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4601
p. 185-189
« L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE a donné dans la nouvelle [...] »
Début :
L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE a donné dans la nouvelle [...]
Mots clefs :
Théâtre, Opéra, Public, Voix, Rôle, Cour, Exécuter
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texteReconnaissance textuelle : « L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE a donné dans la nouvelle [...] »
L'ACADÉMIE ROYALE DE
MUSIQUE a donné dans la nouvelle
Salle , le Mardi 24 Janvier , la première
Repréſentation de Castor & Pollux ,
Tragédie - Opéra ; Poëme de M. BERNARD
, Muſique de M. RAMEAU.
Cet Opéra avoit été donné pour la
première fois le 24 Octobre 1737 , &
repris en Janvier 1764. Nous ne nous arrêterons
pas à parler du fond de cet Ouvrage,
dont le Public vient de ſentir encore
le mérite & de le marquer nonſeulement
par des applaudiſſemens
mais par fon affluence. * Nous rendrons
compte de l'exécution & de la pompe
de ſon Spectacle. La diſtribution des
rôles eſt la même qu'elle étoit à la
* Les cing premières Repréſentations ont produit
20800 liv.
186 MERCURE DE FRANCE.
Cour ( * excepté le rôle de Caftor exécuté
à Paris par M. PILLOT avec le feu
& l'intelligence d'Acteur. Jamais l'intéreffante
Mlle ARNOULD ne l'a été davantage
pour le Public. Indépendam -
ment des grâces , du ſentiment réglé
par l'intelligence la plus juſte , il ſemble
que fur ce nouveau Théâtre , ſa voix
ait pris de nouvelles forces , plus de
volume & plus de rondeur qu'elle n'en
avoit. Il eſt conſtamment éprouvé qu'à
quelque diſtance qu'elle y chante , non
feulement on ne perd aucune partie de
ſes ſons , mais encore des paroles de
fon rôle. Ce dernier effet eſt ſans doute
le fruit de l'art d'articuler , mérite qui
double celui de toutes les voix : mais on
peut aſſurer que dans cette Salle le fon
eſt en général repercuté plus diftincte .
ment que dans toute autre. Nous
croyons que ce Théâtre a un avantage
particulier , bien favorable à la vérité
des actions , c'eſt d'être plus ſonore audelà
de l'avant-Scène que ſous le plafond
qui la couvre. Nous avons déja
dit que dans le rôle de JupiterM. LARRIVÉE
étoit très-bien entendu à-peuprès
à 70 pieds de diſtance. Nous ré-
*V. dans les précédens Mercures l'Article des
Spectacles de la Cour à Fontainebleau.
FEVRIER. 1764. 187
avec lefeu
,
Jamais
l'ince
D ne l'a été da
ic. Indépendamdu
fentiment
réglé
plus juſte , ilſemble
u Théâtre , ſa voix
elles forces plus de
- rondeur qu'elle n'en
tamment éprouvéqu'
qu'elle y chante , non
e perd aucune partiede
encore des paroles de
ernier effet eſtfansdoute
= d'articuler , mérite qui
etoutes les voix : mais on
De dans cette Salle le fon
repercuté plus distincte. dans
toute
autre
. Nous ce Théâtre
a un avantage en favorable
à la vérité 'eſt d'être
plus fonore
au -Scène
que ſous le pla uvre. Nous
avons
dép rôlede Jupiter
M. LAR- ès- bien
entendu
à-peu- s de diſtance
. Nous
ré
cédens
Mercures
l'Article
des
ir àFontainebleau
.
pétons d'autant plus volontiers cette
vérité , qu'elle ne peut être imputée à
une illufion officieuſe , puiſque nous
en avons pour garants l'impreſſion &
le témoignage général de tous les Auditeurs
. Mlle LARRIVÉE a donné des
preuves très-agréables au Public de fon
zéle, en chantant les airs des divertiſſemens
de cet Opéra. On paroît auffi
très content de la manière dont M.
GELIN rend le rôle de Pollux. Mlle
CHEVALIER remplit très-bien leRôle
de Phébé, ainſi quelle avoit fait à la
Cour.
M. DUPAR , nouvelle Hautecontre ,
a débuté à la troifiéme repréſentation
par l'Ariette du ſecond Acte , Eclatez ,
fières trompettes , &c. & par le rôle de
Mercure. Le fon de ſa voix paroît agréable&
d'un volume ſuffifant. Il fournit
aux tons les plus hauts & fans héſiter.
Les agrémens du chant font bien exécutés
; on lui trouve de la netteté dans
la prononciation , beaucoup de juſteſſe
& d'oreille. Enfin on a lieu d'en eſpérer
favorablement , lorſque l'uſage du
Théâtre & des foins auront formé fon
maintien & fon jeu. On croit que l'ons
entendra encore d'autres Débutans dans
188 MERCURE DE FRANCE.
ce même genre de voix ſur lequel il
paroît que l'on prend toutes les meſures
poffibles pour fatisfaire le Public.
Les Ballets , par M. LANI , Maître
des Ballets de l'Opéra , font bien deffinés
, convenablement caractériſés &
produiſent ſur ce grand Théâtre uneffet
bien plus avantageux que ſur l'ancien.
Mlle LANI danſe dans les Ombres
heureuſes du quatriéme Acte & dans
l'Entrée de Génies qui préſident aux
Planettes . Nous croyons que tout éloge
feroit fuperflu ; la nommer , c'eſt indiquer
ſuffisamment l'admiration du Public.&
la fupériorité du Sujet qui l'occafionne
. Mlle ALLARD danſe au premierActe
en Spartiate & dans le Pas de
Trois en Furie, au quatrième Acte. Au
gré des Connoiffeurs , cette Danſeuſe
exécute dans cet Opéra les choſes les
plus fortes de fon art& d'une manière
dont à peine on conçoit les moyens.
Mlle VESTRIS , en Hébé , danſe l'enchantement
au troiſiéme Acte , & dans
les Planettes au cinquiéme. Mlle LYONNOIS
dans l'Entrée des Furies avec
Mlle ALLARD & M. BEAT . Le Pas des
Gladiateurs eft exécuté par MM. LANI
& GARDEL au premier Acte , & celui
NCE FEVRIER. 1764. 189
Tur lea
ares les mesufaire
le Public
LANT
Maître
, font bien deff
ent caractérisés
&
rand Theatre
un ef
tageux que ſur l'andes
Lutteurs par MM . LAVAL, LYONNOIS
, HIACINTE & ROGIER .
M. GARDEL danſe avec beaucoup
de ſuccès au cinquiéme Acte , ſous la
forme du Génie qui préſide au Soleil, ce
que M. VESTRIS danſoit à la Cour
dans le même Opéra . Mlle GUIMARD
exécute pluſieurs Pas de Deux avec M.
CAMPIONI au premier Acte & avec
Mlle LECLERC dans les trois autres,
MUSIQUE a donné dans la nouvelle
Salle , le Mardi 24 Janvier , la première
Repréſentation de Castor & Pollux ,
Tragédie - Opéra ; Poëme de M. BERNARD
, Muſique de M. RAMEAU.
Cet Opéra avoit été donné pour la
première fois le 24 Octobre 1737 , &
repris en Janvier 1764. Nous ne nous arrêterons
pas à parler du fond de cet Ouvrage,
dont le Public vient de ſentir encore
le mérite & de le marquer nonſeulement
par des applaudiſſemens
mais par fon affluence. * Nous rendrons
compte de l'exécution & de la pompe
de ſon Spectacle. La diſtribution des
rôles eſt la même qu'elle étoit à la
* Les cing premières Repréſentations ont produit
20800 liv.
186 MERCURE DE FRANCE.
Cour ( * excepté le rôle de Caftor exécuté
à Paris par M. PILLOT avec le feu
& l'intelligence d'Acteur. Jamais l'intéreffante
Mlle ARNOULD ne l'a été davantage
pour le Public. Indépendam -
ment des grâces , du ſentiment réglé
par l'intelligence la plus juſte , il ſemble
que fur ce nouveau Théâtre , ſa voix
ait pris de nouvelles forces , plus de
volume & plus de rondeur qu'elle n'en
avoit. Il eſt conſtamment éprouvé qu'à
quelque diſtance qu'elle y chante , non
feulement on ne perd aucune partie de
ſes ſons , mais encore des paroles de
fon rôle. Ce dernier effet eſt ſans doute
le fruit de l'art d'articuler , mérite qui
double celui de toutes les voix : mais on
peut aſſurer que dans cette Salle le fon
eſt en général repercuté plus diftincte .
ment que dans toute autre. Nous
croyons que ce Théâtre a un avantage
particulier , bien favorable à la vérité
des actions , c'eſt d'être plus ſonore audelà
de l'avant-Scène que ſous le plafond
qui la couvre. Nous avons déja
dit que dans le rôle de JupiterM. LARRIVÉE
étoit très-bien entendu à-peuprès
à 70 pieds de diſtance. Nous ré-
*V. dans les précédens Mercures l'Article des
Spectacles de la Cour à Fontainebleau.
FEVRIER. 1764. 187
avec lefeu
,
Jamais
l'ince
D ne l'a été da
ic. Indépendamdu
fentiment
réglé
plus juſte , ilſemble
u Théâtre , ſa voix
elles forces plus de
- rondeur qu'elle n'en
tamment éprouvéqu'
qu'elle y chante , non
e perd aucune partiede
encore des paroles de
ernier effet eſtfansdoute
= d'articuler , mérite qui
etoutes les voix : mais on
De dans cette Salle le fon
repercuté plus distincte. dans
toute
autre
. Nous ce Théâtre
a un avantage en favorable
à la vérité 'eſt d'être
plus fonore
au -Scène
que ſous le pla uvre. Nous
avons
dép rôlede Jupiter
M. LAR- ès- bien
entendu
à-peu- s de diſtance
. Nous
ré
cédens
Mercures
l'Article
des
ir àFontainebleau
.
pétons d'autant plus volontiers cette
vérité , qu'elle ne peut être imputée à
une illufion officieuſe , puiſque nous
en avons pour garants l'impreſſion &
le témoignage général de tous les Auditeurs
. Mlle LARRIVÉE a donné des
preuves très-agréables au Public de fon
zéle, en chantant les airs des divertiſſemens
de cet Opéra. On paroît auffi
très content de la manière dont M.
GELIN rend le rôle de Pollux. Mlle
CHEVALIER remplit très-bien leRôle
de Phébé, ainſi quelle avoit fait à la
Cour.
M. DUPAR , nouvelle Hautecontre ,
a débuté à la troifiéme repréſentation
par l'Ariette du ſecond Acte , Eclatez ,
fières trompettes , &c. & par le rôle de
Mercure. Le fon de ſa voix paroît agréable&
d'un volume ſuffifant. Il fournit
aux tons les plus hauts & fans héſiter.
Les agrémens du chant font bien exécutés
; on lui trouve de la netteté dans
la prononciation , beaucoup de juſteſſe
& d'oreille. Enfin on a lieu d'en eſpérer
favorablement , lorſque l'uſage du
Théâtre & des foins auront formé fon
maintien & fon jeu. On croit que l'ons
entendra encore d'autres Débutans dans
188 MERCURE DE FRANCE.
ce même genre de voix ſur lequel il
paroît que l'on prend toutes les meſures
poffibles pour fatisfaire le Public.
Les Ballets , par M. LANI , Maître
des Ballets de l'Opéra , font bien deffinés
, convenablement caractériſés &
produiſent ſur ce grand Théâtre uneffet
bien plus avantageux que ſur l'ancien.
Mlle LANI danſe dans les Ombres
heureuſes du quatriéme Acte & dans
l'Entrée de Génies qui préſident aux
Planettes . Nous croyons que tout éloge
feroit fuperflu ; la nommer , c'eſt indiquer
ſuffisamment l'admiration du Public.&
la fupériorité du Sujet qui l'occafionne
. Mlle ALLARD danſe au premierActe
en Spartiate & dans le Pas de
Trois en Furie, au quatrième Acte. Au
gré des Connoiffeurs , cette Danſeuſe
exécute dans cet Opéra les choſes les
plus fortes de fon art& d'une manière
dont à peine on conçoit les moyens.
Mlle VESTRIS , en Hébé , danſe l'enchantement
au troiſiéme Acte , & dans
les Planettes au cinquiéme. Mlle LYONNOIS
dans l'Entrée des Furies avec
Mlle ALLARD & M. BEAT . Le Pas des
Gladiateurs eft exécuté par MM. LANI
& GARDEL au premier Acte , & celui
NCE FEVRIER. 1764. 189
Tur lea
ares les mesufaire
le Public
LANT
Maître
, font bien deff
ent caractérisés
&
rand Theatre
un ef
tageux que ſur l'andes
Lutteurs par MM . LAVAL, LYONNOIS
, HIACINTE & ROGIER .
M. GARDEL danſe avec beaucoup
de ſuccès au cinquiéme Acte , ſous la
forme du Génie qui préſide au Soleil, ce
que M. VESTRIS danſoit à la Cour
dans le même Opéra . Mlle GUIMARD
exécute pluſieurs Pas de Deux avec M.
CAMPIONI au premier Acte & avec
Mlle LECLERC dans les trois autres,
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Résumé : « L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE a donné dans la nouvelle [...] »
Le 24 janvier 1764, l'Académie Royale de Musique a présenté la première représentation de 'Castor et Pollux', une tragédie-opéra composée par Jean-Philippe Rameau sur un poème de Pierre-Jean-Baptiste Chabanon de Maulevon dit Bernard. Cet opéra avait déjà été joué pour la première fois le 24 octobre 1737 et repris en janvier 1764. Les cinq premières représentations ont généré 20 800 livres de recettes. La distribution des rôles était similaire à celle de la représentation précédente à Paris, à l'exception du rôle de Castor, interprété par M. Pillot. Mlle Arnould a particulièrement impressionné le public par son interprétation et sa voix, qui semblait plus puissante et claire dans la nouvelle salle. Cette salle offrait une acoustique favorable, permettant une meilleure réverbération des sons et une articulation distincte des paroles. M. Larivé, dans le rôle de Jupiter, a également été bien apprécié. Mlle Larivé a chanté les airs des divertissements, et M. Gelin a bien interprété le rôle de Pollux. Mlle Chevalier a rempli le rôle de Phébé avec succès. M. Dupar, une nouvelle haute-contre, a débuté lors de la troisième représentation et a été bien accueilli pour sa voix agréable et ses compétences vocales. Les ballets, chorégraphiés par M. Lani, étaient bien définis et mieux adaptés à la nouvelle salle. Plusieurs danseurs, dont Mlle Lani, Mlle Allard, Mlle Vestris, et Mlle Lyonnois, ont été salués pour leurs performances exceptionnelles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4602
p. 189-197
DÉCORATIONS du nouveau Théâtre.
Début :
Quelqu'étendue que nous ayent déja couté les détails de cet Article, plus intéressant [...]
Mots clefs :
Décorations, Décoration, Opéra, Théâtre, Acte, Palais, Architecture, Genre, Jupiter, Spectacle, Palais des Tuileries
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DÉCORATIONS du nouveau Théâtre.
DÉCORATIONS du nouveau Théâtre.
Quelqu'étendue que nous ayent déja
couté les détails de cet Article , plus intéreſſant
qu'à l'ordinaire par les circonſtances
, nous ne pourrions refufer
ſans injustice , de configner ici & d'apprendre
aux Lecteurs le ſuccès des foins
qu'on a pris pour la ſplendeur du Spectacle.
Le premier Acte offre à l'ouverture
du rideau un vaſte Palais , d'une belle
architecture , percé par des colonades
en point de côté. Cette décoration occupe
une grande partie de la fuperficie
du Théâtre dont elle annonce d'abord
affez avantageuſement l'étendue. En
effet diverſes évolutions & tous les évé
nemens de deux combats y ſont exécutés
par près de 80 hommes armés,ſans
embarras ,& les Tableaux en font toujours
distinctement apperçus dans l'ordre
naturel des vraiſemblances , par
ceque les eſpaces qui les environnens
font toujours aſſez vaſtes.
Les curieux voyent avec plaifir au
deuxiéme Acte , un de ces grands Monumens
funéraires de l'Antiquité ; où
l'on dépoſoit les Corps ou les Cendres
des Rois , & des Héros. On en apperçoit
l'intérieur par une vaſte ouverture qui
laiſſe voir, parmi d'autres, le Mauſolée de
Caſtor,au-deſſusduquel ſont ſuſpendues
des lampes ſépulcrales. On n'eſt pas
tombé dans l'erreur d'en faire un Catafalque
moderne. Les ornemens font
caractériſtiques ; ce lieu eſt environné
d'obéliſques , de pyramides ,&de Tombeaux.
Le tout eſt dans le vrai genre de
l'Antique , & d'un fort bon Ton de
couleur. Des perſonnages , couverts de
grands voiles de deuil ,pleurans ſur ce
Tombeau & tout le reſte de la Pompe
funébre, ajoutent à la vérité de l'image,
analogue aux admirables morceaux
de muſique que tout le monde connoît.
L'intérieur du Palais de Jupiter enFEVRIER
. 1764. Ign 1
vironné de toute ſa gloire , au troifiéme
Acte , est d'autant plus impoſant
qu'il laiſſe voir prèſque toute la grandeur
de ce Théâtre. Le Péryſtile du
Temple de ce Dieu , qui précéde l'ouverture
de cette décoration , a pour les
connoiffeurs le mérite de la compofition&
de l'execution d'unTableau d'Architecture.
Ils donnent en même tems
de juſtes éloges à la maniére dont eſt
traitée la Cavernne , qui ſert d'entrée
aux Enfers, au quatriéme Acte. Ce qui
plaît , ou plutôt , ce qui enchante généralement
tous les yeux , eſt la décoration
qui ſuit immédiatement celle-ci ,
pour repréſenter les Champs Elyſées . Il
n'eſt pas poſſible au Génie pittoreſque
de mieux réaliſer le Génie Poëtique
que l'on a fait en cette occaſion. L'image
que l'on y donne,du ſéjour délicieux
des ombres , eſt le plus beau choix de
la nature , c'eſt en même temps plus que
la nature ; dans le charme des effets.
L'oeil ſe promene , perce dans les allées
& fur les bords du Léthé. La vue
s'y repoſe ; elle y fixe , pour ainſi dire
l'âme par une volupté penſible , dont
rien ne trouble la douceur. Une gradation
bien ménagée , une entente heureuſe
des lumières , une fraîcheur ſuave
,
192 MERCURE DE FRANCE.
dans le coloris , tout donne à cette décoration
, le vrai , le fini , & le précieux
du plus agréable Tableau de Païfage
peint ſur le chevalet. Si cette précédente
décoration raſſemble tout ce
qu'on peut imaginer d'agrémens dans
l'ordre de la nature , celle qui termine
l'Opéra ,fait voir , par un effort ſupérieur
de l'Art , tout ce que l'imagination pourroit
ſe peindre dans l'ordre ſurnaturel
des merveilles .
Elle repréſente , au milieu des Airs , un
Palais iſolé de Jupiter , d'une Architecture
légère , foutenu fur des nuages. Il
communique par des galleries aux (pavillons
des Génies qui préfident aux Planettes
, déſignés par les attributs de ces
Divinités; celui de Jupiter , couronné
d'une coupole élégante & riche eſt défigné
par les Aigles. On voit au-delà une
partie du Zodiaque où ſont les deux Jumeaux
nouvellement inſtallés. Le globe
du Soleil y parcourt ſa carrière . Indépendamment
des attributs, on a fort ingénieufement
exprimé le Phyſique des
Planettes , par la ſuppoſition de globes
lumineux , placés dans chaque Pavillon,
dont les émiſſions rayonnantes paſſent
à travers les entre-colonnes . Un feul ,
qui fait fond au Pavillon de Jupiter ,
eft
FEVRIER. 1764. 193
eſt vû de face & en plein . Une chaleur,
un feu vaporeux , régne tellement dans
cette décoration , que tout eſt lumière
, & qu'il ſemble que la couleur
en ſoit la cauſe première. L'ordonnance
des parties d'Architecture eſt élégante
, noble & céleste. La matière paroît
en être de lapis ſurhauffé d'or. Mais
plutôt , par un preſtige fingulier la matière
s'y diftingue à peine , tout y eſt
fondu & tout y eſt diſtinct , en forte que
dans ce brillant enſemble on ne voit ,
on ne fent que la Divinité dont on peint
le ſéjour. Par un effet étonnant , les
rayons des globes lumineux ſemblent
abfolument diaphanes ſur des fonds de
la matière la plus opaque . En un mot ,
toute cette décoration peut être regardée
comme une forte de magie qui ne
doit ſes preſtiges qu'aux propres forces
de l'art. Nous n'avons encore rien vû
d'auffi neuf en ce genre au Théâtre
ſans qu'on ait employé aucuns de ces
fecours étrangers à la Peinture, qui doivent
toujours être dédaignés par les
Artiſtes dans les imitations d'un
grand genre . On ſera moins furpris de
ce que nous rapportons ici de ces deux
décorations , quand on ſçaura que le
célébre M. BOUCHER prèſque toujours
I
194 MERCURE DE FRANCE .
inſpiré par le génie & guidé par
le goût , s'eſt prêté à en donner
l'idée , & qu'elles ont été exécutées
ſur ſes deſſeins par d'habiles Artiſtes
qui ont déja donné des preuves de
leurs talens. Ils ont tellement ſaiſi
la penſée & même la manière de ce
grand Maître , qu'on diroit que ſa main
&fon eſprit ont conduit leurs pinceaux.
C'eſt une fatisfaction pour les
Amateurs de voir renaître & perfectionner
en France un genre qui paroifſoit
devoir, après le fameux Servandoni,
retomber dans la barbarie d'où il l'avoit
tiré. Ces deux principales décorations
ne doivent pas faire négliger le
mérite d'une autre qui précéde la grande
décoration de la fin& qui repréſente
les dehors de la Ville de Sparte avec
un Arc de Triomphe. Le ſeul rideau du
fond eſt pour les Connoiffeurs une
preuve du talent le plus diftingué ; la
compofition & l'exécution font , ainſi
que toutes les autres décorations de l'Opéra
, des mêmes Artiſtes qui ont peint
* M. Baudon a peint les Champs Elysées & la
Caverne de l'Enfer , MM. Canot & Lallemand la
Décoration de l'Olympe du cinquiéme Acte. Le
Rideau des dehors de la Ville de Sparte eſt encore
de M. Baudon .
FEVRIER . 1764. 195
d'après M. Boucher , les Champs Elyfées
& la derniere décoration .
En conſidérant le nombre & la
richeſſe des habillemens ; en y joignant
le détail que nous venons de faire des
décorations, dans le nombre deſquelles
deux ſeulement * ne ſont pas entièrement
neuves,mais réparées & augmenrées
relativement aux nouvelles proportions
; on ne peut refuſer de juſtes
Eloges au zèle & a l'attention des Directeurs
de ce Spectacle , qui doit faire
la gloire de la Nation, mais où tous
les genres de dépenſes vont ſe trouver
confidérablement multipliés.
On doit remettre l'Opéra de Titon &
l'Aurore , le Jeudi 9 du préſent mois
de Février . Onle continuera les Jeudis
de chaque ſemaine.
La nuit du deux au trois de ce mois
on donna le premier Bal , dans la nouvelle
Salle qui a été univerſellement admirée.
En décrivant celle de l'Opéra ,
nous avons décrit plus haut celle-ci qui
eſt une répétition entiére &exacte des
trois rangs de Loges ſur le Théâtre , depuis
les Balcons qui forment la Partie
du milieu & dans lesquels ſont établis
*Celle du premier Alte & celle du troifiéme..
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
**
des Buffets vis-à-vis de grands trumeaux
de glaces . Les deux extrémités
de la Salle font ceintrées uniformément.
Sur le Plafond, qui eſt continué , ſont répétés
les mêmes compartimens & il eſt
terminé par une coupole,pareille à celle
du deffus de l'Amphiteâtre. La Salle , en
totalité, eſt plus longue & plus large qu'à
l'ancienOpéra.Celle - ci a d'une extrémité
à l'autre environ 80 pieds dans oeuvre
& 28 a 30 de largeur. Les proportions
en font d'un effet fatisfaiſantau premier
coup d'oeil. Sa régularité & l'uniformité
des Ornemens des Loges , lui donnent
en même tems une nobleſſe & un éclat
dont il paroît que tout le monde convient.
Nous ne rappellons pas ici les
commodités & les agrémens que procurent
les parties extérieures, dont nous
avons parlé dans l'Article de la Salle
d'Opéra , & dont la néceſſité dans
celle-ci , en fait encore mieux fentir
tous les avantages.
:
Elle est éclairée par une quantité
confidérable de fort beaux Luftres &
Girandoles de Criſtal.
,
Le Roi ayant bien voulu favoriſer la
commodité du Public juſqu'à permettre
la même liberté de paſſage ,
indiſtinctement dans toutes les Cours ,
FEVRIER. 1764 . 197
tant
du Palais des Thuileries , que dans les
rues de la Ville , on arrive à toutes les
heures , dans toute eſpéce de Voitures ,
Carroffes de Place , comme autres ,
à l'Opéra qu'au Bal. On peut dans
tel temps de la nuit que ce fait , faire
avancer en ſortant un Carroſſe de Place .
juſques a la Porte de la Salle , moyennant
une marque qu'on délivre à ceux
qui en demandent.
Ces Salles pour l'Opéra & pour le
Bal , ont été ainſi diſpoſées dans celle
des Thuileries , avec les aſſujettiſſemens
preſcrits, par les ſoins de M. GABRIEL,
premier Architecte du ROI , concertés
avec M. SoUFFLOT , Contrôleur des
Bâtimens pour ce Palais ,& fous fa conduite.
M. GIRAULD, Ingénieur Machiniſte
de l'Académie Royale de Muſique , &
des Menus Plaiſirs du Roi , a donné de
nouvelles preuves , en cette occafion ,
de ſes talens & de fa grande intelligence.
Aucuns des mouvemens , fi compliqués
, n'ayant manqué leur jeu dès la
première repréſentation , & le changement
fingulier de la Salle de Spectacle
en celle de Bal , s'opérant en moins de
trois heures.
Quelqu'étendue que nous ayent déja
couté les détails de cet Article , plus intéreſſant
qu'à l'ordinaire par les circonſtances
, nous ne pourrions refufer
ſans injustice , de configner ici & d'apprendre
aux Lecteurs le ſuccès des foins
qu'on a pris pour la ſplendeur du Spectacle.
Le premier Acte offre à l'ouverture
du rideau un vaſte Palais , d'une belle
architecture , percé par des colonades
en point de côté. Cette décoration occupe
une grande partie de la fuperficie
du Théâtre dont elle annonce d'abord
affez avantageuſement l'étendue. En
effet diverſes évolutions & tous les évé
nemens de deux combats y ſont exécutés
par près de 80 hommes armés,ſans
embarras ,& les Tableaux en font toujours
distinctement apperçus dans l'ordre
naturel des vraiſemblances , par
ceque les eſpaces qui les environnens
font toujours aſſez vaſtes.
Les curieux voyent avec plaifir au
deuxiéme Acte , un de ces grands Monumens
funéraires de l'Antiquité ; où
l'on dépoſoit les Corps ou les Cendres
des Rois , & des Héros. On en apperçoit
l'intérieur par une vaſte ouverture qui
laiſſe voir, parmi d'autres, le Mauſolée de
Caſtor,au-deſſusduquel ſont ſuſpendues
des lampes ſépulcrales. On n'eſt pas
tombé dans l'erreur d'en faire un Catafalque
moderne. Les ornemens font
caractériſtiques ; ce lieu eſt environné
d'obéliſques , de pyramides ,&de Tombeaux.
Le tout eſt dans le vrai genre de
l'Antique , & d'un fort bon Ton de
couleur. Des perſonnages , couverts de
grands voiles de deuil ,pleurans ſur ce
Tombeau & tout le reſte de la Pompe
funébre, ajoutent à la vérité de l'image,
analogue aux admirables morceaux
de muſique que tout le monde connoît.
L'intérieur du Palais de Jupiter enFEVRIER
. 1764. Ign 1
vironné de toute ſa gloire , au troifiéme
Acte , est d'autant plus impoſant
qu'il laiſſe voir prèſque toute la grandeur
de ce Théâtre. Le Péryſtile du
Temple de ce Dieu , qui précéde l'ouverture
de cette décoration , a pour les
connoiffeurs le mérite de la compofition&
de l'execution d'unTableau d'Architecture.
Ils donnent en même tems
de juſtes éloges à la maniére dont eſt
traitée la Cavernne , qui ſert d'entrée
aux Enfers, au quatriéme Acte. Ce qui
plaît , ou plutôt , ce qui enchante généralement
tous les yeux , eſt la décoration
qui ſuit immédiatement celle-ci ,
pour repréſenter les Champs Elyſées . Il
n'eſt pas poſſible au Génie pittoreſque
de mieux réaliſer le Génie Poëtique
que l'on a fait en cette occaſion. L'image
que l'on y donne,du ſéjour délicieux
des ombres , eſt le plus beau choix de
la nature , c'eſt en même temps plus que
la nature ; dans le charme des effets.
L'oeil ſe promene , perce dans les allées
& fur les bords du Léthé. La vue
s'y repoſe ; elle y fixe , pour ainſi dire
l'âme par une volupté penſible , dont
rien ne trouble la douceur. Une gradation
bien ménagée , une entente heureuſe
des lumières , une fraîcheur ſuave
,
192 MERCURE DE FRANCE.
dans le coloris , tout donne à cette décoration
, le vrai , le fini , & le précieux
du plus agréable Tableau de Païfage
peint ſur le chevalet. Si cette précédente
décoration raſſemble tout ce
qu'on peut imaginer d'agrémens dans
l'ordre de la nature , celle qui termine
l'Opéra ,fait voir , par un effort ſupérieur
de l'Art , tout ce que l'imagination pourroit
ſe peindre dans l'ordre ſurnaturel
des merveilles .
Elle repréſente , au milieu des Airs , un
Palais iſolé de Jupiter , d'une Architecture
légère , foutenu fur des nuages. Il
communique par des galleries aux (pavillons
des Génies qui préfident aux Planettes
, déſignés par les attributs de ces
Divinités; celui de Jupiter , couronné
d'une coupole élégante & riche eſt défigné
par les Aigles. On voit au-delà une
partie du Zodiaque où ſont les deux Jumeaux
nouvellement inſtallés. Le globe
du Soleil y parcourt ſa carrière . Indépendamment
des attributs, on a fort ingénieufement
exprimé le Phyſique des
Planettes , par la ſuppoſition de globes
lumineux , placés dans chaque Pavillon,
dont les émiſſions rayonnantes paſſent
à travers les entre-colonnes . Un feul ,
qui fait fond au Pavillon de Jupiter ,
eft
FEVRIER. 1764. 193
eſt vû de face & en plein . Une chaleur,
un feu vaporeux , régne tellement dans
cette décoration , que tout eſt lumière
, & qu'il ſemble que la couleur
en ſoit la cauſe première. L'ordonnance
des parties d'Architecture eſt élégante
, noble & céleste. La matière paroît
en être de lapis ſurhauffé d'or. Mais
plutôt , par un preſtige fingulier la matière
s'y diftingue à peine , tout y eſt
fondu & tout y eſt diſtinct , en forte que
dans ce brillant enſemble on ne voit ,
on ne fent que la Divinité dont on peint
le ſéjour. Par un effet étonnant , les
rayons des globes lumineux ſemblent
abfolument diaphanes ſur des fonds de
la matière la plus opaque . En un mot ,
toute cette décoration peut être regardée
comme une forte de magie qui ne
doit ſes preſtiges qu'aux propres forces
de l'art. Nous n'avons encore rien vû
d'auffi neuf en ce genre au Théâtre
ſans qu'on ait employé aucuns de ces
fecours étrangers à la Peinture, qui doivent
toujours être dédaignés par les
Artiſtes dans les imitations d'un
grand genre . On ſera moins furpris de
ce que nous rapportons ici de ces deux
décorations , quand on ſçaura que le
célébre M. BOUCHER prèſque toujours
I
194 MERCURE DE FRANCE .
inſpiré par le génie & guidé par
le goût , s'eſt prêté à en donner
l'idée , & qu'elles ont été exécutées
ſur ſes deſſeins par d'habiles Artiſtes
qui ont déja donné des preuves de
leurs talens. Ils ont tellement ſaiſi
la penſée & même la manière de ce
grand Maître , qu'on diroit que ſa main
&fon eſprit ont conduit leurs pinceaux.
C'eſt une fatisfaction pour les
Amateurs de voir renaître & perfectionner
en France un genre qui paroifſoit
devoir, après le fameux Servandoni,
retomber dans la barbarie d'où il l'avoit
tiré. Ces deux principales décorations
ne doivent pas faire négliger le
mérite d'une autre qui précéde la grande
décoration de la fin& qui repréſente
les dehors de la Ville de Sparte avec
un Arc de Triomphe. Le ſeul rideau du
fond eſt pour les Connoiffeurs une
preuve du talent le plus diftingué ; la
compofition & l'exécution font , ainſi
que toutes les autres décorations de l'Opéra
, des mêmes Artiſtes qui ont peint
* M. Baudon a peint les Champs Elysées & la
Caverne de l'Enfer , MM. Canot & Lallemand la
Décoration de l'Olympe du cinquiéme Acte. Le
Rideau des dehors de la Ville de Sparte eſt encore
de M. Baudon .
FEVRIER . 1764. 195
d'après M. Boucher , les Champs Elyfées
& la derniere décoration .
En conſidérant le nombre & la
richeſſe des habillemens ; en y joignant
le détail que nous venons de faire des
décorations, dans le nombre deſquelles
deux ſeulement * ne ſont pas entièrement
neuves,mais réparées & augmenrées
relativement aux nouvelles proportions
; on ne peut refuſer de juſtes
Eloges au zèle & a l'attention des Directeurs
de ce Spectacle , qui doit faire
la gloire de la Nation, mais où tous
les genres de dépenſes vont ſe trouver
confidérablement multipliés.
On doit remettre l'Opéra de Titon &
l'Aurore , le Jeudi 9 du préſent mois
de Février . Onle continuera les Jeudis
de chaque ſemaine.
La nuit du deux au trois de ce mois
on donna le premier Bal , dans la nouvelle
Salle qui a été univerſellement admirée.
En décrivant celle de l'Opéra ,
nous avons décrit plus haut celle-ci qui
eſt une répétition entiére &exacte des
trois rangs de Loges ſur le Théâtre , depuis
les Balcons qui forment la Partie
du milieu & dans lesquels ſont établis
*Celle du premier Alte & celle du troifiéme..
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
**
des Buffets vis-à-vis de grands trumeaux
de glaces . Les deux extrémités
de la Salle font ceintrées uniformément.
Sur le Plafond, qui eſt continué , ſont répétés
les mêmes compartimens & il eſt
terminé par une coupole,pareille à celle
du deffus de l'Amphiteâtre. La Salle , en
totalité, eſt plus longue & plus large qu'à
l'ancienOpéra.Celle - ci a d'une extrémité
à l'autre environ 80 pieds dans oeuvre
& 28 a 30 de largeur. Les proportions
en font d'un effet fatisfaiſantau premier
coup d'oeil. Sa régularité & l'uniformité
des Ornemens des Loges , lui donnent
en même tems une nobleſſe & un éclat
dont il paroît que tout le monde convient.
Nous ne rappellons pas ici les
commodités & les agrémens que procurent
les parties extérieures, dont nous
avons parlé dans l'Article de la Salle
d'Opéra , & dont la néceſſité dans
celle-ci , en fait encore mieux fentir
tous les avantages.
:
Elle est éclairée par une quantité
confidérable de fort beaux Luftres &
Girandoles de Criſtal.
,
Le Roi ayant bien voulu favoriſer la
commodité du Public juſqu'à permettre
la même liberté de paſſage ,
indiſtinctement dans toutes les Cours ,
FEVRIER. 1764 . 197
tant
du Palais des Thuileries , que dans les
rues de la Ville , on arrive à toutes les
heures , dans toute eſpéce de Voitures ,
Carroffes de Place , comme autres ,
à l'Opéra qu'au Bal. On peut dans
tel temps de la nuit que ce fait , faire
avancer en ſortant un Carroſſe de Place .
juſques a la Porte de la Salle , moyennant
une marque qu'on délivre à ceux
qui en demandent.
Ces Salles pour l'Opéra & pour le
Bal , ont été ainſi diſpoſées dans celle
des Thuileries , avec les aſſujettiſſemens
preſcrits, par les ſoins de M. GABRIEL,
premier Architecte du ROI , concertés
avec M. SoUFFLOT , Contrôleur des
Bâtimens pour ce Palais ,& fous fa conduite.
M. GIRAULD, Ingénieur Machiniſte
de l'Académie Royale de Muſique , &
des Menus Plaiſirs du Roi , a donné de
nouvelles preuves , en cette occafion ,
de ſes talens & de fa grande intelligence.
Aucuns des mouvemens , fi compliqués
, n'ayant manqué leur jeu dès la
première repréſentation , & le changement
fingulier de la Salle de Spectacle
en celle de Bal , s'opérant en moins de
trois heures.
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Résumé : DÉCORATIONS du nouveau Théâtre.
En février 1764, des décorations somptueuses ont été réalisées pour un nouveau théâtre, l'Opéra et la salle de bal au Palais des Tuileries. Le théâtre se distingue par ses décors des cinq actes, conçus par M. Boucher et exécutés par des artistes talentueux. Le premier acte montre un palais avec des colonades, le deuxième un monument funéraire antique, le troisième l'intérieur du palais de Jupiter, le quatrième la caverne menant aux Enfers et les Champs Élysées, et le cinquième un palais de Jupiter dans les airs. Ces décors marquent un renouveau du genre en France. À l'Opéra, les décors notables incluent les Champs Élysées et la Caverne de l'Enfer, peints par M. Baudon, ainsi que la décoration de l'Olympe du cinquième acte, réalisée par MM. Canot et Lallemand. Le rideau représentant les dehors de la ville de Sparte est également l'œuvre de M. Baudon. La salle de bal, réplique de la salle de l'Opéra, dispose de trois rangs de loges et est éclairée par des lustres et girandoles de cristal. Les aménagements ont été supervisés par M. Gabriel, architecte du roi, et M. Girauld, ingénieur machiniste, assurant le bon fonctionnement des mécanismes permettant la transformation rapide de la salle de spectacle en salle de bal.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4603
p. 198-199
COMEDIE FRANÇOISE.
Début :
Mlle Fanier, dont nous avons annoncé le début dans le précédent Mercure [...]
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texteReconnaissance textuelle : COMEDIE FRANÇOISE.
COMEDIE FRANÇOISE.
Mlle Fanier, dont nous avons annoncé
le début dans le précédent Mercure
pour les rôles de Soubrette , l'a con-
tinué juſqu'à préſent dans différentes
Piéces.
Le 2 , on a repris les repréſentations de
Blanche & Guifcard, Tragédie nouvelle
de M. SAURIN , de l'Académie Fran-
çoiſe. Elle avoit été interrompue à la
troifiéme par le ſervice de la Cour à
Fontainebleau. Comme nous ne dou-
tons pas que cette Piéce ne ſoit im-
primée & que nous ne pourrions rap-
porter que de mémoire ,quelques détails
utiles à joindre à l'Analyſe de la Fable
& de la conduite, nous attendrons que
le Public ait la Piéce ſous les yeux , afin
que nos Lecteurs foient plus en état de
juger de la juſteſſede nos obſervations.
Le 30 du même mois on a donné la
premiere Repréſentation de l'Epreuve
indifcrette , Comédie en deux Actes &
en vers par M. BRET. Cette Piéce a été
applaudie. Elle paroît bien écrite , il
y a des ſcènes fort agréables & très-
bien jouées par M. MOLÉ , & par
M. PRÉVILLE. Quelques perſonnes
en avoient trouvé l'expoſition un peu
FEVRIER. 1764 .
199
trop forte pour l'étendue de l'action;
on a faitdes retranchemens avantageux.
Le Public a vû avec un plaifir très-vrai
& marquépar des applaudiſſemens ſon
Eléve,(Mlle DOLIGNI.)& ſa protégée,
chargée en premier d'un rôle convena-
ble à ſon âge & à ſes talens.
On rendra compte de cette nou-
veauté dans le prochain Mercure.
Le regret avec lequel nous avions an-
noncé la retraite de M. GRANDVAL ,
eſt garant du plaifir que nous avons à
publier fon retour au Théâtre. Il doit
jouer Lundi , 6du préſent mois de Fé-
vrier , dans le Misantrope. Nous inſtrui-
rons par la ſuite le Public du choix &
du genre des rôles dont ſera compoſé
l'emploi de cet Acteur à cette rentrée.
Il doit compter autant ſur la volonté
officieuſe du Public à ſon égard , quele
Public a lieu d'attendre toujours de ſes
talens de nouveaux plaiſirs & une nou-
velle fatisfaction.
Mlle Fanier, dont nous avons annoncé
le début dans le précédent Mercure
pour les rôles de Soubrette , l'a con-
tinué juſqu'à préſent dans différentes
Piéces.
Le 2 , on a repris les repréſentations de
Blanche & Guifcard, Tragédie nouvelle
de M. SAURIN , de l'Académie Fran-
çoiſe. Elle avoit été interrompue à la
troifiéme par le ſervice de la Cour à
Fontainebleau. Comme nous ne dou-
tons pas que cette Piéce ne ſoit im-
primée & que nous ne pourrions rap-
porter que de mémoire ,quelques détails
utiles à joindre à l'Analyſe de la Fable
& de la conduite, nous attendrons que
le Public ait la Piéce ſous les yeux , afin
que nos Lecteurs foient plus en état de
juger de la juſteſſede nos obſervations.
Le 30 du même mois on a donné la
premiere Repréſentation de l'Epreuve
indifcrette , Comédie en deux Actes &
en vers par M. BRET. Cette Piéce a été
applaudie. Elle paroît bien écrite , il
y a des ſcènes fort agréables & très-
bien jouées par M. MOLÉ , & par
M. PRÉVILLE. Quelques perſonnes
en avoient trouvé l'expoſition un peu
FEVRIER. 1764 .
199
trop forte pour l'étendue de l'action;
on a faitdes retranchemens avantageux.
Le Public a vû avec un plaifir très-vrai
& marquépar des applaudiſſemens ſon
Eléve,(Mlle DOLIGNI.)& ſa protégée,
chargée en premier d'un rôle convena-
ble à ſon âge & à ſes talens.
On rendra compte de cette nou-
veauté dans le prochain Mercure.
Le regret avec lequel nous avions an-
noncé la retraite de M. GRANDVAL ,
eſt garant du plaifir que nous avons à
publier fon retour au Théâtre. Il doit
jouer Lundi , 6du préſent mois de Fé-
vrier , dans le Misantrope. Nous inſtrui-
rons par la ſuite le Public du choix &
du genre des rôles dont ſera compoſé
l'emploi de cet Acteur à cette rentrée.
Il doit compter autant ſur la volonté
officieuſe du Public à ſon égard , quele
Public a lieu d'attendre toujours de ſes
talens de nouveaux plaiſirs & une nou-
velle fatisfaction.
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Résumé : COMEDIE FRANÇOISE.
En février 1764, plusieurs événements notables ont marqué le théâtre français. Mlle Fanier a interprété des rôles de soubrette dans diverses pièces. Le 2 février, la tragédie 'Blanche et Guifcard' de M. Saurin, membre de l'Académie Française, a repris après une interruption due au service de la Cour à Fontainebleau. La pièce n'étant pas encore imprimée, les critiques ont préféré attendre pour une analyse détaillée. Le 30 janvier, la comédie 'L'Épreuve indiscrète' de M. Bret a été jouée pour la première fois. Cette œuvre en deux actes et en vers a été bien reçue par le public, qui a particulièrement apprécié les performances de M. Molé et M. Préville. Certains spectateurs ont jugé l'exposition trop forte pour l'action, mais des coupures ont été effectuées pour améliorer la pièce. Mlle Doligni a également été applaudie pour son rôle adapté à son âge et à ses talents. Le retour de M. Grandval au théâtre a été annoncé avec enthousiasme. Il doit jouer dans 'Le Misantrope' le 6 février, et son retour est attendu avec impatience par le public.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4604
p. 199
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
ON a continué les Représentations du Sorcier. Elles ont été interrompues par [...]
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texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE.
ON a continué les Représentations du
Sorcier. Elles ont été interrompues par
l'indiſpoſition de quelques Acteurs.
ON a continué les Représentations du
Sorcier. Elles ont été interrompues par
l'indiſpoſition de quelques Acteurs.
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4605
p. *200-200
CONCERT SPIRITUEL Du 2 Février, Fête de la Purification.
Début :
LES deux Motets à grand Choeur qui ont été exécutés, étoient le Magnificat [...]
Mots clefs :
Motet, Voix, Chanter
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texteReconnaissance textuelle : CONCERT SPIRITUEL Du 2 Février, Fête de la Purification.
CONCERT SPIRITUEL
Du 2 Février, Fête de la Purification.
LES deux Motets à grand Choeur qui
ont été exécutés,
étoient le Magnificat
de M. BELLISSEN , & le Te Deum
de M. DAUVERGNE , Motet d'une
grande distinction & duquel nous
avons parlé dans ſa nouveauté. Mile
FEL, toujours la même pour la voix,
& pour le talent,a chanté un Motet à.
voix feule de M. le PETIT , qui a paru
être goûté. Mlle S. MARCEL , jeune
Sujet dont nous avons parlé à l'occafion
du précédent Concert , a chanté avec
applaudiſſement. M. GAVINIÉS , ſupé-
rieur aux Eloges,a exécuté un Concerto
de ſa compofition : ainſi que M. BALBA-TRE sur l'Orgue.
Du 2 Février, Fête de la Purification.
LES deux Motets à grand Choeur qui
ont été exécutés,
étoient le Magnificat
de M. BELLISSEN , & le Te Deum
de M. DAUVERGNE , Motet d'une
grande distinction & duquel nous
avons parlé dans ſa nouveauté. Mile
FEL, toujours la même pour la voix,
& pour le talent,a chanté un Motet à.
voix feule de M. le PETIT , qui a paru
être goûté. Mlle S. MARCEL , jeune
Sujet dont nous avons parlé à l'occafion
du précédent Concert , a chanté avec
applaudiſſement. M. GAVINIÉS , ſupé-
rieur aux Eloges,a exécuté un Concerto
de ſa compofition : ainſi que M. BALBA-TRE sur l'Orgue.
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Résumé : CONCERT SPIRITUEL Du 2 Février, Fête de la Purification.
Le concert spirituel du 2 février a présenté deux motets à grand chœur : le 'Magnificat' de Bellissen et le 'Te Deum' de Dauvergne. Mlle Fel a interprété un motet solo de Le Petit. Mlle Saint-Marcel a également chanté avec succès. Gaviniès a joué un concerto de sa composition, et Balbastre a exécuté une pièce à l'orgue.
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4606
p. 200-230
ELOGE Historique & Militaire de M. le Vicomte de BELSUNCE.
Début :
Nous avons annoncé dans le dernier Mercure, la mort de M. le Vicomte de BELSUNCE, nous eussions / DE toutes les passions qui élévent & échauffent le coeur de l'homme, la plus noble, la plus [...]
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texteReconnaissance textuelle : ELOGE Historique & Militaire de M. le Vicomte de BELSUNCE.
Nous avons annoncé dans le dernier Mercure, la
mort de M. le Vicomte de BELSUNCE, nous eussions
defiré étre alors en état de rendre àſa mémoire,
le tribut de louanges qui lui eft fi légitimement dû ;
& c'est avecgrand plaisir que nous faiſons part au
Public de cet Eloge qui vient de nous être envoyé.
FEVRIER . 1764.
201
ELOGE Historique & Militaire de
M. le Vicomte de BELSUNCE.
DE toutes les passions qui élévent & échauffent
le coeur de l'homme, la plus noble, la plus
pure , celle qui règne encore ſur le ſage l'orf-
qu'il a dompté toutes les autres , c'eſt la gloir e
où le déſir d'éxiſter honorablement dans l'o-
pinion d'autrui. Plus cette paſſion paroît s'éloi-
gner des premièrs appétits de nos ſens ,plus ſon
empire eſt vague & indéterminé , plus il faut
ſeconder ſes élans ambitieux , & aggrandir l'em--
pire de ſes chimères. Nul obstacle ne l'arrête ;
nulle crainte ne l'épouvante: mais elle s'indigne
qu'on lui préſcrive des limites ; car ſon Domaine
eſt le temps & l'eſpace , & la récompenſe l'immor
talité. Que feroit-ce donc , pour le cœur qu'elle
anime, que ce moment ſi court où nous occupons
une petite place dans ce vaſte univers ? Quel
frivoleeſpoirque celui d'une louange incertaine !
Que l'enthouſiaſme prodigue quelquefois ,mais
que l'envie ou l'intérêt particulier ſe hâtent de
corompre ! Quel prix pour la vertu , que ces
honneurs tant de fois profanés , & ces diſtin-
tions ſi ſouvent uſurpées ! La faveur eſt pour
ceux qui vivent , la réputation pour ceux qui ne
font plus. Le grand Homme n'eſt dignemeng
louéque par les regrets. Auſſi voyons-nous tou
tes les ſociétés , où la gloire eſt le ſentiment
dominant,s'attacher principalement à honorerla
mémoire de ceux de leurs Membres , dont la
mort les a privées. Cet uſage a peut-être con
Lv
202 MERCURE DE FRANCE .
tribué , plus que touteautre choſe , à foutenir la
ſplendeur des Académies ; on aime à les voir
commencer à louer lorſque la louangen'eſt plus
ſuſpecte ; il ſemble que ce ſoit là une éléction
nouvelle; &, d'autant plus flateuſe que lerang
qu'elle affigne s'étend à tous les Siécles! Le métier
des Armes regardé parmi nous comme leplus
noble de tous , ſeroit-il donc le ſeul fruſtré
de cet avantage ? Les vrais Amans de la gloire
feront-ils privés de ſes derniéres faveurs ? Et verra-
t-on mourir les plus braves Guerriers comme on
voit tomber tour-a-tour les Victimes deſtinées au
Sacrifice? Mais ſi les malheurs de la Guerre en-
durciſſent nos coœurs , & les accoutument au
Deuil, comment pourrons-nous contemplerd'un
œil indifférent le ſort d'un Officier diſtingué,
qui , après avoir deux fois verſe ſon ſang en
Allemagne , a traverſé les Mers pour chercher
un péril nouveau , ſous lequel il devoit enfin
fuccomber ? Sans douteune telle perte ne doit
pas trouver d'âme inſenſible. Mais c'eſt à l'amitié
a élever la voix pour rappeller aux Militaires le
ſouvenir d'unHomme qui fut leur compagnon ,
& leur ami , & les inviter à répandre encore
des larmes & des Aeurs ſur ſa tombe.
M. le Vicomte de Belſunce , Lieutenant Gé-
néral des Armées du Roi , & Gouverneur de S.
Domingue nâquit en 1720 , dans les Terres (a)
de ſon Père : Il y reçut cette éducation de la
(a) à Méharin en Béarn. Nousnedirons point
ici que M. de Belſunce , étoitforti d'une Maison
Illustre , qu'il étoit le vingtième Vicomte du méme
nomdePère enfils toutes ces chofesferontgravéesfur
des monumens ,nous n'écrivons ici que cequi doit
être gravé dans les cœurs.
FEVRIER . 1764.
203
première enfance, fi importante pour le reſte de
la vie , & pourtant ſi négligée parmi nous.
Placé en arrivant au monde dans ces contrée's
belliqueuſes qui ont vû naître Henry-le-Grand
il ne fut point accoutumé à ces ſoins trop em-
preſſes & toujours indiſcrèts , qui rendent les en-
fans également vains & foibles. Ses parens , pé-
nétrés des principes de l'ancienne Nobleſſe ,
croyoient qu'il falloit avant tout le rendre digne
de vivre , & que ſes jours ne ſeroient précieux
qu'autant qu'il pouroit les rendre utiles à ſa
Patrie. Ce fut donc dès lors qu'il acquit cette
force de tempérament , cette mâle vigueur qui
fait les bons Guerriers ; & cette aiſance , cette
grâce naturelle qui les rend aimables. S'il eſt
vrai que l'accorddes formes extérieures avec les
qualités de l'âme , ou , ſi l'on veut , de la figure
avec le caractère , produiſe cet enſemble , cette
harmonie d'où réſulte la principale beauté , nous
nedevons pas être ſurpris que M. de Belfunce
aitpoſſédé fingulièrement ledonde plaire &de
prévenir en ſa faveur. Sa démarche étoit auſſi
noble & auſſi franche que ſes manières , & ladou-
ceur de ſes mœurs ſe faiſoit ſentir dans toute fa
perfonne. Il aima paſſionnément les éxercices du
corps, fur-tout ceux qui demandent de l'adreſſe
&de l'audace: mais l'émulation qu'il y mit ne fut
jamais ni petite ni vaine. Il ne les regardoit
que comme des moyens quiconduiſent àdesobjets
plus importans ; & comme ſi ſon âme eût porté
en elle- même l'imagede la véritable gloire , on
ne le vit jamais prendre des fantômes pour elle
ni la chercher où il nepouvoit pas la trouver.
Elevé parmi les Baſques , leurs éxercices & leurs
jeux lui plurent infiniment. Il avoit même ſi
bienapprisleur langue qu'il ne l'a jamais oubliéć ,
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
'& qu'il la parloit auſfi facilement que le Fran-
çois. (b ) Mais on vit bien-tôt ſe manifeſter en
lui un goût décidé pour la guerre ; & lorſque
nos goûts font vifs& foutenus , ils ne tardent
pas à devenir des talens. Le cours des Etudes
ordinaires , époque pendant laquelle on paroît
plutôt attendre l'âge de jouer un rôle que s'y
préparer , ne lui offrit que de foibles attraits. Eh !
que voit-on en effet dans laplupart des Ecoles ?
La Science , concentrée dans des règles puériles
paroît tourner toujours ſur elle - même & ne
s'appuyer jamais ſur les rapports & les beſoins
des hommes. Si l'on eût dit à M. de Belſunce,
que l'étude rendit César , le premier de ces
Romains , qui étoient les premièrs de la terres
fi on lui eût raconté comment Lucullus , en
cultivant les Lettres , ſe mit en état d'être un
grand Général le jour qu'il voulut le devenir ;
ſi on lui eût fait ſentir combien leur commerce
aggrandit l'âme , & comment toutes les grandes
choſes ſe tiennent , ſans doute il auroit fait de
rapides progrès dans une carrière où la facilité de
ſon eſprit ſembloit l'appeller & nous ajou
terions un article à ſon Eloge , quand même
nous ne l'enviſagerions que comme Homme
de Guerre. Il falloit à M. de Belſunce , des
études plus Analogues à ſes penchans. Il les
trouva dans le Régiment du Roi. On ſçait aſſez
que , dans ce Corps reſpectable , la jeuneſſe
reçoit des leçons en temps de Paix , comme elle
y trouve des éxemples en temps de Guerre. Il y
entra en 1739 , & continua d'y ſervir juſqu'en
3745. Rappeller les actions de ce Régiment c'eſt
: (b) On ſçait que le Basque est une langue mère
bien antèrieure à la nôtre.
FFVRIER. 1764.
205
raconter celles de M. de Belſunce , qui n'occu-
pant alors qu'un rang ſubalterne , ſe trouvoίε
confondudansla foule des braves gens , & faifoit
des choſes mémorables, fans pouvoir ſe diſtin-
guer. Perſonne n'ignore comment cette troupe
valeureuſe ſouffrit à Prague les horreurs d'un
Siége, & celles de la famine ; & comment ces
Guerriers invincibles alloient dans les ouvrages
des ennemis , braver la mort , qu'ils retrouvoient
enfuite ſous un aspect encore plus horrible
,
lorſque , rentrant en triomphe dans leurs murs ,
ils voyoient autour d'eux la difette & la conta-
gion. Tels furent pour M. de Belſunce , les
prémices de la vie ; tel fut lejourterriblequi bril
la ſurſon Printemps.
En 1745. il quitta l'Infanterie & obtint une
Compagnie de Dragons. Ici ſes ſoins ſe multi-
plient. Ilne ſuffitpasà l'homme qu'il va comman-
der d'être brave &docile , il faut qu'il ſoit pro-
fond dans l'art de maîtriſer , de conduire cet
animal courageux , non moins utile au combat
que leGuerrier lui-même. Le Dragon également
deſtiné aux fiége, aux batailles & aux eſcarmou-
ches , doit être à la fois , Fantaſſin , Cavalier &
Huſſard. Dans le combat , fixe dans ſon rang,
attentifau moindre ſignal; dans l'eſcarmouche ,
rapide & léger , ſe ſervant de Chef à lui-même :
par-tout ſon rôle eſt différent , par-tout il luk
fautde nouveaux talens : tantôt il doit preſſer la
courſe de ſon cheval , tantôt la modérer , & la
régler avec une éxactitude géométrique. Cen'eſt
pas tout, cen'eſt même rien encore: fi lorſque
lerepos ſuccède aux travaux ,de conducteur im-
périeux il ne devient pas protecteur attentif &
complaiſant;dès que ſon cheval ne leſert plus ,
c'eſt àlui à leſervir , à lui procurer une nourriture
1
106 MERCURE DE FRANCE.
convenable , à ſoigner ſesbleſſures &àréparer ſes
forces abbatues.
M. le Vicomte de Belſunce , entrant dans
les plus petits détails , fut bien-tôt en état de
donner en tout l'exemple & la leçon. Il ſentit
dès-lorscombien ces détails étoient importans ,
&il jugea qu'ils ne devoientparoître minucieux
qu'à celui qui n'a pas allez d'étendue d'eſprit
pour appercevoir la chaîne qui les lie aux plus
grandes choſes. Il faut avouer qu'alors on
ignoroit aſſez généralement que s'attacher à
avoir de belles troupes , c'étoit travailler à en
avoirde bonnes ; que ſi l'onveut qu'un homme
foit ſoldat un jour d'action , il faut qu'il le ſoit
tous les jours de ſa vie; enfin que tout ce qui
accoutume à l'ordre & à l'obéiſſance conduit
directement à la victoire. Scipion paſſe en revue
fon armée, il remarque le cheval de Marius
c'étoit lemieux ſoigné,le mieux équipé de toute
ſa Cavalerie. Scipion loue , protége, éléve Ma-
rius,& ce regard d'un grand Général dévoile les
talens d'un homme dont le nom retentit encore
mille ans après ſa mort en des climats où il
n'étoit jamais parvenu de ſon vivant. Et cepen-
dant ladiſcipline &l'exactitude ſont traittésparmi
nousde ſoins frivoles & puériles. M. le Vicomte
de Belſunce penſa tout autrement , & nous ne
pouvons nousdiſſimuler que ce qui lui mérite
nos Eloges, lui attira ſouvent la jaloufie & la
critique. Il n'y répondit qu'en perſévérant ; il
ſçavoit que la diſpute aigrit les eſprits , & que
l'exemple les ramene. Sa modeſtie , ſa fran-
chiſe,la fimplicité de ſes mœurs lui firent enfin
pardonner ſes talens.
La Guerre continuant avec la même vivacité,
M. de Belfunce ſetrouva dans la plupart des ac
FEVRIER. 1764.
207
tions qui ſe paſſerent enFlandre: il profita de
cesoecaſions pour s'inſtruire profondément dans
l'Art de conduire &de faire combattre la Cavale-
rie : artd'autant plus difficile qu'il demande un
jugement à la fois für & rapide, qu'il éxige le
flegme & l'impétuoſité , & ne laiſſe ſouvent
qu'un moment pour décider du fort d'une Ba-
taille. Ce fut lorſque M. de Belſunce ſe trouva
chargéde conduire des Détachemens conſidéra-
bles ,qu'il ſentit tout le prix de l'expérience qu'il
avoit acquiſe dans les Dragons.
Cependant une nouvelle carrière s'ouvre pour
lui. M. lePrince de Monaco ayant été fait Ma-
réchal de Camp : le Roi donna ſon Régiment
au Vicomte de Belſunce ;
c'étoit un des plus
anciens & des plus braves Régimens del'Infan-
terie Françoiſe. La Paix dont on commençoit
àjouir , ne fut pas un obſtacle à l'émulationde
ce nouveau Colonel. Les premières années de
cette paix furent un temps d'activité pour l'In-
fanterie. Nos neveux auront peine à croire
qu'une Nation , qui venoit de faire la guerre
pendant huit ans avec trois cens mille hom-
mes de troupes , n'avoit pourtant ni Tactique ,
ni Exercice , ni Diſcipline. Il fallut de nouveaux
Réglemens fur prèſque tous les objets du Ser-
vice Militaire. Les premieres Ordonnances qui
parurent n'eurent pas tout le fuccés qu'on en
attendoit; on les corrigea , on en fit de nouvelles.
Et celles-ci , quoique plus prèsdu but qu'on ſe
propoſoit laiſfoient encore dequoi travailler à
ceux qui , comparant toujours la pratique &
la théorie, ne trouvent riende beanque ce qui eſt
bon & utile. L'Hiſtorien Jofeph , en louant la
Diſcipline des Romains, diſoit que leurs Exerci-
ces étoient des Combats où le ſang n'étoit pas
الله
208 MERCURE DE FRANCE.
répandu , & leurs Combats des Exercices enfan-
glantés. M. le Vicomte de Belſunce fondoit tout
ſon ſyſtème ſurce rapport immédiat que doivent
avoir les évolutions des Exercices avec celles des
Combats . Toute manœuvre difficile & com-
pliquée fut rejettéecomme inutile & même com-
me nuifible. L'objet des évolutions , diſoitil , ne
peut être que de changer dediſpoſition ou de
lieu ; dans ces deux cas le moyen le plus fim-
ple & le plus prompt eſt toujours préférable.
Son Régiment fut donc accoutumé à exécuter
des mouvemens aiſés , mais rapides : ſe rompre ,
ſe réformer , ſe développer en un clin d'œil
n'étoit plusqu'unjeu pour lui.
Les Militaires étoient alors partagés ſur un
point qui n'a pas moins élevé de diſpute parmi
eux,que la queſtion ſur la prééminence des anciens
ou des modernes ( c ) n'en a fait naître parmi
les Gens de Lettres. Il s'agiſſoitde ſçavoir ſi les
affairesd'Infanteriedevoient ſe décider par le feu
ou par l'arme blanche. Les François , diſoient
les uns , naturellement vifs & impétueux , doivent
attaquer avec la Baïonnette ; tandis que les
Allemands , plus lents &plus flegmatiques , met-
tront toute leur confiance dans leur feu. Les
autres prétendoient qu'une troupe , accoutumée
à tirer vite & avec ordre , ſeroit aſſurée de la
Victoire ; parce qu'elle détruiroit ſon ennemi
avant qu'il pût la joindre. A entendre difputer
(c) On pouvoit comparer les partiſans de l'Ar-
me blanche à ceux des anciens & les partiſans
du feu à ceux des modernes , & cela d'autant
mieux que le fort de la querelle rouloitfur la
prééminence des anciens Militaires fur les Mi
litaires modernes.
FEVRIER. 1764.
209
gravement ſur cette matière on eût dit qu'il en
étoitdes armées comme de deux hommes qui
veulent ſe battre en duel , & qui choififfent en-
tre l'épée & le piſtolet. Il s'en faut bien cepen-
dant que les batailles ne ſe décident ainfi. On
peut les rapporter toutes à ces deux objets géné-
raux ; l'attaque & la défenſe. De deux armées
qui combattent , l'une veut défendre un terrein ,
& l'autre l'emporter: celle qui le défend tâche
d'entirer le meilleur parti poſſible, ſoit en ap-
puyant ſes flancs , ſoit en profitant des hauteurs ,
foit en couvrant ſon front de quelques retran-
chemens naturels ou artificiels : dans ce cas , fon
ordre de Bataille eſt déterminé par des points
principaux ; la place où elle ſe trouve eſt la
plus avantageuſe pour elle , & c'eſt là qu'elle doit
recevoir le combat. Il faut donc qu'elle y atten-
de ſon ennemi,& queque lorſqu'il approchera, elle
lerepouſſe par ſon feu. On ſent que fi elle alloit
au-devant delui ,elle perdroit tout l'avantage
deſa poſition.Le principe de l'Armée qui attaque
eſt tout oppoſé. Il s'agit de forcer l'ennemi
dans un des points principaux de ſon ordre de
bataille. Comme c'eſt à elle à manœuvrer , elle
doit luidonner de la jalouſie par-tout , afin de
lui dérober la connoiffance de l'endroit où elle
doit attaquer & où elle ne manquera pas de
porter la plus grande partie de ſes forces; ré-
parant ainſi par le nombrele déſavantage de la
poſition. Dans ce cas , les troupes qui attaquent
doivent s'efforcer d'arriver ſur l'ennemi le plus
promptement qu'il eſt poſſible: car juſqu'à ce
qu'elles l'ayentjoint, elles ſeront expoſées à un
feu qui ſera toujours ſupérieur, puiſque des trou-
pes qui font en repos tirent beaucoup mieux que
celles qui marchent. Ajoutez à cela l'effet pro
210 MERCURE DE FRANCE .
digieuxd'une Artillerie placée avantageuſement,
& vousconviendrez que tout ſe réduit àce prin-
cipe qu'il faut attaquer avec l'arme blanche , &
ſe défendre par le feu. Il ſuit de-là que les
Soldats doivent être accoutumés à marcher avec
vivacité , quoiqu'avec ordre , & à tirer prompte-
ment , quoiqu'avec flegme & adreſſe.
M. le Vicomte de Belſunce ſentit mieuxqueper-
ſonne cette double néceſſité. Son Régiment fut
éxercéà marcher avec cette rapidité quieſt ſi natu-
relle à la Nation Françoiſe , mais avec un ordre
qui lui étoit tout nouveau. Lorſquedans les éxer-
cices on formoit une attaque ſimulée, les ſoldats
redoubloient imperceptiblementla viteſſe de leurs
pas juſqu'à ce qu'étant ſuppoſés prêts à joindre
l'ennemi , ils priſſent leurcourſepour tomber ſur
lui avecdes cris de victoire que toutes les Nations
ont adoptés à l'éxemple du Barritusdes Romains.
Mais l'ordre & ladiſcipline les ſuivoient juſques
danscedéſordre apparent; le moindre ſignalles
rallioit, & à la place d'une troupe débandée &
abandonnée , vous revoyez ſoudain une ligne
d'infanterie marchant gravement &pofément.
En s'occupant ainſi de l'artd'attaquer,il ne fal-
loit pas négliger celui de ſe défendre. M. le Vi-
Comte de Belſunce ſçut encore le perfectionner.
Il remarqua que les feux qu'on faiſoit éxécuter
dans les éxercices n'avoient pas affez de rapport
avec ceuxqui ſe pratiquentdans les combats. Dans
les premiers, l'ordre eſtdifficile & minucieux; dans
leſecond,laconfuſion eſt exceſſive. M. de Bel-
funce ſcut trouver un juſte milieu. Il introduifit
une méthodepar laquelle le ſoldat paroiſſant tirer
àſavolontéentretenoit un feu réglé,fuffiſamment
nourri , & qui nes'éteignoitjamais. Il avoit obſer-
véquedans lecombat,lepremier rang ne met
?
FEVRIER. 1764.
211
toitpas un genou à terre , comme à l'exercice ;
il trouva le moyende faire tirer les trois rangs
debout: par-là ,il gagna du temps &de la préci-
fion, & fur-tout le grand objetde la conformité
parfaitede l'exercice avec le combat.
Nous n'entrerons pas ici dans le détail de tous
les ſoins qu'il ſe donna pour établir la régle &
la diſcipline dans tous les points.
C'étoit aux
ſuccès à faire l'éloge du travail qu'il avoit fait
pour inſtruire les autres & s'inſtruire lui-même .
Il falloitdone que la guerre mît au jour ſesta-
lens. Elle s'alluma en Allemagne dans l'année
1757. Le Régiment de Belſunce ſervitdans l'ar-
mée de M. le Maréchal d'Etrée. La bataille d'Haf-
tembeck qui nous valut l'Electoratd'Hanovre fuc
plus déciſive que ſanglante. L'attaque queM. de
Chevert exécuta ſur le flane gauche des ennemis,
en aſſura le ſuccès avant que le reſte de l'armée
les eût pu joindre. Le Régiment de Belſunce ,
quoique deſtiné à une attaque , & ayant la tête
d'une colonne, n'eſſuya qu'une pertelégère.Mais
le courage impatient deM. de Belſunce l'avoit
conduit à de plus grands dangers. M. leMar-
quis d'Armentieres , aux ordres de qui il étoit.
avoitjugé à propos de former une avant-gardede
neuf Compagnies de Grenadiers. Ce Général
croyantque M. de Belſunce préféreroit de reſter à
la têtedela Brigade qu'il commandoit, avoit con-
fié la conduite de ce détachement à M. de laBla-
chette , Lieutenant Colonel de ſon Régiment.
M. de Belfunce , plus attaché à la gloire qu'a fon
grade, jugea que le poſte le plus honorable étcit
oùledanger feroit leplus grand ; il reclama fes
droits & l'on croira aiſément qu'il fut écouté ſans
humeur. M. de la Blachette fut donc obligéde
lui céder , quoiqu'à regret , & de tous les actes
212 MERCURE DE FRANCE.
de ſubordination , c'eſt le ſeul qui lui aitjamais
couré.
M. de de Belſunce précéda la diviſion de M.
d'Armentieres , & ſe porta rapidement ſur une
batterie a laquelle s'appuyoit la gauche des enne-
mis. Il étoit prodigue de ſa vie; mais c'étoit fur-
tout , lorſqu'il pouvoit en s'expoſant épargner
cellede ſes ſoldats Avant de les conduire à l'atta-
que , il veut voir de plus près & reconnoître lui-
même , il s'avance ſeul , & tandis qu'il examine,
il reçoit un coup de fuſil qui lui traverſe le bras.
Cette bleſſure ne l'étonne pas ; elle ne l'afflige
même que parce qu'elle l'oblige à ſe retirer , &
l'empêche d'être plus long-temps utile à ſa Pa-
trie. Mais il craint que le malheur arrivé au Chef ,
ne décourage les foldats; il diſſimule la douleur
qu'il éprouve , cache ſa retraite & s'éloigne avec
peine regardant ſouvent derriere lui , comme le
paſſagerconfidèredans un morne ſilencele rivage
qu'il va perdre de vue.
Les malheurs inattendus qui ſuivirent cette
campagne glorieuſe , ramenèrent l'armée ſur les
bords du Rhin. M. de Belſunce n'y rencontra pas
les mêmes périls que ſur les bords du Wezer , il
ſe trouva à la bataille de Crevelt , mais non pas à
l'endroit où ſe paſſa le fortde l'action . Privé d'une
occafionde ſe diftinguer , il ſe plaignitde la for-
tune& l'accuſa d'injuſtice ; mais il eut plus à ſe
plaindre encorede la manière dont elle la répara .
La diverſion que M. le Prince de Soubiſe avoit
opéréedans la Heſſe , & la Victoire que M. le
Maréchal de Broglie avoit remportée à Sun-
dershaufen avoient déterminé M. le Prince Fer-
dinandà repaſſer leRhin , & à envoyer une gran-
departiede ſon armée au ſecours de l'Electorat
d'Hanovre. M. le Maréchal de Contades envoya >
FEVRIER. 1764.
213
de ſon côtéun ſecours àM. le Prince de Soubiſe,
qui le mit en état d'attaquer & de battre les enne-
misdansla poſitionavantageuſequ'ils avoientpriſe
près de Luttersberg Le Régiment de Belſunce
faiſant partie de ce ſecours , ſe trouva aux ordres
de M. de Chevert, qui dans cette occafion , atra-
qua & plia encore le flanc gauche des ennemis.
M. de Belſunce fidèle à ſon inclination , marcha
à la tête des Grenadiers comme il avoit fait à
,
Haſtembeck. Une pareille récompenſe l'attendoit.
A la première décharge il reçut un coup de feu
dans le bas-ventre , que les Chirurgiens jugèrent
fur le champ devoir être mortel; il fut tranſporté
àCaffel , & de la à Marpurg ſans forces & fans
mouvement , n'ayant que ce qui luifalloitde con-
noillance pour entendre à chaque inſtantdes fol-
dats & des Officiers qui demandoient s'il étoit
mort. Queſtion cruelle ! à laquelle ceux qui le
portoient ne répondoient que par des ſoupirs , &
que lui ſeul écoutoit ſans en être ému.
Quelque dangereuſe qu'eût paru cette bleſſure,
les ſuites n'en furentpas funeſtes. La vigueur de
fon tempérament , & fur-tout le calme de ſon
âme hâtèrent ſa guériſon. Elle fut même ſi promp-
te que tout le monde en fut ſurpris. Au bout de
fix ſemaines il monta à cheval , & reprit ſes tra-
vaux ordinaires ; car l'hyver n'y metroitpointd'in-
tervalle : le Roi venoit de lui accorder le gradede
Brigadier il fut employé en cette qualité dans la
Ville de Duffeldorff, où ſa mémoire eſt encore
chérie, ainſi que dans tous les lieux amis ou enne-
mis , où il a eu quelques commandemens.
On ne ſe ſouvient que trop de la campagne de
1759 , époque malheureuſe pour les armes Fran-
çoiſes ! Le 31 Juillet , la Heſſe étoit conquiſe ,
Munſter & Minden étoient en notre pouvoir , &
214 MERCURE DE FRANCE.
nous étions prêts de nous rendre maîtresde l'Elec-
torat d'Hanovre. Les ennemis déconcertés , ſans
plande défenſe , ſans moyens , ſans reſſources,
n'avoient plus que leur Chefpour toute eſpéran-
ce. Le premier d'Août à neuf heures du matin la
ſcène étoit totalement changée ; l'armée Fran-
çoiſe, abandonnant toute idéede conquête ,ſe fût
trouvée trop heureuſe d'avoirune retraite aſſurée
&l'eſpoir d'arriver ſur les bords du Rhin: tant le
fortdes batailles eſt incertain &terrible ! Leçon
redoutable! que toutes lesNationsbelliqueuſes ont
ſouvent donnée & reçue , mais qui ne corrigera
jamais les François de l'impatience decombattre !
Danscette malheureuſe journée , dans ce court
eſpacede temps où ſe décidoit le ſort des Nations ,
M. de Belſunce eut occafion de ſe diſtinguer à
la tête de ſon Régiment. Les brigades de Picardie
&de Belſunce qui compoſoient la droite de la
première ligne , ayant été formées des premières ,
M. leChevalier de Nicolaiqui lescommandoit, les
mit en mouvement pour marcher aux ennemis
mais les autres diviſions , tant de première que
de ſeconde ligne , n'étant pas arrivées, ou n'étant
pas àportée de le ſoutenir , ce Général fut obligé
decommander defaire halte. Pendant cetemps-
là le combat s'étoit engagé à notre centre : les
ennemis encouragés par les avantages qu'ils y
avoient déja remportés , ſe déterminèrent à y
conduire la plus grande partie de leurs forces..
Une colonne de Cavalerie déboucha vis-à-vis le
flanc gauche de la diviſion de M. de Nicolai ; le
Régiment de Belſunce occupoit cette gauche qui
ſe trouvoit abſolument à découvert: il n'y avoit
que deux momens , l'un pour voir ledanger ,
l'autre pour le prévenir. M. de Belſunce ne perd
ni l'un ni l'autre , il change en un clin d'œil l'or-
FEVRIER. 1764.
215
dredeſa brigade & fait faire un mouvement au
premier bataillon , par lequel il ſe trouve faire
face ſur le flanc gauche. Dans cette diſpoſition
impoſante, ilattendlechocaveccette fermetéqui
annonce preſque toujours le ſuccès ; le Général
ennemi s'en apperçoit & voit à quelques diſtances
de-là , une autre brigade qui lui offre une victoire
plusaiſée; il fait ſurlechampun ſignede lamain,
ſedétourne, & laiſſant le Régiment de Belſunce
derrierelui , il va attaquer cette brigade qui fut
preſqu'entierementdétruite. Lecentre de l'armée
ayant été mis en déſordre , & le fort de cette
journée étantdéja décidé, M. le Chevalier de Ni-
colain'eut d'autre parti à prendre que de retirer
ſesdeuxbrigades. Ileſtaiſéde juger combien cette
retraite fut périlleuſe pour le Régiment de Bel-
ſunce qui avoit les ennemis derriere lui & ſur ſon
flanc : elle s'exécuta cependant avec un ordre ad-
mirable & une tranquillité parfaite 3 on eûtdit
queles ennemis charmés de ceſpectacle avoient
oublié qu'il falloit combattre , & croyoient aſſiſter
à un exercice.
Les ſuites de cette bataille ayant ramené l'ar-
mée Françoiſe ſous Gieſſen , M. le Maréchal de
Broglie en vint prendre le commandement le 3
du mois de Novembre , &déclara que le Roi avoit
donné à M. de Belſunce la place de Major Géné-
tal. Celui-ci ne l'avoit ni demandée ni deſirée ;
mais cette grace fut le fruit de l'eſtime que fon
nouveau Général avoit conçue pour lui; eſtime
plus flatteuſe en elle-même , que tout ce qui
pouvoit en être l'effet.
La VilledeGieſſen placéeentreles deux armées
&hors d'état de ſoutenir un long fiége , paroif
ſoit être deſtinée à ſubir la loi du plus opiniâtre.
Malgré la rareté de toute eſpèce de ſubſiſtance,
l'armée Françoiſe tint la campagne juſqu'au 16
216 MERCURE DE FRANCE .
Janvier 1760 , & les Alliés furent obligés de re-
noncer à l'eſpoir de la conquête de Gieſſen , qui
ſeul avoit pû leur faire ſupporter les fatigues ex-
ceſſives d'une fi longue campagne. On avoit pris
denotre côtédes meſures ſi ſages , que les trou-
pes ne manquèrent jamais de rien , & qu'elles
Tentrèrent dans leurs quartiers en auſſi bon état
que ſi la campagne avoit fini au mois d'Octobre ;
les foins que M. de Belſunce ſe donna dans cette
occafion , répondirent parfaitement aux intentions
de ſon Général. Il fallut les continuer pendant
tout l'hyver. Comme il étoit déja très - avancé
lorſque l'arméeſe fépara , il ne reſtoit qu'un très-
court eſpace de temps pour réparer & com-
pletter les troupes. M. de Belſunce alla vifi-
ter tous lesquartiers qui occupoientune étendue
deplus de 80 lieues , & préſida a tous les travaux.
Leplus important de tous reſtoit encore à faire .
&M. le Maréchal de Broglie en étoit profondé-
mentoccupé à Francfort; il s'agiſſoit de remédier
àdes inconvéniens innombrables , dont notre fer-
vice étoit rempli. L'expérience les avoit fait ſuf-
fifamment connoître , mais les peines qu'on s'é-
toitdonnées pour y remédier "n'avoient eu au-
cun ſuccès. Bacon dit que l'erreur la plus com-
mune à ceux qui commandent, eſt de vouloir la
fin ſans permettre les moyens. Dans cette occa-
ſion il n'y en eut point de négligés. Etablir la dif-
cipline parmi les foldats, plutôtpar les précau-
tions qui préviennent les fautes, que par les châ-
cimensqui lespuniſſent; en multipliant leurs de-
voirs , diminuer leurs fatigues & ajouter à leur
bien- être , aſſurer à la fois la célérité & le ſecret
dans les marches & les détachemens ; maintenir
la tranquillité & l'abondance dans les camps;.
ménager le pays ennemi , & s'y préparer des
refſources ;
42
:
FEVRIER. 1764.
217
reſſources ; ſe concilier les peuples par la juſtice &
la modération , & faire marcher l'humanité à la
ſuitedes armées : tel fut le plan que ſe propoſa
M. le Maréchal de Broglie , & qu'il remplit dans
touteſon étendue , en donnant le Réglement
de 1760(d) .
M. le Vicomte de Belſunce eut beaucoup de
part à ceRéglement ,dont la plus grande partie
des objets étoient du reffort du Major Général ,
mais le Régimentdes Gardes Françoiſes ayant re-
joint l'armée, M.deCornillon,Majorde ceCorps,
reprit les fonctions de Major Général , qu'il avoit
éxercées pendantles trois campagnes précédentes.
M. le Vicomte de Belſunce fit donc la campagne
de 1760à la rêtede ſonRégiment & en qualité
deBrigadier. Le ſort ne voulut pas qu'elle lui
offrît des occafionsde ſe diſtinguer autrement que
par ſon émulation qui le conduiſoitdans tous les
endroitsoù il pouvoit s'inſtruire. Iln'y eutpreſque
pointd'actionoù ilneſe trouvâtcomme volontai
re, &par-tout où il ſe trouva , il donna toujours
l'exemple. Mais l'hyver devoit lui faire retrouver
lesoccafions qu'il avoitinutilement cherchéespen-
dant l'été.
Depuis lecommencement dela guerre, onn'a
voitencoretenté qu'une fois de prendre desquar-
*tiers ſur le bord du Wezer ; & quoique toutes les
places fuſſent alors en notre pouvoir , & que le
paysabondât encoreenſubſiſtance,on fut bientôt
obligé deſe retirer avec une perte conſidérable.A
la fin de l'année 1760 , la conſervationdu pays
qu'on avoit conquis , étoitbien plus difficile. Lipf-
tadt, Munſter , Hamelen & Hanovre étoient en-
(d) Ce Réglement a été adoptédepuis parMef-
fiçurs lesMaréchauxd'Etrées & de Soubiſe.
K
218 MERCURE DE FRANCE.
core occupés par les ennemis ; la Heſſe qui avoit
prèſque toujours été le théâtre de la guerre , ſe
trouvoit entièrement ravagée ; la communica-
tion avec le Bas-Rhin , étoit trop étendue & trop
difficile. Le génie & l'activité ſurmontèrent tous
les obitacles. Le pays étoit ouvert , & la première
ligne des quartiers n'avoit point de place forte
pour la couvrir , en trois ſemaines de temps on
en créa , on en approviſionna une capable de
contenir cinq ou fix mille hommes de garniſon ,
& l'Allemagne étonnée compta une fortereſſe de
plus.
Qu'il nous ſoit permis d'interrompre le récit
*d'une longue & malheureuſe guerre par une ré-
Héxion confolante pour l'humanité. Goetingue ,
l'aſyle des Muſes , le ſiége d'une Univerſité célé-
bre , voit ſes portiques & ſes lycées changés en
remparts , & remplis de ſoldats.Tel fut le fort de
Rome & d'Athènes ; mais les barbares qui ſoumi-
rent ces Villes , détruiſirent également , & les
Sciences , & les Peuples qui les cultivoient. Les
François qui viennent dans Goetingue , braver àla
fois les périls de la guerre , la rigueur de la ſai-
fon& ladiſette qui les menace; les Françoisſontles
protecteurs &les amis des Lettres. L'Officier dans
l'intervalle de ſes travaux vienvient écouter les le-
çons d'un Profeſſeur qu'il reſpecte & qu'il honore,
& le Grenadier qui défendit hier l'accès d'une re-
doute , conſerve aujourd'hui avec la même vigi-
lance le dépôt des Muſes , dont la garde lui a été
confiće. Tel eſt l'empire de la Philoſophie, qu'il
adoucit la guerre elle-même , & qu'il fait régner
les mœursjuſqu'au ſein des combats.
M.le Maréchal de Broglie , après avoir mis
l'élitedeles troupes dans Goetingue, n'avoit garde
de négliger le choixdes Commandans. Il tomba
FEVRIER. 1764.
219
furM. leComte de Vaux , Lieutenant-Général &
ſurM. leVicomte de Belfunce. L'hiſtoire prèſque
incroyable de ce qui s'eſt paflé dans l'hyver de
l'année 1761, eſt le ſeul éloge qui ſoitdigned'eux.
M. leComte de Vaux, qui auroit fait un prodige
enſe procurant ſeulement les moyens de confer-
ver ſa place , ſe prépare ſur le champ ceux d'atta-
quer les ennemis & de les inquiéter par-tout.
Dès le 27 Janvier, leVicomte de Belſunce fort à
la tête d'un détachement conſidérable qui étoit
deſtiné à favoriſer par une diverſion les expédi-
tions du Comte de Stainville & du Comte de Nar-
bonne; il cherche les ennemis , les trouve en for-
ce, les attaque , & leur tue ou leur prend trois
cent hommes, tandis que le Comte de Stainville
enléve un corps Pruffien , & le Comte de Nar-
bonne un bataillon Hanovrien .
On ſe rappelle les efforts prodigieux que firent
les Alliés, lorſqu'après s'être combinés avec les
Prufliens , ils nous attaquèrent de toute part,&
voulurent nous contraindre à abandonner la
Heffe. La garniſon de Goetingue n'a bien-tôt
plus de communication avec l'Armée ; elle en
ignore ladeſtinée,ou les ſeules nouvelles qu'elle
en reçoit lui apprenent qu'elle eſt prèsde Franc-
fort. C'eſt dans ce moment que ſon courage &
ſon activité redoublent ; il faudroit un journal
détaillé pour raconter ici tout ce que M. de
Belſunce fitderemarquable : il n'y eur préſque
pointdejourqui ne fût ſignalépar quelques avan-
zages. Ilapprend que les ennemis occupent Du-
Derſtadt , Ville éloignéede Goetingue de près
de fix lieues. Ily marche , les ſurprend , & fair
350 priſonniers. Après avoir diſſipé ſucceſſive-
ment,tous les corps qui obſervoient la garniſonde
Goetingue, il raffemble ſa Cavalerie; fort de
Kü
220 MERCURE DE FRANCE...
la Ville ,& va s'établir à plusde quatre lieues de
làdans celle de Northeim : il y ramaſſedes ſub-
ſiſtances ; léve des contributions juſques dans
Eimbeck , & s'avance lui-même à Seeſen ſur
le chemin de Brunſvick on il enléve cent Cava-
liers & cing Officiers. A peine est-il revenu qu'il
ſe porte rapidement d'un côté tout oppoſe. II
paffe la Leine; met en fuite les ennemis , & leur
tue ou prend trois cens hommes. Le retour de
l'Armée ennemie qui avoit été chaffée de la
Heſſe l'ayant obligé de rentrer dans Goetingue,
il apprend peu de jours après que le Colonel
Collignon occupe Northeim avec un Bataillon
Prufſfien; il fort à la tête d'un gros détachement
ſecondé par M.le Marquis de Durfort : ils fon-
dent tous deux ſur l'ennemi ; nos Dragons
joignent l'Infanterie au moment où elle ar-
rivoit à un Pont au -delà duquel elle de voit
trouver ſon ſalut. Ils la cottoyent & en efſuyent
tout le feu , pour aller s'emparerdu Pont. Trois
cens prifonniers , & deux pièces de Canon ſont
le prix de cette manœuvre hardie. Les deux
Armées avoient pris leurs quartiers , & le calme
étoit rétabli partout : mais M. de Belſunce
croyoit qu'il n'étoit jamais temps de ſe repoſer
lorſqu'il reſtoit quelque choſe de glorieux à
faire. On lui rapporte qu'un Bataillon de la
légion Britannique occupe Daffel ; il va pour
l'attaquer , mais il trouve à ſa place troisBa-
taillons d'Infanterie ennemie ; il les contraint à
ſe retirer, & les fait tenir en échec tandis qu'il
pourſuit le Bataillon de la légion Britannique ,
qui cherchoit à regagner le bois, quoiqu'il eûr
été renforcé par un corps de Grenadiers & de
Cavalerie. M. de Belſunce à la tête de nosDra-
gons joint ces troupes réunies ,les attaque,les
FEVRIER. 1764.
piécedeCanon.
221
défait & ramene deux cens priſonniers avec une
Nous ne finirions pas fi nous voulions rap-
porter tous les avantages de moindre confé-
quence qu'il remporta pendant fon ſéjour à
Goetingue. Il nous ſuffira de dire qu'on n'a pas
enlevé aux ennemis un poſtede trente hommes ,
qu'il ne l'ait été reconnoître lui- même,&qu'il
n'ait conduit les troupes à l'attaque.
LeGrade de Maréchal de Camp , &leCom
mandement d'une avant-garde , furent la récom-
penſe qu'il reçut de ſes ſervices ſignalés.
L'Armée Françoiſe ſe raſſemble ; les opéra-
tions de laGuerre vont recommencer , mais on
ne peutpas dire de M. de Belſunce qu'il rentre
en campagne : avec de nouvelles Troapes it
marche àde nouveaux ſuccès. Le Général Spor-
cken, àla têted'un corpsde quinze millehommes ,
gardoit les défilés de la Dimel. M. Le Maré-
chal de Broglie les fait tourner par deux corps
commandés par M. le Marquis de Poyanne ,
& M. le Baron de Clozen. Il ſe préſente lui-
même devant le Général Sporcken : celui - ci
profite de la nuit pour ſe retirer. Le Vicomte
de Belſunce avec deux Régimens de Dragons ,
&un Régiment de Troupes Légéres le joint , &
L'oſe attaquer. En vain l'Infanterie ennemie croit
ſe mettre à couvert dans un bois ; notre Cavale-
rie y pénétre , & la diſperſe , treize pièces de Ca-
non , deux cent priſonniers ,& tous les Equipages
des ennemis reſtent en nos mains. De toutes les
actions où s'étoit diſtingué M. de Belfunce cel-
le-ci fut laplus flatteuſe pour lui , parce qu'elle
ſe paſſa prèſque ſous les yeux de ſon Général ,
qui arriva au moment où elle finiſſoit.Mais telle
étoit lamodeſtie , & l'élévationde ſon âme , que
:
K iij
:
222 MERCURE DE FRANCE.
s'occupant moins de ce qu'il avoit fait que de
ce qu'il auroit voulu faire , il n'aborda le Maré-
chal de Broglie quiavec crainte & parut furpris
des éloges qu'il en recevoit.
Juſqu'ici le fuccès a toujours accompagné
notre Héros; ilmanquedonc quelque choſea fa
gloire: car comment connoître les hommes qui
n'ont pas connu l'adverſité! ne craignons point
pour lui cette épreuve : elle mettra ſon mérite
dans tout ſon jour. M. le Maréchal de Broglie
étoitencore enWestphalie, mais il méditoitle pafa
fageduWezer, & il vouloit s'aſſurer la communi
cation de Goeringue. Il y envoya M. le Vicomte
de Belfunce avec le corps qu'il commandoit.
LeGénéral Lukner dont on connoit la capacité
& l'activité reçut un renfort conſidérable , fir
une marche forcée , & vint tomber ſur M. de
Belſunce qu'il trouva près de Daſſel ; l'inégalité
des forces rendoit la retraite néceffaire , mais la
nature du terrein la rendoit très-difficile. M. de
Belfunce voit le danger ; & ne s'en émeut pas
c'eſt a la valeur àcompenfer rant dedéfavanta-
ges,& il compte fur celle de ſesTroupes. L'en-
nemi qui croit être sûr de la Victoire, le preſſe
&s'oppoſe à fa retraite. Dès qu'il s'approche , M.
deBelſunce le fait charger; un Efcadron ne paffe
un défilé que tandis qu'un autre combat , &
repouſſe une colonne entière de Cavalerie. Après
vingt charges plus glorieuſes les unes que les
autres , notre Cavalerie parvientenfin à allurer fa
retraite; mais cinq cens hommesd'Infanterieac-
cablésde laffitude &du poidsdela chaleur qui ce
jour-là fut exceſſive,ne purent monter un eſcarpe-
ment au haut duquelils auroienttrouvéleur falut.
M. deBelfunce , obligé de les abandonner, fe
ſaiſir de leurs drapeaux, & les emporte avec lui,
ne laiſſant ainſi aux ennemis d'autre ſupériorité
FEVRIER. 1764.
223
quecellequeleur donnoit la vîteſſede leurs che-
vaux fur les forces du Fantaſſin épuiſé. Ce revers
ne diminua ni ſon courage , ni la confiance que
ſes troupes avoient en lui. Il écrivit au Maréchal
de Broglie : Nous avons été battus , mais nous
nous sommes bien battus . M. de Belſunce cherchoit
une revanche au lieu d'excuſe ; & ſon Général le
miten étatde la prendre. Il lui donna de nou-
velles troupes , & l'envoya vers la forêt du Hartz
avec ordre d'obſerver les ennemis & d'entrepren-
dre ſur eux , s'il en trouvoit l'occaſion .
M. de Belſunce marchoit plein d'ardeur &
d'eſpérance , lorſqu'il reçut l'ordre deſe rendre à
la Cour pour y recevoir des inſtructions ſur ſa
deſtination ultérieure. 11 obéit & ſediſpoſe à par-
tir. Cependant il voit avec douleur qu'il ne lui
reſte plus que cinq ou fix jours à commander
ces braves gens qui avoient toujours combattu
fous ſes ordres , & qui s'étoient tous promis de
le vanger. Dans ces circonstances il s'approche de
la forêt du Hartz. Ce Pays affreux & inacceſk-
ble eſt fameux par les mines qu'il renferme. Des
montagnes énormes entaſſées les unes ſur les
autres , & couvertes de cyprès; des torrens dont
l'onde mêlée de ſoufre & de vitriol flétrit l'herbe,
1
qu'elle arroſe & couvre de rouille les pierres qu
lui ſervent de lit ; des rochers menaçans , des
ruines immenfes , des précipices horribles ; tels
font les objets hideux que la Nature a raſſemblés
dans les lieux où elle a placé ſes tréſors. Cer
épouvantable ſéjour est habité par un Peuple di-
gne de lui. Des hommes pâles & livides , accou-
tumés à vivre dans les entrailles de la Terre , ne
pareiſſent ſur ſa ſurface que comme ces oiſeaux
lugubres que la lumière offenſe & qui reffentent
en voyant la clarté du jour une terreur égale à
Kiv
224 MERCURE DE FRANCE .
cellequi nous ſuit dans les ténébres. Qui croiroit
que cette horrible contrée renfermât l'objet le
plus cher aux deſirs de l'homme , & que nos Pa-
lais les plus rians lui duſſent leurprincipal éclat a
Mais ce Pays offre lui-même un contraſte aufli
frappant ; du ſein de ces arides montagnes on
voit s'élever une Ville bien bâtie ( e ) & bien or-
née. C'eſt làqu'on prépare les métaux , & qu'on
les convertit eneſpéces. L'argent qui y abonde y
procure tout ce qui nedépend pasdes faveursde
la Nature. Le Duc de Brunswick & l'Electeur
d'Hanovre en partagent la Souveraineté ; tous
deux étoient alors nos ennemis , & la conquête
de ce Pays ne pouvoit manquer d'être très-im-
portante pour nous. Mais la Nature l'avoit ren-
du prèſqu'inacceſſible , & l'art avoit achevé ſon
ouvrage. Un ſeul chemin en permettoit l'entrée
àtravers une gorge étroite eſcarpée & défendue
par pluſieurs retranchemens ; la garde en fut
confiée à 1500 chaſſeurs tant à pied qu'à cheval ,
commandés parleGénéral Freytag, & connoif
ſant tous parfaitement le pays qu'ils devoient
défendre.
Quelqu'envie qu'eût M.de Belſuncede triom-
pher de tant d'obstacles , il ſentit que ce ſeroit
verſer du ſang inutilement que de tenter à force
ouverte le ſuccès de cette entrepriſe. Avant d'ar-
river à la forêt on trouve près d'un petit ruif-
ſeau & au bas d'un eſcarpement une ( f) Ville
affez conſidérable ſituéeà 300 ou 400 pas de la
( e ) Clausthal & Cellerfeld font regardées com-
me deux Villes séparées , parce que l'une appar-
tient à l'Electeur d'Hanovre , & l'autre au Duc
de Brunswick ; mais elles se touchent & ne pa-
roiffent auxyeux que comme une feule Ville.
(f) Oflerode.
7
FEVRIER. 1764.
225
gorge; c'étoit-là où l'infanterie Hanovrienne fa-
tiguéed'avoirpaſſetoutela nuit ſous les armes ve-
noitſe repoſer pendant la journée. La cavalerie
reſtoit en bataille dans une petite plaine derriere
laVille. Des Poſtesplacésdetous lescôtésdevoien
avertir s'ils voyoientparoître lesFrançois.M.deBel-
funcereconnoît la poſitionde l'ennemi & le trouve
ſur ſesgardes, mais il parvient bientôt à lui inf-
pirer de la confiance en lui faiſant pluſieurs atta-
ques ſimulées , qui d'abord, lui donnent l'allarme
mais qui n'ayant point de ſuite , le font re-
pentirdes'être fatigué inutilement. M. de Belfunce
profitedeces eſcarmouches pour éxaminer com-
ment il pourra fairepaſſer ſa cavalerie au guć
& couper celle des ennemis avant qu'elle ait
gagné lebois. Enfin le z Septembre, il ſe met en
marche pendant la nuit ; arrive à un bois où il
fait cacher ſes troupes juſqu'à ce que l'heure ſoit
venueoù les ennemis quittent les retranchemens
pour entrer dans la Ville ; puis il fait paroître
quelques troupes légéres devant leſquelles les
poſtesdes ennemis ſe replient comme ils avoient
fait les jours précédens , ſans donner l'allarme au
reſtede leurs troupes ,bientôt il s'avance lui-
même ſuivide ſon Infanterie& de ſa Cavalerie ,
quitraverſenten courant une plaine deplusd'une
demie lieue de large. A la tête de la premiere il
deſcendl'eſcarpement par un chemin qu'il avoit
reconnu , traverſe le ruiſſeau , tombe ſur la Cava-
Jerie ennemie , la met en fuite & ſe porte rapi-
dement ſurle chemin par lequel l'Infanterie Ha-
novrienne peut ſe retirer. Pendant ce temps-là
la ſienne arrive , attaque la Ville & en briſe les
portes , les ennemis fuyent de toutes parts , mais
on leur faitplus de sooprifonniers. Il n'yavoit
pasunmomentàperdre fi 100hommesſeulement
Kv
226 MERCURE DE FRANCE.
s'étoient ralliés à l'entrée des bois , l'entrepriſe
ftoit manquée. Mais nos Dragons les ſuivirentjuf-
qu'àleurs retranchemens.Arrêtés parces obstacles,
ils mettent pied à terre & emportent la première
barrière. L'Infanterie lesjoint& ſans s'arrêter un
inſtant elle poursuit les fuyards ſur toutes les
montagnes du Hartz juſqu'à ce qu'elle arrive à la
VilledeClauſtal dontelle s'empare après avoir
fait cing lieues de chemin, dont trois en combat-
tant. Ce ſuccès nous valut un million de contri-
butions; & en nous ouvrant lepays d'Halberstadt,
&deBrunswick , il prépara l'expédition deWol-
fembutel.
M. le Vicomte de Belſunce ſe réſout enfin de
quitter ſes braves Compagnons , mais il eſt obligé
d'éviter leurs adieux; ils eufſſent été trop touchans
pour eux, & trop glorieux pour lui. Il ſe rend à
laCour où il apprend qu'il eſtdeſtiné àcomman-
der un corps detroupes qu'on envoye à Saint-Do-
mingue. De toutes les idées effrayantes qui , dans
cetteoccafion, pouvoient ſe préſenter à ſon eſprit,
la ſeulequi letouche, c'eſt la craintede ne pouvoir
répondre comme il le deſire à la confiance qu'on
lui témoigne. Il n'objecte pas que ſon tempéra-
ment ne peut foutenir la mer; que ſa ſanté, déja
épuiſée parde longs travaux,réſiſtera difficilement
àun climat dangereux : mais feulement que le
genre de guerre auquel on le deſtine ſeranouveau
pour lui , & qu'en répondant de fon zèle , il ne
peut répondre de ſes talens. Réſola d'obéir , il ne
demande plus qu'une grace : c'eſt d'emmener
aver lui ſon ami. Car ſon âme douce & ſenſible ,
accoutumée dès long-temps aux impreſſions les
plus tendres , n'avoit pas changé de nature par
l'habitude des combats , & s'étoit du moins réſer-
vé le ſentimentde l'amitié ,comme celui qui con-
FEVRIER. 1764.
