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51
p. 2071-2074
PRUSSE.
Début :
LES lettres reçûës de Berlin portent que le Roi de Prusse se préparoit à partir le 15 du mois [...]
Mots clefs :
Roi de Prusse, Princesse de Hongrie, Empereur, Bohême, Allemagne, Corps germanique, Grande-Bretagne
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texteReconnaissance textuelle : PRUSSE.
PRUSSE.
Es lettres reçûës de Berlin portent que le Roi
Lde Pruffe fe préparoit à partir le 15 du mois
dernier , pour aller fe mettre à la tête de la premiere
Colonne des troupes , avec lesquelles il doit entrer
en Boheme.
On mande de Berlin du 27 du mois dernier que
le Koi de Pruffe , en envoyant ordre à M. Andrié ,
fon Miniftre à Londres , de remettre aux Miniftres
du Roi de la Grande - Bretagne le Manifeſte
publié par S. M. au fujet de la réfolution qu'elle a
prife de faire marcher les troupes au fecours de
l'Empereur , a adreffé à ce Miniftre un Refcrit ,
contenant la Déclaration particuliere que S. M. le
charge de faire de fa part à la Cour d'Angleterre .
Ce Refcrit porte que depuis la conclufion du Trai.
té de Breslau , le principal objet de l'attention du
Roi a été de cultiver l'amitié de la Reine de Hongrie
, de travailler à rétablir la bonne intelligence
entre
1072 MERCURE DE FRANCE.
entre l'Empereur & cette Princeffe , & d'arrêter le
cours des troubles que leurs differends fur la fucceffion
du feu Empereur ont occafionnés , & dont les
meilleures Provinces des Puiffances Belligerentes ,
auffi bien que plufieurs Etats neutres de l'Allemagne
, n'ont que trop reffenti les funeftes effers ; que
Le Roi ne peut donner trop d'éloges à la générosité
avec laquelle l'Empereur a offert de facrifier fes prétentions
au defir de rendre la tranquillité à l'Empire;
que la Reine de Hongrie a montré des difpofitions
bien differentes de celles de S. M. I. & que cette
Princeffe a fait voir clairement par fa conduite ,
qu'elle ne vouloit point de paix , qui ne la rendît
l'arbitre de l'Allemagne , & qui ne lui affujettft le
Corps Germanique ; que les vaftes & pernicieux
deffeins de S. M. H. fe font développés , à mefure
que la profperité de fes armes a parû affûrer le fuccès
de fon ambition ; qu'elle n'a plus gardé aucun
ménagement pour les Chef de l'Empire , ni aucun
égard pour les prérogatives du College Electoral ;
qu'envain le Roi l'a avertie qu'aucun des Princes de
P'Empire , qui prennent à coeur le maintien des
Conftitutions de l'Allemagne , ne pourroit fouffrir
qu'on attaquât ainfi la Dignité Impériale ; que le
Roi a repréſenté auffi inutilement à cette Princeffe ,
qu'il ne pourroit enfin fe difpenfer de remplir les
devoirs primitifs , qui lui font impofés par le rang
qu'il tient entre les Membres du Corps Germani
que , & aufquels toute autre confidération doit cé
der ; que la Reine de Hongrie , trop entêtée de fes
projets , pour prêter l'oreille à des repréfentations
dictées par l'amitié , a traité de nulle & d'invalide
PElection de l'Empereur ; qu'elle n'a pas prétendu
moins , que de le faire defcendre du Trône Impérial
, ou bien de le forcer à y recevoir un Affocié ,
qui en auroit ufurpé toute l'autorité ; qu'après avoir
envahi
SEPTEMBRE. 1744. 2073
envahi rous les Etats de l'Empereur , elle a , par un
attentat fans exemple , chaffé du Territoire de l'Empire
les troupes impériales ; que les Princes , qui ont
refulé de favorifer les démarches téméraires de
S. M. H. ont été traités avec autant d'indignité
que d'injustice , & qu'elle n'a épargné ni menaces
ni intrigues , pour former une Confédération contre
eux & contre l'Empereur ; que toutes ces entreprifes
n'ayant pû que révolter étrangement les
Membres du Corps Germanique , zélés pour la gloire
de leur Patrie , plufieurs des plus puiffans de ces
Membres ont jugé néceffaire de s'unir étroitement
avec le Chef de l'Empire , & d'affembler leurs forces
, pour foûtenir la Dignité & fes Droits , & pour
s'opposer aux entreprifes de ceux dont les vues tendent
manifeſtement à la ruine de la liberté de l'Allemagne
que l'honneur & le devoir du Roi lui
ont fait une loi indifpenfable d'entrer dans cette
union , & de fecourir efficacement l'Empereur; que
Pintention de S. M. n'eft pas cependant de rompre
la paix concluë à Breslau , ni de déclarer la guerre à
la Reine de Hongrie ; qu'il n'entre dans la réfolution
du Roi ni paffion ni intérêt ; que S. M. ne le
propofe point d'étendre les limites de fes Etats , mais
qu'elle veut défendre l'Empereur , maintenir la liberté
de l'Empire & affûrer le repos de l'Allemagne ;
que comme aucun Prince de l'Empire n'eft en droit
de fe mêler de la Conftitution du Gouvernement , ni
des affaires de l'intérieur de la Grande- Bretagne ;
on a lieu de s'attendre que la Nation Angloife ne
ſe mêlera pas non plus des affaires qui ne regardent
que le Corps Germanique ; que le Roi eft d'autant
plus fondé à s'en flater , que la Grande- Bretagne
n'a aucune raifon de prendre part à cette querelle ,
ni par l'interêt de fon commerce , ni par d'autres
motifs,qui puiffent lui fournir un prétexte légitime ,
G .&
2074 MERCURE DE FRANCE.
& que quand même la Nation Britannique feroit
portée de defirer plûtôt l'avantage d'une Cour d'Allemagne
que celui d'une autre , elle est trop éclairée
& trop jufte , pour prétendre que des Princes ,
auffi puiffans & auffi refpectables que ceux de l'Empire
, doivent fe régler fur les inclinations d'un
peuple étranger ; qu'au furplus la résolution prife
par le Roi de donner des fecours à l'Empereur ne
regarde en rien la guerre dans laquelle les Anglois
fe trouvent engagés avec d'autres Puiffances , &
que S. M. ne penfe nullement à faire agir les forces
offenfivement contre la Grande Bretagne ; que cette
réſolution ne dérangera pas non plus l'exécution des
engagemens que le Roi a pris avec la Cour de Lordres
; qu'il compte toujours de les remplir avec
toute l'exactitude poffible , & qu'il acquittera entierement
toutes les fommes , dont il s'eft rendų
redevable envers l'Angleterre par le Traité de
Breſlau , pourvû que les Anglois par leurs démar
ches ne contribuent pas eux-mêmes à la rupture des
liens , qui fubfiftent entre les deux Puiffances .
