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1
p. 135-143
I. Académie des Sciences & Belles-Lettres de Bésiers.
Début :
Selon les statuts de cette Académie, elle devoit tenir son assemblée publique [...]
Mots clefs :
Danse, Art, Grains, Semence, Nielle, Moisissure, Pétrifications, Académie, Pantomime, Académie des sciences et belles-lettres de Béziers
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texteReconnaissance textuelle : I. Académie des Sciences & Belles-Lettres de Bésiers.
I.
Académie des Sciences & Belles- Lettres
de Béfiers. 1
SELON les ſtatuts de cette Académie,
elle devoit tenir ſon aſſemblée publique
lepremier jeudi d'après la St Martin de
l'année dernière; mais pour des raiſons
particulières ici , on la renvoya au 10
Janvier 1772. M. de Bouſſanelle , briga-
dier des armées du Roi , en fit l'ouver-
ture en qualité de directeur, par un dif-
136 MERCURE DE FRANCE.
cours ſur la danſe , ſur l'art de la ſalta-
tion & fur celui des pantomimes.
Ce ſujet , quoique traité fort au long
parM. Burette dans les mémoires de l'A-
cadémie royale des Inſcriptions & Belles-
Lettres , n'a pas laiſſé , étant enviſagé ſous
des points de vue différens , d'offrir une
ample matière au diſcours qu'on vient
d'annoncer.
Après avoir obſervé que l'artde la fal-
tation & celui des pantomimes ne font
que l'art même de la danſe que des peu-
ples effeminés & corrompus ont défiguré
&dénaturé, M. de Bouſſanelle ajoute que
la danſe eſt ordinairement une expreſſion
de joie ſoumiſe à toute eſpèce d'harmo-
nie , même à celle de la voix. La nature ,
dit-il, nous pouſſe à exprimer par des
geſtes extérieurs du corps , les différentes
agitations que produiſent dans l'ame les
ſons variés de la muſique. f
Il remarque que cet exercice innocent
dans ſon origine & conſacré àdes actes
de religion , s'eſt conſervé dans ſon en-
tière pureté chez des nations barbares ,
qui n'ont aucune connoiſſance de nos
mœurs ; & il rapporte les noms des dif-
férentes eſpècesde danſes des Indiens &
particulièrement des Hottentots.
JUILLET. 1772. 137
La muſique vocale de ces derniers
conſiſte , dit-il , dans la monofyllabe ho,
& dans un petit cercle de notes ſur lef-
quelles roule l'air de deux ou trois chan-
ſons barbares qu'ils accompagnent de
leur inſtrument de muſique appellé le
gongom .
M. de Bouffanelle paſſa enſuite à l'art
de la faltation & à celui des pantomimes
qu'il appelle la ſcience des geftes natu-
rels ou inventés, l'expreſſion la plus forte
& laplus vivedes paffions les plus viles ,
le tableau fidèle des vices les plus hon-
teux , le recit muet des folies des hom-
mes. Ces arts , dit-il ,nâquirent àRome,
ſelon Zozime & Suidas, ſous l'empire
d'Auguſte , ou du moins y furent portés à
la plus haute perfection ; car , comme il
le remarque fort bien , long-tems aupa-
ravant Numa avoit inſtitué une danſe pour
les prêtres de Mars appellés Saliens , &
dans les ſiécles bien plus reculés Caſtor &
Pollux avoient enſeigné l'art de la falta-
tion aux Cariens ; Neoptoleme fils d'A-
chille avoit enſeigné une danſe armée à
ceux de Créte , & Minerve elle même
avoit danſé de joie après la défaite des
Titans .
Il cite Lucien, qui compte l'art de la
138 MERCURE DE FRANCE.
danſe dégradée , parmi les cauſes de la
corruptiondes mœurs & des malheurs de
l'Empire Romain. A cet auteur il joint
Scipion & Cicéron qui déclamèrent vi-
vement contre les écoles publiques tenues
pardes comédiens , où l'on envoyoit les
jeunes gens de l'un& de l'autre ſexe pour
apprendre l'art d'accompagner la récita-
tion des vers par les mouvemens du
corps.
Les Romains , ajoute-t'il , pouſſoient
fi loin la folie de la danſe, qu'indépen-
damment des écoles pour cette danſe ef-
féminée , il y en avoit encore à Rome
pour apprendreàſervir à table & à couper
les viandes en danſant , ainſi que nous
l'apprenons d'Horace & de Juvenal.
