Résultats : 6 texte(s)
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1
p. 42
Lettre à l'Auteur du Mercure.
Début :
MONSIEUR, j'entre dans le monde, & je me suis informé de ce qu'il [...]
Mots clefs :
Auteur du Mercure, Poète
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texteReconnaissance textuelle : Lettre à l'Auteur du Mercure.
Lettre à l'Auteur du Mercure.
ONSIEUR , j'entre dans le monde,
& je me fuis informé de ce qu'il
pour s'y avancer rapidement . Quatre
chofes , m'a-t-on répondu. Beaucoup de
talent pour voiler la vérité , prefque autant
de goût pour la galanterie , une pointe
de médifance , & par- deffus tout un petit
air de dévotion. Comme je fuis timide
, je n'ai pas ofé me produire fans effayer
à part moi fi je réuffirois . Mais comment
m'y prendre ? Je n'avois jamais fait de
vers ; j'ai imaginé d'en compofer fur les
quatre genres : Ainfi c'eſt la timidité qui
m'a créé poëte , & c'eft beaucoup ; car je
ne croyois jamais pouvoir faire quelque
chofe de cette timidité là. Ce font ces
effais que je vous envoie. Vous n'en prendrez
pour le Mercure que ce qu'il vous
lè
plaira Mais prenez- y garde , Monfieur ,
la chofe eft plus fériqufe que vous ne penfez.
C'eft du genre que vous choiſirez ,
que dépendra le caractere que j'apporterai
dans le monde.
J'ai l'honneur d'être , &c.
G ***
ONSIEUR , j'entre dans le monde,
& je me fuis informé de ce qu'il
pour s'y avancer rapidement . Quatre
chofes , m'a-t-on répondu. Beaucoup de
talent pour voiler la vérité , prefque autant
de goût pour la galanterie , une pointe
de médifance , & par- deffus tout un petit
air de dévotion. Comme je fuis timide
, je n'ai pas ofé me produire fans effayer
à part moi fi je réuffirois . Mais comment
m'y prendre ? Je n'avois jamais fait de
vers ; j'ai imaginé d'en compofer fur les
quatre genres : Ainfi c'eſt la timidité qui
m'a créé poëte , & c'eft beaucoup ; car je
ne croyois jamais pouvoir faire quelque
chofe de cette timidité là. Ce font ces
effais que je vous envoie. Vous n'en prendrez
pour le Mercure que ce qu'il vous
lè
plaira Mais prenez- y garde , Monfieur ,
la chofe eft plus fériqufe que vous ne penfez.
C'eft du genre que vous choiſirez ,
que dépendra le caractere que j'apporterai
dans le monde.
J'ai l'honneur d'être , &c.
G ***
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Résumé : Lettre à l'Auteur du Mercure.
L'auteur d'une lettre, timide, décrit les qualités nécessaires pour s'intégrer dans le monde : talent pour voiler la vérité, goût pour la galanterie, méfiance et dévotion. Il compose des vers sur quatre genres littéraires, devenant poète. Il envoie ses œuvres à l'auteur du Mercure, lui laissant le choix de publication, tout en précisant que le genre choisi déterminera son caractère.
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2
p. 43
STANCES A PHILIS. Pour l'inviter à venir quelque tems à la campagne.
Début :
Allons, Philis, dans ces bocages, [...]
Mots clefs :
Amour, Dieux, Nature, Fleurs
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texteReconnaissance textuelle : STANCES A PHILIS. Pour l'inviter à venir quelque tems à la campagne.
STANCES A PHILIS.
Pour l'inviter à venir quelque tems à la
campagne.
ALlons , Philis , dans ces bocages ,
Contempler de nouveaux objets ,
Et fous ces ténébreux feuillages
Inventer de plus doux projets.
Allons , loin du fafte des villes ;
Loin du fiécle , loin des plaiſirs ,
A nos coeurs fimples & dociles
Permettre d'innocens defirs.
Allons ... la nature embellie ,
Par-deffus l'éclat des cités
D'une douce mélancolie ,
Remplira nos coeurs enchantés.
Du repos de ce lieu champêtre
Amour pourra s'autoriſer.
Tout y fert à le faire naître
Ainfi qu'à le favorifer.
44 MERCURE DE FRANCE.
Quand la plaintive tourterelle
Pouffera de tendres accens ,
Ton coeur peut-être apprendra d'elle
Afouffrir des maux que je fens .
Quand le cryftal d'une onde pare
Offrira tes traits dans fon fein ,
Il t'apprendra que la nature
Ne forma pas ces traits en vain.
Ces fleurs même , ces fleurs nouvelles
Nous font fouvenir des inftans :
Elles ne font pas toujours belles ,
Philis ,il n'eft qu'un feul printems.
Le tems , plus léger que l'aurore
S'envole d'un rapide cours :
Rendons-le plus rapide encore ,
En le confacrant aux Amours.
Tous deux de l'ardeur la plus vive ,
Philis , laiffons-nous enflammer :
Tu m'aimeras pour que je vive ,
Et moi je vivrai pour t'aimer.
SEPTEMBRE. 1755 .
