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51
p. 946-948
Discours, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le Lundy 3 de ce mois, les Comédiens François firent l'ouverture de / Ne craignez pas, Messieurs, que j'abuse aujourd'hui de l'extrême bonté que vous [...]
Mots clefs :
Public, Auteur, Comédiens-Français, Ouverture
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texteReconnaissance textuelle : Discours, &c. [titre d'après la table]
Ldiens François firent l'ouverture de
leur Theatre , après trois semaines de vacances,
par la Representation d'une Tragédie
nouvelle sous le titre de Marie
Stuard , qui fut fort bien reçûë du public.
Nous en parlerons plus au long.
E Lundy, 3 de ce mois , les Comé-
Avant qu'on commençat la Piéce , le
Sr
MAY. 1734. 947
Sr d'Angeville fit ce compliment au Public
, et il fut fort aplaudi .
,
Ne craignez pas , Messieurs , que j'abuse
aujourd'hui de l'extrême bonté que vous
m'avés témoignée àla clôture de notreTheatre.
Je ne m'ingererai point de vous faire des
dissertations sur les Piéces nouvelles que nous
vous préparons ; je vous dirai simplement
que malgré la juste envie que nous avons de
varier vos amusemens Thalie n'a pas été
aussifavorable à nos voeux que Melpomene.
Je vous annonce , Messieurs , un Poëte Tragique
qui ne cherche d'autre prix de ses travaux
que l'honneur de vos suffrages et qui
nous cache son nom en nous faisant un don
que nous avons trouvé digne d'être partagé
avec vous. Cet Auteur instruit du poids
et de la justesse de vos décisions , ne peut
manquer d'obtenir votre estime ; nous esperons
, Messieurs , que vous accorderez des
louanges sinceres à son Ouvrage , mais vous
ne pouvez vous dispenser d'en donner déja
à sa modestie ; elle fait l'éloge de votre discernement.
Le craindre , c'est en connoître l'étendue
la mesure de la défiance d'un Auteur
est souvent celle de son mérite et toujours
celle du respect qu'il a pour vos jugemens .
Je ne vous répeterai point ici , Messieurs,
L'Auteur de Marie Stuart,
€6
948 MERCURE DE FRANCE
{
1
ce que l'on vous a dit centfois de la finesse
de votregout et de la terreur judicieuse qu'il
inspire aux talens qui lui sont soumis . Fe
scais que nous ne pouvons offrir trop d'encens
à votre équité ; que nous ne pouvons trop célébrer
vos lumieres , mais aussi je réfléchis
avec douleur que nous ne pouvons jamais
complimenterle Public que sur de bonnes qualitez
ou parfaites connoissances qui causent
quelquefois notre ruine. Permettez moi , Messieurs
, de vous rappeller uniquement les
pressantes sollicitations que j'ai pris la liberté
de vous faire pour moi même ; la critique a
condamné ma démarche et vous l'avez iustifiée
; ainsi j'ose implorer une seconde juis votre
indulgence, une pareille récidive est excusable-
Le Magistrat le plus severe pardonne
les redites à un malheureux Plaideur; et jamais
on n'a condamné un Client pour avoir
présenté trop de Placets à son Juge.
leur Theatre , après trois semaines de vacances,
par la Representation d'une Tragédie
nouvelle sous le titre de Marie
Stuard , qui fut fort bien reçûë du public.
Nous en parlerons plus au long.
E Lundy, 3 de ce mois , les Comé-
Avant qu'on commençat la Piéce , le
Sr
MAY. 1734. 947
Sr d'Angeville fit ce compliment au Public
, et il fut fort aplaudi .
,
Ne craignez pas , Messieurs , que j'abuse
aujourd'hui de l'extrême bonté que vous
m'avés témoignée àla clôture de notreTheatre.
Je ne m'ingererai point de vous faire des
dissertations sur les Piéces nouvelles que nous
vous préparons ; je vous dirai simplement
que malgré la juste envie que nous avons de
varier vos amusemens Thalie n'a pas été
aussifavorable à nos voeux que Melpomene.
Je vous annonce , Messieurs , un Poëte Tragique
qui ne cherche d'autre prix de ses travaux
que l'honneur de vos suffrages et qui
nous cache son nom en nous faisant un don
que nous avons trouvé digne d'être partagé
avec vous. Cet Auteur instruit du poids
et de la justesse de vos décisions , ne peut
manquer d'obtenir votre estime ; nous esperons
, Messieurs , que vous accorderez des
louanges sinceres à son Ouvrage , mais vous
ne pouvez vous dispenser d'en donner déja
à sa modestie ; elle fait l'éloge de votre discernement.
Le craindre , c'est en connoître l'étendue
la mesure de la défiance d'un Auteur
est souvent celle de son mérite et toujours
celle du respect qu'il a pour vos jugemens .
Je ne vous répeterai point ici , Messieurs,
L'Auteur de Marie Stuart,
€6
948 MERCURE DE FRANCE
{
1
ce que l'on vous a dit centfois de la finesse
de votregout et de la terreur judicieuse qu'il
inspire aux talens qui lui sont soumis . Fe
scais que nous ne pouvons offrir trop d'encens
à votre équité ; que nous ne pouvons trop célébrer
vos lumieres , mais aussi je réfléchis
avec douleur que nous ne pouvons jamais
complimenterle Public que sur de bonnes qualitez
ou parfaites connoissances qui causent
quelquefois notre ruine. Permettez moi , Messieurs
, de vous rappeller uniquement les
pressantes sollicitations que j'ai pris la liberté
de vous faire pour moi même ; la critique a
condamné ma démarche et vous l'avez iustifiée
; ainsi j'ose implorer une seconde juis votre
indulgence, une pareille récidive est excusable-
Le Magistrat le plus severe pardonne
les redites à un malheureux Plaideur; et jamais
on n'a condamné un Client pour avoir
présenté trop de Placets à son Juge.
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Résumé : Discours, &c. [titre d'après la table]
Le 3 mai 1734, les comédiens français rouvrirent leur théâtre après trois semaines de fermeture avec la représentation de la tragédie 'Marie Stuart', qui fut bien accueillie par le public. Avant la pièce, le sieur d'Angeville s'adressa au public pour souligner qu'il ne chercherait pas à abuser de leur bonté ni à faire des dissertations sur les nouvelles pièces. Il annonça la présence d'un poète tragique anonyme espérant obtenir l'honneur des suffrages du public. D'Angeville loua la modestie de l'auteur et rappela l'importance du jugement du public. Il exprima également la difficulté de complimenter le public sans risquer de causer leur ruine, tout en sollicitant une nouvelle fois leur indulgence.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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52
p. 1856-1858
« Les Comédiens François ont cessé les représentations de la Comédie des Graces, [...] »
Début :
Les Comédiens François ont cessé les représentations de la Comédie des Graces, [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Comédie, Grâces
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texteReconnaissance textuelle : « Les Comédiens François ont cessé les représentations de la Comédie des Graces, [...] »
Les Comédiens François ont ceffé les repréfentations
de la Comédie des Graces ,
quoique le Public la redemande avec empreffement.
Cette Piéce eft dans un nouveau
genre , que l'Auteur a introduit au Théatre,
& qui paroît difficile à manier,par les nuances
fines & délicates qu'il y faut employer
avec ménagement; le ftyle en eft vif, léger,
badin , rempli de traits & de détails agréa-
Eles ,
A O UST. 1744. 1857
bles. L'idée en eft ingénieuſe & riante. L'Amour
au pied d'un Arbre , au milieu des
trois Graces , qui l'ont lié avec des guirlandes
de fleurs , forme un des Tableaux
des plus gracieux & des plus piquans
qu'on air encore vû fur la Scéne. Après
avoir rendu juftice à l'Ouvrage , on ne
peut donner trop d'applaudiffement à la
façon dont il eft joué par les Dlles Gauffin
& Dangeville , qui ont les principaux
rôles.On affûre que l'Auteur dit partout que
le fuccès de pareilles Piéces eft abfolument
dû au jeu des Acteurs ; il eft certain qu'il
faut avoir vu les repréfentations , pour s'imaginer
le feu , l'efprit , l'enjoûment , toutes
les graces & la varieté continuelle des
tons que la Dile Dangeville met dans le
rôle de l'Amour , qu'elle joie dans la plus
grande perfection & avec une extrême légereté.
Après avoir donné la Comédie des
Graces à la fuite de differentes Tragédies ,
les Comédiens l'ont jouée le 3 de ce mois
avec le Magnifique , Comédie de M. de la
Mothe, & avec l'Oracle, & les deux petites,
Piéces ne fe font point fait de tort l'une à
l'autre . On en donnera un Extrait plus détaillé
, quand on reprendra la Piéce .
Le 13 , les mêmes Comédiens remirent
auffi au Théatre la Comédie fans titre , ou le
Mercure Galant , Piéce en cinq Actes & en
G Vers
1858 MERCURE DE FRANCE.
Vers , de M. Bourfaut , laquelle n'avoit pas
été jouée depuis le mois de Novembre 1723 ;
le Public l'a revûë avec plaifir. Cette Piéce
eft très-bien écrite , & parfaitement bien
repréſentée.
de la Comédie des Graces ,
quoique le Public la redemande avec empreffement.
Cette Piéce eft dans un nouveau
genre , que l'Auteur a introduit au Théatre,
& qui paroît difficile à manier,par les nuances
fines & délicates qu'il y faut employer
avec ménagement; le ftyle en eft vif, léger,
badin , rempli de traits & de détails agréa-
Eles ,
A O UST. 1744. 1857
bles. L'idée en eft ingénieuſe & riante. L'Amour
au pied d'un Arbre , au milieu des
trois Graces , qui l'ont lié avec des guirlandes
de fleurs , forme un des Tableaux
des plus gracieux & des plus piquans
qu'on air encore vû fur la Scéne. Après
avoir rendu juftice à l'Ouvrage , on ne
peut donner trop d'applaudiffement à la
façon dont il eft joué par les Dlles Gauffin
& Dangeville , qui ont les principaux
rôles.On affûre que l'Auteur dit partout que
le fuccès de pareilles Piéces eft abfolument
dû au jeu des Acteurs ; il eft certain qu'il
faut avoir vu les repréfentations , pour s'imaginer
le feu , l'efprit , l'enjoûment , toutes
les graces & la varieté continuelle des
tons que la Dile Dangeville met dans le
rôle de l'Amour , qu'elle joie dans la plus
grande perfection & avec une extrême légereté.
Après avoir donné la Comédie des
Graces à la fuite de differentes Tragédies ,
les Comédiens l'ont jouée le 3 de ce mois
avec le Magnifique , Comédie de M. de la
Mothe, & avec l'Oracle, & les deux petites,
Piéces ne fe font point fait de tort l'une à
l'autre . On en donnera un Extrait plus détaillé
, quand on reprendra la Piéce .
Le 13 , les mêmes Comédiens remirent
auffi au Théatre la Comédie fans titre , ou le
Mercure Galant , Piéce en cinq Actes & en
G Vers
1858 MERCURE DE FRANCE.
Vers , de M. Bourfaut , laquelle n'avoit pas
été jouée depuis le mois de Novembre 1723 ;
le Public l'a revûë avec plaifir. Cette Piéce
eft très-bien écrite , & parfaitement bien
repréſentée.
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Résumé : « Les Comédiens François ont cessé les représentations de la Comédie des Graces, [...] »
Les Comédiens Français ont interrompu les représentations de 'La Comédie des Grâces', malgré la popularité de la pièce. Cette œuvre, écrite dans un style nouveau, se distingue par son caractère vif, léger et amusant, enrichi de nombreux détails plaisants. L'intrigue principale, imaginative et joyeuse, est illustrée par une scène où l'Amour est entouré des trois Grâces. Les actrices Mademoiselle Gauffin et Mademoiselle Dangeville ont brillamment interprété les rôles principaux. L'auteur attribue le succès de la pièce au talent des acteurs, notamment à la performance de Mademoiselle Dangeville dans le rôle de l'Amour. 'La Comédie des Grâces' a été jouée le 3 du mois en compagnie de 'Le Magnifique', 'L'Oracle' et deux courtes pièces, sans conflit entre elles. Le 13, les comédiens ont repris 'La Comédie sans titre, ou le Mercure Galant', une pièce en cinq actes et en vers de M. Bourfaut, absente des scènes depuis novembre 1723. Le public a chaleureusement accueilli cette reprise, appréciant tant l'écriture que la mise en scène.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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53
p. 2065
« Le 7 Septembre, les Comédiens François remirent au Théatre la Tragédie de Manlius [...] »
Début :
Le 7 Septembre, les Comédiens François remirent au Théatre la Tragédie de Manlius [...]
Mots clefs :
Tragédie, Comédiens-Français
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 7 Septembre, les Comédiens François remirent au Théatre la Tragédie de Manlius [...] »
Le 7 Septembre , les Comédiens François
remirent au Théatre la Tragédie de Manlius
Capitolinus , Tragédie de M. de la Foffe ,
qui n'avoit pas été repréfentée depuis le
mois de Septembre 1729. Certe Piéce ,
qu'on juge la meilleure des quatre , que cet
excellent Auteur a données au Public , fut
reçûe très- favorablement , & parfaitement
bien repréfentée ; on peut voir l'Extrait
qui en a été donné ,dans le Mercure de Septembre
, fecond Volume , page 2247.
remirent au Théatre la Tragédie de Manlius
Capitolinus , Tragédie de M. de la Foffe ,
qui n'avoit pas été repréfentée depuis le
mois de Septembre 1729. Certe Piéce ,
qu'on juge la meilleure des quatre , que cet
excellent Auteur a données au Public , fut
reçûe très- favorablement , & parfaitement
bien repréfentée ; on peut voir l'Extrait
qui en a été donné ,dans le Mercure de Septembre
, fecond Volume , page 2247.
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54
p. 2065
Les Comédiens François donnent leur Spectacle gratis, [titre d'après la table]
Début :
Le 11, les mêmes Comédiens donnerent leur Spectacle gratis. Ils représenterent la [...]
Mots clefs :
Façade, Pièces de vin, Comédiens-Français
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texteReconnaissance textuelle : Les Comédiens François donnent leur Spectacle gratis, [titre d'après la table]
Le 11 , les mêmes Comédiens donnerent
leur Spectacle gratis. Ils repréfenterent la
Comédie fans titre , ou le Mercure Galant , &
les Vendanges de Surefne tout s'y paffa
avec beaucoup d'ordre & fans confufion.
Sur les neuf heures , toute la façade de l'Hôtel
fut illuminée d'une maniere très- ingénicufe.
On avoit placé aux deux extré
mités du Balcon , qui regne fur toute la
longueur de cette façade , deux Piéces de
Vin , qui coulerent pendant la plus grande
partie de la nuit.
leur Spectacle gratis. Ils repréfenterent la
Comédie fans titre , ou le Mercure Galant , &
les Vendanges de Surefne tout s'y paffa
avec beaucoup d'ordre & fans confufion.
Sur les neuf heures , toute la façade de l'Hôtel
fut illuminée d'une maniere très- ingénicufe.
On avoit placé aux deux extré
mités du Balcon , qui regne fur toute la
longueur de cette façade , deux Piéces de
Vin , qui coulerent pendant la plus grande
partie de la nuit.
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55
p. 2066
L'Algérien, nouvelle Piéce joüée sur le Théatre François, [titre d'après la table]
Début :
Le 15, ils donnerent la premiere représentation d'une Piéce nouvelle en Vers, & [...]
Mots clefs :
Comédie, Roi, Vers, Nation, Comédiens-Français
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'Algérien, nouvelle Piéce joüée sur le Théatre François, [titre d'après la table]
Le 15 , ils donnerent la premiere repré
fentation d'une Piéce nouvelle en Vers , &
en trois Actes , précédée d'un Prologue , laquelle
a pour titre , l'Algérien , ou les Mu
Les Coné liennes , Comédie-Ballet , terminée
par un Divertiffement fait au fujet de la
Convalescence du Roi ; cette Comédie , qui
a été généralement applaudie , eft de M.
de Cabufat. Elle ne fe reffent point de la
hâte avec laquelle elle a été faite , foit
pour le ftyle , l'élégance des Vers , & la délicateffe
des Eloges du Roi & de la Nation ;
l'Auteur a rempli les efpérances que fes premiers
Ouvrages avoient fait concevoir de
ſes talens ; on ne manquera pas d'en parler
plus au long.
fentation d'une Piéce nouvelle en Vers , &
en trois Actes , précédée d'un Prologue , laquelle
a pour titre , l'Algérien , ou les Mu
Les Coné liennes , Comédie-Ballet , terminée
par un Divertiffement fait au fujet de la
Convalescence du Roi ; cette Comédie , qui
a été généralement applaudie , eft de M.
de Cabufat. Elle ne fe reffent point de la
hâte avec laquelle elle a été faite , foit
pour le ftyle , l'élégance des Vers , & la délicateffe
des Eloges du Roi & de la Nation ;
l'Auteur a rempli les efpérances que fes premiers
Ouvrages avoient fait concevoir de
ſes talens ; on ne manquera pas d'en parler
plus au long.
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Résumé : L'Algérien, nouvelle Piéce joüée sur le Théatre François, [titre d'après la table]
Le 15, la pièce 'L'Algérien, ou les Conéliennes' de M. de Cabusat a été jouée pour la première fois. Cette comédie-ballet en trois actes, avec prologue, célèbre la convalescence du roi. Bien accueillie pour son style et ses éloges élégants, elle confirme les attentes de l'auteur. La pièce sera discutée ultérieurement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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56
p. 2259
la Dispute, nouvelle Piéce, représentée sur le Théâtre François, [titre d'après la table]
Début :
Le 19, les Comédiens François donnerent la premiere représentation d'une Comédie [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Comédie nouvelle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : la Dispute, nouvelle Piéce, représentée sur le Théâtre François, [titre d'après la table]
Le 19 , les Comédiens François donnerent
la premiere repréſentation d'une Comédie
nouvelle , en Profe & en un Acte ,
intitulée la Difpute, Cette nouveauté n'ayant
pas été goûtée du Public , l'Auteur l'a reti
rée après la premiere repréſentation .
la premiere repréſentation d'une Comédie
nouvelle , en Profe & en un Acte ,
intitulée la Difpute, Cette nouveauté n'ayant
pas été goûtée du Public , l'Auteur l'a reti
rée après la premiere repréſentation .
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57
p. 169-173
Momus fabuliste représenté à la Cour. [titre d'après la table]
Début :
On a continué sur le Théâtre de l'Opera Comique les représentations des Amours [...]
Mots clefs :
Pièce, Auteur, Momus, Fable, Opéra-Comique, Comédiens-Français
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Momus fabuliste représenté à la Cour. [titre d'après la table]
On a continué fur le Théâtre de l'Opera
Comique les repréfentations des Amours
Grivois Vaudeville heureux , à qui les connoiffeurs
n'appliqueront pas cet hémiſtiche
d'Ovide materiam fuperabat Opus . L'Amour
au village qui a fuivi les Amours Grivois
n'a pas fuivi leur fortune.
Le Jeudi 19 Fevrier une nouvelle Parodie
de Théfée a diverti les Spectateurs. On
la dit d'un Auteur très-jeune ; il commen-
H
170 MERCURE DE FRANCE
ce avantageuſement fa carriere , &l'on peut
en attendre d'autres ouvrages dignes de l'approbation
publique .
Le Jeudi 4 Mars la Gageure Piéce d'un
acte eft venu confoler l'Auteur de l'Ile
d'Anticyre de fa difgrace en la partageant
fcrupuleufement avec lui . Ces deux Opera
Comiques ont eu chacun deux répréfentations.
Le Lundi 8 Mars on a rouvert les Jardins
de l'Hymen . Jardins où le Public ne s'eft
pas fouvent promené quoiqu'on lui en ait
fouvent offert l'entrée , & quoique la jeune
Actrice qui repréfente allégoriquement la
Rofe en ait la fraicheur & les agrémens ;.
l'Auteur qui a préſenté ce fujet au Théâtre
ne pourroit fe glorifier que de la forme , fi
les fleurs de fon jardin n'étoient pas cou
vertes de glaçons; on connoit le propriétaire
du fond qui certainement l'auroit mieux
cultivé.
Le Mercredi 17 Mars l'Opera Comique
a pris un nouveau Reſtaurant toujours d'un
acte ( car il n'eft pas pour les gros morceaux
) cette petite Piéce eft intitulée les
Temoins contr'eux- mêmes ; elle a paru pendant
les foires précedentes fous differens
titres. C'eft un fujet tiré des contes Arabes
qui a été traité il y a plus de vingt ans &
MARS 1745. 171
repréſenté par la troupe de l'Arlequin Simon
frere cadet de Francifque ; il étoit
alors intitulé les Coffres. Cette Piéce n'a pas
gagné à changer de nom.
Les Comédiens françois ont repréfenté le
même jour à Versailles par ordre précis de
la Cour Momus Fabulifte Comédie d'un acte
faite à l'occafion d'un volume de fables
nouvelles qui n'éprouverent pas le fort de
celles de la Fontaine . On a retranché dans
cette repriſe- ci tous les traits de critique
qui ont faifi les auditeurs de l'année 1719 ,
époque de la premiere repréfentation de
cette petite Piéce qui eut alors un ſuccès éclatant.
Elle a été repréſentée depuis avec la
même réuffite , & il paroît que la Cour a
confirmé les jugemens favorables qu'elle a
obtenus autrefois. L'Auteur non content
d'élaguer fa piece en a retranché quelques
fables pour en fubftituer de convenables au
tems & aux talens des Acteurs nouveaux.
Il a fatisfait le goût du Public en fourniſ
fant à Mlle . Gautier l'occafion de faire briller
fa voix & la fineffe méthodique de fon
chant ; il a contenté fon zéle en faifant la
fable du Lion. Quoique cette fable paroiffe
après le déluge poëtique qui a inondé la
France , on ofe avancer que c'eft un des premiersouvrages
que l'amour françois ait dicté.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
des délais de Théatre font caufe qu'on ne
l'a pas vu dans fa naiffance , & qu'elle n'a
pas été debitée fur la fcene par l'Acteur
qui joue fi finement le rôle de Momus.
On ne donnera pas un long détail de Momus
fabulifte. C'eft une intrigue des plus
fimples. Jupiter veut marier Venus , & s'en
rapporter à fon choix ; il eft le rival fecret de
tous les Dieux qui foupirent pour elle ; prévenu
juftement contre la langue fatyriqu
de Momus , il lui deffend la médifance dans
un jour deftiné à la galanterie & jure de
punir du banniffement la moindre contravention
à fes ordres. Le Dieu mordant intimidé
par les ménaces de l'époux de Junon
cherche un expédient pour lui défobéir
fans éprouver fa vengeance , & il le trouve,
Ne nommons pas les Dieux , dit- il , mais em
pruntons hardiment pour eux les noms des
animaux , des hommes , tout cela est égal…….…
devenons fabulifte , puisqu'on me contraint de
l'être , je n'ai que cet expédient pour soulager
ma bile pour frander impunément la Loi
qu'on vient de me faire.
Après cette commode réfolution il fe pofte
judicieuſement dans l'avenue du Temple
du Deftin ou les prétendans à l'Hymen do
lamere des Amours doivent fe rendre, & là
ce Dieux malin les regale chacun en paffant
d'une fable cauftique , Tableau peu
MARS 1745 173
fateur de leurs caracteres . Nous ne donnerons
ici que celle qui termine la ſcene de
Mlle. Gautier , qui fous le nom de Canente
repréſente une chanteufequi fe pique de raf
fembler toutes les efpeces differentes de la
mufique. Cette fable eft une critique des
Amphions qui ne fçavent pas finir , & qui
laffent les oreilles qu'ils veulent délecter,
Comique les repréfentations des Amours
Grivois Vaudeville heureux , à qui les connoiffeurs
n'appliqueront pas cet hémiſtiche
d'Ovide materiam fuperabat Opus . L'Amour
au village qui a fuivi les Amours Grivois
n'a pas fuivi leur fortune.
Le Jeudi 19 Fevrier une nouvelle Parodie
de Théfée a diverti les Spectateurs. On
la dit d'un Auteur très-jeune ; il commen-
H
170 MERCURE DE FRANCE
ce avantageuſement fa carriere , &l'on peut
en attendre d'autres ouvrages dignes de l'approbation
publique .
Le Jeudi 4 Mars la Gageure Piéce d'un
acte eft venu confoler l'Auteur de l'Ile
d'Anticyre de fa difgrace en la partageant
fcrupuleufement avec lui . Ces deux Opera
Comiques ont eu chacun deux répréfentations.
Le Lundi 8 Mars on a rouvert les Jardins
de l'Hymen . Jardins où le Public ne s'eft
pas fouvent promené quoiqu'on lui en ait
fouvent offert l'entrée , & quoique la jeune
Actrice qui repréfente allégoriquement la
Rofe en ait la fraicheur & les agrémens ;.
l'Auteur qui a préſenté ce fujet au Théâtre
ne pourroit fe glorifier que de la forme , fi
les fleurs de fon jardin n'étoient pas cou
vertes de glaçons; on connoit le propriétaire
du fond qui certainement l'auroit mieux
cultivé.
Le Mercredi 17 Mars l'Opera Comique
a pris un nouveau Reſtaurant toujours d'un
acte ( car il n'eft pas pour les gros morceaux
) cette petite Piéce eft intitulée les
Temoins contr'eux- mêmes ; elle a paru pendant
les foires précedentes fous differens
titres. C'eft un fujet tiré des contes Arabes
qui a été traité il y a plus de vingt ans &
MARS 1745. 171
repréſenté par la troupe de l'Arlequin Simon
frere cadet de Francifque ; il étoit
alors intitulé les Coffres. Cette Piéce n'a pas
gagné à changer de nom.
Les Comédiens françois ont repréfenté le
même jour à Versailles par ordre précis de
la Cour Momus Fabulifte Comédie d'un acte
faite à l'occafion d'un volume de fables
nouvelles qui n'éprouverent pas le fort de
celles de la Fontaine . On a retranché dans
cette repriſe- ci tous les traits de critique
qui ont faifi les auditeurs de l'année 1719 ,
époque de la premiere repréfentation de
cette petite Piéce qui eut alors un ſuccès éclatant.
Elle a été repréſentée depuis avec la
même réuffite , & il paroît que la Cour a
confirmé les jugemens favorables qu'elle a
obtenus autrefois. L'Auteur non content
d'élaguer fa piece en a retranché quelques
fables pour en fubftituer de convenables au
tems & aux talens des Acteurs nouveaux.
Il a fatisfait le goût du Public en fourniſ
fant à Mlle . Gautier l'occafion de faire briller
fa voix & la fineffe méthodique de fon
chant ; il a contenté fon zéle en faifant la
fable du Lion. Quoique cette fable paroiffe
après le déluge poëtique qui a inondé la
France , on ofe avancer que c'eft un des premiersouvrages
que l'amour françois ait dicté.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
des délais de Théatre font caufe qu'on ne
l'a pas vu dans fa naiffance , & qu'elle n'a
pas été debitée fur la fcene par l'Acteur
qui joue fi finement le rôle de Momus.
On ne donnera pas un long détail de Momus
fabulifte. C'eft une intrigue des plus
fimples. Jupiter veut marier Venus , & s'en
rapporter à fon choix ; il eft le rival fecret de
tous les Dieux qui foupirent pour elle ; prévenu
juftement contre la langue fatyriqu
de Momus , il lui deffend la médifance dans
un jour deftiné à la galanterie & jure de
punir du banniffement la moindre contravention
à fes ordres. Le Dieu mordant intimidé
par les ménaces de l'époux de Junon
cherche un expédient pour lui défobéir
fans éprouver fa vengeance , & il le trouve,
Ne nommons pas les Dieux , dit- il , mais em
pruntons hardiment pour eux les noms des
animaux , des hommes , tout cela est égal…….…
devenons fabulifte , puisqu'on me contraint de
l'être , je n'ai que cet expédient pour soulager
ma bile pour frander impunément la Loi
qu'on vient de me faire.
Après cette commode réfolution il fe pofte
judicieuſement dans l'avenue du Temple
du Deftin ou les prétendans à l'Hymen do
lamere des Amours doivent fe rendre, & là
ce Dieux malin les regale chacun en paffant
d'une fable cauftique , Tableau peu
MARS 1745 173
fateur de leurs caracteres . Nous ne donnerons
ici que celle qui termine la ſcene de
Mlle. Gautier , qui fous le nom de Canente
repréſente une chanteufequi fe pique de raf
fembler toutes les efpeces differentes de la
mufique. Cette fable eft une critique des
Amphions qui ne fçavent pas finir , & qui
laffent les oreilles qu'ils veulent délecter,
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Résumé : Momus fabuliste représenté à la Cour. [titre d'après la table]
En mars 1745, plusieurs événements culturels marquants ont eu lieu au Théâtre de l'Opéra Comique et ailleurs. Les représentations des 'Amours Grivois' se sont poursuivies, bien que leur popularité ait diminué. Le 19 février, une parodie de 'Thésée' par un jeune auteur a été favorablement reçue. Le 4 mars, la pièce 'La Gageure' a été jouée, partageant la même désapprobation que 'L'Île d'Anticyre'. Le 8 mars, les 'Jardins de l'Hymen' ont rouvert, mais sans grand succès malgré la présence d'une jeune actrice charmante. Le 17 mars, l'Opéra Comique a présenté 'Les Témoins contre eux-mêmes', une pièce inspirée des contes arabes, déjà jouée sous le titre 'Les Coffres'. Parallèlement, les Comédiens français ont interprété 'Momus Fabuliste' à Versailles. Cette comédie d'un acte, inspirée par un volume de nouvelles fables, avait été initialement représentée en 1719. Pour cette nouvelle production, la pièce a été révisée afin d'éviter les critiques passées et d'inclure de nouvelles fables adaptées aux talents des acteurs actuels. La représentation a permis à Mlle. Gautier de mettre en valeur ses compétences vocales et musicales. L'intrigue de la pièce raconte comment Jupiter souhaite marier Vénus et interdit à Momus de critiquer les prétendants. Momus trouve alors un moyen de contourner cet interdit en utilisant des fables pour critiquer les dieux sous des noms d'animaux ou d'hommes.
