Résultats : 3 texte(s)
Détail
Liste
1
p. 37-62
Copie d'une Lettre écrite de Malte.
Début :
Enfin, Monsieur, nous voicy arrivez au Port si desiré, je [...]
Mots clefs :
Malte, Prieur, Chevaliers, Maître, Turcs, Cérémonies, Carosse, Son Éminence, Grand prieur, Grand maître, Port, Princes, Armée du roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Copie d'une Lettre écrite de Malte.
Copie d'une Lettre écrite
deMalte.
2
د
Enfin , Monfieur , nous voicy
arrivezau Port ſideſiré , je
veux dire à Malte ; nôtre navigation
a eſté des plus heureuſes
& des plus courtes
puiſque le Vaſſeau ſur lequel
j'étois embarqué a fait le trajet
deToulon icy en moins de
quatre jours. M. le Chevalier
d'Ambrolio n'a pas eſte fi heureux
que moy , car outre qu'il
a fouffert à fon ordinaire ,
craignant exceſſivement la
38 MERCURE
mer , où je n'ay point du tout
eſté malade , il n'eſt arrivé icy
que deux jours aprés nous , le
vent contraire ayant obligé
fon vaſſeau & cinq ou fix autres
chargez de Chevaliers , &
partis de Toulon en même
temps , de rendre des bords ,
& de tenir à la cappe dans le
canal de Malte , & pour ainſi
dire à nôtre vûë , pendant un
jour &une nuit , crainte de
paſſer l'Ifle ; c'eſt la choſe du
monde la plus trifte& la plus
incommode, particulierement
pour ceux qui craignent autant
la mer que luy ; mais l'en
GALANT. 39
voila quitte , & il n'y paroiſt
déja plus.
Ceux qui ſont venus ſur le
vaiſſeau qui a porté M. le
grand Prieur ont encore un
peu plus ſouffert ayant demeuré
un jour de plus que les autres
à la mer , avec un affez
mauvais temps ; ce fut le Dimanche
7. de ce mois entre
neuf & dix heures du matin
que ce Prince entra dans ce
Port au bruit des ſalves des
canons de beaucoup de vaifſeaux
François qui estoient
moüillez dans le Port , il fut
enfuite ſalué de 21. coups de
40
MERCURE
canon par la ville , & complimenté
ſur ſon Bord de la part
du Grand Maiſtre , par M. le
Commandeur d'Argini fon
Maiſtre d'Hoſtel , & le pre-'
mier Officier de la Maiſon de
Son Eminence : il le fut auſſi
au nom du grand Maiſtre du
ConfeilIpar deux grands Croix
députez du Conſeil , leſquels
ſe rendirent auffi à bord de la
Veſtale , d'oùils accompagnerent
M. le grand Prieur à l'Egliſe
de S. Jean où on l'attendoit
pour la Meffe , & enſuite
au Palais , où il rendit ſa premiere
viſite au Grand Maître ,
avec
GALANT .
41
avec les ceremonies & les circonſtances
ſuivantes.
Au débarquement ſur le
Môle , ou le Quay du Port ,
M. le grand Prieur trouva un
des caroſſes du grand Maître
attelé ſeulement de 4. Mulets,
au lieu qu'il eſt à fix chevaux ,
lorſque Son Eminence eſt dedans
ce caroſſe , dans lequel il
occupoit le fond de derriere ,
& les deux grands Croix celuy
de devant . Il fut d'abord à
l'Eglife , & aprés à la Meſſe au
Palais , où ſe trouverent plus
de ſept à huit cent Chevaliers ,
dont plus de la moitié Fran .
Juin 1715 . D
42 MERCURE
çois , avoient eſté le ſaluër ,
partie ſur ſon Bord , & partie
lorſqu'il fortit de ſa chaloupe ,
tous eurent le temps de ſe
trouver à ſa deſcente du carofſe
, lorſqu'il entra à S. Jean ,
&qu'il defcendit à la porte du
Palais, à cauſe des détours que
le caroſſe eſt obligé de prendre
& de la marche lente de
cette voiture.
M. le grand Prieur arrivant
auPalais , trouva les Gardes du
grand Maiſtre ſous les armes ,
rangez en haye , le tambour
battant aux champs , il monta
chez le grand Maiſtre , precedé
! GALANT. 43
de ce grand nombre de Chevaliers
;la fale , les anti-chambres
, & chambres de ſon Eminence
, quoique fort grandes
, contenoient à peine la
nombreuſe Chevalerie , à travers
de laquelle Elle paffa, precedée
de ſes grands & principauxOfficiers
, pour aller à la
rencontre de M. le grand
Prieur. Ce fut à peu prés aux
deux tiers de la fale , que le
grandMaiſtre le reçûr, de maniere
que ſon Eminence fit un
peu plus que la moitié du chemin
de ſa ſale. Là ils s'embraf
ferent l'un &l'autre , & fe fi-
Dij
44 MERCURE
rent reciproquement des proteſtations
d'amitié,&des complimens
qui ne furent guere
entendus ; enſuite le grand
Maiſtre ayant la droite ,&tenant
M. le grand Prieur par la
main , ils percerent à travers
de cette foule de Chevalerie ,
juſqu'à la chambre de fon
Eminence , & s'affirent fur
des fauteüils diftinguez l'un à
côté de l'autre. Ils ſe couvrirent
, & vis - à - vis d'eux , fur
d'autres fauteüils , les ſuſdits
grands Croix députez duConfeil
auffi couverts.
,
La converſation qui dura
GALANT. 45
environ une demi heure , roula
ſur les affaires preſentes , &
fur les fatigues du voyage ,
aprés quoy M. le grand Prieur
preſenta au grand Maiſtre
quelques - uns des Chevaliers
qui avoient eſté embarquez
fur fon bord , leſquels firent
leur reverence & curent l'honneur
de baifer la main de Son
Eminence; enſuite M. legrand
Prieur ſe leva & prit congé ,
&le grand Maiſtre l'accompagna
avec les mêmes ceremonies
, juſqu'auprés de l'eſcalier
, où ils ſe firent de nouvelles
proteſtations. Son Emi46
MERCURE
nence rentra dans ſa chambre
& ſe mit à table pour dîner
bien-toſt aprés .
M. le grand Prieur eftant
deſcendu de chez le grand
Maiſtre , monta en caroffe ,
avec les deux mêmes grands
Croix , & ſe rendit à la maifon
qui luy avoit eſté preparée
, il trouva à la porte un
grand nombre de Chevaliers
François&de peuple , les deux
grands Croix pour éviter le
ceremonial de l'accompagnement
, prirent congé deM. le
grand Prieur à ſa porte , qui
monta à ſa chambre , où il
۲
GALANT. 47
nous parut eſtre fort content
de cette éclatante reception ,
&des honneurs qui luy furent
faits ce jour là , tant de la part
du grand Maiſtre que de tous
les Chevaliers. A peine fut- il
entré chez luy qu'on vint
ſçavoir de la part du grand
Ecuyer , ou Cavaloriſſo Magiore
, & par ordre de Son
Eminence , fi M. le grand
Prieur avoit beſoin d'un caroſſe
, ou de quelqu'autre voiture.