Iln'oublie pas les danſes qui accompa-
gnoient anciennement les premiers hom-
mages qu'on rendoit aux Souverains , les
preſtationsde ferment, les inaugurations,
les inveſtitures , non plus que les danſes
de la veille de St Jean , ni enfin celles
dont il a été lui-même témoin pendant-
les fêtes lurhériennes de Hamelen célè-
bres en Allemagne ; & fi dans bien des
cas il loue l'uſage de cet exercice origi-
nairement innocent , il ne manque point
dans pluſieurs endroits de fon diſcours
JUILLET. 1772. 139
de blâmer hautement l'abus qu'on en fai-
foit autrefois , & que malheureuſement
on en fait encore dans un grand nombre
d'occaſions.
Cediſcours fini , & après que le ſecré-
taire eût annoncé un mémoirede M. Mail-
lol , l'un des aſſociés , & pluſieurs écrits
qui lui avoient été envoyés par M. Ré-
guillet, avocat au parlement & membre
depluſieurs académies ; MM. Baſſet &de
Manſe lurent , l'un l'éloge de M. de la
Sabliere , lieutenant-colonel de cavalerie,
& l'autre celui de M. de Bauffet de Ro-
quefort , évêque & ſeigneurde Béſiers.
M. Audibert donna enſuite un précis
très- ſuccinct de l'ouvrage de M. Beguillet
fur le bled ergoté , & s'étendit un peu
plus fur la nielle & le charbon qui infec-
tent quelque fois nos grains. La nielle ,
dit il , réduit en une pouſſiére noire les
fleurs des grains ſans toucher au reſte de
la plante. C'eſt une eſpèce d'ulcère qui
commence aux fupports desfleurs peu de
tems après que l'épi eſt formé : on recon-
noît les épis malades à l'enflure de ces
ſupports , & on y découvre une tache
noire ; delà le vice paſſe aux autres parties
de l'épi & les ronge juſqu'à ce qu'on n'y
apperçoive plus que de balles noires que
140 MERCURE DE FRANCE.
le vent ou la pluye enlève , & alors il ne
reſte ſur laplanteque l'axe de l'épi.
M. Aymen * a prétendu que c'étoit
l'effet d'un vice de la ſémence , & les ex-
périences qu'il a faites à ce ſujet paroif-
ſent déciſives : il en réſulte que toutes
les ſémences fur leſquelles il avoitdécou-
vert à la loupe des taches de moiſiſſure ,
avoient produit des épis niellés , & que
la moiſiſſure des ſémences eſt par confé-
quent la cauſe ou l'une des cauſes de la
nielle.
Cette maladie &le charbon dépendent
de lamême cauſe. Les grains charbonnés
font renflés , on y voit des points noirs
dans la partie inférieuredes capſules. Ces
points s'agrandiffent,&toute la ſubſtan-
cedu grain ſe change en une pouſſière
noire.
On doit donc tacher de préſerver les
ſémences de la moiſiſſure qu'elles con-
tractent dans les gerbiers & dans les gre-
niers. Elles ſe moiſiſſent auſſi quelque-
foisdans la terre après avoir été ſemées;
& on a remarqué qu'il y a toujours beau-
coup de nielle & de charbon après des
Sçav. étrang. tom. 3 .
JUILLET. 1772. 14
ſemailles tardives , des hivers pluvieux
&dans des terres maigres .
On conçoit que dans ces cas les ſemen-
ces ne ſe moiſiſſent que parce qu'elles ne
végétent pas allez tốt; & l'on peut auffi
regarder cette inertie comme la première
cauſe de la grande quantité de charbon
que nous trouvons dans les grains de la
dernière récolte. Les terres ayant été en-
ſemencées dans un tems de ſéchereſſe qui
duroit depuis pluſieurs mois & qui dura
encore deux mois après , une partie des
ſemences n'avoit levé qu'au mois deDé-
cembre.
C'eſt une bonne méthode pour ſauver
les grains du danger de la moiſiſſure , de
laiſſer parfaitement mûrir ceux qu'on def-
tine à être ſemés, de ne les couper quand
ils font mûrs que deux heures après le
lever du ſoleil , de les porter toutde ſuite
à l'aire , où on les fait battre le même
jour , & de les mettre le ſoir dans une
eau de chaux qu'on a eu ſoin de tenir prê-
re. Après les y avoir laiffés vingt-quatre
heures , & en avoir rejetté les grains qui
furnagent, on fait ſécher exactement les
bonsgrains ,& on les conſerve en un lieu
bien ſec. Ce ſont encore des moyens
d'empêcher que les ſémences ne ſe moi
142 MERCURE DE FRANCE.
fiffent en terre , de préparer ſoigneuſe-
ment les guérets, d'employer, oùille faut,
le ſecours du fumier , de ſemer dans le
premier mois de l'automne , de ne rien
omettre en un mot de ce qui peut favo-
rifer la végétation & hâter ſes progrès.
