Résultats : 1 texte(s)
Accéder à la liste des mots clefs.
Détail
Liste
1
p. 173-180
« Les réjouissances faites à Marseille, meritent de terminer ces Relations. Rien ne / La nouvelle du rétablissement de la santé du Roy ne fut pas plutôt sçûe à Marseille, qu'elle [...] »
Début :
Les réjouissances faites à Marseille, meritent de terminer ces Relations. Rien ne / La nouvelle du rétablissement de la santé du Roy ne fut pas plutôt sçûe à Marseille, qu'elle [...]
Mots clefs :
Ville, Roi, Échevins, Hôtel de ville, Feu, Joie, Hôtel, M. le bailli de Langeron, Bruit, Boîtes, Marseille, Galères, Santé, Pyramides, Vive le roi, Te Deum
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les réjouissances faites à Marseille, meritent de terminer ces Relations. Rien ne / La nouvelle du rétablissement de la santé du Roy ne fut pas plutôt sçûe à Marseille, qu'elle [...] »
Les réjouiffances faites à Marseille , meritent
de terminer ces Relations. Rien ne
marque plus vivement l'amour des Peuples
pour leur Prince , que de trouver des fentimens
de joye auffi vifs dans une Ville
qui a été fi cruellement affligée on fe
gardera bien d'en affoiblir le tableau ; on
va le voir prefque tel qu'il nous a été envoyé
de Marfeille.
La nouvelle du rétabliffement de la fanté du
Roy ne fut pas plutôt fçûë à Marseille , qu'elle
y fit entierement oublier tous les maux & tous
les ravages que la contagion y a faits , & cette
Ville qui fembloit n'être plus confacrée qu'à
la trittelle & an deüil , parut dans un état de
joye fi extraordinaire , que l'on vit ce que peur
fur les cens d'uffi bons & fideles Sujets
l'amour refpectueux dont is brûlent pour la
Perfonne Augulte de Sa Majesté.
M. le Bailly de Langeron , Commandant
dans cette Ville , & à la fage & vigilante conduite
duquel ( fecondée du foin de Mrs, les
Ecnevins ) elle eft ridevable de fon falut , n'eut
pas befoin d'infpiser par fes ordres de l'ému
Iation à des Sujets fi bien difpoiés , & qu'i
faloit plutôt contenir qu'exciter 250
Mrs les Echevins firent avec empreffement
mille projets de fête & de réjouifiance ; Mis
du Corps des Galeres animés de la même ar
deur n'en fient pas moins , & chacun dans fon
département travailla pour faire éclater four
zele.
La Ville retentiffoit par tout des acclamas
tions & des Cris de Vive le Roy , les Eglifes
Pij
274 LE MERCURE
toure
qui par l'entiere ceflation du mal , y font ou
vertes depuis quelque temps , étoient remplies
d'une foule de peuple , qui y couroit de
part , pour rendre graces à Dieu , non de l'avoir
prefervé de la contagion , mais d'avoir établi
la fanté du Roy , comme leur étant infiniment:
plus chere & plus précieufe que la leur.
1
M. l'Evêque de Marfeille touché d'un empreffement,
fi conforme à fes fentimens , convint
avec M. le Bailly. de Langeron & avec
Mrs les Echevins de ne pas differer les réjouiffances
auffi long tems qu'il eût fallu pour mettre
à execution tous les préparatifs qu'on
avoit commencés , & on choifit le 15 du mois.
de Septembre pour faire chanter le Te Deum,
"T
Qui auroit dit qu'après une année entere
de calamités , on verroit dans cette Ville infortunée
un jour fi agréable ? chacun fembloit
chercher à fe dédommager de la trifteffe paflée ,.
Tur le bonheur prefent ; les fentimens de joyefe
répandoient par des tranfports d'autant plus.
grands , qu'ils avoient été plus long tems fufpendus
par une affreufe trifteffe.
M.. l'Evêque donna dans fon Palais à M. le
Bailly de Langeron , à Mrs les Echevins , & à
un grand nombre de perfonnes diftinguées , un
Tomptueux & magnifique dîner .
Sur les quatre heures tous les principaux.
