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1
p. 170-182
« Il répondit fermement à M. Desalleurs, qu'il luy étoit infiniment [...] »
Début :
Il répondit fermement à M. Desalleurs, qu'il luy étoit infiniment [...]
Mots clefs :
M. des Alleurs, Mains, Étienne Padery, Mecque, Constantinople, Vizir, Caravane
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texteReconnaissance textuelle : « Il répondit fermement à M. Desalleurs, qu'il luy étoit infiniment [...] »
Il répondit fermement à M.
Deſalleurs , qu'il luy étoit infiniment
obligé des peines
extrêmes qu'il prenoit pour
luy; mais qu'il ne trahiroit jamais
le ſecret de l'Empereur
fon Maiſtre , & qu'il n'avoüëroit
point ſa Miffion , quand
il devroit eſtre mis en pieces,
Neanmoins par l'entremife
(
1.
4
HISTORIQUE. 171
de Paderi , M. Defalleurs trouva
des expedients pour ſa delivrance
, & moyennant neuf
ou dix mille écus , il ſe fit des
amis dont le credit contribua
à changer la face de cette affaire.
On publia d'abord dans
Conſtantinople , & l'on perſuada
enſuite au Chaoux Bachi
, que ſon priſonnier étoit
un ſimple Pelerin.; qu'il étoit
parti exprés de Perſe , pour al
ler à la Mecque; que la crainte
de tomber entre les mains
desCorſaires ,l'avoit empêché
de s'embarquer à Smyrne , &
Pij
172 JOURONTALH
qu'il étoit venu à Conftantinople,
uniquement pour pro
fiter de la Caravanne ,& de
Peſcorte du a Suremini ,&dub
Sakabachi.
Le Chaoux Bachi fut ravi
de ſe voir obligé d'ajoûter foi
à ces diſcours ; & pour mieux
marquer l'envie qu'il avoit de
tirer le Perſan d'un ſi mauvais
pas,aprésavoir publié enhom
me perfuadé , toutes les rai
fons qu'il alleguoit luy- même
a Conducteur du Tresor de laMecque,
&des Pelerins.
b Celuy qui fournit de l'eau dans les
Deserts aux Pelerins , aux dépens du
Grand Seigneur.
HISTORIQUE. 173
pour prouver ſon innocence ,
il crût que rien ne pourroit
plus retarder l'execution de
fon deſſein , s'il ſe ſervoit adroitement
auprés du Grand
Vizir de l'heureuſeconjoncture
qui ſe preſentoit alors .
Le Grand Seigneur devoit
mettre ſon fils aîné entre les
mains des c Oukodja , pour
commencer à l'inſtruire dans
l'Alcoran. Le jour que cette
ceremonie ſe celebre , eſt un
grand jour de Feſte chez les
Turcs . Le Grand Viſir , le
Muphti , les deux Kaziaskers
Maistres d'Ecole , on Docteurs.
Pij
174 JOURNAL
& tous les gens de Loy y affiftent.
Le Chaoux Bachi qui ſçavoit
parfaitement combien il
luy importoit , s'il vouloit
réüſſir , de profiter de cette occafion,
ſe rendit ce jour-làmême
, aprés la premiere priére ,
chez leGrand Vizir, qu'il trouva
heureuſement de bonne
humeur : Il luy preſenta une
Requeſte de Mehemet Riza
Beg qui le prioit de faire attention
aux ſoupçons mal fondez
qu'on avoit conceus de luy ,
en vertu deſquels on le retenoit
depuis ſi longtemps à 4
HISTORIQUE. 175
Conſtantinople; que d'ailleurs
la Caravanne étant à la veille
de partir , il couroit riſque de
ne point aller à la Mecque , s'il
ne donnoit inceſſamment ſes
ordres pour le faire mettre en
liberté. Le Chaoux Bachi joignit
à cette Requeſte de fortes
inſtances , qui eurent tout
l'effet qu'il en pouvoit attendre
: Et fur le champleGrand
Vizir luy ordonna de l'élargir
à condition qu'il le feroit examiner
de prés , & qu'il luy en
répondroit juſqu'à ce qu'il fut
mis ſous la gardedes Conducteurs
des Pelerins, qui ſeroient
Piij
7764 JOURNALН
chargez du foin de le menet
àla Mecque ,& à leur retour ,
de le renvoyer par Damas en
Le ChaouxBachi fut auſſitoſt
luy porter cette bonne
nouvelle ; il la reçut avec de
grandes demonſtrations de
joye , qu'il accompagna de
quelques nouveaux prefens ,
&en même temps il fut mis
en liberté.
