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1
p. 226-240
EPITHALAME pour Monsieur le Marquis d'Harcourt, & Mademoiselle de Villeroy.
Début :
M. de Beauchamp distingué encore nos Poetes François, / Un jour avint, chose qu'on ne voit guere, [...]
Mots clefs :
Amour, Hymen, Dieux, Temple, Coeur, Marquis d'Harcourt, Mariage
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texteReconnaissance textuelle : EPITHALAME pour Monsieur le Marquis d'Harcourt, & Mademoiselle de Villeroy.
M. de Beauchamp diftingué
entre nos Poetes François ,
&connu avec honneur dans
la République des Lettres , a
GALANT 227
fait ſur le Mariage de M. le
Marquis d'Harcourt avecMademoiselle
de Villeroy , le
gracieux Epithalame que je
vous preſente.
EPITHALAME
pourMonfieur le Marquis
d'Harcourt , & Mademoifelle
de Villeroy.
Un jour avint , choſe qu'on
ne voitguere ,
Que Cupidon se trouvant de
lotfir
Parpaſſe temsſe donna le plaisir
D'examiner les Chartres de
Cythere..
228 MERCURE
Làfont écrits en belles lettres d'or
Tous les ſujetsfoûmis àfon Em.
pire ,
Grand est le nombre ; ne crois
pas qu'encor
Ales compter aucun ait pûfuffire.
Or certain nom que cheriffent
les Dieux ,
Nomdés longtems connupar toute
terre ,
Nom dans la paix illustre&dans
la guerre ,
Et qui toûjours devient plus
glorieux,
En maint endroit couchéfur le
Regitre
GALANT. 229
Fût entre tous remarqué par
Amour';
Voilà ,dit-il , un nom qu'àjufte
tetre...
On doitfans fin celebrer dans ma
Cour;
Jeſuis amy de quiconque leporte,
Et ne connoy parmy tous les
Mortels
Aucun Heros , qui de plus digne
forte
Ait honoré mon culte , & mes
Autels.
Pendant qu'ainsi charmé de
Ses conquestes,
Le tendre Amour chantefesfa
1
voris
230 MERCURE
Et que pour eux il prepare des
feftes ,
Enfon Palais furvient Dame
Cypris ,
Qu'accompagnoit , n'est besoin de
le dire ,
Eſſain nombreux de plaisirs &
-deris.
Mon fils , dit-elle , avec un
doux fourire ,
D'où vient, qu'oiſif en ces lieux
enchantez ,
Vousnegligezvosdroits&vôtre
gloire?
Trop exaltez une foible victoire
Pour quelques coeurs que vous
avezdomptez.
GALANT. 284
Ileneſtun à vos armes rebelle,
Qui ne connoît l'usage desfoûpirs,
Qui du devoir disciple trop fidelle,
Surla vertu regle tousſes defirs ,
Si neregnezsur ce coeur inſenſible,
Devez pour rien compter tous
vos exploits ,
Doncfaites voir que tout vous
eft poffible ,
Partez,volez le soumettreà vos
loix.
Prés cette Ville en miracles
feconde ,
Séjour d'un Prince en qui bientôt
lemonde
Retrouvera du plus grand de fes
Rois,
232 MERCURE
La majesté ,laſageße profonde,
Dans un réduit, qu'habite la
Pudeur ,
Seroit un Temple , où Minerve
adorée
Donne la Loy. C'est là qu'est
refferée
Cette beauté dont l'extrême froideur
Fait àvos feux une cruelle offenfe.
La connoîtrez àſa noble naiffance,
Asajeunesse,àfon air degran-
- deur ,
Etplus encor àfon indifference.
Venusſe tût. Lorsfans perdre
en
GALANT. 233
en difcours
Un tems trop cher au deſſein qu'il
embraffe ,
Bien escorté d'une foule d'Amours
Vous l'euſſiez vû de l'airfendre
l'espace ,
Ettout à coup àParis defcendu ,
Se preſenter d'un air de petitmaître
A l'buy du Temple. Or qui fut
confondu ?