Deux jours aprés ſon arrivée
, ſçavoir le 9. dece mois ,
on tint unConſeil dans lequel
M.legrandPrieur prit la féan48
MERCURE
ce dans un fauteüil de velours
rouge , galonné d'or ,& diftingué
de ceux des autres grand
Croix , placé à la teſte & à
la diſtance d'une chaiſe du
premier grand Croix qui s'affied
à la droite du Conſeil ;
c'eſt ordinairement l'Evêque ,
&aprés luy , le grand Commandeur
, chef de la Langue
Provence,à la teſtede la gauche,
c'eſt le Prieur de l'Eglife ,
&aprés luy , le Maréchal chef
de la Langue d'Auvergne.
de
Lorſque tous Meffieurs les
grands Croix eurent pris leurs
féances , chacun ſelon fon
rang ,
GALANT . 49
i
rang, le Vice Chancelier qui a
fon Bureau & fa place debour,
à la teſte de la féance du coſté
droit prés de M. le grand
Prieur , s'approcha de luy &
l'avertit de ſe lever , pour faire
ſa Profeſſion de Foy , & prêter
ſon ſerment , ce qu'il fit à
genoux ſur un careau de velours
, honneur que n'ont pas
les autres grandsCroix en pareil
cas , & aprés avoir remply
ce devoir aux pieds du grand
Maltre , & entre ſes mains
il reprit ſa place. EnſuiteMonſieur
le Bailly de la Pailleterie
en fit autant parce qu'il n'avoit
Juin 1715. E
So MERCURE
pas été à Malte depuis qu'il a
été fait grandCroix.
Cesceremonies étant achevées
, on fit fortir de la ſalle ,
ceux qui ne ſont pas du confeil
,&les portes fermées , on
delibera ſur des affaires d'Etat ,
&entre autres ſur la demande
faite par N. S. P. le Pape des
deux Eſcadres des Galeres &
des Vaiſſcaux de la Religion ,
pour aller avec celles de Sa
Sainteté au ſecours de la Republique
de Veniſe , ſurquoy il
fut fenfement reſolu de s'excuſer
d'envoyer nos deux Elcadres
, attendu nos propres beſoins
, qui dans la conjonctu
GALANT. SI
re preſente parlent d'eux même.
D'ailleurs celle de nos
Vaiſſeaux eſt partie depuis prés
d'un mois , augmentée d'un
cinquiéme Navire à cauſe de
pluſieurs tranſports de munitions
deguerrequ'elle doit faire
d'Italie , de France & d'Efpagne
, où elle doit en embarquer
quantité , & fur tout à
Barcelone , où deux de nos
Vaiſſcaux prendront celles
dont Sa Majefté Catholique a
fait un preſent à la Religion,&
ces deux Vaiſſcaux ſe rendront
àToulon , de même que celuy
qui eſt allé à Ligourne& à
E ij
52 MERCURE
Genes , car le rendez vous eſt
en Provence , pour venir de là
icy , versle 20. du mois prochain
au plus tard; & alors fi
lesTurcs avoient pris leur parti
du côté de la Morée ou ailleurs
, & qu'il n'y ait plus à
craindre pour nous , l'intention
du grand Maître & du
Conſeil étant de renvoyer
Meſſieurs les Chevaliers que la
citation a appellé ici , nos Vaifſeaux
feront employez à en
faire le tranſport , & par conſequent
on ne ſçauroit les envoyer
au ſecoursde laRepublique
qui voudroit pourtant
mploy
1
GALANT. 53
nous faire entendre que ſes
Etats menacez par les Turcs
étant plus proches de nos ennemis
, nous avons un double
interêt de l'aſſiſter de nos forces
, puiſque ſelon elle , nous
nousgarantiffons parlàdetoute
entrepriſe des Turcs ; mais
leurs repreſentations quoique
pathetiques , non plus que les
inftances & les exhortations de
Sa Sainteté , n'ont pû encore
nous perfuader ce que les uns
&les autres ont tâché de nous
infinuer par douceur.
Aprés cette longuedifgrefſion
, que j'ai cruë neceſſaire ,
ト
E iij
54 MERCURE
je reviens àMr legrand Prieur,
lequel au ſortir du Confeil
paſſa dans la Chambre du
grand Maître , qui ſuivant la
coûtume , lui attacha devant
la poitrine , le plaſtron de la
grandeCroix , auſſi bien qu'à
Mr le Bailly de la Pailleteric,
ceremonie neceſſaire , & qui
ſe pratique toûjours à l'égard
deceux qui ont été faits grand
Croix hors du Couvent , &
pendant laquelle ſon Eminence
leur dit fort poliment quelle
ſouhaitoit qu'ils la portafſent
auſſi long tems qu'il l'a
voit portée , yayant quarante
1
GALANT
trois années qu'elle étoit decorée
de cette honorable marque
dedignité.
Dans toutes ces ceremonies
on s'eſt conformé à ce qui
avoit érépratiqué autrefois ici,
à l'égard de feu Monfieur le
grand Prieur de Vendôme fon
Oncle , à cela prés que celui là
étant plus prés du ſang du Roy
Henry le Grand , on a fait
quelques choſesde moins pour
celuy-cy.
Depuis le jour de la ceremonie
du ferment , le grand
Maître , ayant reſolu de donner
àMonfieur le grand Prieur
E iiij
56 MERCURE
une nouvelle marque de diftinction
convenable à ſon
rang , & à celuy qu'il a tenu
dans les Armées du Roy , l'a
fait Capitaine General , ou Generaliſſime
des Armées , de la
maniere que Monfieur le Duc
Darpajon le fut à la precedente
citation. Son Eminence lui
en envoya donner part hier au
matin 12 de ce mois , par les
quatreGrands Croix des quatre
Nations de France , d'Italie
, d'Eſpagne , & d'Allemagne
, qui font Commiſſaires
Generaux des Guerres. Il accepta
agreablement la propoGALANT.
57
fition qu'ils luy en firent , &
d'abord aprés diné il ſe rendit
au Palais accompagné de ces
quatre grands Croix , & d'un
grand nombre de Chevaliers
François qui avoient déja été
chez lui , pour le complimenter
là deſſus , & qui furenttémoinsdes
remerciements qu'il
fit au grand Matere , dans une
Audiance de plus d'une demie
heure , durant laquelle ils s'entretinrent
apparemment de
tout ce qui pouvoit concerner
le nouveau Grade qui lui ſera
donnédans les formes accoûtumées
Lundy prochain 15. de
58 MERCURE
ce mois , dans un Conſeil qui
ſe tiendra exprés pour le nommer
avec les formalitez ordinaires..
CenouveauGrade vadon.
ner àMonfieur legrand Prieur
des mouvements &des détails
confiderables & neceffaires
pour la ſûreté& la deffenſe de
denos Ifles , & de nos Places.
Le choix qu'on a fait de faperfonne
a été generalement applaudi
de tous les François&
de la plupart des Chevaliers
des autres nations;mais il y en a
quelques-uns qui ſupportent
avec quelque forte d'impatien.