*** Dés qu'il fut forti de priſon
Paderi fut le confulter , &
prendre avec luy des meſures
pour convenir de ce qu'il y
auroit à faire entre M. Defal-
區
HISTORIQUE. 177 .
leurs &cuxdeux , pour l'arracher
des mains des Turcs qui
auroient l'ordre de le mener
à la Mecque , aprés qu'il
auroit donné caution valable
&fûre , pour ſa perfonne , &
pour fon monde. Cette horri.
ble condition à laquelle il ne
s'attendoit pas ; & à laquelle
il ne pouvoit pas fatisfaire ,
l'embarraſſa infiniment ; mais
par bonheur il trouva deux
riches Marchands Perſans
établis depuis longtemps à
Conftantinople , qui répondirent
pour luy en prefence du
Grand* Stenbol- Effendi.
*Fuge de grande confideration.
178 JOURNAL
Alors M. Defalleurs (je ne
fçay pour quelle raiſon ) luy
fit dire qu'il pouvoit feurement
ſe retirer au Palais de
France , qu'il le garderoit
& le feroit embarquer fans
danger ; mais quelque nouvelle
chicane qu'il cût à craindre
de l'inconſtance & de la
mauvaiſe foy des Turcs , il ſe
fir un ſcrupule de confcience
& d'honneur , d'accepter cet
aſyle , enunmot iln'en voulut
pas entendre parler , en
confideration de ſes cautions
qu'il auroit facrifié par l'éclat
d'une pareille demarche.
HISTORIQUE. 179
Tous ces inconvenients les
uns ſur les autres avoient épuiſé
tout l'argent qu'il avoit apporté
d'Erivan : mais M.
Deſalleurs n'eût pas plutôt appris
le beſoin où il étoit , qu'il
luy fic porter par Paderi fix
mil cinq cens écus , qui auroient
été perdus , &luy auffi
fi on l'eût reconnu. Aprés
avoir remis cette ſomme entre
les mains de fon homme
d'affaires , il le mena ſecretement
au Palais de France , où
M. Defalleurs qui avoit grandeenviede
le voir ,l'attendoit.
Ils y curent une conférence
180 JOURNALH
de deux heures ,où il fut conclu
qu'il feroit au milieu de
la Caravanne ce que l'on verra
dans la fuite de ce Journal ,&
que Paderi de fon côté ſe ferviroit
du même Bâtiment
qui ( à ſon arrivée à Conſtantinople
devoit le prendre à
Troye) pour aller l'attendre
à Payas ou à Alexandrette.
Le lendemain decette viſite
les Chaouxde la Porte furent
prendre le Pelerin dans ſa
maiſon,& le remirent le mê.
me jour fepriéme d'Aouſt de
mil ſept cens quatorze , entre
les mains des Chefs de laCaraHISTORIQUE.
184
vanne , avec leſquels il commença
ſon pelerinage.blo
Paderi qui le vit partir de
loin , ſe diſpoſa bien toſt à
le ſuivre de prés ; mais par une
autre route. Il fit embarquer
ſecretement avec luy ſept ou
buit hommes de la ſuite de
l'Ambaſſadeur , qu'il avoit
laiſſez à Conftantinople , il
monta dans le Bâtiment nommé
la Vierge de Grace ,Commandé
par le Capitaine de
Cuges;& mit àla voile le onze
du même mois ,chargé , luy
& ledit Capitaine , des ordres
&des inſtructions dont voicy
182 JOURNALIHN 1
la copie ſur les originaux,
Signez DESALLEURS
Deſalleurs , qu'il luy étoit infiniment
obligé des peines
extrêmes qu'il prenoit pour
luy; mais qu'il ne trahiroit jamais
le ſecret de l'Empereur
fon Maiſtre , & qu'il n'avoüëroit
point ſa Miffion , quand
il devroit eſtre mis en pieces,
Neanmoins par l'entremife
(
1.
4
HISTORIQUE. 171
de Paderi , M. Defalleurs trouva
des expedients pour ſa delivrance
, & moyennant neuf
ou dix mille écus , il ſe fit des
amis dont le credit contribua
à changer la face de cette affaire.
