne l'a point en-
tendu.
Son Recueil d'Arrêts commence en
16 17. six ans avant le Journal des Au-
diences , et comprend les Ariêrs inter-
venus jusqu'en 1642 , inclusivement , pars
mi lesquels il y en a neuf de prononcés
en Robes rouges.
Il y a beaucoup de methode , de nette-
té et d'ordre dans cet Ouvrage; si l'Au-
teur raporte quelques Arrêts déja cités
ailleurs , on trouve dans son Recueil
quelque circonstance du fait , ou quel
que moyen essentiel , qui a pû détermi
ner les Juges , et que les autres Auteurs
avoient omis.
M. Berroyer observe seulement qu'il
a retranché quelques uns des Arrêts qui
étoient dans le Recueil de M. Bardet ,
parce que ces Arrêts étoient déja rapor
tés ailleurs.
HI. Vol
Le
JUIN.
1737
1275
Le stile de M. Bardet est un peu sec
mais il passe pour un des Arrêtistes des
lus exacts , et son Ouvrage est généra
plus
lement estimé: cependant M.Bretonnier,
dans ses Observations sur le XIX. Plai-
doyer d'Henris, tom. 2. remarque que M.
Bardet s'est trompé dans un endroit de
son Recueil tom. 1. liv. 3. ch. 2. où cet
Auteur dit que le Retrait lignager a été
introduit dans la Ville de Lyon , et s'y
pratique communément , que cela a été
ainsi jugé par un Arrêt qu'il raporte du
8. Février 1628. confirmatif d'une Sen-
tence du Sénéchal de Lyon , qui avoit,
dit-il , declaré les offres d'un Retrayant
bonnes et valables , et ordonné que Ï'Ac-
quereur lui délaisseroit la Maison par
Retrait lignager.
M. Bretonnier dit qu'ayant été extré-
mement surpris de cet Arrêt , il en par-
la à M M. Ferrary , Gilet et Terrasson
ses Confreres , qui lui assurerent que le
Retrait lignager n'avoit point lieu à
Lyon , et lui conseillerent de refuter cet
Arrêt , qu'ils jugoient être ou apocry
phe ou collusoire.
Pour éclaircir encore mieux ce fait ,
M. Bretonnier en écrivit à M. Dufour-
nel , célébre Avocat à Lyon , qui lui
envoya une Consultation signée de 15.
II. Vol.
des
1276 MERCURE DE FRANCE
des plus anciens Avocats de Lyon , qu'il
a jointe à ses Observations : ces 15. Avo-
cats répondirent qu'il étoit difficile de
concevoir quel avoit pû être le fonde-
ment de l'Arrêt raporté par M. Bardet ;
qu'il étoit assés naturel de présumer que
M. Bardet s'étoit trompé dans cette ci-
tation , aussi bien que son Apostillateur.
M. Bretonnier ne s'en tint pas là : il
alla lui-même chercher cet Arrêt dans
les Registres du Parlement ; il le trouva,
à la verité , sous la même date du 28.
Février 1628. mais pour une autre Pro-
vince , et une Ville differente ; sçavoir ;
pour la Ville d'Aurillac dans la Haute
Auvergne , et afin de constater ce fait
important, il a raporté cet Arrêt à la sui-
te de ses Observations dans l'endroit que
l'on a cité.
Il ajoûte ensuite qu'il a crû devoir
raporter cet Arrêt , non pas pour met-
tre au jour la bévûë de M. Bardet , pour
qui il a beaucoup de considération et
d'estime , mais pour établir :
1 °. Que le Retrait lignager n'a point
lieu à Lyon.
2°. Que dans les Pays de Droit Ecrit
de l'Auvergne , le Retrait lignager a
lieu.
3°. Qu'il y a peu de fond à faire sur la
11.Vol
foy
JUIN.
1737
s'est trompé en cet Endroit.
Aliquando bonus dormitat Homerus.
1277
foy des Arrêtistes , puisque M. Bardet ,
qui passe pour être un des plus exacts ,
Il ne nous reste plus , par raport aux
Recueils d'Arrêts de M. Bardet , qu'à
donner une notion de M. Berroyer, son-
Annotateur
M. Claude Berroyer nâquit à Mou-
lins , Capitale du Bourbonnois : son Pe-
re étoit Greffier au Bailliage et Siege Pré-
sidial de cete Ville ; pour lui il vint s'é-
tablir à Paris , et y fut reçû au serment
d'Avocat le 22. Février 1677. Il étoit
d'un naturel doux et paisible , sage et
prudent dans toutes ses démarches , et
d'un esprit très- sociable.
Il plaida pendant quelque temps , et
même avec succès ; mais il se livra bien-
tôt tout entier aux occupations du Cabi
net. Sa grande aplication à l'étude , et
l'experience que l'usage des affaires lui
avoit acquise , lui attirerent bientôt
l'estime des Magistrats et la confiance du
Public ; il devint donc très employé à
la Consultation . Il étoit du Conseil or-
dinaire de l'Ordre de S. Lazare , de ce-
lui de la Maison de Villeroy et de plu
sieurs autres grandes Maisons.
II. Vol.
De
278 MERCURE DE FRANCE
De son mariage avec Demoiselle ....
Maillet , il eut quatre Enfans ; sçavoir ,
un Fils qui fut reçû Avocat au Parle
ment , et qui mourut fort jeune ; une
fille à present décédée , qui avoit épousé
Louis -Joseph Moufle , Avocat au Parle-
ment , une autre Fille mariée à André-
François Louvel des Bois , aussi Avocat
au Parlement , et un Fils reçû Conseil-
ler à la Cour des Aydes le 10. May
1735.
Il étoit si laborieux que , malgré le
grand nombre d'affaires dont il étoit
chargé pour differens Particuliers , il
trouva encore le temps de composer plu-
sieurs Traités de Jurisprudence , dont
quelques- uns ont été imprimés de son
vivant , les autres se sont trouvés ma-
nuscrits parmi ses papiers.
Les Ouvrages imprimés que nous avons
de lui , sont la Bibliotheque des Coûtu-
mes qu'il a faite conjointement avec M.
Eusebe de Lauriere , Avocat , à la reser-
ve de la Préface , contenant des conjec-
tures sur l'Origine du Droit François , la-
quelle est de M. Berroyer seul . Les Notes
qu'il a faites sur le Commentaire de M.
Duplessis sur la Coûtume de Paris , aussi
conjointement avec M. de Lauriere , et
les Notes qu'il a faites sur le Recueil
II. Vol.
d'Arrêts
JUIN.
1737.
d'Arrêts de Monsieur Bardet.
1279
Il fut élû Bitonnier de l'Ordre des
Avocats le 9. May 1728. et après avoir
rempli avec honneur tous les differens
dégrés d'une longue vic , il mourut à
Paris le 7. Mars 1735. universellement
regretté de ses Confreres et de tous ceux
qui le connoissoient,
Il avoit connu particulierement M.
Bardet , qui étoit son Compatriote , c'est
ce qui l'excita à donner au Public le Re-
cueil d'Arrêts de celui ci. Il mit donc
cet Ouvrage en ordre › en ayant seule-
ntent retranché quelques Arrêts , qui
étoient déja raportés ailleurs , et dans
lesquels il n'y avoit rien de plus que ce
qui se trouvoit dans les autres Auteurs.
Il a mis à la tête de l'Ouvrage une
Préface , dans laquelle il fait voir l'uti-
lité des Recueils d'Arrêts, quand ils sont
faits avec attention , et dans cette même
Préface , il nous a donné la Vie de M.
Bardet.
A la fin de chaque Chapitre de l'Ou-
vrage, il a joint des Notes Sommaires
pour servir de Conference avec les autres
Livres dont les Auteurs citent ou rapor-
tent les mêmes Arrêts,afin que le Lecteur
puisse vérifier les differences qui s'y
trouvent.
II. Vol.
B
11
1280 MERCURE DE FRANCE
Il a donné quelques Dissertations
pour
expliquer les veritables motifs de cer
tains Arrêts , et pour prévenir les mau-
vaises applications que l'on en fait quel-
quefois dans les Provinces..
Dans le second Tome, ces Dissertations
sont mises à la fin par forme d'Addition ,
parce que l'impression du corps de l'Ou-
vrage devançoit la plume de l'Annota-
teur. Les Notes et Dissertations de M.
Berroyer , aussi bien que ses autres Ou-
vrages , sont estimées , et le Public lui
est redevable de ce qu'il lui a procuré le
Recueil d'Arrêts de M. Bardet , qu'il a
rendu encore plus utile par ses Disserta
tions , & c.
JOURNAL DES AUDIENCES.
Ce Recueil qui est intitulé Journal des
principales Audiences du Parlement , porte
avec d'autant plus de raison le Titre de
Journal , qu'il ne contient pas seulement
les Plaidoyers des Avocats, et les Arrêts
intervenus sur les Contestations particu-
lieres ,
il contient aussi une partie des
Edits et Déclarations avec leurs Enregis-
tremens , et les differens Reglemens et
Arrêts faits par la Cour.
Il est actuellement composé de plu-
sieurs Vol. infol. qui ont été donnés au
II. Vel.
Public
Public en differens temps , et par diffe-
rens Auteurs. Le premier Volume est
l'Ouvrage de Jean Dufresne , issu de
l'ancienne et noble Famille des Dufresne
d'Amiens en Picardie , où il nâquit.
Louis Dufresne , Seigneur de Froide-
val, son Pere , étoit Prevôt de la Prévôté
Foraine de Beauquesne au Bailliage d'A-
miens; il avoit beaucoup d'érudition, ai-
moit les Belles Lettres, et étoit versé dans
la Langue Grecque : il fut marié deux
fois ; de son premier mariage il eut trois
Fils , Adrien , qui lui succeda à la Pre-
vôté de Beauquesne : Jean
,
qui est
l'Auteur du Journal dont nous avons
à parler , et Louis , Médecin , tous trois
très sçavans. De son second mariage il
eut aussi trois Fils , sçavoir , Michel et
-François , qui firent profession dans la
Compagnie de Jesus, et le sçavant Char-
les Dufresne , Seigneur Ducange , Tré
sorier de France au Bureau des Finan-
ces d'Amiens , Auteur des deux Glossai
res l'un Grec , l'autre Latin , et de plu-
sieurs, autres Ouvrages , Monumens de
son érudition.
Jean Dufresne vint s'établir à Paris ,
et y exerça la Profession d'Avocat au Par-
lement avec beaucoup d'honneur et de
distinction , il suivit long- temps les Au-
II. Vol.
Bij
dienc
$ 282 MERCURE DETRANCE
diences , et eut soin de recueillir les Ar-
rêts rendus de son temps.
M. Baluze , dans une Lettre écrite à
Eusebe Renaudot , au sujet de M. Du
cange , laquelle est inserée dans le pre-
mier Volume de son Glossaire Latin, dit
qu'il a connu Jean Dufresné, que c'étoit
un Homme de bien , sage , prudent et
très-versé dans l'étude du- Droit Civil
et de sa Loy municipale.
Il fit en effet une étude particuliere de
la Coûtume d'Amiens , Lieu de sa Nais-
sance,et il en a donné un Commentaire ,
à la fin duquel il a mis beaucoup d'Ar-
rêts , tant concernant cette Coûtume ,
que sur plusieurs autres matieres. Ce
Commentaire est imprimé en 1. Volu-
me in folio, et il a été inseré dans le Cou-
tumier de Picardie , Edition de 1726 .
On eut assés de peine à déterminer
M. Dufresne à donner au Public son
Recueil d'Arrêts , à cause qu'il y avoit
déja plusieurs Recueils , et qu'il crai-
gnoit qu'on ne lui imputât d'avoir vou-
fu encherir sur les autres ; mais comme
ces autresRecueils étoient dans une forme
differente , et que d'ailleurs ils ne com.
prenoient pas les mêmes Arrêts , on le
fit enfin consentir à laisser paroître le
sien.
11. Vol
C
JUIN.
1737.
1283
Ce premierVolume eut tant de succès ,
qu'il y en eut quatre Editions du vivant
de l'Auteur. Il dédia les trois premieres
à Mathieu Molé , Premier Président du
Parlement , et depuis Garde des Sceaux ,
et la quatrième à Jean Molé de Cham-
plastreux , Président à Mortier , Fils du
Garde des Sceaux.
Comme il n'y avoit d'abord du
Journal des Audiences que ce premier
Volume , donné par Jean Dufresne , plu-
sieurs Auteurs l'ont cité sous le nom
d'Arrêts de Dufresnes il comprend les
Arrêts intervenus depuis 1623. jusqu'en
1657.
M. Dufresne mourut à Paris le ....
après son décès , M. François Jamet de
la Guessiere , Avocat au Parlement, con-
tinua le Journal des Audiences , il en
donna au Public trois Volumes depuis
1686. jusqu'en 1700. un qui compre-
noit les Arrêts intervenus depuis 1657,
jusqu'en 1666. inclusivement ; un autre
Volume dédié à M. le Premier Président
de Novion , qui comprenoit les Arrêts
intervenus depuis 1666. jusqu'en 1678 .
et un autre qui comprenoit les Arrêts ren-
dus depuis 1677. jusques en 1685.
Au moyen de cette continuation , le
Journal des Audiences étoit déja en qua-
11. Vol.
Biij
tre
1284 MERCURE DE FRANCE
tre Volumes in-folio ; M. de la Guessiere
en préparoit un cinquiéme tome lorsqu'il
mourut.
M. Nicolas Nupied , ancien Avocat an
Parlement , reçû le 8. Août 1689. mit en
ordre les Mémoires de M. de la Guessie-
re , et en 1707. donna au Public le cin-
quiéme Tome du Journal des Audien-
ces , qui comprenoit les Arrêts interve-
nus depuis 1685. jusques en 1700.
On a réimprimé en 1736. les cinq Vo-
lumes du Journal des Audiences ; dans
cette derniere Edition , des cinq Volumes
on n'en a formé que quatre , et en les
réimprimant on y a ajoûté quelques Ar-
rêts qui manquoient ; on a corrigé plu
sieurs transpositions, et autres fautes qui
s'étoient glissées dans les précedentes
Editions.
Dans la même année M.Nupied a don-
né au Public un nouveau Volume , qui
comprend les Arrêts intervenus depuis
l'année 1700. jusqu'en 1710. ce Volume
qui fait le sixième Tome de l'ancienne
Edition , et le cinquième de la nouvelle,
est divisé en deux Parties. La premiere
est subdivisée en six Livres , et la secon-
de en quatre. Chaque Livre contient tous
les Arrêts qui sont d'une même année.
Ce dernier.Tome a été imprimé avec
II. Vol.
beaucoup
JUIN 1737.
beaucoup de soin et d'attention.
1285
RECUEIL D'ARRETS de M. Soëfve.
M. Lucien Soëfve , Auteur de ce Re- .
cueil , fut reçû au serment d'Avocat le
21. Juillet 1636. Il étoit Doyen de l'Or-
dre en 1693. étant alors âgé d'environ
78. ans.
Il s'attacha aux Audiences , comme à
la meilleure Ecole du Palais , et les sui-
vit assidument pendant plus de so. an
nées. Il commença au mois de Janvier
1640. à recueillir les Arrêts qui se ren-
doient aux Audiences , et en 169 2. il en
donna au Public deux Tomes in -folio ,
qui furent imprimés à Paris.
Cet Ouvrage est intitulé : Nouveau
Recueil de plusieurs Questions notables tant
de Droit que de Coutumes , jugées par Ar-
rêts d'Audiences du Parlement de Paris
depuis 1640. jusqu'à present. L'Auteur le.
dédia à M. de Fourcy , Président aux En-
quêtes.
Ce Recueil est un vrai Journal , car
les Arrêts y sont raportés par ordre de
dates. Il comprend 800. Arrêts rendus.
depuis 1640. jusqu'au 24. Mars 1681 .
inclusivement , soit aux Audiences de
la Grand-Chambre , ou des Enquêtes ,
par évocation ou renvoy du Conseil ,
II. Vol.
B iiij
soit
1286 MERCURE DE FRANCE
soit en la Tournelle , ou en la Chambre
de l'Edit, pendant qu'elle subsistoit.
Il n'y a aucun de ces Arrêts à la pro-
nonciation duquel l'Auteur n'ait été pre-
sent , et après avoir entendu plaider les
Avocats des Parties : s'il y a quelques Ar-
rêts rendus sur raport , ils sont en petit
nombre , et ce ne sont que ceux qui sont
intervenus dans des affaires qui avoient
d'abord éré plaidées , et ensuite apoin-
tées au Conseil ou en Droit.
Le Recueil de M. Soëfve est divisé par
Centuries , mais cela n'empêche pas que
Pordre des dates n'y soit observé.
JOURNAL DU PALAIS.
A ne considerer que le Titre de cet
Ouvrage , on croiroit d'abord que c'est
la même chose que le Journal des Au-
diences ; cependant ces deux Recueils
d'Arrêts sont fort differents l'un de l'au-
tre en toute maniere ; car outre qu'ils ne
sont pas du même Auteur , et que les
Arrêts contenus dans le Journal du Pa-
lais ne commencent pas au même tems ,
et ne sont pas précisément les mêmes
que ceux qui sont dans le Journal des
Audiences , il y a encore entre ces deux
Journaux une autre difference essentiel-
le : c'est que le Journal du Palais com-
II. Vol.
prend
JUIN.
1737.
1287
prend les Arrêts les plus notables de tou's
les Parlemens , et des autres Cours Su-
perieures du Royaume , au lieu que le
Journal des Audiences ne comprend que
des Arrêts du Parlement de Paris.
LeJournal du Palais est intitulé : Jour
nal du Palais , ou Recueil des principales
Décisions de tous les Parlemens de France
sur les Questions les plus importantes de
Droit Civil, de Coûtume , de Matieres
Criminelles et Bénéficiales
Public.
,
et de Droit
Cet Ouvrage est de feus Mrs Claude
Blondeau et Gabriel Gueret, Avocats au
Parlement de Paris. M. Blondeau qui
étoit l'ancien de M. Gueret , fut reçû au
Serment d'Avocat le 12. Août 1659.
En 1672. il commença à travailler au"
Journal du Palais de concert avec M.-
Gueret ; ils en firent imprimer conjoin-
tement dix Volumes in 4. M. Gueret
étant décédé le 22. Avril 1588. M. Blon-
deau , qui lui survécut , continua l'Ou-
vrage , et donna encore deux Volumes
in- 4 . lesquels, avec les dix premiers Vo-
lumes , forment la premiere Edition de
ce Livre en douze Volumes in-4. It cut
été heureux pour le Public que M. Blon .
deau eût pû continuer son aplication pour
la perfection de ce qu'il avoit commencé,
H. Vol
Boy
mais
1288 MERCURE DE FRAN C
mais ses infirmités ne lui permirent pas
de continuer plus long- temps ce pénible
travail.
Pour ce qui est de M. Gueret, son élo
ge se trouve dans un Journal Litterai
re et dans le Dictionnaire Historique.
Il nâquit à Paris l'an 1641. et se dis-
tingua par son esprit , par son érudition
et par les Ouvrages qu'il donna au Pu-
blic. Dans sa jeunesse il fit beaucoup de
Vers , mais il se contenta de les lire à ses
amis , et n'en a jamais fait imprimer.
Il fut reçû au Serment d'Avocat vers
l'an 1660. Pendant les premieres années
qu'il suivit le Barreau , il partageoit son
temps entre les Belles Lettres et la Juris-
prudence , et donna au Public divers Ou-
vrages de Litterature. Le premier qu'il
mit au jour fut Les sept Sages de la Grece,
qu'il dédia à M. le Febvre de Caumar-
tin , alors Maître des Requêtes , et qui
depuis fut Conseiller d'Etat.
Le second , Les Entretiens sur l'Elo-
quence de la Chaire et du Barreau , qu'il
publia l'an 1666. et qu'il dédia à M. Ĉol-
bert. Le troisiéme , Le Parnasse reformé.
C'est une Satyre très- ingenieuse et fort
estimée , qu'il dédia à M. l'Abbé Des-
roches , qui étoit alors à Rome.
La Guerre des Auteurs , qu'il fit im-
II.Vol.
primer
1289
1737.
JUIN.
primer depuis , est la seconde Partie du
Parnasse reformé , à laquelle néanmoins
il donna un Titre different pour des rai-
sons particulieres , et ce Titre , aussi--
1
bien que l'idée de ce Livre , a servi de-
puis de Modele à celui qui a écrit La
Guerre des Auteurs Anciens et Modernes.
Il a encore fait quelques autres Pieces
dans le même genre, qu'il n'a jamais ren- .
du publiques ; il y avoit entr'autres une
Satyre enProse, d'un tour fin et ingenieux,
intitulée: La Promenade de S. Cloud; mais
comme elle étoit écrite contre un Parti-
culier célébre , qui y étoit désigné d'une
maniere à ne pas le méconnoître , il ne
voulut jamais l'imprimer.
Après avoir laissé échaper ces premiers
traits de la vivacité de son esprit , M.
Gueret s'attacha uniquement à sa Profes-
sion , et ne fit plus que des Ouvrages
concernant la Jurisprudence.
M. Gauthier , célébre Avocat au Par-
lement de Paris , étant mort , n'ayant
donné au Public que le premier Tome
de ses Plaidoyers , M. Gueret donna le
second Tome , sur les Mémoires ma-
nuscrits du défunt , qu'il avoit achetés l'an
1669. et auxquels il fut obligé de supléer
beaucoup du sien : il dédia ce Volume à
M. le Pelletier , alors Président aux En-
II. Vol
Bvj
quêres,
1288 MERCURE DE FRAN C
mais ses infirmités ne lui permirent pas
de continuer plus long- temps ce pénible
travail.
Pour ce qui est de M. Gueret, son élo
ge se trouve dans un Journal Litterai-
re et dans le Dictionnaire Historique.
Il nâquit à Paris l'an 1641. et se dis-
tingua par son esprit , par son érudition
et par les Ouvrages qu'il donna au Pu-
blic. Dans sa jeunesse il fit beaucoup de
Vers , mais il se contenta de les lire à ses
amis , et n'en a jamais fait imprimer.
Il fut reçû au Serment d'Avocat vers
l'an 1660. Pendant les premieres années
qu'il suivit le Barreau , il partageoit son
temps entre les Belles Lettres et la Juris-
prudence , et donna au Public divers Ou-
vrages de Litterature. Le premier qu'il
mit au jour fut Les sept Sages de la Grece,
qu'il dédia à M. le Febvre de Caumar-
tin , alors Maître des Requêtes , et qui
depuis fut Conseiller d'Etat.
Le second , Les Entretiens sur l'Elo-
quence de la Chaire et du Barreau , qu'il
publia l'an 1666. et qu'il dédia à M. Col-
bert. Le troisiéme , Le Parnasse reformé.
C'est une Satyre très- ingenieuse et fort
estimée , qu'il dédia à M. l'Abbé Des-
roches , qui étoit alors à Rome .
La Guerre des Auteurs , qu'il fit im-
II.Vol.
primer
JUIN.
1737.
1289
primer depuis , est la seconde Partie du
Parnasse reformé , à laquelle néanmoins
il donna un Titre different pour des rai-
sons particulieres , et ce Titre , aussi-
bien que l'idée de ce Livre , a servi de-
puis de Modele à celui qui a écrit La
Guerre des Auteurs Anciens et Modernes.
Il a encore fait quelques autres Pieces
dans le même genre, qu'il n'a jamais ren-.
du publiques ; il y avoit entr'autres une
Satyre enProse, d'un tour fin et ingenieux,
intitulée: La Promenade de S. Cloud; mais
comme elle étoit écrite contre un Parti-
culier célébre , qui y étoit désigné d'une
maniere à ne pas le méconnoître , il ne
voulut jamais l'imprimer.
Après avoir laissé échaper ces premiers
traits de la vivacité de son esprit , M.
Gueret s'attacha uniquement à sa Profes-
sion , et ne fit plus que des Ouvrages
concernant la Jurisprudence .