GALANT. رو
ce cette diſtinction; effet ordinaire
de la jalouſie dont le
plus grand merite , & la capacité
la plus reconnuë ne furent
jamais à couvert.
On travaille à preſent à
dreffer les Rôles , & les liſtes
de tous les Chevaliers , & plus
particulierement de ceux qui
60 MERCURE'
point encore vû , mais qui les
rendent , à ce qu'on dit inacceffibles
à nos ennemis , & à
l'heure que je vous parle , on y
tranſporte l'artillerie qu'on va
placerdans les batteries qu'on
a dreffées & preparées avec
beaucoup de ſoin , dans tous
les endroits où il convient de
mettredu canon .
Il ſeroit difficile de dire fi
cela ſera neceffaire , parce que
l'on ne voit point clair dans les
deſſeins des Turcs. En general
on ſçait ſeulement que
leur Armement de mer n'eſt
pas ſi conſiderable en Navi-
L
GALANT. 61
res de guerre , & en Galeres
qu'on le croyoit , ou qu'on
l'avoit ditd'abord : mais comme
il leur fuffiroit d'avoir un
grand nombre de Baſtimens
pour le tranſport de leurs
Troupes , Vivres , & Munitionsde
guerre de toute eſpece,&
qu'il leur feroit aiſe d'en
aſſembler promptement la
quantitéqu'il leur feroit neceffaire
, il eſt à propos de ſe tenir
de plus en plus ſur ſes gardes,
& c'eſt à quoi ontravaille ; on
le fera même dans les ſuites
avec plus de vivacité quoyque
le plus grand nombre croye
62 MERCURE
toûjours que les Turcs ne nous
en veulent pas , & qu'il ſoit
même perfuadé qu'ils font
dans l'impuiſſance de nous attaquer;
plufieurs penſent autrement&
ont raiſon , mais tout
bien compté , je ne croi pas
quenous les voyons du moins
cette année.
deMalte.
2
د
Enfin , Monfieur , nous voicy
arrivezau Port ſideſiré , je
veux dire à Malte ; nôtre navigation
a eſté des plus heureuſes
& des plus courtes
puiſque le Vaſſeau ſur lequel
j'étois embarqué a fait le trajet
deToulon icy en moins de
quatre jours. M. le Chevalier
d'Ambrolio n'a pas eſte fi heureux
que moy , car outre qu'il
a fouffert à fon ordinaire ,
craignant exceſſivement la
38 MERCURE
mer , où je n'ay point du tout
eſté malade , il n'eſt arrivé icy
que deux jours aprés nous , le
vent contraire ayant obligé
fon vaſſeau & cinq ou fix autres
chargez de Chevaliers , &
partis de Toulon en même
temps , de rendre des bords ,
& de tenir à la cappe dans le
canal de Malte , & pour ainſi
dire à nôtre vûë , pendant un
jour &une nuit , crainte de
paſſer l'Ifle ; c'eſt la choſe du
monde la plus trifte& la plus
incommode, particulierement
pour ceux qui craignent autant
la mer que luy ; mais l'en
GALANT. 39
voila quitte , & il n'y paroiſt
déja plus.
Ceux qui ſont venus ſur le
vaiſſeau qui a porté M. le
grand Prieur ont encore un
peu plus ſouffert ayant demeuré
un jour de plus que les autres
à la mer , avec un affez
mauvais temps ; ce fut le Dimanche
7. de ce mois entre
neuf & dix heures du matin
que ce Prince entra dans ce
Port au bruit des ſalves des
canons de beaucoup de vaifſeaux
François qui estoient
moüillez dans le Port , il fut
enfuite ſalué de 21. coups de
40
MERCURE
canon par la ville , & complimenté
ſur ſon Bord de la part
du Grand Maiſtre , par M. le
Commandeur d'Argini fon
Maiſtre d'Hoſtel , & le pre-'
mier Officier de la Maiſon de
Son Eminence : il le fut auſſi
au nom du grand Maiſtre du
ConfeilIpar deux grands Croix
députez du Conſeil , leſquels
ſe rendirent auffi à bord de la
Veſtale , d'oùils accompagnerent
M. le grand Prieur à l'Egliſe
de S. Jean où on l'attendoit
pour la Meffe , & enſuite
au Palais , où il rendit ſa premiere
viſite au Grand Maître ,
avec
GALANT .
41
avec les ceremonies & les circonſtances
ſuivantes.
Au débarquement ſur le
Môle , ou le Quay du Port ,
M. le grand Prieur trouva un
des caroſſes du grand Maître
attelé ſeulement de 4. Mulets,
au lieu qu'il eſt à fix chevaux ,
lorſque Son Eminence eſt dedans
ce caroſſe , dans lequel il
occupoit le fond de derriere ,
& les deux grands Croix celuy
de devant . Il fut d'abord à
l'Eglife , & aprés à la Meſſe au
Palais , où ſe trouverent plus
de ſept à huit cent Chevaliers ,
dont plus de la moitié Fran .
Juin 1715 . D
42 MERCURE
çois , avoient eſté le ſaluër ,
partie ſur ſon Bord , & partie
lorſqu'il fortit de ſa chaloupe ,
tous eurent le temps de ſe
trouver à ſa deſcente du carofſe
, lorſqu'il entra à S. Jean ,
&qu'il defcendit à la porte du
Palais, à cauſe des détours que
le caroſſe eſt obligé de prendre
& de la marche lente de
cette voiture.
M. le grand Prieur arrivant
auPalais , trouva les Gardes du
grand Maiſtre ſous les armes ,
rangez en haye , le tambour
battant aux champs , il monta
chez le grand Maiſtre , precedé
! GALANT. 43
de ce grand nombre de Chevaliers
;la fale , les anti-chambres
, & chambres de ſon Eminence
, quoique fort grandes
, contenoient à peine la
nombreuſe Chevalerie , à travers
de laquelle Elle paffa, precedée
de ſes grands & principauxOfficiers
, pour aller à la
rencontre de M. le grand
Prieur. Ce fut à peu prés aux
deux tiers de la fale , que le
grandMaiſtre le reçûr, de maniere
que ſon Eminence fit un
peu plus que la moitié du chemin
de ſa ſale. Là ils s'embraf
ferent l'un &l'autre , & fe fi-
Dij
44 MERCURE
rent reciproquement des proteſtations
d'amitié,&des complimens
qui ne furent guere
entendus ; enſuite le grand
Maiſtre ayant la droite ,&tenant
M. le grand Prieur par la
main , ils percerent à travers
de cette foule de Chevalerie ,
juſqu'à la chambre de fon
Eminence , & s'affirent fur
des fauteüils diftinguez l'un à
côté de l'autre. Ils ſe couvrirent
, & vis - à - vis d'eux , fur
d'autres fauteüils , les ſuſdits
grands Croix députez duConfeil
auffi couverts.
