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1
p. 77-92
A MADAME LA MARQUISE DE C.
Début :
Je vous ay parlé souvent de Mrs les Lanternistes de / Comme je prens beaucoup d'interest, Madame, à ce qui [...]
Mots clefs :
Compagnie, Prix, Société, Lettres, Lanternistes, Mlle L'Héritier, Toulouse, Compagnie des Lanternistes, Talent, Belles-lettres, Bouts-rimés
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texteReconnaissance textuelle : A MADAME LA MARQUISE DE C.
Je vous ay parlé fouvent
de Mrs les Lanterniftes de
Toulouſe . La Lettre qui fuit
vous inftruira de ce que vous
pouvez ignorer touchant l'etabliffement
de cette Societé.
Elle est d'un Gentilhomme
de Normandie, extrêmement
diftingué par fon efprit .
A MADAME
LA MARQUISE DE C.
Omme je prens beau-
Co ,
me , à ce qui regarde la celebre
Compagnie des Lanter
Giij
78 MERCURE
niftes , je fuis bien aife qu'on
ait fait tant d'attention dans
voftre Province aux Bouts- rimez
qu'elle a propoſez cette
année , & que le Mercure Ga
lant du mois de Mars dernier
a annoncez . Je ne le fuis pas
moins d'apprendre que plu
fieurs de vos Amis veulent
travailler fur ces Bouts -rimez
pour difputer le Prix que don
ne cette docte. Aflemblée ;
mais je fuis un peu furpris des
queftions que vous me faites
au fujet de fon nom , & de fon
établiſſement
, car il me paroift
que les Lanterniftes ont déjà
GALANT
. 79
fair affez de bruit dans le mon
de , pour meriter que vous
ayez pris foin de vous infor
mer de leur hiftoire , mais
puifque vous n'en ſçavez aucunes
circonstances , c'eft avec
plaifir que je fatisfais à la curiofité
que vous me marquez
fur cet article.
Quelques
Confeillers
du
Parlement
de Toulouſe
, quelques
Cavaliers
, quelques
Abbez
, & enfin des Sçavans
de
tous étagès ' ; voulant
former
entre- eux une Societé
reglée
pour le communiquer
leurs
lumieres
les uns aux autres
2
Giiij
80
MERCURE
refolurent de choisir un jour
fixe , dans lequel ils puffent
s'affembler chez quelqu'un de
la Societé. Ils executérent leur
deffein ; & pour n'eftre pas
troublez dans leurs converfations
, ils convinrent de ne les
faire que le foir, afin que l'heu .'
re des vifites ordinaires fuft
paffée. Ils tinrent exactement
leurs
conditions , & pour conferver
un entier fecret à ces
Affemblées , on ne fe faifoit
point porter de flambeau pour
y aller , on fe contentoit de
s'éclairer foy même avec une
petite lanterne. Ces Meffieurs
GALANT: 8
continuérent quelque temps
ces converſations fecrettes &
fçavantes , avec beaucoup de
plaifir & de fruit ; mais enfin il
n'y a rien qui ne fe découvre .
On fut informé de leurs Af
femblées , & tous les honnêtes
gens loüérent extrêmement
leur projet. Quand il fut connu
, ils le poufférent encore
plus loin . Ils augmentérent
leur Societé & firent une
Compagnie en forme. A caufe
de leurs petites lanternes ,
quelques Sçavans enjouez leur
donnérent le nom de Lantermiftes.
Ils l'acceptérent agrea82
MERCURE
blement à l'imitation des
doctes Academies d'Italie ,
qui toutes ont des noms ba
dins , comme chacun fçait , &
pour conferver le fouvenir de
leur origine , ils prirent pour
Deviſe une Etoile , avec ces
mots , Lucerna in nocte . Ensuite
ils établirent un Prix pour
eftre donné tous les ans à celay
ou celle qui feroit le plus
beau Sonnet à la louange du
Roy , fur des Bouts - rimez que
la Compagnie publieroit . Ce
Prix eft une fort belle medaille
qui reprefente l'Etoile , qui
eft le corps de la Devife de la
GALANT. 83
Compagnie ; & qui eſt entourée
de mots , qui luy fervent
d'ame . Au revers de la
Medaille il y a un Apollon
qui joue de la Lyre , affis fur
un des fommets du Parnaffe ,
avec ces mots Apolloni Tolofano.