M. Gauthier , célébre Avocat au Par-
lement de Paris , étant mort , n'ayant
donné au Public que le premier Tome
de ses Plaidoyers , M. Gueret donna le
second Tome , sur les Mémoires ma-
nuscrits du défunt, qu'il avoit achetés l'an
1669. et auxquels il fut obligé de supléer
beaucoup du sien : il dédia ce Volume à
M. le Pelletier , alors Président aux En-
II.Vol
B-vj
quêtes,
1290 MERCURE DE FRANCE
quêtes , Prevôt des Marchands , depuis
Controlleur Général des Finances et Mi-
nistre d'Etat. Il a mis à la tête de ce Vo
lume une Préface dans laquelle il a fait
l'éloge de M. Gauthier..
Il commença l'an 1672. de concert
avec M. Blondeau , à recueillir les prin-
cipales Décisions de tous les Parlemens
et Cours Superieures du Royaume ,
au Public
2
ils
travaillerent à ce grand Ouvrage , si utile
Sous le Titre de Journal du
Palais , et le dédierent à Jean-Jacques de
Mesmes , Président au Parlement , Pere
"
de Jean Antoine de Mesmes , Premier
Président. Ils continuerent , et en firent
imprimer conjointement dix Volumes
in- 4. jusqu'à la mort de M- Gueret.
Celui- ci a encore augmenté les Arrêts-
Notables du Parlement , recueillis par
M. le Prestre , et réimprimés l'an 1679 .
il y a ajoûté des Notes très- sçavantes ,
et inseré plusieurs Pieces curieuses , en
tr'autres une Dissertation des Coûtu-
mes de France , composée pir Nicolas
Catherinot , Avocat du Roy au Baillia-
ge et Siege Présidial de Bourges , qui
étoit allié de M. le Prestre, M. Catheri
not en fait mention dans une feuille im-
primée , intitulée Le Journal du Parle
ment , dédiée à M. Gueret , dont nous
avons parlé ci-devant..
M..
JUIN.
1737.. 129T
M. Gueret plaida peu , mais il
très
occupé dans le Cabinet et travailla dans
ce genre avec beaucoup de succès. Il étoit
d'un goût excellent et avoit le discerne-
ment fin ; sa Critique étoit toûjours judi-
- cieuse , et sa conversation très agréable.
Il mérite sur tout d'être loüé par l'égalité
d'humeur que l'on vit toujours en lui ,
sans que les occupations sérieuses et pé-
nibles de sa Profession alterassent la
té de son esprit.
gaye.
Il avoit été un des premiers de l'Assem-
blée que l'Abbé d'Aubignac avoit formée
d'Esprits choisis , pour laquelle on de-
manda des Lettres Patentes afin de l'éri-
ger en Acadéinie ; il en fut le Secretaire
tant qu'elle dura , et y prononça entre au-
tres Pieces deux Discours Académiques ,
dont l'un a pour titre l'Orateur, et l'autre
Si l'Empire de l'Eloquence estplus grand que
celui de l'Amour. Ils sont tous deux insé-
rés dans un volume intitulé , Divers
Traités d'Histoire , de Morale et d'Elo-
quence , imprimé chés P. Esclassan , laß
1672.
M. Gueret fut recherché par toutes les
Personnes de mérite qui le connoissoient,
Il se maria en 1677. n'étant encore alors
âgé que de 26. ans Il eut de ce Mariage
trois fils , qui sont actuellement vivans ,
BI. Vol.
sçavoirs
1292 MERCURE DE FRANCE
sçavoir , N. P. Gueret , Curé de S. Paul
à Paris , un autre fils , qui a été Grand-
Vicaire de l'Evêque de Rhodez , et un
autre qui est au Service du Roy. Il mou-
rut le 22. Avril 1688. âgé de 47. ans.
On ne sçauroit assés bien exprimer avec
quel aplaudissement lefournal duPalais de
Mrs Blondeau et Gueret , a été reçû dans
le Public ; aussi ce Journal est il beau-
coup au- dessus de toutes les autres Com-
pilations d'Arrêts. Les deux Auteurs n'y
ont admis que les Décisions des plus il
lustres Tribunaux du Royaume ; ils ont
travaillé sur les Memoires des Avocats
qui avoient plaidé ou écrit, et quelquefois
sur les éclaircissemens et les instructions
que les Juges même leur ont donné. Ils
ont choisi les affaires les plus curieuses
et les plus importantes , les faits y sont
raportés clairement et avec ordre ; indé-
pendamment des moyens allegués par les
Défenseurs des Parties , ils ont eux-mê-
mes travaillé toutes les matieres , et les
questions y sont discutées méthodique-
ment et avec beaucoup d'érudition ; on
y trouve des Arrêts de tous les Parlemens
et autres Cours Superieures du Royau-
me , ils sont rangés suivant l'ordre des
dates ; il y en a seulement quelques - uns
dont les dates ne sont pas si certaines ,
II. Vol.
que
JUIN 1737.
1293
que l'on a mis à la fin du second volume ,
en un mot ce Journal est regardé com-
me un chef d'œuvre en ce genre.
Il y
en a déja eu quatre Editions , toutes qua-
tre faites à Paris. La premiere est en 12.
volumes in 4. dont les dix premiers fu-
rent donnés par Mrs Blondeau et Gueret,
conjointement ; sçavoir , le premier en
1672. le second et le troisiéme en 1673.
le quatrième en 1676. le cinquiéme en
1678. le sixième en 1679. le septième en
1681. le huitiéme en 1682. le neuvième
en 1684. le dixième en 1686. les deux
autres volumes furent donnés par M.
Blondeau seul,après la mort de M.Gueret;
sçavoir , le onzième en 1689. et le dou-
ziéme en 1695.
La seconde Edition de 1701. est en
deux volumes in folio. On y ajoûta trois
Tables , l'une des Questions , la seconde
des Matieres , et la troisiéme des noms
des Parties.
La troisiéme Edition de 1713. est aussi
en deux volumes in folio ; le premier
volume contient les Arrêts intervenus
depuis 1660. jusqu'en 1678. le second
contient les Arrêts intervenus depuis
1679. jusqu'en 1700 .
La quatriéme Edition vient de paroî-
tre au commencement de cette année
II. Vol.
1737.
1294 MERCURE DE FRANCE
1737. elle est aussi en deux volumes in
folio et dans le même ordre que la préce
dente , sans aucun changement.
ARRESTS DE M. AUGEAR D
M. Mathieu Augeard , ancien Avocat
au Parlement , reçû le 26. Novembre
1703. a aussi donné au Public un Jour-
nal de Jurisprudence Françoise , qui est
intitulé, Arrêts Notables des differens Tri-
bunaux du Royaume sur plusieurs Questions
importantes de Droit Civil, de Coûtume, de
Discipline Ecclesiastique et de Droit Public.
Il y en a trois volumes in 4. qu'il a
donnés en differens temps ; le premier
en 1710. le second en 1713. et le troisié--
me en 1718. il n'y en a encore eu que
cette Edition .
Le premier volume contient des Ar
rêts intervenus depuis le 29. Mars 1696.
jusqu'au 5. Juin 1709. Le second com-
mence au 15. Juillet 163 1. et finit au´s.
Août 1710. et le troisiéme commence au
25. Janvier 1650. et finit au 14. Août
1710.
Lorsque ce Recueil d'Arrêts parut , il
servoit de Suplément au Journal des
Audiences et à celui du Palais , parce
qu'il commence à peu près où finissoient
ces deux Journaux.
II Vol
L'ev
JUIN.
1737.
129.5
Le dernier tome du Journal des Au-
diences , que M. Nupied a depuis don-
né au Public , forme un Suplément plus
complet pour ces deux Journaux et par-
ticulierement pour le Journal des Aur
diences. Mais comme ce dernier volume
du Journal des Audiences ne comprend
que des Arrêts du Parlement de Paris
et que le Journal du Palais comprend
des Arrêts de toutes les Cours Souverai-
nes du Royaume , le Recueil de M. Au-
geard , qui comprend aussi des Arrêts de
tous les Parlemens , sert encore à cet
égard de Suplément au Journal du Palais.
Le Recueil d'Arrêts de M. Augeard est
utile et estimé ; il y a néanmoins un dé-
faut dans la disposition de cet Ouvrage,
c'est que l'ordre des dates n'y est observé
que pour chaque volume en particulier,
et non par raport aux trois volumes ,
que dans le second et le troisiéme tome
il y a des Arrêts des mêmes années com-
prises dans le premier , et de même par
raport au second volume , ensorte que
pour y trouver un Arrêt dont la date est
entre les années 1696. et 1709. il faut
le chercher dans les trois volumes , par-
ce que dans tous les trois il y a des Ar-
rêts de ces mêmes années ; ce qui vient
de ce que l'Auteur a donné chaque vo-
11. Vol.
et
lunne
1296 MERCURE DE FRANCE
lume à mesure qu'il a eû de la matiere
pour le former , et que quand il a donné
le second et le troisième , il a repassé sur
les temps compris dans le premier et le
second , parce qu'il avoit retrouvé quel-
ques Arrêts des mêmes années qu'il avoit
déja comprises dans le précedent volume.
Il seroit facile de remedier à cet incon-
venient , en refondant les trois volumes.
ensemble et en rangeant les Arrêts exac-
tement suivant leurs dates , lorsqu'on fe-
ra une nouvelle Edition de cet Ouvrage,
qui le mérite bien.
Fermer
2788
p. 1298-1315
VII. LETTRE de M. D. L. R. écrite à M. Maillart, ancien Avocat au Parlement, sur quelques Sujets de Litterature.
Début :
Vous sçavez, Monsieur, que la hardiesse et un esprit de curiosité, [...]
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texteReconnaissance textuelle : VII. LETTRE de M. D. L. R. écrite à M. Maillart, ancien Avocat au Parlement, sur quelques Sujets de Litterature.
VII. LETTRE de M. D. L. R.
écrite à M. Maillart, ancien Avocat
au Parlement, sur quelques Sujets de
Litterature.
Vous sçavez, Monsieur, que la hardiesse
et un esprit de curiosité,
poussés quelquefois au- delà des bornes ,
II Vol.
for:
JUIN.
1737.
1299 .
font une partie du génie de notre Na-
tion. Les François veulent tout voir ,
tout sçavoir par eux- mêmes , les choses
sur tout qui offrent un grand Spectacle ,
sans s'embarasser du péril , s'il y en a , à
contenter leur curiosité. Jusqu'ici nos
Voyageurs les plus hardis croyoient avoir
beaucoup fait de visiter les principales
Mosquées des grandes Villes de l'Empire
Turc , en prenant les occasions favora-
bles , les précautions nécessaires , dont la
plus indispensable , après la paye de l'In
troducteur , est de ne jamais tenter l'a-
vanture , que lorsque ces Temples sont
déserts,avant ou après le temps de la Prie-
re publique, On sçait ce qui pensa en coû
ter à N. Grelot, Voyageur du Levant des
plusestimables,quand il entreprit de lever
tous les Plans de l'Interieur de sainte So-
phie de Constantinople , et combien il
s'estima heureux d'en être quitte pour
une grêle de coups de Papouches ou Pan-
toufles Turques, et pour un torrent d'in-
jures ; ceremonie avec laquelle il fut re-
reconduit jusqu'à la derniere porte de ce
* Son Livre est intitulé , Relation nouvelle d'un
Voyage de Constantinople , enrichie de Plans , le-
és par l'Auteur , &c. 1. Vol in 4. de 306. pages.
A Paris , chés la veuve de D. Foucault , 1680,
Il est devenu fort rare,
II. Vol.
fameux
1300 MERCURE DE FRANCE
fameux Temple. Il faut lire l'avanture
dans le Livre même , qui est d'ailleurs un
bon Livre.
Mais nous n'avions point encore vû de
François assés hardi , pour ne pas dire
téméraire , pour entreprendre d'entrer
dans le Temple de sainte Sophie , et d'as-
sister à la Priere publique dans une des
plus grandes Solemnités du Mahométis-
me, honorée encore de la présence du G.S.
accompagné de toute sa Cour, &c. C'est
cependant , Monsieur , ce qui est enfin
arrivé , comme vous l'allez voir dans le
Narré qui suit. Je l'ai trouvé parmi les
papiers de feu M. Desroches, qui , com.
me vous sçavez , me sont nouvellement
arrivés de Constantinople. Je n'ai pas be
soin d'autre garant de la vérité du fait ,
étant d'ailleurs déja instruit de ce fait , et
connoissant par moi -même les Acteurs
que je vais mettre sur la Scene. Voici le
Narré en question .
Il y avoit long- temps que nous avions
envie de voir sainte Sophie une des nuits
du Ramazan, Carême des Turcs pendant
qu'on y fait Lakicham Namas , ou la se-
conde Priere du soir. Ce que nous en ra
portoient les Turcs , augmentoit notre
curiosité , et nous n'étions retenus pour
la satisfaire , que par l'impossibilité où
11. Vol.
nous
UIN.
1737.
1301
nous avions été jusqu'ici d'en trouver un
assés hardi pour nous y conduire. Nous
trouvâmes enfin fort heureusement no-
tre fait.Un Jannissaire de nos amis,brave
comme un César , prudent comme un
Ulysse, et sur le tout notre Barbier, s'of-
frit à nous , et nous rendit la chose plus
aisée que nous ne l'avions crû d'abord, en
nous menant souper chés un Grand Sei-
gneur de notre connoissance, qui le prote-
geoit et qui nous donna un homme de
confiance , un Dervich et quatre autres
de ses Gens, afin que nous fussions moins
remarqués dans le nombre.
Après le soupé , et qu'on nous eut don-
né les instructions nécessaires pour faire
la Priere , pour diriger notre marche , en
marchant les pieds cagneux , et pour
quitter , reprendre et porter nos Papou-
ches à l'entrée, à la sortie et pendant que
nous serions dans la Mosquée , nous en
prîmes fort modestement le chemin .
M.... étoit déguisé en habit de Der-
vich , et bien nous en prit. Outre ung
ceinture de cuir
و
relevée d'un gros
bouton de cristal er un prodigieux Čha-
pelet , il affectoit un air de modestie et de
componction qui semble être naturel à
cette espece de Moines. Pour M .... il
avoit caché ses cheveux sous un immense
11. Vol.
Turban
1302 MERCURE DE FRANCE
Turban d'Effendi , et il en avoit pris les
habits ; pour moi , on jugea à ma dé-
marche trop libre que je serois moins
soupçonné , étant habillé en Jannissaire.
Nous nous rendîmes donc en cet équi
page à la Porte de Sainte Sophie.
Il y
avoit ce soir là des Gens du Serrail qui
en défendoient l entrée , parce qu'étant
le dernier Vendredi du Kamazan , et le
Grand Seigneur , et tous les Grands de
l'Empire devant s'y trouver , on y jet-
toit de l'argent au Peuple , de maniere
que le concours y étoit extraordinaire.
Bien nous prit , comme je l'ai déja
dit , que M.... fut habillé en Dervich,
sans cette circonstance nous n'aurions
pas été plus privilegiés que les autres ;
mais comme il étoit à notre tête mar-
motant quelques paroles de l'Alcoran ,
on craignit sans doute de s'attirer la ma-
lediction du Ciel , si on repoussoit un
Dervich si respectable par le sacrifice
qu'il avoit fait à Dieu de sajeunesse. En-
ez , lui dit-on , vous et votre compagnie
dans le Temple de la Sagesse. Le Roy des
Rois est trop juste pour en refuserl'entrée aux
Anges du Seigneur. Il remercia son In-
troducteur en levant les yeux vers le
Ciel, il entra , et nous le suivîmes le plus
modestement qu'il nous fut possible ,
II. Vol.
après
JUIN.
1737.
1303
après avoir quitté nos Papouches à la
Porte ,les avoir prises de la main droite ,
et avoir croisé pardevant nos Pelisses , ou
Robes fourées , de la main gauche.
Nous fumes saisis un instant après
d'admiration et de crainte , car ce ne fut
que lorsque nous nous trouvâmes au mi-
lieu de la Mosquée , exposés à la vûë du
Grand Seigneur , et de tout ce qu'il y a
de plus considerable dans Constantino-
ple , que nous connûmes le peril où no-
tre curiosité nous avoit engagés ; mais
ne pouvant plus reculer , il fallut payer
d'effronterie , et notre Conducteur ayant
commencé de marcher , nous fimes plu-
sieurs tours dans la Mosquée , et dans
les trois Galeries, en quoi, nous nous ex-
posâmes d'autant plus que M..... et
moi , qui n'avions point de moustaches,
étions fort examinés ; nous fûmes ensui-
te nous mettre à genoux les jambes croi-
sées comme les Tailleurs , au milieu de
la Mosquée , où nous eumes le loisir de
satisfaire notre curiosité , et c'est de- là
que je vis les choses que je vais vous ra-
porter.
Le vaste Vaisseau de Sainte Sophie étoit
si fort illuminé qu'il pouvoit y avoir so.
mille Lampions au moins ; mais il n'y
avoit que deux gros Cierges dans le Sanc-
II. Vol.
Ctuaire
1304 MERCURE DE FRANCE
tuaire à côté d'une espece d'Autel, sur
lequel étoit aparamment l'Alcoran , car
j'y vis sur un Pupitre un Livre ouvert ,
écrit à la main , et grand in -folio. La
Chaire du Monfii , ou Premier Ministre
de la Religion , étoit aussi fort illumi
née , et on avoit suspendu vis à vis une
maniere de Lustre dont les Lampions
étoient disposés de maniere qu'ils for-
moient les Caracteres Turcs qui compo-
sent le nom de DIEU. Il y avoit aussi
environ 1000. Tentes , qui contenoient
chacune depuis 3. jusqu'à sept Person-
nes, Elles étoient occupées par des Dé-
vots , entretenus aux dépens de la Mos-
quée , et qui n'en sortoient jamais que
pour des nécessités indispensables. Ils se
relevoient tour à tour pour prier Dieu ;
ce qu'ils faisoient en se dandinant et en
branlant continuellement la tête; ou bien
ils étoient comme ravis en extase ,
en
fixant les yeux sur quelque objer. Outre
ceux-ci , on voyoit encore des Santons
ou especes d'Hermites , distribués en dif-
ferens Endroits , et qui rencherissent par
la bizarrerie de leu.s habits , ou par l'ex-
travagance de leurs postures , sur nos
Arlequins Ici , l'un écumoit à force d'a-
voir prononcé avec vehemence , et du
fond de la poitrine, le mot Allah , DIEU.
11. Vol,
Là
JUIN.
1737.
1305
Là, on en voyoit un autre qui , les bras
aussi étendus qu'il pouvoit , regardoit
vers le Ciel d'un oeil menaçant. Ailleurs,
l'un avoit la tête baissée , les bras croisés
sur sa poitrine , et la vûë fixée à terre ;
Plus loin , un autre apuyé contre une
colonne ,s'occupoit à baiser humblement
les pieds et le bas de la Robe de ceux qui
passoient. Enfin il y avoit tant de pos-
tures et d'attitudes differentes , qu'il fau-
droit un Livre entier pour en décrire la´
varieté et le ridicule , ou pour mieux di-
re , il faut les voit pour s'en faire une
juste idée.
Mais le moment de la Priere étant ve-
nu , le Moufti , du haut de sa Chaire
fut le premier à la commencer. Le Grand
Seigneur , accompagné du Selictar , ou
Grand Ecuyer , du Kislar Agassi , Chef
des Eunuques noirs , et du Kapon Agas-
si, Chef des Eunuques blancs, le suivit,
et tout le Monde se prépara a l'imiter.
Ensuite de quoi un cri terrible de toute
l'Assemblée , qui fit retentir la voûte, et
nous surprit d'autant plus que nous n'y
étions pas préparés , en annonça le com-
mencement.
Alors nous mîmes en pratique les le-
çons qu'on nous avoit données , et nous
nous en acquitâmes si bien , que ceux
11, Vol.
Cap 15
'qu'
11300
qui nous avoient peut-être soupçonnés
de n'être point Turcs , s'en repentirent
interieurement , et quelques-uns même
sortirent de la Mosquée pour s'aller pur-
ger par une ablution du peché , qu'ils
croyoient avoir commis , par ce doute ;
du moins un Effendi , ou Homme de
Loy , à qui nous en avons parlé depuis ,
nous a-t-il confirmés dans cette pensée,
Mais comme nous étions dans le fort
et dans la chaleur de la Priere , que nous
nous prosternions plusieurs fois à terre
nous relevant toujours la face tournée
vers l'Orient , tant de mouvemens , qui
tenoient un peu de la convulsion , firent
délier la Sesse du Turban de M....
il y porta d'abord les mains pour la ra-
commoder , mais tous les differens tours
qu'il faut faire avec cette Mousseline
l'embarassant , il n'en put venir à bout.
D'un autre côté nous n'osions interom-
pre notre prétendue Priere pour l'aider ,
ce qui nous jettoit dans une situation ter-
rible , aprehendant toujours que ses che-
veux , en se découvrant, ne nous décou-
vrissent aussi.Heureusement un Homme
de Loy , qui étoit derriere lui , nous tira
de cet embaras , en la lui racommodant
charitablement. La Sesse est une piece de
Mousseline qui forme le Turban par ses
differens tours &c.
Echapés
JUIN 1737.
1307
Echapés que nous fumes de ce danger,
nous en courûmes un bien plus grand.
Ce fut en sortant de la Mosquée , que
le Grand Visir , sans autre suite que cel-
de quatre Hassekis , ou Chefs d'une Bri
gade de Bostangis , dont deux portoient
de grands fanaux , se trouva , sans que
personne s'en fût aperçu , au milieu de
nous. Cet aspect nous troubla ; les Turcs
même , qui étoient avec nous , en furent
effrayés ; et , pour dire la verité , nous
ne faisions pas trop bonne contenance
lorsque le Grand Visir fit arrêter ses Gens,
et après nous avoir examiné des pieds
jusqu'à la tête ' , mais particulierement
M.... il demanda tout haut à un de
ceux qui le suivoient , s'il ne connoissoit
pas ce Dervich ? Celui- ci lui ayant ré-
pondu que non : Sifait bien moi , repli-
qua le Visir , je le connois , et sa phisiono-
mie ne me trompe pas. Après quoi il con
tinua son chemin , et nous gagnâmes
au plus vite une des Portes de la Mos-
quée.
Le dessein qué nous avions d'abord
projetté d'aller à celle de Sultan Achmet,
n'eut point lieu. Nous étions trop allar-
més pour affronter de nouveaux dangers ;
nous sortimes donc de Sainte Sophie ,
dans la resolution de nous en retourner,
11. Vol.
Cij
et
1308 MERCURE DE FRANCE
et pour cet effet nous prîmes le chemin
de l'Echelle de Bakché Kapoussi, ou Por-
te du Jardin , mais nous n'étions pas
quittes de toutes nos frayeurs. Des Bos-
tangis , Gardes des Maisons Royales
,
que nous trouvions dans tous les coins
des rues où nous passions , et qui nous
suivcient , en observant nos démarches,
les augmentelent. Nous doublâmes pour-
tant si bien le pas , que nous gagnâmes
P'Echelle,et nous nous embarquâmes tous
dans un même Caïque , sans que person-
ne y mit aucune oposition . Nous ordon-
nâmes à nos Bâteliers de nous conduire
à Tophana , ou à l'Arsenal , et nous
étions prêts d'aborder à cette derniere
Echelle , lorsqu'un Bâteau de 7. paires
de rames vint sur nous. Nous n'avions
pas encore eu le temps de nous recon-
noître qu'il nous aborda , et deux Per-
sonnes , l'une desquelles étoit le Reïs, ou
Patron du Bâteau du Grand Visir , et
l'autre un Eunuque de ce Ministre , sau-
terent dans notre Caïque , et penserent
le renverser. Nous ne sçavions ce qu'ils
vouloient , ni de la part de qui ils ve-
noient , mais comme nous étions abîmés
dans nos réflexions , et que nous crai-
gnions d'ailleurs de nous découvrir , si
nous parlions, personne n'en cut le cou
II. Vol.
rage
JUIN.
1737.
tage, et nous les laissâmes faire.
coup d'attention , Mrs ...
