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1
p. 115-135
REPONSE à la Lettre de M. de GRACE, insérée dans le Mercure de Mai dernier.
Début :
J'ai lû avec plaisir, Monsieur, quoique un peu tard ; comme il arrive à tous ceux [...]
Mots clefs :
Égyptiens, Temps, Culte, Dieux, Hommes, Diodore, Doctrine, Faits, Soleil, Terre, Opinion, Matière, Arts, Auteur, Usage, Métaphysique, Nation, Philosophie, Croyance, Égypte
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texteReconnaissance textuelle : REPONSE à la Lettre de M. de GRACE, insérée dans le Mercure de Mai dernier.
REPONSE àla Lettre de M. de GRACE,
inférée dans le Mercure de Mai dernier.
J
un peu
' At lû avec plaifir , Monfieur, quoique
tard ; comme il arrive à tous ceux
qui font à la campagne , oùles Journaux
n'arrivent pas régulierement , la lettre
116 MERCURE DE FRANCE.
fcavante & polie, que vous m'avez adref
fée dans le dernier Mercure de Mai
Agréez que je réponde à vos civilités
plutôt qu'à votre differtation. Je penfe
que chez les anciens Egyptiens, le culte
des animaux & des objets terreftres étoit
une religion matérielle & groffiere , refte
de l'ancienne barbarie , qui s'eft conſervé
comme ufage antique & facré , dans les
fiécles poftérieurs où la Nation s'eft po
licée. Je dis que l'Egyptianifme,dans fon
origine , étoit à-peu près la même choſe
que le Fétichisme actuel des autre: Afri
cains,dont les mœurs n'ont point encore
changé , & j'ai tâché de faire voir par
des faits très-clairs , très-connus , plus
puiffans que les raifonnemens , que les
explications allégoriques qu'on s'eft avifé
d'en donner, dans un temps où les ef
prits plus éclairés ont fenti le befoin de
›
pallier cette doctrine puérile , étoient
fans force , inadmiffibles & ſe détrui
foient mutuellement. Votre fentiment eft
au contraire que ce culte eft purement
intellectuel & métaphyfique. Que réful
te-t-il de là, finon que nous avons cha
cun notre opinion fur une question de
très-petite importance ? Chacun de nous
deux , voulant avoir la fienne , recon
noît par là dans l'autre le même droit.
SEPTEMBRE. 1760. 117
Nous les avons toutes deux propofées au
Public i choifira celle qu'il jugera la
meilleure , & c'est tout ce qu'il demande
de nous. Une plus longue difcuffion ne
feroit que nous fatiguer , & nel'intéref
feroit nullement.Les gens de Lettres font
fujets à fe faire une affaire de ce qui n'en
eft point du tout une pour le Public ; &
je doute que la queftion dont il s'agit ici
lui tienne beaucoup au cœur. Il nous fe
roit facile à tous deux d'écrire de gros
livres fur cette matiere abondante. Vous
voyez que je n'ai pas prétendu donner
l'hiftoire complette de l'Egyptianiſme ni
du Fétichifme: mais feulement établir un
feul point de fait , qui me paroît être le
mot de l'Enigme; & foutenir le parallèle
entre les deux cultes par un tableau ra
pide , où je conviens que les objets font
trop entaffés dans leur grande varieté :
mais je courcis àmon but,& je n'ai fongé
qu'à les préfenter en paffant, comme des
chofes allez connues. De votre côté, vous
avez faitun difcours très bien écrit, oùles
chofes que vous fuppofez prouvées d'ail
leurs,font arrangées comme ala main, &
donnent pour séfultat une doctrine fort
abftraite.Tenons-nous-en là, fi vous m'en
crovez ; & plutôt que de nous épuifer en
redites , employons notre temps à quel
18 MERCURE DE FRANCE.
que nouvel ouvrage. C'eft ainfi que j'en
uferai , quelque parti que vous preniez ,
& quelque flatteufe que fût pour moi,
T'efpérance de pouvoir ramener à mon
avis une perfonne remplie d'érudition,
telle que vous êtes , & qui poffède le ta
lent beaucoup plus déſirable , & ſi peu
pratiqué de nos jours, de critiquer avec
politeffe. On peut être heureux en amu→
fant fon loifir à de petits ouvrages de
Littérature mais on fe rend à coup für
malheureux en prenant tropd'intérêt, ou
en mettant trop de prix aux bagatelles
qu'on s'avife d'écrire. Nous en voyons de
Triftes exemples ! Auffi me fuis-je promis
de n'entrer jamais dans aucune difpute
littéraire. Le Lecteur , comme je vousle
difois , entre deux fentimens préſentés ;
adopte le mieux prouvé,fans s'embar
raffer par qui il eft propofé, fans fe fou
cię
Tavis qu'il préfére vient de vous
Du'a moi.
Aufond notredifferend n'auroitqu'un
point. Il ne confifte , ainfi que vous l'a
vez très-bien remarqué, qu'en ce que
votre marche eft inverfe de la mienne.
J'ai dit que les Egyptiens, comme prèf
quetous les Peuples de la Tèrre, avoient
été fauvages avant que d'être policés ; &
queles hommesétoient enfans avantque
SEPTEMBRE. 1760. 11
de parvenir à l'âge de raifon. Vous dites
au contraire que les hommes paffent de
l'âge mûr àl'enfance, ce qui arrive auffi
quelquefois , mais moins fouvent ; &
que les Egyptiens ont paffé d'un état de
Police , de Philofophie & d'intelligence
parfaite , à un état d'ignorance & de
croyance puérile : gradation finguliere ,
dont je cherche en vain l'époque dans
les faits de leur hiftoire. Je vois feule
ment que vous l'attribuez à la perte des
hieroglyphes , qu'on fçait par l'exemple
des Méxicains & des Algonkins avoir été
une écriture de Sauvages ; & que vous
convenez que les Prêtres n'étoient plus
enétat d'expliquerleurs fyftêmes abftraits
& mystérieuxdèsle temps de Pythagore,
d'Hérodote & de Diodore. Vous voulez
dire , fans doute , qu'ils n'étoient plus
en état de les expliquer d'une maniere
fatisfaifante , en quoi nous fomme 'ac
cord. C'est là néanmoins le temps
bre de la Police , des Arts & des Sciences
de l'Egypte par où il femble que vous
conveniez avec moi, que ces connoiſſan
ces n'étoient pas incompatibles , dans la
é
Nation , avec une croyance puérile , &
une mauvaiſe logique fur ce point. Vous
niez que les Egyptiens ayent été Sauva
ges :vous rejettez le rapport de Diodore
120 MERCURE DE FRANCE.
& de quelques autres qui s'expliquent G
pofitivement là- deffus , d'après les Egyp
tiens eux-mêmes
vous dites qu'il ne
faut faire aucun fond fur Diodore , qui
dit le pour & le contre. Pour moi , j'a
voue que je fais un tout autre cas de
Diodore, homme fçavant, bien informé
des vieilles Traditions , qui a voyagé
pour s'inftruire, & qui écrit avec la plus
grande candeur , que des rêveries de
Jamblique & autres Allégoriftes de fon
temps,qu'on pourroit appeller le bas em
pire du Platonifme. Mais Diodore dit le
B
pour & le contre. C'eft ce qu'on pour
roit, avec beaucoup plus defondement,
objecter à Plutarque,fur le rapport de qui
vous appuyez furtout votre opinion. Je
me garderai bien de faire un pareil re
proche, à l'un des plus excellens efprits
qu'il y ait jamais eu. Si Plutarque, Hé
rodote , & Diodore difent le pour & le
contre , ne nous en prenons point à eux;
mais à la nature finguliere du fujet qu'ils
traitoient. Ils avoient à parlerde l'Egyp
tianifme: ils ont fidélement rapporté d'u
ne part les faits , les rites de ce culte ;
de l'autre les difcours que leur tenoient
là- deffus les Prêtres Egyptiens de leur
temps. Par malheur , ce qu'ils voyoient
étoit fort oppofé à ce qu'ils enten
doient.
