Résultats : 1 texte(s)
Accéder à la liste des mots clefs.
Détail
Liste
1
p. 241-265
L'AMANT INTERESSÉ dupé par l'Amour
Début :
Tant que les honestes-gens qui se meslent d'écrire m'engageront / L'Histoire peut passer pour un Poisson d'Avril. Il est [...]
Mots clefs :
Amant, Baron, Mariage, Marquis, Qualité, Femme, Amour, Contrat, Rapporteur, Mère, Tante, Argent, Épouse, Écus, Laquais
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'AMANT INTERESSÉ dupé par l'Amour
Tant que les honeftesgens
qui Ce meflenc d'écri- ice, m'engageront par la
qualité des pieces' qu'ils
m'envoyeront., à suspendre
l'éxecution des mettes pro- que je fais tous les
mois, je leur, en sçauray
bon gré, leurs ouvrages marèheront toujours devant
les miens.nous y trou.
verons tous nostrecornpte,*
& se fera autant de peine
epargnee pour moy.Monifeur
de L..tires-fameux
& tres habile faiseur d'hif.
toires,&quej'ay à bon
compte remercié du préfent
qu'il ma fait de celle
que vous allez lire
,
peut
répondre pourmoy parexperience,
de l'usage queje
feray doresnavant de cou-j
tes celles qu'on m'envoira.I
rAMANT INTERESSE'
dupé par l'Amour.
L'Histoire peut passer pour un
Poisson d'Ayfil.
1L est - tres dangereux d'avoir
aucun commerce avec
l'Amour, tout luiest
bon, & il
,
semble mesme
qu'il se plaistà ranger sous
les loix les plus sauvages
& les moins dilposés à aimer
;un homme agé de
cinquante ans, petit, cagneux
, fort laid, farouche3
& tres interessé fait la en preuve,& le por- trait du corps & de lame
de M. le Baron deSuras; son Pere né à Paris y époufa
parinclination une Languedociene à qui Ces
agrémens&sonesprit fervirent
de dot; son Epoux
pour lui plaire fit des dé1pences
conifderables qui obligèrent de se retirer à
laRochelle, oùil semit
en societé avec des parens
de sa femme qui lui firent
valoir si heureufemét rois
mille pistoles qu'il ramassa
du débris de sa fortune,
qu'en moins de dix
âns il se trouva riche de
plus de cent mille écus; il
en employa la moitié dans
l'acquisition qu'il fit de la
Baronie de Suras ; cette
terre est située dans le
fond du Languedoc, est
biea bastie, a de beaux
droits de pesche & de chafsequi
rendent son sejour
agréable
, & le nouveau
Baron crut qu'ilpourroty
joüir impunemént de la
qualité d'Ecuïer qu'il avoit
prirepourla premiere fois
dans son Contrat de Mariage
,
& qu'il a continué
de prendre dans tous les
Aaes qu'il a signés pendant
sa vie; Madame son
Epouse a tousjours figuré
avec les Dames les plus
qualifiées de son canton, & a vefeuaussi heureuse
que si elleeufteftéla femme
d'un veritable Gentilhomme
; cette qualité qui
est belle & desirable ne se
fent apparemment que par
ceux qui l'ont, & qui font
assez vains pour croire
qu'ils peuvent,&doivent
la faire sentir à ceux qui ne
l'ont pas; Mr le Baron de
Suras leur Fils joüiroit encore
de ce beau droit sans
des traitans inexorables
qui rechercherent exactement
sur la fin du dernier
siecle tous les faux Nobles
de ce Royaume; le Conseil
du Baron l'engagea à
prendre bien viste des Lettres
de Noblesse,où l'on
fit un long & magnifique
détail des prétendus services
de ses ayeuls, & de son
Frere aisné qui a eu l'honneur
de servir long-tems
en qualité de Capitaine
d'Infanterie, & d'estre tue
à la bataille de Fleurus;
ladépense que Mr de Suras
fit pour ses Lettres de
Noblesse acheva de l'incommoder
, car il estoit
desjainquiété pour beaucoup
d'arrérages de som-.