,
La converſation qui dura
GALANT. 45
environ une demi heure , roula
ſur les affaires preſentes , &
fur les fatigues du voyage ,
aprés quoy M. le grand Prieur
preſenta au grand Maiſtre
quelques - uns des Chevaliers
qui avoient eſté embarquez
fur fon bord , leſquels firent
leur reverence & curent l'honneur
de baifer la main de Son
Eminence; enſuite M. legrand
Prieur ſe leva & prit congé ,
&le grand Maiſtre l'accompagna
avec les mêmes ceremonies
, juſqu'auprés de l'eſcalier
, où ils ſe firent de nouvelles
proteſtations. Son Emi46
MERCURE
nence rentra dans ſa chambre
& ſe mit à table pour dîner
bien-toſt aprés .
M. le grand Prieur eftant
deſcendu de chez le grand
Maiſtre , monta en caroffe ,
avec les deux mêmes grands
Croix , & ſe rendit à la maifon
qui luy avoit eſté preparée
, il trouva à la porte un
grand nombre de Chevaliers
François&de peuple , les deux
grands Croix pour éviter le
ceremonial de l'accompagnement
, prirent congé deM. le
grand Prieur à ſa porte , qui
monta à ſa chambre , où il
۲
GALANT. 47
nous parut eſtre fort content
de cette éclatante reception ,
&des honneurs qui luy furent
faits ce jour là , tant de la part
du grand Maiſtre que de tous
les Chevaliers. A peine fut- il
entré chez luy qu'on vint
ſçavoir de la part du grand
Ecuyer , ou Cavaloriſſo Magiore
, & par ordre de Son
Eminence , fi M. le grand
Prieur avoit beſoin d'un caroſſe
, ou de quelqu'autre voiture.
Deux jours aprés ſon arrivée
, ſçavoir le 9. dece mois ,
on tint unConſeil dans lequel
M.legrandPrieur prit la féan48
MERCURE
ce dans un fauteüil de velours
rouge , galonné d'or ,& diftingué
de ceux des autres grand
Croix , placé à la teſte & à
la diſtance d'une chaiſe du
premier grand Croix qui s'affied
à la droite du Conſeil ;
c'eſt ordinairement l'Evêque ,
&aprés luy , le grand Commandeur
, chef de la Langue
Provence,à la teſtede la gauche,
c'eſt le Prieur de l'Eglife ,
&aprés luy , le Maréchal chef
de la Langue d'Auvergne.
de
Lorſque tous Meffieurs les
grands Croix eurent pris leurs
féances , chacun ſelon fon
rang ,
GALANT . 49
i
rang, le Vice Chancelier qui a
fon Bureau & fa place debour,
à la teſte de la féance du coſté
droit prés de M. le grand
Prieur , s'approcha de luy &
l'avertit de ſe lever , pour faire
ſa Profeſſion de Foy , & prêter
ſon ſerment , ce qu'il fit à
genoux ſur un careau de velours
, honneur que n'ont pas
les autres grandsCroix en pareil
cas , & aprés avoir remply
ce devoir aux pieds du grand
Maltre , & entre ſes mains
il reprit ſa place. EnſuiteMonſieur
le Bailly de la Pailleterie
en fit autant parce qu'il n'avoit
Juin 1715. E
So MERCURE
pas été à Malte depuis qu'il a
été fait grandCroix.
Cesceremonies étant achevées
, on fit fortir de la ſalle ,
ceux qui ne ſont pas du confeil
,&les portes fermées , on
delibera ſur des affaires d'Etat ,
&entre autres ſur la demande
faite par N. S. P. le Pape des
deux Eſcadres des Galeres &
des Vaiſſcaux de la Religion ,
pour aller avec celles de Sa
Sainteté au ſecours de la Republique
de Veniſe , ſurquoy il
fut fenfement reſolu de s'excuſer
d'envoyer nos deux Elcadres
, attendu nos propres beſoins
, qui dans la conjonctu
GALANT. SI
re preſente parlent d'eux même.
D'ailleurs celle de nos
Vaiſſeaux eſt partie depuis prés
d'un mois , augmentée d'un
cinquiéme Navire à cauſe de
pluſieurs tranſports de munitions
deguerrequ'elle doit faire
d'Italie , de France & d'Efpagne
, où elle doit en embarquer
quantité , & fur tout à
Barcelone , où deux de nos
Vaiſſcaux prendront celles
dont Sa Majefté Catholique a
fait un preſent à la Religion,&
ces deux Vaiſſcaux ſe rendront
àToulon , de même que celuy
qui eſt allé à Ligourne& à
E ij
52 MERCURE
Genes , car le rendez vous eſt
en Provence , pour venir de là
icy , versle 20. du mois prochain
au plus tard; & alors fi
lesTurcs avoient pris leur parti
du côté de la Morée ou ailleurs
, & qu'il n'y ait plus à
craindre pour nous , l'intention
du grand Maître & du
Conſeil étant de renvoyer
Meſſieurs les Chevaliers que la
citation a appellé ici , nos Vaifſeaux
feront employez à en
faire le tranſport , & par conſequent
on ne ſçauroit les envoyer
au ſecoursde laRepublique
qui voudroit pourtant
mploy
1
GALANT. 53
nous faire entendre que ſes
Etats menacez par les Turcs
étant plus proches de nos ennemis
, nous avons un double
interêt de l'aſſiſter de nos forces
, puiſque ſelon elle , nous
nousgarantiffons parlàdetoute
entrepriſe des Turcs ; mais
leurs repreſentations quoique
pathetiques , non plus que les
inftances & les exhortations de
Sa Sainteté , n'ont pû encore
nous perfuader ce que les uns
&les autres ont tâché de nous
infinuer par douceur.
Aprés cette longuedifgrefſion
, que j'ai cruë neceſſaire ,
ト
E iij
54 MERCURE
je reviens àMr legrand Prieur,
lequel au ſortir du Confeil
paſſa dans la Chambre du
grand Maître , qui ſuivant la
coûtume , lui attacha devant
la poitrine , le plaſtron de la
grandeCroix , auſſi bien qu'à
Mr le Bailly de la Pailleteric,
ceremonie neceſſaire , & qui
ſe pratique toûjours à l'égard
deceux qui ont été faits grand
Croix hors du Couvent , &
pendant laquelle ſon Eminence
leur dit fort poliment quelle
ſouhaitoit qu'ils la portafſent
auſſi long tems qu'il l'a
voit portée , yayant quarante
1
GALANT
trois années qu'elle étoit decorée
de cette honorable marque
dedignité.
Dans toutes ces ceremonies
on s'eſt conformé à ce qui
avoit érépratiqué autrefois ici,
à l'égard de feu Monfieur le
grand Prieur de Vendôme fon
Oncle , à cela prés que celui là
étant plus prés du ſang du Roy
Henry le Grand , on a fait
quelques choſesde moins pour
celuy-cy.
Depuis le jour de la ceremonie
du ferment , le grand
Maître , ayant reſolu de donner
àMonfieur le grand Prieur
E iiij
56 MERCURE
une nouvelle marque de diftinction
convenable à ſon
rang , & à celuy qu'il a tenu
dans les Armées du Roy , l'a
fait Capitaine General , ou Generaliſſime
des Armées , de la
maniere que Monfieur le Duc
Darpajon le fut à la precedente
citation. Son Eminence lui
en envoya donner part hier au
matin 12 de ce mois , par les
quatreGrands Croix des quatre
Nations de France , d'Italie
, d'Eſpagne , & d'Allemagne
, qui font Commiſſaires
Generaux des Guerres. Il accepta
agreablement la propoGALANT.
