Oeuvre commentée (3)
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Détail
Liste
1
p. 112-119
FESTE donnée au Roy par S. A. S. Monseigneur le DUC en son Château de Vanvre, le Lundi 8 Septembre 1721.
Début :
La description qu'on va lire peut tenir le premier rang entre les plus grands & les / UN récit que M. le Duc fit au Roy au retour de son dernier voyage de [...]
Mots clefs :
Roi, Château, Duc, Parc, Allées, Tables, Vue, Chasse, Arbres, Chevreuil, Arts, Jardins, Bassin, Château de Vanves
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texteReconnaissance textuelle : FESTE donnée au Roy par S. A. S. Monseigneur le DUC en son Château de Vanvre, le Lundi 8 Septembre 1721.
La defcription qu'on va lire peut tenir le
premier rang entre les plus grands & les
plus brillans Spectacles.
FESTE donnée au Roy par S.A. S.
Monfeigneur le Duc en fon Château
de Vanvre , le Lundi 8 Septembre
1721 .
N récit que M. le Duc fit au Roy
UNau retour de fon dernier voyage de
Chantilli , a donné lieu à cette Fête. Il
propofa à S. M. une chaffe au chevreuil
dans le Parc de Vanvre.
Entre le nombre infini de Châteaux &
de Maifons de Campagne fuperbes & magnifiques
dont la Ville de Paris eft environnée
, on peut dire qu'il n'y en a point
dont la fituation foit plus heureuſe que
celle du Château de Vanvre.
M. de Montargis le fit conftruire en
1698,
DE SEPTEMBRE. 113
1698. fur les déffeins de M. Manfard. Il
eft bâti fur le haut de la montagne dans
un lieu trés inculte , & prefque inacceffible
, mais dont le terrain a été ménagé
avec tant d'art , que ce qui faifoit une defectuofité
le trouve heureufement changé
en magnifiques terraffes , plantées d'arbres
& d'arbustes toujours verts , difpofez
de maniere qu'ils ne nuifent point à la
vue du Château , avec des rampes douces
qui fervent de communication aux jardins
& aux boccages.
Le Château , qui eft la Seigneurie du
Village , eft entierement ifolé , il confifte
dans un grand corps de Logis double , de
14 toifes de face,fur huit de côté, la grande
façade percée de fept croifées , & quatre
de côté. Il eft fans aucun ordre d'archi
tecture , tout bâti de pierres de taille par
affifes égales , mais d'une ftructure & belle
& fi fimple , qu'on n'y defire aucun des
ornemens dont on auroit pû l'enrichir.
On entre d'aboid dans un beau veſtibule
du côté de la cour , élevé fur cinq
marches qui conduit à un magnifique
Salon , d'où l'on parvient à la Chambre à
coucher & au grand Cabinet de M. le
Duc , & c. Les autres appartemens du rez
de chauffée confiftent en une Salle à manla
piece du Billard ', & c.
La vue de cette Maifon n'a pour bornes ,
ger ,
K de
714
LE
MERCURE
de quelque côté que ce foit , que celles
qui lui font données par un horifon tréséloigné.
Les yeux font agréablement occupez
de la vuë de Paris du côté d'Orient,
d'où ils parcourent en fe tournant à gauche
la Butte Montmartre , les Champs Elizées,
Auteuil, le Bois de Boulogne & le Château
de Madrid ; la vuë fe promene enfuite dans
les Jardins & les Parcs de S. Cloud , de
Meudon & d'Iffi . On voit le large Canal
de la Riviere de Seine ferpenter majeſtueufement
, & rouler fes eaux fecondes au milieu
du plus beau payfage , & de la plus
siche Campagne de l'Univers.
On arrive au Château par une avenue de
200 toifes de longueur fur 16 de large ,
formée par quatre rangées d'ormes .
Au tour du Bâtiment , à niveau de la
sour , regne une terraffe de 216 toiles de
long fur 20 de large , ornée de parterres
de gazon d'une égale fimetrie.
Une terraffe en amphiteatre de 36 pieds
de large regne au deffous de cette premiere
, bordée ainsi que l'autre de toutes
fortes d'arbres & d'arbustes . Elle communique
à deux rampes qui font en face du
Château , qui fe terminent en fer à cheval,
& conduisent en pente douce dans les
Bois pui font au deffous , par deux belles
allées de maronniers
Dans le plus bas terrain eft un grand
baffin ,
DE SEPTEMBRE.
baffin , à 200 toifes du Château , dont
on voit le Jet d'eau au travers du veſtibule
en entrant par la porte de la cours
& comme le Parc s'étend fort loin des
deux côtez , & qu'il eft traverfé d'allées
& d'arbres de haute futaye , on a interrompu
la fuite des allées , pour conferver
ce point de vue au Château . C'est en effet
la plus belle perfpective qu'on fçauroit
voir la hauteur & la groffeur du Jer
d'eau paroiffant au travers des allées interrompues.
Ce baflin eft accompagné de deux au◄
tres , moindres en grandeur , aux extremi
rez qui font face aux deux allées qui defcendent
, & un autre encore dans une Salle
de marroniers , qui forme un bofquet magnifique
, regulierement percé de huic
allées qui aboutiffent à ce baffin .
Quoique le Parc ne foit pas d'une grande
étendue , il répond parfaitement à la magnificence
des Jardins , par la varieté des
ornemens , & des beautez de la Nature &
de l'Art qu'on y a confervées & pratiquées
beaux bofquets , grandes allées de
300 & 400 toifes de long , plufieurs piéces
d'eau,arbres d'une hauteur prodigieule, & c .
Monfeigneur le Duc de Bourbon , qui a
acheté Vanvre de M. de Montargis Commandeur
& Secretaire des Ordres du Roy ,
Four lui fervir deMaifon de plaifance depuis
К.Н que
116 LE MERCURE
*
que la Surintendance de l'éducation du
Roy ne lui permet pas de longs fejours à
Chantilli , y a fait quantité d'embeliffemens.
Le Roy partit des Tuilleries à quatre
heures après midi , accompagné de S. A.
