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p. 107-127
COPIE DE LA LETTRE d'une Dame, à l'Auteur du Mercure.
Début :
Je croy, Monsieur, que je n'auray pas de peine à vous [...]
Mots clefs :
Coquette, Anciens, Modernes, Ouvrages, Erreur, Auteur, M. de la Motte, Anciens et Modernes, Poète, M. Dufresny
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texteReconnaissance textuelle : COPIE DE LA LETTRE d'une Dame, à l'Auteur du Mercure.
COPIE DE LA LETTRE
d'une Dame, à l'Auteur du
Mercure.
Je croy, Monsieur, que je
n'auray pasde peine à vous
per suader que je suis un de ces
Astres réels à quivous adressez
vostre Metcurc
, & qu'il ne
vous en faudra point d'autre
preuve que la réponse que je
vous fais. Cela supposé après
vous en avoir fait mes remerciemens
pour ma part &portion.
Jevous diray quej'aypris
beaucoup de plaisir à voir l'imprudence
de Britannicus,reparée
par Geta : j'aime à voir
ces Messieurs remisenleur
place, il ne leur arrive que
trop souvent d'en sortir, il cft
bon de tenir la main aux irruptions
de leur vanité
,
& de
les détromper dela prévention
qu'ils ont que le Masque des
Heros qu'ils representent,doit
faire ou blier ce qu'ils sont,au
point de trouver tout bon de
leur part, peut-estreaussi s'imaginent
ils que dans la concrainte
où nous sommes, defsuïer
l'cnnuy de s plus mauvais,
on est encore trop heureux de
souffrir patiemment les fotsises
des mediocres; c'est au
public&à vous, Monsieur, à
les détromper si bien que les
choses reprennent leur ordre
naturel. Ainsi soit-il.
Je patte les nouvelles généralrs,
il mestpermisd'estre
du nombte decelles pour qui
elles ne font pas mises dans
vostre Livre.
1>1 La Lettre de M.l'Abbéde
Pons, à M. du Fresny, m'a
infiniment satisfaite, je me la
fuis adoptée en la lisant, &
ce n'a pas été une mediocre
satisfaction pour ma vanité,
d'y voir pour ainsi dire, mes
pen féestirées au clair: je ne
pouvois bien débrouiller ce
qui ne me fatisfaifoir pas entièrement
dans la Coquette
deVillage,qui m'avoir divertie
,
j'en ay trouvé la cause
dans cette Critique judicieuse
à laquelle il me semble qu'on
pouvoitajourer qu'ileûtesté
à souhaiter que les personnages
saillans de laPieceeussent
été plus interessans. Au reste
j'ay senty que si elle nefaisoit
pas tout le plaisir qu'elle devoit
faire, c'étoit par la faute
de quelques Acteurs,dont les
rôlesn'étoient pas si bien
remplis que ceux de Mademoiselle
des Marts, & de M.
de Ponteüil. Le public doit
estre obligé à M. de Pons de
l'encouragement qu'il donne
à M. du Frcfny
, nous avons
veu des chefsdoeuvres de sa
façon, il en peut encore faire,
& l'intér êt de ce mêmePublic
& sa propre gloire doivent
l'emporter sur les dégoûts
dont il a sujet defe plaindre,
mais qu'il doit encore plus
mepriser. J'ay un vray regret
du refus qu'on a fait de son
Procésdefamille, dont je luy
ay entendu faire la levure ;
j'en fus si charmée, qu'il m'échappa
de luy dire, que s'il n'avoir
pas un fonds inepuisable
d'esprit
,
il auroit fallu luy
donner un Tuteur pour l'empêcher
d'en être si prodigue.
Quel gré ne doit-on pas luy
sçavoir d'une si belle dépense
,
quoique la source en paroisse
intarissable. Je serois volontiers
l'éloge de cet Auteur qui
n'a point eu de modele, & qui
seratoûjours inimitable,si mes
cxprcffions pouvoient se proportionner
portionner à l'étenduë de l'idée
qu'on doit avoir de son
mérité ; mais on en prendra
mieux la mésure sur ses Ouvrages.
