Avis au Public.
L'Auteur du Mercure reconnoît
tous les jours de plus en plus , qu'il
a befin neceffairement des bontez
du Public , pour la continuation de fon
Journal : c'eft un ouvrage qui ne peut
fe fûtenir, que par quelque forte
d'indulgence pour fon travail. Il la
MERCURE. 193
lui demande donc tres -humblement,
& prie en même temps les perfonnes
curieufes de ne lui point refufer les
fecours de leur Porte-feüille ; fi elles
fouhaitent , qu'il n'abandonne pas un
livre qui deviendroit infailliblement
à charge , autant au Lecteur qu'à
l'Auteur. On adreffera les pacquets
deſtinez pour le Mercure , affranchis
de port, à M. Pierre Ribou , Quay des
Auguftins, à l'Image S. Louis ; finon
ils resteront au rebut.
On a efté obligé par l'abondance
des ma:ieres du temps , de renvoyer
differentes Pieces au mois d'Avril.
Entr'autres ,unMemoire trés - curieux
de feu M. le Maréchal de Rofen ;
l'Extrait des Reflexions Politiques &
Morales ; la fuite des Tables de l'extinction
des Rentes amorties,depuis
l'impofition des Taxes fur les Gens
d'affaires ; le précis des Edits &
Declarations , &c . l'Annonce des Livres
nouveaux ; le Compliment de
Meffieurs de la Bafoche , & c.
On vend chez Pierre Ribou , fur
le Quay des Auguftins , à l'Image
S.,Loüis, un Livre nouvellement imprimé
lous le Titre de Roland l'A194
LE NOUVEAU
moureux de Matheo Maria Boyardo,
Conte di Scandiano , en deux vol.
In douze , ornez de figures , le prix
eft de 5. liv .
tes y
Cet ouvrage eft un de ces Romans
de Chevalerie, qui ne plaifent que
par la varieté & la fingularité des
Avantures , mais où l'on ne doit
point efpérer de vrai - femblance
d'ordre , ni de liaifon ; les Hiftoriefont
contées naivement , les
Fictions galantes font heureufement
imaginées. Le fublime cependant
ne s'y rencontre que rarement : ce
n'eft pas à la verité manque de
Heros ; car on pouroit prefque en
conter dans ce Poëme , autant qu'il
y a de Chants ; mais quoique Pairs
de France , ils font par fois brutaux
& groffiers : pour s'en convaincre ,
qu'on fe donne la peine de lire le
Combat de Renaud & de Roland
devantAlbraque, on y verra le Comte
d'Angers , traiter le Seigneur de
Montauban,de Voleur de grand chemin
, & celui-ci, reprocher à l'autre ,
d'avoir employé la trahifon contre
tous les Guerriers qu'il avoit vaincu .
Le nouveau Traducteur avoit trop
MER CURE. 195
de difcernement pour ne pas fentir
qu'une querelle digne des Achilles
& des Agamemnon , ne feroit nullement
de nôtre goût . auffi l'a-t'il judicieufement
retranchée & adoucie :
il en a fait autant de la converfation
de ces deux Paladins à leur fortie de
chez la Fée Morgagne , du combat
d'Agrican fuivi de fa converfion &
quelques chants après de fa Canonization
; enfin dans plufieurs endroits
, il a fçu réformer avec difcernement,
la plupart des Avantures
qui , dans l'Original , ne font quelquesfois
ni ammenées , ni finies . De
forte que par tous les petits changements
que le Traducteur a fait à
propos ; ce Poëme Italien eft devenu
très amuſant dans nôtre Langue :
car quoique le ftile du Boyard pêche
par la baffeffe : on ne s'en aperçoit
point du tout dans la nouvelle Traduction,
d'où je conclus que l'Auteur
s'eft fait du moins autant d'honneur,
qu'auPoëte, qu'il nous a fait conoître
On trouve chez Pierre Prault , à
l'entrée du Quay de Gêvres , tous
les Edits , Déclarations , Arrefts & c ,
tant anciens , que nouveaux.
FIN.