S. M. le Duc , de M. le Maréchal de Villeroy,
de M. le Prince Charles , de Mellieurs
les Maréchaux d'Eftrées , d'Uxelles & de
Talard , & autres Princes & Seigneurs de
la Cour , avec le cortege ordinaire . Sa Majefté
arriva à Vanvre avant cinq heures.
S. A. S. Madame la Ducheffe , accompagnée
d'un nombre choifi de Dames , vint
au Caroffe du Roy , & le conduifit dans le
grand Appartement du rez de chauffée.
On avoit eu la précaution de jetter dans
le Parc quelques jeunes Chevreuils pris
dans la Forêt de Chantilli , de même que
des Faifandeaux , &c. Aprés que le Roy
fe fut repolé quelque tems , M. le Duc
vint prendre les ordres pour commencer la
Chaffe. S. M. monta à cheval , on découpla
les chiens de fa Meute au bruit des cors ,
& plufieurs Chevreuils furent lancez dans
fes routes du Parc . Cette chaffe , qui fit
beaucoup de plaifir au Roy , dura une
heure , jufqu'à ce que Sa Majesté ayant
deman lé un fafil , Elle tira fur un Chevreuil
avec toute l'adreffe poflible , & le
rua. On en pourfuivit un autre , que les
chiens pritent.
Toure
DE SEPTEMBRE. IIT
4
Toute la Cour , & tous ceux qui avoient
fuivi la Chaffe du Roy trouverent des rafraichiffemens
fur plufieurs' tables qu'on'
avoit dreffées dans le Parc , & qui fe trouverent
couvertes de Jambons , de Pâtez de
gibier , de Langues , &c. & de toutes fortes
de fruits & de bifcuits. Aux deux .bouts
des tables on avoit placé des Cantines ,
avec du Vin de Bourgogne , de Champagne,
des Vins de liqueurs , du Cidre , de
la Biere , de la Limonade , & quantité d'autres
liqueurs , & d'eaux fraîches & glacées,
que des garçons proprement habillez diftribuoient
fans confufion à tous ceux qui fe
préfentoient.
Deux autres tables furent dreffées à une
petite diftance l'une de l'autre , au milieu
du Jardin , fous deux grandes tentes , l'une
defquelles étoit couverte d'un ambigu magnfique
& délicat , où les Pefches & les
plus beaux fruits de la faifon étoient en
grande abondance ; & l'autre étoit garnie
de plufieurs Cabarers , où l'on fervoit du
Thé , du Caffé , du Chocolat , & toutes
fortes de Sorbets & d'Eaux glacées . Entre
ces deux Tables s'élevoit un grand Buffet
garni de toutes fortes de Vaiffelle de verre
& de porcelaine , pour le fervice de ces
deux Tables , aut tous ceux qui fe préfentoient
n'avoient pas le tems de defirer ,
par l'attention des Officiers de M. le Duc
qui
118 LE MERCURE
qui étoient chargez de ce foin , & par les
Garçons d'office qui executoient leurs ordres.
Le pourtour de toutes ces Tables étoit
orné de feftons & de guirlandes de fleurs ,
& l'approche n'en étoit interdite à perſonne;
les Gentilhommes & les Officiers de
S. A. S. prioient même poliment ceux
qui paroiffoient avoir befoin de cette ce-
•
remonie.
Le Roy , après avoir pris fon fecond
Chevreuil , paffa dans le fecond Parc , &
tua fort adroitement quelques Faifans ,
Perdrix , Lievres & Lapins. Après la Chal
fe, S. M. fit fa collation ; Elle fut fervie
fur les lieux par les Officiers de fon Gobelet
, & le Coureur de vin , qui l'avoient
apportée à l'ordinaire .
Sur la fin du jour le Roy monta dans une
des Caleches qui avoient été préparées ,
avec S. A. S. Madame la Ducheffe , &
Madame la Princeffe de Carignan ; toute
la Cour fuivit le Roy , qui fe rendit dans
le grand Salon , pour entendre le magnifique
Concert dont on va parler , exccuté
par les Muficiens de S. A. S. tres. proprement
habillez des couleurs de Condé , avec
un galon d'argent fur toutes les coutures.
M. Danchet de l'Academie Françoiſe ,
Auteur de ce Poëme , n'a pas eu beaucoup
de tems pour y travailler , ayant été compofé
, mis en mufique & executé en moins
de
DE SEPTEMBRE. TI
de fept jours ; mais de quelle ardeur net
fe fent- on pas animé , quand on prépare
une fefte pour le Roy , & qu'on execute
les ordres de M. le Duc ? On peut dire que
se Divertiffement ne fe fent de la précipi
tation avec laquelle il a été fair , que par
ce naturel heureux qu'ont toujours les ouvrages
qui coulent de fource : on y trouve:
de plus tout l'art & tout l'efprit de la Poëfie
Lyrique.
Le fieur Bourgeois eft Auteur de la Mu
fique vocale , & le fieur Aubert de la Symphonie
. Ils ont grande part l'un & l'autre
à l'honneur de cette Fête.-
premier rang entre les plus grands & les
plus brillans Spectacles.
FESTE donnée au Roy par S.A. S.
Monfeigneur le Duc en fon Château
de Vanvre , le Lundi 8 Septembre
1721 .
N récit que M. le Duc fit au Roy
UNau retour de fon dernier voyage de
Chantilli , a donné lieu à cette Fête. Il
propofa à S. M. une chaffe au chevreuil
dans le Parc de Vanvre.
Entre le nombre infini de Châteaux &
de Maifons de Campagne fuperbes & magnifiques
dont la Ville de Paris eft environnée
, on peut dire qu'il n'y en a point
dont la fituation foit plus heureuſe que
celle du Château de Vanvre.
M. de Montargis le fit conftruire en
1698,
DE SEPTEMBRE. 113
1698. fur les déffeins de M. Manfard. Il
eft bâti fur le haut de la montagne dans
un lieu trés inculte , & prefque inacceffible
, mais dont le terrain a été ménagé
avec tant d'art , que ce qui faifoit une defectuofité
le trouve heureufement changé
en magnifiques terraffes , plantées d'arbres
& d'arbustes toujours verts , difpofez
de maniere qu'ils ne nuifent point à la
vue du Château , avec des rampes douces
qui fervent de communication aux jardins
& aux boccages.