SEPTEMBRE. 1760. 121
doient. De là, naît cette contrariété
qu'on croit trouver dans leurs écrits , &
qui n'eft que dans la chofe, par le faux
affemblage d'un it & d'une doctrine , qui
ne vont point du tout enfemble : De là
vient que ces allégories paroiffoient dès
lors à tantde gens , fi forcées , fi incon
féquentes, fi peu relatives à leur objet.
Il paroît difficile de nier férieufement,
que la plus grande partie du genre hu
mainfoittombée dansun état debarbarie ,
par la révolution terrible qui le réduiſit à
trois Chefs de famille. Une feuleréflexion
celafoit
démontrequ'il eft impoffible que
autrement. Car enfin , qu'est-ce qu'être
fauvages , fi ce n'eft manquer d'arts & de
connoiffances? Et quand même trois per
fonnes auroient eu dans leur efprit , tout
ce qui s'étoit fçu & pratiqué depuis la
création du monde , au bout de fortpeu
de temps, tout auroit été perdu tout
auroit été oublié , faute d'exercice ; puif
qu'il n'y a fi petit art, fi petiteprofeſſion,
qui ne fuppofe le concours préalable
d'une multitude d'hommes & d'inftru
mens. Mais tout manquoit alors , même
les matieres premieres. Il eftdonc évident
que la deftruction des hommes & de la
furface de la terre , a mis l'efprit humain
au premier pas, & formé pour lui une
F
22 MERCURE DE FRANCE
*
nouvelle époque.
1
Cette obfervation
n'eft pas moins applicable aux Sciences ,
qui , encomparaifon des Arts néceffaires ,
font une espèce de luxe pour l'efprit. On
fçait qu'un Peuple ne s'y adonne , que
lorfqu'il eft nombreux, riche & tranquil
lefur les befoins du corps. Les genres de
connoiffance , qui demandent de l'étude
&de laméditation , font le fruit de l'ai
fance & durepos. Surtout la Philofophie
& la Métaphyfique abftraite ,fur laquelle
vous voulez que les Egyptiens ayent été
fi précoces , font communément les der
nieres Sciences, aufquelles une Nation
s'applique.
Cependant,comme après les faits,rien
n'eft & fort,fur une pareille thèse, que
queles autorités originales & authenti
ques , j'ai été frappé, en commençant ,
de lire le beau morceau de Théologie
Egyptienne, que vous avez inféré dans
votre difcours, Je vais , dites-vous, rap
*UnAuteur généralement approuvé & efti
mé, M.Goguet) polepartout ceci pour maxi
medans fonTraité de l'Origine des Connoiffan
ces humaines. Il s'exprime là-deſſus d'une ma
piere très forte t. 1. p. 264.» Dans les premiers
temps,la plupart des Peuples,dénués des Arts
»&desconnoiffances les plus néceſſaires , me
» noient une vie errante & peu différente de
>celle des bêtes,
SEPTEMBRE. 1760. 123
porter ce queje trouve dans un fragment
deCofmogonie Egyptienne. Sur cette an
nonce, & fur les marques ordinaires que
l'on joint aux paffages ,que l'on tranfcrit
d'un Auteur original , i'ai cru d'abord
que ce long fragment fi clair, fi décifif
pour votre opinion , étoit un morceau
précieux jufqu'à préfent enféveli dans la
nuit des temps , & nouvellement recou
vert ; tel à peu près fur la Cofmogonie
Egyptienne , qu'eft le fragment de San
choniation fur la Cofmogonie Phéni
cienne Ce morceau eft très intellectuel ,
très- métaphyfique,très abftrait, quoiqu'en
même temps clair, méthodique, parfai
tement bien arrangé & bien déduit. Il
m'a fait un véritable plaifir à lire. Mais
commeje me trompe, peut être, encon
jecturant que vous y avez fourni une par
tie de la matiere & prèfque toute la for
me, je fouhaiterois,que vous euffiez bien
voulu citer, en marge, d'où vous l'avez
tiré. Seroit-ce d'un li re Anglois de Cud
dworth, ce fameux défenfeur des natures
Plaſtiques , juftement intitulé true intel
lectual fyftem; car jamais ouvrage n'a
mieux mérité le nom defyftême.J'ai dans.
mon cabinet ce Livre affez rare ; mais
je ne fuis pas à portée de vérifier ce qui
en eft. En ce cas, vous fentez, Monfieur.
F₁j
124 MERCURE DE FRANCE.
que pourformer une autorité en pareille
matiere, il faut un paffage authentique
& original ; & que le paffage d'un écri
vain moderne , pour fçavant qu'ilfoir
tel que vous ou Cuddworth, ou même
peu ancien , tel que Jamblique, ne forme
qu'une opinion , ouqu'une hypothèſe in
génieufe. Vous ajoutez, après avoir rap
porté ce fragment : J'y apperçois beau
coup de Philofophie : je nepuis m'empê
cher même d'y trouver dufiguré & des al
Légoriesfaciles à expliquer. Tout le mon
de conviendra de ceci. Il y en a beau
coup en effet. Elles y font très-claires,
très-faciles à trouver & à expliquer. Rien
n'eft plus fimple, que de retrouver dans
les chofes , ce qu'on y vient de mettre.
Mais, permettez-moi d'y oppofer Héca
tée , Manéthon , Charemon , & même le
mystérieux Porphyre , qui ne vous fera
pas fufpect. Je tranfcrirai ici un paffage
des Hiftoriens Anglois , qui fe trouve par
hazard fous ma main. C'eft dans leur
traité des Cofmogonies , p. 21. Après avoir
copié celle des Egyptiens, telle que laود
donne Diodore , ils ajoutent ; » Cette
»Cofmogonie,commeon l'aremarqué(e),
» eft, pour le fonds , la même que la pré
»cédente; (la Phénicienne ) mais plus
(a) Grot. Rel. Chriſt. L. 1. Set. 16.
SEPTEMBRE. 1760. 125
» étendue ( ce qui eft ordinaire , en fait
« "
d'explications ) & tâche follement à ex
pliquer méchaniquement la création du
»monde, fansy faireintervenir Dieu (a):
»cequiprouvequeThoyht eft lafource,où
»lesEgyptiens & les Phéniciens ont puiſe
leurs fentimens. Et Eufébe fait la même
»remarque fur le fyftême des uns & des
autres;fçavoir,qu'il n'y eft pasfeulement
»fait mention du nom de Dieu : mais
qu'uneformation de l'Univers , fortuité
"&fpontanée,yeft miſe àfa place (b).