Es lettres reçûës de Berlin portent que le Roi
Lde Pruffe fe préparoit à partir le 15 du mois
dernier , pour aller fe mettre à la tête de la premiere
Colonne des troupes , avec lesquelles il doit entrer
en Boheme.
On mande de Berlin du 27 du mois dernier que
le Koi de Pruffe , en envoyant ordre à M. Andrié ,
fon Miniftre à Londres , de remettre aux Miniftres
du Roi de la Grande - Bretagne le Manifeſte
publié par S. M. au fujet de la réfolution qu'elle a
prife de faire marcher les troupes au fecours de
l'Empereur , a adreffé à ce Miniftre un Refcrit ,
contenant la Déclaration particuliere que S. M. le
charge de faire de fa part à la Cour d'Angleterre .
Ce Refcrit porte que depuis la conclufion du Trai.
té de Breslau , le principal objet de l'attention du
Roi a été de cultiver l'amitié de la Reine de Hongrie
, de travailler à rétablir la bonne intelligence
entre
1072 MERCURE DE FRANCE.
entre l'Empereur & cette Princeffe , & d'arrêter le
cours des troubles que leurs differends fur la fucceffion
du feu Empereur ont occafionnés , & dont les
meilleures Provinces des Puiffances Belligerentes ,
auffi bien que plufieurs Etats neutres de l'Allemagne
, n'ont que trop reffenti les funeftes effers ; que
Le Roi ne peut donner trop d'éloges à la générosité
avec laquelle l'Empereur a offert de facrifier fes prétentions
au defir de rendre la tranquillité à l'Empire;
que la Reine de Hongrie a montré des difpofitions
bien differentes de celles de S. M. I. & que cette
Princeffe a fait voir clairement par fa conduite ,
qu'elle ne vouloit point de paix , qui ne la rendît
l'arbitre de l'Allemagne , & qui ne lui affujettft le
Corps Germanique ; que les vaftes & pernicieux
deffeins de S. M. H. fe font développés , à mefure
que la profperité de fes armes a parû affûrer le fuccès
de fon ambition ; qu'elle n'a plus gardé aucun
ménagement pour les Chef de l'Empire , ni aucun
égard pour les prérogatives du College Electoral ;
qu'envain le Roi l'a avertie qu'aucun des Princes de
P'Empire , qui prennent à coeur le maintien des
Conftitutions de l'Allemagne , ne pourroit fouffrir
qu'on attaquât ainfi la Dignité Impériale ; que le
Roi a repréſenté auffi inutilement à cette Princeffe ,
qu'il ne pourroit enfin fe difpenfer de remplir les
devoirs primitifs , qui lui font impofés par le rang
qu'il tient entre les Membres du Corps Germani
que , & aufquels toute autre confidération doit cé
der ; que la Reine de Hongrie , trop entêtée de fes
projets , pour prêter l'oreille à des repréfentations
dictées par l'amitié , a traité de nulle & d'invalide
PElection de l'Empereur ; qu'elle n'a pas prétendu
moins , que de le faire defcendre du Trône Impérial
, ou bien de le forcer à y recevoir un Affocié ,
qui en auroit ufurpé toute l'autorité ; qu'après avoir
envahi
SEPTEMBRE. 1744. 2073
envahi rous les Etats de l'Empereur , elle a , par un
attentat fans exemple , chaffé du Territoire de l'Empire
les troupes impériales ; que les Princes , qui ont
refulé de favorifer les démarches téméraires de
S. M. H. ont été traités avec autant d'indignité
que d'injustice , & qu'elle n'a épargné ni menaces
ni intrigues , pour former une Confédération contre
eux & contre l'Empereur ; que toutes ces entreprifes
n'ayant pû que révolter étrangement les
Membres du Corps Germanique , zélés pour la gloire
de leur Patrie , plufieurs des plus puiffans de ces
Membres ont jugé néceffaire de s'unir étroitement
avec le Chef de l'Empire , & d'affembler leurs forces
, pour foûtenir la Dignité & fes Droits , & pour
s'opposer aux entreprifes de ceux dont les vues tendent
manifeſtement à la ruine de la liberté de l'Allemagne
que l'honneur & le devoir du Roi lui
ont fait une loi indifpenfable d'entrer dans cette
union , & de fecourir efficacement l'Empereur; que
Pintention de S. M. n'eft pas cependant de rompre
la paix concluë à Breslau , ni de déclarer la guerre à
la Reine de Hongrie ; qu'il n'entre dans la réfolution
du Roi ni paffion ni intérêt ; que S. M. ne le
propofe point d'étendre les limites de fes Etats , mais
qu'elle veut défendre l'Empereur , maintenir la liberté
de l'Empire & affûrer le repos de l'Allemagne ;
que comme aucun Prince de l'Empire n'eft en droit
de fe mêler de la Conftitution du Gouvernement , ni
des affaires de l'intérieur de la Grande- Bretagne ;
on a lieu de s'attendre que la Nation Angloife ne
ſe mêlera pas non plus des affaires qui ne regardent
que le Corps Germanique ; que le Roi eft d'autant
plus fondé à s'en flater , que la Grande- Bretagne
n'a aucune raifon de prendre part à cette querelle ,
ni par l'interêt de fon commerce , ni par d'autres
motifs,qui puiffent lui fournir un prétexte légitime ,
G .&
2074 MERCURE DE FRANCE.
& que quand même la Nation Britannique feroit
portée de defirer plûtôt l'avantage d'une Cour d'Allemagne
que celui d'une autre , elle est trop éclairée
& trop jufte , pour prétendre que des Princes ,
auffi puiffans & auffi refpectables que ceux de l'Empire
, doivent fe régler fur les inclinations d'un
peuple étranger ; qu'au furplus la résolution prife
par le Roi de donner des fecours à l'Empereur ne
regarde en rien la guerre dans laquelle les Anglois
fe trouvent engagés avec d'autres Puiffances , &
que S. M. ne penfe nullement à faire agir les forces
offenfivement contre la Grande Bretagne ; que cette
réſolution ne dérangera pas non plus l'exécution des
engagemens que le Roi a pris avec la Cour de Lordres
; qu'il compte toujours de les remplir avec
toute l'exactitude poffible , & qu'il acquittera entierement
toutes les fommes , dont il s'eft rendų
redevable envers l'Angleterre par le Traité de
Breſlau , pourvû que les Anglois par leurs démar
ches ne contribuent pas eux-mêmes à la rupture des
liens , qui fubfiftent entre les deux Puiffances .
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52
p. 105-109
Histoire Générale d'Allemagne par le R. P. Barre in 4o. 10 vol.
Début :
On nous promet incessament une Histoire Générale d'Allemagne avant & depuis l'établissement [...]
Mots clefs :
Ouvrage, Allemagne, Histoire, Empire, Projet, Cartes géographiques
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire Générale d'Allemagne par le R. P. Barre in 4o. 10 vol.