1309
Ils examinerent d'abord , avec beau-
mais
quand ils furent venus à moi , ( c'est jus-
tement , dirent-ils , l'Homme que nous
cherchons. ) Comment , Coquin , con-
tinuerent- ils , mener des Femmes dégui-
sées , et en temps de Ramazan , allons ,
il faut venir chés le Grand Visir. A ce
mot de Femmes , qui nous fit connoître
qu'on nous prenoit pour des Turcs ,
nous fumes tout rassurés. Nos Turcs ce-
pendant y regardant de plus près , et
voyant bien que je n'avois point de che-
veux , mais bien du poil au menton
nous firent des excuses de leur méprise ,
et s'en retournerent heureusement pour
eux , car il étoit déja accouru plus de
·500. Topdgis , ou Canoniers , à l'Echelle
de Tophana , qui se seroient jettés à la
la Mer pour nous secourir à la moindre
insulte qu'on nous auroit faire , nous
prenant pour être de leurs Camarades ,
parce que l'Homme de confiance que
nous avions avec nous, et dont ils avoient.
entendu la voix , étoit effectivement un
de leurs Officiers ; ce fut- là , Dieu mer
ci, le dernier des perils que nous coûtu-
mes; nous mîmes pied à terre,et nous nous
retirâmes sains et saufs chacun chés soi ,
II. Vol.
Ciiij
bien
1310 MERCURE DE FRANCE
blen-heureux d'en avoir été quittes pour
la peur, car si on nous eut reconnu quand
nous étions dans Sainte Sophie , ou la
Populace nous auroit assommés sur le
champ , ou si nous étions échapés de ses
mains , il n'y avoit toujours qu'à choisir,
ou de perdre la tête , ou de se faire
Mahometan .
La réflexion qu'il est naturel de faire
sur les differens dangers que nous cou-
rumes , c'est que le Grand Visir
qui
reconnut sans doute M..... comme
ayant été un Drogman , ou Interprete ,
fort employé sous M. le Marquis de …… .
voulut seulement lui faire peur , lors-
qu'il dit tout haut qu'il le connoissoit
bien ; et qu'il passa outre ; et que les
Bostangis , que nous trouvions dans les
ruës , et qui nous examinoient tant ,
avoient effectivement été postés pour em
pêcher qu'il ne se glissât des Femmes dé-
guisées dans la Mosquée , comme cela
arrive quelquefois; et qu'ils ne nous sui-
virent que parce qu'à notre démarche
embarassée , ils crurent qu'il y en avoit
parmi nous , ce qui les engagea à en-
voyer un Caïque après le nôtre , pour
éclaircir leurs soupçons.
A ce recit, qui ne vous aura sans dou
te point ennuyé, trouvez bon, Monsieur,
II. Vol..
que
JUIN.
1737
1312
que j'ajoûte deux ou trois Observations,
La premiere est que M. Desroches n'é-
toit point de cette Partie , et qu'il n'y a
eu d'autre part que celle de la Narration
abregée , et mise dans le stile que vous
venez de voir , d'après un Mémoire plus
ample donné par ces Messieurs.
Ces derniers risquerent assurément
beaucoup , mais ils étoient jeunes , et
curieux. On doit dans la rencontre du
Grand Visir considerer particulierement
la bonté , ou plûtôt la prudence et la po-
litique de ce Premier Ministre , qui re
connut aisément une Personne qu'il
voyoit souvent dans son Palais , mais qui
aima mieux dissimuler que de faire une
affaire d'éclat et de Religion' , dont les
suites pouvoient être fâcheuses , & c.
Passons à un autre sujet.Vous sçavez,
par ma derniere lettre , que sous l'Am-
bassade du Vicomte d'Andrezel , Mon-
sieur Desroches fut chargé d'une Com-
mission importante pour l'Echelle de Sa
lonique , et que cette Ville , autrefois cé-
lebre sous le nom de Tessalonique , est
encore la Capitale de toute la Macedoi-
ne. Notre Ami , en partant de Constan-
tinople , s'étoit bien proposé de profiter
de l'occasion , pour parcourir toute cette
grande Province , à l'avantage de la Lit-
II. Vola
Cv terature,
1312 MERCURE DE FRANCE
terature , et sur tout de l'Antiquariat.
C'est ce qu'il me paroît avoir très bien
execute;car dans le triage et dans l'arran-
gement que j'ai faitde ses Papiers j'ai trou
vé de quoi remplir un Porte- feüille en-
tier de toutes sesObservations &c, surSa
lonique et la Macedoine. J'ai mis à la tête
de tout ce Recueil le Passeport original ,
écrit en Turc du Pacha , Gouverneur de
la Province , qui étoit alors à Constanti-
Rople , et dont M. D. R. trouva à pro-
pos de se munir avant son départ. Com-
me cette Piece peut avoir sa curiosité , et
que je présume que vous n'en avez pas
encore vû de cette espece , en voici une
Traduction exacte:
PASSE PORT du Pacha
de Salonique.
A tous les Docteurs, Grands Etendars
de la Loy, Modeles des Vertus, Seigneurs
Cadis , qui sont en Charge depuis le
Seuil de Félicité jusqu'à Salonique, que
vos vertus soyent multipliées , et vous
la gloire et l'ornement de vos égaux ; les
Commandans des Janissaires , Grands
Officiers des Provinces , et Autres qu'il
apartiendra , qui sont sur la même rou-
te que vos Dignités soyent augmentées..
2
La Cour du Grand Seigneur.
Iilt Vol..
Nous
JUIN.
1737
7313'
Nous vous faisons sçavoir que le Gentil-
homme , Porteur de ce present Ordre ,
nommé Pierre Desroches , l'un des Offi-
Hers de l'Ambassadeur de Francé au même
Seüil de Félicité, étant obligé d'aller à Sa-
lonique pour quelques affaires,après la fin
desquelles il doit revenir ici , ledit Ordre:
lui a été expedié, afin que, lorsqu'il vous
sera presenté,vous aportiez tous vos soins'
à empêcher quesur toute la route, tant en
allant qu'en revenant , personne ne l'in-
quiete ; ni le fasse inquieter, qu'il fut soit
au contraire donné toute liberté d'aller et
de venir en sûreté , ainsi qu'aux trois
Domestiques qui sont à sa suite , et au
Janissaire qui l'accompagne pour sa gare
de. C'est ce que nous esperons de vos.
soins et de vos attentions , qui doivent
contribuer à son heureux voyage. Don-
né le 26. de la Lune de Rebiuleuvel , l'An
1139. C'est-à- dire le zo . Novembre 1726.
Les mots suivans sont écrits dans le
Sceau du Pacha , qui se nomme Maho
met, dont l'empreinte est sur l'Origi
nal : Vous êtes le Dispensateur des secours
que vous accordez à Mahomet dans son
Etat et dans le temps.
Je finirai ma Lettre par un échantil-
lon de la curiosité et de la sagacité de
M. Desroches , en raportant ici l'une des
II. Vol
Cvj
Inscrip
1314 MERCURE DE FRANCE
Inscriptions Grecques qu'il a recueillies
dans ce voyage , telle que je la trouve en
ouvrant au hazard le Porte - feuille en
question , accompagnée d'un petit Cont
mentaire de sa façon.
ΠΟΛΕΙΤΑΡΧΟΥΝΤΩΝ, ΣΩΣΙΠΑΤΡΟΥ,
ΤΟΥ , ΚΛΕΟΠΑΤΡΑΣ , ΚΑΙ , ΛΟΥΚΙΟΥ,
ΠΟΝΤΙΟΥ , ΣΕΚΟ ΔΟΥΙΟΥ , ΑΥΟΥ ,
ΛΟΥΙΟΝ , ΣΑΒΕΙΝΟΥ , ΔΗΜΗΤΡΙΟΥ
ΤΟΥ , ΦΑΥΣΤΟΥ , ΔΗΜΗΤΡΙΟΥ , ΤΟΥ
ΝΕΙΚΟΠΟΛΕΟΣ , ΖΟΛΟΥ ΤΟΥ , ΠΑΡΜΕ
,
ΝΙΟΝΟΣ, ΤΟΥ , ΚΑΙΜΕΝΙΣΚΟΥ, ΓΑΛΟΥ ,
ΑΤΙΛΛΗΙΟΥ , ΠΟΤΕΙΤΟΥ , ΤΑΜΙΟΥ ,
ΤΗΣ,ΠΟΛΕΟΣ, ΤΑΙΡΟΥ , ΤΟΥ ΑΜΜΙΑΣ ,
ΤΟΥ , ΚΑΙΡΙΛΟΥ , ΓΥΜΝΑΣΙΑΡΚΟΥΝ
ΤΟΣ , ΤΑΙΡΟΥ , ΤΟΥ , ΚΑΙ ΡΗΓΛΟΥ .
En entrant à Salonique par la Porte
du Verdar, ) c'est M. Desroches qui par
le ) on trouve à droite sur le Jambage
de la seconde Porte , car il y en a deux ,
une grande Pierre avec l'Inscription cy-
dessus , à laquelle il ne manquoit rien ,.
du moins à ce qu'il m'a paru , et que j'at
copiée lettre pour lettre , et ligne pour
ligne. Cette Inscription ne contenant
presque que des noms propres , il est
difficile d'en tirer un sens bien clair :
mais ce que je vais ajoûter servira peut-
être à fonder quelques conjectures. Sur .
II. Vol .
BAG
JUIN
1737.
1315
une autre Pierre de ce même Jambage ,
du côté qui est en face quand on entre
›
il y a unCheval qu'un jeune Garçon tient
par la bride , et un Homme debout qui
paroît s'apuyer du dos contre ce Cheval:
.
et sur l'autre Jambage de cette Porte il
y a précisément les mêmes figures posées
en symétrie, à la même hauteur ; c'est
à - dire , environ à trois pieds de terre :
et toutes ces Figures , quoique mutilées,
font encore voir qu'elles ne sont pas sor-
ties d'une mauvaise main. Peut être y
avoit il autrefois à cette Porte , ou aux
environs , quelque Place , où quelque-
Lieu pour l'exercice des Chevaux com-
me le mot de ΓΥΜΝΑΣΙΑΡΚΟΥΝΤΟΣ
semble l'insinuer , et que tous ceux dont
les noms sont cités dans cette Inscrip
tion s'y étoient distingués , & c.
Je suis , Monsieur , & c.
écrite à M. Maillart, ancien Avocat
au Parlement, sur quelques Sujets de
Litterature.
Vous sçavez, Monsieur, que la hardiesse
et un esprit de curiosité,
poussés quelquefois au- delà des bornes ,
II Vol.
for:
JUIN.
1737.
1299 .
font une partie du génie de notre Na-
tion. Les François veulent tout voir ,
tout sçavoir par eux- mêmes , les choses
sur tout qui offrent un grand Spectacle ,
sans s'embarasser du péril , s'il y en a , à
contenter leur curiosité. Jusqu'ici nos
Voyageurs les plus hardis croyoient avoir
beaucoup fait de visiter les principales
Mosquées des grandes Villes de l'Empire
Turc , en prenant les occasions favora-
bles , les précautions nécessaires , dont la
plus indispensable , après la paye de l'In
troducteur , est de ne jamais tenter l'a-
vanture , que lorsque ces Temples sont
déserts,avant ou après le temps de la Prie-
re publique, On sçait ce qui pensa en coû
ter à N. Grelot, Voyageur du Levant des
plusestimables,quand il entreprit de lever
tous les Plans de l'Interieur de sainte So-
phie de Constantinople , et combien il
s'estima heureux d'en être quitte pour
une grêle de coups de Papouches ou Pan-
toufles Turques, et pour un torrent d'in-
jures ; ceremonie avec laquelle il fut re-
reconduit jusqu'à la derniere porte de ce
* Son Livre est intitulé , Relation nouvelle d'un
Voyage de Constantinople , enrichie de Plans , le-
és par l'Auteur , &c. 1. Vol in 4. de 306. pages.
A Paris , chés la veuve de D. Foucault , 1680,
Il est devenu fort rare,
II. Vol.
fameux
1300 MERCURE DE FRANCE
fameux Temple. Il faut lire l'avanture
dans le Livre même , qui est d'ailleurs un
bon Livre.
Mais nous n'avions point encore vû de
François assés hardi , pour ne pas dire
téméraire , pour entreprendre d'entrer
dans le Temple de sainte Sophie , et d'as-
sister à la Priere publique dans une des
plus grandes Solemnités du Mahométis-
me, honorée encore de la présence du G.S.
accompagné de toute sa Cour, &c. C'est
cependant , Monsieur , ce qui est enfin
arrivé , comme vous l'allez voir dans le
Narré qui suit. Je l'ai trouvé parmi les
papiers de feu M. Desroches, qui , com.
me vous sçavez , me sont nouvellement
arrivés de Constantinople. Je n'ai pas be
soin d'autre garant de la vérité du fait ,
étant d'ailleurs déja instruit de ce fait , et
connoissant par moi -même les Acteurs
que je vais mettre sur la Scene. Voici le
Narré en question .
Il y avoit long- temps que nous avions
envie de voir sainte Sophie une des nuits
du Ramazan, Carême des Turcs pendant
qu'on y fait Lakicham Namas , ou la se-
conde Priere du soir. Ce que nous en ra
portoient les Turcs , augmentoit notre
curiosité , et nous n'étions retenus pour
la satisfaire , que par l'impossibilité où
11. Vol.
nous
UIN.
1737.
1301
nous avions été jusqu'ici d'en trouver un
assés hardi pour nous y conduire. Nous
trouvâmes enfin fort heureusement no-
tre fait.Un Jannissaire de nos amis,brave
comme un César , prudent comme un
Ulysse, et sur le tout notre Barbier, s'of-
frit à nous , et nous rendit la chose plus
aisée que nous ne l'avions crû d'abord, en
nous menant souper chés un Grand Sei-
gneur de notre connoissance, qui le prote-
geoit et qui nous donna un homme de
confiance , un Dervich et quatre autres
de ses Gens, afin que nous fussions moins
remarqués dans le nombre.
Après le soupé , et qu'on nous eut don-
né les instructions nécessaires pour faire
la Priere , pour diriger notre marche , en
marchant les pieds cagneux , et pour
quitter , reprendre et porter nos Papou-
ches à l'entrée, à la sortie et pendant que
nous serions dans la Mosquée , nous en
prîmes fort modestement le chemin .
M.... étoit déguisé en habit de Der-
vich , et bien nous en prit. Outre ung
ceinture de cuir
و
relevée d'un gros
bouton de cristal er un prodigieux Čha-
pelet , il affectoit un air de modestie et de
componction qui semble être naturel à
cette espece de Moines. Pour M .... il
avoit caché ses cheveux sous un immense
11. Vol.
Turban
1302 MERCURE DE FRANCE
Turban d'Effendi , et il en avoit pris les
habits ; pour moi , on jugea à ma dé-
marche trop libre que je serois moins
soupçonné , étant habillé en Jannissaire.
Nous nous rendîmes donc en cet équi
page à la Porte de Sainte Sophie.
Il y
avoit ce soir là des Gens du Serrail qui
en défendoient l entrée , parce qu'étant
le dernier Vendredi du Kamazan , et le
Grand Seigneur , et tous les Grands de
l'Empire devant s'y trouver , on y jet-
toit de l'argent au Peuple , de maniere
que le concours y étoit extraordinaire.
Bien nous prit , comme je l'ai déja
dit , que M.... fut habillé en Dervich,
sans cette circonstance nous n'aurions
pas été plus privilegiés que les autres ;
mais comme il étoit à notre tête mar-
motant quelques paroles de l'Alcoran ,
on craignit sans doute de s'attirer la ma-
lediction du Ciel , si on repoussoit un
Dervich si respectable par le sacrifice
qu'il avoit fait à Dieu de sajeunesse. En-
ez , lui dit-on , vous et votre compagnie
dans le Temple de la Sagesse. Le Roy des
Rois est trop juste pour en refuserl'entrée aux
Anges du Seigneur. Il remercia son In-
troducteur en levant les yeux vers le
Ciel, il entra , et nous le suivîmes le plus
modestement qu'il nous fut possible ,
II. Vol.
après
JUIN.
1737.
1303
après avoir quitté nos Papouches à la
Porte ,les avoir prises de la main droite ,
et avoir croisé pardevant nos Pelisses , ou
Robes fourées , de la main gauche.
Nous fumes saisis un instant après
d'admiration et de crainte , car ce ne fut
que lorsque nous nous trouvâmes au mi-
lieu de la Mosquée , exposés à la vûë du
Grand Seigneur , et de tout ce qu'il y a
de plus considerable dans Constantino-
ple , que nous connûmes le peril où no-
tre curiosité nous avoit engagés ; mais
ne pouvant plus reculer , il fallut payer
d'effronterie , et notre Conducteur ayant
commencé de marcher , nous fimes plu-
sieurs tours dans la Mosquée , et dans
les trois Galeries, en quoi, nous nous ex-
posâmes d'autant plus que M..... et
moi , qui n'avions point de moustaches,
étions fort examinés ; nous fûmes ensui-
te nous mettre à genoux les jambes croi-
sées comme les Tailleurs , au milieu de
la Mosquée , où nous eumes le loisir de
satisfaire notre curiosité , et c'est de- là
que je vis les choses que je vais vous ra-
porter.
Le vaste Vaisseau de Sainte Sophie étoit
si fort illuminé qu'il pouvoit y avoir so.
mille Lampions au moins ; mais il n'y
avoit que deux gros Cierges dans le Sanc-
II. Vol.
Ctuaire
1304 MERCURE DE FRANCE
tuaire à côté d'une espece d'Autel, sur
lequel étoit aparamment l'Alcoran , car
j'y vis sur un Pupitre un Livre ouvert ,
écrit à la main , et grand in -folio. La
Chaire du Monfii , ou Premier Ministre
de la Religion , étoit aussi fort illumi
née , et on avoit suspendu vis à vis une
maniere de Lustre dont les Lampions
étoient disposés de maniere qu'ils for-
moient les Caracteres Turcs qui compo-
sent le nom de DIEU. Il y avoit aussi
environ 1000. Tentes , qui contenoient
chacune depuis 3. jusqu'à sept Person-
nes, Elles étoient occupées par des Dé-
vots , entretenus aux dépens de la Mos-
quée , et qui n'en sortoient jamais que
pour des nécessités indispensables. Ils se
relevoient tour à tour pour prier Dieu ;
ce qu'ils faisoient en se dandinant et en
branlant continuellement la tête; ou bien
ils étoient comme ravis en extase ,
en
fixant les yeux sur quelque objer. Outre
ceux-ci , on voyoit encore des Santons
ou especes d'Hermites , distribués en dif-
ferens Endroits , et qui rencherissent par
la bizarrerie de leu.s habits , ou par l'ex-
travagance de leurs postures , sur nos
Arlequins Ici , l'un écumoit à force d'a-
voir prononcé avec vehemence , et du
fond de la poitrine, le mot Allah , DIEU.
11. Vol,
Là
JUIN.
1737.
1305
Là, on en voyoit un autre qui , les bras
aussi étendus qu'il pouvoit , regardoit
vers le Ciel d'un oeil menaçant. Ailleurs,
l'un avoit la tête baissée , les bras croisés
sur sa poitrine , et la vûë fixée à terre ;
Plus loin , un autre apuyé contre une
colonne ,s'occupoit à baiser humblement
les pieds et le bas de la Robe de ceux qui
passoient. Enfin il y avoit tant de pos-
tures et d'attitudes differentes , qu'il fau-
droit un Livre entier pour en décrire la´
varieté et le ridicule , ou pour mieux di-
re , il faut les voit pour s'en faire une
juste idée.
Mais le moment de la Priere étant ve-
nu , le Moufti , du haut de sa Chaire
fut le premier à la commencer. Le Grand
Seigneur , accompagné du Selictar , ou
Grand Ecuyer , du Kislar Agassi , Chef
des Eunuques noirs , et du Kapon Agas-
si, Chef des Eunuques blancs, le suivit,
et tout le Monde se prépara a l'imiter.
Ensuite de quoi un cri terrible de toute
l'Assemblée , qui fit retentir la voûte, et
nous surprit d'autant plus que nous n'y
étions pas préparés , en annonça le com-
mencement.
Alors nous mîmes en pratique les le-
çons qu'on nous avoit données , et nous
nous en acquitâmes si bien , que ceux
11, Vol.
Cap 15
'qu'
11300
qui nous avoient peut-être soupçonnés
de n'être point Turcs , s'en repentirent
interieurement , et quelques-uns même
sortirent de la Mosquée pour s'aller pur-
ger par une ablution du peché , qu'ils
croyoient avoir commis , par ce doute ;
du moins un Effendi , ou Homme de
Loy , à qui nous en avons parlé depuis ,
nous a-t-il confirmés dans cette pensée,
Mais comme nous étions dans le fort
et dans la chaleur de la Priere , que nous
nous prosternions plusieurs fois à terre
nous relevant toujours la face tournée
vers l'Orient , tant de mouvemens , qui
tenoient un peu de la convulsion , firent
délier la Sesse du Turban de M....
il y porta d'abord les mains pour la ra-
commoder , mais tous les differens tours
qu'il faut faire avec cette Mousseline
l'embarassant , il n'en put venir à bout.
D'un autre côté nous n'osions interom-
pre notre prétendue Priere pour l'aider ,
ce qui nous jettoit dans une situation ter-
rible , aprehendant toujours que ses che-
veux , en se découvrant, ne nous décou-
vrissent aussi.Heureusement un Homme
de Loy , qui étoit derriere lui , nous tira
de cet embaras , en la lui racommodant
charitablement. La Sesse est une piece de
Mousseline qui forme le Turban par ses
differens tours &c.
Echapés
JUIN 1737.
1307
Echapés que nous fumes de ce danger,
nous en courûmes un bien plus grand.
Ce fut en sortant de la Mosquée , que
le Grand Visir , sans autre suite que cel-
de quatre Hassekis , ou Chefs d'une Bri
gade de Bostangis , dont deux portoient
de grands fanaux , se trouva , sans que
personne s'en fût aperçu , au milieu de
nous. Cet aspect nous troubla ; les Turcs
même , qui étoient avec nous , en furent
effrayés ; et , pour dire la verité , nous
ne faisions pas trop bonne contenance
lorsque le Grand Visir fit arrêter ses Gens,
et après nous avoir examiné des pieds
jusqu'à la tête ' , mais particulierement
M.... il demanda tout haut à un de
ceux qui le suivoient , s'il ne connoissoit
pas ce Dervich ? Celui- ci lui ayant ré-
pondu que non : Sifait bien moi , repli-
qua le Visir , je le connois , et sa phisiono-
mie ne me trompe pas. Après quoi il con
tinua son chemin , et nous gagnâmes
au plus vite une des Portes de la Mos-
quée.
Le dessein qué nous avions d'abord
projetté d'aller à celle de Sultan Achmet,
n'eut point lieu. Nous étions trop allar-
més pour affronter de nouveaux dangers ;
nous sortimes donc de Sainte Sophie ,
dans la resolution de nous en retourner,
11. Vol.
Cij
et
1308 MERCURE DE FRANCE
et pour cet effet nous prîmes le chemin
de l'Echelle de Bakché Kapoussi, ou Por-
te du Jardin , mais nous n'étions pas
quittes de toutes nos frayeurs. Des Bos-
tangis , Gardes des Maisons Royales
,
que nous trouvions dans tous les coins
des rues où nous passions , et qui nous
suivcient , en observant nos démarches,
les augmentelent. Nous doublâmes pour-
tant si bien le pas , que nous gagnâmes
P'Echelle,et nous nous embarquâmes tous
dans un même Caïque , sans que person-
ne y mit aucune oposition . Nous ordon-
nâmes à nos Bâteliers de nous conduire
à Tophana , ou à l'Arsenal , et nous
étions prêts d'aborder à cette derniere
Echelle , lorsqu'un Bâteau de 7. paires
de rames vint sur nous. Nous n'avions
pas encore eu le temps de nous recon-
noître qu'il nous aborda , et deux Per-
sonnes , l'une desquelles étoit le Reïs, ou
Patron du Bâteau du Grand Visir , et
l'autre un Eunuque de ce Ministre , sau-
terent dans notre Caïque , et penserent
le renverser. Nous ne sçavions ce qu'ils
vouloient , ni de la part de qui ils ve-
noient , mais comme nous étions abîmés
dans nos réflexions , et que nous crai-
gnions d'ailleurs de nous découvrir , si
nous parlions, personne n'en cut le cou
II. Vol.
rage
JUIN.