Citoyens & Negociants s'étant rendus à l'Hôtel
de Ville pour accompagner Meffieurs les Echevins
, ces Magiftrats en fortirent en robes
rouges , précedés de leurs Gardes & gens de
Livrée , d'une nombreuſe bande de Violons &
Hautbois , & de quatre Compagnies de Soldats
qui marchoient en bon ordre , ayant tous à
leurs chapeaux des noeuds de rubans aux couleurs
de la Ville , conduits par les Capitainesde
Quartier , très richement vêtus. Ils étoient
1
précedéss
D'OCTOBRE 179
précédés par les Trompettes de la Ville à cheval ,
par un grand nombre de Tambours & Fiffres ,
& par plus de mille jeunes enfans. portants
des
Banderolles aux Armes du Roy , dont les cris
de Vive le Roy qu'ils redoubloient à tout moment
, joint au bruit des Fanfares & des Violons,
faifoient une harmonie cent fois plus belle &
plus réjouiffante que toutes celles qu'on ménage
par les regles de l'art.
Ils marcherent dans cet ordre vers l'Hôtel de
M. le Bailly de Langeron , qui ayant joint"
ces Magiftrats , fe mit à leur tête , précedé
de fes Gardes & de toute la Nobleffe qui
s'étoit renduë chés lui pour l'accompagner.
La marche continua dans le même ordre julqu'à
la Cathedrale , où ils arriverent au bruit des
boëtes & de la moufqueterie , à travers d'un
peuple infini qui bordoit par tout les paffages.
1
Le Te Deum y fut chanté folemnellement
par deux Choeurs de Mufique , M. l'Evêque y
officia pontificalement , & les actions de graces
rendues à Dieu , au bruit réiteré des boetes ,
ils fortirent pour fe rendre au Cours , où Mrs
les Echevins avoient fait élever un grand bucher,
& un feu d'artifice : la nuit qui commençoit
d'être clofe , ne fit qu'augmenter l'éclat de leur
marche , qui fut éclairée par trois cens flam
Beaux de cire blanche.
A leur approche du Cours une falve de 400
boëtes rangées le long de la Canebiere , fit
retentir les airs , & les accompagna jufqu'à la
place où le feu étoit préparé. L'étendue & la
beauté de cette Place , la fimetrie égale des maifons
, les illuminations qui regnoient à l'entour
fur toutes les façades , la multitude de peuples
de tout fexe & de tout âge , les cris d'alle
greffe qui étoieut pouffés parmi le bruit des
inftruments de guerre , faifoient un de ces mer-
Piiij . veilleux
176 LE MERCURE
veilleux effets qui enchantent , & qui font que
l'on eft tranfporté par des mouvements extraordinaires
.
A peine M. le Bailly de Langeron & Mrs
les Echevins eurent allumé le feu , que de fix
groffes colonnes d'artifice de quatorze pieds
de hauteur , qui étoient pofées autour pour
former des portiques , & dont les bafes & les
chapiteaux étoient d'or feint ; on vit partir fucceffivement
une fi prodigieufe quantité de gerbes
& de fufées , que l'air en parut tout à
Coup
embrafé, lefquelles tombant enfuite en pluye d'or,
en Cometes & en étoilles brillantes , remplifoient
tout ce vafte lieu de feux & deflammes , qui faifant
reculer Précipitamment la foule qui étoit à l'entour,
excitoient un agreable defor tre qui redoubla
la joye publique & les cris de Vive le Roy.
On conduifit dans le même ordre de marche
M. le Bailly de Langeron jufqu'à fon Hôtel ,
où en arrivant on entendit encore le bruit de
300 boëtes , & où l'on vit un appareil éclatant
qui annonçoit des magnificences qui ne de
voient terminer que bien tard cette grande
fête. Mrs les Echevins & toute la Nobleffe s'y
étant arrêtés , les Capitaines de Quartier avec
leur Compagnies , firent pendant ce temps tout
le tour de Ville , marchant en bon ordre , &c.
Dans ce même temps le Port de Marſeille
étoit tout en feu , & ce fpectacle plus brillant
& plus admirable que tout ce qu'on en peut ,
imaginer , y faifoit accourir tout le monde"
en foule tous les femparts , les tours de la
Ville , les deux Citadelles , le Fort de Notre-
Dame de la Garde , tout l'Arcenal , l'Hôtel de
Ville , l'Abbaye faint Victor , toutes les maifons
tant du côté de la Ville que de la Rive - neuve ;
enfin toutes les Galeres du Roy , illuminées "
d'une maniere extraordinaire , paroiffoient embrafées
D'OCTOBRE. 177
brafées par le moyen de plus d'un million de
bougies dont elles étoient couvertes.
