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1
p. 97-173
Suite du Memoire de l'oreille par rapport à la musique, ou les merveilles de la Trachée artere, tirées des observations des plus habiles Anatomistes, & de l'anatomie comparée.
Début :
L'Organe de la voix ou de la parole est [...]
Mots clefs :
Oreille, Musique, Veines et artères, Anatomie, Glotte, Gosier, Muscles, Air, Parole, Voix, Anneaux, Corps, Larynx, Homme, Cordon, Canal, Fente, Oiseaux, Dilatateur, Membrane, Bouche, Diaphragme, Aplatisseur, Vibrations, Souffle, Lèvres, Cartilage, Lobe du poumon, Organe, Épiglotte, Anatomiste
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texteReconnaissance textuelle : Suite du Memoire de l'oreille par rapport à la musique, ou les merveilles de la Trachée artere, tirées des observations des plus habiles Anatomistes, & de l'anatomie comparée.
Suite du Memoire de l'oreille par rapport à la
musique
,
ou lesmerveilles de la Trachée
artere,tirées des observations desplus habiles Anatomistes, f5 de
l'anatomiecomparée.
L'Organe de la voix ou
de la parole est le gosier,
nommé par les Anatomie:
tes âpre ou trachéeartere,
pour le distinguer du go.
iiêr par où passent les alimens qu'ils appellent l'éso-
phage, & qu'on peut à eause de cela nommer en françois le passage des vivres.
Le gosier ou trachée artere
est composé de quarante
quatre parties qui fervent
à former la voix, sçavoir
de vingt six cartilages osseux, de douze muscles, de
trois especes de membranes
,
& de trois especes de
nerfs, sanscompter les arteres, les veines, les glandes, & autres parties qui
entrent encore dans sa
composition. Toutes ces
quarante quatre parties ont
leurs usages par rapport à
la voix, qu'il s'agit d'expliquer
,
c'est à-dire, de reduire aux regles de la mechanique & de la musique.
Nous appellons osseux les
vingt-six cartilages, parcequ'ils tiennent effectivement de la nature de l'os,
puisqu'ils contiennent tous
une espece de moëlle dans
le milieu de leur substance,
& qu'ils deviennent mesme des os parfaits dans
beaucoup de vieillards. Il
faut encore joindre à ces
quarante quatre organes le
diaphragme qui est un des
principaux instruments de
la voix, ce qui fait au moins
quarante cinq organes en
tout.
I. On a
de coustume de
distinguer le gosier en deux
partiesprincipales,quisont
a teste
,
nommée par les
Anatomistes, larinx
,
en
françois siffletou cornet,
& le corps du gosier. Ce
corps est un canal plus que
demy circulaire, dont la
convexité est tournée du
poflx du visage, & qui commençant à l'entrée des pou-
mons, monte le long du
passage des vivres sur lequel il est couché & applique par sa base. Il est composé ordinairement de
vingt un cartilages formez
chacun comme un grand
croissant
,
& qui sont fermez du costé de leur bafe
par une membrane musculeuse,laquelle regnant tout
le long de ce canal ,forme
cette base que je nomme
le MurcIe posterieur. Ces
cartilages sont liez les uns
aux autres par les fibres
longitudinaires de cette
membranemusculeuse,qui
s'inserent entre chacun
d'eux, &s'y attachent dans
tout leur contour. Par ce
moyen les fibres circulaires
de la mesme membrane,
qui traversent ces premiers
angles droits, se gonflant,
& se racourcissant par l'arrivée des esprits, ferment
ces anneaux ,& retrecissent la capacité du gosier;
& lorsque les fibres longitudinaires se gonflent & se
racourcissent, le canal en
est en mesme temps racourci
;
desorte que si l'on
souffle alors le vent sort
hors la poitrine avec effort,
ce canal s'enfle considerablement, le ressort des mes.
mes anneaux contribuë aussi à les dilater. Mais ce
racourcissement se fait encore parune autre membrane tendineuse qui tapisse intérieurement le
corps du gosier, & dont les
fibres longitudinaires qui
attachent intérieurement,
les mesmes anneaux pu
croiffans les uns aux autres,
les rapprochent les uns des
autres en se racourcissant
par leur ressort
,
quand le
gosier a
ététiré selon sa
longueur, & laissé ensuite
en liberté. :,
,
2. La teste du gosier ou le larinx
,
ou cornet
,
est
composée de cinq cartilages osseux comme les précedens, dent le plussolide
ala forme de l'embouchoir
d'une flute douce ou à bec,
coupé perpendiculaire
ment à sa longueur après
en avoir osté le tampon;
c'està dire que c'est une
espece d'anneau à tirer de
l'arc beaucoup plus large
dans une partie de son
corps que dansla partie opposée, aussi l'appelle-t'on
l'anneau. Le haut du corps
du gosier est joint avec le
bas de cet anneau par des
ligaments particuliers en
telle forte que la partie large de l'anneau est rootnée
vers le derriere de la teste
,
& posée sur l'esophage, &
la partie vuide & anterieure du mesme anneau est
recouverte par un second
cartilage nommé l'écu &
le bouclier
,
qui ressemble
assez à une cuirasse de fer,
estant voutéde mesme par
le devant. Ce cartilage ou
l'écu estant applari auroit
la figure d'un tra peze donc
la plus grande baze seroit
tournée en haut. Ilestfortement adherent au corps
de l'anneau par des ligaments propres; il s'esleve
mesme plus haut pour s'aller attacher parfesdeux angles ou cornes superieurcs
aux deux cornes de l'os de
la langue, appelle Joïde,
lequel tient par ce moyen
tout le gosier de l'homme
suspendu dans une situation
verticale.C'est cette partie voutée dumilieu de ré.
cu qu'on appelle le nœud
de la gorge
,
d'autres disent la pomme d'Adam,
au dessous duquel nœud on
sent en tastant avec les
doigts le bord estroit de
l'anneau. Par ce moyen
l'anneau &l'écuforment
ensemble le canal rond de
lateste du gosier,lequel
canal a
huit ou neuf lignes
de diamettre dans un homme fait. Ce canal est recouvert par le haut de deux
membranes fort épaisses,
& presque semicirculaires,
attachées horizontalement
par leur circonference exterieure dans son contour
interieur. Ces deux membranes laissent entre leurs
bords intérieurs terminez
chacun par un cordon solidetendineux, une ouverture triangulaire isocele appellée la glotte ou
la bouche du gosier dont
la pointe se termine au milieu du dedans de l'écu,
dans l'endroit où ces deux
membranes qu'on nomme
les lèvres de la glotte se
réunissent, & donc la base
est située sur !c bord large
de l'anneau, oùil y a
deux
petits cartilages triangulaires osseux attachez par leur
base sur le mesme bord,
environ àune ligne l'un de
l'autre. On les nomme guttauxou becs, à cause de
leur figure pointuë
;
c'est
apparemment eux qui ont
donné le nom au gosier.
Les deux bouts de ces deux
cordons font collez chacun à la base d'un de ces
deux osselets. Et ily a
des
Autheurs qui prétendent
que ces deux cordons,&
mesmeleurs membranes
font des muscles, mais cela ne m'a paru ainsi
,
on
verra dans la fuite que ce
font principalement ces
deux membranes & leurs
cordons qui forment la
voix ou la parole ,& ces
deux osselets qui la modifient en les approchant ou
écartant l'un de l'autre,
ainsi on peut les nommer
les portiers de laglotte. Enfin cette sente, bouche ou
glotte est recouverte par
un couvercle ou clapet car-
tilagineux de forme triangulaire, un peu arrondi par
la pointe, nommé à cause
de cela l'epiglotte, comme
qui diroit le couvercle de
la glotte. L'epiglotte tient
interieurement parsa base
irl'écu proche le milieu de
son bord superieur au dessus de la glotte, ensorte que
le vent souffléde la poitrine
par la glotte, ouvre cette
porte pour sortir, par la
bouche, & celuy que l'on
respire joint au poids de
cette glotte,la referme dans
l'homme. Mais danslesanir.
maux à quatre pieds qui
ont presque tousjours la
teste baissée, & dont la glotteest très spacieuse
,
& l'épiglotte plus pesante
,
la
nature a
esté obligée de
luy donner des muscles particuliers pour l'ouvrir &
la fermer, de crainte que
les alimens n'encrassent par
la glotte pendant la respiration.
3. Dans les oiseaux aquatiques comme les canards,
gruës,oyes,macreuses, &c.
qui retirent continuellement de l'eau, de l'air, &
- de
de la vasemeslez ensemble, ( ce qu'on appelle
communément barboter,)
la nature prévoyance a
situé
le principal organe de leur
voix au bas de leur gosier
au dedans de leur poitrine,
ensorte que dans plusieurs
il est caché mesme dans la
substance du poumon. De
plus cet organe est double,
car du costé gauche du
corps du gosier cest un anneau osseux semicirculaire
-
beaucoup plus large, plus
solide
,
& plus ample que
les autres,ayant à sa base
une fente percée du devant.
au derriere,dont les lévres
font membraneuses. A cette fente,s'abouche la branche gauche de l'Apre artere qui se répand, dans le
poumon; desorte qu'en
soufflant par cette branche,
le vent qui fort par cette
fente ou glotte inférieure,
& par celle qui est outre
cela au haut du larinx à la
racine de la langue
,
rend
un son enroüé
,
que les paysans nomment ( pire) &
qui est le chant ordinaire
avec lequel ces oiseaux s'ap-
pellent de près; mais du
costé droit la nature a
joint
à
ce demi anneau osseux un
veritable sifflet rond, osfeux semblable en quelque
façon aux sifflets de terre
donc les enfans contrefont
les Rossignols. Ce sifflet
tres-dur en dehors, est rapissé en dedans d'un cartilage fort épais, ayant deux
bouches, dont la su perieure s'ouvre dans le bas du
corps du gosier par son cosséJ & l'inférieure respond
dans le lobe du poumon
droit par la branchedroi-
te de l'âpre artere
,
estant
presque en tout semblable
à la bouche ou glotte qui
est du costé droit. le vent
soufflé avec violence par
cette branche droite frappant l'interieur de ce siffier,
rend un sontres-fort par la
glotte superieure ,lequel
les paysans appellent (can)
& de crainte que ce vent
ne rentre danslelobe gauche, la nature a
separé la
bafe du corps du gosier en
cet endroit par un cartilage
osseux qui sertde guideaux
deux airs, qui sortent des
poumons, & qu'on appek
le le coûtre. Ce vent qui
vient du sifflet entrant avec
rapidité dans lescavitez
que ces oiseaux ont au palais en plus grande quantite que les autres oiseaux
,
plus grandes,& plus profondes,y prend un sonnazard qui s'y augmente
merveilleusement. C'est ar,
vecce son nazard qu'ils
appellent leurs camarades
qui sont fortesloignez
d'eux. Il faut dé plus remarquer que les cartilages
du corps du goder de ces
fortes d'oiseaux sont des
cercles presque entiers enchassezquelquefois les uns
dans les autres, pour avoir
plus de solidité; & ceux au
contraire de ses branches
quise répandent dans les
poumons font des cercles
plus imparfaits, avec une
membrane charnuë qui les
lie à peu près comma le
corps du gosier dans l'homme.
4. A l'égard des autres
muscles du gosier, qui dans
l'homme font au nombre
de onze, ils sont tous atta-)
chez à sa teste ou larinx
;
sçavoir deux qui fervent à
la tirer en bas, sont attachez chacun d'un bout au
bord inférieur de l'ecu des
deux costez de son nœud
ou milieu, & de l'autre
bout au haut du poitral
,
ces
muscles donnent encore
lieu au gosier de s'enfler
davantage par cet abbaissement, & aidentl'action
de sa membrane musculeuse posterieure, & de sa
membrane tendineuse intérieure
,
on peut à cause de
cela les nommer les depri-
meurs du gosier. En abbaissant aussi lateste du gofier ils facilitent la déglution,& garantissent la cheute des alimens dans la glotte. La teste du gosier est
retirée en haut, & en mesme temps suspenduë par
deux autres muscles attachez d'un bout aux deux
costez du noeud de l'écu
vers son milieu parle devant, sçavoir au dessus des
précédents, & par l'autre
b out aumesme os de la langue dont on a
parlécy devant, Ces deux muscles au
reste
reste n'ont que deux pouces de longueur. Ils lér-'
vent aussi à faire allonger
lecorps du gosier lorsqu'ils
viennent à se raccourcir,
& de plus en tirant la teste
du gosier en haut, ils facilitent la respiration, & présentent laglotte à la bouche pour faire davantage
éclater la voix;On peuc
donc les nommer les Elc^
veurs du larinx.
f'
;
Déplus l'ecu est comme
ouvert en dehors ou appla-
¡,. ti par une troisiéme paire
f' de muscle
,
qui partant du
bord estroit ôcinférieur de
l'anneau au devant de la
gorge, vont s'atracher
aux deux angles de la base inferieure de l'écu à
droite & à gauche. Car
il est évident que ces muscles en se raccourcissantretirent par ce moyen les ailes de l'écu en dehors, comme pour le rendre moins
vouté, mais ce n'est effectivement que pour attirer la
partie posterieure de la ted
te du gosier vers son anterieure,c'est à dire pourl'applatir un peu du devant en
derriere
,
& l'allonger en
mesme ,
temps d'autant vers
les deux costez, ou en un
mot pour rendre sa cavité
ovale, afin de rendre la double membrane qui compose
la glotte, laquelle sans cela
demeureroit lasche & ridée
lorsque la glotte est fore
ouverte, ce qui causeroit un
son bas & tremblant. Et
afinaussi que les deux lévres de la glotte ou ses
deux cordons puissent plus
aisément estre écartées l'un
del'autre par les muscles
destinez à cet effet donc
nous allons parler. Onpeut
donc nommer cetre troisiéme paire de muscles les
Applatisseurs du larinx. Ces
trois premieres paires qu'-
on appelle ordinairement
exterieurs par rapportà récit
,
pourroient encore
mieux estre nommez antérieurs, parce qu'ils sont situez ducollet duvirage,par
rapport aux cinq dont nous
allons parler, qui sontplacez sur le partage des vivres vers le derriere du col,
& qu'on pourroit nommer
a cause de cela posterieurs
aussi bien qu'interieurs par
rapport à l'ecu, mais ces
denominations ne regardant que l'anatomiste
,
&
nullement le musicien ( si
ce n'est tout au plus pour
s'orienter,) nous passerons
maintenant à la description
& aux usages de ces derniers. La quatrième paire
de muscles part donc des
deux costez de la partie large, & posterieure de l'anneau en dehors, & va s'attacher à la bafe des deux
portiers de la glotte, sçavoir proche les angles de
cette bafe les plus esloignez
du milieu de la glotte
,
&
cela après avoir passé derriere deux petites éminences de la partie large de
l'anneau qui leur fervent
comme de poulies de retour, afin de leur donner
à chacun un plus grand
jeu dans leur raccourcissement, & une direction plus
propre à écarrer ces portiers l'un de l'autre en les
faisantglisser sur le bord de
l'anneau. On peutappeller
cette paire les grands Dilatateurs de la glotte parrap-
port a une cinquiéme paire
beaucoup plus courte &
plus gresle, qui partant des
deux costez de la mesme
partie de l'anneau fous l'écuà costé des deux précedents, mais plus loin du milieu de l'anneau, va s'attacher aux mesmes portiers
joignantles deux précedents à l'anglemesme de
leur base; par ce moyen la
direction de ces derniers
muscles est encore plus propre à écarter les deux portiers l'un de l'autre, mais
avec un moindre jeu que les
deux précedents; c'est pour
cela qu'on nommera cette
cinquiéme paire les petits
Dilatateurs de la glotte. ERfin l'onziéme muscle du larinx qui est le douziéme de
tout le gosier,lie exterieurement les deux portiers l'un
à l'autre parleur base,afin
de pouvoir en se gonflant
6c se racourciffant les approcherl'un vers l'autre,&
fermer en mesme temps les
cordons de la glotte. Gn
peut donc le nommer l'Adducteur des cordons ou:des
lévres delaglotte,ausil'oi>
veut tout d'un coup le Fer-
-
meurde la glotte. Plusieurs anatomistes habiles
veulent que cederniermuscle foit encore double comme les précedents
; mais la
chosenema pas paru ainsi.
Il y a
donc treize muscles
quifervent à la formation
-
de la voix en y comprenant le diaphragme donc
on parlera cy-a prés.
5. A l'égard des nerfs du
larinx il y en a
de trois sortes,sçavoirune branche de
la quatriéme paire qui envoye un rameau à toreilla
& l'autre à la langue, une
de la septiéme paire qui en
fait autant, comme nous
l'avons dit en parlant de
l'oreille, dansle Mercure de
Paris du mois de Janvier
1712.&qui de plusenvoye
un rameau à la racine des
dents; & enfin une bran**
che de la cinquiéme paire
du nerfrecurrent, qui après
s'estre entortillée autour de
l'aorte descendante, monte au gosier, ou elle distribuë, des rameaux à son
corps&àsateste. Une pareille branche du mesme
nerf fait la mesme chose
aprés s'estre contournée
autour de l'artereaxillaire
droite, & ces deux branches envoyent en mesme
temps des rameaux au
cœur. De plus ces deux dernieres paires, aprés s'estre
unies, envoyent encore des
rameaux à la langue & aux
oreilles. Par le moyen de
ces nerfs l'animal entre en
action pour crier, & se deffendre en mesme temps
,
ou pour fuir selon l'occasion; pour exprimer sa joye,
son admiration, sa douleur,,
& toutes ses autres passions.
Ce nerf dela huitiéme paire estant coupé, l'animal
cesse dans le moment de
crier, ce qui marque en general que les nerfs font
toute l'action des animaux;
&en particulier que c'est
celuy-cy qui sert à former
le cri de la voix en se distribuant dans les muscles
du larinx, sans que l'oreille
y ait part, comme ilarrive à tous les sourds & muets
lorsqu'ils sont agitez de
quelque passion.
6, Quant à
laformation
de la voix il y a
des Anatol"-
missesouPhysiciens qui
ont dit que la glotte en estoit l'organe
,
d'autres les
muscles du larinx; & enfin
les autres le corps mesme
du gosier ; & tous ensemble ont raison
; car le corps
du gosier contribuë à la
voix,en foumissant l'air qui
en fait le son
;
les lévres&
cordons de la glotte contre
lesquels cet air se brise, forment ce sonpar leurs tremblements
,
& les muscles
qui servent à serrer ou à
écarter ces mesmes cor-
dons & leurs membranes
l'une de l'autre, & à étendre ces mesmes membranes
,
forment le degré
,
la
force, & la netteté de ce
son. A quoy l'on doit encore adjouster les muscles
de la poitrine, principalement le diaphragme, qui
pressant les poumons(à peu
près comme un berber
presse sa musette avec son
bras, ou comme un preneur de cailles presse son
apeau) fournissent au gofier l'air qui forme la parole & la voix. Voila donc
au moins quarante cinq instrumens qui fervent à former la voix.
Mais pour expliquer
maintenant cette formation dans le détail qu'elle
demande,il faut remarquer
que la voix de l'homme n'a
pas feulement besoin de
monter & dedescendre par
differents intervalles
,
loic
pour chanter, pour appeller, pour crier ou pour exprimer ses différentes passions; mais elle a
besoinencore d'estre plus forte ou
plus foible en
-
chaque dé-
gréde son, afin de se faire
entendre à differentes distances, ou pour varier son
chant 6c ses paroles selon
le besoin: ainsielle doit devenir quelquefois plus foible en montant
,
ôc plus
forteen descendant
,
ou
tout au contraire. Or le vent
poussé au travers de laglot-
.te.) soit dedans en dehors,
(ou mesme. de dehors en
dedans)forme lesonde la
voix, le bruit de la parole,
les cris, les éclats, les sanglots, &c.selon que ce bruit
estplus longou plus court,
plus
plus fort ou plus foible
,
comme nous l'avons dit
dans le Mercure cité cydessus
; & cela en faisant
trembler les deux membranes de la glotte, mais principalement ses deux cordons qui sont tousjours entretenus dans un certain
estat de tension ou de ressort, tant par leur solidité
particuliere,que par le mue.
cle fermeur
,
qui tire les
deux portiers l'un vers l'autre; & cet air devient son
en se brisant contre ces
mesmes cordon,de la mes-
me maniere que l'air pressé
au travers des lévres de la
bouche devient un fifllement qui estune espece de
son en les faisant trembler,
ou si l'on veut comme le
vent chassé violemment à
travers la fente d'un chasEs décolé en quelque endroit, y
forme unson qui
imite fort la voix humaine
par les tremblements qu'il
luy cause
; ou enfin encore
comme l'air pouffé au travers une fente faite au costé d'un roseau ouvert par
un bout,& fermé par l'au,
tre, lorsqu'on souffle par le
bout ouvert; car cet air ne
pouvant passer par cette
fente sans en écarter les lévres, les met en ressort, &
leur combat mutuel forme
des vibrations dans l'air environnant, dans lesquelles
consiste le [on, & ce son
imiteroit encore plus parfaitement la voix humaine
si l'on avoit foin d'arrondir
un peu ces deux lévres
,
à
peu près comme les bords
de la glotte. Au reste le
chassis bruyant,& les firingues ou roseaux des An-
ciens n'imitent encore la
voix humaine qu'imparfaitement, en ce que leur son
ne monte jamais, qu'il nc,\
devienne en mesme temps
plus fort, & qu'il descend
tousjours à mesurequ'il
s'affoibltr. Car ce son ne
monte, que par l'acceleration de ses vibrations, laquelle ne vient que de la
force de l'air qui est poussépar la fente; au contraire
lorsque cet air passe plus.
lentement
,
ses vibrations
devenant plus lentes, le son
baisse enmesmetemps. La.
mesme chose arrive à quantité d'oiseaux dont la glotte
n'est ouverte ou fermée que
par l'air qui passe au travers, particulièrement aux
oiseaux aquatiques donc
nous avons parlécy -devant, & dont la voix se forme au travers de leurs glotte
,
comme le son à travers la fente d'un chassis
bruyant, ou d'une siringue,
& non pas par le jeu d'aucuns muscles.C'est cequ'on
entend tous les jours sur les
estangs où il y a
des canards lorsqu'il en passe
d'autres en l'air au détins
d'eux, car ils les appellent
en eslevant d'abord leurs
ailes afin d'enflerleurs poumons
,
& planant ensuite
fortement pour en chasser
l'air avec violence, ce qui
esleve extremement leur
voix,& forme un cancan treséclattant,lequel baisse peu h,
,
peu à mesure que leur poitrine se vuide d'air;les coqs
font à peu près la mesme
chose avant de chanter.