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58
p. 167-171
COMEDIES, Concerts & Ballets de la Cour.
Début :
Le Mardi I. Mars, les Comédiens François représenterent sur le Théatre du Château [...]
Mots clefs :
Théâtre du château, Comédiens-Français, Comédiens-Italiens, Reine, Concert, Prologue, Ballet, Musique, Messe
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texteReconnaissance textuelle : COMEDIES, Concerts & Ballets de la Cour.
COMEDIES, Concerts & Ballets de la Cour.
Le Mardi 1. Mars , les Comédiens François
repréſenterent ſur le Théatre du Châ168
MERCURE DE FRANCE,
reau Alzaide & le Galand Jardinier.
Le Mercredi 2 les Comédiens Italiens
jouerent ſur le même Théatre les Contretems.
Le même jour & le Jeudi 3 , M. Benoît
Maître de Muſique de la Cathédrale de
Chartres , fit chanter pendant la Meſſede
leurs Majestés le Pſeaume Deus nofter &c.
Le Vendredi 4 & le Samedi 5 , M.
Benoît fit chanter pendant la Meſſe de leurs
Majestés pour la ſeconde fois lePleaume
Mifericordias Domini cantabo.
Le Samedis on exécuta en Concert chés
la Reine le Prologue & la ſeconde entrée
du Ballet de l'Europe Galante.
Le Lundi 7 , on exécuta en Concert la
troifiéme & cinquieme entrée de l'Europe
Galante.
Le Mardi 8 les Comédiens François repréſenterent
fur le Théatre du Château la
TragédiedeRodogune & le Port de Mer,
Le Mercredi , les Comédiens Italiens
jouerent fur le Théatre du Château les Fofies
de Coraline ſuivies d'un Ballet.
Le Jeudi 10 Zeliſta ſeconde repréſentation.
Le Vendredi 11 & le Samedi 12 M.
Crétien Ordinaire de la Muſique du Roi
âgé de 16 à 17 ans ayant été Page de la
Muſique ſous feu M. Campra , fit chanter
pendant la Meſſe de leurs Majestés un
Motet
MARS 1746. 169
ANCI
Motetdeſa compoſition ,dont toute laCour
futfatisfaite.
Le Mardi 15 les Comédiens François
repréſenterent ſur le Théatre du Château
l'Enfant Prodigue & l'Ami de tout le monde.
Les Comédiens Italiens jouerent ſur le
Théatre du Château le Mercredi 16 lesdeux
Anneaux Magiques.
Le Jeudi 17 on exécuta fur le grand
Théatre des Ecuries le Séjour de la Felicité,
Ballet en trois Actes & un Prologue. Les
paroles en ſont de M. Roi, & laMuſique
de Mrs Rebel & Francoeur ; leBallet deM.
Laval : on endonnera l'extrait le mois prochain.
Le Samedi 19 on exécuta en Concert
chés la Reine un divertiſſement de M. de
Bury Survivancier de M. de Blamont en la
charge de Maître de Muſique de la Chambre
du Roi; les paroles font de Mile
de Luſſan.
Les Acteurs du divertiſſement font , la
Nymphe de Verſailles Madame Lalande ,
une Driade & une Bergere Mlle Fel , un
Berger M. Poirier.
LeLundi 21 Mars on exécuta enConcert
chés laReine le Prologue & le premier Acte
de l'Opéra de Martheſie de Mrs Roi &
Deſtouches.
Le Mardi 22 les Comédiens François
H
10 MERCURE DE FRANCE,
repréſenterent fur le Théatre du Château
la Tragédie de Policucte & l'Impromptu de
Campagne ; la Dile Cammaſſe Danfeuſedu
Roi de Pologne Duc de Lorraine à danſé !
entre les deux piéces & après la petite
avec beaucoup de graces & de légereté.
Le Mercredi 23 M. Camus Page de la
Muſique de la Chapelle du Roi & eleve de
M. l'Abbé Madin Maître de la Muſique du
Roi fit chanter devant leurs Majeftés le
Pleaume Qui confidunt in Domino &c. Motet
de fa compofition. Cet Auteur n'a pas
15 ans& en a déja fait chanter deux devant
Įçurs Majestés,
Le même jour Mercredi 23 les Comédiens
Italiens jouerent fur le Théatre du
Château la Coquette fixée , piécce nouvelle
en trois Actes , ſuivie du Diable boiteux &
du Ballet des Berceaux.
Le Jeudi 24 on exécuta à la Meffe de
leurs Majestés le même Moter de M. le Ca
mus Page de la Muſique de la Chapelle.
L'après midi on exécuta pour la ſeconde
fois fur le Théatre des Grandes Ecuries le
Ballet de la Félicité.
Le Samedi 26 on exécuta en Concert
chés la Reine le Prologue & le ſecondAcfe
du Baller des Elémens. M. le Page nouvellement
de la Muſique de la Chambre
du Roi chanta les Rôles de bafle , & M.
MARS 1746. 171
Benoît une Cantatille de ſa compofition ,
Le Lundi 14 Fevrier les Pages de la
Reine ont donné un bal ; ils en ont fait les
honneurs de maniere que beaucoup de Seigneurs
&de Damesde la Cour qui y avoient
été invités en ont été extrêmement contents.
Les rafraichiſſemens y furent ſervis en
abondance , & le tout s'eſt paffé dans un
ordre qui eſt peu ordinaire dans des affem..
blées nombreuſes.
La Reine a eu la bonté de leur témoigner
qu'elle étoit très - contente du rapport qui
Jui en avoit été fait.
Le Mardi 1. Mars , les Comédiens François
repréſenterent ſur le Théatre du Châ168
MERCURE DE FRANCE,
reau Alzaide & le Galand Jardinier.
Le Mercredi 2 les Comédiens Italiens
jouerent ſur le même Théatre les Contretems.
Le même jour & le Jeudi 3 , M. Benoît
Maître de Muſique de la Cathédrale de
Chartres , fit chanter pendant la Meſſede
leurs Majestés le Pſeaume Deus nofter &c.
Le Vendredi 4 & le Samedi 5 , M.
Benoît fit chanter pendant la Meſſe de leurs
Majestés pour la ſeconde fois lePleaume
Mifericordias Domini cantabo.
Le Samedis on exécuta en Concert chés
la Reine le Prologue & la ſeconde entrée
du Ballet de l'Europe Galante.
Le Lundi 7 , on exécuta en Concert la
troifiéme & cinquieme entrée de l'Europe
Galante.
Le Mardi 8 les Comédiens François repréſenterent
fur le Théatre du Château la
TragédiedeRodogune & le Port de Mer,
Le Mercredi , les Comédiens Italiens
jouerent fur le Théatre du Château les Fofies
de Coraline ſuivies d'un Ballet.
Le Jeudi 10 Zeliſta ſeconde repréſentation.
Le Vendredi 11 & le Samedi 12 M.
Crétien Ordinaire de la Muſique du Roi
âgé de 16 à 17 ans ayant été Page de la
Muſique ſous feu M. Campra , fit chanter
pendant la Meſſe de leurs Majestés un
Motet
MARS 1746. 169
ANCI
Motetdeſa compoſition ,dont toute laCour
futfatisfaite.
Le Mardi 15 les Comédiens François
repréſenterent ſur le Théatre du Château
l'Enfant Prodigue & l'Ami de tout le monde.
Les Comédiens Italiens jouerent ſur le
Théatre du Château le Mercredi 16 lesdeux
Anneaux Magiques.
Le Jeudi 17 on exécuta fur le grand
Théatre des Ecuries le Séjour de la Felicité,
Ballet en trois Actes & un Prologue. Les
paroles en ſont de M. Roi, & laMuſique
de Mrs Rebel & Francoeur ; leBallet deM.
Laval : on endonnera l'extrait le mois prochain.
Le Samedi 19 on exécuta en Concert
chés la Reine un divertiſſement de M. de
Bury Survivancier de M. de Blamont en la
charge de Maître de Muſique de la Chambre
du Roi; les paroles font de Mile
de Luſſan.
Les Acteurs du divertiſſement font , la
Nymphe de Verſailles Madame Lalande ,
une Driade & une Bergere Mlle Fel , un
Berger M. Poirier.
LeLundi 21 Mars on exécuta enConcert
chés laReine le Prologue & le premier Acte
de l'Opéra de Martheſie de Mrs Roi &
Deſtouches.
Le Mardi 22 les Comédiens François
H
10 MERCURE DE FRANCE,
repréſenterent fur le Théatre du Château
la Tragédie de Policucte & l'Impromptu de
Campagne ; la Dile Cammaſſe Danfeuſedu
Roi de Pologne Duc de Lorraine à danſé !
entre les deux piéces & après la petite
avec beaucoup de graces & de légereté.
Le Mercredi 23 M. Camus Page de la
Muſique de la Chapelle du Roi & eleve de
M. l'Abbé Madin Maître de la Muſique du
Roi fit chanter devant leurs Majeftés le
Pleaume Qui confidunt in Domino &c. Motet
de fa compofition. Cet Auteur n'a pas
15 ans& en a déja fait chanter deux devant
Įçurs Majestés,
Le même jour Mercredi 23 les Comédiens
Italiens jouerent fur le Théatre du
Château la Coquette fixée , piécce nouvelle
en trois Actes , ſuivie du Diable boiteux &
du Ballet des Berceaux.
Le Jeudi 24 on exécuta à la Meffe de
leurs Majestés le même Moter de M. le Ca
mus Page de la Muſique de la Chapelle.
L'après midi on exécuta pour la ſeconde
fois fur le Théatre des Grandes Ecuries le
Ballet de la Félicité.
Le Samedi 26 on exécuta en Concert
chés la Reine le Prologue & le ſecondAcfe
du Baller des Elémens. M. le Page nouvellement
de la Muſique de la Chambre
du Roi chanta les Rôles de bafle , & M.
MARS 1746. 171
Benoît une Cantatille de ſa compofition ,
Le Lundi 14 Fevrier les Pages de la
Reine ont donné un bal ; ils en ont fait les
honneurs de maniere que beaucoup de Seigneurs
&de Damesde la Cour qui y avoient
été invités en ont été extrêmement contents.
Les rafraichiſſemens y furent ſervis en
abondance , & le tout s'eſt paffé dans un
ordre qui eſt peu ordinaire dans des affem..
blées nombreuſes.
La Reine a eu la bonté de leur témoigner
qu'elle étoit très - contente du rapport qui
Jui en avoit été fait.
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Résumé : COMEDIES, Concerts & Ballets de la Cour.
Du 1er au 26 mars 1746, la cour a accueilli une série de spectacles et de concerts. Les Comédiens Français ont présenté plusieurs pièces : 'Mercure et le Galant Jardinier' le 1er mars, 'Rodogune et le Port de Mer' le 8 mars, 'L'Enfant Prodigue et l'Ami de tout le monde' le 15 mars, et 'Polyeucte et l'Impromptu de Campagne' le 22 mars. Les Comédiens Italiens ont également offert des représentations avec 'Les Contretemps' le 2 mars, 'Les Folies de Coraline' le 9 mars, et 'Les Deux Anneaux Magiques' le 16 mars. M. Benoît a interprété plusieurs psaumes lors des messes royales. Le 17 mars, le ballet 'Le Séjour de la Félicité' a été exécuté aux Grandes Écuries. Le 23 mars, M. Camus, page de la musique du roi, a interprété un motet de sa composition. Divers concerts et divertissements ont eu lieu chez la reine, incluant des extraits de l'opéra 'Marsyas' et du ballet 'Les Éléments'. Le 14 février, les pages de la reine ont organisé un bal qui a été bien accueilli par la cour.
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59
p. 182-183
« L'Académie Royale de Musique continue les Dimanches, & les Vendredis les réprésentations [...] »
Début :
L'Académie Royale de Musique continue les Dimanches, & les Vendredis les réprésentations [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Comédiens-Italiens, Gouverneur, Notaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'Académie Royale de Musique continue les Dimanches, & les Vendredis les réprésentations [...] »
L'Académie Royale de Musique continue les
Dimanches, & les Vendredis les réprésentations
d'Acante & Cephise, & les Mardis & les Jeu-
dis, de l'Acte de la Vûe, d'Eglé & de Pigmalion.
Les Comédiens François ont donné Lundi 20
Décembre la premiere réprésentation d'une Tra-
gédie nouvelle intitulée Vorron. Cette piéce réussit
be aucoup par un grand intérêt de curiosité, & des-
situations très-théatrales.
Les Comédiens Italiens ont donné Jeudi neuf
Décembre une piéce nourelse en trois actes &
en prose, intitulée le Gouverneur. Cette nou-
veauté, qui est de M. le Chevalier de la Morliere
a été jouee six fois.
Les mêmes Comédiens avoient donné le pre-
mier du mois un ballet nouveau de M. Dehesse,
intitulé, les nôces Bergamasques, dont voici l'idée.
Deux familles dans chacune desquelles il y a six
garçons & six filles, & dont l'une a pour chef un
vieux Atlequin; & l'autre une vieille Scapine,
cherchent a s'unir ensemble Le projet est d'abord
de ne marier que les deux aînés; mais les autres
monrrent tant de goût pour le mariage qu'on les
méne tous chez le Notaire, où on les unit; & de
là tout le monde se rend à la guinguerte: Après
que le Notaire a danse seul avec la joie que lui
inspirent naturellement tous ces mariages, le théâ-
tre qui representoit un village, change & offre une
tertasse ornée de tables couvortes de differens
JANVIER.
1752.
183
mets Après qu'un nombre prodigieux de gens st
sont placés dans des ballustrades, les uns comme
Spectateurs & les autres comme Musiciens, les
nouveaux mariés paroissent autour de la table
principale dans differentes attitudes. Les Arlequins,
& les Arlequines descendent de la terrasse, &
viennent former entr'eux un ballet od l'on dé-
couvre plusieurs grouppos daus des attitudes ca-
racteristiques. Les Scapins & les Scapines se joi-
gnent au ballet. Après une entrée generale M. La-
riviere en Arlequin, & Mlle Camille en Arlequine
executent un pas de deun. La contredanse part en-
suite, & tout le monde remonte sur la terrasse
pour y piller ce qui reste sur la table. Le divertisse-
ment finit par l'air du Vaudeville dont les paroles-
sont: Allez vous en gens de la nonce, Allez. vous en
chatun chez veus.
Dimanches, & les Vendredis les réprésentations
d'Acante & Cephise, & les Mardis & les Jeu-
dis, de l'Acte de la Vûe, d'Eglé & de Pigmalion.
Les Comédiens François ont donné Lundi 20
Décembre la premiere réprésentation d'une Tra-
gédie nouvelle intitulée Vorron. Cette piéce réussit
be aucoup par un grand intérêt de curiosité, & des-
situations très-théatrales.
Les Comédiens Italiens ont donné Jeudi neuf
Décembre une piéce nourelse en trois actes &
en prose, intitulée le Gouverneur. Cette nou-
veauté, qui est de M. le Chevalier de la Morliere
a été jouee six fois.
Les mêmes Comédiens avoient donné le pre-
mier du mois un ballet nouveau de M. Dehesse,
intitulé, les nôces Bergamasques, dont voici l'idée.
Deux familles dans chacune desquelles il y a six
garçons & six filles, & dont l'une a pour chef un
vieux Atlequin; & l'autre une vieille Scapine,
cherchent a s'unir ensemble Le projet est d'abord
de ne marier que les deux aînés; mais les autres
monrrent tant de goût pour le mariage qu'on les
méne tous chez le Notaire, où on les unit; & de
là tout le monde se rend à la guinguerte: Après
que le Notaire a danse seul avec la joie que lui
inspirent naturellement tous ces mariages, le théâ-
tre qui representoit un village, change & offre une
tertasse ornée de tables couvortes de differens
JANVIER.
1752.
183
mets Après qu'un nombre prodigieux de gens st
sont placés dans des ballustrades, les uns comme
Spectateurs & les autres comme Musiciens, les
nouveaux mariés paroissent autour de la table
principale dans differentes attitudes. Les Arlequins,
& les Arlequines descendent de la terrasse, &
viennent former entr'eux un ballet od l'on dé-
couvre plusieurs grouppos daus des attitudes ca-
racteristiques. Les Scapins & les Scapines se joi-
gnent au ballet. Après une entrée generale M. La-
riviere en Arlequin, & Mlle Camille en Arlequine
executent un pas de deun. La contredanse part en-
suite, & tout le monde remonte sur la terrasse
pour y piller ce qui reste sur la table. Le divertisse-
ment finit par l'air du Vaudeville dont les paroles-
sont: Allez vous en gens de la nonce, Allez. vous en
chatun chez veus.
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Résumé : « L'Académie Royale de Musique continue les Dimanches, & les Vendredis les réprésentations [...] »
En décembre 1751, l'Académie Royale de Musique a proposé plusieurs œuvres théâtrales, notamment 'Acante & Cephise' les dimanches et vendredis, et 'l'Acte de la Vûe', 'Eglé' et 'Pigmalion' les mardis et jeudis. Les Comédiens Français ont présenté pour la première fois la tragédie 'Vorron' le 20 décembre, suscitant un grand intérêt. Les Comédiens Italiens ont joué 'Le Gouverneur', une pièce en trois actes et en prose écrite par le Chevalier de la Morlière, à partir du 9 décembre, et ont donné un nouveau ballet intitulé 'Les Noces Bergamasques' le 1er décembre. Ce ballet raconte l'histoire de deux familles cherchant à marier leurs enfants. Après la cérémonie chez le notaire, les personnages se rendent à une guinguette où un ballet est exécuté par divers personnages, se terminant par une contredanse et un vaudeville.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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60
p. 182-188
« Les Comédiens François continuent avec succès les représentations de Varon, & se prépar[e]nt à donner [...] »
Début :
Les Comédiens François continuent avec succès les représentations de Varon, & se prépar[e]nt à donner [...]
Mots clefs :
Géronte, L'Ormoy, Timante, Damis, Valet, Comtesse, Maître, Comédiens-Français, Julie, Écus
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Comédiens François continuent avec succès les représentations de Varon, & se prépar[e]nt à donner [...] »
Les Comédiens François continuent avec succès
les représentations de Varon, & se prépar[e]nt à donner
d'autres nouveautés.
Le Valet Muître, Comédie en vers & en trois
Actes par M. de Moissy, représentée pour la
premiere fois le six Octobre 1751. A Paris chea
Duchene, tue S. Jacques.
Geronte est un homme riche, crédule & si fort
prévenu pour l'Ormoy, son premier Domesti-
que, qu'il se laisse entierement gouvernet p.r
ui. Timante frere de Geronte, est un homme
FEVRIER.
183
1752.
fincére & sensé; les deux freres n'on point d'en-
fans, ils ont pour héritiers, Damis & Julie, fils
de deux frères aîné; de Geronte & de Timante.
Geronte est tuteur de Damis, Timante l'est
de Julie, le pou de bien des Pupilles, ne laisse
pas que de faire entre-eux la matiere d'un proces,
Timante pour le terminer a formé le ptojet de
marier son neveu avec sa niéce; ce dessein se trou-
ve d'autant plus raisonnable, que le cousin aime
la cousine & en est également aimé. Geronte
veut an contraire unit Damis avec une Comtesse
de la connoissance de l'Ormoy qui est bien nom-
mé le Valet Maître. Timante fait tous ses efforts
pour désabuser Geronte sur le compte de ce Valet
qui est uo fourbe achevé; Geronte ne veut rien-
écouter; il traite durement son frere & l'assu-
re que ce n'est point l'Ormoy qui s'oppose à
l'afrangement des affaires de Damis & de
Julie, c'est moi, dit-il, qui veux plaider, il
convient que c'est l'Ormoy qui propose la Com-
tesse pour Damis, il renvoye son frere &
appelle l'Ormoy qui répond en maîtte, & dit
qu'il n'est pas visible, Geronte l'appelle de
nouveau, le valet vient en tobbe de chanibre,
Geronte au lieu d'en être choqué, paroit satisfait
de ce qu'il obéit si promptement, il n'est qustion
entr'eux que de la Comtesse dont l'Ormoy vaute
les appas & le caractere, elle a selon lui, vingt
mille écus d'argent comptant, c'est une veuve
presque neuve, qui n'a été mariée que quinze
mois; Geronte quitte l'Ormoy en luidisant
de l'avertir quand son Procureur viendra; Valen-
tin, valet de Timante veut parler a Geronte, il
est étonné du ton de l'Ormoy, qu'il trouve assis
dans le fauteuil de son maître; il le prie de lui
développer les ressorts, qui d'un valet en sont
aO
184 MERCUREDEFRANCE.
un homme de conséquence: l'Ormoy aptès l'a-
voit régardé avec compassion, lui ordonne d'é-
couter attentivement.
En deux mots je te veux dévoiler ce mystere,
De Timante en secret connois le caractete,
Etudie avec art ses vertus, ses deffauts
Distingne tous ses goûts & sens-les à propos;
De lui plaire en tous points faits ton unique étude-
Valentin.
Bon.
L'Ormoy.
Ce noviciat peut d'abord être rude
Mais dans la vie humaine un de nos grands talens
Est de sçavoir connoître & mener de tels gens:
Oui, par là près d'un Maître on voit ce qu'on peut
faire.
On gouverne les sots, on plast quand on veut
plaire.
On projette avec fruit, on demande, on obtient;
Ce qu'on veut proteger sans force on le soutient
Et les ressorts cachés de la metamorphose
Font par un tel valet plus que le Maître n'ose.
Valentin sort fort content & dans la ferme re-
solution de profiter de la leçon de l'Ormoy. Le
Procureur arrive, l'Ormoy qui veut sçavoir les af-
faires de son Maître en prend si bien le tou & les
manieres, que le Procureur en est la dupe: il
parle chicane & procedure, il bavarde, il s'é-
chauffe, & daus le fort de son enthousiasme Ge-
00
5
FEVRIER. 1752.
185
ronte sutvient, le Procureur surpris & confus
s'emporte contre le Valet, Geronte l'appaise en
lui promettant de n'entrer dans aucun acco-
modement. Damis & Julie ont cependant beau-
coup d'inquiétude, Damis de peur d'être deshé-
rité feint de consentir à son mariage avec la Com-
tesse, il croit d'ailleurs déconvrir pat là le secret de
l'Ormoy; ce fourbe de son côté forme la résolu-
tion de prendre dans le costre fort de Geronte les
vingt mille écus que la préteudue Comtesse qui est
sa sœur doit apporter en dot à Damis, sauf à ren-
dre cette somme après le mariage, il est forcé
d'en prévenir Damis qu'il croit amoureux de la
fausse Comtesse; mais il n'a garde de l'avertir
que cetre fausse Comiesse est sa sœur & en servi-
ce comme lui. Damis apprend avec plaisir le
vol de l'Ormoy, en se promettant d'en faire
avertir son oncle. L'Ormoy instiuit sa sœur de
tous ses tours & lui donne des avis pour se bien
conduire dans cette intrigue, elle va chez Geron-
te, elle y demande Damis qui fait quelques dif-
ficultés sur le mariage convenu. Geronte que-
relle son neuven qui prend le parti de feindre
de nouveau. L'Ormoy a appris de Valentin que
son Maître l'a chassé, parce qu'il n'imitoit que
trop son précepteur en fourberie & en insolence
que Geronte par les soins de Timante, doit rece-
voir une lettre de Guyenne, par laquelle on l'inf-
truit de la naissance de la Comtesse & des fourbe-
ries de son Domestique chéri; il faut par consé-
quent détourner l'orage qui est sur le point d'écla-
ter, & l'Ormoy prend le parti d'engager Geronte
à rompre absolument avec son frere. Cette trans-
action, dit il, que Timante a si fort à cœur pour
finir les affaires de Damis & de Julie, est faite de
concert avec votre Procureur, qui vous trompe;
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.
186 MERCURÉDEFRANCE.
ce n'est que pour empêcher le mariage de la Com-
tesse, & préparer celui de Julie, vous êtes bon,
ils vous y feront consentir, me perdiont dans
votre espiit & je n'emporterai pour récompense de
mes services, que votre indignation. Geronte jette
feu & flamme sut son frete & rassure l'Ormoy
on apporte une lettre de la poste, l'Ormoy en-
tend dire qu'elle vient de Guyenne, le sa:sfille-
ment le prend, comment parer le coup? Geronte
heureusement n'a point ses lunettes, il envoye
l'Ormoy les chercher, il se donne bien de garde
de les donner, il offte de lire la lettre, Geronte
y consent, l'Ormoy en change sut le champ le
seus & les termes, elle étoit toute à son désavan-
tage; elle lui devient toute favorable, il n'ole
meme lire tout haut l'éloge qu'on fait de lui, &e-
ronte veut qu'il continue, & il achere son pané-
yrique; Geronte demande la lettre pour la ser-
rer, mais l'Oimoy a la précaution de la déchiret
par modestie, Geronte en est si content qu'il lui
donne mille écus de pension. Timante ensuite
veut envain d'étromper Geronte, il a beau lui
dire des que votre l'Ormoy a déchiré la lettre, vous
êtes pris pour dupe, Geronte persiste dans sa
prévention. Valentin valet chassé par Timante a
été cho si par l'Ormoy pour être un des domesti-
que de Geronte, sans que le Maître en fût infor-
mé, il est sujet à s'ennivrer & paroit dans cet état,
dors de la dispute des deux freres, il commence
par dire du mal de son premier Maître, ce qui
rejouit Geronte, mais après il dit encore pis du
dernier, c'est selon lui un sot, un imbécile que
l'Ormoy méne comme il veut: alors appercevant
les deux freres il veut changer de ton, Gerovie
se met en colere, l'Ivtogne s'enfuit en disant-
que l'Ormoy le protège & qu'il lui portera ses
ed by G
FEVRIER. 1752.
187
plaintes; certe scene donne lieu à Timante d'ins-
truire Geronte des desseins de l'Ormoy & de l'ori-
gine de la prétendue Comtesse, c'est sa sœur, ajou-
te-t'il, c'est une intriguante & vous avez un
soible pour votre valet qui n'est pas excusa-
ble.
Puisqu'il faut dire ce que je pense,
Si certains grands Valets peuvent tout aujour-
d'hui,
L'affection n'est pas leur plus solide appui;
Mais leur pouvoir sur nous, vient de notre foi-
blesse
Nous leur confions trop ce qui nous intéresse,
Et témoins journaliers de nos plus grands def-
fauts
Nous leut ouvrons nos cœurs toujours mal
propos;
Ils sçavent nos secrets, nos torts, nos injus-
tices,
Et nous n'aimons en eux que l'écho de nos
vices;
C'est ainsi qu'un Valet devient Maître de nous,
C'est ainsi que l'Ormoy se l'est rendu de vous,
Qu'il vous trompe sur tout.
Timante emmene son frere pour lui commu-
niquer un projet qui doit démasquer l'O. moy:
ce projet réussit, cat Geronte, en apprenant à l'Or-
moy qu'il sçait positivement que la prétendue
Mues u
188 MERCURE DE FRANCE.
Comtesse est sa sœir, & feignant d'en être ples
aise que faché, fait assez adtoitement donuet
son Valet dans le panneau. Alors Geronte ne di-
simule plus son ressentiment, il déconcerte en-
tierement l'Ormoy, mais ce fripon imagine d'a-
bord un autre stratageme en soutenant que sa
soeur n'en est pas moins de condition, qu'ils sont
tous deux issus de parens distinguez qui ont prodi-
gué leurs biens au service & là dessus il batit na
Roman fort pathétique, qui attendrit Geronte.
L'Ormoy qui s'apperçoit du succès de l'histoire
qu'il vient de fobriquet, avoue ingénuement i
Geronte que de concert avec Damis il lui a pris
vingt millle écus pour former une dot à sa sœur.
Ou sont. ils, demande Geronte, je les ai, répond
l'Ormoy, & je vais vous les tendre: non mon
cher, réplique le bon homme, je dote ta soeus
de ces vingt mille écus; la fausse Comtesse qui
s'étoit cachée paroit pénetrée de reconnoissance, &
Timante, Damis & Julie, entrent dans l'appar-
tement de Geronte, ils se réunissent tous trois
contre l'Ormoy, & Geronre en prend plus vi-
vement son parti; mais l'apparition subite du
Procureur qui venoit apporter une transaction
& qui reconnoit la fausse Comtesse pour une cer-
taine Louison servante de sa femme, acheve de
confondre l'intriguant & P'intriguante qui fut obli-
gée de tout avouet. Geronte laisse cependant i
l'Oimoy, par l'avis, de Timante, les mille
écus de pension qu'il Jui avoit donnez, à condi-
tion que Louison en auroit moitié, les vingt
mille écus sont rendus & le procès de Damis & de
Julie se termine par leur mariage.
les représentations de Varon, & se prépar[e]nt à donner
d'autres nouveautés.
Le Valet Muître, Comédie en vers & en trois
Actes par M. de Moissy, représentée pour la
premiere fois le six Octobre 1751. A Paris chea
Duchene, tue S. Jacques.
Geronte est un homme riche, crédule & si fort
prévenu pour l'Ormoy, son premier Domesti-
que, qu'il se laisse entierement gouvernet p.r
ui. Timante frere de Geronte, est un homme
FEVRIER.
183
1752.
fincére & sensé; les deux freres n'on point d'en-
fans, ils ont pour héritiers, Damis & Julie, fils
de deux frères aîné; de Geronte & de Timante.