57
fition qu'ils luy en firent , &
d'abord aprés diné il ſe rendit
au Palais accompagné de ces
quatre grands Croix , & d'un
grand nombre de Chevaliers
François qui avoient déja été
chez lui , pour le complimenter
là deſſus , & qui furenttémoinsdes
remerciements qu'il
fit au grand Matere , dans une
Audiance de plus d'une demie
heure , durant laquelle ils s'entretinrent
apparemment de
tout ce qui pouvoit concerner
le nouveau Grade qui lui ſera
donnédans les formes accoûtumées
Lundy prochain 15. de
58 MERCURE
ce mois , dans un Conſeil qui
ſe tiendra exprés pour le nommer
avec les formalitez ordinaires..
CenouveauGrade vadon.
ner àMonfieur legrand Prieur
des mouvements &des détails
confiderables & neceffaires
pour la ſûreté& la deffenſe de
denos Ifles , & de nos Places.
Le choix qu'on a fait de faperfonne
a été generalement applaudi
de tous les François&
de la plupart des Chevaliers
des autres nations;mais il y en a
quelques-uns qui ſupportent
avec quelque forte d'impatien.
GALANT. رو
ce cette diſtinction; effet ordinaire
de la jalouſie dont le
plus grand merite , & la capacité
la plus reconnuë ne furent
jamais à couvert.
On travaille à preſent à
dreffer les Rôles , & les liſtes
de tous les Chevaliers , & plus
particulierement de ceux qui
60 MERCURE'
point encore vû , mais qui les
rendent , à ce qu'on dit inacceffibles
à nos ennemis , & à
l'heure que je vous parle , on y
tranſporte l'artillerie qu'on va
placerdans les batteries qu'on
a dreffées & preparées avec
beaucoup de ſoin , dans tous
les endroits où il convient de
mettredu canon .
Il ſeroit difficile de dire fi
cela ſera neceffaire , parce que
l'on ne voit point clair dans les
deſſeins des Turcs. En general
on ſçait ſeulement que
leur Armement de mer n'eſt
pas ſi conſiderable en Navi-
L
GALANT. 61
res de guerre , & en Galeres
qu'on le croyoit , ou qu'on
l'avoit ditd'abord : mais comme
il leur fuffiroit d'avoir un
grand nombre de Baſtimens
pour le tranſport de leurs
Troupes , Vivres , & Munitionsde
guerre de toute eſpece,&
qu'il leur feroit aiſe d'en
aſſembler promptement la
quantitéqu'il leur feroit neceffaire
, il eſt à propos de ſe tenir
de plus en plus ſur ſes gardes,
& c'eſt à quoi ontravaille ; on
le fera même dans les ſuites
avec plus de vivacité quoyque
le plus grand nombre croye
62 MERCURE
toûjours que les Turcs ne nous
en veulent pas , & qu'il ſoit
même perfuadé qu'ils font
dans l'impuiſſance de nous attaquer;
plufieurs penſent autrement&
ont raiſon , mais tout
bien compté , je ne croi pas
quenous les voyons du moins
cette année.
Fermer
Résumé : Copie d'une Lettre écrite de Malte.
Fermer
2
p. 1913-1917
EXTRAIT d'une autre Lettre curieuse, écrite aussi de Malthe dans le même temps, sur un Phénomene de Medecine.
Début :
Or écoutez, Seigneurs, petits & grands, l'Histoire del Medico dell' [...]
Mots clefs :
Eau, Glace, Douleurs, Fièvres, Capucin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une autre Lettre curieuse, écrite aussi de Malthe dans le même temps, sur un Phénomene de Medecine.
EXTRAIT d'une autre Lettrecurieufe,
écriteauffi deMalthe dans le mêmetemps,
JurunPhénomene de Medecine.
R écoutez , Seigneurs , petits &
grands , l'Hiftoire del Medico dell'
acqua fresca: un Prêtre Sicilien , fils
d'un Apoticaire , Docteur en Medecine,
Chimifte de réputation , & de plus Ca
pucin pour le falut de fon ame , eft ici
depuis fix femaines. Il a par charité , par
vanité ou par malice contre la Faculté
´entrepris de guerir les maux qu'on croit
inconnus aux Medecins: voici le fait.
Le Comte Beveren , Allemand , étoit
depuis trois ans affligé d'une palpitation
de cœur avec des mouvemens convul
fifs , un froid à la poitrine qui ne lui
permettoit pas dans la canicule , de fouf--
frir l'air quoique très chaud. Il étoit
toûjours couvert d'une fourrure fur la
peau , & à l'avenant vêtu de veſtes & de
furtouts outre cet affortiment de jour
il étoit très-chaudement couché , & il
ne pouvoit la nuit fous fes couvertu
res fortir le doigt fans être gelé , &
en avoir des convulfions. Le Capucin
Cij
d'entrée dejeu,le dépouille de fes inuti
les/
1914 MERCURE DE FRANCE.
les furtouts , le mit à l'air , & avec de
l'eau commune à la glace & prefque
gelée, fait en 24. heures , que le Comte
Beveren ne connoît plus la foibleffe de
fa poitrine , nile froid ordinaire dont il
étoit tourmenté , eft fans convulfions ,
1
dort à merveille, & fetrouve déja com
me gueri ; fes palpitations fontfort di
minuées. C'eſt l'ouvrage de cinq ſemai
nes. Nota que tous les Medecins de Fran
ce, d'Angleterre & d'Allemagne conful
tez , n'ont rien connu à ce mal. Ils ont
feulement tenu les difcours ordinaires .
un épaiffement du fang , &c. mais de
remede point du tout.
Le CommandeurGuarrena,Piémontois,
livréparla facultéà ladifcretion d'un po
lipeou Schirre,formé ou non, mais placé
àcôtédufoye en long, &fi dur qu'il n'o
béïffoit pas à la main;exterieurement mar
qué avec tous les fimptômes d'un homme
farci d'obftructions ; un corps fec, exte
nué , face livide , &c. par l'effet de l'eau,
le Schirre fe ramolit , 15. jours après il
fentit toute forte de douleurs. La dureté
s'eft diffipée à mesure que dans fes uri
nes on voyoit des matieres comme de la
craye & vifqueufes,à couper avec le cou
teau. M. Guarrena eft revenu de fes laffi
tudes , fon vifage a repris couleur, & ilfe
trouve guerri. Maux de têtes, migraines,
cha
SEPTEMBRE 1724. 1915
chaleurs d'entrailles , diarrées inveterées,
n'ont fait que blanchir fous l'eau glacée.
Un Prêtre atteint de la fiévre maligne
en trois jours a été fur pied : la fiévre
fut prife dans le commencement , &'dès
qu'ellefut declarée maligne.
UnEſpagnol, Page du Grand-Maître,
abandonné par fon Medecin , & après
avoir reçu les Sacremens , fut dans trois
jours fans fiévre par le fecours du Ca
pucin. Il leprit dans cet état , fit ouvrir
les fenêtres , & lui fit avaler de l'eau à la
glace.