1
Mais plus que tout , la façade de l'Hôtel de
Ville attiroit les yeux de tout le monde ; chacun
couroit fur la Place qui eft au devant ,
pour admirer de près tant d'éclatans & d'ingenieux
ouvrages , dont Mrs les Echevins l'avoient
faite orner ; plufieurs s'écartoient enfuite dans
le Port , dans des batteaux , pour admirer le
fpectacle brillant que cette façade prefentot
de loin à la vûë .
A cette façade fuperbe , qui eft d'une Architecture
d'ordre Compofite , & fur l'Attique que
porte le grand balcon de marbre blanc , étoient
élevées entre les colonnes de marbre rouge
jaſpé , trois piramides de feu de 28 pieds de hauteur
fur une bafe de 16 de largeur , qui s'apuyoie
fur la balustrade du balcon .
Celle du milieu étoit terminée par un groupe
de Genies qui portoient un écuffon magnifique
aux Armes du Roy , dont les trophées & fupports
éto ent rehauffez d'or . Sur le fronton de
ce, pompeux édifice , on voyoit un foleil brillant
, qui s'élevoit hos de la corniche.
Les deux autres piramides de feu étoient terminées
chacune par un tmpan chargé d'un
groupe de Genies portant des banderolles,
Du fommet du timpan s'élevoit une Renommée
qui avoit fur la tête une Couronne de lys &
de laurier , tenant d'une main deux palmes , &
de l'autre une trompette dont elle fembloit
fonner pour annoncer la joye & l'allegreffe de
Maríeille.
Dans les entrecolonnemens des portiques
étoient élevées les piramides de lampions &
falots, fous des feftons formés par des lampions ,
étoient de magnifiques Cartouches dans des
bordures de palmes & de laurier dorez , dans
l'un
978 LE MERCURE
F'un defquels étoit peinte en camayeu la pro
meffe que Dieu fit à Salomon dans le Livre
roifiéme des Rois , fur la durée de fon Regne.
Dans un autre étoit ce diſtique :
Quot feftos, Lodoice, tibi domus excitat ignes ,
Tot tibi corda ardent , tot tibi corda micant.
Et dans un troifiéme cet autre diſtique
où Marfeille qui fut honnorée autrefois du
titre de Soeur de Rome , eft entendue par
Altera Roma :
Ridet humus , rider Zephiris fpirantibus ather,
It tota in plaufus altera Roma novos.
A chaque bout du Balcon on avoit placé deux
lions en relief qui foutenoient les Armes de la
Ville , & de la gueule defquels couloient deuxfontaines
de vin..
Sur le fuperbe Ecuffon de marbre blanc aux
Armes du Roy , chef d'oeuvre du fameux Puget
de Marfeille , étoit expofé le portrait de Sa
Majefté , fous un fuperbe dais de velours cra
moifi , orné de franges d'or , éclairé de luftress
& d'une infinité de bougies.
1
Tout le monde étoit ainfi ravi , lorfque les
Citadelles , les Forts , & les Galeres ayant faic
leur décharges du canon , on vit s'élever de la
proue de chaque Galere une quantité prodigicufe
de gerbes & de fufées qui partirent tou
tes à la foist
L'Hôtel de M. le Bailly de Langeron étoit alors
illuminé d'une maniere finguliere , l'illuminations
du jardin qui eft fur le derriere , & qu'on découvroitdu
grand Portail de la Cour à travers les appartemens,
furprenoit d'abord les yeux. On voioit
au bout de ce jardin deux piramides de feu
de:
D'OCTOBRE. 179
de plus de trente pieds de hauteur , aux côtés
d'un grand portique terminé par un foleil brillant
, qui portoit dans un lointain où paroiffoit
fous des grands arbres une efpece de cafcade
de flammes tous les berceaux , terraffes , portiques
, arcades , compartiments de gazons ,
bordures de baffins , & tout ce qui figuroit dans
ce jardin , étoit marqué par des lampions.