22.7
vientleplus à un grand homme. Mais ici fon in-
clination ſe trouvoit encore identifiée avec fon
amour pour la guerre. Il y avoit plus de vingt
ans qu'il étoit lié de l'amitié la plus vive avec М.
de Caftra, Lieutenant -Colonel desCantabres: une
eſtime réciproque avoit toujours refferré ces liens.
Il voulut donc qu'il s'embarquât avec lui ( g ) ,
ainſi que deux Officiers de fon Régiment, dont il
avoit éprouvé la valeur & la capacité h ) . Mais
s'il ménageoit ainſi desſecours utiles à la Colonie
qu'il alloit défendre , quelsſecours plus importans,
encorene ſe préparoit-il pas à lui-même ? Heureux
eelui que lafortune a élevé& qu'elle attache encore,
àdegrands emplois, ſi lorſque l'intérêt particulier,
les cabales , les jalouſies viendront ſe placer entre
lui & le bien qu'il voudra faire , il trouve alors un
ami qui, par ſon eſtime & fon fuffrage , conſole
ſon âme flétrie par l'injuſtice, & lui ouvre un cœur
ſimple & pur , auquel il puiſſe confier le dépôt de
ſa vertu!
M. de Belſunce s'embarqua ſur l'Eſcadre com-
mandée par M. de Blenac; il mit à la voile le 24
Janvier 1762 , & arriva à Saint-Domingue le 16
Mars. Il ſouffrit beaucoup de la mer pendant la
traverſée: mais les devoirs qu'il doit remplir à fon
arrivée lui donnent de nouvelles forces. Il a bien-
tôt acquis une connoiſſance exacte du pays. N
obſerve que la défenſe en eſt trop étendue , &
qu'il n'eſt pas poſſible de s'oppoſer par-tout à un
débarquement. Il ſçait que cette fauſſe idée de dé -
fendre la côte a déja perdu pluſieurs Colonies ;
il ſe réfout donc à prendreune poſition où il ſoir
(g) Ilpaſſa à S. Domingue avec le rang deBri
gadier.
(h) MM. de Renaud& de Milly.
Kvj
228 MERCURE DE FRANCE.
impoſſible de leforcer , &d'où il puiſſe , en casde
deſcentes , harceler & inquiéter aſſez les ennemis
pour les forcer à abandonner leur entrepriſe. Tel
fut le plande défenſe qu'il choiſit , & qui fera cer-
tainement approuvé par quiconque ne préférera
pas l'intérêt de ſon habitation à celui de ſa Patrie.
Les fatigues, les ſoins que de ſi ſages meſures
avoient exigés de lui netardèrent pas à altérer ſa
conſtitution. Son tempérament paya alors au cli-
mat un tribut qu'il ſembloit que ſon âme eût ſuſ-
pendu , tant que ſa ſanté avoit été néceſſaire à la
Colonie. La force de ſa complexion le fit triom-
pher de cette maladie , ainſi que d'une autrequ'il
eut encore peude temps après celle-là.
M. le Vicomte de Belſunce, pendant le court
eſpacede temps qu'il a vécu, a eu du moins la
confolation de recevoir les honneurs ſans les avoir
mandiés.M. le Duc de Choiseul, qui, vingt ans au-
paravant , avoit fait connoillance avec lui les armes
àla main, réuniſſant en ſa perſonne les Placesde
Secrétaire d'Etat , de la Guerre & de la Marine,
ne lui montra ſa ſupériorité qu'en appréciant ſes
ſervices , & en lui faiſant obtenirdes récompenſes
qui auroient perdu de leur prix ſi elles avoient été
follicitées.
M. de Belſunce apprit qu'il avoit été fait Lieu-
tenant-Général & Gouverneur de S. Domingue ;
mais ces honneurs ſi bien mérités ne devoient
ſervir qu'à décorer ſa mémoire. Il fut attaqué au
mois de Juillet 1763. d'une maladie qui le
conduiſit bien- tôt au tombeau. Ce fut alors que
fon courage fut mis à une épreuve nouvelle; il
avoit enviſagé la mort ſans effroi ,' lorſqu'il avoit
été au-devantd'elle ; dans ce moment il la voit
tranquillement s'avancer vers lui. Mais il lui
manque la conſolation d'expirer entre les bras
deſon ami. M. de Castra étoit abfent, &jamals
V
to
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ja
pa
l'a
fu
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0
C
L
Π
コ
FEVRIER. 1764 .
229
ſapréſence n'auroit été plus néceſſaire à M. de
Belſunce. Car dans ces momens extrêmes , l'âme
conſervant encore une activité qu'elle ne peut
plus porter ſur elle-même ,s'élance avec ardeur
vers les objets de ſon amour ; & ce ſentiment eſt
d'autant plus pur en elle qu'alors ily régne tout
ſeul, & n'en partage plus l'empire avec l'intérêt
perſonnel , & l'amour de la conſervation. M.
de Belſunce averti de ſa fin , leva encore une
fois les yeux,regarda autour de lui ,&n'y voyant
pas ce qu'il cherchoit il les referma foudain
comme s'il donnoit le ſignal à la mort qui
s'apprêtoit à le frapper. Déjà les regrèts avoient
fuccedé aux allarmes , déjàle deuil étoitrépandu
parmiceux qui l'environnoient. M. de Castra ar-
rive : en vain on veut l'arrêter en lui diſant qu'il
n'eſt plus tems;il s'élance vers le lit de ſon amis
l'appelle avec des cris douloureux. La mort ſem-
ble les entendre & lâcher ſa proïe. M. de Bel-
funce fort de l'agonie , où il étoit plongé depuis
dix-huit heures: c'eſt vous que je revois ,dit-il ,
que mon fort eſt changé ! c'en est fait , je meurs
content A ces mots, il voit couler les larmes de
ſon ami , il ſe ſent ſerrer dans ſes bras , il veut
le ferrer à ſon tour, il retrouve ſes forces ; l'a-
mitié , cette douce conſolation de ſon être en
combat la deſtruction. M. de Betfunce paroît
rappellé a la vie , l'eſpoir renaît , une joie timide
&inquiette ſe répanddans ſamaiſon.M. de Caftra
lui-même ſe flatte de le conſerver. Mais , M. de
Belfunce ſentoit mieux ſon état. N'eſpérez rien,
dit-il ,mesjours ſont consommés ; la mort habite
déjà dans mes entrailles . ( i ) je ſens l'endroit
où elle me frappe ; ne lui oppoſons point une
réſiſtance inutile: mais tant que nous vivrons
(i) Ilest mort d'une inflammation d'entrailles .
<
230 MERCURE DE FRANCE .
foyons dignes de vivre.Alors il employe le reſte
de ſes momens à faire ſes dernières diſpoſitions.
L'équité la plus parfaite y préſide. A peine furent-
elles conſommées que le moment fatal.
...
Mais
pourquoi nous retracer ces objets douloureux ?
Défenſeur . Offrons-lui le tribut de nos larmes ,
3
Nous avons perdu un Citoyen , un Guerrier , un
fans douteil le merite; mais il a vécuavecgloire, &
ſa vie aété ſans tache : mêlons donc quelques
fleursaux lauriers qui ornent ſa tombe , & n'offen-
fonspasſamémoire pard'inutiles plaintes ; car ce-
lui-là ſeul eſt mort trop tôt quia fini ſes jours, ſans
les avoir rendusutiles à ſon pays.
mort de M. le Vicomte de BELSUNCE, nous eussions
defiré étre alors en état de rendre àſa mémoire,
le tribut de louanges qui lui eft fi légitimement dû ;
& c'est avecgrand plaisir que nous faiſons part au
Public de cet Eloge qui vient de nous être envoyé.
FEVRIER . 1764.
201
ELOGE Historique & Militaire de
M. le Vicomte de BELSUNCE.
DE toutes les passions qui élévent & échauffent
le coeur de l'homme, la plus noble, la plus
pure , celle qui règne encore ſur le ſage l'orf-
qu'il a dompté toutes les autres , c'eſt la gloir e
où le déſir d'éxiſter honorablement dans l'o-
pinion d'autrui. Plus cette paſſion paroît s'éloi-
gner des premièrs appétits de nos ſens ,plus ſon
empire eſt vague & indéterminé , plus il faut
ſeconder ſes élans ambitieux , & aggrandir l'em--
pire de ſes chimères. Nul obstacle ne l'arrête ;
nulle crainte ne l'épouvante: mais elle s'indigne
qu'on lui préſcrive des limites ; car ſon Domaine
eſt le temps & l'eſpace , & la récompenſe l'immor
talité. Que feroit-ce donc , pour le cœur qu'elle
anime, que ce moment ſi court où nous occupons
une petite place dans ce vaſte univers ? Quel
frivoleeſpoirque celui d'une louange incertaine !
Que l'enthouſiaſme prodigue quelquefois ,mais
que l'envie ou l'intérêt particulier ſe hâtent de
corompre ! Quel prix pour la vertu , que ces
honneurs tant de fois profanés , & ces diſtin-
tions ſi ſouvent uſurpées ! La faveur eſt pour
ceux qui vivent , la réputation pour ceux qui ne
font plus. Le grand Homme n'eſt dignemeng
louéque par les regrets. Auſſi voyons-nous tou
tes les ſociétés , où la gloire eſt le ſentiment
dominant,s'attacher principalement à honorerla
mémoire de ceux de leurs Membres , dont la
mort les a privées. Cet uſage a peut-être con
Lv
202 MERCURE DE FRANCE .
tribué , plus que touteautre choſe , à foutenir la
ſplendeur des Académies ; on aime à les voir
commencer à louer lorſque la louangen'eſt plus
ſuſpecte ; il ſemble que ce ſoit là une éléction
nouvelle; &, d'autant plus flateuſe que lerang
qu'elle affigne s'étend à tous les Siécles! Le métier
des Armes regardé parmi nous comme leplus
noble de tous , ſeroit-il donc le ſeul fruſtré
de cet avantage ? Les vrais Amans de la gloire
feront-ils privés de ſes derniéres faveurs ? Et verra-
t-on mourir les plus braves Guerriers comme on
voit tomber tour-a-tour les Victimes deſtinées au
Sacrifice? Mais ſi les malheurs de la Guerre en-
durciſſent nos coœurs , & les accoutument au
Deuil, comment pourrons-nous contemplerd'un
œil indifférent le ſort d'un Officier diſtingué,
qui , après avoir deux fois verſe ſon ſang en
Allemagne , a traverſé les Mers pour chercher
un péril nouveau , ſous lequel il devoit enfin
fuccomber ? Sans douteune telle perte ne doit
pas trouver d'âme inſenſible. Mais c'eſt à l'amitié
a élever la voix pour rappeller aux Militaires le
ſouvenir d'unHomme qui fut leur compagnon ,
& leur ami , & les inviter à répandre encore
des larmes & des Aeurs ſur ſa tombe.
M. le Vicomte de Belſunce , Lieutenant Gé-
néral des Armées du Roi , & Gouverneur de S.
Domingue nâquit en 1720 , dans les Terres (a)
de ſon Père : Il y reçut cette éducation de la
(a) à Méharin en Béarn. Nousnedirons point
ici que M. de Belſunce , étoitforti d'une Maison
Illustre , qu'il étoit le vingtième Vicomte du méme
nomdePère enfils toutes ces chofesferontgravéesfur
des monumens ,nous n'écrivons ici que cequi doit
être gravé dans les cœurs.
FEVRIER . 1764.
203
première enfance, fi importante pour le reſte de
la vie , & pourtant ſi négligée parmi nous.
Placé en arrivant au monde dans ces contrée's
belliqueuſes qui ont vû naître Henry-le-Grand
il ne fut point accoutumé à ces ſoins trop em-
preſſes & toujours indiſcrèts , qui rendent les en-
fans également vains & foibles. Ses parens , pé-
nétrés des principes de l'ancienne Nobleſſe ,
croyoient qu'il falloit avant tout le rendre digne
de vivre , & que ſes jours ne ſeroient précieux
qu'autant qu'il pouroit les rendre utiles à ſa
Patrie. Ce fut donc dès lors qu'il acquit cette
force de tempérament , cette mâle vigueur qui
fait les bons Guerriers ; & cette aiſance , cette
grâce naturelle qui les rend aimables. S'il eſt
vrai que l'accorddes formes extérieures avec les
qualités de l'âme , ou , ſi l'on veut , de la figure
avec le caractère , produiſe cet enſemble , cette
harmonie d'où réſulte la principale beauté , nous
nedevons pas être ſurpris que M. de Belfunce
aitpoſſédé fingulièrement ledonde plaire &de
prévenir en ſa faveur. Sa démarche étoit auſſi
noble & auſſi franche que ſes manières , & ladou-
ceur de ſes mœurs ſe faiſoit ſentir dans toute fa
perfonne. Il aima paſſionnément les éxercices du
corps, fur-tout ceux qui demandent de l'adreſſe
&de l'audace: mais l'émulation qu'il y mit ne fut
jamais ni petite ni vaine. Il ne les regardoit
que comme des moyens quiconduiſent àdesobjets
plus importans ; & comme ſi ſon âme eût porté
en elle- même l'imagede la véritable gloire , on
ne le vit jamais prendre des fantômes pour elle
ni la chercher où il nepouvoit pas la trouver.
Elevé parmi les Baſques , leurs éxercices & leurs
jeux lui plurent infiniment. Il avoit même ſi
bienapprisleur langue qu'il ne l'a jamais oubliéć ,
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
'& qu'il la parloit auſfi facilement que le Fran-
çois. (b ) Mais on vit bien-tôt ſe manifeſter en
lui un goût décidé pour la guerre ; & lorſque
nos goûts font vifs& foutenus , ils ne tardent
pas à devenir des talens. Le cours des Etudes
ordinaires , époque pendant laquelle on paroît
plutôt attendre l'âge de jouer un rôle que s'y
préparer , ne lui offrit que de foibles attraits. Eh !
que voit-on en effet dans laplupart des Ecoles ?
La Science , concentrée dans des règles puériles
paroît tourner toujours ſur elle - même & ne
s'appuyer jamais ſur les rapports & les beſoins
des hommes. Si l'on eût dit à M. de Belſunce,
que l'étude rendit César , le premier de ces
Romains , qui étoient les premièrs de la terres
fi on lui eût raconté comment Lucullus , en
cultivant les Lettres , ſe mit en état d'être un
grand Général le jour qu'il voulut le devenir ;
ſi on lui eût fait ſentir combien leur commerce
aggrandit l'âme , & comment toutes les grandes
choſes ſe tiennent , ſans doute il auroit fait de
rapides progrès dans une carrière où la facilité de
ſon eſprit ſembloit l'appeller & nous ajou
terions un article à ſon Eloge , quand même
nous ne l'enviſagerions que comme Homme
de Guerre. Il falloit à M. de Belſunce , des
études plus Analogues à ſes penchans. Il les
trouva dans le Régiment du Roi. On ſçait aſſez
que , dans ce Corps reſpectable , la jeuneſſe
reçoit des leçons en temps de Paix , comme elle
y trouve des éxemples en temps de Guerre. Il y
entra en 1739 , & continua d'y ſervir juſqu'en
3745. Rappeller les actions de ce Régiment c'eſt
: (b) On ſçait que le Basque est une langue mère
bien antèrieure à la nôtre.
FFVRIER. 1764.
205
raconter celles de M. de Belſunce , qui n'occu-
pant alors qu'un rang ſubalterne , ſe trouvoίε
confondudansla foule des braves gens , & faifoit
des choſes mémorables, fans pouvoir ſe diſtin-
guer. Perſonne n'ignore comment cette troupe
valeureuſe ſouffrit à Prague les horreurs d'un
Siége, & celles de la famine ; & comment ces
Guerriers invincibles alloient dans les ouvrages
des ennemis , braver la mort , qu'ils retrouvoient
enfuite ſous un aspect encore plus horrible
,
lorſque , rentrant en triomphe dans leurs murs ,
ils voyoient autour d'eux la difette & la conta-
gion. Tels furent pour M. de Belſunce , les
prémices de la vie ; tel fut lejourterriblequi bril
la ſurſon Printemps.
En 1745. il quitta l'Infanterie & obtint une
Compagnie de Dragons. Ici ſes ſoins ſe multi-
plient. Ilne ſuffitpasà l'homme qu'il va comman-
der d'être brave &docile , il faut qu'il ſoit pro-
fond dans l'art de maîtriſer , de conduire cet
animal courageux , non moins utile au combat
que leGuerrier lui-même. Le Dragon également
deſtiné aux fiége, aux batailles & aux eſcarmou-
ches , doit être à la fois , Fantaſſin , Cavalier &
Huſſard. Dans le combat , fixe dans ſon rang,
attentifau moindre ſignal; dans l'eſcarmouche ,
rapide & léger , ſe ſervant de Chef à lui-même :
par-tout ſon rôle eſt différent , par-tout il luk
fautde nouveaux talens : tantôt il doit preſſer la
courſe de ſon cheval , tantôt la modérer , & la
régler avec une éxactitude géométrique. Cen'eſt
pas tout, cen'eſt même rien encore: fi lorſque
lerepos ſuccède aux travaux ,de conducteur im-
périeux il ne devient pas protecteur attentif &
complaiſant;dès que ſon cheval ne leſert plus ,
c'eſt àlui à leſervir , à lui procurer une nourriture
1
106 MERCURE DE FRANCE.
convenable , à ſoigner ſesbleſſures &àréparer ſes
forces abbatues.
M. le Vicomte de Belſunce , entrant dans
les plus petits détails , fut bien-tôt en état de
donner en tout l'exemple & la leçon. Il ſentit
dès-lorscombien ces détails étoient importans ,
&il jugea qu'ils ne devoientparoître minucieux
qu'à celui qui n'a pas allez d'étendue d'eſprit
pour appercevoir la chaîne qui les lie aux plus
grandes choſes. Il faut avouer qu'alors on
ignoroit aſſez généralement que s'attacher à
avoir de belles troupes , c'étoit travailler à en
avoirde bonnes ; que ſi l'onveut qu'un homme
foit ſoldat un jour d'action , il faut qu'il le ſoit
tous les jours de ſa vie; enfin que tout ce qui
accoutume à l'ordre & à l'obéiſſance conduit
directement à la victoire. Scipion paſſe en revue
fon armée, il remarque le cheval de Marius
c'étoit lemieux ſoigné,le mieux équipé de toute
ſa Cavalerie. Scipion loue , protége, éléve Ma-
rius,& ce regard d'un grand Général dévoile les
talens d'un homme dont le nom retentit encore
mille ans après ſa mort en des climats où il
n'étoit jamais parvenu de ſon vivant. Et cepen-
dant ladiſcipline &l'exactitude ſont traittésparmi
nousde ſoins frivoles & puériles. M. le Vicomte
de Belſunce penſa tout autrement , & nous ne
pouvons nousdiſſimuler que ce qui lui mérite
nos Eloges, lui attira ſouvent la jaloufie & la
critique. Il n'y répondit qu'en perſévérant ; il
ſçavoit que la diſpute aigrit les eſprits , & que
l'exemple les ramene. Sa modeſtie , ſa fran-
chiſe,la fimplicité de ſes mœurs lui firent enfin
pardonner ſes talens.
La Guerre continuant avec la même vivacité,
M. de Belfunce ſetrouva dans la plupart des ac
FEVRIER. 1764.
207
tions qui ſe paſſerent enFlandre: il profita de
cesoecaſions pour s'inſtruire profondément dans
l'Art de conduire &de faire combattre la Cavale-
rie : artd'autant plus difficile qu'il demande un
jugement à la fois für & rapide, qu'il éxige le
flegme & l'impétuoſité , & ne laiſſe ſouvent
qu'un moment pour décider du fort d'une Ba-
taille. Ce fut lorſque M. de Belſunce ſe trouva
chargéde conduire des Détachemens conſidéra-
bles ,qu'il ſentit tout le prix de l'expérience qu'il
avoit acquiſe dans les Dragons.
Cependant une nouvelle carrière s'ouvre pour
lui. M. lePrince de Monaco ayant été fait Ma-
réchal de Camp : le Roi donna ſon Régiment
au Vicomte de Belſunce ;
c'étoit un des plus
anciens & des plus braves Régimens del'Infan-
terie Françoiſe. La Paix dont on commençoit
àjouir , ne fut pas un obſtacle à l'émulationde
ce nouveau Colonel. Les premières années de
cette paix furent un temps d'activité pour l'In-
fanterie. Nos neveux auront peine à croire
qu'une Nation , qui venoit de faire la guerre
pendant huit ans avec trois cens mille hom-
mes de troupes , n'avoit pourtant ni Tactique ,
ni Exercice , ni Diſcipline. Il fallut de nouveaux
Réglemens fur prèſque tous les objets du Ser-
vice Militaire. Les premieres Ordonnances qui
parurent n'eurent pas tout le fuccés qu'on en
attendoit; on les corrigea , on en fit de nouvelles.
Et celles-ci , quoique plus prèsdu but qu'on ſe
propoſoit laiſfoient encore dequoi travailler à
ceux qui , comparant toujours la pratique &
la théorie, ne trouvent riende beanque ce qui eſt
bon & utile. L'Hiſtorien Jofeph , en louant la
Diſcipline des Romains, diſoit que leurs Exerci-
ces étoient des Combats où le ſang n'étoit pas
الله
208 MERCURE DE FRANCE.
répandu , & leurs Combats des Exercices enfan-
glantés. M. le Vicomte de Belſunce fondoit tout
ſon ſyſtème ſurce rapport immédiat que doivent
avoir les évolutions des Exercices avec celles des
Combats . Toute manœuvre difficile & com-
pliquée fut rejettéecomme inutile & même com-
me nuifible. L'objet des évolutions , diſoitil , ne
peut être que de changer dediſpoſition ou de
lieu ; dans ces deux cas le moyen le plus fim-
ple & le plus prompt eſt toujours préférable.
Son Régiment fut donc accoutumé à exécuter
des mouvemens aiſés , mais rapides : ſe rompre ,
ſe réformer , ſe développer en un clin d'œil
n'étoit plusqu'unjeu pour lui.
Les Militaires étoient alors partagés ſur un
point qui n'a pas moins élevé de diſpute parmi
eux,que la queſtion ſur la prééminence des anciens
ou des modernes ( c ) n'en a fait naître parmi
les Gens de Lettres. Il s'agiſſoitde ſçavoir ſi les
affairesd'Infanteriedevoient ſe décider par le feu
ou par l'arme blanche. Les François , diſoient
les uns , naturellement vifs & impétueux , doivent
attaquer avec la Baïonnette ; tandis que les
Allemands , plus lents &plus flegmatiques , met-
tront toute leur confiance dans leur feu. Les
autres prétendoient qu'une troupe , accoutumée
à tirer vite & avec ordre , ſeroit aſſurée de la
Victoire ; parce qu'elle détruiroit ſon ennemi
avant qu'il pût la joindre. A entendre difputer
(c) On pouvoit comparer les partiſans de l'Ar-
me blanche à ceux des anciens & les partiſans
du feu à ceux des modernes , & cela d'autant
mieux que le fort de la querelle rouloitfur la
prééminence des anciens Militaires fur les Mi
litaires modernes.
FEVRIER. 1764.
209
gravement ſur cette matière on eût dit qu'il en
étoitdes armées comme de deux hommes qui
veulent ſe battre en duel , & qui choififfent en-
tre l'épée & le piſtolet. Il s'en faut bien cepen-
dant que les batailles ne ſe décident ainfi. On
peut les rapporter toutes à ces deux objets géné-
raux ; l'attaque & la défenſe. De deux armées
qui combattent , l'une veut défendre un terrein ,
& l'autre l'emporter: celle qui le défend tâche
d'entirer le meilleur parti poſſible, ſoit en ap-
puyant ſes flancs , ſoit en profitant des hauteurs ,
foit en couvrant ſon front de quelques retran-
chemens naturels ou artificiels : dans ce cas , fon
ordre de Bataille eſt déterminé par des points
principaux ; la place où elle ſe trouve eſt la
plus avantageuſe pour elle , & c'eſt là qu'elle doit
recevoir le combat. Il faut donc qu'elle y atten-
de ſon ennemi,& queque lorſqu'il approchera, elle
lerepouſſe par ſon feu. On ſent que fi elle alloit
au-devant delui ,elle perdroit tout l'avantage
deſa poſition.Le principe de l'Armée qui attaque
eſt tout oppoſé. Il s'agit de forcer l'ennemi
dans un des points principaux de ſon ordre de
bataille. Comme c'eſt à elle à manœuvrer , elle
doit luidonner de la jalouſie par-tout , afin de
lui dérober la connoiffance de l'endroit où elle
doit attaquer & où elle ne manquera pas de
porter la plus grande partie de ſes forces; ré-
parant ainſi par le nombrele déſavantage de la
poſition. Dans ce cas , les troupes qui attaquent
doivent s'efforcer d'arriver ſur l'ennemi le plus
promptement qu'il eſt poſſible: car juſqu'à ce
qu'elles l'ayentjoint, elles ſeront expoſées à un
feu qui ſera toujours ſupérieur, puiſque des trou-
pes qui font en repos tirent beaucoup mieux que
celles qui marchent. Ajoutez à cela l'effet pro
210 MERCURE DE FRANCE .
digieuxd'une Artillerie placée avantageuſement,
& vousconviendrez que tout ſe réduit àce prin-
cipe qu'il faut attaquer avec l'arme blanche , &
ſe défendre par le feu. Il ſuit de-là que les
Soldats doivent être accoutumés à marcher avec
vivacité , quoiqu'avec ordre , & à tirer prompte-
ment , quoiqu'avec flegme & adreſſe.
M. le Vicomte de Belſunce ſentit mieuxqueper-
ſonne cette double néceſſité. Son Régiment fut
éxercéà marcher avec cette rapidité quieſt ſi natu-
relle à la Nation Françoiſe , mais avec un ordre
qui lui étoit tout nouveau. Lorſquedans les éxer-
cices on formoit une attaque ſimulée, les ſoldats
redoubloient imperceptiblementla viteſſe de leurs
pas juſqu'à ce qu'étant ſuppoſés prêts à joindre
l'ennemi , ils priſſent leurcourſepour tomber ſur
lui avecdes cris de victoire que toutes les Nations
ont adoptés à l'éxemple du Barritusdes Romains.
Mais l'ordre & ladiſcipline les ſuivoient juſques
danscedéſordre apparent; le moindre ſignalles
rallioit, & à la place d'une troupe débandée &
abandonnée , vous revoyez ſoudain une ligne
d'infanterie marchant gravement &pofément.
En s'occupant ainſi de l'artd'attaquer,il ne fal-
loit pas négliger celui de ſe défendre. M. le Vi-
Comte de Belſunce ſçut encore le perfectionner.
Il remarqua que les feux qu'on faiſoit éxécuter
dans les éxercices n'avoient pas affez de rapport
avec ceuxqui ſe pratiquentdans les combats. Dans
les premiers, l'ordre eſtdifficile & minucieux; dans
leſecond,laconfuſion eſt exceſſive. M. de Bel-
funce ſcut trouver un juſte milieu. Il introduifit
une méthodepar laquelle le ſoldat paroiſſant tirer
àſavolontéentretenoit un feu réglé,fuffiſamment
nourri , & qui nes'éteignoitjamais. Il avoit obſer-
véquedans lecombat,lepremier rang ne met
?
FEVRIER. 1764.
211
toitpas un genou à terre , comme à l'exercice ;
il trouva le moyende faire tirer les trois rangs
debout: par-là ,il gagna du temps &de la préci-
fion, & fur-tout le grand objetde la conformité
parfaitede l'exercice avec le combat.
Nous n'entrerons pas ici dans le détail de tous
les ſoins qu'il ſe donna pour établir la régle &
la diſcipline dans tous les points.
C'étoit aux
ſuccès à faire l'éloge du travail qu'il avoit fait
pour inſtruire les autres & s'inſtruire lui-même .
Il falloitdone que la guerre mît au jour ſesta-
lens. Elle s'alluma en Allemagne dans l'année
1757. Le Régiment de Belſunce ſervitdans l'ar-
mée de M. le Maréchal d'Etrée. La bataille d'Haf-
tembeck qui nous valut l'Electoratd'Hanovre fuc
plus déciſive que ſanglante. L'attaque queM. de
Chevert exécuta ſur le flane gauche des ennemis,
en aſſura le ſuccès avant que le reſte de l'armée
les eût pu joindre. Le Régiment de Belſunce ,
quoique deſtiné à une attaque , & ayant la tête
d'une colonne, n'eſſuya qu'une pertelégère.Mais
le courage impatient deM. de Belſunce l'avoit
conduit à de plus grands dangers. M. leMar-
quis d'Armentieres , aux ordres de qui il étoit.
avoitjugé à propos de former une avant-gardede
neuf Compagnies de Grenadiers. Ce Général
croyantque M. de Belſunce préféreroit de reſter à
la têtedela Brigade qu'il commandoit, avoit con-
fié la conduite de ce détachement à M. de laBla-
chette , Lieutenant Colonel de ſon Régiment.
M. de Belfunce , plus attaché à la gloire qu'a fon
grade, jugea que le poſte le plus honorable étcit
oùledanger feroit leplus grand ; il reclama fes
droits & l'on croira aiſément qu'il fut écouté ſans
humeur. M. de la Blachette fut donc obligéde
lui céder , quoiqu'à regret , & de tous les actes
212 MERCURE DE FRANCE.
de ſubordination , c'eſt le ſeul qui lui aitjamais
couré.
M. de de Belſunce précéda la diviſion de M.
d'Armentieres , & ſe porta rapidement ſur une
batterie a laquelle s'appuyoit la gauche des enne-
mis. Il étoit prodigue de ſa vie; mais c'étoit fur-
tout , lorſqu'il pouvoit en s'expoſant épargner
cellede ſes ſoldats Avant de les conduire à l'atta-
que , il veut voir de plus près & reconnoître lui-
même , il s'avance ſeul , & tandis qu'il examine,
il reçoit un coup de fuſil qui lui traverſe le bras.
Cette bleſſure ne l'étonne pas ; elle ne l'afflige
même que parce qu'elle l'oblige à ſe retirer , &
l'empêche d'être plus long-temps utile à ſa Pa-
trie. Mais il craint que le malheur arrivé au Chef ,
ne décourage les foldats; il diſſimule la douleur
qu'il éprouve , cache ſa retraite & s'éloigne avec
peine regardant ſouvent derriere lui , comme le
paſſagerconfidèredans un morne ſilencele rivage
qu'il va perdre de vue.
Les malheurs inattendus qui ſuivirent cette
campagne glorieuſe , ramenèrent l'armée ſur les
bords du Rhin. M. de Belſunce n'y rencontra pas
les mêmes périls que ſur les bords du Wezer , il
ſe trouva à la bataille de Crevelt , mais non pas à
l'endroit où ſe paſſa le fortde l'action . Privé d'une
occafionde ſe diftinguer , il ſe plaignitde la for-
tune& l'accuſa d'injuſtice ; mais il eut plus à ſe
plaindre encorede la manière dont elle la répara .
La diverſion que M. le Prince de Soubiſe avoit
opéréedans la Heſſe , & la Victoire que M. le
Maréchal de Broglie avoit remportée à Sun-
dershaufen avoient déterminé M. le Prince Fer-
dinandà repaſſer leRhin , & à envoyer une gran-
departiede ſon armée au ſecours de l'Electorat
d'Hanovre. M. le Maréchal de Contades envoya >
FEVRIER. 1764.
213
de ſon côtéun ſecours àM. le Prince de Soubiſe,
qui le mit en état d'attaquer & de battre les enne-
misdansla poſitionavantageuſequ'ils avoientpriſe
près de Luttersberg Le Régiment de Belſunce
faiſant partie de ce ſecours , ſe trouva aux ordres
de M. de Chevert, qui dans cette occafion , atra-
qua & plia encore le flanc gauche des ennemis.
M. de Belſunce fidèle à ſon inclination , marcha
à la tête des Grenadiers comme il avoit fait à
,
Haſtembeck. Une pareille récompenſe l'attendoit.
A la première décharge il reçut un coup de feu
dans le bas-ventre , que les Chirurgiens jugèrent
fur le champ devoir être mortel; il fut tranſporté
àCaffel , & de la à Marpurg ſans forces & fans
mouvement , n'ayant que ce qui luifalloitde con-
noillance pour entendre à chaque inſtantdes fol-
dats & des Officiers qui demandoient s'il étoit
mort. Queſtion cruelle ! à laquelle ceux qui le
portoient ne répondoient que par des ſoupirs , &
que lui ſeul écoutoit ſans en être ému.
Quelque dangereuſe qu'eût paru cette bleſſure,
les ſuites n'en furentpas funeſtes. La vigueur de
fon tempérament , & fur-tout le calme de ſon
âme hâtèrent ſa guériſon. Elle fut même ſi promp-
te que tout le monde en fut ſurpris. Au bout de
fix ſemaines il monta à cheval , & reprit ſes tra-
vaux ordinaires ; car l'hyver n'y metroitpointd'in-
tervalle : le Roi venoit de lui accorder le gradede
Brigadier il fut employé en cette qualité dans la
Ville de Duffeldorff, où ſa mémoire eſt encore
chérie, ainſi que dans tous les lieux amis ou enne-
mis , où il a eu quelques commandemens.
On ne ſe ſouvient que trop de la campagne de
1759 , époque malheureuſe pour les armes Fran-
çoiſes ! Le 31 Juillet , la Heſſe étoit conquiſe ,
Munſter & Minden étoient en notre pouvoir , &
214 MERCURE DE FRANCE.
nous étions prêts de nous rendre maîtresde l'Elec-
torat d'Hanovre. Les ennemis déconcertés , ſans
plande défenſe , ſans moyens , ſans reſſources,
n'avoient plus que leur Chefpour toute eſpéran-
ce. Le premier d'Août à neuf heures du matin la
ſcène étoit totalement changée ; l'armée Fran-
çoiſe, abandonnant toute idéede conquête ,ſe fût
trouvée trop heureuſe d'avoirune retraite aſſurée
&l'eſpoir d'arriver ſur les bords du Rhin: tant le
fortdes batailles eſt incertain &terrible ! Leçon
redoutable! que toutes lesNationsbelliqueuſes ont
ſouvent donnée & reçue , mais qui ne corrigera
jamais les François de l'impatience decombattre !
Danscette malheureuſe journée , dans ce court
eſpacede temps où ſe décidoit le ſort des Nations ,
M. de Belſunce eut occafion de ſe diſtinguer à
la tête de ſon Régiment. Les brigades de Picardie
&de Belſunce qui compoſoient la droite de la
première ligne , ayant été formées des premières ,
M. leChevalier de Nicolaiqui lescommandoit, les
mit en mouvement pour marcher aux ennemis
mais les autres diviſions , tant de première que
de ſeconde ligne , n'étant pas arrivées, ou n'étant
pas àportée de le ſoutenir , ce Général fut obligé
decommander defaire halte. Pendant cetemps-
là le combat s'étoit engagé à notre centre : les
ennemis encouragés par les avantages qu'ils y
avoient déja remportés , ſe déterminèrent à y
conduire la plus grande partie de leurs forces..
Une colonne de Cavalerie déboucha vis-à-vis le
flanc gauche de la diviſion de M. de Nicolai ; le
Régiment de Belſunce occupoit cette gauche qui
ſe trouvoit abſolument à découvert: il n'y avoit
que deux momens , l'un pour voir ledanger ,
l'autre pour le prévenir. M. de Belſunce ne perd
ni l'un ni l'autre , il change en un clin d'œil l'or-
FEVRIER. 1764.
215
dredeſa brigade & fait faire un mouvement au
premier bataillon , par lequel il ſe trouve faire
face ſur le flanc gauche. Dans cette diſpoſition
impoſante, ilattendlechocaveccette fermetéqui
annonce preſque toujours le ſuccès ; le Général
ennemi s'en apperçoit & voit à quelques diſtances
de-là , une autre brigade qui lui offre une victoire
plusaiſée; il fait ſurlechampun ſignede lamain,
ſedétourne, & laiſſant le Régiment de Belſunce
derrierelui , il va attaquer cette brigade qui fut
preſqu'entierementdétruite. Lecentre de l'armée
ayant été mis en déſordre , & le fort de cette
journée étantdéja décidé, M. le Chevalier de Ni-
colain'eut d'autre parti à prendre que de retirer
ſesdeuxbrigades. Ileſtaiſéde juger combien cette
retraite fut périlleuſe pour le Régiment de Bel-
ſunce qui avoit les ennemis derriere lui & ſur ſon
flanc : elle s'exécuta cependant avec un ordre ad-
mirable & une tranquillité parfaite 3 on eûtdit
queles ennemis charmés de ceſpectacle avoient
oublié qu'il falloit combattre , & croyoient aſſiſter
à un exercice.
Les ſuites de cette bataille ayant ramené l'ar-
mée Françoiſe ſous Gieſſen , M. le Maréchal de
Broglie en vint prendre le commandement le 3
du mois de Novembre , &déclara que le Roi avoit
donné à M. de Belſunce la place de Major Géné-
tal. Celui-ci ne l'avoit ni demandée ni deſirée ;
mais cette grace fut le fruit de l'eſtime que fon
nouveau Général avoit conçue pour lui; eſtime
plus flatteuſe en elle-même , que tout ce qui
pouvoit en être l'effet.
La VilledeGieſſen placéeentreles deux armées
&hors d'état de ſoutenir un long fiége , paroif
ſoit être deſtinée à ſubir la loi du plus opiniâtre.
Malgré la rareté de toute eſpèce de ſubſiſtance,
l'armée Françoiſe tint la campagne juſqu'au 16
216 MERCURE DE FRANCE .
Janvier 1760 , & les Alliés furent obligés de re-
noncer à l'eſpoir de la conquête de Gieſſen , qui
ſeul avoit pû leur faire ſupporter les fatigues ex-
ceſſives d'une fi longue campagne. On avoit pris
denotre côtédes meſures ſi ſages , que les trou-
pes ne manquèrent jamais de rien , & qu'elles
Tentrèrent dans leurs quartiers en auſſi bon état
que ſi la campagne avoit fini au mois d'Octobre ;
les foins que M. de Belſunce ſe donna dans cette
occafion , répondirent parfaitement aux intentions
de ſon Général. Il fallut les continuer pendant
tout l'hyver. Comme il étoit déja très - avancé
lorſque l'arméeſe fépara , il ne reſtoit qu'un très-
court eſpace de temps pour réparer & com-
pletter les troupes. M. de Belſunce alla vifi-
ter tous lesquartiers qui occupoientune étendue
deplus de 80 lieues , & préſida a tous les travaux.
Leplus important de tous reſtoit encore à faire .
&M. le Maréchal de Broglie en étoit profondé-
mentoccupé à Francfort; il s'agiſſoit de remédier
àdes inconvéniens innombrables , dont notre fer-
vice étoit rempli. L'expérience les avoit fait ſuf-
fifamment connoître , mais les peines qu'on s'é-
toitdonnées pour y remédier "n'avoient eu au-
cun ſuccès. Bacon dit que l'erreur la plus com-
mune à ceux qui commandent, eſt de vouloir la
fin ſans permettre les moyens. Dans cette occa-
ſion il n'y en eut point de négligés. Etablir la dif-
cipline parmi les foldats, plutôtpar les précau-
tions qui préviennent les fautes, que par les châ-
cimensqui lespuniſſent; en multipliant leurs de-
voirs , diminuer leurs fatigues & ajouter à leur
bien- être , aſſurer à la fois la célérité & le ſecret
dans les marches & les détachemens ; maintenir
la tranquillité & l'abondance dans les camps;.
ménager le pays ennemi , & s'y préparer des
refſources ;
42
:
FEVRIER. 1764.
217
reſſources ; ſe concilier les peuples par la juſtice &
la modération , & faire marcher l'humanité à la
ſuitedes armées : tel fut le plan que ſe propoſa
M. le Maréchal de Broglie , & qu'il remplit dans
touteſon étendue , en donnant le Réglement
de 1760(d) .
M. le Vicomte de Belſunce eut beaucoup de
part à ceRéglement ,dont la plus grande partie
des objets étoient du reffort du Major Général ,
mais le Régimentdes Gardes Françoiſes ayant re-
joint l'armée, M.deCornillon,Majorde ceCorps,
reprit les fonctions de Major Général , qu'il avoit
éxercées pendantles trois campagnes précédentes.
M. le Vicomte de Belſunce fit donc la campagne
de 1760à la rêtede ſonRégiment & en qualité
deBrigadier. Le ſort ne voulut pas qu'elle lui
offrît des occafionsde ſe diſtinguer autrement que
par ſon émulation qui le conduiſoitdans tous les
endroitsoù il pouvoit s'inſtruire. Iln'y eutpreſque
pointd'actionoù ilneſe trouvâtcomme volontai
re, &par-tout où il ſe trouva , il donna toujours
l'exemple. Mais l'hyver devoit lui faire retrouver
lesoccafions qu'il avoitinutilement cherchéespen-
dant l'été.
Depuis lecommencement dela guerre, onn'a
voitencoretenté qu'une fois de prendre desquar-
*tiers ſur le bord du Wezer ; & quoique toutes les
places fuſſent alors en notre pouvoir , & que le
paysabondât encoreenſubſiſtance,on fut bientôt
obligé deſe retirer avec une perte conſidérable.A
la fin de l'année 1760 , la conſervationdu pays
qu'on avoit conquis , étoitbien plus difficile. Lipf-
tadt, Munſter , Hamelen & Hanovre étoient en-
(d) Ce Réglement a été adoptédepuis parMef-
fiçurs lesMaréchauxd'Etrées & de Soubiſe.
K
218 MERCURE DE FRANCE.
core occupés par les ennemis ; la Heſſe qui avoit
prèſque toujours été le théâtre de la guerre , ſe
trouvoit entièrement ravagée ; la communica-
tion avec le Bas-Rhin , étoit trop étendue & trop
difficile. Le génie & l'activité ſurmontèrent tous
les obitacles. Le pays étoit ouvert , & la première
ligne des quartiers n'avoit point de place forte
pour la couvrir , en trois ſemaines de temps on
en créa , on en approviſionna une capable de
contenir cinq ou fix mille hommes de garniſon ,
& l'Allemagne étonnée compta une fortereſſe de
plus.
Qu'il nous ſoit permis d'interrompre le récit
*d'une longue & malheureuſe guerre par une ré-
Héxion confolante pour l'humanité. Goetingue ,
l'aſyle des Muſes , le ſiége d'une Univerſité célé-
bre , voit ſes portiques & ſes lycées changés en
remparts , & remplis de ſoldats.Tel fut le fort de
Rome & d'Athènes ; mais les barbares qui ſoumi-
rent ces Villes , détruiſirent également , & les
Sciences , & les Peuples qui les cultivoient. Les
François qui viennent dans Goetingue , braver àla
fois les périls de la guerre , la rigueur de la ſai-
fon& ladiſette qui les menace; les Françoisſontles
protecteurs &les amis des Lettres. L'Officier dans
l'intervalle de ſes travaux vienvient écouter les le-
çons d'un Profeſſeur qu'il reſpecte & qu'il honore,
& le Grenadier qui défendit hier l'accès d'une re-
doute , conſerve aujourd'hui avec la même vigi-
lance le dépôt des Muſes , dont la garde lui a été
confiće. Tel eſt l'empire de la Philoſophie, qu'il
adoucit la guerre elle-même , & qu'il fait régner
les mœursjuſqu'au ſein des combats.
M.le Maréchal de Broglie , après avoir mis
l'élitedeles troupes dans Goetingue, n'avoit garde
de négliger le choixdes Commandans. Il tomba
FEVRIER. 1764.
219
furM. leComte de Vaux , Lieutenant-Général &
ſurM. leVicomte de Belfunce. L'hiſtoire prèſque
incroyable de ce qui s'eſt paflé dans l'hyver de
l'année 1761, eſt le ſeul éloge qui ſoitdigned'eux.
M. leComte de Vaux, qui auroit fait un prodige
enſe procurant ſeulement les moyens de confer-
ver ſa place , ſe prépare ſur le champ ceux d'atta-
quer les ennemis & de les inquiéter par-tout.
Dès le 27 Janvier, leVicomte de Belſunce fort à
la tête d'un détachement conſidérable qui étoit
deſtiné à favoriſer par une diverſion les expédi-
tions du Comte de Stainville & du Comte de Nar-
bonne; il cherche les ennemis , les trouve en for-
ce, les attaque , & leur tue ou leur prend trois
cent hommes, tandis que le Comte de Stainville
enléve un corps Pruffien , & le Comte de Nar-
bonne un bataillon Hanovrien .
On ſe rappelle les efforts prodigieux que firent
les Alliés, lorſqu'après s'être combinés avec les
Prufliens , ils nous attaquèrent de toute part,&
voulurent nous contraindre à abandonner la
Heffe. La garniſon de Goetingue n'a bien-tôt
plus de communication avec l'Armée ; elle en
ignore ladeſtinée,ou les ſeules nouvelles qu'elle
en reçoit lui apprenent qu'elle eſt prèsde Franc-
fort. C'eſt dans ce moment que ſon courage &
ſon activité redoublent ; il faudroit un journal
détaillé pour raconter ici tout ce que M. de
Belſunce fitderemarquable : il n'y eur préſque
pointdejourqui ne fût ſignalépar quelques avan-
zages. Ilapprend que les ennemis occupent Du-
Derſtadt , Ville éloignéede Goetingue de près
de fix lieues. Ily marche , les ſurprend , & fair
350 priſonniers. Après avoir diſſipé ſucceſſive-
ment,tous les corps qui obſervoient la garniſonde
Goetingue, il raffemble ſa Cavalerie; fort de
Kü
220 MERCURE DE FRANCE...
la Ville ,& va s'établir à plusde quatre lieues de
làdans celle de Northeim : il y ramaſſedes ſub-
ſiſtances ; léve des contributions juſques dans
Eimbeck , & s'avance lui-même à Seeſen ſur
le chemin de Brunſvick on il enléve cent Cava-
liers & cing Officiers. A peine est-il revenu qu'il
ſe porte rapidement d'un côté tout oppoſe. II
paffe la Leine; met en fuite les ennemis , & leur
tue ou prend trois cens hommes. Le retour de
l'Armée ennemie qui avoit été chaffée de la
Heſſe l'ayant obligé de rentrer dans Goetingue,
il apprend peu de jours après que le Colonel
Collignon occupe Northeim avec un Bataillon
Prufſfien; il fort à la tête d'un gros détachement
ſecondé par M.le Marquis de Durfort : ils fon-
dent tous deux ſur l'ennemi ; nos Dragons
joignent l'Infanterie au moment où elle ar-
rivoit à un Pont au -delà duquel elle de voit
trouver ſon ſalut. Ils la cottoyent & en efſuyent
tout le feu , pour aller s'emparerdu Pont. Trois
cens prifonniers , & deux pièces de Canon ſont
le prix de cette manœuvre hardie. Les deux
Armées avoient pris leurs quartiers , & le calme
étoit rétabli partout : mais M. de Belſunce
croyoit qu'il n'étoit jamais temps de ſe repoſer
lorſqu'il reſtoit quelque choſe de glorieux à
faire. On lui rapporte qu'un Bataillon de la
légion Britannique occupe Daffel ; il va pour
l'attaquer , mais il trouve à ſa place troisBa-
taillons d'Infanterie ennemie ; il les contraint à
ſe retirer, & les fait tenir en échec tandis qu'il
pourſuit le Bataillon de la légion Britannique ,
qui cherchoit à regagner le bois, quoiqu'il eûr
été renforcé par un corps de Grenadiers & de
Cavalerie. M. de Belſunce à la tête de nosDra-
gons joint ces troupes réunies ,les attaque,les
FEVRIER. 1764.
piécedeCanon.
221
défait & ramene deux cens priſonniers avec une
Nous ne finirions pas fi nous voulions rap-
porter tous les avantages de moindre confé-
quence qu'il remporta pendant fon ſéjour à
Goetingue. Il nous ſuffira de dire qu'on n'a pas
enlevé aux ennemis un poſtede trente hommes ,
qu'il ne l'ait été reconnoître lui- même,&qu'il
n'ait conduit les troupes à l'attaque.
LeGrade de Maréchal de Camp , &leCom
mandement d'une avant-garde , furent la récom-
penſe qu'il reçut de ſes ſervices ſignalés.
L'Armée Françoiſe ſe raſſemble ; les opéra-
tions de laGuerre vont recommencer , mais on
ne peutpas dire de M. de Belſunce qu'il rentre
en campagne : avec de nouvelles Troapes it
marche àde nouveaux ſuccès. Le Général Spor-
cken, àla têted'un corpsde quinze millehommes ,
gardoit les défilés de la Dimel. M. Le Maré-
chal de Broglie les fait tourner par deux corps
commandés par M. le Marquis de Poyanne ,
& M. le Baron de Clozen. Il ſe préſente lui-
même devant le Général Sporcken : celui - ci
profite de la nuit pour ſe retirer. Le Vicomte
de Belſunce avec deux Régimens de Dragons ,
&un Régiment de Troupes Légéres le joint , &
L'oſe attaquer. En vain l'Infanterie ennemie croit
ſe mettre à couvert dans un bois ; notre Cavale-
rie y pénétre , & la diſperſe , treize pièces de Ca-
non , deux cent priſonniers ,& tous les Equipages
des ennemis reſtent en nos mains. De toutes les
actions où s'étoit diſtingué M. de Belfunce cel-
le-ci fut laplus flatteuſe pour lui , parce qu'elle
ſe paſſa prèſque ſous les yeux de ſon Général ,
qui arriva au moment où elle finiſſoit.Mais telle
étoit lamodeſtie , & l'élévationde ſon âme , que
:
K iij
:
222 MERCURE DE FRANCE.
s'occupant moins de ce qu'il avoit fait que de
ce qu'il auroit voulu faire , il n'aborda le Maré-
chal de Broglie quiavec crainte & parut furpris
des éloges qu'il en recevoit.
Juſqu'ici le fuccès a toujours accompagné
notre Héros; ilmanquedonc quelque choſea fa
gloire: car comment connoître les hommes qui
n'ont pas connu l'adverſité! ne craignons point
pour lui cette épreuve : elle mettra ſon mérite
dans tout ſon jour. M. le Maréchal de Broglie
étoitencore enWestphalie, mais il méditoitle pafa
fageduWezer, & il vouloit s'aſſurer la communi
cation de Goeringue. Il y envoya M. le Vicomte
de Belfunce avec le corps qu'il commandoit.
LeGénéral Lukner dont on connoit la capacité
& l'activité reçut un renfort conſidérable , fir
une marche forcée , & vint tomber ſur M. de
Belſunce qu'il trouva près de Daſſel ; l'inégalité
des forces rendoit la retraite néceffaire , mais la
nature du terrein la rendoit très-difficile. M. de
Belfunce voit le danger ; & ne s'en émeut pas
c'eſt a la valeur àcompenfer rant dedéfavanta-
ges,& il compte fur celle de ſesTroupes. L'en-
nemi qui croit être sûr de la Victoire, le preſſe
&s'oppoſe à fa retraite. Dès qu'il s'approche , M.
deBelſunce le fait charger; un Efcadron ne paffe
un défilé que tandis qu'un autre combat , &
repouſſe une colonne entière de Cavalerie. Après
vingt charges plus glorieuſes les unes que les
autres , notre Cavalerie parvientenfin à allurer fa
retraite; mais cinq cens hommesd'Infanterieac-
cablésde laffitude &du poidsdela chaleur qui ce
jour-là fut exceſſive,ne purent monter un eſcarpe-
ment au haut duquelils auroienttrouvéleur falut.
M. deBelfunce , obligé de les abandonner, fe
ſaiſir de leurs drapeaux, & les emporte avec lui,
ne laiſſant ainſi aux ennemis d'autre ſupériorité
FEVRIER. 1764.
223
quecellequeleur donnoit la vîteſſede leurs che-
vaux fur les forces du Fantaſſin épuiſé. Ce revers
ne diminua ni ſon courage , ni la confiance que
ſes troupes avoient en lui. Il écrivit au Maréchal
de Broglie : Nous avons été battus , mais nous
nous sommes bien battus . M. de Belſunce cherchoit
une revanche au lieu d'excuſe ; & ſon Général le
miten étatde la prendre. Il lui donna de nou-
velles troupes , & l'envoya vers la forêt du Hartz
avec ordre d'obſerver les ennemis & d'entrepren-
dre ſur eux , s'il en trouvoit l'occaſion .
M. de Belſunce marchoit plein d'ardeur &
d'eſpérance , lorſqu'il reçut l'ordre deſe rendre à
la Cour pour y recevoir des inſtructions ſur ſa
deſtination ultérieure. 11 obéit & ſediſpoſe à par-
tir. Cependant il voit avec douleur qu'il ne lui
reſte plus que cinq ou fix jours à commander
ces braves gens qui avoient toujours combattu
fous ſes ordres , & qui s'étoient tous promis de
le vanger. Dans ces circonstances il s'approche de
la forêt du Hartz. Ce Pays affreux & inacceſk-
ble eſt fameux par les mines qu'il renferme. Des
montagnes énormes entaſſées les unes ſur les
autres , & couvertes de cyprès; des torrens dont
l'onde mêlée de ſoufre & de vitriol flétrit l'herbe,
1
qu'elle arroſe & couvre de rouille les pierres qu
lui ſervent de lit ; des rochers menaçans , des
ruines immenfes , des précipices horribles ; tels
font les objets hideux que la Nature a raſſemblés
dans les lieux où elle a placé ſes tréſors. Cer
épouvantable ſéjour est habité par un Peuple di-
gne de lui. Des hommes pâles & livides , accou-
tumés à vivre dans les entrailles de la Terre , ne
pareiſſent ſur ſa ſurface que comme ces oiſeaux
lugubres que la lumière offenſe & qui reffentent
en voyant la clarté du jour une terreur égale à
Kiv
224 MERCURE DE FRANCE .
cellequi nous ſuit dans les ténébres. Qui croiroit
que cette horrible contrée renfermât l'objet le
plus cher aux deſirs de l'homme , & que nos Pa-
lais les plus rians lui duſſent leurprincipal éclat a
Mais ce Pays offre lui-même un contraſte aufli
frappant ; du ſein de ces arides montagnes on
voit s'élever une Ville bien bâtie ( e ) & bien or-
née. C'eſt làqu'on prépare les métaux , & qu'on
les convertit eneſpéces. L'argent qui y abonde y
procure tout ce qui nedépend pasdes faveursde
la Nature. Le Duc de Brunswick & l'Electeur
d'Hanovre en partagent la Souveraineté ; tous
deux étoient alors nos ennemis , & la conquête
de ce Pays ne pouvoit manquer d'être très-im-
portante pour nous. Mais la Nature l'avoit ren-
du prèſqu'inacceſſible , & l'art avoit achevé ſon
ouvrage. Un ſeul chemin en permettoit l'entrée
àtravers une gorge étroite eſcarpée & défendue
par pluſieurs retranchemens ; la garde en fut
confiée à 1500 chaſſeurs tant à pied qu'à cheval ,
commandés parleGénéral Freytag, & connoif
ſant tous parfaitement le pays qu'ils devoient
défendre.
Quelqu'envie qu'eût M.de Belſuncede triom-
pher de tant d'obstacles , il ſentit que ce ſeroit
verſer du ſang inutilement que de tenter à force
ouverte le ſuccès de cette entrepriſe. Avant d'ar-
river à la forêt on trouve près d'un petit ruif-
ſeau & au bas d'un eſcarpement une ( f) Ville
affez conſidérable ſituéeà 300 ou 400 pas de la
( e ) Clausthal & Cellerfeld font regardées com-
me deux Villes séparées , parce que l'une appar-
tient à l'Electeur d'Hanovre , & l'autre au Duc
de Brunswick ; mais elles se touchent & ne pa-
roiffent auxyeux que comme une feule Ville.
(f) Oflerode.
7
FEVRIER. 1764.
225
gorge; c'étoit-là où l'infanterie Hanovrienne fa-
tiguéed'avoirpaſſetoutela nuit ſous les armes ve-
noitſe repoſer pendant la journée. La cavalerie
reſtoit en bataille dans une petite plaine derriere
laVille. Des Poſtesplacésdetous lescôtésdevoien
avertir s'ils voyoientparoître lesFrançois.M.deBel-
funcereconnoît la poſitionde l'ennemi & le trouve
ſur ſesgardes, mais il parvient bientôt à lui inf-
pirer de la confiance en lui faiſant pluſieurs atta-
ques ſimulées , qui d'abord, lui donnent l'allarme
mais qui n'ayant point de ſuite , le font re-
pentirdes'être fatigué inutilement. M. de Belfunce
profitedeces eſcarmouches pour éxaminer com-
ment il pourra fairepaſſer ſa cavalerie au guć
& couper celle des ennemis avant qu'elle ait
gagné lebois. Enfin le z Septembre, il ſe met en
marche pendant la nuit ; arrive à un bois où il
fait cacher ſes troupes juſqu'à ce que l'heure ſoit
venueoù les ennemis quittent les retranchemens
pour entrer dans la Ville ; puis il fait paroître
quelques troupes légéres devant leſquelles les
poſtesdes ennemis ſe replient comme ils avoient
fait les jours précédens , ſans donner l'allarme au
reſtede leurs troupes ,bientôt il s'avance lui-
même ſuivide ſon Infanterie& de ſa Cavalerie ,
quitraverſenten courant une plaine deplusd'une
demie lieue de large. A la tête de la premiere il
deſcendl'eſcarpement par un chemin qu'il avoit
reconnu , traverſe le ruiſſeau , tombe ſur la Cava-
Jerie ennemie , la met en fuite & ſe porte rapi-
dement ſurle chemin par lequel l'Infanterie Ha-
novrienne peut ſe retirer. Pendant ce temps-là
la ſienne arrive , attaque la Ville & en briſe les
portes , les ennemis fuyent de toutes parts , mais
on leur faitplus de sooprifonniers. Il n'yavoit
pasunmomentàperdre fi 100hommesſeulement
Kv
226 MERCURE DE FRANCE.
s'étoient ralliés à l'entrée des bois , l'entrepriſe
ftoit manquée. Mais nos Dragons les ſuivirentjuf-
qu'àleurs retranchemens.Arrêtés parces obstacles,
ils mettent pied à terre & emportent la première
barrière. L'Infanterie lesjoint& ſans s'arrêter un
inſtant elle poursuit les fuyards ſur toutes les
montagnes du Hartz juſqu'à ce qu'elle arrive à la
VilledeClauſtal dontelle s'empare après avoir
fait cing lieues de chemin, dont trois en combat-
tant. Ce ſuccès nous valut un million de contri-
butions; & en nous ouvrant lepays d'Halberstadt,
&deBrunswick , il prépara l'expédition deWol-
fembutel.
M. le Vicomte de Belſunce ſe réſout enfin de
quitter ſes braves Compagnons , mais il eſt obligé
d'éviter leurs adieux; ils eufſſent été trop touchans
pour eux, & trop glorieux pour lui. Il ſe rend à
laCour où il apprend qu'il eſtdeſtiné àcomman-
der un corps detroupes qu'on envoye à Saint-Do-
mingue. De toutes les idées effrayantes qui , dans
cetteoccafion, pouvoient ſe préſenter à ſon eſprit,
la ſeulequi letouche, c'eſt la craintede ne pouvoir
répondre comme il le deſire à la confiance qu'on
lui témoigne. Il n'objecte pas que ſon tempéra-
ment ne peut foutenir la mer; que ſa ſanté, déja
épuiſée parde longs travaux,réſiſtera difficilement
àun climat dangereux : mais feulement que le
genre de guerre auquel on le deſtine ſeranouveau
pour lui , & qu'en répondant de fon zèle , il ne
peut répondre de ſes talens. Réſola d'obéir , il ne
demande plus qu'une grace : c'eſt d'emmener
aver lui ſon ami. Car ſon âme douce & ſenſible ,
accoutumée dès long-temps aux impreſſions les
plus tendres , n'avoit pas changé de nature par
l'habitude des combats , & s'étoit du moins réſer-
vé le ſentimentde l'amitié ,comme celui qui con-
FEVRIER. 1764.
22.7
vientleplus à un grand homme. Mais ici fon in-
clination ſe trouvoit encore identifiée avec fon
amour pour la guerre. Il y avoit plus de vingt
ans qu'il étoit lié de l'amitié la plus vive avec М.
de Caftra, Lieutenant -Colonel desCantabres: une
eſtime réciproque avoit toujours refferré ces liens.
Il voulut donc qu'il s'embarquât avec lui ( g ) ,
ainſi que deux Officiers de fon Régiment, dont il
avoit éprouvé la valeur & la capacité h ) . Mais
s'il ménageoit ainſi desſecours utiles à la Colonie
qu'il alloit défendre , quelsſecours plus importans,
encorene ſe préparoit-il pas à lui-même ? Heureux
eelui que lafortune a élevé& qu'elle attache encore,
àdegrands emplois, ſi lorſque l'intérêt particulier,
les cabales , les jalouſies viendront ſe placer entre
lui & le bien qu'il voudra faire , il trouve alors un
ami qui, par ſon eſtime & fon fuffrage , conſole
ſon âme flétrie par l'injuſtice, & lui ouvre un cœur
ſimple & pur , auquel il puiſſe confier le dépôt de
ſa vertu!
M. de Belſunce s'embarqua ſur l'Eſcadre com-
mandée par M. de Blenac; il mit à la voile le 24
Janvier 1762 , & arriva à Saint-Domingue le 16
Mars. Il ſouffrit beaucoup de la mer pendant la
traverſée: mais les devoirs qu'il doit remplir à fon
arrivée lui donnent de nouvelles forces. Il a bien-
tôt acquis une connoiſſance exacte du pays. N
obſerve que la défenſe en eſt trop étendue , &
qu'il n'eſt pas poſſible de s'oppoſer par-tout à un
débarquement. Il ſçait que cette fauſſe idée de dé -
fendre la côte a déja perdu pluſieurs Colonies ;
il ſe réfout donc à prendreune poſition où il ſoir
(g) Ilpaſſa à S. Domingue avec le rang deBri
gadier.
(h) MM. de Renaud& de Milly.
Kvj
228 MERCURE DE FRANCE.
impoſſible de leforcer , &d'où il puiſſe , en casde
deſcentes , harceler & inquiéter aſſez les ennemis
pour les forcer à abandonner leur entrepriſe. Tel
fut le plande défenſe qu'il choiſit , & qui fera cer-
tainement approuvé par quiconque ne préférera
pas l'intérêt de ſon habitation à celui de ſa Patrie.
Les fatigues, les ſoins que de ſi ſages meſures
avoient exigés de lui netardèrent pas à altérer ſa
conſtitution. Son tempérament paya alors au cli-
mat un tribut qu'il ſembloit que ſon âme eût ſuſ-
pendu , tant que ſa ſanté avoit été néceſſaire à la
Colonie. La force de ſa complexion le fit triom-
pher de cette maladie , ainſi que d'une autrequ'il
eut encore peude temps après celle-là.
M. le Vicomte de Belſunce, pendant le court
eſpacede temps qu'il a vécu, a eu du moins la
confolation de recevoir les honneurs ſans les avoir
mandiés.M. le Duc de Choiseul, qui, vingt ans au-
paravant , avoit fait connoillance avec lui les armes
àla main, réuniſſant en ſa perſonne les Placesde
Secrétaire d'Etat , de la Guerre & de la Marine,
ne lui montra ſa ſupériorité qu'en appréciant ſes
ſervices , & en lui faiſant obtenirdes récompenſes
qui auroient perdu de leur prix ſi elles avoient été
follicitées.
M. de Belſunce apprit qu'il avoit été fait Lieu-
tenant-Général & Gouverneur de S. Domingue ;
mais ces honneurs ſi bien mérités ne devoient
ſervir qu'à décorer ſa mémoire. Il fut attaqué au
mois de Juillet 1763. d'une maladie qui le
conduiſit bien- tôt au tombeau. Ce fut alors que
fon courage fut mis à une épreuve nouvelle; il
avoit enviſagé la mort ſans effroi ,' lorſqu'il avoit
été au-devantd'elle ; dans ce moment il la voit
tranquillement s'avancer vers lui. Mais il lui
manque la conſolation d'expirer entre les bras
deſon ami. M. de Castra étoit abfent, &jamals
V
to
CO
ed
ja
pa
l'a
fu
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C
L
Π
コ
FEVRIER. 1764 .
229
ſapréſence n'auroit été plus néceſſaire à M. de
Belſunce. Car dans ces momens extrêmes , l'âme
conſervant encore une activité qu'elle ne peut
plus porter ſur elle-même ,s'élance avec ardeur
vers les objets de ſon amour ; & ce ſentiment eſt
d'autant plus pur en elle qu'alors ily régne tout
ſeul, & n'en partage plus l'empire avec l'intérêt
perſonnel , & l'amour de la conſervation. M.
de Belſunce averti de ſa fin , leva encore une
fois les yeux,regarda autour de lui ,&n'y voyant
pas ce qu'il cherchoit il les referma foudain
comme s'il donnoit le ſignal à la mort qui
s'apprêtoit à le frapper. Déjà les regrèts avoient
fuccedé aux allarmes , déjàle deuil étoitrépandu
parmiceux qui l'environnoient. M. de Castra ar-
rive : en vain on veut l'arrêter en lui diſant qu'il
n'eſt plus tems;il s'élance vers le lit de ſon amis
l'appelle avec des cris douloureux. La mort ſem-
ble les entendre & lâcher ſa proïe. M. de Bel-
funce fort de l'agonie , où il étoit plongé depuis
dix-huit heures: c'eſt vous que je revois ,dit-il ,
que mon fort eſt changé ! c'en est fait , je meurs
content A ces mots, il voit couler les larmes de
ſon ami , il ſe ſent ſerrer dans ſes bras , il veut
le ferrer à ſon tour, il retrouve ſes forces ; l'a-
mitié , cette douce conſolation de ſon être en
combat la deſtruction. M. de Betfunce paroît
rappellé a la vie , l'eſpoir renaît , une joie timide
&inquiette ſe répanddans ſamaiſon.M. de Caftra
lui-même ſe flatte de le conſerver. Mais , M. de
Belfunce ſentoit mieux ſon état. N'eſpérez rien,
dit-il ,mesjours ſont consommés ; la mort habite
déjà dans mes entrailles . ( i ) je ſens l'endroit
où elle me frappe ; ne lui oppoſons point une
réſiſtance inutile: mais tant que nous vivrons
(i) Ilest mort d'une inflammation d'entrailles .
<
230 MERCURE DE FRANCE .
foyons dignes de vivre.Alors il employe le reſte
de ſes momens à faire ſes dernières diſpoſitions.
L'équité la plus parfaite y préſide. A peine furent-
elles conſommées que le moment fatal.
...
Mais
pourquoi nous retracer ces objets douloureux ?
Défenſeur . Offrons-lui le tribut de nos larmes ,
3
Nous avons perdu un Citoyen , un Guerrier , un
fans douteil le merite; mais il a vécuavecgloire, &
ſa vie aété ſans tache : mêlons donc quelques
fleursaux lauriers qui ornent ſa tombe , & n'offen-
fonspasſamémoire pard'inutiles plaintes ; car ce-
lui-là ſeul eſt mort trop tôt quia fini ſes jours, ſans
les avoir rendusutiles à ſon pays.
Fermer
Résumé : ELOGE Historique & Militaire de M. le Vicomte de BELSUNCE.
Le texte rend hommage au Vicomte de Belsunce, récemment décédé, en mettant en lumière sa passion pour la gloire et son dévouement à la patrie. Né en 1720 à Méharin en Béarn, il reçut une éducation orientée vers l'utilité nationale et développa des aptitudes adaptées à la guerre. Passionné par les exercices physiques, il servit dans le régiment du Roi de 1739 à 1745, participant notamment au siège de Prague. En 1745, il prit le commandement d'une compagnie de dragons, puis du régiment du Prince de Monaco en 1748. Belsunce réforma les exercices militaires pour les rendre plus réalistes, privilégiant des mouvements simples et rapides, et améliora les exercices de tir pour qu'ils ressemblent davantage aux conditions de combat réel. Durant la guerre en Allemagne en 1757, il participa à plusieurs batailles, dont Hastenbeck et Crevelt, où il fit preuve de courage et de leadership. Blessé à plusieurs reprises, il continua à encourager ses troupes et obtint le grade de brigadier. En 1759, durant la guerre de Sept Ans, son régiment se distingua lors d'une bataille décisive, ce qui lui valut la nomination de Major Général par le maréchal de Broglie. En 1760 et 1761, il participa à des actions remarquables, capturant des ennemis et sécurisant des provisions. En 1764, il reçut le grade de Maréchal de Camp et captura des troupes ennemies. En 1762, malgré des préoccupations concernant sa santé, il fut envoyé à Saint-Domingue pour commander un corps de troupes. En juillet 1763, il apprit sa nomination au poste de Lieutenant-Général et Gouverneur de Saint-Domingue, mais succomba peu après à une maladie mortelle. Le texte se conclut par un hommage à sa vie glorieuse et sans reproche.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4607
p. 5-9
SUITE de l'Histoire raisonnée des Discours de CICÉRON. Premier, second & troisième Discours contre la LOI AGRAIRE, proposée par SERVILIUS RULLUS, Tribun du Peuple.
Début :
LES entreprises des mauvais Citoyens contre l'Etat ne sont jamais plus dangereuses, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de l'Histoire raisonnée des Discours de CICÉRON. Premier, second & troisième Discours contre la LOI AGRAIRE, proposée par SERVILIUS RULLUS, Tribun du Peuple.
SUITE de l'Histoire raisonnée des
Discours de CICÉRON.
Premier, second & troisième Discours
contre la LOI AGRAIRE, proposée
par SERVILIUS RULLUS, Tribun
du Peuple.
LES entreprises des mauvais Citoyens
contre l'Etat ne sont jamais plus dangereuses,
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
que quand ils ont l'adreffe de
les couvrir du prétexte ſpécieux du bien
public. Le Peuple toujours eſclave de
quiconque ſçait le flatter , ſe prévient
en leur faveur; il adore en eux les pères
de la Patrie ; & les vrais patriotes qui
voient le mal, qui voudroient l'empê-
cher , font toujours arrêtés quand ils
veulent y apporter reméde. L'Hif-
toire des trois Difcours de Cicéron con-
tre la LoiAgraire , prononcés, le pre-
mier dans le Sénat , les deux autres
devant le Peuple , eſt une preuve des
difficultés que trouvent les plus grands
hommes à ramener les eſprits prévenus.
Ceux à qui l'Histoire Romaine eſt
un peu familière , ſçavent que la pro-
pofition de cette Loi fameuſe fut fou-
vent une cauſe & prèſque toujours un
prétexte de divifion entre le Sénat &le
Corps des Patriciens qui ne voulurentja-
mais y entendre , & le Peuple animé
par ſes Tribuns qui n'avoit rien tant à
cœur que de la faire recevoir.
Le premier des Magiftrats qui en con-
çut le projet , Servilius Rullus,étoitun
de ces hommes hardis & entreprenans,
qui avec un génie médiocre , des vues
fuperficielles & un fond inépuiſable de
témérité , ſe croient capables de faire
MARS. 1764.
7
de grandes choſes. Né dans une famille
Plébéienne,il fut élevé dans les principes
de cette haine ordinaire à tous les Mem-
bres de ce Corps contre l'autre.La puif-
fance du Peuple n'éclatoit jamais da-
vantageque lorſqu'un ſeul mot (a) pro-
noncé par ſes Tribuns , arrêtoit ou fuf-
pendoit les arrêts & les délibérations du
Sénat. Jaloux de jouir de cette préro-
gative unique dans l'Etat , Rullus n'ou-
blia rien pour parvenir à cette dignité.
Revêtu de l'emploi de Tribundu Peuple,
l'objet , de tous ſes vœux , il ne tarda
pas à éprouver juſqu'où pouvoit aller
fon pouvoir.
Chaque fiécle a produit ſes foux &
fes folies. Eh combien le nôtre n'en a-
t-il pas fourni de preuves ! ... Quoi-
qu'il en foit , Rullus embraſſa avec
ardeur la propoſition de partager éga-
lement les fonds de terre entre tous
les Membres de la République ; idée
ridicule & dangereuſe , qui en ruinant
les fortunes des Citoyens , détruiſoit
leCommerce ,affoibliſſoit les reſſources
de l'Etat , & l'anéantiſſoit lui-même.
Cicéron , & avec lui tous les gens
ſenſés , fentirent bientôt toutes les ſuites
(a) VETO.
A iv
8 MERCURE DE FRANCE .
fâcheuſes qu'alloit avoir la loi propoſée
par Rullus ſi on l'acceptoit. Les Magif-
trats obfervoient alors la coutume d'al-
ler en grande pompe & ſuivis d'un
cortége nombreux facrifier au Capitole
le premier jour de Janvier de chaque
année. Cette cérémonie religieuſe ache-
vée , le Sénat s'aſſembloit , & ceux qui
avoient quelque nouveauté à propoſer
au Peuple , venoient en faire part aux
Pères Confcripts , comme on les-appel-
loit alors. Rullus s'y trouva : ſon pro-
jet excita l'indignation publique. Cha-
cun jetta les yeux fur Cicéron , l'inter-
prête ordinaire de tous les ſentimens
dans les grandes occaſions. Ce fut alors
qu'il prononça ſon premier difcours
contre la Loi Agraire , chef-d'œuvre
d'élégance& de philoſophie,où il prouve
avec autantd'éloquence que de folidité,
que recevoir le projet du Tribun c'é-
toit épuiſer le tréſor public , abolir les
tributs , bouleverſer les fortunes des
particuliers , enlever en un mot à l'Em-
pire Romain tous les moyens de faire
la guerre avec gloire , & de jouir avec
tranquillité des fruits de la paix.
Terraffé par les raiſons convaincantes
de notre Orateur , Rullus ne renonça
pourtant pas à l'eſpérance de faire re-
MARS. 1764.
cevoir ſa Loi ;
9
il crut que l'im-
pudence & l'opiniâtreté ſuppléroient
aux raiſons. Le Peuple fut aſſemblé
pluſieurs fois ; & l'affaire miſe en dé-
libération : Cicéron ne crut pas devoir
ſe taire. C'eſt dans ces circonstances qu'il
prononça devant le peuple ſes deux
autres difcours. La gloire dont il ſe
couvrit en ramenant à ſon avis une
multitude prévenue & aveuglée , fait
mieux l'éloge de ces deux piéces &de
leur illustre Auteur que tout ce quej'en
pourrois dire ici..
Discours de CICÉRON.
Premier, second & troisième Discours
contre la LOI AGRAIRE, proposée
par SERVILIUS RULLUS, Tribun
du Peuple.
LES entreprises des mauvais Citoyens
contre l'Etat ne sont jamais plus dangereuses,
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
que quand ils ont l'adreffe de
les couvrir du prétexte ſpécieux du bien
public. Le Peuple toujours eſclave de
quiconque ſçait le flatter , ſe prévient
en leur faveur; il adore en eux les pères
de la Patrie ; & les vrais patriotes qui
voient le mal, qui voudroient l'empê-
cher , font toujours arrêtés quand ils
veulent y apporter reméde. L'Hif-
toire des trois Difcours de Cicéron con-
tre la LoiAgraire , prononcés, le pre-
mier dans le Sénat , les deux autres
devant le Peuple , eſt une preuve des
difficultés que trouvent les plus grands
hommes à ramener les eſprits prévenus.
Ceux à qui l'Histoire Romaine eſt
un peu familière , ſçavent que la pro-
pofition de cette Loi fameuſe fut fou-
vent une cauſe & prèſque toujours un
prétexte de divifion entre le Sénat &le
Corps des Patriciens qui ne voulurentja-
mais y entendre , & le Peuple animé
par ſes Tribuns qui n'avoit rien tant à
cœur que de la faire recevoir.
Le premier des Magiftrats qui en con-
çut le projet , Servilius Rullus,étoitun
de ces hommes hardis & entreprenans,
qui avec un génie médiocre , des vues
fuperficielles & un fond inépuiſable de
témérité , ſe croient capables de faire
MARS. 1764.
7
de grandes choſes. Né dans une famille
Plébéienne,il fut élevé dans les principes
de cette haine ordinaire à tous les Mem-
bres de ce Corps contre l'autre.La puif-
fance du Peuple n'éclatoit jamais da-
vantageque lorſqu'un ſeul mot (a) pro-
noncé par ſes Tribuns , arrêtoit ou fuf-
pendoit les arrêts & les délibérations du
Sénat. Jaloux de jouir de cette préro-
gative unique dans l'Etat , Rullus n'ou-
blia rien pour parvenir à cette dignité.
Revêtu de l'emploi de Tribundu Peuple,
l'objet , de tous ſes vœux , il ne tarda
pas à éprouver juſqu'où pouvoit aller
fon pouvoir.
Chaque fiécle a produit ſes foux &
fes folies. Eh combien le nôtre n'en a-
t-il pas fourni de preuves ! ... Quoi-
qu'il en foit , Rullus embraſſa avec
ardeur la propoſition de partager éga-
lement les fonds de terre entre tous
les Membres de la République ; idée
ridicule & dangereuſe , qui en ruinant
les fortunes des Citoyens , détruiſoit
leCommerce ,affoibliſſoit les reſſources
de l'Etat , & l'anéantiſſoit lui-même.
Cicéron , & avec lui tous les gens
ſenſés , fentirent bientôt toutes les ſuites
(a) VETO.
A iv
8 MERCURE DE FRANCE .
fâcheuſes qu'alloit avoir la loi propoſée
par Rullus ſi on l'acceptoit. Les Magif-
trats obfervoient alors la coutume d'al-
ler en grande pompe & ſuivis d'un
cortége nombreux facrifier au Capitole
le premier jour de Janvier de chaque
année. Cette cérémonie religieuſe ache-
vée , le Sénat s'aſſembloit , & ceux qui
avoient quelque nouveauté à propoſer
au Peuple , venoient en faire part aux
Pères Confcripts , comme on les-appel-
loit alors. Rullus s'y trouva : ſon pro-
jet excita l'indignation publique. Cha-
cun jetta les yeux fur Cicéron , l'inter-
prête ordinaire de tous les ſentimens
dans les grandes occaſions. Ce fut alors
qu'il prononça ſon premier difcours
contre la Loi Agraire , chef-d'œuvre
d'élégance& de philoſophie,où il prouve
avec autantd'éloquence que de folidité,
que recevoir le projet du Tribun c'é-
toit épuiſer le tréſor public , abolir les
tributs , bouleverſer les fortunes des
particuliers , enlever en un mot à l'Em-
pire Romain tous les moyens de faire
la guerre avec gloire , & de jouir avec
tranquillité des fruits de la paix.
Terraffé par les raiſons convaincantes
de notre Orateur , Rullus ne renonça
pourtant pas à l'eſpérance de faire re-
MARS. 1764.
cevoir ſa Loi ;
9
il crut que l'im-
pudence & l'opiniâtreté ſuppléroient
aux raiſons. Le Peuple fut aſſemblé
pluſieurs fois ; & l'affaire miſe en dé-
libération : Cicéron ne crut pas devoir
ſe taire. C'eſt dans ces circonstances qu'il
prononça devant le peuple ſes deux
autres difcours. La gloire dont il ſe
couvrit en ramenant à ſon avis une
multitude prévenue & aveuglée , fait
mieux l'éloge de ces deux piéces &de
leur illustre Auteur que tout ce quej'en
pourrois dire ici..
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Résumé : SUITE de l'Histoire raisonnée des Discours de CICÉRON. Premier, second & troisième Discours contre la LOI AGRAIRE, proposée par SERVILIUS RULLUS, Tribun du Peuple.
Le texte aborde les discours de Cicéron contre la loi agraire proposée par Servilius Rullus, tribun du peuple. Cette loi avait pour objectif de redistribuer les terres de manière équitable parmi les citoyens. Cicéron et d'autres sénateurs considéraient cette initiative comme dangereuse et potentiellement ruineuse. Rullus, membre d'une famille plébéienne, utilisait la puissance populaire pour promouvoir sa loi, souvent employée comme moyen de diviser le Sénat et les patriciens. Cicéron, conscient des graves conséquences de cette loi, prononça trois discours : le premier au Sénat et les deux suivants devant le peuple. Il y argumenta que la loi agraire entraînerait l'épuisement du trésor public, l'abolition des tributs, et perturberait les fortunes privées. Ces perturbations compromettraient la capacité de l'Empire romain à mener des guerres et à maintenir la paix. Malgré les efforts de Cicéron, Rullus continua de soutenir sa proposition. Cependant, Cicéron réussit à persuader le peuple des risques associés à cette loi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4608
p. 39-44
SUITE de la Lettre d'une jeune Etrangère, insérée dans le second Vol. de Janvier.
Début :
CES jolies Prêtresses, dont je n'ai point trop enrichi l'image, ne tiennent [...]
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texteReconnaissance textuelle : SUITE de la Lettre d'une jeune Etrangère, insérée dans le second Vol. de Janvier.
SUITE de la Lettre d'une jeune Etrangère,
insérée dans le second Vol. de
Janvier.
CES jolies Prêtresses, dont je n'ai
point trop enrichi l'image, ne tiennent
leurs myſtéres ſecrets,que quand la na-
ture ou le tempsy laiſſent trop dechoſes
àréparer. Ne t'imagines pas, chereMiss ,
que ce qu'on appelle le temps de la toi-
lette ſoit employé tout entier à l'ajuste-
ment. Il y a bien des parties dans cet
acte; c'eſt le principal de la journée des
femmesd'un certain ordre. Les momens
deſtinés à des ſoins particuliers de la
figure , ne font pas,comme je viens de
ledire , livrés aux profanes: mais tout ce
qui précéde le temps de fortir ou de
tenir appartement , eſt toilette ou ré-
puté tel. C'eſt à cet autel de la galan-
terie, dont une Françoiſe eſt en même
temps laDivinité & le Miniſtre, qu'elle
vaque à toutes les affaires de ſon état ,
qui eſt d'être jolie , frivole , galante &
même un tant ſoit peu friponne. ( Je ne
40 MERCURE DE FRANCE.
ſçaurois te faire bien entendre ce mot ,
il faudroit pour cela connoître mieux
la choſe ,& pour la bien connoître , il
faut être Françoiſe.)C'eſt donc là que
s'écrivent ,que ſe reçoiventles billets du
matin ; c'eſt là que ſe régle la deſtinée
du jour , ou tout au moins qu'elle ſe dé-
clare aux courtiſans familiers ; c'eſt là
ſouvent que ſe détermine auſſi la deſti-
née des amans ; car celle du mari eſt
toute
arrangée ; & je t'aſſure que
communément il n'en prend pas plus
de ſouci qu'on n'en prend de lui. Ne
va pas te figurerla ſcène de ces toilettes
d'après ce qu'en peignent quelques Bro-
chures ou quelque trivial Roman dont
nous nous ſommes ſouvent amuſées
enſemble,lorſque nous étudions la Lan-
gue Françoiſe. Il y a une eſpèce de
manie dans les Auteurs de cette Nation,
pour peindre ce qu'ils ne voyent pas.
La plupart des Ecrivains les plus oc-
cupés à donnerdes tableaux de ces dé-
tails du monde , ſont précisément ceux
qui n'en ont & n'en peuvent avoir
aucune notion vraie. Ily a quelquefois
à cestoilettes un peude ceque ces pein-
tures informes nous indiquent; plus fou-
vent encore il n'y en a pas un ſeul per
MARS. 1764.
4г
fonnage. Mais , s'il s'en rencontre,c'eſt
avec des nuances très-difficiles àtranf-
mettre dansune deſcription. Je t'avertis,
ma chère Miſs , que prèſque tout ce
qui concerne les manières ,le caractère
même des François , dépend tellement
de ces nuances , en eſt ſi eſſentiellement
compofé , qu'il n'y a qu'eux , & en-
core très-peu d'entr'eux, qui ſoient en
état de les peindre , prèſque jamais de
les définir avecpréciſion.Tu verrois une
de ces Toilettes, être un moment le cer-
cle de la frivolité la plus puérile , des
airs les plus extravagans , des riens , en.
un motde tout ce qui donne lieu aux
caricatures qu'on nous fait des François.
Le moment,qui ſuccéde , tu ſerois frap-
pée ſouvent d'admiration , de la fineſſe,
de la ſagacité des vues de ce même cer-
cle , par accident même , de la juſteſſe
des raiſonnemens ; fans pouvoir retrou-
ver la moindre trace des voies par lef-
quelles on eſt ainſi paſſé d'une extré-
mité à une autre fi oppoſée. Pour t'en
faire une idée, retiens bien qu'une Fran-
çoiſe qui a de l'eſprit & du monde , de-
vine ſouvent mieux que ceux qui met-
tent bien du ſoin à apprendre. Lorſque
celle qui préſide eſt de cette forte , il
42 MERCURE DE FRANCE.
arrive ce que je viens de te dire ; car
elles font pour la plupart conféquem-
ment inconféquentes ; je ne ſçais ſi je
me fais entendre , je veux dire qu'elles-
concilient les choſes contradictoires ,
avec un instinct d'eſprit qui a des mar-
chesplus afſurées quela méthode même,
& la raiſon la mieux compaffée. Légères
ou folides , folles ou ſenſées , je ſuis
obligée de convenir que les Fran-
çoiſes ſont toujours également char-
mantes.
Quanddesmotifs de curiofité ,de pro .
menade , d'autres peut - être encore plus
intéreſſants, engagentles femmes à fortir
auxheures qu'elles ſont convenues d'ap-
peller lematin,ilyades robesdebien des
formes différentes pour cet uſage ; je
n'en ſçais pas tous les noms ; pluſieurs
d'entr'elles les ignorent comme moi.
Quelques-unes de ces robes font auffi
complettement fermées de toutes parts,
que la robe d'un Magiſtrat. On ne voit
ni col , ni poitrine , ni bras. Tous les
charmes font alors dans un parfait in-
cognitò. Je croiscependant entre nous,
chère Miss , que c'eſt le temps où l'on
en fait le plus agréable emploi. En
public on expoſe pourl'éclat ſeulement ;
MARS. 1764.
43
mais ſous ces modeſtes vêtemens,on fait
quelquefois un commerce plus doux
& plus ſolide des faveurs de la beauté.
Il y a d'autres robes négligées moins
heparetiquement cloſes , mais elles cou-
vrent & envelopent toujours beaucoup
plus que les robes habillées ou même
demi - habillées. Il y a ſur cela des
diviſions & des ſous - diviſions qui
embarraſſeroient nos
plus célèbres
calculateurs. Si ces robes du matin
ſont entierement cloſes , cela s'appel-
le , je crois , à la Chanceliere , attendu
quelque rapport réel avec la forme du
vêtement de ce premier Magiſtrat du
Royaume. Tu ne sçaurois croire par
combien d'eſpèces de grande coëffes en
coqueluchons , de mantelets petits ou
grands , qui prennent tous les quinze
joursdes noms & des formes différen-
tes , on fupplée aux robes ainſi fermées
lorſqu'on en porte d'autres en déshabil-
lé. On diroit qu'ici les femmes n'ont
qu'un certain temps de la journée pour
être ſuſceptibles des impreſſions de l'air.
Les précautions fur cela neſontjamais
qu'en raiſon de la parure; & leur déli-
cateſſe ou leur force contre le froid, font
reglées par l'étiquette. A propos d'é-
tiquette,je vais éſſayer, ma chèreMiss,
44 MERCURE DE FRANCE.
d'en traiter un des points les plus fubtils
& ſur lequel il fautavoir , j'oſe dire,des
connoiſſances très-fines , il s'agit de ſça-
voir ceque les bienſéances éxigent ou
permettent ſur les Paniers.
Mais ma Lettre commence à devenir
longue pourmoi , c'eſt un fâcheux pro-
gnoſtic ſur l'impreſſion qu'elle te feroit.
Je vais rêver un peu aux Paniers ;
j'entrevois qu'ily a des découvertes fort
utiles à faire fur ce ſujet. Je t'en entre-
tiendrai l'Ordinaire prochain. Ne me re-
proche plus ma pareſſe , je te punirois
peut-être de ce reproche aux dépens de
ta patience & de mon amour-propre.
Je fuis , &c.
insérée dans le second Vol. de
Janvier.
CES jolies Prêtresses, dont je n'ai
point trop enrichi l'image, ne tiennent
leurs myſtéres ſecrets,que quand la na-
ture ou le tempsy laiſſent trop dechoſes
àréparer. Ne t'imagines pas, chereMiss ,
que ce qu'on appelle le temps de la toi-
lette ſoit employé tout entier à l'ajuste-
ment. Il y a bien des parties dans cet
acte; c'eſt le principal de la journée des
femmesd'un certain ordre. Les momens
deſtinés à des ſoins particuliers de la
figure , ne font pas,comme je viens de
ledire , livrés aux profanes: mais tout ce
qui précéde le temps de fortir ou de
tenir appartement , eſt toilette ou ré-
puté tel. C'eſt à cet autel de la galan-
terie, dont une Françoiſe eſt en même
temps laDivinité & le Miniſtre, qu'elle
vaque à toutes les affaires de ſon état ,
qui eſt d'être jolie , frivole , galante &
même un tant ſoit peu friponne. ( Je ne
40 MERCURE DE FRANCE.
ſçaurois te faire bien entendre ce mot ,
il faudroit pour cela connoître mieux
la choſe ,& pour la bien connoître , il
faut être Françoiſe.)C'eſt donc là que
s'écrivent ,que ſe reçoiventles billets du
matin ; c'eſt là que ſe régle la deſtinée
du jour , ou tout au moins qu'elle ſe dé-
clare aux courtiſans familiers ; c'eſt là
ſouvent que ſe détermine auſſi la deſti-
née des amans ; car celle du mari eſt
toute
arrangée ; & je t'aſſure que
communément il n'en prend pas plus
de ſouci qu'on n'en prend de lui. Ne
va pas te figurerla ſcène de ces toilettes
d'après ce qu'en peignent quelques Bro-
chures ou quelque trivial Roman dont
nous nous ſommes ſouvent amuſées
enſemble,lorſque nous étudions la Lan-
gue Françoiſe. Il y a une eſpèce de
manie dans les Auteurs de cette Nation,
pour peindre ce qu'ils ne voyent pas.
La plupart des Ecrivains les plus oc-
cupés à donnerdes tableaux de ces dé-
tails du monde , ſont précisément ceux
qui n'en ont & n'en peuvent avoir
aucune notion vraie. Ily a quelquefois
à cestoilettes un peude ceque ces pein-
tures informes nous indiquent; plus fou-
vent encore il n'y en a pas un ſeul per
MARS. 1764.
4г
fonnage. Mais , s'il s'en rencontre,c'eſt
avec des nuances très-difficiles àtranf-
mettre dansune deſcription. Je t'avertis,
ma chère Miſs , que prèſque tout ce
qui concerne les manières ,le caractère
même des François , dépend tellement
de ces nuances , en eſt ſi eſſentiellement
compofé , qu'il n'y a qu'eux , & en-
core très-peu d'entr'eux, qui ſoient en
état de les peindre , prèſque jamais de
les définir avecpréciſion.Tu verrois une
de ces Toilettes, être un moment le cer-
cle de la frivolité la plus puérile , des
airs les plus extravagans , des riens , en.
un motde tout ce qui donne lieu aux
caricatures qu'on nous fait des François.
Le moment,qui ſuccéde , tu ſerois frap-
pée ſouvent d'admiration , de la fineſſe,
de la ſagacité des vues de ce même cer-
cle , par accident même , de la juſteſſe
des raiſonnemens ; fans pouvoir retrou-
ver la moindre trace des voies par lef-
quelles on eſt ainſi paſſé d'une extré-
mité à une autre fi oppoſée. Pour t'en
faire une idée, retiens bien qu'une Fran-
çoiſe qui a de l'eſprit & du monde , de-
vine ſouvent mieux que ceux qui met-
tent bien du ſoin à apprendre. Lorſque
celle qui préſide eſt de cette forte , il
42 MERCURE DE FRANCE.
arrive ce que je viens de te dire ; car
elles font pour la plupart conféquem-
ment inconféquentes ; je ne ſçais ſi je
me fais entendre , je veux dire qu'elles-
concilient les choſes contradictoires ,
avec un instinct d'eſprit qui a des mar-
chesplus afſurées quela méthode même,
& la raiſon la mieux compaffée. Légères
ou folides , folles ou ſenſées , je ſuis
obligée de convenir que les Fran-
çoiſes ſont toujours également char-
mantes.
Quanddesmotifs de curiofité ,de pro .
menade , d'autres peut - être encore plus
intéreſſants, engagentles femmes à fortir
auxheures qu'elles ſont convenues d'ap-
peller lematin,ilyades robesdebien des
formes différentes pour cet uſage ; je
n'en ſçais pas tous les noms ; pluſieurs
d'entr'elles les ignorent comme moi.
Quelques-unes de ces robes font auffi
complettement fermées de toutes parts,
que la robe d'un Magiſtrat. On ne voit
ni col , ni poitrine , ni bras. Tous les
charmes font alors dans un parfait in-
cognitò. Je croiscependant entre nous,
chère Miss , que c'eſt le temps où l'on
en fait le plus agréable emploi. En
public on expoſe pourl'éclat ſeulement ;
MARS. 1764.
43
mais ſous ces modeſtes vêtemens,on fait
quelquefois un commerce plus doux
& plus ſolide des faveurs de la beauté.
Il y a d'autres robes négligées moins
heparetiquement cloſes , mais elles cou-
vrent & envelopent toujours beaucoup
plus que les robes habillées ou même
demi - habillées. Il y a ſur cela des
diviſions & des ſous - diviſions qui
embarraſſeroient nos
plus célèbres
calculateurs. Si ces robes du matin
ſont entierement cloſes , cela s'appel-
le , je crois , à la Chanceliere , attendu
quelque rapport réel avec la forme du
vêtement de ce premier Magiſtrat du
Royaume. Tu ne sçaurois croire par
combien d'eſpèces de grande coëffes en
coqueluchons , de mantelets petits ou
grands , qui prennent tous les quinze
joursdes noms & des formes différen-
tes , on fupplée aux robes ainſi fermées
lorſqu'on en porte d'autres en déshabil-
lé. On diroit qu'ici les femmes n'ont
qu'un certain temps de la journée pour
être ſuſceptibles des impreſſions de l'air.
Les précautions fur cela neſontjamais
qu'en raiſon de la parure; & leur déli-
cateſſe ou leur force contre le froid, font
reglées par l'étiquette. A propos d'é-
tiquette,je vais éſſayer, ma chèreMiss,
44 MERCURE DE FRANCE.
d'en traiter un des points les plus fubtils
& ſur lequel il fautavoir , j'oſe dire,des
connoiſſances très-fines , il s'agit de ſça-
voir ceque les bienſéances éxigent ou
permettent ſur les Paniers.
Mais ma Lettre commence à devenir
longue pourmoi , c'eſt un fâcheux pro-
gnoſtic ſur l'impreſſion qu'elle te feroit.
Je vais rêver un peu aux Paniers ;
j'entrevois qu'ily a des découvertes fort
utiles à faire fur ce ſujet. Je t'en entre-
tiendrai l'Ordinaire prochain. Ne me re-
proche plus ma pareſſe , je te punirois
peut-être de ce reproche aux dépens de
ta patience & de mon amour-propre.
Je fuis , &c.
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Résumé : SUITE de la Lettre d'une jeune Etrangère, insérée dans le second Vol. de Janvier.
Le texte examine les rituels et coutumes des femmes françaises, en particulier ceux liés à la toilette, un moment crucial de leur journée. Cette période est dédiée aux soins personnels, aux préparations et à la gestion des affaires personnelles et sociales. Les descriptions littéraires de ces scènes sont souvent caricaturales ou inexactes. Les toilettes matinales varient en fonction des activités prévues, allant des robes fermées 'à la Chanceliere' à des tenues plus légères, choisies en fonction des convenances sociales plutôt que des besoins pratiques. Les accessoires et coiffures sont complexes et changeants. Le texte aborde également les paniers, un sujet délicat dans l'étiquette française. Une correspondance entre deux individus traite des 'Paniers', soulignant les bienséances associées. L'auteur regrette la longueur de sa lettre et craint qu'elle ne soit mal reçue. Il mentionne des découvertes intéressantes sur les paniers et promet d'en parler plus en détail ultérieurement. Il demande à son destinataire de ne plus lui reprocher sa paresse, tout en laissant entendre que cela pourrait affecter sa patience et son amour-propre. La lettre se termine brusquement par 'Je fuis, &c.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4609
p. 72-95
SUITE de la dissertation historique & critique sur la Vie de Don ISAAC ABARBANÉL, Juif Portugais ; par M. de BOISSY.
Début :
NOTRE Rabbin reçut un ordre de se rendre auprès de D. Jean dont les intrigues [...]
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texteReconnaissance textuelle : SUITE de la dissertation historique & critique sur la Vie de Don ISAAC ABARBANÉL, Juif Portugais ; par M. de BOISSY.
SUITE de la dissertation historique &
critique sur la Vie de Don ISAAC
ABARBANÉL, Juif Portugais ; par
M. de BOISSY.
NOTRE Rabbin reçut un ordre de se
rendre auprès de D. Jean dont les intrigues
de ſes ennemis avoient confi-
dérablement accru l'animofité à fon
égard ; il ne balança point à obéïr. Il
ſe hâta d'arriver à Lisbonne , d'où la
privation de ſes emplois l'avoit obligé
de s'éloigner. Il fut aſſez heureux pour
apprendre fur la route qu'on en vou-
loit à ſes jours. On l'avertit que le Roi
ne l'attiroit à ſa Cour que pour lui
tendre un piége dont il étoit de ſa
prudencede ſe garantir. Ces avis étoient
trop pofitifs pour avoir lieu de douter
de cequi ſe tramoit à ſon inſcu contre
lui. Il n'eut rien de plus preſſé que de
ſe ſouſtraire par une prompte fuite
au
MARS. 1764.
73
an danger qui menacoit ſa tête. Il ſe
réfugia dans le Royaume de Caſtille
ſans avoir le temps de ſe faire accom-
pagner de ſa femme & de ſes enfans
qui ne l'y vinrent trouver que quelque
temps après. Il uſa d'une fi grande di-
ligence , que dans l'intervalle d'une nuit
à l'autre il gagna les frontières de ce
Pays. D. Jean étant inſtruit de ſon éva-
ſion entra dans une furieuſe colére. Il
envoya fur ſes traces des foldats pour
le lui amener mort ou vif. Mais leurs
pourſuites furent inutiles. Abarbanél les
avoit devancés de vîteſſe. Ce Roi ne
put tirer d'autre vengeance que celle
que lui offrit la confifcation de tous les
biens & les effets de ce Rabbin qui
étoient demeurés en ſa puiſſance. Nous
devons le détail de toutes ces particu-
larités à Abarbanél lui-même qui dé-
plore ſa chute en des termes auſſi pa-
thétiques , que ceux dans leſquels il dé-
critfon élévation ſont magnifiques. Les
uns& les autres font un tiſſu de diverſes
phraſes priſes de l'Ecriture , qu'il adapte
&lie à la contexture de fon discours
en les accommodant au récit des dif-
férentes circonstances de ſa vie. Cela
eft affez ordinaire aux Auteurs Juifs &
principalement au nôtre. Il étoit dans
D
74 MERCURE DE FRANCE.
la quarante-cinquiéme année de fon
âge , quand il quitta le Royaume de
Portugal , pour aller s'établir dans celuil
de Caſtille. Le loiſir dont il jouit dans
ſa retraite , réveilla en lui le goût qu'il
avoit eu dans ſa première jeuneſſe pour
l'étude des Livres faints.Il reprit le cours
de ſes travauxfur l'Ecriture , qui avoient
fouffertune longue interruption. par les
occupations qui l'attachoient à la Cour.