Cefut leDieu. Dés qu'on le vit
thparoître,
PPoouurr l'éconduire on fonna le
toesin ,
Et de ſes foeurs l'innocence en-
Janvier 1716. V
234 MERCURE
tourée,
Si vertement refifta , qu'à la fin
En luy ne fut de trouver une
entuée .
Dont s'en allant dépit & tout
bonteux,
Se lamentoit defa mesavanture ,
Quoy,difoit- il , tout plein defon
injure ,
On brave ainſi mon ppoouuvoir,
mesfeux?
Nefuis-jeplusAmour ?parquelle
audace
Refifte-t on au Souverain des
Dieux?
Boulleverſons & la Terre &les
Cieux,
GALANT. 235
1
Et ne cedons impunément laplace.
Tandis qu'à part il fait le
Se
furieux ,
promettant de bien gronderfa
mere
Il apperçoit non loin de luyfon
frere ,
Qui vers le Temple avançant à
grands pas ,
Menoit en main avec bruit
fracas
Un Damoifel. Il comprit le myftere
Et ne voulant perdre l'occafion ,
Droit dans le coeur du gentil pers
Jonnage
VaSe loger. Certés le coup fut
Vij
236 MERCURE
Sage,
Et ne fit oncplusprudente action ,
Rares vertus,illustre extraction ,
Noble maintien , &fublime courage
,
Douceur d'esprit ,fimplicité de
moeurs ,
Tout ce qui fert à conquerir les
coeurs
De fon captif est fans plus le
partage.
Hymen adonc ſeſervant de
fes droits
Introduifitprés de la Fouvencelle
Le Damoifeau. Comptant que
Maistre d'elle ,
Il alloit feul la rangerfousses
GALANT. 237
loix;
Mais fans fon Hofte il compta
cettefois ,
Ce qui pour luy n'est choſe trop
nouvelle.
Bien mieux Amour ſçût ordonner
du choix ;
Etfur le champ dans le coeur de
labelle
Il excita vifs & fi doux transports,
Que deſesyeux , malgré tousfes
efforts,
Sortoit defeu mainte & mainte
étincelle ;
Lors d'éclater tendreffe mutuelle
Soupirs confus,agréablelangueur,
238 MERCURE
Tendres regards , épanchement de
Propos charmans de constance
éternelle,
Que diray plus ? Amour estoit
vainqueur.
Trop plus charmé de parcille
avanture ,
Le bon hymen rioit outre mesure
Esfollement s'enrapportoit l'hon
neur.
C'est moy ,dit- il , c'est moyfeul
qui fais naiſtre
Lesfentimens que tous deuxfont
paroiſtre,
Mon frere en rien n'apart àleur
bonheur.
(
GALANT. 239
Pour le punir defon outrecui
dance,
Amourſe montre , &dit , mon
cher aîné,
Ne vous piquez fi fort d'independance,
Si grand honneur ne vous est
deftiné
Avez au plus pour la ceremonie
Droit d'aſſiſtance ,&non d'autorité
Si veux je bien qu'y soyezinvité..
Pour qu'entre nous fur ce point
foitfinie
Toute querelle. Aimſi fut arreſté.
Où l'Amour est hymen n'a rien
àdire
८
240 MERCURE
Obéifſfance est son lot affecté.
Par l'un & l'autre enfuite est
concerté
Le choix du jour. L'un &l'autre
àl'élire
Egalement s'empreffe. Heureux
Ероих!
D'un noeud fi beau, qui neferoit
jaloux
Douce union ! brillante destinée !
Enfans des Dieux ! il n'est donné
qu'à vous ,
Deréünir l'Amour l'Hymenée.
entre nos Poetes François ,
&connu avec honneur dans
la République des Lettres , a
GALANT 227
fait ſur le Mariage de M. le
Marquis d'Harcourt avecMademoiselle
de Villeroy , le
gracieux Epithalame que je
vous preſente.
EPITHALAME
pourMonfieur le Marquis
d'Harcourt , & Mademoifelle
de Villeroy.