Je vois dans le Dialogueoù
l'on vous prête un langage
qui m'auroit fort scandalisée
s'il étoit sericux
, que la querelle
des Anciens & des Modernes
n'est pas encore terminée
; je vous avouë que j'en
fuis surprise, il me femblc que
le discours que j'ay veu de M.
de Fontenelle sur ce sujet,étoit
suffïsant pour fermerà jamais
la bouche aux admirateurs des
sotisesantiques, supposé qu'ils
pussent être desabusez. Jen'ay
pas bien compris comment
on pouvoit disputer encore Cc.
rieusement sur cela; n'est-ce
point faire trop d'honneur à
ceux qui tiennent le mauvais
pat ci, mentent-ils mieux qu'on
leur réponde que le Poëte sans
fard?& ne fumroiri) pas que
vous nous apprissiez ce que
Momus en pense ? Car enfin
on -
se trompe fort de croire
que la raison puisse les detromper
,
la cause en est aisée à
trouver, la voici,si je ne me
trompe. Il est certain que les
Anciens, quelque esprit qu'ils
eu(Tene
,
n'ont pu arriver à
cette perfection de goût qui regnedanslesOuvrages de
nosillustres Modernes ; mais
cen'eftquc parce que les Anciens
sont venus trop tôt, car
vray semblablement les Modernes
n'auroient pas été plus
loin que ceux qui les ont précédé,
sans l'avantagequ'ils ont
eu de trouver une partie du
chemin déjà fait.
Marot, par exemple
,
qui
est un ancien Poëte à nostre
égard, pouvoir avoir autant
d'esprit que les Poëtes d'à prepresent
; mais il a fallu que
d'autres vinssent achever ce
qu'il avoit si heureusement
commencé:c'est rendre justice
à la verité & aux deux partis
que d'en juger de la forte ;
mais les Modernes anciens ne
regarderont jamais la chose
de ce côté là ,ils ne se sont
point mis à portée de connoître
les progrés qu'on a faits
dans les belles Lettres, & le
bon goût qu'on y a acquis;
parce que bornez à la sterile
admiration des Anciens qu'ils
ont pris pour des modeles de
perfection, ils ne se font point
cru permis de porter leur vue
plus loin, & de pen fer euxmêmes;
ils ont crû que ce
culte devoie être general, &
n'ont estimé nos Ouvrages,
qu'autant qu'ils ont eu de rapport
avec la respectable antiquité
, à laquelle ils font si
scrupuleusement devoüez
, qu'ils se sont bornez à faire
des copies de ces grands originaux,
ou tout au plus desColnmentaires
-,
ils peuvent seflatter
de n'avoir pas mal réiiflî
dans leur dessein. Ils se font si
bien conformezaux Anciens,
qu'il se uouvc. entr'eux un
grand air de ressemblance ;il
ne faut pas s'étonner s'ils ne
peuvent revenir d'une erreur
quis'est insinuée de la forte;
elle leur estchere, l'amour
propre cft interessé dans leurs
jugemens, le mal est incurable
: il est assez ordinaire qLJQ
l'amour propre mal reglé otJ
susque les lumieres de la raison
; une Scene donc je fus
spectatrice il y a quelques
jours ,me confirme dans cette
opinion, & quoiqu'elle n'aie
point de rapport avec la querelle
desAnciens
,
"èlIe)peuc;
servir à rendre, mon idée :
lavoicy.
;
Une Ameriquaine
,
qui à la
verité est du plus beau noir du
monde,disputoit de beauté
avec uneFrançoise avantagée
dutein le plus brillant, &des
plus vives couleurs, il n'y eût
jamais de personneplus charmante
, il s'agissoit de beauté
entre deux femmes;vous jugez
bien qu'aucune ne voulut
ceder; l'Enigme du Repas
n'est pas plus aisée à deviner.
Cependant sur quelques
raisons que pût se fonder
l'Ameriquaine qui se crût &
se croira toujours la plus belle,
ilfautconvenirqu'ellenevaloient
rien,ousoutenir que
toutes les productions de la
nâtare sont d'une égalebeauté,
ce qui seroitabsurde.