Le Château , qui eft la Seigneurie du
Village , eft entierement ifolé , il confifte
dans un grand corps de Logis double , de
14 toifes de face,fur huit de côté, la grande
façade percée de fept croifées , & quatre
de côté. Il eft fans aucun ordre d'archi
tecture , tout bâti de pierres de taille par
affifes égales , mais d'une ftructure & belle
& fi fimple , qu'on n'y defire aucun des
ornemens dont on auroit pû l'enrichir.
On entre d'aboid dans un beau veſtibule
du côté de la cour , élevé fur cinq
marches qui conduit à un magnifique
Salon , d'où l'on parvient à la Chambre à
coucher & au grand Cabinet de M. le
Duc , & c. Les autres appartemens du rez
de chauffée confiftent en une Salle à manla
piece du Billard ', & c.
La vue de cette Maifon n'a pour bornes ,
ger ,
K de
714
LE
MERCURE
de quelque côté que ce foit , que celles
qui lui font données par un horifon tréséloigné.
Les yeux font agréablement occupez
de la vuë de Paris du côté d'Orient,
d'où ils parcourent en fe tournant à gauche
la Butte Montmartre , les Champs Elizées,
Auteuil, le Bois de Boulogne & le Château
de Madrid ; la vuë fe promene enfuite dans
les Jardins & les Parcs de S. Cloud , de
Meudon & d'Iffi . On voit le large Canal
de la Riviere de Seine ferpenter majeſtueufement
, & rouler fes eaux fecondes au milieu
du plus beau payfage , & de la plus
siche Campagne de l'Univers.
On arrive au Château par une avenue de
200 toifes de longueur fur 16 de large ,
formée par quatre rangées d'ormes .
Au tour du Bâtiment , à niveau de la
sour , regne une terraffe de 216 toiles de
long fur 20 de large , ornée de parterres
de gazon d'une égale fimetrie.
Une terraffe en amphiteatre de 36 pieds
de large regne au deffous de cette premiere
, bordée ainsi que l'autre de toutes
fortes d'arbres & d'arbustes . Elle communique
à deux rampes qui font en face du
Château , qui fe terminent en fer à cheval,
& conduisent en pente douce dans les
Bois pui font au deffous , par deux belles
allées de maronniers
Dans le plus bas terrain eft un grand
baffin ,
DE SEPTEMBRE.
baffin , à 200 toifes du Château , dont
on voit le Jet d'eau au travers du veſtibule
en entrant par la porte de la cours
& comme le Parc s'étend fort loin des
deux côtez , & qu'il eft traverfé d'allées
& d'arbres de haute futaye , on a interrompu
la fuite des allées , pour conferver
ce point de vue au Château . C'est en effet
la plus belle perfpective qu'on fçauroit
voir la hauteur & la groffeur du Jer
d'eau paroiffant au travers des allées interrompues.
Ce baflin eft accompagné de deux au◄
tres , moindres en grandeur , aux extremi
rez qui font face aux deux allées qui defcendent
, & un autre encore dans une Salle
de marroniers , qui forme un bofquet magnifique
, regulierement percé de huic
allées qui aboutiffent à ce baffin .
Quoique le Parc ne foit pas d'une grande
étendue , il répond parfaitement à la magnificence
des Jardins , par la varieté des
ornemens , & des beautez de la Nature &
de l'Art qu'on y a confervées & pratiquées
beaux bofquets , grandes allées de
300 & 400 toifes de long , plufieurs piéces
d'eau,arbres d'une hauteur prodigieule, & c .
Monfeigneur le Duc de Bourbon , qui a
acheté Vanvre de M. de Montargis Commandeur
& Secretaire des Ordres du Roy ,
Four lui fervir deMaifon de plaifance depuis
К.Н que
116 LE MERCURE
*
que la Surintendance de l'éducation du
Roy ne lui permet pas de longs fejours à
Chantilli , y a fait quantité d'embeliffemens.
Le Roy partit des Tuilleries à quatre
heures après midi , accompagné de S. A.
S. M. le Duc , de M. le Maréchal de Villeroy,
de M. le Prince Charles , de Mellieurs
les Maréchaux d'Eftrées , d'Uxelles & de
Talard , & autres Princes & Seigneurs de
la Cour , avec le cortege ordinaire . Sa Majefté
arriva à Vanvre avant cinq heures.
S. A. S. Madame la Ducheffe , accompagnée
d'un nombre choifi de Dames , vint
au Caroffe du Roy , & le conduifit dans le
grand Appartement du rez de chauffée.
On avoit eu la précaution de jetter dans
le Parc quelques jeunes Chevreuils pris
dans la Forêt de Chantilli , de même que
des Faifandeaux , &c. Aprés que le Roy
fe fut repolé quelque tems , M. le Duc
vint prendre les ordres pour commencer la
Chaffe. S. M. monta à cheval , on découpla
les chiens de fa Meute au bruit des cors ,
& plufieurs Chevreuils furent lancez dans
fes routes du Parc . Cette chaffe , qui fit
beaucoup de plaifir au Roy , dura une
heure , jufqu'à ce que Sa Majesté ayant
deman lé un fafil , Elle tira fur un Chevreuil
avec toute l'adreffe poflible , & le
rua. On en pourfuivit un autre , que les
chiens pritent.
Toure
DE SEPTEMBRE. IIT
4
Toute la Cour , & tous ceux qui avoient
fuivi la Chaffe du Roy trouverent des rafraichiffemens
fur plufieurs' tables qu'on'
avoit dreffées dans le Parc , & qui fe trouverent
couvertes de Jambons , de Pâtez de
gibier , de Langues , &c. & de toutes fortes
de fruits & de bifcuits. Aux deux .bouts
des tables on avoit placé des Cantines ,
avec du Vin de Bourgogne , de Champagne,
des Vins de liqueurs , du Cidre , de
la Biere , de la Limonade , & quantité d'autres
liqueurs , & d'eaux fraîches & glacées,
que des garçons proprement habillez diftribuoient
fans confufion à tous ceux qui fe
préfentoient.
