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p. 77-92
A MADAME LA MARQUISE DE C.
Début :
Je vous ay parlé souvent de Mrs les Lanternistes de / Comme je prens beaucoup d'interest, Madame, à ce qui [...]
Mots clefs :
Compagnie, Prix, Société, Lettres, Lanternistes, Mlle L'Héritier, Toulouse, Compagnie des Lanternistes, Talent, Belles-lettres, Bouts-rimés
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texteReconnaissance textuelle : A MADAME LA MARQUISE DE C.
Je vous ay parlé fouvent
de Mrs les Lanterniftes de
Toulouſe . La Lettre qui fuit
vous inftruira de ce que vous
pouvez ignorer touchant l'etabliffement
de cette Societé.
Elle est d'un Gentilhomme
de Normandie, extrêmement
diftingué par fon efprit .
A MADAME
LA MARQUISE DE C.
Omme je prens beau-
Co ,
me , à ce qui regarde la celebre
Compagnie des Lanter
Giij
78 MERCURE
niftes , je fuis bien aife qu'on
ait fait tant d'attention dans
voftre Province aux Bouts- rimez
qu'elle a propoſez cette
année , & que le Mercure Ga
lant du mois de Mars dernier
a annoncez . Je ne le fuis pas
moins d'apprendre que plu
fieurs de vos Amis veulent
travailler fur ces Bouts -rimez
pour difputer le Prix que don
ne cette docte. Aflemblée ;
mais je fuis un peu furpris des
queftions que vous me faites
au fujet de fon nom , & de fon
établiſſement
, car il me paroift
que les Lanterniftes ont déjà
GALANT
. 79
fair affez de bruit dans le mon
de , pour meriter que vous
ayez pris foin de vous infor
mer de leur hiftoire , mais
puifque vous n'en ſçavez aucunes
circonstances , c'eft avec
plaifir que je fatisfais à la curiofité
que vous me marquez
fur cet article.
Quelques
Confeillers
du
Parlement
de Toulouſe
, quelques
Cavaliers
, quelques
Abbez
, & enfin des Sçavans
de
tous étagès ' ; voulant
former
entre- eux une Societé
reglée
pour le communiquer
leurs
lumieres
les uns aux autres
2
Giiij
80
MERCURE
refolurent de choisir un jour
fixe , dans lequel ils puffent
s'affembler chez quelqu'un de
la Societé. Ils executérent leur
deffein ; & pour n'eftre pas
troublez dans leurs converfations
, ils convinrent de ne les
faire que le foir, afin que l'heu .'
re des vifites ordinaires fuft
paffée. Ils tinrent exactement
leurs
conditions , & pour conferver
un entier fecret à ces
Affemblées , on ne fe faifoit
point porter de flambeau pour
y aller , on fe contentoit de
s'éclairer foy même avec une
petite lanterne. Ces Meffieurs
GALANT: 8
continuérent quelque temps
ces converſations fecrettes &
fçavantes , avec beaucoup de
plaifir & de fruit ; mais enfin il
n'y a rien qui ne fe découvre .
On fut informé de leurs Af
femblées , & tous les honnêtes
gens loüérent extrêmement
leur projet. Quand il fut connu
, ils le poufférent encore
plus loin . Ils augmentérent
leur Societé & firent une
Compagnie en forme. A caufe
de leurs petites lanternes ,
quelques Sçavans enjouez leur
donnérent le nom de Lantermiftes.
Ils l'acceptérent agrea82
MERCURE
blement à l'imitation des
doctes Academies d'Italie ,
qui toutes ont des noms ba
dins , comme chacun fçait , &
pour conferver le fouvenir de
leur origine , ils prirent pour
Deviſe une Etoile , avec ces
mots , Lucerna in nocte . Ensuite
ils établirent un Prix pour
eftre donné tous les ans à celay
ou celle qui feroit le plus
beau Sonnet à la louange du
Roy , fur des Bouts - rimez que
la Compagnie publieroit . Ce
Prix eft une fort belle medaille
qui reprefente l'Etoile , qui
eft le corps de la Devife de la
GALANT. 83
Compagnie ; & qui eſt entourée
de mots , qui luy fervent
d'ame . Au revers de la
Medaille il y a un Apollon
qui joue de la Lyre , affis fur
un des fommets du Parnaffe ,
avec ces mots Apolloni Tolofano.