»Pour confirmer ce jugement , il rap
»porte dans un autre endroit, un paffa
"gede Porphyre , qui, dans fon épitre à
»Anébo , Prêtre Egyptien , écrit que
"
» Charemon & d'autres croyoient, qu'il
»n'y avoit rien d'antérieur à ce monde
» vifible ; que les plantes & les étoiles du
Zodiaque, étoient les vrais Dieux des
»Egyptiens; & que le Soleil devoit être
»regardé, comme étant l'artifan de cet
»Univers. D'où Eufebe conclut , que
"
"même la Théologie fécrette des Egyp
» tiens , n'avoit point d'autres Dieux que
» les étoiles & les plantes , & n'attribuoit
»la formation de l'Univers, ni à quelque
principe fpirituel , ni à une ou plufieurs
( a)Cumberl. on Sanchon. p. 9.
(b)Eufeb.Præpar.L.1.C.7 .
Fii
116 MERCURE DE FRANCE
» Divinités , ni enfin à quelque Puiſſance
»invifible: mais au Soleil , par fon ac
»tion fur les élémens ( a ). C'eſt princi
"
palement à quoi revient , fur ce fujer,
:
»l'abrégé que nous adonné de la Philo
»fophie Egyptienne, Diogène Laerce (b),
» & qu'il atiré de Manéthon & d'Hécarii;
fçavoir que la matière a été le pre
»mier principe, dont enfuite les quatre
»élémens ont été tirés , & tous les ani
»maux formés ; & que le Soleil & la
» Lune , étoient leurs Divinités , dont
*
20
l'une s'appelloit Ofiris , & l'autre Ifis.
»Un très-habile homme (c) a fait tous
»fes éfforts, pourjuftifier les Egyptiens,
à l'égard de l'imputation , de n'avoir
»reconnu d'autres Dieux, qu'une matié
»re ftupide &c. C'eft Cuddwort , dont
ils donnent en abrégé , le fyftême, fur le
Dieu Kneph & fur le Dieu Phta , ainfi
que les raifons qu'on peut avoir de juger
que les Egyptiens ont cru que le monde
avoit eu Dieu pour Auteur, parmi lef
quelles il y en a une alléguée par Simpli
cius L.VIII. pag. 268. que nous ne re
cevrons , ni vous , ni moi. Venons donc à
l'autorité que vous avez citée , en difant
(a ) Ibid. L. III. C. 4.
(b) In prom.p. 8.
(c) Cuddworth.Syft.intell. p. 317.
SEPTEMBRE. 1966. 127
que l'ancien Egyptien connoiffoit & ado
roit le vrai Dieu : fur quoi vous me ren
voyez au voyage d'Abraham en Egypte.
Genef.Chap. XII. Le temps ne peut être
mieux choifi, non plus que l'Auteur. Ou
tre la foi divine qui lui eft duë , nul au
tre ne mérite auffi bien la foi humaine,
n'eft mieux inftruit du fait , ni ne connoît
>
mieux le pays. J'y recours , & j'y trouve
feulement , que le Seigneurfrappa le Roi
de grandes playes , pour avoir enlevé la
femmed'Abraham. Flagellavitautem Do
minus Pharaonem plagis maximis & do
mum ejus propter Sarai uxorem Abram.
.17.Je n'ai garde d'infifter , ni de croire
que vous ayez voulu donner ceci pour
une démonftration. Tant de paffages du
même Auteur , qui difent que l'Egypte
adoroit de fauffes Divinités , font affez
préfens à votre mémoire. C'eft fur ces
autorités décifives , c'eftfur celle de San
choniaton, qui regarde l'Egyptien & le
Chananéen commeunmême peuple, qui
attribue la même doctrine à Iftris , & à
fonfrere Chis, dit Phenix, que je per
fifte à croire que ces Nations avoient deux
efpéces de Divinités ; Sçavoir, des Dieux
naturels & immortels , tels que les aftres
&les élémens , & des Dieux mortels &
Fiy
128 MERCURE DE FRANCE.
terreftres ,
tels que des pierres , des,
poteaux de bois, des plantes , des ani
maux divinifés , & des hommes inven
teurs des Arts , déïfiés , ou , fi vous vou
lez , honorés du culte héroïque après.
leur mort qu'en Egypte, le culte des
objets terreftres , étoit , dans fon origine,
une Religion groffiére , à-peu-près fem
blable au Fetichifme des Négres : que
cette croyance , dont les étrangers fe.
moquoient , a continué d'être le rit pu
blic , & la croyance du peuple, partout
fuperftitieux & ignorant ; mais que dans
les fiécles éclairés , elle ne fut plus celle
des gens lettrés , qui en fentoient la pué
rilité, & le befoin qu'elle avoit de pren
»Pour l'intelligence de ce qui va ſuivre , die
en fa Préface Philon de Biblos , Traducteur
du Phénicien , il faut fçavoir que les plus an
ciens des peuples barbares , furtout les Phéni
»ciens & les Egyptiens, de qui les autres Na<
» tions ont reçu les uſages , mettoient au nom
bre des grands Dieux, tous ceux qui avoient
»inventé les chofes néceffaires à la vie , & a qui
»legenrehumain étoit redevabledegrandsbien
>>faits Is leur ont rendu les honneurs divins,
»commeaux Auteurs des biens principaux.....
Parmi eux, il n'yavoit de Dieux naturels , que
»leSoleil, la Lune , les Etoiles fixes, les Elémens
»& autres êtres de ce genre , tellement qu'ils
avoient des Dieux mortels, & d'autres immor
>tels.
SEPTEMBRE. 1760. 129
dre une face plus honnête. Ceux- ci y
fubftituerent , foit la doctrine des deux
principes,où les vieilles Hiftoires d'Ofiris
& de Typhonjouerent un grand rôle ;
foit unnombreinfini d'allégories forcées,
fans liaiſon entr'elles , ni avec leur objet ;'
carilya autant d'opinions différentes que
de Commentateurs , comme il arrive
toujours , lorfqu'au lieu de s'attacheràla
vérité des faits , on fe livre à l'arbitraire
de l'imagination ; foit enfin un naturalif
meunpeuplus fupportable. De tout cela
ona forméun corps de Doctrine moder
ne , moitié Phyfique, moitié Métaphyfi
que, affezingénieux , quoique mal affem
blé; & dont Eufébe, dans fon troifiémé
livre (fije ne me trompe; car je n'ai pas
ici l'ouvrage ) rapporte un curieux ex
trait,qu'il a tiré de Porphyre. Expliquons
nous cependant, fur ce mot Naturalisme
pour éviter l'inconvénient trop sommun
enmatiereabftraite de fubftitueraux cho
fes , des termes vagues qui ne fignifient
rien. Sanchoniaton détaille les trois plus
anciens Cultes,que les hommes ayent eu
felon lui , & dont les objets furent les
germes terreftres , le Soleil, les pierres &
les poteaux de bois. A fon rapport , les
germes terreftres furent les plus anciens.