Geronte est tuteur de Damis, Timante l'est
de Julie, le pou de bien des Pupilles, ne laisse
pas que de faire entre-eux la matiere d'un proces,
Timante pour le terminer a formé le ptojet de
marier son neveu avec sa niéce; ce dessein se trou-
ve d'autant plus raisonnable, que le cousin aime
la cousine & en est également aimé. Geronte
veut an contraire unit Damis avec une Comtesse
de la connoissance de l'Ormoy qui est bien nom-
mé le Valet Maître. Timante fait tous ses efforts
pour désabuser Geronte sur le compte de ce Valet
qui est uo fourbe achevé; Geronte ne veut rien-
écouter; il traite durement son frere & l'assu-
re que ce n'est point l'Ormoy qui s'oppose à
l'afrangement des affaires de Damis & de
Julie, c'est moi, dit-il, qui veux plaider, il
convient que c'est l'Ormoy qui propose la Com-
tesse pour Damis, il renvoye son frere &
appelle l'Ormoy qui répond en maîtte, & dit
qu'il n'est pas visible, Geronte l'appelle de
nouveau, le valet vient en tobbe de chanibre,
Geronte au lieu d'en être choqué, paroit satisfait
de ce qu'il obéit si promptement, il n'est qustion
entr'eux que de la Comtesse dont l'Ormoy vaute
les appas & le caractere, elle a selon lui, vingt
mille écus d'argent comptant, c'est une veuve
presque neuve, qui n'a été mariée que quinze
mois; Geronte quitte l'Ormoy en luidisant
de l'avertir quand son Procureur viendra; Valen-
tin, valet de Timante veut parler a Geronte, il
est étonné du ton de l'Ormoy, qu'il trouve assis
dans le fauteuil de son maître; il le prie de lui
développer les ressorts, qui d'un valet en sont
aO
184 MERCUREDEFRANCE.
un homme de conséquence: l'Ormoy aptès l'a-
voit régardé avec compassion, lui ordonne d'é-
couter attentivement.
En deux mots je te veux dévoiler ce mystere,
De Timante en secret connois le caractete,
Etudie avec art ses vertus, ses deffauts
Distingne tous ses goûts & sens-les à propos;
De lui plaire en tous points faits ton unique étude-
Valentin.
Bon.
L'Ormoy.
Ce noviciat peut d'abord être rude
Mais dans la vie humaine un de nos grands talens
Est de sçavoir connoître & mener de tels gens:
Oui, par là près d'un Maître on voit ce qu'on peut
faire.
On gouverne les sots, on plast quand on veut
plaire.
On projette avec fruit, on demande, on obtient;
Ce qu'on veut proteger sans force on le soutient
Et les ressorts cachés de la metamorphose
Font par un tel valet plus que le Maître n'ose.
Valentin sort fort content & dans la ferme re-
solution de profiter de la leçon de l'Ormoy. Le
Procureur arrive, l'Ormoy qui veut sçavoir les af-
faires de son Maître en prend si bien le tou & les
manieres, que le Procureur en est la dupe: il
parle chicane & procedure, il bavarde, il s'é-
chauffe, & daus le fort de son enthousiasme Ge-
00
5
FEVRIER. 1752.
185
ronte sutvient, le Procureur surpris & confus
s'emporte contre le Valet, Geronte l'appaise en
lui promettant de n'entrer dans aucun acco-
modement. Damis & Julie ont cependant beau-
coup d'inquiétude, Damis de peur d'être deshé-
rité feint de consentir à son mariage avec la Com-
tesse, il croit d'ailleurs déconvrir pat là le secret de
l'Ormoy; ce fourbe de son côté forme la résolu-
tion de prendre dans le costre fort de Geronte les
vingt mille écus que la préteudue Comtesse qui est
sa sœur doit apporter en dot à Damis, sauf à ren-
dre cette somme après le mariage, il est forcé
d'en prévenir Damis qu'il croit amoureux de la
fausse Comtesse; mais il n'a garde de l'avertir
que cetre fausse Comiesse est sa sœur & en servi-
ce comme lui. Damis apprend avec plaisir le
vol de l'Ormoy, en se promettant d'en faire
avertir son oncle. L'Ormoy instiuit sa sœur de
tous ses tours & lui donne des avis pour se bien
conduire dans cette intrigue, elle va chez Geron-
te, elle y demande Damis qui fait quelques dif-
ficultés sur le mariage convenu. Geronte que-
relle son neuven qui prend le parti de feindre
de nouveau. L'Ormoy a appris de Valentin que
son Maître l'a chassé, parce qu'il n'imitoit que
trop son précepteur en fourberie & en insolence
que Geronte par les soins de Timante, doit rece-
voir une lettre de Guyenne, par laquelle on l'inf-
truit de la naissance de la Comtesse & des fourbe-
ries de son Domestique chéri; il faut par consé-
quent détourner l'orage qui est sur le point d'écla-
ter, & l'Ormoy prend le parti d'engager Geronte
à rompre absolument avec son frere. Cette trans-
action, dit il, que Timante a si fort à cœur pour
finir les affaires de Damis & de Julie, est faite de
concert avec votre Procureur, qui vous trompe;
Nigitized by Goo
.
186 MERCURÉDEFRANCE.
ce n'est que pour empêcher le mariage de la Com-
tesse, & préparer celui de Julie, vous êtes bon,
ils vous y feront consentir, me perdiont dans
votre espiit & je n'emporterai pour récompense de
mes services, que votre indignation. Geronte jette
feu & flamme sut son frete & rassure l'Ormoy
on apporte une lettre de la poste, l'Ormoy en-
tend dire qu'elle vient de Guyenne, le sa:sfille-
ment le prend, comment parer le coup? Geronte
heureusement n'a point ses lunettes, il envoye
l'Ormoy les chercher, il se donne bien de garde
de les donner, il offte de lire la lettre, Geronte
y consent, l'Ormoy en change sut le champ le
seus & les termes, elle étoit toute à son désavan-
tage; elle lui devient toute favorable, il n'ole
meme lire tout haut l'éloge qu'on fait de lui, &e-
ronte veut qu'il continue, & il achere son pané-
yrique; Geronte demande la lettre pour la ser-
rer, mais l'Oimoy a la précaution de la déchiret
par modestie, Geronte en est si content qu'il lui
donne mille écus de pension. Timante ensuite
veut envain d'étromper Geronte, il a beau lui
dire des que votre l'Ormoy a déchiré la lettre, vous
êtes pris pour dupe, Geronte persiste dans sa
prévention. Valentin valet chassé par Timante a
été cho si par l'Ormoy pour être un des domesti-
que de Geronte, sans que le Maître en fût infor-
mé, il est sujet à s'ennivrer & paroit dans cet état,
dors de la dispute des deux freres, il commence
par dire du mal de son premier Maître, ce qui
rejouit Geronte, mais après il dit encore pis du
dernier, c'est selon lui un sot, un imbécile que
l'Ormoy méne comme il veut: alors appercevant
les deux freres il veut changer de ton, Gerovie
se met en colere, l'Ivtogne s'enfuit en disant-
que l'Ormoy le protège & qu'il lui portera ses
ed by G
FEVRIER. 1752.
187
plaintes; certe scene donne lieu à Timante d'ins-
truire Geronte des desseins de l'Ormoy & de l'ori-
gine de la prétendue Comtesse, c'est sa sœur, ajou-
te-t'il, c'est une intriguante & vous avez un
soible pour votre valet qui n'est pas excusa-
ble.
Puisqu'il faut dire ce que je pense,
Si certains grands Valets peuvent tout aujour-
d'hui,
L'affection n'est pas leur plus solide appui;
Mais leur pouvoir sur nous, vient de notre foi-
blesse
Nous leur confions trop ce qui nous intéresse,
Et témoins journaliers de nos plus grands def-
fauts
Nous leut ouvrons nos cœurs toujours mal
propos;
Ils sçavent nos secrets, nos torts, nos injus-
tices,
Et nous n'aimons en eux que l'écho de nos
vices;
C'est ainsi qu'un Valet devient Maître de nous,
C'est ainsi que l'Ormoy se l'est rendu de vous,
Qu'il vous trompe sur tout.
Timante emmene son frere pour lui commu-
niquer un projet qui doit démasquer l'O. moy:
ce projet réussit, cat Geronte, en apprenant à l'Or-
moy qu'il sçait positivement que la prétendue
Mues u
188 MERCURE DE FRANCE.
Comtesse est sa sœir, & feignant d'en être ples
aise que faché, fait assez adtoitement donuet
son Valet dans le panneau. Alors Geronte ne di-
simule plus son ressentiment, il déconcerte en-
tierement l'Ormoy, mais ce fripon imagine d'a-
bord un autre stratageme en soutenant que sa
soeur n'en est pas moins de condition, qu'ils sont
tous deux issus de parens distinguez qui ont prodi-
gué leurs biens au service & là dessus il batit na
Roman fort pathétique, qui attendrit Geronte.
L'Ormoy qui s'apperçoit du succès de l'histoire
qu'il vient de fobriquet, avoue ingénuement i
Geronte que de concert avec Damis il lui a pris
vingt millle écus pour former une dot à sa sœur.
Ou sont. ils, demande Geronte, je les ai, répond
l'Ormoy, & je vais vous les tendre: non mon
cher, réplique le bon homme, je dote ta soeus
de ces vingt mille écus; la fausse Comtesse qui
s'étoit cachée paroit pénetrée de reconnoissance, &
Timante, Damis & Julie, entrent dans l'appar-
tement de Geronte, ils se réunissent tous trois
contre l'Ormoy, & Geronre en prend plus vi-
vement son parti; mais l'apparition subite du
Procureur qui venoit apporter une transaction
& qui reconnoit la fausse Comtesse pour une cer-
taine Louison servante de sa femme, acheve de
confondre l'intriguant & P'intriguante qui fut obli-
gée de tout avouet. Geronte laisse cependant i
l'Oimoy, par l'avis, de Timante, les mille
écus de pension qu'il Jui avoit donnez, à condi-
tion que Louison en auroit moitié, les vingt
mille écus sont rendus & le procès de Damis & de
Julie se termine par leur mariage.
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Résumé : « Les Comédiens François continuent avec succès les représentations de Varon, & se prépar[e]nt à donner [...] »
La pièce 'Le Valet Maître' est une comédie en vers et en trois actes écrite par M. de Moissy, représentée pour la première fois le 6 octobre 1751 à Paris. L'intrigue tourne autour de Geronte, un homme riche et crédule, et de son frère Timante, plus raisonnable. Ils sont les tuteurs respectifs de Damis et Julie, enfants de leurs frères aînés. Geronte souhaite marier Damis à une comtesse recommandée par Ormoy, son domestique manipulateur, tandis que Timante propose de marier Damis et Julie, qui s'aiment. Ormoy, surnommé 'le Valet Maître', manipule Geronte pour ses propres intérêts en vantant les mérites de la comtesse, une veuve récente avec une dot de vingt mille écus. Valentin, valet de Timante, découvre cette manipulation. Damis, inquiet d'être déshérité, feint de consentir au mariage pour découvrir les plans d'Ormoy. Ormoy prévoit de voler la dot, révélée être sa sœur. Damis informe son oncle Geronte. Ormoy, chassé par Geronte, tente de semer la discorde entre les frères. Une lettre révèle la véritable nature de la comtesse. Ormoy manipule Geronte en modifiant une lettre et en se vantant de ses qualités, obtenant une pension de mille écus. Timante et Valentin démasquent Ormoy. Geronte découvre la supercherie et décide de doter la sœur d'Ormoy avec les vingt mille écus détournés. Le procureur reconnaît la fausse comtesse comme une servante, confondant les imposteurs. Geronte conserve la pension partagée avec la servante et récupère les vingt mille écus. Finalement, Damis et Julie se marient.
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61
p. 189-190
« Les Comédiens François ont donné le 3 Février la premiere représentation d'une Comédie nouvelle, [...] »
Début :
Les Comédiens François ont donné le 3 Février la premiere représentation d'une Comédie nouvelle, [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Opéra-Comique, Foire Saint-Germain
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Comédiens François ont donné le 3 Février la premiere représentation d'une Comédie nouvelle, [...] »
Les Comédiens François ont donné le 3 Février
la premiere représentation d'une Comédie nouvelle,
en cinq actes, & en vers, intitulée : Les ef-
fets du caractere. Le premier acte de cette pièce qui
n'a été jouée que trois fois, a été trouvé bien écrit
& rempli de détails agréables,
L'Opera Comique que nous ne comptions plus
au nombre de nos Spectacles depuis sept ou huit
ans, a reparu le 3 Fevrier à la Foire S. Germain.
Il a donné pour son ouverture, le Retour favorable,
dont les Auteurs nous sont inconnus; les Amoura
190 MERCURE DEFRANCE.
de Nanterre de MM. Autreau, Le Sage & d'Orne-
val; & la Servante justifiée de MM. Fagan & Fa-
vart. Mlle Rosaline, & MM. de Lecluse & Des-
champs, sont les Acteurs qui ont été le plus ap-
plaudis dans ces différentes piéces. M. Monnet
dont on connoît la vivacité, le zèle & l'intelli-
gence a fait, pour bien montet son Théatre, des
efforts plus heureux qu'on ne devoit naturellement
l'esperer du peu de tems qu'il a eu pour s'y prépa-
rer. Il sent mieux que personne ce qui manque à
ce Spectacle, & certe connoissance produira sure-
ment quelque chose.
la premiere représentation d'une Comédie nouvelle,
en cinq actes, & en vers, intitulée : Les ef-
fets du caractere. Le premier acte de cette pièce qui
n'a été jouée que trois fois, a été trouvé bien écrit
& rempli de détails agréables,
L'Opera Comique que nous ne comptions plus
au nombre de nos Spectacles depuis sept ou huit
ans, a reparu le 3 Fevrier à la Foire S. Germain.
Il a donné pour son ouverture, le Retour favorable,
dont les Auteurs nous sont inconnus; les Amoura
190 MERCURE DEFRANCE.
de Nanterre de MM. Autreau, Le Sage & d'Orne-
val; & la Servante justifiée de MM. Fagan & Fa-
vart. Mlle Rosaline, & MM. de Lecluse & Des-
champs, sont les Acteurs qui ont été le plus ap-
plaudis dans ces différentes piéces. M. Monnet
dont on connoît la vivacité, le zèle & l'intelli-
gence a fait, pour bien montet son Théatre, des
efforts plus heureux qu'on ne devoit naturellement
l'esperer du peu de tems qu'il a eu pour s'y prépa-
rer. Il sent mieux que personne ce qui manque à
ce Spectacle, & certe connoissance produira sure-
ment quelque chose.
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Résumé : « Les Comédiens François ont donné le 3 Février la premiere représentation d'une Comédie nouvelle, [...] »
Le 3 février, les Comédiens Français ont présenté 'Les effets du caractère', une comédie en cinq actes et en vers, qui a été jouée trois fois et appréciée pour son premier acte. Le même jour, l'Opéra Comique a repris ses représentations après une absence de sept ou huit ans lors de la Foire Saint-Germain. La réouverture a inclus trois pièces : 'Le Retour favorable' d'auteurs inconnus, 'Les Amours de Nanterre' de MM. Autreau, Le Sage et d'Orneval, et 'La Servante justifiée' de MM. Fagan et Favart. Les acteurs Mlle Rosaline, MM. De Lecluse et Deschamps ont reçu des applaudissements. M. Monnet, reconnu pour sa vivacité et son intelligence, a bien préparé la réouverture malgré le court délai, tout en étant conscient des améliorations nécessaires.
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62
p. 174-175
« Les Comédiens François ont remis au Théatre le Mercredi 28 Février, la Force du naturel, Comédie [...] »
Début :
Les Comédiens François ont remis au Théatre le Mercredi 28 Février, la Force du naturel, Comédie [...]
Mots clefs :
Théâtre, Comédie, Comédiens-Français, Opéra-Comique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Comédiens François ont remis au Théatre le Mercredi 28 Février, la Force du naturel, Comédie [...] »
Les Comédiens François ont remis au Théatre
A VRI L. 1753. 175
le Mercredi 28 Février , la Force du naturel , Comédie
en Vers , & en cinq Actes , de M. Nericaut
Deftouches ; elle a eu cinq repréſentations .
Le Public a revû avec beaucoup de plaifir fur
le même Théatre le Lundi cinq Mars & les jours
fuivans , l'Impertinent , Comédie en Vets & en un
Acte , de M. Defmabis , qui avoit été jouée en
1750 avec un grand fuccès : le principal rôle de
cette Piéce eft rendu dans la plus grande perfection
par M. Grandval , Acteur inimitable pour les
rôles de ce genre.
L'Opéra Comique a donné le Mardi 13 du
mois dernier , la premiere repréſentation du Safffant,
Piece nouvelle en un Acte , qui réuffit fort .
A VRI L. 1753. 175
le Mercredi 28 Février , la Force du naturel , Comédie
en Vers , & en cinq Actes , de M. Nericaut
Deftouches ; elle a eu cinq repréſentations .
Le Public a revû avec beaucoup de plaifir fur
le même Théatre le Lundi cinq Mars & les jours
fuivans , l'Impertinent , Comédie en Vets & en un
Acte , de M. Defmabis , qui avoit été jouée en
1750 avec un grand fuccès : le principal rôle de
cette Piéce eft rendu dans la plus grande perfection
par M. Grandval , Acteur inimitable pour les
rôles de ce genre.
L'Opéra Comique a donné le Mardi 13 du
mois dernier , la premiere repréſentation du Safffant,
Piece nouvelle en un Acte , qui réuffit fort .
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Résumé : « Les Comédiens François ont remis au Théatre le Mercredi 28 Février, la Force du naturel, Comédie [...] »
En février 1753, les Comédiens Français ont joué 'La Force du naturel' de Nericault Destouches cinq fois. Le public a aussi apprécié 'L'Impertinent' de Desmahis, avec M. Grandval, les 5 et 6 mars. L'Opéra Comique a présenté 'Le Savetier' le 13 mars.
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63
p. 172-174
« L'Académie royale de Musique continue les Fêtes de Thalie. Ce spectacle, depuis le brillant [...] »
Début :
L'Académie royale de Musique continue les Fêtes de Thalie. Ce spectacle, depuis le brillant [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Tragédie, Rôle, Académie royale de musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'Académie royale de Musique continue les Fêtes de Thalie. Ce spectacle, depuis le brillant [...] »
'Académie royale de Mufique continue les Fé
tes de Thalie. Ce fpectacle , depuis le brillant
début de Mile Cohendet , attire plus de monde
qu'il n'en attiroit d'abord. Le goût du Public
pour la voix & le talent de la nouvelle Actrice eft
toujours très-vif. On retirera le 3 Décembre les
Fêtes de Thalie , pour mettre Thésée.
Les Comédiens François font tous réunis depuis
le 18 de Novembre. Tandis qu'une partie faifoit
les délices de la Cour à Fontainebleau , ceux qui
étoient restés à Paris , foutenoient le théatre avec
fuccès ; & ils avoient de très-fortes repréfentations,
quoiqu'ils ne donnaffent que des pieces de répertoire
. Mlle Clairon a beaucoup joué , & toujours
fupérieurement. Les rolles qu'elle a repréſentés
pendant l'abfence , font Agrippine dans Britannicus
, Zaire , Roxane dans Bajazet , Cléopatre dans
Rodogune , Ariane , Pauline dans Polieudte , Phédre
, la Reine dans Guftave , Alzire , Penelope &
Médée. Ces deux dernieres tragédies font très -médiocres
; on les donne moins fréquemment que
celles des bons Auteurs . Penelope eut une chute
marquée dans la nouveauté , à peine put-elle fupporter
fix représentations , & elle a eu bien de la
peine à fe relever. Il y a apparence que cette tragédie
auroit été abandonnée, fi Baron , à la rentrée
au théatre , n'avoit voulu jouer les trois reconnoiffances
qui fe trouvent dans le rolle d'U
lyffe . Les deux premiers actes de Penelope font
extrêmement froids , la verfification de toute la
DECEMBRE. 1754 173
piece eft dure , profaïque & prefque toujours platte
, les rolles épifodiques font infupportables ; il y
a un perfonnage d'Yphife qu'on devroit fupprimer,
il eft abfolument inutile ; & l'amour de Telemaque
pour cette Princefle eft ridicule. Il y a des endroits
touchans dans les trois derniers actes ; la
reconnoiffance du cinquiéme fait fur- tout un
grand effet. Cette piece eft difficile à bien rendre ;
elle exige le plus grand foin de la part des Ateurs
, & principalement de la part de Penelope .
Mlle Clairon y ravit tous les fpectateurs . M. La-
Doue qui eft chargé du rolle d'Ulyſſe , s'en acquitte
auffi très-bien . Le dénouement de Penelope
devroit être en action au lieu d'être en récit. Il
y a un autre défaut dans ce dénouement , c'eſt
qu'Ulyffe n'y paroît pas : on feroit bien aife de le
revoir triomphant de fes ennemis , & paifible poffeffeur
de fes Etats .
Il nous paroît que les connoiffeurs eftiment plus.
Médée que Penelope ; les deux grands refforts de
la tragédie , la terreur & la pitié , s'y font fentir
plus vivement. Il n'y a point de perfonnage épi
fodique ; l'action en eft fimple & grande , & le
fujet bien traité. Il y a des beautés dans tous les
actes. Le quatrieme eft frappant. Médée prête à
poignarder fes enfans , & retenue par l'amour maternel
, remplit tous les fpectateurs d'effroi . Il
feroit à fouhaiter que le rolle de Jafon fût moins
foible & moins odieux . Les prétextes dont il fe
fert abandonner Médée , font miférables ;
ils excitent une indignation générale . Les rolles
de Créon & de Créufe ne font gueres mieux faits ,
Longepierre a tout facrifié à celui de Médée. Il
ya quelquefois de l'élévation dans les vers de
cette piece, il y a même des tours naturels & heureux
, mais le ftyle n'eft pas foutenu . On voit que
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE:
P'Auteur s'eft fatigué quand il a voulu mettre de la
force & de la nobleffe dans l'expreffion ; fon imagination
s'épuife promptement . La tragédie de
Médée fut reçue froidement lorfqu'elle fut mife
au théatre en 1694 , & cet ouvrage étoit preſque
oublié , lorfque les Comédiens en rifquerent une
repriſe au mois de Septembre 1728. Mlle Balicour
y rempliffoit le principal rolle , & le fuccès
en fut prodigieux , quoiqu'on ne le repréfentât
que les Mardis & Vendredis , les deux jours de
fa femaine ou la Comédie eft le moins fréquentée.
Depuis la retraite de Mlle Balicour , la tragédie
de Médée s'eft foutenue par les talens de Miles
Dumefnil & Clairon ; & tant qu'il y aura de grandes
Actrices au théatre , elle s'y maintiendra.
M. Molé a continué fon début par les rollesd'Horace
dans l'Ecole des femmes , de Seleucus
dans Rodogune , de Fréderic dans Guſtave , du
Chevalier dans le Diftrait , & de Charmant dans
l'Oracle,
On a donné le Samedi 16 , à la fuite du Ma
homet de M. de Voltaire , la petite Comédie de
la Pupille. Mlle Guéant y a débuté pour la troifieme
fois par le rolle de la Pupille ; elle a joué le
lendemain Mélite dans le Philofophe marié. On
a trouvé qu'elle avoit la figure plus agréable &
plus noble que jamais , & qu'elle avoit beaucoup
acquis du côté du fentiment & de l'expreffion . Le
public paroît defirer qu'elle foit reçue pour les
rolles de feconde amoureuſe.
tes de Thalie. Ce fpectacle , depuis le brillant
début de Mile Cohendet , attire plus de monde
qu'il n'en attiroit d'abord. Le goût du Public
pour la voix & le talent de la nouvelle Actrice eft
toujours très-vif. On retirera le 3 Décembre les
Fêtes de Thalie , pour mettre Thésée.
Les Comédiens François font tous réunis depuis
le 18 de Novembre. Tandis qu'une partie faifoit
les délices de la Cour à Fontainebleau , ceux qui
étoient restés à Paris , foutenoient le théatre avec
fuccès ; & ils avoient de très-fortes repréfentations,
quoiqu'ils ne donnaffent que des pieces de répertoire
. Mlle Clairon a beaucoup joué , & toujours
fupérieurement. Les rolles qu'elle a repréſentés
pendant l'abfence , font Agrippine dans Britannicus
, Zaire , Roxane dans Bajazet , Cléopatre dans
Rodogune , Ariane , Pauline dans Polieudte , Phédre
, la Reine dans Guftave , Alzire , Penelope &
Médée. Ces deux dernieres tragédies font très -médiocres
; on les donne moins fréquemment que
celles des bons Auteurs . Penelope eut une chute
marquée dans la nouveauté , à peine put-elle fupporter
fix représentations , & elle a eu bien de la
peine à fe relever. Il y a apparence que cette tragédie
auroit été abandonnée, fi Baron , à la rentrée
au théatre , n'avoit voulu jouer les trois reconnoiffances
qui fe trouvent dans le rolle d'U
lyffe . Les deux premiers actes de Penelope font
extrêmement froids , la verfification de toute la
DECEMBRE. 1754 173
piece eft dure , profaïque & prefque toujours platte
, les rolles épifodiques font infupportables ; il y
a un perfonnage d'Yphife qu'on devroit fupprimer,
il eft abfolument inutile ; & l'amour de Telemaque
pour cette Princefle eft ridicule. Il y a des endroits
touchans dans les trois derniers actes ; la
reconnoiffance du cinquiéme fait fur- tout un
grand effet. Cette piece eft difficile à bien rendre ;
elle exige le plus grand foin de la part des Ateurs
, & principalement de la part de Penelope .
Mlle Clairon y ravit tous les fpectateurs . M. La-
Doue qui eft chargé du rolle d'Ulyſſe , s'en acquitte
auffi très-bien . Le dénouement de Penelope
devroit être en action au lieu d'être en récit. Il
y a un autre défaut dans ce dénouement , c'eſt
qu'Ulyffe n'y paroît pas : on feroit bien aife de le
revoir triomphant de fes ennemis , & paifible poffeffeur
de fes Etats .
Il nous paroît que les connoiffeurs eftiment plus.
Médée que Penelope ; les deux grands refforts de
la tragédie , la terreur & la pitié , s'y font fentir
plus vivement. Il n'y a point de perfonnage épi
fodique ; l'action en eft fimple & grande , & le
fujet bien traité. Il y a des beautés dans tous les
actes. Le quatrieme eft frappant. Médée prête à
poignarder fes enfans , & retenue par l'amour maternel
, remplit tous les fpectateurs d'effroi . Il
feroit à fouhaiter que le rolle de Jafon fût moins
foible & moins odieux . Les prétextes dont il fe
fert abandonner Médée , font miférables ;
ils excitent une indignation générale . Les rolles
de Créon & de Créufe ne font gueres mieux faits ,
Longepierre a tout facrifié à celui de Médée. Il
ya quelquefois de l'élévation dans les vers de
cette piece, il y a même des tours naturels & heureux
, mais le ftyle n'eft pas foutenu . On voit que
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE:
P'Auteur s'eft fatigué quand il a voulu mettre de la
force & de la nobleffe dans l'expreffion ; fon imagination
s'épuife promptement . La tragédie de
Médée fut reçue froidement lorfqu'elle fut mife
au théatre en 1694 , & cet ouvrage étoit preſque
oublié , lorfque les Comédiens en rifquerent une
repriſe au mois de Septembre 1728. Mlle Balicour
y rempliffoit le principal rolle , & le fuccès
en fut prodigieux , quoiqu'on ne le repréfentât
que les Mardis & Vendredis , les deux jours de
fa femaine ou la Comédie eft le moins fréquentée.
Depuis la retraite de Mlle Balicour , la tragédie
de Médée s'eft foutenue par les talens de Miles
Dumefnil & Clairon ; & tant qu'il y aura de grandes
Actrices au théatre , elle s'y maintiendra.
M. Molé a continué fon début par les rollesd'Horace
dans l'Ecole des femmes , de Seleucus
dans Rodogune , de Fréderic dans Guſtave , du
Chevalier dans le Diftrait , & de Charmant dans
l'Oracle,
On a donné le Samedi 16 , à la fuite du Ma
homet de M. de Voltaire , la petite Comédie de
la Pupille. Mlle Guéant y a débuté pour la troifieme
fois par le rolle de la Pupille ; elle a joué le
lendemain Mélite dans le Philofophe marié. On
a trouvé qu'elle avoit la figure plus agréable &
plus noble que jamais , & qu'elle avoit beaucoup
acquis du côté du fentiment & de l'expreffion . Le
public paroît defirer qu'elle foit reçue pour les
rolles de feconde amoureuſe.
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Résumé : « L'Académie royale de Musique continue les Fêtes de Thalie. Ce spectacle, depuis le brillant [...] »
En décembre 1754, les activités théâtrales étaient marquées par plusieurs événements notables. L'Académie royale de Musique poursuivait les 'Fêtes de Thalie', attirant un public de plus en plus nombreux grâce à la performance de Mile Cohendet. Cependant, à partir du 3 décembre, ces fêtes ont été remplacées par la représentation de 'Thésée'. Parallèlement, les Comédiens Français, réunis depuis le 18 novembre, ont donné des représentations tant à la cour de Fontainebleau qu'à Paris, malgré un répertoire limité. Ces représentations ont été couronnées de succès. Mlle Clairon a interprété plusieurs rôles prestigieux, notamment dans 'Britannicus', 'Zaire', 'Bajazet', 'Rodogune', 'Polyeucte', 'Gustave', 'Alzire', 'Pénélope' et 'Médée'. Parmi ces pièces, les tragédies 'Pénélope' et 'Médée' ont reçu des critiques mitigées. 'Pénélope' a été accueillie tièdement et a été sauvée par l'interprétation de Baron. La pièce a été critiquée pour sa versification dure et ses rôles épisodiques insupportables. En revanche, 'Médée' a été mieux appréciée pour ses effets de terreur et de pitié, bien que certains rôles aient été jugés faibles. Cette tragédie a connu un succès renouvelé grâce à des actrices comme Mlle Balicour, Duménil et Clairon. M. Molé a également interprété plusieurs rôles avec succès. Quant à Mlle Guéant, elle a fait ses débuts dans 'La Pupille' et 'Mélite', recevant des éloges pour son jeu et son expression.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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64
p. 187-189
« L'Académie royale de Musique a donné le Dimanche premier Décembre, la [...] »
Début :
L'Académie royale de Musique a donné le Dimanche premier Décembre, la [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Comédiens-Italiens, Académie royale de musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'Académie royale de Musique a donné le Dimanche premier Décembre, la [...] »
Académie royale de Mufique a donné
le Dimanche premier Décembre , la
derniere repréſentation des Fêtes de Thalie.
