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1
p. 101-111
LETTRE A M. ****.
Début :
MONSIEUR, Je dois à juste titre vous considérer comme le [...]
Mots clefs :
Enfant mort-né, Enfant, Médecin, Sang, Terre, Vie, Mort, Corps, Bois, Raisonnement
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE A M. ****.
LESTİTRE A M. ****
SHDOS !
MONSIEUR
toutes in-
E dois jufte titre vous confidérer
comme le dépofitaire de toutes les interprétations
de la nature dont les Philofophes
fe croient capables. Il vous appartient
plus d'en juger qu'à tout autre , par
l'attention perpétuelle que vous avez à en
dévoiler les refforts.
Vous n'ignorez pas , Monfieur , le phénomene
, le myftere , qui doit occuper aujourd'hui
les Phyficiens & les Médecins .
Il s'agit d'un enfant né le 18 Janvier
1754 , enterré nud auffi- tôt après fa naiffance
, parce qu'on l'a cru mort- né ; déterré
, dit- on , vivant le 15 Février fuivant
, & baptifé le lendemain , en préſence
de plufieurs perfonnes , lequel enfant a
paru vivre pendant cinq heures après fon
baptême.
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
Je vais , Monfieur , produire ce que
j'en penfe ' , j'éviterai avec foin tout difcours
fuperflu ; & fi mon raifonnement
ne mérite
pas votre approbation , j'ofe me
flater qu'il ne vous ennuira point par fa
longueur.
PODZ1Q791 910101 ( 5.N
On a cru cet enfant mort né , parce
qu'il étoit fort noir cette ecchymofe confidérable
prouve qu'il a fouffert quelque
étranglement au paffage , capable de forcer
les vaiffeaux capillaires & d'intercepter
un libre commerce de l'air extérieur avec
le poulmon , fans que cependant il foit
devenu la caufe d'une mort complette. La
même chofe arrive aux pendus qui n'ont
point été étranglés jufqu'à ce que mort
s'enfuivit , & qu'on rappelle à la vie &
à la fanté , par le moyen d'une faignée fálutaire
.
Ou l'enfant dont il s'agit n'a point ref
piré avant d'être mis en terre bail³n'a
refpiré que très- foiblement. Dans cendernier
cas , fon fang n'a point totalement
abandonné la route qu'il fuivoie pendant
qu'il n'étoit qu'un foetus . Les arteres pulmonaires
ne font point parvenues à une
dilatation proportionnée à leur diametre ,
le trou ovale a continué de fervir d'entrepôt
ou de canal de communication entre
les artères & les veines ; l'habitude extéAVRIL.
1755. 103
rieure du corps a reçu l'influence aëreréthérée
néceffaire pour perpétuer la raréfaction
vitale. La terre dont il étoit
couvert fe trouvoit apparemment d'une naature
propre à faciliter cette négociation
une fi foible refpiration n'a pu entretenir
qu'une circulation lente , en tout pareille
à celle qui s'obferve dans plufieurs léthargiques
, dont la vie paroît douteufe pendant
un affez long- tems.cs
Dans le premier cas , c'est- à-dire s'il
n'a point refpiré avant d'être mis dans la
foffe , le trou ovale , la bonne qualité du
fang , l'habitude extérieure du corps , &
la nature de la terre , qu'on devroit n'avoir
point omife dans des mémoires d'une
telle importance , font les feules caufes
qui ayent pu concourir à une telle confervation.
Dans l'un & dans l'autre cas , la diffipation
n'a point été grande , les effluences
n'ont point été confidérables , elles ont
exactement répondu à la ratéfaction ou
à la circulation du fang , & elles pou
voient fe réparer fous la terre par des influences
proportionnées , quelque médiocres
qu'elles puffent être.
C'est dans un de ces deux états deux états que l'on
a mis cer enfant au tombeau , prefque au
même moment qu'il a été expofé à l'air ,
Eiv
104 MERCURE DE FRANCE.
& il y a confervé fa vie pendant vingt- huit
-jours.
Ce fait me paroît , Monfieur , affez extraordinaire
& affez incroyable pour avoir
mérité d'être conftaté par des perfonnes
'de l'art , qui n'auroient nullement été inréreffées
à faire paffer pour réel ce qui
ne leur auroit préfenté aucune réalité conftante
, ou que des fignés équivoques n'auroient
point été capables de convaincre.
Quelque fingulier que foit ce fait , fi on
le fuppofe vrai , il ne me ppaaroît point
inexpliquable , & mon explication paffera
Tout au plus pour avoir été hazardée
j'entre donc en matiere par une compar
comparaifon
que vous ne jugerez point indifférente.
Tous les bois ne confervent pas également
fous les cendres le feu dont ils font
animés : ceux dont les tiges font propres
à entretenir le feu , ont des branches d'une
même efficacité ; il faut donc que dans la
mere de cet enfant les influences acreréthérées
& chyleufes dont je parlé dans l'analyfe
que j'ai eu l'honneur de vous faire
préfenter , fe foient trouvées conftamment
dans des proportions bien régulieres , puifque
le peu d'air qui fe trouve dans la terre
eft capable de les entretenir ; il faut
que cette mere ait joui d'un bon tempéAVRIL.
1755 : 105
ramment & d'une fanté parfaite , puifque
Ta diftribution du fang & des humeurs
que cet enfant en a reçu , a pû fe foutenir
dans fon petit corps fous un monceau
de terre pendant un filong-tems , & avec
un fi foible fecours.
Si cet enfant a refpiré après fa naiffance
, il n'a pas joui d'une influence aëreréthérée
abondante pendant qu'il fe trouvoit
au milieu de l'air , vû les obſtacles
oppofés à l'infpiration : il a continué de
trouver dans la terre autant d'air qu'il s'en
étoit introduit dans fon poulmon pendant
le peu de féjour qu'on lui a permis de
faire fur la terre. Sa vie n'a point acquis
de nouvelles forces dans le tombeau ; mais
elle s'y eft foutenue tout comme un bois
convenable conferve fon inflammation fous
les cendres , fans que celle-ci y faffe les
mêmes progrès qu'elle feroit fi elle étoit
entretenue par l'affluence d'un nouvel air
auffi wilirbree qu'abondant.
Ces bois propres à conferver le feu font ,
fans contredit , d'une conſiſtance docile à
la raréfaction inflammatoire , puifque le
peu d'air que fourniffent les cendres fuffit
pour l'entretenir : par la même raifon , le
fang que cet enfant avoit reçu de fa mere ;
doit avoir été d'une confiftance très -louable
, docile à la plus foible éthériſation
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
docile à la moindre influence aërer- éthérée
, puifque celle que la terre lui a fourni
pendant vingt-huit jours y a été faffifante
pour maintenir fa fluidité fa raréfaction
, fa progreffion vitale.
Jom QY
Ceux qui ont affiftédocette merveille ,
Monfieur ont fans doute crié au miracle
; en effet , j'en reconnois un dans les
inquiétudes du perei & della merely lef
quelles ont déterminé à déterrer cet enfant
pour lui procurer un fecours fpirituel
, qui eft devenu le fceau de ſa prédeftination.
pan pe al ob zed use
La vie de cet enfant peut avoir été raf
furée dans la foffe par le fango qui s'y eft
extravafé mais qui perd for fang perd
fa vie , & pour un fujet fr délicat , c'étoit
beaucoup attendre que de remettre fon
baptême au lendemain goune telle négli
gence rendroit
ainfi direabfüfpe
&s
rendroit ,
pour
les certificats qui ont été envoyés. si
Il n'y a , ce me femble , que la foi des
perfonnes montées fur le ton de miracle ,
& par conféquent intéreffées à le publier
ou à l'autorifer , qui ait été tranfmife juf
qu'à nous , & cette foi là mêmerend inexcufable
le délai que l'on a apporté au bap
tême. Suppofons cependant le fait vrai ,
& concluons avec juftice que ce que Dieu
a réfolu eft au- deffus de la négligence des
hommes..
AVRIL.'
1755. 107
Je reviens au fang qui avoit été forcé
vers fes plus petits réduits , qui avoit rendu
l'enfant fort noir , & qui avoit déter
miné le pece à l'enterren fur le champ com
me mort. slary toifis folu
Je penferois volontiers , Monfieur , que
la faignée que l'enfant a éprouvée dans le
tombeau par l'hémorragie accufée , lui à
été falutaire. Je croirois également puifqu'on
l'a enterré noin, & qu'on l'a déterré
vermeil sequ'il s'eft fait dans la terre une
réfolution tacite de ce fang , qui fe trouvoit
hors de fa route ordinairego & que le
fang qui formoie cette ecchymose , ainfi
que celui qui a été extravafé dans les premieres
voies , a été pour la maffe entiere
une continuation de nourriture , ou d'influence
reftaurante pareille , quoique infé
rieure à celle dont il étoit avantagé dans
le fein de fa mere. Il faut peu pour fou
tenir la vie d'un enfant , ou pour la détruire
, & la loi générale , qui fert beau
coup dans le cas préfent , eft que la circulation
doit répondre à la refpiration
quelle qu'elle foitusramnod
Les animaux qui vivent un affez longtems
de leur fuif ou d'un fuperflu , donc
ils le font pourvus au- dedans d'eux-mêmes,
favorisent le foupçon que je viens de
mettre enavant. La metamorphofe du noir
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
au vermeil , que les certificats annoncent ,
n'eft pas moins,favorable au raifonnement
ci-devant établi pour expliquer la foible
vie d'un enfant qui a été tout nuddans la
terre pendant vingt-huit jours qui a
paru vivant après avoir été exhumé.luob
Ce raifonnement paroîtra d'autant plus
folide qu'il est dénué de tout fyftême. Il
n'eft fondé que fur l'activitévivifiante d'un
ether univerfellement
reconnu
& avoué
,
& fon activité ne confifte que dans fa furabondance
alternative , ajuée à des organes
bien conftitués , & dreffée à une city
culation vitale par tous des , refforts qui
doivent concourir à l'entretiende la vie.
Ce raifonnement paroîtra fur- tout conforme
à la loi unique & générale de coutes
les mutations , à laquelle je prouve dans
mon analyſe ci - deffus mentionnéesque
toute la matiere a été affujettie par la
volonté infinies & toute puiffantesde fon
Créateur & de fon fouverain Législateur.
+
Il ne me reste plus , Monfieur qu'à
examiner trois circonstances de ce fait autant
mémorable que merveilleux , qui ont
été rapportées dans les mémoires ou certificats
que j'ai lûs , & auxquelles il convient
d'accorder une explication particuliere.
)
1. L'on rapporte les pleurs de l'oeil droit:
0
AVRIL. 1755. 109
11
de cet enfant , au -deffous duquel il il y
avoit une cicatrice d'une playe , qu'une
pierre lui avoir faite en le couvrant de terreba
donc fouffert quelque douleur
dans les premieres infpirations ; mais cette
douleur n'a pas étéo,và beaucoup près , fi
anconfidérables qu'elle left ordinairement
al dans les enfans nés fans aucun obſtacle à
l'entrée de Fair dans leurs poulmons , qui
font par conféquent tout- à coup faifis d'unel
nouvellerinfluence acrer- éthérée , fans
contredit , plus abondante , & moins fupportablé
qu'elle ne peut l'avoir été pour
cet enfant , dont le poulmon ne s'eft épanoui
que peu à peu , & par dégrés .
-Onl'avu , dit-on , bailler après fa
renaiffance corporelle & pendant la fpiri-
2tuelles preuve sinconteftable d'une plus
grande expanfion du poulmon , furvenue
a um très-long fommeil pour fecourir les
shumeurs , pour en accélérer le cours qui
étoit comme engourdi par fa longue détention
fous la terte. Val
*
C
les
3. L'on dit qu'il eft forti quelques
gouttes de fang de fon eftomac , & que
perfonnes qui l'ont exhumé , auroient pû
ramaffer un verre de fang dans la foffe où il avoit été mis. Il auroit , ce me femble
,
convenu d'examiner à quelle partie du
corps répondoit particulierement
ce fang,
110 MERCURE DE FRANCE
Quoiqu'il en foit , je penfe que les vaiffeaux
cutanés ayant été comprimés fans
une entiere deſtruction de la vie , le fang
s'eft porté plus abondamment vers les par
ties internes , & furtout vers les premie
res voies , qui n'étant point garnies d'os
de toute part , comme le font les autres
parties du corps , one cédé plus facilement
à un abord du fang plus confidérable.
Je ne crois cependant point qu'on doive
perdre de vue le meconium , lequel ,
puifqu'il caufe des tranchées fi violentes
aux enfans nouveau - nés , doit avoir p
té les vives impreffions fur les vaiffeaux
des inteftins , ou même à raifon de leur
continuité , fur ceux de l'eftomac , & y
avoir occafionné une hémorragie , peutêtre
falutaire pour un tems , mais au fond
dangereufe & mortelle , n'y ayant eu ni
lait ni huile d'amandes douces pour réprimer
l'activité de pareilles impreffions.
21000
Il eft furprenant qu'on n'ait effayé de
donner quoique ce foit à cet enfant ,
pour le foutenir après fon exhumation , ou
du moins il n'en eft parlé ni dans les mémoires
, ni dans les certificatspog
Voilà , Monfieur , le terme où mes lumieres
ont pû me conduire ; aidées des
vôtres , elles pourront prendre quelque
accroiffement. C'eft dans cette vvuûee queje
AVRIL. 1755. 111
m'empreffe de foumettre mes jugemens
aux vôtres, & de chercher toutes les occafions
de vous prouver que j'ai l'honneur
d'être, &cav minsbaodi
1979 251 2197 100Olivier de Villeneuve.
SHDOS !
MONSIEUR
toutes in-
E dois jufte titre vous confidérer
comme le dépofitaire de toutes les interprétations
de la nature dont les Philofophes
fe croient capables. Il vous appartient
plus d'en juger qu'à tout autre , par
l'attention perpétuelle que vous avez à en
dévoiler les refforts.
Vous n'ignorez pas , Monfieur , le phénomene
, le myftere , qui doit occuper aujourd'hui
les Phyficiens & les Médecins .
Il s'agit d'un enfant né le 18 Janvier
1754 , enterré nud auffi- tôt après fa naiffance
, parce qu'on l'a cru mort- né ; déterré
, dit- on , vivant le 15 Février fuivant
, & baptifé le lendemain , en préſence
de plufieurs perfonnes , lequel enfant a
paru vivre pendant cinq heures après fon
baptême.
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
Je vais , Monfieur , produire ce que
j'en penfe ' , j'éviterai avec foin tout difcours
fuperflu ; & fi mon raifonnement
ne mérite
pas votre approbation , j'ofe me
flater qu'il ne vous ennuira point par fa
longueur.
PODZ1Q791 910101 ( 5.N
On a cru cet enfant mort né , parce
qu'il étoit fort noir cette ecchymofe confidérable
prouve qu'il a fouffert quelque
étranglement au paffage , capable de forcer
les vaiffeaux capillaires & d'intercepter
un libre commerce de l'air extérieur avec
le poulmon , fans que cependant il foit
devenu la caufe d'une mort complette. La
même chofe arrive aux pendus qui n'ont
point été étranglés jufqu'à ce que mort
s'enfuivit , & qu'on rappelle à la vie &
à la fanté , par le moyen d'une faignée fálutaire
.
Ou l'enfant dont il s'agit n'a point ref
piré avant d'être mis en terre bail³n'a
refpiré que très- foiblement. Dans cendernier
cas , fon fang n'a point totalement
abandonné la route qu'il fuivoie pendant
qu'il n'étoit qu'un foetus . Les arteres pulmonaires
ne font point parvenues à une
dilatation proportionnée à leur diametre ,
le trou ovale a continué de fervir d'entrepôt
ou de canal de communication entre
les artères & les veines ; l'habitude extéAVRIL.
1755. 103
rieure du corps a reçu l'influence aëreréthérée
néceffaire pour perpétuer la raréfaction
vitale. La terre dont il étoit
couvert fe trouvoit apparemment d'une naature
propre à faciliter cette négociation
une fi foible refpiration n'a pu entretenir
qu'une circulation lente , en tout pareille
à celle qui s'obferve dans plufieurs léthargiques
, dont la vie paroît douteufe pendant
un affez long- tems.cs
Dans le premier cas , c'est- à-dire s'il
n'a point refpiré avant d'être mis dans la
foffe , le trou ovale , la bonne qualité du
fang , l'habitude extérieure du corps , &
la nature de la terre , qu'on devroit n'avoir
point omife dans des mémoires d'une
telle importance , font les feules caufes
qui ayent pu concourir à une telle confervation.
Dans l'un & dans l'autre cas , la diffipation
n'a point été grande , les effluences
n'ont point été confidérables , elles ont
exactement répondu à la ratéfaction ou
à la circulation du fang , & elles pou
voient fe réparer fous la terre par des influences
proportionnées , quelque médiocres
qu'elles puffent être.
C'est dans un de ces deux états deux états que l'on
a mis cer enfant au tombeau , prefque au
même moment qu'il a été expofé à l'air ,
Eiv
104 MERCURE DE FRANCE.
& il y a confervé fa vie pendant vingt- huit
-jours.
Ce fait me paroît , Monfieur , affez extraordinaire
& affez incroyable pour avoir
mérité d'être conftaté par des perfonnes
'de l'art , qui n'auroient nullement été inréreffées
à faire paffer pour réel ce qui
ne leur auroit préfenté aucune réalité conftante
, ou que des fignés équivoques n'auroient
point été capables de convaincre.
Quelque fingulier que foit ce fait , fi on
le fuppofe vrai , il ne me ppaaroît point
inexpliquable , & mon explication paffera
Tout au plus pour avoir été hazardée
j'entre donc en matiere par une compar
comparaifon
que vous ne jugerez point indifférente.