1737.
tage, et nous les laissâmes faire.
coup d'attention , Mrs ...
1309
Ils examinerent d'abord , avec beau-
mais
quand ils furent venus à moi , ( c'est jus-
tement , dirent-ils , l'Homme que nous
cherchons. ) Comment , Coquin , con-
tinuerent- ils , mener des Femmes dégui-
sées , et en temps de Ramazan , allons ,
il faut venir chés le Grand Visir. A ce
mot de Femmes , qui nous fit connoître
qu'on nous prenoit pour des Turcs ,
nous fumes tout rassurés. Nos Turcs ce-
pendant y regardant de plus près , et
voyant bien que je n'avois point de che-
veux , mais bien du poil au menton
nous firent des excuses de leur méprise ,
et s'en retournerent heureusement pour
eux , car il étoit déja accouru plus de
·500. Topdgis , ou Canoniers , à l'Echelle
de Tophana , qui se seroient jettés à la
la Mer pour nous secourir à la moindre
insulte qu'on nous auroit faire , nous
prenant pour être de leurs Camarades ,
parce que l'Homme de confiance que
nous avions avec nous, et dont ils avoient.
entendu la voix , étoit effectivement un
de leurs Officiers ; ce fut- là , Dieu mer
ci, le dernier des perils que nous coûtu-
mes; nous mîmes pied à terre,et nous nous
retirâmes sains et saufs chacun chés soi ,
II. Vol.
Ciiij
bien
1310 MERCURE DE FRANCE
blen-heureux d'en avoir été quittes pour
la peur, car si on nous eut reconnu quand
nous étions dans Sainte Sophie , ou la
Populace nous auroit assommés sur le
champ , ou si nous étions échapés de ses
mains , il n'y avoit toujours qu'à choisir,
ou de perdre la tête , ou de se faire
Mahometan .
La réflexion qu'il est naturel de faire
sur les differens dangers que nous cou-
rumes , c'est que le Grand Visir
qui
reconnut sans doute M..... comme
ayant été un Drogman , ou Interprete ,
fort employé sous M. le Marquis de …… .
voulut seulement lui faire peur , lors-
qu'il dit tout haut qu'il le connoissoit
bien ; et qu'il passa outre ; et que les
Bostangis , que nous trouvions dans les
ruës , et qui nous examinoient tant ,
avoient effectivement été postés pour em
pêcher qu'il ne se glissât des Femmes dé-
guisées dans la Mosquée , comme cela
arrive quelquefois; et qu'ils ne nous sui-
virent que parce qu'à notre démarche
embarassée , ils crurent qu'il y en avoit
parmi nous , ce qui les engagea à en-
voyer un Caïque après le nôtre , pour
éclaircir leurs soupçons.
A ce recit, qui ne vous aura sans dou
te point ennuyé, trouvez bon, Monsieur,
II. Vol..
que
JUIN.
1737
1312
que j'ajoûte deux ou trois Observations,
La premiere est que M. Desroches n'é-
toit point de cette Partie , et qu'il n'y a
eu d'autre part que celle de la Narration
abregée , et mise dans le stile que vous
venez de voir , d'après un Mémoire plus
ample donné par ces Messieurs.
Ces derniers risquerent assurément
beaucoup , mais ils étoient jeunes , et
curieux. On doit dans la rencontre du
Grand Visir considerer particulierement
la bonté , ou plûtôt la prudence et la po-
litique de ce Premier Ministre , qui re
connut aisément une Personne qu'il
voyoit souvent dans son Palais , mais qui
aima mieux dissimuler que de faire une
affaire d'éclat et de Religion' , dont les
suites pouvoient être fâcheuses , & c.
Passons à un autre sujet.Vous sçavez,
par ma derniere lettre , que sous l'Am-
bassade du Vicomte d'Andrezel , Mon-
sieur Desroches fut chargé d'une Com-
mission importante pour l'Echelle de Sa
lonique , et que cette Ville , autrefois cé-
lebre sous le nom de Tessalonique , est
encore la Capitale de toute la Macedoi-
ne. Notre Ami , en partant de Constan-
tinople , s'étoit bien proposé de profiter
de l'occasion , pour parcourir toute cette
grande Province , à l'avantage de la Lit-
II. Vola
Cv terature,
1312 MERCURE DE FRANCE
terature , et sur tout de l'Antiquariat.
C'est ce qu'il me paroît avoir très bien
execute;car dans le triage et dans l'arran-
gement que j'ai faitde ses Papiers j'ai trou
vé de quoi remplir un Porte- feüille en-
tier de toutes sesObservations &c, surSa
lonique et la Macedoine. J'ai mis à la tête
de tout ce Recueil le Passeport original ,
écrit en Turc du Pacha , Gouverneur de
la Province , qui étoit alors à Constanti-
Rople , et dont M. D. R. trouva à pro-
pos de se munir avant son départ. Com-
me cette Piece peut avoir sa curiosité , et
que je présume que vous n'en avez pas
encore vû de cette espece , en voici une
Traduction exacte:
PASSE PORT du Pacha
de Salonique.
A tous les Docteurs, Grands Etendars
de la Loy, Modeles des Vertus, Seigneurs
Cadis , qui sont en Charge depuis le
Seuil de Félicité jusqu'à Salonique, que
vos vertus soyent multipliées , et vous
la gloire et l'ornement de vos égaux ; les
Commandans des Janissaires , Grands
Officiers des Provinces , et Autres qu'il
apartiendra , qui sont sur la même rou-
te que vos Dignités soyent augmentées..
2
La Cour du Grand Seigneur.
Iilt Vol..
Nous
JUIN.
1737
7313'
Nous vous faisons sçavoir que le Gentil-
homme , Porteur de ce present Ordre ,
nommé Pierre Desroches , l'un des Offi-
Hers de l'Ambassadeur de Francé au même
Seüil de Félicité, étant obligé d'aller à Sa-
lonique pour quelques affaires,après la fin
desquelles il doit revenir ici , ledit Ordre:
lui a été expedié, afin que, lorsqu'il vous
sera presenté,vous aportiez tous vos soins'
à empêcher quesur toute la route, tant en
allant qu'en revenant , personne ne l'in-
quiete ; ni le fasse inquieter, qu'il fut soit
au contraire donné toute liberté d'aller et
de venir en sûreté , ainsi qu'aux trois
Domestiques qui sont à sa suite , et au
Janissaire qui l'accompagne pour sa gare
de. C'est ce que nous esperons de vos.
soins et de vos attentions , qui doivent
contribuer à son heureux voyage. Don-
né le 26. de la Lune de Rebiuleuvel , l'An
1139. C'est-à- dire le zo . Novembre 1726.
Les mots suivans sont écrits dans le
Sceau du Pacha , qui se nomme Maho
met, dont l'empreinte est sur l'Origi
nal : Vous êtes le Dispensateur des secours
que vous accordez à Mahomet dans son
Etat et dans le temps.
Je finirai ma Lettre par un échantil-
lon de la curiosité et de la sagacité de
M. Desroches , en raportant ici l'une des
II. Vol
Cvj
Inscrip
1314 MERCURE DE FRANCE
Inscriptions Grecques qu'il a recueillies
dans ce voyage , telle que je la trouve en
ouvrant au hazard le Porte - feuille en
question , accompagnée d'un petit Cont
mentaire de sa façon.
ΠΟΛΕΙΤΑΡΧΟΥΝΤΩΝ, ΣΩΣΙΠΑΤΡΟΥ,
ΤΟΥ , ΚΛΕΟΠΑΤΡΑΣ , ΚΑΙ , ΛΟΥΚΙΟΥ,
ΠΟΝΤΙΟΥ , ΣΕΚΟ ΔΟΥΙΟΥ , ΑΥΟΥ ,
ΛΟΥΙΟΝ , ΣΑΒΕΙΝΟΥ , ΔΗΜΗΤΡΙΟΥ
ΤΟΥ , ΦΑΥΣΤΟΥ , ΔΗΜΗΤΡΙΟΥ , ΤΟΥ
ΝΕΙΚΟΠΟΛΕΟΣ , ΖΟΛΟΥ ΤΟΥ , ΠΑΡΜΕ
,
ΝΙΟΝΟΣ, ΤΟΥ , ΚΑΙΜΕΝΙΣΚΟΥ, ΓΑΛΟΥ ,
ΑΤΙΛΛΗΙΟΥ , ΠΟΤΕΙΤΟΥ , ΤΑΜΙΟΥ ,
ΤΗΣ,ΠΟΛΕΟΣ, ΤΑΙΡΟΥ , ΤΟΥ ΑΜΜΙΑΣ ,
ΤΟΥ , ΚΑΙΡΙΛΟΥ , ΓΥΜΝΑΣΙΑΡΚΟΥΝ
ΤΟΣ , ΤΑΙΡΟΥ , ΤΟΥ , ΚΑΙ ΡΗΓΛΟΥ .
En entrant à Salonique par la Porte
du Verdar, ) c'est M. Desroches qui par
le ) on trouve à droite sur le Jambage
de la seconde Porte , car il y en a deux ,
une grande Pierre avec l'Inscription cy-
dessus , à laquelle il ne manquoit rien ,.
du moins à ce qu'il m'a paru , et que j'at
copiée lettre pour lettre , et ligne pour
ligne. Cette Inscription ne contenant
presque que des noms propres , il est
difficile d'en tirer un sens bien clair :
mais ce que je vais ajoûter servira peut-
être à fonder quelques conjectures. Sur .
II. Vol .
BAG
JUIN
1737.
1315
une autre Pierre de ce même Jambage ,
du côté qui est en face quand on entre
›
il y a unCheval qu'un jeune Garçon tient
par la bride , et un Homme debout qui
paroît s'apuyer du dos contre ce Cheval:
.
et sur l'autre Jambage de cette Porte il
y a précisément les mêmes figures posées
en symétrie, à la même hauteur ; c'est
à - dire , environ à trois pieds de terre :
et toutes ces Figures , quoique mutilées,
font encore voir qu'elles ne sont pas sor-
ties d'une mauvaise main. Peut être y
avoit il autrefois à cette Porte , ou aux
environs , quelque Place , où quelque-
Lieu pour l'exercice des Chevaux com-
me le mot de ΓΥΜΝΑΣΙΑΡΚΟΥΝΤΟΣ
semble l'insinuer , et que tous ceux dont
les noms sont cités dans cette Inscrip
tion s'y étoient distingués , & c.
Je suis , Monsieur , & c.
Fermer
2789
p. 1318-1330
LETTRE écrite de Châlons en Champagne par M. le Chevalier de la Touche à M. d'Argenville, Conseiller du Roy, Maître Ordinaire en la Chambre des Comptes, de l'Académie des Arcadiens à Rome.
Début :
La petite Avanture dont je vous fais part, Monsieur, m'a prouvé que [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Châlons en Champagne par M. le Chevalier de la Touche à M. d'Argenville, Conseiller du Roy, Maître Ordinaire en la Chambre des Comptes, de l'Académie des Arcadiens à Rome.
LETTRE écrite de Châlons en Champagne
par M. le Chevalier de la Touche
à M. d'Argenville, Conseiller du
Roy, Maître Ordinaire en la Chambre
des Comptes, de l'Académie des Arcadiens
à Rome.
La petite Avanture dont je vous fais
part, Monsieur, m'a prouvé que
l'indifference , qui regne ordinairement
en Province au sujet de la Litterature et
des Arts , y avoit plus laissé perdre de
belles choses , que les lumieres des Sça-
vans , et les recherches empressées des
Curieux n'en ont peut-être découvert et
conservé dans la Capitale. M. Rudolfe
Kubler , Peintre de Bamberg , qui voya-
ge , et fait connoissance avec tous les
Amateurs qu'il trouve sur sa route , me
vint voir , il y a quelques jours. Cet
Homme a des mœurs , des sentimens
une forte teinture des Belles Lettres,une
grande Théorie de la Peinture : le peu
de ses Ouvrages qu'il me fit voir en pas-
sant , prouve que sa pratique y est très-
inferieure-
Dès notre premiere entrevûë , la con-
i ol.
versation
JUIN.
1737.
1379
versation fut tellement vive et interes-
sante pour lui et pour moi , qu'il se dé-
⚫ termina sans peine à prolonger son sé-
jour dans la Ville où je demeure. Je lui
fis.voir ce que j'avois de plus propre à
flater son goût
à son tour il me com-
muniqua ce qu'il avoit ramassé dans les
differens Pays qu'il avoit parcourus. Rien
ne fixa mon attention , comme un gros
Recueil de Desseins et d'Estampes , qui
peut encore passer pour un Manuscrit
des plas curieux, puisqu'il n'y a ni Des-
seins ni Estampes qui ne soient accompa-
gnés de Remarques Historiques et Criti
ques , ou de Poësies Latines, Italiennes et
Françoises.
Au reste, ce Recueil a des défauts qui
en diminuent beaucoup le prix ; il est
premierement dans un desordre affreux ,
plus de deux cents Pieces en ont été en-
levées. 29. Celles qui restent sont pres
toutes chargées de griffonnemens
d'Ecoliers , ou deshonorées par les fletris-
sures qu'y ont laissées ces esprits foibles,
à qui tout devient un sujet de scandale.
N'en soyez pas surpris , me dit le Voya
geur , vous voyez les restés infortunés de
la succession d'un Peintre, qui ne laissa
rien en mourant , dont les parens , plus
pauvres encore que lui , pussent profites.
ILVol
Ils
1320 MERCURE DE FRANCE
Ils ont long- tems été exposés dans la
boutique d'un Barbier , qui en prenoit
occasion d'exercer son babil , et qui ne
s'est déterminé qu'avec peine à me les
vendre , d'autant qu'ils amusolent , dis
soit-il , ses Enfans , ses Fraters et ses Pra-
tiques.
J'ai vû , Monsieur , dans ce Recueil
ainsi délabré , bien des choses qui pou-
roient mériter une place distinguée dans
la riche Collection que vous avez faite
des Desseins des plus grands Maîtres de
toutes les Ecoles célebres. Je m'attache à
vous en décrire un entr'autres , fait à la
Pierre noire , et rehaussé de blanc , sur
un papier de demi-teinte. Les Figures
sont à demi corps. Le sujet qui en est
agréablement fantastique , offre le Ti-
tien , qui montre à des Dames Illustres
de son temps le Tableau des Amours
qu'il a peint en suivant les idées de Phi-
fostrate. Ces Dames sont accompagnées
de deux Guerriers , d'un jeune Homme
dont la tête a un caractere terrible , d'un
Homme de Lettres , d'une Duegne, d'un
petit More qui tient un Epagneuil de
Boulogne et d'un Page. Les Remarques
écrites de la main du Peintre François
qui avoit formé le Recueil dont
vous
entretiens , portent » que ce Dessein
II. Vol.
» est
JUIN.
II. Vol.
1737
1321
est de Damiano Mazza da Padoua
grand Coloriste , et qui contrefaisoit
» admirablement la maniere du Titien
» dont il étoit Eleve . Que Mazza s'étoit
»
proposé d'y representer les differens
âges de la Vie d'une façon nouvelle et
» singuliere. L'Enfance dans les petits
» Amours du Tableau de son Maître ;
» l'Adolescence dans les Figures du Page
>> et du More ; la Force de la Jeunesse
» sous les traits du Giorgion ; l'Age Viril
» par differens caracteres de Noblesse ,
» de Valeur et de Prudence. De Nobles-
» se dans lePortrait du Marquis de Pescai-
re ; de Valeur dans celui d'Antoine de
» Leve; de Prudence dans celui de l'Ami
» du Titien Parbenio Etiro , habillé en
Noble Venitien , con Beretta nera in
cap . Les trois Dames semblent faire
allusion aux trois Graces , dont la pre-
» miere est vive et enjoüée , et represen
te Volante , Maîtresse du Titien. La
seconde , tranquile et modeste , et re-
» presente Madonna Elizaberta Massola.
» La troisième, serieuse et mélancolique,
» et represente Madama Leonora, Epou-
紫
» se du Duc Francesco - Maria della Rone
» re. La Vieillesse des deux Sexes est ca-
>> ractérisée par la Tête du Titien et de la
» Duegne.
L'Auteur
1322 MERCÚRE DE FRANCE
»
L'Auteur des Remarques prétend
» encore avoir trouvé dans cette Repre
>> sentation un sens moral' , ou , si vous
» voulez , allégorique. Elle renferme ,
" dit-il , l'Idée du Peintre parfait. Le
» Génie , l'Imagination , l'Entousiasme
» sont exprimés dans la tête du Gior
» gion ; la Pratique , Fille du Travail et
» de l'Experience , dans celle du Titien.
» La Vieille , qui accompagne les Dames ,
» et qui a inspection sur leur conduite ,
» sert à faire entendre que la Raison doit
présider au choix , à l'assortiment ;
» à l'usage des Graces dont les caracteres
>> doivent être variés, aussi bien que ceux
» de la Vigueur , de la Fierté , de la Fia
» nesse et de la Pénétration d'esprit, que
les Figures des Guerriers et de l'hom
» me de Lettres montrent dans différens
» points de vûë.
» Les contrastes et l'artifice du clair
obscur rendent là composition pitto
resque , piquante et brillante. L'Amour,
» la Délicatesse, la Naïveté , la Tendres-
se et l'Union la portent à sa derniere
perfection, et lui donnent de la Verité,
» de la Douceur et du relief.
» Le Peintre s'imagine avoir trouvé des
» Simboles de toutes ces choses dans la
»Figure du Page , dont le teint est écla
H. Vol.
tant
JUIN.
II. Vol.
1737.
1323
tant , et l'habillement de Satin noir ,
>
» dans le More à la peau noire , vétu d'u-
» ne Toile d'argent rayée , et dans les
» Amours , dont les attitudes lui ont
» fait naître l'idée de la Délicatesse , de la
» Naiveté, de laTendresse et de l'Union .
Ne vous semble-t- il pas , Monsieur
que ce Peintre a fait comme les Com-
mentateurs, qui font dire à leurs Auteurs
favoris mille belles choses auxquelles
peut-être ils n'ont jamais pensé , et qu'il
attribue comme eux à des vûës miste-
rieuses , et à de profonds raisonnemens,
ce qui pouroit bien n'être au fond que
l'effet du caprice ? Je crois après tout
qu'on doit avoir quelque obligation à
ceux qui ont le talent de faire parler les
muets. Il vaut mieux qu'on me ramene
.
à la raison , même par force , que de
laisser errer mon imagination au hazard;
ne dois -je pas sçavoir bon gré à qui me
fait un sujet de reflexion , de ce qui n'é-
toit d'abord que l'amusement de mes
regards ?
Le Mode vrayement Venitien de l'Ou
vrage dont je viens de parler , me rapel-
e , Monsieur , un des plus beaux mor-
eaux que vous ayez dans votre ample
Collection ; j'entens ce magnifique Des-
ein ou Paul Veronese a representé des
Personnes
1324 MERCURE DE FRANCE
Personnes de tout Sexe , de tout âge et
de toute condition . qui rendent hom-
mage à S. Marc , Patron de Venise , ac-
compagné des trois autres Evangelistes.
Cette composition forme un spectacle
des plus interessans. La simplicité des
Enfans , la pudeur des jeunes Filles , la
modestie des Dames , la gravité des Se-
nateurs , la contenance assurée des Guer-
riers , l'air respectueux des Gens du Peu-
ple , un je ne sçai quoi de pompeux et
qui annonce en même tems la recon-
noissance , la confiance et la devotion
jette dans cette Representation
Pitto-
resque tout le pathetique et le sublime
de la Poësie.
Il faut avouer qu'on trouve dans les
productions des grands Maîtres de l'E-
cole Venitienne , des coups de genie qui
frapent , qui saisissent et qui enlevent.
Je ne m'étonne pas si tant de Peintres
⚫ célebres ont paru plus sensibles aux beau-
tés de cette Ecole qu'à celles des autres
,
et si même aujourd'hui nos François pa-
roissent uniquement attentifs à les re-
produire dans leurs Ouvrages. Je remar-
que à ce propos , dans un Fragment des
Remarques du Peintre , Auteur du Re-
cueil , quelques traits qui peut être ne
vous déplairont point,
II. Vol.
Après
JUIN.
1737.
1325
Après avoir sans doute beaucoup exal-
» té le séjour de Venise. » Je ne pense ,
» dit-il , au sujet de cette Ville de déli-
» ces , que ce qu'en ont pensé des Au-
>> teurs célébres qui lui ont consacré le
Eloges suivans. Il caporte une Descrip-
tion en Vers Latins du Poëte Allemand
Jean Lauterbach , et un Eloge de Jean
Mathieu Vvach.r de Constance. Je crois
que la lecture de ce dernier ne vous seta
point à charge.
Quemcumque Urbs Venetum semel
Portu mirifico acceperit hospitem,
Illum non Gnydus aut Rhodos ,
Aut blanda alliciat Cyprus , ut Adria
Caupo ullum anteferat locum.
Non si Thessalicis possit in hortulis ,
Aut ultra Elisias plagas
Vitam inperpetuis ducere lusibus ,
Sic mentem satiet suam :
Sed qua per tantum Gondola amabilis
Huc illuc fluitatfretum :
Illic vivere amet semper , amet mori,
Roma Principis Urbium ,
Nil huc delicie, nil faciunt, scatet
Queis divina. Neapolis ,
Aut Lucca, aut Genua, aut clara Fluentia;
Urbs sola Deum bonis
II. Vol.
Fundat
1326 MERCURE DE FRANCE
Fundata auspiciis , et alite aurèa !
O ipsis quoque mortuis
Vitam , si lubeat reddere idonea!
Totum muneris hoc tui est >
Quod quas delicias ortus et occidens
Pandunt respuo : praluis,
Quod Diis Templa poli non invideo,tuum.est.
Le Peintre adopte d'autant plus vo-
lontiers les sentimens de cet Auteur ,
» qu'il est , dit- il , tenté de croire , après
» Nicolas Grudius , que Venus en quit-
» tant l'Isle de Chypre , occupée par les
» Othomans , a choisi Venise pour son
» séjour. De là vient aussi que les Pein-
» tres Venitiens , accoûtumés à voir les
» Graces et les Amours à la suite de cette
» Déesse , en ont fait prendre les plus
» touchans caracteres à leurs Tableaux.
» J'ai long-temps consulté pour sçavoir
» quelle Ecole d'Italie j'épouserois ; en-
» fin je me suis déterminé à m'attacher à
»la Venitienne. Il me semble que son
» goût doit le plus flater celui d'nn Hom-
» me de ma Nation.
» Il est vrai que l'Ecole Romaine fut
» l'objet de mon premier amour. En ar-
» rivant en Italie la regularité de ses traits
» me charma , la Beauté Grecque me
11. Vol.
semblolt
29
JUIN.
1737.
1327
» sembloit pour ainsi dire, fondue dans la
sienne. J'étois enchanté de la legereté
» de sa taille, de sa démarche noble , fiere,
"
assurée , libre et dégagée , de ses gran-
des manieres , de ses vûes sublimes ,
et sur- tout d'un air de force , de sa-
ngesse et de majesté qui l'accompagnoit
» toujours et brilloit jusques dans ses
>> moindres actions. Je pris une violen-
» te passion pour elle , mais plus je lui
» faisois assidûment ma cour , plus je
» m'apercevois qu'elle étoit sévere et re-
servée. Elle n'aprouvoit presque rien
» de ce que je faisois pour lui plaire ;
elle me proposoit sans cesse l'imita-
tion de modeles que je trouvois telie
» ment au-dessus de ma portée, que , mal-
gré tous mes efforts , je ne pouvois en
» saisir le caractere à son gré . Toujours
» elle vouloit me ramener au goût anti-
»
que , toujours elle m'entretenoit des
graces de Raphaël , de la correction de
Michel Ange , des Entreprises égalé-
» ment hardies et heureuses de Jules Ro-
» main , de l'élegante facilité du Parme-
san,de la sagesse ingenieuse du Poussin.
» Je m'apercevois bien que ce dernier
» étoit , à proprement parler , le seal
desFrançois qui avoit mérité son amour,
II. Vol.
Det
1328 MERCURE DE FRANCE
et je sentois tant de difficultés à sur-
» monter , pour toucher son cœur par
» les mêmes moyens qu'il avoit em -
» ployés pour la rendre sensible , que je
n'osois m'hazarder à marcher sur ces
traces.