M. Vallée avoit débuté dans ce ballet , le
19 Novembre , par un air qu'on avoit
ajouté dans le troifiéme acte , & il a depuis
chanté dans le prologue . Le nouvel acteur
peut , avec beaucoup de travail & le fecours
des bons maîtres , devenir une jolie haute-
contre.
Le public commençoit à trouver un peu
lents les progrès de Mlle Davaux , dont la
figure , la voix & le talent avoient d'abord
donné de fi grandes efpérances. Cette actrice
a fait de fes cenfeurs autant de partifans
, le 19 Novembre . Elle a ce jour- là , &
les repréſentations fuivantes , fi bien chanté
& joué avec tant de fineffe & d'intelligence
le rolle de Califte dans le troifieme acte
des Fêtes de Thalie , qu'elle a réuni tous les
188 MERCURE DE FRANCE.
fuffrages. Nous efperons que Mlle Davaux
ne regardera pas ce fuccès comme une
preuve qu'elle ait atteint le point de perfection
qu'on defiroit d'elle , mais comme
une certitude qu'elle y arrivera , fi elle
continue à travailler opiniâtrément , & à
fe livrer avec docilité aux foins de l'excellent
maître qui la dirige.
LES Comédiens François ont repris le
Mercredi 20 Novembre , les Troyennes, Tragédie
de M. de Châteaubrun , mife pour
la premiere fois au théatre avec un fuccès
éclatant , le Lundi 11 Mars de cette année.
On ne l'a jouée que cinq fois à cette reprife.
Le Samedi 30 , jour de la derniere
repréſentation , il s'eft préfenté an fpectacle
trois fois plus de monde que la falle
n'en pouvoit contenir. Tout eft naturel
dans cette Tragédie ; il n'y a ni de ces coups
imprévus ni de ces fituations forcées qui
éblouiffent d'abord & qui révoltent enfuite.
La vérité , qui doit être l'effence de tout
poëme dramatique , eft peinte dans tous
les actes , avec une fimplicité noble & touchante
. On s'attendrit par dégrés. Les malheurs
dont la famille de Priam eft accablée,
fe fuccédent fans effort les uns aux autres ,
& les Spectateurs croyent être transportés
devant Troye brûlée & faccagée.
. DECEMBRE . 1754. 189
Nous avons remarqué une chofe qui
doit paroître extraordinaire , & qui prouve
que les acteurs de la Comédie Françoife
font tous leurs efforts pour varier les amufemens
du public . Ils ont repréfenté vingtfept
tragédies depuis le 22 Avril , jour de
l'ouverture du théatre , jufques & compris
le 2 Décembre ; fçavoir , le Cid , les Horaces
, Rodogune , & Polieucte , de Pierre
Corneille ; Andromaque , Britannicus
Bajazet , Mithridate , Phédre , & Athalie
de Racine ; Ariane , de Thomas Corneille ;
Fénelope , de l'Abbé Geneft ; Manlius , de
la Foffe ; Médée , de Longepierre ; Inès de
Caftro , de Lamotte ; Radamiſte & Zénobie
, de M. de Crébillon ; OEdipe , Herode
& Mariamne , Brutus , Zaïre , Ālzire , Mérope,
& Mahomet , de M. de Voltaire ; Guftave
, de M. Piron ; Didon , de M. Lefranc ;
les Troyennes , de M. de Châteaubrun ; &
Amalazonte , de M. le Marquis de Ximenès.
LES Comédiens Italiens continuent avec
un fuccès toujours foutenu , la Servante
maîtreffe. Cet ouvrage eft à fa quarantieme
repréſentation .
le Dimanche premier Décembre , la
derniere repréſentation des Fêtes de Thalie.
M. Vallée avoit débuté dans ce ballet , le
19 Novembre , par un air qu'on avoit
ajouté dans le troifiéme acte , & il a depuis
chanté dans le prologue . Le nouvel acteur
peut , avec beaucoup de travail & le fecours
des bons maîtres , devenir une jolie haute-
contre.
Le public commençoit à trouver un peu
lents les progrès de Mlle Davaux , dont la
figure , la voix & le talent avoient d'abord
donné de fi grandes efpérances. Cette actrice
a fait de fes cenfeurs autant de partifans
, le 19 Novembre . Elle a ce jour- là , &
les repréſentations fuivantes , fi bien chanté
& joué avec tant de fineffe & d'intelligence
le rolle de Califte dans le troifieme acte
des Fêtes de Thalie , qu'elle a réuni tous les
188 MERCURE DE FRANCE.
fuffrages. Nous efperons que Mlle Davaux
ne regardera pas ce fuccès comme une
preuve qu'elle ait atteint le point de perfection
qu'on defiroit d'elle , mais comme
une certitude qu'elle y arrivera , fi elle
continue à travailler opiniâtrément , & à
fe livrer avec docilité aux foins de l'excellent
maître qui la dirige.
LES Comédiens François ont repris le
Mercredi 20 Novembre , les Troyennes, Tragédie
de M. de Châteaubrun , mife pour
la premiere fois au théatre avec un fuccès
éclatant , le Lundi 11 Mars de cette année.
On ne l'a jouée que cinq fois à cette reprife.
Le Samedi 30 , jour de la derniere
repréſentation , il s'eft préfenté an fpectacle
trois fois plus de monde que la falle
n'en pouvoit contenir. Tout eft naturel
dans cette Tragédie ; il n'y a ni de ces coups
imprévus ni de ces fituations forcées qui
éblouiffent d'abord & qui révoltent enfuite.
La vérité , qui doit être l'effence de tout
poëme dramatique , eft peinte dans tous
les actes , avec une fimplicité noble & touchante
. On s'attendrit par dégrés. Les malheurs
dont la famille de Priam eft accablée,
fe fuccédent fans effort les uns aux autres ,
& les Spectateurs croyent être transportés
devant Troye brûlée & faccagée.
. DECEMBRE . 1754. 189
Nous avons remarqué une chofe qui
doit paroître extraordinaire , & qui prouve
que les acteurs de la Comédie Françoife
font tous leurs efforts pour varier les amufemens
du public . Ils ont repréfenté vingtfept
tragédies depuis le 22 Avril , jour de
l'ouverture du théatre , jufques & compris
le 2 Décembre ; fçavoir , le Cid , les Horaces
, Rodogune , & Polieucte , de Pierre
Corneille ; Andromaque , Britannicus
Bajazet , Mithridate , Phédre , & Athalie
de Racine ; Ariane , de Thomas Corneille ;
Fénelope , de l'Abbé Geneft ; Manlius , de
la Foffe ; Médée , de Longepierre ; Inès de
Caftro , de Lamotte ; Radamiſte & Zénobie
, de M. de Crébillon ; OEdipe , Herode
& Mariamne , Brutus , Zaïre , Ālzire , Mérope,
& Mahomet , de M. de Voltaire ; Guftave
, de M. Piron ; Didon , de M. Lefranc ;
les Troyennes , de M. de Châteaubrun ; &
Amalazonte , de M. le Marquis de Ximenès.
LES Comédiens Italiens continuent avec
un fuccès toujours foutenu , la Servante
maîtreffe. Cet ouvrage eft à fa quarantieme
repréſentation .
Fermer
Résumé : « L'Académie royale de Musique a donné le Dimanche premier Décembre, la [...] »
L'Académie royale de Musique a présenté la dernière représentation des 'Fêtes de Thalie' le 1er décembre. M. Vallée, débutant le 19 novembre, a montré un potentiel prometteur en tant que haute-contre. Mlle Davaux, après des progrès jugés lents, a gagné des partisans en interprétant le rôle de Calife avec finesse et intelligence. Les Comédiens Français ont repris 'Les Troyennes' de M. de Châteaubrun le 20 novembre, après un succès initial le 11 mars. La dernière représentation, le 30 novembre, a attiré trois fois plus de monde que la salle ne pouvait en contenir. La tragédie se distingue par sa naturalité et sa simplicité touchante, transportant les spectateurs devant Troie en flammes. Depuis l'ouverture du théâtre le 22 avril, les Comédiens Français ont représenté vingt-sept tragédies différentes. Les Comédiens Italiens continuent de présenter 'La Servante maîtresse' avec succès, à sa quarantième représentation.
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65
p. 196-197
« Le 14 du même mois d'Octobre, les Comédiens François représenterent le [...] »
Début :
Le 14 du même mois d'Octobre, les Comédiens François représenterent le [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Comédiens-Italiens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 14 du même mois d'Octobre, les Comédiens François représenterent le [...] »
Le 14 du même mois d'Octobre , les
Comédiens François repréfenterent le
Muet , de Brueys , avec Crifpin Medecin ,
de Hauteroche.
L'Opera donna le 15 une feconde repréfentation
de la Naiſſance d'Ofiris , de
' Acte des Incas , & de Pigmalion.
Le 16 Herode & Mariamne , tragédie
de M. de Voltaire , & le Legs , petite comé
die de M. de Marivaux , un des quarante
de l'Académie Françoife , furent repréfentées
par les Comédiens François.
Le Vendredi 18 , on repréfenta Thefee,
célébre Opéra de Quinault & de Lulli
avec la plus grande magnificence , & avec
DECEMBRE . 1754. 197
toute la dignité dont cet excellent ouvrage
eft fufceptible . On avoit pris le foin de
l'embellir encore par quelques morceaux
de chant , & plufieurs fymphonies du choix
de MM. Rebel & Francoeur , dont le public
a fi fouvent applaudi le goût , l'intelligence
, & les talens. Les principaux rolles
en furent remplis avec tout le pathétique
, la nobleffe , & l'énergie qu'on eft en
droit d'attendre des talens fupérieurs ; fçavoir
, Médée , par Mlle Chevalier ; Eglé ,
par Mlle Fel ; Théfee , par M. Jeliote ;
Egée , par M. de Chaffé.
Le Lundi fuivant 21 , on exécuta le même
fpectacle avec autant de zéle & de
fuccès.
Le 23 l'Opéra repréfenta Anacréon ,
ballet héroïque nouveau en un acte , précédé
du Mari garçon , Comédie de M. de
Boiffy , de l'Académie Françoife , qui fut
repréfentée par les Comédiens Italiens.
Comédiens François repréfenterent le
Muet , de Brueys , avec Crifpin Medecin ,
de Hauteroche.
L'Opera donna le 15 une feconde repréfentation
de la Naiſſance d'Ofiris , de
' Acte des Incas , & de Pigmalion.
Le 16 Herode & Mariamne , tragédie
de M. de Voltaire , & le Legs , petite comé
die de M. de Marivaux , un des quarante
de l'Académie Françoife , furent repréfentées
par les Comédiens François.
Le Vendredi 18 , on repréfenta Thefee,
célébre Opéra de Quinault & de Lulli
avec la plus grande magnificence , & avec
DECEMBRE . 1754. 197
toute la dignité dont cet excellent ouvrage
eft fufceptible . On avoit pris le foin de
l'embellir encore par quelques morceaux
de chant , & plufieurs fymphonies du choix
de MM. Rebel & Francoeur , dont le public
a fi fouvent applaudi le goût , l'intelligence
, & les talens. Les principaux rolles
en furent remplis avec tout le pathétique
, la nobleffe , & l'énergie qu'on eft en
droit d'attendre des talens fupérieurs ; fçavoir
, Médée , par Mlle Chevalier ; Eglé ,
par Mlle Fel ; Théfee , par M. Jeliote ;
Egée , par M. de Chaffé.
Le Lundi fuivant 21 , on exécuta le même
fpectacle avec autant de zéle & de
fuccès.
Le 23 l'Opéra repréfenta Anacréon ,
ballet héroïque nouveau en un acte , précédé
du Mari garçon , Comédie de M. de
Boiffy , de l'Académie Françoife , qui fut
repréfentée par les Comédiens Italiens.
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Résumé : « Le 14 du même mois d'Octobre, les Comédiens François représenterent le [...] »
Du 14 au 23 octobre, une série de représentations théâtrales et musicales ont été organisées. Le 14 octobre, les Comédiens Français ont joué 'Le Muet' de Brueys et 'Crispin Médecin' de Hauteroche. Le 15 octobre, l'Opéra a présenté 'La Naissance d'Osiris', 'Acte des Incas' et 'Pigmalion'. Le 16 octobre, les Comédiens Français ont interprété 'Hérode et Mariamne' de Voltaire et 'Le Legs' de Marivaux, membre de l'Académie Française. Le 18 octobre, l'Opéra a donné une représentation somptueuse de 'Théée', œuvre de Quinault et Lully, enrichie de morceaux de chant et de symphonies de Rebel et Francoeur. Les rôles principaux ont été interprétés par Mlle Chevalier, Mlle Fel, M. Jéliote et M. de Chassé. Le 21 octobre, cette représentation a été répétée avec succès. Le 23 octobre, l'Opéra a présenté 'Anacréon', ballet héroïque en un acte, précédé de 'Le Mari garçon', comédie de Boissy, interprétée par les Comédiens Italiens.
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66
p. 194-198
COMEDIE FRANÇOISE.
Début :
Le 11 Décembre les Comédiens François ont remis Nicomede, Tragédie du [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Comédie-Française, Nicomède, Nanine, Tragédie, Comédie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMEDIE FRANÇOISE.
COMÉDIE FRANÇOISE.
Le Décembre les Comédiens François
ont remis Nicomede , Tragédie du
grand Corneille , & très digne d'en être :
elle n'avoit point été reprife depuis la mort
du célébre Baron , arrivée en 1729 le 22
Décembre . Parmi la foule des beautés fu--
périeures dont cette piece étincelle , il fe
trouve beaucoup de chofes , ou plutôt d'expreffions
familieres , qu'on doit moins attribuer
à l'Auteur qu'au tems où il a vêcu .
Les deux premieres fois le public paroiffoit
indécis & comme partagé entre les éclats
de rire & les applaudiffemens , mais à la
troifiéme repréſentation ces familiarités ne
T'ont plus frappé , il n'a été fenfible qu'au
mérite fingulier de l'ouvrage , où la politique
joue le premier rôle , & qu'on peut
appeller une Tragédie de caractere. Nitomede
y paroît un digne éleve d'Annibal .
L'ironie eft fa figure favorite , il l'employe
fur-tout dans toute fa force vis- à vis de
Flaminius. Ce ton railleur paroît un peu
bleffer la dignité du cothurne ; le fpectateur
furpris n'a fçu d'abord s'il devoit applaudir
Nicomede comme un homme d'efprit
, ou l'admirer comme un grand homme.
Quelques-uns même l'ont qualifié de
JANVIER. 1755. 195
héros perfifleur , mais on a fenti par réflexion
que ce langage ironique partoit
d'une ame fiere , & qu'il convenoit à un
Prince jaloux de fes droits , & juftement
indigné de voir qu'un Romain vint impofer
la loi à Prufias fon pere , dans les propres
Etats. Il femble que Corneille ait voulu
dans cette piece , venger les Rois de la
fupériorité qu'il avoit donnée fur eux aux
Romains dans fes autres Tragédies. L'Ambaffadeur
de Rome y eft auffi petit devant
Nicomede que le Roi d'Egypte l'eft deyant
Cefar dans la mort de Pompée. M.
Grandval eft irès-bien dans le rôle de Nicomede
, & Mlle Clairon parfaitement
dans celui de Laodice . Le Samedi 15 , on
a joué cette Tragédie avec Nanine , Comédie
remife en trois actes , de M. de Voltaire.
Le Samedi 21 , on a redonné les
deux mêmes pieces. La chambrée étoit complette
pour parler le langage des Comédiens.
Le Lundi 23 , ils ont repréfenté pour la
premiere fois le Triumvirat , de M. de
Crébillon . Toute la France y étoit : il fut
écouté & reçu avec tous les égards , &
j'ofe dire , le reſpect qu'on doit au Sopho-
* Les Comédiens ont été les premiers à s'y méprendre
; ils ont affiché la piéce fous le titre nouveau
de Tragédie héroï- comique.
Iij
196 MERCURE DE FRANCE.
:
de
cle de nos jours. Il eft beau à 81 ans de
paroître encore dans la carriere : c'eſt un
fpectacle non-feulement digne de la curiofité
publique , mais encore de l'acclamation
univerfelle . On eft forcé d'avouer que
le quatriéme acte & une partie du cinquiéme
ont paru d'abord inférieurs aux trois
premiers , qui ont reçu de grands applau
diffemens. C'est peut-être la faute des Comédiens
, dont le feu s'eft rallenti : le froid
des Acteurs eft fouvent mis fur le compte
la piéce ; quand ils manquent de concert &
de chaleur , elle paroît manquer d'enfemble
& d'intérêt. Tullie eft le perfonnage qui
a le plus frappé faut- il s'en étonner ? c'eft
Mlle Clairon qui le joue. L'éloquence de
fon jeu y a peut-être autant contribué que
la fupériorité du rôle ; ce qui a fait dire
que la fille de Ciceron étoit plus diferte
que fon pere. Sextus eft encore un beau
caractere il fe montre un digne fils de
Pompée. Les connoiffeurs les plus rigides ,
mais qui jugent fans partialité , conviennent
tous qu'il y a dans cette tragédie des
béautés du premier ordre , & des traits
marqués au coin du grand maître. On y
reconnoît l'auteur d'Electre & de Rhadamifte
: c'est un beau foleil couchant , il
darde encore des rayons qui ont toute la
force de fon midi ; ils doivent échauffer le
public en fa faveur.
:
JANVIER. 1755. 197
Ils l'ont fait à la deuxième repréfentation.
La piece a été mieux jouée , en conféquence
mieux fentie . La cataſtrophe furtout
a fait la plus grande impreffion.
L'inftant où Fullie découvre le voile qui
cache la tête de fon pere fur la tribune
aux harangues , & la précifion admirable
avec laquelle l'actrice rend toute la
force de cette pofition terrible , former t
un coup de théatre qui arrache les lar-.
mes & qui déchire l'ame de tous les
fpectateurs. J'en parlerai plus au long le
mois prochain dans l'extrait que j'en donnerai.
On a oublié dans les deux derniers volumes
de Décembre de parler de la repriſe
des Tuteurs , qui ont été joués avec les
Troyennes. Sans entrer dans aucun détail , `
je vais fuppléer à ce filence. Cette Comédie
en deux actes , ou plutôt le talent qu'elle
annonce , mérite qu'on en faffe mention .
Les trois premieres fcenes montrent que
le jeune auteur de cette petite piéce eft appellé
au Comique , fon vers eft facile , &
fon dialogue naturel ; mais le difcours
qu'il adreffe à Madame la Comteffe de la
Marck prouve encore mieux fa vocation
pour ce genre. Quand on penfe à fon âge
auffi jufte fur l'art que l'on embraffe ,
& qu'on a comme lui le talent d'écrite ,
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
on eft für d'y faire un progrès rapide.
Le genre moyen de la Comédie , où les
moeurs purement bourgeoifes qu'il fe propofe
de traiter , me femblent comme à lui
les plus théatrales . Il faut fur la fcene des
ridicules de perfpective , fi j'ofe m'exprimer
ainfi ; il faut que leurs traits foient
gros pour exciter un vrai rire , ou un rire
machinal ; c'eft celui de la nature : ne rire
que de l'efprit , c'eft à peine fourire. J'aime
mieux pour mon amufement , rire avec
la bonne foi d'un bourgeois ingenu , ou la
groffe franchife d'un bon payfan , qu'avec
la circonfpection d'un homme du monde
qui craint d'éclater , & qui regle tous fes
mouvemens fur les loix exactes de la froide
décènce . Ce rire compaffé , qui en naiffant
expire fur les levres , ne part jamais
de l'ame , il n'eft qu'un raffinement de
l'art , ou plutôt qu'un ennui déguisé.
Le Décembre les Comédiens François
ont remis Nicomede , Tragédie du
grand Corneille , & très digne d'en être :
elle n'avoit point été reprife depuis la mort
du célébre Baron , arrivée en 1729 le 22
Décembre . Parmi la foule des beautés fu--
périeures dont cette piece étincelle , il fe
trouve beaucoup de chofes , ou plutôt d'expreffions
familieres , qu'on doit moins attribuer
à l'Auteur qu'au tems où il a vêcu .
Les deux premieres fois le public paroiffoit
indécis & comme partagé entre les éclats
de rire & les applaudiffemens , mais à la
troifiéme repréſentation ces familiarités ne
T'ont plus frappé , il n'a été fenfible qu'au
mérite fingulier de l'ouvrage , où la politique
joue le premier rôle , & qu'on peut
appeller une Tragédie de caractere. Nitomede
y paroît un digne éleve d'Annibal .
L'ironie eft fa figure favorite , il l'employe
fur-tout dans toute fa force vis- à vis de
Flaminius. Ce ton railleur paroît un peu
bleffer la dignité du cothurne ; le fpectateur
furpris n'a fçu d'abord s'il devoit applaudir
Nicomede comme un homme d'efprit
, ou l'admirer comme un grand homme.
Quelques-uns même l'ont qualifié de
JANVIER. 1755. 195
héros perfifleur , mais on a fenti par réflexion
que ce langage ironique partoit
d'une ame fiere , & qu'il convenoit à un
Prince jaloux de fes droits , & juftement
indigné de voir qu'un Romain vint impofer
la loi à Prufias fon pere , dans les propres
Etats. Il femble que Corneille ait voulu
dans cette piece , venger les Rois de la
fupériorité qu'il avoit donnée fur eux aux
Romains dans fes autres Tragédies. L'Ambaffadeur
de Rome y eft auffi petit devant
Nicomede que le Roi d'Egypte l'eft deyant
Cefar dans la mort de Pompée. M.
Grandval eft irès-bien dans le rôle de Nicomede
, & Mlle Clairon parfaitement
dans celui de Laodice . Le Samedi 15 , on
a joué cette Tragédie avec Nanine , Comédie
remife en trois actes , de M. de Voltaire.
Le Samedi 21 , on a redonné les
deux mêmes pieces. La chambrée étoit complette
pour parler le langage des Comédiens.
Le Lundi 23 , ils ont repréfenté pour la
premiere fois le Triumvirat , de M. de
Crébillon . Toute la France y étoit : il fut
écouté & reçu avec tous les égards , &
j'ofe dire , le reſpect qu'on doit au Sopho-
* Les Comédiens ont été les premiers à s'y méprendre
; ils ont affiché la piéce fous le titre nouveau
de Tragédie héroï- comique.
Iij
196 MERCURE DE FRANCE.
:
de
cle de nos jours. Il eft beau à 81 ans de
paroître encore dans la carriere : c'eſt un
fpectacle non-feulement digne de la curiofité
publique , mais encore de l'acclamation
univerfelle . On eft forcé d'avouer que
le quatriéme acte & une partie du cinquiéme
ont paru d'abord inférieurs aux trois
premiers , qui ont reçu de grands applau
diffemens. C'est peut-être la faute des Comédiens
, dont le feu s'eft rallenti : le froid
des Acteurs eft fouvent mis fur le compte
la piéce ; quand ils manquent de concert &
de chaleur , elle paroît manquer d'enfemble
& d'intérêt. Tullie eft le perfonnage qui
a le plus frappé faut- il s'en étonner ? c'eft
Mlle Clairon qui le joue. L'éloquence de
fon jeu y a peut-être autant contribué que
la fupériorité du rôle ; ce qui a fait dire
que la fille de Ciceron étoit plus diferte
que fon pere. Sextus eft encore un beau
caractere il fe montre un digne fils de
Pompée. Les connoiffeurs les plus rigides ,
mais qui jugent fans partialité , conviennent
tous qu'il y a dans cette tragédie des
béautés du premier ordre , & des traits
marqués au coin du grand maître. On y
reconnoît l'auteur d'Electre & de Rhadamifte
: c'est un beau foleil couchant , il
darde encore des rayons qui ont toute la
force de fon midi ; ils doivent échauffer le
public en fa faveur.
:
JANVIER. 1755. 197
Ils l'ont fait à la deuxième repréfentation.
La piece a été mieux jouée , en conféquence
mieux fentie . La cataſtrophe furtout
a fait la plus grande impreffion.
L'inftant où Fullie découvre le voile qui
cache la tête de fon pere fur la tribune
aux harangues , & la précifion admirable
avec laquelle l'actrice rend toute la
force de cette pofition terrible , former t
un coup de théatre qui arrache les lar-.
mes & qui déchire l'ame de tous les
fpectateurs. J'en parlerai plus au long le
mois prochain dans l'extrait que j'en donnerai.
On a oublié dans les deux derniers volumes
de Décembre de parler de la repriſe
des Tuteurs , qui ont été joués avec les
Troyennes. Sans entrer dans aucun détail , `
je vais fuppléer à ce filence. Cette Comédie
en deux actes , ou plutôt le talent qu'elle
annonce , mérite qu'on en faffe mention .
Les trois premieres fcenes montrent que
le jeune auteur de cette petite piéce eft appellé
au Comique , fon vers eft facile , &
fon dialogue naturel ; mais le difcours
qu'il adreffe à Madame la Comteffe de la
Marck prouve encore mieux fa vocation
pour ce genre. Quand on penfe à fon âge
auffi jufte fur l'art que l'on embraffe ,
& qu'on a comme lui le talent d'écrite ,
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
on eft für d'y faire un progrès rapide.
Le genre moyen de la Comédie , où les
moeurs purement bourgeoifes qu'il fe propofe
de traiter , me femblent comme à lui
les plus théatrales . Il faut fur la fcene des
ridicules de perfpective , fi j'ofe m'exprimer
ainfi ; il faut que leurs traits foient
gros pour exciter un vrai rire , ou un rire
machinal ; c'eft celui de la nature : ne rire
que de l'efprit , c'eft à peine fourire. J'aime
mieux pour mon amufement , rire avec
la bonne foi d'un bourgeois ingenu , ou la
groffe franchife d'un bon payfan , qu'avec
la circonfpection d'un homme du monde
qui craint d'éclater , & qui regle tous fes
mouvemens fur les loix exactes de la froide
décènce . Ce rire compaffé , qui en naiffant
expire fur les levres , ne part jamais
de l'ame , il n'eft qu'un raffinement de
l'art , ou plutôt qu'un ennui déguisé.
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Résumé : COMEDIE FRANÇOISE.
En décembre 1754, les comédiens français ont repris la tragédie 'Nicomède' de Pierre Corneille, qui n'avait pas été jouée depuis la mort de l'auteur en 1729. La pièce, riche en beautés littéraires, contient des expressions familières attribuables à l'époque de Corneille. Lors des premières représentations, le public était partagé entre le rire et les applaudissements, mais à la troisième représentation, il a reconnu le mérite de l'œuvre, qualifiée de tragédie de caractère où la politique joue un rôle central. Nicomède y apparaît comme un digne élève d'Annibal, utilisant l'ironie, notamment envers Flaminius. Certains spectateurs ont vu en lui un héros persifleur, mais cette ironie reflète la fierté et l'indignation d'un prince défendant ses droits. Corneille semble vouloir venger les rois dans cette pièce, contrairement à ses autres tragédies. Les acteurs M. Grandval et Mlle Clairon ont été particulièrement applaudis dans leurs rôles respectifs de Nicomède et Laodice. Le 15 janvier 1755, 'Nicomède' a été jouée avec 'Nanine', une comédie de Voltaire. Le 21 janvier, les deux pièces ont été rejouées devant une salle comble. Le 23 janvier, les comédiens ont présenté pour la première fois 'Le Triumvirat' de M. de Crébillon, reçu avec respect et admiration malgré des réserves sur les quatrième et cinquième actes. Mlle Clairon a particulièrement impressionné dans le rôle de Tullie, et Sextus a été salué pour son interprétation. La pièce a été mieux jouée lors de la deuxième représentation, notamment la catastrophe où Tullie découvre la tête de son père, suscitant une grande émotion chez les spectateurs. En décembre, la reprise des 'Tuteurs' a été omise, mais cette comédie en deux actes, écrite par un jeune auteur talentueux, mérite mention pour son dialogue naturel et son potentiel comique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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67
p. 176-192
COMEDIE FRANÇOISE.
Début :
Les Comédiens François ont donné le 13 de ce mois la dixiéme représentation [...]
Mots clefs :
Cicéron, Sextus, César, Comédiens-Français, Père, Mécène, Yeux, Pompée, Fille, Mourir, Dieux, Octave
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texteReconnaissance textuelle : COMEDIE FRANÇOISE.
COMEDIE FRANÇOISE.
Lis
Es Comédiens François ont donné le
13 de ce mois la dixiéme repréfentation
du Triumvirat. On peut dire qu'il a
eu ce fuccès d'estime que l'ouvrage &
l'auteur ont fi bien mérité , & qu'on refuſe
fouvent à des pieces plus heureufes , qui
comptent plus de repréfentations que de
fuffrages. Cette Tragédie eft imprimée
fous ce double titre : Le Triumvirat , ou la
mort de Ciceron , avec une épitre dédicatoire
à Mme Bignon , & une préface . Elle
fe vend chez Hochereau , quai de Conti , au
Phénix ; le prix eft de 30 f. en voici l'extrait .
EXTRAIT DU TRIUMVIRÁT.
Tullie , fille de Ciceron , ouvre feule
la fcene qui eft au Capitole , par un début
digne d'elle & du fujet. Elle s'écrie ,
Effroyable féjour des horreurs de la guerre ,
Lieux inondés du fang des maîtres de la terre ,
Lieux , dont le feul afpect fit trembler tant de
Rois ,
Palais où Ciceron triompha tant de fois ;
Deformais trop heureux de cacher ce grand homme
,
Sauvez le feul Romain qui foit encor dans Rome.
FEVRIER. 1755. 177
A
Elle ajoûte avec effroi , en jettant les
yeux fur le tableau des profcrits :
Que vois-je , à la lueur de ce cruel flambeau !
Ah ! que de noms facrés profcrits fur ce tableau !
Rome , il ne manque plus , pour combler ta mifere
,
Que d'y tracer le nom de mon malheureux pere.