45
Ah ! fi ton amour eft durable ,
S'il ne fuit jamais d'autres loix ,
Mon fort eft cent fois préférable
Au fort brillant des plus grands Rois.
D'une félicité plus pure
Les Dieux goûtent- ils la douceur ?
Au- deffous d'eux par ma nature ,
Au- deffus d'eux par mon bonheur.
Quand avec toi mon coeur s'explique ,
Je crois monter au rang des Dieux :
Et fous le toit le plus ruftique
Je trouve près de toi les cieux.
Tout eft divin dans ta perfonne.
M'offres-tu la rouge liqueur ?
Je crois voir Hebé qui me donne
Un nectar rempli de douceur.
M'offres-tu la pomme nouvelle
Pâris fe vit moins honoré :
La fienne étoit à la plus belle ,
La tienne eft au plus adoré .
46 MERCURE DE FRANCE.
Ces fleurs que ta main a choiſie ,
Tu leur donnes mille vertus ;
Ce font celles dont l'ambroifie
Parfument l'autel de Vénus.
'Ah ! que l'amour répand dans l'ame
De fentimens délicieux.
Philis , en brûlant de fa flamme ,
Nous nous rendrons plus chers aux Dieux.
La cour des céleftes Monarques
Nous deftine les plus beaux jours.
Les graces deviennent les parques
Des coeurs confacrés aux Amours.
L'amour , c'est le fil de la vie.
Les plaifirs tiennent le fuſeau ,
L'ivreffe dont elle eft fuivie ,
Philis , c'eft le coup du cifeau,
Veux-tu voir la métamorphofe
D'un mortel au- deffus d'un Roi
Un mot fait mon apothéoſe :
Cher Tircis , mon coeur eft à toi.
Pour l'inviter à venir quelque tems à la
campagne.
ALlons , Philis , dans ces bocages ,
Contempler de nouveaux objets ,
Et fous ces ténébreux feuillages
Inventer de plus doux projets.
Allons , loin du fafte des villes ;
Loin du fiécle , loin des plaiſirs ,
A nos coeurs fimples & dociles
Permettre d'innocens defirs.
Allons ... la nature embellie ,
Par-deffus l'éclat des cités
D'une douce mélancolie ,
Remplira nos coeurs enchantés.
Du repos de ce lieu champêtre
Amour pourra s'autoriſer.
Tout y fert à le faire naître
Ainfi qu'à le favorifer.
44 MERCURE DE FRANCE.
Quand la plaintive tourterelle
Pouffera de tendres accens ,
Ton coeur peut-être apprendra d'elle
Afouffrir des maux que je fens .
Quand le cryftal d'une onde pare
Offrira tes traits dans fon fein ,
Il t'apprendra que la nature
Ne forma pas ces traits en vain.
Ces fleurs même , ces fleurs nouvelles
Nous font fouvenir des inftans :
Elles ne font pas toujours belles ,
Philis ,il n'eft qu'un feul printems.
Le tems , plus léger que l'aurore
S'envole d'un rapide cours :
Rendons-le plus rapide encore ,
En le confacrant aux Amours.
Tous deux de l'ardeur la plus vive ,
Philis , laiffons-nous enflammer :
Tu m'aimeras pour que je vive ,
Et moi je vivrai pour t'aimer.
SEPTEMBRE. 1755 .
45
Ah ! fi ton amour eft durable ,
S'il ne fuit jamais d'autres loix ,
Mon fort eft cent fois préférable
Au fort brillant des plus grands Rois.
D'une félicité plus pure
Les Dieux goûtent- ils la douceur ?
Au- deffous d'eux par ma nature ,
Au- deffus d'eux par mon bonheur.
Quand avec toi mon coeur s'explique ,
Je crois monter au rang des Dieux :
Et fous le toit le plus ruftique
Je trouve près de toi les cieux.
Tout eft divin dans ta perfonne.
M'offres-tu la rouge liqueur ?
Je crois voir Hebé qui me donne
Un nectar rempli de douceur.
M'offres-tu la pomme nouvelle
Pâris fe vit moins honoré :
La fienne étoit à la plus belle ,
La tienne eft au plus adoré .
46 MERCURE DE FRANCE.
Ces fleurs que ta main a choiſie ,
Tu leur donnes mille vertus ;
Ce font celles dont l'ambroifie
Parfument l'autel de Vénus.
'Ah ! que l'amour répand dans l'ame
De fentimens délicieux.
Philis , en brûlant de fa flamme ,
Nous nous rendrons plus chers aux Dieux.
La cour des céleftes Monarques
Nous deftine les plus beaux jours.
Les graces deviennent les parques
Des coeurs confacrés aux Amours.
L'amour , c'est le fil de la vie.
Les plaifirs tiennent le fuſeau ,
L'ivreffe dont elle eft fuivie ,
Philis , c'eft le coup du cifeau,
Veux-tu voir la métamorphofe
D'un mortel au- deffus d'un Roi
Un mot fait mon apothéoſe :
Cher Tircis , mon coeur eft à toi.
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Résumé : STANCES A PHILIS. Pour l'inviter à venir quelque tems à la campagne.