Tous les bois ne confervent pas également
fous les cendres le feu dont ils font
animés : ceux dont les tiges font propres
à entretenir le feu , ont des branches d'une
même efficacité ; il faut donc que dans la
mere de cet enfant les influences acreréthérées
& chyleufes dont je parlé dans l'analyfe
que j'ai eu l'honneur de vous faire
préfenter , fe foient trouvées conftamment
dans des proportions bien régulieres , puifque
le peu d'air qui fe trouve dans la terre
eft capable de les entretenir ; il faut
que cette mere ait joui d'un bon tempéAVRIL.
1755 : 105
ramment & d'une fanté parfaite , puifque
Ta diftribution du fang & des humeurs
que cet enfant en a reçu , a pû fe foutenir
dans fon petit corps fous un monceau
de terre pendant un filong-tems , & avec
un fi foible fecours.
Si cet enfant a refpiré après fa naiffance
, il n'a pas joui d'une influence aëreréthérée
abondante pendant qu'il fe trouvoit
au milieu de l'air , vû les obſtacles
oppofés à l'infpiration : il a continué de
trouver dans la terre autant d'air qu'il s'en
étoit introduit dans fon poulmon pendant
le peu de féjour qu'on lui a permis de
faire fur la terre. Sa vie n'a point acquis
de nouvelles forces dans le tombeau ; mais
elle s'y eft foutenue tout comme un bois
convenable conferve fon inflammation fous
les cendres , fans que celle-ci y faffe les
mêmes progrès qu'elle feroit fi elle étoit
entretenue par l'affluence d'un nouvel air
auffi wilirbree qu'abondant.
Ces bois propres à conferver le feu font ,
fans contredit , d'une conſiſtance docile à
la raréfaction inflammatoire , puifque le
peu d'air que fourniffent les cendres fuffit
pour l'entretenir : par la même raifon , le
fang que cet enfant avoit reçu de fa mere ;
doit avoir été d'une confiftance très -louable
, docile à la plus foible éthériſation
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
docile à la moindre influence aërer- éthérée
, puifque celle que la terre lui a fourni
pendant vingt-huit jours y a été faffifante
pour maintenir fa fluidité fa raréfaction
, fa progreffion vitale.
Jom QY
Ceux qui ont affiftédocette merveille ,
Monfieur ont fans doute crié au miracle
; en effet , j'en reconnois un dans les
inquiétudes du perei & della merely lef
quelles ont déterminé à déterrer cet enfant
pour lui procurer un fecours fpirituel
, qui eft devenu le fceau de ſa prédeftination.
pan pe al ob zed use
La vie de cet enfant peut avoir été raf
furée dans la foffe par le fango qui s'y eft
extravafé mais qui perd for fang perd
fa vie , & pour un fujet fr délicat , c'étoit
beaucoup attendre que de remettre fon
baptême au lendemain goune telle négli
gence rendroit
ainfi direabfüfpe
&s
rendroit ,
pour
les certificats qui ont été envoyés. si
Il n'y a , ce me femble , que la foi des
perfonnes montées fur le ton de miracle ,
& par conféquent intéreffées à le publier
ou à l'autorifer , qui ait été tranfmife juf
qu'à nous , & cette foi là mêmerend inexcufable
le délai que l'on a apporté au bap
tême. Suppofons cependant le fait vrai ,
& concluons avec juftice que ce que Dieu
a réfolu eft au- deffus de la négligence des
hommes..
AVRIL.'
1755. 107
Je reviens au fang qui avoit été forcé
vers fes plus petits réduits , qui avoit rendu
l'enfant fort noir , & qui avoit déter
miné le pece à l'enterren fur le champ com
me mort. slary toifis folu
Je penferois volontiers , Monfieur , que
la faignée que l'enfant a éprouvée dans le
tombeau par l'hémorragie accufée , lui à
été falutaire. Je croirois également puifqu'on
l'a enterré noin, & qu'on l'a déterré
vermeil sequ'il s'eft fait dans la terre une
réfolution tacite de ce fang , qui fe trouvoit
hors de fa route ordinairego & que le
fang qui formoie cette ecchymose , ainfi
que celui qui a été extravafé dans les premieres
voies , a été pour la maffe entiere
une continuation de nourriture , ou d'influence
reftaurante pareille , quoique infé
rieure à celle dont il étoit avantagé dans
le fein de fa mere. Il faut peu pour fou
tenir la vie d'un enfant , ou pour la détruire
, & la loi générale , qui fert beau
coup dans le cas préfent , eft que la circulation
doit répondre à la refpiration
quelle qu'elle foitusramnod
Les animaux qui vivent un affez longtems
de leur fuif ou d'un fuperflu , donc
ils le font pourvus au- dedans d'eux-mêmes,
favorisent le foupçon que je viens de
mettre enavant. La metamorphofe du noir
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
au vermeil , que les certificats annoncent ,
n'eft pas moins,favorable au raifonnement
ci-devant établi pour expliquer la foible
vie d'un enfant qui a été tout nuddans la
terre pendant vingt-huit jours qui a
paru vivant après avoir été exhumé.luob
Ce raifonnement paroîtra d'autant plus
folide qu'il est dénué de tout fyftême. Il
n'eft fondé que fur l'activitévivifiante d'un
ether univerfellement
reconnu
& avoué
,
& fon activité ne confifte que dans fa furabondance
alternative , ajuée à des organes
bien conftitués , & dreffée à une city
culation vitale par tous des , refforts qui
doivent concourir à l'entretiende la vie.
Ce raifonnement paroîtra fur- tout conforme
à la loi unique & générale de coutes
les mutations , à laquelle je prouve dans
mon analyſe ci - deffus mentionnéesque
toute la matiere a été affujettie par la
volonté infinies & toute puiffantesde fon
Créateur & de fon fouverain Législateur.
+
Il ne me reste plus , Monfieur qu'à
examiner trois circonstances de ce fait autant
mémorable que merveilleux , qui ont
été rapportées dans les mémoires ou certificats
que j'ai lûs , & auxquelles il convient
d'accorder une explication particuliere.
)
1. L'on rapporte les pleurs de l'oeil droit:
0
AVRIL. 1755. 109
11
de cet enfant , au -deffous duquel il il y
avoit une cicatrice d'une playe , qu'une
pierre lui avoir faite en le couvrant de terreba
donc fouffert quelque douleur
dans les premieres infpirations ; mais cette
douleur n'a pas étéo,và beaucoup près , fi
anconfidérables qu'elle left ordinairement
al dans les enfans nés fans aucun obſtacle à
l'entrée de Fair dans leurs poulmons , qui
font par conféquent tout- à coup faifis d'unel
nouvellerinfluence acrer- éthérée , fans
contredit , plus abondante , & moins fupportablé
qu'elle ne peut l'avoir été pour
cet enfant , dont le poulmon ne s'eft épanoui
que peu à peu , & par dégrés .
-Onl'avu , dit-on , bailler après fa
renaiffance corporelle & pendant la fpiri-
2tuelles preuve sinconteftable d'une plus
grande expanfion du poulmon , furvenue
a um très-long fommeil pour fecourir les
shumeurs , pour en accélérer le cours qui
étoit comme engourdi par fa longue détention
fous la terte. Val
*
C
les
3. L'on dit qu'il eft forti quelques
gouttes de fang de fon eftomac , & que
perfonnes qui l'ont exhumé , auroient pû
ramaffer un verre de fang dans la foffe où il avoit été mis. Il auroit , ce me femble
,
convenu d'examiner à quelle partie du
corps répondoit particulierement
ce fang,
110 MERCURE DE FRANCE
Quoiqu'il en foit , je penfe que les vaiffeaux
cutanés ayant été comprimés fans
une entiere deſtruction de la vie , le fang
s'eft porté plus abondamment vers les par
ties internes , & furtout vers les premie
res voies , qui n'étant point garnies d'os
de toute part , comme le font les autres
parties du corps , one cédé plus facilement
à un abord du fang plus confidérable.
Je ne crois cependant point qu'on doive
perdre de vue le meconium , lequel ,
puifqu'il caufe des tranchées fi violentes
aux enfans nouveau - nés , doit avoir p
té les vives impreffions fur les vaiffeaux
des inteftins , ou même à raifon de leur
continuité , fur ceux de l'eftomac , & y
avoir occafionné une hémorragie , peutêtre
falutaire pour un tems , mais au fond
dangereufe & mortelle , n'y ayant eu ni
lait ni huile d'amandes douces pour réprimer
l'activité de pareilles impreffions.
21000
Il eft furprenant qu'on n'ait effayé de
donner quoique ce foit à cet enfant ,
pour le foutenir après fon exhumation , ou
du moins il n'en eft parlé ni dans les mémoires
, ni dans les certificatspog
Voilà , Monfieur , le terme où mes lumieres
ont pû me conduire ; aidées des
vôtres , elles pourront prendre quelque
accroiffement. C'eft dans cette vvuûee queje
AVRIL. 1755. 111
m'empreffe de foumettre mes jugemens
aux vôtres, & de chercher toutes les occafions
de vous prouver que j'ai l'honneur
d'être, &cav minsbaodi
1979 251 2197 100Olivier de Villeneuve.
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Résumé : LETTRE A M. ****.
La lettre traite d'un cas médical exceptionnel concernant un enfant né le 18 janvier 1754, initialement considéré comme mort-né et enterré. Le 15 février suivant, l'enfant a été retrouvé vivant et baptisé le lendemain, survivant cinq heures après le baptême. L'auteur propose plusieurs explications à ce phénomène. Il suggère que l'enfant pourrait avoir souffert d'un étranglement temporaire lors de sa naissance, causant une coloration noire due à une ecchymose, une condition réversible. Cette situation aurait permis à l'enfant de survivre sous terre pendant vingt-huit jours grâce à une respiration très faible et à une circulation lente du sang. L'auteur compare cette situation à celle des pendus qui peuvent être ramenés à la vie par une fausse suffocation. Il mentionne que le trou ovale dans le cœur de l'enfant, la qualité de son sang et l'habitude extérieure de son corps auraient pu contribuer à sa survie. La nature de la terre dans laquelle il était enterré aurait également facilité une faible respiration. La lettre détaille des observations spécifiques après la résurrection de l'enfant, telles que les pleurs de son œil droit, des bâillements, et la présence de sang dans son estomac et dans la fosse où il était enterré. L'auteur conclut que, bien que le cas soit extraordinaire, il n'est pas inexplicable et peut être compris à travers des principes médicaux et physiologiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 135-153
Mémoire sur le principe physique de la régénération des Etres, du mouvement, de la gravité, & de l'attraction.
Début :
I. Il vient de paroître un ouvrage, qui a pour titre Idée de l'homme physique & [...]
Mots clefs :
Gravité, Force, Fluide, Attraction, Électricité, Mouvement, Phénomènes, Mécanisme, Matière, Fluide éthérien
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texteReconnaissance textuelle : Mémoire sur le principe physique de la régénération des Etres, du mouvement, de la gravité, & de l'attraction.
Mémoire fur le principe physique de la régénération
des Etres , du mouvement , de la
gravité , & de l'attraction .
I
I.
L vient de paroître un ouvrage , qui a
pour titre idée de l'homme physique &
moral. On y propofe , au fujet de la génération
, une conjecture appuyée fur de
grandes probabilités ; cette conjecture eft
que la fécondation de la liqueur féminale
des animaux pourroit bien n'être que l'efquiffe
active qui y eft imprimée par le fluide
éthérien refléchi de toutes les parties
du corps vers les organes de la génération ,
au moment même de l'excrétion de cette
liqueur , & par le même méchanifme qui
fert à déterminer cette excrétion , l'auteur
paroît defirer qu'on remarque avec une
particuliere attention que ces organes deviennent
en ce moment le centre de prefque
tout le mouvement & le fentiment du
136 MERCURE DEFRANCE.
corps , ce qui , felon lui , fournit de trèsgrandes
inductions pour la validité de ſa
conjecture .
Il a afluré d'avance que l'idée qui fubftitue
l'action du fluide éthérien à celle des
prétendus efprits animaux , eft prefque
unanimement reçue , & qu'en effet cette
idée s'accorde parfaitement avec tout ce
qu'il y a à obferver fur l'action des nerfs ,
même fur celle de la végétation , & avec
toutes les expériences faites jufqu'à préſent
fur le fluide qu'on nomme électrique ; au
lieu que l'idée qui fait admettre des efprits
animaux , eft non feulement dénuée de
preuves , mais encore de vraifemblance :
d'ailleurs il paroît porté à croire que la
théorie qu'il propofe fur la fécondation ,
eft applicable à tous les êtres qui fe régénerent
; & en effet , après la maniere dont
il rend raifon des phénomenes les plus remarquables
de la génération , de la plûpart
defquels à peine imaginoit - on de
pouvoir jamais acquerir quelqu'intelligence
, on ne fçauroit raiſonnablement fe
défendre d'adhérer à fon fentiment , au
moins jufqu'à ce qu'on foir parvenu à d'autres
connoiffances fur cette matiere.
L'objet de ce mémoire eft de fournir un
nouvel appui à cette théorie , & de juftifier
de nouveau l'étendue qu'elle paroît
NOVEMBRE. 1755. 137
avoir ; on fe propofe de remplir cet objet
en ramenant fimplement le méchanifme
de la fécondation , de la communication
du mouvement , de la gravité & de l'attraction
à une caufe commune , en montrant
autant qu'il eft poffible , les rapports
de ce méchanifme avec les propriétés reconnues
de cette caufe , & enfuite en les
généralifant l'un par l'autre au moyen des
applications qu'on en fera.
Mais avant que d'entrer en matiere , il
eft à propos de remarquer avec l'auteur de
l'idée de l'homme phyfique & moral que
toutes les expériences qu'on fait pour connoître
les phénomenes de l'électricité ,
dérangent néceffairement les loix naturelles
de l'action du fluide qui la produit ; &
qu'ainfi il reste à fe former des divers réfultats
de ces expériences un point de vue
fous lequel on puiffe confiderer plus généralement
l'ordre naturel de l'action de
ce fluide , & delà les plus effentielles de
fes loix & de fes propriétés.
Ce n'eft que par cette maniere de confiderer
la matiere électrique qu'on peut fe
flatter de la connoître autant qu'il nous
eft donné d'y réuffir ; & en effet c'eft par
là qu'on parvient à écarter les plus fpécieufes
difficultés qu'on puiffe oppofer à
la conjecture dont il s'agit ici ; on objec138
MERCURE DEFRANCE.
teroit , par exemple , que tous les corps ;
fans en excepter aucun , font doués de
gravité & d'attraction , & qu'il y en a qui
ne font pas fufceptibles de l'électricité ; il
eft aifé de répondre à cette objection par
remarque qu'on vient de faire ; qui eſt
que les phénomenes de l'électricité rendue
fenfible par les expériences ufitées ,
ne font que des modifications particulieres
du fluide éthérien , au méchanifme defla
quels certains corps réfiftent par leur conftitution
, c'eft à- dire par les loix que le
fluide qui agit fur ces corps eft contraint
de fuivre; ce qui n'empêche
pas que le mouvement
qu'ils reçoivent
par des moyens
plus effectifs ne foit fimplement
une révolution
arrivée à ce fluide éthérien qui
les pénétre & les environne
; il n'eft pas
difficile de trouver dans cette folution de
quoi répondre d'une maniere fatisfaiſante
à toutes les difficultés
qu'on pourroit faire
; delà on peut préfumer que ce fluide a
été improprement
nommé électrique
; & en effet il n'a été ainfi défigné que par une
de fes propriétés
qui encore n'étoit point
affez connue : ainfi en employant
les mots
d'électricité
ou de fluide électrique nous n'entendrons
que des modifications
particulieres
du fluide éthérien
, preſque toujours
contraires
aux loix générales de l'action de
ce fluide.
NOVEMBRE. 1755. 139
II.
On ne fçauroit nier que la régénération
des êtres , au moins quant à leur organifation
, ne foit produite par une caufe
phyfique , & que cette caufe ne doive
avoir un méchanifme propre à fes effets ;
il ne fera donc pas permis de méconnoître
cette caufe , fi elle fe préfente avec les
propriétés néceffaires pour opérer le méchanifme
que nous cherchons à découvrir,
fur- tout fi ces propriétés fe trouvent manquer
à toutes les autres caufes qu'il feroit
poffible de fe repréſenter.
Après avoir mûrement confideré les diverfes
conjectures qui ont été formées fur
la premiere caufe phyfique de la régénération
des êtres , de la communication du
mouvement , de la gravité & de l'attraction
, & après avoir pefé avec beaucoup
d'attention les difficultés qu'on a oppofées
à ces conjectures , nous avons cru pouvoir
inferer de cet examen que tous ces grands
phénomenes de la nature devoient dépendre
d'une même caufe , qui feroit néceffairement
un agent général , au moins dans
notre orbe planétaire , fi ce n'eft dans tout
l'univers.
Il s'agit d'examiner à préfent , fi le fluide
nommé électrique , tel que des expé140
MERCURE DE FRANCE.
riences certaines l'ont fait connoître , &
d'ailleurs admis prefqu'unanimement pour
la premiere caufe phyfique de l'action des
nerfs , ne pourroit pas paffer pour cet
agent général que nous cherchons à connoître
, & fi on ne lui trouveroit pas les
propriétés néceffaires pour en déduire les
phénomenes que nous croyons pouvoir
lui attribuer.
III.