Enfuite elle apoftrophe ainfi la ftatue de
Céfar.
Toi , qui fis en naiffant honneur à la nature ,
Sans avoir , des vertus , que l'heureufe impofture ,
Trop aimable tyran , illuftre ambitieux ,
Qui triomphas du fort , de Caton & des Dieux...
Sous un joug ennobli par l'éclat de tes armes ,
Nous refpirions du moins fans honte & fans allármes
:
Loin de rougir des fers qu'illuftroit ta valeur ,
On fe croyoit paré des lauriers du vainqueur.
Mais fous le joug honteux & d'Antoine & d'Octave
>
Rome , arbitre des Rois , va gémir en eſclave.
Se tournant après vers la ftatue de Pompée
, elle lui adreffe ces triftes paroles .
Ah ! Pompée , eft -ce là ce qui refte de toi
Miférables débris de la grandeur . humaine ,
Hy
178 MERCURE DE FRANCE.
Douloureux monument de vengeance & de haine !
6
Pour nous venger d'Octave ,, accours , vaillant
Sextus ,,
A ce nouveau Céfar , fois un nouveau. Brutus.
Ce monologue me paroît admirable ; il
égale , à mon gré , celui d'Electre , s'il ne
le furpaffe pas , & forme la plus belle expofition
. Il eft terminé par l'arrivée de
Sextus , qui fe cache même aux yeux de
Tullie qu'il aime , fous le nom de Clodomir
, chef des Gaulois . Il lui fait un récit
affreux des horreurs du Triumvirat dont il
vient d'être le témoin , & finit un fi noir
tableau par ces beaux vers , qu'on croiroit
d'un auteur de trente ans , à la force du
coloris.
Un fils , prefque à mes yeux , vient de livrer fon
Le
pere ;
J'ai vu ce même fils égorgé par fa mere :
On ne voit que des corps mutilés & fanglans ,
Des efclaves traîner leurs maîtres expirans ;
affouvi réchauffe le carnage ;
carnage
J'ai vu des furieux dont la haine & la rage
Se difputoient des cours encor tout palpitans:
On diroit à les voir l'un l'autre s'excitans ,
Déployer à l'envi leur fureur meurtrière ,
Que c'est le derniér jour de la nature entiere. {
FEVRIER. , 1755. 179
que
Dans ce péril preffant il offre à Tullie une
retraite dans Oftie pour fon pere & pour
elle . Elle la refufe ; il frémit du danger
Ciceron va courir , fi près de Fulvie
qui a juré fa perte. Il exprime en même
tems la douleur qu'il a de la perdre & de
la voir près d'être unie aux jours d'Octave
qui l'aime , ajoutant que fon fang fcellera
cet hymen. Tullie le raffure fur cette crain--
te , en lui difant :
Un tyran à
Ne craignez rien d'Octave' :
mes yeux ne vaut pas un esclave.
Un rival plus heureux va caufer vos allarmes ...
Le fils du grand Pompée . Hélas ! que n'est- ce vous !!
Que j'euffe avec plaifir accepté mon époux !
Ces deux amans font interrompus par
Lepide qui entre : Clodomir fe retire . Le
Triumvir fait entendre à Tullie , que ne
pouvant chaffer de Rome fes collegues impies
, il prend le parti de s'en exiler luimême
, & qu'il va chercher un afyle en
Efpagne pour y fauver fa vertu. Tullie l'interrompt
par cette noble réponſe , qui a
toujours été fi juftement applaudie :
Ah ! la vertu quifuit ne vaut pas le courage
Du crime audacieux qui fçait braver l'orage .
Que peut craindre un Romain des,caprices.du fort,
Tant qu'il lui refte un bras pour fe donner la mort
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
Avez-vous oublié que Rome eft votre mere
Demeurez , imitez l'exemple de mon pere ,
Et de votre vertu në nous vantez l'éclat
Qu'après une victoire , ou du moins un combat.
On n'encenfa jamais la vertu fugitive ,
Et celle d'un Romain doit être plus active.
On ne le reconnoît qu'à fon dernier foupir ;
Son honneur eft de vaincre , & vaincu de mourir.
ger
Elle fort.
Ciceron arrive. Lapide tâche de l'engaà
le fuivre pour fe dérober à la fureur
d'Antoine & de Fulvie , qui veulent le profcrire.
Ciceron rejette cette offre. Lepide le
quitte , en lui déclarant qu'il vient de rencontrer
Sextus , & qu'il l'a reconnu . Ce
Triumvir l'avertit d'en craindre la fuite ,
& de prendre garde à lui. Ciceron reſté
feul , dit qu'il eft tems qu'il apprenne
ce fecret à fa fille , que Clodomir devenu
le fils du grand Pompée , ne pourra l'en
blâmer , qu'il veut les unir & donner à Céfar
un rival , dont le nom feul pourra lui
devenir funefte.
Octave commence avec Mecene le fecond
acte. Après avoir d'abord tâché d'excufer
fes cruautés , il lui marque fon
amour pour Tullie , & fon eftime pour fon
pere , ajoûtant qu'il veut le fauver & fe
l'attacher. Mecene l'affermit dans ce defFEVRIER.
1755. 181
fein , & le laiffe avec Ciceron qui paroît ,
& qui lui témoigne ainfi fa furpriſe :
Céſar , en quel état vous offrez-vous à moi ?
Ah ! ce n'eft ni fon fils , ni Céfar que je vois.
O! Céfar , ce n'eft pas ton fang qui l'a fait naître :
Brutus qui l'a verfé , méritoit mieux d'en être.
Le meurtre des vaincus ne fouilloit point tes pas ;
Ta valeur fubjuguoit , mais ne profcrivoit pas.
Octave, pour fe juftifier , répond qu'il
pourfuit les meurtriers du grand Céfar , &
que fa vengeance eft légitime. Ciceron l'interrompt
pour lui reprocher l'abus affreux
qu'il fait de ce prétexte , & lui dit :
Rendre le glaive feul l'interprête des loix ,
Employer pour venger le meurtre de fon pere
Des flammes & du fer l'odieux miniftere ;
Donner à fes profcrits pour juges fes foldats ,
Du neveu de Céfar voilà les magiftrats.
Octave lui réplique que c'eft une néceffité
, que l'univers demande une forme
nouvelle , qu'il lui faut un Empereur , que
Ciceron doit le choifir , qu'ils doivent s'allier
pour mieux détruire Antoine ; il le
conjure enfin de l'aimer , & de devenir
fon
pere.
Abdique, je t'adopte , & ma fille eft à toi,
382 MERCURE DE FRANCE.
repart Ciceron. Des oreilles trop délicates
ont trouvé ce vers dur ; pour moi je ne le
trouve que fort ;je crois qu'un Romain ne
peut pas mieux répondre ni en moins de
mots . Tullie paroît , & fon pere fort eix
difant à Octave , qu'il la confulte ; & que
s'il l'aime , il la prenne pour modele .
Tullie traite Octave encore avec plus.
de fierté que n'a fait fon pere. Céfar , luis
dit-elle :
Regnez , fi vous l'ofez; mais croyez que Tullie
Sçaura bien ſe ſoustraire à votre tyrannie :
Si du fort des tyrans vous bravez les hazards
Il naîtra des Brutus autant que des Céfars.
Sur ce qu'il infifte , elle lui déclare fierement
qu'elle ne l'aime point , qu'elle eft
cependant prête à l'époufer , pourvû qu'il
renonce à l'Empire ; mais que s'il veut ufurper
l'autorité fuprême , il peut teindre le
diadême de fon fang. Cette hauteur romaine
oblige Octave de la quitter & de la
menacer de livrer fon pere à Fulvie. Sextus
, qu'elle reconnoît alors pour le fils de
Pompée , entre fur la fcéne , & demande à
Tullie le fujer de fa douleur. Elle l'inftruit
du danger preffant où font les jours de
fon pere , qui veut les unir avant fa mort.
Sextus finit le fecond acte , en la preffant
d'engager Ciceron à fuir fur fes vaiffeaux
FEVRIER. 1755. 183
-il eft honteux pour lui , ajoute-t- il , de fe
laiffer profcrire.
S'il veut m'accompagner je répons de fa vie,
El'amour couronné répondra de Tullie..
Il faut convenir que cet acte eft un peu
vuide d'action .
Ciceron , Tullie & Sextus ouvrent le troifieme.
Ciceron veut unir le fils de Pompée:
à fa fille ; mais elle s'y oppofe dans ce cruel
moment & le conjure de la fuivre en
Sicile avec Sextus il s'écrie ::
>-
Pour braver mes tyrans je veux mourir dáns Ro
me ;
En implorant les Dieux , c'eft moi fenl qu'elles
nomme:
Sextus lui parle alors en vrai fils de Pompée
, & lui dit :
Rome n'eft plus qu'un ſpectre , une ombre en Ita
lie ,
Dont le corps tout entier eft paffé dans l'Afie :
C'est là que noure honneur nous appelle aujour
d'hui ,
Rendons- nous à ſa voix , & marchons avec lui.
Ce n'eft pas le climat qui lui donna la vie;
C'eſt le coeur du Romain qui forme fa patrie.
184 MERCURE DE FRANCE.
2
Il vaut mieux fe flater d'un eſpoir téméraire
Que de céder au fort dès qu'il nous eft contraire.
Il faut du moins mourir les armes à la main ,
Le feul gente de mort digne d'un vrai Romain,
Mais mourir pour mourir n'eft qu'une folle
yvreffe ,
Trifte enfant de l'orgueil , que nourrit la pareffe.
où
Ciceron fort en leur difant qu'il ne
peut fe réfoudre à quitter l'Italie , mais
qu'il confent de fe rendre à Tufculum ,
il ira les joindre pour les unir enfemble ,
& qu'avant tout il veut revoir Mecene. A
peine eft- il parti qu'Octave entre ; & jaloux
de Sextus qu'il prend pour un chef
des Gaulois , il adreffe ainfi la parole à
Tullie .
Qu'il retourne en fon camp ,
C'eft parmi fes foldats qu'il trouvera fon rang,
Le faux Clodomir lui répond , avec une
fierté plus que Gauloife ,
Le fort de mes pareils ne dépend point de toi
Je ne releve ici que des Dieux & de moi.
Aux loix du grand Céfar nous rendîmes hommage
,
Mais ce ne fut jamais à titre d'efclavage.
Comme de la valeur il connoiffoit le prix ,
Il cftimoit en nous ce qui manque à ſon fils.
FEVRIER. 1755. 185
Octave à ces mots appelle les Licteurs ,
& il faut avouer que fon emportement
paroît fondé.
Tullie s'oppofe à fa rigueur , & prend
vivement la défenſe de Sextus . Le courroux
d'Octave en redouble ; il . lui répond
que ce Gaulois brave l'autorité des Triumvirs
, qu'il a fauvé plufieurs profcrits , &
qu'il mérite d'être puni comme un traître .
Sextus lui réplique :
Toi-même , applaudifſant à mes foins magnanimes
,
Tu devrois me louer de t'épargner des crimes ,
Et rougir , quand tu crois être au- deffus de moi ,
Qu'un Gaulois à tes yeux foit plus Romain que
toi,
Tullie lui demande fa vie. Octave forcé
par fon amour de la lui accorder , fe retire
en déguifant fon dépit. Sextus raffure Tullie
fur la crainte qu'elle a que fon rival
ne l'immole , & lui fait entendre qu'Octave
eft un tyran encore mal affermi, qu'il
le croit Gaulois , & qu'ayant beſoin du ſecours
de cette nation , il eft trop bon politique
pour ne la pas ménager. La frayeur
de Tullie s'accroît à l'afpect de Philippe ,
qu'elle prend pour un miniftre des vengeances
d'Octave. Philippe reconnoît Sex186
MERCURE DE FRANCE.
tus qu'il a élevé , & marque autant de
douleur que de furprife. Le fils de Pompée
reconnoît Philippe à fon tour , & lui
reproche d'avoir dégénéré de fa premiere
vertu. Cet affranchi fe jette à fes genoux ,
& lui dit qu'il ne les quittera pas qu'il n'ait
obtenu de lui la grace d'être écouté . Sextuş
le force de fe lever. Philippe lui raconte
qu'Octave inftruit de fa fidélité l'a pris
à fon fervice , mais qu'il n'a jamais trempé
dans fes forfaits. Il ajoute que ce Triumvir
ne croit plus que Sextus foit un Gaulois
, mais un ami de Brutus , & qu'il l'a
chargé du cruel emploi de l'affaffiner dans
la nuit . Il vient , continue- t-il , de paffer
chez Fulvie : je crains qu'il n'en coute la
vie à Ciceron .
Les momens nous font chers , & c'eſt fait de vos
jours ,
Și de ceux du tyran , je n'abrege le cours,
Choififfez du trépas de Célar , ou du vôtre ;-
Rien n'eft facré pour moi quand il s'agit de vous..
Sextus lui répond
L'affafinat , Philippe , eft indigne de nous
Avant que d'éclater il falloit l'entreprendre
Mais inftruit du projet je dois te le défendre .
Ce trait eft hiſtorique , & M. de Cré
FEVRIER. 1755. 187
billon s'en est heureufement fervi . Tullie
approuve Sextus , & termine l'acte en difant
:
Allons trouver mon pere , & remettons aux Dieux
Le foin de nous fauver de ces funeftes lieux.
Le quatrieme acte s'ouvre par un monologue
de Ciceron , qui jette les yeux fur
le tableau des profcriptions , & qui dit
avec tranſport , lorfqu'il y voir fon nom
Enfin je fuis profcrit , que mon ame eft ravie !
Je renais au moment qu'on m'arrache ma vie.
Mecene furvient , & le preffe de s'allier
à Céfar. Ciceron lui demande s'il lui fait
efperer que l'inftant de leur alliance fera la
fin de la profeription . Mecene lui répond
qu'Octave l'a fufpendue pour lui . Ciceron
pour réplique , lui montre fon nom écrit
fur le tableau.
Mecene fe récrie : ...
Dieux quelle trahison
S'il eft vrai que Céfar ait voulu vous proferire ,
Sur ce même tableau je vais me faire inferire.
Adieu : fi je ne puis vous fauver de fes coups ,
Vous me verrez combattre & mourir avec vous.
Octave paroît. Ciceron veut lui faire
189 MERCURE DE FRANCE.
de nouveaux reproches ; mais Octave lui
répond qu'il n'eft pas venu pour fe faire
juger , & qu'il lui demande Tullie pour
la derniere fois. Ciceron lui réplique que
c'eft moins fon amour que fa politique qui
lui fait fouhaiter la main de fa fille , &
qu'il veut par ce noeud les affocier à fes
fureurs. Octave offenfé , lui repart :
Ingrat , fi tu jouis de la clarté du jour ,
Apprens que tu ne dois ce bien qu'à mon amour .
Vois ton nom.
Ciceron lui dit avec un phlegme vraiment
Romain :
Je l'ai vû . Céfar , je t'en rends graces.
Octave alors fe dévoile tout entier , &
lui reproche qu'il protége Clodomir , &
qu'il veut l'unir à Tullie. Ciceron ne s'en
défend pas , & Céfar tranfporté de colere ,
fort en lui déclarant qu'il l'abandonne à
fon inimitié. Ciceron refté feul , dit qu'il
la préfere à une pitié qui deshonore celui
qu'elle épargne , & celui qui l'invoque. Il
eft inquiet fur le fort de fa fille & fur celui
de Sextus , mais il eft raffuré par leur
préfence ; il leur apprend qu'il eft profcrit.
Tous deux le conjurent de partir &
de profiter du moment qu'Octave lui laiſſe ;
FEVRIER. 1755.. 159
mais il s'obſtine à mourir . Philippe vient
avertir Sextus que fes amis font déja loin
des portes , & preffe Tullie de fuivre les
pas du fils de Pompée , en l'affurant qu'elle
n'a rien à craindre pour Ciceron , qu'il eft
chargé de veiller für fes jours , & qu'il va
le conduire à Tufculum. Ciceron quitte
Sextus & Tullie , en leur difant :
i
Adieu , triftes témoins de més voeux fuperflus.
Palais infortuné , je ne vous verrai plus.
Octave qui vient d'apprendre que le faux
Clodomir eft Sextus , fait éclater toute fa
colere , & jure d'immoler le fils de Pompée
, & Tullie même. Mecene entre tout
éploré. Octave effrayé , lui demande quel
eft le fujet de fa douleur. Mecene lui répond
, les yeux baignés de larmes :
Ingrat ! qu'avez-vous fait ?
Hélas ! hier encore il exiſtoit un homme
Qui fit par fes vertus les délices de Rome ;
Mémorable à jamais par fes talens divers ,
Dont le génie heureux éclairoit l'univers.
Il n'eft plus .... fon falut vous eût couvert de
gloire ,
Et de vos cruautés , effacé la mémoire.
Qu'ai -je beſoin encor de vous dire fon nom ?
Ahlaillez-moi vous fuir , & pleurer Ciceron.
190 MERCURE DE FRANCE.
Octave témoigne fa furprife , & rejette
ce crime fur Antoine. Mecene continue
ainfi :
L'intrepide Orateur a vu fans s'ébranler ,
Lever fur lui lebras qui l'alloit immoler :
C'eſt toi , Lena , dit-il ; que rien ne te retienne ;
J'ai défendu ta vie , atrache-moi la mienne.
Je ne me repens point d'avoir ſauvé tes jours ,
Puifque des miens , c'est toi qui dois trancher le
cours.
que
A ces mots , Ciceron lui préfente la tête ,
En s'écriant , Lena , frappe , la voilà prête.
Lena , tandis Pair retentiffoit de cris ,
L'abbat , court chez Fulvie en demander le prix.
Un objet fi touchant , loin d'attendrir ſon ame ,
N'a fait que redoubler le courroux qui l'enflam
me :
Les yeux étincelans de rage & de fureur ,
Elle embraffe Lena fans honte & fans pudeur ,
Saifit avec tranſport cette tête divine ,
Qui femble avec les Dieux difputer d'origine ,
En arrache . ... Epargnez à ma vive douleur
La fuite d'un récit qui vous feroit horreur.
Nous ne l'entendrons plus , du feu de fon génie ,
Répandre dans nos coeurs le charme & l'harmonie
:
Fulvie a déchiré de fes indignes mains
Cet objet précieux , l'oracle des humains.
Ce récit m'a paru trop beau pour en rien
FEVRIER. 1755. 191
retrancher. L'acteur * qui a joué le rolle de
Mecene , en a fenti tout le pathétique , &
l'a très-bien rendu. Tullie qui n'eft pas encore
inftruite de la mort de fon pere , vient
implorer pour lui la puiffance d'Octave ;
elle paroît un peu defcendre de fon caractere
, elle s'humilie même au point d'offrir ſa
main à Céfar, pourvû qu'elle foit le prix des
jours de Ciceron . Comme Octave ne peut
cacher fon embarras , & qu'il veut fortir ,
Tullie l'arrête ; & tournant fes regards
vers la tribune , elle s'écrie avec terreur :
Plus je l'ofe obferver , plus ma frayeur augmente.
Mecene ! la Tribune ... elle eſt toute fanglante.
Ce voile encor fumant cache quelque forfait.
N'importe , je veux voir. Dieux ! quel affreux
objet !
La tête de mon pere ! .. Ah! monftre impitoyable ,
A quels yeux offres- tu ce fpectacle effroyable ?
Elle fe tue , & tombe en expirant auprès
d'une tête fi chere.
Je n'ai point vû au théatre de dénoument
plus frappant ; je ne me laffe point
de le répéter . Ce tableau rendu par l'action
admirable de Mlle Clairon , infpire la terreur
la plus forte , & la pitié la plus tendre
. Ces deux fentimens réunis enfemble .
font la perfection du genre. La beauté du
M. de Bellecour
192 MERCURE DE FRANCE.
cinquiéme acte répond à celle du premier
& la catastrophe remplit tout ce que l'expofition
a promis ; elle a toute la force
Angloife , fans en avoir la licence. Pour
en convaincre le lecteur , je veux lui comparer
le dénouement de Philoclée , dont je
vais donner le programme , d'après l'extrait
inferé dans le Journal Etranger du
mois de Janvier.
Lis
Es Comédiens François ont donné le
13 de ce mois la dixiéme repréfentation
du Triumvirat. On peut dire qu'il a
eu ce fuccès d'estime que l'ouvrage &
l'auteur ont fi bien mérité , & qu'on refuſe
fouvent à des pieces plus heureufes , qui
comptent plus de repréfentations que de
fuffrages. Cette Tragédie eft imprimée
fous ce double titre : Le Triumvirat , ou la
mort de Ciceron , avec une épitre dédicatoire
à Mme Bignon , & une préface . Elle
fe vend chez Hochereau , quai de Conti , au
Phénix ; le prix eft de 30 f. en voici l'extrait .
EXTRAIT DU TRIUMVIRÁT.
Tullie , fille de Ciceron , ouvre feule
la fcene qui eft au Capitole , par un début
digne d'elle & du fujet. Elle s'écrie ,
Effroyable féjour des horreurs de la guerre ,
Lieux inondés du fang des maîtres de la terre ,
Lieux , dont le feul afpect fit trembler tant de
Rois ,
Palais où Ciceron triompha tant de fois ;
Deformais trop heureux de cacher ce grand homme
,
Sauvez le feul Romain qui foit encor dans Rome.
FEVRIER. 1755. 177
A
Elle ajoûte avec effroi , en jettant les
yeux fur le tableau des profcrits :
Que vois-je , à la lueur de ce cruel flambeau !
Ah ! que de noms facrés profcrits fur ce tableau !
Rome , il ne manque plus , pour combler ta mifere
,
Que d'y tracer le nom de mon malheureux pere.
Enfuite elle apoftrophe ainfi la ftatue de
Céfar.
Toi , qui fis en naiffant honneur à la nature ,
Sans avoir , des vertus , que l'heureufe impofture ,
Trop aimable tyran , illuftre ambitieux ,
Qui triomphas du fort , de Caton & des Dieux...
Sous un joug ennobli par l'éclat de tes armes ,
Nous refpirions du moins fans honte & fans allármes
:
Loin de rougir des fers qu'illuftroit ta valeur ,
On fe croyoit paré des lauriers du vainqueur.
Mais fous le joug honteux & d'Antoine & d'Octave
>
Rome , arbitre des Rois , va gémir en eſclave.
Se tournant après vers la ftatue de Pompée
, elle lui adreffe ces triftes paroles .
Ah ! Pompée , eft -ce là ce qui refte de toi
Miférables débris de la grandeur . humaine ,
Hy
178 MERCURE DE FRANCE.
Douloureux monument de vengeance & de haine !
6
Pour nous venger d'Octave ,, accours , vaillant
Sextus ,,
A ce nouveau Céfar , fois un nouveau. Brutus.
Ce monologue me paroît admirable ; il
égale , à mon gré , celui d'Electre , s'il ne
le furpaffe pas , & forme la plus belle expofition
. Il eft terminé par l'arrivée de
Sextus , qui fe cache même aux yeux de
Tullie qu'il aime , fous le nom de Clodomir
, chef des Gaulois . Il lui fait un récit
affreux des horreurs du Triumvirat dont il
vient d'être le témoin , & finit un fi noir
tableau par ces beaux vers , qu'on croiroit
d'un auteur de trente ans , à la force du
coloris.
Un fils , prefque à mes yeux , vient de livrer fon
Le
pere ;
J'ai vu ce même fils égorgé par fa mere :
On ne voit que des corps mutilés & fanglans ,
Des efclaves traîner leurs maîtres expirans ;
affouvi réchauffe le carnage ;
carnage
J'ai vu des furieux dont la haine & la rage
Se difputoient des cours encor tout palpitans:
On diroit à les voir l'un l'autre s'excitans ,
Déployer à l'envi leur fureur meurtrière ,
Que c'est le derniér jour de la nature entiere. {
FEVRIER. , 1755. 179
que
Dans ce péril preffant il offre à Tullie une
retraite dans Oftie pour fon pere & pour
elle . Elle la refufe ; il frémit du danger
Ciceron va courir , fi près de Fulvie
qui a juré fa perte. Il exprime en même
tems la douleur qu'il a de la perdre & de
la voir près d'être unie aux jours d'Octave
qui l'aime , ajoutant que fon fang fcellera
cet hymen. Tullie le raffure fur cette crain--
te , en lui difant :
Un tyran à
Ne craignez rien d'Octave' :
mes yeux ne vaut pas un esclave.
Un rival plus heureux va caufer vos allarmes ...
Le fils du grand Pompée . Hélas ! que n'est- ce vous !!
Que j'euffe avec plaifir accepté mon époux !
Ces deux amans font interrompus par
Lepide qui entre : Clodomir fe retire . Le
Triumvir fait entendre à Tullie , que ne
pouvant chaffer de Rome fes collegues impies
, il prend le parti de s'en exiler luimême
, & qu'il va chercher un afyle en
Efpagne pour y fauver fa vertu. Tullie l'interrompt
par cette noble réponſe , qui a
toujours été fi juftement applaudie :
Ah ! la vertu quifuit ne vaut pas le courage
Du crime audacieux qui fçait braver l'orage .
Que peut craindre un Romain des,caprices.du fort,
Tant qu'il lui refte un bras pour fe donner la mort
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
Avez-vous oublié que Rome eft votre mere
Demeurez , imitez l'exemple de mon pere ,
Et de votre vertu në nous vantez l'éclat
Qu'après une victoire , ou du moins un combat.
On n'encenfa jamais la vertu fugitive ,
Et celle d'un Romain doit être plus active.
On ne le reconnoît qu'à fon dernier foupir ;
Son honneur eft de vaincre , & vaincu de mourir.
ger
Elle fort.
Ciceron arrive. Lapide tâche de l'engaà
le fuivre pour fe dérober à la fureur
d'Antoine & de Fulvie , qui veulent le profcrire.
Ciceron rejette cette offre. Lepide le
quitte , en lui déclarant qu'il vient de rencontrer
Sextus , & qu'il l'a reconnu . Ce
Triumvir l'avertit d'en craindre la fuite ,
& de prendre garde à lui. Ciceron reſté
feul , dit qu'il eft tems qu'il apprenne
ce fecret à fa fille , que Clodomir devenu
le fils du grand Pompée , ne pourra l'en
blâmer , qu'il veut les unir & donner à Céfar
un rival , dont le nom feul pourra lui
devenir funefte.
Octave commence avec Mecene le fecond
acte. Après avoir d'abord tâché d'excufer
fes cruautés , il lui marque fon
amour pour Tullie , & fon eftime pour fon
pere , ajoûtant qu'il veut le fauver & fe
l'attacher. Mecene l'affermit dans ce defFEVRIER.
1755. 181
fein , & le laiffe avec Ciceron qui paroît ,
& qui lui témoigne ainfi fa furpriſe :
Céſar , en quel état vous offrez-vous à moi ?
Ah ! ce n'eft ni fon fils , ni Céfar que je vois.
O! Céfar , ce n'eft pas ton fang qui l'a fait naître :
Brutus qui l'a verfé , méritoit mieux d'en être.
Le meurtre des vaincus ne fouilloit point tes pas ;
Ta valeur fubjuguoit , mais ne profcrivoit pas.
Octave, pour fe juftifier , répond qu'il
pourfuit les meurtriers du grand Céfar , &
que fa vengeance eft légitime. Ciceron l'interrompt
pour lui reprocher l'abus affreux
qu'il fait de ce prétexte , & lui dit :
Rendre le glaive feul l'interprête des loix ,
Employer pour venger le meurtre de fon pere
Des flammes & du fer l'odieux miniftere ;
Donner à fes profcrits pour juges fes foldats ,
Du neveu de Céfar voilà les magiftrats.
Octave lui réplique que c'eft une néceffité
, que l'univers demande une forme
nouvelle , qu'il lui faut un Empereur , que
Ciceron doit le choifir , qu'ils doivent s'allier
pour mieux détruire Antoine ; il le
conjure enfin de l'aimer , & de devenir
fon
pere.
Abdique, je t'adopte , & ma fille eft à toi,
382 MERCURE DE FRANCE.
repart Ciceron. Des oreilles trop délicates
ont trouvé ce vers dur ; pour moi je ne le
trouve que fort ;je crois qu'un Romain ne
peut pas mieux répondre ni en moins de
mots . Tullie paroît , & fon pere fort eix
difant à Octave , qu'il la confulte ; & que
s'il l'aime , il la prenne pour modele .
Tullie traite Octave encore avec plus.
de fierté que n'a fait fon pere. Céfar , luis
dit-elle :
Regnez , fi vous l'ofez; mais croyez que Tullie
Sçaura bien ſe ſoustraire à votre tyrannie :
Si du fort des tyrans vous bravez les hazards
Il naîtra des Brutus autant que des Céfars.
Sur ce qu'il infifte , elle lui déclare fierement
qu'elle ne l'aime point , qu'elle eft
cependant prête à l'époufer , pourvû qu'il
renonce à l'Empire ; mais que s'il veut ufurper
l'autorité fuprême , il peut teindre le
diadême de fon fang. Cette hauteur romaine
oblige Octave de la quitter & de la
menacer de livrer fon pere à Fulvie. Sextus
, qu'elle reconnoît alors pour le fils de
Pompée , entre fur la fcéne , & demande à
Tullie le fujer de fa douleur. Elle l'inftruit
du danger preffant où font les jours de
fon pere , qui veut les unir avant fa mort.
Sextus finit le fecond acte , en la preffant
d'engager Ciceron à fuir fur fes vaiffeaux
FEVRIER. 1755. 183
-il eft honteux pour lui , ajoute-t- il , de fe
laiffer profcrire.
S'il veut m'accompagner je répons de fa vie,
El'amour couronné répondra de Tullie..
Il faut convenir que cet acte eft un peu
vuide d'action .
Ciceron , Tullie & Sextus ouvrent le troifieme.
