Oeuvre commentée (3)
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Détail
Liste
1
p. 70-75
Extrait du Discours.
Début :
Il vient de paroître une brochure in 4o. imprimée chez Coignard, de 31 pages, / LE nouvel Academicien commença son discours d'une maniere bien modeste. [...]
Mots clefs :
Évêque de Soissons, Discours, Académie, Louis XIV, Éloges, Roi
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texteReconnaissance textuelle : Extrait du Discours.
Il vient de paroître une brochure in 4
imprimée chez Coignard , de 31 pages ,
contenant les Difcours prononcez dans
l'Academie Françoite , à la reception de
M. l'Evêque de Soiffons , & deux Pieces
de Poëfies , dont nous avons cru devoir
faire part au Public.
L
Extrait du Difcours
E nonvel Academicien commença fon
diſcours d'une maniere bien modefter
D'A O UST. 71
"
1
L'Academie de Soiffons , dont je m'honorois
d'être membre , dit -il , avoit jufqu'ici
borné mon ambition ; mais cette élpece
d'alliance qui m'approchoit de vous ,
m'aprit bien tôt combien j'en étois éloigné .
Plus je méditois vos ouvrages , plus je
fentois la difference qui fe trouve entre
des Maîtres & leurs Eleves , & c. Telles
étoient mes penfées , lors que j'apris que
vos fuffrages in'accordeient ce que je n'ofois
demander , ni prefque defirer . Aprés
fes remercimens à l'Academie , M. l'Evêque
de Soiffons fait l'éloge du Cardinal
de Richelieu , du Chancelier seguier.
Il met enfuite dans un beau jour les grandes
& éminentes qualitez de Louis XIV. Il
dit au fujet de M. le Regent , Les Princes
protegent quelquefois les Sciences , fans
les goûter , fans prefque les connoître :
celui- ci les connoît , il les goûte , il les
perfectionne , il les enrichit par fes recherches
, & par la multitude de fes connoiffances
; il réunit dans fa perfonne , ce qui
dans les fiecles paffez auroit donné de la
renommée à plufieurs perſonnages.
# J
Je laiffe aux Guerriers qui font parmi
vous , dit-il en parlant de Louis le Grand
à peindre en lui le victorieux , aux fages
Politiques à reprefenter le Legiflateur.
Pour moi , je ne voudrois louer que cette
Religion fincere , qui ne fut ni abattuë
7% LE MERCURE
dans les malheurs , ni oubliée dans les
triomphes , ni éteinte dans les plaiſirs , ni
déconcertée à la mort.
Au fujet de Monfieur d'Argenson , l'Orateur
dit , que Paris , cette Ville immenfe,
étoit maintenue dans l'abondance & dans
la paix , par l'austere vigilance du Lieure .
nant de Police . On auroit cru que cette
populace auffi tranquille que nombreuſe,
n'étoit qu'une feule famille , dont il pacifioit
les querelles , dont il jugeoit les
differends , dont il regloit les occupations ,
dont il procuroit la nouriture. A voir
comme il s'occupoit de tous ces détails ,
& la nuit & le jour , fouvent aux dépens
de fes repas & de fon fommeil , on cût
dit qu'il n'avoit point de corps. A voir
comment il fçavoit tout , il pourvoyoit à
rout , il étoit par tout ; on eut dit qu'il
en avoit plufieurs au moins auroit - on
cru que plufieurs Magiftrats paitageoient
le travail dont il fe chargeoit feul . Tranquille
au milieu de fes audiences.tumul
tueufes , il répondoit à tout fans confu
fion ; il moderoit tout fans inquietude ,
fans s'émouvoir , prefque fans parler. Un
inftant lui fuffifoit pour expedier à la fois
plufieurs affaires differentes. Son regard
prononçoit une Sentence , tandis que la
bouche en dictoit une autre , & que fa
main en traçoit une troifiéme. Cependant
:
il
D'AOUST. 75.
il fe faifoit un jeu de ces occupations multipliées
, & fon efprit au milieu d'elles ne ,
perdoit rien de fon enjoüement & de fa
delicateffe . On difoit communément qu'il
y avoit en lui deux perfonnes differentes ,
dont l'une fous un oeil effrayant , & un
vifage fevere confondoit le crime , & faifoit
pâlir la fraude & la violence : Dans,
Pautre l'auftere d'Argenfon n'avoit plus,
rien
que de gay
&
d'aimable
dans
les ma
nieres
, dans
les
difcours
, & prefque
dans
la phifionomie
.