»Lespremiers de tous leshommes,dit
Fr
130 MERCURE DE FRANCE.
il, prirent pour des Etres facrés les
»germes de la terre; & aulieu de Divi
»nités , rendirent un culte d'adoration à
»ces germes, par le moyen defquels ils
»foutenoient leur vie, ainfi qu'avoient
fait leurs Ancêtres, & que feroit leur
&
»postérité. Ils leur firent des libations ,
» des éffufions. Là- deffus l'Auteur , ou
fon Traducteur, qui interpole quelque
fois le texte , ajoute , » une telle penſée
»fur le Culte divin , étoit bien conforme
» àla petiteffe & à la timidité de leur ef
»prit » Cette réfléxion marque que l'Au
teur regarde ce Culte , comme infpiré
par l'ignorance, la crainte & le befoin,
noncomme une grande vue jettéeſur la
natureféconde; qu'il défigne plutôt ici un
Fétichisme, ou Culte fimple & direct des
objets terreftres , qu'un Naturaliſme abf
trait , qui n'eft pas fans quelque Philofo
phie. Auffi l'Evêque Cumberland , dans
fon Commentaire, a-t-il entendu cetexte
de la maniere la plus fimple,la plus con
formeau refte durécit , & à l'ufage connu.
du Rit facré des premiers temps. Il dit,
»qu'ils déifierent les plantes , &leur don
»nerent à manger & à boire. Au reste,
ces mots, Natureféconde, ne font qu'u
* Cumberl. on. Sanchon. ap. Hift. Angl. com
SEPTEMBRE. 1760. 131
ne façonde parler, une maniere abftraite
d'exprimer l'effet phyfique de la produc
tion des êtres terreftres particuliers, par
unterme vague & général , que proba
blement les Sauvages n'avoient pas en
leur langue. Ainfi , l'ordre naturel des
penſées & des chofes, eftqueles hommes
fimples , groffiers , & touchés de leurs
befoins , ont d'abord adoré fpécifique
ment, & directement , les fruits dela
Terre, au moyen defquels ils entrete
noient leurvie , forte de Culte qui aquel
que rapport au Fétichifme des Sauvages ;
& qu'on a dans la fuite appellé Natura
Lifme , lorfque les efprits ont commencé
d'acquérir cette teinture de Philofophie
qui généralife les idées , & forme dans le
langage des termes abftraits, propres à
exprimer d'un feul mot tout un genre d'i
dées ou d'êtres particuliers. Alors les
hommes, aumoyendes termes abftraits ,
dont ils faifoient un ufage habituel , ont
pû & dûconfidérer leur premiere & an
cienne Religion,fousun afpect moins ter
reftre , & plus métaphyfique en apparen
ce, comme un hommagegénéral rendu
à la Nature féconde. Mais cette idée gé
nérale eft venue des idées particulieres,
infpirées par le fentiment du befoin , que
leshommesavoientdelaréproduction des
F vi
1:2 MERCURE DE FRANCE.
plates , & du Culte qu'ils leur adref
foient à ce fujet.
Vous dé approuvez que j'aye dérivé le
motMythologie de l'EgyptienMuth,mors.
Quand je me ferois trompé, ceci ne fait
rien à notre theſe. Je n'ignore pas que
Mythologie , vient immédiatement de
Migos & de xiyos. Mais je vous avouerai
que dans l'habitude où je fuis de confi
dérer l'étymologie, dans fesprincipes or
ganiques & radicaux, & de l'employer
comme inftrument univerfel , je fais fou
vent la faute de remonter rapidement
aux primitifs , en fupprimant les inter
médiaires , & de prendre tout d'un coup
les mots dans chacune de leurs racines
ou clefs primitives, qui comprend toute
une claffe defons , de figures, ou d'idées.
Il m'arrivera, par exemplede dire , que
Journal vient de l'Oriental di , lumiere,
Soleil ; au lieu qu'il eût fallu dire qu'il
vient d'abord de Diurnale , de dies &c.
Au refte , la dérivation des mots eft un
point fur lequel on eft rarement d'ac
cord, parce que peu de gens ont voulu
prendre la peine d'examiner les princi
pes phyfiques & métaphyfiques de cette
matiere très-abftraite & très-philoſophi
que. Les étymologies que vous donnez ,
trouvent des contradicteurs. Vous dites
SEPTEMBRE. 1760. 233
qu'Offris fignifie le Seigneur fabricateur.
Ón fçait qu'ofiris eft un mot grécité,
que les Egyptiens , felon l'apparence ,
prononçoient ou écrivoient y-fer , &
qu'il fignifie le Seigneur , le Sire ; titre
d'honneur générique , convenable à la
Divinité , au Soleil , au Roi , à l'Aftre
Seth ou Sirius ; à quoi vous ajoutezfa
bricateur; & vous divifez ainfi le mot
Os-iri , quoiqu'il paroiffe qu'on doit le
diviferainfi , O-firis , comme lemontrent
les noms Egyptiens compofés de ce mot
Bonfiris ; Petofiris , Calafiris , Chenofiris ,
&c. ainfi que le nom Sirius , dela belle
étoile caniculaire , par laquelle ils calcu
loient leur grande période de 1460 ans ;
& letitre Sar , ficommunaux Rois d'AL
fyrie , que Buxtorf dérive de la racine
Schur,Principatum tenuit.Vousdites qu'I-fi
fignifie le receptable commun. La langue
Cophie, dit ici beaucoup en une fyllabe ;
mais auffi elle dit une chofe bien vague.
Qu'entend elle par-là? Eft-ce l'Univers ,
la Terre,le Chaos , lamatierepremiere,
la nature, lafubftance étendue &c.Selon
l'opinionordinaire, Ifis n'eft qu'un Gracif
medumot Oriental Iſcha , c'eſt-à-dire , la
femme , la femelle: ce qui rend cette
expreffion applicable à la Terre , à laLu
134 MERCURE DE FRANCE.
ne, àl'Etoile caniculaire ,àla Reine , à
la Mere , à l'ancienne de la Nation, &
autres objets aimés ou honorés du genre
féminin; raifon pour laquelleauffi Ifis ek
quelquefois fynonyme de Rhea ( Ďomi
na) deNeith ( Virgo ) de Venus ( Puella)
&c.
Encore un mot, avant que de finir,
fur le nœud principal de la difficulté.Les
Egyptiens , dites-vous , trouvent fort
mauvais qu'on faffe d'eux une peinture
peu avantageufe, (fur cet Article , s'en
tend; car je fuis tombé d'accord des élo
ges, qu'ils ont mérités furbeaucoup d'au
tres ) & qu'on les metteen paralléle avec
les autres Afriquains. Parlez-vous, Mon
fieur, des Egyptiens d'Aménophis? Je ne
le crois pas. Ea cura quietos follicitat
Pour les Egyptiensmodernes, cela pour
roit être commevous le dites. On n'aime
pas à voir que ce qu'on a pris de loin
pour un vaiffeau, ne foit qu'un bâton flot
tant. Rien, cependant , ne feroit plus
éloigné de mon intention , que de les fà
cher. Ily en a beaucoup parmi eux, que
j'eftime & que j'honore infiniment. Les
fçavantesexplications, qu'ils ont données
* Ifis apud eos fidus eft quodEgyptiace, Sothis,
Grace Asgoxúc dicitur, quod in reliquafignater
gnarevidetur. Plutarch. in Ifid.
SEPTEMBRE. 1460. 135
de l'Egyptianifme , en le confitérant fous
la belle face , refteront toujours égale
ment ingénieufes & utiles,, dans tous les
cas où l'on doit faire ufage de la Poefie
& des Symboles. Après tout , je ne puis
me réfoudre a croire , qu'ils trouventfort
mauvais , qu'on foit d'une autre opinion
que la leur, fur une queftion fi indiffé
rente pour nous. Platon ne défapprouve
pas qu'on foit plus ami de la vérité, que
de fon fentiment. Endeux mots, je con
viens qu'il feroit plus à fouhaiter que les
chofes fuffent comme vous le dites , & je
crois qu'il eft plus vrai qu'elles étoient
commeje le dis. Si je me trompe , c'eſt
une petite erreur de ma part, & tout eft
dit. Je fuis &c.
inférée dans le Mercure de Mai dernier.