Il paſſa quelques années à la méditer ;
& fes commentaires ſur les livres dei
Jofué,des Juges & de Samuelfurent le
fruitde ſon application. Cependant l'am-
bition qui le dominoit toujours , fit
encore diverfion à ſes veilles laborieu-
fes. Il ſe laiſſa ſurprendre une ſeconde
fois à l'appât des honneurs & des ri-
cheffes. La Cour de Ferdinand & d'I-
fabelle lui offrant un vaſte champ pour
déployer ſes talens, il s'y introduifit à la
faveur de laBanque qu'il faisoit enEf-
pagne. Animé du defir d'y figurer , il
employa toutes les refſources que put
lui fournir l'activité de ſon génie intri-
gant pour ſeménager un accès auprès
de Leurs Majestés Catholiques. Comme
il étoit habile dans l'art de captiver la
bienveillancedes Princes, ſes ſollicitare
tions réuffirent au gré de ſes ſouhaits.
MARS. 1764.
75
Ferdinand le prépofa au manîmentde
ſes finances , & l'éleva au rang de ſes
Miniſtres. Il est vraisemblable que ce
Monarque agréa les ſervices d'Abarba-
nél plus par politique que par amitié
pour lui. Il avoit formé le projet d'ex-
terminer les Maures ; & il ne ſe diffi-
muloit pas que ſes revenus fuffifoient
àpeine pour foutenir les frais de la
guerre où il vouloit s'engager. Il fentit
que notre Rabbin à qui l'importance
des emplois que celui-ci avoit adminif
trés , donnoit beaucoup de confidéra
tion & d'autorité parmi les Juifs , pour-
roit le ſervir utilementdans le poſte où
il le plaça. Il préſumoit d'obtenir d'eux
par ſon moyen les ſecours pécuniaires
dont il avoit beſoin. Abarbanelfutpen-
dant huit ans en poffeffion de la charge
dans laquelle il avoit été inſtallé. Elle
le dédommagea amplement de la per-
re qu'il avoit faite de ſes dignités , & de
ſes biens en Portugal. Ily amaſſa dans
ce court eſpace de temps d'auffi
grands tréſors que ceuxqui lui avoient
été ravis précédemment. Tout ſembloit
concourir à l'affermiſſement de fon bon-
heur , lorſqu'un événement inattendu
changea ſubitementla facede ſes affaires,
Ferdinand ayant à ſon retour de la
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
conquête du Royame de Grenade fur
les Maures réſolu de chaffer tous les
Juifs habitués dans ſes Etats , fit publier
au mois de Mars de l'an 1492, un Edit
par lequel il leur étoit enjoint d'en fortir
dans trois mois à compter du jour de
ſa publication , ou d'embraſſer le Chrif-
tianiſme. ( a ) Iln'y eut pointd'excep-
tion ; l'Ordonnance étant générale , ſa
rigueur s'etendoit à tous ceux qui fai-
foient profeffion ouverte du Judaïsme.
Ainfi Abarbanél , malgré le crédit qu'il
avoit eu a la Cour juſques-là , ne put ſe
garantir de l'éxil commun. Frappé du
coup terrible qui étoit porté à ſa Na-
tion, il mit tout en œuvre pour le dé-
-tourner. Il alla ſe jetter aux genoux du
Roi qu'il tâcha de fléchir par ſes prières
& par ſes larmes ; il le conjura de ne-
(a) Abarbanel. præfat. Commentar. in Libr.
Reg.fol. 188. Salom. Ben. Virg. Schebet Jehouda.
fol.44 fcu.p.320 ex version .Gent.Gedaliah Schal-
Scheleth hakkabalah fol. 115. Mariana ( Hiftor.
Hifpan. Lib. XXVI. Cap.
1. ) & d'après lui
Sponde ( Continuat. Annal. Ecclef. Baron.fub ann.
1492. n. 3. Tom. II. pag. 202. ) ont étendu a l'ef-
pacede quatre mois le terme de l'expulfiondes Juifs.
L'Historien Ferréras l'a prolongé même jusques au
fixième mois ( Voyezfon Histoire d'Espagne XI.
part. Tom. VIII. pag. 128. de la traduction de
M.d.&Hermilly. )
MARS. 1764..
77
pointtraiter avec tant d'inhumanitédans
laperſonne des Juifs , des Sujets fidéles
& zélés pour la gloire de Sa Majefté. Il
propoſa de leur part de payer toutes les
ſommesd'argentqu'il lui plairoitd'en éxi-
ger. Il l'aſſura qu'ils n'heſiteroient point
àacheter à ce prixla libertéde demeurer
dans les lieux de leur naiſſance. Il in-
téreſſa même dans la cauſe de ſa Na-
tion quelques - uns des plus intimes
favoris du Roi , qui gagnés par ſes pré-
ſens intercédérent pour faire révoquer
l'Arrêt qui la baniſſoit à perpétuité de
l'Eſpagne ; mais toutes ces tentatives
furent infructueuſes. Ferdinand fut iné-
branlable dans ſa réſolution. La Reine
fon Epouſe à qui ce Peuple étoit ſou-
verainement odieux , travailloit de fon
côté à l'y affermir. Elle le preſſoit con-
tinuellement d'exécuter avec vigueur
ce qu'il avoit heureuſement commencé.
Abarbanel ſe vit forcé de céder à la
violence de l'orage qui accabla ſa Na-
tion. Conſtant dans les principes de ſa
Religion , il aima mieux partager le fort
miſérable de ceux d'entre ſes Frères
qui ,à ſon exemple , refuſerentd'abjurer
leur croyance , que de conſerver ſa
place àla Cour de Caſtille aux dépens de
La confcience. Bartolocci prend occa-
Diij
1
78 MERCURE DE FRANCE.
fion d'éclater encore en reproches con-
tre notre Rabbin qu'il taxe de s'y être
auſſi mal conduit ,qu'à celle de Portu-
gal. Il veut qu'Abarbanel ait contribué
plus que perſonne à ce baniſſement des
Juifspar la tyrannie qu'il exerçoit envers
les pauvres , par ſes ufures exceſſives ,
parſa vanitéinfupportable qui lui faifoit
ufurper les titres qui ne font dûs qu'aux
maiſons nobles d'Eſpagne , enfin par
fes diſcours injurieux à la Religion
Chrétienne dont il étoit l'ennemi dé-
claré. S'il falloit juger de ce Rabbin
fur la dépoſition incontestablementtrop
fuſpecte d'un homme qui ſe plaît à
le noircir , on ne pourroit le regarder
que comme un franc ſcélérat qui facri-
fioit tout àune ambition démeſurée , &
à une infâme cupidité.N'est-ce pas mon-
trer évidemment l'effet de la paffion la
plus mépriſable , que de s'abandonner
à des accufations de cette nature ſans
avoir des preuves poſitives de ce qu'on
avance. Je ne crains pas de dire que
c'eſt précisément là le cas de Barto-
locci qui dans l'énonciation de ces
prétendus griefs , qu'une imagination
auffi fortement préoccupée que la
fienne étoit ſeule capable de réaliſer , a
plus confulté ſa haine particulière que
MARS. 1764.
79
les intérêtsde la vérité. C'eſt pourquoi
on ne doit pas avoir égard à ſes décla-
mations monachales. Abarbanel s'em-
barqua avec toute fa famille pour
l'Italie , & aborda à Naples , ( b ) où
- Ferdinandle bâtard régnoit alors. Il eut
le bonheur d'être bien accueilli de ce
Prince , à la Cour duquel il s'infinua
-par les mêmes voies qui l'avoient mis
en crédit à celles de Portugal & de
Caftille. Comme Ferdinand ſe piquoit
d'une politique raffinée , il ſcut en
adroit courtiſan ſe faire valoir auprès
de lui par les connoiffances qu'il avoit
été àportée d'y acquérir en ce genre.
Ce Monarque le prit en affection , &
l'employa avantageuſement dans les
affaires les plus ſecrètes & les plus dif-
ficiles du Gouvernement. La mort
ayant enlevé Ferdinand peu de temps
après qu'Abarbanél ſe fut établi dans
ſa Capitale , Alphonse II. de ce nom
lui fuccèda l'an 1494. Notre Rabbin
eut également part aux hommes graces
de ce dernier à qui ſes ſervices ne
furent pas moins agréables , qu'ils l'a-
voient été à ſon prédéceſſeur. Il re-
cueilloit tranquillement le fruit de fa
(b ) Abarban. loco fuprà citato & præfat.Com-
mentar. in Libr. Deuteronom.
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
faveur, lorſque la fortune qui n'étoit
-pas encore laſſe de le perfécuter lui
préparoit un nouveau ſujet d'affliction.
On auroit dit qu'elle ne ſe plaiſoit
jamais plus à lui nuire , qu'au moment
qu'elle paroiſſoit le favorifer davan-
tage. Charles VIII. Roi de France en-
treprit la conquête du Royaume de
Naples , auquel il prétendoit en confé-
quence des droits fur ce Pays que
Charles Comte du Maine héritier de
René d'Anjou avoit cédés à Louis XI.
Ily entra à la tête d'une Armée nom-
breuſe & s'empara des principales pla-
ces fans trouver aucune réſiſtance.
Alphonse conſterné de la rapidité du
progrès de ſes Armes , & ne ſe ſentant
pointaffez fort pour s'y oppoſer , aban-
donna Naples à la difcrétion duvain-
queur. Il s'enfuit en Sicile , où le ſuivit
Abarbanél qui demeura fidéle à fon
Prince , au milieu des revers qui le dé-
pouilloient de ſes états & de fes richef-
Tes. Ils firent l'un & l'autre leur réſiden-
ce à Meffine. Nicolas Antonio s'est
mépris en marquant dans l'appendice
de fa Bibliothéque d'Eſpagne , que
notre Rabbin fit le trajet de la Sicile
avec Ferdinand qui avoit été déthrôné
T
MARS. 1764.
81
par les François. ( c) Cela regarde uni-
quement Alphonse ; le premier de ces
Monarques ayant ceffé de vivre un an
avant l'arrivée de Charles en Italie.
Alphonse ne ſurvécut que de quelques
mois à la perte de ſa Couronne. Suc-
combant fous le poids de ſes malheurs ,
il mourut l'an 1495. Abarbanel qu'au-
cun motif ne retenoit plus dans cette
Iſle ſe retira à Corfou , où il ne s'ar-
rêta pas longtemps ; car il repaſſa
l'année ſuivante en Italie. Il fixa ſon
domicile à Monopoli dans la Pouille
pour être à couvert des inſultes des
François,dans la retraite qu'elle lui of-
frit. Il compoſa divers écrits pendant
ſon ſéjour en cette Ville , où il reſta en-
viron ſept ans. ( d) Il eut enſuite occa-
ſion d'aller à Veniſe , ou ſon Fils Jofeph
l'accompagna , pour concilier quelques
différends furvenus entre les Magiftrats
de cette République , & le Roi de
Portugal au ſujet du commerce des
Epiceries. ( e ) Il ſe conduiſit avec beau-
coup de prudence & d'habilité dans cet-
( c ) Nicol. Anton.
Biblioth. Hifpan. Ap-
pend. Tom. II. pag. 686.
(d) Vide præfation. I. Libri quem Abarbanel
infcripfitMaaianei Jefchouahfol. 3 .
(e) Ibidem fol. 4.
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
te négociation qu'il termina au gré des
Puiſſances quiy étoient intéreſſées : ce
qui le mit auprès d'elles en grande répu-
tation. ( e ) Auſſi eut-il la fatisfaction
d'en acquérir l'eſtime & la faveur. Il
acheva le reſte de ſes jours en cette
Ville qui fut le terme de ſes voyages ,
& mourut l'an 1508. dans la 71°. an-
née de ſon âge. Tel fut le cours d'une
vie marquée alternativement par des
honneurs éclatans&par une longue ſuite
de diſgraces ; & c'eſt prèſque toujours
là le fort qu'éprouvent ceux qui , com-
me Abarbanél , ambitionnant trop la
poffeffion des dignités & des richefſes ,
s'attachent au ſervice des Grands dans
l'eſpérance de ſe la procurer. Les Prin-
cipaux des Juifs célébrerent avec beau-
coup de pompe ſes funérailles , aux-
quelles affiftérent même pluſieurs No-
bles Vénitiens. On tranſporta fon corps
à Padoue , & on l'enterra dans un an-
ciencimetièrequi étoit hors de la Ville ,
& qui appartenoit aux Juifs. R. Juda
Menz qui avoit été Recteur de leurAca-
démie , y fut placé auprès de ſon ami
Abarbanel , auquel il ne ſurvécut pas
huitjours. Ce cimetière ayant été en-
(f) Menaffeh Ben. Ifrael. Spes Ifrael. pag. 91 .
MARS. 1764.
83
tièrement ruiné pendant le Siége que
cetteVille fouffrit en 1509 , devint de-
puis in chemin pavé; de forte qu'on
ne peut plus reconnoître actuellement
le lieu de la Sépulture de ces deux Rab-
bins. ( g ) Abarbanéllaiſſa trois Fils Ju-
da, Jofeph & Samuel. L'aîné vulgaire-
ment connu ſous le nom de Leon l'He-
breu , Auteur des Dialogués de l'A-
mour, a été grand Philofophe & ha-
bile Médecin. Il s'eſt encore diftingué
par fon talent pour la Poëfie , & il a
fait pluſieurs Vers à la gloire de celui
à qui il devoit le jour. Jofeph partagea
la bonne & la mauvaiſe fortune de ſon
Père juſques à ſa mort Samuel le plus
jeune des ſes Frères paſſe pour avoir
été plus ſçavant qu'eux & même qu'A-
barbanel fon Père , s'il en faut croire
Bartolocci qui me paroît avancer ce
fait bien gratuitement. (h) Au moins
c'eſt ce que ne diſent point ceux d'entre
les Ecrivains Juifs qui font entrés dans
quelque détail fur ce qui concerne notre
Rabbin , & fa famille. Aboab vante à la
vérité le ſçavoir de Samuel. ( i) Mais
:
( g ) Præfatio 1. Maaianei Jefchouah fol. 4
( h ) Bartolocci Bibl. Rabb. P. III. pag. 881 .
(i) Jm. Aboab Nomologia P. II. cap. 27. pag.
327.
D vj
:
84 MERCURE DE FRANCE .
il n'attribue au Fils aucune fupériorité
ſur le Père à cet égard. D'ailleurs nous
n'avons du premier aucun ouvrage qui
justifie l'opinion , que Bartolocci vou-
droit qu'on en prît. Il ne l'a proba-
blement eue qu'en faveur du Chriſtia-
niſme qu'on prétend que ce Juifem-
braſſa à Férrare , où il reçut au Baptême
le nom d'Alphonse qui étoit celui du
Duc qui lui fit l'honneur d'être fon
Parrain. La requête qu'il préſenta à ce
ce ſujèt ſous le Pontificat de Jules III.
au Cardinal Sirlet Protecteur des Neo-
phytes , fe conferve manufcrite dans
laBibliothéque du Vatican. ( k ) Cepen-
dant le filence profond qu'Aboab garde
fur la converfion de Samuel, fait dou-
- ter de ſa publicité dans tous les lieux où
:
les Juifs font diſperſés ; à moins qu'on
ne croye qu'il l'a diffimulée de deſſein
prémédité. Mais il eſt plus vraiſembla.
ble, qu'elle n'eſt point venue à ſa con-
noiffance , à en juger par les grands
éloges qu'il prodigue àce Fils d'Abarba-
nél. Illeslui eûtdonnésavecplus de réſer-
ve , ſi en effet il eût ſçu que celui-ci avoit
abjurélaReligionde ſesPères. Il n'arrive
guères aux Juifs de parler favorable-
(k) Vide Catalog. Bibliothe. Vatican fub. n.
6415. pag. 191.
MARS. 1764.
85
ment de leurs Apoſtats , dont au con-
traire ils s'efforcent de flétrir la mé-
moire , quelque irréprochable qu'elle
pût être. Aboab nous apprend que la
femme que Samuel Abarbanél avoit
épousée , ne lui cédoit pas en mérite.
Elle s'appelloit Benvenida de fon nom
de famille , & elle réuniſſoit aux vertus
de ſon ſéxe les avantages de l'eſprit ,
qui étoient encore relevés par beau-
coup de prudence , de grandeur & de
fermeté d'âme. D. Pedre de Toléde
Vice-Roide Naples , auprès de qui Sa-
muél fut fort en crédit, conçur pour
elle une eſtime ſi particulière , qu'il ne
balança point à confier à ſes ſoins l'é-
ducation de ſa Fille Léonor. Aboab
ajoute que celle
ci ayant été depuis
mariée à Come de Médicis Grand-Duc
de Toſcane , faiſoit gloire en toute
occafion de régler ſa conduite ſur les
inſtructions qu'elle avoit reçues dans
fon enfance de D. Benvenida qui de-
meuroit alors à Ferrare. Auſſi ne dé-
daignoit-elle pas de la nommer ſa Me-
re , la reſpectant comme telle , & la
traitant avec toutes fortes de dif-
tinctions. ( 1 ) Ces circonstances déno-
tent affez que Samuel Abarbanel &
(1 ) Aboab locofuprà citato.
86 MERCURE DE FRANCE.
ſa femme avoient dès-lors une diſpoſi-
tion prochaine à ſe faire Chrétiens ;
n'étant guères croyable , que le Vice-
Roi ſe fût avisé de donner à fa Fille
une Gouvernante qui eût perſéveré
dans ſon attachement à une Religion
différente de la fienne. Notre Samuel
étoit puiſſamment riche , & quand il
abandonna le ſéjour deNaples l'an 1540,
il emporta avec ſoi
و
au rapport de
David Gantz, la valeur de plus deux
cens mille écus. (m )La famille desA-
barbanels ſubſiſtoit encore avec quel-
que éclat du temps de Daniel Levi de
Barrios , qui compte un Jofeph Abar-
banél avec Ménaſſéh ſon Frère & Jo-
nas Fils du dernier , au nombre des
membres de l'Ecole Fſpagnole , que les
Juifs ont à Amſterdam ſous le nom
de Cether Thorah, ( n)
Après avoir vu notre Ifaac ſe pro-
duire dans les Cours des Princes par
fes talens politiques , qui l'y firent
revêtir d'emplois importans, nous al
lons le confidérer en qualité d'Ecrivain
الله
( m )R. David Ganz. Zemach David adann.
$300. pag. 152. ex version. Latin, G. Vortii.
(n) Dan. Lev. de Barrios Defcript. Cether
Thorah. pag. 9. Vide Christ. Wolf. Biblioth.
Hebra . Tom. III. pag. ispy
λονδία ( 1 )
MARS. 1764.
87
qui s'eſt rendu célébre par les produc-
tions de ſa plume. Elles lui ont mérité
un des premiers rangs parmi les Doc-
teurs de ſa Nation. Auſſi les Juifs
s'empreſſent-ils à lui déférer le titre
d'homme Illuſtre ,de ſcavant & d'in-
comparable Théologien. (o ).On l'égale
au fameux Maimonide. Quelques-uns
même n'hésitent point à le lui préférer.
On doit convenir qu'à un eſprit net
& pénétrant , il joignoit une imagina-
tion vive & féconde qui étoit fou-
tenue d'une élocution abondante &
aifée. Né naturellement laborieux , il
fe livroit à l'étude avec une ardeur in-
fatigable. Il eſt étonnant même qu'un
homme dont la vie a été alternative-
ment engagée dans le tumulte du grand
monde , dans l'embarras des affaires
&dans les chagrins de l'éxil , ait encore
pû trouver le temps de s'y appliquer.
Il écrivoit avec une ſi grande facilité
que peu de jours lui fuffifoient pour
commenter quelques Livres de l'Ecri
( 0) Salom. Ben Virg. Schebet Jehoudahfol.44,
feu319 exversion. Gent.Azarias Meor Enajimfol.
139. Dav. Ganz. Zemach David. P. I. fol. 61 .
EditHebr.feu pag. 150. ex Verf. Vorst. Menaffeh
Ben Ifraelde creation. Problem. I. page 2. &Pro-
blem. XII. page 50. Aboab. Nomolog.pag. 326.
88 MERCURE DE FRANCE.
ture Sainte. De - là cette multitude
d'ouvrages qu'il a composés. ( p ) M.
Maius a pris ſoin de recueillir à la ſuite
de l'abrégé de la vie qu'il a donné de
ce Rabbin , les Jugemens que les
Sçavans de diverſes Communions en
ont portés. ( q ) Ils lui font générale-
ment affez favorables , ſurtout en ce
qui concerne l'explication du Texte
Sacré: c'eſt auſſi dans cette partie qu'il
s'eſt principalementdiftingué. Ses Com-
mentaires ſont ſans contredit ce qu'il a
fait de plus conſidérable ; & il paffe
avec raiſon pour un des meilleurs in-
terprétes Juifs. M. Simon veut que ce
foit celui dont on peut le plus profiter
(p ) Bartolocci ( Biblioth. Rabbin. P. III.
pagg. ) & M. Wolff. ( Biblioth. Hebra. Tom.
I. pagg. 629 , 639. ) ont donné la notice des
Ouvrages de notre Rabin , à laquelle ils ont joint
le dénombrement des différentes Editions qui s'en
fontfaites. Aleuréxemplej'en ai dreſſé le Catalo-
gue qui auroit paru à la fuitede la vie d'Abar
banel , fi je n'étois perfuadé que les détails qui
réſultent de ce genre de travail nefont guères de la
compétence du Mercure. C'est pourquoije lefupprime
ici , & je lui réſerve une placeplus convenable.
(9 ) Vide pag. 20 &feqq. Vita Abarbanelis
fubjunctaPræconi Salutis quemV. C. Latine ver-
fit, & Francof. ad mæn. 1712. edidit.
: MARS. 1764.
89
pour l'intelligence de l'Ecriture. ( r ) Sa
Méthode eſt à quelques égards ſembla-
ble a celle de Toftat , de qui il paroît
avoir lù les Commentaires ſur la Bible.
Il forme , comme cet Evêque Eſpa-
gnol , pluſieurs queſtions ſur le Texte
quil explique. Il déploye d'ordinaire
beaucoup de ſagacité dans la maniére
de les réfoudre. Cependant nous ne
diſconviendrons pas qu'il ne ſe ſoit
trop plu à les multiplier. Il y en a quel-
ques-unes qui bien loin d'être de la
moindre utilité , ne ſont propres qu'à
embaraſſer l'eſprit des Lecteurs par les
doutes qu'elles y font naître. Il apporte
toute fon application à éclaircir les en-
droits difficiles & obfcurs des Livres
Saints , à découvrir la liaiſon & les
rapports des Hiſtoires & des Prophéties
qu'ils contiennent , & à marquer la
fignification , & la force des mots Hé-
breux.
Il s'écarte rarement du ſens
Grammatical. Il ne lui arrive guères
non plus d'abandonner le ſens littéral
auquel il eſt fort attaché. Il s'efforce
même de l'établir dans des occafions
où la plupart des Rabbins qui l'ont
précédé ſe ſont retranchés dans l'Al-
(r ) Simon Histo. Critiq. du.V. Teftam. Liv
III. Chap. 6. page 380.
90 MERCURE DE FRANCE.
légorie , pour n'avoir pu trouver une
interprétation conforme à la Lettre du
Texte de l'Auteur inſpiré.
Il péche
quelquefois par trop de fubtilité , qui
le porte à raffiner ſur l'explication des
autres Commentateurs de ſa Nation.
Quelque reſpect qu'il ait pour l'autorité
de ſes Maîtres dont il rapporte fré-
quemment les opinions
,
elle ne lui
impoſe point juſques à les admettre
ſans un mûr examen. Il les appuie ou
les combat , felon qu'elles lui femblent
vraies ou fauſſes. Le plagiat dont quel-
ques-uns d'entre eux font coupables ,&
les autres fautes qu'ils peuvent avoir
commifes n'échappent point à ſa cen-
fure. Il propoſe ſon ſentiment avec une
entière liberté,&il eſt fertile en conjectu-
res qu'il hafarde trop volontiers. Enfin
il étaledans tout ce qu'ildit une grande
érudition Juive. Celle même qui s'ac-
quiert par la lecture des Auteurs pro-
fanes ou Chrétiens , n'eſt pas pour lui
un objet tour-à-fait étranger. Il cite
ſouvent Platon & Ariftote. Ildifpute
furtout contre le dernier de ces Phi-
loſophes fécond en paradoxes qui favo-
Tiſent l'irréligion. Le P. Souciet croit
avoir remarqué des paſſages de Pline :
MARS. 1764 .
91
produits par notre Rabbin . ( s ) Mais
c'eſt une obſervation que nous ne pré-
tendons point garantir. Abarbanél al-
légue en divers endroits de ſes Com-
mentaires S. Jérôme & S. Augustin ,
foit qu'il eût feuilleté quelques écrits
de ces Pères , ou ce qui est plus vrai-
ſemblable , qu'il tînt ce qu'il en rap-
porte , de Nicolas Lyre & de Paul
de Burgos , dont il avoit lu les anno-
tations fur l'Ecriture. Ilne fait aucune
difficulté de ſuivre quelques-unes de
leurs explications , & il réfute celles
qui ne s'accordent point avec ſes pré-
jugés.Au reſte ces allégations ſuppoſent
qu'il avoit quelque teinture de la
Langue Latine. Fier des connoiffances
qu'il avoit puiſées dans la Philofophie
minutieuſe qui régnoit de ſon temps ,
& qu'il entendoit affez bien , il affecte
de charger de raiſonnemens Métaphyfi-
ques les diſcuſſions où il entre. De-là
leur prolixité qui rebute autant qu'elle
ennuie. Aufſi ſon ſtyle qui a d'ailleurs
le mérite de la pureté & de la clarté ,
eſt infiniment diffus , & abonde en
répétitions faftidieuſes. C'eſt probable-
ment pour cela que Jonas Salvador
(s) Souciet Recueil de Differtat. Critiq. fur
des endroits difficiles de l'Ecriture Sainte,pag 4.
92 MERCURE DE FRANCE.
Juif de Pignerol , avec qui M. Simon
étoit en relation , avoit coûtume de
Pappeller un pur compilateur & un
babillard. ( t ) Il ſe montre par-tout
zélé défenſeur des Dogmes , & des
pratiques de ſa Religion. Son entêre-
ment pour les prétendues prérogatives
de ſa Nation lui a fait adopter mille
idées chimériques & extravagantes
fur ce qui peut y avoir rapport. Mais
le défaut le plus eſſentiel qui choque
dans ſes Commentaires & dans ſes
Traités Théologiques , c'eſt ſon achar-
nement à y invectiver contre le Chrif-
tianiſme , & contre ſon divin Inſtitu-
teur. Toutes les fois que l'occaſion ſe
préſente d'en attaquer les principes ,
il la ſaiſit avidement , ſans garder aucu-
ne meſure. S'il ne diſſimule pasdans ſes
controverfes avec les Chrétiens les
raiſons ſur lesquelles ceux-ci fondent
la verité de leur créance , il les énerve
autant qu'il lui eſt poffible , & il tron-
que leurs objections contre le Judaïfme
pour y répondre avec plus de facilité.
Les Juifs ſont perfuadés qu'il les a
• ruinées de fond en comble. Il leur eft
libre de ſe repaître de ce triomphe
(t) Simon , Lettres Choifies Tom, III. pag. II
Edit. de la Marti,
MARS. 1764.
93
imaginaire. Ce qu'il ya de certain ,c'eſt
que les efforts d'Abarbanel ſervent à
prouver la foibleſſe de ſa cauſe. Ce
quifait le plus de peine à Bartolocci,
ce font les termes outrageans & in-
jurieux (dans lesquels il parle du Pape
&du Clergé. Il eſt ſans doute indigne
d'un homme raisonnable de ſe livrer à
des emportemens qui dégradent ſon
caractère. Nous ne voulons point juſti-
fier Abarbanel fur ce point. Cependant
à juger des choſes humainement , on
nedoit pas s'étonner qu'il en ait fi mal
ufé a l'égard du Clergé. Il ſçavoit que
c'étoit par ſes brigues & par fon crédit ,
qu'il avoit été dépouillé des dignités
&des richeſſes qu'il avoit poſſédées à
la Cour de Portugal. Il n'ignoroit pas
non plus que le banniſſement général
de ſa Nation de tous les Etats de D.
Ferdinand , & de D. Jean , étoit l'effet
de ſes preffantes ſollicitations auprès
de ces Princes. Il lui imputoit donc
tous les malheurs dans leſquels cet
éxil l'avoit précipité , ainſi que ſes
Frères. La haine implacable qu'il nour-
riffoit au fond du cœur contre les Mi-
niftres de l'Eglife Romaine avoit confé-
quemment ſa ſource dans un motif
perfonnel. Penſe-t-on qu'un Juif que
94 MERCURE DE FRANCE.
les préjugés de ſa religion avoient ac-
coutumé dès l'enfance à regarder de
mauvais œil celle qui s'eſt établie ſurles
ruines de la fienne
,
ait été capable
d'avoir des ménagemens envers des
gens qui avoient ſoulevé les Puiffances
contre ſaNation.Les chagrins qu'il avoit
éprouvés dans le cours & à la fuite
de ces révolutions fi funeſtes à ſon am-
bition , n'avoient pas peu contribué à
aigrir fon humeur. Ayant réſolu de ſe
venger par quelque voie que ce fût
de ceux qui les lui avoient ſuſcités ; il
n'a cru pouvoir mieux fignaler fon
averſion , qu'en les diffamant dans ſes
écrits qui portent prèſque tous l'em-
preinte des traits de ſa colère &de fon
indignation. Il n'auroit pas dû laiſſer
prendre un fi fort empire au reſſentiment,
que lui cauſoit le ſouvenir des perfécu-
tions que ſes Frères avoient fouffertes ,
& auxqu'elles il n'avoit pas eu une
médiocre part. Si les mouvemens im-
pétueux de ſa bile n'euffent point
offuſqué les facultés de ſon âme , il
auroit reconnu qu'il y a de l'injuftice
à médire d'une Religion , à cauſe des
abus qu'en peuvent faire ceux qui la
profeffent , & des excès auxquels les
emportent l'intolérance & l'eſprit de
MARS. 1764.
95
domination. Mais on n'est équitable
qu'autant qu'on agit fans paffion. Cette
conduite ſi rare parmi les perſonnes qui
ſe parent, du beau nom de Philofo-
phes , l'eſt encore plus parmi les
Théologiens. Il fuffit qu'ils soient de
différens partis pour les voir ſe décrier
les uns les autres avec fureur; l'on ſçait
affez que la modération n'eſt guères
le partage de ces Meſſieurs , quoique
par état ils duffent en donner l'exemple
au reſte des hommes. Si Bartolocci ſe
plaint de ce que les Juifs ſont dans
l'habitude de remplir les Livres qu'ils
publient d'invectives contre les Chré-
tiens , ces derniers & lui en particulier
ufent largement à leur tour du droit de
repréfailles , à l'égard des membres de la
Synagogue. Encore font-ils moins ex-
cufables ; puiſque l'Evangile qui re-
commande les devoirs de la charité mê-
me envers ſes ennemis , leur défend ex-
preſſément de rendre injures pour inju-
res. C'eſt un précépte qu'il feroit à
propos que bien des gens euſſent de-
vant les yeux. On ne verroit pas tant
de libelles diffamatoires ſe répandre
hardiment dans le Public.
critique sur la Vie de Don ISAAC
ABARBANÉL, Juif Portugais ; par
M. de BOISSY.
NOTRE Rabbin reçut un ordre de se
rendre auprès de D. Jean dont les intrigues
de ſes ennemis avoient confi-
dérablement accru l'animofité à fon
égard ; il ne balança point à obéïr. Il
ſe hâta d'arriver à Lisbonne , d'où la
privation de ſes emplois l'avoit obligé
de s'éloigner. Il fut aſſez heureux pour
apprendre fur la route qu'on en vou-
loit à ſes jours. On l'avertit que le Roi
ne l'attiroit à ſa Cour que pour lui
tendre un piége dont il étoit de ſa
prudencede ſe garantir. Ces avis étoient
trop pofitifs pour avoir lieu de douter
de cequi ſe tramoit à ſon inſcu contre
lui. Il n'eut rien de plus preſſé que de
ſe ſouſtraire par une prompte fuite
au
MARS. 1764.
73
an danger qui menacoit ſa tête. Il ſe
réfugia dans le Royaume de Caſtille
ſans avoir le temps de ſe faire accom-
pagner de ſa femme & de ſes enfans
qui ne l'y vinrent trouver que quelque
temps après. Il uſa d'une fi grande di-
ligence , que dans l'intervalle d'une nuit
à l'autre il gagna les frontières de ce
Pays. D. Jean étant inſtruit de ſon éva-
ſion entra dans une furieuſe colére. Il
envoya fur ſes traces des foldats pour
le lui amener mort ou vif. Mais leurs
pourſuites furent inutiles. Abarbanél les
avoit devancés de vîteſſe. Ce Roi ne
put tirer d'autre vengeance que celle
que lui offrit la confifcation de tous les
biens & les effets de ce Rabbin qui
étoient demeurés en ſa puiſſance. Nous
devons le détail de toutes ces particu-
larités à Abarbanél lui-même qui dé-
plore ſa chute en des termes auſſi pa-
thétiques , que ceux dans leſquels il dé-
critfon élévation ſont magnifiques. Les
uns& les autres font un tiſſu de diverſes
phraſes priſes de l'Ecriture , qu'il adapte
&lie à la contexture de fon discours
en les accommodant au récit des dif-
férentes circonstances de ſa vie. Cela
eft affez ordinaire aux Auteurs Juifs &
principalement au nôtre. Il étoit dans
D
74 MERCURE DE FRANCE.
la quarante-cinquiéme année de fon
âge , quand il quitta le Royaume de
Portugal , pour aller s'établir dans celuil
de Caſtille. Le loiſir dont il jouit dans
ſa retraite , réveilla en lui le goût qu'il
avoit eu dans ſa première jeuneſſe pour
l'étude des Livres faints.Il reprit le cours
de ſes travauxfur l'Ecriture , qui avoient
fouffertune longue interruption. par les
occupations qui l'attachoient à la Cour.
Il paſſa quelques années à la méditer ;
& fes commentaires ſur les livres dei
Jofué,des Juges & de Samuelfurent le
fruitde ſon application. Cependant l'am-
bition qui le dominoit toujours , fit
encore diverfion à ſes veilles laborieu-
fes. Il ſe laiſſa ſurprendre une ſeconde
fois à l'appât des honneurs & des ri-
cheffes. La Cour de Ferdinand & d'I-
fabelle lui offrant un vaſte champ pour
déployer ſes talens, il s'y introduifit à la
faveur de laBanque qu'il faisoit enEf-
pagne. Animé du defir d'y figurer , il
employa toutes les refſources que put
lui fournir l'activité de ſon génie intri-
gant pour ſeménager un accès auprès
de Leurs Majestés Catholiques. Comme
il étoit habile dans l'art de captiver la
bienveillancedes Princes, ſes ſollicitare
tions réuffirent au gré de ſes ſouhaits.
MARS. 1764.
75
Ferdinand le prépofa au manîmentde
ſes finances , & l'éleva au rang de ſes
Miniſtres. Il est vraisemblable que ce
Monarque agréa les ſervices d'Abarba-
nél plus par politique que par amitié
pour lui. Il avoit formé le projet d'ex-
terminer les Maures ; & il ne ſe diffi-
muloit pas que ſes revenus fuffifoient
àpeine pour foutenir les frais de la
guerre où il vouloit s'engager. Il fentit
que notre Rabbin à qui l'importance
des emplois que celui-ci avoit adminif
trés , donnoit beaucoup de confidéra
tion & d'autorité parmi les Juifs , pour-
roit le ſervir utilementdans le poſte où
il le plaça. Il préſumoit d'obtenir d'eux
par ſon moyen les ſecours pécuniaires
dont il avoit beſoin. Abarbanelfutpen-
dant huit ans en poffeffion de la charge
dans laquelle il avoit été inſtallé. Elle
le dédommagea amplement de la per-
re qu'il avoit faite de ſes dignités , & de
ſes biens en Portugal. Ily amaſſa dans
ce court eſpace de temps d'auffi
grands tréſors que ceuxqui lui avoient
été ravis précédemment. Tout ſembloit
concourir à l'affermiſſement de fon bon-
heur , lorſqu'un événement inattendu
changea ſubitementla facede ſes affaires,
Ferdinand ayant à ſon retour de la
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
conquête du Royame de Grenade fur
les Maures réſolu de chaffer tous les
Juifs habitués dans ſes Etats , fit publier
au mois de Mars de l'an 1492, un Edit
par lequel il leur étoit enjoint d'en fortir
dans trois mois à compter du jour de
ſa publication , ou d'embraſſer le Chrif-
tianiſme. ( a ) Iln'y eut pointd'excep-
tion ; l'Ordonnance étant générale , ſa
rigueur s'etendoit à tous ceux qui fai-
foient profeffion ouverte du Judaïsme.
Ainfi Abarbanél , malgré le crédit qu'il
avoit eu a la Cour juſques-là , ne put ſe
garantir de l'éxil commun. Frappé du
coup terrible qui étoit porté à ſa Na-
tion, il mit tout en œuvre pour le dé-
-tourner. Il alla ſe jetter aux genoux du
Roi qu'il tâcha de fléchir par ſes prières
& par ſes larmes ; il le conjura de ne-
(a) Abarbanel. præfat. Commentar. in Libr.
Reg.fol. 188. Salom. Ben. Virg. Schebet Jehouda.
fol.44 fcu.p.320 ex version .Gent.Gedaliah Schal-
Scheleth hakkabalah fol. 115. Mariana ( Hiftor.
Hifpan. Lib. XXVI. Cap.
1. ) & d'après lui
Sponde ( Continuat. Annal. Ecclef. Baron.fub ann.
1492. n. 3. Tom. II. pag. 202. ) ont étendu a l'ef-
pacede quatre mois le terme de l'expulfiondes Juifs.
L'Historien Ferréras l'a prolongé même jusques au
fixième mois ( Voyezfon Histoire d'Espagne XI.
part. Tom. VIII. pag. 128. de la traduction de
M.d.&Hermilly. )
MARS. 1764..
77
pointtraiter avec tant d'inhumanitédans
laperſonne des Juifs , des Sujets fidéles
& zélés pour la gloire de Sa Majefté. Il
propoſa de leur part de payer toutes les
ſommesd'argentqu'il lui plairoitd'en éxi-
ger. Il l'aſſura qu'ils n'heſiteroient point
àacheter à ce prixla libertéde demeurer
dans les lieux de leur naiſſance. Il in-
téreſſa même dans la cauſe de ſa Na-
tion quelques - uns des plus intimes
favoris du Roi , qui gagnés par ſes pré-
ſens intercédérent pour faire révoquer
l'Arrêt qui la baniſſoit à perpétuité de
l'Eſpagne ; mais toutes ces tentatives
furent infructueuſes. Ferdinand fut iné-
branlable dans ſa réſolution. La Reine
fon Epouſe à qui ce Peuple étoit ſou-
verainement odieux , travailloit de fon
côté à l'y affermir. Elle le preſſoit con-
tinuellement d'exécuter avec vigueur
ce qu'il avoit heureuſement commencé.
Abarbanel ſe vit forcé de céder à la
violence de l'orage qui accabla ſa Na-
tion. Conſtant dans les principes de ſa
Religion , il aima mieux partager le fort
miſérable de ceux d'entre ſes Frères
qui ,à ſon exemple , refuſerentd'abjurer
leur croyance , que de conſerver ſa
place àla Cour de Caſtille aux dépens de
La confcience. Bartolocci prend occa-
Diij
1
78 MERCURE DE FRANCE.
fion d'éclater encore en reproches con-
tre notre Rabbin qu'il taxe de s'y être
auſſi mal conduit ,qu'à celle de Portu-
gal. Il veut qu'Abarbanel ait contribué
plus que perſonne à ce baniſſement des
Juifspar la tyrannie qu'il exerçoit envers
les pauvres , par ſes ufures exceſſives ,
parſa vanitéinfupportable qui lui faifoit
ufurper les titres qui ne font dûs qu'aux
maiſons nobles d'Eſpagne , enfin par
fes diſcours injurieux à la Religion
Chrétienne dont il étoit l'ennemi dé-
claré. S'il falloit juger de ce Rabbin
fur la dépoſition incontestablementtrop
fuſpecte d'un homme qui ſe plaît à
le noircir , on ne pourroit le regarder
que comme un franc ſcélérat qui facri-
fioit tout àune ambition démeſurée , &
à une infâme cupidité.N'est-ce pas mon-
trer évidemment l'effet de la paffion la
plus mépriſable , que de s'abandonner
à des accufations de cette nature ſans
avoir des preuves poſitives de ce qu'on
avance. Je ne crains pas de dire que
c'eſt précisément là le cas de Barto-
locci qui dans l'énonciation de ces
prétendus griefs , qu'une imagination
auffi fortement préoccupée que la
fienne étoit ſeule capable de réaliſer , a
plus confulté ſa haine particulière que
MARS. 1764.
79
les intérêtsde la vérité. C'eſt pourquoi
on ne doit pas avoir égard à ſes décla-
mations monachales. Abarbanel s'em-
barqua avec toute fa famille pour
l'Italie , & aborda à Naples , ( b ) où
- Ferdinandle bâtard régnoit alors. Il eut
le bonheur d'être bien accueilli de ce
Prince , à la Cour duquel il s'infinua
-par les mêmes voies qui l'avoient mis
en crédit à celles de Portugal & de
Caftille. Comme Ferdinand ſe piquoit
d'une politique raffinée , il ſcut en
adroit courtiſan ſe faire valoir auprès
de lui par les connoiffances qu'il avoit
été àportée d'y acquérir en ce genre.
Ce Monarque le prit en affection , &
l'employa avantageuſement dans les
affaires les plus ſecrètes & les plus dif-
ficiles du Gouvernement. La mort
ayant enlevé Ferdinand peu de temps
après qu'Abarbanél ſe fut établi dans
ſa Capitale , Alphonse II. de ce nom
lui fuccèda l'an 1494. Notre Rabbin
eut également part aux hommes graces
de ce dernier à qui ſes ſervices ne
furent pas moins agréables , qu'ils l'a-
voient été à ſon prédéceſſeur. Il re-
cueilloit tranquillement le fruit de fa
(b ) Abarban. loco fuprà citato & præfat.Com-
mentar. in Libr. Deuteronom.
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
faveur, lorſque la fortune qui n'étoit
-pas encore laſſe de le perfécuter lui
préparoit un nouveau ſujet d'affliction.
On auroit dit qu'elle ne ſe plaiſoit
jamais plus à lui nuire , qu'au moment
qu'elle paroiſſoit le favorifer davan-
tage. Charles VIII. Roi de France en-
treprit la conquête du Royaume de
Naples , auquel il prétendoit en confé-
quence des droits fur ce Pays que
Charles Comte du Maine héritier de
René d'Anjou avoit cédés à Louis XI.
Ily entra à la tête d'une Armée nom-
breuſe & s'empara des principales pla-
ces fans trouver aucune réſiſtance.
Alphonse conſterné de la rapidité du
progrès de ſes Armes , & ne ſe ſentant
pointaffez fort pour s'y oppoſer , aban-
donna Naples à la difcrétion duvain-
queur. Il s'enfuit en Sicile , où le ſuivit
Abarbanél qui demeura fidéle à fon
Prince , au milieu des revers qui le dé-
pouilloient de ſes états & de fes richef-
Tes. Ils firent l'un & l'autre leur réſiden-
ce à Meffine. Nicolas Antonio s'est
mépris en marquant dans l'appendice
de fa Bibliothéque d'Eſpagne , que
notre Rabbin fit le trajet de la Sicile
avec Ferdinand qui avoit été déthrôné
T
MARS. 1764.
81
par les François. ( c) Cela regarde uni-
quement Alphonse ; le premier de ces
Monarques ayant ceffé de vivre un an
avant l'arrivée de Charles en Italie.
Alphonse ne ſurvécut que de quelques
mois à la perte de ſa Couronne. Suc-
combant fous le poids de ſes malheurs ,
il mourut l'an 1495. Abarbanel qu'au-
cun motif ne retenoit plus dans cette
Iſle ſe retira à Corfou , où il ne s'ar-
rêta pas longtemps ; car il repaſſa
l'année ſuivante en Italie. Il fixa ſon
domicile à Monopoli dans la Pouille
pour être à couvert des inſultes des
François,dans la retraite qu'elle lui of-
frit. Il compoſa divers écrits pendant
ſon ſéjour en cette Ville , où il reſta en-
viron ſept ans. ( d) Il eut enſuite occa-
ſion d'aller à Veniſe , ou ſon Fils Jofeph
l'accompagna , pour concilier quelques
différends furvenus entre les Magiftrats
de cette République , & le Roi de
Portugal au ſujet du commerce des
Epiceries. ( e ) Il ſe conduiſit avec beau-
coup de prudence & d'habilité dans cet-
( c ) Nicol. Anton.
Biblioth. Hifpan. Ap-
pend. Tom. II. pag. 686.
(d) Vide præfation. I. Libri quem Abarbanel
infcripfitMaaianei Jefchouahfol. 3 .
(e) Ibidem fol. 4.
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
te négociation qu'il termina au gré des
Puiſſances quiy étoient intéreſſées : ce
qui le mit auprès d'elles en grande répu-
tation. ( e ) Auſſi eut-il la fatisfaction
d'en acquérir l'eſtime & la faveur. Il
acheva le reſte de ſes jours en cette
Ville qui fut le terme de ſes voyages ,
& mourut l'an 1508. dans la 71°. an-
née de ſon âge. Tel fut le cours d'une
vie marquée alternativement par des
honneurs éclatans&par une longue ſuite
de diſgraces ; & c'eſt prèſque toujours
là le fort qu'éprouvent ceux qui , com-
me Abarbanél , ambitionnant trop la
poffeffion des dignités & des richefſes ,
s'attachent au ſervice des Grands dans
l'eſpérance de ſe la procurer. Les Prin-
cipaux des Juifs célébrerent avec beau-
coup de pompe ſes funérailles , aux-
quelles affiftérent même pluſieurs No-
bles Vénitiens. On tranſporta fon corps
à Padoue , & on l'enterra dans un an-
ciencimetièrequi étoit hors de la Ville ,
& qui appartenoit aux Juifs. R. Juda
Menz qui avoit été Recteur de leurAca-
démie , y fut placé auprès de ſon ami
Abarbanel , auquel il ne ſurvécut pas
huitjours. Ce cimetière ayant été en-
(f) Menaffeh Ben. Ifrael. Spes Ifrael. pag. 91 .
MARS. 1764.
83
tièrement ruiné pendant le Siége que
cetteVille fouffrit en 1509 , devint de-
puis in chemin pavé; de forte qu'on
ne peut plus reconnoître actuellement
le lieu de la Sépulture de ces deux Rab-
bins. ( g ) Abarbanéllaiſſa trois Fils Ju-
da, Jofeph & Samuel. L'aîné vulgaire-
ment connu ſous le nom de Leon l'He-
breu , Auteur des Dialogués de l'A-
mour, a été grand Philofophe & ha-
bile Médecin. Il s'eſt encore diftingué
par fon talent pour la Poëfie , & il a
fait pluſieurs Vers à la gloire de celui
à qui il devoit le jour. Jofeph partagea
la bonne & la mauvaiſe fortune de ſon
Père juſques à ſa mort Samuel le plus
jeune des ſes Frères paſſe pour avoir
été plus ſçavant qu'eux & même qu'A-
barbanel fon Père , s'il en faut croire
Bartolocci qui me paroît avancer ce
fait bien gratuitement. (h) Au moins
c'eſt ce que ne diſent point ceux d'entre
les Ecrivains Juifs qui font entrés dans
quelque détail fur ce qui concerne notre
Rabbin , & fa famille. Aboab vante à la
vérité le ſçavoir de Samuel. ( i) Mais
:
( g ) Præfatio 1. Maaianei Jefchouah fol. 4
( h ) Bartolocci Bibl. Rabb. P. III. pag. 881 .
(i) Jm. Aboab Nomologia P. II. cap. 27. pag.
327.
D vj
:
84 MERCURE DE FRANCE .
il n'attribue au Fils aucune fupériorité
ſur le Père à cet égard. D'ailleurs nous
n'avons du premier aucun ouvrage qui
justifie l'opinion , que Bartolocci vou-
droit qu'on en prît. Il ne l'a proba-
blement eue qu'en faveur du Chriſtia-
niſme qu'on prétend que ce Juifem-
braſſa à Férrare , où il reçut au Baptême
le nom d'Alphonse qui étoit celui du
Duc qui lui fit l'honneur d'être fon
Parrain. La requête qu'il préſenta à ce
ce ſujèt ſous le Pontificat de Jules III.
au Cardinal Sirlet Protecteur des Neo-
phytes , fe conferve manufcrite dans
laBibliothéque du Vatican. ( k ) Cepen-
dant le filence profond qu'Aboab garde
fur la converfion de Samuel, fait dou-
- ter de ſa publicité dans tous les lieux où
:
les Juifs font diſperſés ; à moins qu'on
ne croye qu'il l'a diffimulée de deſſein
prémédité. Mais il eſt plus vraiſembla.
ble, qu'elle n'eſt point venue à ſa con-
noiffance , à en juger par les grands
éloges qu'il prodigue àce Fils d'Abarba-
nél. Illeslui eûtdonnésavecplus de réſer-
ve , ſi en effet il eût ſçu que celui-ci avoit
abjurélaReligionde ſesPères. Il n'arrive
guères aux Juifs de parler favorable-
(k) Vide Catalog. Bibliothe. Vatican fub. n.
6415. pag. 191.
MARS. 1764.
85
ment de leurs Apoſtats , dont au con-
traire ils s'efforcent de flétrir la mé-
moire , quelque irréprochable qu'elle
pût être. Aboab nous apprend que la
femme que Samuel Abarbanél avoit
épousée , ne lui cédoit pas en mérite.
Elle s'appelloit Benvenida de fon nom
de famille , & elle réuniſſoit aux vertus
de ſon ſéxe les avantages de l'eſprit ,
qui étoient encore relevés par beau-
coup de prudence , de grandeur & de
fermeté d'âme. D. Pedre de Toléde
Vice-Roide Naples , auprès de qui Sa-
muél fut fort en crédit, conçur pour
elle une eſtime ſi particulière , qu'il ne
balança point à confier à ſes ſoins l'é-
ducation de ſa Fille Léonor. Aboab
ajoute que celle
ci ayant été depuis
mariée à Come de Médicis Grand-Duc
de Toſcane , faiſoit gloire en toute
occafion de régler ſa conduite ſur les
inſtructions qu'elle avoit reçues dans
fon enfance de D. Benvenida qui de-
meuroit alors à Ferrare. Auſſi ne dé-
daignoit-elle pas de la nommer ſa Me-
re , la reſpectant comme telle , & la
traitant avec toutes fortes de dif-
tinctions. ( 1 ) Ces circonstances déno-
tent affez que Samuel Abarbanel &
(1 ) Aboab locofuprà citato.
86 MERCURE DE FRANCE.
ſa femme avoient dès-lors une diſpoſi-
tion prochaine à ſe faire Chrétiens ;
n'étant guères croyable , que le Vice-
Roi ſe fût avisé de donner à fa Fille
une Gouvernante qui eût perſéveré
dans ſon attachement à une Religion
différente de la fienne. Notre Samuel
étoit puiſſamment riche , & quand il
abandonna le ſéjour deNaples l'an 1540,
il emporta avec ſoi
و
au rapport de
David Gantz, la valeur de plus deux
cens mille écus. (m )La famille desA-
barbanels ſubſiſtoit encore avec quel-
que éclat du temps de Daniel Levi de
Barrios , qui compte un Jofeph Abar-
banél avec Ménaſſéh ſon Frère & Jo-
nas Fils du dernier , au nombre des
membres de l'Ecole Fſpagnole , que les
Juifs ont à Amſterdam ſous le nom
de Cether Thorah, ( n)
Après avoir vu notre Ifaac ſe pro-
duire dans les Cours des Princes par
fes talens politiques , qui l'y firent
revêtir d'emplois importans, nous al
lons le confidérer en qualité d'Ecrivain
الله
( m )R. David Ganz. Zemach David adann.
$300. pag. 152. ex version. Latin, G. Vortii.
(n) Dan. Lev. de Barrios Defcript. Cether
Thorah. pag. 9. Vide Christ. Wolf. Biblioth.
Hebra . Tom. III. pag. ispy
λονδία ( 1 )
MARS. 1764.
87
qui s'eſt rendu célébre par les produc-
tions de ſa plume. Elles lui ont mérité
un des premiers rangs parmi les Doc-
teurs de ſa Nation. Auſſi les Juifs
s'empreſſent-ils à lui déférer le titre
d'homme Illuſtre ,de ſcavant & d'in-
comparable Théologien. (o ).On l'égale
au fameux Maimonide. Quelques-uns
même n'hésitent point à le lui préférer.
On doit convenir qu'à un eſprit net
& pénétrant , il joignoit une imagina-
tion vive & féconde qui étoit fou-
tenue d'une élocution abondante &
aifée. Né naturellement laborieux , il
fe livroit à l'étude avec une ardeur in-
fatigable. Il eſt étonnant même qu'un
homme dont la vie a été alternative-
ment engagée dans le tumulte du grand
monde , dans l'embarras des affaires
&dans les chagrins de l'éxil , ait encore
pû trouver le temps de s'y appliquer.
Il écrivoit avec une ſi grande facilité
que peu de jours lui fuffifoient pour
commenter quelques Livres de l'Ecri
( 0) Salom. Ben Virg. Schebet Jehoudahfol.44,
feu319 exversion. Gent.Azarias Meor Enajimfol.
139. Dav. Ganz. Zemach David. P. I. fol. 61 .
EditHebr.feu pag. 150. ex Verf. Vorst. Menaffeh
Ben Ifraelde creation. Problem. I. page 2. &Pro-
blem. XII. page 50. Aboab. Nomolog.pag. 326.
88 MERCURE DE FRANCE.
ture Sainte. De - là cette multitude
d'ouvrages qu'il a composés. ( p ) M.
Maius a pris ſoin de recueillir à la ſuite
de l'abrégé de la vie qu'il a donné de
ce Rabbin , les Jugemens que les
Sçavans de diverſes Communions en
ont portés. ( q ) Ils lui font générale-
ment affez favorables , ſurtout en ce
qui concerne l'explication du Texte
Sacré: c'eſt auſſi dans cette partie qu'il
s'eſt principalementdiftingué. Ses Com-
mentaires ſont ſans contredit ce qu'il a
fait de plus conſidérable ; & il paffe
avec raiſon pour un des meilleurs in-
terprétes Juifs. M. Simon veut que ce
foit celui dont on peut le plus profiter
(p ) Bartolocci ( Biblioth. Rabbin. P. III.
pagg. ) & M. Wolff. ( Biblioth. Hebra. Tom.
I. pagg. 629 , 639. ) ont donné la notice des
Ouvrages de notre Rabin , à laquelle ils ont joint
le dénombrement des différentes Editions qui s'en
fontfaites. Aleuréxemplej'en ai dreſſé le Catalo-
gue qui auroit paru à la fuitede la vie d'Abar
banel , fi je n'étois perfuadé que les détails qui
réſultent de ce genre de travail nefont guères de la
compétence du Mercure. C'est pourquoije lefupprime
ici , & je lui réſerve une placeplus convenable.
(9 ) Vide pag. 20 &feqq. Vita Abarbanelis
fubjunctaPræconi Salutis quemV. C. Latine ver-
fit, & Francof. ad mæn. 1712. edidit.
: MARS. 1764.
89
pour l'intelligence de l'Ecriture. ( r ) Sa
Méthode eſt à quelques égards ſembla-
ble a celle de Toftat , de qui il paroît
avoir lù les Commentaires ſur la Bible.
Il forme , comme cet Evêque Eſpa-
gnol , pluſieurs queſtions ſur le Texte
quil explique. Il déploye d'ordinaire
beaucoup de ſagacité dans la maniére
de les réfoudre. Cependant nous ne
diſconviendrons pas qu'il ne ſe ſoit
trop plu à les multiplier. Il y en a quel-
ques-unes qui bien loin d'être de la
moindre utilité , ne ſont propres qu'à
embaraſſer l'eſprit des Lecteurs par les
doutes qu'elles y font naître. Il apporte
toute fon application à éclaircir les en-
droits difficiles & obfcurs des Livres
Saints , à découvrir la liaiſon & les
rapports des Hiſtoires & des Prophéties
qu'ils contiennent , & à marquer la
fignification , & la force des mots Hé-
breux.
Il s'écarte rarement du ſens
Grammatical. Il ne lui arrive guères
non plus d'abandonner le ſens littéral
auquel il eſt fort attaché. Il s'efforce
même de l'établir dans des occafions
où la plupart des Rabbins qui l'ont
précédé ſe ſont retranchés dans l'Al-
(r ) Simon Histo. Critiq. du.V. Teftam. Liv
III. Chap. 6. page 380.
90 MERCURE DE FRANCE.
légorie , pour n'avoir pu trouver une
interprétation conforme à la Lettre du
Texte de l'Auteur inſpiré.
Il péche
quelquefois par trop de fubtilité , qui
le porte à raffiner ſur l'explication des
autres Commentateurs de ſa Nation.
Quelque reſpect qu'il ait pour l'autorité
de ſes Maîtres dont il rapporte fré-
quemment les opinions
,
elle ne lui
impoſe point juſques à les admettre
ſans un mûr examen. Il les appuie ou
les combat , felon qu'elles lui femblent
vraies ou fauſſes. Le plagiat dont quel-
ques-uns d'entre eux font coupables ,&
les autres fautes qu'ils peuvent avoir
commifes n'échappent point à ſa cen-
fure. Il propoſe ſon ſentiment avec une
entière liberté,&il eſt fertile en conjectu-
res qu'il hafarde trop volontiers. Enfin
il étaledans tout ce qu'ildit une grande
érudition Juive. Celle même qui s'ac-
quiert par la lecture des Auteurs pro-
fanes ou Chrétiens , n'eſt pas pour lui
un objet tour-à-fait étranger. Il cite
ſouvent Platon & Ariftote. Ildifpute
furtout contre le dernier de ces Phi-
loſophes fécond en paradoxes qui favo-
Tiſent l'irréligion. Le P. Souciet croit
avoir remarqué des paſſages de Pline :
MARS. 1764 .
91
produits par notre Rabbin . ( s ) Mais
c'eſt une obſervation que nous ne pré-
tendons point garantir. Abarbanél al-
légue en divers endroits de ſes Com-
mentaires S. Jérôme & S. Augustin ,
foit qu'il eût feuilleté quelques écrits
de ces Pères , ou ce qui est plus vrai-
ſemblable , qu'il tînt ce qu'il en rap-
porte , de Nicolas Lyre & de Paul
de Burgos , dont il avoit lu les anno-
tations fur l'Ecriture. Ilne fait aucune
difficulté de ſuivre quelques-unes de
leurs explications , & il réfute celles
qui ne s'accordent point avec ſes pré-
jugés.Au reſte ces allégations ſuppoſent
qu'il avoit quelque teinture de la
Langue Latine. Fier des connoiffances
qu'il avoit puiſées dans la Philofophie
minutieuſe qui régnoit de ſon temps ,
& qu'il entendoit affez bien , il affecte
de charger de raiſonnemens Métaphyfi-
ques les diſcuſſions où il entre. De-là
leur prolixité qui rebute autant qu'elle
ennuie. Aufſi ſon ſtyle qui a d'ailleurs
le mérite de la pureté & de la clarté ,
eſt infiniment diffus , & abonde en
répétitions faftidieuſes. C'eſt probable-
ment pour cela que Jonas Salvador
(s) Souciet Recueil de Differtat. Critiq. fur
des endroits difficiles de l'Ecriture Sainte,pag 4.
92 MERCURE DE FRANCE.
Juif de Pignerol , avec qui M. Simon
étoit en relation , avoit coûtume de
Pappeller un pur compilateur & un
babillard. ( t ) Il ſe montre par-tout
zélé défenſeur des Dogmes , & des
pratiques de ſa Religion. Son entêre-
ment pour les prétendues prérogatives
de ſa Nation lui a fait adopter mille
idées chimériques & extravagantes
fur ce qui peut y avoir rapport. Mais
le défaut le plus eſſentiel qui choque
dans ſes Commentaires & dans ſes
Traités Théologiques , c'eſt ſon achar-
nement à y invectiver contre le Chrif-
tianiſme , & contre ſon divin Inſtitu-
teur. Toutes les fois que l'occaſion ſe
préſente d'en attaquer les principes ,
il la ſaiſit avidement , ſans garder aucu-
ne meſure. S'il ne diſſimule pasdans ſes
controverfes avec les Chrétiens les
raiſons ſur lesquelles ceux-ci fondent
la verité de leur créance , il les énerve
autant qu'il lui eſt poffible , & il tron-
que leurs objections contre le Judaïfme
pour y répondre avec plus de facilité.
Les Juifs ſont perfuadés qu'il les a
• ruinées de fond en comble. Il leur eft
libre de ſe repaître de ce triomphe
(t) Simon , Lettres Choifies Tom, III. pag. II
Edit. de la Marti,
MARS. 1764.
93
imaginaire. Ce qu'il ya de certain ,c'eſt
que les efforts d'Abarbanel ſervent à
prouver la foibleſſe de ſa cauſe. Ce
quifait le plus de peine à Bartolocci,
ce font les termes outrageans & in-
jurieux (dans lesquels il parle du Pape
&du Clergé. Il eſt ſans doute indigne
d'un homme raisonnable de ſe livrer à
des emportemens qui dégradent ſon
caractère. Nous ne voulons point juſti-
fier Abarbanel fur ce point. Cependant
à juger des choſes humainement , on
nedoit pas s'étonner qu'il en ait fi mal
ufé a l'égard du Clergé. Il ſçavoit que
c'étoit par ſes brigues & par fon crédit ,
qu'il avoit été dépouillé des dignités
&des richeſſes qu'il avoit poſſédées à
la Cour de Portugal. Il n'ignoroit pas
non plus que le banniſſement général
de ſa Nation de tous les Etats de D.
Ferdinand , & de D. Jean , étoit l'effet
de ſes preffantes ſollicitations auprès
de ces Princes. Il lui imputoit donc
tous les malheurs dans leſquels cet
éxil l'avoit précipité , ainſi que ſes
Frères. La haine implacable qu'il nour-
riffoit au fond du cœur contre les Mi-
niftres de l'Eglife Romaine avoit confé-
quemment ſa ſource dans un motif
perfonnel. Penſe-t-on qu'un Juif que
94 MERCURE DE FRANCE.
les préjugés de ſa religion avoient ac-
coutumé dès l'enfance à regarder de
mauvais œil celle qui s'eſt établie ſurles
ruines de la fienne
,
ait été capable
d'avoir des ménagemens envers des
gens qui avoient ſoulevé les Puiffances
contre ſaNation.Les chagrins qu'il avoit
éprouvés dans le cours & à la fuite
de ces révolutions fi funeſtes à ſon am-
bition , n'avoient pas peu contribué à
aigrir fon humeur. Ayant réſolu de ſe
venger par quelque voie que ce fût
de ceux qui les lui avoient ſuſcités ; il
n'a cru pouvoir mieux fignaler fon
averſion , qu'en les diffamant dans ſes
écrits qui portent prèſque tous l'em-
preinte des traits de ſa colère &de fon
indignation. Il n'auroit pas dû laiſſer
prendre un fi fort empire au reſſentiment,
que lui cauſoit le ſouvenir des perfécu-
tions que ſes Frères avoient fouffertes ,
& auxqu'elles il n'avoit pas eu une
médiocre part. Si les mouvemens im-
pétueux de ſa bile n'euffent point
offuſqué les facultés de ſon âme , il
auroit reconnu qu'il y a de l'injuftice
à médire d'une Religion , à cauſe des
abus qu'en peuvent faire ceux qui la
profeffent , & des excès auxquels les
emportent l'intolérance & l'eſprit de
MARS. 1764.
95
domination. Mais on n'est équitable
qu'autant qu'on agit fans paffion. Cette
conduite ſi rare parmi les perſonnes qui
ſe parent, du beau nom de Philofo-
phes , l'eſt encore plus parmi les
Théologiens. Il fuffit qu'ils soient de
différens partis pour les voir ſe décrier
les uns les autres avec fureur; l'on ſçait
affez que la modération n'eſt guères
le partage de ces Meſſieurs , quoique
par état ils duffent en donner l'exemple
au reſte des hommes. Si Bartolocci ſe
plaint de ce que les Juifs ſont dans
l'habitude de remplir les Livres qu'ils
publient d'invectives contre les Chré-
tiens , ces derniers & lui en particulier
ufent largement à leur tour du droit de
repréfailles , à l'égard des membres de la
Synagogue. Encore font-ils moins ex-
cufables ; puiſque l'Evangile qui re-
commande les devoirs de la charité mê-
me envers ſes ennemis , leur défend ex-
preſſément de rendre injures pour inju-
res. C'eſt un précépte qu'il feroit à
propos que bien des gens euſſent de-
vant les yeux. On ne verroit pas tant
de libelles diffamatoires ſe répandre
hardiment dans le Public.
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Résumé : SUITE de la dissertation historique & critique sur la Vie de Don ISAAC ABARBANÉL, Juif Portugais ; par M. de BOISSY.
Don Isaac Abarbanel, un Juif portugais, fut contraint de fuir au Royaume de Castille après une tentative d'assassinat et la confiscation de ses biens ordonnées par le roi Jean II du Portugal. À 45 ans, il se consacra à l'étude des Livres saints durant son exil. Il rejoignit ensuite la cour de Ferdinand et Isabelle d'Espagne, où il occupa le poste de ministre des finances. En 1492, malgré ses tentatives pour révoquer l'édit d'expulsion des Juifs d'Espagne, il dut s'exiler en Italie. Refusant d'abjurer sa foi, il fut bien accueilli par Ferdinand de Naples avant de s'installer à Venise, où il mourut en 1508 à l'âge de 71 ans. Abarbanel est reconnu pour ses talents politiques et ses œuvres littéraires, notamment ses commentaires sur les Livres saints. Il est souvent comparé à Maimonide pour son érudition et sa théologie. Ses écrits démontrent une vaste connaissance des auteurs juifs et chrétiens, mais il critique fréquemment les opinions de ses maîtres après un examen approfondi. Abarbanel défend vigoureusement les dogmes et pratiques de sa religion, adoptant des idées nationalistes et manifestant une hostilité marquée envers le christianisme. Il utilise des termes outrageants et injurieux, notamment envers le pape et le clergé, en raison des persécutions subies par sa communauté et de ses propres chagrins personnels.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4610
p. 96-104
LETTRE de M. LE BRUN, Secrétaire des Commandemens de S. A. S. Monseigneur le PRINCE DE CONTY, à M. DE LA PLACE, sur la nouvelle Edition des Oeuvres de M. de Sivri, imprimées chez Barbou, d'un très-joli caractère, & qui se vendent chez Panckoucke, Libraire, rue & à côté de la Comédie Françoise.
Début :
IL FAUT convenir, Monsieur, que dans la foule de nos Brochures littéraires, [...]
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. LE BRUN, Secrétaire des Commandemens de S. A. S. Monseigneur le PRINCE DE CONTY, à M. DE LA PLACE, sur la nouvelle Edition des Oeuvres de M. de Sivri, imprimées chez Barbou, d'un très-joli caractère, & qui se vendent chez Panckoucke, Libraire, rue & à côté de la Comédie Françoise.
LETTRE de M. LE BRUN, Secrétaire
des Commandemens de S. A. S. Monseigneur
le PRINCE DE CONTY, à
M. DE LA PLACE, sur la nouvelle
Edition des Oeuvres de M. de Sivri, imprimées
chez Barbou, d'un très-joli
caractère, & qui se vendent chez Panckoucke,
Libraire, rue & à côté de la
Comédie Françoise.
IL FAUT convenir, Monsieur, que
dans la foule de nos Brochures littéraires,
il en eſt bien peu qui ſoient faites pour
honorer longtemps notre Littérature. La
raiſon en eſt ſimple; c'eſt qu'il en eſt peu
où régne ce goût précieux de la docte
Antiquité , qui ſeul peut rendre un Ou-
vrageimmortel. Ileſtplus faciledemé-
priſer les Anciens que de les atteindre :
c'eſt le parti le plus commode que pren-
nent la plupart de nos jeunes Auteurs.
Selon eux , il ne s'agit plus d'étudier pro-
fondément ſon art ; mais de ſe faire une
cabale qui vous ſuppoſe des talens , &
vous diſpenſe d'en avoir. Plus jaloux de
ravir des applaudiſſemens que d'obtenir
des
:
MARS. 1764.
97
des fuffrages , ils préférent les lueurs
d'une célébrité paſſlagère à l'éclat d'un
nom vraiment durable. De-là ce flux &
ce reflux de petites réputations précoces
qui ſe croifent, fe choquent & s'effa-
cent fans retour : de-là ces monftres
dramatiques prèſque honteux de leurs
ſuccès énormes , ces Tragédies panto-
mimes où le tumulte des ſcènes , l'appa-
reil des décorations , le preſtige des Ac-
teurs remplacent , à ce qu'on croit , la
Poëfie , l'Intérêt & le Sentiment.
De-là ces Comédies ambiguës où le
rire & les pleurs ſe rendent mutuelle-
ment ridicules ; ces Odes ſans feu , ſans
verve , ſans ſtyle , ſans génie , qui fe-
roient bâiller Horace & Malherbe ; ces
Romans fans idées , ſans caractères
,
ſans vraiſemblance & fans fin ; ce dé-
luge d'Héroïdes faftidieuſes qui font les
premiers bégayemens de nos jeunes
Poëtes : enfin ces ramesde Feuilles pré-
tendues critiques , où la baſſe envie ſe
mêle à la plus lourde ignorance.
Eh! quel temps fut jamais plus fertile en ſots
Livres ?
La lecture des Œuvres de M. de Sivri
vous convaincra, Monfieur, qu'au moins
E
98 MERCURE DE FRANCE.
cejeuneAuteura marchédansles bonnes
routes. Amoureux des Anciens & de la
belle Nature , il a cru que les admirer &
les ſuivre , c'étoit pouvoir prétendre à
quelques ſuccès. Sûr de la bonté de ces
principes , ildéclare généreuſement qu'il
n'implore point ſes Lecteurs. Sije mé-
rite, dit-il, leurs fuffrages , ils me les ac-
corderont ,fût-ce malgré eux. Sij'enfuis
indigne, en vain obtiendrois-je pour un
instant leurs éloges ; les cenfures de la
Poftéritésçauroient un jourme remettre à
ma place.... Quiconque eft dans le cas
demendier lafaveur, dès-lors même n'en
mérite aucune. C'est ainſi que l'Auteur
parle dans ſon Avant-propos. Vous m'a-
vouerez , Monfieur , qu'un Livre qui
s'annonce avec cette noble vigueur mé-
rite quelqu'attention.
Briféis , première Tragédie de l'Au-
teur , ſe préſente à la tête du Recueil.
Elle futjouée en 1759 , & reçut de juſtes
applaudiſſemens. Ony trouva de la cha-
leur dans les ſentimens , de la nobleſſe
dans les caractères , de la rapidité dans
le dialogue , & quelque choſe de ce
tour Racinien qui diſtinguera toujours
M. de Sivri de ſes rivaux dans la carrière
tragique. Le quatrième Acte ſur - tout
offre de très-beaux momens.
re
MARS. 1764.
99
Quepouvoit-ondefirer de plus dansun
fijeuneAuteur?Quelle audace que d'em-
braffer prèſque toute l'Iliade dans une
ſeuleTragédie! Le plan eſt hardi, vaſte,
& trop vaſte peut-être. Il étoit à craindre
d'éffleurer ce qu'Homère approfondit , &
de raccourcir trop les grands objets de
l'Iliade. Mais avec quelle adrefſſe le jeune
Auteur a ſçu les réunir par un trait d'in-
vention qui ſeul met enjeu tous ſes ca-
ractères ! Peut- être quelques perſonnes
s'étonnèrent-elles de voir Priam fi long-
temps en ſcène avec Achille , & difcuter
des intérêts politiques avec le meurtrier
de fes fils. Auſſi Homère ne le conduit
dans la tente d'Achille, que pour rede-
mander les reſtes du malheureux Hector:
Scène touchante & pathétique , que M.
de Sivri n'a pas manquée dans ſon cin-
quième Acte. C'eſt-là qu'il met dans la
bouche de Priam ces beaux vers d'im-
précation,dont le modèle eſt dans Ho-
mère , & que tous les Poëtes , Catulle ,
Virgile , le Taffe, &c , fe font fait gloi-
d'imiter. Comme ces objets de
comparaifon fervent aux progrès du
goût , il ne fera pas inutile de les rappro-
cher ſous les yeux du Lecteur. Dans
Catulle , Ariane dit à ſon parjure Thésée :
Quænam te genuitſolafub rupe Leæna?
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
Quod mare conceptum ſpumantibus expuitundis ?
Quæ Syrtis , quæ Scylla rapax , quæ vaſta Cha-
rybdis ,
Talia qui reddis pro dulcipremia vitâ ?
Vers fi énergiques & fi beaux que Vir-
gile même , qui les avoit ſous les yeux ,
n'a pu les égaler par ceux-ci que pro-
nonce Didon , au quatriéme Livre de
l'Eneide.
Nec tibi diva parens genuit , necDardanus auctor
Perfide, fedduris genuit te cautibus horrens
Caucafus , Hircanæque admorunt ubera tigres.
Voici maintenant l'imprécation que M.
de Sivri met dans la bouche de Priam
contre le barbare Achille , qui vient
d'immoler Hector, & de le traîner à fon
char.
Toi , le ſang de Pélée , ou celui de Thétis !
Opprobre des Héros , non tu n'es point leur fils.
Le flambeau de la Rage éclaira ta naiſſance ,
LaHaine te reçut des mains dela Vengeance;
Les flancs del'Hydre affreuſe, ou le Styx en fureur
Te vomirent au jour , pour en être l'horreur.
O menſtre ! ...
Combien ces beaux vers , pleins de cha-
leur, de force& de Poësie , font-ils fu-
MARS. 1764.
ΙΟΙ
périeurs à ceux d'une autre Tragédie :
Non, tu n'es pas le ſang des Héros nides Dieux :
Au milieu des rochers , tu reçus la naiſſance ;
Unehorrible lionne allaita ton enfance ,
Et tu n'as rien d'humain , &c.
Mais que fera-ce ſi l'on compare à cet
heureux morceaude l'AuteurdeBriféïs,
cet endroitd'une Héroïde aſſez récente ,
où l'on a cru traduire le Taſſe de cette
manière ?
Non, tu n'es point le filsde la belle Sophie ;
Non , ne te vante point de lui devoir la vie.
Le Caucaſe , au milieu des neiges , des glaçons ,
Te conçutdans la nuit de ſes antres profonds.
Il y a la même différence entre ces vers
& ceux de M. Sivri , qu'entre la Phèdre
de Pradon & celle de Racine.
Je ne dirai qu'un mot de l'Appel au
petit nombre , ou Procès de la multitude
qui fert de Préface à l'Ajax. Cette Bro-
chure parut vive. On la taxa de nouveau-
té audacieuſe ; faute de ſçavoir que tous
les grands Hommes avoient dit & pen-
ſé la même chose. En effet , ce n'eſt
qu'un fidèle commentaire de cette pen-
fée d'Horace.
Neque te ut miretur turba labores,
Contentuspaucis lectoribus.
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
de forte qu'on ne peut blamer l'Appel
au petit nombre , fans blâmer auſſi les
vers d'Horace. L'alternative eft emba-
raſſante.
Vous ſçavez , Monfieur , le deſtin
d'Ajax; mais vous ſçavez auſſi qu'une
Pièce bien écrite ne tombe jamais , du
moins aux yeux de quiconque ſçait lire.
Ajax même en eſt la preuve. Il eſt cer-
tain que le filence du cabinet vangera
M. de Sivri des tumultes du Parterre.
Les gens de goût reconnoiſſent dans
ce Drame, de vraies beautés.Efthern'eſt
point théâtrale à notre égard ; il ſe
pourroit bien qu'Ajax fût dans le même
cas qu'Efther.
La diſpute des armes d'Achille , ſujet
que la Grèce entière eût applaudi , n'eſt
peut-être pas affez intéreſſante pour des
François frivoles & légers ; peut - être
auſſi le rôle de Penthéfilée ne s'offre-t-il
pas dans un jour affez favorable. C'eſt
par une ſévérité de goût bien rare dans
un jeune Auteur, que M. de Sivri s'eft
défendu le rôle de Memnon , qui né-
ceſſairement auroit produit des ſituations
très-vives,& qui ſurtout eút mis enjeu le
caractère de Penthéfilée. Mais il craignit
de trop détourner du principal objet.
Racine s'eſt pourtant permis le rôle
MARS. 1764 .
103
d'Eriphile dans ſon Iphigénie en Au-
lide ; &, fans ce caractère épiſodique ,
ſa Tragédie , plus correcte en effet , eût
manqué à la première des régles , qui eſt
celle de plaire. Il faut être juſte : le rôle
d'Ulysse dansAjax eſt un des plus beaux
peut-être que nous ayons au Théâtre.
Aglaé, petite Pièce en un Acte , dans
legenre gracieux, eft ingénieuſe & tou-
chante. On lit à la tête cette heureuſe
Epigraphe , imitée de Térence.
S'il eſt quelqu'un qui cherche àſatisfaire
L'homme éclairé , non l'aveugle vulgaire,
Je le tiens ſage, & je veux aujourd'hui ,
Pour le vrai goût , me liguer avec lui.
Je ne dirai rien de la Traduction de
pluſieurs Poëtes Grecs , Anacreon , Sa-
pho , Bion , Moschus , Tyrthee , &c.
dont M. de Sivri nous donne une ſe-
conde Edition dans ce Recueil. Ces dif-
férens morceaux ſont déja connus avan-
tageuſement du Public. L'Auteur ſçait
mieux que perſonne combien il étoitdif-
ficile , & même impoffible , de rendre
toutes les grâces, les délicateſſes , & les
faillies ingénues d'un Poëte tel qu'A-
nacreon. Ce qu'on peut affurer , fans
crainte d'être contredit , c'eſt que la
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
Traduction de M. de Sivri eſt infiniment
ſupérieure à toutes celles qui l'ont précé-
dée. Tel eſt , Monfieur , cet eftimable
Recueil , qui mérite certainement de te-
nir une place diſtinguée dans la Biblio-
thèque des Gens de goût.
J'ai l'honneur d'être , &c.
des Commandemens de S. A. S. Monseigneur
le PRINCE DE CONTY, à
M. DE LA PLACE, sur la nouvelle
Edition des Oeuvres de M. de Sivri, imprimées
chez Barbou, d'un très-joli
caractère, & qui se vendent chez Panckoucke,
Libraire, rue & à côté de la
Comédie Françoise.
IL FAUT convenir, Monsieur, que
dans la foule de nos Brochures littéraires,
il en eſt bien peu qui ſoient faites pour
honorer longtemps notre Littérature. La
raiſon en eſt ſimple; c'eſt qu'il en eſt peu
où régne ce goût précieux de la docte
Antiquité , qui ſeul peut rendre un Ou-
vrageimmortel. Ileſtplus faciledemé-
priſer les Anciens que de les atteindre :
c'eſt le parti le plus commode que pren-
nent la plupart de nos jeunes Auteurs.
Selon eux , il ne s'agit plus d'étudier pro-
fondément ſon art ; mais de ſe faire une
cabale qui vous ſuppoſe des talens , &
vous diſpenſe d'en avoir. Plus jaloux de
ravir des applaudiſſemens que d'obtenir
des
:
MARS. 1764.
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des fuffrages , ils préférent les lueurs
d'une célébrité paſſlagère à l'éclat d'un
nom vraiment durable. De-là ce flux &
ce reflux de petites réputations précoces
qui ſe croifent, fe choquent & s'effa-
cent fans retour : de-là ces monftres
dramatiques prèſque honteux de leurs
ſuccès énormes , ces Tragédies panto-
mimes où le tumulte des ſcènes , l'appa-
reil des décorations , le preſtige des Ac-
teurs remplacent , à ce qu'on croit , la
Poëfie , l'Intérêt & le Sentiment.
De-là ces Comédies ambiguës où le
rire & les pleurs ſe rendent mutuelle-
ment ridicules ; ces Odes ſans feu , ſans
verve , ſans ſtyle , ſans génie , qui fe-
roient bâiller Horace & Malherbe ; ces
Romans fans idées , ſans caractères
,
ſans vraiſemblance & fans fin ; ce dé-
luge d'Héroïdes faftidieuſes qui font les
premiers bégayemens de nos jeunes
Poëtes : enfin ces ramesde Feuilles pré-
tendues critiques , où la baſſe envie ſe
mêle à la plus lourde ignorance.
Eh! quel temps fut jamais plus fertile en ſots
Livres ?
La lecture des Œuvres de M. de Sivri
vous convaincra, Monfieur, qu'au moins
E
98 MERCURE DE FRANCE.
cejeuneAuteura marchédansles bonnes
routes. Amoureux des Anciens & de la
belle Nature , il a cru que les admirer &
les ſuivre , c'étoit pouvoir prétendre à
quelques ſuccès. Sûr de la bonté de ces
principes , ildéclare généreuſement qu'il
n'implore point ſes Lecteurs. Sije mé-
rite, dit-il, leurs fuffrages , ils me les ac-
corderont ,fût-ce malgré eux. Sij'enfuis
indigne, en vain obtiendrois-je pour un
instant leurs éloges ; les cenfures de la
Poftéritésçauroient un jourme remettre à
ma place.... Quiconque eft dans le cas
demendier lafaveur, dès-lors même n'en
mérite aucune. C'est ainſi que l'Auteur
parle dans ſon Avant-propos. Vous m'a-
vouerez , Monfieur , qu'un Livre qui
s'annonce avec cette noble vigueur mé-
rite quelqu'attention.
Briféis , première Tragédie de l'Au-
teur , ſe préſente à la tête du Recueil.
Elle futjouée en 1759 , & reçut de juſtes
applaudiſſemens. Ony trouva de la cha-
leur dans les ſentimens , de la nobleſſe
dans les caractères , de la rapidité dans
le dialogue , & quelque choſe de ce
tour Racinien qui diſtinguera toujours
M. de Sivri de ſes rivaux dans la carrière
tragique. Le quatrième Acte ſur - tout
offre de très-beaux momens.
re
MARS. 1764.
99
Quepouvoit-ondefirer de plus dansun
fijeuneAuteur?Quelle audace que d'em-
braffer prèſque toute l'Iliade dans une
ſeuleTragédie! Le plan eſt hardi, vaſte,
& trop vaſte peut-être. Il étoit à craindre
d'éffleurer ce qu'Homère approfondit , &
de raccourcir trop les grands objets de
l'Iliade. Mais avec quelle adrefſſe le jeune
Auteur a ſçu les réunir par un trait d'in-
vention qui ſeul met enjeu tous ſes ca-
ractères ! Peut- être quelques perſonnes
s'étonnèrent-elles de voir Priam fi long-
temps en ſcène avec Achille , & difcuter
des intérêts politiques avec le meurtrier
de fes fils. Auſſi Homère ne le conduit
dans la tente d'Achille, que pour rede-
mander les reſtes du malheureux Hector:
Scène touchante & pathétique , que M.
de Sivri n'a pas manquée dans ſon cin-
quième Acte. C'eſt-là qu'il met dans la
bouche de Priam ces beaux vers d'im-
précation,dont le modèle eſt dans Ho-
mère , & que tous les Poëtes , Catulle ,
Virgile , le Taffe, &c , fe font fait gloi-
d'imiter. Comme ces objets de
comparaifon fervent aux progrès du
goût , il ne fera pas inutile de les rappro-
cher ſous les yeux du Lecteur. Dans
Catulle , Ariane dit à ſon parjure Thésée :
Quænam te genuitſolafub rupe Leæna?
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
Quod mare conceptum ſpumantibus expuitundis ?
Quæ Syrtis , quæ Scylla rapax , quæ vaſta Cha-
rybdis ,
Talia qui reddis pro dulcipremia vitâ ?
Vers fi énergiques & fi beaux que Vir-
gile même , qui les avoit ſous les yeux ,
n'a pu les égaler par ceux-ci que pro-
nonce Didon , au quatriéme Livre de
l'Eneide.
Nec tibi diva parens genuit , necDardanus auctor
Perfide, fedduris genuit te cautibus horrens
Caucafus , Hircanæque admorunt ubera tigres.
Voici maintenant l'imprécation que M.
de Sivri met dans la bouche de Priam
contre le barbare Achille , qui vient
d'immoler Hector, & de le traîner à fon
char.
Toi , le ſang de Pélée , ou celui de Thétis !
Opprobre des Héros , non tu n'es point leur fils.
Le flambeau de la Rage éclaira ta naiſſance ,
LaHaine te reçut des mains dela Vengeance;
Les flancs del'Hydre affreuſe, ou le Styx en fureur
Te vomirent au jour , pour en être l'horreur.
O menſtre ! ...
Combien ces beaux vers , pleins de cha-
leur, de force& de Poësie , font-ils fu-
MARS. 1764.
ΙΟΙ
périeurs à ceux d'une autre Tragédie :
Non, tu n'es pas le ſang des Héros nides Dieux :
Au milieu des rochers , tu reçus la naiſſance ;
Unehorrible lionne allaita ton enfance ,
Et tu n'as rien d'humain , &c.
Mais que fera-ce ſi l'on compare à cet
heureux morceaude l'AuteurdeBriféïs,
cet endroitd'une Héroïde aſſez récente ,
où l'on a cru traduire le Taſſe de cette
manière ?
Non, tu n'es point le filsde la belle Sophie ;
Non , ne te vante point de lui devoir la vie.
Le Caucaſe , au milieu des neiges , des glaçons ,
Te conçutdans la nuit de ſes antres profonds.
Il y a la même différence entre ces vers
& ceux de M. Sivri , qu'entre la Phèdre
de Pradon & celle de Racine.
Je ne dirai qu'un mot de l'Appel au
petit nombre , ou Procès de la multitude
qui fert de Préface à l'Ajax. Cette Bro-
chure parut vive. On la taxa de nouveau-
té audacieuſe ; faute de ſçavoir que tous
les grands Hommes avoient dit & pen-
ſé la même chose. En effet , ce n'eſt
qu'un fidèle commentaire de cette pen-
fée d'Horace.
Neque te ut miretur turba labores,
Contentuspaucis lectoribus.
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
de forte qu'on ne peut blamer l'Appel
au petit nombre , fans blâmer auſſi les
vers d'Horace. L'alternative eft emba-
raſſante.
Vous ſçavez , Monfieur , le deſtin
d'Ajax; mais vous ſçavez auſſi qu'une
Pièce bien écrite ne tombe jamais , du
moins aux yeux de quiconque ſçait lire.
Ajax même en eſt la preuve. Il eſt cer-
tain que le filence du cabinet vangera
M. de Sivri des tumultes du Parterre.
Les gens de goût reconnoiſſent dans
ce Drame, de vraies beautés.Efthern'eſt
point théâtrale à notre égard ; il ſe
pourroit bien qu'Ajax fût dans le même
cas qu'Efther.
La diſpute des armes d'Achille , ſujet
que la Grèce entière eût applaudi , n'eſt
peut-être pas affez intéreſſante pour des
François frivoles & légers ; peut - être
auſſi le rôle de Penthéfilée ne s'offre-t-il
pas dans un jour affez favorable. C'eſt
par une ſévérité de goût bien rare dans
un jeune Auteur, que M. de Sivri s'eft
défendu le rôle de Memnon , qui né-
ceſſairement auroit produit des ſituations
très-vives,& qui ſurtout eút mis enjeu le
caractère de Penthéfilée. Mais il craignit
de trop détourner du principal objet.
Racine s'eſt pourtant permis le rôle
MARS. 1764 .
103
d'Eriphile dans ſon Iphigénie en Au-
lide ; &, fans ce caractère épiſodique ,
ſa Tragédie , plus correcte en effet , eût
manqué à la première des régles , qui eſt
celle de plaire. Il faut être juſte : le rôle
d'Ulysse dansAjax eſt un des plus beaux
peut-être que nous ayons au Théâtre.
Aglaé, petite Pièce en un Acte , dans
legenre gracieux, eft ingénieuſe & tou-
chante. On lit à la tête cette heureuſe
Epigraphe , imitée de Térence.
S'il eſt quelqu'un qui cherche àſatisfaire
L'homme éclairé , non l'aveugle vulgaire,
Je le tiens ſage, & je veux aujourd'hui ,
Pour le vrai goût , me liguer avec lui.
Je ne dirai rien de la Traduction de
pluſieurs Poëtes Grecs , Anacreon , Sa-
pho , Bion , Moschus , Tyrthee , &c.
dont M. de Sivri nous donne une ſe-
conde Edition dans ce Recueil. Ces dif-
férens morceaux ſont déja connus avan-
tageuſement du Public. L'Auteur ſçait
mieux que perſonne combien il étoitdif-
ficile , & même impoffible , de rendre
toutes les grâces, les délicateſſes , & les
faillies ingénues d'un Poëte tel qu'A-
nacreon. Ce qu'on peut affurer , fans
crainte d'être contredit , c'eſt que la
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
Traduction de M. de Sivri eſt infiniment
ſupérieure à toutes celles qui l'ont précé-
dée. Tel eſt , Monfieur , cet eftimable
Recueil , qui mérite certainement de te-
nir une place diſtinguée dans la Biblio-
thèque des Gens de goût.
J'ai l'honneur d'être , &c.
Fermer
Résumé : LETTRE de M. LE BRUN, Secrétaire des Commandemens de S. A. S. Monseigneur le PRINCE DE CONTY, à M. DE LA PLACE, sur la nouvelle Edition des Oeuvres de M. de Sivri, imprimées chez Barbou, d'un très-joli caractère, & qui se vendent chez Panckoucke, Libraire, rue & à côté de la Comédie Françoise.
La lettre de M. Le Brun, secrétaire des commandements du Prince de Conti, est adressée à M. de La Place et évoque la nouvelle édition des œuvres de M. de Sivry, imprimées chez Barbou et vendues chez Panckoucke. La lettre critique la littérature contemporaine, jugée superficielle et dépourvue du goût antique nécessaire pour créer des œuvres immortelles. Les jeunes auteurs sont souvent plus intéressés par la célébrité éphémère que par des succès durables, produisant des œuvres dramatiques, poétiques et romanesques de faible qualité. Les œuvres de M. de Sivry se distinguent par leur respect des anciens et de la nature. Dans son avant-propos, l'auteur affirme ne pas solliciter les faveurs des lecteurs, confiant en la qualité de son travail. La tragédie 'Briséis', jouée en 1759, est saluée pour sa chaleur, sa noblesse et son style racinien. L'auteur aborde une partie de l'Iliade avec adresse, notamment dans une scène où Priam implore Achille pour les restes d'Hector, inspirée directement d'Homère. La lettre compare également des vers de Catulle, Virgile et du Tasse pour illustrer les progrès du goût littéraire. Le texte discute également de l'œuvre de M. de Sivry, notamment sa pièce 'Ajax' et ses traductions de poètes grecs. La qualité littéraire de 'Ajax' est louée, affirmant que les gens de goût reconnaîtront ses beautés malgré les tumultes du public. M. de Sivry a évité d'inclure le rôle de Memnon pour rester concentré sur le sujet principal. Le rôle d'Ulysse dans 'Ajax' est décrit comme l'un des plus beaux du théâtre. Le texte mentionne également 'Aglaé', une pièce en un acte, et les traductions de poètes grecs comme Anacréon, Sapho, Bion, Moschus et Tyrtaios, soulignant la difficulté de rendre les nuances des originaux et la supériorité des traductions de M. de Sivry. Le recueil est jugé digne de figurer dans la bibliothèque des amateurs de littérature.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4610
4611
p. 104-114
ECOLE de Littérature, tirée des meilleurs Ecrivains ; à Paris, chez Babuty fils, Libraire, quai des Augustins, entre les rues Gît-le-coeur & Pavée, à l'Etoile, & chez Brocas & Humblot, rue S. Jacq. au-dessus de la rue des Mathurins, au Chef S. Jean ; avec approbation & privilége du Roi, deux vol. in-12 très-bien exécutés quant à la partie typographique : beau papier, beaux caractères. Prix, 2 liv. 10 s. chaque volume, & 3 liv. relié ; ou 5 liv. les deux volumes brochés, & 6 liv. reliés.
Début :
NOUS n'avions encore aucun Cours complet de Belles-Lettres ; aucun qui [...]
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texteReconnaissance textuelle : ECOLE de Littérature, tirée des meilleurs Ecrivains ; à Paris, chez Babuty fils, Libraire, quai des Augustins, entre les rues Gît-le-coeur & Pavée, à l'Etoile, & chez Brocas & Humblot, rue S. Jacq. au-dessus de la rue des Mathurins, au Chef S. Jean ; avec approbation & privilége du Roi, deux vol. in-12 très-bien exécutés quant à la partie typographique : beau papier, beaux caractères. Prix, 2 liv. 10 s. chaque volume, & 3 liv. relié ; ou 5 liv. les deux volumes brochés, & 6 liv. reliés.
ECOLE de Littérature, tirée des meilleurs
Ecrivains ; à Paris, chez Babuty fils,
Libraire, quai des Augustins, entre les
rues Gît-le-coeur & Pavée, à l'Etoile, &
chez Brocas & Humblot, rue S. Jacq.
au-dessus de la rue des Mathurins, au
Chef S. Jean ; avec approbation &
privilége du Roi, deux vol. in-12 très-bien
exécutés quant à la partie typographique :
beau papier, beaux caractères.
Prix, 2 liv. 10 s. chaque volume,
& 3 liv. relié ; ou 5 liv. les deux
volumes brochés, & 6 liv. reliés.
NOUS n'avions encore aucun Cours
complet de Belles-Lettres ; aucun qui
renfermât des Régles pour compoſer des
MARS. 1764.
105
Ouvrages dans tous les genres de Lit-
térature. Nous n'en avions point dont
les Auteurs , joignant la pratique à la
théorie ,euffent fournià la fois lesmo-
dèles & les préceptes. Enfin , ceux qui
nous ont donné juſqu'ici des Règles
& des Principes , n'ont pas toujours été
de ces hommes de génie , dont les lu-
mières ont éclairé leur fiécle & honoré
leur Nation. Un Livre qui raſſembleroit
tous ces avantages ; un Recueil qui con-
tiendroit autant de Traités particuliers ,
qu'il y a de différensOuvrages dans tou-
tes les langues ; qui ſeroit compofé par
les Ecrivains les plus diſtingués , &dont
les préceptes auroient été confirmés par
des chefs -d'œuvre de l'art , ſeroit ſans
contredit la collection la plus utile pour
les gens du monde , & la plus néceſſaire
aux gens de Lettres. Les uns y puiſe-
roient des règles fûres pour juger avec
Intelligence de toutes fortes d'Ouvrages ;
les autres pour les compoſer avec goût :
& c'eſt ce que nous croyons que l'on
trouvera dans cette nouvelle ECOLE DE
LITTÉRATURE , comme nous allons le
faire voir.
3 Nous avons dit d'abord qu'elle con-
tient des préceptes pourtous les genres ;
une liste des articles renfermés dans ces
Ev
106 MERCURE DE FRANCE .
deux volumes , indiquera au premier
coup d'œil,la multitude des objets qui
entrent dans cette collection. La pre-
mière partie , qui comprend l'artd'écrire
en général , traire de lafignification , du
choix & de l'arrangement des mots ; des
desſynonimes , des tropes , desfigures ,
de l'éloquence , duſtyle & du goût. La
feconde partie traite des règles particu
lières de chaque genre de Littérature en
profe & en vers; tels que les Lettres , le
Dialogue , la Critique , les Journaux ,
les Romans , l'Histoire , le Discours ora-
toire , les Sermons , le Panegyrique ,
V'Oraiſonfunebre , l'Eloquence du Bar-
rean , l'Art de traduire ; la Poësie engé-
néral ,la Versification , l'Epopée, la Tra-
gédie,la Comédie, le Comique larmoyant,
le Comique bourgeois , 'Opéra , 'Opéra-
Comique , la Parodie , la Farce , la Pa-
rade , l'Eglogue , la Fable , l'ode , la
Chanfon , la Cantate , l'Elégie , la Sa-
tyre , l'Epitre , le Poëme didactique ,
Epithalame , les Stances , l'Enigme , le
Logogryphe , l'Epigramme , la Devise ,
les autres petits Poëmes , juſqu'à l'Inf-
cription & l'Impromptu. Voilà donc
2
comme nous l'avons dit , des Traités fur
tous lesgenres. Ces Traités ont été four-
nis pardes Auteurs célébres , qui ontfou
1
MAR S. 1764.
107
joindre à la ſcience des règles ,le méri-
te , plus difficile & plus rare , d'en four-
nir des éxemples. Tels font , par éxem-
ple , M. de Voltaire pour le Poëme épi-
que , Corneille pour la Tragédie , Fon-
tenelle pour l'Eglogue , la Mothe pour
l'Ode & pour la Fable , Boileau pour la
Satyre,M.Favart pour l'OpéraComique,
Fuzelier pour la Parodie , Rémond de
Cinqmars pour le Dialogue, l'Abbé Des-
fontainespourla Critique , &c. &c.Enun
mot,nous ne trouvons,à chaque article,
que des noms diftinguéstels queFenelon,
Bouhours , Godeau , Fraguier, d'Olivet ,
BrumoyduMarſais,Nivernois, d'Allem-
bert , Diderot , Marmontel , &c. &c. &c.
Ce ne fontdonc point les idées d'un ſeul
homme,que l'on offre au Public dans ce
nouveau Cours de Belles - Lettres ; c'eft
une Ecole complette de Littérature ,
compoſée par tout ce que nous avons
eu de meilleurs Ecrivains ; c'eft, pour
ainſi dire , l'efprit de tous nos grands
hommes réunis , pour former d'autres
grands hommes dans tous les genres où
ils ont excellé. Nous pourrions citer
beaucoup de morceaux , pris de chacun
desArt. qui compoſentcette Collection
précieuſe & eftimable. Nous nous con--
tenterons , pour aujourd'hui , de rappør-
E vj
4
108 MERCURE DE FRANCE.
ter les Règles du Goût , par M. Poncet
dela Riviere , ancien Evêque de Troyes.