» Je l'aimois donc cette Ecole Romai-
» ne , mais c'étoit sans esperance. Les
»promesses qu'elle me faisoit de récom
» penser mes assiduités , et de couron-
>> ner mes travaux , regardoient un ave◄
» nir si éloigné , que j'en perdois cou
rage.
» J'étois dans cette situation quand une
» occasion se presenta de faire le voyage
» de Venise ; je ne la laissai point écha-
23 per. La Peinture s'y offrit à moi avec
» des traits moins réguliers , mais plus
» piquans : la raison me prouvoit qu'elle
» étoit moins belle qu'à Rome , mais je
ne sçais quelle disposition me faisoit
» sentir qu'elle étoit plus jolie. Je la
» trouvois plus vive, plus enjoüée , plus
» dans le goût des parures et des ajuste-
» mens. Une aimable coqueterie sau-
>> voit ses défauts ; ses caprices même me
>>
plaisoient extrémement.
L'EcoleVenitienne n'est point comme
la Romaine et la Florentine , esclave
» des regles et des austeres bienséances.
11. Vol.
Elle
>>
JUIN.
1737.
1329
» Elle ne se fait point scrupule de cer-
taines irregularités , elle ne songe qu'à
plaire. Tout ce qui la mene à ce but
» lui paroît bon , pourvû qu'elle tienne
» le milieu entre une extréme séverité et
» une extréme licence ; elle s'embarasse
» fort peu de la censure des Connois-
» seurs trop rigides. Presque tous les
>> fameux Peintres de l'Europe ont été
» épris de ses charmes , et nul n'a mieux
» été avec elle que Rubens l'Apelles des
>> Pays-Bas.
Son embonpoint , la vivacité de son
teint, l'agrément de ses manieres , l'es-
sor qu'elle donnoit à son imagination ,
» son goût pour les parures et les déco-
» rations pompeuses , son attachement
» aux graces sensibles , simples et faciles
» à saisir , en firent l'objet de ma pas-
» sion.
>> Je n'oubliai point dans mon chan-
» gement les engagemens que j'avois pris
» avec l'Ecole Romaine ; je conservai
" pour
elle mon admitation et mon res-
» pect , mais je donnai à la Venitienne
>> tous mes soins et toute ma tendresse.
C'est ainsi , Monsieur , que le Peintre ,
Auteur
du Recueil
II. Vol.
nous a laissé
une idée de ses études et de son goût
dans une espece de Fable allegorique,
Dij
dont
2
WER CORE CE FRANCE
ACT GENGETCODs ar ie ificaites
* noches:
I becs: n
a mass
sur-
MOCATE YO0ur par
1 ts Trenes: noves mi vor en-
2 DOVES Ture embe , ne e
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I may cameras. La
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eton dan cette situation Quand une
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as traits moins regulers , mais pur
» piquan : la raisor me prouvor ausle
» étoit moins belle qu'a kome , mas
* ne sçais quelle disposition me faisoit
» sentir qu'elle étoit plus jolie. Je ha
uvois plus vive, plus enjouée plus
le ge
parures et des ajuste
able coqueterie sau-
ses caprices même me
eme
pointcomme
he , esclave
bienséances.
Elle
JUIN.
1737.
7329
» Elle ne se fait point scrupule de cer
taines irregularités, elle ne songe qu'à
» plaire. Tout ce qui la mene à ce but
»lui paroît bon , pourvû qu'elle tienne
» le milieu entre une extréme séverité et
» une extréme licence ; elle s'embarasse
» fort peu de la censure des Connois-
» seurs trop rigides. Presque tous les
>> fameux Peintres de l'Europe ont été
>>
épris de ses charmes , et nul n'a mieux
» été avec elle que Rubens l'Apelles des
» Pays - Bas.
Son embonpoint , la vivacité de son
» teint, l'agrément de ses manieres , l'es-
sor qu'elle donnoit à son imagination ,
» son goût pour les parures et les déco-
» rations pompeuses , son attachement
» aux graces sensibles , simples et faciles
à saisir , en firent l'objet de ma pas-
» sion.
כן
>>
Je n'oubliai point dans mon chan-
» gement les engagemens quej'avois pris
» avec l'Ecole Romaine ; je conservai
pour elle mon
» pect ,
Auteur
admiration et mon res-
mais je donnai à la Venitienne
>> tous mes soins et toute ma tendresse.
C'est ainsi , Monsieur , que le Peintre,
du Recueil
nous a laiss
une idée de ses études et de son
lans une espece de Fable alleg
II. Vol.
Dij
1330 MERCURE DE FRANCE
dont il est triste que les injures du temps
et de la fortune nous ayent dérobé la
suite.
L'intelligence que vous avez , Mon
sieur , des misteres d'un Art qui contri
bue à vos plaisirs dans vos momens de
relâche , ne me permet pas de dévelo-
per
ici tout ce que le Peintre a caché sous
le voile du langage figuré ; vous n'avez
pas besoin de mon secours pour discer-
ner dans ce Fragment ce qui donne une
si juste idée du caractere distinctif des
deux Ecoles.
J'ai pris copie dans le Recueil de plus
sieurs autres choses que je vous commu-
niquerai dans la suite , si j'aprens que
vous ayez fait plus d'attention au fond
de celles que contient cette Lettre , qu'à
la forme peu réguliere que je lui ai don-
née. J'ai l'honneur d'être , & c.
par M. le Chevalier de la Touche
à M. d'Argenville, Conseiller du
Roy, Maître Ordinaire en la Chambre
des Comptes, de l'Académie des Arcadiens
à Rome.
La petite Avanture dont je vous fais
part, Monsieur, m'a prouvé que
l'indifference , qui regne ordinairement
en Province au sujet de la Litterature et
des Arts , y avoit plus laissé perdre de
belles choses , que les lumieres des Sça-
vans , et les recherches empressées des
Curieux n'en ont peut-être découvert et
conservé dans la Capitale. M. Rudolfe
Kubler , Peintre de Bamberg , qui voya-
ge , et fait connoissance avec tous les
Amateurs qu'il trouve sur sa route , me
vint voir , il y a quelques jours. Cet
Homme a des mœurs , des sentimens
une forte teinture des Belles Lettres,une
grande Théorie de la Peinture : le peu
de ses Ouvrages qu'il me fit voir en pas-
sant , prouve que sa pratique y est très-
inferieure-
Dès notre premiere entrevûë , la con-
i ol.
versation
JUIN.
1737.
1379
versation fut tellement vive et interes-
sante pour lui et pour moi , qu'il se dé-
⚫ termina sans peine à prolonger son sé-
jour dans la Ville où je demeure. Je lui
fis.voir ce que j'avois de plus propre à
flater son goût
à son tour il me com-
muniqua ce qu'il avoit ramassé dans les
differens Pays qu'il avoit parcourus. Rien
ne fixa mon attention , comme un gros
Recueil de Desseins et d'Estampes , qui
peut encore passer pour un Manuscrit
des plas curieux, puisqu'il n'y a ni Des-
seins ni Estampes qui ne soient accompa-
gnés de Remarques Historiques et Criti
ques , ou de Poësies Latines, Italiennes et
Françoises.
Au reste, ce Recueil a des défauts qui
en diminuent beaucoup le prix ; il est
premierement dans un desordre affreux ,
plus de deux cents Pieces en ont été en-
levées. 29. Celles qui restent sont pres
toutes chargées de griffonnemens
d'Ecoliers , ou deshonorées par les fletris-
sures qu'y ont laissées ces esprits foibles,
à qui tout devient un sujet de scandale.
N'en soyez pas surpris , me dit le Voya
geur , vous voyez les restés infortunés de
la succession d'un Peintre, qui ne laissa
rien en mourant , dont les parens , plus
pauvres encore que lui , pussent profites.
ILVol
Ils
1320 MERCURE DE FRANCE
Ils ont long- tems été exposés dans la
boutique d'un Barbier , qui en prenoit
occasion d'exercer son babil , et qui ne
s'est déterminé qu'avec peine à me les
vendre , d'autant qu'ils amusolent , dis
soit-il , ses Enfans , ses Fraters et ses Pra-
tiques.
J'ai vû , Monsieur , dans ce Recueil
ainsi délabré , bien des choses qui pou-
roient mériter une place distinguée dans
la riche Collection que vous avez faite
des Desseins des plus grands Maîtres de
toutes les Ecoles célebres. Je m'attache à
vous en décrire un entr'autres , fait à la
Pierre noire , et rehaussé de blanc , sur
un papier de demi-teinte. Les Figures
sont à demi corps. Le sujet qui en est
agréablement fantastique , offre le Ti-
tien , qui montre à des Dames Illustres
de son temps le Tableau des Amours
qu'il a peint en suivant les idées de Phi-
fostrate. Ces Dames sont accompagnées
de deux Guerriers , d'un jeune Homme
dont la tête a un caractere terrible , d'un
Homme de Lettres , d'une Duegne, d'un
petit More qui tient un Epagneuil de
Boulogne et d'un Page. Les Remarques
écrites de la main du Peintre François
qui avoit formé le Recueil dont
vous
entretiens , portent » que ce Dessein
II. Vol.
» est
JUIN.
II. Vol.
1737
1321
est de Damiano Mazza da Padoua
grand Coloriste , et qui contrefaisoit
» admirablement la maniere du Titien
» dont il étoit Eleve . Que Mazza s'étoit
»
proposé d'y representer les differens
âges de la Vie d'une façon nouvelle et
» singuliere. L'Enfance dans les petits
» Amours du Tableau de son Maître ;
» l'Adolescence dans les Figures du Page
>> et du More ; la Force de la Jeunesse
» sous les traits du Giorgion ; l'Age Viril
» par differens caracteres de Noblesse ,
» de Valeur et de Prudence. De Nobles-
» se dans lePortrait du Marquis de Pescai-
re ; de Valeur dans celui d'Antoine de
» Leve; de Prudence dans celui de l'Ami
» du Titien Parbenio Etiro , habillé en
Noble Venitien , con Beretta nera in
cap . Les trois Dames semblent faire
allusion aux trois Graces , dont la pre-
» miere est vive et enjoüée , et represen
te Volante , Maîtresse du Titien. La
seconde , tranquile et modeste , et re-
» presente Madonna Elizaberta Massola.
» La troisième, serieuse et mélancolique,
» et represente Madama Leonora, Epou-
紫
» se du Duc Francesco - Maria della Rone
» re. La Vieillesse des deux Sexes est ca-
>> ractérisée par la Tête du Titien et de la
» Duegne.
L'Auteur
1322 MERCÚRE DE FRANCE
»
L'Auteur des Remarques prétend
» encore avoir trouvé dans cette Repre
>> sentation un sens moral' , ou , si vous
» voulez , allégorique. Elle renferme ,
" dit-il , l'Idée du Peintre parfait. Le
» Génie , l'Imagination , l'Entousiasme
» sont exprimés dans la tête du Gior
» gion ; la Pratique , Fille du Travail et
» de l'Experience , dans celle du Titien.
» La Vieille , qui accompagne les Dames ,
» et qui a inspection sur leur conduite ,
» sert à faire entendre que la Raison doit
présider au choix , à l'assortiment ;
» à l'usage des Graces dont les caracteres
>> doivent être variés, aussi bien que ceux
» de la Vigueur , de la Fierté , de la Fia
» nesse et de la Pénétration d'esprit, que
les Figures des Guerriers et de l'hom
» me de Lettres montrent dans différens
» points de vûë.
» Les contrastes et l'artifice du clair
obscur rendent là composition pitto
resque , piquante et brillante. L'Amour,
» la Délicatesse, la Naïveté , la Tendres-
se et l'Union la portent à sa derniere
perfection, et lui donnent de la Verité,
» de la Douceur et du relief.
» Le Peintre s'imagine avoir trouvé des
» Simboles de toutes ces choses dans la
»Figure du Page , dont le teint est écla
H. Vol.
tant
JUIN.
II. Vol.
1737.
1323
tant , et l'habillement de Satin noir ,
>
» dans le More à la peau noire , vétu d'u-
» ne Toile d'argent rayée , et dans les
» Amours , dont les attitudes lui ont
» fait naître l'idée de la Délicatesse , de la
» Naiveté, de laTendresse et de l'Union .
Ne vous semble-t- il pas , Monsieur
que ce Peintre a fait comme les Com-
mentateurs, qui font dire à leurs Auteurs
favoris mille belles choses auxquelles
peut-être ils n'ont jamais pensé , et qu'il
attribue comme eux à des vûës miste-
rieuses , et à de profonds raisonnemens,
ce qui pouroit bien n'être au fond que
l'effet du caprice ? Je crois après tout
qu'on doit avoir quelque obligation à
ceux qui ont le talent de faire parler les
muets. Il vaut mieux qu'on me ramene
.
à la raison , même par force , que de
laisser errer mon imagination au hazard;
ne dois -je pas sçavoir bon gré à qui me
fait un sujet de reflexion , de ce qui n'é-
toit d'abord que l'amusement de mes
regards ?
Le Mode vrayement Venitien de l'Ou
vrage dont je viens de parler , me rapel-
e , Monsieur , un des plus beaux mor-
eaux que vous ayez dans votre ample
Collection ; j'entens ce magnifique Des-
ein ou Paul Veronese a representé des
Personnes
1324 MERCURE DE FRANCE
Personnes de tout Sexe , de tout âge et
de toute condition . qui rendent hom-
mage à S. Marc , Patron de Venise , ac-
compagné des trois autres Evangelistes.
Cette composition forme un spectacle
des plus interessans. La simplicité des
Enfans , la pudeur des jeunes Filles , la
modestie des Dames , la gravité des Se-
nateurs , la contenance assurée des Guer-
riers , l'air respectueux des Gens du Peu-
ple , un je ne sçai quoi de pompeux et
qui annonce en même tems la recon-
noissance , la confiance et la devotion
jette dans cette Representation
Pitto-
resque tout le pathetique et le sublime
de la Poësie.
Il faut avouer qu'on trouve dans les
productions des grands Maîtres de l'E-
cole Venitienne , des coups de genie qui
frapent , qui saisissent et qui enlevent.
Je ne m'étonne pas si tant de Peintres
⚫ célebres ont paru plus sensibles aux beau-
tés de cette Ecole qu'à celles des autres
,
et si même aujourd'hui nos François pa-
roissent uniquement attentifs à les re-
produire dans leurs Ouvrages. Je remar-
que à ce propos , dans un Fragment des
Remarques du Peintre , Auteur du Re-
cueil , quelques traits qui peut être ne
vous déplairont point,
II. Vol.
Après
JUIN.
1737.
1325
Après avoir sans doute beaucoup exal-
» té le séjour de Venise. » Je ne pense ,
» dit-il , au sujet de cette Ville de déli-
» ces , que ce qu'en ont pensé des Au-
>> teurs célébres qui lui ont consacré le
Eloges suivans. Il caporte une Descrip-
tion en Vers Latins du Poëte Allemand
Jean Lauterbach , et un Eloge de Jean
Mathieu Vvach.r de Constance. Je crois
que la lecture de ce dernier ne vous seta
point à charge.
Quemcumque Urbs Venetum semel
Portu mirifico acceperit hospitem,
Illum non Gnydus aut Rhodos ,
Aut blanda alliciat Cyprus , ut Adria
Caupo ullum anteferat locum.
Non si Thessalicis possit in hortulis ,
Aut ultra Elisias plagas
Vitam inperpetuis ducere lusibus ,
Sic mentem satiet suam :
Sed qua per tantum Gondola amabilis
Huc illuc fluitatfretum :
Illic vivere amet semper , amet mori,
Roma Principis Urbium ,
Nil huc delicie, nil faciunt, scatet
Queis divina. Neapolis ,
Aut Lucca, aut Genua, aut clara Fluentia;
Urbs sola Deum bonis
II. Vol.
Fundat
1326 MERCURE DE FRANCE
Fundata auspiciis , et alite aurèa !
O ipsis quoque mortuis
Vitam , si lubeat reddere idonea!
Totum muneris hoc tui est >
Quod quas delicias ortus et occidens
Pandunt respuo : praluis,
Quod Diis Templa poli non invideo,tuum.est.
Le Peintre adopte d'autant plus vo-
lontiers les sentimens de cet Auteur ,
» qu'il est , dit- il , tenté de croire , après
» Nicolas Grudius , que Venus en quit-
» tant l'Isle de Chypre , occupée par les
» Othomans , a choisi Venise pour son
» séjour. De là vient aussi que les Pein-
» tres Venitiens , accoûtumés à voir les
» Graces et les Amours à la suite de cette
» Déesse , en ont fait prendre les plus
» touchans caracteres à leurs Tableaux.
» J'ai long-temps consulté pour sçavoir
» quelle Ecole d'Italie j'épouserois ; en-
» fin je me suis déterminé à m'attacher à
»la Venitienne. Il me semble que son
» goût doit le plus flater celui d'nn Hom-
» me de ma Nation.
» Il est vrai que l'Ecole Romaine fut
» l'objet de mon premier amour. En ar-
» rivant en Italie la regularité de ses traits
» me charma , la Beauté Grecque me
11. Vol.
semblolt
29
JUIN.
1737.
1327
» sembloit pour ainsi dire, fondue dans la
sienne. J'étois enchanté de la legereté
» de sa taille, de sa démarche noble , fiere,
"
assurée , libre et dégagée , de ses gran-
des manieres , de ses vûes sublimes ,
et sur- tout d'un air de force , de sa-
ngesse et de majesté qui l'accompagnoit
» toujours et brilloit jusques dans ses
>> moindres actions. Je pris une violen-
» te passion pour elle , mais plus je lui
» faisois assidûment ma cour , plus je
» m'apercevois qu'elle étoit sévere et re-
servée. Elle n'aprouvoit presque rien
» de ce que je faisois pour lui plaire ;
elle me proposoit sans cesse l'imita-
tion de modeles que je trouvois telie
» ment au-dessus de ma portée, que , mal-
gré tous mes efforts , je ne pouvois en
» saisir le caractere à son gré . Toujours
» elle vouloit me ramener au goût anti-
»
que , toujours elle m'entretenoit des
graces de Raphaël , de la correction de
Michel Ange , des Entreprises égalé-
» ment hardies et heureuses de Jules Ro-
» main , de l'élegante facilité du Parme-
san,de la sagesse ingenieuse du Poussin.
» Je m'apercevois bien que ce dernier
» étoit , à proprement parler , le seal
desFrançois qui avoit mérité son amour,
II. Vol.
Det
1328 MERCURE DE FRANCE
et je sentois tant de difficultés à sur-
» monter , pour toucher son cœur par
» les mêmes moyens qu'il avoit em -
» ployés pour la rendre sensible , que je
n'osois m'hazarder à marcher sur ces
traces.
» Je l'aimois donc cette Ecole Romai-
» ne , mais c'étoit sans esperance. Les
»promesses qu'elle me faisoit de récom
» penser mes assiduités , et de couron-
>> ner mes travaux , regardoient un ave◄
» nir si éloigné , que j'en perdois cou
rage.
» J'étois dans cette situation quand une
» occasion se presenta de faire le voyage
» de Venise ; je ne la laissai point écha-
23 per. La Peinture s'y offrit à moi avec
» des traits moins réguliers , mais plus
» piquans : la raison me prouvoit qu'elle
» étoit moins belle qu'à Rome , mais je
ne sçais quelle disposition me faisoit
» sentir qu'elle étoit plus jolie. Je la
» trouvois plus vive, plus enjoüée , plus
» dans le goût des parures et des ajuste-
» mens. Une aimable coqueterie sau-
>> voit ses défauts ; ses caprices même me
>>
plaisoient extrémement.
L'EcoleVenitienne n'est point comme
la Romaine et la Florentine , esclave
» des regles et des austeres bienséances.
11. Vol.
Elle
>>
JUIN.
1737.
1329
» Elle ne se fait point scrupule de cer-
taines irregularités , elle ne songe qu'à
plaire. Tout ce qui la mene à ce but
» lui paroît bon , pourvû qu'elle tienne
» le milieu entre une extréme séverité et
» une extréme licence ; elle s'embarasse
» fort peu de la censure des Connois-
» seurs trop rigides. Presque tous les
>> fameux Peintres de l'Europe ont été
» épris de ses charmes , et nul n'a mieux
» été avec elle que Rubens l'Apelles des
>> Pays-Bas.
Son embonpoint , la vivacité de son
teint, l'agrément de ses manieres , l'es-
sor qu'elle donnoit à son imagination ,
» son goût pour les parures et les déco-
» rations pompeuses , son attachement
» aux graces sensibles , simples et faciles
» à saisir , en firent l'objet de ma pas-
» sion.
>> Je n'oubliai point dans mon chan-
» gement les engagemens que j'avois pris
» avec l'Ecole Romaine ; je conservai
" pour
elle mon admitation et mon res-
» pect , mais je donnai à la Venitienne
>> tous mes soins et toute ma tendresse.
C'est ainsi , Monsieur , que le Peintre ,
Auteur
du Recueil
II. Vol.
nous a laissé
une idée de ses études et de son goût
dans une espece de Fable allegorique,
Dij
dont
2
WER CORE CE FRANCE
ACT GENGETCODs ar ie ificaites
* noches:
I becs: n
a mass
sur-
MOCATE YO0ur par
1 ts Trenes: noves mi vor en-
2 DOVES Ture embe , ne e
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s
» has no cetes Imma-
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» Denker mis lasimuitsumor-
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eton dan cette situation Quand une
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as traits moins regulers , mais pur
» piquan : la raisor me prouvor ausle
» étoit moins belle qu'a kome , mas
* ne sçais quelle disposition me faisoit
» sentir qu'elle étoit plus jolie. Je ha
uvois plus vive, plus enjouée plus
le ge
parures et des ajuste
able coqueterie sau-
ses caprices même me
eme
pointcomme
he , esclave
bienséances.
Elle
JUIN.
1737.
7329
» Elle ne se fait point scrupule de cer
taines irregularités, elle ne songe qu'à
» plaire. Tout ce qui la mene à ce but
»lui paroît bon , pourvû qu'elle tienne
» le milieu entre une extréme séverité et
» une extréme licence ; elle s'embarasse
» fort peu de la censure des Connois-
» seurs trop rigides. Presque tous les
>> fameux Peintres de l'Europe ont été
>>
épris de ses charmes , et nul n'a mieux
» été avec elle que Rubens l'Apelles des
» Pays - Bas.
Son embonpoint , la vivacité de son
» teint, l'agrément de ses manieres , l'es-
sor qu'elle donnoit à son imagination ,
» son goût pour les parures et les déco-
» rations pompeuses , son attachement
» aux graces sensibles , simples et faciles
à saisir , en firent l'objet de ma pas-
» sion.
כן
>>
Je n'oubliai point dans mon chan-
» gement les engagemens quej'avois pris
» avec l'Ecole Romaine ; je conservai
pour elle mon
» pect ,
Auteur
admiration et mon res-
mais je donnai à la Venitienne
>> tous mes soins et toute ma tendresse.
C'est ainsi , Monsieur , que le Peintre,
du Recueil
nous a laiss
une idée de ses études et de son
lans une espece de Fable alleg
II. Vol.
Dij
1330 MERCURE DE FRANCE
dont il est triste que les injures du temps
et de la fortune nous ayent dérobé la
suite.
L'intelligence que vous avez , Mon
sieur , des misteres d'un Art qui contri
bue à vos plaisirs dans vos momens de
relâche , ne me permet pas de dévelo-
per
ici tout ce que le Peintre a caché sous
le voile du langage figuré ; vous n'avez
pas besoin de mon secours pour discer-
ner dans ce Fragment ce qui donne une
si juste idée du caractere distinctif des
deux Ecoles.
J'ai pris copie dans le Recueil de plus
sieurs autres choses que je vous commu-
niquerai dans la suite , si j'aprens que
vous ayez fait plus d'attention au fond
de celles que contient cette Lettre , qu'à
la forme peu réguliere que je lui ai don-
née. J'ai l'honneur d'être , & c.
Fermer
2790
p. 1330-1332
ODE Imitée du Pseaume XIX.