mes considerables qu'il
avoit prisa rente pour marier
deux soeurs qu'il a. Nos
guerres avoient rendu le
commerce de la Mer imprariquable,
& il touchoic
peu de choses des fonds
que son Pere avoitacquis
dans la Martinique,tant
de malheurs & de contre-j
temps donnèrent occasion
il y a trois ans à Ces Créanciers
de saisir en decret la
terre de Suras
,
le decret
en fut porré au Parlement
de Toulouse, où le Baron
se défendit autant que les
délais & la chicane d'un
habile Procureur le permirent
; mais las & accablé
par ses infortunes, il
devint insupportable à
tout le monde; Mr son
Rapporteur en fut averci,
& il lui vint dans l'esprit,
autant pour se défaire d'une
parente qu'il avoir, que
pour amuser le plaideur,
de lui proposer en mariage
une très noble & tres aimable
Demoiselle
,
qui,
après la mort de son Pere
estoit demeurée fous la
conduite d'une mere trop
facile qui avoit souffert à
la campagne où elles vivoient
les fréquentes via
tes d'un jeune Marquis
que sa famille; empefchoic
d'époufer, la Demoiselle
en question - ; Mr
le Rapporteur s'expliqua
assez pour faire entendre
au Baron que les fréquentes
vifires du Marquis
avoient fait tort à la personnequ'ilproposoit
; il
lui dit mesme qu'une tante
du Marquis faisoit offrir
ving mille francs à la
Demoiselle si elle vouloit
bien songer a un autre
mariage qu'à celui de son
Neveu;il lui dit encore,-
que la Demoiselle joüissoit
desja d'une terre de
deux mille livres derente,
& que Madame sa Mere
luy en assureroit du moins
autant a près sa mort;une
aimable personne avec
centmille francs valoit
certainement mieux que
le Baron,ilremercia bien
aussi son Rapporteur qui
Jui demanda huit jours
pour s'informer si sa parente
étoitresolue de tenir - quitte pour si peu dechose
un parjure qui lui proteftoit
depuis prés de qija*
tre ans qu'il n'en épouse,
roit jamais d'autre. Le Baron
peu curieux d'aprofondir
le sens de ce ditcours,
ou ne sentant que
le besoin qu'ilavoic de
trouver de l'argent pour
payer ses, dettes, seretira
sans autre explication, ôc
avant que les huit jours
fussent passes il revint chez
son Raporteur qu'il pria de
faire venir incessamment
a Toulouse la Demoiselle
dont il étoit question, ôc,
un moment avant que de
se quitter le Conseiller die
a M. de Suras qu'il esperoit
faire donnerà sa parente
jusqu'àdixmille écus
d'argent, qui ne la desinterelferoien
t pas même
suffisamment de lamauvaiise
foy du Marquis & des
fuites fâcheuses quavoit eu
son intrigue avec la Demoiselle
qu'il lui propofoit,
ces dernieres paroles
n'augmenterent pas la peine
que son Raporteur lui
avoit dû causer dés leur -
première conference, &
ce fut chez lui que se fit
peu de jours après l'entre-.
vûë des deux nouveaux
amans; tous les sens du
pauvre Baron en furent
émus
,
il n'avoir jamais
-
vu rien de si beau ni de si
touchant, la bel!e y affeéla
un air modeste, & n' y parut
qu'en déshabillé, & Ici
vilage a demi couvert
d'une coëfe fous laquelle
brilloient ses yeux & beaucoup
de rouge qu'elle avoit
mis ce jour là; le Raporteur
prit dans cette,
premiere entrevûë le Baron
à l'écart, & lui dit,
qu'il n'écoit pas surprenant
que tant de beauté
eût touché le Marquis
dontil lui avoir parlé, mais
que sa tante étoit fort en
état de desinteresser la
Demoiselle, à qui elle faisoit
offrirjusqu'àdix mille
écus depuis qu'on l'avoit
plus amplement informée
de l'intrigue de tous les engagemens
qu'avoit contracté
son Neveu avec sa
Parente; le Raporteur dit.
