Il vient de paroître une brochure in 4
imprimée chez Coignard , de 31 pages ,
contenant les Difcours prononcez dans
l'Academie Françoite , à la reception de
M. l'Evêque de Soiffons , & deux Pieces
de Poëfies , dont nous avons cru devoir
faire part au Public.
L
Extrait du Difcours
E nonvel Academicien commença fon
diſcours d'une maniere bien modefter
D'A O UST. 71
"
1
L'Academie de Soiffons , dont je m'honorois
d'être membre , dit -il , avoit jufqu'ici
borné mon ambition ; mais cette élpece
d'alliance qui m'approchoit de vous ,
m'aprit bien tôt combien j'en étois éloigné .
Plus je méditois vos ouvrages , plus je
fentois la difference qui fe trouve entre
des Maîtres & leurs Eleves , & c. Telles
étoient mes penfées , lors que j'apris que
vos fuffrages in'accordeient ce que je n'ofois
demander , ni prefque defirer . Aprés
fes remercimens à l'Academie , M. l'Evêque
de Soiffons fait l'éloge du Cardinal
de Richelieu , du Chancelier seguier.
Il met enfuite dans un beau jour les grandes
& éminentes qualitez de Louis XIV. Il
dit au fujet de M. le Regent , Les Princes
protegent quelquefois les Sciences , fans
les goûter , fans prefque les connoître :
celui- ci les connoît , il les goûte , il les
perfectionne , il les enrichit par fes recherches
, & par la multitude de fes connoiffances
; il réunit dans fa perfonne , ce qui
dans les fiecles paffez auroit donné de la
renommée à plufieurs perſonnages.
# J
Je laiffe aux Guerriers qui font parmi
vous , dit-il en parlant de Louis le Grand
à peindre en lui le victorieux , aux fages
Politiques à reprefenter le Legiflateur.
Pour moi , je ne voudrois louer que cette
Religion fincere , qui ne fut ni abattuë
7% LE MERCURE
dans les malheurs , ni oubliée dans les
triomphes , ni éteinte dans les plaiſirs , ni
déconcertée à la mort.
Au fujet de Monfieur d'Argenson , l'Orateur
dit , que Paris , cette Ville immenfe,
étoit maintenue dans l'abondance & dans
la paix , par l'austere vigilance du Lieure .
nant de Police . On auroit cru que cette
populace auffi tranquille que nombreuſe,
n'étoit qu'une feule famille , dont il pacifioit
les querelles , dont il jugeoit les
differends , dont il regloit les occupations ,
dont il procuroit la nouriture. A voir
comme il s'occupoit de tous ces détails ,
& la nuit & le jour , fouvent aux dépens
de fes repas & de fon fommeil , on cût
dit qu'il n'avoit point de corps. A voir
comment il fçavoit tout , il pourvoyoit à
rout , il étoit par tout ; on eut dit qu'il
en avoit plufieurs au moins auroit - on
cru que plufieurs Magiftrats paitageoient
le travail dont il fe chargeoit feul . Tranquille
au milieu de fes audiences.tumul
tueufes , il répondoit à tout fans confu
fion ; il moderoit tout fans inquietude ,
fans s'émouvoir , prefque fans parler. Un
inftant lui fuffifoit pour expedier à la fois
plufieurs affaires differentes. Son regard
prononçoit une Sentence , tandis que la
bouche en dictoit une autre , & que fa
main en traçoit une troifiéme. Cependant
:
il
D'AOUST. 75.
il fe faifoit un jeu de ces occupations multipliées
, & fon efprit au milieu d'elles ne ,
perdoit rien de fon enjoüement & de fa
delicateffe . On difoit communément qu'il
y avoit en lui deux perfonnes differentes ,
dont l'une fous un oeil effrayant , & un
vifage fevere confondoit le crime , & faifoit
pâlir la fraude & la violence : Dans,
Pautre l'auftere d'Argenfon n'avoit plus,
rien
que de gay
&
d'aimable
dans
les ma
nieres
, dans
les
difcours
, & prefque
dans
la phifionomie
.
Les éloges pour le Roy , dans lefquels
P'Orateur fait entrer Madame la Ducheffe
de Ventadour font tendres , nobles , &
affectueux. On voit dans ce Prince , dit- il,
de la compaffion pour les malheureux ;
elle nous annonce la tendreffe qu'il aura
pour fon peuple. Je vois près de lui , d'un
côté la fageffe , la valeur , la grandeur , la
magnificence , la bonté , la probiré ſous
l'exterieur d'un Maréchal de France ; (a) de
l'autre , c'eft la Religion même , qui fous
la forme d'un Evêque , ( b ) exerce ce coeur
docile aux devoirs de la pieté. Qu'aper
çois- je encore près du jeune Monarque ?
(c) la Verité , qui approche fi rarement
du thrône des Rois , je la vois qui preſide
(a ) Le Maréchal de Villeroy.
(b ) M. l'Evêque de Frejus .
( c) $ . A. S. Monfieur le Duc.
G
74 LE MERCURE
à l'éducation de celui- ci dans la perfonne·
d'un Prince dont la fincerité fait le
premier
caractere , & qui hait fouverainement
la duplicité & l'artifice .
1
M. l'Evêque de Soiffons termine fon difcours
par ces traits : Et vous , MESSIEURS ,
preparez dès ce jour les éloges que vous
donnerés à ce Roy , bon , jufte , clement
& religieux , puis qu'il fe prepare dès à
prefent à les meriter. Hâtez- vous d'amaffer
des couronnes dignes de lui : Qu'il le fçache
, & que leur vûe excite dans fon coeur
le defir de les acquerir. Que fçai - je s'il
'épuifera pas par fes vertus les éloges dis
à un Roy pacifique , comme fon Bifayeul
déconcerta plufieurs fois par la rapidité de
fes conquêtes , les louanges que vous prepariez
à fes victoires.
Monfieur Maler , Directeur de l'Academic
, répondit à M. l'Evêque de Soiffons,
& lui dir , MONSIEUR , il regne dans
toutes les parties de votre Difcours une
diction pure & polie , une imagination
vive & feconde , un genie noble & élevé,
Ces talens font hereditaires dans votre famille
, & l'on y trouve également dequoi
former l'accord harmonieux de l'Eloquence
,& celui de la Politique. Plus vous avez
de talens , plus vous contractez d'obligations.
Affujetti à nos loix & à norre difcipline
, fouvenez - vous , toutes libres
D'AOUS T.
75
qu'elles font , que vous êtes prefentement
chargé d'une portion du travail commun.
Vous avez fait , MONSIEUR , un ſi beau
portrait des vertus de Louis XIV , & vous
avez expliqué avec tant d'éloquence la protection
dont il honora l'Academie , en l'aprochant
de fon Thrône , & en la croyant
neceffaire à la gloire de la Nation , que je
me contenterai de dire que fi Louis fût par
fa naiffance le plus grand des Rois , fest
exploits , fa justice & fa pieté l'ont rendu
le plus grand des hommes.