Un tel établiſſement n'eftil
pas digne de ceux qui l'ont
fait , & ces Meffieurs ne meritent-
ils pas qu'on leur donne
beaucoup de louanges , & de
leur zele pour le Roy , & de
leur foin à exciter une noble
émulation entre ceux qui ont
d'heureux talens pour la Poë
fie : L'attention qu'ils ont dans
84 MERCURE
leurs doctes exercices à faire
fleurir les belles Lettres ,leur
doit attirer l'aplaudiffement
de tous ceux qui les aiment ;
mais outre l'aplaudiffement
general, voftre Sexe charmant
leur doit encore des fenti .
mens particuliers de reconnoiffance
, puifqu'ils font fi
exacts à luy rendre juſtice ,
que contre l'uſage ordinaire ,
ils l'admettent à leur fçavante
Societé. Ils en ont donné un
exemple d'éclat en la perſonne
de Mademoiſelle l'Heritier,
perfuadez que l'efprit & le
merite doivent eftre honorez
GALANT . &
ans le beau Sexe , comme
ans l'autre.
Quand je fais reflexion à
l'empreffement que vous me
témoignez fur tout ce qui a
raport à cette Academie , j'ay
fujet de croire que vous ferez
bien aile de voir les Lettres
de Reception que les fçavans
Hommes qui la compofent ,
ont envoyées à Mademoiſelle
l'Heritier en l'agrégeant
dans leur Compagnie
. Non
feulement
je vous ay envoyé
une copie de ces fortes de Patentes
, mais encore j'ay eu
foin de vous faire part de la
86 MERCURE
Lettre que la Compagnie à
écrite à Mademoiſelle l'Heririer
en luy envoyant ces Patentes
, & la réponſe quecette
Demoiſelle luy a faite . Ces
trois Pieces n'ont pû que
vous caufer beaucoup de plaifir
, puis qu'elles font tout à
la fois conciles & academiques
; mais vous ne ferez pas
fans doute fachée que je
vous faffe la defcription de la
maniere galante & ingenieuſe
dont la Compagnie des Lanterniftes
a envoyé ces Lettres
de Reception à Mademoiſelle
l'Heritier . Elles font écrites
GALANT 87
fur un beau velin en caracteres
dorez. Le fceau de la Compa
gnie eft attache à ce velin par
des cordons de galons d'or &
de fatin bleu . Ce fceau eft en
cire blanche. Il eſt entouré
pour le conferver , d'une petite
machine d'argent dentelée &
travaillée fort
proprement ; &
le tout est enfermé dans une
Boëte d'argent , qui eft paffée
dans les galons d'or ; & au bas
de laquelle pendent de petites
houpes d'or. Tout cela eftoit
enfermé en dernier lieu, dans
une Boëte à couliffe émaillée
de bleu & femée d'étoiles d'or,
88 MERCURE
Voyez , Madame , ſi Meſfieurs
les Lanterniftes
ne font
pas bien polis , & ſi la maniere
dont ils honorent les
grands talens dans vôtre beau
Sexe , ne doit pas l'exciter à
ne les point ensevelir , quand
il en eft partagé . Les fentimens
équitables qu'ils ont
pour ce Sexe charmant , feront
honneur à jamais , & à
leur Compagnie
, & à Touloufe
. Cette grande Ville eft
celebre par divers beaux endroits
; mais elle fe diftingue
tres - particulierement
par la
maniere dont elle cultive les
GALANT: 89
ſciences . Outre la Compa
gnie de Meffieurs les Lanterniftes
, dont je viens de vous
parler , Toulouſe a chez elle ,
comme vous fçavez , l'illuftre
Academie des Jeux Floraux ,
qui diftribue tous les ans plufieurs
Prix pour des Ouvra
ges de Poëfie fur differens fujets
, & un Prix pour la Profe ,
dont elle annonce le fujet
chaque année. Il y a encore
dans la même Ville Mrs de
la Societé des Belles Lettres ,
qui cherchent à perfectionner
l'Eloquence , & qui donnent
des Prix à ceux qui l'em-
Juin 1598.