Histoire Générale d'Allemagne par le R. P.
Barre in 40. 10 vol.
On nous promet inceſſament une Hiſtoire
Générale d'Allemagne avant & depuis l'établiſſement
de l'Empire juſqu'à l'Empereur
à préſent regnant , enrichie de notes hiftoriques
, & critiques , de differtations ſur les
points importans , de Généalogies des plus
il luftres maiſons . & de Cartes Géographiques
avec des vignettes & autres Gravures
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
en taille douce 10 vol. in 48. à Paris chez
Charles-Jean-Baptiste Deleſpine , & Jean-
Thomas Heriffant, Libraires, ruë S. Jacques.
Cet ouvrage eſt un morceau d'autant plus
intéreſſant que juſqu'à préſent nous n'avons
encore rien eu de fatisfaiſant fur cette matiere
; car on ne doit point regarder comme
Hiſtoire d'Allemagne , ce que Heiff nous a
donné. Son ouvrage eſt ſi informe , & fi peu
exact , qu'il ne peut être d'aucune utilité. Ce
n'eſt pas cependant qu'on ait manqué de
fecours pour traiter un ſujet ſi important ;
Il y a des ſources abondantes d'où l'on peut
tirer les connoiffances néceſſaires pour réuffir.
Mais cette même abondance a fans
doute rebuté juſqu'à preſent ceux qui auroient
pû tenter cette entrepriſe avec un
certain fuccès. En effet il faut convenir que
la multitude des Auteurs qu'on est obligé de
lire , & la quantité des receuils qu'il eſt néceſſairede
conſulter ſur un ſujet ſi vaſte font
autant d'obstacles effrayans qu'il n'eſt pas
facile de ſurmonter.
Le P. Barre Chanoine Régulier a eû
le courage de vaincre toutes les difficultés .
Ilalu , dit-il dans ſon projet, tous les Ecrivans
qui ont parlé de l'Allemagne en quelque
langue qu'ils ayent écrit : il a examiné attentivement
les immenfes recueils deMeſſieurs
Leibnitz , Luniz , Lidewig , Muratori , Græ-
1
DECEMBRE . 1744. 167
vius ,& toutes les autres collections qui ont
paru depuis celle de Jean Hervage publiée
en 1552. on voit qu'il a fallu du tems pour
une lecture de cette étendue , auffi lui at'elle
couté près de vingt-ans d'un travail
affidu dont il va enfin receuillir le fruit. S'il
regne dans le corps de l'ouvrage autant d'exactitude
, d'élegance &de préciſion que dans le
projet , il eſt à préſumer que les lecteurs les
plus difficiles auront lieu d'être contents.
On voit par le ſeul titre , que cet Auteur
prétend donner beaucoup d'étendue à ſon
Hiſtoire : le projet annonce qu'il doit remonter
juſqu'aux tems les plus reculés , & porter
la lumiere dans les tenebres méme de
l'antiquité , pour nous faire connoître la
premiere origine des Peuples Allemans.
Ces recherches plairont beaucoup fans
doute à nos Sçavans , peut-être auſſi ſeront-
elles du gout de ceux même qui ne
cherchent qu'à amuſer leur curiofité. Mais de
quelque façon que les commencemens ſoient
traités , je crois qu'on trouvera bien plusd'agremens
lorſqu'on ſera parvenu au tems de
Charlemagne , on verra le détail des differens
évenemens qui ont agité l'Empire ſous le
Regne de ce Prince , les révolutions qui
arriverent après ſa mort , les diviſions entre
les Princes d'Allemagne , & les ſecouffes
violentes qui ébranlent à diverſes repriſes le
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
corps de l'Empire , l'établiſſement de ſon
gouvernement tel que nous le voyons aujourd'hui
; les intérêts des differentes maiſons
qui ont poffedé cette couronne , & les mouvemens
qu'ils ont occaſionnés dans l'Empire.
Tout cela forme la matiere d'un long &
penible ouvrage dont l'exécution ſemble
exiger de la part du Public beaucoup de
reconnoiffance pour le ſavant Auteur qui
s'eſt chargé de cetravail difficile.
Si les Libraires tiennent la parole qu'ils
donnent à la fin du projet par rapport au
materiel de l'ouvrage , je veux dire le papier
& l'impreffion , on peut affurer que cette
Hiſtoire ſera une des plus belles éditions que
nous ayons eues depuis long-tems ; & peutêtreune
des moins couteuſes pour ceux qui
veulent s'en aſſurer davance des exemplaires.
Cet ouvrage de dix vol. in-4.. dont chaque
volume contiendra 750 pages & plus , ne
reviendra qu'à 72 liv. en feuilles dont on
paye 36 liv. en ſouſcrivant & les 36 liv.
reſtant en recevant les 10 vol. le prix eft
modique ent oi-même , mais il l'eſt biendavantage
ſi l'on fait reflexion que les volumes
déja confidérables par la matiere qui y eſt
traitée , feront enrichis de vignettes
Cartes Géographiques , de Plans de Batailles ,
en un mot de tous les agremens que lamain
d'un Artiſte habile & intelligent peut préter
de
DECEMBRE. 1744. 109
àune ouvrage pour la perfection duquel on
n'a voulu rien épargner.
Barre in 40. 10 vol.
On nous promet inceſſament une Hiſtoire
Générale d'Allemagne avant & depuis l'établiſſement
de l'Empire juſqu'à l'Empereur
à préſent regnant , enrichie de notes hiftoriques
, & critiques , de differtations ſur les
points importans , de Généalogies des plus
il luftres maiſons . & de Cartes Géographiques
avec des vignettes & autres Gravures
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
en taille douce 10 vol. in 48. à Paris chez
Charles-Jean-Baptiste Deleſpine , & Jean-
Thomas Heriffant, Libraires, ruë S. Jacques.
Cet ouvrage eſt un morceau d'autant plus
intéreſſant que juſqu'à préſent nous n'avons
encore rien eu de fatisfaiſant fur cette matiere
; car on ne doit point regarder comme
Hiſtoire d'Allemagne , ce que Heiff nous a
donné. Son ouvrage eſt ſi informe , & fi peu
exact , qu'il ne peut être d'aucune utilité. Ce
n'eſt pas cependant qu'on ait manqué de
fecours pour traiter un ſujet ſi important ;
Il y a des ſources abondantes d'où l'on peut
tirer les connoiffances néceſſaires pour réuffir.
Mais cette même abondance a fans
doute rebuté juſqu'à preſent ceux qui auroient
pû tenter cette entrepriſe avec un
certain fuccès. En effet il faut convenir que
la multitude des Auteurs qu'on est obligé de
lire , & la quantité des receuils qu'il eſt néceſſairede
conſulter ſur un ſujet ſi vaſte font
autant d'obstacles effrayans qu'il n'eſt pas
facile de ſurmonter.