Deux autres tables furent dreffées à une
petite diftance l'une de l'autre , au milieu
du Jardin , fous deux grandes tentes , l'une
defquelles étoit couverte d'un ambigu magnfique
& délicat , où les Pefches & les
plus beaux fruits de la faifon étoient en
grande abondance ; & l'autre étoit garnie
de plufieurs Cabarers , où l'on fervoit du
Thé , du Caffé , du Chocolat , & toutes
fortes de Sorbets & d'Eaux glacées . Entre
ces deux Tables s'élevoit un grand Buffet
garni de toutes fortes de Vaiffelle de verre
& de porcelaine , pour le fervice de ces
deux Tables , aut tous ceux qui fe préfentoient
n'avoient pas le tems de defirer ,
par l'attention des Officiers de M. le Duc
qui
118 LE MERCURE
qui étoient chargez de ce foin , & par les
Garçons d'office qui executoient leurs ordres.
Le pourtour de toutes ces Tables étoit
orné de feftons & de guirlandes de fleurs ,
& l'approche n'en étoit interdite à perſonne;
les Gentilhommes & les Officiers de
S. A. S. prioient même poliment ceux
qui paroiffoient avoir befoin de cette ce-
•
remonie.
Le Roy , après avoir pris fon fecond
Chevreuil , paffa dans le fecond Parc , &
tua fort adroitement quelques Faifans ,
Perdrix , Lievres & Lapins. Après la Chal
fe, S. M. fit fa collation ; Elle fut fervie
fur les lieux par les Officiers de fon Gobelet
, & le Coureur de vin , qui l'avoient
apportée à l'ordinaire .
Sur la fin du jour le Roy monta dans une
des Caleches qui avoient été préparées ,
avec S. A. S. Madame la Ducheffe , &
Madame la Princeffe de Carignan ; toute
la Cour fuivit le Roy , qui fe rendit dans
le grand Salon , pour entendre le magnifique
Concert dont on va parler , exccuté
par les Muficiens de S. A. S. tres. proprement
habillez des couleurs de Condé , avec
un galon d'argent fur toutes les coutures.
M. Danchet de l'Academie Françoiſe ,
Auteur de ce Poëme , n'a pas eu beaucoup
de tems pour y travailler , ayant été compofé
, mis en mufique & executé en moins
de
DE SEPTEMBRE. TI
de fept jours ; mais de quelle ardeur net
fe fent- on pas animé , quand on prépare
une fefte pour le Roy , & qu'on execute
les ordres de M. le Duc ? On peut dire que
se Divertiffement ne fe fent de la précipi
tation avec laquelle il a été fair , que par
ce naturel heureux qu'ont toujours les ouvrages
qui coulent de fource : on y trouve:
de plus tout l'art & tout l'efprit de la Poëfie
Lyrique.
Le fieur Bourgeois eft Auteur de la Mu
fique vocale , & le fieur Aubert de la Symphonie
. Ils ont grande part l'un & l'autre
à l'honneur de cette Fête.-
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2
p. 119-124
DIANE, Divertissement en Musique. SCENE PREMIERE. Une Nimphe de Diane ; Troupe de Bergers & de Bergeres de Vanvre, & des Hameaux voisins.
Début :
LA NIMPHE DE DIANE / Sortez de vos Hameaux, Bergers, rassemblez-vous, [...]
Mots clefs :
Diane, Bergers, Apollon, Nymphe, Tendre, Amour, Mars, Bergères, Plaisir, Heureux, Musettes, Gloire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DIANE, Divertissement en Musique. SCENE PREMIERE. Une Nimphe de Diane ; Troupe de Bergers & de Bergeres de Vanvre, & des Hameaux voisins.
DIAN E
Divertiſſement en Muſique.
SCENE PREMIERE.
Une Nimphe de Diane ;
Troupe de Bergers & de Bergeres de Vanvre
& des Hameaux voisins.
LA NIMPHE DE DIANE.
SORTEZ.de
ORTEZ de vos Hameaux, Bergers , raſſemblez.
vous ,
Entrez dans ce féjour , Diane doit s'y rendre s
Venez , vous y jcüirez tous
120 LE MERCURE
·
Du plaifir le plus doúx
Que vous puiffiez jamais attendre ..
DEUX BERGERES.
Quel plaifir imprévû doit y combler nos voeux ?
LA NIMPHE.
Menagez des moments heureux,
Preparez vos Mufettes ,
Par des accords touchants celebrez ce beau jour
Dans vos aimables Chanfonnettes ,
Au timide refpect joignez un tendre amour.
CHOEUR.
Preparons nos Mufettes ,
Par des accords touchants celebrons ce beau jours
Dans nos aimables Chanfonnettes ,
Au timide refpect joignons un tendre amour.
On entend un bruit de Cors."
LA NIMPHE. 1
?
Ces Concerts éclatants annoncent la Déeſſe.
UN BERGER.
Qui conduit elle fur fes pas ?
Eft ce l'Amour qu'elle carefle
UNE BERGERE.
Son auftere fierté ne s'en allarme pas !
*
Tous deux enfemble.
Sans êre armé de traits , qu'il fait briller d'appas !
SCENE
DE SEPTEMBRE.
121
SCENE
DEUXIE'ME.
DIANE.
Chaurs de Bergers & de Bergeres .
DIANE .
Je viens recompenfer le zele ,
Qui dans votre bonheur intereffe les Cieux :
Un Peuple pour fes Rois fi tendre & fi fidelle ,
Merite les faveurs des Dieux.
Vous avez reffenti les plus vives allarmes ,
Pour ce Prince charmant que j'amene en ces
fieux ;
Venez le voir , & que vos yeux
Reçoivent le prix de vos larmes .
Un BERGER & une BERGERE.
Touché des voeux ardents que nous t'avons
offerts ,
Ciel, tu nous rends en lui notre unique efperance;
糖Un feul inſtant de fa preſence
)
Repare tous les maux que nous avons foufferts.;
UNE BERGERE.
Les Ris , les Graces
Sont fur fes traces
L'Amour n'a pas
De plus tendres appas.