Début :
Si jamais dans le rang où le Ciel vous fit naître, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE Imitée du Pseaume XIX.
ODE
Imitée du Pseaume XIX.
Si jamais dans le rang où le Ciel vous fit naître,
Vous éprouviez du sort l'implacable courroux 2
JI. Vola
Invoqucz
JUIN.
1737.
1338
Invoquez le Seigneur, il peut tout , il est maftre
D'en arrêter les coups.
Que du haut de Sion , le Séjour de sa gloire ,
Contre vos ennemis il protege vos jours ,
Et que dans vos combats l'Ange de la Victoire ,
Vous précede toujours.
來
Qu'il détourne vos pas des bords du précipices
Qu'i soit à chaque instant prêt à vous soûtenir;
Qu'il ne perde jamais de votre sacrifice
Le tendre souvenir.
Qu'a ves justes desirs il soit toujours propice ;
Qu'il ne refuse rien à l'ardeur de vos vœux ;
Qu'il regle vos desseins , et qu'il les affermisse,
Malgré vos envieux.
諾
Je connois maintenant jusqu'où va sa puissance;
Il a sauvé son Christ des mains de ses Bour
reaux ;
Les cruels essayoient déja sur l'innocence
Leurs perfides couteaux.
11.Vol.
D iij
Mais
7332 MERCURE DE FRANCE
Mais du haut de Sion il entend sa priere
Il vient , il va punir des projets odieux :
Je le vois , il paroît , une juste colere
Eclate dans ses yeux.
İnsensés ! ils ont mis leur plus ferme esperance
Dans un nombre impuissant de Chars et de
Chevaux :
Mais pour nous , le Seigneur fait seul notre assu→
rance
Contre ces fiers Rivaux.
Quel spectacle ! grand Dieu ! quel revers ef-
froyable !
Quelle aveugle fureur les a transportés tous è
Je les vois se percer de ce fer détestable
Qu'ils dressoient contre nous.
Seigneur , entends nos vœux pour le sage Mo
narque ,
Qu'il te plut accorder à l'Etat ébranlé :
Et tu mettras pour nous, par cette seule marque,
Le comble à ta bonté.
N. R. Haudicquer, âgé de 16. ans, de la Ville d'Eu.
Imitée du Pseaume XIX.
Si jamais dans le rang où le Ciel vous fit naître,
Vous éprouviez du sort l'implacable courroux 2
JI. Vola
Invoqucz
JUIN.
1737.
1338
Invoquez le Seigneur, il peut tout , il est maftre
D'en arrêter les coups.
Que du haut de Sion , le Séjour de sa gloire ,
Contre vos ennemis il protege vos jours ,
Et que dans vos combats l'Ange de la Victoire ,
Vous précede toujours.
來
Qu'il détourne vos pas des bords du précipices
Qu'i soit à chaque instant prêt à vous soûtenir;
Qu'il ne perde jamais de votre sacrifice
Le tendre souvenir.
Qu'a ves justes desirs il soit toujours propice ;
Qu'il ne refuse rien à l'ardeur de vos vœux ;
Qu'il regle vos desseins , et qu'il les affermisse,
Malgré vos envieux.
諾
Je connois maintenant jusqu'où va sa puissance;
Il a sauvé son Christ des mains de ses Bour
reaux ;
Les cruels essayoient déja sur l'innocence
Leurs perfides couteaux.
11.Vol.
D iij
Mais
7332 MERCURE DE FRANCE
Mais du haut de Sion il entend sa priere
Il vient , il va punir des projets odieux :
Je le vois , il paroît , une juste colere
Eclate dans ses yeux.
İnsensés ! ils ont mis leur plus ferme esperance
Dans un nombre impuissant de Chars et de
Chevaux :
Mais pour nous , le Seigneur fait seul notre assu→
rance
Contre ces fiers Rivaux.
Quel spectacle ! grand Dieu ! quel revers ef-
froyable !
Quelle aveugle fureur les a transportés tous è
Je les vois se percer de ce fer détestable
Qu'ils dressoient contre nous.
Seigneur , entends nos vœux pour le sage Mo
narque ,
Qu'il te plut accorder à l'Etat ébranlé :
Et tu mettras pour nous, par cette seule marque,
Le comble à ta bonté.
N. R. Haudicquer, âgé de 16. ans, de la Ville d'Eu.
Fermer
2791
p. 1338-1350
RÉPONSE du R. P. Mathieu Texte, Dominicain, à la Lettre de M. le Beuf, Chanoine de L. C. D. imprimée dans le Mercure de Mars 1737. au sujet du Lieu de la Naissance de Saint Louis, Roy de France.
Début :
J'avois vû, Monsieur, d'abord avec plaisir, votre nom à la tête de la Lettre [...]
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texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE du R. P. Mathieu Texte, Dominicain, à la Lettre de M. le Beuf, Chanoine de L. C. D. imprimée dans le Mercure de Mars 1737. au sujet du Lieu de la Naissance de Saint Louis, Roy de France.
RÉPONSE du R. P. Mathieu Texte,
Dominicain, à la Lettre de M. le Beuf,
Chanoine de L. C. D. imprimée dans
le Mercure de Mars 1737. au sujet du
Lieu de la Naissance de Saint Louis,
Roy de France.
J'avois vû, Monsieur, d'abord avec
plaisir, votre nom à la tête de la Lettre
à laquelle j'ai l'honneur de répondre;
comme ce qui vient de vous est ordinai-
rement rempli d'érudition et de recher-
ches, je m'attendois à y trouver des
éclaircissemens sur la question agitée en-
tre M. Maillart et moi , d'autant mieux
quejevoyois paroître sur les rangsur Ecri-
vain d'un mérite distingué, sans qu'il eût
aucun interêt au sujet de notre dispute.
Ce n'est donc pas sans raison que j'ai été
surpris de ne voir presque dans certe Let-
tre que les Chartres de la Neuville- en-
11. Vol
Hez ,
JUIN.
1737
1339
Hez , avec quelques avis, dont vous con-
viendrez vous-même que je n'avois pas
besoin , lorsque vous y aurez fait re
Aexion.
1º. Je me suis fait illusion , si on vous
en croit , lorsque j'ai soutenu que M.
Baillet , qui a placé à Poissy la Naissance
de S. Louis , connoissoit les Chartres de
la Neuville , où il étoit né lui- même , et
pour prouver ma prétendue méprise
de cet Ouvrage , à laquelle il présida
>
vous observez que la Note que j'ai copiée
dans les Vies des Saints de ce celebre Cri-
sique , n'est pas dans la premiere Edition
mais seulement dans deux Editions faites
long- temps après sa mort ; sçavoir , en
1715. et en 1724.d'où vous concluez que
cette Note n'est pas de M. Baillet , mais
de l'Editeur.
Comment avez vous pû ignorer, Mon.
sieur , que l'Edition de 1701. qui est la
premiere , ayant été épuisée en très- peu
.de temps , on en fit une seconde , revie
et augmentée par l'Auteur , qui fut mise
en vente dès l'an 1704. chés Jean de
Nully. Baillet étoit alors plein de vie ,
il ne mourut que le 21. Janvier 1706.
Ce fut donc lui-même qui , au Tome II.
de cette Edition p. 379. après avoir écrit
dans le Texte : Louis IX. Roy de France
II. Vol
nâquir
1340 MERCURE DE FRANCE
nâquit à Poissy , ajoûta cette Note. >> On
» voit deux Actes de nos Rois , l'un de
» Louis XI. et l'autre de Henry I V. qui
» portent qu'il est né à Neuville- en-Hez ,
" Bourg du Diocèse de Beauvais, » C'est
lui qui en disant ensuite p. 383. » que
» S. Louis retournoit ordinairement à
» Poissy , non pas tant pour y être né
» que pour y avoir reçû le Baptême »
montre qu'il n'avoit point d'égard à ces
Chartres. De plus on lit au IV. Tome p.
292. qu'il y avoit eu en 1215. trois éve-
nemens remarquables , dont l'un étoit la
Naissance de S. Louis à Poissy.
M. le Gendre a suivi son exemple , et
malgré ces Chartres , il a écrit T. III. P.
120. de l'Histoire de France , imprimée
à Paris, 12. ans après la mort de M. Bail
let : Louis VIII. eut pour enfans , &c .
S. Louis né à Poissy.
2º. La proximité d'une ruë , dites
vous , a empêché de bâtir le Sanctuaire
de l'Eglise des Dames de Poissy vers l'O-
rient ; cela est vrai , mais ce fut pour ac-
corder cette proximité avec l'endroit où
S. Louis étoit né , sur lequel on voulut
placer le Maître Autel.
3 °. L'autorité de Guidonis , Dominicain ,
né en 1260. Evêque de Lodéve en 1324.
quej'ai cité, m'a paru d'autant plus décisi-
II. Vol.
ve
JUIN.
1737.
1347
ve pour prouver la Naissance de S.Louis à
Poissy , qu'un autre Ecrivain , lequel té-
moigne , selon le P. Echard , l'avoir
connu , assure dans l'Abregé qu'il a fait
de sa Vie , qu'il étoit à la suite de la
Cour de France en 1318. envoyé par le
Pape Jean XXII. pour terminer la
Guerre qui étoit entre le Roy Philipe V.
et les Flamans. Ce qui réussit, dit Meze-
ray , le 20. May 1320. Guidonis , alors
Inquisiteur de Toulouze , et Procureur
General de son Ordre ; dum Inquisitionis
et Procurationis officiis fungeretur , obligé
en cette derniere qualité , de veiller à
l'execution de la Fondation d'un Monas-
tere de son Ordre , faite à Poissy , à cinq
petites lieuës de Paris ; Guidonis , dis - je ,
pouvoit-il ignorer , n'étoit- il pas même
obligé de sçavoir le dessein de Philipe le
Bel et des Princes , ses deux fils , Philipe
Vet Charles IV . auxquels il avoit l'hon-
neur de parler , déclarés avec leur Perc
dans le Nécrologe de certe Maison , Au-
teurs de ces grands Edifices ?
J'ai donc suivi les regles d'une saine
critique , lorsque j'ai regardé ce Prélat
comme un bon garant de la verité que
je défends ; il dit nettement que Philipe
le Bel fonda le Monastere de Poissy in
bonorem Avi sui qui apud Pissiacum natës
1 I. Vol.
esis
1342 MERCURE DE FRANCE
ests et c'est en termes aussi exprès , qu'il
assure dans la Relation de cette Fonda-
tion , que le Lieu de Poissy fut choisi
préférablement à tout autre , parce que
S. Louis y étoit né.
Vous ne voulez pourtant point qu'on
s'arrête à ce témoignage
parce que ,
>> dites- vous, les OuvragesHistoriques de
» Guidonis sont remplis d'une inexacti-
» tude qui leur a'attiré le mépris des Sça-
» vans, et qui est la cause qu'ils restent
» oubliés dans la poussiere des Biblio-
> theques , sans que personne ait jamais
» eu le courage de les rendre publics par
» l'impression. Les Sçavans , selon vous,
méprisent ses Ouvrages Historiques , & c.
Mais tous les Sçavans dont vous voulez
parler se réduisent à un des Continua-
teurs de Bollandus , qui même n ' . dit
autre chose , sinon que la Vie de Saint
Justin d'Aquitaine , publiée par Gui-
donis , contient des fables. A quoi le
P. Echard répond : hasfabulas Bernardo
non tribuas » En effet , Guidonis paroît
>> ici un Ecrivain zelé , lequel ayant
» découvert cette Piece en Gascogne,
» n'a eu d'autre dessein' que de la con-
» server en entier , afin que ce qu'il y a
» de fabuleux ne fut pas cause de la per-
se de ce qu'il y a de vrai , sans préten
ᏞᎥᏤ .
dre
JUIN.
1737
7343
dre autoriser également l'un et l'autre.
Donnez-vous la peine , Monsieur , de
lire sa Vie , raportée par les Peres Labbe
et Echard , et vous y trouverez de quoi
vous former l'idée juste que l'on doit
avoir de notre Auteur et de ses Ouvra-
ges: Guido vir magni consilii , sensatus ,
fama , gratiâ , scientiâ et eloquentiâ clarus.
M. Sponde ad annum 1330. et le P. Ale-
xandre Siecle XIV . p . 148. lui donnent
dans leurs Annales les mêmes éloges . Le
P. Lelong , de l'Oratoiré , fait , dans sa
Bibliotheque Historique , le dénombre-
ment des plus célebres Bibliotheques qui
conservent cherement ses Manuscrits , et
il assure p. 78 2. que son Histoire impri-
mée des Comtes de Toulouze , est suivie
generalement de tous ; M. Baluze , le-
quel , au sentiment de M. Dupin , Siécle
XVII. p. 5. et p. 15. et de tout le monde,
étoit mieux versé que personne dans la
connoissance des Manuscrits , parlant de
notre Prélat , a dit dans son Histoire des
Papes d'Avignon , T. I. p. 579. Bernar-
dus Guidonis Auctor omni exceptione ma-
jor. Bernard Guidonis est un des plus cé-
lebres Auteurs ; et il l'a dit à l'occasion
de ses Additions à l'Ouvrage Historique
des nouveaux établissemens de l'Ordre
des Freres Précheurs , De Exordiis Ord.
II. Vol.
Prad
1344 MERCURE DE FRANCE
Prad. Ce scul témoignage autorise tout
ce que notre Ecrivain a dit de celui de
Poissy , qui est du nombre. Tous ces
Scavans , et plusieurs autres que je pou
rois citer, sont autant de témoins du mé-
rite de Guidonis , par les éloges qu'ils
lui donnent.
Vous ajoûtez enfin que personne n'a
jamais eu le courage de faire imprimer
aucun des Ouvrages Historiques de no-
tre Auteur , et le P. Echard T. I. p . 577.
>
en cite six , avec l'année et le lieu de
l'Impression. Historia Inquisitionis , &c.
Vovez aussi ce que Baillet dit en faveur de
Guidonis T. I. p. 36. Edit. de 1704.
4º. Guillaume de Chartres , Chapelain
de S. Louis , a écrit que ce pieux Roy
observoit les jeûnes qui étoient d'obliga
tion dans le Diocèse de Chartres , eò quod
de Carnotensi Diocesi oriundus existebat.
J'ai traduit ces mots : Parce qu'il étoit
né dans le Diocèse de Chartres. Et je
soutiens encore que c'est leur sens veri-
table et naturel.
Ce que j'ai avancé , qu'en cherchant
une autre autorité que celle de Catel ,
qui vous a paru trop foible , pour mon-
trer que j'ai bien expliqué le mot oriun-
dus , je l'ai trouvée sans peine cette au-
torité , et telle qu'elle ne laisse pas om-
II. Vol.
bre
JUIN.
11. Vol.
1737.
1345
bre de difficulté ; c'est la Vie de S. Eloy
par S. Ouen qui me l'a fournie. Elegius,
dit l'Historien, in Villa Catalanensi oriun-
dus fuit. On l'explique en disant que S.
Eloy nâquit à Cataillac près de Limoges,
et S. Olen ne permet pas de l'entendre
autrement , lorsqu'il ajoûte : ex hâc ergo
regione natus est : Il nâquit donc dans ce
Pays-là. Sum enim et ego , si fortè vos nes-
citis , civitate vestrâ oriundus , et à pueritia
nutritus : » Sçachez , disoitCorneille Agrip-
ра
» pa à ceux de Cologne , que je suis né
» et que j'ai été élevé dans votre Ville ,
qu'il apelle sa Patrie. Melchior, Adam
et Bayle citent cet oriundus pour prouver
qu'il y est né.
5º. Mais si le mot oriundus indique le
Lieu de la naissance temporelle , en se-
ra- t- il autrement du mot originis , em-
ployé par Philipe le Bel en 1304. dans
la Chartre de Fondation du Monastere
de Poissy ? M. Maillart les a expliqués
l'un comme l'autre , et vous en avez usé
de mêmesje n'y trouve aussi aucune dif-
ference ; je crois qu'ils ont la même si-
gnification ; cependant comme il vous
reste deux scrupules , je vais tâcher de
les lever.
On lit donc dans cette Chartre de
Fondation ( par laquelle le Roy accorde,
en
1546 MERCURE DE FRANCE
en vûë de la Naissance de S. Louis , in
honorem , &c. des Privileges bien plus
étendus que ceux de Neuville : Villam
ipsa
ORIGINIS SUE locum habebat.Il
avoit le Domaine de cette petite Ville de
Poissy , le Lieu de sa Naissance. Ce ver-
be habebat vous paroît receler quelque
mistere
,
et en vous en reservant l'intel-
ligence , vous avertissez le Public que si
on l'entend bien , il fait contre moi ; j'a-
voiie que je ne vois point cela , mais ce
que je vois fort bien , c'est que ce même
verbe habebat n'est point dans une autre
Chartre que Philipe le Bel accorda au
Monastere de Poissy , et qui est datée de
Chastillon- sur- Yndre , au mois d'Août
1305. In honorem Dei , B. V. M. nen nen
ad celebrem et specialem egregii Confessoris
B. Ludovici , Avi nostri , Monasterium
præteritis diebusfundare decrevimus in Villä
Pissiaci , ORIGINIS locum prefati Confes
soris , & c.
Ce verbe habebat , comme vous voyez,
n'est plus ici un obstacle , et afin que
vous n'ayez rien à désirer là dessus , lisez
un endroit de la Vie de S. Gregoire , Pa-
pe , écrite par un Chartreux du Val-
Dieu , du XV. Siécle , et raportée dans
le T. VI. p. 28. Veter. scrip. de D. Mar-
tenne , Benedictin. B. Gregorius , Papa ,
VI. Vol.
clarissimis
JUIN.
1737.
clarissimis ortus natalibus ;
8347
S. Gregoire ,
Pape , sorti d'une illustre Famille , ea
tempore duxit originem quo à nativitate Ch.
annus DXLI.volvebatur. nâquit en 541.Le
même Chartreux parle de Guidonis p.
70. comme d'un beau génie : Doctor so-
lertissimus edidit egregium opus speculi sanc-
toralis. Ce Docteur subtil est l'Auteur
de l'excellent Traité du Miroir des
Saints.
A l'égard de votre second scrupule ,
qui consiste en ce que vous ne pouvez
pas comprendre qu'on ait été mieux in-
formé du Lieu de la Naissance de Saint
Louis, que de l'année de cette Naissance,
sur laquelle les Historiens ne sont nul-
lement d'accord ; vous me permettrez de
vous dire que la Patrie est une chose sub-
sistante ; la Naissance des Grands Hom-
mes dans un Lieu fait honneur , et sou-
vent même elle lui est utile : il n'en est
pas de même de l'année , et eût- elle été
écrite dans le temps même , les Copistes
ne sont pas également exacts. On sçait
que Philipe le Bel avoit formé le dessein
de fonder un Monastere , non pas pour
rendre célebre l'Année de la Naissance
de S. Louis , son Ayeul ; c'est pour cela
qu'il n'en fut pas parlé , mais le Lieu où
il étoit né , qu'il déclare être la petite
II. Vol.
Ville
1348 MERCURE DE FRANCE
Ville de Poissy , ayant pû l'aprendre de
S. Louis , son Ayeul , auquel il avoit
parlé de Marguerite de Provence , son
Ayeule , avec laquelle il avoit conversé
17. ans , et celle- ci 18. avec la Reine
Blanche.
Que voulez-vous après cela qu'on dia
se de vos Chartres ? Je sçais le respect
que l'on doit avoir pour tout ce qui éma-
ne du Trône de nos Kois : mais la Char-
tre de Louis XII . dont j'ai aporté l'exem-
ple, donnée en 1513. en faveur de la Cour
des Aydes de Montpellier, pour être éga
lement émanée du Trône , ne fut pas
plus infaillible par le défaut de l'Exposé
quoique fait de bonne foy ) vos Char-
tres étant de ce caractere , elles n'en ont
pas aussi plus d'autorité .
Il n'y en a proprement que deux ;
( celle de 1475. se raportant entierement
à celle de 1468. ne doit être comptée
pour rien ) La premiere est de Louis XI.
et de l'an 1468. c'est-à-dire qu'elle a été
accordée aux Habitans de la Neuville-
en-Hez plus de 250.ans après la Naissan-
ce de S. Louis , et 198. après sa mort.
Ce qu'il y a de remarquable, c'est que
Louis XI. ne dit pas absolument dans
certe Chartre que S. Louis est né à la
Neuville ; quand il l'auroit dit , ce seroit
11. Vol.
encore
JUIN.
encore peu
1737.
1349
de chose: car on sçait bien
que
ce ne sont pas les Rois qui redigent les
Chartres ; mais après avoir écrit dans cel-
le-ci que S. Louis avoit pris Naissance à
la Neuville , on a eu soin d'ajoûter au
nom du Roy , ainsi qu'il nous a été af-
firmé. Par qui affirmé ? Ce n'est pas assu
rément par ceux qui étoient du temps de
S.Louis.Si l'on veut donc que cette Char-
tre prouve quelque chose,ce sera unique-
ment,que plus de 250 ans après la Nais-
sance de S. Louis , les Habitans de la
Neuville , ayant trouvé une protection
auprès de Louis XI . lui demanderent
une exemption pour un temps , que leur
pauvreté seule rendoit nécessaire ; que,
pour être écoutés plus favorablement, ils
exposerent que S. Louis étoit né chés eux;
et que Louis XI . leur accorda ce qu'ils
demandoient sur un oui dire , sans avoir
fait examiner la verité de cette partie de
leur Exposé.
Je n'aurai pas de peine à montrer que
la Chartre d'Henry IV. qui vous a pa
ru si curieuse , ne prouve pas davantage.
Le Roy y dit que les Habitans de la Neu-
ville lui ont exposé qu'ils avoient obte-
nu autrefois plusieurs graces , entr'autres
une Chartre de S.Louis , qui la leur avoit
accordée en consideration de ce qu'il
11. Vol.
avoit
1350 MERCUREDE FRANCE
avoit pris Naissance au Château de la
Neuville. Vous voyez , Monsieur, que ce
sont encore ici les Habitans qui parlent ,
et qui parlent d'une Chartre qu'ils n'a-
voient pas , et qu'ils disent que S. Louis
leur avoit accordée , comme l'ayant oüi
dire.
Enfin tout s'opose à vos Chartres , et
rien ne les favorise . Que d'obstacles à
franchir
que de difficultés à résoudre !
et à combien de conjectures n'êtes- vous
pas obligé de recourir pour trouver quel
que Epoque de la Naissance de S. Louis
à Neuville ? On aura beau chercher le
sujet du voyage de la Princesse Blanche,
qui n'étoit pas encore Keine , M. Mail-
lart avoue dans sa Lettre, et vous Mon-
sieur, vous faites connoître, par les beaux
traits
Histoire dont vous avez enrichi
la vôtre , que vous n'avez rien oublié
l'un et l'autre pour le trouver ce sujet ,
mais sans succès. Après de si habiles
cri.
vains , qui osera se flatter d'y réussir ?
Il en faudra donc toujours revenir au
Château de Poissy , le séjour ordinaire
de cette Princesse.
Je suis , Monsieur , &c.
A Paris le 1. Juin 1737.
Dominicain, à la Lettre de M. le Beuf,
Chanoine de L. C. D. imprimée dans
le Mercure de Mars 1737. au sujet du
Lieu de la Naissance de Saint Louis,
Roy de France.
J'avois vû, Monsieur, d'abord avec
plaisir, votre nom à la tête de la Lettre
à laquelle j'ai l'honneur de répondre;
comme ce qui vient de vous est ordinai-
rement rempli d'érudition et de recher-
ches, je m'attendois à y trouver des
éclaircissemens sur la question agitée en-
tre M. Maillart et moi , d'autant mieux
quejevoyois paroître sur les rangsur Ecri-
vain d'un mérite distingué, sans qu'il eût
aucun interêt au sujet de notre dispute.
Ce n'est donc pas sans raison que j'ai été
surpris de ne voir presque dans certe Let-
tre que les Chartres de la Neuville- en-
11. Vol
Hez ,
JUIN.
1737
1339
Hez , avec quelques avis, dont vous con-
viendrez vous-même que je n'avois pas
besoin , lorsque vous y aurez fait re
Aexion.