Il prétend guerir les hidropifies avec
l'eau en très-peu de temps , & a propofé
qu'on lui donnât de tels malades.
Le Bailly Ruffo fe trouvant attaqué
d'une fiévre violente, avec une diarréeen
tenefme , & des douleurs affieufes , rien
ne le foulagea. Il fit venir le Capucin &
prit l'eau. Dès les premieres 24. heu
res , plus de fiévre, moins de douleurs.
Le lendemain fa diarrée augmenta &
fit de la matiere verte en abondance ;
le troifiéme jour nous l'avons vû chez
le Grand-Maître. J'en fus tout étonné, je
l'avois vû le matin dans fon lit.
Tout ce que je vous écris , mon cher
Bailly , eft de vifu & auditu : je ne
fuis pas prévenu en faveur de l'eau , je
ne la croyois bonne que pour rinfer nos
ver
C iij
1916 MERCURE DE FRANCE.
verres, & pour laver les égouts.
Voici fa maniere de traiter. Onfait ra
fraîchir l'eau à force de glacé ou de nei
ge, autant qu'elle peut l'être , & vous
en buvez trois grands gobelets le matin ,
& dansle cours de la journée jufques à
35. On ne mange point, fur-tout les pre
miers jours. Lorfqu'on fe trouvefoible
au lieu d'alimens , il donne deux ou trois
verres d'eau le foir , avec deux ou trois
jaunes d'oeufs. Dans la fuite on mange
plus ou moins un demi poulet , un petit
pigeon , deux ou trois onces de macar
rons de Sicile, felon l'état où le Capucin
trouve fon malade. Plus ou moins d'eau ,
plus ou moins d'alimens. Il ne quitté
pas fes malades , & obferve continuelle
ment leur poulx. L'effet de l'eau eſt dé
donner , ou des maux de tête , ou dés
chaleurs extrêmes , ou des douleurs dans
les entrailles , même la diarrée , & de
Vous renouveller tous vos anciens maux.
Voici le remede pour la diarrée il
vous coule des lavemens d'eau à la glacë,
& fait boire dans l'inftant, ainſi que pour
les douleurs d'entrailles , & vous fait
frotter le ventre avec de la glace. Pour
les chaleurs de même , il frotte avec de la
glace la tête & l'eftomach. Si c'eft fciati
que qui fe renouvelle ou rumatifine
friction fur la partie avec cette glace.
Ecce
SEPTEMBRE 1724. 1917
Ecce homo, jugez- en, j'ai vû , je vois
tous les jours ce que j'écris ; il traite ſes
malades fans intereft. Ce Religieux a
de l'efprit , l'air guai , confolant & de
confiance. Je lui ai propofé l'eau pour
mesyeux, il m'afait efperer d'autres re
medes pour fortifier les nerfs optiques ,
j'en uferai s'ils font externes , s'il m'en
propofe d'autres , chiſta benè nonſi mo
ve, mafanté eftparfaite,fon graffo ,fref
co comecarne di vitella. Honorez-moi de
vos ordres dans les quatre mois que je.
ferai encore ici ; heureux fi je pouvois
prouver à vôtre Excellence le tendre &
refpectueux attachement de fon très
humble & très obéiffant ferviteur F. P.
écriteauffi deMalthe dans le mêmetemps,
JurunPhénomene de Medecine.
R écoutez , Seigneurs , petits &
grands , l'Hiftoire del Medico dell'
acqua fresca: un Prêtre Sicilien , fils
d'un Apoticaire , Docteur en Medecine,
Chimifte de réputation , & de plus Ca
pucin pour le falut de fon ame , eft ici
depuis fix femaines. Il a par charité , par
vanité ou par malice contre la Faculté
´entrepris de guerir les maux qu'on croit
inconnus aux Medecins: voici le fait.
Le Comte Beveren , Allemand , étoit
depuis trois ans affligé d'une palpitation
de cœur avec des mouvemens convul
fifs , un froid à la poitrine qui ne lui
permettoit pas dans la canicule , de fouf--
frir l'air quoique très chaud. Il étoit
toûjours couvert d'une fourrure fur la
peau , & à l'avenant vêtu de veſtes & de
furtouts outre cet affortiment de jour
il étoit très-chaudement couché , & il
ne pouvoit la nuit fous fes couvertu
res fortir le doigt fans être gelé , &
en avoir des convulfions. Le Capucin
Cij
d'entrée dejeu,le dépouille de fes inuti
les/
1914 MERCURE DE FRANCE.
les furtouts , le mit à l'air , & avec de
l'eau commune à la glace & prefque
gelée, fait en 24. heures , que le Comte
Beveren ne connoît plus la foibleffe de
fa poitrine , nile froid ordinaire dont il
étoit tourmenté , eft fans convulfions ,
1
dort à merveille, & fetrouve déja com
me gueri ; fes palpitations fontfort di
minuées. C'eſt l'ouvrage de cinq ſemai
nes. Nota que tous les Medecins de Fran
ce, d'Angleterre & d'Allemagne conful
tez , n'ont rien connu à ce mal. Ils ont
feulement tenu les difcours ordinaires .
un épaiffement du fang , &c. mais de
remede point du tout.
Le CommandeurGuarrena,Piémontois,
livréparla facultéà ladifcretion d'un po
lipeou Schirre,formé ou non, mais placé
àcôtédufoye en long, &fi dur qu'il n'o
béïffoit pas à la main;exterieurement mar
qué avec tous les fimptômes d'un homme
farci d'obftructions ; un corps fec, exte
nué , face livide , &c. par l'effet de l'eau,
le Schirre fe ramolit , 15. jours après il
fentit toute forte de douleurs. La dureté
s'eft diffipée à mesure que dans fes uri
nes on voyoit des matieres comme de la
craye & vifqueufes,à couper avec le cou
teau. M. Guarrena eft revenu de fes laffi
tudes , fon vifage a repris couleur, & ilfe
trouve guerri. Maux de têtes, migraines,
cha
SEPTEMBRE 1724. 1915
chaleurs d'entrailles , diarrées inveterées,
n'ont fait que blanchir fous l'eau glacée.
Un Prêtre atteint de la fiévre maligne
en trois jours a été fur pied : la fiévre
fut prife dans le commencement , &'dès
qu'ellefut declarée maligne.
UnEſpagnol, Page du Grand-Maître,
abandonné par fon Medecin , & après
avoir reçu les Sacremens , fut dans trois
jours fans fiévre par le fecours du Ca
pucin. Il leprit dans cet état , fit ouvrir
les fenêtres , & lui fit avaler de l'eau à la
glace.
Il prétend guerir les hidropifies avec
l'eau en très-peu de temps , & a propofé
qu'on lui donnât de tels malades.
Le Bailly Ruffo fe trouvant attaqué
d'une fiévre violente, avec une diarréeen
tenefme , & des douleurs affieufes , rien
ne le foulagea. Il fit venir le Capucin &
prit l'eau. Dès les premieres 24. heu
res , plus de fiévre, moins de douleurs.
Le lendemain fa diarrée augmenta &
fit de la matiere verte en abondance ;
le troifiéme jour nous l'avons vû chez
le Grand-Maître. J'en fus tout étonné, je
l'avois vû le matin dans fon lit.