L Naiffez
122
LE MERCURE
Naiflez , belles fleurs
Volez , zephire ,
Que Flore l'admire ,
Il charme , il attire
Les yeux & les coeurs.
Les Ris , &c .
DIANE.
Chantez , confacrez la memoire
Du jour qui comble vos defirs ;
De votre feul bonheur LOUIS fera fa gloire ,
Faites vos foins de ſes plaifirs.
CHOEUR DE BERGERS,
Que le Deftin favorable
Réponde à tous fes voeux ,
Qu'il regne , qu'il foit heureux
Autant qu'il eft aimable.
On entend un bruit de Timbales & de
Trompettes.
CHOEUR DE BERGERS.
Quel bruit ! c'eft le Dieu des Combats !
On entend une Symphonie de Flûtes
& de Violons.
DIANE.
Bergers , raffurez- vous , Apollon fuit fes pas.
C
SCENE
DE
SEPTEMBRE,
123
SCENE
TROISIE'ME.
DIANE , MARS , APOLLON ,
les CHO UR S.
MARS & APOLLON.
Nous aimons votre Roy d'une égale tendreffe ,
Nous rendrons tour à tour fon Regne glorieux ;
Il fe fait un plaifir dès fa tendre jeuneſſe ,;
De nous avoir devant fes yeux.
MARS.
Ne craignez pas que je l'engage
A former d'injuftes projets :
Je n'animerai fon courage
Que pour défendre fes Sujets,
APOLLON.
A tout l'éclat de la Victoire ' .
Il fçaura préferer les charmes de la Paix :
Beaux Arts , reprenez votre gloire ,
Vos utiles travaux ont pour lui des attraits.
MARS & APOLLON.
Soyons d'intelligence
Pour affermir toujours la gloire & ſa puiſſance,
DIANE.
Je n'afpire qu'au foin d'offrir à fes defirs
Des jeux & d'innocens plaifirs .
Fortunez Habitans de ces belles retraites ,
Pour lui plaire , uniffons nos voix.
Lij
DIANE
134 LE MERCURE
DIANE les CHOEURS.
Timbales & Trompettes ,
Mêlez vos fons guerriers aux doux fons des
Mufettes :
Chantons un Roy charmant, repettons mille fois,
Que nous fommes heureux de vivre fous fes
Joix !
Divertiſſement en Muſique.
SCENE PREMIERE.
Une Nimphe de Diane ;
Troupe de Bergers & de Bergeres de Vanvre
& des Hameaux voisins.
LA NIMPHE DE DIANE.
SORTEZ.de
ORTEZ de vos Hameaux, Bergers , raſſemblez.
vous ,
Entrez dans ce féjour , Diane doit s'y rendre s
Venez , vous y jcüirez tous
120 LE MERCURE
·
Du plaifir le plus doúx
Que vous puiffiez jamais attendre ..
DEUX BERGERES.
Quel plaifir imprévû doit y combler nos voeux ?
LA NIMPHE.
Menagez des moments heureux,
Preparez vos Mufettes ,
Par des accords touchants celebrez ce beau jour
Dans vos aimables Chanfonnettes ,
Au timide refpect joignez un tendre amour.
CHOEUR.
Preparons nos Mufettes ,
Par des accords touchants celebrons ce beau jours
Dans nos aimables Chanfonnettes ,
Au timide refpect joignons un tendre amour.
On entend un bruit de Cors."
LA NIMPHE. 1
?
Ces Concerts éclatants annoncent la Déeſſe.
UN BERGER.
Qui conduit elle fur fes pas ?
Eft ce l'Amour qu'elle carefle
UNE BERGERE.
Son auftere fierté ne s'en allarme pas !
*
Tous deux enfemble.
Sans êre armé de traits , qu'il fait briller d'appas !
SCENE
DE SEPTEMBRE.
121
SCENE
DEUXIE'ME.
DIANE.
Chaurs de Bergers & de Bergeres .
DIANE .
Je viens recompenfer le zele ,
Qui dans votre bonheur intereffe les Cieux :
Un Peuple pour fes Rois fi tendre & fi fidelle ,
Merite les faveurs des Dieux.
Vous avez reffenti les plus vives allarmes ,
Pour ce Prince charmant que j'amene en ces
fieux ;
Venez le voir , & que vos yeux
Reçoivent le prix de vos larmes .
Un BERGER & une BERGERE.
Touché des voeux ardents que nous t'avons
offerts ,
Ciel, tu nous rends en lui notre unique efperance;
糖Un feul inſtant de fa preſence
)
Repare tous les maux que nous avons foufferts.;
UNE BERGERE.
Les Ris , les Graces
Sont fur fes traces
L'Amour n'a pas
De plus tendres appas.
L Naiffez
122
LE MERCURE
Naiflez , belles fleurs
Volez , zephire ,
Que Flore l'admire ,
Il charme , il attire
Les yeux & les coeurs.
Les Ris , &c .
DIANE.
Chantez , confacrez la memoire
Du jour qui comble vos defirs ;
De votre feul bonheur LOUIS fera fa gloire ,
Faites vos foins de ſes plaifirs.
CHOEUR DE BERGERS,
Que le Deftin favorable
Réponde à tous fes voeux ,
Qu'il regne , qu'il foit heureux
Autant qu'il eft aimable.
On entend un bruit de Timbales & de
Trompettes.
CHOEUR DE BERGERS.
Quel bruit ! c'eft le Dieu des Combats !
On entend une Symphonie de Flûtes
& de Violons.
DIANE.
Bergers , raffurez- vous , Apollon fuit fes pas.
C
SCENE
DE
SEPTEMBRE,
123
SCENE
TROISIE'ME.
DIANE , MARS , APOLLON ,
les CHO UR S.
MARS & APOLLON.
Nous aimons votre Roy d'une égale tendreffe ,
Nous rendrons tour à tour fon Regne glorieux ;
Il fe fait un plaifir dès fa tendre jeuneſſe ,;
De nous avoir devant fes yeux.
MARS.
Ne craignez pas que je l'engage
A former d'injuftes projets :
Je n'animerai fon courage
Que pour défendre fes Sujets,
APOLLON.