Un tel établiſſement n'eftil
pas digne de ceux qui l'ont
fait , & ces Meffieurs ne meritent-
ils pas qu'on leur donne
beaucoup de louanges , & de
leur zele pour le Roy , & de
leur foin à exciter une noble
émulation entre ceux qui ont
d'heureux talens pour la Poë
fie : L'attention qu'ils ont dans
84 MERCURE
leurs doctes exercices à faire
fleurir les belles Lettres ,leur
doit attirer l'aplaudiffement
de tous ceux qui les aiment ;
mais outre l'aplaudiffement
general, voftre Sexe charmant
leur doit encore des fenti .
mens particuliers de reconnoiffance
, puifqu'ils font fi
exacts à luy rendre juſtice ,
que contre l'uſage ordinaire ,
ils l'admettent à leur fçavante
Societé. Ils en ont donné un
exemple d'éclat en la perſonne
de Mademoiſelle l'Heritier,
perfuadez que l'efprit & le
merite doivent eftre honorez
GALANT . &
ans le beau Sexe , comme
ans l'autre.
Quand je fais reflexion à
l'empreffement que vous me
témoignez fur tout ce qui a
raport à cette Academie , j'ay
fujet de croire que vous ferez
bien aile de voir les Lettres
de Reception que les fçavans
Hommes qui la compofent ,
ont envoyées à Mademoiſelle
l'Heritier en l'agrégeant
dans leur Compagnie
. Non
feulement
je vous ay envoyé
une copie de ces fortes de Patentes
, mais encore j'ay eu
foin de vous faire part de la
86 MERCURE
Lettre que la Compagnie à
écrite à Mademoiſelle l'Heririer
en luy envoyant ces Patentes
, & la réponſe quecette
Demoiſelle luy a faite . Ces
trois Pieces n'ont pû que
vous caufer beaucoup de plaifir
, puis qu'elles font tout à
la fois conciles & academiques
; mais vous ne ferez pas
fans doute fachée que je
vous faffe la defcription de la
maniere galante & ingenieuſe
dont la Compagnie des Lanterniftes
a envoyé ces Lettres
de Reception à Mademoiſelle
l'Heritier . Elles font écrites
GALANT 87
fur un beau velin en caracteres
dorez. Le fceau de la Compa
gnie eft attache à ce velin par
des cordons de galons d'or &
de fatin bleu . Ce fceau eft en
cire blanche. Il eſt entouré
pour le conferver , d'une petite
machine d'argent dentelée &
travaillée fort
proprement ; &
le tout est enfermé dans une
Boëte d'argent , qui eft paffée
dans les galons d'or ; & au bas
de laquelle pendent de petites
houpes d'or. Tout cela eftoit
enfermé en dernier lieu, dans
une Boëte à couliffe émaillée
de bleu & femée d'étoiles d'or,
88 MERCURE
Voyez , Madame , ſi Meſfieurs
les Lanterniftes
ne font
pas bien polis , & ſi la maniere
dont ils honorent les
grands talens dans vôtre beau
Sexe , ne doit pas l'exciter à
ne les point ensevelir , quand
il en eft partagé . Les fentimens
équitables qu'ils ont
pour ce Sexe charmant , feront
honneur à jamais , & à
leur Compagnie
, & à Touloufe
. Cette grande Ville eft
celebre par divers beaux endroits
; mais elle fe diftingue
tres - particulierement
par la
maniere dont elle cultive les
GALANT: 89
ſciences . Outre la Compa
gnie de Meffieurs les Lanterniftes
, dont je viens de vous
parler , Toulouſe a chez elle ,
comme vous fçavez , l'illuftre
Academie des Jeux Floraux ,
qui diftribue tous les ans plufieurs
Prix pour des Ouvra
ges de Poëfie fur differens fujets
, & un Prix pour la Profe ,
dont elle annonce le fujet
chaque année. Il y a encore
dans la même Ville Mrs de
la Societé des Belles Lettres ,
qui cherchent à perfectionner
l'Eloquence , & qui donnent
des Prix à ceux qui l'em-
Juin 1598.
H
90 MERCURE
ployent le mieux dans des
Difcours dont ils prefcrivent
les fujers . Rien n'eft plus loüa .
ble que de voir dans une feule
Ville trois Compagnies
appli
quées à faire briller les Scien
ces & les Belles Lettres .