» Qu'est-ce que le goût ? Une qua-
>> lité qu'un génie médiocre regarde
>> comme la fienne , qu'un eſprit criti-
» que croit n'être celle de perſonne ,
>> dont tout le monde parle , que peu
» d'hommes connoiffent , & qui à force
>> d'être définie , eſt devenue prèſque
>> indéfiniſſable. Ce terme ne préſente
>> à l'eſprit qu'une facilité à voir d'un
>> coup d'œil , & à faifir dans l'inſtant
>> le point de beauté propre à chaque
» Sujet que l'on traite. Mais qu'est-ce
»que beauté dans les Ouvrages ? Force
» & vivacité du génie , liaiſon exacte
» de toutes les parties , rapport immé-
>> diat des unes avec les autres , juſteſſe
>> dans ces rapports , & même dans les
>> contraſtes , degré de nuance , ton de
>> couleurs , aſſortiment & aſſemblage
>> de tout ce qui enléve d'abord le fuf-
>> frage & fixe l'admiration. Par exem-
» ple, dans les pensées , rien de beau
>> ſans le noble & le vrai ; le faux & le
» rampant doivent en être bannis. Dans
>> les ſentimens , rien de beau ſans l'é-
» lévation & le touchant; le décent &
>> le pathétique font leur mérite. Dans
>>les expreffions , rien de beau fans le
MARS. 1764.
109
>>naturel & le gracieux ; l'obscur &
>> l'affecté ſont leurs défauts eſſentiels.
>> La hardieſſe, mais ſans écarts dans les
>>idées ; les ornemens , mais fans paru-
>> re dans le ſtyle ; la variété , mais fans
>>bigarrure dans les tours ; une richeſſe,
>> mais fobre & fans fafte ; une ſageſſé ,
>>mais égayée ſans indifcrétion ; une
» abondance , mais meſuréeſans profu-
>> fion ; une facilité qui ne ſoit point
» négligence ; une fineſſe qui ne ſoit
>> point affectation ; une méthode qui
>>>ſoit ſans contrainte ; l'art enfin , mais
» déguiſé ; qui ſemble n'avoir étudié
>> tout, que pour tout dire ſans étude ,
» & ne travailler que pour diffimuler
>>les efforts du travail. Telles font les
>> qualités avantageuſes qui nous faifif-
>> fent d'abord dans les Ouvrages d'ef-
» prit.
>> Le goût conſidéré dans le cœur ne
» ſe définit pas , parce qu'il eſt ſenti-
>> ment ; il ne s'acquiert pas ,parce qu'il
>>eſt qualité : la Nature le donne. Re-
• >> gardé comme faculté d'eſprit & prom-
>> ptitude à bien juger , il ſe forme par
>> la lecture ; il s'épure par les comparai-
>>fons; les réfléxions l'affurent; les exem-
>> ples l'étendent , & l'imitation l'affer-
mit. Sentiment du vrai , droiture de
NO MERCURE DE FRANCE.
>> raiſon , ce ſont ſes principes : juſteffe
>>de penſées , netteté d'expreffions , ce
>>font ſes régles; foupleſſe d'un eſprit
»qui ſçait obéir à la loi des bienféan-
>>ces ; ſageſſe de détail qui ſçait adop-
>> ter le néceffaire & retrancher le fu-
>> perflu ; économie des régles qui pré-
>> fident à l'Ordonnance , ce ſont ſes
>>qualités : tableaux naturels , images
>> animées , peintures juſtes , ſaillies me-
>>>ſurées ; à leur ſuite, ſaiſiſſementd'ad-
>>miration , fuffrages auffitôt obtenus
>> que demandés , eſprits à peine atta-
>>qués que fubjugués; ce ſontſes effets.
>>Pour prouver la néceffitédu goût ,
>>j'oſe avancer que fans lui legénie le
>>plus fublime eſt ſouvent plus dange-
>> reux pour les Arts , qu'il ne leur eft
>>>utile. Naturellement hardi , il s'éléve
>> au-deſſus du vrai comme au-deffus du
» commun. Sa paffion eſt le nouveau.
>>Toujours avide de distinctions , il
>> prend fon vol ; ce qui eſt naturelaux
>>autres , eft étranger pour lui ; une ré-
>>gion fupérieure d'où il puiſſe domi-
>>ner , voilà fon centre. L'imagination ,
>>guide inſenſé lorſqu'elle n'eſt pas
>> guidée elle-même, lui prête ſes aîles ;
» nouvel Icare , il va dans la région du
feu ,& tandis qu'il ſe livre àun nou-
MARS. 1764.
IFF
»vel éffor dans des plages inconnues ,
>>>les nues qu'il a percées ſe rejoignent;
>>leur ombre le dérobe aux regards des
>> Mortels ; & il ne leur eſt rendu que
>> par fa chûte. L'eſprit qui ne peut at-
>>teindre à la hauteur du génie, le laiſſe
» s'élever , ſe contente de marcher; mais
>ſa marche irrégulière ne le conduit
>> point à fon but; un goût frivole
» s'empare de lui ; il tourne ſans ceſſe
>>dans le tourbillon de la mode ; c'eſt
>> un papillon qui cherche une lueur
> favorable pour faire briller les cou-
>>> leurs dont ſes aîles font nuancées. Là
>ſe borne ſon ambition. Il plaît aux
>>>Lecteurs légers comme le papillon
>> aux enfans. Son éclat dure autant que
>>>la lueur autour de laquelle il voltige ;
» l'aîle ſe déſſéche , ſe brûle enfuite ,&
➤ l'inſecte rampe.
>> Ce portrait n'eſt que trop véritable
>> même dans la Littérature ; & l'image
» n'eſt que d'après des modéles. En efe
» fet , parcourez les Ouvrages divers
>>dont le déluge inonde aujourd'hui
>>plus que jamais la République des
>> Lettres : untitre fingulier ,des avan-
tures imaginées , un ſtyle marqueté ,
>>>une Sentence hardie , un tour de
>> penſées biſarres , un aſſemblage d'ex
112 MERCURE DE FRANCE.
>>preffions colorées , un jargon obfcur
» & précieux; diſons tout,une barbarie
>>de langage ornée & parée de faux
>>brillans & de clinquans où le vernis
>> eſt ſubſtitué à la peinture , la décou-
>> pure au tableau , & au ſérieux du bon
>>>ſens , le frivole de l'affectation. N'est-
>>ce pas là le fond , ou du moins le
>>> courant de la Littérature moderne:
>> Que fait le goût ? Il ſoutient le gé-
>>nie dans fon éffor, & le rappelle de
>> ſes écarts; lui marque fa route dans
>> les airs , & lui preſcrit ſes bornes ; ne
>>>l'affranchit du commerce des hom-
>>>mes , que pour l'aſſocier à celui des
>> Dieux ; lui permet de s'élever quand
>> il peut; l'oblige à marcher quand il
>>>le doit; & en lui laiſſant toute la li-
>> berté que l'imagination defire, le re-
>>tient dans les limites que la raiſon a
>>marquées. Il ouvre toutes les routes
>> du labyrinthedans lequel l'eſprit fri-
>> vole s'égare ; lui laiſſe la fineſſe du
>> langage, mais en bannit l'obſcurité;
>> retranche la parure qui eſt étrangère ,
>>pour ne laiſſer que l'ornement qui
» eſt propre ; admet les grâces , mais
> veutque lesvertus les reconnoiffent ,
>>que les Muſes les conduiſent , & ne
>>ſouffre pas qu'un amour aveugle les
MARS. 1764.
•
113
» égare ; à l'étincelle enfin qui ne ré-
>> pand qu'une lueur afſez ſemblable à
>>la nuit , legoût ſubſtitue le flambeau
>> qui produit la lumière , & enfante ou
>> remplace le jour.
>>C'eſt par lui , c'eſt par ce goût fa-
>> ge & hardi , que furent inſpirés ces
>>génies puiſſans qui dans un fiécle af-
>> fez peu éloigné du nôtre , rallume-
>> rent dans le Temple des Arts , ce feu
>>ſacré que la moleſſe avoit laiſſé étein-
>> dre , diſſipérent les ténébres dont l'i-
>> gnorance avoit couvert le Parnaffe ,
>> rappellérent l'Antiquité plus défigurée
>> encore par le pinceau de la nouveau-
>>té, que par ſes propres rides , ouvrí-
>> rent à des Lecteurs curieux d'appren-
>>dre , les tréfors littéraires que les ſfié-
>>>cles nous ont conſervés , comme l'hé-
>> ritage des eſprits , & nous montérent
>>enfin à ce degré d'intelligence qui a
>>fixé les Lettres parmi nous. Juſques-
>>>là les Muſes errantes avoient en vain
>> cherché un aſyle
Elles
avoient
>> franchi quelques montagnes , par-
>>couru quelques Provinces
,
éclairé
>>quelques Nations : le hafard ou la
>> curiofité leur ménagérentde temps en
>> temps des protecteurs afſez zélés pour
» les défendre ; mais il étoit réſervé au
114 MERCURE DE FRANCE:
>>goût de leur fufciter des Connoif-
>> feurs intelligens , capables de les ac-
>> créditer en les cultivant , de profiter
>>>de leurs richeſſes , & de leur en don-
»nerr, de ſe pénétrer de leurs précep-
» tes , & de les tranſmettre aux autres.
>> C'eſt de ces Reſtaurateurs des Scien-
>> ces , que nous avons reçu le goût ſage
» & heureux qui les maintient encore
>>malgré la conſpiration des préjugés.
>> Puiffions-nous ſentir toujours le prix
>>d'un tel avantage , & nous conferver
>>la poffeffion glorieuſe où nous fom-
>>mes depuis fi longtemps , de ſervir
>> dans ce genre , comme dans prèf-
>> que tous les autres , de modéles aux..
>> autres Peuples.
Nous finirons l'Extrait de l'Ecole de
Littérature dans le prochain Mercure.
Ecrivains ; à Paris, chez Babuty fils,
Libraire, quai des Augustins, entre les
rues Gît-le-coeur & Pavée, à l'Etoile, &
chez Brocas & Humblot, rue S. Jacq.
au-dessus de la rue des Mathurins, au
Chef S. Jean ; avec approbation &
privilége du Roi, deux vol. in-12 très-bien
exécutés quant à la partie typographique :
beau papier, beaux caractères.
Prix, 2 liv. 10 s. chaque volume,
& 3 liv. relié ; ou 5 liv. les deux
volumes brochés, & 6 liv. reliés.
NOUS n'avions encore aucun Cours
complet de Belles-Lettres ; aucun qui
renfermât des Régles pour compoſer des
MARS. 1764.
105
Ouvrages dans tous les genres de Lit-
térature. Nous n'en avions point dont
les Auteurs , joignant la pratique à la
théorie ,euffent fournià la fois lesmo-
dèles & les préceptes. Enfin , ceux qui
nous ont donné juſqu'ici des Règles
& des Principes , n'ont pas toujours été
de ces hommes de génie , dont les lu-
mières ont éclairé leur fiécle & honoré
leur Nation. Un Livre qui raſſembleroit
tous ces avantages ; un Recueil qui con-
tiendroit autant de Traités particuliers ,
qu'il y a de différensOuvrages dans tou-
tes les langues ; qui ſeroit compofé par
les Ecrivains les plus diſtingués , &dont
les préceptes auroient été confirmés par
des chefs -d'œuvre de l'art , ſeroit ſans
contredit la collection la plus utile pour
les gens du monde , & la plus néceſſaire
aux gens de Lettres. Les uns y puiſe-
roient des règles fûres pour juger avec
Intelligence de toutes fortes d'Ouvrages ;
les autres pour les compoſer avec goût :
& c'eſt ce que nous croyons que l'on
trouvera dans cette nouvelle ECOLE DE
LITTÉRATURE , comme nous allons le
faire voir.
3 Nous avons dit d'abord qu'elle con-
tient des préceptes pourtous les genres ;
une liste des articles renfermés dans ces
Ev
106 MERCURE DE FRANCE .
deux volumes , indiquera au premier
coup d'œil,la multitude des objets qui
entrent dans cette collection. La pre-
mière partie , qui comprend l'artd'écrire
en général , traire de lafignification , du
choix & de l'arrangement des mots ; des
desſynonimes , des tropes , desfigures ,
de l'éloquence , duſtyle & du goût. La
feconde partie traite des règles particu
lières de chaque genre de Littérature en
profe & en vers; tels que les Lettres , le
Dialogue , la Critique , les Journaux ,
les Romans , l'Histoire , le Discours ora-
toire , les Sermons , le Panegyrique ,
V'Oraiſonfunebre , l'Eloquence du Bar-
rean , l'Art de traduire ; la Poësie engé-
néral ,la Versification , l'Epopée, la Tra-
gédie,la Comédie, le Comique larmoyant,
le Comique bourgeois , 'Opéra , 'Opéra-
Comique , la Parodie , la Farce , la Pa-
rade , l'Eglogue , la Fable , l'ode , la
Chanfon , la Cantate , l'Elégie , la Sa-
tyre , l'Epitre , le Poëme didactique ,
Epithalame , les Stances , l'Enigme , le
Logogryphe , l'Epigramme , la Devise ,
les autres petits Poëmes , juſqu'à l'Inf-
cription & l'Impromptu. Voilà donc
2
comme nous l'avons dit , des Traités fur
tous lesgenres. Ces Traités ont été four-
nis pardes Auteurs célébres , qui ontfou
1
MAR S. 1764.
107
joindre à la ſcience des règles ,le méri-
te , plus difficile & plus rare , d'en four-
nir des éxemples. Tels font , par éxem-
ple , M. de Voltaire pour le Poëme épi-
que , Corneille pour la Tragédie , Fon-
tenelle pour l'Eglogue , la Mothe pour
l'Ode & pour la Fable , Boileau pour la
Satyre,M.Favart pour l'OpéraComique,
Fuzelier pour la Parodie , Rémond de
Cinqmars pour le Dialogue, l'Abbé Des-
fontainespourla Critique , &c. &c.Enun
mot,nous ne trouvons,à chaque article,
que des noms diftinguéstels queFenelon,
Bouhours , Godeau , Fraguier, d'Olivet ,
BrumoyduMarſais,Nivernois, d'Allem-
bert , Diderot , Marmontel , &c. &c. &c.
Ce ne fontdonc point les idées d'un ſeul
homme,que l'on offre au Public dans ce
nouveau Cours de Belles - Lettres ; c'eft
une Ecole complette de Littérature ,
compoſée par tout ce que nous avons
eu de meilleurs Ecrivains ; c'eft, pour
ainſi dire , l'efprit de tous nos grands
hommes réunis , pour former d'autres
grands hommes dans tous les genres où
ils ont excellé. Nous pourrions citer
beaucoup de morceaux , pris de chacun
desArt. qui compoſentcette Collection
précieuſe & eftimable. Nous nous con--
tenterons , pour aujourd'hui , de rappør-
E vj
4
108 MERCURE DE FRANCE.
ter les Règles du Goût , par M. Poncet
dela Riviere , ancien Evêque de Troyes.
» Qu'est-ce que le goût ? Une qua-
>> lité qu'un génie médiocre regarde
>> comme la fienne , qu'un eſprit criti-
» que croit n'être celle de perſonne ,
>> dont tout le monde parle , que peu
» d'hommes connoiffent , & qui à force
>> d'être définie , eſt devenue prèſque
>> indéfiniſſable. Ce terme ne préſente
>> à l'eſprit qu'une facilité à voir d'un
>> coup d'œil , & à faifir dans l'inſtant
>> le point de beauté propre à chaque
» Sujet que l'on traite. Mais qu'est-ce
»que beauté dans les Ouvrages ? Force
» & vivacité du génie , liaiſon exacte
» de toutes les parties , rapport immé-
>> diat des unes avec les autres , juſteſſe
>> dans ces rapports , & même dans les
>> contraſtes , degré de nuance , ton de
>> couleurs , aſſortiment & aſſemblage
>> de tout ce qui enléve d'abord le fuf-
>> frage & fixe l'admiration. Par exem-
» ple, dans les pensées , rien de beau
>> ſans le noble & le vrai ; le faux & le
» rampant doivent en être bannis. Dans
>> les ſentimens , rien de beau ſans l'é-
» lévation & le touchant; le décent &
>> le pathétique font leur mérite. Dans
>>les expreffions , rien de beau fans le
MARS. 1764.
109
>>naturel & le gracieux ; l'obscur &
>> l'affecté ſont leurs défauts eſſentiels.
>> La hardieſſe, mais ſans écarts dans les
>>idées ; les ornemens , mais fans paru-
>> re dans le ſtyle ; la variété , mais fans
>>bigarrure dans les tours ; une richeſſe,
>> mais fobre & fans fafte ; une ſageſſé ,
>>mais égayée ſans indifcrétion ; une
» abondance , mais meſuréeſans profu-
>> fion ; une facilité qui ne ſoit point
» négligence ; une fineſſe qui ne ſoit
>> point affectation ; une méthode qui
>>>ſoit ſans contrainte ; l'art enfin , mais
» déguiſé ; qui ſemble n'avoir étudié
>> tout, que pour tout dire ſans étude ,
» & ne travailler que pour diffimuler
>>les efforts du travail. Telles font les
>> qualités avantageuſes qui nous faifif-
>> fent d'abord dans les Ouvrages d'ef-
» prit.
>> Le goût conſidéré dans le cœur ne
» ſe définit pas , parce qu'il eſt ſenti-
>> ment ; il ne s'acquiert pas ,parce qu'il
>>eſt qualité : la Nature le donne. Re-
• >> gardé comme faculté d'eſprit & prom-
>> ptitude à bien juger , il ſe forme par
>> la lecture ; il s'épure par les comparai-
>>fons; les réfléxions l'affurent; les exem-
>> ples l'étendent , & l'imitation l'affer-
mit. Sentiment du vrai , droiture de
NO MERCURE DE FRANCE.
>> raiſon , ce ſont ſes principes : juſteffe
>>de penſées , netteté d'expreffions , ce
>>font ſes régles; foupleſſe d'un eſprit
»qui ſçait obéir à la loi des bienféan-
>>ces ; ſageſſe de détail qui ſçait adop-
>> ter le néceffaire & retrancher le fu-
>> perflu ; économie des régles qui pré-
>> fident à l'Ordonnance , ce ſont ſes
>>qualités : tableaux naturels , images
>> animées , peintures juſtes , ſaillies me-
>>>ſurées ; à leur ſuite, ſaiſiſſementd'ad-
>>miration , fuffrages auffitôt obtenus
>> que demandés , eſprits à peine atta-
>>qués que fubjugués; ce ſontſes effets.
>>Pour prouver la néceffitédu goût ,
>>j'oſe avancer que fans lui legénie le
>>plus fublime eſt ſouvent plus dange-
>> reux pour les Arts , qu'il ne leur eft
>>>utile. Naturellement hardi , il s'éléve
>> au-deſſus du vrai comme au-deffus du
» commun. Sa paffion eſt le nouveau.
>>Toujours avide de distinctions , il
>> prend fon vol ; ce qui eſt naturelaux
>>autres , eft étranger pour lui ; une ré-
>>gion fupérieure d'où il puiſſe domi-
>>ner , voilà fon centre. L'imagination ,
>>guide inſenſé lorſqu'elle n'eſt pas
>> guidée elle-même, lui prête ſes aîles ;
» nouvel Icare , il va dans la région du
feu ,& tandis qu'il ſe livre àun nou-
MARS. 1764.
IFF
»vel éffor dans des plages inconnues ,
>>>les nues qu'il a percées ſe rejoignent;
>>leur ombre le dérobe aux regards des
>> Mortels ; & il ne leur eſt rendu que
>> par fa chûte. L'eſprit qui ne peut at-
>>teindre à la hauteur du génie, le laiſſe
» s'élever , ſe contente de marcher; mais
>ſa marche irrégulière ne le conduit
>> point à fon but; un goût frivole
» s'empare de lui ; il tourne ſans ceſſe
>>dans le tourbillon de la mode ; c'eſt
>> un papillon qui cherche une lueur
> favorable pour faire briller les cou-
>>> leurs dont ſes aîles font nuancées. Là
>ſe borne ſon ambition. Il plaît aux
>>>Lecteurs légers comme le papillon
>> aux enfans. Son éclat dure autant que
>>>la lueur autour de laquelle il voltige ;
» l'aîle ſe déſſéche , ſe brûle enfuite ,&
➤ l'inſecte rampe.
>> Ce portrait n'eſt que trop véritable
>> même dans la Littérature ; & l'image
» n'eſt que d'après des modéles. En efe
» fet , parcourez les Ouvrages divers
>>dont le déluge inonde aujourd'hui
>>plus que jamais la République des
>> Lettres : untitre fingulier ,des avan-
tures imaginées , un ſtyle marqueté ,
>>>une Sentence hardie , un tour de
>> penſées biſarres , un aſſemblage d'ex
112 MERCURE DE FRANCE.
>>preffions colorées , un jargon obfcur
» & précieux; diſons tout,une barbarie
>>de langage ornée & parée de faux
>>brillans & de clinquans où le vernis
>> eſt ſubſtitué à la peinture , la décou-
>> pure au tableau , & au ſérieux du bon
>>>ſens , le frivole de l'affectation. N'est-
>>ce pas là le fond , ou du moins le
>>> courant de la Littérature moderne:
>> Que fait le goût ? Il ſoutient le gé-
>>nie dans fon éffor, & le rappelle de
>> ſes écarts; lui marque fa route dans
>> les airs , & lui preſcrit ſes bornes ; ne
>>>l'affranchit du commerce des hom-
>>>mes , que pour l'aſſocier à celui des
>> Dieux ; lui permet de s'élever quand
>> il peut; l'oblige à marcher quand il
>>>le doit; & en lui laiſſant toute la li-
>> berté que l'imagination defire, le re-
>>tient dans les limites que la raiſon a
>>marquées. Il ouvre toutes les routes
>> du labyrinthedans lequel l'eſprit fri-
>> vole s'égare ; lui laiſſe la fineſſe du
>> langage, mais en bannit l'obſcurité;
>> retranche la parure qui eſt étrangère ,
>>pour ne laiſſer que l'ornement qui
» eſt propre ; admet les grâces , mais
> veutque lesvertus les reconnoiffent ,
>>que les Muſes les conduiſent , & ne
>>ſouffre pas qu'un amour aveugle les
MARS. 1764.
•
113
» égare ; à l'étincelle enfin qui ne ré-
>> pand qu'une lueur afſez ſemblable à
>>la nuit , legoût ſubſtitue le flambeau
>> qui produit la lumière , & enfante ou
>> remplace le jour.
>>C'eſt par lui , c'eſt par ce goût fa-
>> ge & hardi , que furent inſpirés ces
>>génies puiſſans qui dans un fiécle af-
>> fez peu éloigné du nôtre , rallume-
>> rent dans le Temple des Arts , ce feu
>>ſacré que la moleſſe avoit laiſſé étein-
>> dre , diſſipérent les ténébres dont l'i-
>> gnorance avoit couvert le Parnaffe ,
>> rappellérent l'Antiquité plus défigurée
>> encore par le pinceau de la nouveau-
>>té, que par ſes propres rides , ouvrí-
>> rent à des Lecteurs curieux d'appren-
>>dre , les tréfors littéraires que les ſfié-
>>>cles nous ont conſervés , comme l'hé-
>> ritage des eſprits , & nous montérent
>>enfin à ce degré d'intelligence qui a
>>fixé les Lettres parmi nous. Juſques-
>>>là les Muſes errantes avoient en vain
>> cherché un aſyle
Elles
avoient
>> franchi quelques montagnes , par-
>>couru quelques Provinces
,
éclairé
>>quelques Nations : le hafard ou la
>> curiofité leur ménagérentde temps en
>> temps des protecteurs afſez zélés pour
» les défendre ; mais il étoit réſervé au
114 MERCURE DE FRANCE:
>>goût de leur fufciter des Connoif-
>> feurs intelligens , capables de les ac-
>> créditer en les cultivant , de profiter
>>>de leurs richeſſes , & de leur en don-
»nerr, de ſe pénétrer de leurs précep-
» tes , & de les tranſmettre aux autres.
>> C'eſt de ces Reſtaurateurs des Scien-
>> ces , que nous avons reçu le goût ſage
» & heureux qui les maintient encore
>>malgré la conſpiration des préjugés.
>> Puiffions-nous ſentir toujours le prix
>>d'un tel avantage , & nous conferver
>>la poffeffion glorieuſe où nous fom-
>>mes depuis fi longtemps , de ſervir
>> dans ce genre , comme dans prèf-
>> que tous les autres , de modéles aux..
>> autres Peuples.
Nous finirons l'Extrait de l'Ecole de
Littérature dans le prochain Mercure.
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Résumé : ECOLE de Littérature, tirée des meilleurs Ecrivains ; à Paris, chez Babuty fils, Libraire, quai des Augustins, entre les rues Gît-le-coeur & Pavée, à l'Etoile, & chez Brocas & Humblot, rue S. Jacq. au-dessus de la rue des Mathurins, au Chef S. Jean ; avec approbation & privilége du Roi, deux vol. in-12 très-bien exécutés quant à la partie typographique : beau papier, beaux caractères. Prix, 2 liv. 10 s. chaque volume, & 3 liv. relié ; ou 5 liv. les deux volumes brochés, & 6 liv. reliés.
En mars 1764, une nouvelle 'École de Littérature' en deux volumes est publiée à Paris. Cette œuvre propose un cours complet de belles-lettres, combinant théorie et pratique, et présente des règles et des modèles pour divers genres littéraires rédigés par des écrivains renommés tels que Voltaire, Corneille, Fontenelle et Boileau. La première partie aborde l'art d'écrire en général, tandis que la seconde se concentre sur les règles spécifiques à chaque genre littéraire, en prose ou en vers. Le texte met en avant les 'Règles du Goût' de M. Poncet de la Rivière, qui définit le goût comme une qualité permettant de reconnaître la beauté propre à chaque sujet. Le goût doit être abondant mais mesuré, facile sans négligence, fin sans affectation, et méthodique sans contrainte. Il se développe par la lecture, les comparaisons, les réflexions et l'imitation, et se caractérise par la droiture de la raison, la justesse des pensées, la netteté des expressions, et une sagesse qui sait adopter le nécessaire et retrancher le superflu. Le goût guide le génie, lui fixe des limites et l'empêche de s'égarer. Il ouvre les routes de l'esprit, bannit l'obscurité et la parure inutile, et admet les grâces tout en les soumettant aux vertus et à la raison. Le goût a ravivé les arts, dissipé les ténèbres de l'ignorance, et restauré l'antiquité dans sa véritable splendeur. Il a également ouvert les trésors littéraires des siècles passés et élevé les lettres à un degré d'intelligence remarquable. Le texte souligne l'importance des connaisseurs intelligents capables d'apprécier, cultiver et transmettre les sciences, espérant que cette appréciation continue et que les peuples en bénéficient toujours. La suite de l'extrait de l'École de Littérature sera publiée dans le prochain numéro du Mercure de France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4611
ECOLE de Littérature, tirée des meilleurs Ecrivains ; à Paris, chez Babuty fils, Libraire, quai des Augustins, entre les rues Gît-le-coeur & Pavée, à l'Etoile, & chez Brocas & Humblot, rue S. Jacq. au-dessus de la rue des Mathurins, au Chef S. Jean ; avec approbation & privilége du Roi, deux vol. in-12 très-bien exécutés quant à la partie typographique : beau papier, beaux caractères. Prix, 2 liv. 10 s. chaque volume, & 3 liv. relié ; ou 5 liv. les deux volumes brochés, & 6 liv. reliés.
4612
p. 115-116
LA VEUVE, Comédie, en un Acte, & en Prose, par l'AUTEUR DE DUPUIS ET DES RONAIS. Le Prix est de 24 sols ; à Paris, chez Duchesne, Libraire, rue Saint Jacques, au-dessous de la fontaine Saint Benoît, au Temple du Goût, 1764. Avec Approbation & Privilége du Roi.
Début :
NOUS nous contentons, simplement ici, d'annocer cette jolie Comédie, attendu [...]
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texteReconnaissance textuelle : LA VEUVE, Comédie, en un Acte, & en Prose, par l'AUTEUR DE DUPUIS ET DES RONAIS. Le Prix est de 24 sols ; à Paris, chez Duchesne, Libraire, rue Saint Jacques, au-dessous de la fontaine Saint Benoît, au Temple du Goût, 1764. Avec Approbation & Privilége du Roi.
LA VEUVE, Comédie, en un Acte, &
en Prose, par l'AUTEUR DE DUPUIS
ET DES RONAIS. Le Prix est
de 24 sols ; à Paris, chez Duchesne,
Libraire, rue Saint Jacques, au-dessous
de la fontaine Saint Benoît, au
Temple du Goût, 1764. Avec Approbation
& Privilége du Roi.
NOUS nous contentons, simplement
ici, d'annocer cette jolie Comédie, attendu
que , pour les raiſons que nous
endirons , nous en donnerons un ex-
trait , à la fin de l'Article des Specta-
cles du prochain Mercure.
LE ROSSIGNOL , Comédie en un
Acte , en Vaudevilles , du méme Auteur,
eſt , actuellement , ſous preffe ; &
paroîtra inceſſament. On la trouvera
pareillement chez Duchesne.
Ce n'eſt point le Roffignol , qui a
été joué à l'Opéra Comique ; mais ,
cette Piéce charmante , qui a déja ſa
réputation faite , & qui a été repréſen-
tée avec tant de ſuccès , il y a plusde
116 MERCURE DE FRANCE .
douze ans , chez S. A. S. Monſeigneur
le Comte de Clermont, Prince du Sang.
:
M. Collé ſeroit en état, s'il le vouloit, de
donner au Public un Théâtre de Socié-
té, affez conſidérable. Ilya longtemps
que les Amateurs , & que les perſonnes
qui jouent la Comédie , entr'elles à
Paris , ou dans leurs campagne , atten-
dent , avec la plus vive impatience , qu'il
fafle imprimer ce Recueil précieux de
Comédies , & de petites Piéces , qui ne
peuvent être repréſentées ſurdes Théâ-
tres Publics , mais qui feroient comme
elles l'ont déjafait, l'amusement , & le
charme des Sociétés particulières.
en Prose, par l'AUTEUR DE DUPUIS
ET DES RONAIS. Le Prix est
de 24 sols ; à Paris, chez Duchesne,
Libraire, rue Saint Jacques, au-dessous
de la fontaine Saint Benoît, au
Temple du Goût, 1764. Avec Approbation
& Privilége du Roi.
NOUS nous contentons, simplement
ici, d'annocer cette jolie Comédie, attendu
que , pour les raiſons que nous
endirons , nous en donnerons un ex-
trait , à la fin de l'Article des Specta-
cles du prochain Mercure.
LE ROSSIGNOL , Comédie en un
Acte , en Vaudevilles , du méme Auteur,
eſt , actuellement , ſous preffe ; &
paroîtra inceſſament. On la trouvera
pareillement chez Duchesne.
Ce n'eſt point le Roffignol , qui a
été joué à l'Opéra Comique ; mais ,
cette Piéce charmante , qui a déja ſa
réputation faite , & qui a été repréſen-
tée avec tant de ſuccès , il y a plusde
116 MERCURE DE FRANCE .
douze ans , chez S. A. S. Monſeigneur
le Comte de Clermont, Prince du Sang.
:
M. Collé ſeroit en état, s'il le vouloit, de
donner au Public un Théâtre de Socié-
té, affez conſidérable. Ilya longtemps
que les Amateurs , & que les perſonnes
qui jouent la Comédie , entr'elles à
Paris , ou dans leurs campagne , atten-
dent , avec la plus vive impatience , qu'il
fafle imprimer ce Recueil précieux de
Comédies , & de petites Piéces , qui ne
peuvent être repréſentées ſurdes Théâ-
tres Publics , mais qui feroient comme
elles l'ont déjafait, l'amusement , & le
charme des Sociétés particulières.
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Résumé : LA VEUVE, Comédie, en un Acte, & en Prose, par l'AUTEUR DE DUPUIS ET DES RONAIS. Le Prix est de 24 sols ; à Paris, chez Duchesne, Libraire, rue Saint Jacques, au-dessous de la fontaine Saint Benoît, au Temple du Goût, 1764. Avec Approbation & Privilége du Roi.
Le texte présente deux œuvres théâtrales des auteurs Dupuis et Des Ronais. La première, 'La Veuve', est une comédie en un acte et en prose, vendue 24 sols, disponible chez Duchesne, libraire à Paris. Un extrait sera publié dans le prochain numéro du Mercure. La seconde œuvre, 'Le Rossignol', est une comédie en un acte en vaudevilles, déjà célèbre pour sa représentation réussie il y a plus de douze ans chez Son Altesse Sérénissime Monseigneur le Comte de Clermont. Actuellement en impression, elle sera bientôt disponible chez Duchesne. De plus, M. Collé envisage de publier un recueil de comédies et de petites pièces destinées aux représentations privées, très attendu par les amateurs.
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4613
p. 120
CAMPAGNE du Marquis de CRÉQUI, en Lorraine & en Alaace, en 1677 ; rédigée par M. Carlet de la Roziere, Chevalier de S. Louis, Capitaine réformé de Dragons, & ci-devant Aide-Major Général des Logis de l'Armée du Rhin ; à Paris, chez Lesclapart, Libraire, quai de Gêvres ; vol. in 8 o . petit format ; 1764 ; avec une Carte très-bien faite de la Lorraine, & d'une partie de l'Alsace.
Début :
L'AUTEUR a jugé cette Carte d'autant plus nécessaire, qu'outre qu'elle facilite [...]
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texteReconnaissance textuelle : CAMPAGNE du Marquis de CRÉQUI, en Lorraine & en Alaace, en 1677 ; rédigée par M. Carlet de la Roziere, Chevalier de S. Louis, Capitaine réformé de Dragons, & ci-devant Aide-Major Général des Logis de l'Armée du Rhin ; à Paris, chez Lesclapart, Libraire, quai de Gêvres ; vol. in 8 o . petit format ; 1764 ; avec une Carte très-bien faite de la Lorraine, & d'une partie de l'Alsace.
CAMPAGNE du Marquis de CRÉQUI,
en Lorraine & en Alaace, en 1677 ;
rédigée par M. Carlet de la Roziere,
Chevalier de S. Louis, Capitaine réformé
de Dragons, & ci-devant Aide-Major
Général des Logis de l'Armée du
Rhin ; à Paris, chez Lesclapart, Libraire,
quai de Gêvres ; vol. in 8o. petit
format ; 1764 ; avec une Carte très-bien
faite de la Lorraine, & d'une partie
de l'Alsace.
L'AUTEUR a jugé cette Carte d'autant
plus nécessaire, qu'outre qu'elle facilite
l'intelligence de cette Campagne ,
elle est un moyen ſimple & aiſé d'en re-
paffer d'un coupd'œil toutes les opéra-
tions , & d'en conſerver une idée nette
&fructueuſe. Quant à l'Ouvrage même,
la Campagne de M. de Créqui eſt ſi cu-
rieuſe &fi inſtructive , par les événe-
mens qu'elle préſente , par la conduite
admirable de ce Général , & par le dé-
tailde toutes les marches de fon Armée ,
& des Camps qu'elle a occupés , que ce
Livre ne peut manquer d'être d'une très-
grande utilité aux Militaires : furtout les
faitsy étant expoſés avec une clarté , un
ordre & une précision quifont honneur
à l'Auteur de cette utile & précieuſe ré-
daction.
en Lorraine & en Alaace, en 1677 ;
rédigée par M. Carlet de la Roziere,
Chevalier de S. Louis, Capitaine réformé
de Dragons, & ci-devant Aide-Major
Général des Logis de l'Armée du
Rhin ; à Paris, chez Lesclapart, Libraire,
quai de Gêvres ; vol. in 8o. petit
format ; 1764 ; avec une Carte très-bien
faite de la Lorraine, & d'une partie
de l'Alsace.
L'AUTEUR a jugé cette Carte d'autant
plus nécessaire, qu'outre qu'elle facilite
l'intelligence de cette Campagne ,
elle est un moyen ſimple & aiſé d'en re-
paffer d'un coupd'œil toutes les opéra-
tions , & d'en conſerver une idée nette
&fructueuſe. Quant à l'Ouvrage même,
la Campagne de M. de Créqui eſt ſi cu-
rieuſe &fi inſtructive , par les événe-
mens qu'elle préſente , par la conduite
admirable de ce Général , & par le dé-
tailde toutes les marches de fon Armée ,
& des Camps qu'elle a occupés , que ce
Livre ne peut manquer d'être d'une très-
grande utilité aux Militaires : furtout les
faitsy étant expoſés avec une clarté , un
ordre & une précision quifont honneur
à l'Auteur de cette utile & précieuſe ré-
daction.
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Résumé : CAMPAGNE du Marquis de CRÉQUI, en Lorraine & en Alaace, en 1677 ; rédigée par M. Carlet de la Roziere, Chevalier de S. Louis, Capitaine réformé de Dragons, & ci-devant Aide-Major Général des Logis de l'Armée du Rhin ; à Paris, chez Lesclapart, Libraire, quai de Gêvres ; vol. in 8 o . petit format ; 1764 ; avec une Carte très-bien faite de la Lorraine, & d'une partie de l'Alsace.
L'ouvrage 'Campagne du Marquis de Créqui' a été rédigé par M. Carlet de la Rozière, Chevalier de Saint-Louis et ancien Aide-Major Général des Logis de l'Armée du Rhin. Publié en 1764 à Paris chez Lesclapart, il relate les campagnes militaires en Lorraine et en Alsace en 1677. Le livre comprend une carte détaillée de la Lorraine et d'une partie de l'Alsace, cruciale pour comprendre les opérations militaires et offrir une vue d'ensemble des événements. La campagne du Marquis de Créqui est soulignée pour sa conduite admirable et le détail précis des mouvements de l'armée et des camps occupés. Cet ouvrage est destiné aux militaires, valorisant la clarté, l'ordre et la précision des faits exposés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4613
CAMPAGNE du Marquis de CRÉQUI, en Lorraine & en Alaace, en 1677 ; rédigée par M. Carlet de la Roziere, Chevalier de S. Louis, Capitaine réformé de Dragons, & ci-devant Aide-Major Général des Logis de l'Armée du Rhin ; à Paris, chez Lesclapart, Libraire, quai de Gêvres ; vol. in 8 o . petit format ; 1764 ; avec une Carte très-bien faite de la Lorraine, & d'une partie de l'Alsace.
4614
p. 121-129
BIBLIOTHÉQUE choisie de Médecine, tirée des Ouvrages périodiques tant François qu'Etrangers, avec plusieurs Piéces rares & des remarques utiles & curieuses. Par M. PLANQUE, Docteur en Médecine, Tome VIII. avec Figures. A Paris, chez la veuve d'Houry, Imprimeur-Libraire de Mgr le Duc d'ORLÉANS, rue Severin, près la rue S. Jacques. 1763.
Début :
LA matière qui compose ce huitieme Volume, est comprise dans les mots [...]
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texteReconnaissance textuelle : BIBLIOTHÉQUE choisie de Médecine, tirée des Ouvrages périodiques tant François qu'Etrangers, avec plusieurs Piéces rares & des remarques utiles & curieuses. Par M. PLANQUE, Docteur en Médecine, Tome VIII. avec Figures. A Paris, chez la veuve d'Houry, Imprimeur-Libraire de Mgr le Duc d'ORLÉANS, rue Severin, près la rue S. Jacques. 1763.
BIBLIOTHÉQUE choisie de Médecine,
tirée des Ouvrages périodiques tant
François qu'Etrangers, avec plusieurs
Piéces rares & des remarques utiles
& curieuses. Par M. PLANQUE,
Docteur en Médecine, Tome VIII.
avec Figures. A Paris, chez la veuve
d'Houry, Imprimeur-Libraire de Mgr
le Duc d'ORLÉANS, rue Severin,
près la rue S. Jacques. 1763.
LA matière qui compose ce huitieme
Volume, est comprise dans les mots
néphrétique , nerf, nourriture , obésité ,
odontalgie , odorat , œil , œsophage ,
ongle , opération Césarienne , ophthal-
mie , & os.
Le premier Article renferme la ſtruc-
ture des reins dans l'état naturel &
dans l'état contre nature ; l'on en dé-
veloppe la méchanique ; on expoſe leurs
maladies & les moyens de les guérir.
On rapporte l'hiſtoire d'une néphréti-
quepériodique quiattaquoit une Dame
de 50 ans tous les mois & à la même
heure. Cette hiſtoire eſt ſuivie de beau-
F
122 MERCURE DE FRANCE .
coupde remarques curieuſes non-feule-
ment ſur la néphrétique , mais encore
ſur pluſieurs autres affections dont les
retours périodiques ſont ſurprenans ,
comme des fiévres qui revenoient tous
les ans , la parole perdue , qui revenoît
tous les jours depuis midi juſqu'à une
heure , &c.
Les nerfs dont la connoiſſance eſt ſi
néceſſaire , fait le ſujet du ſecond Ar-
ticle. On y examine leur nature , leur
origine , leur progrès , leurs diviſions.
On prouve l'existence des eſprits ani-
maux dans les nerfs ; on expoſe leur
puiſſance dans l'economie animale , on
démontre que c'eſt par leur moyen
que l'âme s'apperçoit de ce qui ſe
paffe dans notre machine vivante ;
on recherche quelle eſt la partie du
cerveau où l'âme exerce ſes fonctions ,
& où elle reçoit les impreffions des ob-
jets ; on explique la cauſe de ladouleur
& l'on rapporte quelques conjectures
fur les maladies des eſprits & fur le dé-
fordre du cerveau dans certaines affec-
tions ſurprenantes , comme dans la ca-
talepfie ,dans les raviſſemens ou exta-
fes , &c.
L'Article fuivant regarde la nourritu-
re. On y traite de la nature des alimens,
MARS. 1764.
123
de leur différence dans différens Pays ;
on demande ſi l'on peut vivre long-
temps ſans leur fecours. On rapporte
pluſieurs exemples d'hommes & d'ani-
maux qui ont vêcu pluſieurs années
fans boire & fans manger ; on y lit
l'hiſtoire d'une femme qui depuis 18
ans juſqu'à un âge avancé rejettoit ce
qu'elle prenoit , a l'exception de l'eau
& du petit lait. On remarque qu'elle a
été ſeize ans n'allant qu'une fois à la
ſelle chaque année , c'étoit toujours au
mois de Mars .
Cet Article finit par la méthode de
faire cuire les Os , par l'hiſtoire du Cho-
colat & par les moyens de conferver les
Grains &c.
Le quatrieme Article eſt employé à
traiter de l'Obésité, cet embonpoint ex-
ceffif, qui fait tantd'obstacles aux fonc-
tions animales & vitales. Il renferme
beaucoupd'exemples de groſſeurs énor-
mes , des accidens qui les accompagnent
& des moyens de les détruire.
Le mot Odontalgie fournit des ſujets
auffi curieux qu'utiles. On parle dans ce
cinquiéme Article , de la nature des
Dents , de leurs maladies , de leurs re-
médes , des accidens qui peuvent ar-
river en les arrachant
des fecours
qu'on doit y apporter. L'on finit cet
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
Article par les prognoſtics qu'on peut
tirer de l'inſpection des Dents.
L'on paſſe enſuite à la connoiſſance
de la ſtructure du fiége de l'Odorat ,
on donne une deſcription exacte de
toutes les parties de cet organe ; on
rend raiſon de pluſieurs phénomènes
curieux ; par exemple , pourquoi l'on
pleure quand on a reſpiré des odeurs
fortes , pourquoi l'on éternue , quand
les yeux font frappés d'une vive lumière.
Onparle enfuite de l'éternuëment ; on
en découvre la cauſe , ſes bons & fes
mauvais effets , auſſi bien que ceux du
Tabac ; enfin on recherche l'origine des
ſouhaits qu'on fait à ceux qui éternuent ;
dans l'Article de l'œil on lit la defcrip-
tion de cet organe , on parle de l'action
de fes muſcles & de leur uſage , on rap-
portédes obſervations ſurla méchanique
des muſcles obliques , ſur l'iris & fur
la porofitéde la cornée tranſparente ; on
y trouve pluſieurs découvertes fur les
yeux de differens animaux , une differ-
tation ſçavante ſur la Méchanique des
mouvemens de la prunelle , où l'on é-
xamine quelle est la ſtructure & la ma-
nière d'agir des fibres droites de l'uvée;on
y traite des mouvemens de l'iris , & par
occafionde la partie principale del'orga-
ne de la vue; on y litun mémoire fur les
MARS. 1764.
125
yeux gelés , dans lequel on détermine la
grandeur des chambres que renferme
l'humeur aqueuſe;delaconnoiffance exac-
tedes parties de l'œil,&de leurs fonctions;
l'on paſſe aux maladies dont les princi-
pales font la cataracte , & la fiftule la-
crymale. On rapporte les diverſes ma-
nières d'en faire les opérations , plu-
fieurs obſervations ſur une maladie du
ſyphon lacrymal dont les Auteurs n'a-
voient pas encore parlé ; ſur un ban-
dage compreffif deſtiné à la cure de la
tumeur lacrymale ; une diſſertation ſur
la cauſe du ſtrabisme ou des yeux lou-
ches , & fur d'autres maladies qui atta-
quent cet organe , & les paupières.
Le mot œsophage conduit à des cho-
ſes intéreſſantes qui regardent la déglu-
tition : après être entré dans la defcrip-
tion des parties de cet organe, on expli-
que comment ſe fait la déglutition ; on
rencontre des remarques ſur la luette ,
ſur ſes fonctions , ſur ſes maladies & fur
celles de plufieurs autres parties de la
bouche. On y lit auffi un Mémoire fur
une difficulté d'avaler , & l'on y donne
les moyens de ſecourir les malades.
Les ongles occupent le neuviéme arti-
cle : on y explique de quoi & comment
ils ſe forment , comment ils ſe nourrif-
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
ſent , comment ils croiſſent & comment
ils végétent. On réfutel'opinionde ceux
qui s'imaginent qu'ils croiffent après la
mort de l'animal. On rapporte pluſieurs
hiſtoires d'ongles monstrueux ; on y lit
une lettre curieuſe touchant une fille à
qui il venoit des cornes fur plufieurs en-
droits de fon corps.
Après cetarticle on vient à l'opération
céſarienne, l'on en rapporte l'origine , le
temps de fa néceſſité & la façon de la
faire. On finit cet article par l'hiſtoire
d'une opération céſarienne fingulière.
L'ophthalmie remplit ledixiéme arti-
cle. On y explique enquoiconfiſte cette
maladie , quelle eſt la partie qu'elle af-
fecte, & combienil y en a de fortes. On
rapporte des éxemples de pluſieurs acci-
dens , fuites fâcheuſes de l'ophthalmie ,
qui ont conduit à l'aveuglement. L'émé
ralopie ou vue de jour fournit la matière
d'un Mémoire fort curieux & fingulier :
les perſonnes attaquées de cette maladie
n'apperçoivent les objets qu'aux grands
rayons du Soleil , encore même avec
quelque confufion ; on explique la caufe
de cette affection extraordinaire , & l'on
enſeigne les remédes capables de la gué-
rir. On prendde-là occafion de rappor-
tor pluſieurs hiſtoires de vues ſiperçantes,
qu'à peine peut- on y ajouter foi , com
MARS. 1764.
127
me d'appercevoir ce qui eft caché dans
la terre , le mouvement du ſang dans le
cœur , les dépôts d'humeurs formés inté-
rieurement. On parle auſſi de ceux qui
voyent les objets doubles ,& on rend
raiſon de ce phénomène ; comme auſſi
de ceux qui ne voyent qu'une partie des
objets. On rapporte auſſi des éxemples
de ceux qui ne voyent pas le jour , &
qui voyent affez bien la nuit.
De ces phénomènes extraordinaires ,
l'on paſſe à une maladie qui eſt aſſez
commune , mais dont on ſe défait diffi-
cilement. Ce fontdes filamens , des pe-
tits pelotons , d'eſpèces d'aîles de mou-
ches , & autres apparences qui ſemblent
voltiger dans l'œil. On tâche d'en décou-
vrir la cauſe , & l'on en donne quelques
remédes.
Les os terminent la matière de ce vo-
lume : l'on y éxamine leur nature , leurs
parties , leur uſage ; on explique com-
ment ils parviennent à cette dureté qui
les diftingue des autres parties , & com-
ment il arrive que certaines parties mol-
les s'offifient; on lit des obſervations fur
la ſtructure & fur les maladies des carti-
lages qui ſe trouvent dans les articula-
tions ; on en rapporte d'autres ſur les
jointures écailleuſes & fur les jointures
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
dentelées du crâne , fur les os du palais ,
fur les vertébres des côtes ; fur la propor-
tion des os du ſquélettede l'homme; fur
le mouvement des mâchoires ; ſur la
ſtructure & le ſentiment de la moëlle ;
fur la teinture en rouge des os des ani-
maux vivans. On paffe enſuite aux ob-
ſervations qui regardent leurs maladies ,
comme le craquement des os , la fracture
de la rotule , de l'humerus , de la cuiſſe.
On fait mention d'une partie de ſquélette
qui étoit ſans articulation , & d'un ſqué-
lette entier qui ne formoit qu'une feule
piéce d'os ; c'étoit un domeſtique qui
mourut à foixante-un ans.Il commença à
être moins agile à l'âge de dix-huit ans.
Vingt ans avant la mort de cet homme ,
il eut une fiévre très- violente , pouravoir
paffé une partie de la nuit à dormir fur
l'herbe , ayant chaud. Depuis qu'il fut
rétabli , il ne futjamais fans reffentir de
grandes douleurs dans les os. En quatre
ans , il perdit l'uſage & le mouvement
des mâchoires ; de forte qu'on fut obli-
gé de lui arracher pluſieurs dents pour le
nourrir de foupe , de lait& de bierre ; il
ne pouvoit ni s'aſſeoir , ni ſe baiffer ; il
dormoit dans une guérite avec une pe-
tite planche qu'il gliſſoit dans une cou-
liffe, contre laquelle il appuyoit ſon eſto-
mac. Il ne pouvoit pas faire le moindre
MARS. 1764.
129
mouvement avec ſa tête. Il pouvoit ſe
mouvoir fur un terrein uni par une eſpè
ce de faut , & il reſtoit plufieurs heures
dans un jardin , en ſe tenant le dos ap-
puyé contre une muraille. Ily a dans ce
huitiéme volume une infinité de faits
auſſi utiles que curieux, furleſquels il ne
nous eſt pas poſſible de nous arrêter , &
nous ne croyons pas nous compromettre
en afſurant le Public que ce volume ne
mérite pas moins fon approbation que
les précédens.
Le neuviéme volume eſt ſous preſſe ,
auffi-bien que le vingt- cinquiéme de
l'édition in- 12 , de laquelle il paroît
vingt-quatre Tomes.
tirée des Ouvrages périodiques tant
François qu'Etrangers, avec plusieurs
Piéces rares & des remarques utiles
& curieuses. Par M. PLANQUE,
Docteur en Médecine, Tome VIII.
avec Figures. A Paris, chez la veuve
d'Houry, Imprimeur-Libraire de Mgr
le Duc d'ORLÉANS, rue Severin,
près la rue S. Jacques. 1763.
LA matière qui compose ce huitieme
Volume, est comprise dans les mots
néphrétique , nerf, nourriture , obésité ,
odontalgie , odorat , œil , œsophage ,
ongle , opération Césarienne , ophthal-
mie , & os.
Le premier Article renferme la ſtruc-
ture des reins dans l'état naturel &
dans l'état contre nature ; l'on en dé-
veloppe la méchanique ; on expoſe leurs
maladies & les moyens de les guérir.
On rapporte l'hiſtoire d'une néphréti-
quepériodique quiattaquoit une Dame
de 50 ans tous les mois & à la même
heure. Cette hiſtoire eſt ſuivie de beau-
F
122 MERCURE DE FRANCE .
coupde remarques curieuſes non-feule-
ment ſur la néphrétique , mais encore
ſur pluſieurs autres affections dont les
retours périodiques ſont ſurprenans ,
comme des fiévres qui revenoient tous
les ans , la parole perdue , qui revenoît
tous les jours depuis midi juſqu'à une
heure , &c.
Les nerfs dont la connoiſſance eſt ſi
néceſſaire , fait le ſujet du ſecond Ar-
ticle. On y examine leur nature , leur
origine , leur progrès , leurs diviſions.
On prouve l'existence des eſprits ani-
maux dans les nerfs ; on expoſe leur
puiſſance dans l'economie animale , on
démontre que c'eſt par leur moyen
que l'âme s'apperçoit de ce qui ſe
paffe dans notre machine vivante ;
on recherche quelle eſt la partie du
cerveau où l'âme exerce ſes fonctions ,
& où elle reçoit les impreffions des ob-
jets ; on explique la cauſe de ladouleur
& l'on rapporte quelques conjectures
fur les maladies des eſprits & fur le dé-
fordre du cerveau dans certaines affec-
tions ſurprenantes , comme dans la ca-
talepfie ,dans les raviſſemens ou exta-
fes , &c.
L'Article fuivant regarde la nourritu-
re. On y traite de la nature des alimens,
MARS. 1764.
123
de leur différence dans différens Pays ;
on demande ſi l'on peut vivre long-
temps ſans leur fecours. On rapporte
pluſieurs exemples d'hommes & d'ani-
maux qui ont vêcu pluſieurs années
fans boire & fans manger ; on y lit
l'hiſtoire d'une femme qui depuis 18
ans juſqu'à un âge avancé rejettoit ce
qu'elle prenoit , a l'exception de l'eau
& du petit lait. On remarque qu'elle a
été ſeize ans n'allant qu'une fois à la
ſelle chaque année , c'étoit toujours au
mois de Mars .
Cet Article finit par la méthode de
faire cuire les Os , par l'hiſtoire du Cho-
colat & par les moyens de conferver les
Grains &c.
Le quatrieme Article eſt employé à
traiter de l'Obésité, cet embonpoint ex-
ceffif, qui fait tantd'obstacles aux fonc-
tions animales & vitales. Il renferme
beaucoupd'exemples de groſſeurs énor-
mes , des accidens qui les accompagnent
& des moyens de les détruire.
Le mot Odontalgie fournit des ſujets
auffi curieux qu'utiles. On parle dans ce
cinquiéme Article , de la nature des
Dents , de leurs maladies , de leurs re-
médes , des accidens qui peuvent ar-
river en les arrachant
des fecours
qu'on doit y apporter. L'on finit cet
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
Article par les prognoſtics qu'on peut
tirer de l'inſpection des Dents.
L'on paſſe enſuite à la connoiſſance
de la ſtructure du fiége de l'Odorat ,
on donne une deſcription exacte de
toutes les parties de cet organe ; on
rend raiſon de pluſieurs phénomènes
curieux ; par exemple , pourquoi l'on
pleure quand on a reſpiré des odeurs
fortes , pourquoi l'on éternue , quand
les yeux font frappés d'une vive lumière.
Onparle enfuite de l'éternuëment ; on
en découvre la cauſe , ſes bons & fes
mauvais effets , auſſi bien que ceux du
Tabac ; enfin on recherche l'origine des
ſouhaits qu'on fait à ceux qui éternuent ;
dans l'Article de l'œil on lit la defcrip-
tion de cet organe , on parle de l'action
de fes muſcles & de leur uſage , on rap-
portédes obſervations ſurla méchanique
des muſcles obliques , ſur l'iris & fur
la porofitéde la cornée tranſparente ; on
y trouve pluſieurs découvertes fur les
yeux de differens animaux , une differ-
tation ſçavante ſur la Méchanique des
mouvemens de la prunelle , où l'on é-
xamine quelle est la ſtructure & la ma-
nière d'agir des fibres droites de l'uvée;on
y traite des mouvemens de l'iris , & par
occafionde la partie principale del'orga-
ne de la vue; on y litun mémoire fur les
MARS. 1764.
125
yeux gelés , dans lequel on détermine la
grandeur des chambres que renferme
l'humeur aqueuſe;delaconnoiffance exac-
tedes parties de l'œil,&de leurs fonctions;
l'on paſſe aux maladies dont les princi-
pales font la cataracte , & la fiftule la-
crymale. On rapporte les diverſes ma-
nières d'en faire les opérations , plu-
fieurs obſervations ſur une maladie du
ſyphon lacrymal dont les Auteurs n'a-
voient pas encore parlé ; ſur un ban-
dage compreffif deſtiné à la cure de la
tumeur lacrymale ; une diſſertation ſur
la cauſe du ſtrabisme ou des yeux lou-
ches , & fur d'autres maladies qui atta-
quent cet organe , & les paupières.
Le mot œsophage conduit à des cho-
ſes intéreſſantes qui regardent la déglu-
tition : après être entré dans la defcrip-
tion des parties de cet organe, on expli-
que comment ſe fait la déglutition ; on
rencontre des remarques ſur la luette ,
ſur ſes fonctions , ſur ſes maladies & fur
celles de plufieurs autres parties de la
bouche. On y lit auffi un Mémoire fur
une difficulté d'avaler , & l'on y donne
les moyens de ſecourir les malades.
Les ongles occupent le neuviéme arti-
cle : on y explique de quoi & comment
ils ſe forment , comment ils ſe nourrif-
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
ſent , comment ils croiſſent & comment
ils végétent. On réfutel'opinionde ceux
qui s'imaginent qu'ils croiffent après la
mort de l'animal. On rapporte pluſieurs
hiſtoires d'ongles monstrueux ; on y lit
une lettre curieuſe touchant une fille à
qui il venoit des cornes fur plufieurs en-
droits de fon corps.
Après cetarticle on vient à l'opération
céſarienne, l'on en rapporte l'origine , le
temps de fa néceſſité & la façon de la
faire. On finit cet article par l'hiſtoire
d'une opération céſarienne fingulière.
L'ophthalmie remplit ledixiéme arti-
cle. On y explique enquoiconfiſte cette
maladie , quelle eſt la partie qu'elle af-
fecte, & combienil y en a de fortes. On
rapporte des éxemples de pluſieurs acci-
dens , fuites fâcheuſes de l'ophthalmie ,
qui ont conduit à l'aveuglement. L'émé
ralopie ou vue de jour fournit la matière
d'un Mémoire fort curieux & fingulier :
les perſonnes attaquées de cette maladie
n'apperçoivent les objets qu'aux grands
rayons du Soleil , encore même avec
quelque confufion ; on explique la caufe
de cette affection extraordinaire , & l'on
enſeigne les remédes capables de la gué-
rir. On prendde-là occafion de rappor-
tor pluſieurs hiſtoires de vues ſiperçantes,
qu'à peine peut- on y ajouter foi , com
MARS. 1764.
127
me d'appercevoir ce qui eft caché dans
la terre , le mouvement du ſang dans le
cœur , les dépôts d'humeurs formés inté-
rieurement. On parle auſſi de ceux qui
voyent les objets doubles ,& on rend
raiſon de ce phénomène ; comme auſſi
de ceux qui ne voyent qu'une partie des
objets. On rapporte auſſi des éxemples
de ceux qui ne voyent pas le jour , &
qui voyent affez bien la nuit.
De ces phénomènes extraordinaires ,
l'on paſſe à une maladie qui eſt aſſez
commune , mais dont on ſe défait diffi-
cilement. Ce fontdes filamens , des pe-
tits pelotons , d'eſpèces d'aîles de mou-
ches , & autres apparences qui ſemblent
voltiger dans l'œil. On tâche d'en décou-
vrir la cauſe , & l'on en donne quelques
remédes.
Les os terminent la matière de ce vo-
lume : l'on y éxamine leur nature , leurs
parties , leur uſage ; on explique com-
ment ils parviennent à cette dureté qui
les diftingue des autres parties , & com-
ment il arrive que certaines parties mol-
les s'offifient; on lit des obſervations fur
la ſtructure & fur les maladies des carti-
lages qui ſe trouvent dans les articula-
tions ; on en rapporte d'autres ſur les
jointures écailleuſes & fur les jointures
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
dentelées du crâne , fur les os du palais ,
fur les vertébres des côtes ; fur la propor-
tion des os du ſquélettede l'homme; fur
le mouvement des mâchoires ; ſur la
ſtructure & le ſentiment de la moëlle ;
fur la teinture en rouge des os des ani-
maux vivans. On paffe enſuite aux ob-
ſervations qui regardent leurs maladies ,
comme le craquement des os , la fracture
de la rotule , de l'humerus , de la cuiſſe.
On fait mention d'une partie de ſquélette
qui étoit ſans articulation , & d'un ſqué-
lette entier qui ne formoit qu'une feule
piéce d'os ; c'étoit un domeſtique qui
mourut à foixante-un ans.Il commença à
être moins agile à l'âge de dix-huit ans.
Vingt ans avant la mort de cet homme ,
il eut une fiévre très- violente , pouravoir
paffé une partie de la nuit à dormir fur
l'herbe , ayant chaud. Depuis qu'il fut
rétabli , il ne futjamais fans reffentir de
grandes douleurs dans les os. En quatre
ans , il perdit l'uſage & le mouvement
des mâchoires ; de forte qu'on fut obli-
gé de lui arracher pluſieurs dents pour le
nourrir de foupe , de lait& de bierre ; il
ne pouvoit ni s'aſſeoir , ni ſe baiffer ; il
dormoit dans une guérite avec une pe-
tite planche qu'il gliſſoit dans une cou-
liffe, contre laquelle il appuyoit ſon eſto-
mac. Il ne pouvoit pas faire le moindre
MARS. 1764.
129
mouvement avec ſa tête. Il pouvoit ſe
mouvoir fur un terrein uni par une eſpè
ce de faut , & il reſtoit plufieurs heures
dans un jardin , en ſe tenant le dos ap-
puyé contre une muraille. Ily a dans ce
huitiéme volume une infinité de faits
auſſi utiles que curieux, furleſquels il ne
nous eſt pas poſſible de nous arrêter , &
nous ne croyons pas nous compromettre
en afſurant le Public que ce volume ne
mérite pas moins fon approbation que
les précédens.
Le neuviéme volume eſt ſous preſſe ,
auffi-bien que le vingt- cinquiéme de
l'édition in- 12 , de laquelle il paroît
vingt-quatre Tomes.
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Résumé : BIBLIOTHÉQUE choisie de Médecine, tirée des Ouvrages périodiques tant François qu'Etrangers, avec plusieurs Piéces rares & des remarques utiles & curieuses. Par M. PLANQUE, Docteur en Médecine, Tome VIII. avec Figures. A Paris, chez la veuve d'Houry, Imprimeur-Libraire de Mgr le Duc d'ORLÉANS, rue Severin, près la rue S. Jacques. 1763.
Le huitième volume de la 'Bibliothèque choisie de Médecine' de M. Planque, publié en 1763 à Paris, traite de divers sujets médicaux. Il explore les reins, les nerfs, la nutrition, l'obésité, les douleurs dentaires, l'odorat, les yeux, l'œsophage, les ongles, la césarienne et l'ophtalmie. Chaque article fournit des détails sur la structure, les maladies et les traitements associés. L'article sur les reins décrit leur structure naturelle et pathologique, incluant des cas de néphrite périodique. Celui sur les nerfs examine leur nature, fonction et rôle dans les sensations et les mouvements. Le texte mentionne également des cas remarquables, comme celui d'une femme vivant sans nourriture solide, consommant seulement de l'eau et du petit-lait. Les articles sur les dents, les yeux et l'œsophage détaillent leurs structures, maladies et traitements, avec des observations sur des phénomènes spécifiques comme le strabisme et les tumeurs lacrymales. L'article sur les ongles discute de leur formation et croissance, réfutant l'idée qu'ils continuent de croître après la mort. Le volume aborde également l'opération césarienne, ses origines, sa nécessité et sa méthode, illustrée par une histoire singulière. Il explore l'ophtalmie, ses symptômes, causes et des exemples d'accidents menant à l'aveuglement. Le texte mentionne l'héméralopie, une maladie où les patients voient mieux la nuit que le jour, et propose des remèdes. Il traite aussi de phénomènes visuels comme la vision double ou partielle et des cas de personnes voyant des filaments ou des objets voltigeant dans l'œil. Enfin, une étude sur les os, leur structure et leurs maladies, inclut des observations sur des cas particuliers, comme celui d'un homme dont le squelette s'était ossifié, le rendant immobile. Le volume est apprécié pour ses faits utiles et curieux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4614
BIBLIOTHÉQUE choisie de Médecine, tirée des Ouvrages périodiques tant François qu'Etrangers, avec plusieurs Piéces rares & des remarques utiles & curieuses. Par M. PLANQUE, Docteur en Médecine, Tome VIII. avec Figures. A Paris, chez la veuve d'Houry, Imprimeur-Libraire de Mgr le Duc d'ORLÉANS, rue Severin, près la rue S. Jacques. 1763.
4615
p. 129-131
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
HARMONIE des Pseaumes & de l'Evangile, ou Traduction des Pseaumes [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES.
HARMONIE des Pseaumes & de
l'Evangile, ou Traduction des Pseaumes
& des Cantiques de l'Eglife ; avec
des Notes relatives à la Vulgate , aux
Septante & au Texte Hébreu ; ouvra-
ge posthume de M. Pluche ; à Paris
chez les Freres Eflienne , rue S. Jac-
ques , à la Vertu ; 1764 , un Vol. in-12..
Avec Approbation & Privilége du Roi.
Cette nouvelle Traduction des Preau-
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
mes, qui ne le céde à aucune de celles
qui ont paru juſqu'à préſent , eſt pré-
cédé d'une Préface très-étendue & très-
inſtructive , quidonne la clefdes Pſeau-
mes , fait connoître le caractère parti-
culier du langage des Hébreux , le
tour de leur Poësie , l'état actuel du
Texte de l'Ecriture , & les divers acci-
dens arrivés aux verſions Grecque &
Latine. Les Notes dont M. Pluche a
accompagnié ſa verſion , répandent
beaucoup de clarté ſur le Texte.
DISSERTATION fur différens points
de Géographie , adreſſée à l'Académie
des Sciences & Belles-Lettres de Gor-
tingue ; par M. Rizzi Zannoni ; 1764 ,
brochure in-8°.
Le but de cet écrit eſt de réfuter M.
Bonne , Mathématicien , qui avoit atta-
qué M. Rizzi Zannoni au ſujet dequel-
ques fentimens ſur la Géographie : on
réduit ici à deux points principaux , les
plaintes de M. Bonne. Le premier roule
fur ce que M.Rizzi Zannoni avoitdit que
c'étoitun projet chimérique & ridicule
,
que de prétendre nous donner des Car-
tes arplaties vers les Pôles ; dans le
fecond M. Bonne reproche à fon Ad-
verſaire de l'avoir copié dans ſa Carte
MARS. 1764.
131
des Côtes Maritimes de la France , &
d'y avoir ajouté des fautes. La réfuta-
tion des accuſations de M. Bonne fait
tout le ſujet de cette differtation.
HARMONIE des Pseaumes & de
l'Evangile, ou Traduction des Pseaumes
& des Cantiques de l'Eglife ; avec
des Notes relatives à la Vulgate , aux
Septante & au Texte Hébreu ; ouvra-
ge posthume de M. Pluche ; à Paris
chez les Freres Eflienne , rue S. Jac-
ques , à la Vertu ; 1764 , un Vol. in-12..
Avec Approbation & Privilége du Roi.
Cette nouvelle Traduction des Preau-
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
mes, qui ne le céde à aucune de celles
qui ont paru juſqu'à préſent , eſt pré-
cédé d'une Préface très-étendue & très-
inſtructive , quidonne la clefdes Pſeau-
mes , fait connoître le caractère parti-
culier du langage des Hébreux , le
tour de leur Poësie , l'état actuel du
Texte de l'Ecriture , & les divers acci-
dens arrivés aux verſions Grecque &
Latine. Les Notes dont M. Pluche a
accompagnié ſa verſion , répandent
beaucoup de clarté ſur le Texte.
DISSERTATION fur différens points
de Géographie , adreſſée à l'Académie
des Sciences & Belles-Lettres de Gor-
tingue ; par M. Rizzi Zannoni ; 1764 ,
brochure in-8°.
Le but de cet écrit eſt de réfuter M.
Bonne , Mathématicien , qui avoit atta-
qué M. Rizzi Zannoni au ſujet dequel-
ques fentimens ſur la Géographie : on
réduit ici à deux points principaux , les
plaintes de M. Bonne. Le premier roule
fur ce que M.Rizzi Zannoni avoitdit que
c'étoitun projet chimérique & ridicule
,
que de prétendre nous donner des Car-
tes arplaties vers les Pôles ; dans le
fecond M. Bonne reproche à fon Ad-
verſaire de l'avoir copié dans ſa Carte
MARS. 1764.
131
des Côtes Maritimes de la France , &
d'y avoir ajouté des fautes. La réfuta-
tion des accuſations de M. Bonne fait
tout le ſujet de cette differtation.
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Résumé : ANNONCES DE LIVRES.
Le document présente deux annonces de publications. La première est une traduction des Psaumes et des Cantiques de l'Église par M. Pluche, éditée en 1764 à Paris. Cette œuvre posthume comprend des notes comparatives avec la Vulgate, les Septante et le Texte Hébreu. Une préface détaillée aborde le langage hébreu, la poésie hébraïque, l'état actuel du texte biblique et les modifications des versions grecque et latine. Les annotations de Pluche clarifient le texte original. La seconde annonce concerne une dissertation de M. Rizzi Zannoni, également publiée en 1764. Cette brochure répond aux critiques de M. Bonne, un mathématicien, qui avait contesté les opinions de M. Rizzi Zannoni sur la géographie. La dissertation traite de deux points principaux : la faisabilité des cartes aplaties près des pôles, jugée chimérique par M. Rizzi Zannoni, et des accusations de plagiat concernant une carte des côtes maritimes de la France, où M. Bonne reprochait à son adversaire des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4616
p. 131
« LETTRES à M. Rousseau, pour servir de réponse à son Emile, & à ses autres [...] »
Début :
LETTRES à M. Rousseau, pour servir de réponse à son Emile, & à ses autres [...]
Mots clefs :
M. Rousseau, Lettres, Philosophe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LETTRES à M. Rousseau, pour servir de réponse à son Emile, & à ses autres [...] »
LETTRES à M. Rousseau , pour fervir
de réponſe à fon Emile , & à ſes autres
ouvrages ; in- 8°. chez Panckoucke
, rue & à côté de la Comédie
Françoiſe ; au Bureau du Mercure , au
Palais Royal & chez l'Auteur. Le
prix des deux premières Lettres eſt de
3 liv. 6 fols brochées.
,
L'Ouvrage deſtiné à combattre M.
Rousseau , fuivant le Plan qui en a été
trace dans la Préface , a été circonfcrit
dans quinze Lettres , dont chacune formera
un volume d'environ quinze feuilles.
La réfutation des Ecrits de ce Philoſophe
a été regardée par pluſieurs Prélats
comme d'autant plus néceſſaire ,
qu'à la faveur du ſtyle le plus féduisant ,
il a frappé du même coup fur la Religion
& fur le Gouvernement. On pourra
juger par les deux premieres Lettres , du
tour que doit prendre entre les mains de
l'Auteur, une controverſe , que l'intempérance
du génie a rendue malheureuſement
trop néceſſaire dans ce ſiècle.
de réponſe à fon Emile , & à ſes autres
ouvrages ; in- 8°. chez Panckoucke
, rue & à côté de la Comédie
Françoiſe ; au Bureau du Mercure , au
Palais Royal & chez l'Auteur. Le
prix des deux premières Lettres eſt de
3 liv. 6 fols brochées.
,
L'Ouvrage deſtiné à combattre M.
Rousseau , fuivant le Plan qui en a été
trace dans la Préface , a été circonfcrit
dans quinze Lettres , dont chacune formera
un volume d'environ quinze feuilles.
La réfutation des Ecrits de ce Philoſophe
a été regardée par pluſieurs Prélats
comme d'autant plus néceſſaire ,
qu'à la faveur du ſtyle le plus féduisant ,
il a frappé du même coup fur la Religion
& fur le Gouvernement. On pourra
juger par les deux premieres Lettres , du
tour que doit prendre entre les mains de
l'Auteur, une controverſe , que l'intempérance
du génie a rendue malheureuſement
trop néceſſaire dans ce ſiècle.
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Résumé : « LETTRES à M. Rousseau, pour servir de réponse à son Emile, & à ses autres [...] »
L'ouvrage 'Lettres à M. Rousseau' vise à réfuter les écrits de Jean-Jacques Rousseau, jugés dangereux pour la religion et le gouvernement. Composé de quinze lettres, chaque lettre forme un volume d'environ quinze feuilles. Les deux premières lettres sont disponibles au prix de 3 livres 6 sols. Plusieurs prélats ont approuvé cette réfutation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4617
p. 132-133
« THÉATRE de la dernière Guerre en Allemagne, &c, en six Volumes in- 2. [...] »
Début :
THÉATRE de la dernière Guerre en Allemagne, &c, en six Volumes in- 2. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « THÉATRE de la dernière Guerre en Allemagne, &c, en six Volumes in- 2. [...] »
THÉATRE de la dernière Guerre en
Allemagne, &c, en six Volumes in- 2.
chez Langlois , fils , Libraire à Paris
,
rue de la Harpe , près de la rue Poupée ,
à la Couronne d'Or.
Ce Libraire propoſe de le donner
au Public par forme de ſouſcription
avec une diminution de prix confidéra-
ble. Juſqu'ici les fix premiers Volumes
ont toujours été vendus chacun 3 liv.
en Feuilles ; ce qui faisoit pour le tout
18 liv. Chaque Volume pareillement
en Feuilles , fera donné pour 2 livres &
relié coûtera 2. liv. 12 ſols. Cela fait
fur les fix Volumes une diminution
du tiers , ou une réduction de 18 liv.
à 12 liv. Les deux derniers Volumes
fept & huit qui paroîtront dans le
mois de Mai prochain 1764 , ne feront
auffi vendus chacun en feuilles que 2
livres à ceux qui auront pris les fix pré-
cédens ; c'est-à-dire , à ceux qui auront
ſouſcrit juſqu'au mois de Mai : ainfi
l'Ouvrage entier composé de huit Volu-
mes , ne coûtera plus que 16 livres au
lieu de 24 livres , & l'on aura dans cet
Ouvrage une collection complette &
très-bien gravéedes Plans de Batailles ,
Siéges , Combats , Marches , & autres
actions de la dernière Guerre. Cette in
MARS. 1764 .
133
téreſſante collection,recommandable par
la beauté & la quantité des Gravures
qui monteront à plus de cent Planches ,
ainſi que par l'exactitude & par la fin-
gularité desdétails , ſera très-utile pour
PHiſtoire. La diminution qu'on annon-
се, n'aura lieu que juſqu'au premier
Mai 1764. Ce terme paſſé , l'Ouvrage
entier ſera vendu comme auparavant
trois livres chaque Volume en feuilles.
Allemagne, &c, en six Volumes in- 2.
chez Langlois , fils , Libraire à Paris
,
rue de la Harpe , près de la rue Poupée ,
à la Couronne d'Or.
Ce Libraire propoſe de le donner
au Public par forme de ſouſcription
avec une diminution de prix confidéra-
ble. Juſqu'ici les fix premiers Volumes
ont toujours été vendus chacun 3 liv.
en Feuilles ; ce qui faisoit pour le tout
18 liv. Chaque Volume pareillement
en Feuilles , fera donné pour 2 livres &
relié coûtera 2. liv. 12 ſols. Cela fait
fur les fix Volumes une diminution
du tiers , ou une réduction de 18 liv.
à 12 liv. Les deux derniers Volumes
fept & huit qui paroîtront dans le
mois de Mai prochain 1764 , ne feront
auffi vendus chacun en feuilles que 2
livres à ceux qui auront pris les fix pré-
cédens ; c'est-à-dire , à ceux qui auront
ſouſcrit juſqu'au mois de Mai : ainfi
l'Ouvrage entier composé de huit Volu-
mes , ne coûtera plus que 16 livres au
lieu de 24 livres , & l'on aura dans cet
Ouvrage une collection complette &
très-bien gravéedes Plans de Batailles ,
Siéges , Combats , Marches , & autres
actions de la dernière Guerre. Cette in
MARS. 1764 .
133
téreſſante collection,recommandable par
la beauté & la quantité des Gravures
qui monteront à plus de cent Planches ,
ainſi que par l'exactitude & par la fin-
gularité desdétails , ſera très-utile pour
PHiſtoire. La diminution qu'on annon-
се, n'aura lieu que juſqu'au premier
Mai 1764. Ce terme paſſé , l'Ouvrage
entier ſera vendu comme auparavant
trois livres chaque Volume en feuilles.
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Résumé : « THÉATRE de la dernière Guerre en Allemagne, &c, en six Volumes in- 2. [...] »
Le document présente la publication de l'ouvrage 'Théâtre de la dernière Guerre en Allemagne, &c.' en six volumes in-2, disponible chez Langlois, fils, libraire à Paris. L'ouvrage est proposé par souscription avec une réduction. Initialement, les six premiers volumes étaient vendus 3 livres chacun en feuilles, totalisant 18 livres. Actuellement, chaque volume en feuilles coûte 2 livres, et 2 livres 12 sols relié, soit une réduction d'un tiers, portant le coût total à 12 livres. Les volumes sept et huit seront disponibles en mai 1764 à 2 livres en feuilles pour les souscripteurs des six premiers volumes, totalisant 16 livres pour les huit volumes. L'ouvrage inclut une collection de plans de batailles, sièges, combats, marches et autres actions de guerre, avec plus de cent planches. Cette collection est recommandée pour son exactitude et la finesse de ses détails. La réduction de prix est valable jusqu'au 1er mai 1764.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4618
p. 133-135
« TRAITÉ Historique des Plantes de la Lorraine & des trois Evêchés ; par M. [...] »
Début :
TRAITÉ Historique des Plantes de la Lorraine & des trois Evêchés ; par M. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « TRAITÉ Historique des Plantes de la Lorraine & des trois Evêchés ; par M. [...] »
TRAITÉ Historique des Plantes de la
Lorraine & des trois Evêchés ; par M.
Buchoz, Médecin Ordinaire du Roi de
Pologne , &c.
Nous avons déjà donné pluſieurs ex-
traits de ce Livre utile , qui ſe conti-
nue avec ſuccès. Nous ajoutons ſeule-
ment , qu'il fera diviſé en vingt Volu-
mes. Le premiereſt le proſpectus de l'Ou-
vrage ; les dix-neuf autres renferment
chacun une famille différente de Plan-
tes , ſuivant le ſyſtême de leurs vertus.
Ondonne dans cet Ouvrage la deſcrip-
tion botanique de la Plante , ſa figure ,
l'endroit où elle croît , ſa culture , ſon
analyſe chymique & ſes propriétés , tant
pourlamédecine que pourles arts & mé-
tiers. On raporte les, ſentimens des an
134 MERCURE DE FRANCE.
ciens & des modernes , auxquels on
ajoute toutes les nouvelles obſervations
qui font faites fur ces matières. Le ſim-
ple expoſé de cet Ouvrage en démontre
l'utilité & la vaſte étendue.
L'Auteur a beſoin d'inſtruction pour
remplir cet objet ; les différens voyages
qu'il a faits dans la Lorraine & les
trois Evêchés ne font pas fuffifans ; il
réitére donc ſes inſtances auprès des
curieux , & il les prie très-inſtamment ,
de même que MM. les Cultivateurs ,
Curés , Médecins , Chirurgiens , Phar-
maciens , Phyficiens , Jardiniers , Artif
tes,& autres perſonnes,de luifaire tenir ,
par des commodités sûres & ſans frais
9
des notes de tout ce qui peut ſe trouver
de remarquable dans les différentes
contrées qu'ils habitent
,
obſervations ſur la nature du climat ,
fur ſes différentes productions , fur les
avantages que les habitans du pays peu-
yent en tirer.
avec leurs
La ſouſcriptionde l'hiſtoire des végé-
taux ſera de foixante livres pendant le
courant de 1764 , & de foixante-douze
livres pour les années poſtérieures ; le
tout payable en quatre termes , en re-
cevant les premier , cinquiéme , dixiéme
& quinziéme Volumes. Ceux néan-
MARS. 1764.
135
moins qui voudront bien contribuer
aux frais de quelques planches , auront
toujours en tout tems l'Ouvrage entier
pour quarante-huit livres. Il ſera orné
de 400 planches gravées en taille-dou-
ce , & deffinées d'après nature , au bas
deſquelles font gravées les armes & les
qualités de ceux qui y ont coopéré.
Les premier & fecond volume font
déja imprimés. Ceux qui voudront faire
les fraisde quelques planches , ſouſcrire
à cet Ouvrage & communiquer leurs
obſervations , ſont priés de s'adreſſer
directement à l'Auteur à Nancy , grande
rue , ville-vieille.
Lorraine & des trois Evêchés ; par M.
Buchoz, Médecin Ordinaire du Roi de
Pologne , &c.
Nous avons déjà donné pluſieurs ex-
traits de ce Livre utile , qui ſe conti-
nue avec ſuccès. Nous ajoutons ſeule-
ment , qu'il fera diviſé en vingt Volu-
mes. Le premiereſt le proſpectus de l'Ou-
vrage ; les dix-neuf autres renferment
chacun une famille différente de Plan-
tes , ſuivant le ſyſtême de leurs vertus.
Ondonne dans cet Ouvrage la deſcrip-
tion botanique de la Plante , ſa figure ,
l'endroit où elle croît , ſa culture , ſon
analyſe chymique & ſes propriétés , tant
pourlamédecine que pourles arts & mé-
tiers. On raporte les, ſentimens des an
134 MERCURE DE FRANCE.
ciens & des modernes , auxquels on
ajoute toutes les nouvelles obſervations
qui font faites fur ces matières. Le ſim-
ple expoſé de cet Ouvrage en démontre
l'utilité & la vaſte étendue.
L'Auteur a beſoin d'inſtruction pour
remplir cet objet ; les différens voyages
qu'il a faits dans la Lorraine & les
trois Evêchés ne font pas fuffifans ; il
réitére donc ſes inſtances auprès des
curieux , & il les prie très-inſtamment ,
de même que MM. les Cultivateurs ,
Curés , Médecins , Chirurgiens , Phar-
maciens , Phyficiens , Jardiniers , Artif
tes,& autres perſonnes,de luifaire tenir ,
par des commodités sûres & ſans frais
9
des notes de tout ce qui peut ſe trouver
de remarquable dans les différentes
contrées qu'ils habitent
,
obſervations ſur la nature du climat ,
fur ſes différentes productions , fur les
avantages que les habitans du pays peu-
yent en tirer.
avec leurs
La ſouſcriptionde l'hiſtoire des végé-
taux ſera de foixante livres pendant le
courant de 1764 , & de foixante-douze
livres pour les années poſtérieures ; le
tout payable en quatre termes , en re-
cevant les premier , cinquiéme , dixiéme
& quinziéme Volumes. Ceux néan-
MARS. 1764.
135
moins qui voudront bien contribuer
aux frais de quelques planches , auront
toujours en tout tems l'Ouvrage entier
pour quarante-huit livres. Il ſera orné
de 400 planches gravées en taille-dou-
ce , & deffinées d'après nature , au bas
deſquelles font gravées les armes & les
qualités de ceux qui y ont coopéré.
Les premier & fecond volume font
déja imprimés. Ceux qui voudront faire
les fraisde quelques planches , ſouſcrire
à cet Ouvrage & communiquer leurs
obſervations , ſont priés de s'adreſſer
directement à l'Auteur à Nancy , grande
rue , ville-vieille.
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Résumé : « TRAITÉ Historique des Plantes de la Lorraine & des trois Evêchés ; par M. [...] »
Le traité 'Historique des Plantes de la Lorraine & des trois Évêchés' est rédigé par M. Buchoz, médecin du Roi de Pologne. Cet ouvrage, prévu en vingt volumes, décrit diverses familles de plantes en détaillant leurs vertus. Chaque volume comprend la description botanique, l'illustration, l'habitat, la culture, l'analyse chimique, ainsi que les propriétés médicales et utilitaires des plantes. Buchoz intègre les avis des anciens et des modernes, complétés par des observations récentes. Pour enrichir son travail, il sollicite des contributions de divers professionnels et habitants locaux concernant les plantes remarquables et les particularités climatiques régionales. La souscription pour l'ouvrage est fixée à soixante livres pour 1764 et soixante-douze livres pour les années suivantes, payable en quatre termes. Les contributeurs finançant certaines planches recevront l'œuvre complète pour quarante-huit livres. L'ouvrage sera illustré de 400 planches gravées en taille-douce, représentant les plantes et les armoiries des contributeurs. Les deux premiers volumes sont déjà imprimés. Les intéressés peuvent contacter l'auteur à Nancy, grande rue, ville-vieille.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4619
p. 135-144
« PROSPECTUS d'une Diplomatique pratique, ou traité de l'arrangement des [...] »
Début :
PROSPECTUS d'une Diplomatique pratique, ou traité de l'arrangement des [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « PROSPECTUS d'une Diplomatique pratique, ou traité de l'arrangement des [...] »
PROSPECTUS d'une Diplomatique
pratique, ou traité de l'arrangement des
archives & tréſors d'icelles ; Ouvrage
néceſſaire aux dépofitaires des titres des
anciennes Seigneuries , des Evêchés ,
des Chapitres , des Abbayes , des Com-
munautés Religieuſes , des Corps de
Villes ,& à tous ceux qui veulent s'a-
donner à l'étude des titres & des écri-
tures anciennes ; par M. le Moine , Sé-
crétaire & Archiviſte de l'Egliſe Cathé-
drale de Toul , & ci-devant de l'infigne
Egliſe de Saint Martin de Tours ; de
l'Académie Royale des Sciences , & des
136 MERCURE DE FRANCE.
Arts de Metz; propoſé par ſouſcription ;
à Metz , chez Joseph Antoine , Impri-
meur Ordinaire du Roi & de la Socié-
té Royale , place des Charrons ; 1763 ,
feuille in-folio.
Ce Profpectus offre dans le plus grand
détail , les différentes parties qui com-
poferont le traité que nous annonçons.
Il contiendra ſeize Chapitres partagés en
pluſieurs ſections ; & le tout enſemble
ne formera qu'un Volume in-4°. d'en-
viron 400 pages : ceux qui defireront
là deſſus de plus amples éclairciſſemens ,
trouveront des exemplaires du profpec-
tus à Paris chez Despilly ; rue Saint
Jacques , à Lyon,chezBruyfet Ponthus,
rue Saint Dominique ; à Rouen chez
Richard l'Allemand, & à Nancy , chez
Baurain.
POESIES de Malherbe , rangées par
ordres Chronologique , avec la vie de
l'Auteur & de courtes notes'; nouvelle
édit. revue & corrigée avec ſoin ; à Paris
chez Barbou , rue Saint Jacques , aux
Cigognes ; 1764. Volume in-8°. petit
format.
Voici unedesplus belles éditions qui
foient forties des preſſes célébres de
Barbou : elle a été revueavec beaucoup
MARS. 1764.
,
137
de foinparunhomme deLettres qui aux
Mémoires pour la vie de Malherbe par
M. Racan , a ſubſtituéla vie de Malherbe
qui eſt à la tête de cette nouvelle édition ..
Cette vie eſt faite avec beaucoup de
préciſion ; & quoique moins étendue
que les Mémoires de M. Racan , elle
fait encore mieux connoître le caractère
de Malherbe. On y apprend plufieurs
anecdotes intéreſſantes ; & cette édition
plus commode & plus portative que
celle qui parut en 1758 , grand in-8°.
contient au bas des pages , des notes
courtes qui expliquent l'Hiſtorique de
certaines piéces , & les noms Géogra-
phiques & Mythologiques , & quelques
termes ſurannés qui pourroient em-
baraſſer le lecteur. On vend ſéparément
le portrait de Malherbe.
DE Imitatione Chriſti , libri quatuor,
adManufcriptorum ac primarum editio-
num fidem caftigati , & mendis plus
quamfexcentis expurgati. Recenfuit S.
VALART
Acad. Amb. Dissertatio-
nemque de ejufdem operis Authore addi-
dit. Nova Editio ; Parifiis , Typis J. Bar-
bou,via San-Jacobea ; 1764. vol.in- 12.
A la ſeule inſpection de cette Edition
nouvelle de l'Imitation deJ. C. revue fur
les Manufcrits de M. Valart , il eſt aiséde
138 MERCURE DE FRANCE.
ſeconvaincre que l'Imprimeur n'a rien
négligépour la rendre vraiment digne
de l'approbation des Amateurs. Il a fait
graver cinq Estampes en taille-douce ,
qui méritent les éloges des Connoiffeurs.
M. Valart a retouché ſa Differtation fur
l'Auteur de ce Livre admirable , & l'a
confidérablement augmentée. Pour ré-
pondre au zèle de ce Sçavant , l'Impri-
meur a cru devoir redoubler ſes ſoins
pour la partie typographique ; & nous
pouvons affurer que cette Edition eſt
bienſupérieure à la première , qui paſſoit
déja pour un chef-d'œuvre. On vend
les Figures ſéparément. On trouve auffi
chez Barbou la Traduction du même
Livre.
Le même Libraire a reçu d'Angle-
terre les Livres ſuivans : Homeri Ilias
& Odyssea , græcè & latinè , cum anno-
tat. Clarke , 4 vol. in-4°.
Callimachi Hymni , & Epigrammata ,
in-8°.
Lucani Pharfalia , cum notis Gravit
& Bentleii , in-4°. 1760 .
ManiliusAftronomicon , ex recenfione
Bentleii, in-4°.
MÉMOIRE ſur la Culture du Murier
blanc, dans lequel on trouvera les inf
MARS. 1764.
139
tructions néceſſaires aux Jardiniers pour
la Culture de cet Arbre , depuis le femis
juſqu'à la cueillette de ſes feuilles. Lû
à la Société Royale d'Agriculture de
Lyon , par M. Thomé , de la même So-
ciété. A Lyon , chez Aimé de la Roche ,
Imprimeur- Libraire du Gouvernement
& de la Ville , aux Halles de la Grenette ;
avec permiffion ,& par ordre de la So-
ciété Royale d'Agriculture de Lyon ;
1763 , brochure in-8°.
Le Murier , dont les feuilles ſont pro-
pres à la nourriture des Vers à Soye , eſt
connu ſous la dénomination générale
de Murier blanc , qui en comprend plu-
ſieurs eſpèces. La Culture de cet Arbre
devenant chaque jour plus intéreſſante
en France , on a penſé avec raiſon que
ce Mémoire ſeroit utile à ceux qui pof-
fédent des Terreins convenables pour
ces fortes de Plantations. Les méthodes
que l'on indique nous ont paru d'au-
tant plus afſurées , qu'on s'apperçoit
qu'elles font le fruit de l'expérience ; &
qu'on s'eſt attaché furtout à donner
ces inſtructions avec la plus grande clar-
té, leur principal objet étant d'inſtruire
les gens de la Campagne fur toutes les
pratiques de cette Culture.
140 MERCURE DE FRANCE.
DISCOURS ſur l'Education ; avec
cette Epigraphe : Non fi male nunc , &
olimfic erit. Horat. Od. VII. Lib. II. A
Lyon , de l'Imprimerie d'Aimé de la
Roche , aux Halles de la Grenette ; avec
approbation & permiffion; 1763. bro-
chure in- 12.
Malgré la multitude prodigieuſe d'Ou-
vrages faits depuis quelque temps ſur
cette matière , fort agitée dans tous les
temps , on lit encore avec plaifir ces
nouveaux Discours, dontle premier & le
ſecond traitent des avantages de l'Hif-
toire , relativement à l'Education ; le
troifiéme ſur la multiplicité des Colléges.
Nous renvoyons nos Lecteurs à l'Ou-
vrage même , où ils trouveront des vues
nouvelles.
EPITRE à Meffieurs les Docteurs de
la Maiſon & Société de Sorbonne , &
de la Faculté de Théologie ; feuille in-4°.
à Paris , chez Ballard, rue des Noyers ;..
chez Panckoucke , rue & à côté de la
Comédie Françoife.
Nous préſenterons aux Lecteurs dans
un de nos prochains Mercures , quel-
ques morceaux de cette Epitre critique ,
morale , hiſtorique & chrétienne , par
M. Tannevot , auſſi connu par ſes talens
MARS. 1764.
141
pour la Poëfie , que par ſes ſentimens
*religieux & patriotiques.
RÉCAPITULATION & Méthode du
Sieur Defpommiers , pour la Culture du
Sainfoin , dans les Terres qui ſe ſontjuf-
qu'ici refuſées à cette Culture. Feuille
in-4°. à deux colonnes.
Ce n'eſt ici que le réſultat d'un Ecrit
eftimé , intitulé : L'Art de s'enrichir
promptement par l'Agriculture , prouvé
par des Expériences où l'on trouve la.
manière de cultiver le Sainfoin , la Lu-
zerne , le Trefle , &c. par le Sieur Des-
pommiers ; chez Guillyn , quai des Au-
gustins. Prix i liv. 4 5.
HISTOIRE & pratique de la Clôture
desReligieuſes , ſelon l'eſprit de l'Egliſe
& la Jurisprudence de France , dédiée
à Noſſeigneurs les Archevêques & Evê-
ques du Royaume , par M. Cherrier , C.
R. à Paris , chez Desprez, Imprimeur
du Roi & du Clergé de France , rue S.
Jacques , au coin de la rue des Noyers ;
1764 ; avec approbation & privilége du
Roi ; un vol. in- 12 de 730 pages. Prix ,
3 liv. relié.
Le principal objet de ce gros volume
eſt d'inſtruire les Religieuſes , & de dé-
142 MERCURE DE FRANCE.
truireles préjugésd'un grandnombred'au
tres perſonnes ſurle pointde la Clôture.
Les Supérieurs & les Confefſeurs des Mo-
naſtères y trouveront des obfervations
utiles ſur des points qu'ils ne pouroient
apprendre que par une longue expérien-
ce. Cet Ouvrage pourra contribuer en-
core à faire connoître aux perſonnes
laïques , qui ont enfreint les Loix de
l'Egliſe touchant la Clôture , combien
elles ſe ſont égarées. Il ſera même utile à
pluſieurs Curés qui ontdes Monastères de
Filles ſur leurs Paroiſſes. On ne s'eſt pas
contenté de donner la partie hiſtorique
de la Clôture dans fon origine & dans ſes
progrès ; on a encore mis ſous les yeux
des Lecteurs quantité d'exemples édi-
fians , anciens & nouveaux , d'une éxac-
te obfervation de la Clôture.
DESCRIPTION hiſtoriquedes Curio-
fités de l'Egliſe de Paris , contenant le
détail de l'édifice tant extérieur qu'in-
térieur , le Tréſor , les Chapelles , Tom-
beaux , Epitaphes , & l'explication des
Tableaux avec les noms des Peintres
&c; par M. C. P. C. ornée de figures ;
à Paris , chez C. P. Gueffier , Père , Li-
braire , parvis Notre Dame , à la Libera-
lité ; 1763. Vol. in- 12.
MARS. 1764.
143
Cet Ouvrage eſt différent de celui qui
parut en 1752 ſous le titre de Curiofités
de Notre Dame de Paris , & qui n'étoit
qu'une explication fimple de ce que
cette Métropole renferme de plus cu-
rieux. Ici on a ajouté tous les Faits hiſto-
riques qui ont quelques rapports avec
cette Eglife.
CONCORDE de la Géographie des
différens âges ; Ouvrage pofthume de
M. Pluche ; à Paris , chez les Frères
Eftienne, rue Saint Jacques , à la Vertu ;
1764 ; avec Approbation & Privilége
du Roi. Vol, in- 12, de près de 600.
pages,
L'état actuel de la Terre , & les états
différens qui y ſont ſurvenus d'âge en
âge, fontla matière de ceVolume , pré-
cédé dune vie de M. Pluche. Dans le
premier Livre , on traite de la Géo-
graphie moderne , en la partageant en
différens Voyages maritimes ; dans le
ſecond , on place de ſuite les Voyages
des Hommes célébres qui ont traverſé
de grandes Régions ; qui ont établi
de nouvelles Colonies , & qui ont
juſqu'à nos jours découvert quelques
Terres auparavant inconnues. Nous
nous bornons aujourd'hui à cette fim-
f144 MERCURE DE FRANCE.
ple annonce ; l'Ouvrage demande un
plus long Extrait , & nous ne le ferons
pas attendre longtemps.
LETTRE de Zeila , jeune Sauvage ,
à Valcourt
:
,
Officier François , par
l'Auteur de Barnevelt. A Paris , chez
Sébastien Jorry , rue & vis-à-vis la
Comédie Françoiſe ; 1764. Brochure
in-8°. avec de très-belles Gravures.
Nous rendrons compte dans le Mer-
cure prochain , de ces deux Ouvrages.
pratique, ou traité de l'arrangement des
archives & tréſors d'icelles ; Ouvrage
néceſſaire aux dépofitaires des titres des
anciennes Seigneuries , des Evêchés ,
des Chapitres , des Abbayes , des Com-
munautés Religieuſes , des Corps de
Villes ,& à tous ceux qui veulent s'a-
donner à l'étude des titres & des écri-
tures anciennes ; par M. le Moine , Sé-
crétaire & Archiviſte de l'Egliſe Cathé-
drale de Toul , & ci-devant de l'infigne
Egliſe de Saint Martin de Tours ; de
l'Académie Royale des Sciences , & des
136 MERCURE DE FRANCE.
Arts de Metz; propoſé par ſouſcription ;
à Metz , chez Joseph Antoine , Impri-
meur Ordinaire du Roi & de la Socié-
té Royale , place des Charrons ; 1763 ,
feuille in-folio.
Ce Profpectus offre dans le plus grand
détail , les différentes parties qui com-
poferont le traité que nous annonçons.
Il contiendra ſeize Chapitres partagés en
pluſieurs ſections ; & le tout enſemble
ne formera qu'un Volume in-4°. d'en-
viron 400 pages : ceux qui defireront
là deſſus de plus amples éclairciſſemens ,
trouveront des exemplaires du profpec-
tus à Paris chez Despilly ; rue Saint
Jacques , à Lyon,chezBruyfet Ponthus,
rue Saint Dominique ; à Rouen chez
Richard l'Allemand, & à Nancy , chez
Baurain.
POESIES de Malherbe , rangées par
ordres Chronologique , avec la vie de
l'Auteur & de courtes notes'; nouvelle
édit. revue & corrigée avec ſoin ; à Paris
chez Barbou , rue Saint Jacques , aux
Cigognes ; 1764. Volume in-8°. petit
format.
Voici unedesplus belles éditions qui
foient forties des preſſes célébres de
Barbou : elle a été revueavec beaucoup
MARS. 1764.
,
137
de foinparunhomme deLettres qui aux
Mémoires pour la vie de Malherbe par
M. Racan , a ſubſtituéla vie de Malherbe
qui eſt à la tête de cette nouvelle édition ..
Cette vie eſt faite avec beaucoup de
préciſion ; & quoique moins étendue
que les Mémoires de M. Racan , elle
fait encore mieux connoître le caractère
de Malherbe. On y apprend plufieurs
anecdotes intéreſſantes ; & cette édition
plus commode & plus portative que
celle qui parut en 1758 , grand in-8°.
contient au bas des pages , des notes
courtes qui expliquent l'Hiſtorique de
certaines piéces , & les noms Géogra-
phiques & Mythologiques , & quelques
termes ſurannés qui pourroient em-
baraſſer le lecteur. On vend ſéparément
le portrait de Malherbe.
DE Imitatione Chriſti , libri quatuor,
adManufcriptorum ac primarum editio-
num fidem caftigati , & mendis plus
quamfexcentis expurgati. Recenfuit S.