H
90 MERCURE
ployent le mieux dans des
Difcours dont ils prefcrivent
les fujers . Rien n'eft plus loüa .
ble que de voir dans une feule
Ville trois Compagnies
appli
quées à faire briller les Scien
ces & les Belles Lettres .
Hé bien , Madame , ne devez
vous pas eftre fort contente
de moy , qui vous apprens
tant de curieufes particularitez
des Academies nouvelles
, & de la fçavante Mademoitelle
l'Heritier ? Pour
vous fatisfaire entierement au
fujet de cette illuftre Fille ,
pour qui vous m'avez marqué
GALANT.
bien des fois vous intereffer
tres - vivement , je dois vous
dire que l'Italie luy a rendu
la même jufticé que la France.
L'Academie de Ricovrati
de Padouë luy a envoyé det
Lettres d'Academicienne . Elle
eft aggregée à cette fameufe
Academie, ainfi que l'eftoit
feue l'admirable Madame dés
Houlieres , & comme l'eft encore
aujourd'huy l'incompara
ble Mlle de Scudery , & quelques
autres Dames fçavantes
du Siecle. Padouë , comme
chacun ſçait , ell une des plus
celebres Villes d'Italie , & fi
A
Hij
92 MERCURE
diftinguée par fon courage ,
&
par
la maniere merveilleu .
fe dont elle fait fleurir les
Sciences , que parmy les Epithetes
des Villes d'Italie , la
fienne eft , Padoa la dotta. La
Nobleffe y eft polie & gene.
reufe. L'accueil qu'elle fit au
fçavant M' Patin , marque affez
qu'elle merite bien ces
deux qualitez.
C'eft dans cette mêmeVil
le qu'il y a une Univerfité re
nommée , qui donna le Bonnet
de Docteur en Medecine
à la dote Mademoiſelle Cornaro.
Vous voyez qu'une Vil
GALANT.
93
le fi accoutumée à rendre
honneur au merite du beau
Sexe , n'avoit garde de ne pas
faire juftice à Mademoiſelle
l'Heritier , fiilluftre par ſa vertu
, par fon fçavoir extraordi
naire , & par les grands talens
en Poëfiie , qui ont éclaté par
tant de Prix qu'elle a remportez.
Je vous informe de toutes
ces chofes de Padouë , de
Mademoiſelle Cornaro , & des
autres rares perfonnes de vòftre
Sexe , parce que je fçay
que de tels détails vous font
plaifir , & que je ne rechercheray
jamais rien avec plus
94 MERCURE
d'ardeur , que les occafions
de vous témoigner combien
je fuis veritablement voftre
tres humble , & c.
de Mrs les Lanterniftes de
Toulouſe . La Lettre qui fuit
vous inftruira de ce que vous
pouvez ignorer touchant l'etabliffement
de cette Societé.
Elle est d'un Gentilhomme
de Normandie, extrêmement
diftingué par fon efprit .
A MADAME
LA MARQUISE DE C.
Omme je prens beau-
Co ,
me , à ce qui regarde la celebre
Compagnie des Lanter
Giij
78 MERCURE
niftes , je fuis bien aife qu'on
ait fait tant d'attention dans
voftre Province aux Bouts- rimez
qu'elle a propoſez cette
année , & que le Mercure Ga
lant du mois de Mars dernier
a annoncez . Je ne le fuis pas
moins d'apprendre que plu
fieurs de vos Amis veulent
travailler fur ces Bouts -rimez
pour difputer le Prix que don
ne cette docte. Aflemblée ;
mais je fuis un peu furpris des
queftions que vous me faites
au fujet de fon nom , & de fon
établiſſement
, car il me paroift
que les Lanterniftes ont déjà
GALANT
. 79
fair affez de bruit dans le mon
de , pour meriter que vous
ayez pris foin de vous infor
mer de leur hiftoire , mais
puifque vous n'en ſçavez aucunes
circonstances , c'eft avec
plaifir que je fatisfais à la curiofité
que vous me marquez
fur cet article.