Les éloges pour le Roy , dans lefquels
P'Orateur fait entrer Madame la Ducheffe
de Ventadour font tendres , nobles , &
affectueux. On voit dans ce Prince , dit- il,
de la compaffion pour les malheureux ;
elle nous annonce la tendreffe qu'il aura
pour fon peuple. Je vois près de lui , d'un
côté la fageffe , la valeur , la grandeur , la
magnificence , la bonté , la probiré ſous
l'exterieur d'un Maréchal de France ; (a) de
l'autre , c'eft la Religion même , qui fous
la forme d'un Evêque , ( b ) exerce ce coeur
docile aux devoirs de la pieté. Qu'aper
çois- je encore près du jeune Monarque ?
(c) la Verité , qui approche fi rarement
du thrône des Rois , je la vois qui preſide
(a ) Le Maréchal de Villeroy.
(b ) M. l'Evêque de Frejus .
( c) $ . A. S. Monfieur le Duc.
G
74 LE MERCURE
à l'éducation de celui- ci dans la perfonne·
d'un Prince dont la fincerité fait le
premier
caractere , & qui hait fouverainement
la duplicité & l'artifice .
1
M. l'Evêque de Soiffons termine fon difcours
par ces traits : Et vous , MESSIEURS ,
preparez dès ce jour les éloges que vous
donnerés à ce Roy , bon , jufte , clement
& religieux , puis qu'il fe prepare dès à
prefent à les meriter. Hâtez- vous d'amaffer
des couronnes dignes de lui : Qu'il le fçache
, & que leur vûe excite dans fon coeur
le defir de les acquerir. Que fçai - je s'il
'épuifera pas par fes vertus les éloges dis
à un Roy pacifique , comme fon Bifayeul
déconcerta plufieurs fois par la rapidité de
fes conquêtes , les louanges que vous prepariez
à fes victoires.
Monfieur Maler , Directeur de l'Academic
, répondit à M. l'Evêque de Soiffons,
& lui dir , MONSIEUR , il regne dans
toutes les parties de votre Difcours une
diction pure & polie , une imagination
vive & feconde , un genie noble & élevé,
Ces talens font hereditaires dans votre famille
, & l'on y trouve également dequoi
former l'accord harmonieux de l'Eloquence
,& celui de la Politique. Plus vous avez
de talens , plus vous contractez d'obligations.
Affujetti à nos loix & à norre difcipline
, fouvenez - vous , toutes libres
D'AOUS T.
75
qu'elles font , que vous êtes prefentement
chargé d'une portion du travail commun.
Vous avez fait , MONSIEUR , un ſi beau
portrait des vertus de Louis XIV , & vous
avez expliqué avec tant d'éloquence la protection
dont il honora l'Academie , en l'aprochant
de fon Thrône , & en la croyant
neceffaire à la gloire de la Nation , que je
me contenterai de dire que fi Louis fût par
fa naiffance le plus grand des Rois , fest
exploits , fa justice & fa pieté l'ont rendu
le plus grand des hommes.
imprimée chez Coignard , de 31 pages ,
contenant les Difcours prononcez dans
l'Academie Françoite , à la reception de
M. l'Evêque de Soiffons , & deux Pieces
de Poëfies , dont nous avons cru devoir
faire part au Public.
L
Extrait du Difcours
E nonvel Academicien commença fon
diſcours d'une maniere bien modefter
D'A O UST. 71
"
1
L'Academie de Soiffons , dont je m'honorois
d'être membre , dit -il , avoit jufqu'ici
borné mon ambition ; mais cette élpece
d'alliance qui m'approchoit de vous ,
m'aprit bien tôt combien j'en étois éloigné .
Plus je méditois vos ouvrages , plus je
fentois la difference qui fe trouve entre
des Maîtres & leurs Eleves , & c. Telles
étoient mes penfées , lors que j'apris que
vos fuffrages in'accordeient ce que je n'ofois
demander , ni prefque defirer . Aprés
fes remercimens à l'Academie , M. l'Evêque
de Soiffons fait l'éloge du Cardinal
de Richelieu , du Chancelier seguier.