On publia d'abord dans
Conſtantinople , & l'on perſuada
enſuite au Chaoux Bachi
, que ſon priſonnier étoit
un ſimple Pelerin.; qu'il étoit
parti exprés de Perſe , pour al
ler à la Mecque; que la crainte
de tomber entre les mains
desCorſaires ,l'avoit empêché
de s'embarquer à Smyrne , &
Pij
172 JOURONTALH
qu'il étoit venu à Conftantinople,
uniquement pour pro
fiter de la Caravanne ,& de
Peſcorte du a Suremini ,&dub
Sakabachi.
Le Chaoux Bachi fut ravi
de ſe voir obligé d'ajoûter foi
à ces diſcours ; & pour mieux
marquer l'envie qu'il avoit de
tirer le Perſan d'un ſi mauvais
pas,aprésavoir publié enhom
me perfuadé , toutes les rai
fons qu'il alleguoit luy- même
a Conducteur du Tresor de laMecque,
&des Pelerins.
b Celuy qui fournit de l'eau dans les
Deserts aux Pelerins , aux dépens du
Grand Seigneur.
HISTORIQUE. 173
pour prouver ſon innocence ,
il crût que rien ne pourroit
plus retarder l'execution de
fon deſſein , s'il ſe ſervoit adroitement
auprés du Grand
Vizir de l'heureuſeconjoncture
qui ſe preſentoit alors .
Le Grand Seigneur devoit
mettre ſon fils aîné entre les
mains des c Oukodja , pour
commencer à l'inſtruire dans
l'Alcoran. Le jour que cette
ceremonie ſe celebre , eſt un
grand jour de Feſte chez les
Turcs . Le Grand Viſir , le
Muphti , les deux Kaziaskers
Maistres d'Ecole , on Docteurs.
Pij
174 JOURNAL
& tous les gens de Loy y affiftent.
Le Chaoux Bachi qui ſçavoit
parfaitement combien il
luy importoit , s'il vouloit
réüſſir , de profiter de cette occafion,
ſe rendit ce jour-làmême
, aprés la premiere priére ,
chez leGrand Vizir, qu'il trouva
heureuſement de bonne
humeur : Il luy preſenta une
Requeſte de Mehemet Riza
Beg qui le prioit de faire attention
aux ſoupçons mal fondez
qu'on avoit conceus de luy ,
en vertu deſquels on le retenoit
depuis ſi longtemps à 4
HISTORIQUE. 175
Conſtantinople; que d'ailleurs
la Caravanne étant à la veille
de partir , il couroit riſque de
ne point aller à la Mecque , s'il
ne donnoit inceſſamment ſes
ordres pour le faire mettre en
liberté. Le Chaoux Bachi joignit
à cette Requeſte de fortes
inſtances , qui eurent tout
l'effet qu'il en pouvoit attendre
: Et fur le champleGrand
Vizir luy ordonna de l'élargir
à condition qu'il le feroit examiner
de prés , & qu'il luy en
répondroit juſqu'à ce qu'il fut
mis ſous la gardedes Conducteurs
des Pelerins, qui ſeroient
Piij
7764 JOURNALН
chargez du foin de le menet
àla Mecque ,& à leur retour ,
de le renvoyer par Damas en
Le ChaouxBachi fut auſſitoſt
luy porter cette bonne
nouvelle ; il la reçut avec de
grandes demonſtrations de
joye , qu'il accompagna de
quelques nouveaux prefens ,
&en même temps il fut mis
en liberté.
*** Dés qu'il fut forti de priſon
Paderi fut le confulter , &
prendre avec luy des meſures
pour convenir de ce qu'il y
auroit à faire entre M. Defal-
區
HISTORIQUE. 177 .
leurs &cuxdeux , pour l'arracher
des mains des Turcs qui
auroient l'ordre de le mener
à la Mecque , aprés qu'il
auroit donné caution valable
&fûre , pour ſa perfonne , &
pour fon monde. Cette horri.
ble condition à laquelle il ne
s'attendoit pas ; & à laquelle
il ne pouvoit pas fatisfaire ,
l'embarraſſa infiniment ; mais
par bonheur il trouva deux
riches Marchands Perſans
établis depuis longtemps à
Conftantinople , qui répondirent
pour luy en prefence du
Grand* Stenbol- Effendi.