Le texte 'Stances à Philis' est une invitation adressée à Philis pour qu'elle rejoigne le narrateur à la campagne. Le narrateur souhaite fuir l'agitation des villes et les plaisirs mondains afin de savourer la simplicité et l'innocence de la nature. Il décrit la nature comme une source de douce mélancolie et de repos, favorable à l'amour. Divers éléments naturels, tels que la tourterelle et les fleurs, illustrent la beauté éphémère et l'importance de profiter de l'instant présent. Le narrateur exprime un amour ardent pour Philis, affirmant que son amour surpasse celui des plus grands rois et aspire à une félicité pure avec elle. Le texte se conclut par une métaphore de l'amour comme fil de la vie, soulignant l'importance des plaisirs et des sentiments délicieux qu'il procure.
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3
p. 47-48
ODE Tirée du Pseaume 100.
Début :
Seigneur, de ta gloire immortelle [...]
Mots clefs :
Âme, Coeur, Psaume
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texteReconnaissance textuelle : ODE Tirée du Pseaume 100.
O DE
Tirée du Pfeaume 100 .
Seigneur , de ta gloire
immortelle
Je veux fonder la profondeur ,
Je veux célébrer la grandeur
De ta clémence paternelle ;
Et ce palais augufte où je fuis adoré ,
Ne fera plus qu'un temple à ton nom confacre
J'éloignerai de ma préſence
L'homme fouillé d'impureté ,
Celui dont le fouffle empefté
Ne refpire que la licence ,
Et qui dans les difcours , infâme féducteur ;
Fait trembler l'innocence , & rougir la pudeur.
J'en bannis les langues traîtreffes.
Tous ces noirs enfans du démon ,
Qui couvrant leur fubtil poifon
De mille fleurs enchantereffes ,
Déchirent leur prochain par des traits acérés ,
Et d'autant plus mortels qu'ils font mieux pré
parés.
48 MERCURE DE FRANCE .
Je ne reconnois , ni n'avoue.
Ce courtifan fuperbe & vain ,
Dont le fafte & le front hautain
Ne cachent qu'une ame de boue ;
Qui n'ayant que fa pourpre à faire refpecter ,
Mépriſe des vertus qu'il ne peut imiter.
Je n'admettrai point à ma table
L'hypocrite ni le trompeur ,
Qui vend & fa langue & fon coeur
Par un commerce déteftable.
Celui dont l'intérêt formant l'unique loi
Sçait trahir fans remords fa parole & ſa foi.
Mais le coeur fervent , l'ame jufte ,
L'ami de l'ordre & de la paix ,
· Celui-là fera pour jamais
L'ornement de ma cour auguſte.
Eclaire-moi , grand Dieu , de ces rayons divins ,
Qui te font difcerner tous les coeurs des humains.
Tirée du Pfeaume 100 .
Seigneur , de ta gloire
immortelle
Je veux fonder la profondeur ,
Je veux célébrer la grandeur
De ta clémence paternelle ;
Et ce palais augufte où je fuis adoré ,
Ne fera plus qu'un temple à ton nom confacre
J'éloignerai de ma préſence
L'homme fouillé d'impureté ,
Celui dont le fouffle empefté
Ne refpire que la licence ,
Et qui dans les difcours , infâme féducteur ;
Fait trembler l'innocence , & rougir la pudeur.
J'en bannis les langues traîtreffes.
Tous ces noirs enfans du démon ,
Qui couvrant leur fubtil poifon
De mille fleurs enchantereffes ,
Déchirent leur prochain par des traits acérés ,
Et d'autant plus mortels qu'ils font mieux pré
parés.
48 MERCURE DE FRANCE .
Je ne reconnois , ni n'avoue.
Ce courtifan fuperbe & vain ,
Dont le fafte & le front hautain
Ne cachent qu'une ame de boue ;
Qui n'ayant que fa pourpre à faire refpecter ,
Mépriſe des vertus qu'il ne peut imiter.
Je n'admettrai point à ma table
L'hypocrite ni le trompeur ,
Qui vend & fa langue & fon coeur
Par un commerce déteftable.
Celui dont l'intérêt formant l'unique loi
Sçait trahir fans remords fa parole & ſa foi.
Mais le coeur fervent , l'ame jufte ,
L'ami de l'ordre & de la paix ,
· Celui-là fera pour jamais
L'ornement de ma cour auguſte.
Eclaire-moi , grand Dieu , de ces rayons divins ,
Qui te font difcerner tous les coeurs des humains.
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Résumé : ODE Tirée du Pseaume 100.
Le texte est une prière adressée à Dieu, exprimant le désir de célébrer la clémence divine. Le locuteur souhaite transformer son palais en un temple dédié à Dieu et éloigner les personnes impures et immorales. Il bannit ceux dont les discours corrompent l'innocence et la pudeur, ainsi que les traîtres et les enfants du démon utilisant des paroles enchanteresses pour nuire. Il rejette également les courtisans arrogants et hypocrites, ainsi que ceux qui vendent leur langue et leur cœur par intérêt. En revanche, il accueille favorablement les personnes au cœur fervent, à l'âme juste, et amies de l'ordre et de la paix, qui seront les ornements de sa cour. Le locuteur demande à Dieu de l'éclairer pour discerner les cœurs des humains.