Quelques
Confeillers
du
Parlement
de Toulouſe
, quelques
Cavaliers
, quelques
Abbez
, & enfin des Sçavans
de
tous étagès ' ; voulant
former
entre- eux une Societé
reglée
pour le communiquer
leurs
lumieres
les uns aux autres
2
Giiij
80
MERCURE
refolurent de choisir un jour
fixe , dans lequel ils puffent
s'affembler chez quelqu'un de
la Societé. Ils executérent leur
deffein ; & pour n'eftre pas
troublez dans leurs converfations
, ils convinrent de ne les
faire que le foir, afin que l'heu .'
re des vifites ordinaires fuft
paffée. Ils tinrent exactement
leurs
conditions , & pour conferver
un entier fecret à ces
Affemblées , on ne fe faifoit
point porter de flambeau pour
y aller , on fe contentoit de
s'éclairer foy même avec une
petite lanterne. Ces Meffieurs
GALANT: 8
continuérent quelque temps
ces converſations fecrettes &
fçavantes , avec beaucoup de
plaifir & de fruit ; mais enfin il
n'y a rien qui ne fe découvre .
On fut informé de leurs Af
femblées , & tous les honnêtes
gens loüérent extrêmement
leur projet. Quand il fut connu
, ils le poufférent encore
plus loin . Ils augmentérent
leur Societé & firent une
Compagnie en forme. A caufe
de leurs petites lanternes ,
quelques Sçavans enjouez leur
donnérent le nom de Lantermiftes.
Ils l'acceptérent agrea82
MERCURE
blement à l'imitation des
doctes Academies d'Italie ,
qui toutes ont des noms ba
dins , comme chacun fçait , &
pour conferver le fouvenir de
leur origine , ils prirent pour
Deviſe une Etoile , avec ces
mots , Lucerna in nocte . Ensuite
ils établirent un Prix pour
eftre donné tous les ans à celay
ou celle qui feroit le plus
beau Sonnet à la louange du
Roy , fur des Bouts - rimez que
la Compagnie publieroit . Ce
Prix eft une fort belle medaille
qui reprefente l'Etoile , qui
eft le corps de la Devife de la
GALANT. 83
Compagnie ; & qui eſt entourée
de mots , qui luy fervent
d'ame . Au revers de la
Medaille il y a un Apollon
qui joue de la Lyre , affis fur
un des fommets du Parnaffe ,
avec ces mots Apolloni Tolofano.
Un tel établiſſement n'eftil
pas digne de ceux qui l'ont
fait , & ces Meffieurs ne meritent-
ils pas qu'on leur donne
beaucoup de louanges , & de
leur zele pour le Roy , & de
leur foin à exciter une noble
émulation entre ceux qui ont
d'heureux talens pour la Poë
fie : L'attention qu'ils ont dans
84 MERCURE
leurs doctes exercices à faire
fleurir les belles Lettres ,leur
doit attirer l'aplaudiffement
de tous ceux qui les aiment ;
mais outre l'aplaudiffement
general, voftre Sexe charmant
leur doit encore des fenti .
mens particuliers de reconnoiffance
, puifqu'ils font fi
exacts à luy rendre juſtice ,
que contre l'uſage ordinaire ,
ils l'admettent à leur fçavante
Societé. Ils en ont donné un
exemple d'éclat en la perſonne
de Mademoiſelle l'Heritier,
perfuadez que l'efprit & le
merite doivent eftre honorez
GALANT . &
ans le beau Sexe , comme
ans l'autre.