Il n'eft guere permis de douter d'après
l'ouvrage que nous avons cité , que le
fluide éthérien ne foit le principe de toute
fécondation , & il n'eft pas difficile de
concevoir comment l'action conftante de
ce fluide fur tout corps quelconque, feroit,
felon les divers foyers où il trouve à fe
concentrer , & felon les diverfes maffes
qu'il rencontre , la caufe de la gravité &
de l'attraction , ainfi que de la différente
activité des corps , quels qu'ils foient ,
élémentaires ou compofés ; on verroit en
même tems comment ce même fluide dont
tout corps eft environné , & plus ou moins
pénétré felon fa nature , opéreroit par les
diverfes déterminations qui lui feroientdonnées
, la communication du mouvement
; il n'eſt pas néceffaire de faire appercevoir
que le mouvement communiqué
}
NOVEMBRE. 1755. 141
cefferoit , lors même qu'il ne rencontreroit
point d'autre obftacle ', à mesure que les
déterminations particulieres qui auroient
produit ce nouveau mouvement , viendroient
à fe perdre dans la détermination
générale du fluide environnant .
Mais , dira- t- on , n'eft-il pas plus fage
de fufpendre fon opinion fur des matieres
phyfiques , lorfque cette opinion ne peut
être folidement déterminée : nous fommes
bien éloignés de penfer qu'en général ce
ne foit là une maxime fage , mais on ne
fçauroit difconvenir qu'elle ne fouffre des
exceptions ; car il eft certain que cette
maxime obfervée trop rigoureufement ,
fur- tout dans la recherche des vérités auffi
importantes & auffi inconnues que celles
dont il eft ici queftion , borneroit exceffivement
les progrès qu'on peut efperer de
faire fur les plus grands objets des connoiffances
phyfiques .
D'ailleurs , nous avons en quelque maniere
l'exemple de Newton pour nous ;
on fçait que lorfqu'il trouva le moyen de
foumettre l'univers aux loix de la gravité
& de l'attraction , il n'eut pour baſe de
cette grande découverte qu'une fimple analogie
qui étoit , comme perfonne ne l'ignore
, la comparaifon qu'il fit de la caufe de
la chute d'un fruit qui tomba auprès de lui,
142 MERCURE DE FRANCE.
avec la caufe qu'il imagina dans ce moment
pouvoir entretenir l'harmonie ou
l'action réciproque du monde planétaire :
ayant fait le plan des principaux effets
que ces caufes devoient produire , il regarda
ces effets comme autant de réſultats
qu'il s'agiffoit de vérifier , & c'eft par une
profondeur de calculs , qui a immortalifé
ce grand homme , qu'il parvint à démontrer
la folidité des loix qu'il venoit de
trouver.
C'eſt en fuivant une pareille méthode ,
qui ici ne paroît guere fufceptible de calculs
, que nous allons chercher à établir le
fluide étherien , comme cauſe de la
gra
vité & de l'attraction. Newton moins inf
truit qu'on ne l'eft aujourd'hui fur l'exiftence
des loix & des proprietés du fluide
qu'on a appellé électrique , s'eft fagement
abftenu d'expliquer cette caufe , mais il
paroît qu'il avoit de la répugnance à laiffer
croire qu'il regardât ces proprietés comme
inherentes à la matiere , puifqu'il a
declaré à la fin de fon optique qu'il foupçonnoit
que l'attraction étoit l'effet de
l'action de quelque fluide très délié &
très-élaftique. Ce foupçon doit nous faire
préfumer que s'il eût été inftruit comme
on l'eft aujourd'hui fur l'existence , les
loix & les proprietés du fluide étherien ,
NOVEMBRE . 1755. 143
il ne feroit point resté dans cette incertitude
fur la caufe de ce grand phénomene.
Newton a fait voir auffi dans fon traité
d'optique , qu'il n'étoit pas poffible que les
rayons de lumiere fuffent immédiatement
réflechis de la furface des corps , & il a
prouvé en même tems que cette réflexion
étoit l'effet des proprietés & des loix de la
force de gravité & d'attraction qu'il paroiffoit
fuppofer être inhérente à tous les
corps . Or s'il n'eft pas permis de regarder
comme fufpectes les preuves alleguées
fur ce fait par Newton , & fi d'après les
folides connoiffances qu'on a acquifes fur
l'existence & les proprietés du fluide étherien
, il eft plus que probable que ce fluide
eft un agent univerfel , au moins dans
notre orbe planétaire , il nous paroît difficile
de former des difficultés raifonnables
contre l'idée de fubftituer fon action
à la fuppofition qui a fait regarder la gravité
& l'attraction comme des qualités
propres & inhérentes à tout corps.
Čela pofé , les phénomenes du mouvement
ne dépendroient que des diverfes déterminations
de l'action du fluide étherien,
& ces déterminations fe communiqueroient
par la voie du choc, de l'impulfion , de l'explofion
, de la fermentation , même du
plus leger contact comme on l'obferve
144 MERCURE DE FRANCE.
dans les experiences connues fur l'électricité
ainfi toute augmentation ou diminution
de mouvement ne feroit que des
changemens produits dans les loix naturelles
de l'action de ce fluide ; & par cèt
ordre on ne feroit plus en peine de fçavoir
comment un corps vivant , & même
les corps élastiques , peuvent donner de
l'action à des corps qui n'en ont point ,
ou augmenter celle qu'ils ont ; en un mot ,
on verroit que tous les phénomenes de la
nature ne font dans le fonds que les diverſes
manieres dont l'agent géneral , plus
ou moins concentré dans les différens
corps , ou raffemblé fur leurs furfaces ,
obéit aux loix qu'il doit fuivre , & aux diverfes
déterminations qu'il reçoit.
M. Franklin a prefque demontré que·
le tonnerre n'eft qu'un phénomene d'électricité
, & on en peut aifement conclureque
les trombes qui ne paroiffent être
qu'un prodigieux tourbillon d'air , d'eau´
& de fluide étherien devenu électrique.
par les caufes qui préparent ou excitent
l'orage , ne font en effet produites que
par la même revolution qui difpofe & détermine
les coups de tonnerre ; ce qui eft
affez prouvé par les trombes qu'on a quel-,
quefois vu fe former au mênie inftant de
ces coups de tonnerre : nous ne parlerons
pas
NOVEMBRE. 1755 145
pas d'une infinité d'autres obfervations
qu'on n'ignore point , & que perfonne
ne contefte. Or , s'il n'y a point de phénomenes
extraordinaires de la nature qui
paroiffent s'opérer par une plus grande
quantité & une plus grande vivacité d'action
que les coups de tonnerre & les trombes
, & s'il eft vrai qu'en fait de recherches
phyfiques on doive principalement
chercher à fimplifier tout , autant qu'on
le peut , fur tout les principes , il faut
donc bien loin de vouloir féparer l'idée de
la caufe & du méchanifme de l'électricité,
de celle d'une caufe générale du mouvement
, s'attacher plutôt à confiderer les
phénomenes de l'électricité , comme des
divers modes de cette caufe générale.
Alors on comprendroit , par exemple ,
que la force qui refte à un boulet de cadont
le mouvement paroît prêt à
s'éteindre , & qui a de fi funeftes effets
pour ceux qui entreprennent imprudemment
de le fixer , même de le toucher
avec le pied , n'eft que la prodigieufe
quantité de fluide étherien , dont il fe
trouve encore chargé au moyen du mouve
ment de rotation qui lui refte , & que la
force de l'explofion & ce mouvement de
rotation y avoient accumulé ; le méchaniſme
de ces funeftes effets fe préfente fenfible-
G
146 MERCURE DE FRANCE.
ment par la prodigieufe difproportion qu'il
y a entre la quantité , la rapidité , & la
détermination du fluide raffemblé fur ce
boulet , & l'état ordinaire du fluide qui
entoure , & pénetre un corps vivant , &
notamment la partie de ce corps approchée
du boulet jufqu'au point de contact.
I V.
Il est reçu qu'en chargeant un corps
d'électricité , on ne fait que raffembler fur
fa furface plus de matiere électrique qu'il
n'y en a naturellement , augmenter à cette
proportion le degré d'activité de ce fluide,
& changer l'ordre naturel de fa détermination
; c'eft ainfi qu'eft produit un tor
rent de matiere électrique qui n'agit principalement
que fur la furface des corps
fur lefquels il eft formé , ou de ceux vers
lefquels il eft dirigé ; ce qui eft bien prou❤
vé par le petit éclat qui fe fait entendre au
moment de la communication de l'électricité
d'un corps à un autre ; car cet éclat
fuppofe néceffairement la rencontre de
deux forces qui font oppofées.
Il eft démontré que tous les corps font
naturellement doués d'une force d'attrac
tion , & il eft probable que l'intenfité de cette
force ne dépend que de la nature des parNOVEMBRE.
1755. 247
ties primitives dont ces corps font formés ,
& que la différence de ces parties élémentaires
ne confifte que dans le plus ou
moins de fluide éthérien qui a pu originairement
s'y concentrer . C'eft de-là , en effet,
qu'on peut le mieux déduire les propriétés
qui différencient effentiellement tous les
corps , même par rapport à leur état de
folidité ou de liquidité ; ce qui eft manifeftement
prouvé par l'obfervation des phénoménes
des congellations artificielles ,
furtout de celui qu'on a nommé le faut de la
congellation , qui eft la vive explofion qui
fe fait au moment que la liqueur va fe congeler
.
Il faut donc confidérer ces parties élémentaires
comme autant de petits foyers
fort acceffibles à l'action du fluide envi
ronnant , & c'eft ainfi que fe forment néceffairement
autour d'eux des petites fpheres
d'activité , qui s'animent & s'électrident
en quelque maniere par leur proximité
& leurs frottemens ; voilà donc une efpece
d'électricité à peu près déterminée
par les loix naturelles de l'action de ce
Aluide ; il eft probable que c'eſt- là le méchanifme
des premiers rapports que ces parties
primitives acquerent entr'elles , & en
même tems l'origine de leurs propriétés
Gij
148 MERCURE DE FRANCE:
générales & particulieres ; ces premiers
phenomenes d'attraction ne paroiffent
point affujettis aux loix d'électricité qu'on
conncît par les expériences faites fur des
maffes defquelles par conféquent on ne
fçauroit conclure aux loix de cette action
entre les parties élémentaires ; confidération
qu'il ne faut point perdre de vue , &
qui fixe la jufte valeur des connoiffances
acquifes fur les propriétés du fluide éthérien
par les expériences ufitées fur l'électricité.
On peut croire que c'eft de ces premieres
loix d'attraction que dépendent principalement
la conftitution & l'activité de toutes
les parties élémentaires ; ces parties
auroient donc entr'elles plus ou moins
d'affinité , felon qu'elles feroient propres
par leur nature à former des tourbillons
de matiere éthérée plus ou moins
égaux ; & par cet ordre celles qui fe trouveroient
être à peu près de même nature
auroient une maniere prefque égale d'obéir
à l'action du fluide environnant , bien
entendu qu'elles fullent également expofées
à l'action libre de ce fluide ; on voit
par là affez clairement comment tous les
corps doivent avoir naturellement plus ou
moins d'activité , & être plus ou moins
NOVEMBRE. 1755. 149
électriques , felon qu'ils font formés de
parties primitives plus ou moins chargées
de fluide éthérien , ou plus ou moins difpofées
à obéir à fon action.
V.
Cela pofé , le méchanifme des diverfes
efpeces de cryftallifation , & des diverfes
affinités chimiques , ne dépendroit-il pas
de certaines difpofitions conftantes de maffe
& de furface par lefquelles les parties
élémentaires de même genre obéiroient de
la même maniere aux loix naturelles de
l'action de ce fluide ; chacune de ces parties
feroit donc par fa nature un foyer
prefque égal pour l'activité de ce même
Auide , & cette activité produiroit dans
toutes ces parties , lorfqu'elle pourroit s'y
exercer librement , le même dégré & les
mêmes phénomenes d'attraction , ou du
moins il n'y auroit d'autre différence que
celle qui réfulteroit des torrens plus ou
moins confidérables qui fe feroient faits
fur ces foyers , felon qu'ils auroient été
plus ou moins expofés à l'action libre du
Auide environnant ; il arriveroit de cette
maniere que lorfque plufieurs de ces petits
foyers feroient livrés à l'action de ce fluide ,
il fe feroit des torrens plus confidérables
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
fur ceux où cette action fe ferott exercée
plus librement , & par conféquent qu'il fe
feroit de moindres torrens fur les foyers
qui s'y trouveroient moins exposés.
Il réfulte de -là que l'action produite
dans les premiers foyers , feroit de beaucoup
fupérieure en force & en étendue à
celle des autres foyers , & que par cette
raiſon ceux - ci feroient , lorfqu'il n'y auroit
point d'obſtacles , entraînés plus ou
moins promtement vers les premiers , felon
la force & l'étendue de l'atmoſphere
de leur activité .
Cette explication prouveroit que les
petites atmoſpheres de fluide éthérien formées
dans les foyers les moins dévelop
pés , feroient néceffairement abforbées
par les atmoſpheres plus confidérables ,
lorfqu'elles en feroient affez près pour pouvoir
y être compriſes ; de maniere donc
que tout foyer qui ne fe trouveroit pas
affez voifin de celui qui attire plus puiffamment
, pour être compris dans fa fphere
d'activité , feroit lui-même un foyer central
propre à attirer les foyers voifins plus
foibles que lui.
Mais comme on obferve en plufieurs
criftallifations que les criftaux qui ont acquis
un certain volume , ne continuent
pas de s'accroître , il en faudroit conclure
NOVEMBRE . 1755. 131
que le premier foyer parvenu à fe charger
d'une certaine quantité de parties analogues
n'auroit plus les mêmes rapports avec
le fluide environnant , & que par conféquent
fon activité devroit s'affoiblir au
point de ne pouvoir plus entraîner de nouvelles
parties.
V I.
Ne feroit-ce pas dans cette théorie des
criftallifations qu'on pourroit trouver à fe
former une idée claire & fimple de l'ordre
d'action qui détermine & maintient les
orbes planétaires dans les efpaces qu'ils
parcourent le foleil feroit le foyer principal
, & les planettes , comme foyers beaucoup
moindres , feroient comprifes dans
fa fphere d'activité ; il en réfulteroit que
ces mafles planetaires obéiroient plus ou
moins au grand foyer felon qu'elles feroient
elles -mêmes un foyer plus ou moins
confidérable , & que par - là elles feroient
en état d'oppofer plus de réfiftance aux
déterminations produites par le grand
foyer.
On peut croire que ces planettes , qui
ont leur tourbillon particulier de matiere
éthérée , doivent en obéiffant à la fupériorité
de celui du grand foyer , s'électrifer
elles-mêmes de plus en plus , foit par
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
les frottemens continuels de leurs tourbillons
, foit par la vive action du grand
foyer qui les entraîne , & prendre ainfi ,
plus ou moins à proportion de leur conftitution
, fur la fupériorité de l'attraction
de ce grand foyer ; ce qui eft affez conforme
aux loix générales de l'attraction
connue par les expériences ufitées , ainfi
qu'aux obfervations faites fur l'électricité
; de cette maniere les planetes parviendroient
à ce point de diſtance du grand
foyer , & en même tems d'équilibre avec
fa fphere d'activité, dont elles ne pourroient
plus être approchées ni éloignées ; à ce
point- là elles prendroient donc néceffairement
une détermination nouvelle , qui
feroit la détermination de leur cours particulier
, c'est -à- dire , leur mouvement projectile
; & c'est à raifon de la conftitution
naturelle , dont nous avons parlé , qui fait
que certains corps font moins propres que
d'autres à un accroiffement d'électricité ,
ainſi qu'à raifon de leur maffe & de leur
volume , qu'elles fe trouveroient plus ou
moins capables de gravitation & d'attraction
, & c'est par là que leur cours ordinaire
feroit déterminé à de plus ou moins
grandes diftances du grand foyer.
les loix de cette
On'tpeur préfumer que
détermination particuliere ne feroient pas
NOVEMBRE . 1755. 153
conftantes au point que par la fuite du
tems les planetes ne puffent acquérir des
forces centrifuges ; on connoît les loix fuivant
lefquelles les corps font repouffés
après avoir été attirés pendant un certain
tems , ce qui n'arrive probablement que
parce que ces corps s'électrifent davantage
à proportion qu'ils font plus attirés , &
que par-là ils parviennent à un complément
d'électricité qui les rend fupérieurs
au moins acceffibles à l'activité du fover
principal ; c'eft par ces loix que les planetes
pouroient enfin échapper totalement
à la fphere d'activité du foleil , & par
devenir des cometes ; comme il pourroit
arriver auffi qu'il fe trouveroit des cometes
moins difpofées par leur nature à s'électrifer
, ou à contracter un certain dégré
d'activité , qui attirées à un certain point
vers le principal foyer , bien loin de tendre
alors à s'en éloigner , y feroient au
contraire rapidement précipitées.
là
Ce mémoire n'a été fait dans d'autre.
vue que d'exciter fur les fondemens de la
conjecture qu'on y propofe , l'attention
des perfonnes verfées dans ces connoillances
, & de mettre ces mêmes perfonnes à
portée de critiquer facilement certe conjeture
ou de l'appuier plus folidement.
des Etres , du mouvement , de la
gravité , & de l'attraction .
I
I.
L vient de paroître un ouvrage , qui a
pour titre idée de l'homme physique &
moral. On y propofe , au fujet de la génération
, une conjecture appuyée fur de
grandes probabilités ; cette conjecture eft
que la fécondation de la liqueur féminale
des animaux pourroit bien n'être que l'efquiffe
active qui y eft imprimée par le fluide
éthérien refléchi de toutes les parties
du corps vers les organes de la génération ,
au moment même de l'excrétion de cette
liqueur , & par le même méchanifme qui
fert à déterminer cette excrétion , l'auteur
paroît defirer qu'on remarque avec une
particuliere attention que ces organes deviennent
en ce moment le centre de prefque
tout le mouvement & le fentiment du
136 MERCURE DEFRANCE.
corps , ce qui , felon lui , fournit de trèsgrandes
inductions pour la validité de ſa
conjecture .