Le P. Barre Chanoine Régulier a eû
le courage de vaincre toutes les difficultés .
Ilalu , dit-il dans ſon projet, tous les Ecrivans
qui ont parlé de l'Allemagne en quelque
langue qu'ils ayent écrit : il a examiné attentivement
les immenfes recueils deMeſſieurs
Leibnitz , Luniz , Lidewig , Muratori , Græ-
1
DECEMBRE . 1744. 167
vius ,& toutes les autres collections qui ont
paru depuis celle de Jean Hervage publiée
en 1552. on voit qu'il a fallu du tems pour
une lecture de cette étendue , auffi lui at'elle
couté près de vingt-ans d'un travail
affidu dont il va enfin receuillir le fruit. S'il
regne dans le corps de l'ouvrage autant d'exactitude
, d'élegance &de préciſion que dans le
projet , il eſt à préſumer que les lecteurs les
plus difficiles auront lieu d'être contents.
On voit par le ſeul titre , que cet Auteur
prétend donner beaucoup d'étendue à ſon
Hiſtoire : le projet annonce qu'il doit remonter
juſqu'aux tems les plus reculés , & porter
la lumiere dans les tenebres méme de
l'antiquité , pour nous faire connoître la
premiere origine des Peuples Allemans.
Ces recherches plairont beaucoup fans
doute à nos Sçavans , peut-être auſſi ſeront-
elles du gout de ceux même qui ne
cherchent qu'à amuſer leur curiofité. Mais de
quelque façon que les commencemens ſoient
traités , je crois qu'on trouvera bien plusd'agremens
lorſqu'on ſera parvenu au tems de
Charlemagne , on verra le détail des differens
évenemens qui ont agité l'Empire ſous le
Regne de ce Prince , les révolutions qui
arriverent après ſa mort , les diviſions entre
les Princes d'Allemagne , & les ſecouffes
violentes qui ébranlent à diverſes repriſes le
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
corps de l'Empire , l'établiſſement de ſon
gouvernement tel que nous le voyons aujourd'hui
; les intérêts des differentes maiſons
qui ont poffedé cette couronne , & les mouvemens
qu'ils ont occaſionnés dans l'Empire.
Tout cela forme la matiere d'un long &
penible ouvrage dont l'exécution ſemble
exiger de la part du Public beaucoup de
reconnoiffance pour le ſavant Auteur qui
s'eſt chargé de cetravail difficile.
Si les Libraires tiennent la parole qu'ils
donnent à la fin du projet par rapport au
materiel de l'ouvrage , je veux dire le papier
& l'impreffion , on peut affurer que cette
Hiſtoire ſera une des plus belles éditions que
nous ayons eues depuis long-tems ; & peutêtreune
des moins couteuſes pour ceux qui
veulent s'en aſſurer davance des exemplaires.
Cet ouvrage de dix vol. in-4.. dont chaque
volume contiendra 750 pages & plus , ne
reviendra qu'à 72 liv. en feuilles dont on
paye 36 liv. en ſouſcrivant & les 36 liv.
reſtant en recevant les 10 vol. le prix eft
modique ent oi-même , mais il l'eſt biendavantage
ſi l'on fait reflexion que les volumes
déja confidérables par la matiere qui y eſt
traitée , feront enrichis de vignettes
Cartes Géographiques , de Plans de Batailles ,
en un mot de tous les agremens que lamain
d'un Artiſte habile & intelligent peut préter
de
DECEMBRE. 1744. 109
àune ouvrage pour la perfection duquel on
n'a voulu rien épargner.
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53
p. 78-88
ETAT De la Poësie Dramatique en Allemagne.
Début :
Michel Sachse, Historien Allemand, nous apprend dans la quatrieme [...]
Mots clefs :
Hans Wurst, Théâtre, Acteurs, Comédie, Jean Saucisse, Allemagne, Poésie dramatique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ETAT De la Poësie Dramatique en Allemagne.
ETAT
De la Poëfie Dramatique en Allemagne.
M
Ichel Sachfe , Hiftorien Allemand ,
nous apprend dans la quatrieme
partie de fa Chronique des Empereurs ,
que la premiere Comédie fur jouée en
Allemagne en 1497 ; que Reuchlin en fut
l'auteur ; qu'il la compofa en l'honneur
de Jean de Dalberg , Evêque de Worms
& que le peuple la regarda comme un prodige
: c'eft là la premiere trace de l'origine
des fpectacles en Allemagne. L'ufage ne
peut gueres en avoir été plus ancien en
>
DECEMBRE . 1754. 79
France puifque fous François I on y
jouoit des comédies faintes , qui , autant
qu'on en peut juger par les titres , devoient
être monftrueufes. Il eft vrai que
fi l'on remonte à cet Anfelme Faidet dont
parle M. de Fontenelle dans fon Hiftoire
du Théatre François , & qui après avoir
promené fes tragédies & fes comédies
avec un grand fuccès dans plufieurs Cours ,
mourut en 1220 , le fpectacle fe trouvera
au moins de 277 ans plus ancien en France
qu'en Allemagne.
La principale caufe qui a empêché le
théatre allemand d'acquerir le dégré de
perfection auquel font parvenus les théâtres
d'Italie , d'Angleterre , & fur-tout celui
de France ; c'eft qu'ayant été en proye
à des troupes de bâteleurs errans , qui couroient
de foire en foire par toute l'Allemagne
, jouant de mauvaiſes farces pour
amufer la populace , les honnêtes gens fe
font revoltés contre cette forte de fpectacles
, & l'Eglife les a condamnés comme
propres par leur indécence , à corrompre
les moeurs. Il ne s'eft pas trouvé un homme
du monde , pas un génie d'un certain
ordre qui ait voulu travailler pour de pareils
hiftrions.
Le premier vice du théatre allemand
étoit donc de manquer de bonnes pieces ;
D iiij
So MERCURE DE FRANCE.
celles qu'on y repréfentoit , devenoient
également odieufes , & par le plan & par
l'exécution . On n'y voyoit jamais une
époque de la vie , un événement développé
; c'étoit toujours des hiftoires , quelquefois
de plufieurs fiécles : les régles du
dramatique y étoient tout- à - fait inconnues
, & les Comédiens donnoient une
pleine carriere à leur imagination.
La comédie qu'on jouoit le plus univerfellement
, c'étoit Adam & Eve , ou la
chute du premier homme ; elle n'eft pas encore
tout -à - fait profcrite , & il n'y a que
quelques années qu'on l'a repréfentée à
Strasbourg. On y voit une groffe Eve ,
dont le corps eft couvert d'une fimple
toile couleur de chair , exactement collée
fur la peau avec une petite ceinture de
feuilles de figuier , ce qui forme une nudité
très dégoûtante . Adam eft fagoté de
même. Le pere Eternel paroît avec une
vieille robe de chambre , affeublé d'une
vafte perruque & d'une grande barbe blanche
; les diables font les bouffons & les
mauvais plaifans.