alors au Baron que la terre
de Suras étant fort éloignée
du lieu où ces choses
s'étoient passées, il n'en
auroit jamais de reproches
, & que mettant tout
au pis, ce feroit de prendrè
des mesures pour ne
se point attirer des railleries
que bien d'autres que
lui meritoient sans avoir
le bonheur d'en être informés,
&qu'il pourroit
évirer par la connoissance
qu'il avoit des malheurs
arrivés à une pupille feduite
par.un jeune débauché
: le Baron qui étoit
prévenu, prit son parti,
& demanda instamment
que le mariage se fît bientôt
tôt & sans éclat, le Raporteur
pria la Demoielle
de souffrir que le Gentilhomme
qu'il lui presentoit
la visitât rous les jours
dans l'auberge où elle étoit
descenduë avec Madame
sa mere; ce fut là que le
Laquais de M. de Suras, à
qui son Maître avoir dit
qu'ilsemarieroit bientôt,
apprit d'une vieille femme
,\
de chambre de laMaîtresse
du Baron qu'elle avoir des
engagemens avec un Marquis
qui nepourroit finir
qu'avec un mariage
,
la
femme de chambre avoit
pris une ayersion extrême
pour la personne & pour
les manieres de M. de Su..
ras, & elle n'eût jamais
pu se resoudre à devenir
sa domestique:le Laquais
qui auroit juré que son
Maistre ignoroit tout ce
qui lui avoit été confié lui
en fie bien-tôt le rapport;
mais le Baron le gronda
d'avoir écouté des calomnies
que la femme de
chambre inventoit, parce
quelle écoit d'intelligence
avec le Marquis qui avoit
dessein d'épouier sa Ma-
tresse, & M. de Suras ennemi
des explications n'en
voulut plus qu'au sujet des
trente mille frans d'argent
qui lui avoient été
proposés;car la tante du
Marquis n'en voulant plus
donner que vingt mille,
on eut besoin d'adresse
pour y faire consentir le
'-, Baron qui avoit pris tant
d'amour pour la belle
Languedocienne,que malgré
l'importun dérail que
lui fit de sa vie son curieux
& très-informé Laquais
,,
il se resolut à conclure,Ôc
toucha vingt mille francs
qui suffirent pour faire cesfer
le decret ; la Demoiselle
qui étoit habile & persuadante,
fit agréer à son
ornant une separation de
biens stipulée dans unmodele
de contrat qu'elle lui
presenta; M. de Suras qui
n'avoit aucune connoissance
des affaires, consul
taun Avocat qui l'assura
que les conditions qu'on
lui proposoit étoient fort
extraordinaires;mais qu'il
en falloit proposer de pas
reilles pour lui, qu'il dictar,
& qui furent acceptées par
la Demoiselle; un pareil
contrat pourra servir de
modele à bien des gens, en
voici la copie.
Au gré des deux parties
cyaprès desnommées,
& à la premiere requisition
de l'une d'icelles, se
celebrera le Mariage entre
Messire Michel de Va.
lencour
,
Chevalier Seigneur
de la Terre & Baronnie
de Suras d'une
part, &c. Et de Damoifelle
Lucrece de Brcboc
Fille majeure, usante déses
droits, de l'autre parc,
&c. ( clause de la Future)
en consideration duquel
mariage & de l'inégalité
de leurs âges,chacun aura
son Appartement, où
il demeurera. s'il n'est appellépar
l'une des parties
pour cause de maladie ou
infirmité considerable ;
aura la Future, par une
séparation de biens stipuléc
,
liberté de donnerà
ses dépens tels repas & cadaux
que bon luyfemblera
(clauses du Futur) promet
au surplus le Futur la
nourrir & entrerenir honorablement,
& luy fournir
jusqu'à quinze aulnes
d'écotè pour chaque habit.
dont elle auroit raisonnablement
besoin; ne fera
fait aucune mention de
douaire dans le present
Contrat, d'autant que le
Futur sèreferye le droit&
le pouvoir d'assigner à la
Future par promette fous
seing privé telle récompense
que mériteront les
bons ou indifferens traitemens
qu'il en recevra; let
ditesclauses &stipulations
acceptées par les deux Parties
, qui les ont desirées
telles pour former & entretenir
une societé plus heureuse
qu'aucune dont on
ait enrendu par lerjusqu'à
present.