Il a afluré d'avance que l'idée qui fubftitue
l'action du fluide éthérien à celle des
prétendus efprits animaux , eft prefque
unanimement reçue , & qu'en effet cette
idée s'accorde parfaitement avec tout ce
qu'il y a à obferver fur l'action des nerfs ,
même fur celle de la végétation , & avec
toutes les expériences faites jufqu'à préſent
fur le fluide qu'on nomme électrique ; au
lieu que l'idée qui fait admettre des efprits
animaux , eft non feulement dénuée de
preuves , mais encore de vraifemblance :
d'ailleurs il paroît porté à croire que la
théorie qu'il propofe fur la fécondation ,
eft applicable à tous les êtres qui fe régénerent
; & en effet , après la maniere dont
il rend raifon des phénomenes les plus remarquables
de la génération , de la plûpart
defquels à peine imaginoit - on de
pouvoir jamais acquerir quelqu'intelligence
, on ne fçauroit raiſonnablement fe
défendre d'adhérer à fon fentiment , au
moins jufqu'à ce qu'on foir parvenu à d'autres
connoiffances fur cette matiere.
L'objet de ce mémoire eft de fournir un
nouvel appui à cette théorie , & de juftifier
de nouveau l'étendue qu'elle paroît
NOVEMBRE. 1755. 137
avoir ; on fe propofe de remplir cet objet
en ramenant fimplement le méchanifme
de la fécondation , de la communication
du mouvement , de la gravité & de l'attraction
à une caufe commune , en montrant
autant qu'il eft poffible , les rapports
de ce méchanifme avec les propriétés reconnues
de cette caufe , & enfuite en les
généralifant l'un par l'autre au moyen des
applications qu'on en fera.
Mais avant que d'entrer en matiere , il
eft à propos de remarquer avec l'auteur de
l'idée de l'homme phyfique & moral que
toutes les expériences qu'on fait pour connoître
les phénomenes de l'électricité ,
dérangent néceffairement les loix naturelles
de l'action du fluide qui la produit ; &
qu'ainfi il reste à fe former des divers réfultats
de ces expériences un point de vue
fous lequel on puiffe confiderer plus généralement
l'ordre naturel de l'action de
ce fluide , & delà les plus effentielles de
fes loix & de fes propriétés.
Ce n'eft que par cette maniere de confiderer
la matiere électrique qu'on peut fe
flatter de la connoître autant qu'il nous
eft donné d'y réuffir ; & en effet c'eft par
là qu'on parvient à écarter les plus fpécieufes
difficultés qu'on puiffe oppofer à
la conjecture dont il s'agit ici ; on objec138
MERCURE DEFRANCE.
teroit , par exemple , que tous les corps ;
fans en excepter aucun , font doués de
gravité & d'attraction , & qu'il y en a qui
ne font pas fufceptibles de l'électricité ; il
eft aifé de répondre à cette objection par
remarque qu'on vient de faire ; qui eſt
que les phénomenes de l'électricité rendue
fenfible par les expériences ufitées ,
ne font que des modifications particulieres
du fluide éthérien , au méchanifme defla
quels certains corps réfiftent par leur conftitution
, c'eft à- dire par les loix que le
fluide qui agit fur ces corps eft contraint
de fuivre; ce qui n'empêche
pas que le mouvement
qu'ils reçoivent
par des moyens
plus effectifs ne foit fimplement
une révolution
arrivée à ce fluide éthérien qui
les pénétre & les environne
; il n'eft pas
difficile de trouver dans cette folution de
quoi répondre d'une maniere fatisfaiſante
à toutes les difficultés
qu'on pourroit faire
; delà on peut préfumer que ce fluide a
été improprement
nommé électrique
; & en effet il n'a été ainfi défigné que par une
de fes propriétés
qui encore n'étoit point
affez connue : ainfi en employant
les mots
d'électricité
ou de fluide électrique nous n'entendrons
que des modifications
particulieres
du fluide éthérien
, preſque toujours
contraires
aux loix générales de l'action de
ce fluide.
NOVEMBRE. 1755. 139
II.
On ne fçauroit nier que la régénération
des êtres , au moins quant à leur organifation
, ne foit produite par une caufe
phyfique , & que cette caufe ne doive
avoir un méchanifme propre à fes effets ;
il ne fera donc pas permis de méconnoître
cette caufe , fi elle fe préfente avec les
propriétés néceffaires pour opérer le méchanifme
que nous cherchons à découvrir,
fur- tout fi ces propriétés fe trouvent manquer
à toutes les autres caufes qu'il feroit
poffible de fe repréſenter.
Après avoir mûrement confideré les diverfes
conjectures qui ont été formées fur
la premiere caufe phyfique de la régénération
des êtres , de la communication du
mouvement , de la gravité & de l'attraction
, & après avoir pefé avec beaucoup
d'attention les difficultés qu'on a oppofées
à ces conjectures , nous avons cru pouvoir
inferer de cet examen que tous ces grands
phénomenes de la nature devoient dépendre
d'une même caufe , qui feroit néceffairement
un agent général , au moins dans
notre orbe planétaire , fi ce n'eft dans tout
l'univers.
Il s'agit d'examiner à préfent , fi le fluide
nommé électrique , tel que des expé140
MERCURE DE FRANCE.
riences certaines l'ont fait connoître , &
d'ailleurs admis prefqu'unanimement pour
la premiere caufe phyfique de l'action des
nerfs , ne pourroit pas paffer pour cet
agent général que nous cherchons à connoître
, & fi on ne lui trouveroit pas les
propriétés néceffaires pour en déduire les
phénomenes que nous croyons pouvoir
lui attribuer.
III.
Il n'eft guere permis de douter d'après
l'ouvrage que nous avons cité , que le
fluide éthérien ne foit le principe de toute
fécondation , & il n'eft pas difficile de
concevoir comment l'action conftante de
ce fluide fur tout corps quelconque, feroit,
felon les divers foyers où il trouve à fe
concentrer , & felon les diverfes maffes
qu'il rencontre , la caufe de la gravité &
de l'attraction , ainfi que de la différente
activité des corps , quels qu'ils foient ,
élémentaires ou compofés ; on verroit en
même tems comment ce même fluide dont
tout corps eft environné , & plus ou moins
pénétré felon fa nature , opéreroit par les
diverfes déterminations qui lui feroientdonnées
, la communication du mouvement
; il n'eſt pas néceffaire de faire appercevoir
que le mouvement communiqué
}
NOVEMBRE. 1755. 141
cefferoit , lors même qu'il ne rencontreroit
point d'autre obftacle ', à mesure que les
déterminations particulieres qui auroient
produit ce nouveau mouvement , viendroient
à fe perdre dans la détermination
générale du fluide environnant .
Mais , dira- t- on , n'eft-il pas plus fage
de fufpendre fon opinion fur des matieres
phyfiques , lorfque cette opinion ne peut
être folidement déterminée : nous fommes
bien éloignés de penfer qu'en général ce
ne foit là une maxime fage , mais on ne
fçauroit difconvenir qu'elle ne fouffre des
exceptions ; car il eft certain que cette
maxime obfervée trop rigoureufement ,
fur- tout dans la recherche des vérités auffi
importantes & auffi inconnues que celles
dont il eft ici queftion , borneroit exceffivement
les progrès qu'on peut efperer de
faire fur les plus grands objets des connoiffances
phyfiques .
D'ailleurs , nous avons en quelque maniere
l'exemple de Newton pour nous ;
on fçait que lorfqu'il trouva le moyen de
foumettre l'univers aux loix de la gravité
& de l'attraction , il n'eut pour baſe de
cette grande découverte qu'une fimple analogie
qui étoit , comme perfonne ne l'ignore
, la comparaifon qu'il fit de la caufe de
la chute d'un fruit qui tomba auprès de lui,
142 MERCURE DE FRANCE.
avec la caufe qu'il imagina dans ce moment
pouvoir entretenir l'harmonie ou
l'action réciproque du monde planétaire :
ayant fait le plan des principaux effets
que ces caufes devoient produire , il regarda
ces effets comme autant de réſultats
qu'il s'agiffoit de vérifier , & c'eft par une
profondeur de calculs , qui a immortalifé
ce grand homme , qu'il parvint à démontrer
la folidité des loix qu'il venoit de
trouver.
C'eſt en fuivant une pareille méthode ,
qui ici ne paroît guere fufceptible de calculs
, que nous allons chercher à établir le
fluide étherien , comme cauſe de la
gra
vité & de l'attraction. Newton moins inf
truit qu'on ne l'eft aujourd'hui fur l'exiftence
des loix & des proprietés du fluide
qu'on a appellé électrique , s'eft fagement
abftenu d'expliquer cette caufe , mais il
paroît qu'il avoit de la répugnance à laiffer
croire qu'il regardât ces proprietés comme
inherentes à la matiere , puifqu'il a
declaré à la fin de fon optique qu'il foupçonnoit
que l'attraction étoit l'effet de
l'action de quelque fluide très délié &
très-élaftique. Ce foupçon doit nous faire
préfumer que s'il eût été inftruit comme
on l'eft aujourd'hui fur l'existence , les
loix & les proprietés du fluide étherien ,
NOVEMBRE . 1755. 143
il ne feroit point resté dans cette incertitude
fur la caufe de ce grand phénomene.
Newton a fait voir auffi dans fon traité
d'optique , qu'il n'étoit pas poffible que les
rayons de lumiere fuffent immédiatement
réflechis de la furface des corps , & il a
prouvé en même tems que cette réflexion
étoit l'effet des proprietés & des loix de la
force de gravité & d'attraction qu'il paroiffoit
fuppofer être inhérente à tous les
corps . Or s'il n'eft pas permis de regarder
comme fufpectes les preuves alleguées
fur ce fait par Newton , & fi d'après les
folides connoiffances qu'on a acquifes fur
l'existence & les proprietés du fluide étherien
, il eft plus que probable que ce fluide
eft un agent univerfel , au moins dans
notre orbe planétaire , il nous paroît difficile
de former des difficultés raifonnables
contre l'idée de fubftituer fon action
à la fuppofition qui a fait regarder la gravité
& l'attraction comme des qualités
propres & inhérentes à tout corps.
Čela pofé , les phénomenes du mouvement
ne dépendroient que des diverfes déterminations
de l'action du fluide étherien,
& ces déterminations fe communiqueroient
par la voie du choc, de l'impulfion , de l'explofion
, de la fermentation , même du
plus leger contact comme on l'obferve
144 MERCURE DE FRANCE.
dans les experiences connues fur l'électricité
ainfi toute augmentation ou diminution
de mouvement ne feroit que des
changemens produits dans les loix naturelles
de l'action de ce fluide ; & par cèt
ordre on ne feroit plus en peine de fçavoir
comment un corps vivant , & même
les corps élastiques , peuvent donner de
l'action à des corps qui n'en ont point ,
ou augmenter celle qu'ils ont ; en un mot ,
on verroit que tous les phénomenes de la
nature ne font dans le fonds que les diverſes
manieres dont l'agent géneral , plus
ou moins concentré dans les différens
corps , ou raffemblé fur leurs furfaces ,
obéit aux loix qu'il doit fuivre , & aux diverfes
déterminations qu'il reçoit.
M. Franklin a prefque demontré que·
le tonnerre n'eft qu'un phénomene d'électricité
, & on en peut aifement conclureque
les trombes qui ne paroiffent être
qu'un prodigieux tourbillon d'air , d'eau´
& de fluide étherien devenu électrique.
par les caufes qui préparent ou excitent
l'orage , ne font en effet produites que
par la même revolution qui difpofe & détermine
les coups de tonnerre ; ce qui eft
affez prouvé par les trombes qu'on a quel-,
quefois vu fe former au mênie inftant de
ces coups de tonnerre : nous ne parlerons
pas
NOVEMBRE. 1755 145
pas d'une infinité d'autres obfervations
qu'on n'ignore point , & que perfonne
ne contefte. Or , s'il n'y a point de phénomenes
extraordinaires de la nature qui
paroiffent s'opérer par une plus grande
quantité & une plus grande vivacité d'action
que les coups de tonnerre & les trombes
, & s'il eft vrai qu'en fait de recherches
phyfiques on doive principalement
chercher à fimplifier tout , autant qu'on
le peut , fur tout les principes , il faut
donc bien loin de vouloir féparer l'idée de
la caufe & du méchanifme de l'électricité,
de celle d'une caufe générale du mouvement
, s'attacher plutôt à confiderer les
phénomenes de l'électricité , comme des
divers modes de cette caufe générale.
Alors on comprendroit , par exemple ,
que la force qui refte à un boulet de cadont
le mouvement paroît prêt à
s'éteindre , & qui a de fi funeftes effets
pour ceux qui entreprennent imprudemment
de le fixer , même de le toucher
avec le pied , n'eft que la prodigieufe
quantité de fluide étherien , dont il fe
trouve encore chargé au moyen du mouve
ment de rotation qui lui refte , & que la
force de l'explofion & ce mouvement de
rotation y avoient accumulé ; le méchaniſme
de ces funeftes effets fe préfente fenfible-
G
146 MERCURE DE FRANCE.
ment par la prodigieufe difproportion qu'il
y a entre la quantité , la rapidité , & la
détermination du fluide raffemblé fur ce
boulet , & l'état ordinaire du fluide qui
entoure , & pénetre un corps vivant , &
notamment la partie de ce corps approchée
du boulet jufqu'au point de contact.
I V.
Il est reçu qu'en chargeant un corps
d'électricité , on ne fait que raffembler fur
fa furface plus de matiere électrique qu'il
n'y en a naturellement , augmenter à cette
proportion le degré d'activité de ce fluide,
& changer l'ordre naturel de fa détermination
; c'eft ainfi qu'eft produit un tor
rent de matiere électrique qui n'agit principalement
que fur la furface des corps
fur lefquels il eft formé , ou de ceux vers
lefquels il eft dirigé ; ce qui eft bien prou❤
vé par le petit éclat qui fe fait entendre au
moment de la communication de l'électricité
d'un corps à un autre ; car cet éclat
fuppofe néceffairement la rencontre de
deux forces qui font oppofées.
Il eft démontré que tous les corps font
naturellement doués d'une force d'attrac
tion , & il eft probable que l'intenfité de cette
force ne dépend que de la nature des parNOVEMBRE.
1755. 247
ties primitives dont ces corps font formés ,
& que la différence de ces parties élémentaires
ne confifte que dans le plus ou
moins de fluide éthérien qui a pu originairement
s'y concentrer . C'eft de-là , en effet,
qu'on peut le mieux déduire les propriétés
qui différencient effentiellement tous les
corps , même par rapport à leur état de
folidité ou de liquidité ; ce qui eft manifeftement
prouvé par l'obfervation des phénoménes
des congellations artificielles ,
furtout de celui qu'on a nommé le faut de la
congellation , qui eft la vive explofion qui
fe fait au moment que la liqueur va fe congeler
.
Il faut donc confidérer ces parties élémentaires
comme autant de petits foyers
fort acceffibles à l'action du fluide envi
ronnant , & c'eft ainfi que fe forment néceffairement
autour d'eux des petites fpheres
d'activité , qui s'animent & s'électrident
en quelque maniere par leur proximité
& leurs frottemens ; voilà donc une efpece
d'électricité à peu près déterminée
par les loix naturelles de l'action de ce
Aluide ; il eft probable que c'eſt- là le méchanifme
des premiers rapports que ces parties
primitives acquerent entr'elles , & en
même tems l'origine de leurs propriétés
Gij
148 MERCURE DE FRANCE:
générales & particulieres ; ces premiers
phenomenes d'attraction ne paroiffent
point affujettis aux loix d'électricité qu'on
conncît par les expériences faites fur des
maffes defquelles par conféquent on ne
fçauroit conclure aux loix de cette action
entre les parties élémentaires ; confidération
qu'il ne faut point perdre de vue , &
qui fixe la jufte valeur des connoiffances
acquifes fur les propriétés du fluide éthérien
par les expériences ufitées fur l'électricité.
On peut croire que c'eft de ces premieres
loix d'attraction que dépendent principalement
la conftitution & l'activité de toutes
les parties élémentaires ; ces parties
auroient donc entr'elles plus ou moins
d'affinité , felon qu'elles feroient propres
par leur nature à former des tourbillons
de matiere éthérée plus ou moins
égaux ; & par cet ordre celles qui fe trouveroient
être à peu près de même nature
auroient une maniere prefque égale d'obéir
à l'action du fluide environnant , bien
entendu qu'elles fullent également expofées
à l'action libre de ce fluide ; on voit
par là affez clairement comment tous les
corps doivent avoir naturellement plus ou
moins d'activité , & être plus ou moins
NOVEMBRE. 1755. 149
électriques , felon qu'ils font formés de
parties primitives plus ou moins chargées
de fluide éthérien , ou plus ou moins difpofées
à obéir à fon action.
V.
Cela pofé , le méchanifme des diverfes
efpeces de cryftallifation , & des diverfes
affinités chimiques , ne dépendroit-il pas
de certaines difpofitions conftantes de maffe
& de furface par lefquelles les parties
élémentaires de même genre obéiroient de
la même maniere aux loix naturelles de
l'action de ce fluide ; chacune de ces parties
feroit donc par fa nature un foyer
prefque égal pour l'activité de ce même
Auide , & cette activité produiroit dans
toutes ces parties , lorfqu'elle pourroit s'y
exercer librement , le même dégré & les
mêmes phénomenes d'attraction , ou du
moins il n'y auroit d'autre différence que
celle qui réfulteroit des torrens plus ou
moins confidérables qui fe feroient faits
fur ces foyers , felon qu'ils auroient été
plus ou moins expofés à l'action libre du
Auide environnant ; il arriveroit de cette
maniere que lorfque plufieurs de ces petits
foyers feroient livrés à l'action de ce fluide ,
il fe feroit des torrens plus confidérables
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
fur ceux où cette action fe ferott exercée
plus librement , & par conféquent qu'il fe
feroit de moindres torrens fur les foyers
qui s'y trouveroient moins exposés.