Il met enfuite dans un beau jour les grandes
& éminentes qualitez de Louis XIV. Il
dit au fujet de M. le Regent , Les Princes
protegent quelquefois les Sciences , fans
les goûter , fans prefque les connoître :
celui- ci les connoît , il les goûte , il les
perfectionne , il les enrichit par fes recherches
, & par la multitude de fes connoiffances
; il réunit dans fa perfonne , ce qui
dans les fiecles paffez auroit donné de la
renommée à plufieurs perſonnages.
# J
Je laiffe aux Guerriers qui font parmi
vous , dit-il en parlant de Louis le Grand
à peindre en lui le victorieux , aux fages
Politiques à reprefenter le Legiflateur.
Pour moi , je ne voudrois louer que cette
Religion fincere , qui ne fut ni abattuë
7% LE MERCURE
dans les malheurs , ni oubliée dans les
triomphes , ni éteinte dans les plaiſirs , ni
déconcertée à la mort.
Au fujet de Monfieur d'Argenson , l'Orateur
dit , que Paris , cette Ville immenfe,
étoit maintenue dans l'abondance & dans
la paix , par l'austere vigilance du Lieure .
nant de Police . On auroit cru que cette
populace auffi tranquille que nombreuſe,
n'étoit qu'une feule famille , dont il pacifioit
les querelles , dont il jugeoit les
differends , dont il regloit les occupations ,
dont il procuroit la nouriture. A voir
comme il s'occupoit de tous ces détails ,
& la nuit & le jour , fouvent aux dépens
de fes repas & de fon fommeil , on cût
dit qu'il n'avoit point de corps. A voir
comment il fçavoit tout , il pourvoyoit à
rout , il étoit par tout ; on eut dit qu'il
en avoit plufieurs au moins auroit - on
cru que plufieurs Magiftrats paitageoient
le travail dont il fe chargeoit feul . Tranquille
au milieu de fes audiences.tumul
tueufes , il répondoit à tout fans confu
fion ; il moderoit tout fans inquietude ,
fans s'émouvoir , prefque fans parler. Un
inftant lui fuffifoit pour expedier à la fois
plufieurs affaires differentes. Son regard
prononçoit une Sentence , tandis que la
bouche en dictoit une autre , & que fa
main en traçoit une troifiéme. Cependant
:
il
D'AOUST. 75.
il fe faifoit un jeu de ces occupations multipliées
, & fon efprit au milieu d'elles ne ,
perdoit rien de fon enjoüement & de fa
delicateffe . On difoit communément qu'il
y avoit en lui deux perfonnes differentes ,
dont l'une fous un oeil effrayant , & un
vifage fevere confondoit le crime , & faifoit
pâlir la fraude & la violence : Dans,
Pautre l'auftere d'Argenfon n'avoit plus,
rien
que de gay
&
d'aimable
dans
les ma
nieres
, dans
les
difcours
, & prefque
dans
la phifionomie
.
Les éloges pour le Roy , dans lefquels
P'Orateur fait entrer Madame la Ducheffe
de Ventadour font tendres , nobles , &
affectueux. On voit dans ce Prince , dit- il,
de la compaffion pour les malheureux ;
elle nous annonce la tendreffe qu'il aura
pour fon peuple. Je vois près de lui , d'un
côté la fageffe , la valeur , la grandeur , la
magnificence , la bonté , la probiré ſous
l'exterieur d'un Maréchal de France ; (a) de
l'autre , c'eft la Religion même , qui fous
la forme d'un Evêque , ( b ) exerce ce coeur
docile aux devoirs de la pieté. Qu'aper
çois- je encore près du jeune Monarque ?
(c) la Verité , qui approche fi rarement
du thrône des Rois , je la vois qui preſide
(a ) Le Maréchal de Villeroy.
(b ) M. l'Evêque de Frejus .
( c) $ . A. S. Monfieur le Duc.
G
74 LE MERCURE
à l'éducation de celui- ci dans la perfonne·
d'un Prince dont la fincerité fait le
premier
caractere , & qui hait fouverainement
la duplicité & l'artifice .