VALART
Acad. Amb. Dissertatio-
nemque de ejufdem operis Authore addi-
dit. Nova Editio ; Parifiis , Typis J. Bar-
bou,via San-Jacobea ; 1764. vol.in- 12.
A la ſeule inſpection de cette Edition
nouvelle de l'Imitation deJ. C. revue fur
les Manufcrits de M. Valart , il eſt aiséde
138 MERCURE DE FRANCE.
ſeconvaincre que l'Imprimeur n'a rien
négligépour la rendre vraiment digne
de l'approbation des Amateurs. Il a fait
graver cinq Estampes en taille-douce ,
qui méritent les éloges des Connoiffeurs.
M. Valart a retouché ſa Differtation fur
l'Auteur de ce Livre admirable , & l'a
confidérablement augmentée. Pour ré-
pondre au zèle de ce Sçavant , l'Impri-
meur a cru devoir redoubler ſes ſoins
pour la partie typographique ; & nous
pouvons affurer que cette Edition eſt
bienſupérieure à la première , qui paſſoit
déja pour un chef-d'œuvre. On vend
les Figures ſéparément. On trouve auffi
chez Barbou la Traduction du même
Livre.
Le même Libraire a reçu d'Angle-
terre les Livres ſuivans : Homeri Ilias
& Odyssea , græcè & latinè , cum anno-
tat. Clarke , 4 vol. in-4°.
Callimachi Hymni , & Epigrammata ,
in-8°.
Lucani Pharfalia , cum notis Gravit
& Bentleii , in-4°. 1760 .
ManiliusAftronomicon , ex recenfione
Bentleii, in-4°.
MÉMOIRE ſur la Culture du Murier
blanc, dans lequel on trouvera les inf
MARS. 1764.
139
tructions néceſſaires aux Jardiniers pour
la Culture de cet Arbre , depuis le femis
juſqu'à la cueillette de ſes feuilles. Lû
à la Société Royale d'Agriculture de
Lyon , par M. Thomé , de la même So-
ciété. A Lyon , chez Aimé de la Roche ,
Imprimeur- Libraire du Gouvernement
& de la Ville , aux Halles de la Grenette ;
avec permiffion ,& par ordre de la So-
ciété Royale d'Agriculture de Lyon ;
1763 , brochure in-8°.
Le Murier , dont les feuilles ſont pro-
pres à la nourriture des Vers à Soye , eſt
connu ſous la dénomination générale
de Murier blanc , qui en comprend plu-
ſieurs eſpèces. La Culture de cet Arbre
devenant chaque jour plus intéreſſante
en France , on a penſé avec raiſon que
ce Mémoire ſeroit utile à ceux qui pof-
fédent des Terreins convenables pour
ces fortes de Plantations. Les méthodes
que l'on indique nous ont paru d'au-
tant plus afſurées , qu'on s'apperçoit
qu'elles font le fruit de l'expérience ; &
qu'on s'eſt attaché furtout à donner
ces inſtructions avec la plus grande clar-
té, leur principal objet étant d'inſtruire
les gens de la Campagne fur toutes les
pratiques de cette Culture.
140 MERCURE DE FRANCE.
DISCOURS ſur l'Education ; avec
cette Epigraphe : Non fi male nunc , &
olimfic erit. Horat. Od. VII. Lib. II. A
Lyon , de l'Imprimerie d'Aimé de la
Roche , aux Halles de la Grenette ; avec
approbation & permiffion; 1763. bro-
chure in- 12.
Malgré la multitude prodigieuſe d'Ou-
vrages faits depuis quelque temps ſur
cette matière , fort agitée dans tous les
temps , on lit encore avec plaifir ces
nouveaux Discours, dontle premier & le
ſecond traitent des avantages de l'Hif-
toire , relativement à l'Education ; le
troifiéme ſur la multiplicité des Colléges.
Nous renvoyons nos Lecteurs à l'Ou-
vrage même , où ils trouveront des vues
nouvelles.
EPITRE à Meffieurs les Docteurs de
la Maiſon & Société de Sorbonne , &
de la Faculté de Théologie ; feuille in-4°.
à Paris , chez Ballard, rue des Noyers ;..
chez Panckoucke , rue & à côté de la
Comédie Françoife.
Nous préſenterons aux Lecteurs dans
un de nos prochains Mercures , quel-
ques morceaux de cette Epitre critique ,
morale , hiſtorique & chrétienne , par
M. Tannevot , auſſi connu par ſes talens
MARS. 1764.
141
pour la Poëfie , que par ſes ſentimens
*religieux & patriotiques.
RÉCAPITULATION & Méthode du
Sieur Defpommiers , pour la Culture du
Sainfoin , dans les Terres qui ſe ſontjuf-
qu'ici refuſées à cette Culture. Feuille
in-4°. à deux colonnes.
Ce n'eſt ici que le réſultat d'un Ecrit
eftimé , intitulé : L'Art de s'enrichir
promptement par l'Agriculture , prouvé
par des Expériences où l'on trouve la.
manière de cultiver le Sainfoin , la Lu-
zerne , le Trefle , &c. par le Sieur Des-
pommiers ; chez Guillyn , quai des Au-
gustins. Prix i liv. 4 5.
HISTOIRE & pratique de la Clôture
desReligieuſes , ſelon l'eſprit de l'Egliſe
& la Jurisprudence de France , dédiée
à Noſſeigneurs les Archevêques & Evê-
ques du Royaume , par M. Cherrier , C.
R. à Paris , chez Desprez, Imprimeur
du Roi & du Clergé de France , rue S.
Jacques , au coin de la rue des Noyers ;
1764 ; avec approbation & privilége du
Roi ; un vol. in- 12 de 730 pages. Prix ,
3 liv. relié.
Le principal objet de ce gros volume
eſt d'inſtruire les Religieuſes , & de dé-
142 MERCURE DE FRANCE.
truireles préjugésd'un grandnombred'au
tres perſonnes ſurle pointde la Clôture.
Les Supérieurs & les Confefſeurs des Mo-
naſtères y trouveront des obfervations
utiles ſur des points qu'ils ne pouroient
apprendre que par une longue expérien-
ce. Cet Ouvrage pourra contribuer en-
core à faire connoître aux perſonnes
laïques , qui ont enfreint les Loix de
l'Egliſe touchant la Clôture , combien
elles ſe ſont égarées. Il ſera même utile à
pluſieurs Curés qui ontdes Monastères de
Filles ſur leurs Paroiſſes. On ne s'eſt pas
contenté de donner la partie hiſtorique
de la Clôture dans fon origine & dans ſes
progrès ; on a encore mis ſous les yeux
des Lecteurs quantité d'exemples édi-
fians , anciens & nouveaux , d'une éxac-
te obfervation de la Clôture.
DESCRIPTION hiſtoriquedes Curio-
fités de l'Egliſe de Paris , contenant le
détail de l'édifice tant extérieur qu'in-
térieur , le Tréſor , les Chapelles , Tom-
beaux , Epitaphes , & l'explication des
Tableaux avec les noms des Peintres
&c; par M. C. P. C. ornée de figures ;
à Paris , chez C. P. Gueffier , Père , Li-
braire , parvis Notre Dame , à la Libera-
lité ; 1763. Vol. in- 12.
MARS. 1764.
143
Cet Ouvrage eſt différent de celui qui
parut en 1752 ſous le titre de Curiofités
de Notre Dame de Paris , & qui n'étoit
qu'une explication fimple de ce que
cette Métropole renferme de plus cu-
rieux. Ici on a ajouté tous les Faits hiſto-
riques qui ont quelques rapports avec
cette Eglife.
CONCORDE de la Géographie des
différens âges ; Ouvrage pofthume de
M. Pluche ; à Paris , chez les Frères
Eftienne, rue Saint Jacques , à la Vertu ;
1764 ; avec Approbation & Privilége
du Roi. Vol, in- 12, de près de 600.
pages,
L'état actuel de la Terre , & les états
différens qui y ſont ſurvenus d'âge en
âge, fontla matière de ceVolume , pré-
cédé dune vie de M. Pluche. Dans le
premier Livre , on traite de la Géo-
graphie moderne , en la partageant en
différens Voyages maritimes ; dans le
ſecond , on place de ſuite les Voyages
des Hommes célébres qui ont traverſé
de grandes Régions ; qui ont établi
de nouvelles Colonies , & qui ont
juſqu'à nos jours découvert quelques
Terres auparavant inconnues. Nous
nous bornons aujourd'hui à cette fim-
f144 MERCURE DE FRANCE.
ple annonce ; l'Ouvrage demande un
plus long Extrait , & nous ne le ferons
pas attendre longtemps.
LETTRE de Zeila , jeune Sauvage ,
à Valcourt
:
,
Officier François , par
l'Auteur de Barnevelt. A Paris , chez
Sébastien Jorry , rue & vis-à-vis la
Comédie Françoiſe ; 1764. Brochure
in-8°. avec de très-belles Gravures.
Nous rendrons compte dans le Mer-
cure prochain , de ces deux Ouvrages.
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Résumé : « PROSPECTUS d'une Diplomatique pratique, ou traité de l'arrangement des [...] »
En mars 1764, plusieurs publications notables ont vu le jour. Le 'Prospectus d'une Diplomatique pratique' est un traité sur l'organisation des archives et des titres anciens, destiné aux dépositaires de titres de seigneuries, évêchés, chapitres, abbayes, communautés religieuses et corps de villes. Cet ouvrage comptera seize chapitres et environ 400 pages, avec des exemplaires disponibles à Paris, Lyon, Rouen et Nancy. Les 'Poésies de Malherbe' ont été éditées chronologiquement, incluant une biographie de l'auteur et des notes explicatives. L'ouvrage 'De Imitatione Christi' a été revu par S. Valart, avec des gravures et une dissertation augmentée. Barbou, l'imprimeur, a également reçu des livres classiques grecs et latins d'Angleterre. Un 'Mémoire sur la Culture du Murier blanc' fournit des instructions pour la culture de cet arbre, lu à la Société Royale d'Agriculture de Lyon. Un 'Discours sur l'Éducation' traite des avantages de l'histoire et de la multiplicité des collèges. Une épître critique, morale, historique et chrétienne de M. Tannevot est également mentionnée. Un ouvrage du Sieur Despommiers sur la culture du sainfoin, luzerne et trèfle est extrait de 'L'Art de s'enrichir promptement par l'Agriculture'. L''Histoire & pratique de la Clôture des Religieuses' par M. Cherrier, approuvée par le roi, vise à instruire les religieuses et à détruire les préjugés sur la clôture. Un autre ouvrage décrit les curiosités de l'Église de Paris, incluant des détails historiques et des explications des tableaux. La 'Concordance de la Géographie des différents âges' de M. Pluche, posthume, traite de la géographie moderne et des voyages célèbres. Enfin, une lettre intitulée 'Lettre de Zeila, jeune Sauvage, à Valcourt' par l'auteur de Barnevelt est également mentionnée.
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4620
p. 144-145
SUJETS proposés par l'Académie Royale des Sciences & Beaux-Arts, établie à Pau, pour deux Prix qui seront distribués le premier Jeudi du mois de Février 1765.
Début :
L'ACADÉMIE ayant jugé à propos de réserver le Prix de la Poësie, en 1764, [...]
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texteReconnaissance textuelle : SUJETS proposés par l'Académie Royale des Sciences & Beaux-Arts, établie à Pau, pour deux Prix qui seront distribués le premier Jeudi du mois de Février 1765.
SUJETS proposés par l'Académie
Royale des Sciences & Beaux-Arts,
établie à Pau, pour deux Prix qui
seront distribués le premier Jeudi du
mois de Février 1765.
L'ACADÉMIE ayant jugé à propos de
réserver le Prix de la Poësie, en 1764,
endonnera deux en 1765 , l'un à un
Ouvrage
MARS. 1764.
145
Ouvrage de Proſe qui aura pour Sajet :
Le moyen le plus propre d'établir un
Commerce utile en Bearn.
L'autre à un Ouvrage de Poëfie dont
le Sujet ſera :
Les Avantages de la Navigation.
Les Ouvrages , ne pourront excéder
une demie heure de lecture , il en fera
fait deux exemplaires , qui feront adref-
fés à M. de Faget de Pomps , Secrétaire
de l'Académie ; on n'en recevra aucun
après le mois de Novembre & s'ils ne
font affranchis des frais du port. Cha-
que Auteur mettra à la fin de fon Ou-
vrage la Sentence qu'il voudra ;
il la
répétera au-deſſus d'un Billet cacheté
dans lequel il écrira ſon nom.
M. Cazalet de Pau , qui n'a pas vingt
ans , eſt l'Auteur de l'Ouvrage qui a
remporté le prix en 1764.
Royale des Sciences & Beaux-Arts,
établie à Pau, pour deux Prix qui
seront distribués le premier Jeudi du
mois de Février 1765.
L'ACADÉMIE ayant jugé à propos de
réserver le Prix de la Poësie, en 1764,
endonnera deux en 1765 , l'un à un
Ouvrage
MARS. 1764.
145
Ouvrage de Proſe qui aura pour Sajet :
Le moyen le plus propre d'établir un
Commerce utile en Bearn.
L'autre à un Ouvrage de Poëfie dont
le Sujet ſera :
Les Avantages de la Navigation.
Les Ouvrages , ne pourront excéder
une demie heure de lecture , il en fera
fait deux exemplaires , qui feront adref-
fés à M. de Faget de Pomps , Secrétaire
de l'Académie ; on n'en recevra aucun
après le mois de Novembre & s'ils ne
font affranchis des frais du port. Cha-
que Auteur mettra à la fin de fon Ou-
vrage la Sentence qu'il voudra ;
il la
répétera au-deſſus d'un Billet cacheté
dans lequel il écrira ſon nom.
M. Cazalet de Pau , qui n'a pas vingt
ans , eſt l'Auteur de l'Ouvrage qui a
remporté le prix en 1764.
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Résumé : SUJETS proposés par l'Académie Royale des Sciences & Beaux-Arts, établie à Pau, pour deux Prix qui seront distribués le premier Jeudi du mois de Février 1765.
En mars 1764, l'Académie Royale des Sciences & Beaux-Arts de Pau a annoncé deux prix à attribuer le premier jeudi de février 1765. Le premier prix récompensera un ouvrage de prose sur 'Le moyen le plus propre d'établir un commerce utile en Béarn'. Le second prix concernera un ouvrage de poésie intitulé 'Les Avantages de la Navigation'. Les œuvres soumises ne doivent pas excéder une demi-heure de lecture et doivent être envoyées en deux exemplaires à M. de Faget de Pomps, secrétaire de l'Académie, avant novembre. Les auteurs doivent couvrir les frais de port. Chaque participant doit inclure une sentence choisie à la fin de son ouvrage et la répéter sur un billet cacheté contenant son nom. En 1764, M. Cazalet de Pau, âgé de moins de vingt ans, avait remporté un prix avec son ouvrage.
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4621
p. 145-149
PRIX proposés par la Société Royale d'Agriculture de la Généralité de PARIS.
Début :
UN des principaux objets des recherches de l'Agriculture, est la connoissance [...]
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texteReconnaissance textuelle : PRIX proposés par la Société Royale d'Agriculture de la Généralité de PARIS.
PRIX proposés par la Société Royale
d'Agriculture de la Généralité de
PARIS.
UN des principaux objets des recherches de l'Agriculture, est la connoissance
G
146 MERCURE DE FRANCE.
ce de la plus grande fécondité poffible
des terres , relativement à leurs quali-
tés; & des moyens de procurer cette
fécondité, ſoit par les labours, ſoit par
les engrais.
Le ſuccès des labours peut dépendre
de pluſieurs cauſes, telles que leur fré-
quence , leur profondeur plus ou moins
grande , & l'influence du temps le plus
propre à la préparation des terres.
Le ſuccès des engrais procède de
leur qualité & quantité, qui doivent
toujours être relatives à la qualité des
terres; de la meilleure méthode de pré-
parer les fumiers; du degréde leur fer-
mentation au temps où ils font em-
ployés, & plus particulièrement encore
du temps de les répandre & de les en-
fouir; enfin de l'état où se trouvent les
terres lorſqu'on y enterre les fumiers.
On ne peut parvenir à une connoif-
fance exacte de ces moyens de fécon-
dité, que par des obſervations & des
expériences dont les réſultats ſoient
bien conftatés.
Dans lavue d'encourager les Cultiva-
reurs à ſe livrer à un travail auffi eſſen-
tiel au bien public, la Société Royale
d'Agriculture propoſe des Prix à ceux
MARS. 1764.
147
quiauront obtenu la récolte defroment la
plus abondante & de la meilleure quali-
té ,fur un terrain de cinq arpens.
Les Laboureurs font, par leur pro-
feffion,à portée de connoître la qualité
de chaque eſpèce de terres , & les pro-
priétés des différentes cultures;la Socié-
té les invite à ſe regarder comme plus
plus particulièrement engagés à des re-
cherches auffi intéreſſantes, & dont le
fuccès leur feroit fi honorable.
Conditions du Concours.
1.º Les cinq arpens qui feront culti-
vés pour concourir aux Prix , feront
enune ſeule pièce , & de la meſure du
lieu; la différence des meſures locales
étant relatives à celle qui ſe trouve dans
les produits.
2. On ne pourra choiſir que des
terres qui ſoient actuellement & ha-
bituellement en culture , & non des
terres nouvellement défrichées , ſoit
d'herbages , foit de vignes ou de bois ,
ou précédemment employées au jardi-
nage , ni à toute autre production cul-
tivée à bras.
3.º Ces terres feront entièrement
labourées à la charrue.
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
4.º Les ſemences pourront ſe faire
à la main , ſuivant l'ufage de chaque
lieu ; ou avec le ſemoir , ſi les Concur-
rens jugent à propos de ſe ſervir de
cet inſtrument , ou par telle autre mé-
thode qu'ils voudront éſſayer.
tatée par la meſure & le poids.
:
5.º La quantité de ſemence ſera conf-
6.° La récolte ſera conſtatée par le
nombre & la meſure des gerbes , par
la meſure & le poids du grain qui en
fera provenu , après qu'elles auront
été battues , & que le grain en aura
été bien criblé.
7.º Ceux qui ſe propoſeront pour
le concours , en donneront avis , avant
le 1. Août au plus tard , à M. de Pa-
lerne , Secrétaire perpétuel de la Société
Royale d'Agriculture , & lui adrefſferont
leurs lettres , ſous l'enveloppe de M.
l'Intendant de la Généralité de Paris..
8.º Les faits qui font l'objet des fix
premiers articles de ces conditions , ſe-
ront conſtatés diſtinctement & dans la
forme la plus exacte , par des cettificats
des Curé , Syndic , & des deux princi-
paux Laboureurs du lieu ; & le Con-
currentjoindra à ces certificats unMés
moire détaillé de la culture ordinaire
du lieu , & de la méthode particulière
MARS. 1764.
149
qu'il aura pratiquée , tant à l'égard des
labours qu'à l'égard des engrais , pour
faire connoître par cette comparaiſon ,
les principes & les avantages d'une
meilleure culture ; ce Mémoire fera cer-
tifié de même que les autres piéces.
9.° Ces certificats &Mémoires ſeront
adreſſés à M. de Palerne , ainſi
er
de quoi ils ne ſferont plus reçus.
qu'il
eſt dit à l'article 7. avant le 1. Dé-
cembre 1765 au plus tard , à défaut
10. ° Il ſera diſtribué , dans les pre-
miers jours de Janvier 1766 , cinq Prix
à ceux des Concurrens qui auront le
mieux réuffi. Le premier , de la ſomme
de Cinq cens livres , ſera adjugé à celui
qui aura obtenu la récolte la plus abon-
dante , relativement à la qualité & au
produit ordinaire de la terre qu'il aura
cultivée. Les quatre autres ,l'un de Trois
cens livres , un de Deux cens livres ,
& deux de Cent livres chacun , feront
la récompenſe de ceux des Concurrens
qui auront le plus approché du fuccés
qui aura mérité le premier Prix.
d'Agriculture de la Généralité de
PARIS.
UN des principaux objets des recherches de l'Agriculture, est la connoissance
G
146 MERCURE DE FRANCE.
ce de la plus grande fécondité poffible
des terres , relativement à leurs quali-
tés; & des moyens de procurer cette
fécondité, ſoit par les labours, ſoit par
les engrais.
Le ſuccès des labours peut dépendre
de pluſieurs cauſes, telles que leur fré-
quence , leur profondeur plus ou moins
grande , & l'influence du temps le plus
propre à la préparation des terres.
Le ſuccès des engrais procède de
leur qualité & quantité, qui doivent
toujours être relatives à la qualité des
terres; de la meilleure méthode de pré-
parer les fumiers; du degréde leur fer-
mentation au temps où ils font em-
ployés, & plus particulièrement encore
du temps de les répandre & de les en-
fouir; enfin de l'état où se trouvent les
terres lorſqu'on y enterre les fumiers.
On ne peut parvenir à une connoif-
fance exacte de ces moyens de fécon-
dité, que par des obſervations & des
expériences dont les réſultats ſoient
bien conftatés.
Dans lavue d'encourager les Cultiva-
reurs à ſe livrer à un travail auffi eſſen-
tiel au bien public, la Société Royale
d'Agriculture propoſe des Prix à ceux
MARS. 1764.
147
quiauront obtenu la récolte defroment la
plus abondante & de la meilleure quali-
té ,fur un terrain de cinq arpens.
Les Laboureurs font, par leur pro-
feffion,à portée de connoître la qualité
de chaque eſpèce de terres , & les pro-
priétés des différentes cultures;la Socié-
té les invite à ſe regarder comme plus
plus particulièrement engagés à des re-
cherches auffi intéreſſantes, & dont le
fuccès leur feroit fi honorable.
Conditions du Concours.
1.º Les cinq arpens qui feront culti-
vés pour concourir aux Prix , feront
enune ſeule pièce , & de la meſure du
lieu; la différence des meſures locales
étant relatives à celle qui ſe trouve dans
les produits.
2. On ne pourra choiſir que des
terres qui ſoient actuellement & ha-
bituellement en culture , & non des
terres nouvellement défrichées , ſoit
d'herbages , foit de vignes ou de bois ,
ou précédemment employées au jardi-
nage , ni à toute autre production cul-
tivée à bras.
3.º Ces terres feront entièrement
labourées à la charrue.
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
4.º Les ſemences pourront ſe faire
à la main , ſuivant l'ufage de chaque
lieu ; ou avec le ſemoir , ſi les Concur-
rens jugent à propos de ſe ſervir de
cet inſtrument , ou par telle autre mé-
thode qu'ils voudront éſſayer.
tatée par la meſure & le poids.
:
5.º La quantité de ſemence ſera conf-
6.° La récolte ſera conſtatée par le
nombre & la meſure des gerbes , par
la meſure & le poids du grain qui en
fera provenu , après qu'elles auront
été battues , & que le grain en aura
été bien criblé.
7.º Ceux qui ſe propoſeront pour
le concours , en donneront avis , avant
le 1. Août au plus tard , à M. de Pa-
lerne , Secrétaire perpétuel de la Société
Royale d'Agriculture , & lui adrefſferont
leurs lettres , ſous l'enveloppe de M.
l'Intendant de la Généralité de Paris..
8.º Les faits qui font l'objet des fix
premiers articles de ces conditions , ſe-
ront conſtatés diſtinctement & dans la
forme la plus exacte , par des cettificats
des Curé , Syndic , & des deux princi-
paux Laboureurs du lieu ; & le Con-
currentjoindra à ces certificats unMés
moire détaillé de la culture ordinaire
du lieu , & de la méthode particulière
MARS. 1764.
149
qu'il aura pratiquée , tant à l'égard des
labours qu'à l'égard des engrais , pour
faire connoître par cette comparaiſon ,
les principes & les avantages d'une
meilleure culture ; ce Mémoire fera cer-
tifié de même que les autres piéces.
9.° Ces certificats &Mémoires ſeront
adreſſés à M. de Palerne , ainſi
er
de quoi ils ne ſferont plus reçus.
qu'il
eſt dit à l'article 7. avant le 1. Dé-
cembre 1765 au plus tard , à défaut
10. ° Il ſera diſtribué , dans les pre-
miers jours de Janvier 1766 , cinq Prix
à ceux des Concurrens qui auront le
mieux réuffi. Le premier , de la ſomme
de Cinq cens livres , ſera adjugé à celui
qui aura obtenu la récolte la plus abon-
dante , relativement à la qualité & au
produit ordinaire de la terre qu'il aura
cultivée. Les quatre autres ,l'un de Trois
cens livres , un de Deux cens livres ,
& deux de Cent livres chacun , feront
la récompenſe de ceux des Concurrens
qui auront le plus approché du fuccés
qui aura mérité le premier Prix.
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Résumé : PRIX proposés par la Société Royale d'Agriculture de la Généralité de PARIS.
La Société Royale d'Agriculture de la Généralité de Paris organise un concours visant à encourager les cultivateurs à améliorer la fertilité des terres. L'objectif est d'identifier les meilleures pratiques de labour et d'engrais pour obtenir des récoltes abondantes et de qualité. Les critères d'évaluation incluent la fréquence et la profondeur des labours, la qualité et la quantité des engrais, ainsi que le moment optimal pour leur application. Pour participer, les cultivateurs doivent cultiver un terrain de cinq arpens en une seule pièce, déjà en culture habituelle. Les terres doivent être labourées à la charrue, et les semences peuvent être répandues manuellement ou avec un semoir. La récolte sera évaluée en fonction du nombre et de la mesure des gerbes, ainsi que du poids du grain après battage et criblage. Les candidats doivent informer M. de Palerne, Secrétaire perpétuel de la Société Royale d'Agriculture, avant le 1er août et soumettre leurs certificats et mémoires détaillant les méthodes de culture utilisées avant le 1er décembre 1765. Les prix seront attribués en janvier 1766. Le premier prix est de cinq cents livres pour la récolte la plus abondante, et quatre autres prix seront décernés à ceux ayant obtenu des résultats proches du meilleur.
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4622
p. 150-154
LETTRE à l'Auteur du Mercure de France. SUR LA GOUTE, &c.
Début :
JE VOUS PRIE, Monsieur, de m'acquitter envers le Public, à qui j'ai promis, [...]
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE à l'Auteur du Mercure de France. SUR LA GOUTE, &c.
LETTRE à l'Auteur du Mercure de
France.
SUR LA GOUTE, &c.
JE VOUS PRIE, Monsieur, de m'acquitter
envers le Public, à qui j'ai promis,
à la fin de mes nouvelles Obferva-
tions , & dans les Journaux Etrangers ,
de lui faire part ,dansleMercuredeMars
prochain , des heureuxeffets qu'auroient
opéré , ſoit la Poudre Balfamique , ſoit
le Baume Végétal , relativement à fes
qualités qui méritent une attention parti-
culière. Si vousdaignez remplir le même
objet tous les trois mois , ce Public inf-
truit par des faits incontestables , devra
autant àvotre attention , qu'à mes ſoins
empreſlés de ruiner un préjugé qui lui
eft funeſte , & qui intéreſſe tant de mil-
liers d'hommes reſpectables , ſi ſouvent
abufés , & prèſque toujours livrés fans.
fecours aux maux les plus crue's.
Poudre Balsamique.
Je ne rappelle point les faits de prati-
que furprenans opérés dans les Provin-
ces,& cités dans mon Ouvrage ; la vé
ر
MARS. 1764:
151
ritéles a tracés , & ce caractère eſt infé-
parablede mesſentimens. Voici de nou-
veaux faits qui ſe ſont préſentés dans
Paris.
En Mai 1763 , le R. P. Gardien des
Capucins deMeudon ,étant attaquéd'un
accès de goute au pied & au genouil ,
dans le Couvent de la rue S. Honoré, en
fut bientôt délivré par l'uſage de la Pou-
dre Balfamique.
M. de Poilly , Inſpecteur de la Place
du Roi , rue S. Honoré , en Décembre
1763 , eut un accès de goute aux muf-
cles de la poitrine , au coude & à l'é-
paule. Il fut tranquilliſé la même nuit
par la Poudre Balsamique , & bientôt
rétabli par fon uſage.
M. Fontaine , Maître-d'Hôtel de M. le
Marquis de Marigny , en Décembre
1763 , eut un violent accès de goute aux
deux pieds. Il fut calmé la même nuit ,
& rétabli en peu de jours par la Poudre
Balfamique.
M. Jacquiau , Négociant , rue Mont-
martre , vis-à-vis la Juffienne , chez le
Chapelier , a eu en Janvier un accès de
goute au pied , avec extravafion defang.
Il en a été rétabli en peu de jours par la
Poudre Balfamique , &c.
MM. le Duc de Laval, le Comte de
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
Mailly , de Janssen , Duval de l'Epinoy
à Paris , & M. Lebégue , Concierge du
Grand-Commun à Versailles , font un
uſage répété de la Poudre Balſamique &
duBaume Végétal : ce qui parle en fa-
veur des Remèdes.
MM. les Profeſſeurs de Médecine de
Montpellier ont eu la Poudre Balfami-
que à leur difpofition en faveur des Pau-
vres. M. Carquet , Apoticaire de cette
Ville, m'a envoyé des certificats de ſes
heureux effets.
Baume Végétal.
J'ai annoncé que l'uſage du Baume
Végétal, trois jours de chaque mois ,
éloignoit les accès de goute , en y affo-
ciant la Manne ; & la pratique m'a ap-
pris ce que je n'ofois en attendre , & ce
que ne peut opéreraucune eſpèce d'Eli-
xirs , foit par leur activité , ſoit par leur
goût , qui ne peut corriger celui de la
Manne , &c. & qui en altéreroient les
vertus. Voici quelques faits.
LaCuiſinière de Madame de Létang ,
rue du Sépulcre , ayant une bile répan-
due&une langueur ; après avoir été éva-
cuée unefoisavec peu d'Ypécacuana , a
fait uſage du Baume Végétal avec de
la Manne & le Sel de Duobus pendant
MARS. 1764.
ſon appétit& ſes forces.
153
quelques jours , & elle reprit ſon tein ,
Dlle Houdinet , petite rue S. Roch ,
quartier Montmartre , ayant des infom-
nies & des dégoûts continués depuis fix
mois , s'eſt procurée l'appétit & le fom-
meil en peu de jours par l'uſage du Bau-
me Végétal dans un peu de vin.
Un très-grand nombre de perſonnes
de tous âges , ſéxes & tempéramens , ſe
fontpurgées avec deux onces de Manne ,
ungros &demi de SeldeDuobus,& trois
cuillerées du Baume Végétal dans une
verrée d'eau , & y ont trouvé la dou-
ceur des effets , l'abondance proportion-
née des évacuations , & l'agrément du
goût. Ce qui eſt inconnujuſques à ce
jour.
Le Baume Végétal détruit totalement
le mauvais goût & la fadeur de la Manne ,
des Syrops & des Sels purgatifs ; ne don-
nant qu'un goût de mielvineux , fans
nauſée ni dégoût. Il en aiguiſe les ver-
tus, fans échauffer , & fans caufer la
moindre tranchée ; & les effets ne font
pas lents à ſe produire : un moment en
fait la preuve.
Il faut voir l'Ordonnance à la fin de
mon Ouvrage , où ſes uſagesparticuliers
&ſes moyens font détaillés.
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
Je ne parlerai que pratique dans le
Mercure de Juillet prochain , & j'expli-
querai les vrais moyens de dériver las
goute aux pieds.
Je loge petite rue S. Roch , quartier-
Montmartre ; & pour Pâques prochain ,
mon adreſſe ſera dans la rue du Gros-
Chenet, la ſeconde porte cochère à l'en-
trée de la rue de Clery , quartier Mont-
martre.
Je laiſſe à la Poſte les Lettres que l'ons
n'a pas le foin d'affranchir.
:
:
:
C. DE MONTGERBET, Méd. ord. des Bâtimens
du Roi.
France.
SUR LA GOUTE, &c.
JE VOUS PRIE, Monsieur, de m'acquitter
envers le Public, à qui j'ai promis,
à la fin de mes nouvelles Obferva-
tions , & dans les Journaux Etrangers ,
de lui faire part ,dansleMercuredeMars
prochain , des heureuxeffets qu'auroient
opéré , ſoit la Poudre Balfamique , ſoit
le Baume Végétal , relativement à fes
qualités qui méritent une attention parti-
culière. Si vousdaignez remplir le même
objet tous les trois mois , ce Public inf-
truit par des faits incontestables , devra
autant àvotre attention , qu'à mes ſoins
empreſlés de ruiner un préjugé qui lui
eft funeſte , & qui intéreſſe tant de mil-
liers d'hommes reſpectables , ſi ſouvent
abufés , & prèſque toujours livrés fans.
fecours aux maux les plus crue's.
Poudre Balsamique.
Je ne rappelle point les faits de prati-
que furprenans opérés dans les Provin-
ces,& cités dans mon Ouvrage ; la vé
ر
MARS. 1764:
151
ritéles a tracés , & ce caractère eſt infé-
parablede mesſentimens. Voici de nou-
veaux faits qui ſe ſont préſentés dans
Paris.
En Mai 1763 , le R. P. Gardien des
Capucins deMeudon ,étant attaquéd'un
accès de goute au pied & au genouil ,
dans le Couvent de la rue S. Honoré, en
fut bientôt délivré par l'uſage de la Pou-
dre Balfamique.
M. de Poilly , Inſpecteur de la Place
du Roi , rue S. Honoré , en Décembre
1763 , eut un accès de goute aux muf-
cles de la poitrine , au coude & à l'é-
paule. Il fut tranquilliſé la même nuit
par la Poudre Balsamique , & bientôt
rétabli par fon uſage.
M. Fontaine , Maître-d'Hôtel de M. le
Marquis de Marigny , en Décembre
1763 , eut un violent accès de goute aux
deux pieds. Il fut calmé la même nuit ,
& rétabli en peu de jours par la Poudre
Balfamique.
M. Jacquiau , Négociant , rue Mont-
martre , vis-à-vis la Juffienne , chez le
Chapelier , a eu en Janvier un accès de
goute au pied , avec extravafion defang.
Il en a été rétabli en peu de jours par la
Poudre Balfamique , &c.
MM. le Duc de Laval, le Comte de
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
Mailly , de Janssen , Duval de l'Epinoy
à Paris , & M. Lebégue , Concierge du
Grand-Commun à Versailles , font un
uſage répété de la Poudre Balſamique &
duBaume Végétal : ce qui parle en fa-
veur des Remèdes.
MM. les Profeſſeurs de Médecine de
Montpellier ont eu la Poudre Balfami-
que à leur difpofition en faveur des Pau-
vres. M. Carquet , Apoticaire de cette
Ville, m'a envoyé des certificats de ſes
heureux effets.
Baume Végétal.
J'ai annoncé que l'uſage du Baume
Végétal, trois jours de chaque mois ,
éloignoit les accès de goute , en y affo-
ciant la Manne ; & la pratique m'a ap-
pris ce que je n'ofois en attendre , & ce
que ne peut opéreraucune eſpèce d'Eli-
xirs , foit par leur activité , ſoit par leur
goût , qui ne peut corriger celui de la
Manne , &c. & qui en altéreroient les
vertus. Voici quelques faits.
LaCuiſinière de Madame de Létang ,
rue du Sépulcre , ayant une bile répan-
due&une langueur ; après avoir été éva-
cuée unefoisavec peu d'Ypécacuana , a
fait uſage du Baume Végétal avec de
la Manne & le Sel de Duobus pendant
MARS. 1764.
ſon appétit& ſes forces.
153
quelques jours , & elle reprit ſon tein ,
Dlle Houdinet , petite rue S. Roch ,
quartier Montmartre , ayant des infom-
nies & des dégoûts continués depuis fix
mois , s'eſt procurée l'appétit & le fom-
meil en peu de jours par l'uſage du Bau-
me Végétal dans un peu de vin.
Un très-grand nombre de perſonnes
de tous âges , ſéxes & tempéramens , ſe
fontpurgées avec deux onces de Manne ,
ungros &demi de SeldeDuobus,& trois
cuillerées du Baume Végétal dans une
verrée d'eau , & y ont trouvé la dou-
ceur des effets , l'abondance proportion-
née des évacuations , & l'agrément du
goût. Ce qui eſt inconnujuſques à ce
jour.
Le Baume Végétal détruit totalement
le mauvais goût & la fadeur de la Manne ,
des Syrops & des Sels purgatifs ; ne don-
nant qu'un goût de mielvineux , fans
nauſée ni dégoût. Il en aiguiſe les ver-
tus, fans échauffer , & fans caufer la
moindre tranchée ; & les effets ne font
pas lents à ſe produire : un moment en
fait la preuve.
Il faut voir l'Ordonnance à la fin de
mon Ouvrage , où ſes uſagesparticuliers
&ſes moyens font détaillés.
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
Je ne parlerai que pratique dans le
Mercure de Juillet prochain , & j'expli-
querai les vrais moyens de dériver las
goute aux pieds.
Je loge petite rue S. Roch , quartier-
Montmartre ; & pour Pâques prochain ,
mon adreſſe ſera dans la rue du Gros-
Chenet, la ſeconde porte cochère à l'en-
trée de la rue de Clery , quartier Mont-
martre.
Je laiſſe à la Poſte les Lettres que l'ons
n'a pas le foin d'affranchir.
:
:
:
C. DE MONTGERBET, Méd. ord. des Bâtimens
du Roi.
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Résumé : LETTRE à l'Auteur du Mercure de France. SUR LA GOUTE, &c.
Dans une lettre adressée au rédacteur du Mercure de France, l'auteur informe le public des bienfaits de la Poudre Balsamique et du Baume Végétal dans le traitement de la goutte. Il s'engage à publier des mises à jour trimestrielles pour dissiper les préjugés nuisibles entourant cette maladie. Plusieurs cas de guérison à Paris sont mentionnés, notamment ceux du R. P. Gardien des Capucins de Meudon, de M. de Poilly, de M. Fontaine et de M. Jacquiau, qui ont tous trouvé soulagement grâce à la Poudre Balsamique. De plus, des personnalités telles que le Duc de Laval et le Comte de Givry utilisent régulièrement ces remèdes. Les Professeurs de Médecine de Montpellier ont également constaté l'efficacité de la Poudre Balsamique. Pour le Baume Végétal, des cas de guérison sont rapportés, comme ceux de la cuisinière de Madame de Létang et de Mademoiselle Houdinet. Le Baume Végétal, combiné avec la Manne et le Sel de Duobus, a démontré des effets doux et efficaces sans provoquer de nausées. L'auteur conclut en promettant de fournir plus de détails sur les méthodes de traitement dans le prochain numéro du Mercure de France et donne ses coordonnées pour toute correspondance.
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4623
p. 154-158
EAUX FILTRÉES. AVIS AU PUBLIC.
Début :
LES Entrepreneurs des Eaux filtrées du Port-à-l'Anglois ont commencé [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EAUX FILTRÉES. AVIS AU PUBLIC.
EAUX FILTRÉES.
AVIS AU PUBLIC.
LES Entrepreneurs des Eaux filtrées
du Port-à-l'Anglois ont commencé
leurdiſtribution le 30 Janvier dernier
avec un applaudiſſement; & tous les
honnêtes gens ont pris part aux dif-
férens, accidens qu'ils ont éſſuyés par
la crue inattendue des eaux & le débor-
dement de la rivière , qui a ſubmergé
toute leur manutention , & mis leur
établiſſement à deux doigtsde ſa perte
MARS. 1764.
155
C'eſt dans cette criſe que leur zéle a fair
les plus grands efforts pour foutenir
leur ſervice , & remplir autant qu'il a
été en leur pouvoir les obligations d'un
Etabliſſement ſi intéreſſant au bien de
l'humanité. Ils n'ont rien épargné pour
fatisfaire le Public ; ſoins , peines &
dépenſes , tout a été prodigué ; ils ſe
ſont même montrés avec distinction
dans quelques occafions périlleuſes , où
il y a eu pluſieurs de leurs barques
toutes chargées de paniers , bouteilles.
&autres uftenciles , qui ont été écrafés
par des coups de vent , & coulés à
fonds avec perte de quelques-uns de
leurs mariniers. Ils ont donc vu avec le
plus grand chagrin en portant les yeux.
fur les vafes & bouteilles de grez qui
contiennent leur eau , qu'il y en avoit
-d'une qualité inférieure qui donne un
louche à ces mêmes eaux & ſe diffol-
vent enpartie par le défaut qu'ont ces
vafes de n'avoir pas été affés cuits ni
féchés. Les Entrepreneurs les font re--
tirer à meſure qu'on les découvre; &
quoiqu'en laiſſantun peu repoſer l'eau
dans ces bouteilles,elle reprennebien-
tôt ſa première clarté, ſans jamais al--
térer ſa bonté primitive , néanmoins
comme l'eau de ces vaſes choque les
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
yeux , les Entrepreneurs prient le Pu-
blic de vouloir bien faire rapporter ces
mêmes bouteilles chacun au dépôt où il
ſe fournit avec une petite marque à
la craye qui les puiſſe faire recon-
noître.
Leur ſervice ayant commencé dans
la ſaiſon la plus ingrate & la plus ri-
goureuſe , ils n'ont pu être en garde
contre l'infidélité de quelques fournif
ſeurs qui ont trompé leur confiance par
la défectuoſité de ces vaſes. Il en eft
de même pour la fureté du cachet des
bouteilles ; les Entrepreneurs font in-
formés qu'il s'eſt déja gliffé de la frau-
de , & qu'il ſe ſubſtitue dans quelques
maiſons une autre eau à la leur en levant
le bouchon qui n'étoit pas affez her-
métiquement cacheté. Dans cet état ,
quoique l'expédient de la ficelle & du
nœud des Marchands de vin ſoit plus
couteux à la régie , les Entrepreneurs
vont faire ficeler& cacheter leurs vafes ;
en forte qu'il ſera à la portée des Maî-
tres , de jetter un coup d'œil ſur les
bouteilles , & de s'aſſurer par eux-mê-
mes de la fidélité des cachets: précau-
tion très-recommandée par les Entre-
preneurs , comme de renvoyer aux dé-
pôts , les bouteilles douteuſes , où il y
MARS. 1764 .
157
aura ordre d'en donner d'autres à la
place , toujours avec une marque qui
puiſſe les faire mettre au rebut.
Les nouveaux établiſſemens ont tou-
jours des précautions à prendre & des
fraudes à réprimer. Les Entrepreneurs
ne peuvent pas eſpérer que le leur fera
tout d'un coup affranchi de ces défagré-
mens ; & c'eſt ce qui les a portés à prier
le Public de donner ſes conſeils & fes
avis dans les ſujets qui lui paroîtront
dignes de ſes remarques.
A l'égard d'une infinité de propos
abfurdes
,
que des mal-intentionnés
répandent journellement ſur la qualité
&la bonté de leurs eaux , les Entrepre-
neurs en appellent au Public fenfé &
impartial. Tout le monde connoît quel-
les font leurs opérations & leur manu-
tention au Port - à - l'Anglois; tout le
monde peut voir en détail & fe con-
vaincre par ſes propres yeux , fi la
flitration ſe fait par des préparations
chymiques , & s'ils employent ou l'alun
ouaucuneautre eſpéce de compoſitions.
Ces contes groffiers , & ces inventions ri-
dicules ne peuvent ſurprendre que les
eſprits foibles qui croyent ſans appro-
fondir , ou le vulgaire ignorant.
: La Faculté de Médecine a déja conf-
(
158 MERCURE DE FRANCE.
taté par ſes Commiſſaires labonté& les
excellentes qualités de l'eau des Entre-
preneurs : fon décret qui n'a été rendu
qu'après l'examen le plus fcrupuleux ,
eſt l'écueil des rêveries qui ſe débitent ,
&la ſeule réponſe qu'on doity faire.
Les Entrepreneurs ne s'occupant que
des moyens d'étendre leur établiſe-
ment , pour le mettre à la portée d'un
chacun , vont augmenter le nombre
de leurs petits dépôts , & employer
pluſieurs charettes pour approviſionner
tous les différens quartiers de la Ca-
pitale.
AVIS AU PUBLIC.
LES Entrepreneurs des Eaux filtrées
du Port-à-l'Anglois ont commencé
leurdiſtribution le 30 Janvier dernier
avec un applaudiſſement; & tous les
honnêtes gens ont pris part aux dif-
férens, accidens qu'ils ont éſſuyés par
la crue inattendue des eaux & le débor-
dement de la rivière , qui a ſubmergé
toute leur manutention , & mis leur
établiſſement à deux doigtsde ſa perte
MARS. 1764.
155
C'eſt dans cette criſe que leur zéle a fair
les plus grands efforts pour foutenir
leur ſervice , & remplir autant qu'il a
été en leur pouvoir les obligations d'un
Etabliſſement ſi intéreſſant au bien de
l'humanité. Ils n'ont rien épargné pour
fatisfaire le Public ; ſoins , peines &
dépenſes , tout a été prodigué ; ils ſe
ſont même montrés avec distinction
dans quelques occafions périlleuſes , où
il y a eu pluſieurs de leurs barques
toutes chargées de paniers , bouteilles.
&autres uftenciles , qui ont été écrafés
par des coups de vent , & coulés à
fonds avec perte de quelques-uns de
leurs mariniers. Ils ont donc vu avec le
plus grand chagrin en portant les yeux.
fur les vafes & bouteilles de grez qui
contiennent leur eau , qu'il y en avoit
-d'une qualité inférieure qui donne un
louche à ces mêmes eaux & ſe diffol-
vent enpartie par le défaut qu'ont ces
vafes de n'avoir pas été affés cuits ni
féchés. Les Entrepreneurs les font re--
tirer à meſure qu'on les découvre; &
quoiqu'en laiſſantun peu repoſer l'eau
dans ces bouteilles,elle reprennebien-
tôt ſa première clarté, ſans jamais al--
térer ſa bonté primitive , néanmoins
comme l'eau de ces vaſes choque les
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
yeux , les Entrepreneurs prient le Pu-
blic de vouloir bien faire rapporter ces
mêmes bouteilles chacun au dépôt où il
ſe fournit avec une petite marque à
la craye qui les puiſſe faire recon-
noître.
Leur ſervice ayant commencé dans
la ſaiſon la plus ingrate & la plus ri-
goureuſe , ils n'ont pu être en garde
contre l'infidélité de quelques fournif
ſeurs qui ont trompé leur confiance par
la défectuoſité de ces vaſes. Il en eft
de même pour la fureté du cachet des
bouteilles ; les Entrepreneurs font in-
formés qu'il s'eſt déja gliffé de la frau-
de , & qu'il ſe ſubſtitue dans quelques
maiſons une autre eau à la leur en levant
le bouchon qui n'étoit pas affez her-
métiquement cacheté. Dans cet état ,
quoique l'expédient de la ficelle & du
nœud des Marchands de vin ſoit plus
couteux à la régie , les Entrepreneurs
vont faire ficeler& cacheter leurs vafes ;
en forte qu'il ſera à la portée des Maî-
tres , de jetter un coup d'œil ſur les
bouteilles , & de s'aſſurer par eux-mê-
mes de la fidélité des cachets: précau-
tion très-recommandée par les Entre-
preneurs , comme de renvoyer aux dé-
pôts , les bouteilles douteuſes , où il y
MARS. 1764 .
157
aura ordre d'en donner d'autres à la
place , toujours avec une marque qui
puiſſe les faire mettre au rebut.
Les nouveaux établiſſemens ont tou-
jours des précautions à prendre & des
fraudes à réprimer. Les Entrepreneurs
ne peuvent pas eſpérer que le leur fera
tout d'un coup affranchi de ces défagré-
mens ; & c'eſt ce qui les a portés à prier
le Public de donner ſes conſeils & fes
avis dans les ſujets qui lui paroîtront
dignes de ſes remarques.
A l'égard d'une infinité de propos
abfurdes
,
que des mal-intentionnés
répandent journellement ſur la qualité
&la bonté de leurs eaux , les Entrepre-
neurs en appellent au Public fenfé &
impartial. Tout le monde connoît quel-
les font leurs opérations & leur manu-
tention au Port - à - l'Anglois; tout le
monde peut voir en détail & fe con-
vaincre par ſes propres yeux , fi la
flitration ſe fait par des préparations
chymiques , & s'ils employent ou l'alun
ouaucuneautre eſpéce de compoſitions.
Ces contes groffiers , & ces inventions ri-
dicules ne peuvent ſurprendre que les
eſprits foibles qui croyent ſans appro-
fondir , ou le vulgaire ignorant.
: La Faculté de Médecine a déja conf-
(
158 MERCURE DE FRANCE.
taté par ſes Commiſſaires labonté& les
excellentes qualités de l'eau des Entre-
preneurs : fon décret qui n'a été rendu
qu'après l'examen le plus fcrupuleux ,
eſt l'écueil des rêveries qui ſe débitent ,
&la ſeule réponſe qu'on doity faire.
Les Entrepreneurs ne s'occupant que
des moyens d'étendre leur établiſe-
ment , pour le mettre à la portée d'un
chacun , vont augmenter le nombre
de leurs petits dépôts , & employer
pluſieurs charettes pour approviſionner
tous les différens quartiers de la Ca-
pitale.
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Résumé : EAUX FILTRÉES. AVIS AU PUBLIC.
En janvier 1764, les entrepreneurs des Eaux filtrées du Port-à-l'Anglois ont commencé la distribution de leur produit malgré une crue imprévue de la rivière, qui a causé des pertes de barques et de mariniers. Ils ont identifié des bouteilles de qualité inférieure dont l'eau se troublait et se dissolvait en raison d'une mauvaise cuisson des vases. Ces bouteilles ont été retirées de la circulation et le public est invité à les rapporter pour les remplacer. Des fraudes concernant les cachets des bouteilles ont également été détectées, ce qui a conduit les entrepreneurs à envisager de les ficeler pour garantir leur authenticité. Les entrepreneurs encouragent le public à partager toute remarque ou avis concernant leur établissement. Ils démentent les rumeurs sur la qualité de leurs eaux, assurant qu'elles sont filtrées sans produits chimiques et approuvées par la Faculté de Médecine. Pour améliorer l'accès à leurs produits, ils prévoient d'augmenter le nombre de dépôts et d'utiliser davantage de charrettes pour approvisionner la capitale.
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4624
p. 158-161
CHIRURGIE. PRIX proposé par l'Académie Royale de CHIRURGIE, pour l'Année 1765.
Début :
L'ACADÉMIE Royale de Chirurgie propose pour le Prix de l'année 1765, [...]
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texteReconnaissance textuelle : CHIRURGIE. PRIX proposé par l'Académie Royale de CHIRURGIE, pour l'Année 1765.
CHIRURGIE.
PRIX proposé par l'Académie Royale
de CHIRURGIE, pour l'Année
1765.
L'ACADÉMIE Royale de Chirurgie propose pour le Prix de l'année 1765,
MARS. 1764.
159
le Sujet ſuivant :
Déterminer le caractère eſſentiel des
Tumeurs connues ſous le nom de Lou-
pes , expoſer leurs différences , & quels
font les moyens que la Chirurgie doit
employer de préférence dans chaque ef-
péce & relativement à la partie qu'elles
occupent.
Le Prix eſt une Médaille d'or de la
valeur de cinq cens livres , fondé par
M. de la Peyronnie.
Ceux qui envoyeront des Mémoires
font priés de les écrire en François ou
en Latin , & d'avoir attention qu'ils
foient fort liſibles.
Les Auteurs mettront ſimplement
une deviſe à leurs Ouvrages ; mais ,
pour ſe faire connoître ,ils y joindront
àpart dans un papier cacheté & écrit
de leur propre main, leurs nom , qua-
lité & demeure ; & ce papier ne ſera
ouvert qu'en cas que la Piéce ait rem-
porté le Prix.
Ils adreſſeront leurs ouvrages , franc
de port , à M. Morand, Secrétaire per-
pétuel de l'Académie Royale de Chi-
rurgie à Paris , ou les lui feront remet-
tre entre les mains..
160 MERCURE DE FRANCE .
Toutes perſonnes de quelque qualité
& pays qu'elles foient , pourront aſpi-
rer au Prix ; on n'en excepte que les
Membres de l'Académie.
La Médaille fera délivrée à l'Auteur
même qui ſe ſera fait connoître , ou
au Porteur d'une procuration de ſa part ;
l'un ou l'autre repréſentant la marque
diftinctive , & une copie nette du Mé-
moire.
Les Ouvrages feront reçus juſqu'au
dernier jour de Décembre 1764 inclu-
fivement ; & l'Académie , à fonAffem-
blée publique de 1765 , qui ſe tiendra
le Jeudi d'après la quinzaine de Pâ-
ques , proclamera la Piéce qui aura
remporté le Prix.
L'Académie ayant établi qu'elle don-
neroit tous les ans fur les fonds qui
lui ont été légués par M. de la Peyro-
nie , une Médaille d'or de deux cens
livres , à celui des Chirurgiens Etran-
gers ou Régnicoles , non Membres de
l'Académie , qui l'aura méritée par un
Ouvrage fur quelque matière de Chi-
rurgie que ce ſoit , au choix de l'Au-
teur; elle l'adjugera à celui qui aura
envoyé le meilleur Ouvrage dans le
courant de l'année 1764. Ce prix d'é-
mulation ſera proclamé le jour de la
Séance publique.
1
MARS. 1764.
161
Le même jour , elle diſtribuera cinq
Médailles d'or de cent francs chacune ,
à cinq Chirurgiens , ſoit Académiciens
de laClaſſe des Libres , ſoit ſimplement
Régnicoles , qui auront fourni dans le
cours de l'année 1764 un Mémoire , ou
trois obſervations intéreſſantes.
PRIX proposé par l'Académie Royale
de CHIRURGIE, pour l'Année
1765.
L'ACADÉMIE Royale de Chirurgie propose pour le Prix de l'année 1765,
MARS. 1764.
159
le Sujet ſuivant :
Déterminer le caractère eſſentiel des
Tumeurs connues ſous le nom de Lou-
pes , expoſer leurs différences , & quels
font les moyens que la Chirurgie doit
employer de préférence dans chaque ef-
péce & relativement à la partie qu'elles
occupent.
Le Prix eſt une Médaille d'or de la
valeur de cinq cens livres , fondé par
M. de la Peyronnie.
Ceux qui envoyeront des Mémoires
font priés de les écrire en François ou
en Latin , & d'avoir attention qu'ils
foient fort liſibles.
Les Auteurs mettront ſimplement
une deviſe à leurs Ouvrages ; mais ,
pour ſe faire connoître ,ils y joindront
àpart dans un papier cacheté & écrit
de leur propre main, leurs nom , qua-
lité & demeure ; & ce papier ne ſera
ouvert qu'en cas que la Piéce ait rem-
porté le Prix.
Ils adreſſeront leurs ouvrages , franc
de port , à M. Morand, Secrétaire per-
pétuel de l'Académie Royale de Chi-
rurgie à Paris , ou les lui feront remet-
tre entre les mains..
160 MERCURE DE FRANCE .
Toutes perſonnes de quelque qualité
& pays qu'elles foient , pourront aſpi-
rer au Prix ; on n'en excepte que les
Membres de l'Académie.
La Médaille fera délivrée à l'Auteur
même qui ſe ſera fait connoître , ou
au Porteur d'une procuration de ſa part ;
l'un ou l'autre repréſentant la marque
diftinctive , & une copie nette du Mé-
moire.
Les Ouvrages feront reçus juſqu'au
dernier jour de Décembre 1764 inclu-
fivement ; & l'Académie , à fonAffem-
blée publique de 1765 , qui ſe tiendra
le Jeudi d'après la quinzaine de Pâ-
ques , proclamera la Piéce qui aura
remporté le Prix.
L'Académie ayant établi qu'elle don-
neroit tous les ans fur les fonds qui
lui ont été légués par M. de la Peyro-
nie , une Médaille d'or de deux cens
livres , à celui des Chirurgiens Etran-
gers ou Régnicoles , non Membres de
l'Académie , qui l'aura méritée par un
Ouvrage fur quelque matière de Chi-
rurgie que ce ſoit , au choix de l'Au-
teur; elle l'adjugera à celui qui aura
envoyé le meilleur Ouvrage dans le
courant de l'année 1764. Ce prix d'é-
mulation ſera proclamé le jour de la
Séance publique.
1
MARS. 1764.
161
Le même jour , elle diſtribuera cinq
Médailles d'or de cent francs chacune ,
à cinq Chirurgiens , ſoit Académiciens
de laClaſſe des Libres , ſoit ſimplement
Régnicoles , qui auront fourni dans le
cours de l'année 1764 un Mémoire , ou
trois obſervations intéreſſantes.
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Résumé : CHIRURGIE. PRIX proposé par l'Académie Royale de CHIRURGIE, pour l'Année 1765.
En 1764, l'Académie Royale de Chirurgie a lancé un concours pour l'année 1765 afin de déterminer les caractéristiques essentielles des tumeurs appelées 'loupes', leurs différences et les traitements chirurgicaux appropriés selon la partie du corps affectée. Le prix était une médaille d'or de cinq cents livres, financée par M. de la Peyronnie. Les participants devaient soumettre leurs travaux en français ou en latin, accompagnés d'une devise et d'un papier cacheté avec leurs informations personnelles, avant le 31 décembre 1764, à M. Morand, secrétaire perpétuel de l'Académie. Le lauréat serait annoncé lors de l'assemblée publique de 1765, après la quinzaine de Pâques. Par ailleurs, une médaille d'or de deux cents livres était offerte pour le meilleur ouvrage chirurgical de 1764, destiné à un chirurgien non membre. Cinq médailles d'or de cent francs chacune étaient également attribuées pour des mémoires ou observations remarquables.
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4625
p. 161-163
LETTRE de M. DEJEAN, Maître en Chirurgie de Paris ; en réponse à celle de M. FLURANT, Maître en Chirurgie à Lyon, insérée dans le Mercure du mois de Mai 1763.
Début :
MONSIEUR, La description la plus exacte des parties & des [...]
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. DEJEAN, Maître en Chirurgie de Paris ; en réponse à celle de M. FLURANT, Maître en Chirurgie à Lyon, insérée dans le Mercure du mois de Mai 1763.
LETTRE de M. DEJEAN, Maître
en Chirurgie de Paris ; en réponse à
celle de M. FLURANT, Maître en
Chirurgie à Lyon, insérée dans le
Mercure du mois de Mai 1763.
MONSIEUR,
La description la plus exacte des
parties & des proportions d'un instrument
ne préſente pas toujours une
idée juſte de ſa forme ; je vais cepen-
dant éſſayer de vous fatisfaire à l'égard
de la curette propre à l'opération de la
taille ,dans le cas où la pierre ſe brife &
dont j'ai parlé dans le Mercure de Fé-
vrier dernier.
Cet inſtrument , comme je l'ai dit
reſſembleaffez en petit à une cuillere à
162 MERCURE DE FRANCE.
Plombier: il a une coquille, une tige ,
&un manche; la coquille a en tous ſens
onze lignes de diamètre , & trois lignes
de profondeur dans ſon milieu ; la tige
a cinq pouces & demi de long ; ſon ex-
trémité qui tient à la coquille eſt un
peu évaſée , & va en diminuantjuſque
vers le milieu , qui eſt à-peu-près de la
groſſeur d'un tiers de plume d'oye , &
ſe termine au manche en forme de poi-
re avec une embaſe ; cette tige n'eſt
point droite , elle a en dehors une
courbure qui s'accommode à l'arcade
de l'os pubis , lorſqu'on retire cet inf-
trument de la veffie. Le manche eſt à
8 pans & 3 pouces de longueur. La
foie qui le traverſe eſt quarrée , elle eft
rivée au bout pardeſſus une roſette..
La manière de ſe ſervir de cette cu-
rette eſt ſimple. Lorſqu'elle eſt intro-
duitedans la veſſie ; en regardant la
marque du Coutelier qui doit être pla-
cée ſur la tige près du manche & du
côté du dos , on pourra diriger cette
curette ſuivant lebeſoin,pour amener
les fragmens au dehors.
Voilà , je crois , Monfieur , l'explica-
tionla plus claire qu'on puiſſe donner
decetinſtrument;fi elle ne fuffitpas pour
le faire exécuter , on peut y remédier
MARS. 1764.
Maître Coutelier
,
en s'adreſſant à Paris au ſieur le Sueur,
rue des Canettes ,
Fauxbourg S. Germain,à l'A couronné.
en Chirurgie de Paris ; en réponse à
celle de M. FLURANT, Maître en
Chirurgie à Lyon, insérée dans le
Mercure du mois de Mai 1763.
MONSIEUR,
La description la plus exacte des
parties & des proportions d'un instrument
ne préſente pas toujours une
idée juſte de ſa forme ; je vais cepen-
dant éſſayer de vous fatisfaire à l'égard
de la curette propre à l'opération de la
taille ,dans le cas où la pierre ſe brife &
dont j'ai parlé dans le Mercure de Fé-
vrier dernier.
Cet inſtrument , comme je l'ai dit
reſſembleaffez en petit à une cuillere à
162 MERCURE DE FRANCE.
Plombier: il a une coquille, une tige ,
&un manche; la coquille a en tous ſens
onze lignes de diamètre , & trois lignes
de profondeur dans ſon milieu ; la tige
a cinq pouces & demi de long ; ſon ex-
trémité qui tient à la coquille eſt un
peu évaſée , & va en diminuantjuſque
vers le milieu , qui eſt à-peu-près de la
groſſeur d'un tiers de plume d'oye , &
ſe termine au manche en forme de poi-
re avec une embaſe ; cette tige n'eſt
point droite , elle a en dehors une
courbure qui s'accommode à l'arcade
de l'os pubis , lorſqu'on retire cet inf-
trument de la veffie. Le manche eſt à
8 pans & 3 pouces de longueur. La
foie qui le traverſe eſt quarrée , elle eft
rivée au bout pardeſſus une roſette..
La manière de ſe ſervir de cette cu-
rette eſt ſimple. Lorſqu'elle eſt intro-
duitedans la veſſie ; en regardant la
marque du Coutelier qui doit être pla-
cée ſur la tige près du manche & du
côté du dos , on pourra diriger cette
curette ſuivant lebeſoin,pour amener
les fragmens au dehors.
Voilà , je crois , Monfieur , l'explica-
tionla plus claire qu'on puiſſe donner
decetinſtrument;fi elle ne fuffitpas pour
le faire exécuter , on peut y remédier
MARS. 1764.
Maître Coutelier
,
en s'adreſſant à Paris au ſieur le Sueur,
rue des Canettes ,
Fauxbourg S. Germain,à l'A couronné.
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Résumé : LETTRE de M. DEJEAN, Maître en Chirurgie de Paris ; en réponse à celle de M. FLURANT, Maître en Chirurgie à Lyon, insérée dans le Mercure du mois de Mai 1763.
Dans une lettre à M. Flurant, maître en chirurgie à Lyon, M. Dejean, maître en chirurgie à Paris, décrit une curette utilisée pour l'opération de la taille lorsqu'une pierre se brise. Cet instrument, semblable à une petite cuillère de plombier, se compose de trois parties : une coquille, une tige et un manche. La coquille a un diamètre de onze lignes et une profondeur de trois lignes au centre. La tige, longue de cinq pouces et demi, s'évase légèrement à l'extrémité attachée à la coquille et se termine en forme de poire avec une embase. Elle est courbée pour s'adapter à l'arcade de l'os pubis lors du retrait de la vessie. Le manche, long de trois pouces, est octogonal et traversé par une foie carrée rivée par une rosette. Pour utiliser la curette, on l'introduit dans la vessie et on suit la marque du coutelier sur la tige pour diriger l'instrument et extraire les fragments. Si la description n'est pas suffisante, M. Dejean recommande de contacter le maître coutelier le Sueur à Paris, rue des Canettes, Faubourg Saint-Germain, à l'A couronné.
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4626
p. 163
MUSIQUE.
Début :
RECUEIL D'AIRS, avec des Accompagnemens de Guittarre, faciles & à la [...]
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texteReconnaissance textuelle : MUSIQUE.
MUSIQUE.RECUEIL D'AIRS, avec des Accompagnemens
de Guittarre, faciles & à la
portée des Commençans. Par M. Merchi.
8. Livre de Guittarre. Œuvre XI . Prix
3 liv. 12 f. A Paris , chez l'Auteur , rue
S. Thomas du Louvre , du côté du Châ-
teau d'Eau , chez un Menuifier , le ſe
cond eſcalier après la Cour ; & aux
adreſſes ordinaires de Mufique.
Pluſieurs Amateurs de Guittarre ayant
foufcrit , pour SIX DUO de Guittarre &
Violon , avec Sourdine , par M. Merchi ,
& qui font fon Œuvre XII ; l'Auteur
les avertit qu'il va paroître , & qu'on en
trouvera des Exemplaires chez lui , rue
S.Thomas du Louvre,àlamême adreſſe.
de Guittarre, faciles & à la
portée des Commençans. Par M. Merchi.
8. Livre de Guittarre. Œuvre XI . Prix
3 liv. 12 f. A Paris , chez l'Auteur , rue
S. Thomas du Louvre , du côté du Châ-
teau d'Eau , chez un Menuifier , le ſe
cond eſcalier après la Cour ; & aux
adreſſes ordinaires de Mufique.
Pluſieurs Amateurs de Guittarre ayant
foufcrit , pour SIX DUO de Guittarre &
Violon , avec Sourdine , par M. Merchi ,
& qui font fon Œuvre XII ; l'Auteur
les avertit qu'il va paroître , & qu'on en
trouvera des Exemplaires chez lui , rue
S.Thomas du Louvre,àlamême adreſſe.
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Résumé : MUSIQUE.
Le document annonce deux publications de M. Merchi : un recueil d'airs pour guitare, Œuvre XI, vendu 3 livres et 12 francs à Paris, rue Saint Thomas du Louvre. Il mentionne aussi la prochaine publication des 'SIX DUO de Guitarre & Violon', Œuvre XII, disponibles à la même adresse.
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4627
p. 164
GRAVURE.
Début :
CARTE du Passage de l'ombre de la Lune à travers de l'Europe, de la fameuse [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE.
GRAVURE.
CARTE du Passage de l'ombre de la
Lune à travers de l'Europe, de la fameuse
Eclipse centrale & annulaire de
Soleil du premier Avril prochain , calcu-
lée par Madame Lepaute , de l'Académie
de Béziers , qui a eu l'honneur de la pré-
ſenter à Sa Majeſté ;avec une explication
intéreſſante de ce Phénomène. A Paris ,
chez Lattré , Graveur rue S. Jacques ,
près la Fontaine S. Severin , à la Ville de
Bordeaux ; avec Privilége du Roi.
CARTE du Passage de l'ombre de la
Lune à travers de l'Europe, de la fameuse
Eclipse centrale & annulaire de
Soleil du premier Avril prochain , calcu-
lée par Madame Lepaute , de l'Académie
de Béziers , qui a eu l'honneur de la pré-
ſenter à Sa Majeſté ;avec une explication
intéreſſante de ce Phénomène. A Paris ,
chez Lattré , Graveur rue S. Jacques ,
près la Fontaine S. Severin , à la Ville de
Bordeaux ; avec Privilége du Roi.
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4628
p. 164
SUPPLÉMENT à l'Article des Sciences. GÉOGRAPHIE.
Début :
CALCULS & projection de la grande Eclipse de Soleil, du premier Avril 1764. [...]
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texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT à l'Article des Sciences. GÉOGRAPHIE.
SUPPLÉMENT à l'Article des Sciences.
GÉOGRAPHIE.
CALCULS & projection de la grande
Eclipse de Soleil, du premier Avril 1764.
Par M. le Carlier d'Epuifart , Confeiller
en la Cour des Monnoyes. Approuvés
par l'Académie Royale des Sciences ,le
3 Septembre 1763. Brochure in-4°. à
Paris , chez Moreau , Libraire - Impri-
meur de la Reine , & de Mgr le Dau-
phin ; Seguin , rue Dauphine , & la veuve
Gautier, Cloître S. Honoré ,débitans la
Carte de France.
GÉOGRAPHIE.
CALCULS & projection de la grande
Eclipse de Soleil, du premier Avril 1764.
Par M. le Carlier d'Epuifart , Confeiller
en la Cour des Monnoyes. Approuvés
par l'Académie Royale des Sciences ,le
3 Septembre 1763. Brochure in-4°. à
Paris , chez Moreau , Libraire - Impri-
meur de la Reine , & de Mgr le Dau-
phin ; Seguin , rue Dauphine , & la veuve
Gautier, Cloître S. Honoré ,débitans la
Carte de France.
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4629
p. 165-169
« LE JEUDI 19 Janvier, les Comédiens François représentèrent Blanche & Guiscard, [...] »
Début :
LE JEUDI 19 Janvier, les Comédiens François représentèrent Blanche & Guiscard, [...]
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texteReconnaissance textuelle : « LE JEUDI 19 Janvier, les Comédiens François représentèrent Blanche & Guiscard, [...] »
LE JEUDI 19 Janvier, les Comédiens
François représentèrent Blanche & Guiscard,
Tragédie nouvelle , par M. SAU-
RIN , de l'Académie Françoiſe .
Le rôle de Guiſcard étoit joué par le
Sr LE KAIN ; celui d'Osmont , Conné-
table , par le Sr MOLE ; Rodolphe , par
le Sr DAUBERVAL ; Blanche , par la
Dile CLAIRON ; Laure ſa Confidente ,
par la Dile PRÉVILLE.
CetteTragédie fut ſuivie du François
àLondres , Comédie en un Acte & en
Profe , de feu M. DE BOISSY ,
1723.)
( de
Le Mardi 24 Janvier , les mêmes Co-
médiens repréſenterent le Diſtrait , Co-
médie en cinq Actes & en vers , de
REGNARD , (de 1697. ) Le Sr BEL-
COURTjouoit le rôle du Diſtrait; le Sr
166 MERCURE DE FRANCE.
MOLÉ , celui du Chevalier ; le Sr PRÉ-
VILLE, le rôle de Carlin , la Demoiſelle
DROUIN , celui de Mad. Grognac , &c.
Pour ſeconde Pièce , le Retour impré-
vu , Comédie en un Acte & en profe du
même Auteur , (de 1700.)
Le Mercredi 25 , par les Comédiens
Italiens , le Maréchal , Opera-Comique
en deux Actes , précédé des Frères Ri-
vaux , petite Pièce Italienne.
Le lendemain 26 ,
les Comédiens
François repréſentèrent Brutus , Tra-
gédie de M. DE VOLTAIRE , (de 1730.)
Le rôle de Brutus futjoué parle Sr BRI-
ZARD ; celui de fon fils Titus , par le Sr
MOLÉ ; Arons , par le Sr DUBOIS, & le
rôle de Tullie ,par la Dile DUBOIS , &c.
&c.
Pour ſeconde Piéce , on donna l'E-
tourderie , Comédie en un Acte & en
profe , de feu M. FAGAN , (de 1737.)
LeMercredi premier Février , lesCo-
médiens Italiens repréſentèrent le Diable
Boiteux , Comédie Italienne en deux
Actes , qui fut ſuiviedes Enforcelés , ou
Jeannot & Jeannette , Opéra-Comique
en un Acte , en Vaudevilles , par laDile
FAVART en Société, ( de 1757. )
Le 7 Février , les Comédiens Fran-
çois repréſentèrent la Métromanie, Co-
MARS. 1764.
167
médie en cinq Actes & en vers , de M.
PIRON , (de 1738. )
Le Sr BELCOUR joua le rôle de Da-
mis ; le Sr MOLÉ , celui de Dorante ; le
Sr PRÉVILLE , celui de Mondor. Le rôle
de Lucile par la Dlle DESPINAY , & le
rôle de Lisette par la Dile FANIER ,
Débutante , &c. &c.
Pour ſeconde Piece , on donna le
Colin Maillard, Comédie en un Acte &
enprofe , du feu Sr DANCOURT , ( de
1702); dans laquelle la Dile FANIER ,
Débutante , joua auſſi le rôle de Sou-
brette: la DlleDOLIGNY yjouoit celui
d'Angélique , &c.
LeMercredi 8 Février , les Comédiens
Italiens repréſentèrent la Joûte d'Arle-
quin & de Scapin , Comédie Italienne.
Le même jour , après la Pièce Italien-
ne , les Sujets de l'Académie Royale de
Muſique & de la Muſique du Roi,éxécu-
tèrent, pour la feconde fois , laDanfe ,
troiſième Entrée du Ballet des Talens
Lyriques. Les Acteurs & les Danſeurs
étoient les mêmes qu'à la première Re-
préſentation. On en a donné le détail
dans le Mercure de Février.
Le Jeudi 9 , les Comédiens François
repréſentèrent Edipe , Tragédie de M.
DE VOLTAIRE , (de 1718.) Le Sr LE
68 MERCURE DE FRANCE.
KAIN joua le rôle d'Edipe , le Sr BEL-
COUR celui de Philoctete ; la Dlle Du-
MESNIL joua le rôle de Jocafte , &c.
&c.
Cette Piéce fut ſuiviedu ProcureurAr-
bitre , Comédie en un Acte & en vers ,
du feu Sr POISSON , ( de 1728. ) Le Sr
BELCOUR joua le rôle du Procureur,
Je Sr GRANGER celui d'Agénor ; la
Dile DOLIGNI , Isabelle ; la Dlle P
VILLE , la Veuve; & la Dlle DROUIN ,
la Baronne , &. &c.
Le Mardi 14, les Comédiens François
repréſentèrent le Misantrope , Comédie
de MOLIERE , en cinq Actes & en vers,
(de 1666. ) Le Sr GRANDVAL y joua
le rôle du Misantrope. Il y fit le même
plaifir qu'il avoit fait à Paris ; & l'on y
jugea de même des nouveaux degrés de
perfection qu'il avoit acquis dans lejeu
de ce rôle. *
La grande Piéce fut ſuivie du Mari re-
trouvé, Comédie en un Acte & en profe
du feu Sr DANCOURT , ( de 1698. )
Le 15 , les Comédiens Italiens donné-
rent Arlequin Barbierparalytique , Pié-
ce Italienne , qui fut ſuivie du Peintre
* Voyez ci-après à l'Article des Spectacle
de Paris, celui de la Comédie Françoiſe.
amoureux
MARS. 1764.
169
amoureux defon Modéle , Opéra-Comi-
que mêlé d'Ariettes.
Le Jeudi 16 , les Comédiens François
repréſentèrent Polieucte , Tragédie du
Grand CORNEILLE. Le Sr MOLÉjoua
le rôle de Polieucte , le Sr BELLECOUR
celui de Sévère , le Sr PAULIN celuide
Félix. La Dile DUMESNIL y jouoit le
rôle de Pauline , &c. &c. ( Cette Piéce
eſtde 1640. )
Pour ſeconde Piéce , on donna le
Rendez-vous , Comédie en un Acte & en
vers de feu M. FAGAN , ( de 1733. )
Lafuite au Mercure prochain.
François représentèrent Blanche & Guiscard,
Tragédie nouvelle , par M. SAU-
RIN , de l'Académie Françoiſe .
Le rôle de Guiſcard étoit joué par le
Sr LE KAIN ; celui d'Osmont , Conné-
table , par le Sr MOLE ; Rodolphe , par
le Sr DAUBERVAL ; Blanche , par la
Dile CLAIRON ; Laure ſa Confidente ,
par la Dile PRÉVILLE.
CetteTragédie fut ſuivie du François
àLondres , Comédie en un Acte & en
Profe , de feu M. DE BOISSY ,
1723.)
( de
Le Mardi 24 Janvier , les mêmes Co-
médiens repréſenterent le Diſtrait , Co-
médie en cinq Actes & en vers , de
REGNARD , (de 1697. ) Le Sr BEL-
COURTjouoit le rôle du Diſtrait; le Sr
166 MERCURE DE FRANCE.
MOLÉ , celui du Chevalier ; le Sr PRÉ-
VILLE, le rôle de Carlin , la Demoiſelle
DROUIN , celui de Mad. Grognac , &c.
Pour ſeconde Pièce , le Retour impré-
vu , Comédie en un Acte & en profe du
même Auteur , (de 1700.)
Le Mercredi 25 , par les Comédiens
Italiens , le Maréchal , Opera-Comique
en deux Actes , précédé des Frères Ri-
vaux , petite Pièce Italienne.
Le lendemain 26 ,
les Comédiens
François repréſentèrent Brutus , Tra-
gédie de M. DE VOLTAIRE , (de 1730.)
Le rôle de Brutus futjoué parle Sr BRI-
ZARD ; celui de fon fils Titus , par le Sr
MOLÉ ; Arons , par le Sr DUBOIS, & le
rôle de Tullie ,par la Dile DUBOIS , &c.
&c.
Pour ſeconde Piéce , on donna l'E-
tourderie , Comédie en un Acte & en
profe , de feu M. FAGAN , (de 1737.)
LeMercredi premier Février , lesCo-
médiens Italiens repréſentèrent le Diable
Boiteux , Comédie Italienne en deux
Actes , qui fut ſuiviedes Enforcelés , ou
Jeannot & Jeannette , Opéra-Comique
en un Acte , en Vaudevilles , par laDile
FAVART en Société, ( de 1757. )
Le 7 Février , les Comédiens Fran-
çois repréſentèrent la Métromanie, Co-
MARS. 1764.
167
médie en cinq Actes & en vers , de M.
PIRON , (de 1738. )
Le Sr BELCOUR joua le rôle de Da-
mis ; le Sr MOLÉ , celui de Dorante ; le
Sr PRÉVILLE , celui de Mondor. Le rôle
de Lucile par la Dlle DESPINAY , & le
rôle de Lisette par la Dile FANIER ,
Débutante , &c. &c.
Pour ſeconde Piece , on donna le
Colin Maillard, Comédie en un Acte &
enprofe , du feu Sr DANCOURT , ( de
1702); dans laquelle la Dile FANIER ,
Débutante , joua auſſi le rôle de Sou-
brette: la DlleDOLIGNY yjouoit celui
d'Angélique , &c.
LeMercredi 8 Février , les Comédiens
Italiens repréſentèrent la Joûte d'Arle-
quin & de Scapin , Comédie Italienne.
Le même jour , après la Pièce Italien-
ne , les Sujets de l'Académie Royale de
Muſique & de la Muſique du Roi,éxécu-
tèrent, pour la feconde fois , laDanfe ,
troiſième Entrée du Ballet des Talens
Lyriques. Les Acteurs & les Danſeurs
étoient les mêmes qu'à la première Re-
préſentation. On en a donné le détail
dans le Mercure de Février.
Le Jeudi 9 , les Comédiens François
repréſentèrent Edipe , Tragédie de M.
DE VOLTAIRE , (de 1718.) Le Sr LE
68 MERCURE DE FRANCE.
KAIN joua le rôle d'Edipe , le Sr BEL-
COUR celui de Philoctete ; la Dlle Du-
MESNIL joua le rôle de Jocafte , &c.
&c.
Cette Piéce fut ſuiviedu ProcureurAr-
bitre , Comédie en un Acte & en vers ,
du feu Sr POISSON , ( de 1728. ) Le Sr
BELCOUR joua le rôle du Procureur,
Je Sr GRANGER celui d'Agénor ; la
Dile DOLIGNI , Isabelle ; la Dlle P
VILLE , la Veuve; & la Dlle DROUIN ,
la Baronne , &. &c.
Le Mardi 14, les Comédiens François
repréſentèrent le Misantrope , Comédie
de MOLIERE , en cinq Actes & en vers,
(de 1666. ) Le Sr GRANDVAL y joua
le rôle du Misantrope. Il y fit le même
plaifir qu'il avoit fait à Paris ; & l'on y
jugea de même des nouveaux degrés de
perfection qu'il avoit acquis dans lejeu
de ce rôle. *
La grande Piéce fut ſuivie du Mari re-
trouvé, Comédie en un Acte & en profe
du feu Sr DANCOURT , ( de 1698. )
Le 15 , les Comédiens Italiens donné-
rent Arlequin Barbierparalytique , Pié-
ce Italienne , qui fut ſuivie du Peintre
* Voyez ci-après à l'Article des Spectacle
de Paris, celui de la Comédie Françoiſe.
amoureux
MARS. 1764.
169
amoureux defon Modéle , Opéra-Comi-
que mêlé d'Ariettes.
Le Jeudi 16 , les Comédiens François
repréſentèrent Polieucte , Tragédie du
Grand CORNEILLE. Le Sr MOLÉjoua
le rôle de Polieucte , le Sr BELLECOUR
celui de Sévère , le Sr PAULIN celuide
Félix. La Dile DUMESNIL y jouoit le
rôle de Pauline , &c. &c. ( Cette Piéce
eſtde 1640. )
Pour ſeconde Piéce , on donna le
Rendez-vous , Comédie en un Acte & en
vers de feu M. FAGAN , ( de 1733. )
Lafuite au Mercure prochain.
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Résumé : « LE JEUDI 19 Janvier, les Comédiens François représentèrent Blanche & Guiscard, [...] »
Du 19 janvier au 16 février 1764, une série de représentations théâtrales ont été organisées. Le 19 janvier, les Comédiens Français ont interprété 'Blanche et Guiscard' de M. Saurin, avec Le Kain dans le rôle de Guiscard et la Demoiselle Clairon dans celui de Blanche, suivie de 'Le François à Londres' de M. De Boissy. Le 24 janvier, ils ont joué 'Le Distrait' et 'Le Retour imprévu' de Regnard, avec Belcourt dans le rôle principal du premier. Le 25 janvier, les Comédiens Italiens ont présenté 'Le Maréchal' et 'Les Frères Rivaux'. Le 26 janvier, les Comédiens Français ont interprété 'Brutus' de Voltaire, avec Brizzard dans le rôle-titre, et 'L'Étourderie' de Fagan. Le 1er février, les Comédiens Italiens ont joué 'Le Diable Boiteux' et 'Les Enforcelés'. Le 7 février, les Comédiens Français ont représenté 'La Métromanie' de Piron, avec Belcourt et la Demoiselle Despinay, suivie de 'Colin Maillard' de Dancourt. Le 8 février, les Comédiens Italiens ont présenté 'La Joute d'Arlequin et de Scapin', et les sujets de l'Académie Royale de Musique ont exécuté une danse du ballet 'Les Talens Lyriques'. Le 9 février, les Comédiens Français ont joué 'Œdipe' de Voltaire, avec Le Kain dans le rôle principal, et 'Le Procureur Arbitre' de Poisson. Le 14 février, ils ont représenté 'Le Misantrope' de Molière, avec Grandval dans le rôle-titre.
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4630
p. 169-170
OPERA.
Début :
L'EMPRESSEMENT qu'avoit témoigné le Public pour le Spectacle de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : OPERA.
OPERA.
L'EMPRESSEMENT qu'avoit témoigné
le Public pour le Spectacle de
l'Opéra , a été pleinement juſtifié par
le concours foutenu des Spectateurs
juſqu'à préſent. Les beautés du Pоёте
& de la Muſique de Castor & Pollux ,
jointes à la magnificence du Spectacle ,
font de plus en plus ſenties , & prou-
vées par une affluence
perpétuelle.
H
170 MERCURE DE FRANCE.
Titon & l'Aurore n'eſt pas moins ſuivi
les Jeudis , quoique ce jour fût ordi-
nairement un des plus foibles.
Plus on fréquente la nouvelle Salle du
Bal , & plus on en reconnoît la beauté
&tous les agrémens : le plus grandnom-
bre de Maſques n'y produit que la viva-
cité néceſſaire à l'amusement du Bal,
& cette forte de confufion qui en fait
tout le brillant , ſans que l'on y éprouve
les incommodités d'une foule trop reffer-
rée. Il ſeroit difficile de diſpoſer un lieu
plus commode & plus convenable pour
la fête la plus magnifique.
L'EMPRESSEMENT qu'avoit témoigné
le Public pour le Spectacle de
l'Opéra , a été pleinement juſtifié par
le concours foutenu des Spectateurs
juſqu'à préſent. Les beautés du Pоёте
& de la Muſique de Castor & Pollux ,
jointes à la magnificence du Spectacle ,
font de plus en plus ſenties , & prou-
vées par une affluence
perpétuelle.
H
170 MERCURE DE FRANCE.
Titon & l'Aurore n'eſt pas moins ſuivi
les Jeudis , quoique ce jour fût ordi-
nairement un des plus foibles.
Plus on fréquente la nouvelle Salle du
Bal , & plus on en reconnoît la beauté
&tous les agrémens : le plus grandnom-
bre de Maſques n'y produit que la viva-
cité néceſſaire à l'amusement du Bal,
& cette forte de confufion qui en fait
tout le brillant , ſans que l'on y éprouve
les incommodités d'une foule trop reffer-
rée. Il ſeroit difficile de diſpoſer un lieu
plus commode & plus convenable pour
la fête la plus magnifique.
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Résumé : OPERA.
Le public apprécie les spectacles 'Castor et Pollux' et 'Titon et l'Aurore' à l'Opéra pour leurs qualités poétiques et musicales ainsi que leur mise en scène. La salle de bal est également admirée pour sa beauté et son aménagement, offrant une ambiance vivante sans surpopulation. Les jeudis, moins fréquentés, voient aussi un succès notable pour 'Titon et l'Aurore'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4631
p. 170-172
AVIS aux Amateurs d'Instrumens. NOUVELLE Invention d'une LYRE pareille à celle des Anciens. N. B. L'analogie de l'objet nous engage à placer l'Avis suivant dans cet Article.
Début :
NOUS avions annoncé précédemment un Instrument qui approchoit de la [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS aux Amateurs d'Instrumens. NOUVELLE Invention d'une LYRE pareille à celle des Anciens. N. B. L'analogie de l'objet nous engage à placer l'Avis suivant dans cet Article.
AVIS aux Amateurs d'Instrumens.
NOUVELLE Invention d'une LYRE
pareille à celle des Anciens.
N. B. L'analogie de l'objet nous engage
à placer l'Avis suivant dans cet Article.
NOUS avions annoncé précédemment
un Instrument qui approchoit de
la Lyre : mais dont il paroît que le fuc-
cès n'a pas répondu à l'eſpoir de fon In-
venteur. Nous croyons que celui-ci ſera
MARS. 1764.
171
plus heureux. On regrettoit avec raifon
quelaformedela Lyreantique , ſiagréa-
ble , fi noble , propre à nous réaliſer les
idées poëtiques , ne pût pas ſe concilier
avec la conſtruction propre aux effets
harmoniques. Dans l'Inftrument dont
nous parlons , on eſt parvenu à lever
cettedifficulté. Sa forme eſt entièrement
telle que l'on nous peint la LYRE d'A-
pollon. Elle est auſſi ſevelte , auffi élé-
gante & très- ornée. La partie inférieure
eſt traverſée par un corps de Lut , fur
lequel font poſées obliquement les qua-
rante cordes diviſées fur deux lignes pa-
rallèles. Il en réſulte une auffi belle qua-
lité de ſon que fur la Harpe. Les cordes
ſe pincentdemême , mais avec beaucoup
plus de facilité , le corps de tout l'Inftru-
ment n'excédant pas la portée du bras
d'un enfant. Nous avons entendu jouer
de cette Lyre , & l'effet nous en a parů
très-agréable , en ce que les cordes des
deffus rendent un ſon plus moëleux que
celles de la Harpe. Si l'effet général n'eſt
pas d'une auffi forte réfonance que fur
ce dernier Inſtrument , cette Lyre nous
a paru égalerà cet égard ,pour le moins ,
un très - fort Archiluth. Les quarante
cordes contiennent trois octaves & de-
mi de tonsde ſuite. Ilyadansla traverſe
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
fupérieure de la Lyre , une méchanique
cachéeaffez curieuse pour les Diezes &
les Bémols fur toutes les cordes ; on en
fait uſage à volonté ſuivant les divers
tons que l'on veut parcourir. Nous
ne doutons pas que l'on n'adopte ce
nouvel Inſtrument , par la facilité de
fon exécution , par celle de le tranf-
porter , par l'agrément dont fon jeu
peut être , enfin par les grâces de fon
aſpect , par celles qu'il prêteroit à
ceux & fur- tout à celles qui len
joueroient. Les Peintres doivent être
intéreſlés au progrès de cette Lyre Ils
y trouveroient de nouvelles pofitions
pour les Portraits , infiniment plus avan-
tageuſes que toutes celles qui ſont déja
épuiſées & devenues ſi communes.
L'Inventeurde cette LYRE eft le Sieur
MICHELOT , Luthier , rue S. Honoré
près la rue de l'Echelle , à côté des Ecu-
ries de M. le Dauphin.
NOUVELLE Invention d'une LYRE
pareille à celle des Anciens.
N. B. L'analogie de l'objet nous engage
à placer l'Avis suivant dans cet Article.
NOUS avions annoncé précédemment
un Instrument qui approchoit de
la Lyre : mais dont il paroît que le fuc-
cès n'a pas répondu à l'eſpoir de fon In-
venteur. Nous croyons que celui-ci ſera
MARS. 1764.
171
plus heureux. On regrettoit avec raifon
quelaformedela Lyreantique , ſiagréa-
ble , fi noble , propre à nous réaliſer les
idées poëtiques , ne pût pas ſe concilier
avec la conſtruction propre aux effets
harmoniques. Dans l'Inftrument dont
nous parlons , on eſt parvenu à lever
cettedifficulté. Sa forme eſt entièrement
telle que l'on nous peint la LYRE d'A-
pollon. Elle est auſſi ſevelte , auffi élé-
gante & très- ornée. La partie inférieure
eſt traverſée par un corps de Lut , fur
lequel font poſées obliquement les qua-
rante cordes diviſées fur deux lignes pa-
rallèles. Il en réſulte une auffi belle qua-
lité de ſon que fur la Harpe. Les cordes
ſe pincentdemême , mais avec beaucoup
plus de facilité , le corps de tout l'Inftru-
ment n'excédant pas la portée du bras
d'un enfant. Nous avons entendu jouer
de cette Lyre , & l'effet nous en a parů
très-agréable , en ce que les cordes des
deffus rendent un ſon plus moëleux que
celles de la Harpe. Si l'effet général n'eſt
pas d'une auffi forte réfonance que fur
ce dernier Inſtrument , cette Lyre nous
a paru égalerà cet égard ,pour le moins ,
un très - fort Archiluth. Les quarante
cordes contiennent trois octaves & de-
mi de tonsde ſuite. Ilyadansla traverſe
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
fupérieure de la Lyre , une méchanique
cachéeaffez curieuse pour les Diezes &
les Bémols fur toutes les cordes ; on en
fait uſage à volonté ſuivant les divers
tons que l'on veut parcourir. Nous
ne doutons pas que l'on n'adopte ce
nouvel Inſtrument , par la facilité de
fon exécution , par celle de le tranf-
porter , par l'agrément dont fon jeu
peut être , enfin par les grâces de fon
aſpect , par celles qu'il prêteroit à
ceux & fur- tout à celles qui len
joueroient. Les Peintres doivent être
intéreſlés au progrès de cette Lyre Ils
y trouveroient de nouvelles pofitions
pour les Portraits , infiniment plus avan-
tageuſes que toutes celles qui ſont déja
épuiſées & devenues ſi communes.
L'Inventeurde cette LYRE eft le Sieur
MICHELOT , Luthier , rue S. Honoré
près la rue de l'Echelle , à côté des Ecu-
ries de M. le Dauphin.
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Résumé : AVIS aux Amateurs d'Instrumens. NOUVELLE Invention d'une LYRE pareille à celle des Anciens. N. B. L'analogie de l'objet nous engage à placer l'Avis suivant dans cet Article.
Le texte présente une nouvelle invention : une lyre moderne inspirée des modèles antiques. Après un précédent échec, l'auteur espère que cette version sera plus réussie. La lyre antique, bien que noble et agréable, ne répondait pas aux exigences harmoniques actuelles. La nouvelle lyre, ornée et élégante, possède quarante cordes disposées en deux lignes parallèles sur un corps de lut, offrant une qualité sonore proche de celle de la harpe. Les cordes sont faciles à pincer et l'instrument est compact. Le son des cordes supérieures est plus doux que celui de la harpe, mais la résonance globale est comparable à celle d'un archiluth. La lyre couvre trois octaves et demie et inclut un mécanisme caché pour les dièses et les bémols. L'inventeur, le sieur Michelot, luthier, est situé rue Saint-Honoré près de la rue de l'Échelle, à côté des écuries du Dauphin. Les peintres sont invités à utiliser cette lyre pour de nouvelles poses dans les portraits.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4632
p. 172-177
COMEDIE FRANÇOISE.
Début :
LE 4 Février, on donna pour la dernière fois Blanche & Guiscard, Tragédie [...]
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texteReconnaissance textuelle : COMEDIE FRANÇOISE.
COMEDIE FRANÇOISE.
LE 4 Février, on donna pour la dernière
fois Blanche & Guiscard, Tragédie
nouvelle , qui a eu neufrepréſen
MARS. 1764.
73
tations , y compris les trois , avant le
Voyage de Fontainebleau.
L'Epreuve indifcrette , Comédie nou-
velle , dont nous avons annoncé la pre-
mière Repréſentation dans le précédent
Mercure , a étéretirée après la quatrième
le 6 du même mois.
N. B. On trouvera les Extraits de ces deux
Piéces à la fin de cet Article.
Lemêmejour (6 Février) M. GRAND-
VAL eſt rentré au Théâtre , par le rôle
du Misantrope. Dès qu'il parut , les
les applaudiſſemens les plus vifs fufpen-
dirent long-temps le commencement
de la ſcène. Ces témoignages , quoi-
que mérités , de la prévention favo-
rable du Public , redoublérent , dans
cet ancien Acteur , la crainte de n'y
pas répondre ſuffiſamment. Il fut facile
d'appercevoir ſon émotion. Cependant il
donna de nouvelles preuves d'un talent
confommé; & tous les Spectateurs intel-
ligens ſont convenus qu'il avoit joué un
grand nombre de traits dans ce rôle ,
non-feulementd'une manière fort ſupé-
rieure à celle dont il le jouoit avant fa
retraite , mais encore à tout ce qu'on
pouvoit ſe rappeller de mieux. Il jouale
8 , avec ſuccès , le rôle du Philofophe
Marié,dans la Piéce de ce nom. Lorf-
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
que M. BELCOUR yparut dans le rôle
de Damon , le Public , par des applaudif-
femens redoublés , donna à cet Acteur
dépoffédé de pluſieurs rôles qu'il jouoit
pendant l'absence de M. GRANDVAL ,
des marques de lajustice qu'ilrend à fon
zèle infatigable , à l'intelligence de fon
jeu, ainſi qu'à l'utilité & à l'agrément
dont lui feront toujours ſes ſervices.
M. GRANDVAL a joué depuis le rôle
de Cimon dans l'Andrienne. L'épreuve
de ce caractère , nouveau pour l'Acteur,
étoit auffi intéreſſante pour lesAmateurs
du Théâtre que pour lui-même. Quoi-
qu'avec une figure , moins changée par
l'âge que peut-être notre opinion ou
notre habitude n'éxige pour cet emploi ,
il a rempli toutes les parties du rôle avec
ce talent de détail & de raifonnement ,
toujours fi agréable pour le connoiffeur,
joint à un pathétique vrai & ſenſible ,
dont l'impreffion a entraîné les fuffrages
& les applaudiffemens.
Nous devons, enparlant del'Andrien-
ne, renouvellerles juftes murmures d'un
Public éclairé fur l'habitude de jouer
toujours cette Piéce en habits François.
Cette habitude ,digne des temps obſcurs
& barbares de notre Théâtre , ne peut
avoir fon excuſe dans le défaut d'habil
MAR S. 1764.
175
lement , 1 °. parce qu'on en afait la dé-
penſe pour des Piéces fort inférieures à
celle-ci , qui deviendroit par-là toute
nouvelle; 2º. parce qu'on voitjournel-
lement fur la Scène tragique des habits
ſimples , dont la forme conviendroit
fort bien à ce genrede comique. Croit-
on que , les habits militaires exceptés ,
les Anciens changeaſſent de vêtemens
pour les fituations tragiques qui pou-
voient traverſer le cours de leur vie ?
L'erreur de croire n'avoir pas d'habille-
mens propres à jouer des Comédies
Grecques , ne peutvenirque d'une autre
erreur , qui eſt de rapporter la forme
d'habillementde l'ancienne Gréce à celle
des vêtemens mordenes du Levant. Que
l'on confulte les monumens antiques ,
& l'on trouvera bien plus de rapport
dans ces vêtemens entre les habitans
d'Athènes & ceux de Rome , qu'entre
les Grecs modernes & les anciens. En un
mot , le plus déſagréable de tous les in-
convéniens , & la plus abfurde de toutes
les difparates , eſt de voir au milieu d'A-
thènes Cimon en vieux Seigneur de no-
tre Cour , fon fils Pamphile en petit-
maître , les efclaves en laquais , &c. &c.
M. GRANDVAL joua le 12 dans le
Misantrope , & le même jour le Faux
Η iv
176 MERCURE DE FRANCE .
Damis dans le Mariage fait & rompu.
Mlle LE KAIN jouoit dans cette fecon-
de Piéce le rôle de Soubrette avec beau-
coup de naturel. Qu'il nous ſoit permis
de remarquer que de bons Juges du ta-
lens en accordent à cette Actrice , pour
certains genres de Soubrettes , dans lef
quels elle ſe perfectionne de plus en
plus.
Le Lundi 13 on donna la première re-
préſentation d'Idomenée , Tragédie nou-
velle de M. le Mierre. Cette Piéce fut
reçue avec applaudiſſement à tous les
Actes. Une acclamationfoutenue appella
l'Auteur à la fin de la Piéce : il ſe dif-
penſa de paroître. Nous ne faiſons pas
mention de cette circonſtance , pour
preuve de fuccès. L'abus que l'on fait
aujourd'hui dans le Parterre de cette ef-
péce de cri de triomphe en a trop avili le
prix. Mais , ce qui eſt plus décifif en fa-
veur de l'Ouvrage , eſt la continuation
des repréſentations.
1 Mile FANNIER , dont nous avons
parlé dans les précédens Mercures a ter-
miné ſes débuts. L'eſpoir du Public fur
les talens de cette jeune Actrice , doit
être fondé ſur ceux que l'on reconnoît
& que l'on applaudit journellement
dans M. MOLÉ , de qui elle eſt Eléve.
MAR S. 1764.
177
L'intelligence fine du Maître , ne per-
met pas dedouter qu'il n'ait reconnu
dans ce Sujet , des diſpoſitions dignes
de ſes ſoins , & propres à lui faire
honneur.
LE 4 Février, on donna pour la dernière
fois Blanche & Guiscard, Tragédie
nouvelle , qui a eu neufrepréſen
MARS. 1764.
73
tations , y compris les trois , avant le
Voyage de Fontainebleau.
L'Epreuve indifcrette , Comédie nou-
velle , dont nous avons annoncé la pre-
mière Repréſentation dans le précédent
Mercure , a étéretirée après la quatrième
le 6 du même mois.
N. B. On trouvera les Extraits de ces deux
Piéces à la fin de cet Article.