J
un peu
' At lû avec plaifir , Monfieur, quoique
tard ; comme il arrive à tous ceux
qui font à la campagne , oùles Journaux
n'arrivent pas régulierement , la lettre
116 MERCURE DE FRANCE.
fcavante & polie, que vous m'avez adref
fée dans le dernier Mercure de Mai
Agréez que je réponde à vos civilités
plutôt qu'à votre differtation. Je penfe
que chez les anciens Egyptiens, le culte
des animaux & des objets terreftres étoit
une religion matérielle & groffiere , refte
de l'ancienne barbarie , qui s'eft conſervé
comme ufage antique & facré , dans les
fiécles poftérieurs où la Nation s'eft po
licée. Je dis que l'Egyptianifme,dans fon
origine , étoit à-peu près la même choſe
que le Fétichisme actuel des autre: Afri
cains,dont les mœurs n'ont point encore
changé , & j'ai tâché de faire voir par
des faits très-clairs , très-connus , plus
puiffans que les raifonnemens , que les
explications allégoriques qu'on s'eft avifé
d'en donner, dans un temps où les ef
prits plus éclairés ont fenti le befoin de
›
pallier cette doctrine puérile , étoient
fans force , inadmiffibles & ſe détrui
foient mutuellement. Votre fentiment eft
au contraire que ce culte eft purement
intellectuel & métaphyfique. Que réful
te-t-il de là, finon que nous avons cha
cun notre opinion fur une question de
très-petite importance ? Chacun de nous
deux , voulant avoir la fienne , recon
noît par là dans l'autre le même droit.
SEPTEMBRE. 1760. 117
Nous les avons toutes deux propofées au
Public i choifira celle qu'il jugera la
meilleure , & c'est tout ce qu'il demande
de nous. Une plus longue difcuffion ne
feroit que nous fatiguer , & nel'intéref
feroit nullement.Les gens de Lettres font
fujets à fe faire une affaire de ce qui n'en
eft point du tout une pour le Public ; &
je doute que la queftion dont il s'agit ici
lui tienne beaucoup au cœur. Il nous fe
roit facile à tous deux d'écrire de gros
livres fur cette matiere abondante. Vous
voyez que je n'ai pas prétendu donner
l'hiftoire complette de l'Egyptianiſme ni
du Fétichifme: mais feulement établir un
feul point de fait , qui me paroît être le
mot de l'Enigme; & foutenir le parallèle
entre les deux cultes par un tableau ra
pide , où je conviens que les objets font
trop entaffés dans leur grande varieté :
mais je courcis àmon but,& je n'ai fongé
qu'à les préfenter en paffant, comme des
chofes allez connues. De votre côté, vous
avez faitun difcours très bien écrit, oùles
chofes que vous fuppofez prouvées d'ail
leurs,font arrangées comme ala main, &
donnent pour séfultat une doctrine fort
abftraite.Tenons-nous-en là, fi vous m'en
crovez ; & plutôt que de nous épuifer en
redites , employons notre temps à quel
18 MERCURE DE FRANCE.
que nouvel ouvrage. C'eft ainfi que j'en
uferai , quelque parti que vous preniez ,
& quelque flatteufe que fût pour moi,
T'efpérance de pouvoir ramener à mon
avis une perfonne remplie d'érudition,
telle que vous êtes , & qui poffède le ta
lent beaucoup plus déſirable , & ſi peu
pratiqué de nos jours, de critiquer avec
politeffe. On peut être heureux en amu→
fant fon loifir à de petits ouvrages de
Littérature mais on fe rend à coup für
malheureux en prenant tropd'intérêt, ou
en mettant trop de prix aux bagatelles
qu'on s'avife d'écrire. Nous en voyons de
Triftes exemples ! Auffi me fuis-je promis
de n'entrer jamais dans aucune difpute
littéraire. Le Lecteur , comme je vousle
difois , entre deux fentimens préſentés ;
adopte le mieux prouvé,fans s'embar
raffer par qui il eft propofé, fans fe fou
cię
Tavis qu'il préfére vient de vous
Du'a moi.
Aufond notredifferend n'auroitqu'un
point. Il ne confifte , ainfi que vous l'a
vez très-bien remarqué, qu'en ce que
votre marche eft inverfe de la mienne.
J'ai dit que les Egyptiens, comme prèf
quetous les Peuples de la Tèrre, avoient
été fauvages avant que d'être policés ; &
queles hommesétoient enfans avantque
SEPTEMBRE. 1760. 11
de parvenir à l'âge de raifon. Vous dites
au contraire que les hommes paffent de
l'âge mûr àl'enfance, ce qui arrive auffi
quelquefois , mais moins fouvent ; &
que les Egyptiens ont paffé d'un état de
Police , de Philofophie & d'intelligence
parfaite , à un état d'ignorance & de
croyance puérile : gradation finguliere ,
dont je cherche en vain l'époque dans
les faits de leur hiftoire. Je vois feule
ment que vous l'attribuez à la perte des
hieroglyphes , qu'on fçait par l'exemple
des Méxicains & des Algonkins avoir été
une écriture de Sauvages ; & que vous
convenez que les Prêtres n'étoient plus
enétat d'expliquerleurs fyftêmes abftraits
& mystérieuxdèsle temps de Pythagore,
d'Hérodote & de Diodore. Vous voulez
dire , fans doute , qu'ils n'étoient plus
en état de les expliquer d'une maniere
fatisfaifante , en quoi nous fomme 'ac
cord. C'est là néanmoins le temps
bre de la Police , des Arts & des Sciences
de l'Egypte par où il femble que vous
conveniez avec moi, que ces connoiſſan
ces n'étoient pas incompatibles , dans la
é
Nation , avec une croyance puérile , &
une mauvaiſe logique fur ce point. Vous
niez que les Egyptiens ayent été Sauva
ges :vous rejettez le rapport de Diodore
120 MERCURE DE FRANCE.
& de quelques autres qui s'expliquent G
pofitivement là- deffus , d'après les Egyp
tiens eux-mêmes
vous dites qu'il ne
faut faire aucun fond fur Diodore , qui
dit le pour & le contre. Pour moi , j'a
voue que je fais un tout autre cas de
Diodore, homme fçavant, bien informé
des vieilles Traditions , qui a voyagé
pour s'inftruire, & qui écrit avec la plus
grande candeur , que des rêveries de
Jamblique & autres Allégoriftes de fon
temps,qu'on pourroit appeller le bas em
pire du Platonifme. Mais Diodore dit le
B
pour & le contre. C'eft ce qu'on pour
roit, avec beaucoup plus defondement,
objecter à Plutarque,fur le rapport de qui
vous appuyez furtout votre opinion. Je
me garderai bien de faire un pareil re
proche, à l'un des plus excellens efprits
qu'il y ait jamais eu. Si Plutarque, Hé
rodote , & Diodore difent le pour & le
contre , ne nous en prenons point à eux;
mais à la nature finguliere du fujet qu'ils
traitoient. Ils avoient à parlerde l'Egyp
tianifme: ils ont fidélement rapporté d'u
ne part les faits , les rites de ce culte ;
de l'autre les difcours que leur tenoient
là- deffus les Prêtres Egyptiens de leur
temps. Par malheur , ce qu'ils voyoient
étoit fort oppofé à ce qu'ils enten
doient.