1
M. l'Evêque de Soiffons termine fon difcours
par ces traits : Et vous , MESSIEURS ,
preparez dès ce jour les éloges que vous
donnerés à ce Roy , bon , jufte , clement
& religieux , puis qu'il fe prepare dès à
prefent à les meriter. Hâtez- vous d'amaffer
des couronnes dignes de lui : Qu'il le fçache
, & que leur vûe excite dans fon coeur
le defir de les acquerir. Que fçai - je s'il
'épuifera pas par fes vertus les éloges dis
à un Roy pacifique , comme fon Bifayeul
déconcerta plufieurs fois par la rapidité de
fes conquêtes , les louanges que vous prepariez
à fes victoires.
Monfieur Maler , Directeur de l'Academic
, répondit à M. l'Evêque de Soiffons,
& lui dir , MONSIEUR , il regne dans
toutes les parties de votre Difcours une
diction pure & polie , une imagination
vive & feconde , un genie noble & élevé,
Ces talens font hereditaires dans votre famille
, & l'on y trouve également dequoi
former l'accord harmonieux de l'Eloquence
,& celui de la Politique. Plus vous avez
de talens , plus vous contractez d'obligations.
Affujetti à nos loix & à norre difcipline
, fouvenez - vous , toutes libres
D'AOUS T.
75
qu'elles font , que vous êtes prefentement
chargé d'une portion du travail commun.
Vous avez fait , MONSIEUR , un ſi beau
portrait des vertus de Louis XIV , & vous
avez expliqué avec tant d'éloquence la protection
dont il honora l'Academie , en l'aprochant
de fon Thrône , & en la croyant
neceffaire à la gloire de la Nation , que je
me contenterai de dire que fi Louis fût par
fa naiffance le plus grand des Rois , fest
exploits , fa justice & fa pieté l'ont rendu
le plus grand des hommes.
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2
p. 75-76
VERS pronconcez au Roy sur sa convalescence. Par M. DE LA MOTTE de l'Academie Françoise.
Début :
QU'un seul jour enfante d'allarmes ! [...]
Mots clefs :
Peuple, Joie, Maux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS pronconcez au Roy sur sa convalescence. Par M. DE LA MOTTE de l'Academie Françoise.
VERSprononcer au Royfurfa convalescence
Pør M. DE LA MOTTE de l'Academię
Françoife.
Qu'un U'un feul jour enfante d'allarmes
Tes maux naifoient déja les larmes
Couloient de tous les yeux François ,
Cher PRINCE , une crainte mortelle
Defoloit ce peuple fidelle ,
Fameux par l'amour de fes Rois.
Mais le Ciel fatisfait des premieres menaces
Fait luire les momens heureux ;
Et par ce prompt fecours nos actions de graces
Se confondent avec nos voeux.
Jouis de cette longue joye
Qu'à l'envi- ton peuple déploye ,
Après de fi vives douleurs ;
Er du zele qui le ſignale
ļ
Gij
78 LE MERCURE
Reconnois une épreuve égale
Et dans fa joye & dans fes pleurs.
Pour nous , dans le danger qui menaçoit ta vie ,
Plus de plaifirs , plus de repos ;
Dès qu'elle t'eft rendue au gré de notre envie
Nous ne connoiffons plus de maux.
Quelle voix fidelle s'empreffe
A te conter notre allegreffe ,
Victorieufe du fommeil ?
Qui te peindra ces nuits brillantes ,
Où nos fêtes étincelantes
Trompent l'abfence du ſoleil ?
Avec affez d'ardeur quelle bouche t'exprime
La tendreſſe de nos diſcours ,
Et ces cris enflammez que fans ceffe ranime
Le feul interêt de tes jours ?
Ainfi du bonheur de la France
Fonde en toi l'heureuſe affurance
Tu recueilles déja le prix ;
Ainfi lors que ton peuple efpere ,
Qu'en toi tu lui formes un pere ,
Il a pour toi le coeur d'un fils.
Acheve de former ce Souverain Augufte .
Qu'en toi tous les yeux ont pleuré ;
Acheve de former ce Roy fenfible & juſte
Que notre joye a celebré,
Pør M. DE LA MOTTE de l'Academię
Françoife.
Qu'un U'un feul jour enfante d'allarmes
Tes maux naifoient déja les larmes
Couloient de tous les yeux François ,
Cher PRINCE , une crainte mortelle
Defoloit ce peuple fidelle ,
Fameux par l'amour de fes Rois.