A tout l'éclat de la Victoire ' .
Il fçaura préferer les charmes de la Paix :
Beaux Arts , reprenez votre gloire ,
Vos utiles travaux ont pour lui des attraits.
MARS & APOLLON.
Soyons d'intelligence
Pour affermir toujours la gloire & ſa puiſſance,
DIANE.
Je n'afpire qu'au foin d'offrir à fes defirs
Des jeux & d'innocens plaifirs .
Fortunez Habitans de ces belles retraites ,
Pour lui plaire , uniffons nos voix.
Lij
DIANE
134 LE MERCURE
DIANE les CHOEURS.
Timbales & Trompettes ,
Mêlez vos fons guerriers aux doux fons des
Mufettes :
Chantons un Roy charmant, repettons mille fois,
Que nous fommes heureux de vivre fous fes
Joix !
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3
p. 124-130
« Cette Piéce plut fort au Roy, & fut generalement applaudie de toute la Cour ; [...] »
Début :
Cette Piéce plut fort au Roy, & fut generalement applaudie de toute la Cour ; [...]
Mots clefs :
Roi, Feu, Grand, Artifice, Illumination, Château, Duc, Cour, Superbe, Allée, Feux d'artifice, Falots, Terrines, Arc de triomphe
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texteReconnaissance textuelle : « Cette Piéce plut fort au Roy, & fut generalement applaudie de toute la Cour ; [...] »
Cette Piéce plut fort au Roy. , & fut
generalement applaudie de toute la Cour ;
elle dura environ trois quarts d'heure. Les
Diles. Antier , de Larnane , Turquois &
Aubert , ainfi que les Srs . Bourgeois &
Dun firent briller leurs belles voix .
Pendant le Concert grand nombre d'Ouvriers
étoient occupez à l'illumination, qui
fut entierement achevée lorsque la Mufique
finit.
Le Lecteur doit s'attendre dans le recit
de ce fuperbe Spectacle , à quatre differentes
décorations , toutes plus brillantes
les unes que les autres , par les feux d'artifice
& les illuminations , en ne comptant
les quatre faces & la cour du Château que
pour une.
Tous les chambranles des croifées du
premier & du fecond étage , des quatre
côtez de l'édifice , étoient garnis d'un double
rang de lampions , de même que les
Flintes entre les étages , & toute la Manfarde
DE SEPTEMBRE. 127
farde profilée de falots ; dont les croilées
qui font le troifiéme étage , étoient éclairées
en plein , avec des terrines fur des
tablettes , les cheminées bordées & furmontées
chacune d'une piramide de même.
Après que le Roy eut fait quelques
tours fur la terraffe pour joüir de cette illumination
, il fut conduit dans le Cabinet
de M. le Duc , d'où il vit toute la lon
gueur des allées dont nous avons parlé ,
marquées par quatre rangées de falots
chaque If planté entre les arbres , -portant
une terrine allumée. L'efpace du mi.
lieu étoit terminée par une grande pira
mide de plus de 40 pieds de haut , ayant
à fon fommet un Soleil rayonnant .
Après que Sa Majefté eut goûté affez
long- temps le plaifir de ce beau point de
vue , Elle paffa dans l'appartement du
côté oppofé , pour voir le Feu d'artifice
qui étoit en face , à quarante toiles du
Château . C'étoit un Arc de triomphe de
so pieds de haut dont tous les profils
étoient marquez par des lumieres . On
voyoit au milieu de l'arcade un piédeſtal
en forme de fontaine , qui fupportoit un
grand Medaillon , où ces vers Latins , de
la compofition de M. Danchet , fe lifoient
en lettres tranfparentes :
"
Qui nunc in lufus Cælum circumvolat ignis ,
Si tibi erunt hoftes , Gallia , fulmen erit.
Traduction L iij
#26 LE MERCURE
Traduction par M ...
France , fi ton bonheur bleffant tes envicux
A s'armer contre toi peut jamais les refoudre ,
Ces feux , dont tout l'éclat n'eſt que pour plaire
aux yeux ,
Dans les mains de ton Roy fe changeront en
foudre .
Quantité de fufées d'honneur furent
d'abord tirées deux à deux : après quoi les
fens furent furpris de voir fe former ſubitement
une allée de gerbes ou fontaines
de feu , qui placées dans l'intervalle de chaque
arbre , & s'élevant à la hauteur de plus
de quarante pieds , furpaffoient de beaucoup
le fommet des arbres de l'allée ; à la
quelle fucceda une feconde allée en berceau,
& enfin une troifiéme après celle- cy, pareille
à la premiere. Alors la fontaine de l'Arc
de triomphe forma deux napes de feu
& l'on vit la bordure du diftique , lancer
à plus de quarante pieds , tout au tour un
nombre infini de rayons étincelans. Enfuite
on fit jouer les pots à feu & les
caiffes en très grande quantité. Ce premier
feu fe termina par une girande * des
plus magnifiques .
·
* On apelle girande , un amas prodigieux de toutes
fortes d'artifices.
N'oublions
DE SEPTEMBRE. 127
N'oublions pas les deux Ifs , qui terminoient
les côtez de l'Arc de triomphe ,
élevez de plus de trente pieds , & figurez
par des lampions & des terrines , où aboutiffoient
les deux contrallées d'arbres , entre
lesquels on avoit fufpendu fur toute la
longueur , des groffes lampes , qui formoient
des espéces de girandoles.
Le Roy vint enfuite avec toute la Cour
dans le veftibule , pour voir ce qui devoit
fe paffer dans les jardins bas , à la tête du
grand baifin. Le fauteuil de S. M. étoit'
placé fous la principale Porte du Château .'
Cette fuperbe & ingenieufe décoration
confiftoit dans un grand Portique , formé
par cinq arcades , dont celle du milieu dominoit
fur les autres ; elles étoient ſeparées
par des pilaftres , terminez par une
corniche , fur laquelle on voyoit des girandoles
d'illumination , precifément audeffus
de chaque pilaftre. Cinq piramides
occupoient les intervalles fous les arcades,
les quatre des côtez étoient dormantes à
l'ordinaire , mais celle du milieu avoit toutes
les dimenfions d'un cône , fes lumieres.