Sous la Terraffe il y avoit de grands buffets
à divers gradins , garnis de toutes fortes de
vins & de liqueurs , dont les Officiers de ce
Commandant s'empreffoient de prefenter à tour
le monde. Les portes furent ouvertes pendant
toute la nuit on y fervit cinq tables d'une
delicateffe & d'une fumptuofité furprenante . La
fanté du Roy , qu'on eut l'honneur d'y boire,
fut accompagnée du bruit de 200 boètes & des
eris de Vive le Roy. Il y avoit Bal cependant
dans tous les appartemens- ; jamais on n'a vu
plus de joye & plus de magnificence. Cette
fuperbe fête ne fut terminée que le lendemain
à cinq heures du matin.
L'Hôtel de M. le Marquis de Pilles , Gou--
verneur Viguier de Marfeille , étoit auffi parfaitement
bien illuminé ; il y fit allumer au
devant un très beau feu , & jetter quantité de
fufées , deux. fontaines de vin exquis couloient
abondamment pour le peuple , il y eut un très
magnifique fouper , il fir diftribuer beaucoupd'argent
aux pauvres , & donna toutes les marques
poffibles de l'attachement & du zele qu'il
a toujours cu pour tout ce qui regarde Sat
Majefte.
M. de Vaucreffon Intendant des Galeres ,
regala ce même foir avec magnificence: les
principaux Officiers de cet illuftre Corps , dans
la maifon du Roy , qu'il avoit fait illuminer
d'une maniere admirable , aufli bien que tout
Arcenal
180 LE MERCURE
l'Arcenal. M. De Barras Commandant des Galeres
, avoit commencé le matin par un feſtin
qu'il donna dans fon Hôtel .
Chaque Citoyen dans fa maifon marquoit la
joye qu'il faifoit paroître au dehors. On voyoit
à l'éclat de celles de chacun de Mrs les Echevins
, par les grands feux qui brûloient devant ,
& aux aumônes qu'on y diftribua , l'ardeur de
ces zelés Magiftrats , qui ont fi genereufement
expofé leur vie pour la confervation de la Patrie
, & qui font toujours prêts de s'immoler
pour le fervice & pour la gloire du Roy.
Le Batiment des Infirmeries , dont l'aspect
a été fi long tempssaffreux , charmoit d'autant
plus tout le monde par l'illumination qui y
brilloit , & par le bruit des boêtes qu'on y
tiroit , que l'on jugeoit de là qu'il n'y reftoit
plus aucune idée du mal pafié , & que la fanté
y étant parfaite , rien ne détournoit les Officiers
de prendre part à la joye publique,
de terminer ces Relations. Rien ne
marque plus vivement l'amour des Peuples
pour leur Prince , que de trouver des fentimens
de joye auffi vifs dans une Ville
qui a été fi cruellement affligée on fe
gardera bien d'en affoiblir le tableau ; on
va le voir prefque tel qu'il nous a été envoyé
de Marfeille.
La nouvelle du rétabliffement de la fanté du
Roy ne fut pas plutôt fçûë à Marseille , qu'elle
y fit entierement oublier tous les maux & tous
les ravages que la contagion y a faits , & cette
Ville qui fembloit n'être plus confacrée qu'à
la trittelle & an deüil , parut dans un état de
joye fi extraordinaire , que l'on vit ce que peur
fur les cens d'uffi bons & fideles Sujets
l'amour refpectueux dont is brûlent pour la
Perfonne Augulte de Sa Majesté.
M. le Bailly de Langeron , Commandant
dans cette Ville , & à la fage & vigilante conduite
duquel ( fecondée du foin de Mrs, les
Ecnevins ) elle eft ridevable de fon falut , n'eut
pas befoin d'infpiser par fes ordres de l'ému
Iation à des Sujets fi bien difpoiés , & qu'i
faloit plutôt contenir qu'exciter 250
Mrs les Echevins firent avec empreffement
mille projets de fête & de réjouifiance ; Mis
du Corps des Galeres animés de la même ar
deur n'en fient pas moins , & chacun dans fon
département travailla pour faire éclater four
zele.