Ciceron veut unir le fils de Pompée:
à fa fille ; mais elle s'y oppofe dans ce cruel
moment & le conjure de la fuivre en
Sicile avec Sextus il s'écrie ::
>-
Pour braver mes tyrans je veux mourir dáns Ro
me ;
En implorant les Dieux , c'eft moi fenl qu'elles
nomme:
Sextus lui parle alors en vrai fils de Pompée
, & lui dit :
Rome n'eft plus qu'un ſpectre , une ombre en Ita
lie ,
Dont le corps tout entier eft paffé dans l'Afie :
C'est là que noure honneur nous appelle aujour
d'hui ,
Rendons- nous à ſa voix , & marchons avec lui.
Ce n'eft pas le climat qui lui donna la vie;
C'eſt le coeur du Romain qui forme fa patrie.
184 MERCURE DE FRANCE.
2
Il vaut mieux fe flater d'un eſpoir téméraire
Que de céder au fort dès qu'il nous eft contraire.
Il faut du moins mourir les armes à la main ,
Le feul gente de mort digne d'un vrai Romain,
Mais mourir pour mourir n'eft qu'une folle
yvreffe ,
Trifte enfant de l'orgueil , que nourrit la pareffe.
où
Ciceron fort en leur difant qu'il ne
peut fe réfoudre à quitter l'Italie , mais
qu'il confent de fe rendre à Tufculum ,
il ira les joindre pour les unir enfemble ,
& qu'avant tout il veut revoir Mecene. A
peine eft- il parti qu'Octave entre ; & jaloux
de Sextus qu'il prend pour un chef
des Gaulois , il adreffe ainfi la parole à
Tullie .
Qu'il retourne en fon camp ,
C'eft parmi fes foldats qu'il trouvera fon rang,
Le faux Clodomir lui répond , avec une
fierté plus que Gauloife ,
Le fort de mes pareils ne dépend point de toi
Je ne releve ici que des Dieux & de moi.
Aux loix du grand Céfar nous rendîmes hommage
,
Mais ce ne fut jamais à titre d'efclavage.
Comme de la valeur il connoiffoit le prix ,
Il cftimoit en nous ce qui manque à ſon fils.
FEVRIER. 1755. 185
Octave à ces mots appelle les Licteurs ,
& il faut avouer que fon emportement
paroît fondé.
Tullie s'oppofe à fa rigueur , & prend
vivement la défenſe de Sextus . Le courroux
d'Octave en redouble ; il . lui répond
que ce Gaulois brave l'autorité des Triumvirs
, qu'il a fauvé plufieurs profcrits , &
qu'il mérite d'être puni comme un traître .
Sextus lui réplique :
Toi-même , applaudifſant à mes foins magnanimes
,
Tu devrois me louer de t'épargner des crimes ,
Et rougir , quand tu crois être au- deffus de moi ,
Qu'un Gaulois à tes yeux foit plus Romain que
toi,
Tullie lui demande fa vie. Octave forcé
par fon amour de la lui accorder , fe retire
en déguifant fon dépit. Sextus raffure Tullie
fur la crainte qu'elle a que fon rival
ne l'immole , & lui fait entendre qu'Octave
eft un tyran encore mal affermi, qu'il
le croit Gaulois , & qu'ayant beſoin du ſecours
de cette nation , il eft trop bon politique
pour ne la pas ménager. La frayeur
de Tullie s'accroît à l'afpect de Philippe ,
qu'elle prend pour un miniftre des vengeances
d'Octave. Philippe reconnoît Sex186
MERCURE DE FRANCE.
tus qu'il a élevé , & marque autant de
douleur que de furprife. Le fils de Pompée
reconnoît Philippe à fon tour , & lui
reproche d'avoir dégénéré de fa premiere
vertu. Cet affranchi fe jette à fes genoux ,
& lui dit qu'il ne les quittera pas qu'il n'ait
obtenu de lui la grace d'être écouté . Sextuş
le force de fe lever. Philippe lui raconte
qu'Octave inftruit de fa fidélité l'a pris
à fon fervice , mais qu'il n'a jamais trempé
dans fes forfaits. Il ajoute que ce Triumvir
ne croit plus que Sextus foit un Gaulois
, mais un ami de Brutus , & qu'il l'a
chargé du cruel emploi de l'affaffiner dans
la nuit . Il vient , continue- t-il , de paffer
chez Fulvie : je crains qu'il n'en coute la
vie à Ciceron .
Les momens nous font chers , & c'eſt fait de vos
jours ,
Și de ceux du tyran , je n'abrege le cours,
Choififfez du trépas de Célar , ou du vôtre ;-
Rien n'eft facré pour moi quand il s'agit de vous..
Sextus lui répond
L'affafinat , Philippe , eft indigne de nous
Avant que d'éclater il falloit l'entreprendre
Mais inftruit du projet je dois te le défendre .
Ce trait eft hiſtorique , & M. de Cré
FEVRIER. 1755. 187
billon s'en est heureufement fervi . Tullie
approuve Sextus , & termine l'acte en difant
:
Allons trouver mon pere , & remettons aux Dieux
Le foin de nous fauver de ces funeftes lieux.
Le quatrieme acte s'ouvre par un monologue
de Ciceron , qui jette les yeux fur
le tableau des profcriptions , & qui dit
avec tranſport , lorfqu'il y voir fon nom
Enfin je fuis profcrit , que mon ame eft ravie !
Je renais au moment qu'on m'arrache ma vie.
Mecene furvient , & le preffe de s'allier
à Céfar. Ciceron lui demande s'il lui fait
efperer que l'inftant de leur alliance fera la
fin de la profeription . Mecene lui répond
qu'Octave l'a fufpendue pour lui . Ciceron
pour réplique , lui montre fon nom écrit
fur le tableau.
Mecene fe récrie : ...
Dieux quelle trahison
S'il eft vrai que Céfar ait voulu vous proferire ,
Sur ce même tableau je vais me faire inferire.
Adieu : fi je ne puis vous fauver de fes coups ,
Vous me verrez combattre & mourir avec vous.
Octave paroît. Ciceron veut lui faire
189 MERCURE DE FRANCE.
de nouveaux reproches ; mais Octave lui
répond qu'il n'eft pas venu pour fe faire
juger , & qu'il lui demande Tullie pour
la derniere fois. Ciceron lui réplique que
c'eft moins fon amour que fa politique qui
lui fait fouhaiter la main de fa fille , &
qu'il veut par ce noeud les affocier à fes
fureurs. Octave offenfé , lui repart :
Ingrat , fi tu jouis de la clarté du jour ,
Apprens que tu ne dois ce bien qu'à mon amour .
Vois ton nom.
Ciceron lui dit avec un phlegme vraiment
Romain :
Je l'ai vû . Céfar , je t'en rends graces.
Octave alors fe dévoile tout entier , &
lui reproche qu'il protége Clodomir , &
qu'il veut l'unir à Tullie. Ciceron ne s'en
défend pas , & Céfar tranfporté de colere ,
fort en lui déclarant qu'il l'abandonne à
fon inimitié. Ciceron refté feul , dit qu'il
la préfere à une pitié qui deshonore celui
qu'elle épargne , & celui qui l'invoque. Il
eft inquiet fur le fort de fa fille & fur celui
de Sextus , mais il eft raffuré par leur
préfence ; il leur apprend qu'il eft profcrit.
Tous deux le conjurent de partir &
de profiter du moment qu'Octave lui laiſſe ;
FEVRIER. 1755.. 159
mais il s'obſtine à mourir . Philippe vient
avertir Sextus que fes amis font déja loin
des portes , & preffe Tullie de fuivre les
pas du fils de Pompée , en l'affurant qu'elle
n'a rien à craindre pour Ciceron , qu'il eft
chargé de veiller für fes jours , & qu'il va
le conduire à Tufculum. Ciceron quitte
Sextus & Tullie , en leur difant :
i
Adieu , triftes témoins de més voeux fuperflus.
Palais infortuné , je ne vous verrai plus.
Octave qui vient d'apprendre que le faux
Clodomir eft Sextus , fait éclater toute fa
colere , & jure d'immoler le fils de Pompée
, & Tullie même. Mecene entre tout
éploré. Octave effrayé , lui demande quel
eft le fujet de fa douleur. Mecene lui répond
, les yeux baignés de larmes :
Ingrat ! qu'avez-vous fait ?
Hélas ! hier encore il exiſtoit un homme
Qui fit par fes vertus les délices de Rome ;
Mémorable à jamais par fes talens divers ,
Dont le génie heureux éclairoit l'univers.
Il n'eft plus .... fon falut vous eût couvert de
gloire ,
Et de vos cruautés , effacé la mémoire.
Qu'ai -je beſoin encor de vous dire fon nom ?
Ahlaillez-moi vous fuir , & pleurer Ciceron.
190 MERCURE DE FRANCE.
Octave témoigne fa furprife , & rejette
ce crime fur Antoine. Mecene continue
ainfi :
L'intrepide Orateur a vu fans s'ébranler ,
Lever fur lui lebras qui l'alloit immoler :
C'eſt toi , Lena , dit-il ; que rien ne te retienne ;
J'ai défendu ta vie , atrache-moi la mienne.
Je ne me repens point d'avoir ſauvé tes jours ,
Puifque des miens , c'est toi qui dois trancher le
cours.
que
A ces mots , Ciceron lui préfente la tête ,
En s'écriant , Lena , frappe , la voilà prête.
Lena , tandis Pair retentiffoit de cris ,
L'abbat , court chez Fulvie en demander le prix.
Un objet fi touchant , loin d'attendrir ſon ame ,
N'a fait que redoubler le courroux qui l'enflam
me :
Les yeux étincelans de rage & de fureur ,
Elle embraffe Lena fans honte & fans pudeur ,
Saifit avec tranſport cette tête divine ,
Qui femble avec les Dieux difputer d'origine ,
En arrache . ... Epargnez à ma vive douleur
La fuite d'un récit qui vous feroit horreur.
Nous ne l'entendrons plus , du feu de fon génie ,
Répandre dans nos coeurs le charme & l'harmonie
:
Fulvie a déchiré de fes indignes mains
Cet objet précieux , l'oracle des humains.
Ce récit m'a paru trop beau pour en rien
FEVRIER. 1755. 191
retrancher. L'acteur * qui a joué le rolle de
Mecene , en a fenti tout le pathétique , &
l'a très-bien rendu. Tullie qui n'eft pas encore
inftruite de la mort de fon pere , vient
implorer pour lui la puiffance d'Octave ;
elle paroît un peu defcendre de fon caractere
, elle s'humilie même au point d'offrir ſa
main à Céfar, pourvû qu'elle foit le prix des
jours de Ciceron . Comme Octave ne peut
cacher fon embarras , & qu'il veut fortir ,
Tullie l'arrête ; & tournant fes regards
vers la tribune , elle s'écrie avec terreur :
Plus je l'ofe obferver , plus ma frayeur augmente.
Mecene ! la Tribune ... elle eſt toute fanglante.
Ce voile encor fumant cache quelque forfait.
N'importe , je veux voir. Dieux ! quel affreux
objet !
La tête de mon pere ! .. Ah! monftre impitoyable ,
A quels yeux offres- tu ce fpectacle effroyable ?
Elle fe tue , & tombe en expirant auprès
d'une tête fi chere.
Je n'ai point vû au théatre de dénoument
plus frappant ; je ne me laffe point
de le répéter . Ce tableau rendu par l'action
admirable de Mlle Clairon , infpire la terreur
la plus forte , & la pitié la plus tendre
. Ces deux fentimens réunis enfemble .
font la perfection du genre. La beauté du
M. de Bellecour
192 MERCURE DE FRANCE.
cinquiéme acte répond à celle du premier
& la catastrophe remplit tout ce que l'expofition
a promis ; elle a toute la force
Angloife , fans en avoir la licence. Pour
en convaincre le lecteur , je veux lui comparer
le dénouement de Philoclée , dont je
vais donner le programme , d'après l'extrait
inferé dans le Journal Etranger du
mois de Janvier.
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Résumé : COMEDIE FRANÇOISE.
Le texte critique la dixième représentation de la tragédie 'Le Triumvirat, ou la mort de Cicéron' par les Comédiens Français, qui a connu un succès mérité. La pièce, disponible chez Hochereau, raconte l'histoire de Tullie, fille de Cicéron, qui cherche à protéger son père des persécutions du Triumvirat. Tullie exprime son désespoir face aux horreurs de cette période et reproche à César et Pompée leurs actions. Elle révèle également la menace que représente Octave. Sextus, déguisé en Clodomir, propose une retraite à Tullie, mais elle refuse. Lepide suggère à Cicéron de s'exiler, mais Tullie l'encourage à rester et à affronter ses ennemis. Octave, accompagné de Mécène, tente de gagner la faveur de Cicéron en lui offrant de l'adopter et de protéger Tullie, mais ils rejettent ces propositions avec fierté. Sextus, reconnu comme le fils de Pompée, presse Cicéron de fuir. La pièce se poursuit avec des confrontations entre les personnages, chacun défendant ses valeurs et loyautés. Cicéron refuse de quitter Rome et exprime son désir de mourir en héros. Octave, jaloux de Sextus, menace de le punir, mais finit par lui accorder la vie. Philippe, un affranchi, révèle un complot contre Cicéron, et Sextus décide de le protéger. Tullie et Sextus se préparent à trouver Cicéron pour le sauver des dangers qui le menacent. La pièce se poursuit avec une confrontation dramatique entre Octave, Cicéron et d'autres personnages. Octave demande la main de Tullie, mais Cicéron refuse, accusant Octave de motivations politiques. Octave, offensé, rappelle à Cicéron qu'il lui doit la vie. Cicéron, imperturbable, avoue protéger Clodomir et vouloir l'unir à Tullie. Octave, furieux, déclare abandonner Cicéron à son inimitié. Cicéron, inquiet pour ses enfants, apprend qu'il est proscrit mais refuse de partir. Philippe avertit Sextus et Tullie de partir, assurant qu'il veillera sur Cicéron. Cicéron dit adieu à ses enfants et quitte le palais. Octave, apprenant que Sextus est le faux Clodomir, jure de les immoler. Mécène révèle à Octave la mort de Cicéron, tué par Lena sur ordre de Fulvie. Tullie, découvrant la tête de son père, meurt de chagrin. La pièce se conclut par un dénouement tragique, soulignant la terreur et la pitié inspirées par la mort de Cicéron.
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68
p. 159-160
COMEDIE FRANÇOISE,
Début :
Les Comédiens François ont donné le 7 de ce mois le Tartuffe & les Folies [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMEDIE FRANÇOISE,
COMEDIE FRANÇOISE.
L
Es Comédiens François ont donné le
de ce mois le Tartuffe & les Folies
amoureufes. Mme Novere , femme de M.
Novere , fi connu par le Ballet Chinois &
par celui de la Fontaine de Jouvence , a
débuté dans ces deux pièces , où elle joue
le rôle de la Soubrette. Le public lui a
fait un accueil favorable. Elle a repréſenté
fucceffivement Cléantis dans Démocrite ,
& Finettte dans le Philoſophe marié.
Le 8 , les mêmes Comédiens ont remis.
avec fuccès, Venceslas , tragédie de Rotrou..
160 MERCURE DE FRANCE.
Elle eft poftérieure au Cid , qui a été joué
en 1636. Venceflas n'a paru qu'en 1648 .
On voit par là que Rotrou , loin d'avoir
fervi de modele à Corneille , s'eft perfectionné
d'après lui . Cette piéce a de grandes
beautés. Le premier acte , le quatriéme
& le cinquiéme ne feroient pas indignes de
l'auteur de Cinna. Ladiflas eft un caractere
vraiment théatral ; il a ce mêlange de
vertus & de vices qui intéreffe fur la
fcene. Si ce Prince commet des crimes , le
feu de l'âge , & l'impétuofité d'une paffion
contredite , l'y forcent malgré lui ; le péril
même où ils le jettent , excitent en fa faveur
d'autant plus la pitié , qu'il ne tue fon
frere que par une méprife. Dans l'obfcurité
, il l'a pris pour Fédéric qu'il croyoit
fon rival. Venceflas qui lui pardonne
après l'avoir condamné , eft tout à la fois le
modele des peres & des monarques. Obligé
par fa juftice à punir Ladiflas , comme Roi
il prend l'héroïque parti de lui céder la
couronne , & de l'abfoudre alors comme
pere. Ce noble procédé forme un dénoument
d'autant plus heureux qu'il eft inattendu
, & qu'il eft en même tems dans la
nature. François de Roxas , auteur Efpagnol
, avoit traité , avant Rotrou , le même
fujet fous un titre moral qui l'annonce :
On ne peut être ✔ Roi.
L
Es Comédiens François ont donné le
de ce mois le Tartuffe & les Folies
amoureufes. Mme Novere , femme de M.
Novere , fi connu par le Ballet Chinois &
par celui de la Fontaine de Jouvence , a
débuté dans ces deux pièces , où elle joue
le rôle de la Soubrette. Le public lui a
fait un accueil favorable. Elle a repréſenté
fucceffivement Cléantis dans Démocrite ,
& Finettte dans le Philoſophe marié.
Le 8 , les mêmes Comédiens ont remis.
avec fuccès, Venceslas , tragédie de Rotrou..
160 MERCURE DE FRANCE.
Elle eft poftérieure au Cid , qui a été joué
en 1636. Venceflas n'a paru qu'en 1648 .
On voit par là que Rotrou , loin d'avoir
fervi de modele à Corneille , s'eft perfectionné
d'après lui . Cette piéce a de grandes
beautés. Le premier acte , le quatriéme
& le cinquiéme ne feroient pas indignes de
l'auteur de Cinna. Ladiflas eft un caractere
vraiment théatral ; il a ce mêlange de
vertus & de vices qui intéreffe fur la
fcene. Si ce Prince commet des crimes , le
feu de l'âge , & l'impétuofité d'une paffion
contredite , l'y forcent malgré lui ; le péril
même où ils le jettent , excitent en fa faveur
d'autant plus la pitié , qu'il ne tue fon
frere que par une méprife. Dans l'obfcurité
, il l'a pris pour Fédéric qu'il croyoit
fon rival. Venceflas qui lui pardonne
après l'avoir condamné , eft tout à la fois le
modele des peres & des monarques. Obligé
par fa juftice à punir Ladiflas , comme Roi
il prend l'héroïque parti de lui céder la
couronne , & de l'abfoudre alors comme
pere. Ce noble procédé forme un dénoument
d'autant plus heureux qu'il eft inattendu
, & qu'il eft en même tems dans la
nature. François de Roxas , auteur Efpagnol
, avoit traité , avant Rotrou , le même
fujet fous un titre moral qui l'annonce :
On ne peut être ✔ Roi.
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Résumé : COMEDIE FRANÇOISE,
En décembre, les Comédiens Français ont présenté plusieurs pièces. Le 20 décembre, ils ont joué 'Le Tartuffe' et 'Les Folies amoureuses', avec Mme Novere dans le rôle de la soubrette, puis dans 'Démocrite' et 'Le Philosophe marié'. Le 8 décembre, ils ont repris 'Venceslas', une tragédie de Jean de Rotrou écrite en 1648, après 'Le Cid' de Corneille. Rotrou s'est inspiré de Corneille pour perfectionner sa pièce. 'Venceslas' est acclamée pour ses qualités, notamment les actes premier, quatrième et cinquième, comparables à celles de 'Cinna' de Corneille. Ladislas, personnage théâtral, mêle vertus et vices, poussé par la passion et l'erreur à commettre des crimes. Venceslas incarne le modèle des pères et des monarques en pardonnant et en abdiquant en faveur de Ladislas. Le sujet de 'Venceslas' avait déjà été traité par l'auteur espagnol François de Roxas sous le titre 'On ne peut être Roi'.
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69
p. 177-178
COMEDIE FRANÇOISE.
Début :
Le premier Mars les Comédiens François ont donné la premiere représentation [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français
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texteReconnaissance textuelle : COMEDIE FRANÇOISE.
COMEDIE FRANÇOISE.
E premier Mars les Comédiens Fran
çois ont donné la premiere repréfentation
de Philoctete , tragédie de M. de
Châteaubrun , auteur des Troyennes . On
n'a point vû depuis long- tems de piéce
mieux jouée , ni de fuccès plus unanime
& mieux mérité ; il eft d'autant plus glorieux
pour l'auteur , qu'on peut appeller
fa tragédie la difficulté vaincue. Pour nous
intéreffer avec un fujet fi fimple & fi
étranger à nos moeurs , il falloit créer ; c'é-
Hy
•
178 MERCURE DE FRANCE.
toit le comble de l'art ; M. de Châteaubrun
y eft parvenu fans s'écarter de Sophacle.
Son triomphe eft celui des anciens ;
en les embellifant il ne les a point déguifés
, il les a rendus dans cette beauté
fimple qui les caractériſe , & qui ne perd
jamais fes droits fur les coeurs : elle eft intéreffante
dans tous les tems , & même
dans les lieux où la mode a le plus d'autorité
Philoctete en eft la preuve ; dès
qu'il a paru , il a réuni tous les fuffrages.
Ce qu'il y a de plus eftimable dans
M. de Châteaubrun , les maximes qu'il
met dans la bouche de fes héros font toujours
dictées par la vertu , & les fentimens
qui regnent dans fa piéce font puifés dans
l'humanité , dont on peut dire fans flaterie
qu'il eft le poëte.
Le 15 , les Comédiens ont fermé leur
fpectacle par la feptiéme repréſentation de
cette tragédie , avec un grand concours ;
nous en parlerons plus au long à fa reprife
. Nous ofons avancer , d'après le fentiment
général , qu'elle est faite pour ouvrir
non feulement le théatre avec gloire ,
mais pour y refter avec diftinction .
M. de Bellecourt a fait le compliment
au gré du public.
E premier Mars les Comédiens Fran
çois ont donné la premiere repréfentation
de Philoctete , tragédie de M. de
Châteaubrun , auteur des Troyennes . On
n'a point vû depuis long- tems de piéce
mieux jouée , ni de fuccès plus unanime
& mieux mérité ; il eft d'autant plus glorieux
pour l'auteur , qu'on peut appeller
fa tragédie la difficulté vaincue. Pour nous
intéreffer avec un fujet fi fimple & fi
étranger à nos moeurs , il falloit créer ; c'é-
Hy
•
178 MERCURE DE FRANCE.
toit le comble de l'art ; M. de Châteaubrun
y eft parvenu fans s'écarter de Sophacle.
Son triomphe eft celui des anciens ;
en les embellifant il ne les a point déguifés
, il les a rendus dans cette beauté
fimple qui les caractériſe , & qui ne perd
jamais fes droits fur les coeurs : elle eft intéreffante
dans tous les tems , & même
dans les lieux où la mode a le plus d'autorité
Philoctete en eft la preuve ; dès
qu'il a paru , il a réuni tous les fuffrages.
Ce qu'il y a de plus eftimable dans
M. de Châteaubrun , les maximes qu'il
met dans la bouche de fes héros font toujours
dictées par la vertu , & les fentimens
qui regnent dans fa piéce font puifés dans
l'humanité , dont on peut dire fans flaterie
qu'il eft le poëte.
Le 15 , les Comédiens ont fermé leur
fpectacle par la feptiéme repréſentation de
cette tragédie , avec un grand concours ;
nous en parlerons plus au long à fa reprife
. Nous ofons avancer , d'après le fentiment
général , qu'elle est faite pour ouvrir
non feulement le théatre avec gloire ,
mais pour y refter avec diftinction .
M. de Bellecourt a fait le compliment
au gré du public.
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Résumé : COMEDIE FRANÇOISE.
Le 1er mars, les Comédiens Français ont présenté la tragédie 'Philoctète' de M. de Châteaubrun, auteur des 'Troyennes'. La pièce a été acclamée pour sa qualité de jeu et son succès unanime, malgré la difficulté du sujet. 'Philoctète' traite d'un thème simple et étranger aux mœurs contemporaines, nécessitant une création artistique exceptionnelle. M. de Châteaubrun a su embellir les anciens sans les dénaturer, conservant leur beauté simple et intemporelle. La pièce a immédiatement remporté l'adhésion du public. Les maximes et sentiments exprimés par les héros sont dictés par la vertu et l'humanité, faisant de M. de Châteaubrun un poète remarquable. Le 15 mars, la tragédie a été jouée pour la septième fois avec un grand succès et est considérée comme digne d'ouvrir et de rester au répertoire. M. de Bellecourt a reçu les compliments du public pour sa performance.
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70
p. 177-178
COMEDIE FRANÇOISE.
Début :
Les Comédiens François ont ouvert leur théatre le 8 de ce mois par [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Tragédie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMEDIE FRANÇOISE.
COMEDIE FRANÇOISE.
LES
Es Comédiens François ont ouvert
leur théatre le 8 de ce mois par
Athalie . Cette Tragédie a été précédée ,
felon l'uſage , d'un compliment prononcé
par M. de Bellecourt , & applaudi par
le Parterre , fuivant la coutume,
Le 10 , ils ont donné la huitieme repréſentation
de Philoctete ; & le 19 , ils
L'ont joué pour la douzieme & derniere
fois. Le public l'a reçu avec toute la
chaleur & les applaudiffemens du premier
jour. Voici des vers de M. Tannevot
fur cette Tragédie .
Difparoiffez Romans , fléau de Melpomene ,
Qui depuis fi long- tems defigurez la ſcène ;
Le Cothurne français par vous dépayſé ,
A retrouvé la fource où Sophocle a puiſé.
Queljeu des paffions ! quelles moeurs héroïques !
Quels nobles fentimens que de traits pathétitiques
!
Hv
178 MERCURE DE FRANCE .
Quel refpect pour les Dieux ! & quelle vérité
A de fages crayons fournit l'antiquité !
Zele , force , courage , amour de la patrie ,
Celeftes alimens dont notre ame eft nourrie ,
Germent dans un fujet fimple , & toujours fé
cond ,
Plein de grands mouvemens , pour un efprit pro♣
fond.
Les incidens nombreux découvrent l'indigence
L'action ifolée indique l'abondance.
Philoctete obftiné dans fes reffentimens ,
Suffit pour enlever nos applaudiffemens.
La clémence toujours oppoſée à la haine ,
La combat conftamment , en triomphe & l'en
chaîne.
Dans le jeune Pyrrhus l'amour cede au devoirs
L'éloquente raiſon fignale fon pouvoir.
Combien aux voeux des Grecs devient - elle propice
!
Il falloit Chateaubrun pour bien nous peindre
Ulyffe.
Auteur judicieux , il te falloit far-tour
Pour guider le génie , & ramener le goû
LES
Es Comédiens François ont ouvert
leur théatre le 8 de ce mois par
Athalie . Cette Tragédie a été précédée ,
felon l'uſage , d'un compliment prononcé
par M. de Bellecourt , & applaudi par
le Parterre , fuivant la coutume,
Le 10 , ils ont donné la huitieme repréſentation
de Philoctete ; & le 19 , ils
L'ont joué pour la douzieme & derniere
fois. Le public l'a reçu avec toute la
chaleur & les applaudiffemens du premier
jour. Voici des vers de M. Tannevot
fur cette Tragédie .
Difparoiffez Romans , fléau de Melpomene ,
Qui depuis fi long- tems defigurez la ſcène ;
Le Cothurne français par vous dépayſé ,
A retrouvé la fource où Sophocle a puiſé.
Queljeu des paffions ! quelles moeurs héroïques !
Quels nobles fentimens que de traits pathétitiques
!
Hv
178 MERCURE DE FRANCE .
Quel refpect pour les Dieux ! & quelle vérité
A de fages crayons fournit l'antiquité !
Zele , force , courage , amour de la patrie ,
Celeftes alimens dont notre ame eft nourrie ,
Germent dans un fujet fimple , & toujours fé
cond ,
Plein de grands mouvemens , pour un efprit pro♣
fond.
Les incidens nombreux découvrent l'indigence
L'action ifolée indique l'abondance.
Philoctete obftiné dans fes reffentimens ,
Suffit pour enlever nos applaudiffemens.
La clémence toujours oppoſée à la haine ,
La combat conftamment , en triomphe & l'en
chaîne.
Dans le jeune Pyrrhus l'amour cede au devoirs
L'éloquente raiſon fignale fon pouvoir.
Combien aux voeux des Grecs devient - elle propice
!
Il falloit Chateaubrun pour bien nous peindre
Ulyffe.
Auteur judicieux , il te falloit far-tour
Pour guider le génie , & ramener le goû
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Résumé : COMEDIE FRANÇOISE.
Les comédiens français ont inauguré leur théâtre le 8 du mois avec la tragédie 'Athalie', précédée d'un compliment de M. de Bellecourt, acclamé par le public. Le 10, ils ont présenté la huitième représentation de 'Philoctète', et le 19, ils l'ont jouée pour la douzième et dernière fois. La pièce a été accueillie avec enthousiasme et applaudissements constants. M. Tannevot a écrit des vers élogieux sur 'Philoctète', soulignant la force et l'authenticité des passions et des mœurs héroïques présentées. Il critique les Romains pour avoir défiguré la scène et loue le retour du cothurne français à la source de Sophocle. Les personnages de la pièce, notamment Philoctète et Pyrrhus, sont loués pour leurs nobles sentiments et leur respect des dieux. L'action est décrite comme riche en incidents et en profondeur, avec une opposition constante entre clémence et haine. L'éloquence et la raison triomphent dans le personnage d'Ulysse, interprété par Chateaubrun.
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71
p. 193-194
COMEDIE FRANÇOISE.
Début :
Le 7 Juin les Comédiens François donnerent Britannicus. Le sieur Rosimont [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français
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texteReconnaissance textuelle : COMEDIE FRANÇOISE.
COMEDIE FRANÇOISE.
L
E7 Juin les Comédiens François
donnerent Britannicus . Le fieur Rofimont
, qui avoit déja débuté l'année paffée
, y joua le rôle de Burrhus. Le 14 , il
repréſenta Agamemnon dans Iphigenie , &
le 19 Dom Diegue , dans le Cid. Il a un
pathétique qui peut toucher en province
mais qui n'a pas eu le même bonheur à
Paris .
la
>
Le 23 un nouveau Roi parut fur la
ſcène : c'eſt le fieur Dumenil qui étoit de
troupe de Compiegne. Il a débuté pour
la premiere & derniere fois par le rôle de
Palamede dans Electre. Pour me renfermer
dans le bien qu'on en peut dire , il a une
très belle voix.