Quand je fais reflexion à
l'empreffement que vous me
témoignez fur tout ce qui a
raport à cette Academie , j'ay
fujet de croire que vous ferez
bien aile de voir les Lettres
de Reception que les fçavans
Hommes qui la compofent ,
ont envoyées à Mademoiſelle
l'Heritier en l'agrégeant
dans leur Compagnie
. Non
feulement
je vous ay envoyé
une copie de ces fortes de Patentes
, mais encore j'ay eu
foin de vous faire part de la
86 MERCURE
Lettre que la Compagnie à
écrite à Mademoiſelle l'Heririer
en luy envoyant ces Patentes
, & la réponſe quecette
Demoiſelle luy a faite . Ces
trois Pieces n'ont pû que
vous caufer beaucoup de plaifir
, puis qu'elles font tout à
la fois conciles & academiques
; mais vous ne ferez pas
fans doute fachée que je
vous faffe la defcription de la
maniere galante & ingenieuſe
dont la Compagnie des Lanterniftes
a envoyé ces Lettres
de Reception à Mademoiſelle
l'Heritier . Elles font écrites
GALANT 87
fur un beau velin en caracteres
dorez. Le fceau de la Compa
gnie eft attache à ce velin par
des cordons de galons d'or &
de fatin bleu . Ce fceau eft en
cire blanche. Il eſt entouré
pour le conferver , d'une petite
machine d'argent dentelée &
travaillée fort
proprement ; &
le tout est enfermé dans une
Boëte d'argent , qui eft paffée
dans les galons d'or ; & au bas
de laquelle pendent de petites
houpes d'or. Tout cela eftoit
enfermé en dernier lieu, dans
une Boëte à couliffe émaillée
de bleu & femée d'étoiles d'or,
88 MERCURE
Voyez , Madame , ſi Meſfieurs
les Lanterniftes
ne font
pas bien polis , & ſi la maniere
dont ils honorent les
grands talens dans vôtre beau
Sexe , ne doit pas l'exciter à
ne les point ensevelir , quand
il en eft partagé . Les fentimens
équitables qu'ils ont
pour ce Sexe charmant , feront
honneur à jamais , & à
leur Compagnie
, & à Touloufe
. Cette grande Ville eft
celebre par divers beaux endroits
; mais elle fe diftingue
tres - particulierement
par la
maniere dont elle cultive les
GALANT: 89
ſciences . Outre la Compa
gnie de Meffieurs les Lanterniftes
, dont je viens de vous
parler , Toulouſe a chez elle ,
comme vous fçavez , l'illuftre
Academie des Jeux Floraux ,
qui diftribue tous les ans plufieurs
Prix pour des Ouvra
ges de Poëfie fur differens fujets
, & un Prix pour la Profe ,
dont elle annonce le fujet
chaque année. Il y a encore
dans la même Ville Mrs de
la Societé des Belles Lettres ,
qui cherchent à perfectionner
l'Eloquence , & qui donnent
des Prix à ceux qui l'em-
Juin 1598.
H
90 MERCURE
ployent le mieux dans des
Difcours dont ils prefcrivent
les fujers . Rien n'eft plus loüa .
ble que de voir dans une feule
Ville trois Compagnies
appli
quées à faire briller les Scien
ces & les Belles Lettres .
Hé bien , Madame , ne devez
vous pas eftre fort contente
de moy , qui vous apprens
tant de curieufes particularitez
des Academies nouvelles
, & de la fçavante Mademoitelle
l'Heritier ? Pour
vous fatisfaire entierement au
fujet de cette illuftre Fille ,
pour qui vous m'avez marqué
GALANT.
bien des fois vous intereffer
tres - vivement , je dois vous
dire que l'Italie luy a rendu
la même jufticé que la France.
L'Academie de Ricovrati
de Padouë luy a envoyé det
Lettres d'Academicienne . Elle
eft aggregée à cette fameufe
Academie, ainfi que l'eftoit
feue l'admirable Madame dés
Houlieres , & comme l'eft encore
aujourd'huy l'incompara
ble Mlle de Scudery , & quelques
autres Dames fçavantes
du Siecle. Padouë , comme
chacun ſçait , ell une des plus
celebres Villes d'Italie , & fi
A
Hij
92 MERCURE
diftinguée par fon courage ,
&
par
la maniere merveilleu .
fe dont elle fait fleurir les
Sciences , que parmy les Epithetes
des Villes d'Italie , la
fienne eft , Padoa la dotta. La
Nobleffe y eft polie & gene.
reufe. L'accueil qu'elle fit au
fçavant M' Patin , marque affez
qu'elle merite bien ces
deux qualitez.
C'eft dans cette mêmeVil
le qu'il y a une Univerfité re
nommée , qui donna le Bonnet
de Docteur en Medecine
à la dote Mademoiſelle Cornaro.
Vous voyez qu'une Vil
GALANT.
93
le fi accoutumée à rendre
honneur au merite du beau
Sexe , n'avoit garde de ne pas
faire juftice à Mademoiſelle
l'Heritier , fiilluftre par ſa vertu
, par fon fçavoir extraordi
naire , & par les grands talens
en Poëfiie , qui ont éclaté par
tant de Prix qu'elle a remportez.