7. Il n'en est pas de mesme dans l'homme, & mesme dans plusieurs animaux
terrestres, comme les
chiens, les chats, l'Elan du
Bresil, & dans quantité
d'oiseaux dont la glotte
estouverte & fermée par
des muscles: car lemuscle fermeur de la glotte
venant à se raccourcir, ap*
proche les portiers l'un de
l'autre & de son milieu, ce
qui bande ses cordons, parce que ces portiers estant
posez sur la circonférence
de l'anneau, & les deux
cordons qu'ils tirent estant
attachez à la partie opposée diametralement du ca.
nal du larinxil est bien evh
dent qu'on ne sçauroit approcher les portiers du diamettre de ce canal sans en
mesme temps allonger ces
cordons, ( comme Euclide
lademontré) & sans estendre aussi les deux membranesqu'ils bordent, & qui
couvrant ce canal, forment
la glotte. Ainsi la voix ou la
parole est obligée de monter par l'acceleration des
tremblements de ces cordons ,& elle s'affoiblit en
mesme temps,par le jet d'air
quisort de la glotte, lequel
est
est d'autant plus gresle
qu'elle est plus rétrecie.
Maissi l'on veut augmenter au contraire laforce de la voix sans l'eslever
il ne faut que pouffer une
plus grande quantité d'air
de la poitrine,& ouvrir un
peu les portiers de la glotte,
en bandant les dilatateurs
grands ou petits, & relaschant à proportion le Fermeur,afin que les cordons
ne soient pas plustenduspar
l'augmentation de la quantité de l'air qui passe entre
eux qu'ilsl'estoient en pre-
micrlieu: parcemoyen cet
air passant en plus grande
quantité par la glotte produira un son plus fortsans
estre cependant plus estevé
; au lieu que si les cordons n'avoient point esté
relaschez, la voix auroit
monté
,
en mesme temps
qu'elle feroit devenuë plus
forte1, comme dansles oiseauxaquatiques. Je dis
de plus que les Applatifseursdu larinx doivent aussi entrer en contraction,
afin de faciliter touvenure de la glotte, & tenir en
mesme temps les deux
membranes tenduës, comme nous l'avons dit. Si l'on
veut outre cela que la voix
monte à mesure qu'elle devient plus forte
;
alors les
Eleveursdu larinx doivent
le tirer en haut,afinde présenter la glotte à l'entrée
de la bouche, pour que l'air
qui en fort allant frapper
contre toutes ses parties solides, comme le palais, &
les dents,&c. y
fouffredes
réflexions,s'y brise& y
augmenta la force de son
ressort,comme nous l'avons
dit de l'entonnoir, & de la
caisse de l'oreille, & afin
aussi que le canal exterieur
composé de la bouche & de
son entonnoir, lequel s'estend jurqu'au larinx & que -
l'on nomme le creux, ou le
port de voix) estant par là
plus racourci, la voix en
devienne plus eslevée,comme)1 arrive dans les flutes,
hautbois
,
flageolets, &c.
Enfin la membrane charnuë ou le muscle qui lie les
croissansdu corps du gosier
,
doit aussiroidir les-fibres circulaires, afin de ré-
trecir tout ce corps, & de
donner plus de rapidité à
l'air qui couleau dedans,
sans quoy l'effort du diaphragme deviendroit inutile. Ainsi l'on voit que pour
produire cet effet la pluspart des muscles font en
action
; car la voix devant
durer quelque temps sur un
mesme degré, il faut necet:
sairement que tous les muscles antagonistes soient
contrebandez, c'est-à-dire,
que les Abaisseurs du gofier le soient contre les Eleveurs
,
& que ses Dilata-*
teurs le soient contre le Fermeur, aussi bien que le diaphragme; sans quoy la glotte se sersieroit)&s'efleveroit en mesme temps, aussi toit que le Fermeur & les
Eleveursagiroient
,
& ne
demeureroit pas dans un
mesme estat, mais le son,
hausseroit ôc. deviendroit
plus foible en mesme
tems.
Mais si l'on veut que la
voix augmente encore de
force & descende ou grossisse en mesme temps, il
faut relascher davantage le
-
Fermeur, & par ce moyen
les cordons & les lèvres de
la glotte, bander davantage les Dilatateurs de la
glotte, & les Applatisseurs
du larinx
,
& pousser l'air
avec plus d'effort: car cet
air ouvrira & arrondira davantage le corps du gosier,
& fera un jet plus gros,
plus solide
,
& par consequent plus capable d'ébranler tout l'airenvironnant,
- ce que ne pouvant faire sans
tendre les cordons de la
glotte, il est évident qu'il
faut donc d'ailleurs les re-
lascher. Il faut de plus que
les Déprimeurs du larinx
seroidissent,&l'emportent
sur ses Eleveurs,afinde donner lieu à l'air qui passe par
le corps du gosier de l'enfler, & d'y couler par consequens avec moins de rapidité, quoy qu'en plus
grande quantité, ce qui formera dans la glotte un jet
plus fort, quoyque d'un son
moins eslevé. Il arrivera
de plusde cet abbaissement
du gosier
,
que le creux,
ou port de voix, ou l'entonnoir en deviendra plus
profond à mesure qu'il s'élargira
,
ce qui rendra encore la voix plus masculine,
& plus baffe. Se fera tout
le contraire lorsqu'on voudra que la voix devienne
plus foible, à mesure qu'elle baissera
,
comme dans
l'estas le plus ordinaire. Car
le diaphragme pouffant
moins d'air de la poitrine,
la glotte pourra se rétressir,
& par consequent le Dilatateur & l'Aplatisseur se relascher à proportion; en
telle sorte que le peu d'air
qui passera par la glotte, y
coulera lentement, & y excitera des fremissements
lents,c'est- dire un son
grave & foible
,
ce qui se
perfectionnera encore par
l'élargissement & l'abbaissement du gosier, & par Fa"
longement de son creux,
comme on vient de l'expliquer, cette acttion estant
en partie opposée à la précedente & plus simple, que
si la glotte s'ouvroit par raaion du Dilatateur & de
l'Aplatisseur: ce qui fait
voir que les différentes modifications de la voix con-
latentdansun combat entre le diaphragme & les
muscles du gosier.
8. C'est la mesme chose
pour la parole que pour la
voix
,
excepté feulement
que la parole est une voix
pluscourte l3) plus unie.
Ilya cependant biendes
nations comme les Normans3 les Gascons
,
mais
principalement les Chinois, dont la paroleestun
veritable chant; & le systeme enharmonique des
Grecs, n'estoit inventé que
pour noter leur déclama-
tion qui estoit un vray
chant. Lors qu'on dit que
l'on reconnoistun homme
à la voix, ou quand on commande d'obéir à sa voix, on
entend non le chant d'un
homme maissa parole, tant
il est vray que ces deux
choses considerées en ellesmesmes ne font qu'une
mesme chose. Mais les gradations de la parole sont
différences de celles de la
voix, comme estant regléees par un autreorgane,
sçavoir le limaçon; au lieu
que la voix est guidée par
lelabyrinthe, comme nous
l'avons dit en parlant de
l'oreille;c'e stce quifait que
la parole reçoit toutes sortes de gradations à l'infini,
de mesmeque le chant des
Chinois; au lieu que le
chant desOccidentaux, ôc
mesme celuy des Arabes,
des Perses, &c. a
des gradations choisies
,
comme
nous le dirons dans la Me*
lodie qui doit suivre ce Mémoire. Ce qui nous convainc encore que la parole
& la voix s0nt formées par
lçs mesmesorganes
,
du
-
moins dans la pluspart des.
hommes, c'est que si Ion
donac-tquelque teneur ou
durée à ses paroles, elles
deviennent une veritable
voix, comme chacun peut
l'éprouver; desorte que des
paroles qui ont chacune
une durée sensible,sans gradation,ou avec des gradations mélodieuses,nedif- -
ferent en rien d'une voix.
Il faut cependant avouër
que ceux qui ont appris à
chanteri,méfientAc%orne^
mens
mesme dans chaque
ton, commede pousser leur
voix, par diminutions, par
accroissemens, par ondes,
&c. qui ne se trouvent pas
dans les voix unies ny dans
la parole. Mais au resteces
differences aussibien que
les gradations font tousjours accidentelles,&nempeschent pas que le son de
la parole, & celuy de la voix
ne soient le plus fouventy
le mesmeson
,
& formez
par les mesmesorganes. On
peut s'en convaincre encore en considerant que les
accidens de la voix sont
communs aussi à la parole.
Si la voix est(par exemple )
enroüée, ou cassée, ou nazarde, ou cornante, ou glapissante,&c. la parole l'est
aussi. DesortequeIon peut
pour l'ordinaire aisément
juger du son de la voix d'un
homme en l'entendant seulement parler.
-
Quant au degré de la parolepar rapportà la voix,
il est ordinairementau milieu desonestenduë,qui est
l'estat où les Eleveurs du
larinxonttoute leur extension, si ce n'estlors quon
ell enroüé; car alors les Dilatateurs
lacateurs de la glotte.la tenant plus ouverte qu'à l'ordinaire par leur gonflement )
la voix en devient
plus grosse& plus basse,&
quelquefois si basse qu'elle
s'éteint tout- à fait, à moins
qu'on ri'arrose le Fermeur
de quelque eaustiptique,qui
le gonflant à son tour fasse
rétrécir la glotte, & rende
la parole,ce qui ne peut pas
durer long
-
temps. Il y a
des personnes dont la voix
est beaucoup plus agréable
quela parole, parce que les
Eleveurs du larinx sont plus
longs chez eux que dans
l'estat ordinaire, cequi fait
que toute l'estenduë de leur
voix est presque au dessus
de celle de leur parole, &
que leur voix est nette, claire& éclatante, tandis que
leur voix peut estrebasse
,
rude,chevrotante, &c. mais
c'est un cas extraordinaire.
Enfin il y en a
dont lavoix
estfausse, c'est-à-dirènaturellement diflbnantc,quoique leur parole foit agréable, & pathétique. Gélaft
trouve en deux personnes
qui me sont très-proches
parentes, lesquelles ont le
son de la voix & de la parole fort beau, & le patetique
bon, quoy qu'elles n'ayent
pû jamais apprendre à entonner juste aucun air, ce
qui me confirme encore
que le patetique de la pa..
role n'est pas reglé par le
mesme organe de l'oreille,
que les gradations de la
voix, puisque l'un peut-estre juste tandis que cellescy font fausses.
- 9. Il faut au refiercmar.
quer qu'il
y a
deux fortes de
voix dansles hommes, dans
les femmes, & dans les en- fants, donc l'une s'appelle
voix naturelle, parce qu'elle est la mesme que le son
de la parole; & l'autre se
nomme le fausset,principalement en parlant de
l'homme fait, dans quielle
est ordinairement plus deagréable, que la voix naturelle, au contraire des femmes & des enfans.Cefausset a
presque toute son cftendueau dessus dela voix
naturelle;,,n'ayant qut quatre ou cinq tons plus bas
-que les plus hauts de celles
cy. Au relie ces deux voix
se forment par des instruments differents,Comme on
le sent lors qu'on passe de
l'une à l'autre, ce qui ne
sçauroit se faire sans une
espece de repos & d'attention particulière,&mesme
sans quelque violence &
quelque fausseté,àcause du
changement demuscles. Il
faut donc considerer que
tandis que la voix naturelle
monte depuis son ton le
plus bas jusques proche de
son plus haut, cestà-dire
parl'cftenduç d'une pouzié-
me environ; il n'y a que le
grand Dilatateur de laglotte qui foie en contraction
avec le Fermeur, le petit
estant relasche pendant
tout ce temps, à cause de
Tecartement des deux portiers l'un del'autre. Mais
quand la voix
-
est arriver
dansses tons les plus hauts
,
le petit Dilatateur corn?
mence a
estre tèndu)ôc
devient capable d'entreren
contraction avec le Fermeur, le grand Dilatateur
estant alors au bout de son
aâion,te pouvant seule-
ment prester comme une
corde qu'on allonge. Deforte que si le Fermeur continuë de se contracter, &
que le petit Dilatateur seroidisse
)
leur combat produira alors la voix de Fausset,qui pourra contenir encore beaucoupde tons,c'est
à dire quelquefois une douzième. Mais il est évident
que cettevoix doit estre
très gresle &tres- eslevée,
parce que la glotte est alors
très-serrée,&que ses cor-
@d'Dn'S*'&! membranes sont
extrêmement tendus.
vn
Quand au contraire le petit
Dilatateur s'est gonflé autant qu'il a pu pour rouvrirla glotte, & que la voix
de Fausset a
descendu
jusques à son ton le plus bas,
le grand Dilatateur peut se
gonfler , à son tour, & mesme un peu auparavant; &
la voix naturelle commencer à se former dans ses tons
les plus hauts pour descendre delà jusques, dans ses
plusbas. Jay connu plusieursChantres qui possedoient,ces deuxfortesde
voix presque également
bien.
bien. Les femmes & lesensans affectent de se servir
de la voix de fausset, comme convenant mieux à leur
d~licateffe ou à leur â
~e ,.
delicateffe ou à leur à,le,
& comme estant plus tendre & plusflexible, leur gosier ne pouvant pas s'estendre assez pour pratiquer la
voix naturelle dans uneestenduë suffisante
10. Mais lorsque le go:"
fier des jeunes homm s
s'est accreu & dilatéjusques
à un certain point; par l'accroissement de l'âge,le Fermeur de la glotte ne peut
plusla fermer alorssuffisamment, ny bander assez ses
Dilatateurs pour entonner
sa voix haute; c'est pourquoy on est obligé d'abandonner pour l'ordinaire le
Fausset,&de s'entenirà la
voix naturelle. qui devient
alors une Hautecontre, ou
uneTaille pour le reste de
lavie,& c'estce qu'onappelle la Muance; siau contraire le jeune homme entonnoit sa voix naturelle
avant la Muance; aprés
qu'i) a mué il ne sçauroit
pl41 ertfonner que rO£tajJ
ve basse de cette voix naturelle, quiestalors àl'unisson destailles,destailles baP
ses, ou des bassescontres, ce
qui se fait toujours cependant avec les mesmes muscles. Maisilluy reste encore un
Faussetquiestlemesme qu'avant la muance ,
c'est à-dire, toujours tresdur, & tres-aigre dans ces
fortes de gosiers.
II. Enfin quant aux cadences ou tremblements,
tant en montant qu'en dcC.
cendant, on sçait qu'elles se
font en répétant tres- prom-
ptement deux fons esloignez l'un de l'autre d'un ton,
d'un demy ton,ou d'une
dieze
,
soit en montan,soit
en descendant;ainsi la glotte s'ouvre & se ferme alors
successivement
,
quoyque
presque insensiblement par
le combat du muscle fermeur, & du grand, ou du
petit Dilatateur;outrecela
les muscles Eleveurs & Deprimeurs du gosier entrent
aussi en combat entre eux,
ce que l'on sent mesme en
portant le doigt sur le nœud
de la gorge: & il ne faut pas
douter que l'Aplatisseur
,
le -
diaphragme
,
& les autres
musclesdu gosier, & mesme
de la poitrine ne soient alors
en combat les uns contre
les autres pour enfanter ces
filles de laMelodie. EXTRA
musique
,
ou lesmerveilles de la Trachée
artere,tirées des observations desplus habiles Anatomistes, f5 de
l'anatomiecomparée.
L'Organe de la voix ou
de la parole est le gosier,
nommé par les Anatomie:
tes âpre ou trachéeartere,
pour le distinguer du go.
iiêr par où passent les alimens qu'ils appellent l'éso-
phage, & qu'on peut à eause de cela nommer en françois le passage des vivres.
Le gosier ou trachée artere
est composé de quarante
quatre parties qui fervent
à former la voix, sçavoir
de vingt six cartilages osseux, de douze muscles, de
trois especes de membranes
,
& de trois especes de
nerfs, sanscompter les arteres, les veines, les glandes, & autres parties qui
entrent encore dans sa
composition. Toutes ces
quarante quatre parties ont
leurs usages par rapport à
la voix, qu'il s'agit d'expliquer
,
c'est à-dire, de reduire aux regles de la mechanique & de la musique.
Nous appellons osseux les
vingt-six cartilages, parcequ'ils tiennent effectivement de la nature de l'os,
puisqu'ils contiennent tous
une espece de moëlle dans
le milieu de leur substance,
& qu'ils deviennent mesme des os parfaits dans
beaucoup de vieillards. Il
faut encore joindre à ces
quarante quatre organes le
diaphragme qui est un des
principaux instruments de
la voix, ce qui fait au moins
quarante cinq organes en
tout.
I. On a
de coustume de
distinguer le gosier en deux
partiesprincipales,quisont
a teste
,
nommée par les
Anatomistes, larinx
,
en
françois siffletou cornet,
& le corps du gosier. Ce
corps est un canal plus que
demy circulaire, dont la
convexité est tournée du
poflx du visage, & qui commençant à l'entrée des pou-
mons, monte le long du
passage des vivres sur lequel il est couché & applique par sa base. Il est composé ordinairement de
vingt un cartilages formez
chacun comme un grand
croissant
,
& qui sont fermez du costé de leur bafe
par une membrane musculeuse,laquelle regnant tout
le long de ce canal ,forme
cette base que je nomme
le MurcIe posterieur. Ces
cartilages sont liez les uns
aux autres par les fibres
longitudinaires de cette
membranemusculeuse,qui
s'inserent entre chacun
d'eux, &s'y attachent dans
tout leur contour. Par ce
moyen les fibres circulaires
de la mesme membrane,
qui traversent ces premiers
angles droits, se gonflant,
& se racourcissant par l'arrivée des esprits, ferment
ces anneaux ,& retrecissent la capacité du gosier;
& lorsque les fibres longitudinaires se gonflent & se
racourcissent, le canal en
est en mesme temps racourci
;
desorte que si l'on
souffle alors le vent sort
hors la poitrine avec effort,
ce canal s'enfle considerablement, le ressort des mes.
mes anneaux contribuë aussi à les dilater. Mais ce
racourcissement se fait encore parune autre membrane tendineuse qui tapisse intérieurement le
corps du gosier, & dont les
fibres longitudinaires qui
attachent intérieurement,
les mesmes anneaux pu
croiffans les uns aux autres,
les rapprochent les uns des
autres en se racourcissant
par leur ressort
,
quand le
gosier a
ététiré selon sa
longueur, & laissé ensuite
en liberté. :,
,
2. La teste du gosier ou le larinx
,
ou cornet
,
est
composée de cinq cartilages osseux comme les précedens, dent le plussolide
ala forme de l'embouchoir
d'une flute douce ou à bec,
coupé perpendiculaire
ment à sa longueur après
en avoir osté le tampon;
c'està dire que c'est une
espece d'anneau à tirer de
l'arc beaucoup plus large
dans une partie de son
corps que dansla partie opposée, aussi l'appelle-t'on
l'anneau. Le haut du corps
du gosier est joint avec le
bas de cet anneau par des
ligaments particuliers en
telle forte que la partie large de l'anneau est rootnée
vers le derriere de la teste
,
& posée sur l'esophage, &
la partie vuide & anterieure du mesme anneau est
recouverte par un second
cartilage nommé l'écu &
le bouclier
,
qui ressemble
assez à une cuirasse de fer,
estant voutéde mesme par
le devant. Ce cartilage ou
l'écu estant applari auroit
la figure d'un tra peze donc
la plus grande baze seroit
tournée en haut. Ilestfortement adherent au corps
de l'anneau par des ligaments propres; il s'esleve
mesme plus haut pour s'aller attacher parfesdeux angles ou cornes superieurcs
aux deux cornes de l'os de
la langue, appelle Joïde,
lequel tient par ce moyen
tout le gosier de l'homme
suspendu dans une situation
verticale.C'est cette partie voutée dumilieu de ré.
cu qu'on appelle le nœud
de la gorge
,
d'autres disent la pomme d'Adam,
au dessous duquel nœud on
sent en tastant avec les
doigts le bord estroit de
l'anneau. Par ce moyen
l'anneau &l'écuforment
ensemble le canal rond de
lateste du gosier,lequel
canal a
huit ou neuf lignes
de diamettre dans un homme fait. Ce canal est recouvert par le haut de deux
membranes fort épaisses,
& presque semicirculaires,
attachées horizontalement
par leur circonference exterieure dans son contour
interieur. Ces deux membranes laissent entre leurs
bords intérieurs terminez
chacun par un cordon solidetendineux, une ouverture triangulaire isocele appellée la glotte ou
la bouche du gosier dont
la pointe se termine au milieu du dedans de l'écu,
dans l'endroit où ces deux
membranes qu'on nomme
les lèvres de la glotte se
réunissent, & donc la base
est située sur !c bord large
de l'anneau, oùil y a
deux
petits cartilages triangulaires osseux attachez par leur
base sur le mesme bord,
environ àune ligne l'un de
l'autre. On les nomme guttauxou becs, à cause de
leur figure pointuë
;
c'est
apparemment eux qui ont
donné le nom au gosier.