M. Bertholon , Prêtre de la Congré-
gation de la Miſſion qui , depuis quelque
tems travaille à l'hiſtoire naturelle du
diocèſe de Beſiers , termina la ſéance par
unmémoire ſur quelques pétrifications
&curiofités naturelles des environs de
Befiers. Il a découvert par ſes recherches
pluſieurs objets intéreſſans ,tels que des
échinotypolithes , des gloſſopètres , des
ſtrombites , des buccinites , des cochli-
tes , des camites , des ſellénites & autres
conchites qu'il montra depuis peu fur les
lieux mêmes à un célèbre naturaliſte
(M. Guettard. ) Près des murs de cette
ville eſt encore un grand & triple banc
d'huitres pétrifiées dont la plupart font
avec leurs deux valves, de la plus grande
beauté , & de la plus belle confervation.
Nous mépriſons pour ainſi dire ce que
nous avons ſous nos pas , diſoit notre
académicien , &de divers côtés de juſtes
eſtimateurs des beautés de la nature me
demandent de ces beaux oſtracites dont
JUILLET. 1772. 143
nous ſommes de froids poſſeſſeurs. Il
parla encore de pluſieurs aſtéries , des
cornesd'Ammon &des Belemnitesqu'on
trouve ſur diverſes montagnes qu'il a
parcourues. Après quelques réflexions fur
les cauſes phyſiques des pétrifications , il
expoſa les divers ſentimens des natura-
liſtes , difcuta leurs raiſons , & adopra
ceux qui paroiſſoient les plus probables ;
par exemple , ſur les belemnites, celuide
L'illustre M. Claret de la Tourrette , ſe-
crétaire perpétuel de l'académie de Lyon
& excellent naturaliſte .... Ces diverſes
pétrifications répandues dans notre pro-
vince en bancs & amas conſidérables ,
prouvent , ſelon notre académicien , que
cette contrée fut jadis le ſéjour des eaux ,
que nous rampons ſur ce ſable où des
monſtres marins ſe jouoient autrefois ,
que les terres ont été mers , & que les
continens furent fubmergés par les flots
de l'Océan.
Académie des Sciences & Belles- Lettres
de Béfiers. 1
SELON les ſtatuts de cette Académie,
elle devoit tenir ſon aſſemblée publique
lepremier jeudi d'après la St Martin de
l'année dernière; mais pour des raiſons
particulières ici , on la renvoya au 10
Janvier 1772. M. de Bouſſanelle , briga-
dier des armées du Roi , en fit l'ouver-
ture en qualité de directeur, par un dif-
136 MERCURE DE FRANCE.
cours ſur la danſe , ſur l'art de la ſalta-
tion & fur celui des pantomimes.
Ce ſujet , quoique traité fort au long
parM. Burette dans les mémoires de l'A-
cadémie royale des Inſcriptions & Belles-
Lettres , n'a pas laiſſé , étant enviſagé ſous
des points de vue différens , d'offrir une
ample matière au diſcours qu'on vient
d'annoncer.
Après avoir obſervé que l'artde la fal-
tation & celui des pantomimes ne font
que l'art même de la danſe que des peu-
ples effeminés & corrompus ont défiguré
&dénaturé, M. de Bouſſanelle ajoute que
la danſe eſt ordinairement une expreſſion
de joie ſoumiſe à toute eſpèce d'harmo-
nie , même à celle de la voix. La nature ,
dit-il, nous pouſſe à exprimer par des
geſtes extérieurs du corps , les différentes
agitations que produiſent dans l'ame les
ſons variés de la muſique. f
Il remarque que cet exercice innocent
dans ſon origine & conſacré àdes actes
de religion , s'eſt conſervé dans ſon en-
tière pureté chez des nations barbares ,
qui n'ont aucune connoiſſance de nos
mœurs ; & il rapporte les noms des dif-
férentes eſpècesde danſes des Indiens &
particulièrement des Hottentots.
JUILLET. 1772. 137
La muſique vocale de ces derniers
conſiſte , dit-il , dans la monofyllabe ho,
& dans un petit cercle de notes ſur lef-
quelles roule l'air de deux ou trois chan-
ſons barbares qu'ils accompagnent de
leur inſtrument de muſique appellé le
gongom .