Hé bien , Madame , ne devez
vous pas eftre fort contente
de moy , qui vous apprens
tant de curieufes particularitez
des Academies nouvelles
, & de la fçavante Mademoitelle
l'Heritier ? Pour
vous fatisfaire entierement au
fujet de cette illuftre Fille ,
pour qui vous m'avez marqué
GALANT.
bien des fois vous intereffer
tres - vivement , je dois vous
dire que l'Italie luy a rendu
la même jufticé que la France.
L'Academie de Ricovrati
de Padouë luy a envoyé det
Lettres d'Academicienne . Elle
eft aggregée à cette fameufe
Academie, ainfi que l'eftoit
feue l'admirable Madame dés
Houlieres , & comme l'eft encore
aujourd'huy l'incompara
ble Mlle de Scudery , & quelques
autres Dames fçavantes
du Siecle. Padouë , comme
chacun ſçait , ell une des plus
celebres Villes d'Italie , & fi
A
Hij
92 MERCURE
diftinguée par fon courage ,
&
par
la maniere merveilleu .
fe dont elle fait fleurir les
Sciences , que parmy les Epithetes
des Villes d'Italie , la
fienne eft , Padoa la dotta. La
Nobleffe y eft polie & gene.
reufe. L'accueil qu'elle fit au
fçavant M' Patin , marque affez
qu'elle merite bien ces
deux qualitez.
C'eft dans cette mêmeVil
le qu'il y a une Univerfité re
nommée , qui donna le Bonnet
de Docteur en Medecine
à la dote Mademoiſelle Cornaro.
Vous voyez qu'une Vil
GALANT.
93
le fi accoutumée à rendre
honneur au merite du beau
Sexe , n'avoit garde de ne pas
faire juftice à Mademoiſelle
l'Heritier , fiilluftre par ſa vertu
, par fon fçavoir extraordi
naire , & par les grands talens
en Poëfiie , qui ont éclaté par
tant de Prix qu'elle a remportez.
Je vous informe de toutes
ces chofes de Padouë , de
Mademoiſelle Cornaro , & des
autres rares perfonnes de vòftre
Sexe , parce que je fçay
que de tels détails vous font
plaifir , & que je ne rechercheray
jamais rien avec plus
94 MERCURE
d'ardeur , que les occafions
de vous témoigner combien
je fuis veritablement voftre
tres humble , & c.
de Mrs les Lanterniftes de
Toulouſe . La Lettre qui fuit
vous inftruira de ce que vous
pouvez ignorer touchant l'etabliffement
de cette Societé.
Elle est d'un Gentilhomme
de Normandie, extrêmement
diftingué par fon efprit .
A MADAME
LA MARQUISE DE C.
Omme je prens beau-
Co ,
me , à ce qui regarde la celebre
Compagnie des Lanter
Giij
78 MERCURE
niftes , je fuis bien aife qu'on
ait fait tant d'attention dans
voftre Province aux Bouts- rimez
qu'elle a propoſez cette
année , & que le Mercure Ga
lant du mois de Mars dernier
a annoncez . Je ne le fuis pas
moins d'apprendre que plu
fieurs de vos Amis veulent
travailler fur ces Bouts -rimez
pour difputer le Prix que don
ne cette docte. Aflemblée ;
mais je fuis un peu furpris des
queftions que vous me faites
au fujet de fon nom , & de fon
établiſſement
, car il me paroift
que les Lanterniftes ont déjà
GALANT
. 79
fair affez de bruit dans le mon
de , pour meriter que vous
ayez pris foin de vous infor
mer de leur hiftoire , mais
puifque vous n'en ſçavez aucunes
circonstances , c'eft avec
plaifir que je fatisfais à la curiofité
que vous me marquez
fur cet article.