Une autre piece que les Comédiens regardoient
comme une tragédie fublime ,
& qu'ils nommoient dans leurs affiches ,
une action d'éclat & d'état , c'eft Bajazet
Tamerlan. Après que ces deux rivaux
DECEMBRE. 1754. 81
de la tyrannie fe font fait dire par leurs
Ambaffadeurs , les invectives les plus atroces
& les faletés les plus groffieres , ils en
viennent à la bataille qui fe donne fur le
théatre. On voit Tamerlan qui terraffe
Bajazet : ces Princes fe prennent à braffecorps
, & font des efforts terribles pour s'étrangler
mutuellement , en jettant des cris
& des hurlemens affreux .
Dans une tragédie , intitulée Diocletien
, cet Empereur , grand perfécuteur des
Chrétiens , apprend que la belle Dorothée
a embraffé en cachette le Chriftianifme :
tranſporté de colere il fait venir fon Général
Antonin ; & lui commande de violer publiquement
cette Princeffe.Bien loin d'exécuter
cet étrange ordre , Antonin conçoit
pour elle un amour refpectueux & tâche de
la fauver. L'Empereur féduit par les mauvais
confeils de fon Chancelier , fait couper
la tête à la Princeffe , & cette exécution fe
paffe fur le théatre à la vûe des fpectateurs.
Dioclétien ne tarde point à fe repentir
de fon crime ; mais un moment
après il eft englouti par la terre. Le Général
Antonin perd la raifon de defefpoir , &
fait mille extravagances ; il s'endort à la
fin : Arlequin furvient , & le réveille avec
un jeu de cartes , en lui criant aux oreilles :
quatre matadors & fans prendre.
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
Le bouffon ou plaiſant de la véritable
comédie allemande eft appellé Jean fauciffe
( Hans-Wurft ) ; c'eft une efpéce de
balourd. Pour être parfait en fon genre ,
on veut qu'il ait l'accent Saltzbourgeois ; il
a le privilége de dire des faletés : au prix
de lui le Polichinel François eft très- poli .
Dans une piece intitulée Charles XII ,
Roi de Suede , le Général Fierabras commande
dans la fortereffe de Friderichshall
; il paroît fur les remparts , provoque
Charles XII , lui chante pouille , & l'appelle
fanfaron. Charles de fon côté le menace
qu'il le fera hacher menu comme
chair a pâté. Sur quoi le Roi va reconnoître
la ville. Jean Sauciffe qui est en faction ,
lui crie : Qui va là ? Le Roi répond , Charles
XII , & ajoute : Et toi , qui es -tu ?
Jean Sauciffe XIII , lui replique le bouffon
, en lui faifant la généalogie des Jean
Sauciffe. A la fin Charles fe met de mauvaiſe
humeur & fait commencer la canonnade
; mais il est bientôt étendu fur le
carreau. Fierabras fuivi de Jean Sauciffe ,
fort de la place ; & après avoir chanté victoire
fur le cadavre du Roi Suédois , il regagne
la ville , & la piece finit.
Ce n'eft pas que parmi tant de fottifes
on ne voye de tems en tems fur l'ancien
théatre allemand quelques bluettes d'efDECEMBRE
. 1754- 85
prit , quelques faillies plaifantes. Il y a
certainement des traits qui font rire , même
les honnêtes gens ; mais ils font rares &
prefque toujours défigurés par des poliffonneries
groffieres , ou par le noeud ridicule
de la piece.
Un autre défaut de ces anciennes pieces
allemandes , & qui n'eft pas des moindres ,
c'eft qu'elles ne font pas écrites d'un bout
à l'autre. Les Comédiens pour l'ordinaire
n'en ont que le cannevas , & jouent le
refte d'imagination . Jean Sauciffe fur-tout
y trouve unbeau champ pour donner carriere
à fes plaifanteries.
Au refte tout étoit mauffade dans ce
fpectacle : une mauvaiſe cabanne de planches
fervoit de maifon ; les décorations y
étoient pitoyables ; les acteurs vêtus de
de haillons & coëffés de grandes & vieilles
perruques , reflembloient à des fiacres
habillés en héros : en un mot , la comédie
étoit un divertiffement abandonné à la lie
du peuple.
Au milieu de cette barbarie une femme
aimable ofa concevoir le deffein d'épurer
le théatre allemand , de lui donner une
forme raisonnable , & de le porter , s'il étoit
Foffible , à la perfection ; but que les ef-
Frits d'un certain ordre fe propofent toujours
dans leurs entrepriſes. Cette femme
D vj
84 MERCURE DE FRANCE .
étoit Madame Neuber , épouſe d'un affez
mauvais Comédien , mais bonne actrice :
outre fon talent pour le théatre , elle en a
beaucoup pour la Poëfie , fuite du génie &
du goût avec lefquels elle eft née . Ses premiers
fuccès furent d'abord très- brillans ;
elle commença par s'affarer de plufieurs
bons acteurs , & en forma d'autres . Ce ne
fut pas une petite acquifition que celle
qu'elle fit en Monfieur Koch , Comédien ,
qui auroit paffé même à Paris pour excellent
, s'il avoit fçu la langue Françoiſe
auffi bien qu'il poffedoit l'Allemande : c'étoit
d'ailleurs un homme d'efprit qui avoit
de bonnes études , & qui dans la fuite a
traduit en vers allemands quelques-unes
des meilleures pieces Françoifes.
Mais ce n'étoit pas le tout d'avoir de
bons acteurs ; Madame Neuber crut avec
raifon qu'il falloit auffi fe pourvoir de
bonnes pieces , & rien n'étoit plus difficile
par les raifons qu'on vient de rapporter.
Elle s'avifa du meilleur expédient qu'elle
pût prendre , & réfolut de commencer par
donner au public de bonnes traductions
avant que de fonger à lui préfenter des
originaux. Son premier début fut en Saxe ,
& elle y trouva des fecours . M. Gottſched
accorda une espece de protection à ce théatre
naiflant , & le fournit non feulement
DECEMBRE . 1754. 85
de quelques bonnes verfions de pieces
françoifes , mais auffi de plufieurs Comédies
de fa façon ou de celle de fes amis ,
& entr'autres d'une tragédie qui feroit
belle dans toutes les langues du monde ;
c'eſt la mort de Caton , imitée en partie
de l'Anglois de M. Addiffon , & en partie
de l'invention de M. Gottfched. M. Koch
travailla auffi de fon côté avec fuccès à la
traduction des meilleures pieces du théatre
François , & le public goûta avec avidité
ces beautés nouvelles qui parurent fur
la fcene allemande .
Le théatre de Madame Neuber avoit
déja fait de grands progrès , lorqu'elle vint
débuter à Hambourg ; elle y trouva des
perfonnes de goût & des gens de lettres ,
amateurs des beaux Arts , dont les travaux
contribuerent beaucoup aux progrès dramatiques.