I.Un- petit homme laid &;
malBâti,n'auroit il pas bonne
gracede nous,vouloir peifuaderqu'Esopeétoit
d'aussi belletaille,
qu'aucun des hommes
qui ait jamais été;on regarderaitcethomme
en pitié, ilen
faudroit user de même avec
lesdessenseurs des ouvrages
anciens
,
leur erreur vient, du
mêmeprincipe, ils ressemblenttrop
à ceux qu'ils admi-
'- ,-' rent,
rent, pourcesser jamais de les
admirer,eh! le moyen de
mépriser ceux à qui l'on ressemble.
Cependant malgré
ce que je viens de dire, je ne
puis m'empêcher d'estre bienaise
de ce que la dispute ne s'etf
pas terminée aussi vîte qu'elle
auroit dû l'être ,& je suis ravie
de ce que M. de la Motte a
daigné mettre la main à la
plume pour la deffense de son
Ouvrage, nous y avons gagné
des raisonnemens si fohdc.
ment agréables
,
qu'ils pourront
servir à jamais de modele
àceux qui auront à soutenir
des difpuces deLitterature&
qui voudront le faireavec toute
la politesse& la moderation
quiconviennent aux honnêtesgens,
le plaisir quej'ay
cû de lire les réponses qu'il
fait à ses adversaires,me fait
craindre que ses armes trop
tost victorieuses, ne nous privent
de ses excellens discours,
je ne doute point que ces nouveaux
enfans de la Terre, ne
soient pour jamais accablez
fous la foudre de ce nouveau
Jupiter. .; j, i'
Je ne croyois pas faire ma
Lettre si longue. Il fautpourtant
que j'y joigne vos Boutsrimez
que je viens de remplir
pour un jeune homme qui est
prtltt faire la plus grande sortise
qu'on puisse faire, avec
une Coquette;c'est mon coup
d'essay.
Evite au joug d'hymen unbizarre
attelage,
Mieux t'eût valu n'avoir jamais
eu de Parrain,
Mieux te vaudroitcoucher tousles
soirs au serain gutyoufer , unefemme &coquette
d* volage.
Tuverrois tun. honneur & tes
biensau pillage,
La belle à ses desirs ne mettant
pointde frain
Bienolf tu chanterois le fHneft
refrain
Jgue l'oiseau de Vulcain chante
sous un -
feüillage.
De l'agréable humeur III n'aurois ,pasun brin;
Maissurle moindre mot, prrtrJ,
te prtn¿rtAM crin,
four tout autre que toy, tafemme (feroit tendre.
Ocombienj'en connois qui menent
untel train,
Cours te jetter plûtôt dans tÍ"
,
ment marin
Que d'éprouver cesort, en te latffont
surprendre.
ûuSij'avois affaire à un homiftcdii
caractere de l'Auteur
tlu Vert Galantil chanreroic tpalinodie de cette son.\Jr.
& que l'hymenestdouxquelquen
,- joitr v attelage
-Le plus mauvais vaut mieux que hmeilleur
,
Parrain
Sousfon aimable joitg chaque jour
2 tJr. serain,
Eut-onpris unefemme&coquette
& volage.
h•oi» d,e voir•exposésestresors au pillage,
On peut à Jes desirs ne mettre
'c: pointde frain,
Pourveu que sans gronder, on souffre le refrain,
e roi/eau de Vulcain chante
jous un feüillage.
De la 'llJduvaifl humeur l't'¡prou":
*vant pasun brin;
Sans crainte dese voir soufleter prendreau crin ,,
On retrouve toûjoursfemmeagréable
cf tendre.
Ce rieft qu'aux bons ejprits,quefl
doux un pareil. train,
IJnfou se jetterait dans Vêlement
marin,
JIJigrlJiere erreur , ne te laisse
surprendre.
Il Au reste, Monsieur, ne vous
laissez plus assaillir par le chagrin
lunaire dont vous vous
plaignez,il me paroist que
vous pouvez en trouver le
preservatif dans le foin que
vousdevez prendreau moins
aussi une fois par mois, d'émouvoir
la gratitude de quelques
Mecenas, & les engager àreconnoistre utilement les
dons devos travaux litteraires,
puissent ils estre aussi bien
recompensez qu'ilslemeritent
& que le souhaite Vostre
tres humble&tres-obéissante,
&c.N.