Lemêmejour (6 Février) M. GRAND-
VAL eſt rentré au Théâtre , par le rôle
du Misantrope. Dès qu'il parut , les
les applaudiſſemens les plus vifs fufpen-
dirent long-temps le commencement
de la ſcène. Ces témoignages , quoi-
que mérités , de la prévention favo-
rable du Public , redoublérent , dans
cet ancien Acteur , la crainte de n'y
pas répondre ſuffiſamment. Il fut facile
d'appercevoir ſon émotion. Cependant il
donna de nouvelles preuves d'un talent
confommé; & tous les Spectateurs intel-
ligens ſont convenus qu'il avoit joué un
grand nombre de traits dans ce rôle ,
non-feulementd'une manière fort ſupé-
rieure à celle dont il le jouoit avant fa
retraite , mais encore à tout ce qu'on
pouvoit ſe rappeller de mieux. Il jouale
8 , avec ſuccès , le rôle du Philofophe
Marié,dans la Piéce de ce nom. Lorf-
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
que M. BELCOUR yparut dans le rôle
de Damon , le Public , par des applaudif-
femens redoublés , donna à cet Acteur
dépoffédé de pluſieurs rôles qu'il jouoit
pendant l'absence de M. GRANDVAL ,
des marques de lajustice qu'ilrend à fon
zèle infatigable , à l'intelligence de fon
jeu, ainſi qu'à l'utilité & à l'agrément
dont lui feront toujours ſes ſervices.
M. GRANDVAL a joué depuis le rôle
de Cimon dans l'Andrienne. L'épreuve
de ce caractère , nouveau pour l'Acteur,
étoit auffi intéreſſante pour lesAmateurs
du Théâtre que pour lui-même. Quoi-
qu'avec une figure , moins changée par
l'âge que peut-être notre opinion ou
notre habitude n'éxige pour cet emploi ,
il a rempli toutes les parties du rôle avec
ce talent de détail & de raifonnement ,
toujours fi agréable pour le connoiffeur,
joint à un pathétique vrai & ſenſible ,
dont l'impreffion a entraîné les fuffrages
& les applaudiffemens.
Nous devons, enparlant del'Andrien-
ne, renouvellerles juftes murmures d'un
Public éclairé fur l'habitude de jouer
toujours cette Piéce en habits François.
Cette habitude ,digne des temps obſcurs
& barbares de notre Théâtre , ne peut
avoir fon excuſe dans le défaut d'habil
MAR S. 1764.
175
lement , 1 °. parce qu'on en afait la dé-
penſe pour des Piéces fort inférieures à
celle-ci , qui deviendroit par-là toute
nouvelle; 2º. parce qu'on voitjournel-
lement fur la Scène tragique des habits
ſimples , dont la forme conviendroit
fort bien à ce genrede comique. Croit-
on que , les habits militaires exceptés ,
les Anciens changeaſſent de vêtemens
pour les fituations tragiques qui pou-
voient traverſer le cours de leur vie ?
L'erreur de croire n'avoir pas d'habille-
mens propres à jouer des Comédies
Grecques , ne peutvenirque d'une autre
erreur , qui eſt de rapporter la forme
d'habillementde l'ancienne Gréce à celle
des vêtemens mordenes du Levant. Que
l'on confulte les monumens antiques ,
& l'on trouvera bien plus de rapport
dans ces vêtemens entre les habitans
d'Athènes & ceux de Rome , qu'entre
les Grecs modernes & les anciens. En un
mot , le plus déſagréable de tous les in-
convéniens , & la plus abfurde de toutes
les difparates , eſt de voir au milieu d'A-
thènes Cimon en vieux Seigneur de no-
tre Cour , fon fils Pamphile en petit-
maître , les efclaves en laquais , &c. &c.
M. GRANDVAL joua le 12 dans le
Misantrope , & le même jour le Faux
Η iv
176 MERCURE DE FRANCE .
Damis dans le Mariage fait & rompu.
Mlle LE KAIN jouoit dans cette fecon-
de Piéce le rôle de Soubrette avec beau-
coup de naturel. Qu'il nous ſoit permis
de remarquer que de bons Juges du ta-
lens en accordent à cette Actrice , pour
certains genres de Soubrettes , dans lef
quels elle ſe perfectionne de plus en
plus.
Le Lundi 13 on donna la première re-
préſentation d'Idomenée , Tragédie nou-
velle de M. le Mierre. Cette Piéce fut
reçue avec applaudiſſement à tous les
Actes. Une acclamationfoutenue appella
l'Auteur à la fin de la Piéce : il ſe dif-
penſa de paroître. Nous ne faiſons pas
mention de cette circonſtance , pour
preuve de fuccès. L'abus que l'on fait
aujourd'hui dans le Parterre de cette ef-
péce de cri de triomphe en a trop avili le
prix. Mais , ce qui eſt plus décifif en fa-
veur de l'Ouvrage , eſt la continuation
des repréſentations.
1 Mile FANNIER , dont nous avons
parlé dans les précédens Mercures a ter-
miné ſes débuts. L'eſpoir du Public fur
les talens de cette jeune Actrice , doit
être fondé ſur ceux que l'on reconnoît
& que l'on applaudit journellement
dans M. MOLÉ , de qui elle eſt Eléve.
MAR S. 1764.
177
L'intelligence fine du Maître , ne per-
met pas dedouter qu'il n'ait reconnu
dans ce Sujet , des diſpoſitions dignes
de ſes ſoins , & propres à lui faire
honneur.
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Résumé : COMEDIE FRANÇOISE.
En février 1764, la pièce 'Blanche et Guiscard' a été représentée pour la dernière fois après neuf représentations, y compris celles avant le voyage de Fontainebleau. La comédie 'L'Épreuve indiscrète' a été retirée après sa quatrième représentation le 6 février. Le même jour, M. Grandval est revenu au théâtre dans le rôle du Misanthrope, recevant des applaudissements enthousiastes malgré son émotion initiale. Il a également joué avec succès dans 'Le Philosophe marié' et 'L'Andrienne'. Cependant, le public a critiqué la pratique de jouer 'L'Andrienne' en habits français, jugée anachronique et inadaptée. M. Grandval a ensuite interprété des rôles dans 'Le Misanthrope' et 'Le Mariage fait et rompu', où Mlle Le Kain a brillamment incarné une soubrette. Le 13 mars, 'Idoménée', une nouvelle tragédie de M. le Mierre, a été acclamée lors de sa première représentation. Mlle Fannier, élève de M. Molé, a terminé ses débuts, suscitant des attentes positives quant à son talent.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4633
p. 177-207
EXTRAIT DE BLANCHE & GUISCARD, Tragédie de M. SAURIN, de l'Académie Françoise. Représentée pour la première fois le 25 Septembre 1763, & reprise le 23 Janvier 1764.
Début :
PERSONNAGES. ACTEURS. Le Comte de GUISCARD, M. Le Kain. Le [...]
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT DE BLANCHE & GUISCARD, Tragédie de M. SAURIN, de l'Académie Françoise. Représentée pour la première fois le 25 Septembre 1763, & reprise le 23 Janvier 1764.
EXTRAIT DE BLANCHE & GUISCARD,
Tragédie de M. SAURIN,
de l'Académie Françoise. Représentée
pour la première fois le 25 Septembre
1763, & reprise le 23 Janvier
1764.
PERSONNAGES. ACTEURS.
Le Comte de GUISCARD, M. Le Kain. Le
Le Comte OSMONT ,
Connétable de Sicile , SIFFREDI , Grand Chancelier, BLANCHE , Fille de Siffrédi , LAURE , Amie & Confidente de Blanche , RODOLPHE , Frère de Laure & Confident de Guiſcard, GARDES.
M. Molé.
M. Brizard.
Mlle Clairon.
Mlle Preville.
M. Dauberval.
La Scène eft en Sicile. Les deux premiers Actes
ſepaſſent à PALERME , Capitale du Royaume.
Hv
(
178 MERCURE DE FRANCE.
Les autres à BELMONT , maison de plaisancede
Siffredi & qui touche à PALERME.
CETTE Piece eſt imitée de Tancréde & Sigif-
monde , Tragédie Angloiſe de feu Tomson , Au-
teur célébre du Poëme des Saiſons. Un épiſode
du Roman de Gilblas , qui a pour titre le Ma-
riage de vangeance en a fourni le Sujet. Voici
l'Avant- Scène.
Mainfroi Roi de Sicile a été dépouilé du
Royaume & de la vie par Guillaume ſon frère
puîné : celui-ci , qui fut ſurnommé le mauvais ,
eſt mort au bout dedeux ans d'un régne tyran-
nique,laiffant deux enfans , Guillaume leBon ,
qui lui a ſuccédé , & une fille nommée Constance.
Il étoit refté un filsunique deMainfroi. Guillau-
me le Bon ne voulutpoint le faire périr & confia -
cet enfant en bas âge aux ſoinsdu Chancelier à
qui il ordonna de l'élever comme un ſimple
Gentilhomme & fans lui faire connoître ſa naif-
fance , ni ſes droits. Le fils deMainfroi élevé
ainſi dans la maiſon de Siffrédi , ſous le nom de
Guifcard , a pris une forte paſſion pour Blanche,
fille du Chancelier , & Blanche n'en fent pas
pour lui une moins forte. Les chofes en cet étar ,
Guillaume le Bon eſt ſubitement frappé d'un
mal violent ; il touche à ſa fin , & c'eſt alors
que la Piéce commence.
ACTE PREMIER.
SCENE PREMIERE .
BLANCHE & LAURE..
Blanchedéplore la perte que la Sicile va faire
MARS. 1764.
179
dameilleur des Rois. Il n'y a plus d'eſpérance ,
ditcelle-ci , le trouble& la terreur ſe peignent
fur tous les fronts.
BLANCHE.
>> Triſte effet du retour que chacun fait ſur ſoi !
>> Nous n'éprouvons jamais un ſi lugubre effroi
Qu'alors que nous voions de cette haute ſphère,
>>>Où la ſplendeur du trône éblouit le vulgaire ,
>> Tomber ces Dieux-mortels & ſemblables à
» nous ,
:
Rentrer au fein commun d'où nous fortimes
tous.
Blanche craint les changemens que la mort
du Roi va apporter dans l'Etat longtemps en
proie aux plus cruelles diviſions. Il y a dans l'E-
tat deux partisennemis & puiſſans. La prudente
fermeté du Roi eſt un frein qui les a conte-..
nus; mais fi le Roi meurt , le Trône paſſe à
Constance , le Connétable Ofmont eſt ſonfavori -
>>Miniſtre de l'Etat & Magiſtrat ſuprême, .::
>>>Mon père contreOfmont a ſouvent éclaté
>>>Dans les troubles cruels qui nous ont agité ,
>> Son zéle toujours pur , ſon cœur patriotique ,.
Ses rigides vertus , dignes deRome antique ,
>>Ont longtemps diviſé leConnétable& lui ,
22Olmont doit le hair.
Laureditquedepuis quelque temps ils ſe ſons
réunis. Dans le reſte de la Scène il eſt queſtion
deGuifcard , de l'obfcurité qui eſt répandue fur
fon deſtin , de l'amour qu'il a pour Blanche..
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE .
>>>Non , cet amour qui regne en un cœur amolli,
>> Par qui plus d'un Héros s'eſt ſouvent avili ;
>> Mais ce céleſte feu , cette divine flâme ,
>> Qu'un digne objet allume & qui porte en notre
>> âme
>>De toutesles vertus legerme précieux,
>> Le plusbeau des préſent que nous ont faitles
>> cieux ;
>> Des grandes actions ſource heureuſe & féconde,
>>>L'âme , à la fois , la gloire & le bonheur du
>> monde.
Cet amour est l'âme de tous les entretiensque
Guifcard & le frère de Laure , Rodolphe , ont en-
ſemble, mais que penſe de lai ton frère , lui dit
Blanche? Il penſe que tout enlui annonce &pro-
metun héros ; que ſon âme eſt élevée, coura-
geuſe, humaine, & que ſi la fouguede ſon na-
turel ardent l'emporte quelquefois , la Raiſon
bientôt le raméne.
>> Il ne le flatte pas : ah ! pour un tendre cœur
>>S'il eſt , ma chère Laure , un plaiſir enchanteur ,
>>>C'eſt de voir applaudir le digne objet qu'on
» aime ,
>>>De s'entendre louer dans un autre ſoi-même.
Notre âme éprouve,alors, un ſidoux Sentiment!
C'eſt louer plus que nous , que louer notre
amant.
MARS. 1764.
SCENE II.
BLANCHE , SIFFREDI,
181
Ilapprend à Blanche , que le Roi n'eſt plus.
s'approcher.
>> Des mortels il a ſubi la loi ,
Ma fille , il eſt paſſédans ce monde terrible ,
>>> Où des foibles humains le juge incorruptible
>> Voit frémir à ſes pieds nos maîtres abbattus ,
Sans garde & protégés de leursſeules vertus.
Il ajouteque le Roi a vu d'un œil ferme la mort
>> Nedemandant au ciel qu'un momentderetard ,
>Qui lui permit de voir & d'embraſſer Guiſcard.
BLANCHE ,
NCHE , avec émotion.
Guiſcard! ... le Roi ! ... mon père ......
SIFFRFDI .
>> Eh bien , aunomdu Comte,
>> Ma fille , d'où vous vient une rougeur ſi prom-
>pte!
>>>Cet intérêt , ce trouble & cette émotion ?
>>Mon père •
BLANCHE.
>>>frère.
il eſt le fils de votre adoption :
>>>Je prends part à ſon ſort comme à celui d'un
SIFFREDI .
>> Il ſuffit. Laiſſez-moi : vous ſçaurez ce myſtère.
Siffredi dans un monologue fait voir toute la
douleur qu'il a de ne pouvoir douter que ſa fille
& Guifcard ne s'aiment: il ſe reproche de ne
182 MERCURE DE FRANCE.
l'avoir pas prévu & il frémit des ſuites: le Roi
en mourant vient de reconnoître Guifcard pour
l'héritier du trône , mais c'eſt à condition qu'il
épouſera
Constance ,
cet Hymen peut ſeul
allurer le repos de l'Etat. C'eſt le ſeul moyen
d'empêcher que la Sicile ne ſoit encore en proi e
à toutes les horreurs d'une guerre inteſtine .
D'ailleurs , Siffredi eſt engagé de parole avec
Ofmont, il lui a promis ſa fille en mariage , l'u--
nion du Chancelier avec le Connétable, impor-
re au bien Public & Siffredi ne connoît rien qui ,
puiſſe entrer en balance avec ſa parole & fon
devoir.
>>>Périſſe le mortel, pèriſſe le cœur bas
>>>Qui , portant dans ſes mainsle deſtindesEtats ,
>> Plein des vils ſentimens que l'intérêt inſpire,
>>>Immole à ſa grandeur le ſalutd'un Empire.
Guifcard paroît:
Siffredi avant que de ſedé
clarer veut ſonder fon cœur : il lui confirme la
mort du Roi & fait un Eloge de ce Prince qui
puiffe enmême temps ſervir de leçon àGuiſeard.
>> Il tenoit pour maxime
>> Qu'un Roi doitpréférer ,( obſédé comme ileſt,
>>>Un ami qui l'afflige au flatteur qui lui plaît.
: On ne vitpoint , au ſein de l'horrible mifère ,
Le laboureur gémir du bonheur d'être père ,
>> Il ſçut récompenfer & punir à propos ;
Père enfinde ſon Peuple , il fut plus queHéros.
Siffredi apprend enſuite à Guiſcard que la Cou-
ronne n'appartient point à Constance , mais àun
fils de Mainfroi , élevé dans l'obſcurité , & incon
MARS. 1764..
183
nu àlui-même. Illui apprend que le Roi a recon-
nu ce fils de Mainfroi pour ſon Succeſſeur ; mais
àconditionqu'il épouſeroit Conftance.
Guifcard, plein de feu & de nobleſſe , ſe met
d'abord à la place decejeune Prince , s'échauffe
en ſa faveur , mais doute qu'on puiſſe vaincre
P'horreur qu'il doitfentir , quand il ſe connoîtra ,
pour Constance,pour la fillede l'affaſſindeMainfroi..
Siffrédi combat ceſentiment , & fait voirla né-
ceflité du mariage ordonné par le Roi. Guiſcard
continue à s'élever contre..
:ד
>>>Eh ! que craindre après tout ? Ila pour lui, Sei
" gneur ,...
Sa naiſſance , ſes droits, ſans doute ſa valeur.
८
Tout le ſangde Guiſcard eſt prêt à couler pour -
ce Prince.
Couronsverslui ,Seigneur.Ah !dignedeſarace,
>>>Digne du Trône auguſte où furent ſes aïeux ,
>>>>Peut être qu'il ſe plaintque le ſort envieux ,
>>>Sur le théâtre obſcur d'une ſcène privée ,
>>Confine les verrus de ſon âme élevée ,
>> Et qu'il demande au Ciel l'heureuſe occafion
.nom
SIFFREDI...
>> Etpeut- être qu'auſſi ſa frivolejeuneffe
A
>> De montrer un grand cœur , & d'acquérir un
ככ
S'endort avec l'amour au ſein de la moleſſe !
Guifcard répond avec l'enthouſiaſme d'une âme
jeune& grande,
20
1
184 MERCURE DE FRANCE.
>>Mon cœur réponddu ſien : oui, Seigneur , ſans
>>effort ,
>> De mon état obſcur je m'élève àſon ſort;
> Et je ſens qu'à l'aspect de ſa noble carrière ,
>> Mon âme avec tranſport s'élançant toute en
>> tière,
>>Brûleroit d'égaler, en vertus comme en rang,
>> Ces Héros glorieux dont je ſerois le ſang.
trace:
SIFFREDI .
>>> Eh bien! hâtez-vous donc de marcher ſur leur
>>Et vous, dont il promet d'être la digne race,
>> Mânes de ſes Aïeux, je vous prends à témoins.
Guiſcardeſt étonné ,prie le ciel de lui donner les
vertus de ſon nouvel état , marque ſa reconnoif
même. Mais , lui dit Siffredi ,
>> C'eſt le Roi des Romains....
GUISCARD .
:
fance à Siffredi , ne veut régner que par ſes con-
ſells, &c. mais montre toujours le plus grand
éloignement pour le mariage de Constance : c'eſt
leſeulpoint ſur lequel il n'en veut croire que lui
>>> Un autre à vos refus doit avoir la Couronne.
>>Mais le ſang me la donne.
>> Je maintiendrai mes droits. Aſſemblez le Sénat .
>>>Allez , & que les Grands , les Barons de l'Etat
>> Viennentrendre à leur Maître un légitime hom-
>> mage.
MARS. 1764.
184
L'Acte finit par un Monologue de Guiſcard , où
tout ſon amour pour Blanche éclate. Il eſt tranf-
porté de l'idéede mettre un Diadême aux pieds de
cequ'il aime.
>>>Je vois fans m'éblouir l'éclat du rang ſuprême.
>>> Mais , ô ma chère Blanche ! un Trône t'étoit dû :
Je vais, en t'y plaçant , couronner la vertu.
ACTE ΙΙ.
Dans l'intervalledu premier & du ſecondAle,
Guifcardvoulant raſſurer Blanche , qu'il a trouvée
en larmes, & craignant de le perdre , lui a laillé
ſa fignature, comme un engagement de la part ,,
qu'illui a ordonné de remettre au Chancelier , en
lui déclarant ſes intentions pour elle. Blanche a
remis cette fignature àſon père , qui , rendu au
Sénat, en a fait un uſage contraire aux deſſeinsdu
Prince. Après avoir fait lecture du Teftament du
feu Roi , qui , en rappellant Guiſcard au Trône ,
ordonne qu'il épouſera Constance , il ajoute que le
Prince conſentoit à tout. Voilà , a- t- il dit , un acte
figné de ſa main royale , par lequel il aſſure ſa
Couronne & ſa foi à Constance. Au moment
même la voûte a retenti d'un applaudiſſement
général ; la joie s'eſt peinte ſur tous les fronts.
Guifcard interdit & confus , ne poffédant encore
que le nom de Roi , fans pouvoir , fans expérien-
ce, n'a pas cru devoir en ce moment s'oppoſer au
vœu de tout l'Etat : il s'eſt levé, & a remis l'ac
ſemblée au lendemain.
:
186 MERCURE DE FRANCE.
SCENE PREMIERE.
GUISCARD & RODOLPHE.
Guifcard furieux apprend à Rodolphe tout ce
qui s'eſt paffé ; Blanche placée par ſon père au
rang des ſpectateurs , a ététémoin decette ſcène
cruelle. Guifcard venoit pour la déſabuſer ; mais
Siffredi a fait partir ſa fille pour Belmont. Et
quoiqueBelmont touche à Palerme, d'indiſpen-
fables ſoins enchaînent Guiſcardà la ville. Mais,
en attendant qu'il puiſſe voir Blanche, & qu'au
Conſeildulendemaintout ſerépare, il veut écrire
àBlanche. En ce moment Siffredi paroît.
SCENE II.
GUISCARD & SIFFREDI.
Guifcardlui fait les reproches les plus vifs. Sif
fredi s'oppoſe à l'indignation & aux emportemens
de Guifcard, avec le calme d'une âme remplie de
l'amour de ſon devoir & de ſa Patrie. On lui a
remis le ſeing du Roi. Il a cru, pour s'en ſervir ,
nedevoir confulter que la gloiredu Roi &le falut
de l'Etat; & pourvu qu'il fauvât l'une & l'autre , il
n'a compté pour rien de ſe perdre lui-même. Il
lui repréſentefortement qu'iln'y a que l'hymen
de Constance qui puiſle affermir la Couronne fur
ſa tête , qu'en ne l'épouſantpas, il doit craindre
laplusfuneſterévolution pour leRoyaume &pour
lui-même ; qu'il hafarde l'Etat , & fon Trône , &
ſa vie. Guiſcard eſt réſolu de tout braver : mal-
heur à qui ofera lui réſiſter , malheur à Siffredi
Jui-même. Siffredi lui préſente ſon ſein , & lecon--
1
MARS. 1764.
187
Jure enſuited'écouter celui quilui ſervit de père ,
&qui, pour le ſeul avantage de l'Etat & du Roi ,
refuſoit ce qu'un autre peut-être acheteroit d'un
crime. Ilſejette à ſes pieds.
!
>> Vois ton ami , ton père, embraſſanttes genoux;
>> Te conjurer en pleurs de te vaincre toi- même ;
>>A tes pieds avec moi , vois un Peuple qui t'aime,
Etque le Ciel confie àtesſoins paternels.
>>Citoyens, Magiſtrats , Miniſtres desAutels,
>>>Tous ceux de qui la main aux travaux occupée
>>Fait croître la moiſſon de leur ſueur trempée ,
>>>Qui nourriſſent l'Etat ,& ſupportent la faim;
>> Vois le vieillard courbé, l'enfant preſſant le
>>>fein,
Etl'époux, & l'épouſe , & la mère , & la fille,
Tout un grand Peuple enfin compoſant tafa-
>>mille ,
>>>>( Car les Sujets desRois ſontleurs premiers en--
>> fans) ;
>>>Vois-les, dis-je, à tes pieds , incertains & trem--
>> blans :
» Sauvez-nous , diſent-ils , d'une guerre inteſtine :.
Faut-il à l'incendie , au meurtre , à la ruine,
Abandonner encor nos champs & nos cités !
Ah! pourd'autres emplois que nos calamités ,
» Réſerve unfangpour toitoutprêt àſe répandre.
>> Réſiſterez-vous donc à cette voix ſi tendre ?
>> Eh quel triſte bonheur, rapportant toutà ſoi ,
>>>Peut balancer ſon Peuple en l'âme d'un bon
Roi !
188 MERCURE DE FRANCE.
Le vôtre.... Mais , Seigneur ,jevoisqu'elle eft
➡émue.
>> Ah ! ne dérobez point ces larmes à mavue.
>> L'orgueil du Trône , hélas ! n'eſt que trop in-
>humain.
Guiſcardtend la main à Siffredi , & lui repro-
ched'un ton attendri qu'il l'a mis entre deuxpré-
cipices ; que détruire l'eſpoir de Constance, c'eſt
haſarder l'Etat ; que le remplir , c'eſt trahir Blan
che & le ſang deMainfroi.
>> De tous côtés déchiré, combattu ,
>> La vertu dans mon cœur s'oppoſe à la vertu.
Siffredi a fait le mal ; c'eſt à lurà venir à fon
aide. Il faut que le lendemain ilfaſſe au Sénat l'as
veu de ſa témérité , & qu'il appuie les droitsde
Guiſcard de fon fuffrage :
>>A ceprix
>>TonMaître te pardonne, & redevient ton fils.
Siffredi ſent les bontés de ſon Roi ; mais il s'en .
croiroit indigne s'il obéiflair. Guiſcard fort furieux,
endéclarant à Siffredi que Constance ne ſerajamais
quefa Sujette.
しき
>>>Toi , rends grâce à l'amour dont mon cœur eft
>> épris ,
>>>Qui te protége encor lorſque tu le trahis.
MARS. 1764.
SCENE III.
189
Monologue de Siffredi qui réſout de hâter le
mariage de ſa fille avec le Connétable. C'eſt le
ſeul moyende ſauver l'Etat & le Roi. Ce moyen
leperdra : mais s'agit-il de lui ?
SCENE IV.
SIFFREDI & OSMONT.
Civilités réciproques ; Ofmont reclame la pro-
meſſe du Chancelier , & en preſſe l'exécution. Cer
hymen, dit le Chancelier, importe à l'Etat. Ve-
nez : allons à Belmont ; vous y recevrez la main
de Blanche , ſans pompe & fans éclat,
ACTE ΙΙΙ.
La Scène est à Belmont.
Monologue de Blanche, qui ſe croyant trahie
parGuifcard, lui adreſſe des reproches &des plain-
tes ſur toutes les affurances de fidélité qu'il lui
avoitdonnées ce jour même.
>>Ta tendreſſejamais ne fut plus éloquente.
>>>Hélas ! ſansraſſurer ta malheureuſe Amante,
>>Que ne lui diſois-tu que de ſuperbes loix ,
>> Dans la grandeur du Trône , empriſonnent les
२०
>> Rois :
Blanche enauroitgémi; mais moinsinfortunée,
•N'accuſant que ton rang & que fadeſtinée,
>>Elle eût vécu peut-être , &c.
1
190 MERCURE DE FRANCE.
Siffredi arrive , & Blanche fait un vain effort
pour lui cacher ſes larmes & ſon trouble. Siffredi
plaint ſa fille; il ne veut point l'accabler ſous le
poids du reproche. Il devoit prévoir ce qui eſt ar-
rivé , & il s'accuſe lui-même plus qu'il ne la blâ-
me: mais il faut s'armer de courage , & faire un
généreux effort. Il ſeroit trop honteux qu'on pût
croire qu'elle nourrît encore quelqueeſpoird'être
aimée du Roi .
BLANCHE.
>>>Ah ! cet eſpoir , Seigneur , il l'atrop biendétruit.
SIFFREDI.
Il l'adû. De vos feux quel eût été le fruit ?
>>Ta folle paſſion a-t-elle donc pu croire
>> Qu'oubliant ce qu'il doit à ſon peuple, à fa
>>gloire ,
D'un romaneſque amour mépriſable héros ,
>>>Il dût , pour être àtoi , hazarder ſa Couronne ?
Crois-tu que j'eufle ſouffert qu'allumant ſes feux
aux flambeaux de votre hymen,
Que mon fang , que ma fille endevînt la furie
Siffredi lui déclarequ'il n'y auroitjamais conſen
ti. Il eſpère qu'elle n'aura bientôt plus que zèle &
reſpect pour fon Roi. Mais ce n'eſt pas aſſez:
>>>On ne vit pas pour ſoi.
>>>Plusle ſort nous élève au-deſſus du vulgaire ,
>>>Plus il nous met en butte à ce juge ſévère ,
1
>>T'immolant notreſang, nosbiens , notrerepos,
>>> La Diſcorde cruelle embrasât ma Patrie ,
MARS. 1764.
Igr
Qui cherche nosdéfauts , &, ſans reſpect des
>> rangs,
>>>Conſole ſa baſſeſſe en médiſantdesGrands.
Ilfaut le convaincre que ma fille , à l'exemple
dn Roi ,a ſçu ſe vaincre elle-même ,
>>>Et coupant àl'eſpoir ſa derniere racine ,
>>>Prendre un illuſtre époux que ma main te def
>> tine.
Acette propoſition Blanche paroît éperdues
ſon pere lui nomme le Connétable :
>> Il eſt puiſſant , vous aime.
>>Je vois en vain vosyeux de larmes ſe remplir :
>>Ma parole eſt donnée, elle doit s'accomplir,
>>>Et dès aujourd'hui même.
Blanche fait à ſon père les ſupplications les
plus touchantes ; elle ſe jette à ſes pieds , les
baigne de larmes , ajoute aux raiſons les plus
fortes ce qu'elle croit le plus capable d'émou-
voir. Siffredi eſt attendri, mais inébranlabledans
ſesprincipes ; il ne céde point àla pitié. Il décla-
re à Blanche qu'il va lui amener Ofmont. Venez ,
dit-il à Laure qui paroît ;affermiſſez Blanchepar
vos conſeils ; que je la retrouve préparée à m'o-
béïr.
BLANCHE.
>>Non , ce n'eſt qu'àla mort que mon cœur ſe
>>diſpoſe.
>> Quel amour est trahi ! quel devoir on m'im
poſe.
>>>Ah , Laure !
192 MERCURE DE FRANCE.
Laure lui dit qu'elle ne peut approuver
fa
douleur ; queGuifcardne méritepasſes larmes.
Ce n'eſt que du mépris qu'ondoit à ceparjure.
BLANCHE.
>> Sans doute... Mais , hélas ! crois-tu quainſi ſou-
>>dain
Un coeur puifſe paſſer de l'amour au dédain ?
Qu'un ſentiment ſi cher né dans la ſolitude ;
- Par l'eſtime formé , nourri par l'habitude ,
>> Soit détruit auſſitôt qu'on ceſſe d'eſtimer ?
> Longtemps on aime encore en rougifſſant d'ai
>> mer !
Elle apprend à Laure queſon père veut qu'elle
épouse Osmont ; qu'elle l'épouſe cejour même.
LAURE .
- Eh bien , vous êtesoutragée.
>> Ce jour a vu l'affront , il vous verra vangée.
BLANCHE.
>> Vangée ! hélas! ſur qui ? Sur Guiſcard ou fur
>> moi.
Laure lui repréſente avec force tout ce qui
s'eſt paflé au Sénat , on dit , ajoute-t-elle, que
demain il épouſe Conſtance.
BLANCHE."
LAURE .
›Pouvez-vous balancer ?
>>Ah , parjure ,
BLANCHE.
MARS. 1764.
BLANCHE.
>> coœur
M
Dès demain ?
LAURE.
BLANCHE.
>> geur... :
193
On l'affure.
Eh , qu'il étouffe donc , s'il ſe peut, dans ſon
Le cri du ſang d'un père & le remord van-
>>>Laure, je veux t'en croire , un fier dépit me
>>guide.
>>Tu me regretteras, homme lâche & perfide!..
>>>Oui , mon hymen fera ſon tourment & le mien.
>> Il a trahi mon cœur ,j'ai mal connu le ſien ,
D'un repentir tardif il ſera la victime,
>> Je ſervirai d'exemple à celles qu'une eſtime
>>>Dans leur crédule eſpoir trop prompte à ſe
former ,
>>Sous l'appas des vertus engageroit d'aimer.
Laure applaudit à cette réſolution.Que votre
hymen précéde celui de Guiſcard.
>>>Que dans les bras d'Oſmont le perfide vous
>>voie.
Quelle joie !
A
BLANCHE.
Oui dans mon déſeſpoir je goûterai lajoie...
SCENE IV.
Siffredi s'avanceavec Ofmont , il lelepréſente
préſente àà
1
194 MERCURE DE FRANCE.
ſa fille. Ofmont lui ditque l'aveu d'un père au
toriſe ſes feux , mais que ce n'eſtpas affez pour
fon bonheur.
» Croirai-je que du moinsla vertueuſe Blanche
>>>Conſentira ſans peine à former ce beau nœud?
BLANCHE.
>> Seigneur.... l'obéiſſance... unpère... ſonaveu...
Je me meurs........
OSMON T.
>>Ciel!
SIFFREDI.
Ma fille! à peine elle reſpired
BLANCHE.
à Laure .
» Omon père!.. aide-moi... Je ne puis me con
>> duire.
SIFFREDI , à Ofmont.
>> Je la ſuis , pardonnez àmon ſoinpaternel.
OSMONT.
>>>>Jene vousquitte point dans cetroublemortel.
ACTE IV.
Monologue de Blanche qui vient d'épouſer
Ofmont.
>
>>C'en eft donc fait , hélas! un nœud fatal me
>>lie,
>>Mon malheur n'aura plusde terme que ma vie.
» Puiſſe mon père un jour ne ſe point reprocher
>>Le ſacrificeaffreuxqu'il me vientd'arracher !
MARS. 1764 .
195
Veux-tu précipiter mesvieux ans dans latombe?
M'a-t-il dit. A ce mot mon courage ſuccombe:
>> J'ai traîné vers l'Autel mes pas avec terreur.
O ! comment exprimer ce qu'a ſentimoncœur!
Quand à la main d'Olmont j'ai joint ma main
>>> tremblante.
Laure accourt troublée & tenant un biller.
Guifcardl'avoitcommisauxſoinsdeRodolphe qui
n'apule remettre plutôt à Laure.
BLANCHE.
• Quoi Guiſcard.... Il m'écrit! ...Croit-il par une
Lettre...
>> Voyons , Laure... Mais, non... mon cœur m'en
>>preſſe envain ,
» Non , je ne lirai pointun billetque ſa main..
Eh ! que peut-il medire? ...
Laureditque ſon frère proteſteque ſon Mai-
tre eſt innocent , & n'a fait que ſe prêter à la
néceſſité. Qu'il alloit lui expliquer ce myſtère;
mais qu'Ofmont& Siffredi mandés à Palermel'ont
appellé près d'eux. Blanche frappéede ce Dif-
cours , prend la Lettre...
Donne ,
» Ah ! donne.... ma main tremble , & tout mon
* >> corps friffonne...
>>Que tantôt àl'aſpect d'un billet de ſa main
Un trouble différent eût agité mon ſein !
Blanche lit la Lettre où Guiſcard la raſſure,
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
lui dit qu'il la verra ſitôt qu'il en ſera maître
finit , par lui jurer qu'en dépit de tout il n'y a rien
que la mort qui puiſſe l'empêcher d'unir ſon fort
au ſien. Cette lettre jette Blanche dans le plus
grand trouble & le plus grand déſeſpoir : elle
ne peut plus penſer que Guiſcard l'air trahie,
& elle s'en voit pour jamais léparée.
O dépit inſenſé ! trop aveugle courroux !
>> Un inſtant a donc mis un abîme entre nous?
Auroit-elle du ſitôt en croire les apparences ;
devoit elle ſe hâterde perdre ſon amant & elle ?
>>>C'eſt toi qui l'as voulu père trop rigoureux !
>>De ton âge endurci la cruelle prudence ,
>> Un moment de dépir , une folle vangeance ;
Toi-même , Laure hélas , ta fatale amitié,
Vous m'avez tous trahie & mon cœur s'eſt lié.
• Laure s'excuſe ſur ſon zéle , elle accuſele Prince
tout au moins de foibleſſe.
>>L'amour est moins timide en un cœur magna-
>>nime.
BLANCHE , vivement.
>Arrête, Laure,& crains que tatémérité ;
> Ne porte un jugement encor précipité.
► Dans l'abîme déja, c'eſt toi qui m'as pouffée.
Blanche , après bien des agitations ſe déter-
mine enfin à n'avoir aucune explication avecle
MARS. 1764 .
197
Roi , à ne le jamais voir ,à dévorer ſespleurs en
fecret& furtout à bien cacher ſes douleurs à ſon
έρουχ.
>>>Je l'ai vu m'obſerver d'un œil ſombre, inquiet.
>> Il ſembloitde moncœur épier le ſecret ;
>> S'il en eſt encor temps qu'à jamais il l'ignore.
>>Mais périr lentementd'un feuqui vousdévore
>>>Et dans ſon cœur fans ceſſe en étouffer l'éclat,
>> Eprouver au-dedans un douloureux combat ,'
>> Et montrer au dehors un front calme & tran-
>>> quille;
>>Que la vie eſt alors un fardeau difficile !
SCENE III.
LeRoi s'avance.Un tremblement ſaiſitBlanche ,
elle veut fuir , & n'en a pas la force: Guifcardle
jette à ſes pieds avec tranſport. Etonné de ſa
froideur , m'aurois-tu fait l'affront, lui dit-il de
douter de mon cœur ?
>>Ton âme net'a pasrépondudela mierine !
Sçache, lui dit-il , que ton père abuſant de
monſein, a tourné contrenous...
>>Mais quel tourment te preſſe ?...
>>Tu trembles ... tu pâlis ... ma chère Blanche !
BLANCHE , du ton de la douleurla pluspro
fonde.
>> Eh ! laiſſe-moi,Guiſcard.
I iij
-Laille!
1
198 MERCURE DE FRANCE.
GUISCARD.
>>>Moi , te laiſſer ! jamais,
Non , jamais ...A mon cœur il faut rendre la
»paix;
>> Il faut qu'àton amant cette bouche adorée
>>Renouvelle lafoi ...
BLANCHE.
>> Mon âme eſt déchirée ?
>>O crime irréparable !
GUISCARD , vivement.
>>>Il ne l'eſt pas : eh bien
>>Ton coeur s'eſt trop hâté de condamner le
>> mien :
>>Tu devois mieux connoître un Amantqui t'a-
->>dore.
>>Mais tout eſt réparé , ſi tu m'aimes encore....
>>>Dis que je fuis aimé.
La réſiſtance de Blanche, ſon trouble, ſon em
barras , tout annonce à Guiſcard un ſecret qu'on
lui cache. Il preſſe Blanche de s'expliquer. Après
pluſieurs repliques de part &d'autre , ellelui ap-
prend qu'Ofmont eſt ſon époux.
Ofmont !
GUISCARD .
» Il eſt trop vrai.
GUISCARD .
>> Je reſte confondu....
2
Ton époux ! .. Que dis-tu
BLANCHE.
MARS. 1764.
>>>Qu'as-tu fait , juſte ciel ?
BLANCHE.
>>Une fatale erreur ....
»Tu l'aimois... oui.
199
>> L'autorité d'un père,
GUISCARD.
>> Perfide ! elle t'eſt chère "
>> Cette erreur que l'amour auroit ſçu démentir.
>> Penſes-tu m'abuſer par un vain tepentir ?
>>Oſmont , o ciel ! Oſmont poſſeder tant de char-
BLANCHE..
Cruel !
GUISCARD.
>>>Je vois couler tes larmes.
► Que fervent à préſent ces regrets ſuperflus ?
>>Toi ſeul as pu nous perdre , & tu nous asperdus.
>>Ciel ! tandis qu'accuſant l'éternité des heures ,
>> Mon cœur impatientvoloit vers ces demeures ,
>>Blanche me trahiſſoit !
BLANCHE.
>> Eh bien ! tu dois haïr
>>Celle qui t'adoroit , & quit'a pu trahir.
>>Je netedirai point que mon père... que Laure...
>>>Plus àplaindre quetoi,je m'accuſe & m'abhorre.
>>Va , d'un fatal amour perds juſqu'au ſouvenir ;
>> Laiſſeà montriſte cœur le ſoin de me punir ,
>>Etfuis-moipourjamais.
Liv
200 MERCURE DE FRANCE.
GUISCARD.
Ma vie eſtdet'aimer.
Demande donc ma
Mais non , ajoute-t-il, tu n'as pu trahir tes
vœux &les miens;tun'aspu former ces nœuds
auxquels on t'a contrainte; tafoi m'étoit engagée.
> Oui , tes fermens d'avance avec moi t'ont liée
>> Cette main eſt à moi. ( il luiprend la main. )
OSMONT , qui arrive ence moment.
>>> Madame , oubliez- vous
→Qu'elle vient d'être unie à celled'un époux ?
BLANCHE.
>> Non. Ces nœuds ſont ſacrés , & mon cœur les
>> révère.
Siffredi paroît ; ellecourt à lui, & fort enle con-
jurant de détourner les maux qu'elle prévoit.
LeConnétable parle fièrement au Roi ; Siffredi
lui oppoſe lesdroits de père & d'époux ; Guifcard
reproche à Siffredi l'abus qu'il a faitde ſa ſigna-
ture Il ſoutient que Blanche entraînée aux Autels
n'a pu engager à Ofmont la foi; que ſes nœuds
l'effet de la ſurpriſe & de la violence , ſont nuls
que fondé fur la promeſſedeBlanche , & armé de
ſa toute-puiffance , il les fera briſer par la loi , &
il fort en diſant au Connétable :
>> Si le jour t'eſt cher, déſormais n'enviſage ,
>> Qu'avec l'œil d'un Sujet ſoumis & repentant ,
>>>Celle qu'aime ton Maître, & que mon Trône
>>>attend. Ilfort.
:
MARS. 1764.
201
Ofmont furieux s'emportecontre latyranniede
Guifcard; il ne veut plus le reconnoître pourRoi.
Ilcourt à Palerme déſabuſer Constance& les amis.
Siffredi, en blåmant le Roi , tâche à détourner le
Connétabledes partisviolens : celui- cirejette tous
les partis modérés. En ce moment, Rodolphe pa-
roît àla tête des Gardes ; Ofmont, forcé d'obéir ,
lui rend ſon épée, & leſuit au Fort, où Rodolphe
a ordre de le conduire. Siffredi le quitte en luidi-
fantqu'il va trouver le Roi:
>> Mesyeux par le ſommeilne ferontpas fe més,
Quevous ne ſoyez libre, & les eſpritscalmés.
ACTE
Ilfaitnuit.
V.
SCENE PREMIERE.
Monologue de Siffredi. Il a vu le Roi : leCon-
nétable ſera libre aux premières traces du jour ,
mais le Roi perſiſte à ne pas vouloir le reconnoî-
tre pour époux deBlanche. Réflexions ſur les paf
fionsdes Rois. Retour de Siffredi ſur lui-même.
SCENE II.
OSMONT & SIFFREDI
Oſmont a obtenu du Commandant du Forr,
qui eſt ſa créature, d'en ſortir , à conditiond'y
rentreravant lejour. Il ne reſpire que vengeance
& fureur. Siffredi tâche de le ramener àdes partis
modérés; Ofmont lui oppoſel'honneur......
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
4
SIFFREDI .
>>N'appellez point honneur cet enfant de l'or-
gueil ,
>>Eternel artifan dediſcordre&dedeuil,
>> Qui , toujours altéré de ſang&de vengeance,
>>N'eſt jamais affez grand pour pardonner l'of-
>>fenſe ;
>>>Qui , ſuperbe & farouche , immole tout à ſoi,
>>>Et prend le préjugé , non la vertu , pour loi.
Siffredi lequitte, en lui diſant qu'il fera de nou-
veaux efforts auprès du Roi.
>> S'il perfiſte à n'avoir que ſon defir pour loi ,
>Je ne partagerai vos complots ni fon crime ;
>>Maisje ferai , Seigneur , ſa première victime.
Ofmont, àqui la modération de Siffredi eſt ſuf-
pecte, &qu'elle ne rend que plus furieux , réſout
de s'aſſurerde Blanche avant que de rentrer au
Fort.
>>J'ai des amis tout prêts, la nuit me favoriſe ;
>>>Allons lesdiſpoſer autour de ce Palais.
>> Il fautde mon projet aſſurer leſuccès,
>>>Il fautpouvoir forcer mon épouſe àme fuivre...
>>Ah! dans lesnoirs tranſports auxquels mon cœur
1
∞ſe livre,
>>>>Elle, Guiſcard& moi,je puistoutimmoler.
>>J'entendsdu bruit. Sortons.( ilfort.)
Blanche entre fuivie de Laure
leRoi.
MARS. 1764.
LAURE.
203
>>> Où voulez-vous aller ?
>>Errante en ce Palais , votre douleur muette
>> Ypromène au haſard ſa démarche inquiette ;
>>Et pourſuivant en vain un repos qui vous fuit...
BLANCHE .
→Abandonnemon âme au troublequi la fuit:
Vas , laiſſe-moi , ton ſoin m'importune & me
› gêne.
LAURE.
>>Moi , vous laiſſer, ô Ciel ! & lorſqu'àvotrepeine
>> Une effroyable nuit ajoute ſon horreur !
BLANCHE .
>>>Unehorreur plus affreuſe eſt au fondde mon
cœur.
Blanche oblige Laure à fortir.
>>>Laiſſe-moi ...jeleveux ... mon amitié l'exige.
>>Tes conſeils m'ont perdue.
Blanche reſte ſeule en proie aux agitations &
aux tourmensde fon cœur.Après s'y être livrée
quelque temps , elle ſe jette dans un fauteuil.
>>Ne puis-je me calmer ? .. La terreur me pour
>>>fuit.
>>>Quepour les malheureux l'heurelentementfuit!
>>>Qu'une nuitparoît longueà ladouleurqui veilles
Elleentend du bruit , elle ſe léve effrayée. C'eſt
Ivj
204 MERCURE DE FRANCE.
GUISCARD.
>>>Raſſure- toi-
>>J'ai ſçu meménager une ſecrette entrée.
BLANCHE .
Comment en vous voyant puis-je être raſſurée !..
GUISCARD , l'interrompant.
>> O Blanche ! écoute-moi : le temps eſtprécieux.
> Rodolphe avec magarde attend près de ces lieux,
>>Et le trajet eſt court de Belmont à la Ville.
>>>Il faut me ſuivre ; viens , un reſpectable aſyle ..
BLANCHE.
> Qu'oſez-vous dire , ô Ciel ! & que propoſez-
>> vous ?
>> Un aſyle ! En eſt-il qu'auprèsde mon époux?
>>Guiſcard à ma vertu réſervoit cet outrage !
>>Avez- vous oublié qu'un nœud facré m'engage ?
>> Et que l'honneur me fait un auſtère devoir
>>Dene jamaisoſer vous entendre & vous voir ?
>>Que je ne dois ſongerqu'à bannir de mon âme
>> Le ſouvenir trop cher d'une première flâme ?
>>Que vous devez mefuir? & qu'épouſed'Oſmont,
» Votre amour déſormais n'eſt pour moiqu'un
>> affront ?
Non , dit Guiſcard , tu ne l'es pas : Ofimont eſt
ton raviſſeur. On a ſurpris ta foi. Si la Loi te dé
gage & te permet ....
MARS. 1764.
BLANCHE.
250
>> Seigneur ,
> La Loi permetſouvent ce que défend l'honneur.
Guiſcard inſiſte , Blanche demeure ferme; on
voit tout ce qu'il en coûte à ſon cœur ;un ſenti-
ment trop tendre lui échappe ,elle s'en apperçoit,
revient ſur elle-même , & , avec un effort marqué ,
elle dit à Guiſcard ,
» Plaignez , mais reſpectez la chaîne qui me lie,
> Et recevez de Blanche un éternel adieu.
Guiſcarddit qu'il ne le reçoit point ; un affreux
déſeſpoir s'empare de lui.
» Je ne me connois plus; Blanche veut que je
>> meure;
» Oui , tu le veux....... Eh bien , j'obéis, & fur
>>>l'heure
» Ce fer ....
BLANCHE.
>>>Guiſcard, arrête ,ou le plonge en mon ſein..
>>>Termine par pitié mon malheureux deſtin.
>>C'en est trop... Jeſuccombe àma peine cruelle,
>> Au nom de cet amour! ..
GUISCARD.
>>Trahi par toi , cruelle t
BLANCHE.
:
Oui , j'ai trahi l'amour , mais il reſte àmon
» cœur
206 MERCURE DE FRANCE.
>>La vertu qui conſole au comble du malheur,
» Veux-tu me la ravir ?
>>gloire ?
► Non....
>> vangeance ;
> Défends-toi.
:
Ils ſe battent.
....
veux-tu fouiller ma
>> Si je pouvois, cruel , & te ſuivre , & te croire ;
>> Serois-je digne encor , &dujour , & de toi ?
GUISCARD ..
>Ne lui reproche rien.
>> Je meurs à tespieds.
Dans ce moment Ofmont arrive.
> Guiſcard aux pieds de Blanche ! A moi ,Tyran,
GUISCARD.
>>>Songe , traître , à ta propre défenſe..
Ofmont tombe mortellement
bleſlé; Blanche court à lui ; il ſe ranime , & luj
plonge ſon épéedans le ſein.
>>>Femme perfide , meurs.
Siffredi entrealors, voit ſon gendre mort , &fa
filleexpirante.
► Contemple ton ouvrage, lui dit Guifcard.
BLANCHE , à Guifcard.
» O ! ſi je te fus chère , accorde-m'en le gage :
SIFFREDI.
Infortuné vieillard !
MARS. 1764.
àGuifcard.
BLANCHE .
>>card;
>>donne....
àfonpère.
GUISCARD.
207
>> Conſoles ſes vieux ans.... Vous , conſolez Guif-
>>>L'un à l'autre, en mourant, ma tendreſſevous
>> La lumière me fuit ... la force m'abandonne.
>>Ciel! prends pitié de moi..... Guiſcard ..... ta
>> main ? ... Je meurs .
Elleexpire ! La mort réunira nos cœurs.
Ilveutse tuer , on ledéfarme.
Ce que les bornes d'un Extrait nous
ont fait fupprimer de vers , eſt en perte
pour la gloire de l'Auteur & pour le plai-
fir des Lecteurs. Nous exhortons ces
derniers à fe procurer la lecture de l'Ou-
vrage en entier. CetteTragédie ſe trouve
imprimée , à Paris , chez SEBASTIEN
JORRY , Imprimeur- Libraire , rue &
vis-à-vis de la Comédie Françoife.
Tragédie de M. SAURIN,
de l'Académie Françoise. Représentée
pour la première fois le 25 Septembre
1763, & reprise le 23 Janvier
1764.
PERSONNAGES. ACTEURS.
Le Comte de GUISCARD, M. Le Kain. Le
Le Comte OSMONT ,
Connétable de Sicile , SIFFREDI , Grand Chancelier, BLANCHE , Fille de Siffrédi , LAURE , Amie & Confidente de Blanche , RODOLPHE , Frère de Laure & Confident de Guiſcard, GARDES.
M. Molé.
M. Brizard.
Mlle Clairon.
Mlle Preville.
M. Dauberval.
La Scène eft en Sicile. Les deux premiers Actes
ſepaſſent à PALERME , Capitale du Royaume.
Hv
(
178 MERCURE DE FRANCE.
Les autres à BELMONT , maison de plaisancede
Siffredi & qui touche à PALERME.
CETTE Piece eſt imitée de Tancréde & Sigif-
monde , Tragédie Angloiſe de feu Tomson , Au-
teur célébre du Poëme des Saiſons. Un épiſode
du Roman de Gilblas , qui a pour titre le Ma-
riage de vangeance en a fourni le Sujet. Voici
l'Avant- Scène.
Mainfroi Roi de Sicile a été dépouilé du
Royaume & de la vie par Guillaume ſon frère
puîné : celui-ci , qui fut ſurnommé le mauvais ,
eſt mort au bout dedeux ans d'un régne tyran-
nique,laiffant deux enfans , Guillaume leBon ,
qui lui a ſuccédé , & une fille nommée Constance.
Il étoit refté un filsunique deMainfroi. Guillau-
me le Bon ne voulutpoint le faire périr & confia -
cet enfant en bas âge aux ſoinsdu Chancelier à
qui il ordonna de l'élever comme un ſimple
Gentilhomme & fans lui faire connoître ſa naif-
fance , ni ſes droits. Le fils deMainfroi élevé
ainſi dans la maiſon de Siffrédi , ſous le nom de
Guifcard , a pris une forte paſſion pour Blanche,
fille du Chancelier , & Blanche n'en fent pas
pour lui une moins forte. Les chofes en cet étar ,
Guillaume le Bon eſt ſubitement frappé d'un
mal violent ; il touche à ſa fin , & c'eſt alors
que la Piéce commence.
ACTE PREMIER.
SCENE PREMIERE .
BLANCHE & LAURE..
Blanchedéplore la perte que la Sicile va faire
MARS. 1764.
179
dameilleur des Rois. Il n'y a plus d'eſpérance ,
ditcelle-ci , le trouble& la terreur ſe peignent
fur tous les fronts.
BLANCHE.
>> Triſte effet du retour que chacun fait ſur ſoi !
>> Nous n'éprouvons jamais un ſi lugubre effroi
Qu'alors que nous voions de cette haute ſphère,
>>>Où la ſplendeur du trône éblouit le vulgaire ,
>> Tomber ces Dieux-mortels & ſemblables à
» nous ,
:
Rentrer au fein commun d'où nous fortimes
tous.
Blanche craint les changemens que la mort
du Roi va apporter dans l'Etat longtemps en
proie aux plus cruelles diviſions. Il y a dans l'E-
tat deux partisennemis & puiſſans. La prudente
fermeté du Roi eſt un frein qui les a conte-..
nus; mais fi le Roi meurt , le Trône paſſe à
Constance , le Connétable Ofmont eſt ſonfavori -
>>Miniſtre de l'Etat & Magiſtrat ſuprême, .::
>>>Mon père contreOfmont a ſouvent éclaté
>>>Dans les troubles cruels qui nous ont agité ,
>> Son zéle toujours pur , ſon cœur patriotique ,.
Ses rigides vertus , dignes deRome antique ,
>>Ont longtemps diviſé leConnétable& lui ,
22Olmont doit le hair.
Laureditquedepuis quelque temps ils ſe ſons
réunis. Dans le reſte de la Scène il eſt queſtion
deGuifcard , de l'obfcurité qui eſt répandue fur
fon deſtin , de l'amour qu'il a pour Blanche..
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE .
>>>Non , cet amour qui regne en un cœur amolli,
>> Par qui plus d'un Héros s'eſt ſouvent avili ;
>> Mais ce céleſte feu , cette divine flâme ,
>> Qu'un digne objet allume & qui porte en notre
>> âme
>>De toutesles vertus legerme précieux,
>> Le plusbeau des préſent que nous ont faitles
>> cieux ;
>> Des grandes actions ſource heureuſe & féconde,
>>>L'âme , à la fois , la gloire & le bonheur du
>> monde.
Cet amour est l'âme de tous les entretiensque
Guifcard & le frère de Laure , Rodolphe , ont en-
ſemble, mais que penſe de lai ton frère , lui dit
Blanche? Il penſe que tout enlui annonce &pro-
metun héros ; que ſon âme eſt élevée, coura-
geuſe, humaine, & que ſi la fouguede ſon na-
turel ardent l'emporte quelquefois , la Raiſon
bientôt le raméne.
>> Il ne le flatte pas : ah ! pour un tendre cœur
>>S'il eſt , ma chère Laure , un plaiſir enchanteur ,
>>>C'eſt de voir applaudir le digne objet qu'on
» aime ,
>>>De s'entendre louer dans un autre ſoi-même.
Notre âme éprouve,alors, un ſidoux Sentiment!
C'eſt louer plus que nous , que louer notre
amant.
MARS. 1764.
SCENE II.
BLANCHE , SIFFREDI,
181
Ilapprend à Blanche , que le Roi n'eſt plus.
s'approcher.
>> Des mortels il a ſubi la loi ,
Ma fille , il eſt paſſédans ce monde terrible ,
>>> Où des foibles humains le juge incorruptible
>> Voit frémir à ſes pieds nos maîtres abbattus ,
Sans garde & protégés de leursſeules vertus.
Il ajouteque le Roi a vu d'un œil ferme la mort
>> Nedemandant au ciel qu'un momentderetard ,
>Qui lui permit de voir & d'embraſſer Guiſcard.
BLANCHE ,
NCHE , avec émotion.
Guiſcard! ... le Roi ! ... mon père ......
SIFFRFDI .
>> Eh bien , aunomdu Comte,
>> Ma fille , d'où vous vient une rougeur ſi prom-
>pte!
>>>Cet intérêt , ce trouble & cette émotion ?
>>Mon père •
BLANCHE.
>>>frère.
il eſt le fils de votre adoption :
>>>Je prends part à ſon ſort comme à celui d'un
SIFFREDI .
>> Il ſuffit. Laiſſez-moi : vous ſçaurez ce myſtère.
Siffredi dans un monologue fait voir toute la
douleur qu'il a de ne pouvoir douter que ſa fille
& Guifcard ne s'aiment: il ſe reproche de ne
182 MERCURE DE FRANCE.
l'avoir pas prévu & il frémit des ſuites: le Roi
en mourant vient de reconnoître Guifcard pour
l'héritier du trône , mais c'eſt à condition qu'il
épouſera
Constance ,
cet Hymen peut ſeul
allurer le repos de l'Etat. C'eſt le ſeul moyen
d'empêcher que la Sicile ne ſoit encore en proi e
à toutes les horreurs d'une guerre inteſtine .
D'ailleurs , Siffredi eſt engagé de parole avec
Ofmont, il lui a promis ſa fille en mariage , l'u--
nion du Chancelier avec le Connétable, impor-
re au bien Public & Siffredi ne connoît rien qui ,
puiſſe entrer en balance avec ſa parole & fon
devoir.
>>>Périſſe le mortel, pèriſſe le cœur bas
>>>Qui , portant dans ſes mainsle deſtindesEtats ,
>> Plein des vils ſentimens que l'intérêt inſpire,
>>>Immole à ſa grandeur le ſalutd'un Empire.
Guifcard paroît:
Siffredi avant que de ſedé
clarer veut ſonder fon cœur : il lui confirme la
mort du Roi & fait un Eloge de ce Prince qui
puiffe enmême temps ſervir de leçon àGuiſeard.
>> Il tenoit pour maxime
>> Qu'un Roi doitpréférer ,( obſédé comme ileſt,
>>>Un ami qui l'afflige au flatteur qui lui plaît.
: On ne vitpoint , au ſein de l'horrible mifère ,
Le laboureur gémir du bonheur d'être père ,
>> Il ſçut récompenfer & punir à propos ;
Père enfinde ſon Peuple , il fut plus queHéros.
Siffredi apprend enſuite à Guiſcard que la Cou-
ronne n'appartient point à Constance , mais àun
fils de Mainfroi , élevé dans l'obſcurité , & incon
MARS. 1764..
183
nu àlui-même. Illui apprend que le Roi a recon-
nu ce fils de Mainfroi pour ſon Succeſſeur ; mais
àconditionqu'il épouſeroit Conftance.
Guifcard, plein de feu & de nobleſſe , ſe met
d'abord à la place decejeune Prince , s'échauffe
en ſa faveur , mais doute qu'on puiſſe vaincre
P'horreur qu'il doitfentir , quand il ſe connoîtra ,
pour Constance,pour la fillede l'affaſſindeMainfroi..
Siffrédi combat ceſentiment , & fait voirla né-
ceflité du mariage ordonné par le Roi. Guiſcard
continue à s'élever contre..
:ד
>>>Eh ! que craindre après tout ? Ila pour lui, Sei
" gneur ,...
Sa naiſſance , ſes droits, ſans doute ſa valeur.
८
Tout le ſangde Guiſcard eſt prêt à couler pour -
ce Prince.
Couronsverslui ,Seigneur.Ah !dignedeſarace,
>>>Digne du Trône auguſte où furent ſes aïeux ,
>>>>Peut être qu'il ſe plaintque le ſort envieux ,
>>>Sur le théâtre obſcur d'une ſcène privée ,
>>Confine les verrus de ſon âme élevée ,
>> Et qu'il demande au Ciel l'heureuſe occafion
.nom
SIFFREDI...
>> Etpeut- être qu'auſſi ſa frivolejeuneffe
A
>> De montrer un grand cœur , & d'acquérir un
ככ
S'endort avec l'amour au ſein de la moleſſe !
Guifcard répond avec l'enthouſiaſme d'une âme
jeune& grande,
20
1
184 MERCURE DE FRANCE.
>>Mon cœur réponddu ſien : oui, Seigneur , ſans
>>effort ,
>> De mon état obſcur je m'élève àſon ſort;
> Et je ſens qu'à l'aspect de ſa noble carrière ,
>> Mon âme avec tranſport s'élançant toute en
>> tière,
>>Brûleroit d'égaler, en vertus comme en rang,
>> Ces Héros glorieux dont je ſerois le ſang.
trace:
SIFFREDI .
>>> Eh bien! hâtez-vous donc de marcher ſur leur
>>Et vous, dont il promet d'être la digne race,
>> Mânes de ſes Aïeux, je vous prends à témoins.
Guiſcardeſt étonné ,prie le ciel de lui donner les
vertus de ſon nouvel état , marque ſa reconnoif
même. Mais , lui dit Siffredi ,
>> C'eſt le Roi des Romains....
GUISCARD .
:
fance à Siffredi , ne veut régner que par ſes con-
ſells, &c. mais montre toujours le plus grand
éloignement pour le mariage de Constance : c'eſt
leſeulpoint ſur lequel il n'en veut croire que lui
>>> Un autre à vos refus doit avoir la Couronne.
>>Mais le ſang me la donne.
>> Je maintiendrai mes droits. Aſſemblez le Sénat .
>>>Allez , & que les Grands , les Barons de l'Etat
>> Viennentrendre à leur Maître un légitime hom-
>> mage.
MARS. 1764.
184
L'Acte finit par un Monologue de Guiſcard , où
tout ſon amour pour Blanche éclate. Il eſt tranf-
porté de l'idéede mettre un Diadême aux pieds de
cequ'il aime.
>>>Je vois fans m'éblouir l'éclat du rang ſuprême.
>>> Mais , ô ma chère Blanche ! un Trône t'étoit dû :
Je vais, en t'y plaçant , couronner la vertu.
ACTE ΙΙ.
Dans l'intervalledu premier & du ſecondAle,
Guifcardvoulant raſſurer Blanche , qu'il a trouvée
en larmes, & craignant de le perdre , lui a laillé
ſa fignature, comme un engagement de la part ,,
qu'illui a ordonné de remettre au Chancelier , en
lui déclarant ſes intentions pour elle. Blanche a
remis cette fignature àſon père , qui , rendu au
Sénat, en a fait un uſage contraire aux deſſeinsdu
Prince. Après avoir fait lecture du Teftament du
feu Roi , qui , en rappellant Guiſcard au Trône ,
ordonne qu'il épouſera Constance , il ajoute que le
Prince conſentoit à tout. Voilà , a- t- il dit , un acte
figné de ſa main royale , par lequel il aſſure ſa
Couronne & ſa foi à Constance. Au moment
même la voûte a retenti d'un applaudiſſement
général ; la joie s'eſt peinte ſur tous les fronts.
Guifcard interdit & confus , ne poffédant encore
que le nom de Roi , fans pouvoir , fans expérien-
ce, n'a pas cru devoir en ce moment s'oppoſer au
vœu de tout l'Etat : il s'eſt levé, & a remis l'ac
ſemblée au lendemain.
:
186 MERCURE DE FRANCE.
SCENE PREMIERE.
GUISCARD & RODOLPHE.
Guifcard furieux apprend à Rodolphe tout ce
qui s'eſt paffé ; Blanche placée par ſon père au
rang des ſpectateurs , a ététémoin decette ſcène
cruelle. Guifcard venoit pour la déſabuſer ; mais
Siffredi a fait partir ſa fille pour Belmont. Et
quoiqueBelmont touche à Palerme, d'indiſpen-
fables ſoins enchaînent Guiſcardà la ville. Mais,
en attendant qu'il puiſſe voir Blanche, & qu'au
Conſeildulendemaintout ſerépare, il veut écrire
àBlanche. En ce moment Siffredi paroît.
SCENE II.
GUISCARD & SIFFREDI.
Guifcardlui fait les reproches les plus vifs. Sif
fredi s'oppoſe à l'indignation & aux emportemens
de Guifcard, avec le calme d'une âme remplie de
l'amour de ſon devoir & de ſa Patrie. On lui a
remis le ſeing du Roi. Il a cru, pour s'en ſervir ,
nedevoir confulter que la gloiredu Roi &le falut
de l'Etat; & pourvu qu'il fauvât l'une & l'autre , il
n'a compté pour rien de ſe perdre lui-même. Il
lui repréſentefortement qu'iln'y a que l'hymen
de Constance qui puiſle affermir la Couronne fur
ſa tête , qu'en ne l'épouſantpas, il doit craindre
laplusfuneſterévolution pour leRoyaume &pour
lui-même ; qu'il hafarde l'Etat , & fon Trône , &
ſa vie. Guiſcard eſt réſolu de tout braver : mal-
heur à qui ofera lui réſiſter , malheur à Siffredi
Jui-même. Siffredi lui préſente ſon ſein , & lecon--
1
MARS. 1764.
187
Jure enſuited'écouter celui quilui ſervit de père ,
&qui, pour le ſeul avantage de l'Etat & du Roi ,
refuſoit ce qu'un autre peut-être acheteroit d'un
crime. Ilſejette à ſes pieds.
!
>> Vois ton ami , ton père, embraſſanttes genoux;
>> Te conjurer en pleurs de te vaincre toi- même ;
>>A tes pieds avec moi , vois un Peuple qui t'aime,
Etque le Ciel confie àtesſoins paternels.
>>Citoyens, Magiſtrats , Miniſtres desAutels,
>>>Tous ceux de qui la main aux travaux occupée
>>Fait croître la moiſſon de leur ſueur trempée ,
>>>Qui nourriſſent l'Etat ,& ſupportent la faim;
>> Vois le vieillard courbé, l'enfant preſſant le
>>>fein,
Etl'époux, & l'épouſe , & la mère , & la fille,
Tout un grand Peuple enfin compoſant tafa-
>>mille ,
>>>>( Car les Sujets desRois ſontleurs premiers en--
>> fans) ;
>>>Vois-les, dis-je, à tes pieds , incertains & trem--
>> blans :
» Sauvez-nous , diſent-ils , d'une guerre inteſtine :.
Faut-il à l'incendie , au meurtre , à la ruine,
Abandonner encor nos champs & nos cités !
Ah! pourd'autres emplois que nos calamités ,
» Réſerve unfangpour toitoutprêt àſe répandre.
>> Réſiſterez-vous donc à cette voix ſi tendre ?
>> Eh quel triſte bonheur, rapportant toutà ſoi ,
>>>Peut balancer ſon Peuple en l'âme d'un bon
Roi !
188 MERCURE DE FRANCE.
Le vôtre.... Mais , Seigneur ,jevoisqu'elle eft
➡émue.
>> Ah ! ne dérobez point ces larmes à mavue.
>> L'orgueil du Trône , hélas ! n'eſt que trop in-
>humain.
Guiſcardtend la main à Siffredi , & lui repro-
ched'un ton attendri qu'il l'a mis entre deuxpré-
cipices ; que détruire l'eſpoir de Constance, c'eſt
haſarder l'Etat ; que le remplir , c'eſt trahir Blan
che & le ſang deMainfroi.
>> De tous côtés déchiré, combattu ,
>> La vertu dans mon cœur s'oppoſe à la vertu.
Siffredi a fait le mal ; c'eſt à lurà venir à fon
aide. Il faut que le lendemain ilfaſſe au Sénat l'as
veu de ſa témérité , & qu'il appuie les droitsde
Guiſcard de fon fuffrage :
>>A ceprix
>>TonMaître te pardonne, & redevient ton fils.
Siffredi ſent les bontés de ſon Roi ; mais il s'en .
croiroit indigne s'il obéiflair. Guiſcard fort furieux,
endéclarant à Siffredi que Constance ne ſerajamais
quefa Sujette.
しき
>>>Toi , rends grâce à l'amour dont mon cœur eft
>> épris ,
>>>Qui te protége encor lorſque tu le trahis.
MARS. 1764.
SCENE III.
189
Monologue de Siffredi qui réſout de hâter le
mariage de ſa fille avec le Connétable. C'eſt le
ſeul moyende ſauver l'Etat & le Roi. Ce moyen
leperdra : mais s'agit-il de lui ?
SCENE IV.
SIFFREDI & OSMONT.
Civilités réciproques ; Ofmont reclame la pro-
meſſe du Chancelier , & en preſſe l'exécution. Cer
hymen, dit le Chancelier, importe à l'Etat. Ve-
nez : allons à Belmont ; vous y recevrez la main
de Blanche , ſans pompe & fans éclat,
ACTE ΙΙΙ.
La Scène est à Belmont.
Monologue de Blanche, qui ſe croyant trahie
parGuifcard, lui adreſſe des reproches &des plain-
tes ſur toutes les affurances de fidélité qu'il lui
avoitdonnées ce jour même.
>>Ta tendreſſejamais ne fut plus éloquente.
>>>Hélas ! ſansraſſurer ta malheureuſe Amante,
>>Que ne lui diſois-tu que de ſuperbes loix ,
>> Dans la grandeur du Trône , empriſonnent les
२०
>> Rois :
Blanche enauroitgémi; mais moinsinfortunée,
•N'accuſant que ton rang & que fadeſtinée,
>>Elle eût vécu peut-être , &c.
1
190 MERCURE DE FRANCE.
Siffredi arrive , & Blanche fait un vain effort
pour lui cacher ſes larmes & ſon trouble. Siffredi
plaint ſa fille; il ne veut point l'accabler ſous le
poids du reproche. Il devoit prévoir ce qui eſt ar-
rivé , & il s'accuſe lui-même plus qu'il ne la blâ-
me: mais il faut s'armer de courage , & faire un
généreux effort. Il ſeroit trop honteux qu'on pût
croire qu'elle nourrît encore quelqueeſpoird'être
aimée du Roi .
BLANCHE.
>>>Ah ! cet eſpoir , Seigneur , il l'atrop biendétruit.
SIFFREDI.
Il l'adû. De vos feux quel eût été le fruit ?
>>Ta folle paſſion a-t-elle donc pu croire
>> Qu'oubliant ce qu'il doit à ſon peuple, à fa
>>gloire ,
D'un romaneſque amour mépriſable héros ,
>>>Il dût , pour être àtoi , hazarder ſa Couronne ?
Crois-tu que j'eufle ſouffert qu'allumant ſes feux
aux flambeaux de votre hymen,
Que mon fang , que ma fille endevînt la furie
Siffredi lui déclarequ'il n'y auroitjamais conſen
ti. Il eſpère qu'elle n'aura bientôt plus que zèle &
reſpect pour fon Roi. Mais ce n'eſt pas aſſez:
>>>On ne vit pas pour ſoi.
>>>Plusle ſort nous élève au-deſſus du vulgaire ,
>>>Plus il nous met en butte à ce juge ſévère ,
1
>>T'immolant notreſang, nosbiens , notrerepos,
>>> La Diſcorde cruelle embrasât ma Patrie ,
MARS. 1764.
Igr
Qui cherche nosdéfauts , &, ſans reſpect des
>> rangs,
>>>Conſole ſa baſſeſſe en médiſantdesGrands.
Ilfaut le convaincre que ma fille , à l'exemple
dn Roi ,a ſçu ſe vaincre elle-même ,
>>>Et coupant àl'eſpoir ſa derniere racine ,
>>>Prendre un illuſtre époux que ma main te def
>> tine.
Acette propoſition Blanche paroît éperdues
ſon pere lui nomme le Connétable :
>> Il eſt puiſſant , vous aime.
>>Je vois en vain vosyeux de larmes ſe remplir :
>>Ma parole eſt donnée, elle doit s'accomplir,
>>>Et dès aujourd'hui même.
Blanche fait à ſon père les ſupplications les
plus touchantes ; elle ſe jette à ſes pieds , les
baigne de larmes , ajoute aux raiſons les plus
fortes ce qu'elle croit le plus capable d'émou-
voir. Siffredi eſt attendri, mais inébranlabledans
ſesprincipes ; il ne céde point àla pitié. Il décla-
re à Blanche qu'il va lui amener Ofmont. Venez ,
dit-il à Laure qui paroît ;affermiſſez Blanchepar
vos conſeils ; que je la retrouve préparée à m'o-
béïr.
BLANCHE.
>>Non , ce n'eſt qu'àla mort que mon cœur ſe
>>diſpoſe.
>> Quel amour est trahi ! quel devoir on m'im
poſe.
>>>Ah , Laure !
192 MERCURE DE FRANCE.
Laure lui dit qu'elle ne peut approuver
fa
douleur ; queGuifcardne méritepasſes larmes.
Ce n'eſt que du mépris qu'ondoit à ceparjure.
BLANCHE.
>> Sans doute... Mais , hélas ! crois-tu quainſi ſou-
>>dain
Un coeur puifſe paſſer de l'amour au dédain ?
Qu'un ſentiment ſi cher né dans la ſolitude ;
- Par l'eſtime formé , nourri par l'habitude ,
>> Soit détruit auſſitôt qu'on ceſſe d'eſtimer ?
> Longtemps on aime encore en rougifſſant d'ai
>> mer !
Elle apprend à Laure queſon père veut qu'elle
épouse Osmont ; qu'elle l'épouſe cejour même.
LAURE .
- Eh bien , vous êtesoutragée.
>> Ce jour a vu l'affront , il vous verra vangée.
BLANCHE.
>> Vangée ! hélas! ſur qui ? Sur Guiſcard ou fur
>> moi.
Laure lui repréſente avec force tout ce qui
s'eſt paflé au Sénat , on dit , ajoute-t-elle, que
demain il épouſe Conſtance.
BLANCHE."
LAURE .
›Pouvez-vous balancer ?
>>Ah , parjure ,
BLANCHE.
MARS. 1764.
BLANCHE.
>> coœur
M
Dès demain ?
LAURE.
BLANCHE.
>> geur... :
193
On l'affure.
Eh , qu'il étouffe donc , s'il ſe peut, dans ſon
Le cri du ſang d'un père & le remord van-
>>>Laure, je veux t'en croire , un fier dépit me
>>guide.
>>Tu me regretteras, homme lâche & perfide!..
>>>Oui , mon hymen fera ſon tourment & le mien.
>> Il a trahi mon cœur ,j'ai mal connu le ſien ,
D'un repentir tardif il ſera la victime,
>> Je ſervirai d'exemple à celles qu'une eſtime
>>>Dans leur crédule eſpoir trop prompte à ſe
former ,
>>Sous l'appas des vertus engageroit d'aimer.
Laure applaudit à cette réſolution.Que votre
hymen précéde celui de Guiſcard.
>>>Que dans les bras d'Oſmont le perfide vous
>>voie.
Quelle joie !
A
BLANCHE.
Oui dans mon déſeſpoir je goûterai lajoie...
SCENE IV.
Siffredi s'avanceavec Ofmont , il lelepréſente
préſente àà
1
194 MERCURE DE FRANCE.
ſa fille. Ofmont lui ditque l'aveu d'un père au
toriſe ſes feux , mais que ce n'eſtpas affez pour
fon bonheur.
» Croirai-je que du moinsla vertueuſe Blanche
>>>Conſentira ſans peine à former ce beau nœud?
BLANCHE.
>> Seigneur.... l'obéiſſance... unpère... ſonaveu...
Je me meurs........
OSMON T.
>>Ciel!
SIFFREDI.
Ma fille! à peine elle reſpired
BLANCHE.
à Laure .
» Omon père!.. aide-moi... Je ne puis me con
>> duire.
SIFFREDI , à Ofmont.
>> Je la ſuis , pardonnez àmon ſoinpaternel.
OSMONT.
>>>>Jene vousquitte point dans cetroublemortel.
ACTE IV.
Monologue de Blanche qui vient d'épouſer
Ofmont.
>
>>C'en eft donc fait , hélas! un nœud fatal me
>>lie,
>>Mon malheur n'aura plusde terme que ma vie.
» Puiſſe mon père un jour ne ſe point reprocher
>>Le ſacrificeaffreuxqu'il me vientd'arracher !
MARS. 1764 .
195
Veux-tu précipiter mesvieux ans dans latombe?
M'a-t-il dit. A ce mot mon courage ſuccombe:
>> J'ai traîné vers l'Autel mes pas avec terreur.
O ! comment exprimer ce qu'a ſentimoncœur!
Quand à la main d'Olmont j'ai joint ma main
>>> tremblante.
Laure accourt troublée & tenant un biller.
Guifcardl'avoitcommisauxſoinsdeRodolphe qui
n'apule remettre plutôt à Laure.
BLANCHE.
• Quoi Guiſcard.... Il m'écrit! ...Croit-il par une
Lettre...
>> Voyons , Laure... Mais, non... mon cœur m'en
>>preſſe envain ,
» Non , je ne lirai pointun billetque ſa main..
Eh ! que peut-il medire? ...
Laureditque ſon frère proteſteque ſon Mai-
tre eſt innocent , & n'a fait que ſe prêter à la
néceſſité. Qu'il alloit lui expliquer ce myſtère;
mais qu'Ofmont& Siffredi mandés à Palermel'ont
appellé près d'eux. Blanche frappéede ce Dif-
cours , prend la Lettre...
Donne ,
» Ah ! donne.... ma main tremble , & tout mon
* >> corps friffonne...
>>Que tantôt àl'aſpect d'un billet de ſa main
Un trouble différent eût agité mon ſein !
Blanche lit la Lettre où Guiſcard la raſſure,
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
lui dit qu'il la verra ſitôt qu'il en ſera maître
finit , par lui jurer qu'en dépit de tout il n'y a rien
que la mort qui puiſſe l'empêcher d'unir ſon fort
au ſien. Cette lettre jette Blanche dans le plus
grand trouble & le plus grand déſeſpoir : elle
ne peut plus penſer que Guiſcard l'air trahie,
& elle s'en voit pour jamais léparée.
O dépit inſenſé ! trop aveugle courroux !
>> Un inſtant a donc mis un abîme entre nous?
Auroit-elle du ſitôt en croire les apparences ;
devoit elle ſe hâterde perdre ſon amant & elle ?
>>>C'eſt toi qui l'as voulu père trop rigoureux !
>>De ton âge endurci la cruelle prudence ,
>> Un moment de dépir , une folle vangeance ;
Toi-même , Laure hélas , ta fatale amitié,
Vous m'avez tous trahie & mon cœur s'eſt lié.
• Laure s'excuſe ſur ſon zéle , elle accuſele Prince
tout au moins de foibleſſe.
>>L'amour est moins timide en un cœur magna-
>>nime.
BLANCHE , vivement.
>Arrête, Laure,& crains que tatémérité ;
> Ne porte un jugement encor précipité.
► Dans l'abîme déja, c'eſt toi qui m'as pouffée.
Blanche , après bien des agitations ſe déter-
mine enfin à n'avoir aucune explication avecle
MARS. 1764 .
197
Roi , à ne le jamais voir ,à dévorer ſespleurs en
fecret& furtout à bien cacher ſes douleurs à ſon
έρουχ.
>>>Je l'ai vu m'obſerver d'un œil ſombre, inquiet.
>> Il ſembloitde moncœur épier le ſecret ;
>> S'il en eſt encor temps qu'à jamais il l'ignore.
>>Mais périr lentementd'un feuqui vousdévore
>>>Et dans ſon cœur fans ceſſe en étouffer l'éclat,
>> Eprouver au-dedans un douloureux combat ,'
>> Et montrer au dehors un front calme & tran-
>>> quille;
>>Que la vie eſt alors un fardeau difficile !
SCENE III.
LeRoi s'avance.Un tremblement ſaiſitBlanche ,
elle veut fuir , & n'en a pas la force: Guifcardle
jette à ſes pieds avec tranſport. Etonné de ſa
froideur , m'aurois-tu fait l'affront, lui dit-il de
douter de mon cœur ?
>>Ton âme net'a pasrépondudela mierine !
Sçache, lui dit-il , que ton père abuſant de
monſein, a tourné contrenous...
>>Mais quel tourment te preſſe ?...
>>Tu trembles ... tu pâlis ... ma chère Blanche !
BLANCHE , du ton de la douleurla pluspro
fonde.
>> Eh ! laiſſe-moi,Guiſcard.
I iij
-Laille!
1
198 MERCURE DE FRANCE.
GUISCARD.
>>>Moi , te laiſſer ! jamais,
Non , jamais ...A mon cœur il faut rendre la
»paix;
>> Il faut qu'àton amant cette bouche adorée
>>Renouvelle lafoi ...
BLANCHE.
>> Mon âme eſt déchirée ?
>>O crime irréparable !
GUISCARD , vivement.
>>>Il ne l'eſt pas : eh bien
>>Ton coeur s'eſt trop hâté de condamner le
>> mien :
>>Tu devois mieux connoître un Amantqui t'a-
->>dore.
>>Mais tout eſt réparé , ſi tu m'aimes encore....
>>>Dis que je fuis aimé.
La réſiſtance de Blanche, ſon trouble, ſon em
barras , tout annonce à Guiſcard un ſecret qu'on
lui cache. Il preſſe Blanche de s'expliquer. Après
pluſieurs repliques de part &d'autre , ellelui ap-
prend qu'Ofmont eſt ſon époux.
Ofmont !
GUISCARD .
» Il eſt trop vrai.
GUISCARD .
>> Je reſte confondu....
2
Ton époux ! .. Que dis-tu
BLANCHE.
MARS. 1764.
>>>Qu'as-tu fait , juſte ciel ?
BLANCHE.
>>Une fatale erreur ....
»Tu l'aimois... oui.
199
>> L'autorité d'un père,
GUISCARD.
>> Perfide ! elle t'eſt chère "
>> Cette erreur que l'amour auroit ſçu démentir.
>> Penſes-tu m'abuſer par un vain tepentir ?
>>Oſmont , o ciel ! Oſmont poſſeder tant de char-
BLANCHE..
Cruel !
GUISCARD.
>>>Je vois couler tes larmes.
► Que fervent à préſent ces regrets ſuperflus ?
>>Toi ſeul as pu nous perdre , & tu nous asperdus.
>>Ciel ! tandis qu'accuſant l'éternité des heures ,
>> Mon cœur impatientvoloit vers ces demeures ,
>>Blanche me trahiſſoit !
BLANCHE.
>> Eh bien ! tu dois haïr
>>Celle qui t'adoroit , & quit'a pu trahir.
>>Je netedirai point que mon père... que Laure...
>>>Plus àplaindre quetoi,je m'accuſe & m'abhorre.
>>Va , d'un fatal amour perds juſqu'au ſouvenir ;
>> Laiſſeà montriſte cœur le ſoin de me punir ,
>>Etfuis-moipourjamais.
Liv
200 MERCURE DE FRANCE.
GUISCARD.
Ma vie eſtdet'aimer.
Demande donc ma
Mais non , ajoute-t-il, tu n'as pu trahir tes
vœux &les miens;tun'aspu former ces nœuds
auxquels on t'a contrainte; tafoi m'étoit engagée.
> Oui , tes fermens d'avance avec moi t'ont liée
>> Cette main eſt à moi. ( il luiprend la main. )
OSMONT , qui arrive ence moment.
>>> Madame , oubliez- vous
→Qu'elle vient d'être unie à celled'un époux ?
BLANCHE.
>> Non. Ces nœuds ſont ſacrés , & mon cœur les
>> révère.
Siffredi paroît ; ellecourt à lui, & fort enle con-
jurant de détourner les maux qu'elle prévoit.
LeConnétable parle fièrement au Roi ; Siffredi
lui oppoſe lesdroits de père & d'époux ; Guifcard
reproche à Siffredi l'abus qu'il a faitde ſa ſigna-
ture Il ſoutient que Blanche entraînée aux Autels
n'a pu engager à Ofmont la foi; que ſes nœuds
l'effet de la ſurpriſe & de la violence , ſont nuls
que fondé fur la promeſſedeBlanche , & armé de
ſa toute-puiffance , il les fera briſer par la loi , &
il fort en diſant au Connétable :
>> Si le jour t'eſt cher, déſormais n'enviſage ,
>> Qu'avec l'œil d'un Sujet ſoumis & repentant ,
>>>Celle qu'aime ton Maître, & que mon Trône
>>>attend. Ilfort.
:
MARS. 1764.
201
Ofmont furieux s'emportecontre latyranniede
Guifcard; il ne veut plus le reconnoître pourRoi.
Ilcourt à Palerme déſabuſer Constance& les amis.
Siffredi, en blåmant le Roi , tâche à détourner le
Connétabledes partisviolens : celui- cirejette tous
les partis modérés. En ce moment, Rodolphe pa-
roît àla tête des Gardes ; Ofmont, forcé d'obéir ,
lui rend ſon épée, & leſuit au Fort, où Rodolphe
a ordre de le conduire. Siffredi le quitte en luidi-
fantqu'il va trouver le Roi:
>> Mesyeux par le ſommeilne ferontpas fe més,
Quevous ne ſoyez libre, & les eſpritscalmés.
ACTE
Ilfaitnuit.
V.
SCENE PREMIERE.
Monologue de Siffredi. Il a vu le Roi : leCon-
nétable ſera libre aux premières traces du jour ,
mais le Roi perſiſte à ne pas vouloir le reconnoî-
tre pour époux deBlanche. Réflexions ſur les paf
fionsdes Rois. Retour de Siffredi ſur lui-même.
SCENE II.
OSMONT & SIFFREDI
Oſmont a obtenu du Commandant du Forr,
qui eſt ſa créature, d'en ſortir , à conditiond'y
rentreravant lejour. Il ne reſpire que vengeance
& fureur. Siffredi tâche de le ramener àdes partis
modérés; Ofmont lui oppoſel'honneur......
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
4
SIFFREDI .
>>N'appellez point honneur cet enfant de l'or-
gueil ,
>>Eternel artifan dediſcordre&dedeuil,
>> Qui , toujours altéré de ſang&de vengeance,
>>N'eſt jamais affez grand pour pardonner l'of-
>>fenſe ;
>>>Qui , ſuperbe & farouche , immole tout à ſoi,
>>>Et prend le préjugé , non la vertu , pour loi.
Siffredi lequitte, en lui diſant qu'il fera de nou-
veaux efforts auprès du Roi.
>> S'il perfiſte à n'avoir que ſon defir pour loi ,
>Je ne partagerai vos complots ni fon crime ;
>>Maisje ferai , Seigneur , ſa première victime.
Ofmont, àqui la modération de Siffredi eſt ſuf-
pecte, &qu'elle ne rend que plus furieux , réſout
de s'aſſurerde Blanche avant que de rentrer au
Fort.
>>J'ai des amis tout prêts, la nuit me favoriſe ;
>>>Allons lesdiſpoſer autour de ce Palais.
>> Il fautde mon projet aſſurer leſuccès,
>>>Il fautpouvoir forcer mon épouſe àme fuivre...
>>Ah! dans lesnoirs tranſports auxquels mon cœur
1
∞ſe livre,
>>>>Elle, Guiſcard& moi,je puistoutimmoler.
>>J'entendsdu bruit. Sortons.( ilfort.)
Blanche entre fuivie de Laure
leRoi.
MARS. 1764.
LAURE.
203
>>> Où voulez-vous aller ?
>>Errante en ce Palais , votre douleur muette
>> Ypromène au haſard ſa démarche inquiette ;
>>Et pourſuivant en vain un repos qui vous fuit...
BLANCHE .
→Abandonnemon âme au troublequi la fuit:
Vas , laiſſe-moi , ton ſoin m'importune & me
› gêne.
LAURE.
>>Moi , vous laiſſer, ô Ciel ! & lorſqu'àvotrepeine
>> Une effroyable nuit ajoute ſon horreur !
BLANCHE .
>>>Unehorreur plus affreuſe eſt au fondde mon
cœur.
Blanche oblige Laure à fortir.
>>>Laiſſe-moi ...jeleveux ... mon amitié l'exige.
>>Tes conſeils m'ont perdue.
Blanche reſte ſeule en proie aux agitations &
aux tourmensde fon cœur.Après s'y être livrée
quelque temps , elle ſe jette dans un fauteuil.
>>Ne puis-je me calmer ? .. La terreur me pour
>>>fuit.
>>>Quepour les malheureux l'heurelentementfuit!
>>>Qu'une nuitparoît longueà ladouleurqui veilles
Elleentend du bruit , elle ſe léve effrayée. C'eſt
Ivj
204 MERCURE DE FRANCE.
GUISCARD.
>>>Raſſure- toi-
>>J'ai ſçu meménager une ſecrette entrée.
BLANCHE .
Comment en vous voyant puis-je être raſſurée !..
GUISCARD , l'interrompant.
>> O Blanche ! écoute-moi : le temps eſtprécieux.
> Rodolphe avec magarde attend près de ces lieux,
>>Et le trajet eſt court de Belmont à la Ville.
>>>Il faut me ſuivre ; viens , un reſpectable aſyle ..
BLANCHE.
> Qu'oſez-vous dire , ô Ciel ! & que propoſez-
>> vous ?
>> Un aſyle ! En eſt-il qu'auprèsde mon époux?
>>Guiſcard à ma vertu réſervoit cet outrage !
>>Avez- vous oublié qu'un nœud facré m'engage ?
>> Et que l'honneur me fait un auſtère devoir
>>Dene jamaisoſer vous entendre & vous voir ?
>>Que je ne dois ſongerqu'à bannir de mon âme
>> Le ſouvenir trop cher d'une première flâme ?
>>Que vous devez mefuir? & qu'épouſed'Oſmont,
» Votre amour déſormais n'eſt pour moiqu'un
>> affront ?
Non , dit Guiſcard , tu ne l'es pas : Ofimont eſt
ton raviſſeur. On a ſurpris ta foi. Si la Loi te dé
gage & te permet ....
MARS. 1764.
BLANCHE.
250
>> Seigneur ,
> La Loi permetſouvent ce que défend l'honneur.
Guiſcard inſiſte , Blanche demeure ferme; on
voit tout ce qu'il en coûte à ſon cœur ;un ſenti-
ment trop tendre lui échappe ,elle s'en apperçoit,
revient ſur elle-même , & , avec un effort marqué ,
elle dit à Guiſcard ,
» Plaignez , mais reſpectez la chaîne qui me lie,
> Et recevez de Blanche un éternel adieu.
Guiſcarddit qu'il ne le reçoit point ; un affreux
déſeſpoir s'empare de lui.
» Je ne me connois plus; Blanche veut que je
>> meure;
» Oui , tu le veux....... Eh bien , j'obéis, & fur
>>>l'heure
» Ce fer ....
BLANCHE.
>>>Guiſcard, arrête ,ou le plonge en mon ſein..
>>>Termine par pitié mon malheureux deſtin.
>>C'en est trop... Jeſuccombe àma peine cruelle,
>> Au nom de cet amour! ..
GUISCARD.
>>Trahi par toi , cruelle t
BLANCHE.
:
Oui , j'ai trahi l'amour , mais il reſte àmon
» cœur
206 MERCURE DE FRANCE.
>>La vertu qui conſole au comble du malheur,
» Veux-tu me la ravir ?
>>gloire ?
► Non....
>> vangeance ;
> Défends-toi.
:
Ils ſe battent.
....
veux-tu fouiller ma
>> Si je pouvois, cruel , & te ſuivre , & te croire ;
>> Serois-je digne encor , &dujour , & de toi ?
GUISCARD ..
>Ne lui reproche rien.
>> Je meurs à tespieds.
Dans ce moment Ofmont arrive.
> Guiſcard aux pieds de Blanche ! A moi ,Tyran,
GUISCARD.
>>>Songe , traître , à ta propre défenſe..
Ofmont tombe mortellement
bleſlé; Blanche court à lui ; il ſe ranime , & luj
plonge ſon épéedans le ſein.
>>>Femme perfide , meurs.
Siffredi entrealors, voit ſon gendre mort , &fa
filleexpirante.
► Contemple ton ouvrage, lui dit Guifcard.
BLANCHE , à Guifcard.
» O ! ſi je te fus chère , accorde-m'en le gage :
SIFFREDI.
Infortuné vieillard !
MARS. 1764.
àGuifcard.
BLANCHE .
>>card;
>>donne....
àfonpère.
GUISCARD.
207
>> Conſoles ſes vieux ans.... Vous , conſolez Guif-
>>>L'un à l'autre, en mourant, ma tendreſſevous
>> La lumière me fuit ... la force m'abandonne.
>>Ciel! prends pitié de moi..... Guiſcard ..... ta
>> main ? ... Je meurs .
Elleexpire ! La mort réunira nos cœurs.
Ilveutse tuer , on ledéfarme.
Ce que les bornes d'un Extrait nous
ont fait fupprimer de vers , eſt en perte
pour la gloire de l'Auteur & pour le plai-
fir des Lecteurs. Nous exhortons ces
derniers à fe procurer la lecture de l'Ou-
vrage en entier. CetteTragédie ſe trouve
imprimée , à Paris , chez SEBASTIEN
JORRY , Imprimeur- Libraire , rue &
vis-à-vis de la Comédie Françoife.
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Résumé : EXTRAIT DE BLANCHE & GUISCARD, Tragédie de M. SAURIN, de l'Académie Françoise. Représentée pour la première fois le 25 Septembre 1763, & reprise le 23 Janvier 1764.
La pièce 'Blanche & Guiscard' est une tragédie représentée pour la première fois le 25 septembre 1763 et reprise le 23 janvier 1764. Inspirée de 'Tancrède et Sigismonde' de Tomson et d'un épisode du roman 'Gil Blas', l'action se déroule en Sicile, principalement à Palerme et à Belmont. Les personnages principaux incluent le Comte de Guiscard, le Comte Osmont, Siffredi, Blanche, Laure, Rodolphe et des gardes. L'intrigue commence avec la mort imminente de Guillaume le Bon, roi de Sicile, empoisonné par son frère Guillaume le Mauvais. Guillaume le Bon avait épargné le fils de Mainfroi, son prédécesseur, confié à Siffredi pour être élevé sans connaître sa véritable identité. Ce fils, Guiscard, est amoureux de Blanche, la fille de Siffredi, et réciproquement. À l'annonce de la maladie du roi, Blanche craint des troubles politiques. Siffredi révèle à Blanche que le roi est mort et a reconnu Guiscard comme héritier, à condition qu'il épouse Constance pour assurer la paix. Cependant, Siffredi avait promis Blanche au Comte Osmont, allié politique crucial. Guiscard, informé de la mort du roi et de la nécessité d'épouser Constance, hésite en raison de son amour pour Blanche. Siffredi insiste sur l'importance de ce mariage pour la stabilité du royaume. Lors d'une assemblée au Sénat, le testament du roi est lu, confirmant le mariage de Guiscard avec Constance. Blanche, amoureuse de Guiscard, est envoyée à Belmont par Siffredi. Guiscard, furieux, accuse Siffredi de manipulation. Siffredi justifie ses actions par l'amour de son devoir et la nécessité de protéger l'État. Blanche, croyant être trahie par Guiscard, est consolée par Siffredi, qui lui demande de renoncer à son amour pour le roi et d'accepter un mariage avec Osmont. Blanche épouse Osmont malgré sa réticence et reçoit une lettre de Guiscard jurant son innocence et son amour. Blanche décide de ne plus voir Guiscard et de cacher ses douleurs. Dans une scène ultérieure, Guiscard exprime son amour et son incompréhension face à son apparent rejet. Une altercation éclate entre Guiscard et Osmont, se terminant par la mort des deux hommes. Blanche, blessée mortellement par Osmont, meurt peu après. Siffredi assiste impuissant à cette tragédie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4634
p. 208-215
REMARQUES SUR BLANCHE ET GUISCARD.
Début :
ON convient généralement que le Sujet de cette Tragédie est un des plus [...]
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texteReconnaissance textuelle : REMARQUES SUR BLANCHE ET GUISCARD.
REMARQUES
SUR BLANCHE ET GUISCARD.
ON convient généralement que le
Sujet de cette Tragédie est un des plus
tragiques qu'il ſoit poffible de choifir ,
&des plus propres à produire ungrand
intérêt. L'Auteur avertit , dans l'édition
de cette Piéce , qu'elle eſt imitée de feu
TOMSON. Les critiques qui ont porté
fur l'intrigue , fur les moyens & fur une
partie de la conduite , ne peuvent donc
regarder l'Auteur François. Il a cru de-
voir ne changer que les noms des deux
principauxPerſonnages ,dans une Piéce
qui avoit eu le plus grand ſuccès en
Angleterre. Le Public de Paris ne pen-
ſe, ne juge & ne s'affecte pas toujours
de même que celui de Londres. Les
Anglois , dans leurs plus grandes Tra-
gédies , n'employent ſouvent que de
fort petites machines pour en nouer
toute l'intrigue. La fameuſe Piéce , in-
titulée Otello , dans laquelle un mou-
choir de col fait la cauſe & le mobile
de toute l'action tragique en eſt , entre
autres , une preuve affez remarquable.
1
MARS. 1764.
209
Dans Tancréde & Sigismonde , dont
Blanche & Guifcard eſt l'imitation, un
Lecteur François ſe prête difficilement
à la ſupercherie d'un grand Chancelier ,
par l'abus qu'il fait du blanc ſeing de
ſon Roi. M. SAURIN a voulu nous
faire jouir d'un Sujet qui enrichit le
Théâtre Anglois. Pouvoit-il nous le
faire connoître ſans en laiſſer ſubſiſter
la principale machine ? C'eût été en
changer la conſtitution , ce n'auroit plus
été le même Sujet ni la même Piéce.
Mais fans recufer abfolument les cen-
fures de ce moyen ; examinons ſi les
égaremens dans lesquels entraîne un
Fanatiſme patriotique , qui abuſe par
ſes motifs & par fon objet, font telle-
ment hors de l'ordre moral des actions
humaines qu'ils ne puiſſent être in-
troduits fur la Scène. On ne peut con-
teſter qu'il réſulte de l'imprudence har-
die du grand Chancelier , les ſituations
les plus touchantes & des incidens fort
tragiques. Sans cette imprudence , fans
l'abus du blanc ſeing,Guifcard & Blan-
che ne ſe trouveroient pas dans une for-
tede néceſſité , l'un de paroître perfide
aux yeux d'une Amante adorée , l'autre
de ſe livrer au dépit qui doit naître
d'une erreur fi fatale. Le pathétique de
210 MERCURE DE FRANCE.
cette ſituation a ému juſqu'aux lar
mes. Nous convenons que le coloris
des détails,la manière dont M. SAURIN
traite ce Sentiment a beaucoup de part
à cette impreffion , mais le fond de
l'intérêt n'en eft pas moins dans la fi-
tuation des Perſonnages. Pourquoi ,
demandera - t-on , cette émotion mo-
mentanée n'a- t- elle pas influé fur
l'effet général de l'Ouvrage , dans l'o-
pinion & même dans le ſentiment de
quelques Spectateurs ? Cela vient peut-
être , ( il eſt importantde le remarquer)
de ce que les Perſonnages du princi-
pal intérêt ne font pas d'abord affezcon-
nus. On ne ſçaitpas ſeulement le nom
P
du bon Prince dont on déplore la perte
au commencement de laPiéce ; de ce
Roi dont le fort& les vertus donnent
lieu à de très-beaux détails
,
mais
ce qu'il y a de plus effentiel , dont
les dernières volontés occafionnent le
premier mouvementde l'action. L'origi.
ne de Guifcard reſte obſcure,pour bien
des gens peu inſtruits , quelque temps
après l'expofition. Si cette cenfure eſt
juſte , elle n'eſt encore applicable qu'à
l'AuteurAnglois.Dans quelleslangueurs
M. SAURIN aura-t-il ſenti que le feroit
MARS. 1764.
21 F
tomber le détail de l'établiſſement des
Héros Normands en Sicile ! D'ailleurs
cette circonstance hiſtorique n'eſt pas
généralement préſente à la mémoire.
Quand elle le feroit; la Sicile offre-t-elle
un théâtre affez impoſant pour affecter
fortement en faveur des Perſonnages ?
Toutes ces conſidérations contribuent ,
plus qu'on ne penſe , au degré d'intérêt
dramatique. Cette forte d'intérêt n'a
qu'une ſource idéale ; au lieu que ,
dans la nature , l'action , l'objet frappe
parpar ſoi-même. Dans le Drame , c'eſt à
l'imagination que l'on parle ; c'eſt par
elleque naît la première cauſe du fenti-
ment. Il faut donc commencer par la
féduire , par lui imprimer une fortede
vénération , prèſque machinale , pour
les objets intéreſſans ; fans quoi les
moyens les mieux concertés n'ont fou-
vent que peud'effet. Tous ces inconvé
niens font d'une difficulté prèſqu'infur-
montable , dans les ſujets de fiction mo-
derne , ou puiſés dans des Hiftoires par-
ticulières. Il n'en eſt pas de même lorf-
que les noms ſeuls , quelquefois même
les Sites de la Scène expofent , & prépa-
rent en même temps à l'émotion du
cœur.