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4
p. 49-51
LA NAISSANCE DE BACCHUS. FABLE.
Début :
Lorsque le maître du tonnerre [...]
Mots clefs :
Yeux, Coeur, Éclairs, Dieu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA NAISSANCE DE BACCHUS. FABLE.
LA NAISSANCE DE BACCHUS.
FABL E.
Lorfque le maître du tonnerre
Quitta le céle fte féjour ,
Et vint le livrer fur la terre
Dans les bras de Sémele aux douceurs de l'amour
Il n'étoit point tel qu'à fa cour
Augufte , puiffant & terrible ;
Rien d'humain en lui ne paroiffoit aux yeux ,
que
Et tout ce qu'il porta des cieux ,
Ce fut un coeur tendre & fenfible.
Cependant , quel plus grand honneur !
Que pour une fimple mortelle
Un Dieu faffe de fa grandeur
Un beau facrifice à la belle ,
Qu'il préfere l'étrange faut
Des hommages qu'il vient lui rendre.
A ceux que l'on lui rend là -haut ?
Que pouvoit-elle encore attendre ?
Fatale curiofité !
Elle veut voir la Majeſté
Qui fait que tout l'Olympe adore
Celui qui venoit l'adorer ,
Et fa fierté demande encore
Qu'il vienne à fes yeux s'en parer.
C
Jo MERCURE DE FRANCE.
Que me demandez - vous , cruelle ,
Lui difoit le Dieu confterné ?
Obéiffez , répond Sémele ,
Mon coeur à ce prix feul vous étoit deſtiné.
L'ame de chagrin pénétrée ,
Il quitte ce funefte lieu ,
Et vole au célefte empirée
Transformer le mortel en Dieu.
Un fuperbe éclat l'environne.
Les tonnerres , les feux , les foudres , les éclairs
Qu'il lance du haut de fon trône ,
L'efcortent au loin dans les airs .
Cependant la troupe légere
Des amours , des plaifirs , des jeux ,
Suit en folâtrant , & tempére
Le feu qui brille dans fes yeux,
Que l'ambitieuſe Sémele
Dût s'applaudir de tant d'amour!
Jupiter revient à fa cour
Plus majestueux , plus fidele.
Qu'elle lui paîra de retour !
Mais , grands Dieux ! que vois-je ? qu'en◄
tens-je ? ...
Quel trouble enchaîne tous fes fens !
A ces éclairs éblouiffans
Son beau front eft couvert d'une pâleur étrange ,
Et d'un mortel effroi fon coeur fe fent faifir
Au fein du plaifir.
-
Plus prompt qu'Atalante
SEPTEMBRE 1755 .
Il court retenir
Et
Sa vie expirante.
Sur fa froide amante
Il cueille un foupir
Qu'éteint du defir
La foif dévorante.
Dieux ! par combien d'ardens tranſports ,
par quels baifers tout de flamme
Il cherche à rappeller fon ame ,
Qui déja touche aux fombres bords !
Mais hélas ! une nuit cruelle
Couvre les yeux de cette belle.
De ce funefte Hymen , Bacchus nâquit enfin ,
Charmant , mais dangereux , funefte Dieu du vin ,
De fon pere il reçut l'influence mortelle ,
Des foudres , des éclairs , l'éclat vif & divin ,
C'est ce feu pétillant dont le jus étincelle ,
Qui porte jufqu'au coeur fa douce impreffion ,
Mais le trouble affreux de Sémele ,
C'est celui de notre raison .
FABL E.
Lorfque le maître du tonnerre
Quitta le céle fte féjour ,
Et vint le livrer fur la terre
Dans les bras de Sémele aux douceurs de l'amour
Il n'étoit point tel qu'à fa cour
Augufte , puiffant & terrible ;
Rien d'humain en lui ne paroiffoit aux yeux ,
que
Et tout ce qu'il porta des cieux ,
Ce fut un coeur tendre & fenfible.
Cependant , quel plus grand honneur !
Que pour une fimple mortelle
Un Dieu faffe de fa grandeur
Un beau facrifice à la belle ,
Qu'il préfere l'étrange faut
Des hommages qu'il vient lui rendre.
A ceux que l'on lui rend là -haut ?
Que pouvoit-elle encore attendre ?
Fatale curiofité !
Elle veut voir la Majeſté
Qui fait que tout l'Olympe adore
Celui qui venoit l'adorer ,
Et fa fierté demande encore
Qu'il vienne à fes yeux s'en parer.
C
Jo MERCURE DE FRANCE.
Que me demandez - vous , cruelle ,
Lui difoit le Dieu confterné ?
Obéiffez , répond Sémele ,
Mon coeur à ce prix feul vous étoit deſtiné.
L'ame de chagrin pénétrée ,
Il quitte ce funefte lieu ,
Et vole au célefte empirée
Transformer le mortel en Dieu.
Un fuperbe éclat l'environne.
Les tonnerres , les feux , les foudres , les éclairs
Qu'il lance du haut de fon trône ,
L'efcortent au loin dans les airs .