Les deux bouts de ces deux
cordons font collez chacun à la base d'un de ces
deux osselets. Et ily a
des
Autheurs qui prétendent
que ces deux cordons,&
mesmeleurs membranes
font des muscles, mais cela ne m'a paru ainsi
,
on
verra dans la fuite que ce
font principalement ces
deux membranes & leurs
cordons qui forment la
voix ou la parole ,& ces
deux osselets qui la modifient en les approchant ou
écartant l'un de l'autre,
ainsi on peut les nommer
les portiers de laglotte. Enfin cette sente, bouche ou
glotte est recouverte par
un couvercle ou clapet car-
tilagineux de forme triangulaire, un peu arrondi par
la pointe, nommé à cause
de cela l'epiglotte, comme
qui diroit le couvercle de
la glotte. L'epiglotte tient
interieurement parsa base
irl'écu proche le milieu de
son bord superieur au dessus de la glotte, ensorte que
le vent souffléde la poitrine
par la glotte, ouvre cette
porte pour sortir, par la
bouche, & celuy que l'on
respire joint au poids de
cette glotte,la referme dans
l'homme. Mais danslesanir.
maux à quatre pieds qui
ont presque tousjours la
teste baissée, & dont la glotteest très spacieuse
,
& l'épiglotte plus pesante
,
la
nature a
esté obligée de
luy donner des muscles particuliers pour l'ouvrir &
la fermer, de crainte que
les alimens n'encrassent par
la glotte pendant la respiration.
3. Dans les oiseaux aquatiques comme les canards,
gruës,oyes,macreuses, &c.
qui retirent continuellement de l'eau, de l'air, &
- de
de la vasemeslez ensemble, ( ce qu'on appelle
communément barboter,)
la nature prévoyance a
situé
le principal organe de leur
voix au bas de leur gosier
au dedans de leur poitrine,
ensorte que dans plusieurs
il est caché mesme dans la
substance du poumon. De
plus cet organe est double,
car du costé gauche du
corps du gosier cest un anneau osseux semicirculaire
-
beaucoup plus large, plus
solide
,
& plus ample que
les autres,ayant à sa base
une fente percée du devant.
au derriere,dont les lévres
font membraneuses. A cette fente,s'abouche la branche gauche de l'Apre artere qui se répand, dans le
poumon; desorte qu'en
soufflant par cette branche,
le vent qui fort par cette
fente ou glotte inférieure,
& par celle qui est outre
cela au haut du larinx à la
racine de la langue
,
rend
un son enroüé
,
que les paysans nomment ( pire) &
qui est le chant ordinaire
avec lequel ces oiseaux s'ap-
pellent de près; mais du
costé droit la nature a
joint
à
ce demi anneau osseux un
veritable sifflet rond, osfeux semblable en quelque
façon aux sifflets de terre
donc les enfans contrefont
les Rossignols. Ce sifflet
tres-dur en dehors, est rapissé en dedans d'un cartilage fort épais, ayant deux
bouches, dont la su perieure s'ouvre dans le bas du
corps du gosier par son cosséJ & l'inférieure respond
dans le lobe du poumon
droit par la branchedroi-
te de l'âpre artere
,
estant
presque en tout semblable
à la bouche ou glotte qui
est du costé droit. le vent
soufflé avec violence par
cette branche droite frappant l'interieur de ce siffier,
rend un sontres-fort par la
glotte superieure ,lequel
les paysans appellent (can)
& de crainte que ce vent
ne rentre danslelobe gauche, la nature a
separé la
bafe du corps du gosier en
cet endroit par un cartilage
osseux qui sertde guideaux
deux airs, qui sortent des
poumons, & qu'on appek
le le coûtre. Ce vent qui
vient du sifflet entrant avec
rapidité dans lescavitez
que ces oiseaux ont au palais en plus grande quantite que les autres oiseaux
,
plus grandes,& plus profondes,y prend un sonnazard qui s'y augmente
merveilleusement. C'est ar,
vecce son nazard qu'ils
appellent leurs camarades
qui sont fortesloignez
d'eux. Il faut dé plus remarquer que les cartilages
du corps du goder de ces
fortes d'oiseaux sont des
cercles presque entiers enchassezquelquefois les uns
dans les autres, pour avoir
plus de solidité; & ceux au
contraire de ses branches
quise répandent dans les
poumons font des cercles
plus imparfaits, avec une
membrane charnuë qui les
lie à peu près comma le
corps du gosier dans l'homme.
4. A l'égard des autres
muscles du gosier, qui dans
l'homme font au nombre
de onze, ils sont tous atta-)
chez à sa teste ou larinx
;
sçavoir deux qui fervent à
la tirer en bas, sont attachez chacun d'un bout au
bord inférieur de l'ecu des
deux costez de son nœud
ou milieu, & de l'autre
bout au haut du poitral
,
ces
muscles donnent encore
lieu au gosier de s'enfler
davantage par cet abbaissement, & aidentl'action
de sa membrane musculeuse posterieure, & de sa
membrane tendineuse intérieure
,
on peut à cause de
cela les nommer les depri-
meurs du gosier. En abbaissant aussi lateste du gofier ils facilitent la déglution,& garantissent la cheute des alimens dans la glotte. La teste du gosier est
retirée en haut, & en mesme temps suspenduë par
deux autres muscles attachez d'un bout aux deux
costez du noeud de l'écu
vers son milieu parle devant, sçavoir au dessus des
précédents, & par l'autre
b out aumesme os de la langue dont on a
parlécy devant, Ces deux muscles au
reste
reste n'ont que deux pouces de longueur. Ils lér-'
vent aussi à faire allonger
lecorps du gosier lorsqu'ils
viennent à se raccourcir,
& de plus en tirant la teste
du gosier en haut, ils facilitent la respiration, & présentent laglotte à la bouche pour faire davantage
éclater la voix;On peuc
donc les nommer les Elc^
veurs du larinx.
f'
;
Déplus l'ecu est comme
ouvert en dehors ou appla-
¡,. ti par une troisiéme paire
f' de muscle
,
qui partant du
bord estroit ôcinférieur de
l'anneau au devant de la
gorge, vont s'atracher
aux deux angles de la base inferieure de l'écu à
droite & à gauche. Car
il est évident que ces muscles en se raccourcissantretirent par ce moyen les ailes de l'écu en dehors, comme pour le rendre moins
vouté, mais ce n'est effectivement que pour attirer la
partie posterieure de la ted
te du gosier vers son anterieure,c'est à dire pourl'applatir un peu du devant en
derriere
,
& l'allonger en
mesme ,
temps d'autant vers
les deux costez, ou en un
mot pour rendre sa cavité
ovale, afin de rendre la double membrane qui compose
la glotte, laquelle sans cela
demeureroit lasche & ridée
lorsque la glotte est fore
ouverte, ce qui causeroit un
son bas & tremblant. Et
afinaussi que les deux lévres de la glotte ou ses
deux cordons puissent plus
aisément estre écartées l'un
del'autre par les muscles
destinez à cet effet donc
nous allons parler. Onpeut
donc nommer cetre troisiéme paire de muscles les
Applatisseurs du larinx. Ces
trois premieres paires qu'-
on appelle ordinairement
exterieurs par rapportà récit
,
pourroient encore
mieux estre nommez antérieurs, parce qu'ils sont situez ducollet duvirage,par
rapport aux cinq dont nous
allons parler, qui sontplacez sur le partage des vivres vers le derriere du col,
& qu'on pourroit nommer
a cause de cela posterieurs
aussi bien qu'interieurs par
rapport à l'ecu, mais ces
denominations ne regardant que l'anatomiste
,
&
nullement le musicien ( si
ce n'est tout au plus pour
s'orienter,) nous passerons
maintenant à la description
& aux usages de ces derniers. La quatrième paire
de muscles part donc des
deux costez de la partie large, & posterieure de l'anneau en dehors, & va s'attacher à la bafe des deux
portiers de la glotte, sçavoir proche les angles de
cette bafe les plus esloignez
du milieu de la glotte
,
&
cela après avoir passé derriere deux petites éminences de la partie large de
l'anneau qui leur fervent
comme de poulies de retour, afin de leur donner
à chacun un plus grand
jeu dans leur raccourcissement, & une direction plus
propre à écarrer ces portiers l'un de l'autre en les
faisantglisser sur le bord de
l'anneau. On peutappeller
cette paire les grands Dilatateurs de la glotte parrap-
port a une cinquiéme paire
beaucoup plus courte &
plus gresle, qui partant des
deux costez de la mesme
partie de l'anneau fous l'écuà costé des deux précedents, mais plus loin du milieu de l'anneau, va s'attacher aux mesmes portiers
joignantles deux précedents à l'anglemesme de
leur base; par ce moyen la
direction de ces derniers
muscles est encore plus propre à écarter les deux portiers l'un de l'autre, mais
avec un moindre jeu que les
deux précedents; c'est pour
cela qu'on nommera cette
cinquiéme paire les petits
Dilatateurs de la glotte. ERfin l'onziéme muscle du larinx qui est le douziéme de
tout le gosier,lie exterieurement les deux portiers l'un
à l'autre parleur base,afin
de pouvoir en se gonflant
6c se racourciffant les approcherl'un vers l'autre,&
fermer en mesme temps les
cordons de la glotte. Gn
peut donc le nommer l'Adducteur des cordons ou:des
lévres delaglotte,ausil'oi>
veut tout d'un coup le Fer-
-
meurde la glotte. Plusieurs anatomistes habiles
veulent que cederniermuscle foit encore double comme les précedents
; mais la
chosenema pas paru ainsi.
Il y a
donc treize muscles
quifervent à la formation
-
de la voix en y comprenant le diaphragme donc
on parlera cy-a prés.
5. A l'égard des nerfs du
larinx il y en a
de trois sortes,sçavoirune branche de
la quatriéme paire qui envoye un rameau à toreilla
& l'autre à la langue, une
de la septiéme paire qui en
fait autant, comme nous
l'avons dit en parlant de
l'oreille, dansle Mercure de
Paris du mois de Janvier
1712.&qui de plusenvoye
un rameau à la racine des
dents; & enfin une bran**
che de la cinquiéme paire
du nerfrecurrent, qui après
s'estre entortillée autour de
l'aorte descendante, monte au gosier, ou elle distribuë, des rameaux à son
corps&àsateste. Une pareille branche du mesme
nerf fait la mesme chose
aprés s'estre contournée
autour de l'artereaxillaire
droite, & ces deux branches envoyent en mesme
temps des rameaux au
cœur. De plus ces deux dernieres paires, aprés s'estre
unies, envoyent encore des
rameaux à la langue & aux
oreilles. Par le moyen de
ces nerfs l'animal entre en
action pour crier, & se deffendre en mesme temps
,
ou pour fuir selon l'occasion; pour exprimer sa joye,
son admiration, sa douleur,,
& toutes ses autres passions.
Ce nerf dela huitiéme paire estant coupé, l'animal
cesse dans le moment de
crier, ce qui marque en general que les nerfs font
toute l'action des animaux;
&en particulier que c'est
celuy-cy qui sert à former
le cri de la voix en se distribuant dans les muscles
du larinx, sans que l'oreille
y ait part, comme ilarrive à tous les sourds & muets
lorsqu'ils sont agitez de
quelque passion.
6, Quant à
laformation
de la voix il y a
des Anatol"-
missesouPhysiciens qui
ont dit que la glotte en estoit l'organe
,
d'autres les
muscles du larinx; & enfin
les autres le corps mesme
du gosier ; & tous ensemble ont raison
; car le corps
du gosier contribuë à la
voix,en foumissant l'air qui
en fait le son
;
les lévres&
cordons de la glotte contre
lesquels cet air se brise, forment ce sonpar leurs tremblements
,
& les muscles
qui servent à serrer ou à
écarter ces mesmes cor-
dons & leurs membranes
l'une de l'autre, & à étendre ces mesmes membranes
,
forment le degré
,
la
force, & la netteté de ce
son. A quoy l'on doit encore adjouster les muscles
de la poitrine, principalement le diaphragme, qui
pressant les poumons(à peu
près comme un berber
presse sa musette avec son
bras, ou comme un preneur de cailles presse son
apeau) fournissent au gofier l'air qui forme la parole & la voix. Voila donc
au moins quarante cinq instrumens qui fervent à former la voix.
Mais pour expliquer
maintenant cette formation dans le détail qu'elle
demande,il faut remarquer
que la voix de l'homme n'a
pas feulement besoin de
monter & dedescendre par
differents intervalles
,
loic
pour chanter, pour appeller, pour crier ou pour exprimer ses différentes passions; mais elle a
besoinencore d'estre plus forte ou
plus foible en
-
chaque dé-
gréde son, afin de se faire
entendre à differentes distances, ou pour varier son
chant 6c ses paroles selon
le besoin: ainsielle doit devenir quelquefois plus foible en montant
,
ôc plus
forteen descendant
,
ou
tout au contraire. Or le vent
poussé au travers de laglot-
.te.) soit dedans en dehors,
(ou mesme. de dehors en
dedans)forme lesonde la
voix, le bruit de la parole,
les cris, les éclats, les sanglots, &c.selon que ce bruit
estplus longou plus court,
plus
plus fort ou plus foible
,
comme nous l'avons dit
dans le Mercure cité cydessus
; & cela en faisant
trembler les deux membranes de la glotte, mais principalement ses deux cordons qui sont tousjours entretenus dans un certain
estat de tension ou de ressort, tant par leur solidité
particuliere,que par le mue.
cle fermeur
,
qui tire les
deux portiers l'un vers l'autre; & cet air devient son
en se brisant contre ces
mesmes cordon,de la mes-
me maniere que l'air pressé
au travers des lévres de la
bouche devient un fifllement qui estune espece de
son en les faisant trembler,
ou si l'on veut comme le
vent chassé violemment à
travers la fente d'un chasEs décolé en quelque endroit, y
forme unson qui
imite fort la voix humaine
par les tremblements qu'il
luy cause
; ou enfin encore
comme l'air pouffé au travers une fente faite au costé d'un roseau ouvert par
un bout,& fermé par l'au,
tre, lorsqu'on souffle par le
bout ouvert; car cet air ne
pouvant passer par cette
fente sans en écarter les lévres, les met en ressort, &
leur combat mutuel forme
des vibrations dans l'air environnant, dans lesquelles
consiste le [on, & ce son
imiteroit encore plus parfaitement la voix humaine
si l'on avoit foin d'arrondir
un peu ces deux lévres
,
à
peu près comme les bords
de la glotte. Au reste le
chassis bruyant,& les firingues ou roseaux des An-
ciens n'imitent encore la
voix humaine qu'imparfaitement, en ce que leur son
ne monte jamais, qu'il nc,\
devienne en mesme temps
plus fort, & qu'il descend
tousjours à mesurequ'il
s'affoibltr. Car ce son ne
monte, que par l'acceleration de ses vibrations, laquelle ne vient que de la
force de l'air qui est poussépar la fente; au contraire
lorsque cet air passe plus.
lentement
,
ses vibrations
devenant plus lentes, le son
baisse enmesmetemps. La.
mesme chose arrive à quantité d'oiseaux dont la glotte
n'est ouverte ou fermée que
par l'air qui passe au travers, particulièrement aux
oiseaux aquatiques donc
nous avons parlécy -devant, & dont la voix se forme au travers de leurs glotte
,
comme le son à travers la fente d'un chassis
bruyant, ou d'une siringue,
& non pas par le jeu d'aucuns muscles.C'est cequ'on
entend tous les jours sur les
estangs où il y a
des canards lorsqu'il en passe
d'autres en l'air au détins
d'eux, car ils les appellent
en eslevant d'abord leurs
ailes afin d'enflerleurs poumons
,
& planant ensuite
fortement pour en chasser
l'air avec violence, ce qui
esleve extremement leur
voix,& forme un cancan treséclattant,lequel baisse peu h,
,
peu à mesure que leur poitrine se vuide d'air;les coqs
font à peu près la mesme
chose avant de chanter.
7. Il n'en est pas de mesme dans l'homme, & mesme dans plusieurs animaux
terrestres, comme les
chiens, les chats, l'Elan du
Bresil, & dans quantité
d'oiseaux dont la glotte
estouverte & fermée par
des muscles: car lemuscle fermeur de la glotte
venant à se raccourcir, ap*
proche les portiers l'un de
l'autre & de son milieu, ce
qui bande ses cordons, parce que ces portiers estant
posez sur la circonférence
de l'anneau, & les deux
cordons qu'ils tirent estant
attachez à la partie opposée diametralement du ca.
nal du larinxil est bien evh
dent qu'on ne sçauroit approcher les portiers du diamettre de ce canal sans en
mesme temps allonger ces
cordons, ( comme Euclide
lademontré) & sans estendre aussi les deux membranesqu'ils bordent, & qui
couvrant ce canal, forment
la glotte. Ainsi la voix ou la
parole est obligée de monter par l'acceleration des
tremblements de ces cordons ,& elle s'affoiblit en
mesme temps,par le jet d'air
quisort de la glotte, lequel
est
est d'autant plus gresle
qu'elle est plus rétrecie.
Maissi l'on veut augmenter au contraire laforce de la voix sans l'eslever
il ne faut que pouffer une
plus grande quantité d'air
de la poitrine,& ouvrir un
peu les portiers de la glotte,
en bandant les dilatateurs
grands ou petits, & relaschant à proportion le Fermeur,afin que les cordons
ne soient pas plustenduspar
l'augmentation de la quantité de l'air qui passe entre
eux qu'ilsl'estoient en pre-
micrlieu: parcemoyen cet
air passant en plus grande
quantité par la glotte produira un son plus fortsans
estre cependant plus estevé
; au lieu que si les cordons n'avoient point esté
relaschez, la voix auroit
monté
,
en mesme temps
qu'elle feroit devenuë plus
forte1, comme dansles oiseauxaquatiques. Je dis
de plus que les Applatifseursdu larinx doivent aussi entrer en contraction,
afin de faciliter touvenure de la glotte, & tenir en
mesme temps les deux
membranes tenduës, comme nous l'avons dit. Si l'on
veut outre cela que la voix
monte à mesure qu'elle devient plus forte
;
alors les
Eleveursdu larinx doivent
le tirer en haut,afinde présenter la glotte à l'entrée
de la bouche, pour que l'air
qui en fort allant frapper
contre toutes ses parties solides, comme le palais, &
les dents,&c. y
fouffredes
réflexions,s'y brise& y
augmenta la force de son
ressort,comme nous l'avons
dit de l'entonnoir, & de la
caisse de l'oreille, & afin
aussi que le canal exterieur
composé de la bouche & de
son entonnoir, lequel s'estend jurqu'au larinx & que -
l'on nomme le creux, ou le
port de voix) estant par là
plus racourci, la voix en
devienne plus eslevée,comme)1 arrive dans les flutes,
hautbois
,
flageolets, &c.