M. de Stuven dont les talens ont
été employés depuis plus utilement par
deux grands Princes , fut excité par fon
beau génie à confacrer fes momens de loifir
aux ouvrages dramatiques Il traduifit
en peu de tems , avec autant d'élégance que
de fidélité , Phédre & Hippolyte , Britannicus
, le Comte d'Effex , Brutus & Alzire. Il
a été depuis imité par plufieurs de fes compatriotes
; & peu s'en faut qu'on n'ait aujourd'hui
en Allemand les meilleures pie86
MERCURE DE FRANCE.
ces de Corneille , de Racine , de Voltaire ,
de Crébillon , de Campiftron , de Moliere ,
de Regnard , de Deftouches , en un mot
des plus célebres tragiques & comiques
François. Les Allemands font à cet égard
auffi riches que les Anglois , qui ont approprié
à leur théatre des traductions des plus
excellentes pieces Françoifes.
Ceux qui font au fait des détails du
théatre , fçavent combien il faut de dépenfes
& de goût pour l'habillement des
acteurs , pour les décorations & pour mille
autres befoins , dont le fpectateur s'apperçoit
à peine , mais qui font ruineux pour
les entrepreneurs. Mme Neuber n'eut pour
fubvenir à tous ces frais & pour la réuffite
de toutes fes entrepriſes , que la générosité
de quelques particuliers & les reffources
de fon efprit. Mais le croira- t- on ? Cette
femme à laquelle on ne fçauroit difputer
la gloire d'avoir produit en Allemagne le
premier théatre raisonnable , a été pendant
plufieurs années en bute à la fatyre la plus
noire & la plus amere , & fe trouve maintenant
réduite par les perfécutions de fes
ennemis à un état d'indigence , qui fait
honte au fiécle & à la nation. Au lieu de
reconnoiffance & d'encouragement, elle n'a
rencontré que des traverfes & de l'envie.
La defunion s'eft mife auffi dans fa troupe ,
DECEMBRE. 1754. 87
& plufieurs autres circonstances ont concouru
à la décadence de ce théatre , chacun
des principaux acteurs ayant eu l'ambition
d'être chef de troupe , & de fe former une
compagnie féparée. Cette mefintelligence
a tout ruiné. Du fein de la troupe de Mme
Neuber font forties celles de Schonemann
de Koch , de Shuch & d'autres , qui fe n
fant réciproquement n'ont pu s'élever chacune
en particulier à la perfection qu'elles
auroient atteinte fi elles fuffent demeurées
unies. Aujourd'hui chacune de ces troupes
eft défectueufe par quelque endroit , &
fur-tout par les acteurs , qui faifant de leur
art une fimple profeffion méchanique
jouent pour l'ordinaire fans efprit & fans
ame. Ils font ou froids à glacer, ou furieux.
Ce qui choque d'ailleurs beaucoup fur la
ene allemande , c'eft la façon mauffade
& prefque indécente dont s'habillent , fe
chauffent & fe coëffent les Comédiens Allemands
, fur-tout les femmes : on n'y
trouve point ce goût & ces graces fi néceffaires
pour plaire au public raifonnable .
Tout cet expofé prouve qu'il feroit poffible
de porter le théatre allemand à un
certain dégré de perfection ; mais il fait
voir en même tems que la chofe ne fe fera
jamais à moins que quelque Prince éclairé
ne s'en mêle , & n'entretienne à fes dépens
38 MERCURE DE FRANCE.
une bonne troupe , dirigée par un de ſes
courtifans , qui foit au fait du fpectacle.
De la Poëfie Dramatique en Allemagne.
M
Ichel Sachfe , Hiftorien Allemand ,
nous apprend dans la quatrieme
partie de fa Chronique des Empereurs ,
que la premiere Comédie fur jouée en
Allemagne en 1497 ; que Reuchlin en fut
l'auteur ; qu'il la compofa en l'honneur
de Jean de Dalberg , Evêque de Worms
& que le peuple la regarda comme un prodige
: c'eft là la premiere trace de l'origine
des fpectacles en Allemagne. L'ufage ne
peut gueres en avoir été plus ancien en
>
DECEMBRE . 1754. 79
France puifque fous François I on y
jouoit des comédies faintes , qui , autant
qu'on en peut juger par les titres , devoient
être monftrueufes. Il eft vrai que
fi l'on remonte à cet Anfelme Faidet dont
parle M. de Fontenelle dans fon Hiftoire
du Théatre François , & qui après avoir
promené fes tragédies & fes comédies
avec un grand fuccès dans plufieurs Cours ,
mourut en 1220 , le fpectacle fe trouvera
au moins de 277 ans plus ancien en France
qu'en Allemagne.
La principale caufe qui a empêché le
théatre allemand d'acquerir le dégré de
perfection auquel font parvenus les théâtres
d'Italie , d'Angleterre , & fur-tout celui
de France ; c'eft qu'ayant été en proye
à des troupes de bâteleurs errans , qui couroient
de foire en foire par toute l'Allemagne
, jouant de mauvaiſes farces pour
amufer la populace , les honnêtes gens fe
font revoltés contre cette forte de fpectacles
, & l'Eglife les a condamnés comme
propres par leur indécence , à corrompre
les moeurs. Il ne s'eft pas trouvé un homme
du monde , pas un génie d'un certain
ordre qui ait voulu travailler pour de pareils
hiftrions.
Le premier vice du théatre allemand
étoit donc de manquer de bonnes pieces ;
D iiij
So MERCURE DE FRANCE.
celles qu'on y repréfentoit , devenoient
également odieufes , & par le plan & par
l'exécution . On n'y voyoit jamais une
époque de la vie , un événement développé
; c'étoit toujours des hiftoires , quelquefois
de plufieurs fiécles : les régles du
dramatique y étoient tout- à - fait inconnues
, & les Comédiens donnoient une
pleine carriere à leur imagination.
La comédie qu'on jouoit le plus univerfellement
, c'étoit Adam & Eve , ou la
chute du premier homme ; elle n'eft pas encore
tout -à - fait profcrite , & il n'y a que
quelques années qu'on l'a repréfentée à
Strasbourg. On y voit une groffe Eve ,
dont le corps eft couvert d'une fimple
toile couleur de chair , exactement collée
fur la peau avec une petite ceinture de
feuilles de figuier , ce qui forme une nudité
très dégoûtante . Adam eft fagoté de
même. Le pere Eternel paroît avec une
vieille robe de chambre , affeublé d'une
vafte perruque & d'une grande barbe blanche
; les diables font les bouffons & les
mauvais plaifans.