Cependant la troupe légere
Des amours , des plaifirs , des jeux ,
Suit en folâtrant , & tempére
Le feu qui brille dans fes yeux,
Que l'ambitieuſe Sémele
Dût s'applaudir de tant d'amour!
Jupiter revient à fa cour
Plus majestueux , plus fidele.
Qu'elle lui paîra de retour !
Mais , grands Dieux ! que vois-je ? qu'en◄
tens-je ? ...
Quel trouble enchaîne tous fes fens !
A ces éclairs éblouiffans
Son beau front eft couvert d'une pâleur étrange ,
Et d'un mortel effroi fon coeur fe fent faifir
Au fein du plaifir.
-
Plus prompt qu'Atalante
SEPTEMBRE 1755 .
Il court retenir
Et
Sa vie expirante.
Sur fa froide amante
Il cueille un foupir
Qu'éteint du defir
La foif dévorante.
Dieux ! par combien d'ardens tranſports ,
par quels baifers tout de flamme
Il cherche à rappeller fon ame ,
Qui déja touche aux fombres bords !
Mais hélas ! une nuit cruelle
Couvre les yeux de cette belle.
De ce funefte Hymen , Bacchus nâquit enfin ,
Charmant , mais dangereux , funefte Dieu du vin ,
De fon pere il reçut l'influence mortelle ,
Des foudres , des éclairs , l'éclat vif & divin ,
C'est ce feu pétillant dont le jus étincelle ,
Qui porte jufqu'au coeur fa douce impreffion ,
Mais le trouble affreux de Sémele ,
C'est celui de notre raison .
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Résumé : LA NAISSANCE DE BACCHUS. FABLE.
Le texte raconte la naissance de Bacchus, fils de Jupiter et de Sémele. Jupiter, sous une forme humaine, séduit Sémele. Curieuse, Sémele demande à voir Jupiter dans toute sa majesté divine. Malgré les avertissements, Jupiter accède à sa demande et se révèle dans sa splendeur, entouré de tonnerres, de feux et de foudres. Éblouie et terrifiée, Sémele ne survit pas à cette vision. Avant sa mort, Jupiter recueille un souffle de vie sur les lèvres de Sémele pour donner naissance à Bacchus. Ce dernier hérite des pouvoirs de son père, notamment les foudres et les éclairs, et devient le dieu du vin, à la fois charmant et dangereux. La mort de Sémele symbolise le trouble de la raison humaine face à la divinité.
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5
p. 51-52
EPIGRAMME CONTRE HERMOGUNE.
Début :
Oon dit partout, sçavante brune, [...]
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texteReconnaissance textuelle : EPIGRAMME CONTRE HERMOGUNE.
EPIGRAMME
CONTRE HERMOGUNE.
On dit par tout , fçavante brune ,
Que vous parlez françois , hébreu , grec & latin.
Quatre langues, grands Dieux ! fans mentir, Hermogune
,
Il faut que contre le prochain
Votre haine foit peu commune :
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
N'étoit- ce donc pas affez d'une
Pour tuer tout le genre humain ?
Nous n'ofons décider le caractere de
l'Auteur fur ces différens morceaux. Les
Stances , l'Ode & la Fable peuvent concourir
à le former. A l'égard de l'épigrammé
, nous jugeons par fa lecture qu'heu
reufement pour lui , il n'eft pas appellé à
la médifance.
CONTRE HERMOGUNE.
On dit par tout , fçavante brune ,
Que vous parlez françois , hébreu , grec & latin.
Quatre langues, grands Dieux ! fans mentir, Hermogune
,
Il faut que contre le prochain
Votre haine foit peu commune :
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
N'étoit- ce donc pas affez d'une
Pour tuer tout le genre humain ?
Nous n'ofons décider le caractere de
l'Auteur fur ces différens morceaux. Les
Stances , l'Ode & la Fable peuvent concourir
à le former. A l'égard de l'épigrammé
, nous jugeons par fa lecture qu'heu
reufement pour lui , il n'eft pas appellé à
la médifance.
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Résumé : EPIGRAMME CONTRE HERMOGUNE.
L'épigramme 'Contre Hermogune' critique Hermogune, qui parle quatre langues, et suggère que cette polyglossie est liée à une haine intense. L'auteur implique que les compétences linguistiques d'Hermogune sont utilisées de manière malveillante. Le texte mentionne aussi que différentes formes poétiques définissent le caractère de l'auteur. L'épigramme n'incite pas à la médisance.
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6
p. 177-182
PROJET MORAL.
Début :
C'est sans doute aux préceptes de la morale que les hommes doivent leur sagesse [...]
Mots clefs :
Morale, Préceptes, Inscriptions, Hommes, Jean-Jacques Rousseau, Yeux, Vertu, Leçons, Maximes, Citoyen
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texteReconnaissance textuelle : PROJET MORAL.
PROJET MORAL.
C'EST fans doute aux préceptes de la
morale que les hommes doivent leur fageffe
& leur bonheur. Cependant la plû.
part d'entr'eux n'eſt pas à portée de profiter
des excellentes leçons qu'ont données
en ce genre divers auteurs célèbres. Peu
d'hommes parmi le peuple lifent ,&dans
ce petit nombre très peu font capables
d'extraire ces maximes précieuſes , de les
ſéparer des acceſſoires dont elles font fouvent
enveloppées. Il feroit donc bien intéreſſant
de les mettre ſous leurs yeux
iſolées , afin qu'elles pufſſent faire fur
leurs eſprits de ces impreſſions profondes
ſeules capables de produire de grands effets.