étoient difpofées en ligne fpirale , elle
tournoit continuellement fur un pivot , &
fembloit faire fortir une clarté des plus
brillantes de la terre , qui fe perdoit dans
les airs . Tout ce Portique étoit éclairé
par des falots.
L iiij U₁
128 LE MIERCURE
Un double rang de terrines formait
une allée depuis le Château jufqu'au grand
baffin , lequel en étoit auffi bordé par un
double rang. Il étoit encore entouré de
groffes gerbes de feu qui s'éleverent tout
d'un coup , dans le moment que le Roy
parut. Enfuite on fit jouer une très grande
quantité d'artifice d'eau , qui fe mêloit
avec celle du baffin , & qui fembloit en
fortir avec plus de force & de vehemence.
Pour dernier Spectacle on avoit placé
entre le Château & le baffin une aigrette.
d'artifice , compofée de pots à feu , qui
partirent tout à la fois , & firent place à
une très-grande giran le plus forte encore
que celle du dernier feu , qui termina
cette fuperbe Fête.
Elle a été deffinée & conduite par M.
Berin , Deffinateur ordinaire du Cabinet
& de la Chambre du Roy. Tout l'artifice
a été executé fous les ordres par le fieur
Morel , Artificier du Roy.
Le Roy n'a jamais paru fi content ni
fi charmé ; I le témoigna à pluſieurs
repriſes à M. le Duc da Bourbon . Sa
Majefté s'amufa encore environ trois
quarts d'heure à jouer au Pharaon ,
avec les Princes , Princeffes , Seigneurs &
Dames de la Cour. Le Marquis d'Entrague
tailloit. Aprés le jeu le Roy tira quel
ques poignées de Louis d'or qu'il Îaiſſa
fuc
DE SEPTEMBRE 1.29
fur la table pour les Cartes ; & ayant
encore voulu fe promener pour voir l'illumination
, dont il ne pouvoit fe laffer ,
S. M. s'en retourna un quart d'heure après,
avec tout fon cortege, reconduite par M. le
Duc de Bourbon , qui d'abord que le Roy
fut rentré au Palais des Thuilleries , monta
dans une Chaife de Pofte pour revenir à
Vanvre , où il devoit y avoir un grand
fouper . En effet , deux tables de 20 souverts
chacune y furent fervies avec toute
la delicateffe imaginable . Madame la
Ducheffe faifoit les honneurs de la
premiere
, & M. le Duc de la feconde . C'étoient
les mêmes tables fous les tentes ,
avec le grand buffet entre deux , qui
avoient fervi aux collations dans le Jardin .
Depuis Farrivée du Roy jufqu'à ſon
départ , on ſervit encore plufieurs tables ,
outre celles des Princes & des Seigneurs ,
pour les Pages , les Gardes du Roy , &
pour les Gens de l'Equipage de S. M.
Après les Feux d'artifice les yeux ne
furent plus occupez qu'à voir la regularité
ingenieufe & brillante de l'illumination
du Bâtiment & des Jardins , qui faifoit
un effet merveilleux pendant la plus
belle nuit du monde : elle éclairoit le
Dôme des Invalides & toute la plaine de
Grenelle , qui étoit prefque couverte de
caroffes & éblouiffoit les yeux de plu-
"
fieurs
130 LE MERCURE
fieurs milliers de perfonnes accouruës de
toutes parts & répandues aux environs.
M. d'Eftin Contrôleur des Mailon &
'Affaires de M. le Duc de Bourbon , étoit
chargé generalement de tout le détail immenfe
de ce fuperbe Regal , où le bon
goût , la delicateffe & la profufion ont
également regné , fans qu'il loit arrivé la
moindre confufion , ni le moindre accident.
generalement applaudie de toute la Cour ;
elle dura environ trois quarts d'heure. Les
Diles. Antier , de Larnane , Turquois &
Aubert , ainfi que les Srs . Bourgeois &
Dun firent briller leurs belles voix .
Pendant le Concert grand nombre d'Ouvriers
étoient occupez à l'illumination, qui
fut entierement achevée lorsque la Mufique
finit.
Le Lecteur doit s'attendre dans le recit
de ce fuperbe Spectacle , à quatre differentes
décorations , toutes plus brillantes
les unes que les autres , par les feux d'artifice
& les illuminations , en ne comptant
les quatre faces & la cour du Château que
pour une.
Tous les chambranles des croifées du
premier & du fecond étage , des quatre
côtez de l'édifice , étoient garnis d'un double
rang de lampions , de même que les
Flintes entre les étages , & toute la Manfarde
DE SEPTEMBRE. 127
farde profilée de falots ; dont les croilées
qui font le troifiéme étage , étoient éclairées
en plein , avec des terrines fur des
tablettes , les cheminées bordées & furmontées
chacune d'une piramide de même.
Après que le Roy eut fait quelques
tours fur la terraffe pour joüir de cette illumination
, il fut conduit dans le Cabinet
de M. le Duc , d'où il vit toute la lon
gueur des allées dont nous avons parlé ,
marquées par quatre rangées de falots
chaque If planté entre les arbres , -portant
une terrine allumée. L'efpace du mi.
lieu étoit terminée par une grande pira
mide de plus de 40 pieds de haut , ayant
à fon fommet un Soleil rayonnant .
Après que Sa Majefté eut goûté affez
long- temps le plaifir de ce beau point de
vue , Elle paffa dans l'appartement du
côté oppofé , pour voir le Feu d'artifice
qui étoit en face , à quarante toiles du
Château . C'étoit un Arc de triomphe de
so pieds de haut dont tous les profils
étoient marquez par des lumieres . On
voyoit au milieu de l'arcade un piédeſtal
en forme de fontaine , qui fupportoit un
grand Medaillon , où ces vers Latins , de
la compofition de M. Danchet , fe lifoient
en lettres tranfparentes :
"
Qui nunc in lufus Cælum circumvolat ignis ,
Si tibi erunt hoftes , Gallia , fulmen erit.