Mais le Ciel fatisfait des premieres menaces
Fait luire les momens heureux ;
Et par ce prompt fecours nos actions de graces
Se confondent avec nos voeux.
Jouis de cette longue joye
Qu'à l'envi- ton peuple déploye ,
Après de fi vives douleurs ;
Er du zele qui le ſignale
ļ
Gij
78 LE MERCURE
Reconnois une épreuve égale
Et dans fa joye & dans fes pleurs.
Pour nous , dans le danger qui menaçoit ta vie ,
Plus de plaifirs , plus de repos ;
Dès qu'elle t'eft rendue au gré de notre envie
Nous ne connoiffons plus de maux.
Quelle voix fidelle s'empreffe
A te conter notre allegreffe ,
Victorieufe du fommeil ?
Qui te peindra ces nuits brillantes ,
Où nos fêtes étincelantes
Trompent l'abfence du ſoleil ?
Avec affez d'ardeur quelle bouche t'exprime
La tendreſſe de nos diſcours ,
Et ces cris enflammez que fans ceffe ranime
Le feul interêt de tes jours ?
Ainfi du bonheur de la France
Fonde en toi l'heureuſe affurance
Tu recueilles déja le prix ;
Ainfi lors que ton peuple efpere ,
Qu'en toi tu lui formes un pere ,
Il a pour toi le coeur d'un fils.
Acheve de former ce Souverain Augufte .
Qu'en toi tous les yeux ont pleuré ;
Acheve de former ce Roy fenfible & juſte
Que notre joye a celebré,
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3
p. 77-80
LA NAYADE DES THUILLERIES, Sur l'heureux Rétablissement de la Santé du ROY. Par M. Danchet, de l'Academie Royale des Inscriptions & des Belles Lettres, & l'un des Quarante de l'Academie Françoise.
Début :
LE Fleuve dont les eaux tranquilles [...]
Mots clefs :
Roi, Heureux, Nymphe, Dieu, Prince, Amour, Tendre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA NAYADE DES THUILLERIES, Sur l'heureux Rétablissement de la Santé du ROY. Par M. Danchet, de l'Academie Royale des Inscriptions & des Belles Lettres, & l'un des Quarante de l'Academie Françoise.
LA NAYADE DES THUILLERIES ,
Sur l'heureux Rétablissement de la
Santé du ROT.
Par M. DANCHET , de l'Academie Royale
des Infcriptions des Belles Lettres , &
l'un des Quarante de l'Academie Franfoife.
LE Fleuve dont les eaux tranquilles
Embelliffent le fein de la Reine des Villes ,
Avoit quitté fa fource , & vifitoit fes bords :
Il arrive : il entend mille cris d'allegreffe ,
Et voit tout Paris qui s'empreffe
A faire de ſa joye éclater les tranſports.
Surpris il s'arréte ; il appelle
Du Palais de nos Rois la Nayade fidelles
Nymphe , qui par le choix des Dieux ,
Partageant les honneurs de Zephire & de Flore ,
De ces jardins delicieux ,
Baignez les jeunes fleurs & les preffez d'eclore ,
Parlez , de quels concerts retentit ce fejour ?
Quels feux , transformez en étoiles ,
Dans l'absence du Dieu du jour ,
Ont de la nuit obfcure écarté tous les voiles
D'où naiffent ces plaifirs , ces danfes , ces feftias?
Dieu de ces bord's , dit- elle , à quels torrens de
larmes
G iij
LE MERCURE
Succedent ces ris & ces jeux !
Helas ! vous êtes trop heureux
D'avoir ignoré nos allarmes !
Notre Roy,notre eſpoir , nos plus cheres amours,
Ce refte precieux du plus grand des Monarques ,
Ce Prince .... j'en fremis , nous avons vu ces
jours
Menacez du cizeau des Parques !