Enfin la membrane charnuë ou le muscle qui lie les
croissansdu corps du gosier
,
doit aussiroidir les-fibres circulaires, afin de ré-
trecir tout ce corps, & de
donner plus de rapidité à
l'air qui couleau dedans,
sans quoy l'effort du diaphragme deviendroit inutile. Ainsi l'on voit que pour
produire cet effet la pluspart des muscles font en
action
; car la voix devant
durer quelque temps sur un
mesme degré, il faut necet:
sairement que tous les muscles antagonistes soient
contrebandez, c'est-à-dire,
que les Abaisseurs du gofier le soient contre les Eleveurs
,
& que ses Dilata-*
teurs le soient contre le Fermeur, aussi bien que le diaphragme; sans quoy la glotte se sersieroit)&s'efleveroit en mesme temps, aussi toit que le Fermeur & les
Eleveursagiroient
,
& ne
demeureroit pas dans un
mesme estat, mais le son,
hausseroit ôc. deviendroit
plus foible en mesme
tems.
Mais si l'on veut que la
voix augmente encore de
force & descende ou grossisse en mesme temps, il
faut relascher davantage le
-
Fermeur, & par ce moyen
les cordons & les lèvres de
la glotte, bander davantage les Dilatateurs de la
glotte, & les Applatisseurs
du larinx
,
& pousser l'air
avec plus d'effort: car cet
air ouvrira & arrondira davantage le corps du gosier,
& fera un jet plus gros,
plus solide
,
& par consequent plus capable d'ébranler tout l'airenvironnant,
- ce que ne pouvant faire sans
tendre les cordons de la
glotte, il est évident qu'il
faut donc d'ailleurs les re-
lascher. Il faut de plus que
les Déprimeurs du larinx
seroidissent,&l'emportent
sur ses Eleveurs,afinde donner lieu à l'air qui passe par
le corps du gosier de l'enfler, & d'y couler par consequens avec moins de rapidité, quoy qu'en plus
grande quantité, ce qui formera dans la glotte un jet
plus fort, quoyque d'un son
moins eslevé. Il arrivera
de plusde cet abbaissement
du gosier
,
que le creux,
ou port de voix, ou l'entonnoir en deviendra plus
profond à mesure qu'il s'élargira
,
ce qui rendra encore la voix plus masculine,
& plus baffe. Se fera tout
le contraire lorsqu'on voudra que la voix devienne
plus foible, à mesure qu'elle baissera
,
comme dans
l'estas le plus ordinaire. Car
le diaphragme pouffant
moins d'air de la poitrine,
la glotte pourra se rétressir,
& par consequent le Dilatateur & l'Aplatisseur se relascher à proportion; en
telle sorte que le peu d'air
qui passera par la glotte, y
coulera lentement, & y excitera des fremissements
lents,c'est- dire un son
grave & foible
,
ce qui se
perfectionnera encore par
l'élargissement & l'abbaissement du gosier, & par Fa"
longement de son creux,
comme on vient de l'expliquer, cette acttion estant
en partie opposée à la précedente & plus simple, que
si la glotte s'ouvroit par raaion du Dilatateur & de
l'Aplatisseur: ce qui fait
voir que les différentes modifications de la voix con-
latentdansun combat entre le diaphragme & les
muscles du gosier.
8. C'est la mesme chose
pour la parole que pour la
voix
,
excepté feulement
que la parole est une voix
pluscourte l3) plus unie.
Ilya cependant biendes
nations comme les Normans3 les Gascons
,
mais
principalement les Chinois, dont la paroleestun
veritable chant; & le systeme enharmonique des
Grecs, n'estoit inventé que
pour noter leur déclama-
tion qui estoit un vray
chant. Lors qu'on dit que
l'on reconnoistun homme
à la voix, ou quand on commande d'obéir à sa voix, on
entend non le chant d'un
homme maissa parole, tant
il est vray que ces deux
choses considerées en ellesmesmes ne font qu'une
mesme chose. Mais les gradations de la parole sont
différences de celles de la
voix, comme estant regléees par un autreorgane,
sçavoir le limaçon; au lieu
que la voix est guidée par
lelabyrinthe, comme nous
l'avons dit en parlant de
l'oreille;c'e stce quifait que
la parole reçoit toutes sortes de gradations à l'infini,
de mesmeque le chant des
Chinois; au lieu que le
chant desOccidentaux, ôc
mesme celuy des Arabes,
des Perses, &c. a
des gradations choisies
,
comme
nous le dirons dans la Me*
lodie qui doit suivre ce Mémoire. Ce qui nous convainc encore que la parole
& la voix s0nt formées par
lçs mesmesorganes
,
du
-
moins dans la pluspart des.
hommes, c'est que si Ion
donac-tquelque teneur ou
durée à ses paroles, elles
deviennent une veritable
voix, comme chacun peut
l'éprouver; desorte que des
paroles qui ont chacune
une durée sensible,sans gradation,ou avec des gradations mélodieuses,nedif- -
ferent en rien d'une voix.
Il faut cependant avouër
que ceux qui ont appris à
chanteri,méfientAc%orne^
mens
mesme dans chaque
ton, commede pousser leur
voix, par diminutions, par
accroissemens, par ondes,
&c. qui ne se trouvent pas
dans les voix unies ny dans
la parole. Mais au resteces
differences aussibien que
les gradations font tousjours accidentelles,&nempeschent pas que le son de
la parole, & celuy de la voix
ne soient le plus fouventy
le mesmeson
,
& formez
par les mesmesorganes. On
peut s'en convaincre encore en considerant que les
accidens de la voix sont
communs aussi à la parole.
Si la voix est(par exemple )
enroüée, ou cassée, ou nazarde, ou cornante, ou glapissante,&c. la parole l'est
aussi. DesortequeIon peut
pour l'ordinaire aisément
juger du son de la voix d'un
homme en l'entendant seulement parler.
-
Quant au degré de la parolepar rapportà la voix,
il est ordinairementau milieu desonestenduë,qui est
l'estat où les Eleveurs du
larinxonttoute leur extension, si ce n'estlors quon
ell enroüé; car alors les Dilatateurs
lacateurs de la glotte.la tenant plus ouverte qu'à l'ordinaire par leur gonflement )
la voix en devient
plus grosse& plus basse,&
quelquefois si basse qu'elle
s'éteint tout- à fait, à moins
qu'on ri'arrose le Fermeur
de quelque eaustiptique,qui
le gonflant à son tour fasse
rétrécir la glotte, & rende
la parole,ce qui ne peut pas
durer long
-
temps. Il y a
des personnes dont la voix
est beaucoup plus agréable
quela parole, parce que les
Eleveurs du larinx sont plus
longs chez eux que dans
l'estat ordinaire, cequi fait
que toute l'estenduë de leur
voix est presque au dessus
de celle de leur parole, &
que leur voix est nette, claire& éclatante, tandis que
leur voix peut estrebasse
,
rude,chevrotante, &c. mais
c'est un cas extraordinaire.
Enfin il y en a
dont lavoix
estfausse, c'est-à-dirènaturellement diflbnantc,quoique leur parole foit agréable, & pathétique. Gélaft
trouve en deux personnes
qui me sont très-proches
parentes, lesquelles ont le
son de la voix & de la parole fort beau, & le patetique
bon, quoy qu'elles n'ayent
pû jamais apprendre à entonner juste aucun air, ce
qui me confirme encore
que le patetique de la pa..
role n'est pas reglé par le
mesme organe de l'oreille,
que les gradations de la
voix, puisque l'un peut-estre juste tandis que cellescy font fausses.
- 9. Il faut au refiercmar.
quer qu'il
y a
deux fortes de
voix dansles hommes, dans
les femmes, & dans les en- fants, donc l'une s'appelle
voix naturelle, parce qu'elle est la mesme que le son
de la parole; & l'autre se
nomme le fausset,principalement en parlant de
l'homme fait, dans quielle
est ordinairement plus deagréable, que la voix naturelle, au contraire des femmes & des enfans.Cefausset a
presque toute son cftendueau dessus dela voix
naturelle;,,n'ayant qut quatre ou cinq tons plus bas
-que les plus hauts de celles
cy. Au relie ces deux voix
se forment par des instruments differents,Comme on
le sent lors qu'on passe de
l'une à l'autre, ce qui ne
sçauroit se faire sans une
espece de repos & d'attention particulière,&mesme
sans quelque violence &
quelque fausseté,àcause du
changement demuscles. Il
faut donc considerer que
tandis que la voix naturelle
monte depuis son ton le
plus bas jusques proche de
son plus haut, cestà-dire
parl'cftenduç d'une pouzié-
me environ; il n'y a que le
grand Dilatateur de laglotte qui foie en contraction
avec le Fermeur, le petit
estant relasche pendant
tout ce temps, à cause de
Tecartement des deux portiers l'un del'autre. Mais
quand la voix
-
est arriver
dansses tons les plus hauts
,
le petit Dilatateur corn?
mence a
estre tèndu)ôc
devient capable d'entreren
contraction avec le Fermeur, le grand Dilatateur
estant alors au bout de son
aâion,te pouvant seule-
ment prester comme une
corde qu'on allonge. Deforte que si le Fermeur continuë de se contracter, &
que le petit Dilatateur seroidisse
)
leur combat produira alors la voix de Fausset,qui pourra contenir encore beaucoupde tons,c'est
à dire quelquefois une douzième. Mais il est évident
que cettevoix doit estre
très gresle &tres- eslevée,
parce que la glotte est alors
très-serrée,&que ses cor-
@d'Dn'S*'&! membranes sont
extrêmement tendus.
vn
Quand au contraire le petit
Dilatateur s'est gonflé autant qu'il a pu pour rouvrirla glotte, & que la voix
de Fausset a
descendu
jusques à son ton le plus bas,
le grand Dilatateur peut se
gonfler , à son tour, & mesme un peu auparavant; &
la voix naturelle commencer à se former dans ses tons
les plus hauts pour descendre delà jusques, dans ses
plusbas. Jay connu plusieursChantres qui possedoient,ces deuxfortesde
voix presque également
bien.
bien. Les femmes & lesensans affectent de se servir
de la voix de fausset, comme convenant mieux à leur
d~licateffe ou à leur â
~e ,.
delicateffe ou à leur à,le,
& comme estant plus tendre & plusflexible, leur gosier ne pouvant pas s'estendre assez pour pratiquer la
voix naturelle dans uneestenduë suffisante
10. Mais lorsque le go:"
fier des jeunes homm s
s'est accreu & dilatéjusques
à un certain point; par l'accroissement de l'âge,le Fermeur de la glotte ne peut
plusla fermer alorssuffisamment, ny bander assez ses
Dilatateurs pour entonner
sa voix haute; c'est pourquoy on est obligé d'abandonner pour l'ordinaire le
Fausset,&de s'entenirà la
voix naturelle. qui devient
alors une Hautecontre, ou
uneTaille pour le reste de
lavie,& c'estce qu'onappelle la Muance; siau contraire le jeune homme entonnoit sa voix naturelle
avant la Muance; aprés
qu'i) a mué il ne sçauroit
pl41 ertfonner que rO£tajJ
ve basse de cette voix naturelle, quiestalors àl'unisson destailles,destailles baP
ses, ou des bassescontres, ce
qui se fait toujours cependant avec les mesmes muscles. Maisilluy reste encore un
Faussetquiestlemesme qu'avant la muance ,
c'est à-dire, toujours tresdur, & tres-aigre dans ces
fortes de gosiers.
II. Enfin quant aux cadences ou tremblements,
tant en montant qu'en dcC.
cendant, on sçait qu'elles se
font en répétant tres- prom-
ptement deux fons esloignez l'un de l'autre d'un ton,
d'un demy ton,ou d'une
dieze
,
soit en montan,soit
en descendant;ainsi la glotte s'ouvre & se ferme alors
successivement
,
quoyque
presque insensiblement par
le combat du muscle fermeur, & du grand, ou du
petit Dilatateur;outrecela
les muscles Eleveurs & Deprimeurs du gosier entrent
aussi en combat entre eux,
ce que l'on sent mesme en
portant le doigt sur le nœud
de la gorge: & il ne faut pas
douter que l'Aplatisseur
,
le -
diaphragme
,
& les autres
musclesdu gosier, & mesme
de la poitrine ne soient alors
en combat les uns contre
les autres pour enfanter ces
filles de laMelodie. EXTRA
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Résumé : Suite du Memoire de l'oreille par rapport à la musique, ou les merveilles de la Trachée artere, tirées des observations des plus habiles Anatomistes, & de l'anatomie comparée.
Le texte explore l'anatomie et les fonctions de l'organe de la voix, également appelé gosier ou trachée artère, en le distinguant de l'œsophage. Le gosier est composé de quarante-quatre parties, incluant vingt-six cartilages osseux, douze muscles, trois types de membranes, trois types de nerfs, ainsi que des artères, veines et glandes. Ces éléments contribuent à la formation de la voix et sont analysés selon les règles de la mécanique et de la musique. Le gosier se divise en deux parties principales : la tête, ou larynx, et le corps du gosier. La tête du gosier comprend cinq cartilages osseux formant un anneau, recouvert par un cartilage nommé l'écu. La glotte, ou bouche du gosier, est située dans cette région et est recouverte par l'épiglotte. Les oiseaux aquatiques possèdent des organes vocaux spécifiques situés au bas de leur gosier, permettant de produire différents sons. Le texte décrit également les muscles du gosier, qui facilitent la déglutition, la respiration et la modulation de la voix. Il existe treize muscles impliqués dans la formation de la voix, y compris le diaphragme. Les muscles dilatateurs de la glotte permettent d'écarter les portiers de la glotte, tandis que l'adducteur des cordons rapproche les portiers pour fermer les cordons. Les nerfs du larynx sont de trois types : une branche de la quatrième paire, une de la septième paire, et une de la cinquième paire du nerf récurrent. Ces nerfs permettent à l'animal de crier, de se défendre ou de fuir, et d'exprimer ses émotions. La formation de la voix implique plusieurs éléments : le corps du gosier fournit l'air, les cordes vocales forment le son par leurs vibrations, et les muscles ajustent la tension et l'ouverture des cordes pour moduler la voix. La voix peut monter ou descendre en intensité et en hauteur grâce à l'action coordonnée de ces muscles et à la pression de l'air. Les oiseaux aquatiques produisent des sons sans muscles, contrairement à l'homme et certains animaux terrestres. Pour augmenter la force de la voix sans l'élever, il faut ouvrir légèrement les portiers de la glotte et ajuster les muscles dilatateurs et fermateurs. La contraction des muscles aplatisseurs et éleveurs du larynx facilite également la production de la voix. Enfin, la membrane charnue du gosier doit se raidir pour rétrécir le corps du gosier et augmenter la rapidité de l'air. Le texte traite également des mécanismes de production de la voix et de la parole, en mettant en évidence les différences et les similitudes entre les deux. La voix est produite par le passage de l'air à travers la glotte, générant des sons graves et faibles, modifiés par l'élargissement et l'abaissement du gosier. La parole, quant à elle, est une voix plus courte et plus unie, bien que certaines nations, comme les Chinois, utilisent une parole chantante. La voix et la parole sont régies par des organes différents : la parole par le limaçon et la voix par le labyrinthe de l'oreille. Les gradations de la parole sont infinies, contrairement au chant occidental qui a des gradations choisies. La voix et la parole sont formées par les mêmes organes, comme le montre la transformation des paroles en voix lorsqu'elles sont prolongées. Les accidents de la voix, comme l'enrouement ou la nasalité, affectent également la parole. La voix naturelle, identique au son de la parole, et le fausset, plus agréable chez l'homme adulte, sont deux types de voix distincts. La muance, qui survient avec l'âge, conduit à l'abandon du fausset au profit de la voix naturelle. Enfin, les cadences ou tremblements dans la voix résultent du combat entre divers muscles du gosier et de la poitrine, créant ainsi les variations mélodiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 106-119
A MESSIEURS De l'Académie royale de Chirurgie.
Début :
MESSIEURS, j'ai lû avec plaisir dans le second volume de l'Académie [...]
Mots clefs :
Académie royale de chirurgie, Chirurgie, Amputation, Moignon, Jambe, Muscles, Accident, Lambeau, Chirurgien
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MESSIEURS De l'Académie royale de Chirurgie.
CHIRURGIE.
A MESSIEURS
De l'Académie royale de Chirurgie.
M
ESSIEURS , j'ai lû avec plaific
dans le fecond volume de l'Académie
royale de Chirurgie l'hiftoire - que M.
la Faye fait de l'amputation à lambeau ; il
y détaille avec beaucoup de fagacité les
différens accidens qui accompagnent l'ancienne
méthode ; il montre les efforts
qu'ont fait plufieurs Chirurgiens célebres
pour fe frayer une nouvelle route en confervant
un lambeau de chair pour couvrir
le moignon , éviter la ligature des vaiffeaux
, la faillie de l'os , fon exfoliation ,
former la cicatrice en moins de tems , &
enfin matelaffer le bout de l'os de façon à
parer les différens accidens qui peuvent
accompagner pendant le cours de la vie .
Mais la difficulté d'appliquer exactement
le lambeau de chair fur le bout des os ,
la crainte qu'il ne s'y rencontrât des vuides
qui donnaffent retraite à des épanchemens,
lui a fait inventer un inftrument pour rapprocher
exactement & mollement le lamJUI
N. 1755. 107
beau fur tout le moignon c'eft une perfection
effentielle qui manquoit à cette
méthode.
M. Garangeot ajoûte la ligature des
vaiffeaux dans ce même cas , & fon procedé
feroit jufte s'il la faifoit par l'ancienne
méthode.
M. Louis dont les recherches & la péné
tration font intariffables , nous donne le
détail de nombre d'autres méthodes , dont
les procédés font auffi différens que les
parties qu'il a à amputer le font entr'elles :
il voit la rétraction des muſcles après leur
fection ; il diffeque les portions de ceux
qui ont refté adhérens aux os , il les releve
par une compreffe fendue pour fcier l'os le
plus haut qu'il eft poffible.
M. Vermalle qui étoit Aide-major à
l'hôpital militaire de Landau en 1734 ,
ayant vû pratiquer l'amputation à deux
lambeaux à M. Ravaton , fon confrere ,
telle qu'il la préfenta à Meffieurs de l'Académie
, a imaginé une façon différente
de former ces deux lambeaux , à laquelle on
a donné la préférence , quoique M. Vermalle
n'ait jamais fait cette amputation
que fur un bouchon de liege , fuivant le
rapport de M. Pierron , Gentilhomme de
la chambre de S. A. S. Electorale Palatine,
chargé de l'Imprimerie de ce Prince
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
ami particulier de Monfieur Vermalle.
Tous les efforts qu'on a fait juſqu'aujourd'hui
pour perfectionner l'amputation,
ont eu pour objet de conferver la peau &
couvrir le moignon en moins de tems . Le
même efprit m'a toujours animé , Meffieurs
, & je vous prie d'agréer mes remar
ques für cette partie effentielle de la chirurgie
je ne m'arrêterai pas à parcourir
l'ancienne méthode , tout le monde connoît
les inconvéniens qui l'accompagnent.
Celle à lambeau inventée par M. Lowdan
, que MM. Verduin , Manget , & c.
ont répandue , & que M. la Faye & quelques
autres ont adoptée , paroît du premier
coup d'oeil impraticable aux praticiens . On
fépare les mufcles jumeaux & folaires jufqu'au
tendon d'Achille on coupe
la peau
au deffous de l'attache des mufcles extenfeurs
de la jambe à l'endroit où on veut
fcier l'os , & on releve enfuite le lambeau
pour couvrir le moignon .
Je remarquerai en premier lieu qu'on ne
peut fcier les os de la jambe fans danger
évident de toucher avec les dents de la
fcie au lambeau , d'où doit s'enfuivre des
accidens fâcheux , puifque les chairs qui
auront été déchirées font recouvertes dans
l'inftant.
Les os ne peuvent être fciés fi également
JUIN. 1755. 109
qu'il n'en refte des pointes qui piqueront
& produiront le même effet , le lambeau
devant être rapproché le plus intimement
qu'il eft poffible ; d'où naîtront des irritations
, des gonflemens , des inflammations,
des dépôts , des fufées , qui rendront le
fuccès fort équivoque. Pour répondre à
ces objections ( qui ont déja été faites ) M.
la Faye dit avoir vû des fractures avec ef
quilles qui piquoient les chairs , qui ont
guéri : pour moi je n'ai pas été fi heureux ,
j'ai vu toujours ces piquûres accompagnées
d'accidens plus ou moins fâcheux , qui ne
fe font terminés que par des dépôts , qui
ont procuré l'exfoliation des portions des
os , ou par l'épanchement d'un fuc que
j'appellerai offeux , qui les a émouffés en
les applaniffant par fucceffion de tems ,
ainfi que M. la Faye l'a remarqué au bout
des os amputés depuis long- tems.
Neft- il pas à craindre que ce fang qui
parcourt le lambeau ne foit gêné ou intercepté
dans fa marche il doit l'être au
jarret par l'angle aigu qui forme le lambeau ;
s'il force cet obftacle , il peut l'être par la
compreffion qu'on eft obligé de faire fur
toute fon étendue pour le tenir rapproché
des os ; d'où s'enfuivra la chûte par pourriture
d'une partie ou du lambeau dans
fon entier.