1º. Je me suis fait illusion , si on vous
en croit , lorsque j'ai soutenu que M.
Baillet , qui a placé à Poissy la Naissance
de S. Louis , connoissoit les Chartres de
la Neuville , où il étoit né lui- même , et
pour prouver ma prétendue méprise
de cet Ouvrage , à laquelle il présida
>
vous observez que la Note que j'ai copiée
dans les Vies des Saints de ce celebre Cri-
sique , n'est pas dans la premiere Edition
mais seulement dans deux Editions faites
long- temps après sa mort ; sçavoir , en
1715. et en 1724.d'où vous concluez que
cette Note n'est pas de M. Baillet , mais
de l'Editeur.
Comment avez vous pû ignorer, Mon.
sieur , que l'Edition de 1701. qui est la
premiere , ayant été épuisée en très- peu
.de temps , on en fit une seconde , revie
et augmentée par l'Auteur , qui fut mise
en vente dès l'an 1704. chés Jean de
Nully. Baillet étoit alors plein de vie ,
il ne mourut que le 21. Janvier 1706.
Ce fut donc lui-même qui , au Tome II.
de cette Edition p. 379. après avoir écrit
dans le Texte : Louis IX. Roy de France
II. Vol
nâquir
1340 MERCURE DE FRANCE
nâquit à Poissy , ajoûta cette Note. >> On
» voit deux Actes de nos Rois , l'un de
» Louis XI. et l'autre de Henry I V. qui
» portent qu'il est né à Neuville- en-Hez ,
" Bourg du Diocèse de Beauvais, » C'est
lui qui en disant ensuite p. 383. » que
» S. Louis retournoit ordinairement à
» Poissy , non pas tant pour y être né
» que pour y avoir reçû le Baptême »
montre qu'il n'avoit point d'égard à ces
Chartres. De plus on lit au IV. Tome p.
292. qu'il y avoit eu en 1215. trois éve-
nemens remarquables , dont l'un étoit la
Naissance de S. Louis à Poissy.
M. le Gendre a suivi son exemple , et
malgré ces Chartres , il a écrit T. III. P.
120. de l'Histoire de France , imprimée
à Paris, 12. ans après la mort de M. Bail
let : Louis VIII. eut pour enfans , &c .
S. Louis né à Poissy.
2º. La proximité d'une ruë , dites
vous , a empêché de bâtir le Sanctuaire
de l'Eglise des Dames de Poissy vers l'O-
rient ; cela est vrai , mais ce fut pour ac-
corder cette proximité avec l'endroit où
S. Louis étoit né , sur lequel on voulut
placer le Maître Autel.
3 °. L'autorité de Guidonis , Dominicain ,
né en 1260. Evêque de Lodéve en 1324.
quej'ai cité, m'a paru d'autant plus décisi-
II. Vol.
ve
JUIN.
1737.
1347
ve pour prouver la Naissance de S.Louis à
Poissy , qu'un autre Ecrivain , lequel té-
moigne , selon le P. Echard , l'avoir
connu , assure dans l'Abregé qu'il a fait
de sa Vie , qu'il étoit à la suite de la
Cour de France en 1318. envoyé par le
Pape Jean XXII. pour terminer la
Guerre qui étoit entre le Roy Philipe V.
et les Flamans. Ce qui réussit, dit Meze-
ray , le 20. May 1320. Guidonis , alors
Inquisiteur de Toulouze , et Procureur
General de son Ordre ; dum Inquisitionis
et Procurationis officiis fungeretur , obligé
en cette derniere qualité , de veiller à
l'execution de la Fondation d'un Monas-
tere de son Ordre , faite à Poissy , à cinq
petites lieuës de Paris ; Guidonis , dis - je ,
pouvoit-il ignorer , n'étoit- il pas même
obligé de sçavoir le dessein de Philipe le
Bel et des Princes , ses deux fils , Philipe
Vet Charles IV . auxquels il avoit l'hon-
neur de parler , déclarés avec leur Perc
dans le Nécrologe de certe Maison , Au-
teurs de ces grands Edifices ?
J'ai donc suivi les regles d'une saine
critique , lorsque j'ai regardé ce Prélat
comme un bon garant de la verité que
je défends ; il dit nettement que Philipe
le Bel fonda le Monastere de Poissy in
bonorem Avi sui qui apud Pissiacum natës
1 I. Vol.
esis
1342 MERCURE DE FRANCE
ests et c'est en termes aussi exprès , qu'il
assure dans la Relation de cette Fonda-
tion , que le Lieu de Poissy fut choisi
préférablement à tout autre , parce que
S. Louis y étoit né.
Vous ne voulez pourtant point qu'on
s'arrête à ce témoignage
parce que ,
>> dites- vous, les OuvragesHistoriques de
» Guidonis sont remplis d'une inexacti-
» tude qui leur a'attiré le mépris des Sça-
» vans, et qui est la cause qu'ils restent
» oubliés dans la poussiere des Biblio-
> theques , sans que personne ait jamais
» eu le courage de les rendre publics par
» l'impression. Les Sçavans , selon vous,
méprisent ses Ouvrages Historiques , & c.
Mais tous les Sçavans dont vous voulez
parler se réduisent à un des Continua-
teurs de Bollandus , qui même n ' . dit
autre chose , sinon que la Vie de Saint
Justin d'Aquitaine , publiée par Gui-
donis , contient des fables. A quoi le
P. Echard répond : hasfabulas Bernardo
non tribuas » En effet , Guidonis paroît
>> ici un Ecrivain zelé , lequel ayant
» découvert cette Piece en Gascogne,
» n'a eu d'autre dessein' que de la con-
» server en entier , afin que ce qu'il y a
» de fabuleux ne fut pas cause de la per-
se de ce qu'il y a de vrai , sans préten
ᏞᎥᏤ .
dre
JUIN.
1737
7343
dre autoriser également l'un et l'autre.
Donnez-vous la peine , Monsieur , de
lire sa Vie , raportée par les Peres Labbe
et Echard , et vous y trouverez de quoi
vous former l'idée juste que l'on doit
avoir de notre Auteur et de ses Ouvra-
ges: Guido vir magni consilii , sensatus ,
fama , gratiâ , scientiâ et eloquentiâ clarus.
M. Sponde ad annum 1330. et le P. Ale-
xandre Siecle XIV . p . 148. lui donnent
dans leurs Annales les mêmes éloges . Le
P. Lelong , de l'Oratoiré , fait , dans sa
Bibliotheque Historique , le dénombre-
ment des plus célebres Bibliotheques qui
conservent cherement ses Manuscrits , et
il assure p. 78 2. que son Histoire impri-
mée des Comtes de Toulouze , est suivie
generalement de tous ; M. Baluze , le-
quel , au sentiment de M. Dupin , Siécle
XVII. p. 5. et p. 15. et de tout le monde,
étoit mieux versé que personne dans la
connoissance des Manuscrits , parlant de
notre Prélat , a dit dans son Histoire des
Papes d'Avignon , T. I. p. 579. Bernar-
dus Guidonis Auctor omni exceptione ma-
jor. Bernard Guidonis est un des plus cé-
lebres Auteurs ; et il l'a dit à l'occasion
de ses Additions à l'Ouvrage Historique
des nouveaux établissemens de l'Ordre
des Freres Précheurs , De Exordiis Ord.
II. Vol.
Prad
1344 MERCURE DE FRANCE
Prad. Ce scul témoignage autorise tout
ce que notre Ecrivain a dit de celui de
Poissy , qui est du nombre. Tous ces
Scavans , et plusieurs autres que je pou
rois citer, sont autant de témoins du mé-
rite de Guidonis , par les éloges qu'ils
lui donnent.
Vous ajoûtez enfin que personne n'a
jamais eu le courage de faire imprimer
aucun des Ouvrages Historiques de no-
tre Auteur , et le P. Echard T. I. p . 577.
>
en cite six , avec l'année et le lieu de
l'Impression. Historia Inquisitionis , &c.
Vovez aussi ce que Baillet dit en faveur de
Guidonis T. I. p. 36. Edit. de 1704.
4º. Guillaume de Chartres , Chapelain
de S. Louis , a écrit que ce pieux Roy
observoit les jeûnes qui étoient d'obliga
tion dans le Diocèse de Chartres , eò quod
de Carnotensi Diocesi oriundus existebat.
J'ai traduit ces mots : Parce qu'il étoit
né dans le Diocèse de Chartres. Et je
soutiens encore que c'est leur sens veri-
table et naturel.
Ce que j'ai avancé , qu'en cherchant
une autre autorité que celle de Catel ,
qui vous a paru trop foible , pour mon-
trer que j'ai bien expliqué le mot oriun-
dus , je l'ai trouvée sans peine cette au-
torité , et telle qu'elle ne laisse pas om-
II. Vol.
bre
JUIN.
11. Vol.
1737.
1345
bre de difficulté ; c'est la Vie de S. Eloy
par S. Ouen qui me l'a fournie. Elegius,
dit l'Historien, in Villa Catalanensi oriun-
dus fuit. On l'explique en disant que S.
Eloy nâquit à Cataillac près de Limoges,
et S. Olen ne permet pas de l'entendre
autrement , lorsqu'il ajoûte : ex hâc ergo
regione natus est : Il nâquit donc dans ce
Pays-là. Sum enim et ego , si fortè vos nes-
citis , civitate vestrâ oriundus , et à pueritia
nutritus : » Sçachez , disoitCorneille Agrip-
ра
» pa à ceux de Cologne , que je suis né
» et que j'ai été élevé dans votre Ville ,
qu'il apelle sa Patrie. Melchior, Adam
et Bayle citent cet oriundus pour prouver
qu'il y est né.
5º. Mais si le mot oriundus indique le
Lieu de la naissance temporelle , en se-
ra- t- il autrement du mot originis , em-
ployé par Philipe le Bel en 1304. dans
la Chartre de Fondation du Monastere
de Poissy ? M. Maillart les a expliqués
l'un comme l'autre , et vous en avez usé
de mêmesje n'y trouve aussi aucune dif-
ference ; je crois qu'ils ont la même si-
gnification ; cependant comme il vous
reste deux scrupules , je vais tâcher de
les lever.
On lit donc dans cette Chartre de
Fondation ( par laquelle le Roy accorde,
en
1546 MERCURE DE FRANCE
en vûë de la Naissance de S. Louis , in
honorem , &c. des Privileges bien plus
étendus que ceux de Neuville : Villam
ipsa
ORIGINIS SUE locum habebat.Il
avoit le Domaine de cette petite Ville de
Poissy , le Lieu de sa Naissance. Ce ver-
be habebat vous paroît receler quelque
mistere
,
et en vous en reservant l'intel-
ligence , vous avertissez le Public que si
on l'entend bien , il fait contre moi ; j'a-
voiie que je ne vois point cela , mais ce
que je vois fort bien , c'est que ce même
verbe habebat n'est point dans une autre
Chartre que Philipe le Bel accorda au
Monastere de Poissy , et qui est datée de
Chastillon- sur- Yndre , au mois d'Août
1305. In honorem Dei , B. V. M. nen nen
ad celebrem et specialem egregii Confessoris
B. Ludovici , Avi nostri , Monasterium
præteritis diebusfundare decrevimus in Villä
Pissiaci , ORIGINIS locum prefati Confes
soris , & c.
Ce verbe habebat , comme vous voyez,
n'est plus ici un obstacle , et afin que
vous n'ayez rien à désirer là dessus , lisez
un endroit de la Vie de S. Gregoire , Pa-
pe , écrite par un Chartreux du Val-
Dieu , du XV. Siécle , et raportée dans
le T. VI. p. 28. Veter. scrip. de D. Mar-
tenne , Benedictin. B. Gregorius , Papa ,
VI. Vol.
clarissimis
JUIN.
1737.
clarissimis ortus natalibus ;
8347
S. Gregoire ,
Pape , sorti d'une illustre Famille , ea
tempore duxit originem quo à nativitate Ch.
annus DXLI.volvebatur. nâquit en 541.Le
même Chartreux parle de Guidonis p.
70. comme d'un beau génie : Doctor so-
lertissimus edidit egregium opus speculi sanc-
toralis. Ce Docteur subtil est l'Auteur
de l'excellent Traité du Miroir des
Saints.
A l'égard de votre second scrupule ,
qui consiste en ce que vous ne pouvez
pas comprendre qu'on ait été mieux in-
formé du Lieu de la Naissance de Saint
Louis, que de l'année de cette Naissance,
sur laquelle les Historiens ne sont nul-
lement d'accord ; vous me permettrez de
vous dire que la Patrie est une chose sub-
sistante ; la Naissance des Grands Hom-
mes dans un Lieu fait honneur , et sou-
vent même elle lui est utile : il n'en est
pas de même de l'année , et eût- elle été
écrite dans le temps même , les Copistes
ne sont pas également exacts. On sçait
que Philipe le Bel avoit formé le dessein
de fonder un Monastere , non pas pour
rendre célebre l'Année de la Naissance
de S. Louis , son Ayeul ; c'est pour cela
qu'il n'en fut pas parlé , mais le Lieu où
il étoit né , qu'il déclare être la petite
II. Vol.
Ville
1348 MERCURE DE FRANCE
Ville de Poissy , ayant pû l'aprendre de
S. Louis , son Ayeul , auquel il avoit
parlé de Marguerite de Provence , son
Ayeule , avec laquelle il avoit conversé
17. ans , et celle- ci 18. avec la Reine
Blanche.
Que voulez-vous après cela qu'on dia
se de vos Chartres ? Je sçais le respect
que l'on doit avoir pour tout ce qui éma-
ne du Trône de nos Kois : mais la Char-
tre de Louis XII . dont j'ai aporté l'exem-
ple, donnée en 1513. en faveur de la Cour
des Aydes de Montpellier, pour être éga
lement émanée du Trône , ne fut pas
plus infaillible par le défaut de l'Exposé
quoique fait de bonne foy ) vos Char-
tres étant de ce caractere , elles n'en ont
pas aussi plus d'autorité .
Il n'y en a proprement que deux ;
( celle de 1475. se raportant entierement
à celle de 1468. ne doit être comptée
pour rien ) La premiere est de Louis XI.
et de l'an 1468. c'est-à-dire qu'elle a été
accordée aux Habitans de la Neuville-
en-Hez plus de 250.ans après la Naissan-
ce de S. Louis , et 198. après sa mort.
Ce qu'il y a de remarquable, c'est que
Louis XI. ne dit pas absolument dans
certe Chartre que S. Louis est né à la
Neuville ; quand il l'auroit dit , ce seroit
11. Vol.
encore
JUIN.
encore peu
1737.
1349
de chose: car on sçait bien
que
ce ne sont pas les Rois qui redigent les
Chartres ; mais après avoir écrit dans cel-
le-ci que S. Louis avoit pris Naissance à
la Neuville , on a eu soin d'ajoûter au
nom du Roy , ainsi qu'il nous a été af-
firmé. Par qui affirmé ? Ce n'est pas assu
rément par ceux qui étoient du temps de
S.Louis.Si l'on veut donc que cette Char-
tre prouve quelque chose,ce sera unique-
ment,que plus de 250 ans après la Nais-
sance de S. Louis , les Habitans de la
Neuville , ayant trouvé une protection
auprès de Louis XI . lui demanderent
une exemption pour un temps , que leur
pauvreté seule rendoit nécessaire ; que,
pour être écoutés plus favorablement, ils
exposerent que S. Louis étoit né chés eux;
et que Louis XI . leur accorda ce qu'ils
demandoient sur un oui dire , sans avoir
fait examiner la verité de cette partie de
leur Exposé.
Je n'aurai pas de peine à montrer que
la Chartre d'Henry IV. qui vous a pa
ru si curieuse , ne prouve pas davantage.
Le Roy y dit que les Habitans de la Neu-
ville lui ont exposé qu'ils avoient obte-
nu autrefois plusieurs graces , entr'autres
une Chartre de S.Louis , qui la leur avoit
accordée en consideration de ce qu'il
11. Vol.
avoit
1350 MERCUREDE FRANCE
avoit pris Naissance au Château de la
Neuville. Vous voyez , Monsieur, que ce
sont encore ici les Habitans qui parlent ,
et qui parlent d'une Chartre qu'ils n'a-
voient pas , et qu'ils disent que S. Louis
leur avoit accordée , comme l'ayant oüi
dire.
Enfin tout s'opose à vos Chartres , et
rien ne les favorise . Que d'obstacles à
franchir
que de difficultés à résoudre !
et à combien de conjectures n'êtes- vous
pas obligé de recourir pour trouver quel
que Epoque de la Naissance de S. Louis
à Neuville ? On aura beau chercher le
sujet du voyage de la Princesse Blanche,
qui n'étoit pas encore Keine , M. Mail-
lart avoue dans sa Lettre, et vous Mon-
sieur, vous faites connoître, par les beaux
traits
Histoire dont vous avez enrichi
la vôtre , que vous n'avez rien oublié
l'un et l'autre pour le trouver ce sujet ,
mais sans succès. Après de si habiles
cri.
vains , qui osera se flatter d'y réussir ?
Il en faudra donc toujours revenir au
Château de Poissy , le séjour ordinaire
de cette Princesse.
Je suis , Monsieur , &c.
A Paris le 1. Juin 1737.
Fermer
2792
p. 1351-1357
PLAINTE ET REMONTRANCE à M. Albert, Docteur en Médecine, sur son retardement à prendre un Cheval.
Début :
Dis-moi, mon cher Albert, quel caprice bizare ? [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PLAINTE ET REMONTRANCE à M. Albert, Docteur en Médecine, sur son retardement à prendre un Cheval.
PLAINTE ET REMONTRANCE
à M. Albert, Docteur en Médecine,
sur son retardement à prendre un Cheval.
Dis-moi, mon cher Albert, quel caprice bizare ?
Au mépris de l'humanité ,
Te rend sourd à nos cris, à toi-même barbare ,
Et te porte sans cesse à risquer ta santé ?
Quoi les rares talens , la profonde science ,
Ne peuvent-ils permettre un peu de complaisance
Mon discours te surprend ; tu parois interdit ;
Ecoute donc , Albert , le fait dont il s'agit.
Depuis le lever de l'Aurore ,
Jusqu'au retour des ombres de la nuit,
Par ton seul aspect qu'on implore ,
Effrayant le trépas qui t'évite et te fuit ,
Tu cours à pied vers quiconque t'apelle ;
Mais ta langueur malgré toi se décele ,
Elle fait qu'en Chorus tout le monde te dit :
Eh Monsieur , on vous en conjure ;
Monsieur le Médecin prenez une monture,
A bon droit mis au rang des plus fameux Doc
tears,
Quelle noire et coupable envie ,
II. Vola
E
A&
1352 MERCURE DE FRANCE
Au milieu de tant de grandeurs ,
Te fait renoncer à la vie ?
De ce don ( tu le sçais ) fatal ou précieux 2
Tout Mortel est comptable aux Dieux ;
Il n'en est que dépositaire ;
Qui sans eux en dispose est un audacieux ;
Il devient à l'instant l'objet de leur colere.
Ce Principe adopté de tout le genre humain ,
Nous induit dabord à conclure
Qu'il ne t'est pas permis de remettre à demain
A te servir d'une monture.
On sçait qu'un Cheval autrefois
Causa le sac et l'incendie
D'une illustre Ville d'Asie ;
Mais ce Cheval étoit de bois :
De l'absolu Destin telles furent les Loix ;
Aujourd'hui le sort veut qu'anCheval plein de vio
Sauvant Albert , sauve notre Patric :
Auquel de ces Chevaux divers ,
Donner ici la préference ?
Au Grec funeste Auteur d'un funeste revers
Ah! que le tien pour l'Univers ,
Seroit bien d'une autre importance ! ;
L'un cachoit dans ŝes flancs un trépas médité
Au Troyen, que trompa sa vaine confiance ;
Le tien en croupe avec pleine assurance,
Nous aporteroit la santé :
II. Vele
Mais
JUIN.
1737་
Mais vainement ce Fait te seroit-il citë ,
1353
Comme beau trait d'Histoire et de Litterature,
Si je n'en inférois avec vivacité
Que tu ne peux sans blesser l'équité ,
Sans forfaire à l'honneur , te passer de monture,
Il faudra,j'en conviens,compter quelques ducats,
7
Et pour l'achapt et pour la nourriture 3
Mais , ami , dans la sépulture
Tu sçais qu'on en fait peu de cas.
Caron , qui des grands cœurs n'est pas le vrai
modele ,
Me dira-t'on , ne passe pas
Les Morts gratis dans sa nacelle ;
Mais pour ce,faut- il donc d'argent si gros ama
Un seul teston suffit pour ce passage ;
Laisse aux avares désormais
Le lugubre et vain avantage
De toujours amasser , de ne joüir jamais ,
'D'être pour s'enrichir toujours à la torture.
Pour toi , mets à profit et l'argent et le temps
Et sûr , avec les tiens , de prolonger nos ans,
Entretiens à tes frais une utile monture.
Eh que m'importe enfin à moi ,
Que chacun ait vû devant toi
Disparoître l'apopléxic ,
La fievre s'éclipser , et fuir la pleurésie ,
Sije suis malheureux par ton entêrement ?
II. Vol
E ij
TOR
1354 MERCURE DE FRANCE
Ton Ombre à mon esprit s'offre à chaque mo
ment ,
Toute prête à passer les rives du Cocyte.
Cher Albert , c'est alors , ah ! c'est dans ces ins
tan's
Que dans tes soins , dans tes talens ,
Dans ton zele , dans ton mérite ,
Je trouve mon propre tourment :
Contre toi je me livre à la plainte , au murmure,
Je m'écrie : Ah , le traître ! il fausse son serment;
Cent fois il me promit de prendre une monture.
Vingt lustres bien complets de santé, de vigueur!
Quel est le Médecin qui ne s'en fît honneur ?
Mais qu'en la fleur des ans un Médecin expire ,
Quelle honte ! non, non , je veux bien te le dire ,
Pour marcher à pas lents vers l'Empire des Morts,
Pour n'ariver que tard aux sombres bords ,
Pour entrer des derniers dans la funeste Barque ,
Cu passent côte- à- côte et Berger et Monarque
Pour filer de longs jours sans crainte et sans
regret ,
• Il n'est pour toi qu'un seul secret ,
Secret dicté par la bonne Nature ;
voici , c'est une monture.
Quel désespoir pour Atropos !
Tous les jours sont marqués de quelque illustre
Cure ;
II. Vol
Ardents
JUIN.
1737.
1355
Ardente à t'en punir , à venger son injure ,
Je la vois aiguiser ses funestes Ciseaux ;
Mais qu'importe ? avec avantage ,
Tu peux vaincre et dompter son implacable rage:
Nouveau Bellerophon , sur un noble Coursier ,
Combats, poursuis , foudroye, Albert, ce Mons-
tre altier ;
Opose à sa furie un courage intrépide.
Que la cruelle , Ami , que la perfide ,
En toi retrouve un Paladin , *
Mais comment tenter l'avanture ,
Comment pouvoir la mettre à fin ,
Cher Albert , sans une monture ?
Esculape , il est vrai , de ses dons précieux
Abondamment te favorise ,
Et sur nous , cher Ami , d'une façon exquise
Tu sçais à plaines mains les répandre en ces lieux;
A l'instar de ce Dieu de salubre memoire ,
D'être utile aux Mortels tu te fais une gloire ;
Mais le crois- tu qu'Esculape autrefois ,
S'excedât de fatigue et se mit aux abois ?
Il s'en falloit du tout que tel fût son sistême.
De carrefour en carrefour ,
Un Char portoit sa Déïté suprême.
Esculape nouveau , tu pourois à ton tour
User de pareille voiture ;
Quifit deplus d'un Monstre ample déconfiture:
II. Vol.
E iij
Mais
1356 MERCURE DE FRANCE
Mais si pour ce faste ton cœur
Ressent une secrette horreur ,
Du moins imite en son allure
Celui dont Rossinante étayoit la figure ;
Comme ce Parangon d'honneur ,
Ne vas nulle part sans monture.
Je ne te parle point de ta chere Moitié ,
Tu dois , en tendre Epoux, faire tarir ses larmes.
A les faire couler trouves-tu tant de charmes ?