Il en naîtroit certainement des avantages
pour la ſociété.
Un moyen , je crois , aſſez ſimple d'y
parvenir , feroit d'en orner nos édifices &
nos places publiques . Ces infcriptions
gravées en lettres d'or ſur le marbre noir
relevées de quelques ornemens analogues
deviendroient un objet , non ſeulement
de la plus grande utilité , mais même
d'agrément.
Hv
178MERCURE DE FRANCE.
Soit que les villes vouluſſent ou non
contribuer à cette dépenſe ;je ſouhaitérois
qu'il fût permis à tout citoyen de
faire dreffer à ſes frais une ou pluſieurs.
de ces inſcriptions ſous l'agrément du
corps municipal qui décideroit du mérite
de la maxime , de la place qu'elle doit
occuper , & de la forme décente , quoique
frample , qu'il conviendroitde donner
à ce monument public. Ne feroit - il pas
juſte que le citoyen pour laiſſer à la poftérité
la mémoire & l'exemple de fa bien.
faiſance , eût auſſi la liberté d'y faire
graver au bas en uncartouche ſéparé fon
nom & celui de l'année où il auroit éré
érigé ; il n'est pas besoin de faire fentir
P'utilité de ces fortes d'inſcriptions. Un
grand poëte a dit bien ſagement que les
leçons qu'on expoſoit à nos yeux étoient
bien plus efficaces que celles qu'on faifoit
entendre à nos oreilles. Ainſi donc ces
maximes offertes à nos regards auroient
peut- être plus de force( fur-tout for l'efprit
du Peuple ) que lorſqu'on nous les:
préſente dans de longs diſcours dont la
mémoire ne peut ſe charger. D'ailleurs
Tun n'empêcheroit pas les fruitsde l'autre,
86, contribueroit même à en augmenter
les effets..
AVRIL. 1770. 179
Pour appuyer ce que j'avance par des
faits , j'en vais citer un qui m'a été rapporté
par un homme digne de foi.
Dans une petite ville de France , un
homme riche , mais accablé d'un fatal
ennui de vivre, alloit terminer lui-même
ſes malheureux jours , lorſque paffant
dans la place publique les yeux égarés ſe
fixerent par hafard vers une maiſon fur
laquelle étoit une inſcription latine dont
voici le ſens. O toi pour qui la vie est un
fardeau! cherche àfaire du bien , la verte
Sçaura te la faire aimer.
Il s'arrête un moment & fonge qu'il y
a dans ſon voiſinage un menuifier honnête
homme &pauvre , reſté venf depuis
peu avec nombre d'enfans.
J'étois bien fou , dit-il , de livrer
ainſi ma ſucceſſion à des héritiers avides
qui auroient ri de ma fottife ;j'en veux
faire un plus digne emploi . Il retourne
auſſi tôt fur ſes pas , envoye chercher le
menuifier & lui dit.
Je ſuis touché de votre état , voici une
fommede mille écus que je deſtineà vous
acheter du bois & des outils pour vous
mettre en état de travailler & d'élever
votre famille. Je me charge , juſqu'à ce
que vous ſoyez plusàvotre aiſe , defen
Hivj
180 MERCURE DE FRANCE .
tretien de vos enfans & veux placer votre
fille aînée qui me ſemble promettre. Je
vais la mettre en couvent , lui faire donner
toute l'éducation poſſible & je me
propoſe de la doter enfuite convenablement.
Je ferai du bien aux autres à leur
tour s'ils le méritent. Cette jeune perſonne
étoit comme un beau diamant brut qui
n'attend que la main du lapidaire pour
paroître dans tout ſon éclar. Elle avoit
reçu de la nature les plus heureuſes difpoſitions&
les vit bientôt ſe développer
par l'éducation. Enfin elle devint une fille
charmante & mérita d'épouſer quatre ans
après ſon bienfaiteur qui vécut long-tems
& fut toujours heureux.
Quelles leçons fublimes renfermoient
ces troisbelles ſentences gravéesen lettres
d'or au temple de Delphes !
Connois toi toi même. Ne defire rien de
trop. Evite les procès & les dettes.
Les amis de Socrate s'étonnoientde ce
qu'il ne cherchoit point à ſe venger d'une
infulte que lui avoit faite un jeune étourdi.
Eh quoi ! mes amis , leur dit ce ſage ?
ſi un cheval vous avoit donné un coup de
pied , l'appeleriez - vous devant le Juge
pourentirerraiſon ?Quoi de plus capable
d'inſpirer de l'amour &du reſpect pour
: AVRIL. 1770. 181
la religion que ce paſſage de M. J. J.
Rouffeau.