Un jour avint , choſe qu'on
ne voitguere ,
Que Cupidon se trouvant de
lotfir
Parpaſſe temsſe donna le plaisir
D'examiner les Chartres de
Cythere..
228 MERCURE
Làfont écrits en belles lettres d'or
Tous les ſujetsfoûmis àfon Em.
pire ,
Grand est le nombre ; ne crois
pas qu'encor
Ales compter aucun ait pûfuffire.
Or certain nom que cheriffent
les Dieux ,
Nomdés longtems connupar toute
terre ,
Nom dans la paix illustre&dans
la guerre ,
Et qui toûjours devient plus
glorieux,
En maint endroit couchéfur le
Regitre
GALANT. 229
Fût entre tous remarqué par
Amour';
Voilà ,dit-il , un nom qu'àjufte
tetre...
On doitfans fin celebrer dans ma
Cour;
Jeſuis amy de quiconque leporte,
Et ne connoy parmy tous les
Mortels
Aucun Heros , qui de plus digne
forte
Ait honoré mon culte , & mes
Autels.
Pendant qu'ainsi charmé de
Ses conquestes,
Le tendre Amour chantefesfa
1
voris
230 MERCURE
Et que pour eux il prepare des
feftes ,
Enfon Palais furvient Dame
Cypris ,
Qu'accompagnoit , n'est besoin de
le dire ,
Eſſain nombreux de plaisirs &
-deris.
Mon fils , dit-elle , avec un
doux fourire ,
D'où vient, qu'oiſif en ces lieux
enchantez ,
Vousnegligezvosdroits&vôtre
gloire?
Trop exaltez une foible victoire
Pour quelques coeurs que vous
avezdomptez.
GALANT. 284
Ileneſtun à vos armes rebelle,
Qui ne connoît l'usage desfoûpirs,
Qui du devoir disciple trop fidelle,
Surla vertu regle tousſes defirs ,
Si neregnezsur ce coeur inſenſible,
Devez pour rien compter tous
vos exploits ,
Doncfaites voir que tout vous
eft poffible ,
Partez,volez le soumettreà vos
loix.
Prés cette Ville en miracles
feconde ,
Séjour d'un Prince en qui bientôt
lemonde
Retrouvera du plus grand de fes
Rois,
232 MERCURE
La majesté ,laſageße profonde,
Dans un réduit, qu'habite la
Pudeur ,
Seroit un Temple , où Minerve
adorée
Donne la Loy. C'est là qu'est
refferée
Cette beauté dont l'extrême froideur
Fait àvos feux une cruelle offenfe.
La connoîtrez àſa noble naiffance,
Asajeunesse,àfon air degran-
- deur ,
Etplus encor àfon indifference.
Venusſe tût. Lorsfans perdre
en
GALANT. 233
en difcours
Un tems trop cher au deſſein qu'il
embraffe ,
Bien escorté d'une foule d'Amours
Vous l'euſſiez vû de l'airfendre
l'espace ,
Ettout à coup àParis defcendu ,
Se preſenter d'un air de petitmaître
A l'buy du Temple. Or qui fut
confondu ?
Cefut leDieu. Dés qu'on le vit
thparoître,
PPoouurr l'éconduire on fonna le
toesin ,
Et de ſes foeurs l'innocence en-
Janvier 1716. V
234 MERCURE
tourée,
Si vertement refifta , qu'à la fin
En luy ne fut de trouver une
entuée .
Dont s'en allant dépit & tout
bonteux,
Se lamentoit defa mesavanture ,
Quoy,difoit- il , tout plein defon
injure ,
On brave ainſi mon ppoouuvoir,
mesfeux?
Nefuis-jeplusAmour ?parquelle
audace
Refifte-t on au Souverain des
Dieux?
Boulleverſons & la Terre &les
Cieux,
GALANT. 235
1
Et ne cedons impunément laplace.