Je vous informe de toutes
ces chofes de Padouë , de
Mademoiſelle Cornaro , & des
autres rares perfonnes de vòftre
Sexe , parce que je fçay
que de tels détails vous font
plaifir , & que je ne rechercheray
jamais rien avec plus
94 MERCURE
d'ardeur , que les occafions
de vous témoigner combien
je fuis veritablement voftre
tres humble , & c.
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2
p. 102-103
« Je vous envoyay dans ma Lettre de Decembre plusieurs Ouvrages [...] »
Début :
Je vous envoyay dans ma Lettre de Decembre plusieurs Ouvrages [...]
Mots clefs :
Sapho, Lanternistes, Mlle L'Héritier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je vous envoyay dans ma Lettre de Decembre plusieurs Ouvrages [...] »
Je vous envoyay dans ma
Lettre de Decembre plufieurs
Ouvrages de Mademoiſelle
l'Heritier , fur le Mariage de
Madame la Ducheffe de Lor-
raine . Un celebre Sçavant de
Toulouſe , de l'Academie des
Lanternifles, charmédel'efprit
de cette admirable Fille , luy
a adreffé cette Ballade , dans
laquelle il luy donne le nom
de TELESILLE ) comme ont
déja fait quelques autres ; en
forte que ce nom luy eft de-
{
GALANT
.
föz
venu
particulier
dans
ce
qui
s'écrit
en Vers
,
comme
celuy
de Sapho
l'eft
à
Mademoiſelle
de
Scuderi
Lettre de Decembre plufieurs
Ouvrages de Mademoiſelle
l'Heritier , fur le Mariage de
Madame la Ducheffe de Lor-
raine . Un celebre Sçavant de
Toulouſe , de l'Academie des
Lanternifles, charmédel'efprit
de cette admirable Fille , luy
a adreffé cette Ballade , dans
laquelle il luy donne le nom
de TELESILLE ) comme ont
déja fait quelques autres ; en
forte que ce nom luy eft de-
{
GALANT
.
föz
venu
particulier
dans
ce
qui
s'écrit
en Vers
,
comme
celuy
de Sapho
l'eft
à
Mademoiſelle
de
Scuderi
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3
p. 1180-1183
LES EPITRES HEROÏQUES D'OVIDE, traduites en Vers François par Mlle l'Heritier. A Paris, Quay de Gesvres, chez Prault, 1732. in 12 de 366. pages, sans l'Epitre, l'Avertissement et la Table.
Début :
Nous croyons avec l'Auteur, que les Ouvrages d'Ovide [...]
Mots clefs :
Épître héroïques, Ovide, Mlle L'Héritier, Nouvelle traduction
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES EPITRES HEROÏQUES D'OVIDE, traduites en Vers François par Mlle l'Heritier. A Paris, Quay de Gesvres, chez Prault, 1732. in 12 de 366. pages, sans l'Epitre, l'Avertissement et la Table.
LES EPITRES HEROÏQUES D'OVIDE
traduites en Vers François par Me l'Heritier. A Paris , Quay de Gesures , chez
Prault, 1732. in 12. de 366. pages , sans
l'Epitre , l'Avertissement et la Table.
Nous croyons avec l'Auteur , que les
Ouvrages d'Ovide étant aussi aimez qu'ils
le sont , le Public verra avec plaisir une
nouvelle Traduction en Vers des Epitres
de cet excellent Auteur. Il est extrémement difficile, sans doute , de les rendre
en notre Langue avec toutes leurs beautez;
et c'est aparemment cette difficulté qui est
cause qu'on n'en a point vû en Vers de
traduction entiere , depuis plus de 200.
ans.
2
J'ai apporté tant d'application et de soins à bien suivre le sens de mon- Auteur , continuë Mlle l'Heritier , dans son
Avertissement qu'on me flatte que j'ai
réussi ; excepté que je l'ai un peu adouci
dans les endroits où les bienseances auroient pû être blessées , je l'ai toûjours.
suivi avec une grande exactitude.