Il réfulte de -là que l'action produite
dans les premiers foyers , feroit de beaucoup
fupérieure en force & en étendue à
celle des autres foyers , & que par cette
raiſon ceux - ci feroient , lorfqu'il n'y auroit
point d'obſtacles , entraînés plus ou
moins promtement vers les premiers , felon
la force & l'étendue de l'atmoſphere
de leur activité .
Cette explication prouveroit que les
petites atmoſpheres de fluide éthérien formées
dans les foyers les moins dévelop
pés , feroient néceffairement abforbées
par les atmoſpheres plus confidérables ,
lorfqu'elles en feroient affez près pour pouvoir
y être compriſes ; de maniere donc
que tout foyer qui ne fe trouveroit pas
affez voifin de celui qui attire plus puiffamment
, pour être compris dans fa fphere
d'activité , feroit lui-même un foyer central
propre à attirer les foyers voifins plus
foibles que lui.
Mais comme on obferve en plufieurs
criftallifations que les criftaux qui ont acquis
un certain volume , ne continuent
pas de s'accroître , il en faudroit conclure
NOVEMBRE . 1755. 131
que le premier foyer parvenu à fe charger
d'une certaine quantité de parties analogues
n'auroit plus les mêmes rapports avec
le fluide environnant , & que par conféquent
fon activité devroit s'affoiblir au
point de ne pouvoir plus entraîner de nouvelles
parties.
V I.
Ne feroit-ce pas dans cette théorie des
criftallifations qu'on pourroit trouver à fe
former une idée claire & fimple de l'ordre
d'action qui détermine & maintient les
orbes planétaires dans les efpaces qu'ils
parcourent le foleil feroit le foyer principal
, & les planettes , comme foyers beaucoup
moindres , feroient comprifes dans
fa fphere d'activité ; il en réfulteroit que
ces mafles planetaires obéiroient plus ou
moins au grand foyer felon qu'elles feroient
elles -mêmes un foyer plus ou moins
confidérable , & que par - là elles feroient
en état d'oppofer plus de réfiftance aux
déterminations produites par le grand
foyer.
On peut croire que ces planettes , qui
ont leur tourbillon particulier de matiere
éthérée , doivent en obéiffant à la fupériorité
de celui du grand foyer , s'électrifer
elles-mêmes de plus en plus , foit par
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
les frottemens continuels de leurs tourbillons
, foit par la vive action du grand
foyer qui les entraîne , & prendre ainfi ,
plus ou moins à proportion de leur conftitution
, fur la fupériorité de l'attraction
de ce grand foyer ; ce qui eft affez conforme
aux loix générales de l'attraction
connue par les expériences ufitées , ainfi
qu'aux obfervations faites fur l'électricité
; de cette maniere les planetes parviendroient
à ce point de diſtance du grand
foyer , & en même tems d'équilibre avec
fa fphere d'activité, dont elles ne pourroient
plus être approchées ni éloignées ; à ce
point- là elles prendroient donc néceffairement
une détermination nouvelle , qui
feroit la détermination de leur cours particulier
, c'est -à- dire , leur mouvement projectile
; & c'est à raifon de la conftitution
naturelle , dont nous avons parlé , qui fait
que certains corps font moins propres que
d'autres à un accroiffement d'électricité ,
ainſi qu'à raifon de leur maffe & de leur
volume , qu'elles fe trouveroient plus ou
moins capables de gravitation & d'attraction
, & c'est par là que leur cours ordinaire
feroit déterminé à de plus ou moins
grandes diftances du grand foyer.
les loix de cette
On'tpeur préfumer que
détermination particuliere ne feroient pas
NOVEMBRE . 1755. 153
conftantes au point que par la fuite du
tems les planetes ne puffent acquérir des
forces centrifuges ; on connoît les loix fuivant
lefquelles les corps font repouffés
après avoir été attirés pendant un certain
tems , ce qui n'arrive probablement que
parce que ces corps s'électrifent davantage
à proportion qu'ils font plus attirés , &
que par-là ils parviennent à un complément
d'électricité qui les rend fupérieurs
au moins acceffibles à l'activité du fover
principal ; c'eft par ces loix que les planetes
pouroient enfin échapper totalement
à la fphere d'activité du foleil , & par
devenir des cometes ; comme il pourroit
arriver auffi qu'il fe trouveroit des cometes
moins difpofées par leur nature à s'électrifer
, ou à contracter un certain dégré
d'activité , qui attirées à un certain point
vers le principal foyer , bien loin de tendre
alors à s'en éloigner , y feroient au
contraire rapidement précipitées.
là
Ce mémoire n'a été fait dans d'autre.
vue que d'exciter fur les fondemens de la
conjecture qu'on y propofe , l'attention
des perfonnes verfées dans ces connoillances
, & de mettre ces mêmes perfonnes à
portée de critiquer facilement certe conjeture
ou de l'appuier plus folidement.
Fermer
Résumé : Mémoire sur le principe physique de la régénération des Etres, du mouvement, de la gravité, & de l'attraction.
Le texte 'Mémoire sur le principe physique de la régénération des êtres, du mouvement, de la gravité, & de l'attraction' présente une théorie sur la fécondation et les phénomènes naturels. L'auteur propose que la fécondation des animaux pourrait être due à un fluide éthérien actif, reflété vers les organes de la génération au moment de l'excrétion de la liqueur féminine. Ce fluide serait également responsable du mouvement, de la gravité et de l'attraction. L'auteur soutient que cette théorie est appuyée par des observations sur l'action des nerfs et des expériences sur le fluide électrique. Le mémoire vise à renforcer cette théorie en montrant que le mécanisme de la fécondation, du mouvement, de la gravité et de l'attraction peut être ramené à une cause commune : le fluide éthérien. L'auteur affirme que toutes les expériences sur l'électricité perturbent les lois naturelles de ce fluide, et qu'il est nécessaire de considérer ces expériences sous un angle général pour comprendre son action. Le texte souligne que la régénération des êtres, le mouvement, la gravité et l'attraction dépendent d'une même cause physique, un agent général. L'auteur suggère que le fluide électrique, admis comme cause de l'action des nerfs, pourrait être cet agent général. Il compare cette approche à la méthode de Newton, qui a découvert les lois de la gravité et de l'attraction par analogie. Le texte traite également des effets de l'électricité et de la force d'attraction sur divers phénomènes naturels. Il explique que la force de l'explosion et le mouvement de rotation d'un boulet accumulent un fluide électrique sur sa surface, créant une disproportion notable par rapport à l'état ordinaire du fluide entourant un corps vivant. Charger un corps d'électricité augmente la quantité de matière électrique sur sa surface, modifiant ainsi l'ordre naturel de sa détermination. Le texte explore la nature des corps, affirmant que tous les corps possèdent une force d'attraction dont l'intensité dépend de la nature des parties primitives qui les composent. Ces parties élémentaires agissent comme des foyers d'activité électrique, influencées par le fluide environnant. Cette interaction est à l'origine des propriétés générales et particulières des corps, et des phénomènes d'attraction observés. Le texte aborde les processus de cristallisation et les affinités chimiques, suggérant qu'ils dépendent des dispositions constantes de masse et de surface des parties élémentaires. Ces parties obéissent aux lois naturelles de l'action du fluide éthérien, créant des atmosphères d'activité qui peuvent s'absorber mutuellement. Enfin, le texte propose une théorie des mouvements planétaires, où le Soleil agit comme un foyer principal, et les planètes comme des foyers plus petits compris dans sa sphère d'activité. Les planètes s'électrifient en obéissant à l'attraction du Soleil, déterminant ainsi leur mouvement projectile et leur distance par rapport au Soleil. Le texte conclut en mentionnant que les lois de cette détermination particulière ne sont pas constantes, permettant aux planètes d'acquérir des forces centrifuges et de devenir des comètes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 112-134
RÉPONSE à la Lettre anonyme insérée dans le Mercure de France contre la Physique de M. de SAINTIGNON.
Début :
UN écrit anonyme, Monsieur, de l'espèce de celui que vous avez inséré [...]
Mots clefs :
Anonyme, Physique, Système, Réponse, Matière, Expressions, Usage, Idées, Pesanteur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE à la Lettre anonyme insérée dans le Mercure de France contre la Physique de M. de SAINTIGNON.
RÉPONSE à la Lettre anonyme inférée
dans le Mercure de France contre
la Phyfique de M. de SAINTIGNON.
UNN écrit anonyme , Monfieur , de
l'eſpèce de celui que vous avez inſéré
dans votre Mercure du mois de Juin ,
devroit être abandonné au fort qu'il
mérite , & par lui - même & en fa qualité
d'Anonyme. Mais comme il n'eſt pas
difficile de deviner la fource d'où il
part , je ne crois pas devoir le laiffer
fans réponſe.
L'Auteur de cette Piéce a eu de
bonnes raifons pour n'y pas mettre fon
nom mais s'il vouloit garder l'incognito
, il devoit s'y prendre plus habilement.
Il devoit montrer plus de modeftie
, dérober aux yeux du Lecteurs
les traits de jaloufie & furtout d'intérêt
, qui le caractérisent depuis longtemps
, & foupçonner qu'on le reconnoîtroit
à fon début , à fon ftyle ,
à fon inexactitude & à plufieurs expreffions
qui lui font familières . Il eft
OCTOBRE. 1763. 113 .
aifé de voir que cet Anonyme n'a
qu'une connoiffance très- fuperficielle de
mon Ouvrage. Il avoue lui- même qu'il
n'entend point le fyftême général dont
j'ai fait ufage ; & je l'en crois fur fa
parole : il ne peut donc l'attaquer qu'en
aveugle & s'il a réuffi à quelque
chofe , c'eſt à montrer un grand defir de
trouver matière à fa critique.
Rien n'eft plus aifé qu'une déclamation
vague , dans laquelle on fe permet
de cenfurer des propofitions fan's
dire pourquoi , furtout quand on ne
cite pas les endroits qu'on attaque , &
quand on ne s'attache pas fcrupuleufement
à conferver les expreffions.
Une réfutation en régle de tout ce
que l'Anonyme avance dans fa lettre ,
formeroit , Monfieur , un volume trop
confidérable pour votre Mercure , &
m'emporteroit un temps que je deftine
à des chofes plus utiles . Je me bornerai
donc à parcourir cet écrit peu mefuré
, & à faire quelques remarques
fur les endroits qui me frapperont davantage
, en laiffant au Lecteur le plaifir
d'admirer le tour de fes phraſes &
fouvent d'en deviner le fens.
L'Anonyme oferoit- il dire pourquoi
il fe donne la liberté de changer le titre
114 MERCURE DE FRANCE.
de mon Ouvrage , en écrivant , » Traité
de Phyfique & c. à l'ufage des Ecoliers
? Il répéte fouvent cette expreffion
en lettres italiques : cette affec
tation annonce -t - elle la bonne foi & la
modération ? Il fouhaite cependant
» que le Lecteur n'héfite point à lui ac-
» corder fa confiance ; a - t-il cru que
pour la mériter il ne devoit point fe
nommer ? •
Il reléve l'aveu que j'ai fait de ne me
point donner pour Auteur. N'auroit-il
pas pu faire le même aveu avec plus de
raifon ? Selon lui » je n'avois rien de
» nouveau à donner , & cependant j'ai
» hazardé de mon chef beaucoup de
chofes queje n'ai trouvées nulle-part.
Il faudroit avoir fon efprit pour concilier
ces deux propofitions.
Mon Critique reléve encore avec
complaifance l'endroit de ma Préface
où je parle des fecours que j'ai tirés de
l'excellent Traité de Phyfique Expérimentale
de M. l'Abbé Nollet : y prendroit-
il quelque intérêt ? » Il applau
» diroit , dit- il , à mon choix , fi j'avois
» obfervé partout la même marche en
» m'en tenant aux expreffions de l'Au
» teur cité. Mais n'eft-ce pas alors qu'il
OCTOBRE 1763 . IIS
auroit pû faire valoir fon privilége contre
mon Imprimeur ?
L'Anonyme s'étonne que je me fois
permis de faire en quelques endroits
des changemens aux expreffions & aux
idées de l'Auteur : qu'à fes idées fi claires
, fi exactes , fur la folidiré , j'ofe
fubftituer les idées fuivantes : H paroît
qu'on peut confondre la folidité de la
matière avec la matière même... La Solidité
eft une fuite de l'étendue folide :
je l'étonnerai donc encore en lui difant
que je regarde ces propofitions comme
inconteftables.
Je conviens avec l'Anonyme que les
planches néceffaires n'augmentent que
très- médiocrement le prix d'un Ouvia
ge de Phyfique. J'ajoute qu'aucune raifon
ne doit engager à les retrancher ;
mais je ne conviens pas avec lui que je
fois dans le cas du reproche . L'ufage
m'a fait voir que ma Phyfique comme
elle eft paroît utile & intelligible à ceux
qui ne font pas intéreffés à la trouver autrement.
J'en ai retranché autant de
planches que j'ai pû pour la commodité
des perfonnes peu aifées , & je n'ai
livré gratis mon Manufcrit à l'Imprimeur
que fous la condition expreffè de
vendre ma Phyfique à 40 f. le volume.
116 MERCURE DE FRANCE.
Il qualifieroit , dit- il , volontiers mon
Ouvrage d'hiftoire abrégée de la Phyfique
Expérimentale : un Juge plus éclairé
que lui & plus équitable * , trouve
qu'on ne doit point annoncer comme
un Abrégé un Ouvrage en fix volumes .
Mon Critique avoue qu'il , ne connoiffoit
pas le fyftême de M. de la Per
riere , & qu'il n'eft pas en état, de ju
ger fi ce dernier a lieu d'être content
de la manière dont j'ai rendu fes idées :
il avoue donc par là qu'il eft juge incompétent
fur ces matières : il s'expofe
donc à fe faire des monftres pour les
combattre ; & céla lui arrive fouvent.
Au refte je ne ferai point défavoué par
l'Auteur , il peut fe tranquillifer à cet
égard.
Selon lui , je confonds le fyftême
» de Newton avec les inepties de quel-
" ques Secateurs de ce grand homme.
Vraiſemblablement j'ai plus étudié ce
fyftême que lui , & il ne le connoît pas
mieux que moi mais ce qui eft für ,
c'eft que je n'impute rien à ce grand
homme , & ce que j'attribue à fon
fyftême , vient de lui ou de fes plus zélés
défenfeurs .
:
Je dis que , " Quand même lefyfte
* Le Journal Encyclopédique de Mars 1763.
OCTOBRE. 1763. 117
me Newtonien s'appliqueroit heureu-
»fement à tout , il pourroit n'être pas
» la vraie clef du méchanifme du mon
» de , » mon Critique en conclut fça-
» vamment que ce raifonnement fait in-
» différemment contre tous les fyftêmes.
Et cependant ,dit-il, M. de S. n'a
» pas eu intention , je penfe , d'y com-
» prendre celui qu'il adopte ; il penfe
mal. Qu'il life ma Préface & ma dif-
» fertation fur les fyftèmes : il verra
que je ne me fuis pas diffimulé les difficultés
de celui de M. de la Perriere...
» queje ne le préfenteque comme unfyftê-
» me à approfondir... que je ne l'adopte
» que provifoirement... & que je n'en
» épouferai aucun, que quand j'y ferai
" déterminé par des raifons incontefta-
» bles. Qu'il prenne la peine de lire les
pages 71 & 72 du premier volume , il
trouvera plufieurs autres réfléxions fur
le même objet. " Il ne faudroit pas ,
» dit mon obligeant Cenfeur , fe per-
» mettre d'avancer que la matière peut
» être réfléchie par le néant : mais ai-je
jamais rien dit ou imaginé de femblable
? J'enfeigne formellement le contraire
, & cette propofition n'eft précifément
qu'une objection formée contre
le fyftême Newtonien ; eft- il par
"
118 MERCURE DE FRANCE.
donnable à un Critique de prendre une
objection pour une affertion ? Qu'il ne
fe permette donc plus » d'avancer que
» c'eft la manière dont je fçai me tirer
» de quelques difficultés embarraffantes,
eft- ce par ces traits de bonne - foi
» qu'il prétend mériter la confiance de
fon Lecteur ?
M. de Saintignon nous affure , dit-
" il, qu'on va donner les derniers coups
» au fyftême Newtonien , en démon-
» trant que les révolutions célestes ne
» font pas des ellipfes. Je fuis encore
obligé de dire que je n'ai aſſuré cela
nulle-part : je n'ai jamais dit qu'on alfoit
porter les derniers coups au fyftême
Newtonien. J'ai dit qu'on fe propofe de
démontrer que les révolutions célestes
ne font pas des ellipfes , & cela est vrai,
Je ne nomme par l'Auteur , c'eſt à lui
à fe nommer, && jjee ppeennfſee qu'il ne tardera
pas.