Traduction L iij
#26 LE MERCURE
Traduction par M ...
France , fi ton bonheur bleffant tes envicux
A s'armer contre toi peut jamais les refoudre ,
Ces feux , dont tout l'éclat n'eſt que pour plaire
aux yeux ,
Dans les mains de ton Roy fe changeront en
foudre .
Quantité de fufées d'honneur furent
d'abord tirées deux à deux : après quoi les
fens furent furpris de voir fe former ſubitement
une allée de gerbes ou fontaines
de feu , qui placées dans l'intervalle de chaque
arbre , & s'élevant à la hauteur de plus
de quarante pieds , furpaffoient de beaucoup
le fommet des arbres de l'allée ; à la
quelle fucceda une feconde allée en berceau,
& enfin une troifiéme après celle- cy, pareille
à la premiere. Alors la fontaine de l'Arc
de triomphe forma deux napes de feu
& l'on vit la bordure du diftique , lancer
à plus de quarante pieds , tout au tour un
nombre infini de rayons étincelans. Enfuite
on fit jouer les pots à feu & les
caiffes en très grande quantité. Ce premier
feu fe termina par une girande * des
plus magnifiques .
·
* On apelle girande , un amas prodigieux de toutes
fortes d'artifices.
N'oublions
DE SEPTEMBRE. 127
N'oublions pas les deux Ifs , qui terminoient
les côtez de l'Arc de triomphe ,
élevez de plus de trente pieds , & figurez
par des lampions & des terrines , où aboutiffoient
les deux contrallées d'arbres , entre
lesquels on avoit fufpendu fur toute la
longueur , des groffes lampes , qui formoient
des espéces de girandoles.
Le Roy vint enfuite avec toute la Cour
dans le veftibule , pour voir ce qui devoit
fe paffer dans les jardins bas , à la tête du
grand baifin. Le fauteuil de S. M. étoit'
placé fous la principale Porte du Château .'
Cette fuperbe & ingenieufe décoration
confiftoit dans un grand Portique , formé
par cinq arcades , dont celle du milieu dominoit
fur les autres ; elles étoient ſeparées
par des pilaftres , terminez par une
corniche , fur laquelle on voyoit des girandoles
d'illumination , precifément audeffus
de chaque pilaftre. Cinq piramides
occupoient les intervalles fous les arcades,
les quatre des côtez étoient dormantes à
l'ordinaire , mais celle du milieu avoit toutes
les dimenfions d'un cône , fes lumieres.
étoient difpofées en ligne fpirale , elle
tournoit continuellement fur un pivot , &
fembloit faire fortir une clarté des plus
brillantes de la terre , qui fe perdoit dans
les airs . Tout ce Portique étoit éclairé
par des falots.
L iiij U₁
128 LE MIERCURE
Un double rang de terrines formait
une allée depuis le Château jufqu'au grand
baffin , lequel en étoit auffi bordé par un
double rang. Il étoit encore entouré de
groffes gerbes de feu qui s'éleverent tout
d'un coup , dans le moment que le Roy
parut. Enfuite on fit jouer une très grande
quantité d'artifice d'eau , qui fe mêloit
avec celle du baffin , & qui fembloit en
fortir avec plus de force & de vehemence.
Pour dernier Spectacle on avoit placé
entre le Château & le baffin une aigrette.
d'artifice , compofée de pots à feu , qui
partirent tout à la fois , & firent place à
une très-grande giran le plus forte encore
que celle du dernier feu , qui termina
cette fuperbe Fête.
Elle a été deffinée & conduite par M.
Berin , Deffinateur ordinaire du Cabinet
& de la Chambre du Roy. Tout l'artifice
a été executé fous les ordres par le fieur
Morel , Artificier du Roy.
Le Roy n'a jamais paru fi content ni
fi charmé ; I le témoigna à pluſieurs
repriſes à M. le Duc da Bourbon . Sa
Majefté s'amufa encore environ trois
quarts d'heure à jouer au Pharaon ,
avec les Princes , Princeffes , Seigneurs &
Dames de la Cour. Le Marquis d'Entrague
tailloit. Aprés le jeu le Roy tira quel
ques poignées de Louis d'or qu'il Îaiſſa
fuc
DE SEPTEMBRE 1.29
fur la table pour les Cartes ; & ayant
encore voulu fe promener pour voir l'illumination
, dont il ne pouvoit fe laffer ,
S. M. s'en retourna un quart d'heure après,
avec tout fon cortege, reconduite par M. le
Duc de Bourbon , qui d'abord que le Roy
fut rentré au Palais des Thuilleries , monta
dans une Chaife de Pofte pour revenir à
Vanvre , où il devoit y avoir un grand
fouper . En effet , deux tables de 20 souverts
chacune y furent fervies avec toute
la delicateffe imaginable . Madame la
Ducheffe faifoit les honneurs de la
premiere
, & M. le Duc de la feconde . C'étoient
les mêmes tables fous les tentes ,
avec le grand buffet entre deux , qui
avoient fervi aux collations dans le Jardin .
Depuis Farrivée du Roy jufqu'à ſon
départ , on ſervit encore plufieurs tables ,
outre celles des Princes & des Seigneurs ,
pour les Pages , les Gardes du Roy , &
pour les Gens de l'Equipage de S. M.
Après les Feux d'artifice les yeux ne
furent plus occupez qu'à voir la regularité
ingenieufe & brillante de l'illumination
du Bâtiment & des Jardins , qui faifoit
un effet merveilleux pendant la plus
belle nuit du monde : elle éclairoit le
Dôme des Invalides & toute la plaine de
Grenelle , qui étoit prefque couverte de
caroffes & éblouiffoit les yeux de plu-
"
fieurs
130 LE MERCURE
fieurs milliers de perfonnes accouruës de
toutes parts & répandues aux environs.
M. d'Eftin Contrôleur des Mailon &
'Affaires de M. le Duc de Bourbon , étoit
chargé generalement de tout le détail immenfe
de ce fuperbe Regal , où le bon
goût , la delicateffe & la profufion ont
également regné , fans qu'il loit arrivé la
moindre confufion , ni le moindre accident.
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