Yous fremiffez vous - même , ah ! quels troubles
affreux
Agitoient fon Peuple fidelle ,
Auxmomens qu'une ardeur cruelle
our cette tendre fleur faifoit craindre fes feux
Tel qu'un Lis , la gloire de Flore ,
Qu'en naiffant l'Aurore embelit ,
Bitôt que du Midi la chaleur le devore,
Perd fon éclat & s'affoiblit :
Déja fa tige languillante
Succombe fous le poids de ſa tête mourante &
Tel , ce Prince charmant , digue prefent des
Dieux ,
Perdoit tous les attraits dont il brille à nos yeux
Je ne vous dirai point la douleur répanduë ,
La terreur portée en tous lieux ,
Les pleurs d'une Cour éperdue :
Eh! de quelles couleurs peindrois - je Villeroy
Plus languiffant encor , plus mourant que fon
Roy ?
D'A O UST. 72
La valeur du Guerrier , ni la raifon du Sage
Ne parent point de fi grands coups ,
Il croit voir les Deftins jaloux
Prêts à lui ravir fon ouvrage.
Un régard , un foupir de fon Prince accable
Penetre fon ame ſenſible !
Il fe trouble , il pâlic à ce péril terrible ,
Le feul ou fon coeur ait tremblé.
Ff toy (a ) , qui nous a fait admirer ta prudence ,
Lorfque de notre Roy tu cultivois l'enfance ,
Et preparois fon jeune coeur
A ce qui doit un jour fonder notre bonheur.
Quelle mere jamais livrée à la triſteffe ,
Voyant dans fon effroy , le bucher preparé
Pour un fils expirant , feul fruit de fa tendreffe ,
Sentit de plus de traits tout fon fein dechiré
Mais pourquoy rapeller ces images cruelles ?
Des horreurs du trépas notre Roy fort vainqueur,
Il a déja repris ces graces naturelles
Qui lui fçavent ouvrir tous les chemins du coeur,
Chantez, Mufes, chantez, il aime à vous entendre
(b) Le plus cher de vos Favoris ,
Soigneux de le former dès l'âge le plus tendre ,
Lui fait de vos talens connoître tout le prix.
Vous le verrez bien - tôt fur cette heureuſe rive !
A la douceur de vos Chanfons
Madame la Ducheffe de Ventadour.
M'Evêque de Frejusj
Giiij
LE MERCURE
Prêter une oreille attentive ;
Excitez tous vos nourriffons :
Qu'à lui plaire chacun s'empreſſe ,
Mais ne l'occupez point par de frivoles fons ,
Sous l'attrait du plaifir montrez -lui la Sageffe ,
Et jufques dans ces jeux tracez - lui des leçons.
Peignez les vifs tranfports que la France deploye,
Et lui faifant voir notre amour ,
Source unique de notre joye ,
Dites- lui , qu'il nous doit le plus tendre retour.
Ce n'eft point la magnificence ,
Ni la gloire des grands exploits ,
C'est l'amour mutuel des Peuples & des Rois
Qui d'un Thrône éclatant affermit la puiffance :
Qu'à regner dans les coeurs il borne fes projets ;
Nous l'aimons , notre amour efpere
Qu'il gouvernera fes Sujets
Moins comme Roy , que comme Pere.
Nymphe , n'en doutez point : il comblera nos
voeux ,
S'écrie à ce recit , le Fleuve de la Seine ,
Favorables Deftins , Puiffance Souveraine ,
Qu'il vive feulement & nous fommes heureux.
Vous , Nymphe , marquez votre zéle ,
Raffemblez à fes yeux les innocens plaiſirs ,
Le Ciel fe rend à nos defirs ,
Je cours au Dieu des Mers en porter la nouvelle
Sur l'heureux Rétablissement de la
Santé du ROT.
Par M. DANCHET , de l'Academie Royale
des Infcriptions des Belles Lettres , &
l'un des Quarante de l'Academie Franfoife.
LE Fleuve dont les eaux tranquilles
Embelliffent le fein de la Reine des Villes ,
Avoit quitté fa fource , & vifitoit fes bords :
Il arrive : il entend mille cris d'allegreffe ,
Et voit tout Paris qui s'empreffe
A faire de ſa joye éclater les tranſports.
Surpris il s'arréte ; il appelle
Du Palais de nos Rois la Nayade fidelles
Nymphe , qui par le choix des Dieux ,
Partageant les honneurs de Zephire & de Flore ,
De ces jardins delicieux ,
Baignez les jeunes fleurs & les preffez d'eclore ,
Parlez , de quels concerts retentit ce fejour ?
Quels feux , transformez en étoiles ,
Dans l'absence du Dieu du jour ,
Ont de la nuit obfcure écarté tous les voiles
D'où naiffent ces plaifirs , ces danfes , ces feftias?