Ne
d'une Dame, à l'Auteur du
Mercure.
Je croy, Monsieur, que je
n'auray pasde peine à vous
per suader que je suis un de ces
Astres réels à quivous adressez
vostre Metcurc
, & qu'il ne
vous en faudra point d'autre
preuve que la réponse que je
vous fais. Cela supposé après
vous en avoir fait mes remerciemens
pour ma part &portion.
Jevous diray quej'aypris
beaucoup de plaisir à voir l'imprudence
de Britannicus,reparée
par Geta : j'aime à voir
ces Messieurs remisenleur
place, il ne leur arrive que
trop souvent d'en sortir, il cft
bon de tenir la main aux irruptions
de leur vanité
,
& de
les détromper dela prévention
qu'ils ont que le Masque des
Heros qu'ils representent,doit
faire ou blier ce qu'ils sont,au
point de trouver tout bon de
leur part, peut-estreaussi s'imaginent
ils que dans la concrainte
où nous sommes, defsuïer
l'cnnuy de s plus mauvais,
on est encore trop heureux de
souffrir patiemment les fotsises
des mediocres; c'est au
public&à vous, Monsieur, à
les détromper si bien que les
choses reprennent leur ordre
naturel. Ainsi soit-il.
Je patte les nouvelles généralrs,
il mestpermisd'estre
du nombte decelles pour qui
elles ne font pas mises dans
vostre Livre.
1>1 La Lettre de M.l'Abbéde
Pons, à M. du Fresny, m'a
infiniment satisfaite, je me la
fuis adoptée en la lisant, &
ce n'a pas été une mediocre
satisfaction pour ma vanité,
d'y voir pour ainsi dire, mes
pen féestirées au clair: je ne
pouvois bien débrouiller ce
qui ne me fatisfaifoir pas entièrement
dans la Coquette
deVillage,qui m'avoir divertie
,
j'en ay trouvé la cause
dans cette Critique judicieuse
à laquelle il me semble qu'on
pouvoitajourer qu'ileûtesté
à souhaiter que les personnages
saillans de laPieceeussent
été plus interessans. Au reste
j'ay senty que si elle nefaisoit
pas tout le plaisir qu'elle devoit
faire, c'étoit par la faute
de quelques Acteurs,dont les
rôlesn'étoient pas si bien
remplis que ceux de Mademoiselle
des Marts, & de M.
de Ponteüil. Le public doit
estre obligé à M. de Pons de
l'encouragement qu'il donne
à M. du Frcfny
, nous avons
veu des chefsdoeuvres de sa
façon, il en peut encore faire,
& l'intér êt de ce mêmePublic
& sa propre gloire doivent
l'emporter sur les dégoûts
dont il a sujet defe plaindre,
mais qu'il doit encore plus
mepriser. J'ay un vray regret
du refus qu'on a fait de son
Procésdefamille, dont je luy
ay entendu faire la levure ;
j'en fus si charmée, qu'il m'échappa
de luy dire, que s'il n'avoir
pas un fonds inepuisable
d'esprit
,
il auroit fallu luy
donner un Tuteur pour l'empêcher
d'en être si prodigue.
Quel gré ne doit-on pas luy
sçavoir d'une si belle dépense
,
quoique la source en paroisse
intarissable. Je serois volontiers
l'éloge de cet Auteur qui
n'a point eu de modele, & qui
seratoûjours inimitable,si mes
cxprcffions pouvoient se proportionner
portionner à l'étenduë de l'idée
qu'on doit avoir de son
mérité ; mais on en prendra
mieux la mésure sur ses Ouvrages.