Une autre piece que les Comédiens regardoient
comme une tragédie fublime ,
& qu'ils nommoient dans leurs affiches ,
une action d'éclat & d'état , c'eft Bajazet
Tamerlan. Après que ces deux rivaux
DECEMBRE. 1754. 81
de la tyrannie fe font fait dire par leurs
Ambaffadeurs , les invectives les plus atroces
& les faletés les plus groffieres , ils en
viennent à la bataille qui fe donne fur le
théatre. On voit Tamerlan qui terraffe
Bajazet : ces Princes fe prennent à braffecorps
, & font des efforts terribles pour s'étrangler
mutuellement , en jettant des cris
& des hurlemens affreux .
Dans une tragédie , intitulée Diocletien
, cet Empereur , grand perfécuteur des
Chrétiens , apprend que la belle Dorothée
a embraffé en cachette le Chriftianifme :
tranſporté de colere il fait venir fon Général
Antonin ; & lui commande de violer publiquement
cette Princeffe.Bien loin d'exécuter
cet étrange ordre , Antonin conçoit
pour elle un amour refpectueux & tâche de
la fauver. L'Empereur féduit par les mauvais
confeils de fon Chancelier , fait couper
la tête à la Princeffe , & cette exécution fe
paffe fur le théatre à la vûe des fpectateurs.
Dioclétien ne tarde point à fe repentir
de fon crime ; mais un moment
après il eft englouti par la terre. Le Général
Antonin perd la raifon de defefpoir , &
fait mille extravagances ; il s'endort à la
fin : Arlequin furvient , & le réveille avec
un jeu de cartes , en lui criant aux oreilles :
quatre matadors & fans prendre.
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
Le bouffon ou plaiſant de la véritable
comédie allemande eft appellé Jean fauciffe
( Hans-Wurft ) ; c'eft une efpéce de
balourd. Pour être parfait en fon genre ,
on veut qu'il ait l'accent Saltzbourgeois ; il
a le privilége de dire des faletés : au prix
de lui le Polichinel François eft très- poli .
Dans une piece intitulée Charles XII ,
Roi de Suede , le Général Fierabras commande
dans la fortereffe de Friderichshall
; il paroît fur les remparts , provoque
Charles XII , lui chante pouille , & l'appelle
fanfaron. Charles de fon côté le menace
qu'il le fera hacher menu comme
chair a pâté. Sur quoi le Roi va reconnoître
la ville. Jean Sauciffe qui est en faction ,
lui crie : Qui va là ? Le Roi répond , Charles
XII , & ajoute : Et toi , qui es -tu ?
Jean Sauciffe XIII , lui replique le bouffon
, en lui faifant la généalogie des Jean
Sauciffe. A la fin Charles fe met de mauvaiſe
humeur & fait commencer la canonnade
; mais il est bientôt étendu fur le
carreau. Fierabras fuivi de Jean Sauciffe ,
fort de la place ; & après avoir chanté victoire
fur le cadavre du Roi Suédois , il regagne
la ville , & la piece finit.
Ce n'eft pas que parmi tant de fottifes
on ne voye de tems en tems fur l'ancien
théatre allemand quelques bluettes d'efDECEMBRE
. 1754- 85
prit , quelques faillies plaifantes. Il y a
certainement des traits qui font rire , même
les honnêtes gens ; mais ils font rares &
prefque toujours défigurés par des poliffonneries
groffieres , ou par le noeud ridicule
de la piece.
Un autre défaut de ces anciennes pieces
allemandes , & qui n'eft pas des moindres ,
c'eft qu'elles ne font pas écrites d'un bout
à l'autre. Les Comédiens pour l'ordinaire
n'en ont que le cannevas , & jouent le
refte d'imagination . Jean Sauciffe fur-tout
y trouve unbeau champ pour donner carriere
à fes plaifanteries.
Au refte tout étoit mauffade dans ce
fpectacle : une mauvaiſe cabanne de planches
fervoit de maifon ; les décorations y
étoient pitoyables ; les acteurs vêtus de
de haillons & coëffés de grandes & vieilles
perruques , reflembloient à des fiacres
habillés en héros : en un mot , la comédie
étoit un divertiffement abandonné à la lie
du peuple.
Au milieu de cette barbarie une femme
aimable ofa concevoir le deffein d'épurer
le théatre allemand , de lui donner une
forme raisonnable , & de le porter , s'il étoit
Foffible , à la perfection ; but que les ef-
Frits d'un certain ordre fe propofent toujours
dans leurs entrepriſes. Cette femme
D vj
84 MERCURE DE FRANCE .
étoit Madame Neuber , épouſe d'un affez
mauvais Comédien , mais bonne actrice :
outre fon talent pour le théatre , elle en a
beaucoup pour la Poëfie , fuite du génie &
du goût avec lefquels elle eft née . Ses premiers
fuccès furent d'abord très- brillans ;
elle commença par s'affarer de plufieurs
bons acteurs , & en forma d'autres . Ce ne
fut pas une petite acquifition que celle
qu'elle fit en Monfieur Koch , Comédien ,
qui auroit paffé même à Paris pour excellent
, s'il avoit fçu la langue Françoiſe
auffi bien qu'il poffedoit l'Allemande : c'étoit
d'ailleurs un homme d'efprit qui avoit
de bonnes études , & qui dans la fuite a
traduit en vers allemands quelques-unes
des meilleures pieces Françoifes.
Mais ce n'étoit pas le tout d'avoir de
bons acteurs ; Madame Neuber crut avec
raifon qu'il falloit auffi fe pourvoir de
bonnes pieces , & rien n'étoit plus difficile
par les raifons qu'on vient de rapporter.
Elle s'avifa du meilleur expédient qu'elle
pût prendre , & réfolut de commencer par
donner au public de bonnes traductions
avant que de fonger à lui préfenter des
originaux. Son premier début fut en Saxe ,
& elle y trouva des fecours . M. Gottſched
accorda une espece de protection à ce théatre
naiflant , & le fournit non feulement
DECEMBRE . 1754. 85
de quelques bonnes verfions de pieces
françoifes , mais auffi de plufieurs Comédies
de fa façon ou de celle de fes amis ,
& entr'autres d'une tragédie qui feroit
belle dans toutes les langues du monde ;
c'eſt la mort de Caton , imitée en partie
de l'Anglois de M. Addiffon , & en partie
de l'invention de M. Gottfched. M. Koch
travailla auffi de fon côté avec fuccès à la
traduction des meilleures pieces du théatre
François , & le public goûta avec avidité
ces beautés nouvelles qui parurent fur
la fcene allemande .
Le théatre de Madame Neuber avoit
déja fait de grands progrès , lorqu'elle vint
débuter à Hambourg ; elle y trouva des
perfonnes de goût & des gens de lettres ,
amateurs des beaux Arts , dont les travaux
contribuerent beaucoup aux progrès dramatiques.