Les incrédules qui ont
nié la possibilité & la validité
de ce Contract en
penseront & diront tout
ce qu'il leur plàira; mais
le mariage de Mr de Suras
ne s'en fit pas moins
surla fin de l'Automne dernier,
&ils'embarqua peu
de
de temps après avec Madame
son Epouse pour la
Martinique,d'où ils esperent
apporter avant deux
ans beaucoup de bons effets
en France, où l'on a
souvent des Scenés nouvelles
; on aura alors oublié
les circon stances du
mariage de Mr le Baron
de Suras, & tous ceux qui
l, auront esté après luy les
dupes de l'Amour ne s'en
vanteront pas.
qui Ce meflenc d'écri- ice, m'engageront par la
qualité des pieces' qu'ils
m'envoyeront., à suspendre
l'éxecution des mettes pro- que je fais tous les
mois, je leur, en sçauray
bon gré, leurs ouvrages marèheront toujours devant
les miens.nous y trou.
verons tous nostrecornpte,*
& se fera autant de peine
epargnee pour moy.Monifeur
de L..tires-fameux
& tres habile faiseur d'hif.
toires,&quej'ay à bon
compte remercié du préfent
qu'il ma fait de celle
que vous allez lire
,
peut
répondre pourmoy parexperience,
de l'usage queje
feray doresnavant de cou-j
tes celles qu'on m'envoira.I
rAMANT INTERESSE'
dupé par l'Amour.
L'Histoire peut passer pour un
Poisson d'Ayfil.
1L est - tres dangereux d'avoir
aucun commerce avec
l'Amour, tout luiest
bon, & il
,
semble mesme
qu'il se plaistà ranger sous
les loix les plus sauvages
& les moins dilposés à aimer
;un homme agé de
cinquante ans, petit, cagneux
, fort laid, farouche3
& tres interessé fait la en preuve,& le por- trait du corps & de lame
de M. le Baron deSuras; son Pere né à Paris y époufa
parinclination une Languedociene à qui Ces
agrémens&sonesprit fervirent
de dot; son Epoux
pour lui plaire fit des dé1pences
conifderables qui obligèrent de se retirer à
laRochelle, oùil semit
en societé avec des parens
de sa femme qui lui firent
valoir si heureufemét rois
mille pistoles qu'il ramassa
du débris de sa fortune,
qu'en moins de dix
âns il se trouva riche de
plus de cent mille écus; il
en employa la moitié dans
l'acquisition qu'il fit de la
Baronie de Suras ; cette
terre est située dans le
fond du Languedoc, est
biea bastie, a de beaux
droits de pesche & de chafsequi
rendent son sejour
agréable
, & le nouveau
Baron crut qu'ilpourroty
joüir impunemént de la
qualité d'Ecuïer qu'il avoit
prirepourla premiere fois
dans son Contrat de Mariage
,
& qu'il a continué
de prendre dans tous les
Aaes qu'il a signés pendant
sa vie; Madame son
Epouse a tousjours figuré
avec les Dames les plus
qualifiées de son canton, & a vefeuaussi heureuse
que si elleeufteftéla femme
d'un veritable Gentilhomme
; cette qualité qui
est belle & desirable ne se
fent apparemment que par
ceux qui l'ont, & qui font
assez vains pour croire
qu'ils peuvent,&doivent
la faire sentir à ceux qui ne
l'ont pas; Mr le Baron de
Suras leur Fils joüiroit encore
de ce beau droit sans
des traitans inexorables
qui rechercherent exactement
sur la fin du dernier
siecle tous les faux Nobles
de ce Royaume; le Conseil
du Baron l'engagea à
prendre bien viste des Lettres
de Noblesse,où l'on
fit un long & magnifique
détail des prétendus services
de ses ayeuls, & de son
Frere aisné qui a eu l'honneur
de servir long-tems
en qualité de Capitaine
d'Infanterie, & d'estre tue
à la bataille de Fleurus;
ladépense que Mr de Suras
fit pour ses Lettres de
Noblesse acheva de l'incommoder
, car il estoit
desjainquiété pour beaucoup
d'arrérages de som-.