M. de Bouffanelle paſſa enſuite à l'art
de la faltation & à celui des pantomimes
qu'il appelle la ſcience des geftes natu-
rels ou inventés, l'expreſſion la plus forte
& laplus vivedes paffions les plus viles ,
le tableau fidèle des vices les plus hon-
teux , le recit muet des folies des hom-
mes. Ces arts , dit-il ,nâquirent àRome,
ſelon Zozime & Suidas, ſous l'empire
d'Auguſte , ou du moins y furent portés à
la plus haute perfection ; car , comme il
le remarque fort bien , long-tems aupa-
ravant Numa avoit inſtitué une danſe pour
les prêtres de Mars appellés Saliens , &
dans les ſiécles bien plus reculés Caſtor &
Pollux avoient enſeigné l'art de la falta-
tion aux Cariens ; Neoptoleme fils d'A-
chille avoit enſeigné une danſe armée à
ceux de Créte , & Minerve elle même
avoit danſé de joie après la défaite des
Titans .
Il cite Lucien, qui compte l'art de la
138 MERCURE DE FRANCE.
danſe dégradée , parmi les cauſes de la
corruptiondes mœurs & des malheurs de
l'Empire Romain. A cet auteur il joint
Scipion & Cicéron qui déclamèrent vi-
vement contre les écoles publiques tenues
pardes comédiens , où l'on envoyoit les
jeunes gens de l'un& de l'autre ſexe pour
apprendre l'art d'accompagner la récita-
tion des vers par les mouvemens du
corps.
Les Romains , ajoute-t'il , pouſſoient
fi loin la folie de la danſe, qu'indépen-
damment des écoles pour cette danſe ef-
féminée , il y en avoit encore à Rome
pour apprendreàſervir à table & à couper
les viandes en danſant , ainſi que nous
l'apprenons d'Horace & de Juvenal.
Iln'oublie pas les danſes qui accompa-
gnoient anciennement les premiers hom-
mages qu'on rendoit aux Souverains , les
preſtationsde ferment, les inaugurations,
les inveſtitures , non plus que les danſes
de la veille de St Jean , ni enfin celles
dont il a été lui-même témoin pendant-
les fêtes lurhériennes de Hamelen célè-
bres en Allemagne ; & fi dans bien des
cas il loue l'uſage de cet exercice origi-
nairement innocent , il ne manque point
dans pluſieurs endroits de fon diſcours
JUILLET. 1772. 139
de blâmer hautement l'abus qu'on en fai-
foit autrefois , & que malheureuſement
on en fait encore dans un grand nombre
d'occaſions.
Cediſcours fini , & après que le ſecré-
taire eût annoncé un mémoirede M. Mail-
lol , l'un des aſſociés , & pluſieurs écrits
qui lui avoient été envoyés par M. Ré-
guillet, avocat au parlement & membre
depluſieurs académies ; MM. Baſſet &de
Manſe lurent , l'un l'éloge de M. de la
Sabliere , lieutenant-colonel de cavalerie,
& l'autre celui de M. de Bauffet de Ro-
quefort , évêque & ſeigneurde Béſiers.
M. Audibert donna enſuite un précis
très- ſuccinct de l'ouvrage de M. Beguillet
fur le bled ergoté , & s'étendit un peu
plus fur la nielle & le charbon qui infec-
tent quelque fois nos grains. La nielle ,
dit il , réduit en une pouſſiére noire les
fleurs des grains ſans toucher au reſte de
la plante. C'eſt une eſpèce d'ulcère qui
commence aux fupports desfleurs peu de
tems après que l'épi eſt formé : on recon-
noît les épis malades à l'enflure de ces
ſupports , & on y découvre une tache
noire ; delà le vice paſſe aux autres parties
de l'épi & les ronge juſqu'à ce qu'on n'y
apperçoive plus que de balles noires que
140 MERCURE DE FRANCE.
le vent ou la pluye enlève , & alors il ne
reſte ſur laplanteque l'axe de l'épi.
M. Aymen * a prétendu que c'étoit
l'effet d'un vice de la ſémence , & les ex-
périences qu'il a faites à ce ſujet paroif-
ſent déciſives : il en réſulte que toutes
les ſémences fur leſquelles il avoitdécou-
vert à la loupe des taches de moiſiſſure ,
avoient produit des épis niellés , & que
la moiſiſſure des ſémences eſt par confé-
quent la cauſe ou l'une des cauſes de la
nielle.