Ces Epitres sont tradui es en differentes
manieres ; on en trouvera en Vers suivis,
en Quatrains et en Vers de divers' s mesures. Il y en a même un nombre en Prose
pour rendre la varieré plus complette et
satisfaire les goûts differens.
I. Vol.
Pour
JUIN. 1732. 1181
*
Four donnér une idée de cet Ouvrage,
nous prendrons sans choix à l'entrée du
Livre , quelques Strophes de la premiere
Epitre de Penelope à Ulisse.
Penelope t'écrit , et dans sa peine extrême ,
T'accuse d'un oubli qu'elle a peu mérité :
Pars au lieu de répondre , et lui vien par to même ,
Confirmer les sermens de ta fidelité.
讚
Troye autrefois si fiere , elle dont la memoire;
Donne aux femmes de Grece une si juste horreur, -
Cette Troye a peri , mais quelle en est la gloire
De dix ans de combats vaut elle la fureur? ·
Plut aux Dieux qu'au moment que pour ravir Helene ,
Le coupable Pâris osoit fendre les eaux ,
Des fougueux Aquilons l'impetueuse haleine ,
But fait au fond des Mers abimer ses Vaisseaux !
Je n'aurois point passé dans un triste veuvage,
Cette affreuse longueur de jours dont je me
plains ;
Et l'assidu travail d'un importun ouvrage ,
Ne m'obligeroit point à me lasser les mains
器
J. Vol . Je
1182 MERCURE DE FRANCE
Combien, le cœur serré , les yeux baignez de larmes ,
Ai-jocraint des périls qui ne t'attendoient pas
Le veritable amour est sujet aux allarmes
Et dans l'inquietude il trouve des appas.
Je croyois toujours voir quelque Troupe enne mie ,
S'avancer pour ta perte et n'en vouloir qu'à tois
Et pleine des dangers qui menaçoient ta vie ,
Dès qu'on nommoit Hector , je palissois d'effroi..
Par ce fils de Priam aux-Grecs si redoutable,
Antiloque vaincu , me mettoit aux abois.
Ma tendresse pour toi craignoit un sort sem→
blable ,
Et mes pleurs dans ce trouble ont coulé milla
fois.
Combien m'en a-t'on va verser pour Tlépoleme;
Qui du fier Sarpedon en vain crut fuir le bras t
Sa mort renouvella l'inquietude extréme ,
Qui de ce que j'aimois me peignoit le trépas.
Quand Patrocle tomba sous les armes d'Achille ,
Ah! m'écriai-je alors , nos efforts seront vains !`
Ulisse aura peut- être une adresse inutile ,
Pour dérober ses jours auxmalheurs que je crains!
I. Vol Enfin
JUI N. 17320 1183:
Enfin , aucun des Grecs ne restoit sur la place,
En perdant pour jamais la lumiere du jour ,
Que dans l'instant mon sein ne fut plus froid.
que glace ,
Quoiqu'il brulât d'ailleurs des flammes de l'a
mour.
Mais un Dieu favorable à cet amour fidelle .
Dissipant mes frayeurs , m'a mise en sureté ,
Troye en cendre réduite , a fini la querelle ,
Et, quand elle n'est plus , Ulisse m'est resté. &e.
traduites en Vers François par Me l'Heritier. A Paris , Quay de Gesures , chez
Prault, 1732. in 12. de 366. pages , sans
l'Epitre , l'Avertissement et la Table.
Nous croyons avec l'Auteur , que les
Ouvrages d'Ovide étant aussi aimez qu'ils
le sont , le Public verra avec plaisir une
nouvelle Traduction en Vers des Epitres
de cet excellent Auteur. Il est extrémement difficile, sans doute , de les rendre
en notre Langue avec toutes leurs beautez;
et c'est aparemment cette difficulté qui est
cause qu'on n'en a point vû en Vers de
traduction entiere , depuis plus de 200.
ans.
2
J'ai apporté tant d'application et de soins à bien suivre le sens de mon- Auteur , continuë Mlle l'Heritier , dans son
Avertissement qu'on me flatte que j'ai
réussi ; excepté que je l'ai un peu adouci
dans les endroits où les bienseances auroient pû être blessées , je l'ai toûjours.
suivi avec une grande exactitude.