Quelques
Confeillers
du
Parlement
de Toulouſe
, quelques
Cavaliers
, quelques
Abbez
, & enfin des Sçavans
de
tous étagès ' ; voulant
former
entre- eux une Societé
reglée
pour le communiquer
leurs
lumieres
les uns aux autres
2
Giiij
80
MERCURE
refolurent de choisir un jour
fixe , dans lequel ils puffent
s'affembler chez quelqu'un de
la Societé. Ils executérent leur
deffein ; & pour n'eftre pas
troublez dans leurs converfations
, ils convinrent de ne les
faire que le foir, afin que l'heu .'
re des vifites ordinaires fuft
paffée. Ils tinrent exactement
leurs
conditions , & pour conferver
un entier fecret à ces
Affemblées , on ne fe faifoit
point porter de flambeau pour
y aller , on fe contentoit de
s'éclairer foy même avec une
petite lanterne. Ces Meffieurs
GALANT: 8
continuérent quelque temps
ces converſations fecrettes &
fçavantes , avec beaucoup de
plaifir & de fruit ; mais enfin il
n'y a rien qui ne fe découvre .
On fut informé de leurs Af
femblées , & tous les honnêtes
gens loüérent extrêmement
leur projet. Quand il fut connu
, ils le poufférent encore
plus loin . Ils augmentérent
leur Societé & firent une
Compagnie en forme. A caufe
de leurs petites lanternes ,
quelques Sçavans enjouez leur
donnérent le nom de Lantermiftes.
Ils l'acceptérent agrea82
MERCURE
blement à l'imitation des
doctes Academies d'Italie ,
qui toutes ont des noms ba
dins , comme chacun fçait , &
pour conferver le fouvenir de
leur origine , ils prirent pour
Deviſe une Etoile , avec ces
mots , Lucerna in nocte . Ensuite
ils établirent un Prix pour
eftre donné tous les ans à celay
ou celle qui feroit le plus
beau Sonnet à la louange du
Roy , fur des Bouts - rimez que
la Compagnie publieroit . Ce
Prix eft une fort belle medaille
qui reprefente l'Etoile , qui
eft le corps de la Devife de la
GALANT. 83
Compagnie ; & qui eſt entourée
de mots , qui luy fervent
d'ame . Au revers de la
Medaille il y a un Apollon
qui joue de la Lyre , affis fur
un des fommets du Parnaffe ,
avec ces mots Apolloni Tolofano.
Un tel établiſſement n'eftil
pas digne de ceux qui l'ont
fait , & ces Meffieurs ne meritent-
ils pas qu'on leur donne
beaucoup de louanges , & de
leur zele pour le Roy , & de
leur foin à exciter une noble
émulation entre ceux qui ont
d'heureux talens pour la Poë
fie : L'attention qu'ils ont dans
84 MERCURE
leurs doctes exercices à faire
fleurir les belles Lettres ,leur
doit attirer l'aplaudiffement
de tous ceux qui les aiment ;
mais outre l'aplaudiffement
general, voftre Sexe charmant
leur doit encore des fenti .
mens particuliers de reconnoiffance
, puifqu'ils font fi
exacts à luy rendre juſtice ,
que contre l'uſage ordinaire ,
ils l'admettent à leur fçavante
Societé. Ils en ont donné un
exemple d'éclat en la perſonne
de Mademoiſelle l'Heritier,
perfuadez que l'efprit & le
merite doivent eftre honorez
GALANT . &
ans le beau Sexe , comme
ans l'autre.
Quand je fais reflexion à
l'empreffement que vous me
témoignez fur tout ce qui a
raport à cette Academie , j'ay
fujet de croire que vous ferez
bien aile de voir les Lettres
de Reception que les fçavans
Hommes qui la compofent ,
ont envoyées à Mademoiſelle
l'Heritier en l'agrégeant
dans leur Compagnie
. Non
feulement
je vous ay envoyé
une copie de ces fortes de Patentes
, mais encore j'ay eu
foin de vous faire part de la
86 MERCURE
Lettre que la Compagnie à
écrite à Mademoiſelle l'Heririer
en luy envoyant ces Patentes
, & la réponſe quecette
Demoiſelle luy a faite . Ces
trois Pieces n'ont pû que
vous caufer beaucoup de plaifir
, puis qu'elles font tout à
la fois conciles & academiques
; mais vous ne ferez pas
fans doute fachée que je
vous faffe la defcription de la
maniere galante & ingenieuſe
dont la Compagnie des Lanterniftes
a envoyé ces Lettres
de Reception à Mademoiſelle