SEPTEMBRE. 1760. 121
doient. De là, naît cette contrariété
qu'on croit trouver dans leurs écrits , &
qui n'eft que dans la chofe, par le faux
affemblage d'un it & d'une doctrine , qui
ne vont point du tout enfemble : De là
vient que ces allégories paroiffoient dès
lors à tantde gens , fi forcées , fi incon
féquentes, fi peu relatives à leur objet.
Il paroît difficile de nier férieufement,
que la plus grande partie du genre hu
mainfoittombée dansun état debarbarie ,
par la révolution terrible qui le réduiſit à
trois Chefs de famille. Une feuleréflexion
celafoit
démontrequ'il eft impoffible que
autrement. Car enfin , qu'est-ce qu'être
fauvages , fi ce n'eft manquer d'arts & de
connoiffances? Et quand même trois per
fonnes auroient eu dans leur efprit , tout
ce qui s'étoit fçu & pratiqué depuis la
création du monde , au bout de fortpeu
de temps, tout auroit été perdu tout
auroit été oublié , faute d'exercice ; puif
qu'il n'y a fi petit art, fi petiteprofeſſion,
qui ne fuppofe le concours préalable
d'une multitude d'hommes & d'inftru
mens. Mais tout manquoit alors , même
les matieres premieres. Il eftdonc évident
que la deftruction des hommes & de la
furface de la terre , a mis l'efprit humain
au premier pas, & formé pour lui une
F
22 MERCURE DE FRANCE
*
nouvelle époque.
1
Cette obfervation
n'eft pas moins applicable aux Sciences ,
qui , encomparaifon des Arts néceffaires ,
font une espèce de luxe pour l'efprit. On
fçait qu'un Peuple ne s'y adonne , que
lorfqu'il eft nombreux, riche & tranquil
lefur les befoins du corps. Les genres de
connoiffance , qui demandent de l'étude
&de laméditation , font le fruit de l'ai
fance & durepos. Surtout la Philofophie
& la Métaphyfique abftraite ,fur laquelle
vous voulez que les Egyptiens ayent été
fi précoces , font communément les der
nieres Sciences, aufquelles une Nation
s'applique.
Cependant,comme après les faits,rien
n'eft & fort,fur une pareille thèse, que
queles autorités originales & authenti
ques , j'ai été frappé, en commençant ,
de lire le beau morceau de Théologie
Egyptienne, que vous avez inféré dans
votre difcours, Je vais , dites-vous, rap
*UnAuteur généralement approuvé & efti
mé, M.Goguet) polepartout ceci pour maxi
medans fonTraité de l'Origine des Connoiffan
ces humaines. Il s'exprime là-deſſus d'une ma
piere très forte t. 1. p. 264.» Dans les premiers
temps,la plupart des Peuples,dénués des Arts
»&desconnoiffances les plus néceſſaires , me
» noient une vie errante & peu différente de
>celle des bêtes,
SEPTEMBRE. 1760. 123
porter ce queje trouve dans un fragment
deCofmogonie Egyptienne. Sur cette an
nonce, & fur les marques ordinaires que
l'on joint aux paffages ,que l'on tranfcrit
d'un Auteur original , i'ai cru d'abord
que ce long fragment fi clair, fi décifif
pour votre opinion , étoit un morceau
précieux jufqu'à préfent enféveli dans la
nuit des temps , & nouvellement recou
vert ; tel à peu près fur la Cofmogonie
Egyptienne , qu'eft le fragment de San
choniation fur la Cofmogonie Phéni
cienne Ce morceau eft très intellectuel ,
très- métaphyfique,très abftrait, quoiqu'en
même temps clair, méthodique, parfai
tement bien arrangé & bien déduit. Il
m'a fait un véritable plaifir à lire. Mais
commeje me trompe, peut être, encon
jecturant que vous y avez fourni une par
tie de la matiere & prèfque toute la for
me, je fouhaiterois,que vous euffiez bien
voulu citer, en marge, d'où vous l'avez
tiré. Seroit-ce d'un li re Anglois de Cud
dworth, ce fameux défenfeur des natures
Plaſtiques , juftement intitulé true intel
lectual fyftem; car jamais ouvrage n'a
mieux mérité le nom defyftême.J'ai dans.
mon cabinet ce Livre affez rare ; mais
je ne fuis pas à portée de vérifier ce qui
en eft. En ce cas, vous fentez, Monfieur.
F₁j
124 MERCURE DE FRANCE.
que pourformer une autorité en pareille
matiere, il faut un paffage authentique
& original ; & que le paffage d'un écri
vain moderne , pour fçavant qu'ilfoir
tel que vous ou Cuddworth, ou même
peu ancien , tel que Jamblique, ne forme
qu'une opinion , ouqu'une hypothèſe in
génieufe. Vous ajoutez, après avoir rap
porté ce fragment : J'y apperçois beau
coup de Philofophie : je nepuis m'empê
cher même d'y trouver dufiguré & des al
Légoriesfaciles à expliquer. Tout le mon
de conviendra de ceci. Il y en a beau
coup en effet. Elles y font très-claires,
très-faciles à trouver & à expliquer. Rien
n'eft plus fimple, que de retrouver dans
les chofes , ce qu'on y vient de mettre.
Mais, permettez-moi d'y oppofer Héca
tée , Manéthon , Charemon , & même le
mystérieux Porphyre , qui ne vous fera
pas fufpect. Je tranfcrirai ici un paffage
des Hiftoriens Anglois , qui fe trouve par
hazard fous ma main. C'eft dans leur
traité des Cofmogonies , p. 21. Après avoir
copié celle des Egyptiens, telle que laود
donne Diodore , ils ajoutent ; » Cette
»Cofmogonie,commeon l'aremarqué(e),
» eft, pour le fonds , la même que la pré
»cédente; (la Phénicienne ) mais plus
(a) Grot. Rel. Chriſt. L. 1. Set. 16.
SEPTEMBRE. 1760. 125
» étendue ( ce qui eft ordinaire , en fait
« "
d'explications ) & tâche follement à ex
pliquer méchaniquement la création du
»monde, fansy faireintervenir Dieu (a):
»cequiprouvequeThoyht eft lafource,où
»lesEgyptiens & les Phéniciens ont puiſe
leurs fentimens. Et Eufébe fait la même
»remarque fur le fyftême des uns & des
autres;fçavoir,qu'il n'y eft pasfeulement
»fait mention du nom de Dieu : mais
qu'uneformation de l'Univers , fortuité
"&fpontanée,yeft miſe àfa place (b).
»Pour confirmer ce jugement , il rap
»porte dans un autre endroit, un paffa
"gede Porphyre , qui, dans fon épitre à
»Anébo , Prêtre Egyptien , écrit que
"
» Charemon & d'autres croyoient, qu'il
»n'y avoit rien d'antérieur à ce monde
» vifible ; que les plantes & les étoiles du
Zodiaque, étoient les vrais Dieux des
»Egyptiens; & que le Soleil devoit être
»regardé, comme étant l'artifan de cet
»Univers. D'où Eufebe conclut , que
"
"même la Théologie fécrette des Egyp
» tiens , n'avoit point d'autres Dieux que
» les étoiles & les plantes , & n'attribuoit
»la formation de l'Univers, ni à quelque
principe fpirituel , ni à une ou plufieurs
( a)Cumberl. on Sanchon. p. 9.