Infidele à l'amour , rebelle à la pitié ,
Te refuser aux vœux d'une tendre amitié !.
Cher Albert , pardonne à la mienne ,
Qui demande de toi plus de ménagement ;
Mais qu'importe après tout , pourvû que je l'obe
tienne ,
Qu'Albert chemine enfin commodément ;
Soit qu'un genest de superbe encolure ,
Soit qu'un criquet et modeste et benin ,
Glorieux de porter un grave Médecin ,
Soit en tout temps,en tout lieu ta monture.
De plaisir mon cœur est comblé ;
Oui , le tien est touché des vœux et des prieres
De tout un Peuple désolé.
De la raison en toi renaissent les lumieres.
Peuple , votre bonheur ne peut être égalé ;
Albert va terminer la noire inquiétude ,
11. Vol.
Dont
JUIN.
1737:
Dont vous étiez justement accablé,
Il se fera dans la suite une étude
7357
De conserver ses forces , sa vigueur ,
Et son teint nous peindra le Printemps en sa
Aeur ;
Mais que vois-je ! ah déja se remplit cet augure,
Contentez-vous mes yeux , vous le voyez enfin ,
Vous le voyez ce chéri Médecin ;
On n'en peut plus douter ; il est sur sa monture.
Par M. de Sommevesle.
à M. Albert, Docteur en Médecine,
sur son retardement à prendre un Cheval.
Dis-moi, mon cher Albert, quel caprice bizare ?
Au mépris de l'humanité ,
Te rend sourd à nos cris, à toi-même barbare ,
Et te porte sans cesse à risquer ta santé ?
Quoi les rares talens , la profonde science ,
Ne peuvent-ils permettre un peu de complaisance
Mon discours te surprend ; tu parois interdit ;
Ecoute donc , Albert , le fait dont il s'agit.
Depuis le lever de l'Aurore ,
Jusqu'au retour des ombres de la nuit,
Par ton seul aspect qu'on implore ,
Effrayant le trépas qui t'évite et te fuit ,
Tu cours à pied vers quiconque t'apelle ;
Mais ta langueur malgré toi se décele ,
Elle fait qu'en Chorus tout le monde te dit :
Eh Monsieur , on vous en conjure ;
Monsieur le Médecin prenez une monture,
A bon droit mis au rang des plus fameux Doc
tears,
Quelle noire et coupable envie ,
II. Vola
E
A&
1352 MERCURE DE FRANCE
Au milieu de tant de grandeurs ,
Te fait renoncer à la vie ?
De ce don ( tu le sçais ) fatal ou précieux 2
Tout Mortel est comptable aux Dieux ;
Il n'en est que dépositaire ;
Qui sans eux en dispose est un audacieux ;
Il devient à l'instant l'objet de leur colere.
Ce Principe adopté de tout le genre humain ,
Nous induit dabord à conclure
Qu'il ne t'est pas permis de remettre à demain
A te servir d'une monture.
On sçait qu'un Cheval autrefois
Causa le sac et l'incendie
D'une illustre Ville d'Asie ;
Mais ce Cheval étoit de bois :
De l'absolu Destin telles furent les Loix ;
Aujourd'hui le sort veut qu'anCheval plein de vio
Sauvant Albert , sauve notre Patric :
Auquel de ces Chevaux divers ,
Donner ici la préference ?
Au Grec funeste Auteur d'un funeste revers
Ah! que le tien pour l'Univers ,
Seroit bien d'une autre importance ! ;
L'un cachoit dans ŝes flancs un trépas médité
Au Troyen, que trompa sa vaine confiance ;
Le tien en croupe avec pleine assurance,
Nous aporteroit la santé :
II. Vele
Mais
JUIN.
1737་
Mais vainement ce Fait te seroit-il citë ,
1353
Comme beau trait d'Histoire et de Litterature,
Si je n'en inférois avec vivacité
Que tu ne peux sans blesser l'équité ,
Sans forfaire à l'honneur , te passer de monture,
Il faudra,j'en conviens,compter quelques ducats,
7
Et pour l'achapt et pour la nourriture 3
Mais , ami , dans la sépulture
Tu sçais qu'on en fait peu de cas.
Caron , qui des grands cœurs n'est pas le vrai
modele ,
Me dira-t'on , ne passe pas
Les Morts gratis dans sa nacelle ;
Mais pour ce,faut- il donc d'argent si gros ama
Un seul teston suffit pour ce passage ;
Laisse aux avares désormais
Le lugubre et vain avantage
De toujours amasser , de ne joüir jamais ,
'D'être pour s'enrichir toujours à la torture.
Pour toi , mets à profit et l'argent et le temps
Et sûr , avec les tiens , de prolonger nos ans,
Entretiens à tes frais une utile monture.
Eh que m'importe enfin à moi ,
Que chacun ait vû devant toi
Disparoître l'apopléxic ,
La fievre s'éclipser , et fuir la pleurésie ,
Sije suis malheureux par ton entêrement ?
II. Vol
E ij
TOR
1354 MERCURE DE FRANCE
Ton Ombre à mon esprit s'offre à chaque mo
ment ,
Toute prête à passer les rives du Cocyte.
Cher Albert , c'est alors , ah ! c'est dans ces ins
tan's
Que dans tes soins , dans tes talens ,
Dans ton zele , dans ton mérite ,
Je trouve mon propre tourment :
Contre toi je me livre à la plainte , au murmure,
Je m'écrie : Ah , le traître ! il fausse son serment;
Cent fois il me promit de prendre une monture.
Vingt lustres bien complets de santé, de vigueur!
Quel est le Médecin qui ne s'en fît honneur ?
Mais qu'en la fleur des ans un Médecin expire ,
Quelle honte ! non, non , je veux bien te le dire ,
Pour marcher à pas lents vers l'Empire des Morts,
Pour n'ariver que tard aux sombres bords ,
Pour entrer des derniers dans la funeste Barque ,
Cu passent côte- à- côte et Berger et Monarque
Pour filer de longs jours sans crainte et sans
regret ,
• Il n'est pour toi qu'un seul secret ,
Secret dicté par la bonne Nature ;
voici , c'est une monture.
Quel désespoir pour Atropos !
Tous les jours sont marqués de quelque illustre
Cure ;
II. Vol
Ardents
JUIN.
1737.
1355
Ardente à t'en punir , à venger son injure ,
Je la vois aiguiser ses funestes Ciseaux ;
Mais qu'importe ? avec avantage ,
Tu peux vaincre et dompter son implacable rage:
Nouveau Bellerophon , sur un noble Coursier ,
Combats, poursuis , foudroye, Albert, ce Mons-
tre altier ;
Opose à sa furie un courage intrépide.
Que la cruelle , Ami , que la perfide ,
En toi retrouve un Paladin , *
Mais comment tenter l'avanture ,
Comment pouvoir la mettre à fin ,
Cher Albert , sans une monture ?
Esculape , il est vrai , de ses dons précieux
Abondamment te favorise ,
Et sur nous , cher Ami , d'une façon exquise
Tu sçais à plaines mains les répandre en ces lieux;
A l'instar de ce Dieu de salubre memoire ,
D'être utile aux Mortels tu te fais une gloire ;
Mais le crois- tu qu'Esculape autrefois ,
S'excedât de fatigue et se mit aux abois ?
Il s'en falloit du tout que tel fût son sistême.
De carrefour en carrefour ,
Un Char portoit sa Déïté suprême.
Esculape nouveau , tu pourois à ton tour
User de pareille voiture ;
Quifit deplus d'un Monstre ample déconfiture:
II. Vol.
E iij
Mais
1356 MERCURE DE FRANCE
Mais si pour ce faste ton cœur
Ressent une secrette horreur ,
Du moins imite en son allure
Celui dont Rossinante étayoit la figure ;
Comme ce Parangon d'honneur ,
Ne vas nulle part sans monture.
Je ne te parle point de ta chere Moitié ,
Tu dois , en tendre Epoux, faire tarir ses larmes.
A les faire couler trouves-tu tant de charmes ?
Infidele à l'amour , rebelle à la pitié ,
Te refuser aux vœux d'une tendre amitié !.
Cher Albert , pardonne à la mienne ,
Qui demande de toi plus de ménagement ;
Mais qu'importe après tout , pourvû que je l'obe
tienne ,
Qu'Albert chemine enfin commodément ;
Soit qu'un genest de superbe encolure ,
Soit qu'un criquet et modeste et benin ,
Glorieux de porter un grave Médecin ,
Soit en tout temps,en tout lieu ta monture.
De plaisir mon cœur est comblé ;
Oui , le tien est touché des vœux et des prieres
De tout un Peuple désolé.
De la raison en toi renaissent les lumieres.
Peuple , votre bonheur ne peut être égalé ;
Albert va terminer la noire inquiétude ,
11. Vol.
Dont
JUIN.
1737:
Dont vous étiez justement accablé,
Il se fera dans la suite une étude
7357
De conserver ses forces , sa vigueur ,
Et son teint nous peindra le Printemps en sa
Aeur ;
Mais que vois-je ! ah déja se remplit cet augure,
Contentez-vous mes yeux , vous le voyez enfin ,
Vous le voyez ce chéri Médecin ;
On n'en peut plus douter ; il est sur sa monture.
Par M. de Sommevesle.
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2793
p. 1375-1376
ENIGME.
Début :
Je suis le frere aîné d'une cruelle soeur, [...]
Mots clefs :
Sommeil
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
E suis le frere aîné d'une cruelle soeur ;
Qui ne peut inspirer que la crainte et l'horreur ;
Pour moi , plus bienfaisant j'ai pour mon apanage
Paix , douceur et repos , tout vient me rendre
hommage.
Je sçais m'assujettir les Bergers et les Rois ,
Et tout ce qui respire est soumis à mes loix.
Le plus sublime esprit sans entrer en délire
Egare sa raison abordant mon Empire.
Je puis , quand il me plaît , répandre à pleines
mains ,
Selon leurs goûts divers , cent dons sur les Huanains
,
II. Vol. Mais
F
1376 MERCURE DE FRANC
Mais quelquefois aussi par un égal capm
Je les conduis moi seul au fond du préc
Ce n'est pas tout encor , je verse sur Iris ,
Sans le secours de l'Art , le plus beau coloris ;
Pour comble de faveurs j'offre à tous un azile ,
Où le plus malheureux pour un temps est trang
quille,
Par Maget , Greffier du Présidial de Sens.
E suis le frere aîné d'une cruelle soeur ;
Qui ne peut inspirer que la crainte et l'horreur ;
Pour moi , plus bienfaisant j'ai pour mon apanage
Paix , douceur et repos , tout vient me rendre
hommage.
Je sçais m'assujettir les Bergers et les Rois ,
Et tout ce qui respire est soumis à mes loix.
Le plus sublime esprit sans entrer en délire
Egare sa raison abordant mon Empire.
Je puis , quand il me plaît , répandre à pleines
mains ,
Selon leurs goûts divers , cent dons sur les Huanains
,
II. Vol. Mais
F
1376 MERCURE DE FRANC
Mais quelquefois aussi par un égal capm
Je les conduis moi seul au fond du préc
Ce n'est pas tout encor , je verse sur Iris ,
Sans le secours de l'Art , le plus beau coloris ;
Pour comble de faveurs j'offre à tous un azile ,
Où le plus malheureux pour un temps est trang
quille,
Par Maget , Greffier du Présidial de Sens.
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2794
p. 1376
LOGOGRYPHE.
Début :
Je porte mois, je porte mi, [...]
Mots clefs :
Simon
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
JE porte mois , je porte mi ,
Je porte soin , je porte si ,
Je porte nos , je porte son ;
Lecteur , méconnois - tu Ș ...?
Par M. Desnoyers , Lieutenant Pare
tienlier à Estampes,
JE porte mois , je porte mi ,
Je porte soin , je porte si ,
Je porte nos , je porte son ;
Lecteur , méconnois - tu Ș ...?
Par M. Desnoyers , Lieutenant Pare
tienlier à Estampes,
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2795
p. 1413-1414
LETTRE à M. ** à Paris, sur les Pilules Mercurielles de M. Belloste.
Début :
Lorsque je suis parti pour l'Italie, Monsieur, vous m'avez chargé expressément de vous [...]
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. ** à Paris, sur les Pilules Mercurielles de M. Belloste.
LETTRE à M. ** à Paris, sur les
Pilules Mercurielles de M. Belloste.
Lorsque je suis parti pour l'Italie, Monsieur,
vous m'avez chargé expressément de vous
donner des informations particulieres sur les
Pilules de M. Belloste. Je vous dirai , qu'é-
tant arrivé à Turin ,
j'ai été assés malheu-
reux pour n'y pas rencontrer M. le Docteur
Belloste ; j'ai parlé à son Correspondant , lequel
m'a dit qu'il étoit allé à Casal- Montferrat , &c.
A Milan et à Bresse , où j'ai séjourné , on m'a
assuré que ces Pilules y sont contrefaites ; mais
il n'y a rien de surprenant en cela , puisqu'elles le
sont bien à Turin même. Etant arrivé à Venise,
je ne me suis pas laissé entraîner si fort au tor-
rent des plaisirs qui y abondent en cette saison
que je n'aye songé à vous satisfaire. J'ai trouvé
qu'on a imprimé ici la Traduction Italienne du
premier tome du Chirurgien d'Hôpital , mais da
second on n'en a traduit que le Traité du Mercure,
parce qu'il est plus universel pour la guérison
des Malades , et que le premier paroît être suffi-
samment instructif pour le pansement des bles-
ses ; au bas de ce petit volume , qui n'est que de
123. pages , on a ajoûté deux Lettres que je me
suis donné la peine de traduire moi- même mor
11. Vol.
1414 MERCURE DE FRANCE
à mot , persuadé que je suis que vous ne sçau
rez bon gré de vous les communiquer. Vous ver
rez dans la derniere le caractere de feu M. Bel
loste , et le cas qu'on peut faire de son Remede.
Cette Lettre est d'autant plus digne de foi qu'elle
est d'une personne respectable,qui a eu l'honneur
d'occuperà la Cour de Savoye un poste égal à
son mérite , et qui est ici dans une estime uni-
verselle par sa pratique et par le rang distingué
qu'il tient dans une des plus celebres Universitée
de l'Europe.
Pilules Mercurielles de M. Belloste.
Lorsque je suis parti pour l'Italie, Monsieur,
vous m'avez chargé expressément de vous
donner des informations particulieres sur les
Pilules de M. Belloste. Je vous dirai , qu'é-
tant arrivé à Turin ,
j'ai été assés malheu-
reux pour n'y pas rencontrer M. le Docteur
Belloste ; j'ai parlé à son Correspondant , lequel
m'a dit qu'il étoit allé à Casal- Montferrat , &c.
A Milan et à Bresse , où j'ai séjourné , on m'a
assuré que ces Pilules y sont contrefaites ; mais
il n'y a rien de surprenant en cela , puisqu'elles le
sont bien à Turin même. Etant arrivé à Venise,
je ne me suis pas laissé entraîner si fort au tor-
rent des plaisirs qui y abondent en cette saison
que je n'aye songé à vous satisfaire. J'ai trouvé
qu'on a imprimé ici la Traduction Italienne du
premier tome du Chirurgien d'Hôpital , mais da
second on n'en a traduit que le Traité du Mercure,
parce qu'il est plus universel pour la guérison
des Malades , et que le premier paroît être suffi-
samment instructif pour le pansement des bles-
ses ; au bas de ce petit volume , qui n'est que de
123. pages , on a ajoûté deux Lettres que je me
suis donné la peine de traduire moi- même mor
11. Vol.
1414 MERCURE DE FRANCE
à mot , persuadé que je suis que vous ne sçau
rez bon gré de vous les communiquer. Vous ver
rez dans la derniere le caractere de feu M. Bel
loste , et le cas qu'on peut faire de son Remede.
Cette Lettre est d'autant plus digne de foi qu'elle
est d'une personne respectable,qui a eu l'honneur
d'occuperà la Cour de Savoye un poste égal à
son mérite , et qui est ici dans une estime uni-
verselle par sa pratique et par le rang distingué
qu'il tient dans une des plus celebres Universitée
de l'Europe.
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2796
p. 1415-1417
RÉPONSE de M. Cicognini.
Début :
Vous m'ordonnez, Monsieur, de vous donner quelques éclaircissemens sur la probité de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE de M. Cicognini.
RÉPONSE de M. Cicognini.
Monsieur , pour lequel je conserve tant d'estime.
II. Vol.
s
Vous m'ordonnez, Monsieur, de vous donner
quelques éclaircissemens sur la probité de
M. Belloste , Auteur du Livre intitulé Suite du
..
Chirurgien d'Hôpital , et de la vérité des faits
dans lesquelsje suis cité comme témoin. Il n'est rien
de plus équitable que de rendre justice à la vérité et
de complaire en même- temps à un ami comme vous,
Monsieur , pour lequel je conserve tant d'estime.
II. Vol.
s
Vous m'ordonnez, Monsieur, de vous donner
quelques éclaircissemens sur la probité de
M. Belloste , Auteur du Livre intitulé Suite du
..
Chirurgien d'Hôpital , et de la vérité des faits
dans lesquelsje suis cité comme témoin. Il n'est rien
de plus équitable que de rendre justice à la vérité et
de complaire en même- temps à un ami comme vous,
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2797
p. *1419-1419
CHANSON, Mise en Musique par M. Rousseau, à Chambery.
Début :
Un Papillon badin, caressoit une Rose [...]
Mots clefs :
Papillon, Bacchus
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texteReconnaissance textuelle : CHANSON, Mise en Musique par M. Rousseau, à Chambery.
HANSON ,
2. Musique par M. Rousseau ;
à Chambery.
Papillon badin , caressoit une Rose
Jouvellement éclose ,
i-tôt il quitta pour suçer un Raisin ;
h ! dit la charmante Catin ,
voit tristement à son Berger volage
Bacchus , tu m'as ravi son coeur ;
ns - nous tant d'Amans sans ton Jus eniteur
Dégoûtés du tendre esclavage
ius , cruel Bacchus , ta fatale Liqueur ;
ous les inconstans est -elle le breuvage t
2. Musique par M. Rousseau ;
à Chambery.
Papillon badin , caressoit une Rose
Jouvellement éclose ,
i-tôt il quitta pour suçer un Raisin ;
h ! dit la charmante Catin ,
voit tristement à son Berger volage
Bacchus , tu m'as ravi son coeur ;
ns - nous tant d'Amans sans ton Jus eniteur
Dégoûtés du tendre esclavage
ius , cruel Bacchus , ta fatale Liqueur ;
ous les inconstans est -elle le breuvage t
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2798
p. 1422-1423
TAMBOURIN Du Balet des Voyages de l'Amour. PARODIE. Par M. Fuzilier le Fils.
Début :
Que ce jus divin [...]
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texteReconnaissance textuelle : TAMBOURIN Du Balet des Voyages de l'Amour. PARODIE. Par M. Fuzilier le Fils.
TAMBOURIN
Du Balet des Voyages de l'Amour.
PARODIE.
Par M. Fuzilier le Fils.
Que ce jus divin
Nous mette en train.
Son doux refrain
L'enseigne.
Voici le plaisir,
Songeons à le saisir
Et qu'à loisir
Il regne ,
S'en lasse-t-on y
Non.
} bis.
Plus un cœur en prend ,
Plus il sent
II. Vol.
DS
JUIN.
De penchant
Plaît.
Viens Momus ,
Les ris ,
Sont faits
Que tu soutiens ,
Rends-nous fine
Rends-nous
1737.
A suivre un bien dont l'attrait
Trouver Baccus ,
Ses favoris
Pour les Banquets
Viens.
Calotins ,
Tous
Foux,
Trop heureux ;
Grands Dieux !
Ceux
Qui suivant ta Loy ,
Ne connoissent que toi
Roy.
Du Balet des Voyages de l'Amour.
PARODIE.
Par M. Fuzilier le Fils.
Que ce jus divin
Nous mette en train.
Son doux refrain
L'enseigne.
Voici le plaisir,
Songeons à le saisir
Et qu'à loisir
Il regne ,
S'en lasse-t-on y
Non.
} bis.
Plus un cœur en prend ,
Plus il sent
II. Vol.
DS
JUIN.
De penchant
Plaît.
Viens Momus ,
Les ris ,
Sont faits
Que tu soutiens ,
Rends-nous fine
Rends-nous
1737.
A suivre un bien dont l'attrait
Trouver Baccus ,
Ses favoris
Pour les Banquets
Viens.
Calotins ,
Tous
Foux,
Trop heureux ;
Grands Dieux !
Ceux
Qui suivant ta Loy ,
Ne connoissent que toi
Roy.
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2799
p. 1455-1456
L'AUSTRASIE. Cantatille. Au ROY DE POLOGNE.
Début :
Que les bords de la Meuse, et ceux de la Moselle [...]
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texteReconnaissance textuelle : L'AUSTRASIE. Cantatille. Au ROY DE POLOGNE.
L'AUSTRASIE. Cantatille. Au ROY DE POLOGNE.
Que les bords de la Meuse, et ceux de la Moselle Et par de lyriques transports ,
Une aimable Cour l'environne ;
Avec plaisir chacun le suit :
C'est la Vertu qui le couronne.
Il prend le Diadême ::
Qu'il veut se rendre heureux lui- même,
Maître.
Ils publiront qu'ils sont heureux ,
* C'est l'Austrasie qui parle.
II. Vol
Iy
1455
Retentissent par tout des plus charmans accords
Formez une Fête nouvelle ,
Peuples , témoignez vôtre zéle
Au Héros queje vois paroître sur ces bords.
C'est la Gloire qui le conduit ,
Pour combler tous les vœux ,
Ce n'est qu'en vous rendant heureux ,
Que STANISLAS reghe en ces Lieux',
Qu'on rende un juste hommage à cet Auguste
Les Peuples vont jouir d'un destin glorieux ;
STANISLAS.Croit déja qu'ils sont dignes de l'être.
Ghantez
1456 MERCURE DE FRANCE
Chantez ; célébrez ce Héros
Par l'éclat bruyant des Trompettes :
Et par la douceur des Musettes ,
Annoncez un charmant repos.
Qu'icy jamais on ne se plaigne
Il comblera tous les desirs :
Et son aimable Regne
Sera le Regne des plaisirs.
Devalois d'Orville.
Que les bords de la Meuse, et ceux de la Moselle Et par de lyriques transports ,
Une aimable Cour l'environne ;
Avec plaisir chacun le suit :
C'est la Vertu qui le couronne.
Il prend le Diadême ::
Qu'il veut se rendre heureux lui- même,
Maître.
Ils publiront qu'ils sont heureux ,
* C'est l'Austrasie qui parle.
II. Vol
Iy
1455
Retentissent par tout des plus charmans accords
Formez une Fête nouvelle ,
Peuples , témoignez vôtre zéle
Au Héros queje vois paroître sur ces bords.
C'est la Gloire qui le conduit ,
Pour combler tous les vœux ,
Ce n'est qu'en vous rendant heureux ,
Que STANISLAS reghe en ces Lieux',
Qu'on rende un juste hommage à cet Auguste
Les Peuples vont jouir d'un destin glorieux ;
STANISLAS.Croit déja qu'ils sont dignes de l'être.
Ghantez
1456 MERCURE DE FRANCE
Chantez ; célébrez ce Héros
Par l'éclat bruyant des Trompettes :
Et par la douceur des Musettes ,
Annoncez un charmant repos.
Qu'icy jamais on ne se plaigne
Il comblera tous les desirs :
Et son aimable Regne
Sera le Regne des plaisirs.
Devalois d'Orville.
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2800
p. 1468
APROBATION.
Début :
J'ay lû par ordre de Monseigneur le Chancelier le second Volume du Mercure de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APROBATION.
APROBATION.
J'ay lû par ordre de Monseigneur le Chancelier
le second Volume du Mercure de
France du mois de Juin , et j'ay crû qu'on pou-
voit en permettre l'impression. A Paris , le 15.
Juillet 1737.
HARDION.
J'ay lû par ordre de Monseigneur le Chancelier
le second Volume du Mercure de
France du mois de Juin , et j'ay crû qu'on pou-
voit en permettre l'impression. A Paris , le 15.
Juillet 1737.
HARDION.
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