mes considerables qu'il
avoit prisa rente pour marier
deux soeurs qu'il a. Nos
guerres avoient rendu le
commerce de la Mer imprariquable,
& il touchoic
peu de choses des fonds
que son Pere avoitacquis
dans la Martinique,tant
de malheurs & de contre-j
temps donnèrent occasion
il y a trois ans à Ces Créanciers
de saisir en decret la
terre de Suras
,
le decret
en fut porré au Parlement
de Toulouse, où le Baron
se défendit autant que les
délais & la chicane d'un
habile Procureur le permirent
; mais las & accablé
par ses infortunes, il
devint insupportable à
tout le monde; Mr son
Rapporteur en fut averci,
& il lui vint dans l'esprit,
autant pour se défaire d'une
parente qu'il avoir, que
pour amuser le plaideur,
de lui proposer en mariage
une très noble & tres aimable
Demoiselle
,
qui,
après la mort de son Pere
estoit demeurée fous la
conduite d'une mere trop
facile qui avoit souffert à
la campagne où elles vivoient
les fréquentes via
tes d'un jeune Marquis
que sa famille; empefchoic
d'époufer, la Demoiselle
en question - ; Mr
le Rapporteur s'expliqua
assez pour faire entendre
au Baron que les fréquentes
vifires du Marquis
avoient fait tort à la personnequ'ilproposoit
; il
lui dit mesme qu'une tante
du Marquis faisoit offrir
ving mille francs à la
Demoiselle si elle vouloit
bien songer a un autre
mariage qu'à celui de son
Neveu;il lui dit encore,-
que la Demoiselle joüissoit
desja d'une terre de
deux mille livres derente,
& que Madame sa Mere
luy en assureroit du moins
autant a près sa mort;une
aimable personne avec
centmille francs valoit
certainement mieux que
le Baron,ilremercia bien
aussi son Rapporteur qui
Jui demanda huit jours
pour s'informer si sa parente
étoitresolue de tenir - quitte pour si peu dechose
un parjure qui lui proteftoit
depuis prés de qija*
tre ans qu'il n'en épouse,
roit jamais d'autre. Le Baron
peu curieux d'aprofondir
le sens de ce ditcours,
ou ne sentant que
le besoin qu'ilavoic de
trouver de l'argent pour
payer ses, dettes, seretira
sans autre explication, ôc
avant que les huit jours
fussent passes il revint chez
son Raporteur qu'il pria de
faire venir incessamment
a Toulouse la Demoiselle
dont il étoit question, ôc,
un moment avant que de
se quitter le Conseiller die
a M. de Suras qu'il esperoit
faire donnerà sa parente
jusqu'àdixmille écus
d'argent, qui ne la desinterelferoien
t pas même
suffisamment de lamauvaiise
foy du Marquis & des
fuites fâcheuses quavoit eu
son intrigue avec la Demoiselle
qu'il lui propofoit,
ces dernieres paroles
n'augmenterent pas la peine
que son Raporteur lui
avoit dû causer dés leur -
première conference, &
ce fut chez lui que se fit
peu de jours après l'entre-.
vûë des deux nouveaux
amans; tous les sens du
pauvre Baron en furent
émus
,
il n'avoir jamais
-
vu rien de si beau ni de si
touchant, la bel!e y affeéla
un air modeste, & n' y parut
qu'en déshabillé, & Ici
vilage a demi couvert
d'une coëfe fous laquelle
brilloient ses yeux & beaucoup
de rouge qu'elle avoit
mis ce jour là; le Raporteur
prit dans cette,
premiere entrevûë le Baron
à l'écart, & lui dit,
qu'il n'écoit pas surprenant
que tant de beauté
eût touché le Marquis
dontil lui avoir parlé, mais
que sa tante étoit fort en
état de desinteresser la
Demoiselle, à qui elle faisoit
offrirjusqu'àdix mille
écus depuis qu'on l'avoit
plus amplement informée
de l'intrigue de tous les engagemens
qu'avoit contracté
son Neveu avec sa
Parente; le Raporteur dit.
alors au Baron que la terre
de Suras étant fort éloignée
du lieu où ces choses
s'étoient passées, il n'en
auroit jamais de reproches
, & que mettant tout
au pis, ce feroit de prendrè
des mesures pour ne
se point attirer des railleries
que bien d'autres que
lui meritoient sans avoir
le bonheur d'en être informés,
&qu'il pourroit
évirer par la connoissance
qu'il avoit des malheurs
arrivés à une pupille feduite
par.un jeune débauché
: le Baron qui étoit
prévenu, prit son parti,
& demanda instamment
que le mariage se fît bientôt
tôt & sans éclat, le Raporteur
pria la Demoielle
de souffrir que le Gentilhomme
qu'il lui presentoit
la visitât rous les jours
dans l'auberge où elle étoit
descenduë avec Madame
sa mere; ce fut là que le
Laquais de M. de Suras, à
qui son Maître avoir dit
qu'ilsemarieroit bientôt,
apprit d'une vieille femme
,\
de chambre de laMaîtresse
du Baron qu'elle avoir des
engagemens avec un Marquis
qui nepourroit finir
qu'avec un mariage
,
la
femme de chambre avoit
pris une ayersion extrême
pour la personne & pour
les manieres de M. de Su..