Dieu de ces bord's , dit- elle , à quels torrens de
larmes
G iij
LE MERCURE
Succedent ces ris & ces jeux !
Helas ! vous êtes trop heureux
D'avoir ignoré nos allarmes !
Notre Roy,notre eſpoir , nos plus cheres amours,
Ce refte precieux du plus grand des Monarques ,
Ce Prince .... j'en fremis , nous avons vu ces
jours
Menacez du cizeau des Parques !
Yous fremiffez vous - même , ah ! quels troubles
affreux
Agitoient fon Peuple fidelle ,
Auxmomens qu'une ardeur cruelle
our cette tendre fleur faifoit craindre fes feux
Tel qu'un Lis , la gloire de Flore ,
Qu'en naiffant l'Aurore embelit ,
Bitôt que du Midi la chaleur le devore,
Perd fon éclat & s'affoiblit :
Déja fa tige languillante
Succombe fous le poids de ſa tête mourante &
Tel , ce Prince charmant , digue prefent des
Dieux ,
Perdoit tous les attraits dont il brille à nos yeux
Je ne vous dirai point la douleur répanduë ,
La terreur portée en tous lieux ,
Les pleurs d'une Cour éperdue :
Eh! de quelles couleurs peindrois - je Villeroy
Plus languiffant encor , plus mourant que fon
Roy ?
D'A O UST. 72
La valeur du Guerrier , ni la raifon du Sage
Ne parent point de fi grands coups ,
Il croit voir les Deftins jaloux
Prêts à lui ravir fon ouvrage.
Un régard , un foupir de fon Prince accable
Penetre fon ame ſenſible !
Il fe trouble , il pâlic à ce péril terrible ,
Le feul ou fon coeur ait tremblé.
Ff toy (a ) , qui nous a fait admirer ta prudence ,
Lorfque de notre Roy tu cultivois l'enfance ,
Et preparois fon jeune coeur
A ce qui doit un jour fonder notre bonheur.
Quelle mere jamais livrée à la triſteffe ,
Voyant dans fon effroy , le bucher preparé
Pour un fils expirant , feul fruit de fa tendreffe ,
Sentit de plus de traits tout fon fein dechiré
Mais pourquoy rapeller ces images cruelles ?
Des horreurs du trépas notre Roy fort vainqueur,
Il a déja repris ces graces naturelles
Qui lui fçavent ouvrir tous les chemins du coeur,
Chantez, Mufes, chantez, il aime à vous entendre
(b) Le plus cher de vos Favoris ,
Soigneux de le former dès l'âge le plus tendre ,
Lui fait de vos talens connoître tout le prix.
Vous le verrez bien - tôt fur cette heureuſe rive !
A la douceur de vos Chanfons
Madame la Ducheffe de Ventadour.
M'Evêque de Frejusj
Giiij
LE MERCURE
Prêter une oreille attentive ;
Excitez tous vos nourriffons :
Qu'à lui plaire chacun s'empreſſe ,
Mais ne l'occupez point par de frivoles fons ,
Sous l'attrait du plaifir montrez -lui la Sageffe ,
Et jufques dans ces jeux tracez - lui des leçons.
Peignez les vifs tranfports que la France deploye,
Et lui faifant voir notre amour ,
Source unique de notre joye ,
Dites- lui , qu'il nous doit le plus tendre retour.
Ce n'eft point la magnificence ,
Ni la gloire des grands exploits ,
C'est l'amour mutuel des Peuples & des Rois
Qui d'un Thrône éclatant affermit la puiffance :
Qu'à regner dans les coeurs il borne fes projets ;
Nous l'aimons , notre amour efpere
Qu'il gouvernera fes Sujets
Moins comme Roy , que comme Pere.
Nymphe , n'en doutez point : il comblera nos
voeux ,
S'écrie à ce recit , le Fleuve de la Seine ,
Favorables Deftins , Puiffance Souveraine ,
Qu'il vive feulement & nous fommes heureux.
Vous , Nymphe , marquez votre zéle ,
Raffemblez à fes yeux les innocens plaiſirs ,
Le Ciel fe rend à nos defirs ,
Je cours au Dieu des Mers en porter la nouvelle
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