Sans doute , dit l'Anonyme , le Lecteur
ne nous fçauroit pas gré de » nous
appefantir fur toutes les inadvertan-
» ces qui échappent à M. de Sainti-
» gron dans cette prétendue réfutation »
cela peut être fort indifférent au Lecteur
: mais ne vous appefantiflez pas fur
des minuties , lifez avant de cenfurer ;
OCTOBRE. 1763 . 119
citez jufte: n'altérez pas mes expreffions,
ne laiffez pas éclater l'intérêt dans vos
obfervations , & moi - même je vous
fçaurai gré des foins que vous auriez
bien voulu prendre pour m'inftruire
ou me détromper , ou me donner lieu
de m'expliquer plus clairement. Le verbe
appefantir ne vous eft pas inconnu
ufez-en , mais tâchez de l'employer plus
heureufement. L'électricité , dites- vous,
entre les mains de M. l'Abbé Nollet, »
» n'a pas un meilleur fort chez M. de
» S. que l'attraction entre les mains de
» Newton.... Il femble qu'on n'a fait
» mention de ces deux Sçavans que
» pour avoir occafion de fubftituer à
❤ leurs raifonnemens , les idées de M,
» de la Perriere. » Ne craignez - vous
pas d'allarmer la modeftie de » M. l'Abbé
Nollet , par cette comparaifon ?
"
L'équité, dites- vous , demandoit que
» l'on fit fuivre les réponfes qui ont
» été faites , " je n'en ai jamais eu de
fatisfaifantes. Voici comme M. l'Abbé
Nollet termine la dernière de fes lettres
en date du 12 Janvier 1758. Je fuis
excédé de cette matière : ( l'Electricité )
je voudrois bien ne point paffer le refte
de ma vie à ces fortes de recherches :
j'en ai d'autres àfaire qui me plairoient
120 MERCURE DE FRANCE .
davantage , ne fût- ce que pour changer.
Je laifferai volontiers à d'autres le foin
de pouffer plus loin les progrès de l'Electricité.
J'ai l'honneur d'être , &c.
*
L'Anonyme dit , en parlant de moi ,
» cela va affez bien , quand il tranſcrit ,
» mais quand il marche feul ,
alors ,
»
propriétés & qualités font la même
chofe ... Les couleurs & les accens & c.
» n'éxiftent qu'en apparence ... On ne
» doit pas raifonner contre l'expé-
» rience.... Laifferons- nous à nos ar-
» rières-Neveux la commiffion de raiſon-
» ner... Nous ne concluons pas cepen-
» dant que l'étendue foit effentielle au
» corps , &c. La première propofition
eft très-vraie pour quiconque ne fe paie
pas de diftinctions frivoles : je confonds
ces deux termes pour la fignification , &
j'en fuis le maître dès que j'en ai averti .
La feconde eft rendue infidélement. Je
ne dis pas que les couleurs & c. n'éxiftent
qu'en apparence , mais qu'elles font
proprement en nous , &fuppofent feulement
dans les corps des qualités propres
à les exciter en nous . Tome I. p . 23.
Mon Critique veut- il dire qu'on peut
raifonner contre l'expérience ? Répondroit-
il affirmativement à la 4° ? Quant
à la 5° , faudroit-il , pour la rendre
vraie
OCTOBRE. 1763. - 121
vraie & intelligible , qu'elle eût été
tranfcrite mot-à-mot de l'excellente Phyfique
expérimentale de M. l'Abbe Nollet?
" On a penfé jufqu'aujourd'hui , dit
» l'Anonyme , que le feu & la lumière
» étoient très-élaftiques : M. de S. les
» croit très- compreffibles : fans doute
» il a voulu dire très-élaftiques . Je l'invite
encore à lire . Il verra que je mets
en vingt endroits l'électricité & la compreffibilité
au rang des qualités de ces
deux élémens & que jamais je n'ai
pris l'une pour l'autre.
,
» Perfonne aujourd'hui , dit il enco-
» re , ne s'aviferoit de confondre l'iner-
» tie avec la pefanteur. M. de S. nous
» affure que l'inertie eft la même chofe
» que la pefanteur. Eft-ce par des imputations
auffi dénuées de vérité que
Anonyme croit s'attirer la confiance
du Lecteur ? Qu'il ouvre les yeux , il
verra dans mon Traité que l'inertie eft
l'effet néceffaire de la pefanteur, & non
la même chofe que la pefanteur. Ignore-
t- il que la matière eft par fa nature
indifférente pour le mouvement ou le
repos , de même que pour toutes fortes
de directions ? Ceci n'eft point une affaire
d'opinion ; c'eft un principe incontef
II.Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE,
je
table . Si donc un corps a dans l'ordre
actuel une direction vers le centre de la
Terre , s'il oppofe de la réfiftance à ſon
déplacement , s'il montre de l'inertie ,
c'eft-à-dire une direction plutôt qu'une
autre , c'est l'effet d'une caufe étrangère:
je dis que cette caufe eft la pefanteur.
Si mon Critique penfe autrement,
je l'invite à produire fes preuves ,
&
lui promets de fournir les miennes..
L'Anonyme convient que l'attrac
tion n'eft pas la caufe de l'inertie . Mais
fera-t-il avoué par tous les Partifans de
l'attraction ? Il me fait enfuite raifonner
à fa façon , & je ne puis en être
flatté. L'exemple d'une aiguille aimantée
qu'il cite à ce propos , ne fert qu'à
montrer l'envie de couvrir par des allé
gations vagues le foible de la critique ,
car il n'a point de rapport à la queftion."
» Si M. de S. avoit eu moins de répu-
» gnance pour le calcul & les Calcula
» teurs il auroit vû & c . » Non , je ne l'au
rois pas vû , car j'ai lù attentivement
fans voir. Mais qui a dit à l'Anonyme
que j'ai de la répugnance pour le cal
cul & les Calculateurs ? Est- ce pour
mériter de la confiance qu'il me fuppofe
gratis une répugnance fi déraifon
nable ? Je ne blame que la trop fréOCTOBRE
. 1763. 123
quente application du calcul à des
chofes qui à la rigueur n'en font pas
fufceptibles. Et certainement je fuis rempli
d'eftime pour les Calculateurs. Mais
vraisemblablement
l'Anonyme n'eſt
pour rien dans les fentimens que j'ai
pour eux . L'Anonyme répéte ici , » le
prétendu fyftême de M. de la Periere, »
Une fuppofition qu'on fait pour expliquer
les Phénomènes de la Nature , n'eftelle
pas un vrai fyftême ? Pourquoi donc
l'appelle -t-il prétendu ? Quoique j'aie
combattu le fyftême de l'Electricité de
M. l'Abbé Nollet , je ne l'ai pas nommé
un prétendu fyftême.
Selon le clairvoyant Anonyme , je
dis que les élémens de la matière ont
une dureté radicalen & dans un autre
endroit , qu'ils ne font point durs
par leur nature , parce qu'ils font matière.
Il fe félicite , fans doute , de trouver
ici une contradiction : mais elle
n'éxifte que dans fon imagination . Qu'il
tâche d'entendre le fyftême que j'ai expofé
; il fçaura ce que j'entends par
dureté radicale & la différence que je
mets entre les premiers élémens de la
matière & les molécules originaires ou
primordiales qui en font compofées.
Alors en rendant mes expreffions avec
Fij
124 MERCURE DE FRANCE .
と
fidélité , il trouvera 1 ° . que les premiers
élémens ont une dureté abfolue . 2 °. Que
les atômes qui en font compofés , ne
font point durs par leur nature , mais
parce qu'il a plù au Créateur de leur
conferver une dureté que j'appelle radicale
& indeftructible dans l'ordre
phyfique , parce qu'il vouloit rendre
cet ordre invariable : & qu'en conféquence
il n'a mis dans la Nature aucun
agent capable de les décompofer.
Je dis que les portions des mêmes
fluides engagés dans les corps , y font
affoiblis ou moins dégradés ; le fçavant
Anonyme , fans doute excellent
Grammairien , obferve très-judicieufement
, qu'il a pris la liberté de mettre
au féminin les adjectifs , engagés , affoiblis
, dégradés : c'eft une temarque
de grande importance dans la critique
d'un cours de Phyfique ; mais je le prie
de laiffer le premier au mafculin , &
de croire que dans mon manuſcrit les
deux autres font au féminin .
» Combien de fuppofitions,dit- il, dans
» ce paffage ! ( C'eſt celui qui précéde
» immédiatement , par lequel j'expli-
» que la dureté des corps. ) Combien
de difcours pour y répandre de la
» clarté ! » Il fe trompe encore : il ne
OCTOBRE. 1763. 125
faut qu'avoir lû mon Ouvrage avec
un efprit philofophique & fans prévention
; mais il avoue qu'il ne l'entend
pas . Eft-ce ma faute ou la fienne ?
Ce Critique officieux ne comprend
pas que les corps puiffent être preffés
tout à la fois perpendiculairement à
leur furface & dans la direction de leur
centre , furtout après que j'ai attribué
aux parties de la matière une forme nonfphérique.
Où a - t- il vû que je refufe
la forme fphérique aux parties de la'
matière ? Mais quelque figure qu'avent
ces corps plongés dans le fein d'un fluide
immenfe , ces deux preffions font inconteftables
, & je ne pense pas qu'il
prouve le contraire .
» La cauſe de la fléxibilité, de la mol-
» leffe , &c , n'eft pas, dit - il , expliquée
» plus clairement ; je demande à l'Anonyme
ce que fignifie cet &c ? Sans doute
plufieurs autres propriétés qu'il ne
détaille pas , par ménagement pour
moi. Il n'entend pas mon.fyftême, com
ment en entendroit-il l'application ?
*
» L'expofition des loix de l'union de'
» l'âme & du corps , dit l'Anonyme
» ainfi que plufieurs autres queftions de
Métaphyfique , fur lefquelles M. de S.
» s'arrête trop , & qu'il eft dangereux
"
"
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
L
» d'entreprendre après M. de Buffon ,
» n'eft pas dans l'Ouvrage de M. de S..
» un tableau intéreffant pour les Lec-.
» teurs de bon goût , & c. Ces queftions.
peuvent être déplacées dans une Phyfique
fuperficielle & purement expérimen
tale ; mais le font-elles dans un Ouvrage
fait
pour
les
Profeffeurs
&
les
Collé- ges , dans une Phyfique qui eft en même-
temps expérimentale & fyftematique
? Il ne peut jamais être dangereux
d'emprunter les lumières & jufqu'aux
expreffions d'un vrai Sçavant , comme
M. de Buffon ; il n'eft dangereux que
d'aller fur les brifées d'un Ecrivain jaloux
, qui a plus d'un intérêt à ce qu'on
ne traite pas les mêmes matières que lui.
L'Anonyme auroit bien dû nous dire
ce qu'il entend par Lecteurs de bon
goût ; font- ce les perfonnes qui penſent
comme lui ?.
L'Anonyme prétend » qu'il eft fort
» indifférent que l'âme foit dans le
» cerveau ou ailleurs . Il eſt d'un fentiment
peu commun , mais ce fentiment
ne fera pas contagieux. Après avoir
dit que les Lecteurs ne verront pas
» avec plaifir ce que je dis fur le fiége
» de l'âme , il ajoûte plus bas avec beau-
» coup d'abftractions cela eft vrai , &
OCTOBRE. 1763. 127
fe démontre d'une manière beaucoup
plus courte que ne l'a fait M. de S.
» mais eu égard à tout , il n'en eft pas
» ainfi , & il eût été bon d'en prévenir
les Ecoliers. Ce Morceau fçavant méritoit
un Commentaire de la façon de
fon Auteur ; car il ne paroît rien moins
que clair. Quant à la manière plus courte
dont il affure qu'on peut démontrer
cette propofition , l'a-t-il effayée ? Auroit-
il compofé quelque Traité de Phyfique
qui lui auroit donné de la prévention
contre le mien ?
» Les odeurs & les faveurs , dit l'A-
» nonyme , ont encore donné lieu à
» M. de S. de joindre à fa differtation
» un difcours contre la cuifine moder-
» ne que bien des gens n'approuveront
pas. Que veut-il dire par là ? Défapprouve-
t- il ce difcours ? Qui font ceux
qui ne l'approuveront pas ? Sans doute
les cuifiniers & les voluptueux . J'ai entendu
quantité de perfonnes , qui fe
croyoient obligées à fuivre l'ufage général
, convenir du danger de la cuifine
moderne.
Je dis que la viteffe du fon dépend
» de la viteffe des parties fon nantes ,
» cela femble , dit mon judicieux Cri-
» tique , fuppofer un déplacement fen-
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
•
» fible dans les parties fonnantes. A qui
» cela femble-t-il ainfi , puifque partout
j'enfeigne le contraire ?
y
» Une pendule de trois pieds huit li-
» gnes & demie &c. Mon fçavant Critique
me reléve ici & m'affure que dans
le cas préfent on ne dit pas une pendule,
mais un pendule . Qu'il life les pages 25,
40 , 41 du Tome II. il trouvera le
pendule mafculin au moins 40 fois , &
pas une feule au féminin où a-t-il trouvé
l'exemple qu'il cite ? Pourquoi me
le reproche-t- il plutôt qu'à mon Imprimeur
? Un Anonyme qui a autant de
prudence ou de bonne-foi , eft bien propre
à infpirer la confiance à fon Lecteur.
Peut-on dans une critique férieufe
relever de pareilles frivolités ?
» Chacun d'eux feroit la dixiéme par-
» tie d'une heure. On voit bien , dit l'Anonyme
, que M. de S. a voulu dire la
dixième partie d'une tierce ; fa remarque
eft donc d'autant plus déplacée ,
qu'elle eft peu intéreffante , & que la
faute n'eft pas dans mon Manufcrit . Il
fçait fûrement que mon Ouvrage a été
imprimé pendant mon abſence : qu'il
fçache encore que l'Imprimeur m'a fupplié
de borner aux fautes qui intéreſfoient
le fens , l'Errata que j'ai voulu
qu'il joignît à ma Phyfique , & que par
OCTOBRE. 1763. 129,
ménagement pour lui , j'y ai confenti .
» M. de S. entreprend , dit l'Anony-
» me , d'affigner la caufe de la pefan-
» teur ; il regarde d'abord avec les Auteurs
qu'il tranfcrit , cette force comme
» appliquée à chacune des parties de la
» matière ; mais comme cette manière
» de confidérer la pefanteur , ne cadre"
pas directement avec le fyftême qu'il
» a embraffé , quelques pages après
» M. de S. ne la regarde que comme
» appliquée à certaines parties : on fent
» à quelles conféquences cette marche
» conduit , fans compter l'inconfé-
» quence à laquelle M. de S. fe laiffe
» aller. J'aimerois beaucoup mieux me
laiffer aller à des inconféquences qu'à
des infidélités auffi fréquentes & auffi
marquées. La manière d'expliquer la
pefanteur dont il s'agit cadre très-exactement
avec le fyftême que j'ai embraffé
; elle y eft liée on ne peut pas
plus complettement . Je déclare que jamais
je n'ai regardé la force dont il eft
queftion , comme appliquée feulement
à quelques parties.
" Terminons , dit l'Anonyme , par
» une remarque qui nous difpenfe évimment
d'aller plus loin , & difons
» que M. de S. confond à chaque inf
ود
T
F v
130 MERCURE
DE FRANCE
.
>> tant le finus d'un angle avec l'angle
» même. Je fuis fùr qu'il croit terminer
par un coup de foudre . Je lui dirai bien
qu'à vue de pays , je connois autant
que lui la différence d'un angle à fon
finus , & qu'il a le talent de voir ce
qu'il cherche : mais me diroit - il bien
de quelle Logique il fait ufage dans ce
raifonnement ? M. de S. a écrit un Traité
de Phyfique en fix volumes , que
j'ai très-grande envie de critiquer & de
décrier , pour des raifons qui me font
connues ; je n'ai lû qu'un volume &
demi au plus , & très -fuperficiellement
:
en bonne régle , il faudroit avoir tout
lû , & avoir bien entendu le fyftême
qui fait la bâfe de fon Ouvrage ; mais
il confond le finus de l'angle avec l'angle
même: donc je fuis évidemment difpenfe
d'aller plus loin.
" Je ne puis croire , dit l'Anonyme,
» que M. de S. qui a profeffé long-
» tems à ce qu'il dit , la Philofophie ,
» ait fait avec réfléxion les fautes que
» fes expreffions mettent en droit de lui
» repréſenter ; & je defire qu'on penfe
» avec moi , que fes inadvertances
, fon
vien-
" peu de méthode & de clarté
» nent du peu de loifir qu'il a eu , &
des affaires étrangères à la Phyfique
2
OCTOBRE. 1763. 131
» dont il eft occupé mais il n'en eft
» pas moins vrai que fon livre a be-
» boin de beaucoup de corrections ,
» avant que d'être applicable à l'ufage
>> auquel il le deftine. Mon critique ne
s'expofe-t-il pas a faire foupçonner qu'il
a fait imprimer lui -même ; que le débit
de fon Ouvrage lui tient au coeur ;
& qu'il entre de la jaloufie de métier
dans fa conduite envers moi ? S'il eft
Auteur défintéreffé , comme moi , il
doit louer mes efforts : s'il eft Auteur
mercenaire , nous ne fommes pas faits
pour concourir. Je pourrois faire ici des
obfervations embarraffantes dont l'application
ne feroit pas difficile ; mais
je m'arrête en faveur de la bonté d'âme
avec laquelle l'Anonyme defire qu'on
penſe avec lui , que mes inadvertances
viennent du peu de loifir que j'ai eu & c.
Comme je me fuis toujours piqué
de reconnoiffance , je lui dédie les
obfervations fuivantes , qu'on devroit
toujours avoir devant les yeux , quand
on veut s'ériger en redreffeur des torts ,
& cenfurer les Quvrages qui paroiffent.
1°.L'équité & la prudence veulent qu'on
connoiffe l'ouvrage dont on veut faire
la critique. Sans cela , à combien de
bévues ne s'expofe -t-on pas ?
F vj
1
132 MERCURE DE FRANCE.
2 °. Il faut s'attacher fcrupuleufement
à citer jufte , & rendre les expreffions
littéralement. Un petit tour de main
fuffit pour défigurer une penfée , &
l'Auteur attaqué a droit de s'inscrire en
faux.