ras, & elle n'eût jamais
pu se resoudre à devenir
sa domestique:le Laquais
qui auroit juré que son
Maistre ignoroit tout ce
qui lui avoit été confié lui
en fie bien-tôt le rapport;
mais le Baron le gronda
d'avoir écouté des calomnies
que la femme de
chambre inventoit, parce
quelle écoit d'intelligence
avec le Marquis qui avoit
dessein d'épouier sa Ma-
tresse, & M. de Suras ennemi
des explications n'en
voulut plus qu'au sujet des
trente mille frans d'argent
qui lui avoient été
proposés;car la tante du
Marquis n'en voulant plus
donner que vingt mille,
on eut besoin d'adresse
pour y faire consentir le
'-, Baron qui avoit pris tant
d'amour pour la belle
Languedocienne,que malgré
l'importun dérail que
lui fit de sa vie son curieux
& très-informé Laquais
,,
il se resolut à conclure,Ôc
toucha vingt mille francs
qui suffirent pour faire cesfer
le decret ; la Demoiselle
qui étoit habile & persuadante,
fit agréer à son
ornant une separation de
biens stipulée dans unmodele
de contrat qu'elle lui
presenta; M. de Suras qui
n'avoit aucune connoissance
des affaires, consul
taun Avocat qui l'assura
que les conditions qu'on
lui proposoit étoient fort
extraordinaires;mais qu'il
en falloit proposer de pas
reilles pour lui, qu'il dictar,
& qui furent acceptées par
la Demoiselle; un pareil
contrat pourra servir de
modele à bien des gens, en
voici la copie.
Au gré des deux parties
cyaprès desnommées,
& à la premiere requisition
de l'une d'icelles, se
celebrera le Mariage entre
Messire Michel de Va.
lencour
,
Chevalier Seigneur
de la Terre & Baronnie
de Suras d'une
part, &c. Et de Damoifelle
Lucrece de Brcboc
Fille majeure, usante déses
droits, de l'autre parc,
&c. ( clause de la Future)
en consideration duquel
mariage & de l'inégalité
de leurs âges,chacun aura
son Appartement, où
il demeurera. s'il n'est appellépar
l'une des parties
pour cause de maladie ou
infirmité considerable ;
aura la Future, par une
séparation de biens stipuléc
,
liberté de donnerà
ses dépens tels repas & cadaux
que bon luyfemblera
(clauses du Futur) promet
au surplus le Futur la
nourrir & entrerenir honorablement,
& luy fournir
jusqu'à quinze aulnes
d'écotè pour chaque habit.
dont elle auroit raisonnablement
besoin; ne fera
fait aucune mention de
douaire dans le present
Contrat, d'autant que le
Futur sèreferye le droit&
le pouvoir d'assigner à la
Future par promette fous
seing privé telle récompense
que mériteront les
bons ou indifferens traitemens
qu'il en recevra; let
ditesclauses &stipulations
acceptées par les deux Parties
, qui les ont desirées
telles pour former & entretenir
une societé plus heureuse
qu'aucune dont on
ait enrendu par lerjusqu'à
present.
Les incrédules qui ont
nié la possibilité & la validité
de ce Contract en
penseront & diront tout
ce qu'il leur plàira; mais
le mariage de Mr de Suras
ne s'en fit pas moins
surla fin de l'Automne dernier,
&ils'embarqua peu
de
de temps après avec Madame
son Epouse pour la
Martinique,d'où ils esperent
apporter avant deux
ans beaucoup de bons effets
en France, où l'on a
souvent des Scenés nouvelles
; on aura alors oublié
les circon stances du
mariage de Mr le Baron
de Suras, & tous ceux qui
l, auront esté après luy les
dupes de l'Amour ne s'en
vanteront pas.
Fermer