Tandis qu'à part il fait le
Se
furieux ,
promettant de bien gronderfa
mere
Il apperçoit non loin de luyfon
frere ,
Qui vers le Temple avançant à
grands pas ,
Menoit en main avec bruit
fracas
Un Damoifel. Il comprit le myftere
Et ne voulant perdre l'occafion ,
Droit dans le coeur du gentil pers
Jonnage
VaSe loger. Certés le coup fut
Vij
236 MERCURE
Sage,
Et ne fit oncplusprudente action ,
Rares vertus,illustre extraction ,
Noble maintien , &fublime courage
,
Douceur d'esprit ,fimplicité de
moeurs ,
Tout ce qui fert à conquerir les
coeurs
De fon captif est fans plus le
partage.
Hymen adonc ſeſervant de
fes droits
Introduifitprés de la Fouvencelle
Le Damoifeau. Comptant que
Maistre d'elle ,
Il alloit feul la rangerfousses
GALANT. 237
loix;
Mais fans fon Hofte il compta
cettefois ,
Ce qui pour luy n'est choſe trop
nouvelle.
Bien mieux Amour ſçût ordonner
du choix ;
Etfur le champ dans le coeur de
labelle
Il excita vifs & fi doux transports,
Que deſesyeux , malgré tousfes
efforts,
Sortoit defeu mainte & mainte
étincelle ;
Lors d'éclater tendreffe mutuelle
Soupirs confus,agréablelangueur,
238 MERCURE
Tendres regards , épanchement de
Propos charmans de constance
éternelle,
Que diray plus ? Amour estoit
vainqueur.
Trop plus charmé de parcille
avanture ,
Le bon hymen rioit outre mesure
Esfollement s'enrapportoit l'hon
neur.
C'est moy ,dit- il , c'est moyfeul
qui fais naiſtre
Lesfentimens que tous deuxfont
paroiſtre,
Mon frere en rien n'apart àleur
bonheur.
(
GALANT. 239
Pour le punir defon outrecui
dance,
Amourſe montre , &dit , mon
cher aîné,
Ne vous piquez fi fort d'independance,
Si grand honneur ne vous est
deftiné
Avez au plus pour la ceremonie
Droit d'aſſiſtance ,&non d'autorité
Si veux je bien qu'y soyezinvité..
Pour qu'entre nous fur ce point
foitfinie
Toute querelle. Aimſi fut arreſté.
Où l'Amour est hymen n'a rien
àdire
८
240 MERCURE
Obéifſfance est son lot affecté.
Par l'un & l'autre enfuite est
concerté
Le choix du jour. L'un &l'autre
àl'élire
Egalement s'empreffe. Heureux
Ероих!
D'un noeud fi beau, qui neferoit
jaloux
Douce union ! brillante destinée !
Enfans des Dieux ! il n'est donné
qu'à vous ,
Deréünir l'Amour l'Hymenée.
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Résumé : EPITHALAME pour Monsieur le Marquis d'Harcourt, & Mademoiselle de Villeroy.
Le texte décrit un épithalame composé par M. de Beauchamp pour célébrer le mariage du Marquis d'Harcourt et de Mademoiselle de Villeroy. L'œuvre s'ouvre sur une scène où Cupidon examine les chartes de Cythère, où sont inscrits les sujets soumis à son empire. Le nom du Marquis d'Harcourt attire son attention, et Cupidon le célèbre comme un héros digne de son culte. Vénus, la mère de Cupidon, reproche à son fils d'avoir négligé une certaine victoire. Elle mentionne une jeune femme à Paris, connue pour sa beauté et sa froideur, résidant dans un temple dédié à Minerve. Cupidon, accompagné d'une foule d'Amours, se rend à Paris mais est repoussé par la jeune femme. Frustré, il décide de se venger. Cupidon aperçoit son frère transportant un jeune homme vers le temple. Il saisit cette opportunité et se loge dans le cœur du jeune homme. Le mariage est alors célébré, et Hyménée introduit le jeune homme auprès de la jeune fille. Cependant, Amour prend le contrôle et fait naître des sentiments mutuels entre les deux amoureux. Hyménée reconnaît finalement la victoire d'Amour et accepte de jouer un rôle secondaire dans cette union. Les deux divinités conviennent ensemble du jour du mariage, célébrant ainsi une union heureuse et brillante, réservée aux enfants des dieux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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