(b)Eufeb.Præpar.L.1.C.7 .
Fii
116 MERCURE DE FRANCE
» Divinités , ni enfin à quelque Puiſſance
»invifible: mais au Soleil , par fon ac
»tion fur les élémens ( a ). C'eſt princi
"
palement à quoi revient , fur ce fujer,
:
»l'abrégé que nous adonné de la Philo
»fophie Egyptienne, Diogène Laerce (b),
» & qu'il atiré de Manéthon & d'Hécarii;
fçavoir que la matière a été le pre
»mier principe, dont enfuite les quatre
»élémens ont été tirés , & tous les ani
»maux formés ; & que le Soleil & la
» Lune , étoient leurs Divinités , dont
*
20
l'une s'appelloit Ofiris , & l'autre Ifis.
»Un très-habile homme (c) a fait tous
»fes éfforts, pourjuftifier les Egyptiens,
à l'égard de l'imputation , de n'avoir
»reconnu d'autres Dieux, qu'une matié
»re ftupide &c. C'eft Cuddwort , dont
ils donnent en abrégé , le fyftême, fur le
Dieu Kneph & fur le Dieu Phta , ainfi
que les raifons qu'on peut avoir de juger
que les Egyptiens ont cru que le monde
avoit eu Dieu pour Auteur, parmi lef
quelles il y en a une alléguée par Simpli
cius L.VIII. pag. 268. que nous ne re
cevrons , ni vous , ni moi. Venons donc à
l'autorité que vous avez citée , en difant
(a ) Ibid. L. III. C. 4.
(b) In prom.p. 8.
(c) Cuddworth.Syft.intell. p. 317.
SEPTEMBRE. 1966. 127
que l'ancien Egyptien connoiffoit & ado
roit le vrai Dieu : fur quoi vous me ren
voyez au voyage d'Abraham en Egypte.
Genef.Chap. XII. Le temps ne peut être
mieux choifi, non plus que l'Auteur. Ou
tre la foi divine qui lui eft duë , nul au
tre ne mérite auffi bien la foi humaine,
n'eft mieux inftruit du fait , ni ne connoît
>
mieux le pays. J'y recours , & j'y trouve
feulement , que le Seigneurfrappa le Roi
de grandes playes , pour avoir enlevé la
femmed'Abraham. Flagellavitautem Do
minus Pharaonem plagis maximis & do
mum ejus propter Sarai uxorem Abram.
.17.Je n'ai garde d'infifter , ni de croire
que vous ayez voulu donner ceci pour
une démonftration. Tant de paffages du
même Auteur , qui difent que l'Egypte
adoroit de fauffes Divinités , font affez
préfens à votre mémoire. C'eft fur ces
autorités décifives , c'eftfur celle de San
choniaton, qui regarde l'Egyptien & le
Chananéen commeunmême peuple, qui
attribue la même doctrine à Iftris , & à
fonfrere Chis, dit Phenix, que je per
fifte à croire que ces Nations avoient deux
efpéces de Divinités ; Sçavoir, des Dieux
naturels & immortels , tels que les aftres
&les élémens , & des Dieux mortels &
Fiy
128 MERCURE DE FRANCE.
terreftres ,
tels que des pierres , des,
poteaux de bois, des plantes , des ani
maux divinifés , & des hommes inven
teurs des Arts , déïfiés , ou , fi vous vou
lez , honorés du culte héroïque après.
leur mort qu'en Egypte, le culte des
objets terreftres , étoit , dans fon origine,
une Religion groffiére , à-peu-près fem
blable au Fetichifme des Négres : que
cette croyance , dont les étrangers fe.
moquoient , a continué d'être le rit pu
blic , & la croyance du peuple, partout
fuperftitieux & ignorant ; mais que dans
les fiécles éclairés , elle ne fut plus celle
des gens lettrés , qui en fentoient la pué
rilité, & le befoin qu'elle avoit de pren
»Pour l'intelligence de ce qui va ſuivre , die
en fa Préface Philon de Biblos , Traducteur
du Phénicien , il faut fçavoir que les plus an
ciens des peuples barbares , furtout les Phéni
»ciens & les Egyptiens, de qui les autres Na<
» tions ont reçu les uſages , mettoient au nom
bre des grands Dieux, tous ceux qui avoient
»inventé les chofes néceffaires à la vie , & a qui
»legenrehumain étoit redevabledegrandsbien
>>faits Is leur ont rendu les honneurs divins,
»commeaux Auteurs des biens principaux.....
Parmi eux, il n'yavoit de Dieux naturels , que
»leSoleil, la Lune , les Etoiles fixes, les Elémens
»& autres êtres de ce genre , tellement qu'ils
avoient des Dieux mortels, & d'autres immor
>tels.
SEPTEMBRE. 1760. 129
dre une face plus honnête. Ceux- ci y
fubftituerent , foit la doctrine des deux
principes,où les vieilles Hiftoires d'Ofiris
& de Typhonjouerent un grand rôle ;
foit unnombreinfini d'allégories forcées,
fans liaiſon entr'elles , ni avec leur objet ;'
carilya autant d'opinions différentes que
de Commentateurs , comme il arrive
toujours , lorfqu'au lieu de s'attacheràla
vérité des faits , on fe livre à l'arbitraire
de l'imagination ; foit enfin un naturalif
meunpeuplus fupportable. De tout cela
ona forméun corps de Doctrine moder
ne , moitié Phyfique, moitié Métaphyfi
que, affezingénieux , quoique mal affem
blé; & dont Eufébe, dans fon troifiémé
livre (fije ne me trompe; car je n'ai pas
ici l'ouvrage ) rapporte un curieux ex
trait,qu'il a tiré de Porphyre. Expliquons
nous cependant, fur ce mot Naturalisme
pour éviter l'inconvénient trop sommun
enmatiereabftraite de fubftitueraux cho
fes , des termes vagues qui ne fignifient
rien. Sanchoniaton détaille les trois plus
anciens Cultes,que les hommes ayent eu
felon lui , & dont les objets furent les
germes terreftres , le Soleil, les pierres &
les poteaux de bois. A fon rapport , les
germes terreftres furent les plus anciens.