Quelles que foient les diverſes opi
212 MERCURE DE FRANCE .
nions fur le fond conſtitutif de cette
Tragédie , nous n'aurons quedes éloges,
ou plutôt une juſtice généralement ren-
due , à publier ſur la pureté , l'élégance
& l'agrément du ſtyle. Les Ouvrages
précédens de M. SAURIN , ont ſuffifa-
ment prouvé beaucoup de talent pour la
conftitution du Drame , ainſi que pour
cette forte de Poëfie philoſophique ,
qu'aujourd'hui nous pouvons diſputer
aux Anglois. On a vu de ce même Au-
teur des caractères d'une touche ferme
& male , juſques dans les tendreſſesde
l'amour. On retrouve dans ce nouvel
Ouvrage ce qui a caractériſé tous ceux
de l'Auteur. Une verfification qui ne fa-
crifie point au brillant des mots & des
tours la folidité des choſes,de plus une ef
péce de profondeur morale dans les pen-
fées , dont les teintes pourroient donner
quelquefois un peude fombre au coloris
général , mais qui eſt affectueuſement
adoucie dans Blanche par l'expreffion
d'un ſentiment vif & touchant. Tout
Lecteur jufte & éclairé nous aura préve-
nus ſur cet éloge , par laſeule lecture des
vers rapportés dans notre Extrait. En li-
fant la Piéce en entier , il ſera plus con-
firmé dans ce jugement.
Nous ne pouvons ni ne devons nous
*Spartacus , &c.
MARS. 1764.
213
diſpenſer d'obſerver que l'impreſſion de
cette Tragédie auroit été encore plus
forte au Théâtre , fans le déplace-
ment des Acteurs dans les rôles de Guif-
card & d'Ofmont. Que l'on nous per
mette , avant de finir , quelques réflé-
xions générales à cette occafion , puiſées
dans le vœu général des connoiffeurs.
Indépendamment des rappports d'âge ,
de figure,ou de forme réelle,de celui qui
repréſente,avec la forme idéale du Per-
ſonnage repréſenté, ( conditions très-
effentielles pour l'illuſion ) il eſt encore
dans l'art de la repréſentation théâtrale ,
ainſi que dans tous les autres , une cer-
taine manière propre à chaque Acteur ,
quoiquedans le même genre de talens ,
laquellea plus ou moins d'analogie avec
le caractère donné à chacun des Perſon-
nages d'un Drame. C'eſt de la juſteſſede
ces divers rapports que dépend certaine-
ment la meilleure diſtribution dans
les rôles. Lorſque cette juſteſſe eſt
tant ſoit peu altérée , c'eſt toujours aux
dépens de quelques rôles. Lorſqu'elle
eſt ſenſiblement violée , l'effet en eſt
d'autant plus dangereux pour l'Ouvrage ,
que bien des Spectateurs ne penſent pas
àla véritable cauſe; & que dans ceux
qui l'ont apperçue , le coup eſt porté
214 MERCURE DE FRANCE.
par le ſentiment.D'où il arrive que le dé-
faut de convenance dans les rôles , eſt
ſouvent pris pour le défaut de la Piéce
même : ce qui néanmoins nedétruit pas
toujours le mérite du jeu de certains Ac-
teurs, ni celui des efforts qu'ils font
pour réparerle vice de diſtribution. C'eſt
alors unmalheur de plus pour l'Auteur ,
auquel tout eſt ſeul imputé par la Cri-
tique.
Il feroit donc d'une néceffité bien
importante, pour la fatisfaction du Pu-
blic , pour l'intérêtdes Auteurs, & pour
l'honneur des Acteurs , que ces derniers
renonçaſſent à de vaines & puériles
prérogatives d'ancienneté ou d'emploi
pour la prééminence des rôles.
Préé-
minence ſouvent fi mal entendue ! Le
premier rôle , pour l'Acteur diftin-
gué par ſa ſupériorité , ſera toujours
celui auquel le caractère de fon
talent & de ſa figure conviendra le
mieux; ce rôle fût-il le moins étendu
de la Piéce & le dernier dans l'ordre
des conditions ou dans l'ordre de
l'action des Perſonnages. On citeroit
une fouled'exemples , s'il en falloit pour
prouverl'évidence. Que l'on ſe rappelle
ſeulement quel rôle Mlle CLAIRON
avoit fait de celui d'une Eſclave dans
MARS. 1764.
215
le Catilina de CRÉBILLON. Que l'on
voyé aujourd'hui ce qu'eſt devenu le
rôle d'Iphigénie , autrefois le premier
dans la Tragédie de Racine,depuis que
la même Actrice a pris celui d'Eriphile ,
&c , &c. Combien de pareils exemples
fur tous les Théâtres ! Heureux celui
dont les Acteurs auront la courageuſe
raiſon de s'oppoſer eux-mêmes à la dé-
férence des Auteurs pour les droits de
cette faufſe étiquetté.
M. SAURIN a conſacré ſa reconnoif-
fance pour Mlle CLAIRON ,non-feule-
ment dans l'Avertiſſement qui précéde
ſå Piéce, mais encore par les vers qu'il
lui a adreſſés , en lui en envoyant un
Exemplaire.
SUR BLANCHE ET GUISCARD.
ON convient généralement que le
Sujet de cette Tragédie est un des plus
tragiques qu'il ſoit poffible de choifir ,
&des plus propres à produire ungrand
intérêt. L'Auteur avertit , dans l'édition
de cette Piéce , qu'elle eſt imitée de feu
TOMSON. Les critiques qui ont porté
fur l'intrigue , fur les moyens & fur une
partie de la conduite , ne peuvent donc
regarder l'Auteur François. Il a cru de-
voir ne changer que les noms des deux
principauxPerſonnages ,dans une Piéce
qui avoit eu le plus grand ſuccès en
Angleterre. Le Public de Paris ne pen-
ſe, ne juge & ne s'affecte pas toujours
de même que celui de Londres. Les
Anglois , dans leurs plus grandes Tra-
gédies , n'employent ſouvent que de
fort petites machines pour en nouer
toute l'intrigue. La fameuſe Piéce , in-
titulée Otello , dans laquelle un mou-
choir de col fait la cauſe & le mobile
de toute l'action tragique en eſt , entre
autres , une preuve affez remarquable.
1
MARS. 1764.
209
Dans Tancréde & Sigismonde , dont
Blanche & Guifcard eſt l'imitation, un
Lecteur François ſe prête difficilement
à la ſupercherie d'un grand Chancelier ,
par l'abus qu'il fait du blanc ſeing de
ſon Roi. M. SAURIN a voulu nous
faire jouir d'un Sujet qui enrichit le
Théâtre Anglois. Pouvoit-il nous le
faire connoître ſans en laiſſer ſubſiſter
la principale machine ? C'eût été en
changer la conſtitution , ce n'auroit plus
été le même Sujet ni la même Piéce.
Mais fans recufer abfolument les cen-
fures de ce moyen ; examinons ſi les
égaremens dans lesquels entraîne un
Fanatiſme patriotique , qui abuſe par
ſes motifs & par fon objet, font telle-
ment hors de l'ordre moral des actions
humaines qu'ils ne puiſſent être in-
troduits fur la Scène. On ne peut con-
teſter qu'il réſulte de l'imprudence har-
die du grand Chancelier , les ſituations
les plus touchantes & des incidens fort
tragiques. Sans cette imprudence , fans
l'abus du blanc ſeing,Guifcard & Blan-
che ne ſe trouveroient pas dans une for-
tede néceſſité , l'un de paroître perfide
aux yeux d'une Amante adorée , l'autre
de ſe livrer au dépit qui doit naître
d'une erreur fi fatale. Le pathétique de
210 MERCURE DE FRANCE.
cette ſituation a ému juſqu'aux lar
mes. Nous convenons que le coloris
des détails,la manière dont M. SAURIN
traite ce Sentiment a beaucoup de part
à cette impreffion , mais le fond de
l'intérêt n'en eft pas moins dans la fi-
tuation des Perſonnages. Pourquoi ,
demandera - t-on , cette émotion mo-
mentanée n'a- t- elle pas influé fur
l'effet général de l'Ouvrage , dans l'o-
pinion & même dans le ſentiment de
quelques Spectateurs ? Cela vient peut-
être , ( il eſt importantde le remarquer)
de ce que les Perſonnages du princi-
pal intérêt ne font pas d'abord affezcon-
nus. On ne ſçaitpas ſeulement le nom
P
du bon Prince dont on déplore la perte
au commencement de laPiéce ; de ce
Roi dont le fort& les vertus donnent
lieu à de très-beaux détails
,
mais
ce qu'il y a de plus effentiel , dont
les dernières volontés occafionnent le
premier mouvementde l'action. L'origi.
ne de Guifcard reſte obſcure,pour bien
des gens peu inſtruits , quelque temps
après l'expofition. Si cette cenfure eſt
juſte , elle n'eſt encore applicable qu'à
l'AuteurAnglois.Dans quelleslangueurs
M. SAURIN aura-t-il ſenti que le feroit
MARS. 1764.
21 F
tomber le détail de l'établiſſement des
Héros Normands en Sicile ! D'ailleurs
cette circonstance hiſtorique n'eſt pas
généralement préſente à la mémoire.
Quand elle le feroit; la Sicile offre-t-elle
un théâtre affez impoſant pour affecter
fortement en faveur des Perſonnages ?
Toutes ces conſidérations contribuent ,
plus qu'on ne penſe , au degré d'intérêt
dramatique. Cette forte d'intérêt n'a
qu'une ſource idéale ; au lieu que ,
dans la nature , l'action , l'objet frappe
parpar ſoi-même. Dans le Drame , c'eſt à
l'imagination que l'on parle ; c'eſt par
elleque naît la première cauſe du fenti-
ment. Il faut donc commencer par la
féduire , par lui imprimer une fortede
vénération , prèſque machinale , pour
les objets intéreſſans ; fans quoi les
moyens les mieux concertés n'ont fou-
vent que peud'effet. Tous ces inconvé
niens font d'une difficulté prèſqu'infur-
montable , dans les ſujets de fiction mo-
derne , ou puiſés dans des Hiftoires par-
ticulières. Il n'en eſt pas de même lorf-
que les noms ſeuls , quelquefois même
les Sites de la Scène expofent , & prépa-
rent en même temps à l'émotion du
cœur.
Quelles que foient les diverſes opi
212 MERCURE DE FRANCE .
nions fur le fond conſtitutif de cette
Tragédie , nous n'aurons quedes éloges,
ou plutôt une juſtice généralement ren-
due , à publier ſur la pureté , l'élégance
& l'agrément du ſtyle. Les Ouvrages
précédens de M. SAURIN , ont ſuffifa-
ment prouvé beaucoup de talent pour la
conftitution du Drame , ainſi que pour
cette forte de Poëfie philoſophique ,
qu'aujourd'hui nous pouvons diſputer
aux Anglois. On a vu de ce même Au-
teur des caractères d'une touche ferme
& male , juſques dans les tendreſſesde
l'amour. On retrouve dans ce nouvel
Ouvrage ce qui a caractériſé tous ceux
de l'Auteur. Une verfification qui ne fa-
crifie point au brillant des mots & des
tours la folidité des choſes,de plus une ef
péce de profondeur morale dans les pen-
fées , dont les teintes pourroient donner
quelquefois un peude fombre au coloris
général , mais qui eſt affectueuſement
adoucie dans Blanche par l'expreffion
d'un ſentiment vif & touchant. Tout
Lecteur jufte & éclairé nous aura préve-
nus ſur cet éloge , par laſeule lecture des
vers rapportés dans notre Extrait. En li-
fant la Piéce en entier , il ſera plus con-
firmé dans ce jugement.
Nous ne pouvons ni ne devons nous
*Spartacus , &c.
MARS. 1764.
213
diſpenſer d'obſerver que l'impreſſion de
cette Tragédie auroit été encore plus
forte au Théâtre , fans le déplace-
ment des Acteurs dans les rôles de Guif-
card & d'Ofmont. Que l'on nous per
mette , avant de finir , quelques réflé-
xions générales à cette occafion , puiſées
dans le vœu général des connoiffeurs.
Indépendamment des rappports d'âge ,
de figure,ou de forme réelle,de celui qui
repréſente,avec la forme idéale du Per-
ſonnage repréſenté, ( conditions très-
effentielles pour l'illuſion ) il eſt encore
dans l'art de la repréſentation théâtrale ,
ainſi que dans tous les autres , une cer-
taine manière propre à chaque Acteur ,
quoiquedans le même genre de talens ,
laquellea plus ou moins d'analogie avec
le caractère donné à chacun des Perſon-
nages d'un Drame. C'eſt de la juſteſſede
ces divers rapports que dépend certaine-
ment la meilleure diſtribution dans
les rôles. Lorſque cette juſteſſe eſt
tant ſoit peu altérée , c'eſt toujours aux
dépens de quelques rôles. Lorſqu'elle
eſt ſenſiblement violée , l'effet en eſt
d'autant plus dangereux pour l'Ouvrage ,
que bien des Spectateurs ne penſent pas
àla véritable cauſe; & que dans ceux
qui l'ont apperçue , le coup eſt porté
214 MERCURE DE FRANCE.
par le ſentiment.D'où il arrive que le dé-
faut de convenance dans les rôles , eſt
ſouvent pris pour le défaut de la Piéce
même : ce qui néanmoins nedétruit pas
toujours le mérite du jeu de certains Ac-
teurs, ni celui des efforts qu'ils font
pour réparerle vice de diſtribution. C'eſt
alors unmalheur de plus pour l'Auteur ,
auquel tout eſt ſeul imputé par la Cri-
tique.
Il feroit donc d'une néceffité bien
importante, pour la fatisfaction du Pu-
blic , pour l'intérêtdes Auteurs, & pour
l'honneur des Acteurs , que ces derniers
renonçaſſent à de vaines & puériles
prérogatives d'ancienneté ou d'emploi
pour la prééminence des rôles.
Préé-
minence ſouvent fi mal entendue ! Le
premier rôle , pour l'Acteur diftin-
gué par ſa ſupériorité , ſera toujours
celui auquel le caractère de fon
talent & de ſa figure conviendra le
mieux; ce rôle fût-il le moins étendu
de la Piéce & le dernier dans l'ordre
des conditions ou dans l'ordre de
l'action des Perſonnages. On citeroit
une fouled'exemples , s'il en falloit pour
prouverl'évidence. Que l'on ſe rappelle
ſeulement quel rôle Mlle CLAIRON
avoit fait de celui d'une Eſclave dans
MARS. 1764.
215
le Catilina de CRÉBILLON. Que l'on
voyé aujourd'hui ce qu'eſt devenu le
rôle d'Iphigénie , autrefois le premier
dans la Tragédie de Racine,depuis que
la même Actrice a pris celui d'Eriphile ,
&c , &c. Combien de pareils exemples
fur tous les Théâtres ! Heureux celui
dont les Acteurs auront la courageuſe
raiſon de s'oppoſer eux-mêmes à la dé-
férence des Auteurs pour les droits de
cette faufſe étiquetté.
M. SAURIN a conſacré ſa reconnoif-
fance pour Mlle CLAIRON ,non-feule-
ment dans l'Avertiſſement qui précéde
ſå Piéce, mais encore par les vers qu'il
lui a adreſſés , en lui en envoyant un
Exemplaire.
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Résumé : REMARQUES SUR BLANCHE ET GUISCARD.
Le texte discute de la tragédie 'Blanche et Guiscard', adaptée par M. Saurin à partir de 'Tancrède et Sigismonde' de Tomson. Saurin a modifié les noms des personnages principaux pour mieux correspondre au goût du public parisien. La critique note que les dramaturges anglais, comme dans 'Otello', utilisent souvent des éléments simples pour structurer leurs intrigues. L'intrigue de 'Blanche et Guiscard' met en scène un chancelier abusant du blanc-seing de son roi, ce qui entraîne des conséquences tragiques pour les protagonistes. La pièce explore la question de la justification du fanatisme patriotique menant à des actions immorales sur scène. Malgré des moments poignants créés par l'imprudence du chancelier, l'émotion générée n'a pas suffi à assurer le succès de la pièce. Les personnages principaux ne sont pas suffisamment introduits dès le début, ce qui nuit à l'intérêt dramatique. De plus, les détails historiques sur les héros normands en Sicile ne sont pas familiers au public, compliquant ainsi leur immersion. L'auteur souligne l'importance de préparer l'imagination du spectateur pour renforcer l'impact émotionnel. Le style de M. Saurin est apprécié pour sa pureté, son élégance et son agrément, particulièrement dans la poésie philosophique et la création de personnages complexes. Cependant, le choix des acteurs pour les rôles de Guiscard et d'Osmont est critiqué, ayant affaibli l'impact de la pièce. Le texte insiste sur l'importance de la distribution des rôles dans une tragédie théâtrale. Une mauvaise distribution peut nuire à la perception de la qualité de la pièce, même si les acteurs jouent bien. Il est crucial que les acteurs choisissent des rôles correspondant à leur talent et à leur apparence, plutôt que de se baser sur l'ancienneté ou l'emploi. Des exemples comme celui de Mlle Clairon illustrent cette nécessité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4635
p. 216-218
PRÉCIS de L'EPREUVE INDISCRETTE, Comédie en deux Actes & en vers, par M. BRET.
Début :
PERSONNAGES. ACTEURS. ORONTE, riche Négociant , Père de Damis & de [...]
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texteReconnaissance textuelle : PRÉCIS de L'EPREUVE INDISCRETTE, Comédie en deux Actes & en vers, par M. BRET.
PRÉCIS de L'EPREUVE INDISCRETTE,
Comédie en deux Actes &
en vers, par M. BRET.
PERSONNAGES. ACTEURS.
ORONTE, riche Négociant ,
Père de Damis & de Julie.
DAMIS , Fils d'Oronte ,
ARISTE , Ami d'Oronte,
ERGASTE , Amant de Julie ,
LA FLEUR , Valet de Damis ,
LÉPINE , Valet d'Ergaſte ,
JULIE , Fille d'Oronte & Sœur
deDamis ,
MARINE , Suivante de Julie ,
ACTEURS.
M. Bonneval.
M.Granger.
M. Dubois.
M. Molé
M.Auger.
M. Préville.
MlleDoligni.
Mile Bellecour.
VOICI l'Avant- Scène. Oronte, père de Damis ,
qui avoit faitune fortune conſidérable enAfrique,
yeſt retourné, pour éprouver , pendantfonabfen-
ce,laconduite&le caractèrede les enfans. En par-
tant, il avoit laiffé àDamis ſon fils,la difpofition
libre & entière de tous ſes biens : maisilavoit réſer-
vé une fomnre de cent mille écus , déposée & ca-
chée dans la Maiſon paternelle. Le ſecret de ce
Tréſor n'avoit eté confié qu'à ſon amiArifte. Da-
misa diffipé tout le bien , au préjudice de la ſœur,
aimée d'Ergaste. Il ne reſteplus quecette Maiſon
paternelle,
MARS. 1764.
217
paternelle, qu'il ſe diſpoſe àvendre. C'eſt le mo-
ment où commence l'action de la Comédie.
Marine, fuivante de Julie , reproche aigrement
à Lafleur , valet de Damis, les déſordres de fon
Maître. Elle reproche aufli avec bruſquerie à la
jeune Maîtreſſe, ſadouceur& ladocile réſignation.
Ariste,dans leſecret duTréſor , achete la Maiſon
qui le renferme; enobfervant un filence prudent
fur ſes deſſeins ,comme ſur ſes motifs. La fidélité
deſon amitié eſt ſoupçonnée par tous les Perfon-
nages intéreſflés. Il ne peut réſiſter cependant à la
vivacité & à l'amertume des reproches d'Ergastesil
lui confie tout le ſecret,& les diſpoſitions qu'il en-
tend faire du Tréſor en trois parts. La joie & la
reconnoiſlance d'Ergaſte ſurpaflent encore l'impé-
touſité de ſes reproches. Il propoſe à Arifte de ſe
fervir , pour ſeconder ſes vues , d'un valet qu'on
l'a engagé de prendre le matin. Ce valet eſt Lé-
pine. Les MaîtrellesdeDamis l'ont quitté. Leurs
perfidies lui font naître des regrets , & lui ſuggè-
rent des remords ſur ſa conduite.
La tendre & naïve Julie interroge en vain ſon
Amant, fur le bonheur qu'il lui annonce. A tous
momens il eſt prêt à violer le ſecret qu'il a juré
àArifte. Sa vivacité l'entraîne, la réflexion l'arrête.
L'amour le follicite , l'honneur de ſa parole & la
raiſon l'enchaînent. Cette Scène , ainſi que les au-
tres d'Ergaste , jouées par M. MOLÉ , étoient d'un
feu & d'un agrément fingulier. Celle de Lépine
avec Oronte, dont on ignore abſolument le retour,
n'eſt pas moins ingénieuſe , & le jeu de M. PRÉ-
VILLE la rendoit d'un comique des plus agréables.
Ce Lépine, qui ne connoît point Oronte, qui ne l'a
jamais vu , eſt rencontré par lui, fortant de ſa Mai-
ſon, & chargé d'une caſlette qui donne de l'inquié-
tude à ce vieillard. Rien de plus plaiſant que le
K
218 MERCURE DE FRANCE .
débat dece valet avec lui. Il en apprend cepen-
dant, par les menaces du Commiſlaire & du Guet,
tout cequi l'intéreſſe. Arifte & Damis ſurviennent.
Oronte ſe met à l'écart avec Lépine , pour enten-
dre leur converſation. Les reproches que ſe fait
fon fils , touchent le bon-homme , & déſarment
ſa colère. Il ſe montre , & pardonnne à ce fils
diffipateur. Lépine court apprendre à Ergafte cet
événement. Il vient ainſi que Julie , & le bon
Oronte les unit l'un à l'autre.
Comédie en deux Actes &
en vers, par M. BRET.
PERSONNAGES. ACTEURS.
ORONTE, riche Négociant ,
Père de Damis & de Julie.
DAMIS , Fils d'Oronte ,
ARISTE , Ami d'Oronte,
ERGASTE , Amant de Julie ,
LA FLEUR , Valet de Damis ,
LÉPINE , Valet d'Ergaſte ,
JULIE , Fille d'Oronte & Sœur
deDamis ,
MARINE , Suivante de Julie ,
ACTEURS.
M. Bonneval.
M.Granger.
M. Dubois.
M. Molé
M.Auger.
M. Préville.
MlleDoligni.
Mile Bellecour.
VOICI l'Avant- Scène. Oronte, père de Damis ,
qui avoit faitune fortune conſidérable enAfrique,
yeſt retourné, pour éprouver , pendantfonabfen-
ce,laconduite&le caractèrede les enfans. En par-
tant, il avoit laiffé àDamis ſon fils,la difpofition
libre & entière de tous ſes biens : maisilavoit réſer-
vé une fomnre de cent mille écus , déposée & ca-
chée dans la Maiſon paternelle. Le ſecret de ce
Tréſor n'avoit eté confié qu'à ſon amiArifte. Da-
misa diffipé tout le bien , au préjudice de la ſœur,
aimée d'Ergaste. Il ne reſteplus quecette Maiſon
paternelle,
MARS. 1764.
217
paternelle, qu'il ſe diſpoſe àvendre. C'eſt le mo-
ment où commence l'action de la Comédie.
Marine, fuivante de Julie , reproche aigrement
à Lafleur , valet de Damis, les déſordres de fon
Maître. Elle reproche aufli avec bruſquerie à la
jeune Maîtreſſe, ſadouceur& ladocile réſignation.
Ariste,dans leſecret duTréſor , achete la Maiſon
qui le renferme; enobfervant un filence prudent
fur ſes deſſeins ,comme ſur ſes motifs. La fidélité
deſon amitié eſt ſoupçonnée par tous les Perfon-
nages intéreſflés. Il ne peut réſiſter cependant à la
vivacité & à l'amertume des reproches d'Ergastesil
lui confie tout le ſecret,& les diſpoſitions qu'il en-
tend faire du Tréſor en trois parts. La joie & la
reconnoiſlance d'Ergaſte ſurpaflent encore l'impé-
touſité de ſes reproches. Il propoſe à Arifte de ſe
fervir , pour ſeconder ſes vues , d'un valet qu'on
l'a engagé de prendre le matin. Ce valet eſt Lé-
pine. Les MaîtrellesdeDamis l'ont quitté. Leurs
perfidies lui font naître des regrets , & lui ſuggè-
rent des remords ſur ſa conduite.
La tendre & naïve Julie interroge en vain ſon
Amant, fur le bonheur qu'il lui annonce. A tous
momens il eſt prêt à violer le ſecret qu'il a juré
àArifte. Sa vivacité l'entraîne, la réflexion l'arrête.
L'amour le follicite , l'honneur de ſa parole & la
raiſon l'enchaînent. Cette Scène , ainſi que les au-
tres d'Ergaste , jouées par M. MOLÉ , étoient d'un
feu & d'un agrément fingulier. Celle de Lépine
avec Oronte, dont on ignore abſolument le retour,
n'eſt pas moins ingénieuſe , & le jeu de M. PRÉ-
VILLE la rendoit d'un comique des plus agréables.
Ce Lépine, qui ne connoît point Oronte, qui ne l'a
jamais vu , eſt rencontré par lui, fortant de ſa Mai-
ſon, & chargé d'une caſlette qui donne de l'inquié-
tude à ce vieillard. Rien de plus plaiſant que le
K
218 MERCURE DE FRANCE .
débat dece valet avec lui. Il en apprend cepen-
dant, par les menaces du Commiſlaire & du Guet,
tout cequi l'intéreſſe. Arifte & Damis ſurviennent.
Oronte ſe met à l'écart avec Lépine , pour enten-
dre leur converſation. Les reproches que ſe fait
fon fils , touchent le bon-homme , & déſarment
ſa colère. Il ſe montre , & pardonnne à ce fils
diffipateur. Lépine court apprendre à Ergafte cet
événement. Il vient ainſi que Julie , & le bon
Oronte les unit l'un à l'autre.
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Résumé : PRÉCIS de L'EPREUVE INDISCRETTE, Comédie en deux Actes & en vers, par M. BRET.
La comédie 'L'Épreuve indiscrète' de M. Bret se déroule en deux actes et en vers. Les personnages principaux sont Oronte, un riche négociant, ses enfants Damis et Julie, ainsi qu'Aristé, Ergaste, La Fleur, Lépine et Marine. Oronte, de retour d'Afrique, teste la conduite de ses enfants en leur laissant la gestion de ses biens, à l'exception d'une somme de cent mille écus cachée, connue seulement d'Aristé. Damis gaspille les biens au détriment de Julie, aimée d'Ergaste. La pièce commence alors que Damis s'apprête à vendre la maison familiale. Marine critique La Fleur et Julie pour leurs comportements respectifs. Aristé, connaissant le secret du trésor, achète la maison sans révéler ses intentions et confie ensuite le secret à Ergaste. Julie, amoureuse d'Ergaste, cherche en vain à comprendre sa joie soudaine. Une scène comique oppose Lépine à Oronte, revenu incognito. Touché par les remords de Damis, Oronte lui pardonne. Lépine informe Ergaste de cet événement, permettant à Oronte de réunir les jeunes amoureux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4636
p. 218-220
REMARQUES SUR L'EPREUVE INDISCRETTE.
Début :
Cette Piéce ayant été peu de temps au Théâtre & ne nous ayant pas été [...]
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texteReconnaissance textuelle : REMARQUES SUR L'EPREUVE INDISCRETTE.
REMARQUES SUR L'EPREUVE
INDISCRETTE.
Cette Piéce ayant été peu de temps
au Théâtre & ne nous ayant pas été
communiquée ; nous n'avons pu don-
ner que le Précis qu'on vient de lire,
L'Auteur y perdra l'honneur des dé-
tails de quelques ſcènes , qui auroient
fait plaifir à la lecture. Il y a de l'ef-
prit , toujours des mœurs & des prin- .
cipes. Ondoit remarquerprincipalement
le defir qu'a l'Auteur d'imiter les An-
ciens & de nous ramener à leur genre
de Comédie. Ce zéle eſt fans doute
très-louable ; mais ne pourroit-on pas
en certaines occaſions & dans des criſes,
ſi l'on peut dire , ſur le goût, telles que
celles où nous ſommes aujourd'hui
,
fans manquer de reſpect au Public , le
regarder comme un malade dont la foi-
MARS. 1764.
219
bleffe provient de l'uſage immodéré
d'alimens trop légers ou trop piquans ?
Pour le ramener avec ſuccès à une nour-
riture plus folide , ne faut-il pas en mé-
nager d'abord & la force & le poids ?
N'eſt-il pas à propos même de lamaf-
quer pendant quelque tempsde quelque
choſe qui tienne encore du goût forcé
auquel étoit accoutumé le malade , afin
qu'il ne puiſſe raisonnablement repro-
cher le trop d'infipidité ? Voilà ce que
n'obſervent pas ceux qui prétendent au
titre de Restaurateurs. Voilà peut-être
ce qu'a trop
négligé l'Auteur de
l'Epreuve. Le ſeul précis a dû faire
voir de quelle quantité de faits le ſu-
jet eſt chargé dans l'étendue des deux
Actes. En forte que l'action ne peut
jamais marcherque toujours embarraſſée
dans de nouvelles expofitions. Le bizarre
projet de l'Epreuve ſeroit peut-être par-
donnéà un Perſonnage de l'Antiquité ,
mais il ne peutl'être à Oronte. L'exécu-
tion d'ailleurs ne ſe concilie pas bien
avec nos pratiques & nos formalités
légales. Comment les loix laiſſeroient-
elles , de l'aveu même du père , le pa-
trimoine d'une fœur à la merci d'un
jeune frère mineur ? Le retour imprévu
du père a des éxemples dans les anciens,
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
mais devient toujours forcé dans nos
mœurs. Il pouvoit être probable pour
eux ,parce qu'ils n'avoient pas les voies
de communication que nous avons. En
un mot , nous en revenons à ce prin-
cipe , les Anciens font nos maîtres
dans le grand art Dramatique: cet art
eſt une peinture , on ne peut trop les
fuivre dans la manière de conduire le
pinceau. Cependant ce pinceau a non-
feulement quelques objets différens à
peindre aujourd'hui,mais encore d'autres
huances à mettre dans ceux qui font
reſtés les mêmes. On rifque donc de
ne pas atteindre à la vérité actuelle en
copiant toujours indiſtinctement les
chefs-d'œuvres de l'Antiquité.
INDISCRETTE.
Cette Piéce ayant été peu de temps
au Théâtre & ne nous ayant pas été
communiquée ; nous n'avons pu don-
ner que le Précis qu'on vient de lire,
L'Auteur y perdra l'honneur des dé-
tails de quelques ſcènes , qui auroient
fait plaifir à la lecture. Il y a de l'ef-
prit , toujours des mœurs & des prin- .
cipes. Ondoit remarquerprincipalement
le defir qu'a l'Auteur d'imiter les An-
ciens & de nous ramener à leur genre
de Comédie. Ce zéle eſt fans doute
très-louable ; mais ne pourroit-on pas
en certaines occaſions & dans des criſes,
ſi l'on peut dire , ſur le goût, telles que
celles où nous ſommes aujourd'hui
,
fans manquer de reſpect au Public , le
regarder comme un malade dont la foi-
MARS. 1764.
219
bleffe provient de l'uſage immodéré
d'alimens trop légers ou trop piquans ?
Pour le ramener avec ſuccès à une nour-
riture plus folide , ne faut-il pas en mé-
nager d'abord & la force & le poids ?
N'eſt-il pas à propos même de lamaf-
quer pendant quelque tempsde quelque
choſe qui tienne encore du goût forcé
auquel étoit accoutumé le malade , afin
qu'il ne puiſſe raisonnablement repro-
cher le trop d'infipidité ? Voilà ce que
n'obſervent pas ceux qui prétendent au
titre de Restaurateurs. Voilà peut-être
ce qu'a trop
négligé l'Auteur de
l'Epreuve. Le ſeul précis a dû faire
voir de quelle quantité de faits le ſu-
jet eſt chargé dans l'étendue des deux
Actes. En forte que l'action ne peut
jamais marcherque toujours embarraſſée
dans de nouvelles expofitions. Le bizarre
projet de l'Epreuve ſeroit peut-être par-
donnéà un Perſonnage de l'Antiquité ,
mais il ne peutl'être à Oronte. L'exécu-
tion d'ailleurs ne ſe concilie pas bien
avec nos pratiques & nos formalités
légales. Comment les loix laiſſeroient-
elles , de l'aveu même du père , le pa-
trimoine d'une fœur à la merci d'un
jeune frère mineur ? Le retour imprévu
du père a des éxemples dans les anciens,
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
mais devient toujours forcé dans nos
mœurs. Il pouvoit être probable pour
eux ,parce qu'ils n'avoient pas les voies
de communication que nous avons. En
un mot , nous en revenons à ce prin-
cipe , les Anciens font nos maîtres
dans le grand art Dramatique: cet art
eſt une peinture , on ne peut trop les
fuivre dans la manière de conduire le
pinceau. Cependant ce pinceau a non-
feulement quelques objets différens à
peindre aujourd'hui,mais encore d'autres
huances à mettre dans ceux qui font
reſtés les mêmes. On rifque donc de
ne pas atteindre à la vérité actuelle en
copiant toujours indiſtinctement les
chefs-d'œuvres de l'Antiquité.
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Résumé : REMARQUES SUR L'EPREUVE INDISCRETTE.
Le texte traite de la pièce 'L'Épreuve' récemment jouée au théâtre, dont le contenu complet n'a pas été divulgué. Les auteurs regrettent de ne pouvoir détailler certaines scènes intéressantes. La pièce se distingue par son esprit, ses mœurs et ses principes, reflétant le désir de l'auteur d'imiter les anciens et de revenir à leur genre de comédie. Cependant, les auteurs suggèrent qu'une adaptation aux goûts contemporains serait nécessaire, comparant le public à un malade habitué à des aliments légers. L'action de la pièce est jugée encombrée de nombreuses expositions, rendant l'intrigue confuse. Le projet central, acceptable pour un personnage antique, semble moins approprié pour un personnage moderne comme Oronte. De plus, l'exécution de la pièce ne respecte pas les pratiques légales actuelles, notamment concernant l'héritage d'une sœur laissé à la discrétion d'un jeune frère mineur. Le retour inattendu du père, bien que présent dans les œuvres antiques, est jugé forcé dans le contexte moderne. Les auteurs soulignent que, bien que les Anciens soient des maîtres en art dramatique, les imiter sans adaptation aux réalités contemporaines peut compromettre la vérité et la pertinence de la pièce.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4637
p. 222-223
SUPPLÉMENT A L'ART. DE L'OPÉRA.
Début :
On ne peut trop se hâter d'annoncer aux Amateurs de ce Spectacle, [...]
Mots clefs :
Spectacle, Satisfaction, Public, Théâtre, Modération, Gestes, Sujets, Scène
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texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT A L'ART. DE L'OPÉRA.
Supplément a l’Aht, de l’Opera.
On ne peut trop fe hâter d’annoncer aux Amateurs de ce Spedacle , l’efpoir le mieux fondé qu’il y ait eu depuis longtemps de remplir , à la (aûsfaftion du Public , les principaux tôles de Haurecontre.
Le Jeudi, premier de ce mois, ( Mars) M. La Gros , qui n'avoit chanté ni représenté fur aucun Théâtre > a débute par le rôle de Titon. Sa voix > bien timbrée & delà plus agréable qualité , flé- xib* , touchante & Icgcrea fait le plus grand plai- fir.La manière dont il a chanté prouve qu’il eft déjà confommé dans la mu tique. On ne peut avoir plus de précifion & de juftelle 5 011 ne peut, même ap-ès un long éxercice , articuler plus nettement , prononcer plus correctement, & mieux jca.idcr' ks paroles. Sa figure eft agréable &
MAR S. 1764. 224
h taille'forc théâtrale. Une Cage modération de geftes, a (auvé (on début dos difgraces de prcfque cous ceux qui parodient pour la piemicre fois. 11 y a tout lieu d’elpérer de ce Sujet,qu’il ne s’abandonnera pas aux ridicules & furieux coups debras, I on peur s exprimer ai nu , donc il ne crouveroïc que trop de modèles fur cette Scène. On peuc déjà prélTentir aufli , par la fenlibilitc de fa voix» celle de Ion âme. Telles font les b?ureuf.*s difpofi- tions d’un calent qu’on ne peuc devoir qu’a la Nature , mais qu’il ell nécelfaire que i’An & la J pratique mettent en auvre.
On ne peut trop fe hâter d’annoncer aux Amateurs de ce Spedacle , l’efpoir le mieux fondé qu’il y ait eu depuis longtemps de remplir , à la (aûsfaftion du Public , les principaux tôles de Haurecontre.
Le Jeudi, premier de ce mois, ( Mars) M. La Gros , qui n'avoit chanté ni représenté fur aucun Théâtre > a débute par le rôle de Titon. Sa voix > bien timbrée & delà plus agréable qualité , flé- xib* , touchante & Icgcrea fait le plus grand plai- fir.La manière dont il a chanté prouve qu’il eft déjà confommé dans la mu tique. On ne peut avoir plus de précifion & de juftelle 5 011 ne peut, même ap-ès un long éxercice , articuler plus nettement , prononcer plus correctement, & mieux jca.idcr' ks paroles. Sa figure eft agréable &
MAR S. 1764. 224
h taille'forc théâtrale. Une Cage modération de geftes, a (auvé (on début dos difgraces de prcfque cous ceux qui parodient pour la piemicre fois. 11 y a tout lieu d’elpérer de ce Sujet,qu’il ne s’abandonnera pas aux ridicules & furieux coups debras, I on peur s exprimer ai nu , donc il ne crouveroïc que trop de modèles fur cette Scène. On peuc déjà prélTentir aufli , par la fenlibilitc de fa voix» celle de Ion âme. Telles font les b?ureuf.*s difpofi- tions d’un calent qu’on ne peuc devoir qu’a la Nature , mais qu’il ell nécelfaire que i’An & la J pratique mettent en auvre.
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Résumé : SUPPLÉMENT A L'ART. DE L'OPÉRA.
Le document présente M. La Gros, un nouveau chanteur ayant fait ses débuts sur scène le jeudi 1er mars 1764 dans le rôle de Titon. Sa voix, bien timbrée et agréable, se distingue par sa flexibilité, son émotion et sa clarté. M. La Gros a montré une grande précision et justesse vocale, ainsi qu'une articulation et une prononciation parfaites. Son apparence physique est jugée appropriée pour la scène. Contrairement à beaucoup de débutants, il a évité les excès gestuels. Son talent naturel et sa sensibilité sont manifestes, bien que l'expérience et la pratique soient nécessaires pour affiner davantage ses compétences.
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4638
p. 221
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
ON a repris & continué les Représentations du Sorcier, alternativement & [...]
Mots clefs :
Sorcier, Représentations, Opéra-Comiques
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texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE.
QN a repris & continué les Repréfen•
cations du Sorcier, alternativement &
conjointement avec les Piéces du même
genï·e , dont le no1nbre des Repréfenrations
n'a point de bornes, par l'efpèce
de convention gt,nérale du Public àe fe
rendre à ce Théàtre les jours d'Opéra-,
Comiques.
QN a repris & continué les Repréfen•
cations du Sorcier, alternativement &
conjointement avec les Piéces du même
genï·e , dont le no1nbre des Repréfenrations
n'a point de bornes, par l'efpèce
de convention gt,nérale du Public àe fe
rendre à ce Théàtre les jours d'Opéra-,
Comiques.
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4639
p. 221-222
SUPPLÉMENT aux Beaux-Arts. PEINTURE.
Début :
L'Académie de S. Luc, toujours attentive au progrès des Arts de Peinture [...]
Mots clefs :
Peinture, Académie, Sculpture, Anatomie, Organes, Enseignement, Curiosité
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texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT aux Beaux-Arts. PEINTURE.
SupplÉm ENT aux Beaux-Ans* PEINTURE, L’Académie de S. Luc, toujours attentive au progrès des Arts de Peinture & de Sculpture , fait faire un Cours d'Anatomie relative aux connoiflances indifpenlablesà ces Ans. On y parte même à l’expofition & à la démonilration des Organes qui y ont un rapport moins direél, afin de fatisfaire les Curieux & les Sçavans que ce Cours attire. li a recommencé le a8 Janvier dernier , pour durer jufqu’à la fin de Mars, & fera continué exactement tous les ans pen-
• • • K ii]
ziz MERCURE DE FRANCE, dant trois mois, dans l’Amphithéâtre de l’Académie , rue du Haut-Moulin, près S.Denis delà Chartre.il commence à fept heures du fuir, apiès la levée du Modèle.
• • • K ii]
ziz MERCURE DE FRANCE, dant trois mois, dans l’Amphithéâtre de l’Académie , rue du Haut-Moulin, près S.Denis delà Chartre.il commence à fept heures du fuir, apiès la levée du Modèle.
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Résumé : SUPPLÉMENT aux Beaux-Arts. PEINTURE.
L'Académie de Saint-Luc propose un cours d'anatomie pour les arts de la peinture et de la sculpture, débuté le 18 janvier et se terminant fin mars. Il se tient chaque année trois mois dans l'amphithéâtre de l'Académie, rue du Haut-Moulin, à sept heures du matin. Le cours inclut des démonstrations d'organes pour satisfaire la curiosité des participants.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4640
p. 5-9
SUITE de l'Histoire raisonnée des Plaidoyers de CICÉRON. DÉFENSE de la Loi du Tribun du Peuple C. MANILIUS, qui vouloit engager les Citoyens à mettre POMPÉE à la tête des Troupes qu'on opposoit à MITHRIDATE.
Début :
TOUJOURS semblable à lui même, toujours animé du même esprit de Patriotisme, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de l'Histoire raisonnée des Plaidoyers de CICÉRON. DÉFENSE de la Loi du Tribun du Peuple C. MANILIUS, qui vouloit engager les Citoyens à mettre POMPÉE à la tête des Troupes qu'on opposoit à MITHRIDATE.
SUITE de l'Histoire raisonnée des
Plaidoyers de CICÉRON.
DÉFENSE de la Loi du Tribun du
Peuple C. MANILIUS, qui vouloit
engager les Citoyens à mettre POMPÉE
à la tête des Troupes qu'on opposoit
à MITHRIDATE.
TOUJOURS semblable à lui même,
toujours animé du même esprit de Patriotisme,
I. Vol.
Aiij
6 MERCURE DE FRANCE.
tantôt Cicéron armé de fon
éloquence déconcerte les projets ambi-
tieux des mauvais Citoyens & les force
au filence , tantôt il encourage les en-
trepriſes utiles au bien généralde l'Etat ,
& parvient à les faire adopter par le
Corps entier du Peuple Romain.
Rullus a élevé fa voix en faveur d'u-
ne Loi pernicieuſe , & il a été confon-
du. C. Manilius éléve aujourd'hui la
fienne ; il propoſe Pompée comme le
Citoyen le plus capable de commander
les armées de la République ; Cicéron
ſe charge de faire valoir ſa propofition
par un difcours éloquent , & en ſe cou-
vrant lui-même de gloire , il met ſa pa-
trie en état de cueillir de nouveaux lau-
riers.
De tous les Peuples qui eurent autre-
fois la manie de réaliſer la chimère de
l'Empire Univerſel , les Romains font
ceux qui en ont le plus approché. Le fié-
cle de Cicéron a été le plus beau de ces
fiers Républicains. Leur nom ſembloit
le cri de l'honneur
leurs Enfeignes
montroient celui de la victoire : on
comptoit prèſque autantde triompha-
teurs que deGénéraux. Vingt Rois fou,
mis atteſtoient leur puiſſance. Les au-
tres mettoient au nombre de leurs titres
AVRIL. 1764.
,
7
les plus glorieux ,celui d'Alliés desRo-
mains. Le feul Mithridate réſiſtoit en-
core. Une guerre de ſept ans pouffée
vivement par Lucullus n'avoit point di-
minué ſes forces ; & après tant de tra-
vaux les Troupes Romaines n'étoient
pas plus avancées qu'au premier jour.
Ce Prince joignoit le courage le plus
héroïque & le plus réfléchi à l'eſprit
le plus juſte & le plus actifqui fûtja -
mais. Une correſpondance exacte éta-
blie entre la Capitale & toutes les Pro-
vinces de ſes Etats le mettoit en état
de juger des forces actuelles de fon
Royaume , & de celles qu'il pouvoit
efpérer par la ſuite. Un coup d'œil lui
fuffifoit pour juger des abus: un re-
méde ſimple les faifoit ceffer. Intrépide
à la tête de ſes armées , confervant fon
fang-froid au milieu des mêlées les plus
fanglantes
il ſçavoit profiter de ſes
moindres avantages & des plus petites
fautes de ſes ennemis. L'adverſité ne
l'abattit jamais , & le bonheur ne l'en-
orgueillit point. Tel étoit l'ennemi que
Pompée alloit combattre.
Pompée réuniſſoit dan ſon caractère
les plus grandes & les plus nobles qua-
lités qui puiſſent faire honneur à la na-
ture humaine , & donner à un homme
A iv
8 MERCURE DE FRANCE .
de l'aſcendant ſur ſes ſemblables. Ses
vues & fes raiſonnemens étoient admi-
rables dans le Sénat , ſa bravoure mer-
veilleuſe dans l'action. Lorſqu'il étoit
queſtion d'exécuter ce qu'il avoit une
fois jugé néceffaire ,jamais perſonne ne
joignit fi parfaitement la diligence à la
fermeté. Voilà l'Adverſaire qu'on réſo-
lut d'oppoſer à Mithridate.
Ce fut fous le Confulat de M. Emile
& de L. Vocatius que C. Manilius, Tri-
bun du Peuple , propoſa aux Citoyens
la- Loi qui depuis a porté ſon nom. Lu-
cullus venoit d'être rappellé ; des fuc-
cès équivoques , des pertes réelles , un
ennemi toujours en haleine & qui ne
ſe laiſſoit jamais ſurprendre , les Sol-
dits découragés ; telle étoit la ſituation
des Romains. Elle étoit critique , &
partant ne pouvoit être durable. Cicé-
ron ami particulier de Pompée , mais
encore plus zélé Patriote , ſervit en cette
occafion & l'amitié & la Patrie en ſe-
condant les vues de Manilius .
Son diſcours eſt un des plus adroits(a)
(a ) Qu'on ne ſoit pas ſurpris du terme d'a-
droit dontje me ſers. Les grands hommes font
toujours regardés d'un œil d'envie , parce que
leur mérite bleffe la médiocrité. Dans les Etats
Républicains cette jalousie dégénere en haine ,
AVRIL. 1764.
9
& des plus élégans qu'il ait jamais pro-
noncés. Le ſtyle y prend la forme des
objets que l'Orateur veut peindre. Les
louanges les plus fines & les plus déli-
cates y font prodiguées à Lucullus : II
réſerve la magnificence des éloges à fon
héros. La partie du ſentiment y eft
traitée en Maître ; les raiſonnemens font:
convaincans & fans replique.
Le fuccès couronna l'entrepriſe :
Pompée fut élu d'une voix unanime
Général de la République. Que l'on
décide à préſent qu'on ſçait toutes les
victoires qu'il remporta , pour lequel
des deux , de Cicéron ou de lui , les
Romains durent avoir le plus de recon-
noiſſance ?
parce qu'on craint de ſe voir aſſervir par ceux
à qui leurs qualités ſuperieures attirent l'eſtime
publique. Pompée étoit dans ce cas-là ; il étoit
trop grand homme pour ne pas avoir beaucoup
d'ennemis , & Cicéron avoit réellement beſoin de
toute fon adreſſe pour ménager des gens qui
pouvoient faire échouer l'entrepriſe.
Plaidoyers de CICÉRON.
DÉFENSE de la Loi du Tribun du
Peuple C. MANILIUS, qui vouloit
engager les Citoyens à mettre POMPÉE
à la tête des Troupes qu'on opposoit
à MITHRIDATE.
TOUJOURS semblable à lui même,
toujours animé du même esprit de Patriotisme,
I. Vol.
Aiij
6 MERCURE DE FRANCE.
tantôt Cicéron armé de fon
éloquence déconcerte les projets ambi-
tieux des mauvais Citoyens & les force
au filence , tantôt il encourage les en-
trepriſes utiles au bien généralde l'Etat ,
& parvient à les faire adopter par le
Corps entier du Peuple Romain.
Rullus a élevé fa voix en faveur d'u-
ne Loi pernicieuſe , & il a été confon-
du. C. Manilius éléve aujourd'hui la
fienne ; il propoſe Pompée comme le
Citoyen le plus capable de commander
les armées de la République ; Cicéron
ſe charge de faire valoir ſa propofition
par un difcours éloquent , & en ſe cou-
vrant lui-même de gloire , il met ſa pa-
trie en état de cueillir de nouveaux lau-
riers.
De tous les Peuples qui eurent autre-
fois la manie de réaliſer la chimère de
l'Empire Univerſel , les Romains font
ceux qui en ont le plus approché. Le fié-
cle de Cicéron a été le plus beau de ces
fiers Républicains. Leur nom ſembloit
le cri de l'honneur
leurs Enfeignes
montroient celui de la victoire : on
comptoit prèſque autantde triompha-
teurs que deGénéraux. Vingt Rois fou,
mis atteſtoient leur puiſſance. Les au-
tres mettoient au nombre de leurs titres
AVRIL. 1764.
,
7
les plus glorieux ,celui d'Alliés desRo-
mains. Le feul Mithridate réſiſtoit en-
core. Une guerre de ſept ans pouffée
vivement par Lucullus n'avoit point di-
minué ſes forces ; & après tant de tra-
vaux les Troupes Romaines n'étoient
pas plus avancées qu'au premier jour.
Ce Prince joignoit le courage le plus
héroïque & le plus réfléchi à l'eſprit
le plus juſte & le plus actifqui fûtja -
mais. Une correſpondance exacte éta-
blie entre la Capitale & toutes les Pro-
vinces de ſes Etats le mettoit en état
de juger des forces actuelles de fon
Royaume , & de celles qu'il pouvoit
efpérer par la ſuite. Un coup d'œil lui
fuffifoit pour juger des abus: un re-
méde ſimple les faifoit ceffer. Intrépide
à la tête de ſes armées , confervant fon
fang-froid au milieu des mêlées les plus
fanglantes
il ſçavoit profiter de ſes
moindres avantages & des plus petites
fautes de ſes ennemis. L'adverſité ne
l'abattit jamais , & le bonheur ne l'en-
orgueillit point. Tel étoit l'ennemi que
Pompée alloit combattre.
Pompée réuniſſoit dan ſon caractère
les plus grandes & les plus nobles qua-
lités qui puiſſent faire honneur à la na-
ture humaine , & donner à un homme
A iv
8 MERCURE DE FRANCE .
de l'aſcendant ſur ſes ſemblables. Ses
vues & fes raiſonnemens étoient admi-
rables dans le Sénat , ſa bravoure mer-
veilleuſe dans l'action. Lorſqu'il étoit
queſtion d'exécuter ce qu'il avoit une
fois jugé néceffaire ,jamais perſonne ne
joignit fi parfaitement la diligence à la
fermeté. Voilà l'Adverſaire qu'on réſo-
lut d'oppoſer à Mithridate.
Ce fut fous le Confulat de M. Emile
& de L. Vocatius que C. Manilius, Tri-
bun du Peuple , propoſa aux Citoyens
la- Loi qui depuis a porté ſon nom. Lu-
cullus venoit d'être rappellé ; des fuc-
cès équivoques , des pertes réelles , un
ennemi toujours en haleine & qui ne
ſe laiſſoit jamais ſurprendre , les Sol-
dits découragés ; telle étoit la ſituation
des Romains. Elle étoit critique , &
partant ne pouvoit être durable. Cicé-
ron ami particulier de Pompée , mais
encore plus zélé Patriote , ſervit en cette
occafion & l'amitié & la Patrie en ſe-
condant les vues de Manilius .
Son diſcours eſt un des plus adroits(a)
(a ) Qu'on ne ſoit pas ſurpris du terme d'a-
droit dontje me ſers. Les grands hommes font
toujours regardés d'un œil d'envie , parce que
leur mérite bleffe la médiocrité. Dans les Etats
Républicains cette jalousie dégénere en haine ,
AVRIL. 1764.
9
& des plus élégans qu'il ait jamais pro-
noncés. Le ſtyle y prend la forme des
objets que l'Orateur veut peindre. Les
louanges les plus fines & les plus déli-
cates y font prodiguées à Lucullus : II
réſerve la magnificence des éloges à fon
héros. La partie du ſentiment y eft
traitée en Maître ; les raiſonnemens font:
convaincans & fans replique.
Le fuccès couronna l'entrepriſe :
Pompée fut élu d'une voix unanime
Général de la République. Que l'on
décide à préſent qu'on ſçait toutes les
victoires qu'il remporta , pour lequel
des deux , de Cicéron ou de lui , les
Romains durent avoir le plus de recon-
noiſſance ?
parce qu'on craint de ſe voir aſſervir par ceux
à qui leurs qualités ſuperieures attirent l'eſtime
publique. Pompée étoit dans ce cas-là ; il étoit
trop grand homme pour ne pas avoir beaucoup
d'ennemis , & Cicéron avoit réellement beſoin de
toute fon adreſſe pour ménager des gens qui
pouvoient faire échouer l'entrepriſe.
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Résumé : SUITE de l'Histoire raisonnée des Plaidoyers de CICÉRON. DÉFENSE de la Loi du Tribun du Peuple C. MANILIUS, qui vouloit engager les Citoyens à mettre POMPÉE à la tête des Troupes qu'on opposoit à MITHRIDATE.
Le texte aborde la défense par Cicéron de la loi proposée par Caius Manilius, visant à nommer Pompée à la tête des troupes romaines contre Mithridate. Cicéron, reconnu pour son patriotisme et son éloquence, appuie cette initiative malgré les échecs antérieurs de Lucullus face à Mithridate. Mithridate est dépeint comme un adversaire redoutable, combinant courage, réflexion et efficacité administrative. Pompée est présenté comme un leader exceptionnel, doté de sagesse, de bravoure et de détermination. Sous le consulat de Marcus Émile et Lucius Vocatius, Manilius propose la loi, soutenue par Cicéron, ami de Pompée et fervent patriote. Le discours de Cicéron, à la fois habile et élégant, rend hommage à Lucullus tout en mettant en avant les qualités de Pompée. Grâce à ce plaidoyer, Pompée est élu à l'unanimité comme général de la République, marquant une étape décisive dans la lutte contre Mithridate.
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4641
p. 14
[Texte sans titre]
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texteReconnaissance textuelle : [Texte sans titre]
A L'AUTEUR DU MERCURE.
ÉPITAPHE
De M. DU VIVIÉE , C. du C. de V.
Hicjacet exemplarpatrum, virtutis amicus ,
Qui , fipoffit homo , meruit venerabilis aras.
Cy gît des pères le plus tendre ,
Le plus vertueux des Mortels ,
Qui mériteroit des Autels,
Si l'homme pouvoit y prétendre.
L'hommage que je rends à la mémoi-
re de M. Duviviée
,
eſt bien mérité
,
Monfieur ; les pleurs que fa famille &
ſes amis ont donnés à ſa mort font
beaucoup mieux fon éloge. Ah!fi les
Mortels ſçavoient combien on aime &
l'on regrette un homme vertueux,qu'ils
trouveroient beau de l'être !
J'ai l'honneur d'être &c. DOMICILLE.
Prais, ce 8 Mars 1764.
ÉPITAPHE
De M. DU VIVIÉE , C. du C. de V.
Hicjacet exemplarpatrum, virtutis amicus ,
Qui , fipoffit homo , meruit venerabilis aras.
Cy gît des pères le plus tendre ,
Le plus vertueux des Mortels ,
Qui mériteroit des Autels,
Si l'homme pouvoit y prétendre.
L'hommage que je rends à la mémoi-
re de M. Duviviée
,
eſt bien mérité
,
Monfieur ; les pleurs que fa famille &
ſes amis ont donnés à ſa mort font
beaucoup mieux fon éloge. Ah!fi les
Mortels ſçavoient combien on aime &
l'on regrette un homme vertueux,qu'ils
trouveroient beau de l'être !
J'ai l'honneur d'être &c. DOMICILLE.
Prais, ce 8 Mars 1764.
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Résumé : [Texte sans titre]
L'épitaphe rend hommage à M. Du Vivier, conseiller au Conseil de Ville, loué pour sa vertu et sa tendresse paternelle. Les larmes de sa famille et de ses amis témoignent de son amour et de son regret. L'auteur déplore l'ignorance des hommes sur la valeur des hommes vertueux. Signé Prais, le 8 mars 1764.
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4642
p. 17-22
A M. DE LAPLACE, Auteur du Mercure, sur ABRAHAM DUQUESNE.
Début :
TANT que nous serons pénétrés, Monsieur, de la vénération qui est due à [...]
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texteReconnaissance textuelle : A M. DE LAPLACE, Auteur du Mercure, sur ABRAHAM DUQUESNE.
A M. DE LAPLACE, Auteur du
Mercure, sur ABRAHAM DUQUESNE.
TANT que nous serons pénétrés,
Monsieur, de la vénération qui est due à
la mémoire des grands hommes qui ont
contribué a la gloire de la Nation , nous
ferons dignes du nom François; &, à en
juger par l'admiration,(je dis plus )par
l'enthouſiaſme patriotique qui a faili
tous ceux qui ontlû les éloges de Sully ,
18 MERCURE DE FRANCE.
de Saxe, de d'Agueffeau,& de Duguai-
Trouin , nous pouvons accuſer d'injuſti-
ce ou d'erreur ceux qui prétendent que
la gloire du Roi & de l'Etat n'eſt plus
le premier & le plus vif ſentiment des
François.
Je ſouhaiterois,Monfieur,recevoir par
la voie du Mercure quelques inſtructions
fur la naiſſance du fameux Duquesne.
J'ai lû dans l'éloge de Duguai-Trouin
la queſtion ſuivante :
» Pourquoi fur la Mer voit-on plus
» qu'ailleurs de ces hommes extraordi-
» naires qui doivent tout à eux- mêmes ?
» Jean Bart & Duquesne , noms immor-
» tels, tous deux nés dans l'obfcurité, ont
»fondé leurgrandeurſur leurs exploits.
M. Thomas a donné la ſolution de ce
Problême dans le même éloge , lorf-
qu'il a dit : Nous neferons puiſfansfur
la Mer , que lorsque la Marine mar-
chande fera la pépinière de la Marine
Royale. Mais cet Ecrivain plein de for-
ce & de vérité nous fait penſer que Du-
queſne étoit né de condition roturière
ainſi que Jean Bart,& Duguai-Trouin.*
M. Daguesde Clairfontaine nous dit
le contraire dans une note inférée au
bas de la page 81 du MercuredeJanvier
* Thurot & autres.
AVRIL. 1764.
19
1763: Effai hiftorique fur Abraham Du-
queſne. Voici cette note : » Abraham
» Duquesne naquit en Normandie l'an
» 1610 , d'une famille noble.
Je demande la permiffiondedire à M.
de Clairfontaine que les Citoyens de
Dieppe , du nombre deſquels je ſuis ,
auroient ajouté une reconnoiffance par-
ticulière, à la générale que lui doit la
Nation , pour avoir vivifié les traits d'un
de nos héros , s'il eût dit qu'Abraham
Duquefne naquit à Dieppe.
Mais y est-il né d'une famille noble
ou roturière ? C'eſt un fait important
dès qu'il intéreſſe la gloire d'un grand
homme: car que l'on ne prenne pas le
change : fi Duquesne eſt né roturier , en
le diſant né noble , on lui vole une par-
tie de fa gloire pour la tranſporter à
fes ayeux. En effet qui eſt-ce qui ne
ſçait pas qu'il eſt infiniment plus diffi-
cile à un roturier de parvenir dans la
Marine , qu'à un noble de naiſſance ?
L'élévation de Duquesne a donc été
glorieuſe par rapport àlui , proportion-
nément à l'état de ſa naiſſance.
Cette vérité me frappe fi fort , qu'il
me ſemble entendre cette voix qui
nousa , pendant tant d'années , appellés
& conduits fur les Mers dans un chemin
(
20 MERCURE DE FRANCE.
de gloire qui nous étoit peu connu.
>>François ! nous crioit-elle , ſi la ro-
>>ture eſt une tache ,plongez-la comme
>> moi dans le ſang des Ennemis de l'E-
>> tat; elle en fortira couverte de gloire.
J'ai toujours penſé que les grands
hommes de mer ne devoientrien à leur
naiſſance; qu'il faut que leur âme ſoit
d'une trempe plus forte que celle des
autres ; & que quand la Nature en place
de cette eſpéce extraordinaire dans la
condition roturière , elles n'ont que
plus d'occaſions de ſe développer par
l'habitude des dangers , par l'exercice
continuel , & par l'expérience qui en
eſt le fruit. Si donc on ne leur préſente
aucuns exemples qui puiſſent les foute-
nir depuis les derniers poſtes juſqu'aux
grades ſupérieurs
و
il arrivera que ces
âmes affaiffées par le fardeau du préju-
gé , fi contraire à leur naiſſance , pren-
dront bien moins l'effor qui leur eſt
propre.
Mais ſi ce défaut de naiſſance peut ſe
réparer à force de mérite , notre Ville
de Dieppe eſpére donner encore à la
Nation un ſecond Duquefne , quiné * &
*C'eſt le Sieur Vauquelin , Lieutenant de
Vaiſſeau. Son Père, reſpectable
vieillard , lui
écrivit en ces termes , des qu'il ſour qu'il al
AVRIL. 1764 .
21
& élevé comme lui, nous a déja fait
confondre ſes actions avec les premiers
faits d'armes de ce grand homme.
Il s'agit donc ,Monfieur, de conſtater
fi Duquesne étoit noble de naiſſance ,
ou non. Ce fait n'eſt pas d'une date re-
culée, il ne ſera pas néceſſaire de recou-
rir à des Chartes illiſibles : pluſieurs fa-
milles de Dieppe doivent poffeder des
loit commander l'Aréthuſe , à la dernière Campa-
de Louis-Bourg.
» Mon Fils, dès l'âge de dix ans , je vous ar-
rachai des bras de votre Mère pour vous por-
ter fur mon bord. Depuis cet âge juſqu'à
>> vingt-trois ans , vous n'avez eu pour Maîtres
>>> que le Ciel , la Mer , & moi : & je ne cédai
>> aux empreſſemens de nos amis qui voulu-
>>rentvous confier un commandement , étant
>>>encore ſi jeune , que parce que je vous avois
>> rendu propres mes cinquante ans d'expérien-
>> ce. Enfin je jugeai de votre maturité par
>>>l'épreuve que j'avois faite de votre ſang-
>>>froid dans les périls de Mer , & dans le vif
combat qu'une frégate Angloiſe me livra près
>> dela Martinique.Je ſçais, mon Fils, ce que vous
>> pouvez , & ce quej'ai droitd'attendre; la car-
>>>rières'ouvre pour vous: Allez commander l'A-
>> réthuſe. Songez quandvous monterez cettefré-
>>>gate , qu'elle doitvous ſervirde tombeau , ou
>>>être leberceau de votre gloire.
Les Anglois ſçavent , ainſi que les François ,
l'uſageque ce jeune Marin a fait de cette leçon
Louis- Bourg & à Québec.
22 MERCURE DE FRANCE.
Actes autentiques dans lesquels le pére
de Duquesne a parlé & pris ſes qualités ;
& je les prie de les produire : lagloire de
Duquesne , & l'honneur de notre Ville
l'exigent.
L'on m'a derniérement produit, dans
un procès que j'ai perdu , un Contrat
paffé entre mes Auteurs & ceux de ma
Partie: devant Claude Vaultier & Pierre-
Leroux , Tabellions jurés audit Dieppe,
qui finit ainfi.
» Ce Jeudi , dernier jour de Février
» 1619 , préfens Jacques Miffant ,
>> Ecuyer & honorable homme Abraham
» Duquesne * , Bourgeois demeurans-
» audit Dieppe , lesquels ontfigné avec
» les Parties & Tabellions fuivantl'Or-
» donnance.
J'ai l'honneur d'être , &c.
DESMARQUETS, Maître des Eaux & Forêts.
A Dieppe, ce 8 Mars 1764.
* C'étoit le Père de notre Héros.
Mercure, sur ABRAHAM DUQUESNE.
TANT que nous serons pénétrés,
Monsieur, de la vénération qui est due à
la mémoire des grands hommes qui ont
contribué a la gloire de la Nation , nous
ferons dignes du nom François; &, à en
juger par l'admiration,(je dis plus )par
l'enthouſiaſme patriotique qui a faili
tous ceux qui ontlû les éloges de Sully ,
18 MERCURE DE FRANCE.
de Saxe, de d'Agueffeau,& de Duguai-
Trouin , nous pouvons accuſer d'injuſti-
ce ou d'erreur ceux qui prétendent que
la gloire du Roi & de l'Etat n'eſt plus
le premier & le plus vif ſentiment des
François.
Je ſouhaiterois,Monfieur,recevoir par
la voie du Mercure quelques inſtructions
fur la naiſſance du fameux Duquesne.
J'ai lû dans l'éloge de Duguai-Trouin
la queſtion ſuivante :
» Pourquoi fur la Mer voit-on plus
» qu'ailleurs de ces hommes extraordi-
» naires qui doivent tout à eux- mêmes ?
» Jean Bart & Duquesne , noms immor-
» tels, tous deux nés dans l'obfcurité, ont
»fondé leurgrandeurſur leurs exploits.
M. Thomas a donné la ſolution de ce
Problême dans le même éloge , lorf-
qu'il a dit : Nous neferons puiſfansfur
la Mer , que lorsque la Marine mar-
chande fera la pépinière de la Marine
Royale. Mais cet Ecrivain plein de for-
ce & de vérité nous fait penſer que Du-
queſne étoit né de condition roturière
ainſi que Jean Bart,& Duguai-Trouin.*
M. Daguesde Clairfontaine nous dit
le contraire dans une note inférée au
bas de la page 81 du MercuredeJanvier
* Thurot & autres.
AVRIL. 1764.
19
1763: Effai hiftorique fur Abraham Du-
queſne. Voici cette note : » Abraham
» Duquesne naquit en Normandie l'an
» 1610 , d'une famille noble.
Je demande la permiffiondedire à M.
de Clairfontaine que les Citoyens de
Dieppe , du nombre deſquels je ſuis ,
auroient ajouté une reconnoiffance par-
ticulière, à la générale que lui doit la
Nation , pour avoir vivifié les traits d'un
de nos héros , s'il eût dit qu'Abraham
Duquefne naquit à Dieppe.
Mais y est-il né d'une famille noble
ou roturière ? C'eſt un fait important
dès qu'il intéreſſe la gloire d'un grand
homme: car que l'on ne prenne pas le
change : fi Duquesne eſt né roturier , en
le diſant né noble , on lui vole une par-
tie de fa gloire pour la tranſporter à
fes ayeux. En effet qui eſt-ce qui ne
ſçait pas qu'il eſt infiniment plus diffi-
cile à un roturier de parvenir dans la
Marine , qu'à un noble de naiſſance ?
L'élévation de Duquesne a donc été
glorieuſe par rapport àlui , proportion-
nément à l'état de ſa naiſſance.
Cette vérité me frappe fi fort , qu'il
me ſemble entendre cette voix qui
nousa , pendant tant d'années , appellés
& conduits fur les Mers dans un chemin
(
20 MERCURE DE FRANCE.
de gloire qui nous étoit peu connu.
>>François ! nous crioit-elle , ſi la ro-
>>ture eſt une tache ,plongez-la comme
>> moi dans le ſang des Ennemis de l'E-
>> tat; elle en fortira couverte de gloire.
J'ai toujours penſé que les grands
hommes de mer ne devoientrien à leur
naiſſance; qu'il faut que leur âme ſoit
d'une trempe plus forte que celle des
autres ; & que quand la Nature en place
de cette eſpéce extraordinaire dans la
condition roturière , elles n'ont que
plus d'occaſions de ſe développer par
l'habitude des dangers , par l'exercice
continuel , & par l'expérience qui en
eſt le fruit. Si donc on ne leur préſente
aucuns exemples qui puiſſent les foute-
nir depuis les derniers poſtes juſqu'aux
grades ſupérieurs
و
il arrivera que ces
âmes affaiffées par le fardeau du préju-
gé , fi contraire à leur naiſſance , pren-
dront bien moins l'effor qui leur eſt
propre.
Mais ſi ce défaut de naiſſance peut ſe
réparer à force de mérite , notre Ville
de Dieppe eſpére donner encore à la
Nation un ſecond Duquefne , quiné * &
*C'eſt le Sieur Vauquelin , Lieutenant de
Vaiſſeau. Son Père, reſpectable
vieillard , lui
écrivit en ces termes , des qu'il ſour qu'il al
AVRIL. 1764 .
21
& élevé comme lui, nous a déja fait
confondre ſes actions avec les premiers
faits d'armes de ce grand homme.
Il s'agit donc ,Monfieur, de conſtater
fi Duquesne étoit noble de naiſſance ,
ou non. Ce fait n'eſt pas d'une date re-
culée, il ne ſera pas néceſſaire de recou-
rir à des Chartes illiſibles : pluſieurs fa-
milles de Dieppe doivent poffeder des
loit commander l'Aréthuſe , à la dernière Campa-
de Louis-Bourg.
» Mon Fils, dès l'âge de dix ans , je vous ar-
rachai des bras de votre Mère pour vous por-
ter fur mon bord. Depuis cet âge juſqu'à
>> vingt-trois ans , vous n'avez eu pour Maîtres
>>> que le Ciel , la Mer , & moi : & je ne cédai
>> aux empreſſemens de nos amis qui voulu-
>>rentvous confier un commandement , étant
>>>encore ſi jeune , que parce que je vous avois
>> rendu propres mes cinquante ans d'expérien-
>> ce. Enfin je jugeai de votre maturité par
>>>l'épreuve que j'avois faite de votre ſang-
>>>froid dans les périls de Mer , & dans le vif
combat qu'une frégate Angloiſe me livra près
>> dela Martinique.Je ſçais, mon Fils, ce que vous
>> pouvez , & ce quej'ai droitd'attendre; la car-
>>>rières'ouvre pour vous: Allez commander l'A-
>> réthuſe. Songez quandvous monterez cettefré-
>>>gate , qu'elle doitvous ſervirde tombeau , ou
>>>être leberceau de votre gloire.
Les Anglois ſçavent , ainſi que les François ,
l'uſageque ce jeune Marin a fait de cette leçon
Louis- Bourg & à Québec.
22 MERCURE DE FRANCE.
Actes autentiques dans lesquels le pére
de Duquesne a parlé & pris ſes qualités ;
& je les prie de les produire : lagloire de
Duquesne , & l'honneur de notre Ville
l'exigent.
L'on m'a derniérement produit, dans
un procès que j'ai perdu , un Contrat
paffé entre mes Auteurs & ceux de ma
Partie: devant Claude Vaultier & Pierre-
Leroux , Tabellions jurés audit Dieppe,
qui finit ainfi.
» Ce Jeudi , dernier jour de Février
» 1619 , préfens Jacques Miffant ,
>> Ecuyer & honorable homme Abraham
» Duquesne * , Bourgeois demeurans-
» audit Dieppe , lesquels ontfigné avec
» les Parties & Tabellions fuivantl'Or-
» donnance.
J'ai l'honneur d'être , &c.
DESMARQUETS, Maître des Eaux & Forêts.
A Dieppe, ce 8 Mars 1764.
* C'étoit le Père de notre Héros.
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Résumé : A M. DE LAPLACE, Auteur du Mercure, sur ABRAHAM DUQUESNE.
La lettre adressée à M. de Laplace évoque la vie d'Abraham Duquesne, un marin français illustre. L'auteur exprime son admiration pour des figures historiques telles que Sully, Duguay-Trouin et Jean Bart. Il discute de la naissance d'Abraham Duquesne, soulignant une divergence entre les sources : M. Thomas le décrit comme roturier, tandis que M. Daguesde Clairfontaine le considère comme issu d'une famille noble. L'auteur insiste sur l'importance de clarifier cette question, car la condition roturière de Duquesne ajouterait à sa gloire en raison des obstacles supplémentaires qu'il aurait surmontés. Il mentionne également le Sieur Vauquelin, dont le père a écrit une lettre encourageante, illustrant le potentiel de Dieppe à produire d'autres grands marins. L'auteur appelle à la production de documents authentiques pour confirmer la noblesse ou la roture de Duquesne. Un contrat notarié de 1619 mentionne Abraham Duquesne comme 'bourgeois'. La lettre, datée du 8 mars 1764 et provenant de Dieppe, fait référence à Jacques Miffant, écuyer, et Abraham Duquesne, bourgeois de Dieppe, ayant signé un acte en présence des parties et des tabellions. Le signataire, Desmarquets, se présente comme Maître des Eaux et Forêts. Une note précise qu'Abraham Duquesne était le père d'un héros non nommé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4643
p. 25-28
PORTRAIT de Madame de *** par Mademoiselle ***.
Début :
SI l'amitié n'est point aveugle, je puis peindre Eglé sans craindre qu'on [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PORTRAIT de Madame de *** par Mademoiselle ***.
PORTRAIT de Madame de *** par Mademoiselle ***.
SI l'amitié n'est point aveugle, je
puis peindre Eglé sans craindre qu'on
me ſoupçonne de partialité ; mais il eſt
plus aiſé de la comprendre que de la
définir ; & s'il ne faut point de réflé-
xions pour convenir qu'elle eſt aimable,
il en faut beaucoup pour expliquer
les qualités qui la rendent telle. Elles
font ſans nombre ; auſſi perſonne ne
plaît tant qu'Eglé , & perſonne ne
cherche fi peu à plaire. Elle plaît aux
femmes fans petiteffe & aux hommes
ſans coquetterie ; elle dédaigne ces
minauderies & ces grâces emprun-
tées , ſi ordinaires , même aux plus jo .
lies femmes , & qu'elles employent
I. Vol.
B
2.6 MERCURE DE FRANCE .
ſouventpour des hommes qui le mé-
ritent ſi peu. Ennemie de la contrainte ,
Eglé ne ſçait pas feindre; l'air & le ton
naturel qu'elle donne à ſes difcours & à
ſes actions les plus fimples,ydonnent un
nouveau prix , & font cauſe qu'on aime
en elle juſqu'à ſes défauts ; car je ne
prétends pas avancer qu'elle en ſoit
exempte ; j'ajoute même qu'elle ſeroit
moins aimable fi elle n'en avoit point.
Qu'a-t-elle donc de ſi ſéduiſant , dira
quelqu'un qui ſurement ne connoît pas
Eglé ? Je répondrai qu'on peut être
mieux qu'elle , mais qu'on ne ſçauroit
plaire davantage. Ce n'eſt pas qu'elle ne
Toit joliede l'aveu de tout le monde ,
mais cette qualiténe ſuffit pas pourplai-
re généralement , auffi en a-t-elle d'au-
tres. Egléunit à une figure agréable un
eſprit folide, un jugement fain,un goût
juſte & naturel que l'étude ne peutdon-
ner, de la délicateſſe dans les ſentimens,
&de la douceur dans le caractère. Elle
eſt d'une complexion foible&d'un cou-
rage mâle; fon cœur eſt héroïque , &
fij'oſe le dire ,militaire: pareſſeuſe pour
les minuties dont les femmes s'occu-
pent ,elle a du goût pour les exercices
qui l'élévent au-deſſusde ſon ſéxe. Eglé
ne veut pas devenir ſcavante , mais fon
AVRIL. 1764.
27
heureuſe mémoire & ſa pénétration
fuppléent à ſa pareſſe , de forte qu'elle
fçait beaucoup fans ſe donner la peine
d'apprendre. Vive fans étourderie , en-
jouée , badine , elle fait les charmes de
la ſociété & ſans le ſecours des cartes ,
trouve mille nouvelles reſſources pour
l'amuſer. Légère dans ſes propos , ſa
converſation n'eſt pas toujours ſuivie;
quand on croit fixer ſon attention , fou-
vent elle vous échappe,ſon eſprit étant
à pluſieurs choſes. Mais quand on peut
le captiver , rien n'eſt plus délicieux ;
ſes yeux qui peignent ſon âme ſem-
blent prêter une nouvelle force à vos
difcours , & l'envie qu'on a de la fixer,
donne de l'éloquence. Les chagrins
qu'elle éprouve , & la délicatefle de
fon tempérament pourroient lui rendre
l'humeur inégale ; mais ſenſible fans
foibleſſe , avec l'âme la plus tendre
,
elle ſçait ſupporter les revers. Son ef-
prit léger en apparence ,s'occupe fans
peine & avec fruitdes affaires les plus
férieuſes. Son cœur eſt ſenſible aux dou-
ceurs de l'amitié , & ſouvent quand
Eglé paroît négliger ſes amis , c'eſt alors
qu'elle y penſe le plus. Si fa légéreté
apparente vous afflige, ſon retour vous
confole , & l'on ne peut jamais s'en
Bij
28 MERCURE DE FRANCE .
plaindre avec justice. Mais qui peut
exprimer combien lui eft cher tout ce
qui la touche par les liens du ſang !
Sœur , fille , & mere tendre comme il
n'enfut jamais, ſes goûts ſemblent pré-
venir ſes devoirs. Heureux qui la con-
noit , plus heureux encore , qui peut en
être aimé !
SI l'amitié n'est point aveugle, je
puis peindre Eglé sans craindre qu'on
me ſoupçonne de partialité ; mais il eſt
plus aiſé de la comprendre que de la
définir ; & s'il ne faut point de réflé-
xions pour convenir qu'elle eſt aimable,
il en faut beaucoup pour expliquer
les qualités qui la rendent telle. Elles
font ſans nombre ; auſſi perſonne ne
plaît tant qu'Eglé , & perſonne ne
cherche fi peu à plaire. Elle plaît aux
femmes fans petiteffe & aux hommes
ſans coquetterie ; elle dédaigne ces
minauderies & ces grâces emprun-
tées , ſi ordinaires , même aux plus jo .
lies femmes , & qu'elles employent
I. Vol.
B
2.6 MERCURE DE FRANCE .
ſouventpour des hommes qui le mé-
ritent ſi peu. Ennemie de la contrainte ,
Eglé ne ſçait pas feindre; l'air & le ton
naturel qu'elle donne à ſes difcours & à
ſes actions les plus fimples,ydonnent un
nouveau prix , & font cauſe qu'on aime
en elle juſqu'à ſes défauts ; car je ne
prétends pas avancer qu'elle en ſoit
exempte ; j'ajoute même qu'elle ſeroit
moins aimable fi elle n'en avoit point.
Qu'a-t-elle donc de ſi ſéduiſant , dira
quelqu'un qui ſurement ne connoît pas
Eglé ? Je répondrai qu'on peut être
mieux qu'elle , mais qu'on ne ſçauroit
plaire davantage. Ce n'eſt pas qu'elle ne
Toit joliede l'aveu de tout le monde ,
mais cette qualiténe ſuffit pas pourplai-
re généralement , auffi en a-t-elle d'au-
tres. Egléunit à une figure agréable un
eſprit folide, un jugement fain,un goût
juſte & naturel que l'étude ne peutdon-
ner, de la délicateſſe dans les ſentimens,
&de la douceur dans le caractère. Elle
eſt d'une complexion foible&d'un cou-
rage mâle; fon cœur eſt héroïque , &
fij'oſe le dire ,militaire: pareſſeuſe pour
les minuties dont les femmes s'occu-
pent ,elle a du goût pour les exercices
qui l'élévent au-deſſusde ſon ſéxe. Eglé
ne veut pas devenir ſcavante , mais fon
AVRIL. 1764.
27
heureuſe mémoire & ſa pénétration
fuppléent à ſa pareſſe , de forte qu'elle
fçait beaucoup fans ſe donner la peine
d'apprendre. Vive fans étourderie , en-
jouée , badine , elle fait les charmes de
la ſociété & ſans le ſecours des cartes ,
trouve mille nouvelles reſſources pour
l'amuſer. Légère dans ſes propos , ſa
converſation n'eſt pas toujours ſuivie;
quand on croit fixer ſon attention , fou-
vent elle vous échappe,ſon eſprit étant
à pluſieurs choſes. Mais quand on peut
le captiver , rien n'eſt plus délicieux ;
ſes yeux qui peignent ſon âme ſem-
blent prêter une nouvelle force à vos
difcours , & l'envie qu'on a de la fixer,
donne de l'éloquence. Les chagrins
qu'elle éprouve , & la délicatefle de
fon tempérament pourroient lui rendre
l'humeur inégale ; mais ſenſible fans
foibleſſe , avec l'âme la plus tendre
,
elle ſçait ſupporter les revers. Son ef-
prit léger en apparence ,s'occupe fans
peine & avec fruitdes affaires les plus
férieuſes. Son cœur eſt ſenſible aux dou-
ceurs de l'amitié , & ſouvent quand
Eglé paroît négliger ſes amis , c'eſt alors
qu'elle y penſe le plus. Si fa légéreté
apparente vous afflige, ſon retour vous
confole , & l'on ne peut jamais s'en
Bij
28 MERCURE DE FRANCE .
plaindre avec justice. Mais qui peut
exprimer combien lui eft cher tout ce
qui la touche par les liens du ſang !
Sœur , fille , & mere tendre comme il
n'enfut jamais, ſes goûts ſemblent pré-
venir ſes devoirs. Heureux qui la con-
noit , plus heureux encore , qui peut en
être aimé !
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Résumé : PORTRAIT de Madame de *** par Mademoiselle ***.
Madame de *** est portraiturée par Mademoiselle ***, qui affirme décrire Eglé sans partialité grâce à leur amitié. Eglé est une personne extrêmement aimable, appréciée de tous sans artifice ni coquetterie. Naturelle et authentique, ses défauts mêmes sont charmants. Sa beauté est reconnue, mais ses qualités intellectuelles et morales la rendent véritablement séduisante : esprit solide, jugement sûr, goût naturel, délicatesse et douceur. Elle allie fragilité physique à un courage masculin et un cœur héroïque. Paresseuse pour les tâches futiles, elle excelle dans les activités qui la distinguent. Dotée d'une mémoire exceptionnelle et d'une grande pénétration, elle acquiert des connaissances facilement. Vive et enjouée, elle anime la société sans jeux de cartes. Légère dans ses propos, sa conversation devient captivante lorsqu'elle se concentre. Sensible mais non faible, elle supporte les revers avec dignité. Son esprit léger cache une capacité à traiter sérieusement les affaires importantes. Profondément attachée à ses proches, surtout ceux du sang, ses devoirs envers eux semblent naturels.
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4644
p. 43-44
LETTRE de M. DALLET l'aîné, Correspondant de l'Académie Royale des Sciences de ROUEN, à M. le Vicomte de SAINT-GERMAIN MATINEL, son premier ami de coeur.
Début :
EN t'embrassant, illustre & digne ami, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. DALLET l'aîné, Correspondant de l'Académie Royale des Sciences de ROUEN, à M. le Vicomte de SAINT-GERMAIN MATINEL, son premier ami de coeur.
LETTRE de M. DALLET l'aîné,
Correspondant de l'Académie Royale
des Sciences de ROUEN, à M. le
Vicomte de SAINT-GERMAIN
MATINEL, son premier ami de
coeur.
EN t'embrassant, illustre & digne ami,
Le feu du ſentiment a pénétré mon âme;
Mon cœur n'aime point à demi ,
Et les Dieux ont déjà béni
Cette pure & céleste flâne.
Que mon fort feroit d'envieux!
Je t'ai vû , je te vois , je te parle à toi-même :
J'embraſſe mon ami... momens délicieux ,
Vous m'égalez aux Dieux !
Oui c'eſt pour moi le bien ſuprême ,
Je n'ai rien du plus précieux.
ز
Vous me rendrez la justice de le
croire, Monfieur , parce que vous m'a-
vez connu tout entier dès la première
fois , & que les vertus du cœur font
éternelles. Mais après vous avoir re-
trouvé dans un moment de ma déplo-
rable vie , je fuis prêt à vous perdre
peut-être pour jamais ! Et mes triſtes
44 MERCURE DE FRANCE,
yeux s'éteindront ſans avoir vû Ma-
dame de Saint-Germain , l'adorable
moitié de vous même ! O , mon ami !
c'eſt le plus beau nom que je puiſſe
vous donner , fuffiez-vous furle Trône ;
fouvenez-vous quelquefois d'un hom-
me à qui la générofité de votre cœur
conferve encore un fi grand titre.
Correspondant de l'Académie Royale
des Sciences de ROUEN, à M. le
Vicomte de SAINT-GERMAIN
MATINEL, son premier ami de
coeur.
EN t'embrassant, illustre & digne ami,
Le feu du ſentiment a pénétré mon âme;
Mon cœur n'aime point à demi ,
Et les Dieux ont déjà béni
Cette pure & céleste flâne.
Que mon fort feroit d'envieux!
Je t'ai vû , je te vois , je te parle à toi-même :
J'embraſſe mon ami... momens délicieux ,
Vous m'égalez aux Dieux !
Oui c'eſt pour moi le bien ſuprême ,
Je n'ai rien du plus précieux.
ز
Vous me rendrez la justice de le
croire, Monfieur , parce que vous m'a-
vez connu tout entier dès la première
fois , & que les vertus du cœur font
éternelles. Mais après vous avoir re-
trouvé dans un moment de ma déplo-
rable vie , je fuis prêt à vous perdre
peut-être pour jamais ! Et mes triſtes
44 MERCURE DE FRANCE,
yeux s'éteindront ſans avoir vû Ma-
dame de Saint-Germain , l'adorable
moitié de vous même ! O , mon ami !
c'eſt le plus beau nom que je puiſſe
vous donner , fuffiez-vous furle Trône ;
fouvenez-vous quelquefois d'un hom-
me à qui la générofité de votre cœur
conferve encore un fi grand titre.
Fermer
Résumé : LETTRE de M. DALLET l'aîné, Correspondant de l'Académie Royale des Sciences de ROUEN, à M. le Vicomte de SAINT-GERMAIN MATINEL, son premier ami de coeur.
Dans une lettre adressée au Vicomte de Saint-Germain, M. Dallet l'aîné, correspondant de l'Académie Royale des Sciences de Rouen, exprime un amour profond et sincère. Dallet considère Saint-Germain comme son premier ami de cœur et affirme que ce sentiment est réciproque et béni par les dieux. Il évoque des moments délicieux partagés ensemble, qui le rendent égal aux dieux. Dallet reconnaît également la vertu et la générosité de Saint-Germain, qualités qu'il a perçues dès leur première rencontre. Cependant, il exprime sa tristesse à l'idée d'une possible séparation et regrette de ne jamais avoir vu Madame de Saint-Germain, qu'il décrit comme l'adorable moitié de Saint-Germain. Dallet demande à Saint-Germain de se souvenir de lui, même s'il devait accéder au trône.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4645
p. 50-58
SUITE des Lettres d'un jeune Homme. LETTRE VII.
Début :
JE me plaignois de l'amour dans ma dernière lettre : il a ses peines sans doute ; [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE des Lettres d'un jeune Homme. LETTRE VII.
SUITE des Lettres d'un jeune Homme.
LETTRE VII.
JE me plaignois de l'amour dans ma dernière
lettre : il a ses peines sans doute ;
mais est-ce bien un mal quecette paffion?
Il faudroit en avoir éprouvé toute la
violence , & recouvrer enfuite ſa pre-
miére tranquillité ; on pourroit alors
comparer ces deux états , & prononcer
plus hardiment. Eft-ce à moi de réfou-
cette vieille question ?
L'homme auſtère ,l'homme infenfi-
ble , & celui qui n'a connu que le com-
mun des femmes , proſcrivent un ſenti-
ment qu'ils ignorent ; ils vous préſente-
rontl'amour accompagnédu cortége af-
freux de tous les maux; ils défigureront
tous ſes traits , & fubftitueront à l'in-
nocence des grâces les noirs fantômes
de leur imagination.
Le jeune amant , dans l'ardeur de
ſon enthouſiaſme, & dans l'yvreffe de
fon bonheur , embellira tout. A peine
diftinguera-t-il les ſentimens du cœur
du préſtige des ſens. Partout le plaifir &
la joie l'environnent ; la flamme de
l'amour répand fur tous les objets une
AVRIL. 1764.
51
plus douce lumière ; l'âme elle-même
s'éléve & s'ennoblit ; & la vie n'eſt plus
rien fans le charme de la tendreſſe.
Sans apprécier ces deux tableaux ,
il me ſemble que la ſenſibilité , loin
d'être un mal en ſoi , eſt un bien fait
de la nature. Elle a ſes inconvéniens
ſansdoute comme les meilleures choſes.
Mais , fans compter les confolations &
les ſecours que l'humanité ſouffrante a
reçus de la commifération & de la bien-
veillance , combien de fois la délicateſſe
& l'enthouſiaſme de l'amour n'ont- ils
pas calmé la révolte des ſens ! Quel est
l'infortuné Mortel qu'une Maîtreffe ai-
mable & fage n'a pas ſcu garantir des
écueils d'une impétueuſe jeuneſſe ?
Quelle Philofophie que celle qui vou-
droit éteindre le ſentiment même !
Que cette faculté de notre âme ne
ſe développe que dans la Société,qu'im-
porte : elle étoit du moins en nous. Ne
mépriſons pas les dons du Ciel : il ne
s'agit que de les bien diriger; & ce ne
feroit pas un médiocre ſervice à rendre
à l'humanité , que de trouver l'art déli-
cat & fublime de faire tourner l'amour
au profit des mœurs. Il me ſemble que
ce ſoin devroit faire , mais non pas
tout-à- fait , comme à Sparte , une par-
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
tie eſſentielle de l'éducation. Au lieu
d'abandonner une jeuneſſe aveugle au
penchant de ſon cœur , montrez-lui le
véritable amour , toujours animé par
la vertu ; offrez ſurtout aux jeunes filles
cette douce & ſévère image ; qu'un
amant noté par quelque vice ou par
quelque lâcheté , n'attende plus de ſa
maîtreſſe que du mépris & de l'indi-
gnation ; qu'ils attachent l'une & l'autre
quelque idée à ces mots de grandeur
d'âme , d'union conjugale , de patrie ,
d'honnêteté, de vertu ;queles charmes du
caractère le diſputent à ceuxde la figure ;
quela beauté d'une âme ſimple & gé-
néreuſe ne ſoit point offuſquée parl'en-
chantementd'un dehors trompeur : vous
verrez que l'eſtime mutuelle reſſerrant
les nœuds de l'amour , il perdra ce qu'il
a de dangereux. Que le chriftianiſme ,
qui nous ordonne d'aimer nos femmes ,
donne à ces vertus morales le ſouverain
degré d'énergie & de confiftence , tout
rentrera dans l'ordre , & l'amour ſera
juftifié.
Ala fureur de ſes emportemens fuc-
cédera cette joie paiſible & délicieuſe ,
qui laiſſe goûter à notre âme toute l'é-
tendue de fon bonheur. Que deviendra
l'art mépriſable de certaines femmes ,
quand on fentira le prix de la candeur
,
AVRIL . 1764.
53
&de la modeſtie ? Simple & noble pu-
deur ! Non , il n'appartient qu'à toi de
couronner l'amour ! C'eſt toi , c'eſt ta
naïve adreſſe qui ſçait adoucir ſa violen-
ce , & mêler au délire de nos fens la
volupté du ſentiment & de la paix !
Vous diriez que l'amour s'épure & fe
fortifie à mesure qu'il ſe rapproche de
l'amitié , & qu'il lui reſſemble davan-
tage. Ah ! Vous n'en doutez point ,
vous dont le cœur pur adore la vertu !
Ces idées ne font pas neuves ni peut-
être abſolument juſtes : je te les donne ,
mon ami , pour ce qu'elles font : mais
ne répandent- elles pas quelque jour fur
leſujetde cette lettre ?
Que ce tribut d'éloges que je paye à
l'amour ne t'étonne pas après les plain-
tes améres que je t'adreffois il n'y a
pas long-temps. Viens embraſſer ton
ami ; il eſt enfin le plus heureux des
hommes. Sophie , l'aimable Sophie eſt
à moi pour toujours ! L'excès de ma
félicité préſente efface de mon cœur de
douloureux ſouvenirs. Je ſuis enyvré ;
vole
je t'attends. Tu vas connoître
l'incomparable objet qui m'enchante.
Ces lettres que tu me demandes , tu
les auras bien-tôt. C'eſt l'hiſtoire fimple
& naïve d'un cœur droit & fincére.
Ciij
54 MERCURE DE FRANCE.
Tu l'auras toute entière ; tu ſens que
je n'ai point de ſecrets pour toi.
Hâtez- vous d'arriver mon ami. Votre
chère Henriette aimera ma Sophie , qui
brûle de l'embraffer. Heureux &dignes
époux ! les mêmes nœuds qui nous lient
viennentde vous unir.Venez!notre com-
mune joie augmentera celle de chacun
de nous , fi pourtant l'on peut rien ajou-
ter au bonheur d'être aimé , toi d'Hen-
riette , & moi de Sophie.
LETTRES A SOPHIE ,
LETTRE I.
SOPHIE , Sophie ! ... Elle part , elle
me fuit .... l'ingratte abandonne un
infortuné qui l'adore ! Y Songez -vous
bien , cruelle ? Eſpérez-vous retrouver
un amant auſſi tendre ? vous m'aimez , &
vous êtes déjà loin de moi ! Momens
délicieux & trop courts , dont le fou-
venir me charme & me déſole , ne
reviendrez- vous jamais ? ne ferez-vous
pas plus durables ? Aimable & chère
Sophie ! écoutez l'amour gémiſſant.
Pourriez - vous méconnoître ſa voix ?
Vous ſçavez ſi je ſçais reſpecter vos
mœurs & ces qualités charmantes qui
AVRIL. 1764.
55
vous diftinguent bien plus encore que
la beauté : laiſſez-vous attendrir à mes
regrets ,
ils font bien légitimes quand
je vous perds ! Ne rougiffez pas d'être
ſenſible. Je ſçais trop qu'elle nous fait
fouffrir , cette extrême ſenſibilité; mais
ne vous en défaites point : elle pour-
roit ſeule produire les bonnes actions.
Malheur aux âmes dures & qui ne fen-
tent rien !
Dès que j'eus perdu de vue cette
fatale chaiſe qui vous enlevoit , qui
emportoit mon bonheur , je rentrai
bien vîte chez moi. J'avois le cœur ſer-
ré depuis long temps. Je m'enfermai
dans mon cabinet. Livré au déſeſpoir ,
éperdu , prèſque inſenſible
....
ô ma
charmante amie ! J'eſſayai de pleurer.
Quels pleurs ! De ces larmes diffici-
les , de ces larmes qui déchirent le
cœur , & qui rempliſſent encore mes
yeux : jamais je n'en verrai de fi cruel-
les. Nuit affreuſe ! ... Le jour n'a point
diſſipé ma triſteſſe. Je crois être ſeul
dans l'univers. Vos lettres ſeules pour-
ront modérer mon ennui ; cette cham-
bre à côté de celle que j'occupe , je
n'oſe plus la regarder. Je ne ſçais quel
trouble involontaire me ſaiſit quand il
faut que je paſſe devant cette porte....
Civ
5.6 MERCURE DE FRANCE.
je ne veux plus reſterà Lifors ; toutm'y
retrace l'idée d'une perſonne trop chère,
pour mon repos ..... Mais pourquoi ne
pas entrer dans cette chambre ? Ma
Sophie n'y eſt plus ; je ne l'y verrai
plus
...
tout ce qui me la rappelle doit
être cher à mon cœur. Revenez , ma
Sophie ! Confolez mes chagrins ; char-
mez , s'il eſt poffible , l'horreur de ma
folitude. Que de vertus j'ai vu briller
dans ce réduit obſcur ! Charmant &
mystérieux aſyle , vous futes celui de
la ſageſſe & des grâces ; vous avez
poſſédé ce que la terre a de plus grand
& de plus aimable !
......
Puiffe - je
retrouver bientôt ce que j'ai perdu !
Eſpoir flatteur , toi ſeul adoucis mes
peines ! Adieu , Sophie ; adieu , toi
que j'aimerai toujours !
LETTRE II.
QUELLE
UELLE aimable lettre ! Avec
quelle émotion j'ai reconnu cette écri-
ture , les traits de votre main. Mais pour-
quoi ces craintes qui m'outragent ? Me
croyez-vous affez vil pour vouloir vous
tromper ? vous ignorez donc vos char-
mes ? Qui , moi ! Que je puiſſe trahir
AVRIL. 1764.
57
lè mérite & les grâces ! Ah,jugezmieux
de vous & de moi! Quel homme bar-
bare n'a jamais ſenti l'attrait de la beau-
té , ſurtout quand elle pare les talens ,
l'eſprit , la raiſon & la douceur ! J'ai
connu des femmes qui avoient bien
de l'obligation à leur figure ; mais , ado-
rable Sophie , vous embelliffez la beauté
même. Vous êtes vraie; vous avez un
cœur noble & fenfible. La figure la plus
aimable annonce les heureuſes qualités
de votre âme. Par quel charme uniſſez-
vous donc à la piquante vivacité d'une
belle brune , la douceur enchantereſſe
de la blonde la plus touchante ? Pav
quelle magie vos beaux yeux expri
ment-ils la tendreſſe & la modeſtie
Je crois que je mourrois , ſi je n'as
vois pas le bonheur de vous plaire.
Il eſt affreux de ne teniràrien.Je cher-
chois une compagne aimable & ver-
tueuſe , une amie ſenſible & raifon--
nable ; je vous ai rencontrée... Hélas
je fins que je vous rendrois heureuſe !
Un homme fimple & tranquille ,ami
de l'ordre & de lamodération , que le
bruit du monde , & l'éclat du faſte im
portunent , dont la vertu , l'amour & la
paix peuvent ſeuls remplir les vœux
voilà l'époux qui vous eſt offert. Il feroid
Cy
58 MERCURE DE FRANCE.
toujours votre amant, mais l'amant le
plus délicat , pénétré du mérite de ce
qu'il aime , & qui ſçauroit mêler du
reſpect aux plus tendres careſſes. Mais ,
bonne amie , il y a des âmes baſſes qui
ne connoiffent d'autre volupté que celle
des fens. Pour moi ,je dédaigne , je hais
les plaiſirs où le cœur & l'honnêteté ne
préſident pas. J'oſe le dire , ma fenfi-
bilité m'a toujours ſauvé de la débau-
che ; & je me ſens né pour adorer un
objet eftimable. Son divin modéle ſe
retraçoit fans ceſſe à mon cœur. Ce
n'eſt plus une chimère ; vous m'offrez
ce que j'ofois à peine imaginer. Fille
charmante ! Quelle douce & triſte émo-
tion vous excitez dans mon âme ! Que
ne fuis-je à vous pour toujours ! Dieu !
quel riant avenir, quels heureux jours
je me promettrois, fi la main de So-
phie... Hélas ! je n'en ſuis pas indigne ,
par mes fentimens du moins , par la
candeur & la vérité de mon caractère.