3°. Il faut exercer fa cenfure fur les
matières importantes , & ne pas s'appefantir
fur des minuties . Sans cela on
n'évite pas le foupçon d'aigreur & de
partialité.
4°. Il eft de toute honnêteté , quand
on veut cenfurer un Ouvrage , de lui
rendre juftice fur ce qu'il peut avoir
de bon & de fauver des torts à l'Auteur
, plutôt que lui en fuppofer. J'ai
quelquefois qualifié d'excellens , des
ouvrages qui auroient pû mériter ma
critique un Auteur défintéreſſé eſt
toujours louable , au moins pour fon
intention ; & ne rien trouver de bon
dans un grand Ouvrage , c'eft afficher
qu'on veut y trouver tout mauvais.
5 ° . Il faut éviter foigneufement de
fe faire foupçonner d'intérêt perfonnel
. Rien n'eft n'eft plus propre à dégrader
& avilir un homme de Lettres
Quelle obligation le Public auroit à un
Phyficien qui fe feroit payer chérement
fes fervices , & qui pour conferver fon
OCTOBRE . 1763. 133
bénéfice , s'éléveroit contre ceux qui
voudroient fervir le Public gratuitement?
6º. Il ne convient point à un honnête
homme d'attaquer fous le mafque :
fi on n'a que des vues louables. Si on
attaque avec politeffe & fans aigreur
pourquoi , fe cacher ? Eft-il honorable
de chercher à mordre au talon ? Mon
Anonyme par fa manière de m'attaquer ,
m'avoit mis en droit de mépriſer fa critique
: ne peut-il pas , à la faveur de
l'incognito , fe permettre toutes fortes
d'infidélités ? Je lui devois peut - être
beaucoup moins de ménagement. Mais
j'en aurois eu d'avantage pour lui , quel
qu'il foit , s'il s'étoit nommé.
*
7°. Un Critique doit y regarder à
deux fois quand il fe fent la deman
geaifon d'attaquer un Ouvrage dont tous
les Auteurs périodiques ont parlé avec
éloge. L'Anonyme devoit penfer , s'il a
un peu de modeftie , que le Public
feroit beaucoup moins de cas de fes
obfervations , que du jugement qui a
été porté fur ma Phyfique par vous ,
Monfieur , dans votre Mercure , ainfi
que par les Auteurs de l'Année Littéraire
, de l'Avantcoureur & du Journal
Encyclopédique.
J'attends de votre équité , Monfieur,
134 MERCURE DE FRANCE .
que vous inférerez cette réponſe dans
votre Mercure prochain . Une maladie
férieufe dont je fuis à peine débaraffé
ne m'a pas permis de vous la faire
paffer plutôt. Quand on me propofera
dans les régles convenables de bonnes
difficultés , je tâcherai d'y répondre. Si
on me prouve que je me fuis trompé ,
j'abandonnerai mes idées avec d'autant
plus de facilité & de reconnoiffance
même , que mon intention eft de ne
rien préfenter à la jeuneffe qui puiffe
l'induire en erreur.
J'ai l'honneur d'être , & c.
SAINTIGNON , Proc. Gen, des Chan . Reg.
de la Cong. de N. S.
dans le Mercure de France contre
la Phyfique de M. de SAINTIGNON.
UNN écrit anonyme , Monfieur , de
l'eſpèce de celui que vous avez inſéré
dans votre Mercure du mois de Juin ,
devroit être abandonné au fort qu'il
mérite , & par lui - même & en fa qualité
d'Anonyme. Mais comme il n'eſt pas
difficile de deviner la fource d'où il
part , je ne crois pas devoir le laiffer
fans réponſe.
L'Auteur de cette Piéce a eu de
bonnes raifons pour n'y pas mettre fon
nom mais s'il vouloit garder l'incognito
, il devoit s'y prendre plus habilement.
Il devoit montrer plus de modeftie
, dérober aux yeux du Lecteurs
les traits de jaloufie & furtout d'intérêt
, qui le caractérisent depuis longtemps
, & foupçonner qu'on le reconnoîtroit
à fon début , à fon ftyle ,
à fon inexactitude & à plufieurs expreffions
qui lui font familières . Il eft
OCTOBRE. 1763. 113 .
aifé de voir que cet Anonyme n'a
qu'une connoiffance très- fuperficielle de
mon Ouvrage. Il avoue lui- même qu'il
n'entend point le fyftême général dont
j'ai fait ufage ; & je l'en crois fur fa
parole : il ne peut donc l'attaquer qu'en
aveugle & s'il a réuffi à quelque
chofe , c'eſt à montrer un grand defir de
trouver matière à fa critique.
Rien n'eft plus aifé qu'une déclamation
vague , dans laquelle on fe permet
de cenfurer des propofitions fan's
dire pourquoi , furtout quand on ne
cite pas les endroits qu'on attaque , &
quand on ne s'attache pas fcrupuleufement
à conferver les expreffions.
Une réfutation en régle de tout ce
que l'Anonyme avance dans fa lettre ,
formeroit , Monfieur , un volume trop
confidérable pour votre Mercure , &
m'emporteroit un temps que je deftine
à des chofes plus utiles . Je me bornerai
donc à parcourir cet écrit peu mefuré
, & à faire quelques remarques
fur les endroits qui me frapperont davantage
, en laiffant au Lecteur le plaifir
d'admirer le tour de fes phraſes &
fouvent d'en deviner le fens.
L'Anonyme oferoit- il dire pourquoi
il fe donne la liberté de changer le titre
114 MERCURE DE FRANCE.
de mon Ouvrage , en écrivant , » Traité
de Phyfique & c. à l'ufage des Ecoliers
? Il répéte fouvent cette expreffion
en lettres italiques : cette affec
tation annonce -t - elle la bonne foi & la
modération ? Il fouhaite cependant
» que le Lecteur n'héfite point à lui ac-
» corder fa confiance ; a - t-il cru que
pour la mériter il ne devoit point fe
nommer ? •
Il reléve l'aveu que j'ai fait de ne me
point donner pour Auteur. N'auroit-il
pas pu faire le même aveu avec plus de
raifon ? Selon lui » je n'avois rien de
» nouveau à donner , & cependant j'ai
» hazardé de mon chef beaucoup de
chofes queje n'ai trouvées nulle-part.
Il faudroit avoir fon efprit pour concilier
ces deux propofitions.
Mon Critique reléve encore avec
complaifance l'endroit de ma Préface
où je parle des fecours que j'ai tirés de
l'excellent Traité de Phyfique Expérimentale
de M. l'Abbé Nollet : y prendroit-
il quelque intérêt ? » Il applau
» diroit , dit- il , à mon choix , fi j'avois
» obfervé partout la même marche en
» m'en tenant aux expreffions de l'Au
» teur cité. Mais n'eft-ce pas alors qu'il
OCTOBRE 1763 . IIS
auroit pû faire valoir fon privilége contre
mon Imprimeur ?
L'Anonyme s'étonne que je me fois
permis de faire en quelques endroits
des changemens aux expreffions & aux
idées de l'Auteur : qu'à fes idées fi claires
, fi exactes , fur la folidiré , j'ofe
fubftituer les idées fuivantes : H paroît
qu'on peut confondre la folidité de la
matière avec la matière même... La Solidité
eft une fuite de l'étendue folide :
je l'étonnerai donc encore en lui difant
que je regarde ces propofitions comme
inconteftables.
Je conviens avec l'Anonyme que les
planches néceffaires n'augmentent que
très- médiocrement le prix d'un Ouvia
ge de Phyfique. J'ajoute qu'aucune raifon
ne doit engager à les retrancher ;
mais je ne conviens pas avec lui que je
fois dans le cas du reproche . L'ufage
m'a fait voir que ma Phyfique comme
elle eft paroît utile & intelligible à ceux
qui ne font pas intéreffés à la trouver autrement.
J'en ai retranché autant de
planches que j'ai pû pour la commodité
des perfonnes peu aifées , & je n'ai
livré gratis mon Manufcrit à l'Imprimeur
que fous la condition expreffè de
vendre ma Phyfique à 40 f. le volume.
116 MERCURE DE FRANCE.
Il qualifieroit , dit- il , volontiers mon
Ouvrage d'hiftoire abrégée de la Phyfique
Expérimentale : un Juge plus éclairé
que lui & plus équitable * , trouve
qu'on ne doit point annoncer comme
un Abrégé un Ouvrage en fix volumes .
Mon Critique avoue qu'il , ne connoiffoit
pas le fyftême de M. de la Per
riere , & qu'il n'eft pas en état, de ju
ger fi ce dernier a lieu d'être content
de la manière dont j'ai rendu fes idées :
il avoue donc par là qu'il eft juge incompétent
fur ces matières : il s'expofe
donc à fe faire des monftres pour les
combattre ; & céla lui arrive fouvent.
Au refte je ne ferai point défavoué par
l'Auteur , il peut fe tranquillifer à cet
égard.
Selon lui , je confonds le fyftême
» de Newton avec les inepties de quel-
" ques Secateurs de ce grand homme.
Vraiſemblablement j'ai plus étudié ce
fyftême que lui , & il ne le connoît pas
mieux que moi mais ce qui eft für ,
c'eft que je n'impute rien à ce grand
homme , & ce que j'attribue à fon
fyftême , vient de lui ou de fes plus zélés
défenfeurs .
:
Je dis que , " Quand même lefyfte
* Le Journal Encyclopédique de Mars 1763.
OCTOBRE. 1763. 117
me Newtonien s'appliqueroit heureu-
»fement à tout , il pourroit n'être pas
» la vraie clef du méchanifme du mon
» de , » mon Critique en conclut fça-
» vamment que ce raifonnement fait in-
» différemment contre tous les fyftêmes.
Et cependant ,dit-il, M. de S. n'a
» pas eu intention , je penfe , d'y com-
» prendre celui qu'il adopte ; il penfe
mal. Qu'il life ma Préface & ma dif-
» fertation fur les fyftèmes : il verra
que je ne me fuis pas diffimulé les difficultés
de celui de M. de la Perriere...
» queje ne le préfenteque comme unfyftê-
» me à approfondir... que je ne l'adopte
» que provifoirement... & que je n'en
» épouferai aucun, que quand j'y ferai
" déterminé par des raifons incontefta-
» bles. Qu'il prenne la peine de lire les
pages 71 & 72 du premier volume , il
trouvera plufieurs autres réfléxions fur
le même objet. " Il ne faudroit pas ,
» dit mon obligeant Cenfeur , fe per-
» mettre d'avancer que la matière peut
» être réfléchie par le néant : mais ai-je
jamais rien dit ou imaginé de femblable
? J'enfeigne formellement le contraire
, & cette propofition n'eft précifément
qu'une objection formée contre
le fyftême Newtonien ; eft- il par
"
118 MERCURE DE FRANCE.
donnable à un Critique de prendre une
objection pour une affertion ? Qu'il ne
fe permette donc plus » d'avancer que
» c'eft la manière dont je fçai me tirer
» de quelques difficultés embarraffantes,
eft- ce par ces traits de bonne - foi
» qu'il prétend mériter la confiance de
fon Lecteur ?
M. de Saintignon nous affure , dit-
" il, qu'on va donner les derniers coups
» au fyftême Newtonien , en démon-
» trant que les révolutions célestes ne
» font pas des ellipfes. Je fuis encore
obligé de dire que je n'ai aſſuré cela
nulle-part : je n'ai jamais dit qu'on alfoit
porter les derniers coups au fyftême
Newtonien. J'ai dit qu'on fe propofe de
démontrer que les révolutions célestes
ne font pas des ellipfes , & cela est vrai,
Je ne nomme par l'Auteur , c'eſt à lui
à fe nommer, && jjee ppeennfſee qu'il ne tardera
pas.
Sans doute , dit l'Anonyme , le Lecteur
ne nous fçauroit pas gré de » nous
appefantir fur toutes les inadvertan-
» ces qui échappent à M. de Sainti-
» gron dans cette prétendue réfutation »
cela peut être fort indifférent au Lecteur
: mais ne vous appefantiflez pas fur
des minuties , lifez avant de cenfurer ;
OCTOBRE. 1763 . 119
citez jufte: n'altérez pas mes expreffions,
ne laiffez pas éclater l'intérêt dans vos
obfervations , & moi - même je vous
fçaurai gré des foins que vous auriez
bien voulu prendre pour m'inftruire
ou me détromper , ou me donner lieu
de m'expliquer plus clairement. Le verbe
appefantir ne vous eft pas inconnu
ufez-en , mais tâchez de l'employer plus
heureufement. L'électricité , dites- vous,
entre les mains de M. l'Abbé Nollet, »
» n'a pas un meilleur fort chez M. de
» S. que l'attraction entre les mains de
» Newton.... Il femble qu'on n'a fait
» mention de ces deux Sçavans que
» pour avoir occafion de fubftituer à
❤ leurs raifonnemens , les idées de M,
» de la Perriere. » Ne craignez - vous
pas d'allarmer la modeftie de » M. l'Abbé
Nollet , par cette comparaifon ?
"
L'équité, dites- vous , demandoit que
» l'on fit fuivre les réponfes qui ont
» été faites , " je n'en ai jamais eu de
fatisfaifantes. Voici comme M. l'Abbé
Nollet termine la dernière de fes lettres
en date du 12 Janvier 1758. Je fuis
excédé de cette matière : ( l'Electricité )
je voudrois bien ne point paffer le refte
de ma vie à ces fortes de recherches :
j'en ai d'autres àfaire qui me plairoient
120 MERCURE DE FRANCE .
davantage , ne fût- ce que pour changer.
Je laifferai volontiers à d'autres le foin
de pouffer plus loin les progrès de l'Electricité.
J'ai l'honneur d'être , &c.
*
L'Anonyme dit , en parlant de moi ,
» cela va affez bien , quand il tranſcrit ,
» mais quand il marche feul ,
alors ,
»
propriétés & qualités font la même
chofe ... Les couleurs & les accens & c.
» n'éxiftent qu'en apparence ... On ne
» doit pas raifonner contre l'expé-
» rience.... Laifferons- nous à nos ar-
» rières-Neveux la commiffion de raiſon-
» ner... Nous ne concluons pas cepen-
» dant que l'étendue foit effentielle au
» corps , &c. La première propofition
eft très-vraie pour quiconque ne fe paie
pas de diftinctions frivoles : je confonds
ces deux termes pour la fignification , &
j'en fuis le maître dès que j'en ai averti .
La feconde eft rendue infidélement. Je
ne dis pas que les couleurs & c. n'éxiftent
qu'en apparence , mais qu'elles font
proprement en nous , &fuppofent feulement
dans les corps des qualités propres
à les exciter en nous . Tome I. p . 23.
Mon Critique veut- il dire qu'on peut
raifonner contre l'expérience ? Répondroit-
il affirmativement à la 4° ? Quant
à la 5° , faudroit-il , pour la rendre
vraie
OCTOBRE. 1763. - 121
vraie & intelligible , qu'elle eût été
tranfcrite mot-à-mot de l'excellente Phyfique
expérimentale de M. l'Abbe Nollet?
" On a penfé jufqu'aujourd'hui , dit
» l'Anonyme , que le feu & la lumière
» étoient très-élaftiques : M. de S. les
» croit très- compreffibles : fans doute
» il a voulu dire très-élaftiques . Je l'invite
encore à lire . Il verra que je mets
en vingt endroits l'électricité & la compreffibilité
au rang des qualités de ces
deux élémens & que jamais je n'ai
pris l'une pour l'autre.
,
» Perfonne aujourd'hui , dit il enco-
» re , ne s'aviferoit de confondre l'iner-
» tie avec la pefanteur. M. de S. nous
» affure que l'inertie eft la même chofe
» que la pefanteur. Eft-ce par des imputations
auffi dénuées de vérité que
Anonyme croit s'attirer la confiance
du Lecteur ? Qu'il ouvre les yeux , il
verra dans mon Traité que l'inertie eft
l'effet néceffaire de la pefanteur, & non
la même chofe que la pefanteur. Ignore-
t- il que la matière eft par fa nature
indifférente pour le mouvement ou le
repos , de même que pour toutes fortes
de directions ? Ceci n'eft point une affaire
d'opinion ; c'eft un principe incontef
II.Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE,
je
table . Si donc un corps a dans l'ordre
actuel une direction vers le centre de la
Terre , s'il oppofe de la réfiftance à ſon
déplacement , s'il montre de l'inertie ,
c'eft-à-dire une direction plutôt qu'une
autre , c'est l'effet d'une caufe étrangère:
je dis que cette caufe eft la pefanteur.
Si mon Critique penfe autrement,
je l'invite à produire fes preuves ,
&
lui promets de fournir les miennes..
L'Anonyme convient que l'attrac
tion n'eft pas la caufe de l'inertie . Mais
fera-t-il avoué par tous les Partifans de
l'attraction ? Il me fait enfuite raifonner
à fa façon , & je ne puis en être
flatté. L'exemple d'une aiguille aimantée
qu'il cite à ce propos , ne fert qu'à
montrer l'envie de couvrir par des allé
gations vagues le foible de la critique ,
car il n'a point de rapport à la queftion."
» Si M. de S. avoit eu moins de répu-
» gnance pour le calcul & les Calcula
» teurs il auroit vû & c . » Non , je ne l'au
rois pas vû , car j'ai lù attentivement
fans voir. Mais qui a dit à l'Anonyme
que j'ai de la répugnance pour le cal
cul & les Calculateurs ? Est- ce pour
mériter de la confiance qu'il me fuppofe
gratis une répugnance fi déraifon
nable ? Je ne blame que la trop fréOCTOBRE
. 1763. 123
quente application du calcul à des
chofes qui à la rigueur n'en font pas
fufceptibles. Et certainement je fuis rempli
d'eftime pour les Calculateurs. Mais
vraisemblablement
l'Anonyme n'eſt
pour rien dans les fentimens que j'ai
pour eux . L'Anonyme répéte ici , » le
prétendu fyftême de M. de la Periere, »
Une fuppofition qu'on fait pour expliquer
les Phénomènes de la Nature , n'eftelle
pas un vrai fyftême ? Pourquoi donc
l'appelle -t-il prétendu ? Quoique j'aie
combattu le fyftême de l'Electricité de
M. l'Abbé Nollet , je ne l'ai pas nommé
un prétendu fyftême.