l'Heritier . Elles font écrites
GALANT 87
fur un beau velin en caracteres
dorez. Le fceau de la Compa
gnie eft attache à ce velin par
des cordons de galons d'or &
de fatin bleu . Ce fceau eft en
cire blanche. Il eſt entouré
pour le conferver , d'une petite
machine d'argent dentelée &
travaillée fort
proprement ; &
le tout est enfermé dans une
Boëte d'argent , qui eft paffée
dans les galons d'or ; & au bas
de laquelle pendent de petites
houpes d'or. Tout cela eftoit
enfermé en dernier lieu, dans
une Boëte à couliffe émaillée
de bleu & femée d'étoiles d'or,
88 MERCURE
Voyez , Madame , ſi Meſfieurs
les Lanterniftes
ne font
pas bien polis , & ſi la maniere
dont ils honorent les
grands talens dans vôtre beau
Sexe , ne doit pas l'exciter à
ne les point ensevelir , quand
il en eft partagé . Les fentimens
équitables qu'ils ont
pour ce Sexe charmant , feront
honneur à jamais , & à
leur Compagnie
, & à Touloufe
. Cette grande Ville eft
celebre par divers beaux endroits
; mais elle fe diftingue
tres - particulierement
par la
maniere dont elle cultive les
GALANT: 89
ſciences . Outre la Compa
gnie de Meffieurs les Lanterniftes
, dont je viens de vous
parler , Toulouſe a chez elle ,
comme vous fçavez , l'illuftre
Academie des Jeux Floraux ,
qui diftribue tous les ans plufieurs
Prix pour des Ouvra
ges de Poëfie fur differens fujets
, & un Prix pour la Profe ,
dont elle annonce le fujet
chaque année. Il y a encore
dans la même Ville Mrs de
la Societé des Belles Lettres ,
qui cherchent à perfectionner
l'Eloquence , & qui donnent
des Prix à ceux qui l'em-
Juin 1598.
H
90 MERCURE
ployent le mieux dans des
Difcours dont ils prefcrivent
les fujers . Rien n'eft plus loüa .
ble que de voir dans une feule
Ville trois Compagnies
appli
quées à faire briller les Scien
ces & les Belles Lettres .
Hé bien , Madame , ne devez
vous pas eftre fort contente
de moy , qui vous apprens
tant de curieufes particularitez
des Academies nouvelles
, & de la fçavante Mademoitelle
l'Heritier ? Pour
vous fatisfaire entierement au
fujet de cette illuftre Fille ,
pour qui vous m'avez marqué
GALANT.
bien des fois vous intereffer
tres - vivement , je dois vous
dire que l'Italie luy a rendu
la même jufticé que la France.
L'Academie de Ricovrati
de Padouë luy a envoyé det
Lettres d'Academicienne . Elle
eft aggregée à cette fameufe
Academie, ainfi que l'eftoit
feue l'admirable Madame dés
Houlieres , & comme l'eft encore
aujourd'huy l'incompara
ble Mlle de Scudery , & quelques
autres Dames fçavantes
du Siecle. Padouë , comme
chacun ſçait , ell une des plus
celebres Villes d'Italie , & fi
A
Hij
92 MERCURE
diftinguée par fon courage ,
&
par
la maniere merveilleu .
fe dont elle fait fleurir les
Sciences , que parmy les Epithetes
des Villes d'Italie , la
fienne eft , Padoa la dotta. La
Nobleffe y eft polie & gene.
reufe. L'accueil qu'elle fit au
fçavant M' Patin , marque affez
qu'elle merite bien ces
deux qualitez.
C'eft dans cette mêmeVil
le qu'il y a une Univerfité re
nommée , qui donna le Bonnet
de Docteur en Medecine
à la dote Mademoiſelle Cornaro.
Vous voyez qu'une Vil
GALANT.
93
le fi accoutumée à rendre
honneur au merite du beau
Sexe , n'avoit garde de ne pas
faire juftice à Mademoiſelle
l'Heritier , fiilluftre par ſa vertu
, par fon fçavoir extraordi
naire , & par les grands talens
en Poëfiie , qui ont éclaté par
tant de Prix qu'elle a remportez.
Je vous informe de toutes
ces chofes de Padouë , de
Mademoiſelle Cornaro , & des
autres rares perfonnes de vòftre
Sexe , parce que je fçay
que de tels détails vous font
plaifir , & que je ne rechercheray
jamais rien avec plus
94 MERCURE
d'ardeur , que les occafions
de vous témoigner combien
je fuis veritablement voftre
tres humble , & c.
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