Je vois dans le Dialogueoù
l'on vous prête un langage
qui m'auroit fort scandalisée
s'il étoit sericux
, que la querelle
des Anciens & des Modernes
n'est pas encore terminée
; je vous avouë que j'en
fuis surprise, il me femblc que
le discours que j'ay veu de M.
de Fontenelle sur ce sujet,étoit
suffïsant pour fermerà jamais
la bouche aux admirateurs des
sotisesantiques, supposé qu'ils
pussent être desabusez. Jen'ay
pas bien compris comment
on pouvoit disputer encore Cc.
rieusement sur cela; n'est-ce
point faire trop d'honneur à
ceux qui tiennent le mauvais
pat ci, mentent-ils mieux qu'on
leur réponde que le Poëte sans
fard?& ne fumroiri) pas que
vous nous apprissiez ce que
Momus en pense ? Car enfin
on -
se trompe fort de croire
que la raison puisse les detromper
,
la cause en est aisée à
trouver, la voici,si je ne me
trompe. Il est certain que les
Anciens, quelque esprit qu'ils
eu(Tene
,
n'ont pu arriver à
cette perfection de goût qui regnedanslesOuvrages de
nosillustres Modernes ; mais
cen'eftquc parce que les Anciens
sont venus trop tôt, car
vray semblablement les Modernes
n'auroient pas été plus
loin que ceux qui les ont précédé,
sans l'avantagequ'ils ont
eu de trouver une partie du
chemin déjà fait.
Marot, par exemple
,
qui
est un ancien Poëte à nostre
égard, pouvoir avoir autant
d'esprit que les Poëtes d'à prepresent
; mais il a fallu que
d'autres vinssent achever ce
qu'il avoit si heureusement
commencé:c'est rendre justice
à la verité & aux deux partis
que d'en juger de la forte ;
mais les Modernes anciens ne
regarderont jamais la chose
de ce côté là ,ils ne se sont
point mis à portée de connoître
les progrés qu'on a faits
dans les belles Lettres, & le
bon goût qu'on y a acquis;
parce que bornez à la sterile
admiration des Anciens qu'ils
ont pris pour des modeles de
perfection, ils ne se font point
cru permis de porter leur vue
plus loin, & de pen fer euxmêmes;
ils ont crû que ce
culte devoie être general, &
n'ont estimé nos Ouvrages,
qu'autant qu'ils ont eu de rapport
avec la respectable antiquité
, à laquelle ils font si
scrupuleusement devoüez
, qu'ils se sont bornez à faire
des copies de ces grands originaux,
ou tout au plus desColnmentaires
-,
ils peuvent seflatter
de n'avoir pas mal réiiflî
dans leur dessein. Ils se font si
bien conformezaux Anciens,
qu'il se uouvc. entr'eux un
grand air de ressemblance ;il
ne faut pas s'étonner s'ils ne
peuvent revenir d'une erreur
quis'est insinuée de la forte;
elle leur estchere, l'amour
propre cft interessé dans leurs
jugemens, le mal est incurable
: il est assez ordinaire qLJQ
l'amour propre mal reglé otJ
susque les lumieres de la raison
; une Scene donc je fus
spectatrice il y a quelques
jours ,me confirme dans cette
opinion, & quoiqu'elle n'aie
point de rapport avec la querelle
desAnciens
,
"èlIe)peuc;
servir à rendre, mon idée :
lavoicy.
;
Une Ameriquaine
,
qui à la
verité est du plus beau noir du
monde,disputoit de beauté
avec uneFrançoise avantagée
dutein le plus brillant, &des
plus vives couleurs, il n'y eût
jamais de personneplus charmante
, il s'agissoit de beauté
entre deux femmes;vous jugez
bien qu'aucune ne voulut
ceder; l'Enigme du Repas
n'est pas plus aisée à deviner.
Cependant sur quelques
raisons que pût se fonder
l'Ameriquaine qui se crût &
se croira toujours la plus belle,
ilfautconvenirqu'ellenevaloient
rien,ousoutenir que
toutes les productions de la
nâtare sont d'une égalebeauté,
ce qui seroitabsurde.