La Ville retentiffoit par tout des acclamas
tions & des Cris de Vive le Roy , les Eglifes
Pij
274 LE MERCURE
toure
qui par l'entiere ceflation du mal , y font ou
vertes depuis quelque temps , étoient remplies
d'une foule de peuple , qui y couroit de
part , pour rendre graces à Dieu , non de l'avoir
prefervé de la contagion , mais d'avoir établi
la fanté du Roy , comme leur étant infiniment:
plus chere & plus précieufe que la leur.
1
M. l'Evêque de Marfeille touché d'un empreffement,
fi conforme à fes fentimens , convint
avec M. le Bailly. de Langeron & avec
Mrs les Echevins de ne pas differer les réjouiffances
auffi long tems qu'il eût fallu pour mettre
à execution tous les préparatifs qu'on
avoit commencés , & on choifit le 15 du mois.
de Septembre pour faire chanter le Te Deum,
"T
Qui auroit dit qu'après une année entere
de calamités , on verroit dans cette Ville infortunée
un jour fi agréable ? chacun fembloit
chercher à fe dédommager de la trifteffe paflée ,.
Tur le bonheur prefent ; les fentimens de joyefe
répandoient par des tranfports d'autant plus.
grands , qu'ils avoient été plus long tems fufpendus
par une affreufe trifteffe.
M.. l'Evêque donna dans fon Palais à M. le
Bailly de Langeron , à Mrs les Echevins , & à
un grand nombre de perfonnes diftinguées , un
Tomptueux & magnifique dîner .
Sur les quatre heures tous les principaux.
Citoyens & Negociants s'étant rendus à l'Hôtel
de Ville pour accompagner Meffieurs les Echevins
, ces Magiftrats en fortirent en robes
rouges , précedés de leurs Gardes & gens de
Livrée , d'une nombreuſe bande de Violons &
Hautbois , & de quatre Compagnies de Soldats
qui marchoient en bon ordre , ayant tous à
leurs chapeaux des noeuds de rubans aux couleurs
de la Ville , conduits par les Capitainesde
Quartier , très richement vêtus. Ils étoient
1
précedéss
D'OCTOBRE 179
précédés par les Trompettes de la Ville à cheval ,
par un grand nombre de Tambours & Fiffres ,
& par plus de mille jeunes enfans. portants
des
Banderolles aux Armes du Roy , dont les cris
de Vive le Roy qu'ils redoubloient à tout moment
, joint au bruit des Fanfares & des Violons,
faifoient une harmonie cent fois plus belle &
plus réjouiffante que toutes celles qu'on ménage
par les regles de l'art.
Ils marcherent dans cet ordre vers l'Hôtel de
M. le Bailly de Langeron , qui ayant joint"
ces Magiftrats , fe mit à leur tête , précedé
de fes Gardes & de toute la Nobleffe qui
s'étoit renduë chés lui pour l'accompagner.
La marche continua dans le même ordre julqu'à
la Cathedrale , où ils arriverent au bruit des
boëtes & de la moufqueterie , à travers d'un
peuple infini qui bordoit par tout les paffages.
1
Le Te Deum y fut chanté folemnellement
par deux Choeurs de Mufique , M. l'Evêque y
officia pontificalement , & les actions de graces
rendues à Dieu , au bruit réiteré des boetes ,
ils fortirent pour fe rendre au Cours , où Mrs
les Echevins avoient fait élever un grand bucher,
& un feu d'artifice : la nuit qui commençoit
d'être clofe , ne fit qu'augmenter l'éclat de leur
marche , qui fut éclairée par trois cens flam
Beaux de cire blanche.
A leur approche du Cours une falve de 400
boëtes rangées le long de la Canebiere , fit
retentir les airs , & les accompagna jufqu'à la
place où le feu étoit préparé. L'étendue & la
beauté de cette Place , la fimetrie égale des maifons
, les illuminations qui regnoient à l'entour
fur toutes les façades , la multitude de peuples
de tout fexe & de tout âge , les cris d'alle
greffe qui étoieut pouffés parmi le bruit des
inftruments de guerre , faifoient un de ces mer-
Piiij . veilleux
176 LE MERCURE
veilleux effets qui enchantent , & qui font que
l'on eft tranfporté par des mouvements extraordinaires
.