M. de Stuven dont les talens ont
été employés depuis plus utilement par
deux grands Princes , fut excité par fon
beau génie à confacrer fes momens de loifir
aux ouvrages dramatiques Il traduifit
en peu de tems , avec autant d'élégance que
de fidélité , Phédre & Hippolyte , Britannicus
, le Comte d'Effex , Brutus & Alzire. Il
a été depuis imité par plufieurs de fes compatriotes
; & peu s'en faut qu'on n'ait aujourd'hui
en Allemand les meilleures pie86
MERCURE DE FRANCE.
ces de Corneille , de Racine , de Voltaire ,
de Crébillon , de Campiftron , de Moliere ,
de Regnard , de Deftouches , en un mot
des plus célebres tragiques & comiques
François. Les Allemands font à cet égard
auffi riches que les Anglois , qui ont approprié
à leur théatre des traductions des plus
excellentes pieces Françoifes.
Ceux qui font au fait des détails du
théatre , fçavent combien il faut de dépenfes
& de goût pour l'habillement des
acteurs , pour les décorations & pour mille
autres befoins , dont le fpectateur s'apperçoit
à peine , mais qui font ruineux pour
les entrepreneurs. Mme Neuber n'eut pour
fubvenir à tous ces frais & pour la réuffite
de toutes fes entrepriſes , que la générosité
de quelques particuliers & les reffources
de fon efprit. Mais le croira- t- on ? Cette
femme à laquelle on ne fçauroit difputer
la gloire d'avoir produit en Allemagne le
premier théatre raisonnable , a été pendant
plufieurs années en bute à la fatyre la plus
noire & la plus amere , & fe trouve maintenant
réduite par les perfécutions de fes
ennemis à un état d'indigence , qui fait
honte au fiécle & à la nation. Au lieu de
reconnoiffance & d'encouragement, elle n'a
rencontré que des traverfes & de l'envie.
La defunion s'eft mife auffi dans fa troupe ,
DECEMBRE. 1754. 87
& plufieurs autres circonstances ont concouru
à la décadence de ce théatre , chacun
des principaux acteurs ayant eu l'ambition
d'être chef de troupe , & de fe former une
compagnie féparée. Cette mefintelligence
a tout ruiné. Du fein de la troupe de Mme
Neuber font forties celles de Schonemann
de Koch , de Shuch & d'autres , qui fe n
fant réciproquement n'ont pu s'élever chacune
en particulier à la perfection qu'elles
auroient atteinte fi elles fuffent demeurées
unies. Aujourd'hui chacune de ces troupes
eft défectueufe par quelque endroit , &
fur-tout par les acteurs , qui faifant de leur
art une fimple profeffion méchanique
jouent pour l'ordinaire fans efprit & fans
ame. Ils font ou froids à glacer, ou furieux.
Ce qui choque d'ailleurs beaucoup fur la
ene allemande , c'eft la façon mauffade
& prefque indécente dont s'habillent , fe
chauffent & fe coëffent les Comédiens Allemands
, fur-tout les femmes : on n'y
trouve point ce goût & ces graces fi néceffaires
pour plaire au public raifonnable .
Tout cet expofé prouve qu'il feroit poffible
de porter le théatre allemand à un
certain dégré de perfection ; mais il fait
voir en même tems que la chofe ne fe fera
jamais à moins que quelque Prince éclairé
ne s'en mêle , & n'entretienne à fes dépens
38 MERCURE DE FRANCE.
une bonne troupe , dirigée par un de ſes
courtifans , qui foit au fait du fpectacle.
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Résumé : ETAT De la Poësie Dramatique en Allemagne.
Le texte aborde l'évolution du théâtre dramatique en Allemagne. La première comédie allemande connue date de 1497, écrite par Reuchlin en l'honneur de Jean de Dalberg, évêque de Worms. En France, des comédies étaient déjà jouées sous François Ier, avec des spectacles remontant même à 1220, comme ceux d'Anselme Fadet. En Allemagne, le théâtre était longtemps dominé par des troupes de bateleurs errants, ce qui lui a valu une mauvaise réputation et une condamnation par l'Église. Les pièces étaient souvent de mauvaise qualité, mélangeant des histoires de différentes époires sans respecter les règles dramatiques. Des comédies comme 'Adam et Eve' ou des tragédies comme 'Bajazet Tamerlan' et 'Dioclétien' étaient courantes, caractérisées par leur indécence et leur manque de réalisme. Madame Neuber, actrice et poétesse, a tenté de réformer le théâtre allemand en engageant de bons acteurs et en traduisant des pièces françaises célèbres. Elle a reçu le soutien de M. Gottsched et d'autres intellectuels, permettant au théâtre allemand de progresser. Cependant, des querelles internes et des persécutions ont conduit à la décadence de son théâtre. Les troupes allemandes actuelles souffrent de désunion et de manque de professionnalisme, avec des acteurs jouant sans esprit ni âme. Le texte conclut que pour atteindre un certain degré de perfection, le théâtre allemand nécessiterait le soutien d'un prince éclairé.
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54
p. 197-198
ALLEMAGNE.
Début :
Le Comte de Broglie, Ambassadeur du Roi de France, a obtenu [...]
Mots clefs :
Allemagne, Vienne, Dresde, Ambassadeur du roi, Archiduc, Empereur, Impératrice, Mathématique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE.
DE DRESDE , le 23 Février.
Le Comte de Broglie , Ambafladeur du Roi de
France , a obtenu de Sa Majefté Très- Chrétienne
la permiffion de faire un voyage à Paris .
DE VIENNE , le 22 Février.
Les Archiducs Charles & Léopold foutinrent
le 17 de ce mois , en préſence de l'Empereur &
de l'Impératrice Reine , un examen fur l'art de
fortifier les places. Ils répondirent avec beaucoup
de jufteffe & de vivacité , & leurs Majeftés
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
Impériales en témoignerent leur fatisfaction au
Major Brequin , qui enfeigne à ces Princes cette
partie des Mathématiques.
DE DRESDE , le 23 Février.
Le Comte de Broglie , Ambafladeur du Roi de
France , a obtenu de Sa Majefté Très- Chrétienne
la permiffion de faire un voyage à Paris .
DE VIENNE , le 22 Février.
Les Archiducs Charles & Léopold foutinrent
le 17 de ce mois , en préſence de l'Empereur &
de l'Impératrice Reine , un examen fur l'art de
fortifier les places. Ils répondirent avec beaucoup
de jufteffe & de vivacité , & leurs Majeftés
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
Impériales en témoignerent leur fatisfaction au
Major Brequin , qui enfeigne à ces Princes cette
partie des Mathématiques.
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Résumé : ALLEMAGNE.
Le 23 février à Dresde, le Comte de Broglie, ambassadeur de France, a obtenu l'autorisation de voyager à Paris. Le 22 février à Vienne, les Archiducs Charles et Léopold ont passé un examen sur l'art de fortifier les places, satisfaisant l'Empereur et l'Impératrice. Leur professeur, le Major Brequin, a été félicité.
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