Tout ce que je vous écris , mon cher
Bailly , eft de vifu & auditu : je ne
fuis pas prévenu en faveur de l'eau , je
ne la croyois bonne que pour rinfer nos
ver
C iij
1916 MERCURE DE FRANCE.
verres, & pour laver les égouts.
Voici fa maniere de traiter. Onfait ra
fraîchir l'eau à force de glacé ou de nei
ge, autant qu'elle peut l'être , & vous
en buvez trois grands gobelets le matin ,
& dansle cours de la journée jufques à
35. On ne mange point, fur-tout les pre
miers jours. Lorfqu'on fe trouvefoible
au lieu d'alimens , il donne deux ou trois
verres d'eau le foir , avec deux ou trois
jaunes d'oeufs. Dans la fuite on mange
plus ou moins un demi poulet , un petit
pigeon , deux ou trois onces de macar
rons de Sicile, felon l'état où le Capucin
trouve fon malade. Plus ou moins d'eau ,
plus ou moins d'alimens. Il ne quitté
pas fes malades , & obferve continuelle
ment leur poulx. L'effet de l'eau eſt dé
donner , ou des maux de tête , ou dés
chaleurs extrêmes , ou des douleurs dans
les entrailles , même la diarrée , & de
Vous renouveller tous vos anciens maux.
Voici le remede pour la diarrée il
vous coule des lavemens d'eau à la glacë,
& fait boire dans l'inftant, ainſi que pour
les douleurs d'entrailles , & vous fait
frotter le ventre avec de la glace. Pour
les chaleurs de même , il frotte avec de la
glace la tête & l'eftomach. Si c'eft fciati
que qui fe renouvelle ou rumatifine
friction fur la partie avec cette glace.
Ecce
SEPTEMBRE 1724. 1917
Ecce homo, jugez- en, j'ai vû , je vois
tous les jours ce que j'écris ; il traite ſes
malades fans intereft. Ce Religieux a
de l'efprit , l'air guai , confolant & de
confiance. Je lui ai propofé l'eau pour
mesyeux, il m'afait efperer d'autres re
medes pour fortifier les nerfs optiques ,
j'en uferai s'ils font externes , s'il m'en
propofe d'autres , chiſta benè nonſi mo
ve, mafanté eftparfaite,fon graffo ,fref
co comecarne di vitella. Honorez-moi de
vos ordres dans les quatre mois que je.
ferai encore ici ; heureux fi je pouvois
prouver à vôtre Excellence le tendre &
refpectueux attachement de fon très
humble & très obéiffant ferviteur F. P.
Fermer
Résumé : EXTRAIT d'une autre Lettre curieuse, écrite aussi de Malthe dans le même temps, sur un Phénomene de Medecine.
Fermer
3
p. 2353-2357
LETTRE écrite de Malthe le 28. Juillet 1724. contenant les suites du Remede de l'Eau à la glace
Début :
Je fus saisis ces jours passez d'une collique vers le soir, & je passai la nuit [...]
Mots clefs :
Eau, Remède, Douleurs, Urines
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Malthe le 28. Juillet 1724. contenant les suites du Remede de l'Eau à la glace
LETTRE écrite de Malthe le 28. Juillet
1724. contenantlesfuites du Remede
de l'Eau à laglace.
E fus faifis ces jours paffez d'une co
lique vers le foir, & je paffai lanuit
dans des douleurs vives à me rouler fur
monlit. Jebus le matin deux pots d'eau
à la glace , je dînai legerement , j'en pris
encoretrois pots avantquede mecoucher
fans manger. Mes douleurs furent appai
fées. Le lendemain aprèsavoir bû encore
deuxpots à 5. heures du matin, je rendis
beauccoup de matieres brûlées & j'urinai
beaucoup. Deflors plus de colique : j'ai
repris ma vie ordinaire. Ce remede gue
rit tous cours de ventre inveteré , flux
de fang,, fciatique & rumatifme ; nous
en avons déja 50. épreuves. Le Bailly
Semagnes dans les vives douleurs de la
goutte s'eft frotté avec de la glace , & a
mis de l'eau gêlée & des linges moüil
lez fur la partie affligée ; dans deux heu
res
2354 MERCURE DE FRANCE.
res les douleurs ont ceflé. Le Grand
Maître qui fe mocquoit du remede com
mence à y avoir foi , & a obligé le Ca
pucin de s'arrêter ici.
Au refte cette eau glacée ne fe donne
pas fans art, il ne veut entreprendre
perfonne dans la canicule , fon attention
eft d'éviter les fueurs pour que l'effet fe
1
fafle par les felles & par les urines ; il
prétend précipiter les humeurs peccan
tes , & éviter qu'elles ne fe mêlent avec
le fang. Il connoît aux ongles & au poulx
le progrès de l'eau , & double ou dimi
nue la doze fur les indications que lui
fournit la nature. Il traite tous fes mala
des differemment , les uns mangent
foir & matin dès le premier jour , &
furtout des macarrons avec du fromage
cuits à l'eau , & des œufs frais , le jaune
feulement. Il a d'autres malades qui font
15. jours & 3.femaines fans manger ab
folument. 11 en a deux de ma connoif
fance actuellement à la * Camarade, qui
yfont fans manger, l'un depuis 17. jours,
& l'autre depuis 11.
Balbani et maigre à faire peur, &
Caftriofi eft fort gras , & avec des dou
leurs vives , ils ne mangeront pas fi
tôt. Le Capucin m'a dit qu'il avoit traité
un Prêtre quifut d'abord 57. jours fans
Hôpital de Malthe.
man
NOVEMBRE 1724. 2355
manger , il le fit manger enfuite 8. ou
10. jours, & finit fa cure par une diette
de 40. jours c'étoit un homme aban
donné de toute la Medecine. Le Comte
Beuveren , & le Commandeur Guarre
nafont à merveille , ainfi que tous ceux
qu'il a entrepris. Le fils de Dorel atta
qué d'un flux d'urine , & fi foible qu'il
le fallut porter à la Camarade fur fon lit,
marcha le troifiéme jour , & va par tout
aujourd'hui.
Le petit Page Efpagnol eft fans fiévre ,
&fepromene. Il vous expedie une fié
vre en 3. jours ; mais il vous défend de
fuer & devous échauffer ; il prétend que
l'eau a plus d'effet l'Hiver & dans les
pays froids. Tous les Medecins d'ici font
étonnez , & s'étudient à prefent à pene
trer le fecret. Il fe conduit , comme nous
l'avons dit , par l'indication du poulx &
des ongles. Il force à boire ceux qui y
repugnent, & ôte l'eau à ceux qui la
fouhaitent , & ne la leur donne que par
mefure , & dans de certains temps, la
nuit & le jour.