110 MERCURE DE FRANCE.
Peut- on efperer avec confiance que la
nature réunira des fibres mufculaires coupées
fuivant leur longueur , avec celles
qui le font tranfverfalement ? mais la fuppuration
qui doit néceffairement s'établir
dans toute la ſurface interne du lambeau ,
fuivant la fituation qu'on a coutume de
donner aux bleffés , ne pourra s'écouler
que par les parties latérales femi-fupérieures
: n'eft- il pas à craindre qu'elle ne forme
un vuide dans la partie la plus déclive
du lambeau , & qu'elle ne s'y dépofe ?
Mais ce lambeau rapproché fur toute
la furface du moignon eft-il fi juſte qu'on
ne foit forcé d'en couper des morceaux
pour le rendre parallele ? car fans cette
exacte égalité on ne peut efperer de guérifon.
Le lambeau figuré au moignon laiffe
encore un inconvénient également embarraffant
auquel il n'eft pas aifé de remédier
; car la peau qui eft au bord du tibia
doit fe trouver éloignée de celle du lambeau
de toute l'épaiffeur de ce même
lambeau ; elle le fera davantage fi les chairs
la débordent , comme il arrive prefque
toujours après les grandes fuppurations.
Si la fievre furvient & qu'elle foit violente
( ce qui n'eft que trop ordinaire )
tout le bâtiment s'écroule , la fuppuration
JUI N. 1755. IIT
devient féreufe , abondante , la pofition
de la gaîne du tendon d'Achille reftant ,
ainfi que la membrane oedipeufe qui lie les
mufcles les uns avec les autres ; s'exfolie ;
le lambeau s'amincit , & tend à s'éloigner
du moignon , ce qui entraîne néceffairement
fa chûte.
Je fens cependant que fi cette amputation
eft faite à un bon fujet , qu'il n'arrive
point d'accident pendant le cours du traitement
, elle peut réuffir un peu plus dif
ficilement que dans l'ancienne méthode ;
mais il faut qu'elle ait le bonheur d'être
conduite par une main auffi fage & auffi
expérimentée que celle de M. la Faye.
.M. Garangeot qui dit avoir fait plufieurs
fois cette amputation , confeille d'arrêter
l'hémorragie , en appliquant fur l'orifice
des vaiffeaux ouverts un morceau de
gui de chêne , foutenu d'une compreffe
dont le bout fortira par l'un des côtés de
la plaie. S'il avoit fait attention que ce
font des corps étrangers qu'il introduit
dans le centre d'une très-grande plaie , qui
peuvent caufer des accidens très- fâcheux ,
il auroit préféré la ligature faite avec du fil,
felon l'ancien ufage , qui n'en caufe jamais
de confidérables. Par ce coup de maître
il rend l'inftrument propofé par M. la Faye
pour rapprocher le lambeau, inutile , puif112
MERCURE DE FRANCE.
qu'il introduit un corps intermédiaire qui
s'oppose à ce rapprochement.
M. Louis embraffe toutes les façons
d'amputer les membres qui ont été propofées
, & n'en adopte aucune qu'il ne
l'eût remaniée ; il est vrai qu'il le fait avec
grace , mais il fait tout plier à fon imagi
nation : il charge d'une foule d'accidens
les méthodes qu'il lui plaît de profcrire ,
& n'en voit aucun dans celles qu'il adopte
ou qu'il crée ; il voit la rétraction des mufcles
après l'inciſion tranfverfale ; il détache
les portions de ceux qui restent adhé
rens aux os pour le fcier plus haut , & il
croit par cette découverte remédier à fa
faillie de l'os , à fon exfoliation & à la
longueur des fuppurations.
*
J'ai fait quelques amputations de cuiffe ..
& de jambe par l'ancienne méthode : j'ai
pris en opérant les précautions qui font
récommandées ; je n'aijamais apperçu que
la rétraction des muſcles fût fi confidérable
que M. Louis veut l'infinuer , quoique
j'euffe fait lâcher le tourniquet avant de
faire la ligature , pour reconnoître l'orifice .
des vaiffeaux , comme il eft d'ufage . M.
Louis convient que les mufcles adhérens
aux os ne font pas fufceptibles de cette
rétraction ; mais ceux - ci ne font - ils pás
liés intimément avec ceux qui les touchent?
JUIN. 1755. 113
& ne le font- ils pas tous les uns avec les
autres ?
Si la rétraction des mufcles étoit la feule
caufe de la dénudation de l'os après l'amputation
, cette dénudation paroîtroit à
l'inftant qu'ils font coupés ; ce qui n'eft
jamais arrivé , ni ne peut arriver. M. Louis
l'apperçoit cependant dans le cabinet
lorfqu'il fait lâcher de tourniquet ; & il
faudroit pour que cette grande rétraction
s'exécute , qu'il fe fir un déchirement ou
un alongement confidérable des liens qui
uniffent les mufcles les uns avec les autres ,
ce qui n'eft pas probable.
Si ces remarques font autorifées par
l'expérience de tous les tems , & par la
connoiffance des parties , M. Louis ne doit
plus trouver des portions des mufcles à
relever après fon incifion tranfverfale
faite , & il fera forcé de fcier l'os au niveau
des chairs , comme l'ont fait tous
ceux qui l'ont précédé.
Tout le monde fçait qu'un corps élaftique
coupé en travers s'éloigne plus ou
moins du point de fa divifion à proportion
de fa tenfion & de fon élasticité ; ce
principe a fait errer M. Louis : mais les
mufcles ( par exemple ceux de la cuiffe )
ne font que médiocrement tendus lors de
l'amputation ; leur maffe & leurs liaiſons
114 MERCURE DE FRANCE.
intimes femblent s'oppofer à un grand
écartement : il fe forme cependant un jour
lors de leur fection , mais ce n'eft qu'au
bord extérieur par le principe ci - deffus
établi , car pour les muſcles qui avoiſinent
les Os , cet écartement ou cette retraction
eft infiniment moindre. Or comme on ne
peut fcier l'os qu'après que cette rétraction
s'eft faite , & qu'on a coutume de le fcier
le plus près des chairs qu'il eft poffible , s'il
arrive faillie de l'os elle doit reconnoître
une autre cauſe , & il n'y a aucun Chirur
gien , quelque peu verfé qu'il foit dans la
pratique , qui l'ignore.
Lorfqu'on eft forcé d'amputer la cuiffe
par l'ancienne méthode à un fujet gros &
gras , il y aura faillie de l'os, quelque précaution
qu'on prenne pour l'éviter , &
cette faillie fera même plus ou moins confidérable
, à proportion des accidens qu'aura
effuyés le bleflé pendant le cours des
panfemens. Cette propofition paroîtra erronée
à M. Louis ; mais s'il veut avoir la
bonté de jetter les yeux fur la grande furface
que forme cette fection , fur les fuppurations
longues & abondantes qui l'ac
compagnent , fur la fonte des graiffes &
l'exfoliation des membranes , il apperce
vra l'affaiflement de toutes les parties char
nelles , feule & unique caufe de la grande
faillie de l'os.
JUI N. 1755. 115
Si on fuit M. Louis à l'amputation de la
jambe , on le voit conferver un morceau
de peau femi-fphérique fur le tibia , pour
pouvoir plus aisément couvrir le bout de
cet os après qu'il a été fcié : voilà de ces
efforts d'imagination marqués au bon coin
du cabinet , & qui devroient l'être au contraire
par l'expérience fouvent répétée
pour paroître dans un livre auffi refpectable
que le fera toujours celui des Mémoi
res de l'Académie royale de Chirurgie : il
difféque ici la peau , ailleurs les muſcles
adhérens aux os , & il oublie que dans
tout ceci il fait à petit pas la méthode de
l'amputation à deux lambeaux , inventée
par M. Ravaton , Chirurgien- major de
l'hôpital militaire de Landau , ou celle
en deux tems qu'il condamne ailleurs.
Si à la fuite d'une amputation il arrive
faillie de l'os , M. Louis le coupe fans at
tendre fon exfoliation naturelle , qu'on
peut même accélerer par l'application de
l'eau de mercure ; il s'embarraffe peu des
accidens qui fuivent cette fection ; ce qu'en
ont dit les praticiens eft infuffifant ou inintelligible
pour lui , il y eût remédié s'il
eût été préfent : tout eft borgne ou aveu→
gle , il n'y a que M. Louis qui ait deux
bons yeux.
La cicatrice du moignon ne fe forme ,
116 MERCURE DE FRANCE.
felon M. Louis , que par l'alongement des
fibres de la peau qui eft à fa circonférence ;
il eft vrai qu'elle y concourt effentiellement
, mais les chairs y concourent auffi ,
puifqu'on voit tous les jours des portions
de tégumens fe former dans le centre des
grandes plaies , particulierement aux brûlures
étendues & profondes : il feroit fal
cile d'en rapporter des exemples ; mais cé
que la nature fait tous les jours fous les
yeux de l'obfervateur intelligent , n'a pas
befoin de preuves.
M. Vermalle , Chirurgien de S. A. S.
Electorale Palatine , ayant vû pratiquer
l'amputation à deux lambeaux à M. Rava
ton , a imaginé une façon différente de
former ces deux lambeaux ; il pofe à l'or
dinaire le tourniquet , marque au - deſſous
avec un fil l'étendue qu'il veut leur donner
; il enfonce enfuite un biftouri droit
fur le milieu de l'os , & en fait tourner la
pointe à côté & autour de l'os pour former
deux lambeaux égaux , & il les releve
pour fcier l'os , & c.
Il eft impoffible ( la ligature étant pofée
à la cuiffe ) de faire tourner un biſtouri
droit à côté & autour de l'os pour former
deux lambeaux égaux . Faut- il qu'un petit
Chirurgien de province les affure qu'il n'a
jamais pû les former fur le cadavre ? ( il
JUIN 1755 : 117
n'y a que le liege fur lequel on peut
faire
cette manoeuvre ) car enfin il eft palpable.
qu'il y a une impoffibilité morale de fermer
ces deux l'ambeaux , quand bien même
le biſtouri feroit courbe , comme le propofe
M. Louis , & je ne vois d'autre moyen
de remédier à cet obſtacle infurmontable
qu'en rendant le fer foumis à nos com→
mandemens , fi on en trouve le fecret, pour
qu'il fe plie & fe contourne à volonté , &
alors cette méthode pourra s'employer uti
lement aux amputations des cuiffes.
MM. La Faye & Louis s'accordent à
dire que l'amputation à deux lambeaux
propolée par M. Ravaton , qui confifte à
faire une coupe tranfverfale avec le couteau
courbe , & deux incifions latérales
avec le biftonri , à difféquer & relever les
deux lambeaux pour feier l'os le plus haut
qu'il eft poffible , forme une léſion trop
grande pour ne pas attirer des accidens
fâcheux; mais cette léfion ne feroit- elle
pas la même dans la méthode propofée par
M. Vermalle & n'eft - elle pas double dans
celle à lambeau de la jambe , où ces Mefheurs
ont la complaifance de n'en pas appercevoir
aucun ? Dans trente années d'ici
les décifions de ces Meffieurs fur ces matieres
pourront avoir quelque poids ;
mais en vérité pour le préfent ils permet
2
118 MERCURE DE FRANCE.
tront aux Chirurgiens praticiens de ne pas
fuivre aveuglément leurs dogmes qu'ils
ne les aient anatomifés , & pefés au poids
de l'expérience.
J'ai vû pratiquer l'amputation à deux
lambeaux à M. Ravaton avec tout le fuccès
poffible. Les deux incifions latérales
qui effrayent ces Meffieurs , & qui doivent
être caufe , felon eux , de tant d'accidens
fâcheux , font celles au contraire qui re
médient à ces mêmes accidens , en laiſſant
librement couler la matiere de la fuppu
ration , & évitant conféquemment les inflammations
, les gonflemens , les fuſées ,
les dépôts , &c. qui n'arrivent que trop
fouvent dans l'ancienne méthode ; l'os fe
trouve bien enfoncé & bien recouvert des
chairs , plus d'exfoliation : ce moignon
préfentant une moindre furface, fe cicatrife
en moins de tems , & fe trouve pour
toujours à l'abri des différens accidens qui
l'accompagnoient par l'ancienne méthode.
M. Ledran dit dans fon traité d'opérations
de Chirurgie , avoir fait l'amputation
à deux lambeaux d'une cuiffe,fous les
yeux de Meffieurs de l'Académie , & que
cette amputation a été guérie en trois femaines.
M. Louis rapporte que M. Trecour ,
Chirurgien-major du Régiment de PiéJUIN.
1755: 119
mont , l'a pratiquée avec un égal fuccès ;
je l'ai vû faire en Flandres à différens Chirurgiens,
qui ont été émerveillés du peu de
tems qu'ils ont employé à cicatrifer le
moignon . Je l'ai faite moi- même avec tant
d'avantage , que je ne puis trop recommander
aux princes de la Chirurgie de
l'examiner de plus près , afin de la mieux
connoître .
On fera fans doute furpris de me voir
prendre tant d'intérêt aux avantages que
Famputation à deux lambeaux a fur toutes
ces autres méthodes. Cette furpriſe ceffera
lorfqu'on fera informé que je fuis éleve de
M. Ravaton , & que l'humanité , le bien
public & la force de la vérité m'y ont engagé.
M. Ravaton pratique fon amputation à
deux lambeaux à toutes les parties des bras,
des avant-bras , aux cuifles & aux jambes ;
mais ce qui furprendra davantage , c'eft
que fi une maladie au pied demande l'amputation
de la jambe , il coupe cette jambe
près les malléoles ; & par le fecours d'une
bottine le bleffé étant guéri , marche avec
une facilité peu aifée à rendre. Il coupe de
même les doigts des mains & des pieds ; je
l'ai vû emporter le métatarfe , & le malade
eft guéri en peu de tems.
J'ai l'honneur d'être , & c.
A Meziere, le 20 Mars 1755.
A MESSIEURS
De l'Académie royale de Chirurgie.
M
ESSIEURS , j'ai lû avec plaific
dans le fecond volume de l'Académie
royale de Chirurgie l'hiftoire - que M.
la Faye fait de l'amputation à lambeau ; il
y détaille avec beaucoup de fagacité les
différens accidens qui accompagnent l'ancienne
méthode ; il montre les efforts
qu'ont fait plufieurs Chirurgiens célebres
pour fe frayer une nouvelle route en confervant
un lambeau de chair pour couvrir
le moignon , éviter la ligature des vaiffeaux
, la faillie de l'os , fon exfoliation ,
former la cicatrice en moins de tems , &
enfin matelaffer le bout de l'os de façon à
parer les différens accidens qui peuvent
accompagner pendant le cours de la vie .
Mais la difficulté d'appliquer exactement
le lambeau de chair fur le bout des os ,
la crainte qu'il ne s'y rencontrât des vuides
qui donnaffent retraite à des épanchemens,
lui a fait inventer un inftrument pour rapprocher
exactement & mollement le lamJUI
N. 1755. 107
beau fur tout le moignon c'eft une perfection
effentielle qui manquoit à cette
méthode.
M. Garangeot ajoûte la ligature des
vaiffeaux dans ce même cas , & fon procedé
feroit jufte s'il la faifoit par l'ancienne
méthode.
M. Louis dont les recherches & la péné
tration font intariffables , nous donne le
détail de nombre d'autres méthodes , dont
les procédés font auffi différens que les
parties qu'il a à amputer le font entr'elles :
il voit la rétraction des muſcles après leur
fection ; il diffeque les portions de ceux
qui ont refté adhérens aux os , il les releve
par une compreffe fendue pour fcier l'os le
plus haut qu'il eft poffible.
M. Vermalle qui étoit Aide-major à
l'hôpital militaire de Landau en 1734 ,
ayant vû pratiquer l'amputation à deux
lambeaux à M. Ravaton , fon confrere ,
telle qu'il la préfenta à Meffieurs de l'Académie
, a imaginé une façon différente
de former ces deux lambeaux , à laquelle on
a donné la préférence , quoique M. Vermalle
n'ait jamais fait cette amputation
que fur un bouchon de liege , fuivant le
rapport de M. Pierron , Gentilhomme de
la chambre de S. A. S. Electorale Palatine,
chargé de l'Imprimerie de ce Prince
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
ami particulier de Monfieur Vermalle.
Tous les efforts qu'on a fait juſqu'aujourd'hui
pour perfectionner l'amputation,
ont eu pour objet de conferver la peau &
couvrir le moignon en moins de tems . Le
même efprit m'a toujours animé , Meffieurs
, & je vous prie d'agréer mes remar
ques für cette partie effentielle de la chirurgie
je ne m'arrêterai pas à parcourir
l'ancienne méthode , tout le monde connoît
les inconvéniens qui l'accompagnent.
Celle à lambeau inventée par M. Lowdan
, que MM. Verduin , Manget , & c.
ont répandue , & que M. la Faye & quelques
autres ont adoptée , paroît du premier
coup d'oeil impraticable aux praticiens . On
fépare les mufcles jumeaux & folaires jufqu'au
tendon d'Achille on coupe
la peau
au deffous de l'attache des mufcles extenfeurs
de la jambe à l'endroit où on veut
fcier l'os , & on releve enfuite le lambeau
pour couvrir le moignon .
Je remarquerai en premier lieu qu'on ne
peut fcier les os de la jambe fans danger
évident de toucher avec les dents de la
fcie au lambeau , d'où doit s'enfuivre des
accidens fâcheux , puifque les chairs qui
auront été déchirées font recouvertes dans
l'inftant.
Les os ne peuvent être fciés fi également
JUIN. 1755. 109
qu'il n'en refte des pointes qui piqueront
& produiront le même effet , le lambeau
devant être rapproché le plus intimement
qu'il eft poffible ; d'où naîtront des irritations
, des gonflemens , des inflammations,
des dépôts , des fufées , qui rendront le
fuccès fort équivoque. Pour répondre à
ces objections ( qui ont déja été faites ) M.
la Faye dit avoir vû des fractures avec ef
quilles qui piquoient les chairs , qui ont
guéri : pour moi je n'ai pas été fi heureux ,
j'ai vu toujours ces piquûres accompagnées
d'accidens plus ou moins fâcheux , qui ne
fe font terminés que par des dépôts , qui
ont procuré l'exfoliation des portions des
os , ou par l'épanchement d'un fuc que
j'appellerai offeux , qui les a émouffés en
les applaniffant par fucceffion de tems ,
ainfi que M. la Faye l'a remarqué au bout
des os amputés depuis long- tems.
Neft- il pas à craindre que ce fang qui
parcourt le lambeau ne foit gêné ou intercepté
dans fa marche il doit l'être au
jarret par l'angle aigu qui forme le lambeau ;
s'il force cet obftacle , il peut l'être par la
compreffion qu'on eft obligé de faire fur
toute fon étendue pour le tenir rapproché
des os ; d'où s'enfuivra la chûte par pourriture
d'une partie ou du lambeau dans
fon entier.
110 MERCURE DE FRANCE.
Peut- on efperer avec confiance que la
nature réunira des fibres mufculaires coupées
fuivant leur longueur , avec celles
qui le font tranfverfalement ? mais la fuppuration
qui doit néceffairement s'établir
dans toute la ſurface interne du lambeau ,
fuivant la fituation qu'on a coutume de
donner aux bleffés , ne pourra s'écouler
que par les parties latérales femi-fupérieures
: n'eft- il pas à craindre qu'elle ne forme
un vuide dans la partie la plus déclive
du lambeau , & qu'elle ne s'y dépofe ?
Mais ce lambeau rapproché fur toute
la furface du moignon eft-il fi juſte qu'on
ne foit forcé d'en couper des morceaux
pour le rendre parallele ? car fans cette
exacte égalité on ne peut efperer de guérifon.
Le lambeau figuré au moignon laiffe
encore un inconvénient également embarraffant
auquel il n'eft pas aifé de remédier
; car la peau qui eft au bord du tibia
doit fe trouver éloignée de celle du lambeau
de toute l'épaiffeur de ce même
lambeau ; elle le fera davantage fi les chairs
la débordent , comme il arrive prefque
toujours après les grandes fuppurations.
Si la fievre furvient & qu'elle foit violente
( ce qui n'eft que trop ordinaire )
tout le bâtiment s'écroule , la fuppuration
JUI N. 1755. IIT
devient féreufe , abondante , la pofition
de la gaîne du tendon d'Achille reftant ,
ainfi que la membrane oedipeufe qui lie les
mufcles les uns avec les autres ; s'exfolie ;
le lambeau s'amincit , & tend à s'éloigner
du moignon , ce qui entraîne néceffairement
fa chûte.
Je fens cependant que fi cette amputation
eft faite à un bon fujet , qu'il n'arrive
point d'accident pendant le cours du traitement
, elle peut réuffir un peu plus dif
ficilement que dans l'ancienne méthode ;
mais il faut qu'elle ait le bonheur d'être
conduite par une main auffi fage & auffi
expérimentée que celle de M. la Faye.
