Sur le Rétabliſſement
de la Santé
du ROY
,
ODE.
Rance , quelle horrible tempête
Vient d'obfcurcir ton oeil ferein !
Quel danger menace ta tête ,
Et porte l'horreur dans ton fein !
Ton Soleil nàiffant fe confume ,
La terre gémit , l'eau s'allume "
Je vois tes beaux Altres pâlir.
A quels maux le fort te deftine !)
Ou tu touches à ta ruine Y
Ou c'eft Louis qui va périr.
Ouy c'eft lui. Mort impitoyable ,
Voy fur qui tu portes tes mains !
Sur Louis le Ciel favorable
Fit rouler le fort des humains.
Que plutot ta rage ennemie
Tranche le fil de notre vie ,
S'il le faut , pour fauver les jours !
Vains fouhaits ! la Barbare avance
Leve fa faux , & de la France
S'apprête à ravir les Amours.
Daigne
70% LE
MERCURE
Daigne refpecter nos allarmes ,
O Mort fufpens le coup mortel !
Laiffe aller la voix de nos larmes
Jufqu'au Thrône de l'Eternel !
Peut être que par des offrandes , (a)
Que par d'importunes demandes
Nous fléchirons le Toutpuiffant.
Si la France eft affez coupable
Pour lui paroître méprifable ,
Son Roy du moins eft innocent.
Dieu de David dans ta colere.
As-tu rejetté loin de toy
Ce Joas , la tige derniere
Qui nous refte du plus grand Roy ?
Cher Rejetton , fleur précieuſe ,
Faut-il que la mort envieufe
T'enleve au point de ta beauté
Déja ta tête languiffante
Se courbe , & femble gemiffante ,
Taxer le Ciel de cruauté.
Sage Mentor , Heres illuftre , (b)
Qui gardes les jours précieux
D'un Roy , que depuis plus d'un luftre
Tu vois fe former fous tes yeux
a Prieres publiques ordonnées dans toutes les Eglifeš
par Monfeigneur l'Archevêque de Lyon , dès qu'il eur
appris la maladie du Roy..
Monfeigneur le Maréchal de Villeroy,
De
D'OCTOBRE
.
De quels traits peut la Renommée
Peindre ta teadreſſe allarmée ,
Tes foins , tes frayeurs , tou ennui
Si du Roy la mort eft prochaine
La tienne nous devient certaine ,
Tu ne la craignois que pour lui.
R'affure-toy , les Cieux propices
Exaucent ta voix & nos pleurs.
Nos cris , nos voeux , nos facrifices ,
Ont fçû détourner nos malheurs.
Tel qu'une fleur déracinée
Par l'ardeur du Soleil fanée
Dans l'onde reprend fa vigueur ;
Frappé d'une atteinte mortelle ,
Tei LOUIS dans ton fein fidelle ,
Revient bien -tôt de fa langueur..
O toy , que pour regir la France
La nature exprès a formé ;
A peine forti de l'enfance
Goûte le plaifir d'être aimé ::
Par fa joie , & par ſa triſteſſe
Ta France a marqué fa . tendreffe ,
Quel charme plus touchant pour toy?
Si fur le thrône de ta gloire
Tu n'en perds jamais la memoire ,
C'eft affez pour être un bon Roy.
Quie
72 LE MERCURE
Que pour toy notre ardeur fidelle
Fait de miracles en ce jour !
Malgré l'indigence cruelle ,
Tout eft poffible à notre amour :
Nos jours n'ont plus de nuit obfcure ,
Nos places font champs de verdure ,
Nos ruiffeaux font ruiffeaux de vins
Ce n'eft que parfums qu'on refpire ,
Nous dormons au fon de la lyre;
1
Et nos fêtes n'ont plus de fin .
Quels feux quels fillons de fumiere
Formant cent fpectacles divers ,
S'élevent d'une audace altiere
Dans l'immenfe vuide des airs ?
Quels brillants éclairs ! quel tonnerre ?
Eft- ce Mars qui vient fur la terre
Porter l'horreur & le trépas ?
Non . C'eſt l'amour qui pour un maître
Prodigue le bruyant falpêtre
Plus que Mars en mille combats.
Prince , tant de réjoiſſances
Furent l'effet d'un libre choix ,
Et plus prompt que nos déferences ,
Notre amour devança tes loix : (c )
Seul il nous guide & nous anime ,
o Oħ a chauré le Te Deum à Lyon , avant la Lettre de
achete .
TAL
D'OCTOBRE..
73
rend notre ardeur legitime ,
Sans craindre de s'en voir punir ;
Quand ta Loy du peuple adorée ,
Viendroit fur l'aile de Borée ,
L'amour fçauroit la prevenir.
Sur
l'univerfelle allegreffe ,
Prelat , tu voulus l'emporter , ( d)
En magnificence
, en tendreffe
Qui pourroit te le diſputer ?
Tes fêtes font multipliées ; (e)
Qu'elles foient au loin publiées ;
Les Ottomans en font furpris : (f)
Bien tôt ils inftruiront leur Maître
Du zele que tu fis paroître
En faveur du jeune LOUIS.
Quel autre fpectacle s'apprête ?
Ta joye a paſſé juſqu'aux champs ,
A Neuville nouvelle fête , (g ).
C'est la mufette que j'entends s
Sa vafte foreſt enflammée
Brille de mille feux femée ,
Les jours y font jaloux des nuits ;
Et l'écho de ce lieu tranquille
d Monfeigneur l'Archevêque de Lyon.
ella donné trois Fêtes magnifiques .
f L'Ambaffadeur Ture fut témoin de la feconde.
g Maifon de Campagne du Prélat .
G Inftruit
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LE MERCURE
Inftruit autrefois par Camille , (b)
Repete le nom de LOUIS .
Fils de ce Héros magnanime
Qui forme un Maître à l'Univers ,
Reçois ce tribut legitime
Que mon zele t'offre en ces Vers :
Prelat , le fujet t'intereffe ,
Pour ton Roy , j'y peins ta tendreffe
Tes ris , tes genereux tranfports ;
Mais fi le defir de te plaire ,
Me fait paroître temeraire ,
Approuve du moins mes efforts.
Fais plus , & que notre Patric
Te doive l'établiſſement
De la naiffante Academie ( i )
Dont tu fais déja l'ornement ;
Par cette Epoque fortunée
Immortalife une journée
Si chere au fage Villeroy
2
Nous compterons notre naiffance
Du beau jour qui fauva la France
En confervant fon jeune Roy.
Gamille de Villeroy Archevêque de Lyon , Oncle
du Prélat d'aujourd'huy.
ill s'eft formé depuis quelques années en cètte Ville
une Affemblée de gens de Lettres , qui a l'honneur d'ayoir
Monfeigneur l'Archevêque à fa tête.