A peine M. le Bailly de Langeron & Mrs
les Echevins eurent allumé le feu , que de fix
groffes colonnes d'artifice de quatorze pieds
de hauteur , qui étoient pofées autour pour
former des portiques , & dont les bafes & les
chapiteaux étoient d'or feint ; on vit partir fucceffivement
une fi prodigieufe quantité de gerbes
& de fufées , que l'air en parut tout à
Coup
embrafé, lefquelles tombant enfuite en pluye d'or,
en Cometes & en étoilles brillantes , remplifoient
tout ce vafte lieu de feux & deflammes , qui faifant
reculer Précipitamment la foule qui étoit à l'entour,
excitoient un agreable defor tre qui redoubla
la joye publique & les cris de Vive le Roy.
On conduifit dans le même ordre de marche
M. le Bailly de Langeron jufqu'à fon Hôtel ,
où en arrivant on entendit encore le bruit de
300 boëtes , & où l'on vit un appareil éclatant
qui annonçoit des magnificences qui ne de
voient terminer que bien tard cette grande
fête. Mrs les Echevins & toute la Nobleffe s'y
étant arrêtés , les Capitaines de Quartier avec
leur Compagnies , firent pendant ce temps tout
le tour de Ville , marchant en bon ordre , &c.
Dans ce même temps le Port de Marſeille
étoit tout en feu , & ce fpectacle plus brillant
& plus admirable que tout ce qu'on en peut ,
imaginer , y faifoit accourir tout le monde"
en foule tous les femparts , les tours de la
Ville , les deux Citadelles , le Fort de Notre-
Dame de la Garde , tout l'Arcenal , l'Hôtel de
Ville , l'Abbaye faint Victor , toutes les maifons
tant du côté de la Ville que de la Rive - neuve ;
enfin toutes les Galeres du Roy , illuminées "
d'une maniere extraordinaire , paroiffoient embrafées
D'OCTOBRE. 177
brafées par le moyen de plus d'un million de
bougies dont elles étoient couvertes.
1
Mais plus que tout , la façade de l'Hôtel de
Ville attiroit les yeux de tout le monde ; chacun
couroit fur la Place qui eft au devant ,
pour admirer de près tant d'éclatans & d'ingenieux
ouvrages , dont Mrs les Echevins l'avoient
faite orner ; plufieurs s'écartoient enfuite dans
le Port , dans des batteaux , pour admirer le
fpectacle brillant que cette façade prefentot
de loin à la vûë .
A cette façade fuperbe , qui eft d'une Architecture
d'ordre Compofite , & fur l'Attique que
porte le grand balcon de marbre blanc , étoient
élevées entre les colonnes de marbre rouge
jaſpé , trois piramides de feu de 28 pieds de hauteur
fur une bafe de 16 de largeur , qui s'apuyoie
fur la balustrade du balcon .
Celle du milieu étoit terminée par un groupe
de Genies qui portoient un écuffon magnifique
aux Armes du Roy , dont les trophées & fupports
éto ent rehauffez d'or . Sur le fronton de
ce, pompeux édifice , on voyoit un foleil brillant
, qui s'élevoit hos de la corniche.
Les deux autres piramides de feu étoient terminées
chacune par un tmpan chargé d'un
groupe de Genies portant des banderolles,
Du fommet du timpan s'élevoit une Renommée
qui avoit fur la tête une Couronne de lys &
de laurier , tenant d'une main deux palmes , &
de l'autre une trompette dont elle fembloit
fonner pour annoncer la joye & l'allegreffe de
Maríeille.
Dans les entrecolonnemens des portiques
étoient élevées les piramides de lampions &
falots, fous des feftons formés par des lampions ,
étoient de magnifiques Cartouches dans des
bordures de palmes & de laurier dorez , dans
l'un
978 LE MERCURE
F'un defquels étoit peinte en camayeu la pro
meffe que Dieu fit à Salomon dans le Livre
roifiéme des Rois , fur la durée de fon Regne.
Dans un autre étoit ce diſtique :
Quot feftos, Lodoice, tibi domus excitat ignes ,
Tot tibi corda ardent , tot tibi corda micant.
Et dans un troifiéme cet autre diſtique
où Marfeille qui fut honnorée autrefois du
titre de Soeur de Rome , eft entendue par
Altera Roma :
Ridet humus , rider Zephiris fpirantibus ather,
It tota in plaufus altera Roma novos.