.M. Garangeot qui dit avoir fait plufieurs
fois cette amputation , confeille d'arrêter
l'hémorragie , en appliquant fur l'orifice
des vaiffeaux ouverts un morceau de
gui de chêne , foutenu d'une compreffe
dont le bout fortira par l'un des côtés de
la plaie. S'il avoit fait attention que ce
font des corps étrangers qu'il introduit
dans le centre d'une très-grande plaie , qui
peuvent caufer des accidens très- fâcheux ,
il auroit préféré la ligature faite avec du fil,
felon l'ancien ufage , qui n'en caufe jamais
de confidérables. Par ce coup de maître
il rend l'inftrument propofé par M. la Faye
pour rapprocher le lambeau, inutile , puif112
MERCURE DE FRANCE.
qu'il introduit un corps intermédiaire qui
s'oppose à ce rapprochement.
M. Louis embraffe toutes les façons
d'amputer les membres qui ont été propofées
, & n'en adopte aucune qu'il ne
l'eût remaniée ; il est vrai qu'il le fait avec
grace , mais il fait tout plier à fon imagi
nation : il charge d'une foule d'accidens
les méthodes qu'il lui plaît de profcrire ,
& n'en voit aucun dans celles qu'il adopte
ou qu'il crée ; il voit la rétraction des mufcles
après l'inciſion tranfverfale ; il détache
les portions de ceux qui restent adhé
rens aux os pour le fcier plus haut , & il
croit par cette découverte remédier à fa
faillie de l'os , à fon exfoliation & à la
longueur des fuppurations.
*
J'ai fait quelques amputations de cuiffe ..
& de jambe par l'ancienne méthode : j'ai
pris en opérant les précautions qui font
récommandées ; je n'aijamais apperçu que
la rétraction des muſcles fût fi confidérable
que M. Louis veut l'infinuer , quoique
j'euffe fait lâcher le tourniquet avant de
faire la ligature , pour reconnoître l'orifice .
des vaiffeaux , comme il eft d'ufage . M.
Louis convient que les mufcles adhérens
aux os ne font pas fufceptibles de cette
rétraction ; mais ceux - ci ne font - ils pás
liés intimément avec ceux qui les touchent?
JUIN. 1755. 113
& ne le font- ils pas tous les uns avec les
autres ?
Si la rétraction des mufcles étoit la feule
caufe de la dénudation de l'os après l'amputation
, cette dénudation paroîtroit à
l'inftant qu'ils font coupés ; ce qui n'eft
jamais arrivé , ni ne peut arriver. M. Louis
l'apperçoit cependant dans le cabinet
lorfqu'il fait lâcher de tourniquet ; & il
faudroit pour que cette grande rétraction
s'exécute , qu'il fe fir un déchirement ou
un alongement confidérable des liens qui
uniffent les mufcles les uns avec les autres ,
ce qui n'eft pas probable.
Si ces remarques font autorifées par
l'expérience de tous les tems , & par la
connoiffance des parties , M. Louis ne doit
plus trouver des portions des mufcles à
relever après fon incifion tranfverfale
faite , & il fera forcé de fcier l'os au niveau
des chairs , comme l'ont fait tous
ceux qui l'ont précédé.
Tout le monde fçait qu'un corps élaftique
coupé en travers s'éloigne plus ou
moins du point de fa divifion à proportion
de fa tenfion & de fon élasticité ; ce
principe a fait errer M. Louis : mais les
mufcles ( par exemple ceux de la cuiffe )
ne font que médiocrement tendus lors de
l'amputation ; leur maffe & leurs liaiſons
114 MERCURE DE FRANCE.
intimes femblent s'oppofer à un grand
écartement : il fe forme cependant un jour
lors de leur fection , mais ce n'eft qu'au
bord extérieur par le principe ci - deffus
établi , car pour les muſcles qui avoiſinent
les Os , cet écartement ou cette retraction
eft infiniment moindre. Or comme on ne
peut fcier l'os qu'après que cette rétraction
s'eft faite , & qu'on a coutume de le fcier
le plus près des chairs qu'il eft poffible , s'il
arrive faillie de l'os elle doit reconnoître
une autre cauſe , & il n'y a aucun Chirur
gien , quelque peu verfé qu'il foit dans la
pratique , qui l'ignore.
Lorfqu'on eft forcé d'amputer la cuiffe
par l'ancienne méthode à un fujet gros &
gras , il y aura faillie de l'os, quelque précaution
qu'on prenne pour l'éviter , &
cette faillie fera même plus ou moins confidérable
, à proportion des accidens qu'aura
effuyés le bleflé pendant le cours des
panfemens. Cette propofition paroîtra erronée
à M. Louis ; mais s'il veut avoir la
bonté de jetter les yeux fur la grande furface
que forme cette fection , fur les fuppurations
longues & abondantes qui l'ac
compagnent , fur la fonte des graiffes &
l'exfoliation des membranes , il apperce
vra l'affaiflement de toutes les parties char
nelles , feule & unique caufe de la grande
faillie de l'os.
JUI N. 1755. 115
Si on fuit M. Louis à l'amputation de la
jambe , on le voit conferver un morceau
de peau femi-fphérique fur le tibia , pour
pouvoir plus aisément couvrir le bout de
cet os après qu'il a été fcié : voilà de ces
efforts d'imagination marqués au bon coin
du cabinet , & qui devroient l'être au contraire
par l'expérience fouvent répétée
pour paroître dans un livre auffi refpectable
que le fera toujours celui des Mémoi
res de l'Académie royale de Chirurgie : il
difféque ici la peau , ailleurs les muſcles
adhérens aux os , & il oublie que dans
tout ceci il fait à petit pas la méthode de
l'amputation à deux lambeaux , inventée
par M. Ravaton , Chirurgien- major de
l'hôpital militaire de Landau , ou celle
en deux tems qu'il condamne ailleurs.
Si à la fuite d'une amputation il arrive
faillie de l'os , M. Louis le coupe fans at
tendre fon exfoliation naturelle , qu'on
peut même accélerer par l'application de
l'eau de mercure ; il s'embarraffe peu des
accidens qui fuivent cette fection ; ce qu'en
ont dit les praticiens eft infuffifant ou inintelligible
pour lui , il y eût remédié s'il
eût été préfent : tout eft borgne ou aveu→
gle , il n'y a que M. Louis qui ait deux
bons yeux.
La cicatrice du moignon ne fe forme ,
116 MERCURE DE FRANCE.
felon M. Louis , que par l'alongement des
fibres de la peau qui eft à fa circonférence ;
il eft vrai qu'elle y concourt effentiellement
, mais les chairs y concourent auffi ,
puifqu'on voit tous les jours des portions
de tégumens fe former dans le centre des
grandes plaies , particulierement aux brûlures
étendues & profondes : il feroit fal
cile d'en rapporter des exemples ; mais cé
que la nature fait tous les jours fous les
yeux de l'obfervateur intelligent , n'a pas
befoin de preuves.
M. Vermalle , Chirurgien de S. A. S.
Electorale Palatine , ayant vû pratiquer
l'amputation à deux lambeaux à M. Rava
ton , a imaginé une façon différente de
former ces deux lambeaux ; il pofe à l'or
dinaire le tourniquet , marque au - deſſous
avec un fil l'étendue qu'il veut leur donner
; il enfonce enfuite un biftouri droit
fur le milieu de l'os , & en fait tourner la
pointe à côté & autour de l'os pour former
deux lambeaux égaux , & il les releve
pour fcier l'os , & c.
Il eft impoffible ( la ligature étant pofée
à la cuiffe ) de faire tourner un biſtouri
droit à côté & autour de l'os pour former
deux lambeaux égaux . Faut- il qu'un petit
Chirurgien de province les affure qu'il n'a
jamais pû les former fur le cadavre ? ( il
JUIN 1755 : 117
n'y a que le liege fur lequel on peut
faire
cette manoeuvre ) car enfin il eft palpable.
qu'il y a une impoffibilité morale de fermer
ces deux l'ambeaux , quand bien même
le biſtouri feroit courbe , comme le propofe
M. Louis , & je ne vois d'autre moyen
de remédier à cet obſtacle infurmontable
qu'en rendant le fer foumis à nos com→
mandemens , fi on en trouve le fecret, pour
qu'il fe plie & fe contourne à volonté , &
alors cette méthode pourra s'employer uti
lement aux amputations des cuiffes.
MM. La Faye & Louis s'accordent à
dire que l'amputation à deux lambeaux
propolée par M. Ravaton , qui confifte à
faire une coupe tranfverfale avec le couteau
courbe , & deux incifions latérales
avec le biftonri , à difféquer & relever les
deux lambeaux pour feier l'os le plus haut
qu'il eft poffible , forme une léſion trop
grande pour ne pas attirer des accidens
fâcheux; mais cette léfion ne feroit- elle
pas la même dans la méthode propofée par
M. Vermalle & n'eft - elle pas double dans
celle à lambeau de la jambe , où ces Mefheurs
ont la complaifance de n'en pas appercevoir
aucun ? Dans trente années d'ici
les décifions de ces Meffieurs fur ces matieres
pourront avoir quelque poids ;
mais en vérité pour le préfent ils permet
2
118 MERCURE DE FRANCE.
tront aux Chirurgiens praticiens de ne pas
fuivre aveuglément leurs dogmes qu'ils
ne les aient anatomifés , & pefés au poids
de l'expérience.
J'ai vû pratiquer l'amputation à deux
lambeaux à M. Ravaton avec tout le fuccès
poffible. Les deux incifions latérales
qui effrayent ces Meffieurs , & qui doivent
être caufe , felon eux , de tant d'accidens
fâcheux , font celles au contraire qui re
médient à ces mêmes accidens , en laiſſant
librement couler la matiere de la fuppu
ration , & évitant conféquemment les inflammations
, les gonflemens , les fuſées ,
les dépôts , &c. qui n'arrivent que trop
fouvent dans l'ancienne méthode ; l'os fe
trouve bien enfoncé & bien recouvert des
chairs , plus d'exfoliation : ce moignon
préfentant une moindre furface, fe cicatrife
en moins de tems , & fe trouve pour
toujours à l'abri des différens accidens qui
l'accompagnoient par l'ancienne méthode.
M. Ledran dit dans fon traité d'opérations
de Chirurgie , avoir fait l'amputation
à deux lambeaux d'une cuiffe,fous les
yeux de Meffieurs de l'Académie , & que
cette amputation a été guérie en trois femaines.
M. Louis rapporte que M. Trecour ,
Chirurgien-major du Régiment de PiéJUIN.
1755: 119
mont , l'a pratiquée avec un égal fuccès ;
je l'ai vû faire en Flandres à différens Chirurgiens,
qui ont été émerveillés du peu de
tems qu'ils ont employé à cicatrifer le
moignon . Je l'ai faite moi- même avec tant
d'avantage , que je ne puis trop recommander
aux princes de la Chirurgie de
l'examiner de plus près , afin de la mieux
connoître .
On fera fans doute furpris de me voir
prendre tant d'intérêt aux avantages que
Famputation à deux lambeaux a fur toutes
ces autres méthodes. Cette furpriſe ceffera
lorfqu'on fera informé que je fuis éleve de
M. Ravaton , & que l'humanité , le bien
public & la force de la vérité m'y ont engagé.
M. Ravaton pratique fon amputation à
deux lambeaux à toutes les parties des bras,
des avant-bras , aux cuifles & aux jambes ;
mais ce qui furprendra davantage , c'eft
que fi une maladie au pied demande l'amputation
de la jambe , il coupe cette jambe
près les malléoles ; & par le fecours d'une
bottine le bleffé étant guéri , marche avec
une facilité peu aifée à rendre. Il coupe de
même les doigts des mains & des pieds ; je
l'ai vû emporter le métatarfe , & le malade
eft guéri en peu de tems.
J'ai l'honneur d'être , & c.
A Meziere, le 20 Mars 1755.
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Résumé : A MESSIEURS De l'Académie royale de Chirurgie.
Le texte examine diverses méthodes d'amputation pratiquées par des chirurgiens de l'Académie royale de Chirurgie. M. la Faye décrit l'amputation à lambeau, visant à conserver un lambeau de chair pour couvrir le moignon et accélérer la cicatrisation. Cependant, il mentionne les difficultés liées à cette méthode, telles que la crainte des vides sous le lambeau et les irritations possibles. M. Garangeot ajoute la ligature des vaisseaux, tandis que M. Louis explore différentes méthodes adaptées aux diverses parties à amputer. M. Vermalle propose une variante de l'amputation à deux lambeaux, observée chez M. Ravaton. Le texte critique les méthodes existantes, soulignant les risques d'inflammation, de suppuration et de chute du lambeau. M. Ravaton pratique une technique d'amputation à deux lambeaux, consistant en une coupe transversale avec un couteau courbe et deux incisions latérales avec un bistouri pour disséquer et relever les lambeaux afin de fixer l'os. Cette méthode est critiquée par M. La Faye et M. Louis pour causer une lésion trop grande et attirer des accidents. Cependant, le narrateur conteste cette critique en affirmant que les incisions latérales permettent de drainer la matière purulente, évitant ainsi les inflammations et les gonflements. Le narrateur rapporte avoir vu cette méthode pratiquée avec succès par plusieurs chirurgiens, y compris M. Ravaton, M. Ledran et M. Trecour, soulignant sa rapidité de cicatrisation et la réduction des risques post-opératoires. Le narrateur, élève de M. Ravaton, recommande vivement l'examen et l'adoption de cette méthode, soulignant son efficacité et ses avantages pour le bien public. M. Ravaton pratique cette amputation sur diverses parties du corps, y compris les bras, les avant-bras, les cuisses, les jambes, et même les doigts des mains et des pieds. Dans le cas d'une amputation de jambe, il coupe près des malléoles, permettant au patient de marcher avec une bottine après guérison.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 185-202
Discours sur la Peinture par M. Nonnotte, Peintre du Roi, de l'Académie Royale de Peinture & Sculpture, & de la Société Royale de Lyon.
Début :
MESSIEURS, la Peinture, dont je dois avoir l'honneur de vous entretenir [...]
Mots clefs :
Peintre du roi, Académie royale de peinture et de sculpture, Société royale de Lyon, Peinture, Dessin, Nature, Corps humain, Parties du corps, Goût, Peintre, Muscles, Art, Femme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours sur la Peinture par M. Nonnotte, Peintre du Roi, de l'Académie Royale de Peinture & Sculpture, & de la Société Royale de Lyon.
Difcours fur la Peinture par M. Nonnotte ;
Peintre du Roi , de l'Académie Royale de
Peinture & Sculpture , & de la Société
! Royale de Lyon.
MESS
ESSIEURS , la Peinture , dont je dois
avoir l'honneur de vous entretenir
aujourd'hui pour mon premier tribut académique
, elt connue pour être au rang
des Arts qui , dans tous les tems éclairés ,
ont mérité les empreffemens des perfonnes
d'efprit & de goût,
Difpenfez-moi , je vous prie , de remonter
à la fombre recherche de fon origine
, de même que de vous informer du
tems précis où elle a pris naiffance ; cette
découverte me paroît être auffi inutile
qu'incertaine. En effet , qu'importe à cette
Académie dans le but qu'elle fe propofe ,
que ce foit les Egyptiens ou les Grecs qui
en foient les premiers inventeurs , ou que
l'amour , plutôt qu'une curiofité raifonnable
, y ait donné lieu . J'aime à m'entrete
nir des connoiffances & des faits certains
& quoique l'Ecriture Sainte foit celle qui
répand le plus de clarté fur l'ancienneté
de la Peinture & de la Sculpture , je crois
i86 MERCURE DE FRANCE.
en trouver encore d'avantage dans le goût
naturel de l'homme pour les Beaux Arts .
Leur utilité , leurs agrémens ne pouvoient
que nous engager à les cultiver le dégré
de leur perfection , eft ce qui doit attirer
toute notre attention & notre eſtime.
Je ne m'arrêterai donc point , Meffieurs,
à une ennuyeuſe chronologie des progrès
de la Peinture , encore moins à vous en
faire l'éloge ; jufqu'ici on en a dit affez à
ce fujet , & ce qu'on en a dit vous eft connu.
Je ne rappellerai point non plus la préférence
qu'elle a pu recevoir fur plufieurs
des autres Arts , j'agirois contre l'efprit qui
m'anime & qui eft la bafe de cette illuftre
fociété , dont l'établiffement en réuniffant
les Arts & les Sciences , ne doit pas moins
réunir les fentimens & les coeurs .
J'examinerai fimplement , ce que la
Peinture eft en elle- même , les parties
qu'elle renferme , & le goût qui en fait le
beau & l'agréable . Je chercherai à me retracer
les entretiens que j'ai eus à ce fujet ,
avec feu M. le Moine , premier Peintre du
Roi , fous lequel j'ai été affez heureux
pour étudier les fix dernieres années de fa
vie ; c'eft le tems , où ce grand . Artiste a
mis au jour les ouvrages les plus dignes de
l'immortalifer , & les plus propres à inftruire
un Eleve. La coupole de la chapelle de
OCTOBRE. 1755. 187
la Vierge de S. Sulpice , & le plafond du
fallon d'Hercule à Verfailles, font actuellement
l'admiration des connoiffeurs , &
feront furement celle de la poftérité. C'eſt
à ces ouvrages , & à l'emploi que M. le
Moine daigna m'y donner , que je dois le
peu de connoiffance que j'ai de la Peinture .
Pour mettre quelque ordre à ce Difcours
, je diviferai la Peinture en trois
parties principales ; le deffein , la compofition
, & le coloris. La premiere qui eft le
deffein , fera le fujet de cet entretien.
c'eft On me demandera peut- être ce que
que le deffein ? Dans ce cas , Meffieurs , je
dois répondre que c'eft un compofé de différentes
lignes , qui étant réunies , doivent
nous préfenter au premier coup d'oeil , l'objet
que nous nous fommes propofé de rendre.
Tout ce que nous voyons porte par la
forme , au quarré , au rond , ou à un mêlange
agréable de l'un & de l'autre ; il faut
donc , lorfque nous avons l'une de ces formes
à jetter fur le papier ou fur la toile , la
faifir par le contour ; & fi du quarré plus
ou moins fenfible , elle porte enfuite à quelques
rondeurs , faire fléchir fon trait , pour
parvenir à la jufteffe & à la vérité du mêlange
des formes .
L'imitation de tout ce qui eft créé fut
réfervé à l'homme feul ; auffi l'homme y
188 MERCURE DE FRANCE.
eft-il porté naturellement ; & quand il le
fait avec choix , il féduit , it enchante.
Nulle imitation ne fut plus digne de lui
que celle du corps humain ; c'eft celle qu'il
devoit étudier par préférence , & qui fait
notre principal fujet. Paffons à l'examen.
J'ai dit que tout ce que nous voyons ,
porte par la forme au quarré , au rond , ou
à un mêlange agréable de l'un & de l'autre.
C'est dans l'extérieur du corps humain ,
qu'on peut mieux remarquer les effets de
ce mêlange ; c'eft - là qu'il fe montre avec
plus de grace. Les formes qui tendent au
quarré , font fenfibles partout où les os
font plus près de la peau , ainfi que dans
l'étendue des muſcles plats . Les rondes paroiffent
aux parties charnues ou chargées
par la graiffe. En forte que quand on prend
des enfembles , toujours par les contours
foit généraux , foit particuliers , il faut
d'abord les faifir quarrément pour la diftribution
, & les arrondir enfuite imperceptiblement
felon leur befoin.
Les formes quarrées plus ou moins fenfibles
, dont je parle au fujet du corps humain
, je ne prétens point , Meffieurs , leur
donner aucun angle vif , les angles y ont
toujours quelques arrondiffemens. Le terme
de quarré eft expreffif pour l'ufage des
Peintres : il eft connu dans toutes les écoles,
OCTOBRE. 1755 . 189
Faut-il en prenant le trait d'une figure ,
le rendre également fenfible ? Comme le
Peintre doit donner de l'intelligence à ce
qu'il fait , & qu'elle ne peut trop- tôt paroître
, il doit procurer au premier trait ,
plus de fermeté partout où paroiffent les
os , qui font d'une nature plus dure ; &
paffer légerement fur les parties rondes qui
font les plus tendres. Excepté les côtés deftinés
pour les ombres , ainfi que les infertions
des muſcles qui s'approchant les
uns des autres , pour former leurs liaiſons,
demandent alors une plus forte expreffion .
Mais il faut remarquer , que cette expreffion
ne doit être plus vive , que dans ce
qui caractériſe l'enſemble des grandes parties
; celles qui font plus petites voulant
être moins fenfibles à mesure qu'elles diminuent
de volume ; fi ce n'eft dans le cas ,
où ces petites parties auront auffi des os ;
car alors elles demandent la premiere fermeté
, fans vouloir rien perdre de leur détail.
C'eft de cette façon qu'il faut traiter
les pieds , les mains , & les têtes .
Je laiffe quant-à - préfent les réflexions
à faire fur les maffes d'ombres & fur le
clair -obfcur. Ces parties dépendent de la
compofition , qui eft la feconde de mon
plan général.
