M. de Beauchamp diftingué
entre nos Poetes François ,
&connu avec honneur dans
la République des Lettres , a
GALANT 227
fait ſur le Mariage de M. le
Marquis d'Harcourt avecMademoiselle
de Villeroy , le
gracieux Epithalame que je
vous preſente.
EPITHALAME
pourMonfieur le Marquis
d'Harcourt , & Mademoifelle
de Villeroy.
Un jour avint , choſe qu'on
ne voitguere ,
Que Cupidon se trouvant de
lotfir
Parpaſſe temsſe donna le plaisir
D'examiner les Chartres de
Cythere..
228 MERCURE
Làfont écrits en belles lettres d'or
Tous les ſujetsfoûmis àfon Em.
pire ,
Grand est le nombre ; ne crois
pas qu'encor
Ales compter aucun ait pûfuffire.
Or certain nom que cheriffent
les Dieux ,
Nomdés longtems connupar toute
terre ,
Nom dans la paix illustre&dans
la guerre ,
Et qui toûjours devient plus
glorieux,
En maint endroit couchéfur le
Regitre
GALANT. 229
Fût entre tous remarqué par
Amour';
Voilà ,dit-il , un nom qu'àjufte
tetre...
On doitfans fin celebrer dans ma
Cour;
Jeſuis amy de quiconque leporte,
Et ne connoy parmy tous les
Mortels
Aucun Heros , qui de plus digne
forte
Ait honoré mon culte , & mes
Autels.
Pendant qu'ainsi charmé de
Ses conquestes,
Le tendre Amour chantefesfa
1
voris
230 MERCURE
Et que pour eux il prepare des
feftes ,
Enfon Palais furvient Dame
Cypris ,
Qu'accompagnoit , n'est besoin de
le dire ,
Eſſain nombreux de plaisirs &
-deris.
Mon fils , dit-elle , avec un
doux fourire ,
D'où vient, qu'oiſif en ces lieux
enchantez ,
Vousnegligezvosdroits&vôtre
gloire?
Trop exaltez une foible victoire
Pour quelques coeurs que vous
avezdomptez.
GALANT. 284
Ileneſtun à vos armes rebelle,
Qui ne connoît l'usage desfoûpirs,
Qui du devoir disciple trop fidelle,
Surla vertu regle tousſes defirs ,
Si neregnezsur ce coeur inſenſible,
Devez pour rien compter tous
vos exploits ,
Doncfaites voir que tout vous
eft poffible ,
Partez,volez le soumettreà vos
loix.
Prés cette Ville en miracles
feconde ,
Séjour d'un Prince en qui bientôt
lemonde
Retrouvera du plus grand de fes
Rois,
232 MERCURE
La majesté ,laſageße profonde,
Dans un réduit, qu'habite la
Pudeur ,
Seroit un Temple , où Minerve
adorée
Donne la Loy. C'est là qu'est
refferée
Cette beauté dont l'extrême froideur
Fait àvos feux une cruelle offenfe.
La connoîtrez àſa noble naiffance,
Asajeunesse,àfon air degran-
- deur ,
Etplus encor àfon indifference.
Venusſe tût. Lorsfans perdre
en
GALANT. 233
en difcours
Un tems trop cher au deſſein qu'il
embraffe ,
Bien escorté d'une foule d'Amours
Vous l'euſſiez vû de l'airfendre
l'espace ,
Ettout à coup àParis defcendu ,
Se preſenter d'un air de petitmaître
A l'buy du Temple. Or qui fut
confondu ?
Cefut leDieu. Dés qu'on le vit
thparoître,
PPoouurr l'éconduire on fonna le
toesin ,
Et de ſes foeurs l'innocence en-
Janvier 1716. V
234 MERCURE
tourée,
Si vertement refifta , qu'à la fin
En luy ne fut de trouver une
entuée .
Dont s'en allant dépit & tout
bonteux,
Se lamentoit defa mesavanture ,
Quoy,difoit- il , tout plein defon
injure ,
On brave ainſi mon ppoouuvoir,
mesfeux?
Nefuis-jeplusAmour ?parquelle
audace
Refifte-t on au Souverain des
Dieux?
Boulleverſons & la Terre &les
Cieux,
GALANT. 235
1
Et ne cedons impunément laplace.
Tandis qu'à part il fait le
Se
furieux ,
promettant de bien gronderfa
mere
Il apperçoit non loin de luyfon
frere ,
Qui vers le Temple avançant à
grands pas ,
Menoit en main avec bruit
fracas
Un Damoifel. Il comprit le myftere
Et ne voulant perdre l'occafion ,
Droit dans le coeur du gentil pers
Jonnage
VaSe loger. Certés le coup fut
Vij
236 MERCURE
Sage,
Et ne fit oncplusprudente action ,
Rares vertus,illustre extraction ,
Noble maintien , &fublime courage
,
Douceur d'esprit ,fimplicité de
moeurs ,
Tout ce qui fert à conquerir les
coeurs
De fon captif est fans plus le
partage.
Hymen adonc ſeſervant de
fes droits
Introduifitprés de la Fouvencelle
Le Damoifeau. Comptant que
Maistre d'elle ,
Il alloit feul la rangerfousses
GALANT. 237
loix;
Mais fans fon Hofte il compta
cettefois ,
Ce qui pour luy n'est choſe trop
nouvelle.
Bien mieux Amour ſçût ordonner
du choix ;
Etfur le champ dans le coeur de
labelle
Il excita vifs & fi doux transports,
Que deſesyeux , malgré tousfes
efforts,
Sortoit defeu mainte & mainte
étincelle ;
Lors d'éclater tendreffe mutuelle
Soupirs confus,agréablelangueur,
238 MERCURE
Tendres regards , épanchement de
Propos charmans de constance
éternelle,
Que diray plus ? Amour estoit
vainqueur.
Trop plus charmé de parcille
avanture ,
Le bon hymen rioit outre mesure
Esfollement s'enrapportoit l'hon
neur.
C'est moy ,dit- il , c'est moyfeul
qui fais naiſtre
Lesfentimens que tous deuxfont
paroiſtre,
Mon frere en rien n'apart àleur
bonheur.
(
GALANT. 239
Pour le punir defon outrecui
dance,
Amourſe montre , &dit , mon
cher aîné,
Ne vous piquez fi fort d'independance,
Si grand honneur ne vous est
deftiné
Avez au plus pour la ceremonie
Droit d'aſſiſtance ,&non d'autorité
Si veux je bien qu'y soyezinvité..
Pour qu'entre nous fur ce point
foitfinie
Toute querelle. Aimſi fut arreſté.
Où l'Amour est hymen n'a rien
àdire
८
240 MERCURE
Obéifſfance est son lot affecté.
Par l'un & l'autre enfuite est
concerté
Le choix du jour. L'un &l'autre
àl'élire
Egalement s'empreffe. Heureux
Ероих!
D'un noeud fi beau, qui neferoit
jaloux
Douce union ! brillante destinée !
Enfans des Dieux ! il n'est donné
qu'à vous ,
Deréünir l'Amour l'Hymenée.