I.Un- petit homme laid &;
malBâti,n'auroit il pas bonne
gracede nous,vouloir peifuaderqu'Esopeétoit
d'aussi belletaille,
qu'aucun des hommes
qui ait jamais été;on regarderaitcethomme
en pitié, ilen
faudroit user de même avec
lesdessenseurs des ouvrages
anciens
,
leur erreur vient, du
mêmeprincipe, ils ressemblenttrop
à ceux qu'ils admi-
'- ,-' rent,
rent, pourcesser jamais de les
admirer,eh! le moyen de
mépriser ceux à qui l'on ressemble.
Cependant malgré
ce que je viens de dire, je ne
puis m'empêcher d'estre bienaise
de ce que la dispute ne s'etf
pas terminée aussi vîte qu'elle
auroit dû l'être ,& je suis ravie
de ce que M. de la Motte a
daigné mettre la main à la
plume pour la deffense de son
Ouvrage, nous y avons gagné
des raisonnemens si fohdc.
ment agréables
,
qu'ils pourront
servir à jamais de modele
àceux qui auront à soutenir
des difpuces deLitterature&
qui voudront le faireavec toute
la politesse& la moderation
quiconviennent aux honnêtesgens,
le plaisir quej'ay
cû de lire les réponses qu'il
fait à ses adversaires,me fait
craindre que ses armes trop
tost victorieuses, ne nous privent
de ses excellens discours,
je ne doute point que ces nouveaux
enfans de la Terre, ne
soient pour jamais accablez
fous la foudre de ce nouveau
Jupiter. .; j, i'
Je ne croyois pas faire ma
Lettre si longue. Il fautpourtant
que j'y joigne vos Boutsrimez
que je viens de remplir
pour un jeune homme qui est
prtltt faire la plus grande sortise
qu'on puisse faire, avec
une Coquette;c'est mon coup
d'essay.
Evite au joug d'hymen unbizarre
attelage,
Mieux t'eût valu n'avoir jamais
eu de Parrain,
Mieux te vaudroitcoucher tousles
soirs au serain gutyoufer , unefemme &coquette
d* volage.
Tuverrois tun. honneur & tes
biensau pillage,
La belle à ses desirs ne mettant
pointde frain
Bienolf tu chanterois le fHneft
refrain
Jgue l'oiseau de Vulcain chante
sous un -
feüillage.
De l'agréable humeur III n'aurois ,pasun brin;
Maissurle moindre mot, prrtrJ,
te prtn¿rtAM crin,
four tout autre que toy, tafemme (feroit tendre.
Ocombienj'en connois qui menent
untel train,
Cours te jetter plûtôt dans tÍ"
,
ment marin
Que d'éprouver cesort, en te latffont
surprendre.
ûuSij'avois affaire à un homiftcdii
caractere de l'Auteur
tlu Vert Galantil chanreroic tpalinodie de cette son.\Jr.
& que l'hymenestdouxquelquen
,- joitr v attelage
-Le plus mauvais vaut mieux que hmeilleur
,
Parrain
Sousfon aimable joitg chaque jour
2 tJr. serain,
Eut-onpris unefemme&coquette
& volage.
h•oi» d,e voir•exposésestresors au pillage,
On peut à Jes desirs ne mettre
'c: pointde frain,
Pourveu que sans gronder, on souffre le refrain,
e roi/eau de Vulcain chante
jous un feüillage.
De la 'llJduvaifl humeur l't'¡prou":
*vant pasun brin;
Sans crainte dese voir soufleter prendreau crin ,,
On retrouve toûjoursfemmeagréable
cf tendre.
Ce rieft qu'aux bons ejprits,quefl
doux un pareil. train,
IJnfou se jetterait dans Vêlement
marin,
JIJigrlJiere erreur , ne te laisse
surprendre.
Il Au reste, Monsieur, ne vous
laissez plus assaillir par le chagrin
lunaire dont vous vous
plaignez,il me paroist que
vous pouvez en trouver le
preservatif dans le foin que
vousdevez prendreau moins
aussi une fois par mois, d'émouvoir
la gratitude de quelques
Mecenas, & les engager àreconnoistre utilement les
dons devos travaux litteraires,
puissent ils estre aussi bien
recompensez qu'ilslemeritent
& que le souhaite Vostre
tres humble&tres-obéissante,
&c.N.
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