Le deffein eft le point principal de la
190 MERCURE DE FRANCE.
癜
Peinture , & l'écueil où il eft le plus dangereux
d'échouer. C'est lui qui fépare les
maffes informes , qui diftribue les parties
des différens corps que l'on veut repréfenter
, qui les lie , & forme le tout de chaque
chofe dans ce qu'elle doit être . Sans
lui point d'enſemble & point de forme ;
fans forme point de grace , point de nobleffe
& nulle expreffion ; fans expreffion
point d'ame ; & fans ame , que devient le
Prométhée de la Peinture & fes illufions.
C'eſt le deffein qui fait diftinguer dans le
corps humain , les différens âges & les différentes
conditions , les différens fexes , &
ce que leurs faifons peuvent y donner de
variété. Il défigne les caracteres en tous genres
, ainfi que toutes les paffions. Enfin fans
lui , un tableau ne feroit , à proprement
parler , qu'une palette chargée de couleurs ,
qui ne dit mot , par conféquent ne reffemble
à rien.
Voyons , Meffieurs , ce que le deffein
doit être par rapport aux âges ; tâchons à
en développer les différens caracteres :
commençons par l'âge le plus tendre .
Les enfans naiffent avec la diftribution
complette de toutes les parties , qui dans
un autre âge forment un grand corps , foit
par les os , foit par les muſcles. Mais comme
les os & les muſcles , n'ont point enOCTOBRE.
1755. 191
L
core dans celui- ci , leur force , ni leur
étendue , & que d'ailleurs les chairs font
d'ordinaire , plus enveloppées par la graiffe
; les formes extérieures fe trouvent être
différentes , dans le plus grand nombre
des parties , & dans d'autres abfolument
oppofées à ce qu'elles font dans un âge
plus avancé.
pour
Dans tous les âges , les attaches des diverſes
parties du corps humain , ne font
point , ou font peu fufceptibles d'être
chargées par la graiffe . Elles ne le font que
par ce qui eft décidément néceffaire
lier les chairs ; en forte que la peau qui
les couvre , fe trouve alors beaucoup plus
près des os , qu'elle ne peut l'être dans
les parties charnues , & nourries par la
graiffe . Il en résulte pour les enfans , que
telle attache qui fait une élévation dans un
corps entierement formé , ainfi que nous
l'appercevons , aux épaules , aux coudes
aux poignets , aux falanges des doigts &
toutes autres attaches , ne font point aux
enfans des élévations , mais des creux ; la
peau , comme nous l'avons dit , demeurant
près des os , pour faire à cet âge , la
distinction de s'élever enfuite avec complaifance,
& le prêter aux mufcles encore
tendres & à la graiffe qui y eft adhérente. Le
Peintre doit donc obferver toutes ces cho192
MERCURE DE FRANCE.
de
fes , & fans outrer la matiere , comme la
nature l'eft elle- même quelquefois , il doit
ménager la molleffe & la rondeur , par
légers méplars , & laiffer paroître imperceptiblement
les maffes générales des principaux
muſcles ; c'eft ainfi que l'ont pratiqué
admirablement bien tous ceux qui
ont excellés dans ce genre , comme l'Albane
, Paul -Véronefe , Rubens , Pietre-
Tefte , & en fculpture , François Flamand
& Puget.
Le terme de méplat , que j'ai employé
il y a un moment , Meffieurs , eft un terme
de l'Art , ufité , pour exprimer des parties
rondes un peu applaties ; nous admettons
pour principe , qu'il n'y a rien de parfaitement
rond dans l'extérieur du corps humain
, comme rien de parfaitement quarré.
L'office des mufcles & leurs liaifons mutuelles
empêchent cette régularité de forme.
Venons au fecond âge.
La diverfité des contours dépend de la
diverfité des formes , & c'eft peut- être
dans cet âge qu'elles different davantage .
Toutes les parties du corps
dans le premier
âge , font raccourcies , & comme foufflées
par les fucs & le lait qui doivent
leur fervir de nourriture : Dans le fecond ,
toutes les parties fe développent , & femblent
ne travailler que pour fe procurer
les
OCTOBRE . 1755 195
les longueurs proportionnées , auxquelles
elles doivent naturellement arriver . C'eft
pourquoi nous voyons les jeunes gens de
l'âge de douze à quatorze ans , être d'une
proportion fvelte & légere. Les os dans
leur attache ne montrent point encore toute
leur groffeur , & les muſcles dans leur
largeur montrent encore moins leur nourriture.
Ceci doit attirer toute l'attention
du Peintre , & c'eft auffi ce qui produit
en cette rencontre de fi grandes difficutés
à bien rendre la vérité. Tout y eft fin &
délicat dans l'expreffion , on ne peut s'y
fauver par rien de bien ſenſible. Les attaches
n'y forment point de creux comme à
celles des enfans , ni des élévations marquées
comme dans l'âge fait . Les contours
par cette raifon y font coulans , gracieux ,
étendus ; & comme ils font peu chargés ,
ils exigent d'être peu reffentis , c'est- à -dire
peu marqués dans leur infertion . Semblable
d'ailleurs à des jeunes plantes , la nature
à cet âge , fans avoir rien de dur dans
le caractere , doit fe foutenir ; & comme
elle n'eft point encore affujettie à la violence
des paffions , elle doit conferver une
aimable tranquillité. Les figures antiques
de Caftor & de Pollux peuvent fervir de regles
pour celles dont je parle , & la maniere
de deffiner de Raphaël me paroît être
I
194 MERCURE DE FRANCE .
celle qui y convient le mieux. Ceux de
nos modernes qui ont fuivi de plus près
nos premiers Maîtres dans cette route ,font
à mon gré le Sueur , & le Moine premier
Peintre du Roi.
Toutes les perfections du corps humain ,
fa beauté , & toute fa vigueur fe montre
dans le troifiéme âge auquel je paffe maintenant.
L'ame qui foutient & anime ce
corps , y commande en fouveraine , &
toutes fes facultés y agiffent avec d'autant
plus de force & de liberté , que les refforts
qui le font mouvoir en font plus déliés .
Jufqu'ici la nature n'a rien fait voir de
refolu , ni rien de décidé dans les formes
extérieures ; mais arrivée à fon but , elle
s'exprime avec netteté , & avec la nobleffe
dont fon auteur a daigné la décorer . Examinons
, Meffieurs , comment on peut réduire
en pratique toutes ces chofes & les
repréfenter fur la toile. La vraie théorie
de l'art doit accompagner le peintre dans
toutes fes opérations , & une étude conftante
de l'anatomie doit être fon guide. Il
jugera alors que les attaches de toutes les
parties du corps humain arrivé à fa perfection
, doivent être expliquées avec fermeté
fans féchereffe , & que les os qui s'y
font fentir , quoique quarrément, doivent
donner l'idée de leur forme fans aucune
OCTOBRE. 1755. 195
dureté de travail. Les mufcles principaux
ne peuvent laiffer aucun doute fur leur
caractere & leur office , & ceux d'une
moindre étendue paroîtront rélativement
aux fonctions des premiers. C'eft pour ces
raifons que dans cet âge les contours font
moins coulans , ou pour mieux dire plus
chargés & plus caracterifés que dans le
précédent , & que les infertions des mufcles
, ainfi que toutes les jointures , font
plus reffenties . Comme l'ame commande
abfolument au corps , de même les principales
parties du corps commandent par
leur groffeur & leur élévation à celles qui
font moindres. Les extrêmités de chaque
membre doivent donc être légeres & dénouées
, afin de montrer par là qu'ils n'en
font que plus difpofés à obéir promptement
à la volonté. La fûreté de ces principes
peut fe voir bien expliquée dans la
figure du Gladiateur qui eft regardée
comme la plus parfaite de l'antiquité dans
le genre que je viens de rapporter. Le
goût de deffein du Carrache , & de prefque
toute fon école , eft auffi celui qui le
rend mieux : on le préfere pour cette étude
à la plupart des autres maîtres .
›
Le dernier âge , Meffieurs , nous préfente
la nature dans fon déclin : ce n'eſt
>
plus cette fraîcheur ce foutien , cette
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
fermeté , & cette vigueur de ceux qui ont
précédés. Les efprits fe diffipent dans celui
- ci , les chairs s'amolliffent , la peau fe
vuide & fe féche , & le corps ne préfente
plus que des formes & des contours incertains.
Les os, premier fondement de toute
la machine , femblent fuccomber par l'affaiffement
des parties qui les lient , &
nous ne voyons plus que tremblement &
crainte dans tous les mouvemens de ce
corps fi foutenu dans fa jeuneffe. L'intelligence
du Peintre , en remontant toujours
aux principes , lui fera fentir aifément la
conduite qu'il doit tenir en pareille rencontre
; & qu'avec la variété des formes
qui fuivent les âges , il doit varier les caracteres
du deffein autant que la nature
le lui indique. Ici les formes du corps humain
ayant dégéneré , on ne doit plus
leur donner cette prononciation ni ce développement
actif du troifieme âge. Les
os font plus découverts ; mais les muſcles
refroidis & defféchés ne préfentent plus
que beaucoup d'égalité dans les contours.
La peau moins foutenue qu'auparavant ,
augmente par fes plis le travail extérieur ,
& montre en tout , de concert avec les os ,
une espece d'aridité générale à laquelle
l'artifte doit porter attention. Il fautdone ,
lorfqu'on aime la vérité , donner moins
OCTOBRE . 1755 197
de moëlleux & moins d'arrondiffement à
ces fortes de parties , & cependant ne pas
outrer la matiere . La peinture doit plaire
aux yeux , comme la mufique doit plaire
aux oreilles ; & tel fujet qu'on puiffe avoir
à traiter , il en faut bannir le défectueux
& le répugnant. Il n'eft rien que l'art ne
puiffe embellir , & c'eft la feule délicateffe
dans le choix , & le goût agréable à rendre
les chofes , qui peut acquerir , à juſte
titre , de la diftinction à un Peintre , quelque
fçavant qu'il foit d'ailleurs. Ici la nature
fuffit pour prouver ce que j'ai dit du
dernier âge.
Ce que je viens d'avancer fur les âges ,
par rapport aux deffeins , Meffieurs , n'eft
qu'un précis , ainfi que je l'ai promis au
commencement de ce difcours , des entretiens
que j'ai eus à ce fujet avec feu M. le
Moine je l'ai appuyé de l'exemple de
quelques antiques , de celui de plufieurs
de nos meilleurs maîtres , & j'ai cru y devoir
joindre les lumieres que la nature m'a
pu fournir. Perfonne ne doute que nous
ne devions recevoir d'un habile homme
les premieres leçons dont nous avons befoin
pour l'étude de la peinture. Le bel
antique doit être notre fecond guide , &
nous inftruire fur les belles formes qu'il
réunit . Mais l'ame & la vie font le pre
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
.
mier mérite d'un tableau , & nous ne pou
vons les tenir que de ce feu divin qui
caracterife la nature vivante . Le froid des
marbres antiques a paffé dans les veines
de quelques-uns de fes adorateurs . Il n'y
a que ceux qui par leur capacité à en faire
un bon choix , ont feu y joindre le fentiment
que la feule vérité infpire , qui en
ayent tiré un parti avantageux. On peut
voir à ce fujet dans M. de Piles , le jugement
que Rubens en a porté , où il dit
qu'il y a des Peintres à qui l'imitation
des ftatues antiques eft très- utile , & à
d'autres dangereufe , même jufqu'à la deftruction
de leur art. De Piles ajoute qu'on
doit convenir que l'antique n'a de vraies
beautés qu'autant qu'elles font d'accord
avec la belle nature , dans la convenance
de chaque objet . On ne peut donc raifonnablement
difputer que ce font les
feules beautés réunies de la nature , qui
ont fait mettre au jour ce que nous admirons
avec juftice dans les plus fameux
chefs-d'oeuvres de la Gréce . Ces mêmes
beautés feules ont auffi formé des Peintres
du premier ordre ; mais l'étude des
plus belles ftatues antiques , fans celle de
la nature , n'a jamais fait ce miracle. Je
conclus delà , avec un très bon écrivain
de nos jours , que le vrai eft la fource
OCTOBRE. 1755. 199
où l'art doit aller puifer : c'eft-là qu'il
peut s'enrichir . La multitude des objets
créés & leurs perfections y font à l'infini ;
chacun d'eux ont leurs graces particulieres
; aucun n'en renferme comme celui
duquel il me reste à vous entretenir .
C'eſt par le deffein , Meffieurs , que fe
trouve marquée dans la peinture la diftinction
des âges ; c'eft également par lui
qu'on y fait celle des fexes. Toutes les
créatures font ornées des dons de la nature
, la femme l'eft fupérieurement. Née
pour fixer l'attention & le goût de l'homme
, fon empire fur lui ne pouvoit être
mieux foutenu que par les graces. Ce
font ces graces charmantes qui doivent
entierement diriger le Peintre dans la repréſentation
du corps d'une femme , &
P'aider à tranfmettte fur la toile les impreffions
du beau naturel. Je conviens
que la chofe n'eft point aifée pour l'artifte
, quelque habile qu'il foit ; mais s'il
y a des moyens d'y réuffir , ce ne peut
être encore qu'avec le concours du deſſein .
Ce que j'ai avancé ci- devant au fujet des
âges , a eu prefque tout fon rapport au
corps de l'homme. Examinons les diftinctions
qu'on peut faire pour celui dont
j'entreprens de donner une idée.
Un travail tendre & arrondi , des con-
I iv
200 MERCURE DE FRANCE:
tours aifés & fimples , une touche naïve
font ici des articles très - effentiels . Les attaches
, quoique délicates , ne peuvent annoncer
que très- peu , ou prefque point les
os ; les parties dominantes , fans être trop
chargées , feront foutenues & nourries ,
afin de montrer une fermeté convenable
aux chairs de la femme ; le repos qui lui
eft naturel , & les paffions douces s'exprimeront
par des mouvemens gracieux &
tranquiles , & par des contours peu refſentis.
Sa vivacité fera feulement dans les
yeux , ils font les miroirs de l'ame ; &
comme elle n'eft point affujettie à aucun
travail pénible , les pieds , les mains , &
plus encore les bouts des doigts , feront
délicats & menus. Les principaux mufcles ,
ou les parties dominantes dans le corps
d'une femme formée , doivent être plus
fenfibles en expreffion que dans le corps
du fecond âge ; mais cette expreffion ne
doit point atteindre à la fermeté de travail
dont j'ai parlé touchant les hommes faits.
Enfin , plus le Peintre pourra réduire en
pratique ces obfervations fur le caractere
du deffein rélativement à la femme , plus
il donnera de nobleffe & de graces à celle
qui naturellement les réunit . On trouvera
dans la Vénus de Médicis , & dans tous les
ouvrages de Raphaël qui font de ce genOCTOBRE
. 1755. 201
re , les preuves certaines de ceux que je
viens de dire.
Dans le foible effai que je viens d'avoir
l'honneur de vous expofer , Meffieurs , fur
les principales parties du deffein ; j'ai cru ,
après en avoir retranché les recherches
inutiles & rebattues de fon origine , devoir
le préfenter par la variété de fes caracteres .
J'ai tâché de montrer d'abord ce qu'il eft
en lui-même , & je l'ai fuivi dans fes différences
par rapport aux âges , & par rapport
aux fexes. Cette route m'a paru ,
quoique moins frayée , plus fimple & plus
propre à lier intimément la théorie avec la
pratique, que l'on a fouvent trop féparées,
en fe livrant par préférence prefqu'entierement
à l'une ou à l'autre. La feule théorie
ne formera pas un bon Peintre , mais
fans elle les ouvrages du meilleur praticien
toucheront peu l'homme de goût.
Eloigné de toute prévention , j'ai dit ce
que je penfe de l'étude de l'antique , mife
en comparaison avec celle qu'on doit
faire de la nature. En prenant la premiere
pour guide ne doit - on pas regarder
l'autre comme le but principal ? Ce fentiment
, Meffieurs , me paroîtroit d'autant
plus jufte qu'il eft appuyé de celui de plufieurs
de nos plus grands Maîtres ; néanmoins
, comme je trouverai toujours un
>
I y
202 MERCURE DE FRANCE.
avantage certain à être aidé de vos lumieres
, j'y défére , & foumets le tout à votre
jugement.
Lu à la fociété royale de Lyon , le 29 Novembre
1754 , & à l'Académie royale de
Peinture & Sculpture , les Avril fuivant.
Peintre du Roi , de l'Académie Royale de
Peinture & Sculpture , & de la Société
! Royale de Lyon.
MESS
ESSIEURS , la Peinture , dont je dois
avoir l'honneur de vous entretenir
aujourd'hui pour mon premier tribut académique
, elt connue pour être au rang
des Arts qui , dans tous les tems éclairés ,
ont mérité les empreffemens des perfonnes
d'efprit & de goût,
Difpenfez-moi , je vous prie , de remonter
à la fombre recherche de fon origine
, de même que de vous informer du
tems précis où elle a pris naiffance ; cette
découverte me paroît être auffi inutile
qu'incertaine. En effet , qu'importe à cette
Académie dans le but qu'elle fe propofe ,
que ce foit les Egyptiens ou les Grecs qui
en foient les premiers inventeurs , ou que
l'amour , plutôt qu'une curiofité raifonnable
, y ait donné lieu . J'aime à m'entrete
nir des connoiffances & des faits certains
& quoique l'Ecriture Sainte foit celle qui
répand le plus de clarté fur l'ancienneté
de la Peinture & de la Sculpture , je crois
i86 MERCURE DE FRANCE.
en trouver encore d'avantage dans le goût
naturel de l'homme pour les Beaux Arts .
Leur utilité , leurs agrémens ne pouvoient
que nous engager à les cultiver le dégré
de leur perfection , eft ce qui doit attirer
toute notre attention & notre eſtime.
Je ne m'arrêterai donc point , Meffieurs,
à une ennuyeuſe chronologie des progrès
de la Peinture , encore moins à vous en
faire l'éloge ; jufqu'ici on en a dit affez à
ce fujet , & ce qu'on en a dit vous eft connu.
Je ne rappellerai point non plus la préférence
qu'elle a pu recevoir fur plufieurs
des autres Arts , j'agirois contre l'efprit qui
m'anime & qui eft la bafe de cette illuftre
fociété , dont l'établiffement en réuniffant
les Arts & les Sciences , ne doit pas moins
réunir les fentimens & les coeurs .
J'examinerai fimplement , ce que la
Peinture eft en elle- même , les parties
qu'elle renferme , & le goût qui en fait le
beau & l'agréable . Je chercherai à me retracer
les entretiens que j'ai eus à ce fujet ,
avec feu M. le Moine , premier Peintre du
Roi , fous lequel j'ai été affez heureux
pour étudier les fix dernieres années de fa
vie ; c'eft le tems , où ce grand . Artiste a
mis au jour les ouvrages les plus dignes de
l'immortalifer , & les plus propres à inftruire
un Eleve. La coupole de la chapelle de
OCTOBRE. 1755. 187
la Vierge de S. Sulpice , & le plafond du
fallon d'Hercule à Verfailles, font actuellement
l'admiration des connoiffeurs , &
feront furement celle de la poftérité. C'eſt
à ces ouvrages , & à l'emploi que M. le
Moine daigna m'y donner , que je dois le
peu de connoiffance que j'ai de la Peinture .
Pour mettre quelque ordre à ce Difcours
, je diviferai la Peinture en trois
parties principales ; le deffein , la compofition
, & le coloris. La premiere qui eft le
deffein , fera le fujet de cet entretien.
c'eft On me demandera peut- être ce que
que le deffein ? Dans ce cas , Meffieurs , je
dois répondre que c'eft un compofé de différentes
lignes , qui étant réunies , doivent
nous préfenter au premier coup d'oeil , l'objet
que nous nous fommes propofé de rendre.
Tout ce que nous voyons porte par la
forme , au quarré , au rond , ou à un mêlange
agréable de l'un & de l'autre ; il faut
donc , lorfque nous avons l'une de ces formes
à jetter fur le papier ou fur la toile , la
faifir par le contour ; & fi du quarré plus
ou moins fenfible , elle porte enfuite à quelques
rondeurs , faire fléchir fon trait , pour
parvenir à la jufteffe & à la vérité du mêlange
des formes .
L'imitation de tout ce qui eft créé fut
réfervé à l'homme feul ; auffi l'homme y
188 MERCURE DE FRANCE.
eft-il porté naturellement ; & quand il le
fait avec choix , il féduit , it enchante.
Nulle imitation ne fut plus digne de lui
que celle du corps humain ; c'eft celle qu'il
devoit étudier par préférence , & qui fait
notre principal fujet. Paffons à l'examen.
J'ai dit que tout ce que nous voyons ,
porte par la forme au quarré , au rond , ou
à un mêlange agréable de l'un & de l'autre.