Le 30. du mois paffé le Chevalier de
Serinchan extenué par des chaleurs d'en
trailles & dans les reins , a rendu des
urines fi chaudes & fi brûlantes, que les
pots de chambre de verre fe cafloient. It
eft revenu dans fabonne couleur , & il
fera
2356 MERCURE DE FRANCE.
fera hors des remedes dès que les urines
qui perdent peu à peu de leur chaleur ,
feront au degré ordinaire. Le petit Page
dont j'ai déja parlé , abandonné des Me
decins ordinaires , & qui fe promene au
jourd'hui a été dans le même cas ; fes
urines étoient brûlantes. Le Capucin
vient de dire au Grand-Maître qu'il fe
faifoit fort de guerir un Portugais , nom
méPichotte , qui eft de retour de Mont
pellier depuis fix femaines. Il a une tu
meur dans le ventre groffe comme la for
me d'un Chapeau avecun vifage de cire
jaune.
1
Hier aufoir le Comte Beuveren rendit
par le bas la matiere d'un autre abfcès
fecond effet extraordinaire de l'eau
glacée. Si cet homme reprend fa ſanté,
c'eſtun vrai miracle de ce remede , il eft
à merveilles jufqu'à prefent & fans pal
pitation. Le Page Efpagnol s'embarque
demain pour Alicant enbonne fanté.
Le Chevalier de Romagere le cadet
eft actuellement dans un commencement
d'hydropifie , il a les jambes enflées &
les bourſes pleines d'eau. Le Capucin l'a
affuré qu'il le gueriroit , & que l'eau
étoit sûre pour ce mal ; ajoûtant qu'il en
avoit cent épreuves. Enfin ce bon Pere
m'a dit qu'ila délivré une femme prête
à mourir, ne pouvant accoucher d'un
enfant
1
NOVEMBRE 1724. 2357
enfant mort , le tout en lui faifant boire
de l'eau glacée
1724. contenantlesfuites du Remede
de l'Eau à laglace.
E fus faifis ces jours paffez d'une co
lique vers le foir, & je paffai lanuit
dans des douleurs vives à me rouler fur
monlit. Jebus le matin deux pots d'eau
à la glace , je dînai legerement , j'en pris
encoretrois pots avantquede mecoucher
fans manger. Mes douleurs furent appai
fées. Le lendemain aprèsavoir bû encore
deuxpots à 5. heures du matin, je rendis
beauccoup de matieres brûlées & j'urinai
beaucoup. Deflors plus de colique : j'ai
repris ma vie ordinaire. Ce remede gue
rit tous cours de ventre inveteré , flux
de fang,, fciatique & rumatifme ; nous
en avons déja 50. épreuves. Le Bailly
Semagnes dans les vives douleurs de la
goutte s'eft frotté avec de la glace , & a
mis de l'eau gêlée & des linges moüil
lez fur la partie affligée ; dans deux heu
res
2354 MERCURE DE FRANCE.
res les douleurs ont ceflé. Le Grand
Maître qui fe mocquoit du remede com
mence à y avoir foi , & a obligé le Ca
pucin de s'arrêter ici.
Au refte cette eau glacée ne fe donne
pas fans art, il ne veut entreprendre
perfonne dans la canicule , fon attention
eft d'éviter les fueurs pour que l'effet fe
1
fafle par les felles & par les urines ; il
prétend précipiter les humeurs peccan
tes , & éviter qu'elles ne fe mêlent avec
le fang. Il connoît aux ongles & au poulx
le progrès de l'eau , & double ou dimi
nue la doze fur les indications que lui
fournit la nature. Il traite tous fes mala
des differemment , les uns mangent
foir & matin dès le premier jour , &
furtout des macarrons avec du fromage
cuits à l'eau , & des œufs frais , le jaune
feulement. Il a d'autres malades qui font
15. jours & 3.femaines fans manger ab
folument. 11 en a deux de ma connoif
fance actuellement à la * Camarade, qui
yfont fans manger, l'un depuis 17. jours,
& l'autre depuis 11.
Balbani et maigre à faire peur, &
Caftriofi eft fort gras , & avec des dou
leurs vives , ils ne mangeront pas fi
tôt. Le Capucin m'a dit qu'il avoit traité
un Prêtre quifut d'abord 57. jours fans
Hôpital de Malthe.
man
NOVEMBRE 1724. 2355
manger , il le fit manger enfuite 8. ou
10. jours, & finit fa cure par une diette
de 40. jours c'étoit un homme aban
donné de toute la Medecine. Le Comte
Beuveren , & le Commandeur Guarre
nafont à merveille , ainfi que tous ceux
qu'il a entrepris. Le fils de Dorel atta
qué d'un flux d'urine , & fi foible qu'il
le fallut porter à la Camarade fur fon lit,
marcha le troifiéme jour , & va par tout
aujourd'hui.
Le petit Page Efpagnol eft fans fiévre ,
&fepromene. Il vous expedie une fié
vre en 3. jours ; mais il vous défend de
fuer & devous échauffer ; il prétend que
l'eau a plus d'effet l'Hiver & dans les
pays froids. Tous les Medecins d'ici font
étonnez , & s'étudient à prefent à pene
trer le fecret. Il fe conduit , comme nous
l'avons dit , par l'indication du poulx &
des ongles. Il force à boire ceux qui y
repugnent, & ôte l'eau à ceux qui la
fouhaitent , & ne la leur donne que par
mefure , & dans de certains temps, la
nuit & le jour.
Le 30. du mois paffé le Chevalier de
Serinchan extenué par des chaleurs d'en
trailles & dans les reins , a rendu des
urines fi chaudes & fi brûlantes, que les
pots de chambre de verre fe cafloient. It
eft revenu dans fabonne couleur , & il
fera
2356 MERCURE DE FRANCE.
fera hors des remedes dès que les urines
qui perdent peu à peu de leur chaleur ,
feront au degré ordinaire. Le petit Page
dont j'ai déja parlé , abandonné des Me
decins ordinaires , & qui fe promene au
jourd'hui a été dans le même cas ; fes
urines étoient brûlantes. Le Capucin
vient de dire au Grand-Maître qu'il fe
faifoit fort de guerir un Portugais , nom
méPichotte , qui eft de retour de Mont
pellier depuis fix femaines. Il a une tu
meur dans le ventre groffe comme la for
me d'un Chapeau avecun vifage de cire
jaune.
1
Hier aufoir le Comte Beuveren rendit
par le bas la matiere d'un autre abfcès
fecond effet extraordinaire de l'eau
glacée. Si cet homme reprend fa ſanté,
c'eſtun vrai miracle de ce remede , il eft
à merveilles jufqu'à prefent & fans pal
pitation. Le Page Efpagnol s'embarque
demain pour Alicant enbonne fanté.
Le Chevalier de Romagere le cadet
eft actuellement dans un commencement
d'hydropifie , il a les jambes enflées &
les bourſes pleines d'eau. Le Capucin l'a
affuré qu'il le gueriroit , & que l'eau
étoit sûre pour ce mal ; ajoûtant qu'il en
avoit cent épreuves. Enfin ce bon Pere
m'a dit qu'ila délivré une femme prête
à mourir, ne pouvant accoucher d'un
enfant
1
NOVEMBRE 1724. 2357
enfant mort , le tout en lui faifant boire
de l'eau glacée
Fermer
Résumé : LETTRE écrite de Malthe le 28. Juillet 1724. contenant les suites du Remede de l'Eau à la glace
Fermer