*Fuge de grande confideration.
178 JOURNAL
Alors M. Defalleurs (je ne
fçay pour quelle raiſon ) luy
fit dire qu'il pouvoit feurement
ſe retirer au Palais de
France , qu'il le garderoit
& le feroit embarquer fans
danger ; mais quelque nouvelle
chicane qu'il cût à craindre
de l'inconſtance & de la
mauvaiſe foy des Turcs , il ſe
fir un ſcrupule de confcience
& d'honneur , d'accepter cet
aſyle , enunmot iln'en voulut
pas entendre parler , en
confideration de ſes cautions
qu'il auroit facrifié par l'éclat
d'une pareille demarche.
HISTORIQUE. 179
Tous ces inconvenients les
uns ſur les autres avoient épuiſé
tout l'argent qu'il avoit apporté
d'Erivan : mais M.
Deſalleurs n'eût pas plutôt appris
le beſoin où il étoit , qu'il
luy fic porter par Paderi fix
mil cinq cens écus , qui auroient
été perdus , &luy auffi
fi on l'eût reconnu. Aprés
avoir remis cette ſomme entre
les mains de fon homme
d'affaires , il le mena ſecretement
au Palais de France , où
M. Defalleurs qui avoit grandeenviede
le voir ,l'attendoit.
Ils y curent une conférence
180 JOURNALH
de deux heures ,où il fut conclu
qu'il feroit au milieu de
la Caravanne ce que l'on verra
dans la fuite de ce Journal ,&
que Paderi de fon côté ſe ferviroit
du même Bâtiment
qui ( à ſon arrivée à Conſtantinople
devoit le prendre à
Troye) pour aller l'attendre
à Payas ou à Alexandrette.
Le lendemain decette viſite
les Chaouxde la Porte furent
prendre le Pelerin dans ſa
maiſon,& le remirent le mê.
me jour fepriéme d'Aouſt de
mil ſept cens quatorze , entre
les mains des Chefs de laCaraHISTORIQUE.
184
vanne , avec leſquels il commença
ſon pelerinage.blo
Paderi qui le vit partir de
loin , ſe diſpoſa bien toſt à
le ſuivre de prés ; mais par une
autre route. Il fit embarquer
ſecretement avec luy ſept ou
buit hommes de la ſuite de
l'Ambaſſadeur , qu'il avoit
laiſſez à Conftantinople , il
monta dans le Bâtiment nommé
la Vierge de Grace ,Commandé
par le Capitaine de
Cuges;& mit àla voile le onze
du même mois ,chargé , luy
& ledit Capitaine , des ordres
&des inſtructions dont voicy
182 JOURNALIHN 1
la copie ſur les originaux,
Signez DESALLEURS
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Résumé : « Il répondit fermement à M. Desalleurs, qu'il luy étoit infiniment [...] »
Un individu détenu à Constantinople refuse de révéler un secret impérial malgré la torture. Grâce à l'intervention de M. Desalleurs et à une somme de neuf ou dix mille écus, il est libéré et se fait passer pour un pèlerin perse se rendant à La Mecque. Le Chaoux Bachi, convaincu, obtient l'autorisation du Grand Vizir pour sa libération, à condition qu'il soit escorté par les conducteurs de la caravane des pèlerins. Le jour de la cérémonie d'instruction du fils du Grand Seigneur, le Chaoux Bachi demande la libération du prisonnier, qui est accordée sous la garde des conducteurs des pèlerins. Libéré, l'individu consulte Paderi pour organiser son évasion. Deux riches marchands persans fournissent une caution pour lui. M. Desalleurs propose un refuge au Palais de France, mais l'individu refuse par scrupule d'honneur. Desalleurs lui donne six mille cinq cents écus pour ses dépenses. Ils planifient son voyage au milieu de la caravane, tandis que Paderi le suivra par une autre route à bord du navire 'La Vierge de Grâce'. L'individu est remis aux chefs de la caravane le 1er août 1714 et commence son pèlerinage. Paderi part le 11 août avec plusieurs hommes de la suite de l'ambassadeur pour le rejoindre. Le navire 'La Vierge de Grâce', commandé par le Capitaine de Cuges, prend la mer avec divers ordres et instructions. Une copie des documents originaux est signée par Desalleurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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