De combien de douceurs n'eſt pas privé
celui à qui la religion manque ! Quel
ſentiment peut le conſoler dans ſes peines
! quel ſpectateur anime les bonnes
actions qu'il fait en ſecret ! quelle voix
peut parler au fond de ſon ame ! quel prix
peut-il attendre de ſa vertu ! Comment
doit- il enviſager la mort ? la félicité eſt
la fortune du ſage , & il n'y en a point
fans vertu. J. J. Rouffeau , NouvelleHéloïfe.
Quel homme , dit le philoſophe Saadi
, ofera s'oppoſer au bonheur des hommes
; quand tous les êtres font utiles l'unà
l'autre , quel homme ofera reſter inutile
à ſa patrie & au monde !
O arbitres des hommes ! craignez les
plaintes des malheureux ; elles parcourent
la terre , elles traverſent les mers ,
elles pénetrent les cieux , elles changent
la face des empires ; il ne faut qu'un foupir
de l'innocent opprimé pour remuer le
monde?
Porte tes yeux autour de toi , vois ces
campagnes fertiles , ces cieux&ces mers ;
qu'est- ce que le monde ? l'ouvrage d'un
Dieu bon. Quel hommage exige de toi fa
182 MERCURE DE FRANCE .
bonté ? ton plaitir& une action degrace.
Quel devoir t'impoſe ſabonté ? le plaifir
des autres . Jouis , voilà la ſageſſe , fais
jouir , voilà la vertu : Saadi.
Est- il une morale plus vraie , plus douce
, plus confolante ? Voici un effai que
j'ai haſardé , du choix qu'on pourroit
fairedes diverſes maximes & des traits de
vertu &de grandeur d'ame , &c . pour en
compofer ces inſcriptions publiques ,
dont tout bon citoyen verroit , j'efpere ,
l'exécution avec joie.
G****de Rouen.
C'EST fans doute aux préceptes de la
morale que les hommes doivent leur fageffe
& leur bonheur. Cependant la plû.
part d'entr'eux n'eſt pas à portée de profiter
des excellentes leçons qu'ont données
en ce genre divers auteurs célèbres. Peu
d'hommes parmi le peuple lifent ,&dans
ce petit nombre très peu font capables
d'extraire ces maximes précieuſes , de les
ſéparer des acceſſoires dont elles font fouvent
enveloppées. Il feroit donc bien intéreſſant
de les mettre ſous leurs yeux
iſolées , afin qu'elles pufſſent faire fur
leurs eſprits de ces impreſſions profondes
ſeules capables de produire de grands effets.
Il en naîtroit certainement des avantages
pour la ſociété.
Un moyen , je crois , aſſez ſimple d'y
parvenir , feroit d'en orner nos édifices &
nos places publiques . Ces infcriptions
gravées en lettres d'or ſur le marbre noir
relevées de quelques ornemens analogues
deviendroient un objet , non ſeulement
de la plus grande utilité , mais même
d'agrément.
Hv
178MERCURE DE FRANCE.
Soit que les villes vouluſſent ou non
contribuer à cette dépenſe ;je ſouhaitérois
qu'il fût permis à tout citoyen de
faire dreffer à ſes frais une ou pluſieurs.
de ces inſcriptions ſous l'agrément du
corps municipal qui décideroit du mérite
de la maxime , de la place qu'elle doit
occuper , & de la forme décente , quoique
frample , qu'il conviendroitde donner
à ce monument public. Ne feroit - il pas
juſte que le citoyen pour laiſſer à la poftérité
la mémoire & l'exemple de fa bien.
faiſance , eût auſſi la liberté d'y faire
graver au bas en uncartouche ſéparé fon
nom & celui de l'année où il auroit éré
érigé ; il n'est pas besoin de faire fentir
P'utilité de ces fortes d'inſcriptions. Un
grand poëte a dit bien ſagement que les
leçons qu'on expoſoit à nos yeux étoient
bien plus efficaces que celles qu'on faifoit
entendre à nos oreilles. Ainſi donc ces
maximes offertes à nos regards auroient
peut- être plus de force( fur-tout for l'efprit
du Peuple ) que lorſqu'on nous les:
préſente dans de longs diſcours dont la
mémoire ne peut ſe charger. D'ailleurs
Tun n'empêcheroit pas les fruitsde l'autre,
86, contribueroit même à en augmenter
les effets..
AVRIL. 1770. 179
Pour appuyer ce que j'avance par des
faits , j'en vais citer un qui m'a été rapporté
par un homme digne de foi.
Dans une petite ville de France , un
homme riche , mais accablé d'un fatal
ennui de vivre, alloit terminer lui-même
ſes malheureux jours , lorſque paffant
dans la place publique les yeux égarés ſe
fixerent par hafard vers une maiſon fur
laquelle étoit une inſcription latine dont
voici le ſens. O toi pour qui la vie est un
fardeau! cherche àfaire du bien , la verte
Sçaura te la faire aimer.
Il s'arrête un moment & fonge qu'il y
a dans ſon voiſinage un menuifier honnête
homme &pauvre , reſté venf depuis
peu avec nombre d'enfans.
J'étois bien fou , dit-il , de livrer
ainſi ma ſucceſſion à des héritiers avides
qui auroient ri de ma fottife ;j'en veux
faire un plus digne emploi . Il retourne
auſſi tôt fur ſes pas , envoye chercher le
menuifier & lui dit.