Ces Epitres sont tradui es en differentes
manieres ; on en trouvera en Vers suivis,
en Quatrains et en Vers de divers' s mesures. Il y en a même un nombre en Prose
pour rendre la varieré plus complette et
satisfaire les goûts differens.
I. Vol.
Pour
JUIN. 1732. 1181
*
Four donnér une idée de cet Ouvrage,
nous prendrons sans choix à l'entrée du
Livre , quelques Strophes de la premiere
Epitre de Penelope à Ulisse.
Penelope t'écrit , et dans sa peine extrême ,
T'accuse d'un oubli qu'elle a peu mérité :
Pars au lieu de répondre , et lui vien par to même ,
Confirmer les sermens de ta fidelité.
讚
Troye autrefois si fiere , elle dont la memoire;
Donne aux femmes de Grece une si juste horreur, -
Cette Troye a peri , mais quelle en est la gloire
De dix ans de combats vaut elle la fureur? ·
Plut aux Dieux qu'au moment que pour ravir Helene ,
Le coupable Pâris osoit fendre les eaux ,
Des fougueux Aquilons l'impetueuse haleine ,
But fait au fond des Mers abimer ses Vaisseaux !
Je n'aurois point passé dans un triste veuvage,
Cette affreuse longueur de jours dont je me
plains ;
Et l'assidu travail d'un importun ouvrage ,
Ne m'obligeroit point à me lasser les mains
器
J. Vol . Je
1182 MERCURE DE FRANCE
Combien, le cœur serré , les yeux baignez de larmes ,
Ai-jocraint des périls qui ne t'attendoient pas
Le veritable amour est sujet aux allarmes
Et dans l'inquietude il trouve des appas.
Je croyois toujours voir quelque Troupe enne mie ,
S'avancer pour ta perte et n'en vouloir qu'à tois
Et pleine des dangers qui menaçoient ta vie ,
Dès qu'on nommoit Hector , je palissois d'effroi..
Par ce fils de Priam aux-Grecs si redoutable,
Antiloque vaincu , me mettoit aux abois.
Ma tendresse pour toi craignoit un sort sem→
blable ,
Et mes pleurs dans ce trouble ont coulé milla
fois.
Combien m'en a-t'on va verser pour Tlépoleme;
Qui du fier Sarpedon en vain crut fuir le bras t
Sa mort renouvella l'inquietude extréme ,
Qui de ce que j'aimois me peignoit le trépas.
Quand Patrocle tomba sous les armes d'Achille ,
Ah! m'écriai-je alors , nos efforts seront vains !`
Ulisse aura peut- être une adresse inutile ,
Pour dérober ses jours auxmalheurs que je crains!
I. Vol Enfin
JUI N. 17320 1183:
Enfin , aucun des Grecs ne restoit sur la place,
En perdant pour jamais la lumiere du jour ,
Que dans l'instant mon sein ne fut plus froid.
que glace ,
Quoiqu'il brulât d'ailleurs des flammes de l'a
mour.
Mais un Dieu favorable à cet amour fidelle .
Dissipant mes frayeurs , m'a mise en sureté ,
Troye en cendre réduite , a fini la querelle ,
Et, quand elle n'est plus , Ulisse m'est resté. &e.
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Résumé : LES EPITRES HEROÏQUES D'OVIDE, traduites en Vers François par Mlle l'Heritier. A Paris, Quay de Gesvres, chez Prault, 1732. in 12 de 366. pages, sans l'Epitre, l'Avertissement et la Table.
Le texte présente une édition des 'Épîtres héroïques' d'Ovide, traduites en vers français par Mlle l'Heritier et publiées à Paris en 1732. L'ouvrage, de 366 pages, propose diverses traductions des épîtres en vers, en quatrains, en vers de différentes mesures et même en prose, afin de répondre à divers goûts littéraires. L'auteure souligne la difficulté de traduire les œuvres d'Ovide tout en conservant leurs beautés. Elle précise que sa traduction est la première en vers complète depuis plus de 200 ans. Elle a cherché à suivre fidèlement le sens original tout en adoucissant certains passages pour respecter les bienséances. Le texte inclut des extraits de la première épître de Pénélope à Ulysse, abordant les thèmes de l'amour, de l'anxiété et des dangers affrontés par Ulysse durant la guerre de Troie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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