Cette maladie &le charbon dépendent
de lamême cauſe. Les grains charbonnés
font renflés , on y voit des points noirs
dans la partie inférieuredes capſules. Ces
points s'agrandiffent,&toute la ſubſtan-
cedu grain ſe change en une pouſſière
noire.
On doit donc tacher de préſerver les
ſémences de la moiſiſſure qu'elles con-
tractent dans les gerbiers & dans les gre-
niers. Elles ſe moiſiſſent auſſi quelque-
foisdans la terre après avoir été ſemées;
& on a remarqué qu'il y a toujours beau-
coup de nielle & de charbon après des
Sçav. étrang. tom. 3 .
JUILLET. 1772. 14
ſemailles tardives , des hivers pluvieux
&dans des terres maigres .
On conçoit que dans ces cas les ſemen-
ces ne ſe moiſiſſent que parce qu'elles ne
végétent pas allez tốt; & l'on peut auffi
regarder cette inertie comme la première
cauſe de la grande quantité de charbon
que nous trouvons dans les grains de la
dernière récolte. Les terres ayant été en-
ſemencées dans un tems de ſéchereſſe qui
duroit depuis pluſieurs mois & qui dura
encore deux mois après , une partie des
ſemences n'avoit levé qu'au mois deDé-
cembre.
C'eſt une bonne méthode pour ſauver
les grains du danger de la moiſiſſure , de
laiſſer parfaitement mûrir ceux qu'on def-
tine à être ſemés, de ne les couper quand
ils font mûrs que deux heures après le
lever du ſoleil , de les porter toutde ſuite
à l'aire , où on les fait battre le même
jour , & de les mettre le ſoir dans une
eau de chaux qu'on a eu ſoin de tenir prê-
re. Après les y avoir laiffés vingt-quatre
heures , & en avoir rejetté les grains qui
furnagent, on fait ſécher exactement les
bonsgrains ,& on les conſerve en un lieu
bien ſec. Ce ſont encore des moyens
d'empêcher que les ſémences ne ſe moi
142 MERCURE DE FRANCE.
fiffent en terre , de préparer ſoigneuſe-
ment les guérets, d'employer, oùille faut,
le ſecours du fumier , de ſemer dans le
premier mois de l'automne , de ne rien
omettre en un mot de ce qui peut favo-
rifer la végétation & hâter ſes progrès.
M. Bertholon , Prêtre de la Congré-
gation de la Miſſion qui , depuis quelque
tems travaille à l'hiſtoire naturelle du
diocèſe de Beſiers , termina la ſéance par
unmémoire ſur quelques pétrifications
&curiofités naturelles des environs de
Befiers. Il a découvert par ſes recherches
pluſieurs objets intéreſſans ,tels que des
échinotypolithes , des gloſſopètres , des
ſtrombites , des buccinites , des cochli-
tes , des camites , des ſellénites & autres
conchites qu'il montra depuis peu fur les
lieux mêmes à un célèbre naturaliſte
(M. Guettard. ) Près des murs de cette
ville eſt encore un grand & triple banc
d'huitres pétrifiées dont la plupart font
avec leurs deux valves, de la plus grande
beauté , & de la plus belle confervation.
Nous mépriſons pour ainſi dire ce que
nous avons ſous nos pas , diſoit notre
académicien , &de divers côtés de juſtes
eſtimateurs des beautés de la nature me
demandent de ces beaux oſtracites dont
JUILLET. 1772. 143
nous ſommes de froids poſſeſſeurs. Il
parla encore de pluſieurs aſtéries , des
cornesd'Ammon &des Belemnitesqu'on
trouve ſur diverſes montagnes qu'il a
parcourues. Après quelques réflexions fur
les cauſes phyſiques des pétrifications , il
expoſa les divers ſentimens des natura-
liſtes , difcuta leurs raiſons , & adopra
ceux qui paroiſſoient les plus probables ;
par exemple , ſur les belemnites, celuide
L'illustre M. Claret de la Tourrette , ſe-
crétaire perpétuel de l'académie de Lyon
& excellent naturaliſte .... Ces diverſes
pétrifications répandues dans notre pro-
vince en bancs & amas conſidérables ,
prouvent , ſelon notre académicien , que
cette contrée fut jadis le ſéjour des eaux ,
que nous rampons ſur ce ſable où des
monſtres marins ſe jouoient autrefois ,
que les terres ont été mers , & que les
continens furent fubmergés par les flots
de l'Océan.
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