A chaque bout du Balcon on avoit placé deux
lions en relief qui foutenoient les Armes de la
Ville , & de la gueule defquels couloient deuxfontaines
de vin..
Sur le fuperbe Ecuffon de marbre blanc aux
Armes du Roy , chef d'oeuvre du fameux Puget
de Marfeille , étoit expofé le portrait de Sa
Majefté , fous un fuperbe dais de velours cra
moifi , orné de franges d'or , éclairé de luftress
& d'une infinité de bougies.
1
Tout le monde étoit ainfi ravi , lorfque les
Citadelles , les Forts , & les Galeres ayant faic
leur décharges du canon , on vit s'élever de la
proue de chaque Galere une quantité prodigicufe
de gerbes & de fufées qui partirent tou
tes à la foist
L'Hôtel de M. le Bailly de Langeron étoit alors
illuminé d'une maniere finguliere , l'illuminations
du jardin qui eft fur le derriere , & qu'on découvroitdu
grand Portail de la Cour à travers les appartemens,
furprenoit d'abord les yeux. On voioit
au bout de ce jardin deux piramides de feu
de:
D'OCTOBRE. 179
de plus de trente pieds de hauteur , aux côtés
d'un grand portique terminé par un foleil brillant
, qui portoit dans un lointain où paroiffoit
fous des grands arbres une efpece de cafcade
de flammes tous les berceaux , terraffes , portiques
, arcades , compartiments de gazons ,
bordures de baffins , & tout ce qui figuroit dans
ce jardin , étoit marqué par des lampions.
Sous la Terraffe il y avoit de grands buffets
à divers gradins , garnis de toutes fortes de
vins & de liqueurs , dont les Officiers de ce
Commandant s'empreffoient de prefenter à tour
le monde. Les portes furent ouvertes pendant
toute la nuit on y fervit cinq tables d'une
delicateffe & d'une fumptuofité furprenante . La
fanté du Roy , qu'on eut l'honneur d'y boire,
fut accompagnée du bruit de 200 boètes & des
eris de Vive le Roy. Il y avoit Bal cependant
dans tous les appartemens- ; jamais on n'a vu
plus de joye & plus de magnificence. Cette
fuperbe fête ne fut terminée que le lendemain
à cinq heures du matin.
L'Hôtel de M. le Marquis de Pilles , Gou--
verneur Viguier de Marfeille , étoit auffi parfaitement
bien illuminé ; il y fit allumer au
devant un très beau feu , & jetter quantité de
fufées , deux. fontaines de vin exquis couloient
abondamment pour le peuple , il y eut un très
magnifique fouper , il fir diftribuer beaucoupd'argent
aux pauvres , & donna toutes les marques
poffibles de l'attachement & du zele qu'il
a toujours cu pour tout ce qui regarde Sat
Majefte.
M. de Vaucreffon Intendant des Galeres ,
regala ce même foir avec magnificence: les
principaux Officiers de cet illuftre Corps , dans
la maifon du Roy , qu'il avoit fait illuminer
d'une maniere admirable , aufli bien que tout
Arcenal
180 LE MERCURE
l'Arcenal. M. De Barras Commandant des Galeres
, avoit commencé le matin par un feſtin
qu'il donna dans fon Hôtel .
Chaque Citoyen dans fa maifon marquoit la
joye qu'il faifoit paroître au dehors. On voyoit
à l'éclat de celles de chacun de Mrs les Echevins
, par les grands feux qui brûloient devant ,
& aux aumônes qu'on y diftribua , l'ardeur de
ces zelés Magiftrats , qui ont fi genereufement
expofé leur vie pour la confervation de la Patrie
, & qui font toujours prêts de s'immoler
pour le fervice & pour la gloire du Roy.
Le Batiment des Infirmeries , dont l'aspect
a été fi long tempssaffreux , charmoit d'autant
plus tout le monde par l'illumination qui y
brilloit , & par le bruit des boêtes qu'on y
tiroit , que l'on jugeoit de là qu'il n'y reftoit
plus aucune idée du mal pafié , & que la fanté
y étant parfaite , rien ne détournoit les Officiers
de prendre part à la joye publique,
Fermer