Quand le fort comblera-t-il nos vœux ?
Adieu , aimez-moi toujours.
LETTRE VII.
JE me plaignois de l'amour dans ma dernière
lettre : il a ses peines sans doute ;
mais est-ce bien un mal quecette paffion?
Il faudroit en avoir éprouvé toute la
violence , & recouvrer enfuite ſa pre-
miére tranquillité ; on pourroit alors
comparer ces deux états , & prononcer
plus hardiment. Eft-ce à moi de réfou-
cette vieille question ?
L'homme auſtère ,l'homme infenfi-
ble , & celui qui n'a connu que le com-
mun des femmes , proſcrivent un ſenti-
ment qu'ils ignorent ; ils vous préſente-
rontl'amour accompagnédu cortége af-
freux de tous les maux; ils défigureront
tous ſes traits , & fubftitueront à l'in-
nocence des grâces les noirs fantômes
de leur imagination.
Le jeune amant , dans l'ardeur de
ſon enthouſiaſme, & dans l'yvreffe de
fon bonheur , embellira tout. A peine
diftinguera-t-il les ſentimens du cœur
du préſtige des ſens. Partout le plaifir &
la joie l'environnent ; la flamme de
l'amour répand fur tous les objets une
AVRIL. 1764.
51
plus douce lumière ; l'âme elle-même
s'éléve & s'ennoblit ; & la vie n'eſt plus
rien fans le charme de la tendreſſe.
Sans apprécier ces deux tableaux ,
il me ſemble que la ſenſibilité , loin
d'être un mal en ſoi , eſt un bien fait
de la nature. Elle a ſes inconvéniens
ſansdoute comme les meilleures choſes.
Mais , fans compter les confolations &
les ſecours que l'humanité ſouffrante a
reçus de la commifération & de la bien-
veillance , combien de fois la délicateſſe
& l'enthouſiaſme de l'amour n'ont- ils
pas calmé la révolte des ſens ! Quel est
l'infortuné Mortel qu'une Maîtreffe ai-
mable & fage n'a pas ſcu garantir des
écueils d'une impétueuſe jeuneſſe ?
Quelle Philofophie que celle qui vou-
droit éteindre le ſentiment même !
Que cette faculté de notre âme ne
ſe développe que dans la Société,qu'im-
porte : elle étoit du moins en nous. Ne
mépriſons pas les dons du Ciel : il ne
s'agit que de les bien diriger; & ce ne
feroit pas un médiocre ſervice à rendre
à l'humanité , que de trouver l'art déli-
cat & fublime de faire tourner l'amour
au profit des mœurs. Il me ſemble que
ce ſoin devroit faire , mais non pas
tout-à- fait , comme à Sparte , une par-
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
tie eſſentielle de l'éducation. Au lieu
d'abandonner une jeuneſſe aveugle au
penchant de ſon cœur , montrez-lui le
véritable amour , toujours animé par
la vertu ; offrez ſurtout aux jeunes filles
cette douce & ſévère image ; qu'un
amant noté par quelque vice ou par
quelque lâcheté , n'attende plus de ſa
maîtreſſe que du mépris & de l'indi-
gnation ; qu'ils attachent l'une & l'autre
quelque idée à ces mots de grandeur
d'âme , d'union conjugale , de patrie ,
d'honnêteté, de vertu ;queles charmes du
caractère le diſputent à ceuxde la figure ;
quela beauté d'une âme ſimple & gé-
néreuſe ne ſoit point offuſquée parl'en-
chantementd'un dehors trompeur : vous
verrez que l'eſtime mutuelle reſſerrant
les nœuds de l'amour , il perdra ce qu'il
a de dangereux. Que le chriftianiſme ,
qui nous ordonne d'aimer nos femmes ,
donne à ces vertus morales le ſouverain
degré d'énergie & de confiftence , tout
rentrera dans l'ordre , & l'amour ſera
juftifié.
Ala fureur de ſes emportemens fuc-
cédera cette joie paiſible & délicieuſe ,
qui laiſſe goûter à notre âme toute l'é-
tendue de fon bonheur. Que deviendra
l'art mépriſable de certaines femmes ,
quand on fentira le prix de la candeur
,
AVRIL . 1764.
53
&de la modeſtie ? Simple & noble pu-
deur ! Non , il n'appartient qu'à toi de
couronner l'amour ! C'eſt toi , c'eſt ta
naïve adreſſe qui ſçait adoucir ſa violen-
ce , & mêler au délire de nos fens la
volupté du ſentiment & de la paix !
Vous diriez que l'amour s'épure & fe
fortifie à mesure qu'il ſe rapproche de
l'amitié , & qu'il lui reſſemble davan-
tage. Ah ! Vous n'en doutez point ,
vous dont le cœur pur adore la vertu !
Ces idées ne font pas neuves ni peut-
être abſolument juſtes : je te les donne ,
mon ami , pour ce qu'elles font : mais
ne répandent- elles pas quelque jour fur
leſujetde cette lettre ?
Que ce tribut d'éloges que je paye à
l'amour ne t'étonne pas après les plain-
tes améres que je t'adreffois il n'y a
pas long-temps. Viens embraſſer ton
ami ; il eſt enfin le plus heureux des
hommes. Sophie , l'aimable Sophie eſt
à moi pour toujours ! L'excès de ma
félicité préſente efface de mon cœur de
douloureux ſouvenirs. Je ſuis enyvré ;
vole
je t'attends. Tu vas connoître
l'incomparable objet qui m'enchante.
Ces lettres que tu me demandes , tu
les auras bien-tôt. C'eſt l'hiſtoire fimple
& naïve d'un cœur droit & fincére.
Ciij
54 MERCURE DE FRANCE.
Tu l'auras toute entière ; tu ſens que
je n'ai point de ſecrets pour toi.
Hâtez- vous d'arriver mon ami. Votre
chère Henriette aimera ma Sophie , qui
brûle de l'embraffer. Heureux &dignes
époux ! les mêmes nœuds qui nous lient
viennentde vous unir.Venez!notre com-
mune joie augmentera celle de chacun
de nous , fi pourtant l'on peut rien ajou-
ter au bonheur d'être aimé , toi d'Hen-
riette , & moi de Sophie.
LETTRES A SOPHIE ,
LETTRE I.
SOPHIE , Sophie ! ... Elle part , elle
me fuit .... l'ingratte abandonne un
infortuné qui l'adore ! Y Songez -vous
bien , cruelle ? Eſpérez-vous retrouver
un amant auſſi tendre ? vous m'aimez , &
vous êtes déjà loin de moi ! Momens
délicieux & trop courts , dont le fou-
venir me charme & me déſole , ne
reviendrez- vous jamais ? ne ferez-vous
pas plus durables ? Aimable & chère
Sophie ! écoutez l'amour gémiſſant.
Pourriez - vous méconnoître ſa voix ?
Vous ſçavez ſi je ſçais reſpecter vos
mœurs & ces qualités charmantes qui
AVRIL. 1764.
55
vous diftinguent bien plus encore que
la beauté : laiſſez-vous attendrir à mes
regrets ,
ils font bien légitimes quand
je vous perds ! Ne rougiffez pas d'être
ſenſible. Je ſçais trop qu'elle nous fait
fouffrir , cette extrême ſenſibilité; mais
ne vous en défaites point : elle pour-
roit ſeule produire les bonnes actions.
Malheur aux âmes dures & qui ne fen-
tent rien !
Dès que j'eus perdu de vue cette
fatale chaiſe qui vous enlevoit , qui
emportoit mon bonheur , je rentrai
bien vîte chez moi. J'avois le cœur ſer-
ré depuis long temps. Je m'enfermai
dans mon cabinet. Livré au déſeſpoir ,
éperdu , prèſque inſenſible
....
ô ma
charmante amie ! J'eſſayai de pleurer.
Quels pleurs ! De ces larmes diffici-
les , de ces larmes qui déchirent le
cœur , & qui rempliſſent encore mes
yeux : jamais je n'en verrai de fi cruel-
les. Nuit affreuſe ! ... Le jour n'a point
diſſipé ma triſteſſe. Je crois être ſeul
dans l'univers. Vos lettres ſeules pour-
ront modérer mon ennui ; cette cham-
bre à côté de celle que j'occupe , je
n'oſe plus la regarder. Je ne ſçais quel
trouble involontaire me ſaiſit quand il
faut que je paſſe devant cette porte....
Civ
5.6 MERCURE DE FRANCE.
je ne veux plus reſterà Lifors ; toutm'y
retrace l'idée d'une perſonne trop chère,
pour mon repos ..... Mais pourquoi ne
pas entrer dans cette chambre ? Ma
Sophie n'y eſt plus ; je ne l'y verrai
plus
...
tout ce qui me la rappelle doit
être cher à mon cœur. Revenez , ma
Sophie ! Confolez mes chagrins ; char-
mez , s'il eſt poffible , l'horreur de ma
folitude. Que de vertus j'ai vu briller
dans ce réduit obſcur ! Charmant &
mystérieux aſyle , vous futes celui de
la ſageſſe & des grâces ; vous avez
poſſédé ce que la terre a de plus grand
& de plus aimable !
......
Puiffe - je
retrouver bientôt ce que j'ai perdu !
Eſpoir flatteur , toi ſeul adoucis mes
peines ! Adieu , Sophie ; adieu , toi
que j'aimerai toujours !
LETTRE II.
QUELLE
UELLE aimable lettre ! Avec
quelle émotion j'ai reconnu cette écri-
ture , les traits de votre main. Mais pour-
quoi ces craintes qui m'outragent ? Me
croyez-vous affez vil pour vouloir vous
tromper ? vous ignorez donc vos char-
mes ? Qui , moi ! Que je puiſſe trahir
AVRIL. 1764.
57
lè mérite & les grâces ! Ah,jugezmieux
de vous & de moi! Quel homme bar-
bare n'a jamais ſenti l'attrait de la beau-
té , ſurtout quand elle pare les talens ,
l'eſprit , la raiſon & la douceur ! J'ai
connu des femmes qui avoient bien
de l'obligation à leur figure ; mais , ado-
rable Sophie , vous embelliffez la beauté
même. Vous êtes vraie; vous avez un
cœur noble & fenfible. La figure la plus
aimable annonce les heureuſes qualités
de votre âme. Par quel charme uniſſez-
vous donc à la piquante vivacité d'une
belle brune , la douceur enchantereſſe
de la blonde la plus touchante ? Pav
quelle magie vos beaux yeux expri
ment-ils la tendreſſe & la modeſtie
Je crois que je mourrois , ſi je n'as
vois pas le bonheur de vous plaire.
Il eſt affreux de ne teniràrien.Je cher-
chois une compagne aimable & ver-
tueuſe , une amie ſenſible & raifon--
nable ; je vous ai rencontrée... Hélas
je fins que je vous rendrois heureuſe !
Un homme fimple & tranquille ,ami
de l'ordre & de lamodération , que le
bruit du monde , & l'éclat du faſte im
portunent , dont la vertu , l'amour & la
paix peuvent ſeuls remplir les vœux
voilà l'époux qui vous eſt offert. Il feroid
Cy
58 MERCURE DE FRANCE.
toujours votre amant, mais l'amant le
plus délicat , pénétré du mérite de ce
qu'il aime , & qui ſçauroit mêler du
reſpect aux plus tendres careſſes. Mais ,
bonne amie , il y a des âmes baſſes qui
ne connoiffent d'autre volupté que celle
des fens. Pour moi ,je dédaigne , je hais
les plaiſirs où le cœur & l'honnêteté ne
préſident pas. J'oſe le dire , ma fenfi-
bilité m'a toujours ſauvé de la débau-
che ; & je me ſens né pour adorer un
objet eftimable. Son divin modéle ſe
retraçoit fans ceſſe à mon cœur. Ce
n'eſt plus une chimère ; vous m'offrez
ce que j'ofois à peine imaginer. Fille
charmante ! Quelle douce & triſte émo-
tion vous excitez dans mon âme ! Que
ne fuis-je à vous pour toujours ! Dieu !
quel riant avenir, quels heureux jours
je me promettrois, fi la main de So-
phie... Hélas ! je n'en ſuis pas indigne ,
par mes fentimens du moins , par la
candeur & la vérité de mon caractère.
Quand le fort comblera-t-il nos vœux ?
Adieu , aimez-moi toujours.
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Résumé : SUITE des Lettres d'un jeune Homme. LETTRE VII.
Dans la septième lettre, l'auteur réfléchit sur l'amour, reconnaissant à la fois ses souffrances et ses bienfaits. Il critique ceux qui condamnent ou idéalisent excessivement cette passion. Pour lui, la sensibilité, y compris l'amour, est un don naturel bénéfique malgré ses inconvénients. Il suggère que l'amour peut apaiser les passions et guider les jeunes vers la vertu. L'auteur révèle que Sophie, qu'il aime, est désormais sienne et invite son ami à partager sa joie et à rencontrer Sophie. Dans la première lettre à Sophie, l'auteur exprime sa douleur face à son départ imminent, admirant ses qualités et suppliant Sophie de ne pas oublier sa tendresse. La correspondance entre les deux individus montre une profonde tristesse et un amour intense. Le narrateur décrit son désespoir après la séparation avec Sophie, se sentant seul et incapable de trouver du réconfort ailleurs que dans les lettres de Sophie. Il évoque une chambre adjacente à la sienne qu'il évite de regarder car elle lui rappelle Sophie. Il exprime son désir de la retrouver et de surmonter sa solitude. Dans la deuxième lettre, Sophie répond en exprimant son émotion à la lecture de l'écriture du narrateur. Elle réfute toute crainte concernant sa fidélité et son honnêteté, soulignant ses propres qualités et celles du narrateur. Elle décrit le narrateur comme un homme simple, vertueux et amoureux, cherchant une compagne aimable et vertueuse. Sophie exprime son désir de le rendre heureux et son admiration pour sa sensibilité et sa moralité, concluant en espérant que leurs vœux seront exaucés et en renouvelant son amour pour lui.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4646
p. 64-68
LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure de France. SUR Charles-Annibal FABROT.
Début :
UN homme de lettres, Monsieur, faisoit il y a quelques jours, des recherches [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure de France. SUR Charles-Annibal FABROT.
LETTRE à M. DE LA PLACE,
Auteur du Mercure de France.
SUR Charles-Annibal FABROT.
UN homme de lettres, Monsieur,
faisoit il y a quelques jours, des recherches
par pure curiofité, dans des ouvrages de
Jurifconfultes Francois ; il y trouva des
points affez intéreſſans , ſous la garantie
de Fabrotus. Il imagina que c'étoit un
Sçavant Etranger dont l'autorité lui
parut mériter toute fon attention : en
conféquence il confulta les Bibliogra---.
phes. Quel fut fon étonnement , Mon--
fieur ! Ce Fabrotus eſt un de ſes Com-
patriotes , même ſon parent , & l'un
des plus habiles hommes qu'il y ait
eu fous le régne de LOUIS XIV ,fi
fécond en talens de tout genre. Par
quelle fatalité ce Sçavant paroît-il mé-
connu dans ſa patrie , & fon nom est-il
ainſidéguisé pardes Auteurs modernes
AVRIL. 1764..
65
Heſt oublié dans la colomnedes Sça
vans & Illuftres que M. le Préſident
Hénault a miſe dans ſon abrégé chro-
nologique , à côté des Héros & des
grands Hommes d'Etat qui ont auffi
honoré la Nation. * Permettez-vous ,
Monfieur , qu'on répare , par une no-
tice ſuccinte , le tort que cette omif-
fion fait à la mémoire d'un homme
qui ſeroit très-célébre , fi notre fiécle
étoit moins frivole ?
Charles - Annibal Fabrot étoit d'Aix
en Provence. ſa profonde érudition &
ſes vaſtes connoiſſances dans la Jurif
prudence civile & canonique , lui ob--
tinrent l'amitiédu fameux Peireſc, pro-
tecteur de tous les gens de mérite. Le
Préſident Du Vair qui l'eſtimoit fort
aufſi , devenu Garde des Sceaux en
1617 , attira Fabrot à Paris : il n'a-
voit que trente-fix ans ; & depuis huit
années il occupoit avec distinction une
chaire de Profeſſeur en droit dans l'U-
niverſité d'Aix. Il y retourna après la
mort de fon protecteur , & y reprit
fes fonctions de Profeſſeur. On le re-
* M. de Voltaire qui a fait dans l'hiſtoire du
ſiecle de LOUIS XIV , celle des progrès de
l'eſprit humain & de tous les Arts , ſous ce
beau régne, ne fait aucune mention de Fabrot
66 MERCURE DE FRANCE .
vit à Paris en 1637 , pour y faire im-
primer des notes fur les Inſtituts de
Juftinien. CetOuvrage dédié au Chan-
celier Seguier fut honorable & utile.
Il fit à Fabrot un grand nom dans la
République des Lettres , & lui valut
une penfion de deux mille livres pour
travailler à la traduction des Bafiliques .
C'eſt la collection des Loix Romaines
dont l'uſage s'étoit conſervé dans l'O-
rient , & de celles que les Empereurs
de Conſtantinople avoient faites. Cet
Ouvrage immenfe, le fruit de dix an-
nées d'application conſtante , mérita à
fonAuteur une charge de Confeiller au
Parlement de Provence , dont les cir-
conſtances du temps ne lui ont pas
permis de jouir. Deux ans après , en
1649 , Fabrot publia une édition des
Œuvres de Cedrene , de Nicetas , d'A-
naſtaſe le Bibliothéquaire , de Conf-
tantin Manaſſes , & des Inſtituts de
Théophile Simocatte , qu'il enrichit de
notes & de diſſertations. On a de lui
des obſervations fur quelques titres du
Code Théodofien , un Traité contre
Saumaiſe fur l'uſure , & quelques ma-
ximes de Droit fur Théodore Balsamon ,
fur l'Histoire Eccléſiaſtique
fur les
AVRIL. 1764 .
67
Papes , & pluſieurs Traités particuliers
fur diverſes matières de Droit.
En 1652 , ce Scavant & infatiga-
ble Ecrivain commença la réviſion des
Œuvres de Cujas, qu'il corrigea fur plu-
fieurs manufcrits , & qu'il donna èn
Public en 1658 en dix volumes in-folio
avec d'excellentes notes auſſi curieuſes
qu'inſtructives. La trop grande appli-
cation qu'il donna à ce grand Ouvrage
lui cauſa une maladie dont il mourut ,
ſuivant M. l'Abbé l'Advocat , Abbré-
viateur de Moreri , dans ſon petitDic-
tionnaire hiſtorique & portatif, le 16
Janvier 1659 , âgé de 78 ans , ou au
mois de Février de la même année ,
ſuivant M. l'Abbé Lambert , Auteur
de l'hiſtoire
Littéraire du ſiècle de
LOUIS XIV. Il fut inhumé dans
l'Egliſe de S. Germain l'Auxerrois ſa
Paroiffe.
On trouva parmi les papiers de ce
Sçavant homme , des Commentaires fur
les Inſtituts de Justinien , des notes fur
Aulugelle , & le recueil des Ordon-
-nances ou Conſtitutions Eccléſiaſtiques
qui n'avoient pas été encore publiées en
grec. Ce dernier Ouvrage a été inféré
dans la Bibliothéque du Droit Canon,
publié en 1661 par MM. Voët & Justel.
68 MERCURE DE FRANCE.
Je ne ſçais s'il y a eu un homme plús
érudit , plus laborieux & qui ait fait
plus d'honneur que lui aux Jurifcon-
ſultes de France : pourquoi donc eft-
il ou oublié , ou cité ſous une déno-
mination latine dans des Livres François ?
Enfin il a été pris pour un étranger
dont le nom en us ne rappelle pas af-
ſez ce que l'on doit à la mémoire
d'un auſſi illuſtre Compatriote.
J'ai l'honneur d'être , &c.
P. G. Abonné au Mercure.
Auteur du Mercure de France.
SUR Charles-Annibal FABROT.
UN homme de lettres, Monsieur,
faisoit il y a quelques jours, des recherches
par pure curiofité, dans des ouvrages de
Jurifconfultes Francois ; il y trouva des
points affez intéreſſans , ſous la garantie
de Fabrotus. Il imagina que c'étoit un
Sçavant Etranger dont l'autorité lui
parut mériter toute fon attention : en
conféquence il confulta les Bibliogra---.
phes. Quel fut fon étonnement , Mon--
fieur ! Ce Fabrotus eſt un de ſes Com-
patriotes , même ſon parent , & l'un
des plus habiles hommes qu'il y ait
eu fous le régne de LOUIS XIV ,fi
fécond en talens de tout genre. Par
quelle fatalité ce Sçavant paroît-il mé-
connu dans ſa patrie , & fon nom est-il
ainſidéguisé pardes Auteurs modernes
AVRIL. 1764..
65
Heſt oublié dans la colomnedes Sça
vans & Illuftres que M. le Préſident
Hénault a miſe dans ſon abrégé chro-
nologique , à côté des Héros & des
grands Hommes d'Etat qui ont auffi
honoré la Nation. * Permettez-vous ,
Monfieur , qu'on répare , par une no-
tice ſuccinte , le tort que cette omif-
fion fait à la mémoire d'un homme
qui ſeroit très-célébre , fi notre fiécle
étoit moins frivole ?
Charles - Annibal Fabrot étoit d'Aix
en Provence. ſa profonde érudition &
ſes vaſtes connoiſſances dans la Jurif
prudence civile & canonique , lui ob--
tinrent l'amitiédu fameux Peireſc, pro-
tecteur de tous les gens de mérite. Le
Préſident Du Vair qui l'eſtimoit fort
aufſi , devenu Garde des Sceaux en
1617 , attira Fabrot à Paris : il n'a-
voit que trente-fix ans ; & depuis huit
années il occupoit avec distinction une
chaire de Profeſſeur en droit dans l'U-
niverſité d'Aix. Il y retourna après la
mort de fon protecteur , & y reprit
fes fonctions de Profeſſeur. On le re-
* M. de Voltaire qui a fait dans l'hiſtoire du
ſiecle de LOUIS XIV , celle des progrès de
l'eſprit humain & de tous les Arts , ſous ce
beau régne, ne fait aucune mention de Fabrot
66 MERCURE DE FRANCE .
vit à Paris en 1637 , pour y faire im-
primer des notes fur les Inſtituts de
Juftinien. CetOuvrage dédié au Chan-
celier Seguier fut honorable & utile.
Il fit à Fabrot un grand nom dans la
République des Lettres , & lui valut
une penfion de deux mille livres pour
travailler à la traduction des Bafiliques .
C'eſt la collection des Loix Romaines
dont l'uſage s'étoit conſervé dans l'O-
rient , & de celles que les Empereurs
de Conſtantinople avoient faites. Cet
Ouvrage immenfe, le fruit de dix an-
nées d'application conſtante , mérita à
fonAuteur une charge de Confeiller au
Parlement de Provence , dont les cir-
conſtances du temps ne lui ont pas
permis de jouir. Deux ans après , en
1649 , Fabrot publia une édition des
Œuvres de Cedrene , de Nicetas , d'A-
naſtaſe le Bibliothéquaire , de Conf-
tantin Manaſſes , & des Inſtituts de
Théophile Simocatte , qu'il enrichit de
notes & de diſſertations. On a de lui
des obſervations fur quelques titres du
Code Théodofien , un Traité contre
Saumaiſe fur l'uſure , & quelques ma-
ximes de Droit fur Théodore Balsamon ,
fur l'Histoire Eccléſiaſtique
fur les
AVRIL. 1764 .
67
Papes , & pluſieurs Traités particuliers
fur diverſes matières de Droit.
En 1652 , ce Scavant & infatiga-
ble Ecrivain commença la réviſion des
Œuvres de Cujas, qu'il corrigea fur plu-
fieurs manufcrits , & qu'il donna èn
Public en 1658 en dix volumes in-folio
avec d'excellentes notes auſſi curieuſes
qu'inſtructives. La trop grande appli-
cation qu'il donna à ce grand Ouvrage
lui cauſa une maladie dont il mourut ,
ſuivant M. l'Abbé l'Advocat , Abbré-
viateur de Moreri , dans ſon petitDic-
tionnaire hiſtorique & portatif, le 16
Janvier 1659 , âgé de 78 ans , ou au
mois de Février de la même année ,
ſuivant M. l'Abbé Lambert , Auteur
de l'hiſtoire
Littéraire du ſiècle de
LOUIS XIV. Il fut inhumé dans
l'Egliſe de S. Germain l'Auxerrois ſa
Paroiffe.
On trouva parmi les papiers de ce
Sçavant homme , des Commentaires fur
les Inſtituts de Justinien , des notes fur
Aulugelle , & le recueil des Ordon-
-nances ou Conſtitutions Eccléſiaſtiques
qui n'avoient pas été encore publiées en
grec. Ce dernier Ouvrage a été inféré
dans la Bibliothéque du Droit Canon,
publié en 1661 par MM. Voët & Justel.
68 MERCURE DE FRANCE.
Je ne ſçais s'il y a eu un homme plús
érudit , plus laborieux & qui ait fait
plus d'honneur que lui aux Jurifcon-
ſultes de France : pourquoi donc eft-
il ou oublié , ou cité ſous une déno-
mination latine dans des Livres François ?
Enfin il a été pris pour un étranger
dont le nom en us ne rappelle pas af-
ſez ce que l'on doit à la mémoire
d'un auſſi illuſtre Compatriote.
J'ai l'honneur d'être , &c.
P. G. Abonné au Mercure.
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Résumé : LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure de France. SUR Charles-Annibal FABROT.
La lettre adressée à M. de La Place, rédacteur du Mercure de France, met en avant la figure méconnue de Charles-Annibal Fabrot, un juriste et érudit français du XVIIe siècle. Un homme de lettres découvrit les travaux de Fabrot en consultant des ouvrages juridiques, croyant initialement qu'ils étaient l'œuvre d'un savant étranger. Fabrot, né à Aix-en-Provence, était réputé pour son érudition et ses compétences en droit civil et canonique. Il reçut le soutien de personnalités influentes telles que Peiresc et Du Vair, qui l'incitèrent à s'installer à Paris. À Paris, Fabrot publia plusieurs œuvres marquantes, dont des notes sur les Instituts de Justinien et une collection des lois romaines. Il obtint également une pension pour traduire les Basiliques et fut nommé conseiller au Parlement de Provence. Parmi ses autres contributions, on compte des éditions enrichies d'œuvres anciennes et divers traités juridiques. Sa santé se détériora après la publication des œuvres de Cujas, et il décéda en 1659 à l'âge de 78 ans. Malgré ses apports significatifs au domaine juridique, Fabrot reste souvent méconnu ou mal identifié dans les ouvrages modernes. La lettre vise à corriger cette injustice en rendant hommage à sa mémoire et à ses contributions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4647
p. 68-72
LA POPULATION & la Beauté, Odes. A Londres, & se trouve à Paris chez Cailleau, rue S. Jacques, près les Mathurins, à S. André ; 1764 ; in-8 o .
Début :
NOUS croyons que le Public doit lire avec plaisir ces deux Odes : la premiere [...]
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texteReconnaissance textuelle : LA POPULATION & la Beauté, Odes. A Londres, & se trouve à Paris chez Cailleau, rue S. Jacques, près les Mathurins, à S. André ; 1764 ; in-8 o .
LA POPULATION & la Beauté,
Odes. A Londres, & se trouve à
Paris chez Cailleau, rue S. Jacques,
près les Mathurins, à S. André ;
1764 ; in-8o.
NOUS croyons que le Public doit
lire avec plaisir ces deux Odes : la premiere
eſt ſur un Sujet important ; l'Au-
teur , M. Sabatier , y peint avec force
les vices contraires à la population ;
nousavons admiré pluſieurs ſtrophes
AVRIL. 1764.
69
pleines de poëfie &de ſentiment. Nous
ſommes fachés de ne pouvoir parler
au long de ces deux Ouvrages : nous
allons citer quelques ſtrophes de la
première Ode ſans les choiſir. Le Poëte
parle de nos Ayeux.
Sitôt que de l'Amour les éloquentes flâmes
Leur faiſoit éprouver le beſoins de leurs âmes
Par des tranſports nouveaux ,
Ils couroient à l'autel conſacrer leur tendreſſe :
Etl'Hymen amoureux aux yeux d'une maîtreſſe
Allumoit ſes flambeaux.
Mais l'Hymen avili n'eſt qu'un Dieu mercenaire;
L'Epouſe la plus riche eſt celle qui doit plaire :
L'or ſeul peut nous charmer.
Des Pères inhumains maximes tyranniques !
Quoi , vous oſez ſoumettre àdes calculs iniques
Ledoux plaifir d'aimer ?
Jonetd'un vil deſir que le caprice augmente,
Ce mortel que chérit une épouſe charmante
Mépriſe ſes appas ,
Et payant des plaiſirs où la honte le guide,
Court dans les bras trompeurs d'une Laïs perfide
Acheter le trépas !
Viensdonc voir, malheureux, ton Epouſe éplorées
Entends-tu les ſoupirs d'une âme déchirée
Qui reclame ta foi ?
1
70 MERCURE DE FRANCE.
Elle te dit : Cruel , viens eſſuyer mes larmes.
Déja mon déſeſpoir auroit flétri mes charmes ,
S'ils n'étoient pas à toi.
Vous êtes plus cruels , vous Epoux inutiles ,
Qui contens d'un ſeul fils oſez être ſtériles
Jaloux de l'enrichir.
Vous qui préoccupésde ſa grandeur future ,
Dans vos embraſſemens arrêtez la nature
Et trompez ſon deſir.
L'apostrophe aux Loix que l'Auteur
excite à réprimer les abus qui arrêtent
la population,eſt pleine de vigueur : tout
ce qui eſt ſur l'agriculture nous a paru
très-beau.
La ſeconde Ode, qui eſt ſur la Beau-
té , brille ſurtout par la grandeur du
plan , & par la richefſe de la Poëfie.
Le Poëte y déplore avec raiſon l'édu-
cation étroite que l'on donne aux
femmes & qui étouffe leurs talens.
Eh ! comment voulez-vous que la beauté timide ,
Oifive par devoir , puiſſe d'un vol rapide
Atteindre vos lauriers brillans ?
Quand nous la deſtinons aux fleurs qui la cou-
ronnent ,
Quand tous les jeux qui l'environnent
De ſon fécond génie arrêtent les élans.
AVRIL. 1764.
71
Ce n'eſt point dans les champs embellis par
l'aurore ,
Que ſe forment la foudre & les brulans éclairs :
L'aigle altier amolli dans les jardins de Flore
Eût perdu l'empire des airs:
Au ſeul defir de plaire Elife abandonnée ,
N'eût point de ſes états fixant la deſtinée
Entrepris de nobles travaux :
Carthage en s'élevant menace l'Italie ,
Etl'ombre de Didon trahie
Erre autour d'Annibal & guide ſes drapeaura
La naiſſance de la beauté fait plaifir :
c'eſt dans un genre agréable qui con-
traſte avec les Strophes qui ſuivent :
l'Epiſode de Caſſandre , que le Poëte a
fi bien amené , jette la plus grande cha-
leur fur le reſte de l'Ode.
Ladiſcorde a mugi; déjà Troyelenflammée
N'eſt plusqu'un tourbillon qui rouledans lesairs :
Le ſang coule; &de morts cette plaine ſemée
S'abîme & les rend aux enfers :
Quel ſpectacle effroyable ! entendez-vous Caffan-
dre
Surun monceau fumant de ſa patrie en cendre,
Frapper les cieux de cris perçans ?
Les cheveux hériſſés & couverts de poufſière ,
Des temps elle ouvre la Barrière :
Et d'une voix lugubre exhale ces accens.
72 MERCURE DE FRANCE.
**O fatale beauté ! quel démon ſur tes traces
Du Ténare irrité déchaîne les horreurs ?
Le glaive deMégéreeſtdans les mains desgrâces
L'amour est le Dieu des fureurs.
Quel eſt ce Roi meurtri , renverſé de ſonTrône?
Barbare Clitemnestre : eh quoi , leCiel qui tonne
Ne tient pas ton bras ſuſpendu ?
Et toi , Sémiramis , toi , Reine forcenée,
Du fang de ton époux baignée ,
Tu le traînes mourant à tes pieds étendu !
Je vois Scylla trahir ſon Père & ſa Patrie ,
Et fuivrede Minos les drapeaux triomphans.
L'Amante de Jaſon , implacable Furie,
S'arme , elle immole ſes enfans :
Eh, quoi! le doux zéphir enfante-t-il l'orage?
Les ris , l'œil menaçant , étincelent de rage ;
Les plaiſirs creuſent des tombeaux.
La beauté n'eſt jamais que la vertu parée
Etdoit-elle être révérée ,
Dèsque de la Diſcorde elle tient les flambéaux ?
Ces Strophes ſuffiſent pour faire con-
noître le talent de M. Sabatier. Il confir-
me , par ces deux Piéces de Poëfies , la
réputation qu'il s'eſt déjà faite par d'au-
tres Poëmes Lyriques,& furtout par fon
Ode fur l'Enthouſiaſme , que les Con-
noiffeurs eſtiment.
Odes. A Londres, & se trouve à
Paris chez Cailleau, rue S. Jacques,
près les Mathurins, à S. André ;
1764 ; in-8o.
NOUS croyons que le Public doit
lire avec plaisir ces deux Odes : la premiere
eſt ſur un Sujet important ; l'Au-
teur , M. Sabatier , y peint avec force
les vices contraires à la population ;
nousavons admiré pluſieurs ſtrophes
AVRIL. 1764.
69
pleines de poëfie &de ſentiment. Nous
ſommes fachés de ne pouvoir parler
au long de ces deux Ouvrages : nous
allons citer quelques ſtrophes de la
première Ode ſans les choiſir. Le Poëte
parle de nos Ayeux.
Sitôt que de l'Amour les éloquentes flâmes
Leur faiſoit éprouver le beſoins de leurs âmes
Par des tranſports nouveaux ,
Ils couroient à l'autel conſacrer leur tendreſſe :
Etl'Hymen amoureux aux yeux d'une maîtreſſe
Allumoit ſes flambeaux.
Mais l'Hymen avili n'eſt qu'un Dieu mercenaire;
L'Epouſe la plus riche eſt celle qui doit plaire :
L'or ſeul peut nous charmer.
Des Pères inhumains maximes tyranniques !
Quoi , vous oſez ſoumettre àdes calculs iniques
Ledoux plaifir d'aimer ?
Jonetd'un vil deſir que le caprice augmente,
Ce mortel que chérit une épouſe charmante
Mépriſe ſes appas ,
Et payant des plaiſirs où la honte le guide,
Court dans les bras trompeurs d'une Laïs perfide
Acheter le trépas !
Viensdonc voir, malheureux, ton Epouſe éplorées
Entends-tu les ſoupirs d'une âme déchirée
Qui reclame ta foi ?
1
70 MERCURE DE FRANCE.
Elle te dit : Cruel , viens eſſuyer mes larmes.
Déja mon déſeſpoir auroit flétri mes charmes ,
S'ils n'étoient pas à toi.
Vous êtes plus cruels , vous Epoux inutiles ,
Qui contens d'un ſeul fils oſez être ſtériles
Jaloux de l'enrichir.
Vous qui préoccupésde ſa grandeur future ,
Dans vos embraſſemens arrêtez la nature
Et trompez ſon deſir.
L'apostrophe aux Loix que l'Auteur
excite à réprimer les abus qui arrêtent
la population,eſt pleine de vigueur : tout
ce qui eſt ſur l'agriculture nous a paru
très-beau.
La ſeconde Ode, qui eſt ſur la Beau-
té , brille ſurtout par la grandeur du
plan , & par la richefſe de la Poëfie.
Le Poëte y déplore avec raiſon l'édu-
cation étroite que l'on donne aux
femmes & qui étouffe leurs talens.
Eh ! comment voulez-vous que la beauté timide ,
Oifive par devoir , puiſſe d'un vol rapide
Atteindre vos lauriers brillans ?
Quand nous la deſtinons aux fleurs qui la cou-
ronnent ,
Quand tous les jeux qui l'environnent
De ſon fécond génie arrêtent les élans.
AVRIL. 1764.
71
Ce n'eſt point dans les champs embellis par
l'aurore ,
Que ſe forment la foudre & les brulans éclairs :
L'aigle altier amolli dans les jardins de Flore
Eût perdu l'empire des airs:
Au ſeul defir de plaire Elife abandonnée ,
N'eût point de ſes états fixant la deſtinée
Entrepris de nobles travaux :
Carthage en s'élevant menace l'Italie ,
Etl'ombre de Didon trahie
Erre autour d'Annibal & guide ſes drapeaura
La naiſſance de la beauté fait plaifir :
c'eſt dans un genre agréable qui con-
traſte avec les Strophes qui ſuivent :
l'Epiſode de Caſſandre , que le Poëte a
fi bien amené , jette la plus grande cha-
leur fur le reſte de l'Ode.
Ladiſcorde a mugi; déjà Troyelenflammée
N'eſt plusqu'un tourbillon qui rouledans lesairs :
Le ſang coule; &de morts cette plaine ſemée
S'abîme & les rend aux enfers :
Quel ſpectacle effroyable ! entendez-vous Caffan-
dre
Surun monceau fumant de ſa patrie en cendre,
Frapper les cieux de cris perçans ?
Les cheveux hériſſés & couverts de poufſière ,
Des temps elle ouvre la Barrière :
Et d'une voix lugubre exhale ces accens.
72 MERCURE DE FRANCE.
**O fatale beauté ! quel démon ſur tes traces
Du Ténare irrité déchaîne les horreurs ?
Le glaive deMégéreeſtdans les mains desgrâces
L'amour est le Dieu des fureurs.
Quel eſt ce Roi meurtri , renverſé de ſonTrône?
Barbare Clitemnestre : eh quoi , leCiel qui tonne
Ne tient pas ton bras ſuſpendu ?
Et toi , Sémiramis , toi , Reine forcenée,
Du fang de ton époux baignée ,
Tu le traînes mourant à tes pieds étendu !
Je vois Scylla trahir ſon Père & ſa Patrie ,
Et fuivrede Minos les drapeaux triomphans.
L'Amante de Jaſon , implacable Furie,
S'arme , elle immole ſes enfans :
Eh, quoi! le doux zéphir enfante-t-il l'orage?
Les ris , l'œil menaçant , étincelent de rage ;
Les plaiſirs creuſent des tombeaux.
La beauté n'eſt jamais que la vertu parée
Etdoit-elle être révérée ,
Dèsque de la Diſcorde elle tient les flambéaux ?
Ces Strophes ſuffiſent pour faire con-
noître le talent de M. Sabatier. Il confir-
me , par ces deux Piéces de Poëfies , la
réputation qu'il s'eſt déjà faite par d'au-
tres Poëmes Lyriques,& furtout par fon
Ode fur l'Enthouſiaſme , que les Con-
noiffeurs eſtiment.
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Résumé : LA POPULATION & la Beauté, Odes. A Londres, & se trouve à Paris chez Cailleau, rue S. Jacques, près les Mathurins, à S. André ; 1764 ; in-8 o .
Le texte présente deux odes de M. Sabatier publiées en 1764 à Londres et Paris. La première ode aborde la question de la population et dénonce les vices qui y sont opposés, tels que l'avidité matérielle et l'infidélité conjugale. Le poète critique les pères inhumains et les époux stériles, et appelle les lois à réprimer les abus qui entravent la croissance démographique. Il exalte également les bienfaits de l'agriculture. La seconde ode traite de la beauté et déplore l'éducation restrictive imposée aux femmes, qui étouffe leurs talents. Elle contraste avec des passages plus sombres, comme l'épisode de Cassandre et les horreurs causées par la beauté, illustrées par des figures historiques telles que Clitemnestre et Sémiramis. Le texte souligne le talent de Sabatier, déjà reconnu pour ses poèmes lyriques, notamment son ode sur l'enthousiasme.
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4648
p. 73-84
HISTOIRE de Méhémet II. Empereur Ottoman, enrichie de Lettres traduites du Grec & de l'Arabe ; ou Lettres Turques, historiques & politiques, écrites tant par Méhémet II. Empereur Ottoman, que par ses Généraux, ses Sultanes, un de ses Ambassadeurs, & Usum-Cassan, Roi de Perse, son contemporain ; traduites du Grec & de l'Arabe sur des Manuscrits trouvés à Constantinople, avec des notes intéressantes, & une Histoire de la Vie de ce Conquérant, par M. Belin de Monterzi ; à Paris, chez Duchesne, rue S. Jacques, au Temple du Goût, chez Panckoucke, rue & à côté de la Comédie Françoise, & chez Prault, quai de Conti ; avec approbation ; 1764 ; deux parties in-12 d'environ 150 pages chacune.
Début :
LA PRÉFACE désigne la voie par laquelle l'Auteur a eu le Manuscrit. Un [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE de Méhémet II. Empereur Ottoman, enrichie de Lettres traduites du Grec & de l'Arabe ; ou Lettres Turques, historiques & politiques, écrites tant par Méhémet II. Empereur Ottoman, que par ses Généraux, ses Sultanes, un de ses Ambassadeurs, & Usum-Cassan, Roi de Perse, son contemporain ; traduites du Grec & de l'Arabe sur des Manuscrits trouvés à Constantinople, avec des notes intéressantes, & une Histoire de la Vie de ce Conquérant, par M. Belin de Monterzi ; à Paris, chez Duchesne, rue S. Jacques, au Temple du Goût, chez Panckoucke, rue & à côté de la Comédie Françoise, & chez Prault, quai de Conti ; avec approbation ; 1764 ; deux parties in-12 d'environ 150 pages chacune.
HISTOIRE de Méhémet II. Empereur
Ottoman, enrichie de Lettres traduites
du Grec & de l'Arabe ; ou Lettres Turques,
historiques & politiques, écrites
tant par Méhémet II. Empereur Ottoman,
que par ses Généraux, ses Sultanes,
un de ses Ambassadeurs, &
Usum-Cassan, Roi de Perse, son
contemporain ; traduites du Grec & de
l'Arabe sur des Manuscrits trouvés à
Constantinople, avec des notes intéressantes,
& une Histoire de la Vie de ce
Conquérant, par M. Belin de Monterzi ;
à Paris, chez Duchesne, rue S.
Jacques, au Temple du Goût, chez
Panckoucke, rue & à côté de la Comédie
Françoise, & chez Prault, quai de
Conti ; avec approbation ; 1764 ;
deux parties in-12 d'environ 150 pages
chacune.
LA PRÉFACE désigne la voie par laquelle
l'Auteur a eu le Manuscrit. Un
I. Vol.
D
74 MERCURE DE FRANCE.
Seigneur Polonois , homme de Lettres,
le tenoit d'un Pacha , Gouverneur de
Province , & ce Seigneur en a fait part
à l'Editeur. Ce dernier , trouvant que
ces Lettres parloient des Batailles , des
Siéges & des principaux événemens du
Règne de Méhémet II, a été obligé ,
pour en développer les caufes,de puiſer
dans pluſieursAuteurs de cet Empire les
notes qui y avoient rapport, & d'écrire
toute la Vie de ce Monarque. La véné-
ration que les Turcs ont toujours eue
pourun Prince qui a été le Fondateurde
leur vaſte Empire , & l'envie que les
Grecs ont eue d'écrire les événemens
extraordinaires dont ils ont été témoins,
font croire avec beaucoup de probabi-
lité & de vraiſemblance , la poſſibilité
des Manufcrits que l'on peut trouver fur
leRègne d'un des plus célébres Conqué-
rans qui ayent paru dans le monde.
Origine des Turcs. Des Peuples origi-
naires des Scites conquirentle Turquef-
tan , d'où ils prirent le nomde Turcs.
Ils ſe réunirent ſous Ottoman , qui , de
Lieutenant-Général d'Aladin , Souve-
rain d'Alep & de Damas , devint ſon
fucceffeur , & hérita de la Bythinie &
du pays voiſin du MontOlimpe. Deux
fiécles & dix règnes s'écoulerent juf-
+
AVRIL. 1764.
75
qu'au couronnement de Méhémet II.
Amurat II , ſon père , ſurpaſſa tous ſes
prédéceſſeurs; il laiſſa un grand Empire
à ſon fils , qui remplit l'Europe & l'Afie
de la terreur de fon nom. Il affermit ſon
Trône par la mortde deux de ſes frères.
Scanderbeg , Roi d'Albanie , retarda
long-temps les ſuccès de ce Prince ; &
ce futaprès ſa mort, qu'il conquit fur
fon fils Jean les Etats que les Vénitiens,
fidèles obfervateurs de leurs engage -
mens , défendirent avec autant d'inuti-
lité que de perſévérance. Pluſieurs Let-
tres parlent du Siége & de la Priſe de
Conſtantinople en 1453 , & endonnent
des détails curieux , qu'il faut lire dans
l'Ouvrage même. La première eſt écrite
parMéhémet à Benféid , Sultane , à An-
drinople.
» Divine Sultane , je ne vous ai point
>> dit adieu ; n'en ſoyez point inquiette.
Il lui rend compte des raiſons qui l'ont
obligéde la quitter.Il finit ainſi ſa Lettre:
>>je ſouhaite de terminer bientôt cette
» expédition , pour pouvoir retourner à
>>Andrinople , & vous donner de nou-
>> velles preuvesde matendreſſe. Je vou-
>> drois que la flame qui me dévore ,
>> brillante Sultane , put voler fur les
» aîles des agréables Zéphirs ; qu'elle
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
>> pénétrât votre âme , & que l'extaſe
» du plaifir qu'elle vous feroit éprou-
» ver , durâtjuſqu'au moment de mon
→ arrivée.
Voici la réponſe en partie , les bornes
de ce Journal refferrant les Analyſes.
» Benféid, Sultane , à Méhémet . Em,
» pereur , à Satalie en Caramanie.
» Mille idées triftes me chagrinent ,
» cher Sultan , depuis que vous vous
» êtes éloigné de ces lieux. Vous les
>> avez quittés plus promptement que
>>les oiſeaux les plus rapides ne parcou
> rentla voute azurée. Lorſque des fon-
>> ges déſagréables , ayant-coureurs des
>>peines que je devois reffentir, ont fuf-
>>>pendu mes ſens , prêts à fortir de leur
>> afſoupiſſement, & que la lumière du
>>jour , frappant les organes de la vue ,
→ m'a réveillée; mon âme , par un effor
>>naturel ,portée fortement vers l'objet
>>que j'adore , a conçu , ſans le ſecours
>>de perfonne , l'éloignement du prin-
» cipe de ſa félicité. Mes craintes ont été
>> bientôt juſtifiées ; & la première voix
» qui m'a fait entendre les accens que je
»redoutois, ne m'a laiſſfé d'autre ſen
>>timent que celui de la plus vive dou-
leur.
Il y a d'autres penſées Aſiatiques
dans cette Lettre,
AVRIL. 1764.
77
Dans la troiſième , où Méhémet écrit
à la Sultane Benfeid, du Camp devant
Conſtantinople , à Andrinople ,au ſujet
d'Halifury , Prince de Caramanie , fon
Tributaire , qui s'étoit révolté , & en-
ſuite ſoumis , il y a ces expreſſions qui
peignent bien le naturel fougneux de
ce Conquérant.
» Il marche actuellement vers l'Armé-
>> nie , & je ſouhaite que le feu qu'il y
>>porte dure juſques aux temps où le
» Ciel ,favorable à mes vœux , me per-
>> mettra d'y voler , pour l'éteindre dans
»le ſang de ceux qui m'ont offenfé.
Une Deſcription de Conſtantinople ,
embellie par des métaphores agréables
& juftes de la plus belle ſituation qui
ſoit fans contredit dans le monde, en
donne une idée magnifique. On juge de
la politique de Méhémet , par le choix
qu'il fit de Gennadius , le plus ſçavant
de tous les Grecs , pour l'inſtaller Pa-
triarche de Conſtantinople , en lui met-
tant le Bâton paſtoral entre les mains ,
en préſence des Chrétiens & des Turcs.
Irène , la plus belle créature de cette
vaſte Capitale , paroît ſur la ſcène. Dans
une Lettre que ce Prince lui écrit de
Scutari , il lui dit que » les Femmes font
>> comme des eſſences précieuſes , qui
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
"
>>ont plus d'odeurs lorſqu'elles font
>>plus renfermées , & auxquelles il ne
>> reſte aucune fuavité lorſqu'on leur
>>>laiſſe prendre l'air. On peut les com-
>> parer à une table où il y a des fruits
>> exquis qui aiguiſentl'appétit de ceux
>>qui les voient, quand même ils ſe-
>> roient rafſafiés. En Grèce , en Italie ,
>> en France , elles ont toutes fortes de
>>>libertés : elles vont & viennent ac-
>>>compagnées , ou feules ; elle caquè-
>>tenttantqu'elles veulent ; & les ſages
» Musulmans , qui ſçavent prévoir ce
>>qui peut leur arriver de fâcheux , dé-
>> fendent aux femmes les converſations
>>avec les hommes , de peur qu'elles ne
>> ſe laiſſent enchanter par les oreilles
>> comme les aſpics.
» Je veux que vous n'ayez rien à de-
>> firer , idole de mon âme ; je vous
>> donnerai bientôt des preuves de la
>> flamme dontje brûle pourvos célef-
>>>tes attraits , en vous traitant en Reine ;
» vous méritez d'être élevée au rang le
>>plus diftingué ; mon amour vous en
>> réſerve les honneurs , & une félicité
>> fans partage.
4 La deſcriptiondu fiége de Belgrade
en 1456 dans une lettre écrite par un
des Généraux de Méhémet au Gouver
AVRIL. 1764.
79
neur de Conſtantinople eſt intéreſſante
par les exploits du fameux Hunniade ,
qui obligea ce Prince à le lever après
y avoir perdu une partie de ſes troupes.
Ce Conquérant ,après avoir foumis
une partie du Péloponnéſe , alla voir
Athènes dont il écrit une lettre à Mizai
Paleologue , Prince Grec , unde ſesGé-
néraux.
>> J'ai conſidéré les édifices que les
>> temps même ont épargnés ; pénétré
>> de reſpect & d'admiration pour ces
>> lieux fameux par les Platon , les So-
>> crate , les Euclide ,les Démosthène, les
» Miltiade&tantd'autres génies immor-
>> tels,guerriers invincibles,que ces con-
>> trées ſi déchuesde leur première gran-
>> deur ont vu briller autre fois ; mon âme
» élevée par des tranſports dont je n'ai
» pas été le maître vers ces ombres di-
>>vines , leur a adreſſé les vœux que ma
» débile plume a tâché d'exprimer.
» Oh vous ! qui dans un repos éter-
>>>nel goûtez à des diſtances infinies de
>> ce globe où ne ſont que des êtres im-
>>matériels , la félicité inéffable que le
>> ſuprême Auteur de l'Univers vous
>> avoitréſervée pour vous récompenfer
» de vos vertus , recevez l'encens &
>> les hommages decelui qui n'ayant pu
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
» par l'ordre des deſtinées en être le
>> témoin , forme des defirs pour votre
>>bonheur en regardant les reſtes de ces
>>Palais & de ces Temples plus heureux
>> que moi d'avoir entendu vos céleſtes
» accens.
;
CetOuvrage fait connoître Monceni-
go, le plus grand Général qu'ait jamais
eu la République de Veniſe. Il porta
la guerre dans les Provinces de l'Afie
Mineure de l'Empire Ottoman & cal-
ma les troubles du Royaume de Chy-
pre. C'eſt un Perſonnage illustre dont
Moréri ni ſes Commentateurs n'ont ja-
mais fait mention. Ufum-Caffan a été
* auſſi oublié , ainſi qu'une infinité d'au-
tres. On feroit un bon Ouvrage de ce
qui leur manque.
Ce Roi de Perſe eut des démêlés avec
Méhémet ; toutes les lettres qu'ils ſe font
écrites n'ont pu être que très-intéreſſan-
tes; il y en a ſix où le génie de ces
deux Princes eſt bien développé. Le Sul-
tan veut engager Ufum- Caffan à rom-
pre les engagemens quil a pris avec les
Princes Chrétiens. » Tes intérêts ne
>> peuvent toucher fincérement les Al .
>>liés que tu as été chercher dans des
>> climats qui te ſont fi peu connus ; ils
>> font trop éloignés de toi pour crain-
>>dre ta vangeance lorſqu'ils t'aban-
AVRIL. 1764.
81
>> donneront. Joignons plutôt nos ar-
» mes , & faiſons trembler l'Europe ;
>> renverſons les Empires qui depuis la
> décadence & la divifion de celui qui
>> leur donna une première origine y
>> fleuriſſent par les Arts & le Com-
>> merce du monde ; fubjuguons des
>>>Nations trop foibles pour nous ré-
>> ſiſter. Voilà quelle doit être l'ambi-
>> tion d'un Souverain tel que toi , &c.
Ufum-Caffan lui demande la Cappa-
doce & la ville de Trébiſonde qu'il a
envahies ſur ſon beau-père David Com-
nène; il les lui refuſe , & la guerre ſe
déclare entr'eux. Le Roi de Perſe lui
écrit une lettre dont on ne rapporte-
rai ici que quelques expreffions. Après
lui avoir dit qu'il voudroit armer contre
lui tous les Rois de la Terre, & lui avoir
reproché ſon injustice, il ajoute : » Ton
>> ambition ſans bornes , qui depuis que
>>>tu es monté ſur le Trône te porte à
>> attaquer indiſtinctement tous tes voi-
>> fins , m'a engagé dans la Ligue des
>>> Princes qui veulent en arrêter les
>> cruels effets. Tu remplis de meurtres
» & de carnage les plus belles Provin-
» ces de l'Europe & de l'Afie ; & la
>> pente fatale au genre humain , qui
t'entraîne à élever un trophée enfan-
Dv
:
82 MERCURE DE FRANCE .
>>glanté fur les débris des Nations fub-
>> juguées , ne sçauroit être arrêtée avec
>> trop de célérité. Je me ſouviens des
>> ravages que tu as faits en Perſe dans
>>ta dernière irruption. Tu vins te raf-
>> fafier de ſang & du plaiſir ſtérite &
>>> barbare de facrifier à une vangeance
>> aveugle un nombre infini de mes Su-
>> jets dont j'ai pleuré la mort. Ton âme
>> dont la férocité eſt inacceffible à la
>> commifération , ne t'a point arraché
»une larme pour la perte de tes Sol-
>>dats qui moururent ſous les coups des
» miens. Il y a des traits auſſi forts dans
le reste de la lettre.
La Bataille de Jerwrack que gagna
Méhémet fur le Roi de Perſe , eſt dé-
crite dans une lettre qu'écrivit le Sul-
tan.Mamut, fonGrand-Vifir , le diſſuada
d'entrer dans l'intérieur de ce Royau-
me , & il fut diſgracié pour lui avoir
fuggéré des conſeils contraires à fon
ambition.
Il y a des images agréables dans les
lettres de la Sultane Miltide , à Méhémet;.
furtout dans celle où elle tâche de l'at-
tirer à Conſtantinople pour qu'il puiffe
ſe délaſſer de ſes travaux.
Elle em-
ploye tout ce que le ſéjour de cette
belle Capitale a de plus ſéduisant pour
l'engager à yvenir.
AVRIL. 1764 .
و
83
La mort d'Ufum-Caffan , & les divi-
fions qu'elle occafionne entre ſes deux
enfans , offrent à Méhémet une belle oc-
cafion d'envahir un Royaume agite par
des guerres civiles ; ſes lettres & celles
fon Ambaſſadeur renfermentdesdétails
curieux. On voit ce Prince s'occuper
de cette conquête & de la punition du
Soudan d'Egypte , ancien Allié du Roi
de Perſe. Pendant qu'il médite les plus
vaſtes projets, & qu'il ſe met à la tête de
trois cent mille combattans pour les
éxécuter ; en entrant en Afie , il eſt
attaqué d'une colique près de Nicomé-
die , Ville de Bythinie , de laquelle il
mourut le 3 Mai 1481 & de l'Hégire
886 , après avoir vêcu 53 ans & en
avoir régné près de 32.
Il liſoit ſouvent l'Hiſtoire Romaine
furtout celle d'Auguste & des autres
Céfars. Il faiſoit ſes délices de celles
d'Alexandre , de Constantin , & de
Théodore ; il avoit beaucoup de goût
pour la Peinture & la Muſique , & fit
fleurir l'Agriculture : il parloit non
ſeulement l'Arabe
langue affectée à
fa Nation , mais encore la Perfane ,
la Grecque & l'Italienne.
Tout ce qui peut faire connoître
le génie & les mœurs d'une Nation ,
Dvi
84 MERCURE DE FRANCE.
doit exciter notre curioſité. Cet Ou
vrage eft dans ce cas, & mérite d'être lu,
par le caractère aſiatique qui le diftin-
gue de beaucoup d'autres qui ont été
écrits fur lamême matière. Le prix des
deux brochures eſt de 1 liv. 16 f.
Ottoman, enrichie de Lettres traduites
du Grec & de l'Arabe ; ou Lettres Turques,
historiques & politiques, écrites
tant par Méhémet II. Empereur Ottoman,
que par ses Généraux, ses Sultanes,
un de ses Ambassadeurs, &
Usum-Cassan, Roi de Perse, son
contemporain ; traduites du Grec & de
l'Arabe sur des Manuscrits trouvés à
Constantinople, avec des notes intéressantes,
& une Histoire de la Vie de ce
Conquérant, par M. Belin de Monterzi ;
à Paris, chez Duchesne, rue S.
Jacques, au Temple du Goût, chez
Panckoucke, rue & à côté de la Comédie
Françoise, & chez Prault, quai de
Conti ; avec approbation ; 1764 ;
deux parties in-12 d'environ 150 pages
chacune.
LA PRÉFACE désigne la voie par laquelle
l'Auteur a eu le Manuscrit. Un
I. Vol.
D
74 MERCURE DE FRANCE.
Seigneur Polonois , homme de Lettres,
le tenoit d'un Pacha , Gouverneur de
Province , & ce Seigneur en a fait part
à l'Editeur. Ce dernier , trouvant que
ces Lettres parloient des Batailles , des
Siéges & des principaux événemens du
Règne de Méhémet II, a été obligé ,
pour en développer les caufes,de puiſer
dans pluſieursAuteurs de cet Empire les
notes qui y avoient rapport, & d'écrire
toute la Vie de ce Monarque. La véné-
ration que les Turcs ont toujours eue
pourun Prince qui a été le Fondateurde
leur vaſte Empire , & l'envie que les
Grecs ont eue d'écrire les événemens
extraordinaires dont ils ont été témoins,
font croire avec beaucoup de probabi-
lité & de vraiſemblance , la poſſibilité
des Manufcrits que l'on peut trouver fur
leRègne d'un des plus célébres Conqué-
rans qui ayent paru dans le monde.
Origine des Turcs. Des Peuples origi-
naires des Scites conquirentle Turquef-
tan , d'où ils prirent le nomde Turcs.
Ils ſe réunirent ſous Ottoman , qui , de
Lieutenant-Général d'Aladin , Souve-
rain d'Alep & de Damas , devint ſon
fucceffeur , & hérita de la Bythinie &
du pays voiſin du MontOlimpe. Deux
fiécles & dix règnes s'écoulerent juf-
+
AVRIL. 1764.
75
qu'au couronnement de Méhémet II.
Amurat II , ſon père , ſurpaſſa tous ſes
prédéceſſeurs; il laiſſa un grand Empire
à ſon fils , qui remplit l'Europe & l'Afie
de la terreur de fon nom. Il affermit ſon
Trône par la mortde deux de ſes frères.
Scanderbeg , Roi d'Albanie , retarda
long-temps les ſuccès de ce Prince ; &
ce futaprès ſa mort, qu'il conquit fur
fon fils Jean les Etats que les Vénitiens,
fidèles obfervateurs de leurs engage -
mens , défendirent avec autant d'inuti-
lité que de perſévérance. Pluſieurs Let-
tres parlent du Siége & de la Priſe de
Conſtantinople en 1453 , & endonnent
des détails curieux , qu'il faut lire dans
l'Ouvrage même. La première eſt écrite
parMéhémet à Benféid , Sultane , à An-
drinople.
» Divine Sultane , je ne vous ai point
>> dit adieu ; n'en ſoyez point inquiette.
Il lui rend compte des raiſons qui l'ont
obligéde la quitter.Il finit ainſi ſa Lettre:
>>je ſouhaite de terminer bientôt cette
» expédition , pour pouvoir retourner à
>>Andrinople , & vous donner de nou-
>> velles preuvesde matendreſſe. Je vou-
>> drois que la flame qui me dévore ,
>> brillante Sultane , put voler fur les
» aîles des agréables Zéphirs ; qu'elle
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
>> pénétrât votre âme , & que l'extaſe
» du plaifir qu'elle vous feroit éprou-
» ver , durâtjuſqu'au moment de mon
→ arrivée.
Voici la réponſe en partie , les bornes
de ce Journal refferrant les Analyſes.
» Benféid, Sultane , à Méhémet . Em,
» pereur , à Satalie en Caramanie.
» Mille idées triftes me chagrinent ,
» cher Sultan , depuis que vous vous
» êtes éloigné de ces lieux. Vous les
>> avez quittés plus promptement que
>>les oiſeaux les plus rapides ne parcou
> rentla voute azurée. Lorſque des fon-
>> ges déſagréables , ayant-coureurs des
>>peines que je devois reffentir, ont fuf-
>>>pendu mes ſens , prêts à fortir de leur
>> afſoupiſſement, & que la lumière du
>>jour , frappant les organes de la vue ,
→ m'a réveillée; mon âme , par un effor
>>naturel ,portée fortement vers l'objet
>>que j'adore , a conçu , ſans le ſecours
>>de perfonne , l'éloignement du prin-
» cipe de ſa félicité. Mes craintes ont été
>> bientôt juſtifiées ; & la première voix
» qui m'a fait entendre les accens que je
»redoutois, ne m'a laiſſfé d'autre ſen
>>timent que celui de la plus vive dou-
leur.
Il y a d'autres penſées Aſiatiques
dans cette Lettre,
AVRIL. 1764.
77
Dans la troiſième , où Méhémet écrit
à la Sultane Benfeid, du Camp devant
Conſtantinople , à Andrinople ,au ſujet
d'Halifury , Prince de Caramanie , fon
Tributaire , qui s'étoit révolté , & en-
ſuite ſoumis , il y a ces expreſſions qui
peignent bien le naturel fougneux de
ce Conquérant.
» Il marche actuellement vers l'Armé-
>> nie , & je ſouhaite que le feu qu'il y
>>porte dure juſques aux temps où le
» Ciel ,favorable à mes vœux , me per-
>> mettra d'y voler , pour l'éteindre dans
»le ſang de ceux qui m'ont offenfé.
Une Deſcription de Conſtantinople ,
embellie par des métaphores agréables
& juftes de la plus belle ſituation qui
ſoit fans contredit dans le monde, en
donne une idée magnifique. On juge de
la politique de Méhémet , par le choix
qu'il fit de Gennadius , le plus ſçavant
de tous les Grecs , pour l'inſtaller Pa-
triarche de Conſtantinople , en lui met-
tant le Bâton paſtoral entre les mains ,
en préſence des Chrétiens & des Turcs.
Irène , la plus belle créature de cette
vaſte Capitale , paroît ſur la ſcène. Dans
une Lettre que ce Prince lui écrit de
Scutari , il lui dit que » les Femmes font
>> comme des eſſences précieuſes , qui
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
"
>>ont plus d'odeurs lorſqu'elles font
>>plus renfermées , & auxquelles il ne
>> reſte aucune fuavité lorſqu'on leur
>>>laiſſe prendre l'air. On peut les com-
>> parer à une table où il y a des fruits
>> exquis qui aiguiſentl'appétit de ceux
>>qui les voient, quand même ils ſe-
>> roient rafſafiés. En Grèce , en Italie ,
>> en France , elles ont toutes fortes de
>>>libertés : elles vont & viennent ac-
>>>compagnées , ou feules ; elle caquè-
>>tenttantqu'elles veulent ; & les ſages
» Musulmans , qui ſçavent prévoir ce
>>qui peut leur arriver de fâcheux , dé-
>> fendent aux femmes les converſations
>>avec les hommes , de peur qu'elles ne
>> ſe laiſſent enchanter par les oreilles
>> comme les aſpics.
» Je veux que vous n'ayez rien à de-
>> firer , idole de mon âme ; je vous
>> donnerai bientôt des preuves de la
>> flamme dontje brûle pourvos célef-
>>>tes attraits , en vous traitant en Reine ;
» vous méritez d'être élevée au rang le
>>plus diftingué ; mon amour vous en
>> réſerve les honneurs , & une félicité
>> fans partage.
4 La deſcriptiondu fiége de Belgrade
en 1456 dans une lettre écrite par un
des Généraux de Méhémet au Gouver
AVRIL. 1764.
79
neur de Conſtantinople eſt intéreſſante
par les exploits du fameux Hunniade ,
qui obligea ce Prince à le lever après
y avoir perdu une partie de ſes troupes.
Ce Conquérant ,après avoir foumis
une partie du Péloponnéſe , alla voir
Athènes dont il écrit une lettre à Mizai
Paleologue , Prince Grec , unde ſesGé-
néraux.
>> J'ai conſidéré les édifices que les
>> temps même ont épargnés ; pénétré
>> de reſpect & d'admiration pour ces
>> lieux fameux par les Platon , les So-
>> crate , les Euclide ,les Démosthène, les
» Miltiade&tantd'autres génies immor-
>> tels,guerriers invincibles,que ces con-
>> trées ſi déchuesde leur première gran-
>> deur ont vu briller autre fois ; mon âme
» élevée par des tranſports dont je n'ai
» pas été le maître vers ces ombres di-
>>vines , leur a adreſſé les vœux que ma
» débile plume a tâché d'exprimer.
» Oh vous ! qui dans un repos éter-
>>>nel goûtez à des diſtances infinies de
>> ce globe où ne ſont que des êtres im-
>>matériels , la félicité inéffable que le
>> ſuprême Auteur de l'Univers vous
>> avoitréſervée pour vous récompenfer
» de vos vertus , recevez l'encens &
>> les hommages decelui qui n'ayant pu
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
» par l'ordre des deſtinées en être le
>> témoin , forme des defirs pour votre
>>bonheur en regardant les reſtes de ces
>>Palais & de ces Temples plus heureux
>> que moi d'avoir entendu vos céleſtes
» accens.
;
CetOuvrage fait connoître Monceni-
go, le plus grand Général qu'ait jamais
eu la République de Veniſe. Il porta
la guerre dans les Provinces de l'Afie
Mineure de l'Empire Ottoman & cal-
ma les troubles du Royaume de Chy-
pre. C'eſt un Perſonnage illustre dont
Moréri ni ſes Commentateurs n'ont ja-
mais fait mention. Ufum-Caffan a été
* auſſi oublié , ainſi qu'une infinité d'au-
tres. On feroit un bon Ouvrage de ce
qui leur manque.
Ce Roi de Perſe eut des démêlés avec
Méhémet ; toutes les lettres qu'ils ſe font
écrites n'ont pu être que très-intéreſſan-
tes; il y en a ſix où le génie de ces
deux Princes eſt bien développé. Le Sul-
tan veut engager Ufum- Caffan à rom-
pre les engagemens quil a pris avec les
Princes Chrétiens. » Tes intérêts ne
>> peuvent toucher fincérement les Al .
>>liés que tu as été chercher dans des
>> climats qui te ſont fi peu connus ; ils
>> font trop éloignés de toi pour crain-
>>dre ta vangeance lorſqu'ils t'aban-
AVRIL. 1764.
81
>> donneront. Joignons plutôt nos ar-
» mes , & faiſons trembler l'Europe ;
>> renverſons les Empires qui depuis la
> décadence & la divifion de celui qui
>> leur donna une première origine y
>> fleuriſſent par les Arts & le Com-
>> merce du monde ; fubjuguons des
>>>Nations trop foibles pour nous ré-
>> ſiſter. Voilà quelle doit être l'ambi-
>> tion d'un Souverain tel que toi , &c.
Ufum-Caffan lui demande la Cappa-
doce & la ville de Trébiſonde qu'il a
envahies ſur ſon beau-père David Com-
nène; il les lui refuſe , & la guerre ſe
déclare entr'eux. Le Roi de Perſe lui
écrit une lettre dont on ne rapporte-
rai ici que quelques expreffions. Après
lui avoir dit qu'il voudroit armer contre
lui tous les Rois de la Terre, & lui avoir
reproché ſon injustice, il ajoute : » Ton
>> ambition ſans bornes , qui depuis que
>>>tu es monté ſur le Trône te porte à
>> attaquer indiſtinctement tous tes voi-
>> fins , m'a engagé dans la Ligue des
>>> Princes qui veulent en arrêter les
>> cruels effets. Tu remplis de meurtres
» & de carnage les plus belles Provin-
» ces de l'Europe & de l'Afie ; & la
>> pente fatale au genre humain , qui
t'entraîne à élever un trophée enfan-
Dv
:
82 MERCURE DE FRANCE .
>>glanté fur les débris des Nations fub-
>> juguées , ne sçauroit être arrêtée avec
>> trop de célérité. Je me ſouviens des
>> ravages que tu as faits en Perſe dans
>>ta dernière irruption. Tu vins te raf-
>> fafier de ſang & du plaiſir ſtérite &
>>> barbare de facrifier à une vangeance
>> aveugle un nombre infini de mes Su-
>> jets dont j'ai pleuré la mort. Ton âme
>> dont la férocité eſt inacceffible à la
>> commifération , ne t'a point arraché
»une larme pour la perte de tes Sol-
>>dats qui moururent ſous les coups des
» miens. Il y a des traits auſſi forts dans
le reste de la lettre.
La Bataille de Jerwrack que gagna
Méhémet fur le Roi de Perſe , eſt dé-
crite dans une lettre qu'écrivit le Sul-
tan.Mamut, fonGrand-Vifir , le diſſuada
d'entrer dans l'intérieur de ce Royau-
me , & il fut diſgracié pour lui avoir
fuggéré des conſeils contraires à fon
ambition.
Il y a des images agréables dans les
lettres de la Sultane Miltide , à Méhémet;.
furtout dans celle où elle tâche de l'at-
tirer à Conſtantinople pour qu'il puiffe
ſe délaſſer de ſes travaux.
Elle em-
ploye tout ce que le ſéjour de cette
belle Capitale a de plus ſéduisant pour
l'engager à yvenir.
AVRIL. 1764 .
و
83
La mort d'Ufum-Caffan , & les divi-
fions qu'elle occafionne entre ſes deux
enfans , offrent à Méhémet une belle oc-
cafion d'envahir un Royaume agite par
des guerres civiles ; ſes lettres & celles
fon Ambaſſadeur renfermentdesdétails
curieux. On voit ce Prince s'occuper
de cette conquête & de la punition du
Soudan d'Egypte , ancien Allié du Roi
de Perſe. Pendant qu'il médite les plus
vaſtes projets, & qu'il ſe met à la tête de
trois cent mille combattans pour les
éxécuter ; en entrant en Afie , il eſt
attaqué d'une colique près de Nicomé-
die , Ville de Bythinie , de laquelle il
mourut le 3 Mai 1481 & de l'Hégire
886 , après avoir vêcu 53 ans & en
avoir régné près de 32.
Il liſoit ſouvent l'Hiſtoire Romaine
furtout celle d'Auguste & des autres
Céfars. Il faiſoit ſes délices de celles
d'Alexandre , de Constantin , & de
Théodore ; il avoit beaucoup de goût
pour la Peinture & la Muſique , & fit
fleurir l'Agriculture : il parloit non
ſeulement l'Arabe
langue affectée à
fa Nation , mais encore la Perfane ,
la Grecque & l'Italienne.
Tout ce qui peut faire connoître
le génie & les mœurs d'une Nation ,
Dvi
84 MERCURE DE FRANCE.
doit exciter notre curioſité. Cet Ou
vrage eft dans ce cas, & mérite d'être lu,
par le caractère aſiatique qui le diftin-
gue de beaucoup d'autres qui ont été
écrits fur lamême matière. Le prix des
deux brochures eſt de 1 liv. 16 f.
Fermer
Résumé : HISTOIRE de Méhémet II. Empereur Ottoman, enrichie de Lettres traduites du Grec & de l'Arabe ; ou Lettres Turques, historiques & politiques, écrites tant par Méhémet II. Empereur Ottoman, que par ses Généraux, ses Sultanes, un de ses Ambassadeurs, & Usum-Cassan, Roi de Perse, son contemporain ; traduites du Grec & de l'Arabe sur des Manuscrits trouvés à Constantinople, avec des notes intéressantes, & une Histoire de la Vie de ce Conquérant, par M. Belin de Monterzi ; à Paris, chez Duchesne, rue S. Jacques, au Temple du Goût, chez Panckoucke, rue & à côté de la Comédie Françoise, & chez Prault, quai de Conti ; avec approbation ; 1764 ; deux parties in-12 d'environ 150 pages chacune.
L'œuvre 'Histoire de Méhémet II. Empereur Ottoman' a été publiée en 1764 à Paris. Elle rassemble des lettres traduites du grec et de l'arabe, écrites par Méhémet II, ses généraux, sultanes, ambassadeurs et Usum-Cassan, roi de Perse. Ces manuscrits, trouvés à Constantinople, ont été traduits et annotés par M. Belin de Monterzi. La préface précise que ces lettres traitent des batailles, sièges et événements majeurs du règne de Méhémet II, complétés par des informations provenant de divers auteurs de l'Empire ottoman. Méhémet II est considéré par les Turcs comme le fondateur de leur empire, tandis que les Grecs ont documenté les événements extraordinaires dont ils ont été témoins. Les Turcs sont originaires des Scythes, qui conquirent le Turkestan et adoptèrent le nom de Turcs. Ils se réunirent sous Ottoman, successeur d'Aladin, souverain d'Alep et de Damas, et héritier de la Bithynie et des régions voisines du mont Olympe. Après deux siècles et dix règnes, Méhémet II monta sur le trône, héritant d'un grand empire de son père, Amurat II. Il inspira la terreur en Europe et en Asie et consolida son pouvoir en éliminant deux de ses frères. Scanderbeg, roi d'Albanie, retarda ses conquêtes, mais après sa mort, Méhémet II conquit les États défendus par les Vénitiens. Le texte mentionne plusieurs lettres, dont une de Méhémet II à la sultane Benféid, décrivant le siège et la prise de Constantinople en 1453. Il évoque également le siège de Belgrade en 1456 et les exploits du célèbre Hunniade contre Méhémet II. Le texte parle de Moncenigo, un général vénitien illustre, et d'Ufum-Caffan, un roi de Perse ayant eu des conflits avec Méhémet II. La bataille de Jerwrack, remportée par Méhémet II, est également décrite, ainsi que les conseils de son Grand-Vizir Mamut. En avril 1764, la mort d'Ufum-Caffan et les divisions entre ses héritiers offrirent à Méhémet II l'opportunité d'envahir un royaume troublé par des guerres civiles. Méhémet II décéda le 3 mai 1481, à l'âge de 53 ans, après un règne de près de 32 ans. Il était passionné par l'histoire romaine, la peinture, la musique et l'agriculture, et maîtrisait plusieurs langues.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4648
HISTOIRE de Méhémet II. Empereur Ottoman, enrichie de Lettres traduites du Grec & de l'Arabe ; ou Lettres Turques, historiques & politiques, écrites tant par Méhémet II. Empereur Ottoman, que par ses Généraux, ses Sultanes, un de ses Ambassadeurs, & Usum-Cassan, Roi de Perse, son contemporain ; traduites du Grec & de l'Arabe sur des Manuscrits trouvés à Constantinople, avec des notes intéressantes, & une Histoire de la Vie de ce Conquérant, par M. Belin de Monterzi ; à Paris, chez Duchesne, rue S. Jacques, au Temple du Goût, chez Panckoucke, rue & à côté de la Comédie Françoise, & chez Prault, quai de Conti ; avec approbation ; 1764 ; deux parties in-12 d'environ 150 pages chacune.
4649
p. 84-90
SUITE de l'Extrait de l'Ecole de Littérature.
Début :
PLUS nous avançons dans la lecture de cet Ouvrage estimable, plus [...]
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texteReconnaissance textuelle : SUITE de l'Extrait de l'Ecole de Littérature.
SUITE de l'Extrait de l'Ecole
de Littérature.
PLUS nous avançons dans la lecture
de cet Ouvrage estimable, plus
nous fentons combien il eſt ſupérieur
à toutes les autres productions de ce
genre. Les cinquante Articles qui le
compoſent font , pour la plupart , au-
tantde morceaux de génie , qui exci-
tent dans l'âme du Lecteur des étincel-
les du beau feu qui les a produits. Non
ſeulement on y apprend les régles de
la Poëfie , de l'Eloquence , de l'Hiſtoire,
&c ; mais on croit encore ſentir
naître en ſoi le defir d'être Poëte ,
Orateur, Hiſtorien , &d'en acquérit les
talens. Nous ne citerons aujourd'hui que
le morceau fur l'Ode , pour ne pas oc-
cuper trop de placedans leMercure de ce
mois , où nous avons encore un grand
(
AVRIL. 1764.
85
nombre d'autres Livres à annoncer.
» S'il y a eu peu de bonnes Odes
>> juſqu'à préſent, c'eſt que la plupartde
>> ceux qui en ont fait , connoiffent peu
>> ce genre de Poëme. Il ſuppoſe deux
>> qualités qu'on pofféde rarement fé-
» parées , & qu'on réunit plus rarement
>> encore : un grand ſens dans le plan ,
»& toute la fureur de l'enthouſiaſme
>> dans l'éxécution. Demandez à un Fai-
>> feur d'Odes quelle différence il y a
>>> entre une Ode & des Stances fur
>> un même ſujet? Je ſuis für qu'il fera
>> très-embarraſſe de ſatifaire à votre
>>queſtion. Je vais donc tâcher d'éclair-
> cir ce point de littérature.
» Un Poëte ſe propoſe décrire ſur un
>>Sujet , tel que l'inconſtance de l'A-
>> mour ou de la fortune , la perte d'un
» ami , ſon éloignement , le malheur
» de la condition des hommes ; &c.
>> Il lui vient une penſée qu'il renferme
dans un certain nombre de vers dé-
>>terminé , dont le mêlange des rimes ,
>> le repos & la meſure ſont fixés ; &
>> il a fait une Stance. Il lui vient une
>> ſeconde penſée qu'il rend de la même
>> manière ; une troiſieme , une qua-
» triéme de même ; & il a fait une
» ſeconde , une troifiéme , une qua
86 MERCURE DE FRANCE.
>> triéme Stance , & ainſi de ſuite. Il
>> compoſe autant de Stances qu'il lui
» vient d'idées , ſans que ſon Poëme
>>>aitd'autres limites , que la fécondité
» ou la ſtériilté de ſon eſprit. On peut
» ajouter à ces Stances , on en peut
retrancher , fans que le Poëme en ſoit
>> aucunement altéré
ce qui montre
>>que fesdifférentesparties ne ſontpoint
>> liées par une vue générale , qui ait
>>dirigé le Poëte tandis qu'il compofoit.
» Si après la première Strophe on lui
» eût demandé quelle étoit celle qui
>>devoit fuccéder , il n'auroit pas pû le
>> dire. C'eſt ainſi qu'il faut juger de la
>>plûpart de nos Odes , qui en portentle
» titre , & qui n'en ſont point. Qu'est-
>> ce donc qu'une Ode ? Un ouvrage
>> diftingué du Poëme en Stances par
>> la fublimité des idées ? Point du tout
➡ il y a des Stances très-fublimes , très-
» élevées. Par la chaleur & par l'enthou-
>> ſiaſme ? Ce n'eſt point encore cela : it
» y a des Stances qui font au plushaut
» degré de ces deux qualités. Par le fu-
» jet ? Nullement : on peut compoſer
» des Stances ou une Ode ſur le même
>> ſujet. Tout Poëme a ſon but , & l'Ode
>> a le ſien , mais auquel elle s'avance
>>d'une manière qui lui eſt propre.
AVRIL. 1764.
87
» C'eſt , ou un fimple & unique raiſon-
> nement , qui aſes différens membres ,
» & qu'on pourroittoujours réduire à la
>> forme du fyllogifme; ou une ſuite de
>>
raiſonnemens , enchaînés les uns aux
>> autres , & dirigés à la même confé-
>> quence. Voilà ce qui forme le plande
» l'Ode : il exiſte dans la tête du Poëte ,
>> avant qu'il prenne la plume. Voilà le
>> fil qui le conduira ſecrettement à tra-
» vers le dédale où l'enthouſiaſme le
>>précipitera. Ce fil qui doit être pré-
>>paré de fang froid , ſuppoſe beaucoup
>>de dialectique , un jugement ſain ,un
>> grand ſens , unepleine & entière con-
>>noiſſancede ſon objet. Tout ceci pré-
>>ſuppoſé , quel eſt enſuite le travail du
>> Poëte ? C'eſt de s'emparer des dif
> férens membres de fon raiſonnement ,
» de les prouver , de les rendre ſenſi-
>> bles , de les vivifier par les comparai-
>> fons , les apostrophes , les figures , les
>> images , les traits hiſtoriques , les é-
carts mêmes ,& les rentrées heureuſes
» & de génie : c'eſt de ſe porter tantôt
» ſur un lieu , tantôt ſur un autre : c'eſt
>dediſpoſerſes preuves dela manière la
>>plus rapide& la plus frappante : c'eſtde
>> quitter un moyen, de lereprendre avec
>> plus de force , de le quitter encore , &
>>de paſſer à un ſecond : c'eſtde ſe mon-
1
88 MERCURE DE FRANCE.
» trer Logicien quelquefois , plus fou-
>>ventde dérober ſa logique : c'eſtd'é-
>>taler toutle luxe,toutelamagnificence,
>> toute la pompe de fon imagination ,
>> de ſe livrer à toute la hardieſſe de l'ex-
>>preffion , d'éprouver &de faire éprou-
>> ver aux autres toute la violence du ſen-
>> timent & de la paffion ; toujours in-
>> certain dans ſa marche ,jamais égaré.
>> Comme tous les détails font attachés
» à une baſe , on ne peut rien ajouter ,
>> rien retrancher à ſon Poëme ſans le
>>mutiler. Les parties tiennent toutes
>>les unes aux autres par une chaîne
>> réfléchie & raiſonnée;& les acceffoi-
>> res ne font que des embelliſſemens
>> proportionnés par leur étendue à l'ou-
>> vrage entier. Imaginez le Poëte lyri-
» que , porté ſur Pégaſe à travers les
>>>airs : l'animal aîle & fougueux ſe
>> perd quelquefois dans la nue ; quel-
>>>quefois il plane , quelquefois il def-
>> cend ,& ſe jette à droite ou à gauche
» de ſon chemin ;
il rentre dans ſa
>> route & la fuit avec une rapidité in-
>>croyable. On lui remarque une foule
>> de mouvemens divers ; mais il a un
>> chemin tracé , interrompu , ſur lequel
>> il s'arrête , revient ou ferpente ; mais
» qu'il fuit , & qui lemène à un terme.
AVRIL. 1764.
89
Les Romains ſembloient incliner ,
>>par inconſtance , à tranſporter le fié-
>>ge de l'Empire de Rome à Troye.Ho-
>> race ſe propoſe de leur faire ſentir la
>> folie & même l'impiété de ce projet.
>> Comment s'y prend-ildans ſon ode ,
>> Firmum & tenacempropofiti virum ? II
>>débute par un éloge fublime de la
>> conſtance. C'eſt par cette vertu que
» Romulus , Fondateur de Rome , mé-
>> rita d'être admis au rangdes Dieux ,
>> malgré les obſtacles qui s'oppofoient
> à ſonApothéoſe. Il falloit vaincre la
>> haine cruelle que Junon portoit de
>> tout temps aux Troyens & à leurs
>> reſtes malheureux. Ce ne fut pas fans
>> peine qu'on y réuſſit ; mais fléchie
>>malgréelle , elle jura dans ſon reffen-
>> timent, que fi l'on achevoit de man-
>> quer à la fatisfaction qui lui étoit due ;
>> que ſi Romulus inſpiroit jamais à ſes
>> fiers deſcendans de relever les murs
»de la ville qu'elle haïſſoit , elle reffuf-
>> citeroit ſes Grecs ;qu'ils ſe raſſemble-
>> roient de rechef ; qu'ils ſe préſente-
>> roient devant la nouvelle Troye; que
>> ſes murs ſeroient renverſés , ſes Sou-
>> verains égorgés , ſes maiſons brulées ;
>>que la cendre en ſeroit arrofée du
>>>fang de ſes habitans ; que les hom-
90 MERCURE DE FRANCE.
>> mes mis à mort ſous les yeux de leurs
>> femmes & de leurs enfans leur ten-
>>> droient inutilement les bras ; & que
>>>les reſtes de ce Peuple infortuné ſe-
>>> roient conduits dans une captivité qui
» n'auroit point de fin. Ce fut ainſi
» que Junon parla ; ou plutôt ce fut
>> ainſi que le Poëte intimida ſes Con-
>>citoyens par la bouche d'une Déeffe
>>>irritée & jalouſe; & qu'il compofa
>> une Ode où tout ſe tientfi intime-
» ment , qu'on ne peut ni y ajouter ,
>> ni en retrancher une ſeule phrase.
» Malherbe l'a bien imité , & a bien
>> ſenti ce que c'étoit qu'une Ode , lorf-
>> qu'il invitoit Louis XIII à marcher
>> contre les rebelles Rochelois. Dans
» ce Poëme , le Monarque eſt Jupiter..
» Les rebelles ſont les Titans foulevés
» contre le Ciel. Le Poëte s'embarque
>> dans la guerre des Titans. Il la peint:
>>on le croit égaré , perdu; on ne ſyait
> comment il reviendra à ſon ſujet ; &
>>> tout-à-coup , par une heureuſe tran-
>> fition, on s'apperçoit qu'il ne l'a pas
» perdu de vue un inftant ,&c, &c,&c.
Après ces principes généraux , on
entre dans le détail des régles particu-
lières de l'Ode.
de Littérature.
PLUS nous avançons dans la lecture
de cet Ouvrage estimable, plus
nous fentons combien il eſt ſupérieur
à toutes les autres productions de ce
genre. Les cinquante Articles qui le
compoſent font , pour la plupart , au-
tantde morceaux de génie , qui exci-
tent dans l'âme du Lecteur des étincel-
les du beau feu qui les a produits. Non
ſeulement on y apprend les régles de
la Poëfie , de l'Eloquence , de l'Hiſtoire,
&c ; mais on croit encore ſentir
naître en ſoi le defir d'être Poëte ,
Orateur, Hiſtorien , &d'en acquérit les
talens. Nous ne citerons aujourd'hui que
le morceau fur l'Ode , pour ne pas oc-
cuper trop de placedans leMercure de ce
mois , où nous avons encore un grand
(
AVRIL. 1764.
85
nombre d'autres Livres à annoncer.
» S'il y a eu peu de bonnes Odes
>> juſqu'à préſent, c'eſt que la plupartde
>> ceux qui en ont fait , connoiffent peu
>> ce genre de Poëme. Il ſuppoſe deux
>> qualités qu'on pofféde rarement fé-
» parées , & qu'on réunit plus rarement
>> encore : un grand ſens dans le plan ,
»& toute la fureur de l'enthouſiaſme
>> dans l'éxécution. Demandez à un Fai-
>> feur d'Odes quelle différence il y a
>>> entre une Ode & des Stances fur
>> un même ſujet? Je ſuis für qu'il fera
>> très-embarraſſe de ſatifaire à votre
>>queſtion. Je vais donc tâcher d'éclair-
> cir ce point de littérature.
» Un Poëte ſe propoſe décrire ſur un
>>Sujet , tel que l'inconſtance de l'A-
>> mour ou de la fortune , la perte d'un
» ami , ſon éloignement , le malheur
» de la condition des hommes ; &c.
>> Il lui vient une penſée qu'il renferme
dans un certain nombre de vers dé-
>>terminé , dont le mêlange des rimes ,
>> le repos & la meſure ſont fixés ; &
>> il a fait une Stance. Il lui vient une
>> ſeconde penſée qu'il rend de la même
>> manière ; une troiſieme , une qua-
» triéme de même ; & il a fait une
» ſeconde , une troifiéme , une qua
86 MERCURE DE FRANCE.
>> triéme Stance , & ainſi de ſuite. Il
>> compoſe autant de Stances qu'il lui
» vient d'idées , ſans que ſon Poëme
>>>aitd'autres limites , que la fécondité
» ou la ſtériilté de ſon eſprit. On peut
» ajouter à ces Stances , on en peut
retrancher , fans que le Poëme en ſoit
>> aucunement altéré
ce qui montre
>>que fesdifférentesparties ne ſontpoint
>> liées par une vue générale , qui ait
>>dirigé le Poëte tandis qu'il compofoit.
» Si après la première Strophe on lui
» eût demandé quelle étoit celle qui
>>devoit fuccéder , il n'auroit pas pû le
>> dire. C'eſt ainſi qu'il faut juger de la
>>plûpart de nos Odes , qui en portentle
» titre , & qui n'en ſont point. Qu'est-
>> ce donc qu'une Ode ? Un ouvrage
>> diftingué du Poëme en Stances par
>> la fublimité des idées ? Point du tout
➡ il y a des Stances très-fublimes , très-
» élevées. Par la chaleur & par l'enthou-
>> ſiaſme ? Ce n'eſt point encore cela : it
» y a des Stances qui font au plushaut
» degré de ces deux qualités. Par le fu-
» jet ? Nullement : on peut compoſer
» des Stances ou une Ode ſur le même
>> ſujet. Tout Poëme a ſon but , & l'Ode
>> a le ſien , mais auquel elle s'avance
>>d'une manière qui lui eſt propre.
AVRIL. 1764.
87
» C'eſt , ou un fimple & unique raiſon-
> nement , qui aſes différens membres ,
» & qu'on pourroittoujours réduire à la
>> forme du fyllogifme; ou une ſuite de
>>
raiſonnemens , enchaînés les uns aux
>> autres , & dirigés à la même confé-
>> quence. Voilà ce qui forme le plande
» l'Ode : il exiſte dans la tête du Poëte ,
>> avant qu'il prenne la plume. Voilà le
>> fil qui le conduira ſecrettement à tra-
» vers le dédale où l'enthouſiaſme le
>>précipitera. Ce fil qui doit être pré-
>>paré de fang froid , ſuppoſe beaucoup
>>de dialectique , un jugement ſain ,un
>> grand ſens , unepleine & entière con-
>>noiſſancede ſon objet. Tout ceci pré-
>>ſuppoſé , quel eſt enſuite le travail du
>> Poëte ? C'eſt de s'emparer des dif
> férens membres de fon raiſonnement ,
» de les prouver , de les rendre ſenſi-
>> bles , de les vivifier par les comparai-
>> fons , les apostrophes , les figures , les
>> images , les traits hiſtoriques , les é-
carts mêmes ,& les rentrées heureuſes
» & de génie : c'eſt de ſe porter tantôt
» ſur un lieu , tantôt ſur un autre : c'eſt
>dediſpoſerſes preuves dela manière la
>>plus rapide& la plus frappante : c'eſtde
>> quitter un moyen, de lereprendre avec
>> plus de force , de le quitter encore , &
>>de paſſer à un ſecond : c'eſtde ſe mon-
1
88 MERCURE DE FRANCE.
» trer Logicien quelquefois , plus fou-
>>ventde dérober ſa logique : c'eſtd'é-
>>taler toutle luxe,toutelamagnificence,
>> toute la pompe de fon imagination ,
>> de ſe livrer à toute la hardieſſe de l'ex-
>>preffion , d'éprouver &de faire éprou-
>> ver aux autres toute la violence du ſen-
>> timent & de la paffion ; toujours in-
>> certain dans ſa marche ,jamais égaré.
>> Comme tous les détails font attachés
» à une baſe , on ne peut rien ajouter ,
>> rien retrancher à ſon Poëme ſans le
>>mutiler. Les parties tiennent toutes
>>les unes aux autres par une chaîne
>> réfléchie & raiſonnée;& les acceffoi-
>> res ne font que des embelliſſemens
>> proportionnés par leur étendue à l'ou-
>> vrage entier. Imaginez le Poëte lyri-
» que , porté ſur Pégaſe à travers les
>>>airs : l'animal aîle & fougueux ſe
>> perd quelquefois dans la nue ; quel-
>>>quefois il plane , quelquefois il def-
>> cend ,& ſe jette à droite ou à gauche
» de ſon chemin ;
il rentre dans ſa
>> route & la fuit avec une rapidité in-
>>croyable. On lui remarque une foule
>> de mouvemens divers ; mais il a un
>> chemin tracé , interrompu , ſur lequel
>> il s'arrête , revient ou ferpente ; mais
» qu'il fuit , & qui lemène à un terme.
AVRIL. 1764.
89
Les Romains ſembloient incliner ,
>>par inconſtance , à tranſporter le fié-
>>ge de l'Empire de Rome à Troye.Ho-
>> race ſe propoſe de leur faire ſentir la
>> folie & même l'impiété de ce projet.
>> Comment s'y prend-ildans ſon ode ,
>> Firmum & tenacempropofiti virum ? II
>>débute par un éloge fublime de la
>> conſtance. C'eſt par cette vertu que
» Romulus , Fondateur de Rome , mé-
>> rita d'être admis au rangdes Dieux ,
>> malgré les obſtacles qui s'oppofoient
> à ſonApothéoſe. Il falloit vaincre la
>> haine cruelle que Junon portoit de
>> tout temps aux Troyens & à leurs
>> reſtes malheureux. Ce ne fut pas fans
>> peine qu'on y réuſſit ; mais fléchie
>>malgréelle , elle jura dans ſon reffen-
>> timent, que fi l'on achevoit de man-
>> quer à la fatisfaction qui lui étoit due ;
>> que ſi Romulus inſpiroit jamais à ſes
>> fiers deſcendans de relever les murs
»de la ville qu'elle haïſſoit , elle reffuf-
>> citeroit ſes Grecs ;qu'ils ſe raſſemble-
>> roient de rechef ; qu'ils ſe préſente-
>> roient devant la nouvelle Troye; que
>> ſes murs ſeroient renverſés , ſes Sou-
>> verains égorgés , ſes maiſons brulées ;
>>que la cendre en ſeroit arrofée du
>>>fang de ſes habitans ; que les hom-
90 MERCURE DE FRANCE.
>> mes mis à mort ſous les yeux de leurs
>> femmes & de leurs enfans leur ten-
>>> droient inutilement les bras ; & que
>>>les reſtes de ce Peuple infortuné ſe-
>>> roient conduits dans une captivité qui
» n'auroit point de fin. Ce fut ainſi
» que Junon parla ; ou plutôt ce fut
>> ainſi que le Poëte intimida ſes Con-
>>citoyens par la bouche d'une Déeffe
>>>irritée & jalouſe; & qu'il compofa
>> une Ode où tout ſe tientfi intime-
» ment , qu'on ne peut ni y ajouter ,
>> ni en retrancher une ſeule phrase.
» Malherbe l'a bien imité , & a bien
>> ſenti ce que c'étoit qu'une Ode , lorf-
>> qu'il invitoit Louis XIII à marcher
>> contre les rebelles Rochelois. Dans
» ce Poëme , le Monarque eſt Jupiter..
» Les rebelles ſont les Titans foulevés
» contre le Ciel. Le Poëte s'embarque
>> dans la guerre des Titans. Il la peint:
>>on le croit égaré , perdu; on ne ſyait
> comment il reviendra à ſon ſujet ; &
>>> tout-à-coup , par une heureuſe tran-
>> fition, on s'apperçoit qu'il ne l'a pas
» perdu de vue un inftant ,&c, &c,&c.
Après ces principes généraux , on
entre dans le détail des régles particu-
lières de l'Ode.
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Résumé : SUITE de l'Extrait de l'Ecole de Littérature.
L'extrait du Mercure de France d'avril 1764 traite de la supériorité d'un ouvrage littéraire dans les domaines de la poésie, de l'éloquence et de l'histoire. Il distingue l'ode des stances, soulignant que l'ode possède un plan structuré et un enthousiasme contrôlé, tandis que les stances peuvent être ajoutées ou supprimées sans affecter le poème. L'ode nécessite une préparation méthodique et une exécution passionnée, comparant le poète lyrique à un cavalier maîtrisant Pégase. Le texte aborde ensuite l'ode de Virgile, qui met en garde contre la reconstruction de Troye. Virgile y loue la constance de Romulus, fondateur de Rome, et relate la menace de Junon de venger les Troyens s'ils reconstruisent leur ville. Cette prophétie vise à dissuader les Romains de ce projet. Le texte compare également cette œuvre à celle de Malherbe, qui a imité Virgile en invitant Louis XIII à combattre les rebelles de La Rochelle. Dans ce poème, Louis XIII est comparé à Jupiter et les rebelles aux Titans. Le poète décrit la guerre des Titans pour captiver le lecteur avant de revenir au sujet principal. Le texte se conclut par une mention des règles spécifiques de l'ode.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4650
p. 91
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
EPITRES à Messieurs d'Alembert, Thomas & d'Arget ; feuille in-8o. à la [...]
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texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES.
EPITRES à Messieurs d'Alembert,
Thomas & d'Arget ; feuille in-8o. à la
Haye, 1764.
Ces trois Epitres en vers font le fruit
dequelques momens de loiſirs que l'Au-
teur, qui ne ſe nommepas , à cru de-
voir conſacrer à la gloire des trois hom-
mes eſtimables à qui elles ſont adreſſées.
L'Epitre à M. d'Alembert a pour objet
l'invitation & les propoſitions qui lui
ont étéfaites par l'Impératrice de Ruffie,
pour l'engager à ſe charger de l'éduca-
tiondu Prince ſon fils. La nomination
de M. Thomas à la place de premier Se-
crétaire de Mgr le Duc de Praslin , eft
le ſujet de la ſeconde Epitre. La troi-
fiéme à M. d'Arget , eſt la prééminence
d'un bon caractère ſur les Talens. Ces
trois pièces joignent au mérite de la
Poëfie , celui du zèle & de la ſenſibilité.
EPITRES à Messieurs d'Alembert,
Thomas & d'Arget ; feuille in-8o. à la
Haye, 1764.
Ces trois Epitres en vers font le fruit
dequelques momens de loiſirs que l'Au-
teur, qui ne ſe nommepas , à cru de-
voir conſacrer à la gloire des trois hom-
mes eſtimables à qui elles ſont adreſſées.
L'Epitre à M. d'Alembert a pour objet
l'invitation & les propoſitions qui lui
ont étéfaites par l'Impératrice de Ruffie,
pour l'engager à ſe charger de l'éduca-
tiondu Prince ſon fils. La nomination
de M. Thomas à la place de premier Se-
crétaire de Mgr le Duc de Praslin , eft
le ſujet de la ſeconde Epitre. La troi-
fiéme à M. d'Arget , eſt la prééminence
d'un bon caractère ſur les Talens. Ces
trois pièces joignent au mérite de la
Poëfie , celui du zèle & de la ſenſibilité.
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Résumé : ANNONCES DE LIVRES.
Le document annonce trois épîtres en vers dédiées à Jean le Rond d'Alembert, Antoine Thomas et d'Arget. La première traite des propositions de l'Impératrice de Russie pour l'éducation du prince héritier. La deuxième célèbre la nomination d'Antoine Thomas comme secrétaire du duc de Praslin. La troisième explore la supériorité du bon caractère sur les talents. Ces œuvres allient qualité poétique et sensibilité.
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