Je ſuis touché de votre état , voici une
fommede mille écus que je deſtineà vous
acheter du bois & des outils pour vous
mettre en état de travailler & d'élever
votre famille. Je me charge , juſqu'à ce
que vous ſoyez plusàvotre aiſe , defen
Hivj
180 MERCURE DE FRANCE .
tretien de vos enfans & veux placer votre
fille aînée qui me ſemble promettre. Je
vais la mettre en couvent , lui faire donner
toute l'éducation poſſible & je me
propoſe de la doter enfuite convenablement.
Je ferai du bien aux autres à leur
tour s'ils le méritent. Cette jeune perſonne
étoit comme un beau diamant brut qui
n'attend que la main du lapidaire pour
paroître dans tout ſon éclar. Elle avoit
reçu de la nature les plus heureuſes difpoſitions&
les vit bientôt ſe développer
par l'éducation. Enfin elle devint une fille
charmante & mérita d'épouſer quatre ans
après ſon bienfaiteur qui vécut long-tems
& fut toujours heureux.
Quelles leçons fublimes renfermoient
ces troisbelles ſentences gravéesen lettres
d'or au temple de Delphes !
Connois toi toi même. Ne defire rien de
trop. Evite les procès & les dettes.
Les amis de Socrate s'étonnoientde ce
qu'il ne cherchoit point à ſe venger d'une
infulte que lui avoit faite un jeune étourdi.
Eh quoi ! mes amis , leur dit ce ſage ?
ſi un cheval vous avoit donné un coup de
pied , l'appeleriez - vous devant le Juge
pourentirerraiſon ?Quoi de plus capable
d'inſpirer de l'amour &du reſpect pour
: AVRIL. 1770. 181
la religion que ce paſſage de M. J. J.
Rouffeau.
De combien de douceurs n'eſt pas privé
celui à qui la religion manque ! Quel
ſentiment peut le conſoler dans ſes peines
! quel ſpectateur anime les bonnes
actions qu'il fait en ſecret ! quelle voix
peut parler au fond de ſon ame ! quel prix
peut-il attendre de ſa vertu ! Comment
doit- il enviſager la mort ? la félicité eſt
la fortune du ſage , & il n'y en a point
fans vertu. J. J. Rouffeau , NouvelleHéloïfe.
Quel homme , dit le philoſophe Saadi
, ofera s'oppoſer au bonheur des hommes
; quand tous les êtres font utiles l'unà
l'autre , quel homme ofera reſter inutile
à ſa patrie & au monde !
O arbitres des hommes ! craignez les
plaintes des malheureux ; elles parcourent
la terre , elles traverſent les mers ,
elles pénetrent les cieux , elles changent
la face des empires ; il ne faut qu'un foupir
de l'innocent opprimé pour remuer le
monde?
Porte tes yeux autour de toi , vois ces
campagnes fertiles , ces cieux&ces mers ;
qu'est- ce que le monde ? l'ouvrage d'un
Dieu bon. Quel hommage exige de toi fa
182 MERCURE DE FRANCE .
bonté ? ton plaitir& une action degrace.
Quel devoir t'impoſe ſabonté ? le plaifir
des autres . Jouis , voilà la ſageſſe , fais
jouir , voilà la vertu : Saadi.
Est- il une morale plus vraie , plus douce
, plus confolante ? Voici un effai que
j'ai haſardé , du choix qu'on pourroit
fairedes diverſes maximes & des traits de
vertu &de grandeur d'ame , &c . pour en
compofer ces inſcriptions publiques ,
dont tout bon citoyen verroit , j'efpere ,
l'exécution avec joie.
G****de Rouen.
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Résumé : PROJET MORAL.
Le texte présente un projet moral visant à promouvoir les préceptes éthiques pour améliorer la société. L'auteur constate que peu de personnes comprennent et appliquent les leçons morales des auteurs célèbres. Pour remédier à cette situation, il suggère d'afficher ces maximes sur les édifices et les places publiques, gravées en lettres d'or sur du marbre noir, afin qu'elles soient visibles et mémorables. Les citoyens pourraient financer et ériger ces inscriptions avec l'accord du corps municipal, ajoutant leur nom et l'année d'érection. Un exemple concret illustre l'impact de ces inscriptions : une maxime a empêché un homme de se suicider et l'a incité à aider un menuisier pauvre, transformant ainsi la vie de ce dernier et de sa famille. Le texte mentionne des sentences célèbres, comme celles du temple de Delphes et des philosophes, pour démontrer la puissance des leçons morales. Il souligne l'importance de la vertu et de la bienveillance envers autrui, citant Jean-Jacques Rousseau et le philosophe Saadi. L'auteur réfléchit sur la vertu et la moralité, citant Saadi avec la phrase 'fais jouir, voilà la vertu'. Il se demande s'il existe une morale plus authentique et plus douce. Il a rédigé un essai sur le choix des maximes et des traits de vertu et de grandeur d'âme pour composer des inscriptions publiques. L'objectif est que chaque bon citoyen voie l'exécution de ces inscriptions avec joie. Le texte est signé 'G****de Rouen'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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