C'est dans l'extérieur du corps humain ,
qu'on peut mieux remarquer les effets de
ce mêlange ; c'eft - là qu'il fe montre avec
plus de grace. Les formes qui tendent au
quarré , font fenfibles partout où les os
font plus près de la peau , ainfi que dans
l'étendue des muſcles plats . Les rondes paroiffent
aux parties charnues ou chargées
par la graiffe. En forte que quand on prend
des enfembles , toujours par les contours
foit généraux , foit particuliers , il faut
d'abord les faifir quarrément pour la diftribution
, & les arrondir enfuite imperceptiblement
felon leur befoin.
Les formes quarrées plus ou moins fenfibles
, dont je parle au fujet du corps humain
, je ne prétens point , Meffieurs , leur
donner aucun angle vif , les angles y ont
toujours quelques arrondiffemens. Le terme
de quarré eft expreffif pour l'ufage des
Peintres : il eft connu dans toutes les écoles,
OCTOBRE. 1755 . 189
Faut-il en prenant le trait d'une figure ,
le rendre également fenfible ? Comme le
Peintre doit donner de l'intelligence à ce
qu'il fait , & qu'elle ne peut trop- tôt paroître
, il doit procurer au premier trait ,
plus de fermeté partout où paroiffent les
os , qui font d'une nature plus dure ; &
paffer légerement fur les parties rondes qui
font les plus tendres. Excepté les côtés deftinés
pour les ombres , ainfi que les infertions
des muſcles qui s'approchant les
uns des autres , pour former leurs liaiſons,
demandent alors une plus forte expreffion .
Mais il faut remarquer , que cette expreffion
ne doit être plus vive , que dans ce
qui caractériſe l'enſemble des grandes parties
; celles qui font plus petites voulant
être moins fenfibles à mesure qu'elles diminuent
de volume ; fi ce n'eft dans le cas ,
où ces petites parties auront auffi des os ;
car alors elles demandent la premiere fermeté
, fans vouloir rien perdre de leur détail.
C'eft de cette façon qu'il faut traiter
les pieds , les mains , & les têtes .
Je laiffe quant-à - préfent les réflexions
à faire fur les maffes d'ombres & fur le
clair -obfcur. Ces parties dépendent de la
compofition , qui eft la feconde de mon
plan général.
Le deffein eft le point principal de la
190 MERCURE DE FRANCE.
癜
Peinture , & l'écueil où il eft le plus dangereux
d'échouer. C'est lui qui fépare les
maffes informes , qui diftribue les parties
des différens corps que l'on veut repréfenter
, qui les lie , & forme le tout de chaque
chofe dans ce qu'elle doit être . Sans
lui point d'enſemble & point de forme ;
fans forme point de grace , point de nobleffe
& nulle expreffion ; fans expreffion
point d'ame ; & fans ame , que devient le
Prométhée de la Peinture & fes illufions.
C'eſt le deffein qui fait diftinguer dans le
corps humain , les différens âges & les différentes
conditions , les différens fexes , &
ce que leurs faifons peuvent y donner de
variété. Il défigne les caracteres en tous genres
, ainfi que toutes les paffions. Enfin fans
lui , un tableau ne feroit , à proprement
parler , qu'une palette chargée de couleurs ,
qui ne dit mot , par conféquent ne reffemble
à rien.
Voyons , Meffieurs , ce que le deffein
doit être par rapport aux âges ; tâchons à
en développer les différens caracteres :
commençons par l'âge le plus tendre .
Les enfans naiffent avec la diftribution
complette de toutes les parties , qui dans
un autre âge forment un grand corps , foit
par les os , foit par les muſcles. Mais comme
les os & les muſcles , n'ont point enOCTOBRE.
1755. 191
L
core dans celui- ci , leur force , ni leur
étendue , & que d'ailleurs les chairs font
d'ordinaire , plus enveloppées par la graiffe
; les formes extérieures fe trouvent être
différentes , dans le plus grand nombre
des parties , & dans d'autres abfolument
oppofées à ce qu'elles font dans un âge
plus avancé.
pour
Dans tous les âges , les attaches des diverſes
parties du corps humain , ne font
point , ou font peu fufceptibles d'être
chargées par la graiffe . Elles ne le font que
par ce qui eft décidément néceffaire
lier les chairs ; en forte que la peau qui
les couvre , fe trouve alors beaucoup plus
près des os , qu'elle ne peut l'être dans
les parties charnues , & nourries par la
graiffe . Il en résulte pour les enfans , que
telle attache qui fait une élévation dans un
corps entierement formé , ainfi que nous
l'appercevons , aux épaules , aux coudes
aux poignets , aux falanges des doigts &
toutes autres attaches , ne font point aux
enfans des élévations , mais des creux ; la
peau , comme nous l'avons dit , demeurant
près des os , pour faire à cet âge , la
distinction de s'élever enfuite avec complaifance,
& le prêter aux mufcles encore
tendres & à la graiffe qui y eft adhérente. Le
Peintre doit donc obferver toutes ces cho192
MERCURE DE FRANCE.
de
fes , & fans outrer la matiere , comme la
nature l'eft elle- même quelquefois , il doit
ménager la molleffe & la rondeur , par
légers méplars , & laiffer paroître imperceptiblement
les maffes générales des principaux
muſcles ; c'eft ainfi que l'ont pratiqué
admirablement bien tous ceux qui
ont excellés dans ce genre , comme l'Albane
, Paul -Véronefe , Rubens , Pietre-
Tefte , & en fculpture , François Flamand
& Puget.
Le terme de méplat , que j'ai employé
il y a un moment , Meffieurs , eft un terme
de l'Art , ufité , pour exprimer des parties
rondes un peu applaties ; nous admettons
pour principe , qu'il n'y a rien de parfaitement
rond dans l'extérieur du corps humain
, comme rien de parfaitement quarré.
L'office des mufcles & leurs liaifons mutuelles
empêchent cette régularité de forme.
Venons au fecond âge.
La diverfité des contours dépend de la
diverfité des formes , & c'eft peut- être
dans cet âge qu'elles different davantage .
Toutes les parties du corps
dans le premier
âge , font raccourcies , & comme foufflées
par les fucs & le lait qui doivent
leur fervir de nourriture : Dans le fecond ,
toutes les parties fe développent , & femblent
ne travailler que pour fe procurer
les
OCTOBRE . 1755 195
les longueurs proportionnées , auxquelles
elles doivent naturellement arriver . C'eft
pourquoi nous voyons les jeunes gens de
l'âge de douze à quatorze ans , être d'une
proportion fvelte & légere. Les os dans
leur attache ne montrent point encore toute
leur groffeur , & les muſcles dans leur
largeur montrent encore moins leur nourriture.
Ceci doit attirer toute l'attention
du Peintre , & c'eft auffi ce qui produit
en cette rencontre de fi grandes difficutés
à bien rendre la vérité. Tout y eft fin &
délicat dans l'expreffion , on ne peut s'y
fauver par rien de bien ſenſible. Les attaches
n'y forment point de creux comme à
celles des enfans , ni des élévations marquées
comme dans l'âge fait . Les contours
par cette raifon y font coulans , gracieux ,
étendus ; & comme ils font peu chargés ,
ils exigent d'être peu reffentis , c'est- à -dire
peu marqués dans leur infertion . Semblable
d'ailleurs à des jeunes plantes , la nature
à cet âge , fans avoir rien de dur dans
le caractere , doit fe foutenir ; & comme
elle n'eft point encore affujettie à la violence
des paffions , elle doit conferver une
aimable tranquillité. Les figures antiques
de Caftor & de Pollux peuvent fervir de regles
pour celles dont je parle , & la maniere
de deffiner de Raphaël me paroît être
I
194 MERCURE DE FRANCE .
celle qui y convient le mieux. Ceux de
nos modernes qui ont fuivi de plus près
nos premiers Maîtres dans cette route ,font
à mon gré le Sueur , & le Moine premier
Peintre du Roi.
Toutes les perfections du corps humain ,
fa beauté , & toute fa vigueur fe montre
dans le troifiéme âge auquel je paffe maintenant.
L'ame qui foutient & anime ce
corps , y commande en fouveraine , &
toutes fes facultés y agiffent avec d'autant
plus de force & de liberté , que les refforts
qui le font mouvoir en font plus déliés .
Jufqu'ici la nature n'a rien fait voir de
refolu , ni rien de décidé dans les formes
extérieures ; mais arrivée à fon but , elle
s'exprime avec netteté , & avec la nobleffe
dont fon auteur a daigné la décorer . Examinons
, Meffieurs , comment on peut réduire
en pratique toutes ces chofes & les
repréfenter fur la toile. La vraie théorie
de l'art doit accompagner le peintre dans
toutes fes opérations , & une étude conftante
de l'anatomie doit être fon guide. Il
jugera alors que les attaches de toutes les
parties du corps humain arrivé à fa perfection
, doivent être expliquées avec fermeté
fans féchereffe , & que les os qui s'y
font fentir , quoique quarrément, doivent
donner l'idée de leur forme fans aucune
OCTOBRE. 1755. 195
dureté de travail. Les mufcles principaux
ne peuvent laiffer aucun doute fur leur
caractere & leur office , & ceux d'une
moindre étendue paroîtront rélativement
aux fonctions des premiers. C'eft pour ces
raifons que dans cet âge les contours font
moins coulans , ou pour mieux dire plus
chargés & plus caracterifés que dans le
précédent , & que les infertions des mufcles
, ainfi que toutes les jointures , font
plus reffenties . Comme l'ame commande
abfolument au corps , de même les principales
parties du corps commandent par
leur groffeur & leur élévation à celles qui
font moindres. Les extrêmités de chaque
membre doivent donc être légeres & dénouées
, afin de montrer par là qu'ils n'en
font que plus difpofés à obéir promptement
à la volonté. La fûreté de ces principes
peut fe voir bien expliquée dans la
figure du Gladiateur qui eft regardée
comme la plus parfaite de l'antiquité dans
le genre que je viens de rapporter. Le
goût de deffein du Carrache , & de prefque
toute fon école , eft auffi celui qui le
rend mieux : on le préfere pour cette étude
à la plupart des autres maîtres .
›
Le dernier âge , Meffieurs , nous préfente
la nature dans fon déclin : ce n'eſt
>
plus cette fraîcheur ce foutien , cette
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
fermeté , & cette vigueur de ceux qui ont
précédés. Les efprits fe diffipent dans celui
- ci , les chairs s'amolliffent , la peau fe
vuide & fe féche , & le corps ne préfente
plus que des formes & des contours incertains.
Les os, premier fondement de toute
la machine , femblent fuccomber par l'affaiffement
des parties qui les lient , &
nous ne voyons plus que tremblement &
crainte dans tous les mouvemens de ce
corps fi foutenu dans fa jeuneffe. L'intelligence
du Peintre , en remontant toujours
aux principes , lui fera fentir aifément la
conduite qu'il doit tenir en pareille rencontre
; & qu'avec la variété des formes
qui fuivent les âges , il doit varier les caracteres
du deffein autant que la nature
le lui indique. Ici les formes du corps humain
ayant dégéneré , on ne doit plus
leur donner cette prononciation ni ce développement
actif du troifieme âge. Les
os font plus découverts ; mais les muſcles
refroidis & defféchés ne préfentent plus
que beaucoup d'égalité dans les contours.
La peau moins foutenue qu'auparavant ,
augmente par fes plis le travail extérieur ,
& montre en tout , de concert avec les os ,
une espece d'aridité générale à laquelle
l'artifte doit porter attention. Il fautdone ,
lorfqu'on aime la vérité , donner moins
OCTOBRE . 1755 197
de moëlleux & moins d'arrondiffement à
ces fortes de parties , & cependant ne pas
outrer la matiere . La peinture doit plaire
aux yeux , comme la mufique doit plaire
aux oreilles ; & tel fujet qu'on puiffe avoir
à traiter , il en faut bannir le défectueux
& le répugnant. Il n'eft rien que l'art ne
puiffe embellir , & c'eft la feule délicateffe
dans le choix , & le goût agréable à rendre
les chofes , qui peut acquerir , à juſte
titre , de la diftinction à un Peintre , quelque
fçavant qu'il foit d'ailleurs. Ici la nature
fuffit pour prouver ce que j'ai dit du
dernier âge.
Ce que je viens d'avancer fur les âges ,
par rapport aux deffeins , Meffieurs , n'eft
qu'un précis , ainfi que je l'ai promis au
commencement de ce difcours , des entretiens
que j'ai eus à ce fujet avec feu M. le
Moine je l'ai appuyé de l'exemple de
quelques antiques , de celui de plufieurs
de nos meilleurs maîtres , & j'ai cru y devoir
joindre les lumieres que la nature m'a
pu fournir. Perfonne ne doute que nous
ne devions recevoir d'un habile homme
les premieres leçons dont nous avons befoin
pour l'étude de la peinture. Le bel
antique doit être notre fecond guide , &
nous inftruire fur les belles formes qu'il
réunit . Mais l'ame & la vie font le pre
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
.
mier mérite d'un tableau , & nous ne pou
vons les tenir que de ce feu divin qui
caracterife la nature vivante . Le froid des
marbres antiques a paffé dans les veines
de quelques-uns de fes adorateurs . Il n'y
a que ceux qui par leur capacité à en faire
un bon choix , ont feu y joindre le fentiment
que la feule vérité infpire , qui en
ayent tiré un parti avantageux. On peut
voir à ce fujet dans M. de Piles , le jugement
que Rubens en a porté , où il dit
qu'il y a des Peintres à qui l'imitation
des ftatues antiques eft très- utile , & à
d'autres dangereufe , même jufqu'à la deftruction
de leur art. De Piles ajoute qu'on
doit convenir que l'antique n'a de vraies
beautés qu'autant qu'elles font d'accord
avec la belle nature , dans la convenance
de chaque objet . On ne peut donc raifonnablement
difputer que ce font les
feules beautés réunies de la nature , qui
ont fait mettre au jour ce que nous admirons
avec juftice dans les plus fameux
chefs-d'oeuvres de la Gréce . Ces mêmes
beautés feules ont auffi formé des Peintres
du premier ordre ; mais l'étude des
plus belles ftatues antiques , fans celle de
la nature , n'a jamais fait ce miracle. Je
conclus delà , avec un très bon écrivain
de nos jours , que le vrai eft la fource
OCTOBRE. 1755. 199
où l'art doit aller puifer : c'eft-là qu'il
peut s'enrichir . La multitude des objets
créés & leurs perfections y font à l'infini ;
chacun d'eux ont leurs graces particulieres
; aucun n'en renferme comme celui
duquel il me reste à vous entretenir .
C'eſt par le deffein , Meffieurs , que fe
trouve marquée dans la peinture la diftinction
des âges ; c'eft également par lui
qu'on y fait celle des fexes. Toutes les
créatures font ornées des dons de la nature
, la femme l'eft fupérieurement. Née
pour fixer l'attention & le goût de l'homme
, fon empire fur lui ne pouvoit être
mieux foutenu que par les graces. Ce
font ces graces charmantes qui doivent
entierement diriger le Peintre dans la repréſentation
du corps d'une femme , &
P'aider à tranfmettte fur la toile les impreffions
du beau naturel. Je conviens
que la chofe n'eft point aifée pour l'artifte
, quelque habile qu'il foit ; mais s'il
y a des moyens d'y réuffir , ce ne peut
être encore qu'avec le concours du deſſein .
Ce que j'ai avancé ci- devant au fujet des
âges , a eu prefque tout fon rapport au
corps de l'homme. Examinons les diftinctions
qu'on peut faire pour celui dont
j'entreprens de donner une idée.
Un travail tendre & arrondi , des con-
I iv
200 MERCURE DE FRANCE:
tours aifés & fimples , une touche naïve
font ici des articles très - effentiels . Les attaches
, quoique délicates , ne peuvent annoncer
que très- peu , ou prefque point les
os ; les parties dominantes , fans être trop
chargées , feront foutenues & nourries ,
afin de montrer une fermeté convenable
aux chairs de la femme ; le repos qui lui
eft naturel , & les paffions douces s'exprimeront
par des mouvemens gracieux &
tranquiles , & par des contours peu refſentis.
Sa vivacité fera feulement dans les
yeux , ils font les miroirs de l'ame ; &
comme elle n'eft point affujettie à aucun
travail pénible , les pieds , les mains , &
plus encore les bouts des doigts , feront
délicats & menus. Les principaux mufcles ,
ou les parties dominantes dans le corps
d'une femme formée , doivent être plus
fenfibles en expreffion que dans le corps
du fecond âge ; mais cette expreffion ne
doit point atteindre à la fermeté de travail
dont j'ai parlé touchant les hommes faits.
Enfin , plus le Peintre pourra réduire en
pratique ces obfervations fur le caractere
du deffein rélativement à la femme , plus
il donnera de nobleffe & de graces à celle
qui naturellement les réunit . On trouvera
dans la Vénus de Médicis , & dans tous les
ouvrages de Raphaël qui font de ce genOCTOBRE
. 1755. 201
re , les preuves certaines de ceux que je
viens de dire.
Dans le foible effai que je viens d'avoir
l'honneur de vous expofer , Meffieurs , fur
les principales parties du deffein ; j'ai cru ,
après en avoir retranché les recherches
inutiles & rebattues de fon origine , devoir
le préfenter par la variété de fes caracteres .
J'ai tâché de montrer d'abord ce qu'il eft
en lui-même , & je l'ai fuivi dans fes différences
par rapport aux âges , & par rapport
aux fexes. Cette route m'a paru ,
quoique moins frayée , plus fimple & plus
propre à lier intimément la théorie avec la
pratique, que l'on a fouvent trop féparées,
en fe livrant par préférence prefqu'entierement
à l'une ou à l'autre. La feule théorie
ne formera pas un bon Peintre , mais
fans elle les ouvrages du meilleur praticien
toucheront peu l'homme de goût.
Eloigné de toute prévention , j'ai dit ce
que je penfe de l'étude de l'antique , mife
en comparaison avec celle qu'on doit
faire de la nature. En prenant la premiere
pour guide ne doit - on pas regarder
l'autre comme le but principal ? Ce fentiment
, Meffieurs , me paroîtroit d'autant
plus jufte qu'il eft appuyé de celui de plufieurs
de nos plus grands Maîtres ; néanmoins
, comme je trouverai toujours un
>
I y
202 MERCURE DE FRANCE.
avantage certain à être aidé de vos lumieres
, j'y défére , & foumets le tout à votre
jugement.
Lu à la fociété royale de Lyon , le 29 Novembre
1754 , & à l'Académie royale de
Peinture & Sculpture , les Avril fuivant.
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Résumé : Discours sur la Peinture par M. Nonnotte, Peintre du Roi, de l'Académie Royale de Peinture & Sculpture, & de la Société Royale de Lyon.
M. Nonnotte, peintre du Roi et membre de l'Académie Royale de Peinture et Sculpture, prononce un discours sur la peinture. Il évite de remonter à l'origine de la peinture, préférant se concentrer sur les connaissances et les faits certains, ainsi que sur l'utilité et les agréments des Beaux-Arts. Il divise son discours en trois parties principales : le dessin, la composition et le coloris. Nonnotte commence par le dessin, qu'il définit comme un composé de différentes lignes réunies pour représenter un objet au premier coup d'œil. Le dessin est crucial car il sépare les masses informes, distribue les parties des corps, les lie et forme l'ensemble de chaque chose. Il détaille ensuite les caractéristiques du dessin selon les âges de la vie. Pour les enfants, les formes extérieures diffèrent en raison de la faible force des os et des muscles, ce qui donne des creux plutôt que des élévations. Le peintre doit observer ces particularités et ménager la mollesse et la rondeur par légers méplats. Pour le second âge, les contours sont coulants, gracieux et étendus, nécessitant peu de rehauts. Les figures antiques de Castor et Pollux servent de règles pour cet âge, et la manière de dessiner de Raphaël est appropriée. Dans le troisième âge, toutes les perfections du corps humain se montrent. Les attaches des parties du corps doivent être expliquées avec fermeté sans sécheresse, et les muscles principaux doivent être clairement définis. Les contours sont plus chargés et caractérisés, et les insertions des muscles sont plus rehaussées. Le texte traite également des différences entre les âges et les sexes. Pour les jeunes, les extrémités des membres doivent être légères et dénouées, prêtes à obéir promptement à la volonté. Le goût du Carrache et de son école est préféré pour cette étude. Le dernier âge montre la nature en déclin, avec des esprits dispersés, des chairs amollies, et des contours incertains. Le peintre doit adapter son dessin en fonction de ces changements, évitant les formes trop prononcées et développées. Pour les femmes, un travail tendre et arrondi, des contours aisés et simples, et une touche naïve sont essentiels. Les attaches délicates ne doivent pas révéler les os, et les parties dominantes doivent être soutenues et nourries. Les mouvements doivent être gracieux et tranquilles, avec une vivacité exprimée uniquement dans les yeux. Le texte conclut en soulignant l'importance de l'étude de la nature en complément de l'antique pour enrichir l'art. Il met en avant la nécessité de lier théorie et pratique pour former un bon peintre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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