On annonce encore pour Samedi prochain
28 , un troifieme Acteur qui doit
jouer Mitridate. Je fouhaite pour le bien
du théâtre françois que fon regne foit plus
long.
I
194 MERCURE DE FRANCE.
Le Jeudi 26 on donna la premiere repréfentation
de Zelide , Comédie en un
acte , en vers avec un divertiſſement . Elle
fut précédée de Manlius , Tragédie de
la Foffe . M. Renout eft l'auteur de cette
petite Féérie qui a été très- bien reçue du
public , & qui annonce du talent.
L
E7 Juin les Comédiens François
donnerent Britannicus . Le fieur Rofimont
, qui avoit déja débuté l'année paffée
, y joua le rôle de Burrhus. Le 14 , il
repréſenta Agamemnon dans Iphigenie , &
le 19 Dom Diegue , dans le Cid. Il a un
pathétique qui peut toucher en province
mais qui n'a pas eu le même bonheur à
Paris .
la
>
Le 23 un nouveau Roi parut fur la
ſcène : c'eſt le fieur Dumenil qui étoit de
troupe de Compiegne. Il a débuté pour
la premiere & derniere fois par le rôle de
Palamede dans Electre. Pour me renfermer
dans le bien qu'on en peut dire , il a une
très belle voix.
On annonce encore pour Samedi prochain
28 , un troifieme Acteur qui doit
jouer Mitridate. Je fouhaite pour le bien
du théâtre françois que fon regne foit plus
long.
I
194 MERCURE DE FRANCE.
Le Jeudi 26 on donna la premiere repréfentation
de Zelide , Comédie en un
acte , en vers avec un divertiſſement . Elle
fut précédée de Manlius , Tragédie de
la Foffe . M. Renout eft l'auteur de cette
petite Féérie qui a été très- bien reçue du
public , & qui annonce du talent.
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Résumé : COMEDIE FRANÇOISE.
En juin, la Comédie Française a présenté plusieurs pièces. Le 7 juin, les comédiens français jouèrent 'Britannicus', avec le sieur Rofimont dans le rôle de Burrhus. Le 14 juin, il interpréta Agamemnon dans 'Iphigénie', et le 19 juin, il joua Dom Diegue dans 'Le Cid'. Son jeu, bien que touchant en province, n'eut pas le même succès à Paris. Le 23 juin, le sieur Dumenil, de la troupe de Compiègne, débuta dans le rôle de Palamède dans 'Électre' et fut salué pour sa belle voix. Un autre acteur est annoncé pour jouer 'Mithridate' le 28 juin. Le 26 juin, la première représentation de 'Zélide', une comédie en un acte et en vers avec un divertissement, fut donnée. Elle fut précédée de 'Manlius', une tragédie de La Fosse. L'auteur, M. Renout, reçut un accueil favorable du public, indiquant un certain talent.
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72
p. 223-225
COMEDIE FRANÇOISE.
Début :
Le 23 Juillet, les Comédiens François remirent pour la premiere fois Marius [...]
Mots clefs :
Comédie-Française, Comédiens-Français, Tragédie, Rôle, Actrice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMEDIE FRANÇOISE.
COMEDIE FRANÇOISE.
E 23 Juillet , les Comédiens François
remirent pour la premiere fois Marius
, Tragédie de M. de Caux. Cette piece
n'avoit point été jouée depuis fa nouveauté
en 1716. Elle a de grandes beautés.
J'oferois prefque dire que le rôle du vieux
Marius eft frappé au coin du grand Corneille
. Celui d'Arisbe a été rendu fupérieurement
par Mlle Clairon , qui embellit
tout ce quelle joue.
Le Dimanche 27 du même mois , la
nouvelle Actrice , Mlle Mezieres , a repréfenté
Camille dans les Horaces , avec
l'approbation générale , qui dit plus aujourd'hui
que l'applaudiffement du Parterre.
L'applaudiffement eft fouvent acheté
, au lieu que l'approbation est toujours
libre , & ne s'accorde qu'au talent par le
public connoiffeur , qui feul l'apprécie.
Ses arrêts font moins bruians, mais ils font
les feuls qui décident . Le fuccès & le mé-
Kiiij
224 MERCURE DE FRANCE.
rite théatral de Mlle Mezieres ne font donc
plus douteux. Ce troifiéme rôle a convaincu
les plus incrédules. Elle l'a joué
avec autant d'ame que d'intelligence , &
s'eft furpaffée dans l'imprécation du quatriéme
acte. C'eft dans les grands morceaux
qu'un Acteur fe développe. Quoiqu'on
en dife , ils ne fervent que le vrai
talent , ils font toujours l'écueil de la médiocrité.
L'Actrice nouvelle n'eſt point
bornée au férieux , elle n'a pas moins réuffi
dans le comique. Elle le rend avec d'autant
plus d'efprit , qu'elle ne copie perfonne
, & qu'elle exprime également bien
les caracteres oppofés. Elle a joué l'Amoureuse
dans le Florentin , avec une fineffe
qui eft à elle ; & Lucinde dans l'Oracle
, avec une naïveté fpirituelle , qui
n'eft pas montrée ; il ne lui manque que
l'ufage & le ton du théatre de Paris.
Le fieur Raucourt qui a été reçu pour
un an à l'effai , a repréſenté le vieil Horace
d'une maniere à mériter de plus en
plus l'encouragement du public.
Le 20 Août, les mêmes Comédiens ont
donné la premiere repréſentation de l'Orphelin
de la Chine , Tragédie nouvelle de
M. de Voltaire .
Toute la France y étoit , & le plus grand
nombre l'a applaudie. Ceux qui la jugent
SEPTEMBRE . 1755. 225
avec le plus de rigueur , font forcés de convenir
que les détails en font admirables.
Si la gloire de ce Poëte célébre pouvoit
croître , elle feroit comblée par ce nouveau
triomphe. Il eft vrai que Mlle Clairon doit
le partager ; on peut dire que le talent de
l'Actrice difpute de force avec le génie dé
l'Auteur. M. de Voltaire eft né ponr faire
de beaux vers , & Mlle Clairon eft faite
pour les dire. Heureufement pour la piéce
elle y joue le meilleur rôle. Je ne crois pas
que l'onpuiffe mettre au théatre un caractere
plus intéreffant que celui d'Idamé qu'elle
repréfente. Son héroïfime eft dans la nature,
Celui de fon mari fort de l'humanité.
Il eſt le modele des fujets , mais il en remplit
les devoirs aux dépens de ceux de pere
& d'époux . Il veut facrifier fon fils dans
le berceau , malgré les cris du fang , & il
exhorte fa femme à vivre pour regner avec
le tyran dont elle eft aimée. Idamé au contraire,
mere auffi tendre qu'époufe parfaite,
défend les jours de fon fils au péril des fiens ,
& propofe à fon mari un parti plus noble
& plus convénable , c'eft de mourir tous
deux d'une mort libre par le fecours d'un
poignard qu'elle lui préfente. Nous aurons
le tems de parler plus au long de cette Tragédie
, dont vraisemblablement la réuffite
ne fera point paffagere.
E 23 Juillet , les Comédiens François
remirent pour la premiere fois Marius
, Tragédie de M. de Caux. Cette piece
n'avoit point été jouée depuis fa nouveauté
en 1716. Elle a de grandes beautés.
J'oferois prefque dire que le rôle du vieux
Marius eft frappé au coin du grand Corneille
. Celui d'Arisbe a été rendu fupérieurement
par Mlle Clairon , qui embellit
tout ce quelle joue.
Le Dimanche 27 du même mois , la
nouvelle Actrice , Mlle Mezieres , a repréfenté
Camille dans les Horaces , avec
l'approbation générale , qui dit plus aujourd'hui
que l'applaudiffement du Parterre.
L'applaudiffement eft fouvent acheté
, au lieu que l'approbation est toujours
libre , & ne s'accorde qu'au talent par le
public connoiffeur , qui feul l'apprécie.
Ses arrêts font moins bruians, mais ils font
les feuls qui décident . Le fuccès & le mé-
Kiiij
224 MERCURE DE FRANCE.
rite théatral de Mlle Mezieres ne font donc
plus douteux. Ce troifiéme rôle a convaincu
les plus incrédules. Elle l'a joué
avec autant d'ame que d'intelligence , &
s'eft furpaffée dans l'imprécation du quatriéme
acte. C'eft dans les grands morceaux
qu'un Acteur fe développe. Quoiqu'on
en dife , ils ne fervent que le vrai
talent , ils font toujours l'écueil de la médiocrité.
L'Actrice nouvelle n'eſt point
bornée au férieux , elle n'a pas moins réuffi
dans le comique. Elle le rend avec d'autant
plus d'efprit , qu'elle ne copie perfonne
, & qu'elle exprime également bien
les caracteres oppofés. Elle a joué l'Amoureuse
dans le Florentin , avec une fineffe
qui eft à elle ; & Lucinde dans l'Oracle
, avec une naïveté fpirituelle , qui
n'eft pas montrée ; il ne lui manque que
l'ufage & le ton du théatre de Paris.
Le fieur Raucourt qui a été reçu pour
un an à l'effai , a repréſenté le vieil Horace
d'une maniere à mériter de plus en
plus l'encouragement du public.
Le 20 Août, les mêmes Comédiens ont
donné la premiere repréſentation de l'Orphelin
de la Chine , Tragédie nouvelle de
M. de Voltaire .
Toute la France y étoit , & le plus grand
nombre l'a applaudie. Ceux qui la jugent
SEPTEMBRE . 1755. 225
avec le plus de rigueur , font forcés de convenir
que les détails en font admirables.
Si la gloire de ce Poëte célébre pouvoit
croître , elle feroit comblée par ce nouveau
triomphe. Il eft vrai que Mlle Clairon doit
le partager ; on peut dire que le talent de
l'Actrice difpute de force avec le génie dé
l'Auteur. M. de Voltaire eft né ponr faire
de beaux vers , & Mlle Clairon eft faite
pour les dire. Heureufement pour la piéce
elle y joue le meilleur rôle. Je ne crois pas
que l'onpuiffe mettre au théatre un caractere
plus intéreffant que celui d'Idamé qu'elle
repréfente. Son héroïfime eft dans la nature,
Celui de fon mari fort de l'humanité.
Il eſt le modele des fujets , mais il en remplit
les devoirs aux dépens de ceux de pere
& d'époux . Il veut facrifier fon fils dans
le berceau , malgré les cris du fang , & il
exhorte fa femme à vivre pour regner avec
le tyran dont elle eft aimée. Idamé au contraire,
mere auffi tendre qu'époufe parfaite,
défend les jours de fon fils au péril des fiens ,
& propofe à fon mari un parti plus noble
& plus convénable , c'eft de mourir tous
deux d'une mort libre par le fecours d'un
poignard qu'elle lui préfente. Nous aurons
le tems de parler plus au long de cette Tragédie
, dont vraisemblablement la réuffite
ne fera point paffagere.
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Résumé : COMEDIE FRANÇOISE.
En juillet 1755, les Comédiens Français reprirent la tragédie 'Marius' de M. de Caux, absente des scènes depuis 1716. Le rôle du vieux Marius fut comparé aux œuvres de Corneille. Mlle Clairon interpréta Arisbe avec maestria. Le 27 juillet, Mlle Mézières joua Camille dans 'Les Horaces' et reçut une approbation générale, démontrant ainsi son talent, tant dans les rôles tragiques que comiques, comme l'Amoureuse dans 'Le Florentin' et Lucinde dans 'L'Oracle'. Le sieur Raucourt, nouvellement engagé, interpréta le vieil Horace avec succès. Le 20 août, les Comédiens Français présentèrent 'L'Orphelin de la Chine' de Voltaire, acclamée par le public et les critiques. Mlle Clairon incarna Idamé, un personnage héroïque et touchant, et la tragédie fut saluée pour ses détails admirables et le talent de ses interprètes.
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73
p. 217
COMEDIE FRANÇOISE.
Début :
Les Comédiens François ont continué avec la même affluence & le même succès [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMEDIE FRANÇOISE.
COMEDIE FRANÇOISE.
ES Comédiens François ont continué
cès les repréſentations de l'Orphelin de la
Chine , jufqu'à la neuviéme qui a été interrompue
par la maladie du Sr. Le Kain . La
piece ne fera redonnée qu'au retour du
voyage de Fontainebleau . Loin de fouffrir
de cette éclipfe , nous fommes perfuadés
qu'elle y gagnera par l'impatience que
le public aura de la revoir , & qu'elle ne
reparoîtra qu'avec plus d'éclat.
ES Comédiens François ont continué
cès les repréſentations de l'Orphelin de la
Chine , jufqu'à la neuviéme qui a été interrompue
par la maladie du Sr. Le Kain . La
piece ne fera redonnée qu'au retour du
voyage de Fontainebleau . Loin de fouffrir
de cette éclipfe , nous fommes perfuadés
qu'elle y gagnera par l'impatience que
le public aura de la revoir , & qu'elle ne
reparoîtra qu'avec plus d'éclat.
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74
p. 217
COMEDIE FRANÇOISE.
Début :
Les Comédiens François ont repris Nanine, Comédie en trois Actes de [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Voltaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMEDIE FRANÇOISE.
COMEDIE FRANÇOISE.
Es Comédiens François ont repris
Lanine , Comédie en trois Actes de
M. de Voltaire , qui eft auffi applaudie
qu'elle eft bien jouée. Ils ont remis fucceffivement
au Théâtre la Coupe Enchantée ;
petite piece dont la premiere moitié eft des
plus faillantes , & qui n'avoit pas été jouée
depuis plus de vingt ans. Mlle Beaumenard
y eft charmante dans le rôle du jeune homme.
Les mêmes Comédiens fe préparent à
donner inceffamment Aftianax , Tragédie
nouvelle de M. de Châteaubrun . Les voyages
de la Cour ne leur ont pas permis de
reprendre les Troyennes , ni Philoctete du
même Auteur , comme nous l'avions annoncé
d'après leur premier arrangement.
Es Comédiens François ont repris
Lanine , Comédie en trois Actes de
M. de Voltaire , qui eft auffi applaudie
qu'elle eft bien jouée. Ils ont remis fucceffivement
au Théâtre la Coupe Enchantée ;
petite piece dont la premiere moitié eft des
plus faillantes , & qui n'avoit pas été jouée
depuis plus de vingt ans. Mlle Beaumenard
y eft charmante dans le rôle du jeune homme.
Les mêmes Comédiens fe préparent à
donner inceffamment Aftianax , Tragédie
nouvelle de M. de Châteaubrun . Les voyages
de la Cour ne leur ont pas permis de
reprendre les Troyennes , ni Philoctete du
même Auteur , comme nous l'avions annoncé
d'après leur premier arrangement.
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Résumé : COMEDIE FRANÇOISE.
Les Comédiens Français ont repris 'Lanine' de Voltaire et 'La Coupe Enchantée', absente des scènes depuis plus de vingt ans. Mlle Beaumenard a été remarquée dans cette dernière pièce. Ils se préparent à jouer 'Astianax' de M. de Châteaubrun. Les voyages de la Cour ont retardé la reprise des pièces 'Les Troyennes' et 'Philoctète'.
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75
p. 155-159
SPECTACLES du ROI à Choisi.
Début :
LE Lundi 13 Décembre, les Comédiens François représenterent sur le Théâtre [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Théâtre du roi, Intermède
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SPECTACLES du ROI à Choisi.
SPECTACLES du Roi à Choifi.
LEE Lundi 13 Décembre , les ComédiensFrançois
repréfenterent fur le Théâ
tre du Roi, dans fon Château de Choifi
en préfence de Leurs Majeftés & de la
Famille Royale , Irène , Tragédie du
fieur BOISTEL , Tréforier de France à
la Généralité d'Amiens. On a vu par
l'extrait de cette Piéce dans le précédent
Mercure , qu'elle contient un rôle très-
.confidérable pour la Dle CLAIRON,,
aux rares talens de laquelle la Cour eft
auffi fenfible que la Ville.
Cette Tragédie fut fuivie du Legs ,
Comédie en un Acte en profe de M.
MARIVAUX de l'Académie Françoife
(a) . La Dlle DANGEVILLE & le
fieur PREVILLE y jouoient les rôles
,
(a) Certe Piéce fut donnée à Paris pour la pre-
-miere fois en 1736 , elle eft repriſe très-fouvent
toujours avec fuccès.
(G vi
1
156 MERCURE DE FRANCE .
dans lesquels ils font toujours un nouveau
plaifir .
Le lendemain 14 les mêmes Comédiens
repréfenterent le Complaifant
Comédie en cinq Actes en proſe , Auteur
anonyme ( b ) , & l'Epouxparfipercherie
(c) , Comédie en deux Actes ,
en vers de feu M. de Boissi , de l'Académie
Françoife.
,
Le fieur GRANDVAL retiré du
Théâtre de Paris , comme Penfionnaire
du Roi & rempliffant ce fervice à la
Cour , a joué le rôle qui donne le titre à
la premiere de ces deux Piéces. On lui a
retrouvé les mêmes talens que l'on a long
temps & conftamment applaudis en lui ,
particuliérement dans ce que nous entendons
par le haut-comique. Le fieur
BELCOUR , qui a remplacé le fieur
GRANDVAL dans fon emploi à la Comédie
, a joué avec fuccès dans la feconde
Piéce le principal rôle , qui exige
beaucoup d'art , & par lequel il a contribué
avec les autres Acteurs à rendre
cette Comédie très-agréable au Public
( b) Repréſentée pour la premiere fois à Paris
en 1732 , à la Cour en 1733 , repriſe en 1734
avec autant de fuccès que dans la nouveauté.
(c)L'Epoux par fupercherie a été donnée à Pa
ris pour la premiere fois en 1744 .
JANVIER. 1763. 157
1
Toutes les fois qu'on la repréfente à
Paris . Ce Spectacle a paru faire plaifir
à la Cour , dont le fuffrage femble auffi
confirmer le goût du Public pour les tálens
du fieur MOLÊ , qui a joué dans les
deux Piéces.
Le Mercredi 15 on fit exécuter fur le
même Théâtre par les Sujets de la Mufique
du Roi & de l'Académie Royale
deux Actes détachés d'Opéra en forme
d'intermédes. Le premier étoit Alphée
& Aréthufe ( d) , Poëme du feu lieur
DANCHET , mufique du fieur d'Au-
VERGNE . La Demoifelle ARNOULD
dont on connoît la touchante expreffion
dans la voix , dans le jeu & dans
la figure , repréfentoit Aréthufe . Le fieur
L'ARRIVÉE , dont les talens n'avoient
pas encore eu occafion d'être connus fur
les théâtres de la Cour , chantoit le rôle
d'Alphée. Le fieur GELIN , celui de
Neptune. La Demoifelle DUBOIS L.
chantoit le rôle de Vénus .
Le fecond intermédt étoit un Acte
des Fêtes de l'hymen & de l'amour ,
ballet intitulé Arueris ; Poëme du feu
(a Cet Acte fait partie des fragmens que l'on
a donné cet Eté fur le théâtre de l'Opéra , & que
l'on y continue tous les Jeudis,
158 MERCURE DE FRANCE.
fieur CAHUSAC ; Mufique du fieur RAMEAU.
Le fieur GELIOTE , Ordinaire de la
Mufique du Roi , retiré du Théâtre depuis
plufieurs années , a exécuté dans
cet interméde le rôle d'Arueris avec la
même voix & les mêmes talens qui l'ont
rendu fi célébre . La Dlle LEMIERRE ,
( époufe du fieur LARRIVÉE ) y chantoit
le rôle d'ORIE : elle s'en eft acquittée
d'une maniere à réaliſer la fiction
des rôles , par laquelle ARUERIS ,
Ordonnateur & Juge des jeux , où concourent
les talens dont il eft le maître
& le modéle couronne la jeune ·
ORIE pour le prix du chant . La Demoifelle
DUBOIS L. & le fieur BÊCHE , de
-la Mufique du Roi , repréfentoient un
Berger & une Bergère , perfonnages
acceffoires dans cet Acte .
Dans le premier interméde les pas
Teuls & les principales entrécs ont été
danfés par les fieurs LANI , LAVAL,
GARDEL , DAUBERVAL & GROSSET
, & par les Demoiselles ALLARD.,
PESLIN & DUMONCEAU. Dans le fecond
, les Demoifelles LANI , ALLARD
, PESLIN & DUMONCEAU, à la
place de la Demoiselle VESTRIS , malade.
Les fieurs VESTRIS , LANI, LA
JANVIER. 1763. 159
VAL, GARDEL , DAUBERVAL &
GROSSET.
On avoit ajouté à la fin de l'Acte d'ARUERIS
l'arriette & la belle chaconne
du fieur LE BRETON dans IPHIGENIE.
Ces deux morceaux firent la même impreffion
qu'ils font journellement fur le
Théâtre de Paris , & exciterent les plus
grands éloges , tant en faveur de l'Auteur
que de la Demoifelle LEMJERRE
qui chantoit cette Arriette , & du fieur
VESTRIS fur fa danfe dans la chaconne .
On a remarqué dans ce morceau, plusfenfiblement
que jamais , le talent fpécialement
propre à ce grand Danfeur, d'adapter,
avec une forte d'enthoufiafme poëtique
, fes pas au caractère & à l'expref
fion de la Mufique.
Sa Majefté , après le Spectacle , a eu
la bonté de déclarer publiquement la
fatisfaction qu'elle avoit eue des principaux
talens qui s'étoient diftingués en
divers genres dans l'exécution de ces
Spectacles.
LEE Lundi 13 Décembre , les ComédiensFrançois
repréfenterent fur le Théâ
tre du Roi, dans fon Château de Choifi
en préfence de Leurs Majeftés & de la
Famille Royale , Irène , Tragédie du
fieur BOISTEL , Tréforier de France à
la Généralité d'Amiens. On a vu par
l'extrait de cette Piéce dans le précédent
Mercure , qu'elle contient un rôle très-
.confidérable pour la Dle CLAIRON,,
aux rares talens de laquelle la Cour eft
auffi fenfible que la Ville.
Cette Tragédie fut fuivie du Legs ,
Comédie en un Acte en profe de M.
MARIVAUX de l'Académie Françoife
(a) . La Dlle DANGEVILLE & le
fieur PREVILLE y jouoient les rôles
,
(a) Certe Piéce fut donnée à Paris pour la pre-
-miere fois en 1736 , elle eft repriſe très-fouvent
toujours avec fuccès.
(G vi
1
156 MERCURE DE FRANCE .
dans lesquels ils font toujours un nouveau
plaifir .
Le lendemain 14 les mêmes Comédiens
repréfenterent le Complaifant
Comédie en cinq Actes en proſe , Auteur
anonyme ( b ) , & l'Epouxparfipercherie
(c) , Comédie en deux Actes ,
en vers de feu M. de Boissi , de l'Académie
Françoife.
,
Le fieur GRANDVAL retiré du
Théâtre de Paris , comme Penfionnaire
du Roi & rempliffant ce fervice à la
Cour , a joué le rôle qui donne le titre à
la premiere de ces deux Piéces. On lui a
retrouvé les mêmes talens que l'on a long
temps & conftamment applaudis en lui ,
particuliérement dans ce que nous entendons
par le haut-comique. Le fieur
BELCOUR , qui a remplacé le fieur
GRANDVAL dans fon emploi à la Comédie
, a joué avec fuccès dans la feconde
Piéce le principal rôle , qui exige
beaucoup d'art , & par lequel il a contribué
avec les autres Acteurs à rendre
cette Comédie très-agréable au Public
( b) Repréſentée pour la premiere fois à Paris
en 1732 , à la Cour en 1733 , repriſe en 1734
avec autant de fuccès que dans la nouveauté.
(c)L'Epoux par fupercherie a été donnée à Pa
ris pour la premiere fois en 1744 .
JANVIER. 1763. 157
1
Toutes les fois qu'on la repréfente à
Paris . Ce Spectacle a paru faire plaifir
à la Cour , dont le fuffrage femble auffi
confirmer le goût du Public pour les tálens
du fieur MOLÊ , qui a joué dans les
deux Piéces.
Le Mercredi 15 on fit exécuter fur le
même Théâtre par les Sujets de la Mufique
du Roi & de l'Académie Royale
deux Actes détachés d'Opéra en forme
d'intermédes. Le premier étoit Alphée
& Aréthufe ( d) , Poëme du feu lieur
DANCHET , mufique du fieur d'Au-
VERGNE . La Demoifelle ARNOULD
dont on connoît la touchante expreffion
dans la voix , dans le jeu & dans
la figure , repréfentoit Aréthufe . Le fieur
L'ARRIVÉE , dont les talens n'avoient
pas encore eu occafion d'être connus fur
les théâtres de la Cour , chantoit le rôle
d'Alphée. Le fieur GELIN , celui de
Neptune. La Demoifelle DUBOIS L.
chantoit le rôle de Vénus .
Le fecond intermédt étoit un Acte
des Fêtes de l'hymen & de l'amour ,
ballet intitulé Arueris ; Poëme du feu
(a Cet Acte fait partie des fragmens que l'on
a donné cet Eté fur le théâtre de l'Opéra , & que
l'on y continue tous les Jeudis,
158 MERCURE DE FRANCE.
fieur CAHUSAC ; Mufique du fieur RAMEAU.
Le fieur GELIOTE , Ordinaire de la
Mufique du Roi , retiré du Théâtre depuis
plufieurs années , a exécuté dans
cet interméde le rôle d'Arueris avec la
même voix & les mêmes talens qui l'ont
rendu fi célébre . La Dlle LEMIERRE ,
( époufe du fieur LARRIVÉE ) y chantoit
le rôle d'ORIE : elle s'en eft acquittée
d'une maniere à réaliſer la fiction
des rôles , par laquelle ARUERIS ,
Ordonnateur & Juge des jeux , où concourent
les talens dont il eft le maître
& le modéle couronne la jeune ·
ORIE pour le prix du chant . La Demoifelle
DUBOIS L. & le fieur BÊCHE , de
-la Mufique du Roi , repréfentoient un
Berger & une Bergère , perfonnages
acceffoires dans cet Acte .
Dans le premier interméde les pas
Teuls & les principales entrécs ont été
danfés par les fieurs LANI , LAVAL,
GARDEL , DAUBERVAL & GROSSET
, & par les Demoiselles ALLARD.,
PESLIN & DUMONCEAU. Dans le fecond
, les Demoifelles LANI , ALLARD
, PESLIN & DUMONCEAU, à la
place de la Demoiselle VESTRIS , malade.
Les fieurs VESTRIS , LANI, LA
JANVIER. 1763. 159
VAL, GARDEL , DAUBERVAL &
GROSSET.
On avoit ajouté à la fin de l'Acte d'ARUERIS
l'arriette & la belle chaconne
du fieur LE BRETON dans IPHIGENIE.
Ces deux morceaux firent la même impreffion
qu'ils font journellement fur le
Théâtre de Paris , & exciterent les plus
grands éloges , tant en faveur de l'Auteur
que de la Demoifelle LEMJERRE
qui chantoit cette Arriette , & du fieur
VESTRIS fur fa danfe dans la chaconne .
On a remarqué dans ce morceau, plusfenfiblement
que jamais , le talent fpécialement
propre à ce grand Danfeur, d'adapter,
avec une forte d'enthoufiafme poëtique
, fes pas au caractère & à l'expref
fion de la Mufique.
Sa Majefté , après le Spectacle , a eu
la bonté de déclarer publiquement la
fatisfaction qu'elle avoit eue des principaux
talens qui s'étoient diftingués en
divers genres dans l'exécution de ces
Spectacles.
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Résumé : SPECTACLES du ROI à Choisi.
Du 13 au 15 décembre 1763, des spectacles ont été présentés au théâtre du Château de Choifi en présence du roi et de la famille royale. Le 13 décembre, les comédiens ont interprété 'Irène', une tragédie de Boistel, suivie de 'Le Legs', une comédie en un acte de Marivaux. Le 14 décembre, ils ont joué 'Le Complaisant', une comédie en cinq actes d'auteur anonyme, et 'L'Epoux par surprise', une comédie en deux actes de Boissy. Les acteurs Grandval et Belcour ont été particulièrement applaudis. Le 15 décembre, des intermèdes d'opéra ont été exécutés, incluant 'Alphée & Aréthuse' de Danchet et d'Auvergne, et 'Arueris' de Cahusac et Rameau. Les interprètes notables comprenaient la demoiselle Arnould, le sieur Larrivée, le sieur Gelin, et la demoiselle Lemierre. Le roi a exprimé sa satisfaction après le spectacle, soulignant les talents des artistes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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76
p. 159-160
SPECTACLES de la Cour à Versailles.
Début :
LES changemens & augmentations qu'on a faits au Théâtre du Château, [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Comédiens-Français
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SPECTACLES de la Cour à Versailles.
SPECTACLES de la Cour à Versailles.
LES
ES changemens & augmentations
qu'on a faits au Théâtre du Château ,
n'ayant pû être finis plutôt , on n'a.com160
MERCURE DE FRANCE .
mencé à y repréfenter cet hyver que le
Mercredi 21 Décembre. Les Comédiens
Italiens y jouerent Arlequin Baron Suiffe
, Piéce Italienne , & le Cadi dupé ,
Opera- Comique , dans lequel le fieur
CAILLOT joue le rôle d'Omar Teinturier
, que jouoit le fieur AUDINOT
dans l'établiffement de cette Piéce.
Le lendemain 23 les Comédiens Fran
çois y repréſenterent Iphigénie en Tau
ride , Tragédie du feu fieur GU IMONT
DE LA TOUCHE , fuivie du Rendezvous
, Comédie en un Acte & en vers
du feu fieur FAGAN.
N. B. On rendra compte dans le
prochain Mercure des Spectacles de la
fin du mois de Décembre.