»Lespremiers de tous leshommes,dit
Fr
130 MERCURE DE FRANCE.
il, prirent pour des Etres facrés les
»germes de la terre; & aulieu de Divi
»nités , rendirent un culte d'adoration à
»ces germes, par le moyen defquels ils
»foutenoient leur vie, ainfi qu'avoient
fait leurs Ancêtres, & que feroit leur
&
»postérité. Ils leur firent des libations ,
» des éffufions. Là- deffus l'Auteur , ou
fon Traducteur, qui interpole quelque
fois le texte , ajoute , » une telle penſée
»fur le Culte divin , étoit bien conforme
» àla petiteffe & à la timidité de leur ef
»prit » Cette réfléxion marque que l'Au
teur regarde ce Culte , comme infpiré
par l'ignorance, la crainte & le befoin,
noncomme une grande vue jettéeſur la
natureféconde; qu'il défigne plutôt ici un
Fétichisme, ou Culte fimple & direct des
objets terreftres , qu'un Naturaliſme abf
trait , qui n'eft pas fans quelque Philofo
phie. Auffi l'Evêque Cumberland , dans
fon Commentaire, a-t-il entendu cetexte
de la maniere la plus fimple,la plus con
formeau refte durécit , & à l'ufage connu.
du Rit facré des premiers temps. Il dit,
»qu'ils déifierent les plantes , &leur don
»nerent à manger & à boire. Au reste,
ces mots, Natureféconde, ne font qu'u
* Cumberl. on. Sanchon. ap. Hift. Angl. com
SEPTEMBRE. 1760. 131
ne façonde parler, une maniere abftraite
d'exprimer l'effet phyfique de la produc
tion des êtres terreftres particuliers, par
unterme vague & général , que proba
blement les Sauvages n'avoient pas en
leur langue. Ainfi , l'ordre naturel des
penſées & des chofes, eftqueles hommes
fimples , groffiers , & touchés de leurs
befoins , ont d'abord adoré fpécifique
ment, & directement , les fruits dela
Terre, au moyen defquels ils entrete
noient leurvie , forte de Culte qui aquel
que rapport au Fétichifme des Sauvages ;
& qu'on a dans la fuite appellé Natura
Lifme , lorfque les efprits ont commencé
d'acquérir cette teinture de Philofophie
qui généralife les idées , & forme dans le
langage des termes abftraits, propres à
exprimer d'un feul mot tout un genre d'i
dées ou d'êtres particuliers. Alors les
hommes, aumoyendes termes abftraits ,
dont ils faifoient un ufage habituel , ont
pû & dûconfidérer leur premiere & an
cienne Religion,fousun afpect moins ter
reftre , & plus métaphyfique en apparen
ce, comme un hommagegénéral rendu
à la Nature féconde. Mais cette idée gé
nérale eft venue des idées particulieres,
infpirées par le fentiment du befoin , que
leshommesavoientdelaréproduction des
F vi
1:2 MERCURE DE FRANCE.
plates , & du Culte qu'ils leur adref
foient à ce fujet.
Vous dé approuvez que j'aye dérivé le
motMythologie de l'EgyptienMuth,mors.
Quand je me ferois trompé, ceci ne fait
rien à notre theſe. Je n'ignore pas que
Mythologie , vient immédiatement de
Migos & de xiyos. Mais je vous avouerai
que dans l'habitude où je fuis de confi
dérer l'étymologie, dans fesprincipes or
ganiques & radicaux, & de l'employer
comme inftrument univerfel , je fais fou
vent la faute de remonter rapidement
aux primitifs , en fupprimant les inter
médiaires , & de prendre tout d'un coup
les mots dans chacune de leurs racines
ou clefs primitives, qui comprend toute
une claffe defons , de figures, ou d'idées.
Il m'arrivera, par exemplede dire , que
Journal vient de l'Oriental di , lumiere,
Soleil ; au lieu qu'il eût fallu dire qu'il
vient d'abord de Diurnale , de dies &c.
Au refte , la dérivation des mots eft un
point fur lequel on eft rarement d'ac
cord, parce que peu de gens ont voulu
prendre la peine d'examiner les princi
pes phyfiques & métaphyfiques de cette
matiere très-abftraite & très-philoſophi
que. Les étymologies que vous donnez ,
trouvent des contradicteurs. Vous dites
SEPTEMBRE. 1760. 233
qu'Offris fignifie le Seigneur fabricateur.
Ón fçait qu'ofiris eft un mot grécité,
que les Egyptiens , felon l'apparence ,
prononçoient ou écrivoient y-fer , &
qu'il fignifie le Seigneur , le Sire ; titre
d'honneur générique , convenable à la
Divinité , au Soleil , au Roi , à l'Aftre
Seth ou Sirius ; à quoi vous ajoutezfa
bricateur; & vous divifez ainfi le mot
Os-iri , quoiqu'il paroiffe qu'on doit le
diviferainfi , O-firis , comme lemontrent
les noms Egyptiens compofés de ce mot
Bonfiris ; Petofiris , Calafiris , Chenofiris ,
&c. ainfi que le nom Sirius , dela belle
étoile caniculaire , par laquelle ils calcu
loient leur grande période de 1460 ans ;
& letitre Sar , ficommunaux Rois d'AL
fyrie , que Buxtorf dérive de la racine
Schur,Principatum tenuit.Vousdites qu'I-fi
fignifie le receptable commun. La langue
Cophie, dit ici beaucoup en une fyllabe ;
mais auffi elle dit une chofe bien vague.
Qu'entend elle par-là? Eft-ce l'Univers ,
la Terre,le Chaos , lamatierepremiere,
la nature, lafubftance étendue &c.Selon
l'opinionordinaire, Ifis n'eft qu'un Gracif
medumot Oriental Iſcha , c'eſt-à-dire , la
femme , la femelle: ce qui rend cette
expreffion applicable à la Terre , à laLu
134 MERCURE DE FRANCE.
ne, àl'Etoile caniculaire ,àla Reine , à
la Mere , à l'ancienne de la Nation, &
autres objets aimés ou honorés du genre
féminin; raifon pour laquelleauffi Ifis ek
quelquefois fynonyme de Rhea ( Ďomi
na) deNeith ( Virgo ) de Venus ( Puella)
&c.
Encore un mot, avant que de finir,
fur le nœud principal de la difficulté.Les
Egyptiens , dites-vous , trouvent fort
mauvais qu'on faffe d'eux une peinture
peu avantageufe, (fur cet Article , s'en
tend; car je fuis tombé d'accord des élo
ges, qu'ils ont mérités furbeaucoup d'au
tres ) & qu'on les metteen paralléle avec
les autres Afriquains. Parlez-vous, Mon
fieur, des Egyptiens d'Aménophis? Je ne
le crois pas. Ea cura quietos follicitat
Pour les Egyptiensmodernes, cela pour
roit être commevous le dites. On n'aime
pas à voir que ce qu'on a pris de loin
pour un vaiffeau, ne foit qu'un bâton flot
tant. Rien, cependant , ne feroit plus
éloigné de mon intention , que de les fà
cher. Ily en a beaucoup parmi eux, que
j'eftime & que j'honore infiniment. Les
fçavantesexplications, qu'ils ont données
* Ifis apud eos fidus eft quodEgyptiace, Sothis,
Grace Asgoxúc dicitur, quod in reliquafignater
gnarevidetur. Plutarch. in Ifid.
SEPTEMBRE. 1460. 135
de l'Egyptianifme , en le confitérant fous
la belle face , refteront toujours égale
ment ingénieufes & utiles,, dans tous les
cas où l'on doit faire ufage de la Poefie
& des Symboles. Après tout , je ne puis
me réfoudre a croire , qu'ils trouventfort
mauvais , qu'on foit d'une autre opinion
que la leur, fur une queftion fi indiffé
rente pour nous. Platon ne défapprouve
pas qu'on foit plus ami de la vérité, que
de fon fentiment. Endeux mots, je con
viens qu'il feroit plus à fouhaiter que les
chofes fuffent comme vous le dites , & je
crois qu'il eft plus vrai qu'elles étoient
commeje le dis. Si je me trompe , c'eſt
une petite erreur de ma part, & tout eft
dit. Je fuis &c.
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