Selon le clairvoyant Anonyme , je
dis que les élémens de la matière ont
une dureté radicalen & dans un autre
endroit , qu'ils ne font point durs
par leur nature , parce qu'ils font matière.
Il fe félicite , fans doute , de trouver
ici une contradiction : mais elle
n'éxifte que dans fon imagination . Qu'il
tâche d'entendre le fyftême que j'ai expofé
; il fçaura ce que j'entends par
dureté radicale & la différence que je
mets entre les premiers élémens de la
matière & les molécules originaires ou
primordiales qui en font compofées.
Alors en rendant mes expreffions avec
Fij
124 MERCURE DE FRANCE .
と
fidélité , il trouvera 1 ° . que les premiers
élémens ont une dureté abfolue . 2 °. Que
les atômes qui en font compofés , ne
font point durs par leur nature , mais
parce qu'il a plù au Créateur de leur
conferver une dureté que j'appelle radicale
& indeftructible dans l'ordre
phyfique , parce qu'il vouloit rendre
cet ordre invariable : & qu'en conféquence
il n'a mis dans la Nature aucun
agent capable de les décompofer.
Je dis que les portions des mêmes
fluides engagés dans les corps , y font
affoiblis ou moins dégradés ; le fçavant
Anonyme , fans doute excellent
Grammairien , obferve très-judicieufement
, qu'il a pris la liberté de mettre
au féminin les adjectifs , engagés , affoiblis
, dégradés : c'eft une temarque
de grande importance dans la critique
d'un cours de Phyfique ; mais je le prie
de laiffer le premier au mafculin , &
de croire que dans mon manuſcrit les
deux autres font au féminin .
» Combien de fuppofitions,dit- il, dans
» ce paffage ! ( C'eſt celui qui précéde
» immédiatement , par lequel j'expli-
» que la dureté des corps. ) Combien
de difcours pour y répandre de la
» clarté ! » Il fe trompe encore : il ne
OCTOBRE. 1763. 125
faut qu'avoir lû mon Ouvrage avec
un efprit philofophique & fans prévention
; mais il avoue qu'il ne l'entend
pas . Eft-ce ma faute ou la fienne ?
Ce Critique officieux ne comprend
pas que les corps puiffent être preffés
tout à la fois perpendiculairement à
leur furface & dans la direction de leur
centre , furtout après que j'ai attribué
aux parties de la matière une forme nonfphérique.
Où a - t- il vû que je refufe
la forme fphérique aux parties de la'
matière ? Mais quelque figure qu'avent
ces corps plongés dans le fein d'un fluide
immenfe , ces deux preffions font inconteftables
, & je ne pense pas qu'il
prouve le contraire .
» La cauſe de la fléxibilité, de la mol-
» leffe , &c , n'eft pas, dit - il , expliquée
» plus clairement ; je demande à l'Anonyme
ce que fignifie cet &c ? Sans doute
plufieurs autres propriétés qu'il ne
détaille pas , par ménagement pour
moi. Il n'entend pas mon.fyftême, com
ment en entendroit-il l'application ?
*
» L'expofition des loix de l'union de'
» l'âme & du corps , dit l'Anonyme
» ainfi que plufieurs autres queftions de
Métaphyfique , fur lefquelles M. de S.
» s'arrête trop , & qu'il eft dangereux
"
"
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
L
» d'entreprendre après M. de Buffon ,
» n'eft pas dans l'Ouvrage de M. de S..
» un tableau intéreffant pour les Lec-.
» teurs de bon goût , & c. Ces queftions.
peuvent être déplacées dans une Phyfique
fuperficielle & purement expérimen
tale ; mais le font-elles dans un Ouvrage
fait
pour
les
Profeffeurs
&
les
Collé- ges , dans une Phyfique qui eft en même-
temps expérimentale & fyftematique
? Il ne peut jamais être dangereux
d'emprunter les lumières & jufqu'aux
expreffions d'un vrai Sçavant , comme
M. de Buffon ; il n'eft dangereux que
d'aller fur les brifées d'un Ecrivain jaloux
, qui a plus d'un intérêt à ce qu'on
ne traite pas les mêmes matières que lui.
L'Anonyme auroit bien dû nous dire
ce qu'il entend par Lecteurs de bon
goût ; font- ce les perfonnes qui penſent
comme lui ?.
L'Anonyme prétend » qu'il eft fort
» indifférent que l'âme foit dans le
» cerveau ou ailleurs . Il eſt d'un fentiment
peu commun , mais ce fentiment
ne fera pas contagieux. Après avoir
dit que les Lecteurs ne verront pas
» avec plaifir ce que je dis fur le fiége
» de l'âme , il ajoûte plus bas avec beau-
» coup d'abftractions cela eft vrai , &
OCTOBRE. 1763. 127
fe démontre d'une manière beaucoup
plus courte que ne l'a fait M. de S.
» mais eu égard à tout , il n'en eft pas
» ainfi , & il eût été bon d'en prévenir
les Ecoliers. Ce Morceau fçavant méritoit
un Commentaire de la façon de
fon Auteur ; car il ne paroît rien moins
que clair. Quant à la manière plus courte
dont il affure qu'on peut démontrer
cette propofition , l'a-t-il effayée ? Auroit-
il compofé quelque Traité de Phyfique
qui lui auroit donné de la prévention
contre le mien ?
» Les odeurs & les faveurs , dit l'A-
» nonyme , ont encore donné lieu à
» M. de S. de joindre à fa differtation
» un difcours contre la cuifine moder-
» ne que bien des gens n'approuveront
pas. Que veut-il dire par là ? Défapprouve-
t- il ce difcours ? Qui font ceux
qui ne l'approuveront pas ? Sans doute
les cuifiniers & les voluptueux . J'ai entendu
quantité de perfonnes , qui fe
croyoient obligées à fuivre l'ufage général
, convenir du danger de la cuifine
moderne.
Je dis que la viteffe du fon dépend
» de la viteffe des parties fon nantes ,
» cela femble , dit mon judicieux Cri-
» tique , fuppofer un déplacement fen-
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
•
» fible dans les parties fonnantes. A qui
» cela femble-t-il ainfi , puifque partout
j'enfeigne le contraire ?
y
» Une pendule de trois pieds huit li-
» gnes & demie &c. Mon fçavant Critique
me reléve ici & m'affure que dans
le cas préfent on ne dit pas une pendule,
mais un pendule . Qu'il life les pages 25,
40 , 41 du Tome II. il trouvera le
pendule mafculin au moins 40 fois , &
pas une feule au féminin où a-t-il trouvé
l'exemple qu'il cite ? Pourquoi me
le reproche-t- il plutôt qu'à mon Imprimeur
? Un Anonyme qui a autant de
prudence ou de bonne-foi , eft bien propre
à infpirer la confiance à fon Lecteur.
Peut-on dans une critique férieufe
relever de pareilles frivolités ?
» Chacun d'eux feroit la dixiéme par-
» tie d'une heure. On voit bien , dit l'Anonyme
, que M. de S. a voulu dire la
dixième partie d'une tierce ; fa remarque
eft donc d'autant plus déplacée ,
qu'elle eft peu intéreffante , & que la
faute n'eft pas dans mon Manufcrit . Il
fçait fûrement que mon Ouvrage a été
imprimé pendant mon abſence : qu'il
fçache encore que l'Imprimeur m'a fupplié
de borner aux fautes qui intéreſfoient
le fens , l'Errata que j'ai voulu
qu'il joignît à ma Phyfique , & que par
OCTOBRE. 1763. 129,
ménagement pour lui , j'y ai confenti .
» M. de S. entreprend , dit l'Anony-
» me , d'affigner la caufe de la pefan-
» teur ; il regarde d'abord avec les Auteurs
qu'il tranfcrit , cette force comme
» appliquée à chacune des parties de la
» matière ; mais comme cette manière
» de confidérer la pefanteur , ne cadre"
pas directement avec le fyftême qu'il
» a embraffé , quelques pages après
» M. de S. ne la regarde que comme
» appliquée à certaines parties : on fent
» à quelles conféquences cette marche
» conduit , fans compter l'inconfé-
» quence à laquelle M. de S. fe laiffe
» aller. J'aimerois beaucoup mieux me
laiffer aller à des inconféquences qu'à
des infidélités auffi fréquentes & auffi
marquées. La manière d'expliquer la
pefanteur dont il s'agit cadre très-exactement
avec le fyftême que j'ai embraffé
; elle y eft liée on ne peut pas
plus complettement . Je déclare que jamais
je n'ai regardé la force dont il eft
queftion , comme appliquée feulement
à quelques parties.
" Terminons , dit l'Anonyme , par
» une remarque qui nous difpenfe évimment
d'aller plus loin , & difons
» que M. de S. confond à chaque inf
ود
T
F v
130 MERCURE
DE FRANCE
.
>> tant le finus d'un angle avec l'angle
» même. Je fuis fùr qu'il croit terminer
par un coup de foudre . Je lui dirai bien
qu'à vue de pays , je connois autant
que lui la différence d'un angle à fon
finus , & qu'il a le talent de voir ce
qu'il cherche : mais me diroit - il bien
de quelle Logique il fait ufage dans ce
raifonnement ? M. de S. a écrit un Traité
de Phyfique en fix volumes , que
j'ai très-grande envie de critiquer & de
décrier , pour des raifons qui me font
connues ; je n'ai lû qu'un volume &
demi au plus , & très -fuperficiellement
:
en bonne régle , il faudroit avoir tout
lû , & avoir bien entendu le fyftême
qui fait la bâfe de fon Ouvrage ; mais
il confond le finus de l'angle avec l'angle
même: donc je fuis évidemment difpenfe
d'aller plus loin.
" Je ne puis croire , dit l'Anonyme,
» que M. de S. qui a profeffé long-
» tems à ce qu'il dit , la Philofophie ,
» ait fait avec réfléxion les fautes que
» fes expreffions mettent en droit de lui
» repréſenter ; & je defire qu'on penfe
» avec moi , que fes inadvertances
, fon
vien-
" peu de méthode & de clarté
» nent du peu de loifir qu'il a eu , &
des affaires étrangères à la Phyfique
2
OCTOBRE. 1763. 131
» dont il eft occupé mais il n'en eft
» pas moins vrai que fon livre a be-
» boin de beaucoup de corrections ,
» avant que d'être applicable à l'ufage
>> auquel il le deftine. Mon critique ne
s'expofe-t-il pas a faire foupçonner qu'il
a fait imprimer lui -même ; que le débit
de fon Ouvrage lui tient au coeur ;
& qu'il entre de la jaloufie de métier
dans fa conduite envers moi ? S'il eft
Auteur défintéreffé , comme moi , il
doit louer mes efforts : s'il eft Auteur
mercenaire , nous ne fommes pas faits
pour concourir. Je pourrois faire ici des
obfervations embarraffantes dont l'application
ne feroit pas difficile ; mais
je m'arrête en faveur de la bonté d'âme
avec laquelle l'Anonyme defire qu'on
penſe avec lui , que mes inadvertances
viennent du peu de loifir que j'ai eu & c.
Comme je me fuis toujours piqué
de reconnoiffance , je lui dédie les
obfervations fuivantes , qu'on devroit
toujours avoir devant les yeux , quand
on veut s'ériger en redreffeur des torts ,
& cenfurer les Quvrages qui paroiffent.
1°.L'équité & la prudence veulent qu'on
connoiffe l'ouvrage dont on veut faire
la critique. Sans cela , à combien de
bévues ne s'expofe -t-on pas ?
F vj
1
132 MERCURE DE FRANCE.
2 °. Il faut s'attacher fcrupuleufement
à citer jufte , & rendre les expreffions
littéralement. Un petit tour de main
fuffit pour défigurer une penfée , &
l'Auteur attaqué a droit de s'inscrire en
faux.
3°. Il faut exercer fa cenfure fur les
matières importantes , & ne pas s'appefantir
fur des minuties . Sans cela on
n'évite pas le foupçon d'aigreur & de
partialité.
4°. Il eft de toute honnêteté , quand
on veut cenfurer un Ouvrage , de lui
rendre juftice fur ce qu'il peut avoir
de bon & de fauver des torts à l'Auteur
, plutôt que lui en fuppofer. J'ai
quelquefois qualifié d'excellens , des
ouvrages qui auroient pû mériter ma
critique un Auteur défintéreſſé eſt
toujours louable , au moins pour fon
intention ; & ne rien trouver de bon
dans un grand Ouvrage , c'eft afficher
qu'on veut y trouver tout mauvais.
5 ° . Il faut éviter foigneufement de
fe faire foupçonner d'intérêt perfonnel
. Rien n'eft n'eft plus propre à dégrader
& avilir un homme de Lettres
Quelle obligation le Public auroit à un
Phyficien qui fe feroit payer chérement
fes fervices , & qui pour conferver fon
OCTOBRE . 1763. 133
bénéfice , s'éléveroit contre ceux qui
voudroient fervir le Public gratuitement?
6º. Il ne convient point à un honnête
homme d'attaquer fous le mafque :
fi on n'a que des vues louables. Si on
attaque avec politeffe & fans aigreur
pourquoi , fe cacher ? Eft-il honorable
de chercher à mordre au talon ? Mon
Anonyme par fa manière de m'attaquer ,
m'avoit mis en droit de mépriſer fa critique
: ne peut-il pas , à la faveur de
l'incognito , fe permettre toutes fortes
d'infidélités ? Je lui devois peut - être
beaucoup moins de ménagement. Mais
j'en aurois eu d'avantage pour lui , quel
qu'il foit , s'il s'étoit nommé.
*
7°. Un Critique doit y regarder à
deux fois quand il fe fent la deman
geaifon d'attaquer un Ouvrage dont tous
les Auteurs périodiques ont parlé avec
éloge. L'Anonyme devoit penfer , s'il a
un peu de modeftie , que le Public
feroit beaucoup moins de cas de fes
obfervations , que du jugement qui a
été porté fur ma Phyfique par vous ,
Monfieur , dans votre Mercure , ainfi
que par les Auteurs de l'Année Littéraire
, de l'Avantcoureur & du Journal
Encyclopédique.
J'attends de votre équité , Monfieur,
134 MERCURE DE FRANCE .
que vous inférerez cette réponſe dans
votre Mercure prochain . Une maladie
férieufe dont je fuis à peine débaraffé
ne m'a pas permis de vous la faire
paffer plutôt. Quand on me propofera
dans les régles convenables de bonnes
difficultés , je tâcherai d'y répondre. Si
on me prouve que je me fuis trompé ,
j'abandonnerai mes idées avec d'autant
plus de facilité & de reconnoiffance
même , que mon intention eft de ne
rien préfenter à la jeuneffe qui puiffe
l'induire en erreur.
J'ai l'honneur d'être , & c.
SAINTIGNON , Proc. Gen, des Chan . Reg.
de la Cong. de N. S.
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Résumé : RÉPONSE à la Lettre anonyme insérée dans le Mercure de France contre la Physique de M. de SAINTIGNON.
Un écrit anonyme publié dans le Mercure de France critique un ouvrage de physique de M. de Saintignon, qui riposte en accusant son critique de manquer de connaissances approfondies. L'anonyme modifie le titre de l'ouvrage en 'Traité de Physique à l'usage des Écoliers', ce que Saintignon conteste. L'anonyme reproche à Saintignon de ne pas apporter de nouvelles idées, bien que certaines propositions soient reconnues comme innovantes. Saintignon souligne l'incohérence de ces accusations. L'anonyme critique les modifications apportées par Saintignon aux idées de l'Abbé Nollet, justifiées par un besoin de clarification. Saintignon justifie les illustrations pour rendre l'ouvrage accessible à un large public. L'anonyme qualifie l'ouvrage de 'histoire abrégée de la Physique Expérimentale', ce que Saintignon réfute, soulignant que son ouvrage en six volumes ne peut être considéré comme un abrégé. Saintignon défend ses positions sur divers sujets scientifiques et philosophiques, niant avoir confondu le système de Newton avec des interprétations erronées. Il reproche au critique de mal interpréter ses propos et de déformer ses expressions. Saintignon discute également de l'électricité et de la physique expérimentale, soulignant que ses écrits sont souvent mal interprétés. Il insiste sur la distinction entre inertie et pesanteur, expliquant que l'inertie est un effet nécessaire de la pesanteur. L'anonyme critique la clarté et la cohérence des démonstrations de Saintignon, mentionnant des erreurs grammaticales et techniques. Il conteste la méthode de Saintignon pour expliquer la pesanteur, la jugeant incohérente. L'anonyme exprime le souhait de voir le livre corrigé avant d'être utilisé, laissant planer un doute sur ses propres motivations, suggérant une possible jalousie professionnelle. Saintignon expose sept règles pour la critique littéraire, insistant sur la nécessité de bien connaître l'ouvrage, d'utiliser des citations exactes, de se concentrer sur des aspects significatifs, de reconnaître les qualités de l'ouvrage, d'éviter tout intérêt personnel, de ne pas agir anonymement et de ne pas attaquer un ouvrage déjà élogieux. Il conclut en exprimant son désir de répondre aux critiques constructives et de corriger ses erreurs si elles sont prouvées, soulignant son intention de ne pas induire en erreur les jeunes lecteurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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