LES
ES changemens & augmentations
qu'on a faits au Théâtre du Château ,
n'ayant pû être finis plutôt , on n'a.com160
MERCURE DE FRANCE .
mencé à y repréfenter cet hyver que le
Mercredi 21 Décembre. Les Comédiens
Italiens y jouerent Arlequin Baron Suiffe
, Piéce Italienne , & le Cadi dupé ,
Opera- Comique , dans lequel le fieur
CAILLOT joue le rôle d'Omar Teinturier
, que jouoit le fieur AUDINOT
dans l'établiffement de cette Piéce.
Le lendemain 23 les Comédiens Fran
çois y repréſenterent Iphigénie en Tau
ride , Tragédie du feu fieur GU IMONT
DE LA TOUCHE , fuivie du Rendezvous
, Comédie en un Acte & en vers
du feu fieur FAGAN.
N. B. On rendra compte dans le
prochain Mercure des Spectacles de la
fin du mois de Décembre.
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Résumé : SPECTACLES de la Cour à Versailles.
Les spectacles de la Cour à Versailles ont débuté le 21 décembre 160. Les Comédiens Italiens ont joué 'Arlequin Baron Suiffe' et 'Le Cadi dupé'. Le 23 décembre, les Comédiens Français ont présenté 'Iphigénie en Tauride' et 'Le Rendez-vous'. Le rôle d'Omar Teinturier était interprété par le sieur Caillot. Le Mercure de France rendra compte des spectacles de fin décembre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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77
p. 149-151
COMÉDIE FRANÇOISE.
Début :
LE 30 Décembre dernier, on a remis la Tragédie du Comte d'Essex. Attentifs [...]
Mots clefs :
Illusion théâtrale, Comédiens-Français, Temple, Rotonde
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE FRANÇOISE.
COMÉDIE
FRANÇOISE.
LE 30 Décembre dernier , on a remis
la Tragédie du Comte d'Effex. Attentifs
à tout ce qui peut contribuer à
l'illufion Théâtrale les Comédiens
François ont fait faire une Décoration ,
pour que le quatriéme Acte de cette
Tragédie fe paffàt dans une Prifon
comme l'éxige fa fituation. La compofition
de cette Décoration , qui eft
du fieur Brunetti , fait d'autant plus
d'honneur à cet Artifte , qu'elle eſt d'un
très-grand effet & montre un lieu trèsvafte
& très- profond , quoiqu'il n'y ait .
d'employé à cette repréfentation perfpective
, que les deux chaffis de devant
terminés au troifiéme par un rideau de
fond. Le Temple fépulchral , en forme
de rotonde environné d'un Périftile
cintré en colonade , que l'on a vû dans
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
་
les repréſentations d'Eponine , étoit du
même Artifte. Il feroit difficile de produire
rien qui méritât davantage l'admiration
des Connoiffeurs que cette
Décoration. Ils ont extrêmement regretté
l'occafion de la voir plus long-temps.
M. BOURET , dont nous avons rapporté
le début , a été reçu à l'effai.
,
Le 8 de ce mois , Mlle DORSEY débuta
par le rôle de Médée dans la Tragédie
de ce nom. Elle a continué fon
début par les rôles de Clytemnestre
dans Iphigénie en Alide & de
Phédre dans la Tragédie de ce nom .
Cette A&trice a eu des applaudiffemens
au Théâtre ; mais le peu de concours de
Spectateurs a laiffé croire que la décifion
générale du Public exigeoit qu'auparavant
de repréfenter fur le Théâtre
François , elle perdît ce qu'elle a contra
Até apparemment de contraire à notre
goût national dans les Pays étrangers
où elle a exercé fes talens.
L'indifpofition d'une Actrice ayant
jufqu'à préſent fufpendu la premiere repréfentation
de Dupuis & Defronais ,
Comédie nouvelle tirée des Illuftres
Françoifes , que nous avons déja annoncée
, on a repris fur ce Théâtre les
JANVIER. 1763. 151
Tragédies & les Comédies du Réper
toire
On attendoit la Comédie nouvelle
pour le 17 de ce mois ; nous efpérons
être en état d'en rendre compte dans le
prochain volume,
FRANÇOISE.
LE 30 Décembre dernier , on a remis
la Tragédie du Comte d'Effex. Attentifs
à tout ce qui peut contribuer à
l'illufion Théâtrale les Comédiens
François ont fait faire une Décoration ,
pour que le quatriéme Acte de cette
Tragédie fe paffàt dans une Prifon
comme l'éxige fa fituation. La compofition
de cette Décoration , qui eft
du fieur Brunetti , fait d'autant plus
d'honneur à cet Artifte , qu'elle eſt d'un
très-grand effet & montre un lieu trèsvafte
& très- profond , quoiqu'il n'y ait .
d'employé à cette repréfentation perfpective
, que les deux chaffis de devant
terminés au troifiéme par un rideau de
fond. Le Temple fépulchral , en forme
de rotonde environné d'un Périftile
cintré en colonade , que l'on a vû dans
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
་
les repréſentations d'Eponine , étoit du
même Artifte. Il feroit difficile de produire
rien qui méritât davantage l'admiration
des Connoiffeurs que cette
Décoration. Ils ont extrêmement regretté
l'occafion de la voir plus long-temps.
M. BOURET , dont nous avons rapporté
le début , a été reçu à l'effai.
,
Le 8 de ce mois , Mlle DORSEY débuta
par le rôle de Médée dans la Tragédie
de ce nom. Elle a continué fon
début par les rôles de Clytemnestre
dans Iphigénie en Alide & de
Phédre dans la Tragédie de ce nom .
Cette A&trice a eu des applaudiffemens
au Théâtre ; mais le peu de concours de
Spectateurs a laiffé croire que la décifion
générale du Public exigeoit qu'auparavant
de repréfenter fur le Théâtre
François , elle perdît ce qu'elle a contra
Até apparemment de contraire à notre
goût national dans les Pays étrangers
où elle a exercé fes talens.
L'indifpofition d'une Actrice ayant
jufqu'à préſent fufpendu la premiere repréfentation
de Dupuis & Defronais ,
Comédie nouvelle tirée des Illuftres
Françoifes , que nous avons déja annoncée
, on a repris fur ce Théâtre les
JANVIER. 1763. 151
Tragédies & les Comédies du Réper
toire
On attendoit la Comédie nouvelle
pour le 17 de ce mois ; nous efpérons
être en état d'en rendre compte dans le
prochain volume,
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Résumé : COMÉDIE FRANÇOISE.
Le 30 décembre, la tragédie du Comte d'Effex a été jouée au Théâtre Français. Pour le quatrième acte, se déroulant en prison, les comédiens ont commandé une décoration à l'artiste Brunetti. Cette œuvre, bien que limitée en perspectives, crée un effet visuel impressionnant d'un espace vaste et profond, avec deux châssis et un rideau de fond. Brunetti a également conçu un temple sépulcral en rotonde, entouré d'une colonnade, pour les représentations d'Eponine, regretté pour sa brève exposition. M. Bouret a été admis à l'essai. Le 8 janvier, Mlle Dorsey a débuté dans le rôle de Médée, puis a interprété Clytemnestre dans Iphigénie en Aulide et Phèdre. Malgré des applaudissements, le public a jugé certains aspects de son jeu, acquis à l'étranger, contraires au goût national. L'indisposition d'une actrice a reporté la première de la comédie 'Dupuis & Desronais'. En attendant, le théâtre a repris des œuvres du répertoire. Une nouvelle comédie était prévue pour le 17 janvier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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78
p. 148-155
SPECTACLES DE LA COUR A VERSAILLES, ORDONNÉS par M. le Duc DE DURAS, Pair de France, premier Gentilhomme de la Chambre du Roi, en exercice pendant l'année 1763, & conduits par M. PAPILLON DE LA FERTÉ, Intendant des menus, Plaisirs & Affaires de la Chambre de SA MAJESTÉ.
Début :
LE Mardi 4 Janvier, les Comédiens François représenterent l'Irrésolu, Comédie [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Comédiens-Italiens, Rôle, Tragédie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SPECTACLES DE LA COUR A VERSAILLES, ORDONNÉS par M. le Duc DE DURAS, Pair de France, premier Gentilhomme de la Chambre du Roi, en exercice pendant l'année 1763, & conduits par M. PAPILLON DE LA FERTÉ, Intendant des menus, Plaisirs & Affaires de la Chambre de SA MAJESTÉ.
ARTICLE V.
SPECTACLE S.
SPECTACLES DE LA COUR A VERSAILLES,
ORDONNES par M. le Duc DE DURAS,
Pair de France , premier Gentilhomme
de la Chambre du Roi, en exercice
pendant l'année 1763, & conduits
parM. PAPILLON DE LA FERTÉ,
Intendant des menus , Plaifirs & Affaires
de la Chambre de SA MAJESTÉ.
LEE Mardi 4 Janvier , les Comédiens
François repréſenterent l'Irréfolu , Comédie
en cinq Actes & en vers du feu
fieur NERICAULT DESTOUCHES (a) ,
& pour petite Piéce le Charivari , Comédie
en un Acte & en profe (b) du
feu fieur DANCOURT. Le lendemain
( a) L'Irréfolu , repréfentée pour la première
fois en 1723 , avoit eu fix Repréſentations , remife
nouvellement au Théâtre avec plus de
fuccès.
(b) Première
repréſentation en 1697.
FEVRIER . 1763. 149
,
5, les Comédiens Italiens repréfenterent
Arlequin & Scapin rivaux , Comédie
Italienne , fuivie du Soldat magicien
Opera-Comique ; paroles du fieur L. B.
D. S.... Mufique du fieur PHILIDOR
(c).
Il n'y a point eu de Spectacle le
Jeudi 6 , à caufe de la Fête. Le Mardi
11 , par les Comédiens François , le
Curieux impertinent , Comédie en cinq
Actes & en vers du feu fieur NERICAULT
DESTOUCHES , fuivie du Fat
puni , Comédie en un Acte en profe :
Auteur Anonyme ( d) .
Le Mercredi 12 l'Académie Royale
de Muſique , conjointement avec la
Mufique du Roi , exécuta Hilas &
Zélis , Paftorale en un Acte , Poëme
d'un Auteur anonyme ; Mufique du
fieur de Bury , Surintendant de la Mufique
du Roi (e ) . Le rôle d'Hilas étoit
chanté par le fieur LARRIVÉE : celui
de Zélis par la Dlle LEMIERRE ( épouſe
du fieur LARRIVÉE . ) Le rôle de l'Amour
par la Dlle DUBOIS . Les principaux
Danfeurs & Danfeufes , dans le
(c) Première Repréſentation en 1760 fur le
Théâtre de l'Opera- Comique,
•
(d) Premiére Repréſentation en 1739.
(e) Premiére Repréfentation en 1762 .
Giij
150 MERCURE DE FRANCE .
Ballet , étoient les fieurs LAVAL
GARDEL , & les Dlles ALLARD &
VESTRIS .
Nous avons parlé avec de très-juftes
éloges de la mufique de cette Paftorale
à la dernière reprife des Caractères de la
Folie , Ballet du même Muficien , auquel
on l'avoit jointe. Cette Paftorale
en mufique avoit été précédée du Retour
d'Arlequin , Piéce Italienne , repréfentée
par les Comédiens Italiens.
Le 13 les Comédiens François repréfenterent
Phédre , Tragédie du feu fieur
RACINE. La Dile DUMESNIL jouant
le Rôle de Phédre , & la Dlle HUSSE
celui d'Aricie , le fieur BRISARD Thefee
; le fieur MOLE , Hippolite , & le
fieur DUBOIS Théramène.
Cette Tragédie fut fuivie du Confentement
forcé, Comédie en un Acte &
en Profe du feu ficur GUYOT DE
MERVILLE. (e )
Le 18 par les mêmes Comédiens le
Tambour nocturne , Comédie en cinq
Aces & en Profe du feu fieur Néricault
DESTOUCHES. (f) Cette Comédie
, qui a fait tant de plaifir à Paris ,
(e ) Premiere Repréſentation en 1738 .
(f)Imprimée dans les OEuvres de l'Auteur ,
jouée feulement dans les Provinces , repréſentée à
Paris la premiere fois en 1762 , par les foins &
avec des changemens du freur BELCOUR .
FEVRIER. 1763 . ISI
,
n'a pas moins amufé la Cour , par le
talent original , le naturel & l'intelligence
du bon comique des principaux
Acteurs . On fait particuliérement avec
quelle fineffe & quel art le fieur PRÉ-
VILLE varie continuellement le jeu du
rôle de PINCÉ dont la plaifanterie
feroit très-monotone fans cela. Le fieur
BELLECOUR , dans le Baron ; le fieur
MOLÉ , dans le Marquis ; la Dlle PREville
, dans la Baronne ; & la Dlle
LE KAIN , dans le rôle de Catau , ont
eu chacun le fuccès dû au talent avec
lequel ils jouent dans cette Piéce.
Pour petite Piéce on repréfenta le
Triple mariage (g) Comédie en un Acte
& en profe du même Auteur. Le Mercredi
, 19 , on éxécuta pour la feconde
fois la Paftorale d'Hilas & Zélis : les
rôles furent très bien rendus par les
mêmes Acteurs de la repréfentation
précédente , & les beautés diftinguées
de la mufique ont paru réunir les fuffrages
de toute la Cour , & ont fait à
l'Auteur ( le fieur de Bury ) tout l'honneur
que mérite fon talent.
Cette feconde repréfentation avoit
été précédée de la Comédie Italienne ,
intitulée la Joute d'Arlequin & de Scapin.
(g) Premiere repréſentation en 1724.
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
Le Jeudi 20 , les Comédiens François
repréſenterent Bajazet , Tragédie du
feu fieur RACINE . La Dlle CLAIRON
joué le rôle de Roxane , & la Demoifelle
Huss celui d'Atalide . Le fieur
MOLE le rôle de Bajazet le fieur
BRISART celui d'Acomat , & le fieur
DUBOIS Ofmin.
Après cette Tragédie , dont la repréfentation
intéreffa & toucha beaucoup
les Spectateurs , on donna le Philantrope
, Comédie en un Acte & en
profe du feu fieur LEGRAND ( h ) .
Mardi , 25 , les Comédiens François
repréfenteient la Piéce nouvelle , intitulée
Dupuis & Defronais , du fieur COLLÉ
(i ) , Comédie en vers & en trois
Actes , dont le fujet eft tiré des illuftres
Françoifes.
Un ouvrage dramatique où fe trouve
une connoiffance du monde la plus philofophique
& la plus délicate , où l'ef
prit ne femble prêter fon coloris que
pour fortifier le fentiment & orner l'inf
truction , où tout refpire les moeurs fans
trifteffe , & où tout infpire l'intérêt fans
( h) Jouée pour la première fois à Paris en
1724.
(i ) Cette Piéce avoit été repréfentée à Paris .
Voyez ci -après l'article de la Comédie Françoife.
FEVRIER. 1763. 153
affliger l'âme , ne pouvoit manquer
d'avoir un grand fuccès fur ce Théâtre .
Auffi la Cour a confirmé par fes fuffrages
la juftice que le Public avoit dérendue
à cette nouveauté. Il en a été
de même à l'égard du jeu des Acteurs
dont les trois principaux font la Dlle
GAUSSIN , pour le rôle de Mariane
: le fieur BRISART , pour celui
de Dupuis , & le fieur MOLÉ pour celui
de Desronais . Comme c'eft ce dernier
qui porte le plus de chaleur & de
mouvement dans la Piéce , nous ne
pouvons nous difpenfer de rapporter ,
fi l'on peut dire , le cri public , fur le
feu , fur le fentiment , le naturel & la
fine intelligence que met le fieur MOLÉ
jufques dans les plus petits détails de ce
rôle , qui ajoute encore à la réputation
qu'il s'étoit fi juftement acquife.
On donna pour feconde Piéce , le
même jour , les Folies amoureufes , Comédie
en vers , en trois Actes , du feu
fieur Regnard (k ). Le fieur BOURET
y joua le role de Crifpin.
Le Mercredi 26 les Comédiens Italiens
repréfenteremt Arlequin & Scapin
voleurs par amour , qui fut fuivie d'une
feconde repréfentation de Philemon &
(*) Première Repréfentation en 1704%
Gy
154. MERCURE DE FRANCE .
Baucis , Paftorale héroïque , exécutée ,
par l'Académie Royale de Mufique &
par la Mufique du Roi , telle qu'elle
l'avoit déja été ( & par les mêmes Acteurs
) le 30 Décembre dernier ( 1 ) .
L'exécution de toutes les parties de cet
Opera a été encore plus parfaite à cette
repréſentation ; & la Cour , qui l'avoit
redemandé , a paru y prendre un nouveau
plaifir. Le Poëme eft du fieur Roi ,
& la Mufique des fieurs REBEL &
FRANCEUR , Surintendans de la Mu--
fique de Sa Majesté.
Le Jeudi 27, les Comédiens François
ont repréfenté Ariane , Tragédie de
THOMAS CORNEILLE. La Dlle CLAIRON
jouoit le rôle d'Ariane , & la
Dlle Huss celui de Phédre. Les rôles
de Théfée & de Pirithoüis , par les fieurs
MOLE & BELCOUR.
On donna enfuite le Sage étourdi
Comédie en trois Actes & en vers du
feu fieur de BOISSI . ( m ) .
Les Lundi 17 & 24 Janvier il y a
eu Bal paré dans la Salle de la Comédie
du Roi , dont le parquet étoit monté au
niveau du Théâtre : elle étoit ornée de
( 1 ) Voyez le fecond Volume du Mercure de
Janvier.
(m ) Premiére repréſentation en 1748 .
FEVRIER. 1763. 155
,
beaucoup de luftres , foutenus & réunis
par des guirlandes de fleurs . Leurs
MAJESTÉS , M. le DAUPHIN Madame
la DAUPHINE & la Famille
Royale affiftent à ces Bals. Les Princes
du Sang , les jeunes Seigneurs & les
Dames de la Cour y danfent en divers
quadrilles , des entrées & ballets figurés,
dans les habits de caractères relatifs aux
fujets qu'ils ont choifis pour ces Ballets
, qui ont été extrêmement applaudis.
Le temps qu'ont duré ces Bals , depuis
11 heures & demi du foir , jufqu'à 6
ou 7 heures du matin , prouve combien
ils font agréables à ceux qui les compofent
& à ceux qui y affiftent.
SPECTACLE S.
SPECTACLES DE LA COUR A VERSAILLES,
ORDONNES par M. le Duc DE DURAS,
Pair de France , premier Gentilhomme
de la Chambre du Roi, en exercice
pendant l'année 1763, & conduits
parM. PAPILLON DE LA FERTÉ,
Intendant des menus , Plaifirs & Affaires
de la Chambre de SA MAJESTÉ.
LEE Mardi 4 Janvier , les Comédiens
François repréſenterent l'Irréfolu , Comédie
en cinq Actes & en vers du feu
fieur NERICAULT DESTOUCHES (a) ,
& pour petite Piéce le Charivari , Comédie
en un Acte & en profe (b) du
feu fieur DANCOURT. Le lendemain
( a) L'Irréfolu , repréfentée pour la première
fois en 1723 , avoit eu fix Repréſentations , remife
nouvellement au Théâtre avec plus de
fuccès.
(b) Première
repréſentation en 1697.
FEVRIER . 1763. 149
,
5, les Comédiens Italiens repréfenterent
Arlequin & Scapin rivaux , Comédie
Italienne , fuivie du Soldat magicien
Opera-Comique ; paroles du fieur L. B.
D. S.... Mufique du fieur PHILIDOR
(c).
Il n'y a point eu de Spectacle le
Jeudi 6 , à caufe de la Fête. Le Mardi
11 , par les Comédiens François , le
Curieux impertinent , Comédie en cinq
Actes & en vers du feu fieur NERICAULT
DESTOUCHES , fuivie du Fat
puni , Comédie en un Acte en profe :
Auteur Anonyme ( d) .
Le Mercredi 12 l'Académie Royale
de Muſique , conjointement avec la
Mufique du Roi , exécuta Hilas &
Zélis , Paftorale en un Acte , Poëme
d'un Auteur anonyme ; Mufique du
fieur de Bury , Surintendant de la Mufique
du Roi (e ) . Le rôle d'Hilas étoit
chanté par le fieur LARRIVÉE : celui
de Zélis par la Dlle LEMIERRE ( épouſe
du fieur LARRIVÉE . ) Le rôle de l'Amour
par la Dlle DUBOIS . Les principaux
Danfeurs & Danfeufes , dans le
(c) Première Repréſentation en 1760 fur le
Théâtre de l'Opera- Comique,
•
(d) Premiére Repréſentation en 1739.
(e) Premiére Repréfentation en 1762 .
Giij
150 MERCURE DE FRANCE .
Ballet , étoient les fieurs LAVAL
GARDEL , & les Dlles ALLARD &
VESTRIS .
Nous avons parlé avec de très-juftes
éloges de la mufique de cette Paftorale
à la dernière reprife des Caractères de la
Folie , Ballet du même Muficien , auquel
on l'avoit jointe. Cette Paftorale
en mufique avoit été précédée du Retour
d'Arlequin , Piéce Italienne , repréfentée
par les Comédiens Italiens.
Le 13 les Comédiens François repréfenterent
Phédre , Tragédie du feu fieur
RACINE. La Dile DUMESNIL jouant
le Rôle de Phédre , & la Dlle HUSSE
celui d'Aricie , le fieur BRISARD Thefee
; le fieur MOLE , Hippolite , & le
fieur DUBOIS Théramène.
Cette Tragédie fut fuivie du Confentement
forcé, Comédie en un Acte &
en Profe du feu ficur GUYOT DE
MERVILLE. (e )
Le 18 par les mêmes Comédiens le
Tambour nocturne , Comédie en cinq
Aces & en Profe du feu fieur Néricault
DESTOUCHES. (f) Cette Comédie
, qui a fait tant de plaifir à Paris ,
(e ) Premiere Repréſentation en 1738 .
(f)Imprimée dans les OEuvres de l'Auteur ,
jouée feulement dans les Provinces , repréſentée à
Paris la premiere fois en 1762 , par les foins &
avec des changemens du freur BELCOUR .
FEVRIER. 1763 . ISI
,
n'a pas moins amufé la Cour , par le
talent original , le naturel & l'intelligence
du bon comique des principaux
Acteurs . On fait particuliérement avec
quelle fineffe & quel art le fieur PRÉ-
VILLE varie continuellement le jeu du
rôle de PINCÉ dont la plaifanterie
feroit très-monotone fans cela. Le fieur
BELLECOUR , dans le Baron ; le fieur
MOLÉ , dans le Marquis ; la Dlle PREville
, dans la Baronne ; & la Dlle
LE KAIN , dans le rôle de Catau , ont
eu chacun le fuccès dû au talent avec
lequel ils jouent dans cette Piéce.
Pour petite Piéce on repréfenta le
Triple mariage (g) Comédie en un Acte
& en profe du même Auteur. Le Mercredi
, 19 , on éxécuta pour la feconde
fois la Paftorale d'Hilas & Zélis : les
rôles furent très bien rendus par les
mêmes Acteurs de la repréfentation
précédente , & les beautés diftinguées
de la mufique ont paru réunir les fuffrages
de toute la Cour , & ont fait à
l'Auteur ( le fieur de Bury ) tout l'honneur
que mérite fon talent.
Cette feconde repréfentation avoit
été précédée de la Comédie Italienne ,
intitulée la Joute d'Arlequin & de Scapin.
(g) Premiere repréſentation en 1724.
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
Le Jeudi 20 , les Comédiens François
repréſenterent Bajazet , Tragédie du
feu fieur RACINE . La Dlle CLAIRON
joué le rôle de Roxane , & la Demoifelle
Huss celui d'Atalide . Le fieur
MOLE le rôle de Bajazet le fieur
BRISART celui d'Acomat , & le fieur
DUBOIS Ofmin.
Après cette Tragédie , dont la repréfentation
intéreffa & toucha beaucoup
les Spectateurs , on donna le Philantrope
, Comédie en un Acte & en
profe du feu fieur LEGRAND ( h ) .
Mardi , 25 , les Comédiens François
repréfenteient la Piéce nouvelle , intitulée
Dupuis & Defronais , du fieur COLLÉ
(i ) , Comédie en vers & en trois
Actes , dont le fujet eft tiré des illuftres
Françoifes.
Un ouvrage dramatique où fe trouve
une connoiffance du monde la plus philofophique
& la plus délicate , où l'ef
prit ne femble prêter fon coloris que
pour fortifier le fentiment & orner l'inf
truction , où tout refpire les moeurs fans
trifteffe , & où tout infpire l'intérêt fans
( h) Jouée pour la première fois à Paris en
1724.
(i ) Cette Piéce avoit été repréfentée à Paris .
Voyez ci -après l'article de la Comédie Françoife.
FEVRIER. 1763. 153
affliger l'âme , ne pouvoit manquer
d'avoir un grand fuccès fur ce Théâtre .
Auffi la Cour a confirmé par fes fuffrages
la juftice que le Public avoit dérendue
à cette nouveauté. Il en a été
de même à l'égard du jeu des Acteurs
dont les trois principaux font la Dlle
GAUSSIN , pour le rôle de Mariane
: le fieur BRISART , pour celui
de Dupuis , & le fieur MOLÉ pour celui
de Desronais . Comme c'eft ce dernier
qui porte le plus de chaleur & de
mouvement dans la Piéce , nous ne
pouvons nous difpenfer de rapporter ,
fi l'on peut dire , le cri public , fur le
feu , fur le fentiment , le naturel & la
fine intelligence que met le fieur MOLÉ
jufques dans les plus petits détails de ce
rôle , qui ajoute encore à la réputation
qu'il s'étoit fi juftement acquife.
On donna pour feconde Piéce , le
même jour , les Folies amoureufes , Comédie
en vers , en trois Actes , du feu
fieur Regnard (k ). Le fieur BOURET
y joua le role de Crifpin.
Le Mercredi 26 les Comédiens Italiens
repréfenteremt Arlequin & Scapin
voleurs par amour , qui fut fuivie d'une
feconde repréfentation de Philemon &
(*) Première Repréfentation en 1704%
Gy
154. MERCURE DE FRANCE .
Baucis , Paftorale héroïque , exécutée ,
par l'Académie Royale de Mufique &
par la Mufique du Roi , telle qu'elle
l'avoit déja été ( & par les mêmes Acteurs
) le 30 Décembre dernier ( 1 ) .
L'exécution de toutes les parties de cet
Opera a été encore plus parfaite à cette
repréſentation ; & la Cour , qui l'avoit
redemandé , a paru y prendre un nouveau
plaifir. Le Poëme eft du fieur Roi ,
& la Mufique des fieurs REBEL &
FRANCEUR , Surintendans de la Mu--
fique de Sa Majesté.
Le Jeudi 27, les Comédiens François
ont repréfenté Ariane , Tragédie de
THOMAS CORNEILLE. La Dlle CLAIRON
jouoit le rôle d'Ariane , & la
Dlle Huss celui de Phédre. Les rôles
de Théfée & de Pirithoüis , par les fieurs
MOLE & BELCOUR.
On donna enfuite le Sage étourdi
Comédie en trois Actes & en vers du
feu fieur de BOISSI . ( m ) .
Les Lundi 17 & 24 Janvier il y a
eu Bal paré dans la Salle de la Comédie
du Roi , dont le parquet étoit monté au
niveau du Théâtre : elle étoit ornée de
( 1 ) Voyez le fecond Volume du Mercure de
Janvier.
(m ) Premiére repréſentation en 1748 .
FEVRIER. 1763. 155
,
beaucoup de luftres , foutenus & réunis
par des guirlandes de fleurs . Leurs
MAJESTÉS , M. le DAUPHIN Madame
la DAUPHINE & la Famille
Royale affiftent à ces Bals. Les Princes
du Sang , les jeunes Seigneurs & les
Dames de la Cour y danfent en divers
quadrilles , des entrées & ballets figurés,
dans les habits de caractères relatifs aux
fujets qu'ils ont choifis pour ces Ballets
, qui ont été extrêmement applaudis.
Le temps qu'ont duré ces Bals , depuis
11 heures & demi du foir , jufqu'à 6
ou 7 heures du matin , prouve combien
ils font agréables à ceux qui les compofent
& à ceux qui y affiftent.
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Résumé : SPECTACLES DE LA COUR A VERSAILLES, ORDONNÉS par M. le Duc DE DURAS, Pair de France, premier Gentilhomme de la Chambre du Roi, en exercice pendant l'année 1763, & conduits par M. PAPILLON DE LA FERTÉ, Intendant des menus, Plaisirs & Affaires de la Chambre de SA MAJESTÉ.
En 1763, sous la direction du Duc de Duras et de Papillon de La Ferté, plusieurs spectacles ont été organisés à la cour de Versailles. Le 4 janvier, les Comédiens Français ont interprété 'L'Irrésolu' de Néricault-Destouches et 'Le Charivari' de Dancourt. En février, les Comédiens Italiens ont joué 'Arlequin & Scapin rivaux' et 'Le Soldat magicien'. Le 11 février, les Comédiens Français ont présenté 'Le Curieux impertinent' de Néricault-Destouches et 'Le Fat puni'. Le 12 février, l'Académie Royale de Musique a exécuté 'Hilas & Zélis', une pastorale avec des rôles interprétés par Larivière, Mlle Lemierre et Mlle Dubois. Le 13 février, les Comédiens Français ont joué 'Phèdre' de Racine et 'Le Consentement forcé' de Guyot de Merville. Le 18 février, ils ont représenté 'Le Tambour nocturne' de Néricault-Destouches et 'Le Triple mariage'. Le 20 février, ils ont joué 'Bajazet' de Racine et 'Le Philantrope' de Legrand. Le 25 février, ils ont présenté 'Dupuis & Desronais' de Collé et 'Les Folies amoureuses' de Regnard. Le 26 février, les Comédiens Italiens ont joué 'Arlequin & Scapin voleurs par amour' et 'Philemon & Baucis'. Le 27 février, les Comédiens Français ont représenté 'Ariane' de Thomas Corneille et 'Le Sage étourdi' de Boissy. Des bals parés ont également eu lieu les 17 et 24 janvier, avec la participation de la famille royale et des membres de la cour.
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