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1
p. 355-356
AUTRE ENIGME.
Début :
Errant & vagabond, changeant souvent de Maistre, [...]
Mots clefs :
Louis d'or
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE ENIGME.
AUTRE ENIGME.
E
Rrant & vagabond, changeant
Sous le nom d'un Héros je mefais
reconnoistre.
L'on me voitſi ſoûmis , qu aumoindre
des Humains,
Iefuis un Serviteur utile à toutes
mains.
Ggij
356 MERCURE
On m'estime en tous lieux, &fur tout
dansla France,
On réveremon nom ; & quant à ma
A
naissance,
Elle a tant de grandeur, & vient d'un
fi haut Licu,
Que plusieurs des Mortels me préferent à Dieu.
E
Rrant & vagabond, changeant
Sous le nom d'un Héros je mefais
reconnoistre.
L'on me voitſi ſoûmis , qu aumoindre
des Humains,
Iefuis un Serviteur utile à toutes
mains.
Ggij
356 MERCURE
On m'estime en tous lieux, &fur tout
dansla France,
On réveremon nom ; & quant à ma
A
naissance,
Elle a tant de grandeur, & vient d'un
fi haut Licu,
Que plusieurs des Mortels me préferent à Dieu.
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2
p. 52-68
DIALOGUE DE L'ELOQUENCE ET DU LOUIS D'OR.
Début :
Je vous envoye un Dialogue qui a receu icy de grands / A vous voir & à vous entendre, les Hommes [...]
Mots clefs :
Divinité, Éloquence, Louis d'or, Temple, Fils de la Terre, Soleil, Astres, Gloire, Fortune, Mérite, République, Palais, Privilèges, Coeur, Orateurs, Scélérats
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texteReconnaissance textuelle : DIALOGUE DE L'ELOQUENCE ET DU LOUIS D'OR.
Je vous envoye un Dialogue
qui a receu icy de gráds
applaudiffemens . Je ne ſçay
point le nom de fon Auteur ,
mais l'Ouvrage parle affez
>
GALANT.
53
de luy-mefme, fans qu'il foit
befoin d'autre chofe pour
vous le faire eſtimer.
2255252525252525Z
DIALOGUE
DE L'ELOQUENCE
ET DU LOUIS D'OR .
L'ELOQUENCE .
Vous voir & à vous.
Aentendre , les Hommes
n'ont point d'autre Di
vinité que vous ; il ne refte
plus qu'à vous bâtir un
Temple.
E
iij
54 MERCURE
LE LOUIS D'OR .
On m'en a déja bâty un
où je ne faifois pas mal le
Perfonnage d'un Dieu ; mais
il m'importe fort peu d'avoir
un Temple de pierre & de
bois , pourveu que j'aye le
coeur de l'Homme pour mon
Autel , où il me confacre tous
Les travaux & fes foins .
L'ELOQUENCE .
Vous parlez bien haut
pour le Fils de la Terre .
LE Louis D'or.
Je ne fuis point tellement
le Fils de la Terre , que je
ne fois auffi le Fils du Soleil
& des Aftres.
GALANT
55
·
L'ELOQUENCE .
Pour moy , je fuis la Fille
de l'entendement
& du coeur
de l'Homme
.
LE LOUIS D'OR .
S'il n'y a qu'à fortir de l'entendement
& du coeur de
l'Homme pour prouver fa
nobleffe , les trahiſons & les
grands crimes feront bienroft
illuftres , & difputeront
avec vous de la gloire de la
Naiffance . Il eft vray que
j'ay efté conceu dans un lieu
bien obfcur , mais j'ay trouvé
dans cette obfcurité là je
ne ſçay quoy qui ébloüit les
E iiij
56 MERCURE
fort
yeux , & qui n'eft pas
defagreable
aux voſtres
. Javouë
que ma Naiſſance
m'a
rendu
le voifin
des Enfers
.
mais
on m'y a trouvé
; & ſi
vous y eftiez
cachée
comme
moy , je ne fçay pas qui vous
iroit
chercher là pour vous.
déterrer
.
L'ELOQUENCE.
Je fçay bien que vous plaifez
aux Hommes , mais ce
n'eſt qu'à cauſe que vous
leur impofez par de petits
agrémens qui donnent dans.
les yeux
.
LE LOUIS D'or .
Mes agrémens ne donnent
GALANT. 57
s yeux ,
point fi fort dans les y
qu'ils ne donnent encore
plus dans le coeur. Pour ce
qui eft d'impofer , nous fommes
dans un temps où l'on
ne peut faire fortune dans
le monde à moins qu'on
n'impofe . Nous le faifons
tous deux , mais avec cette
difference que vous n'impofez
que par des paroles , au
lieu que j'impofe par ma folidité
, car on dit qu'il n'y a
point de raiſon plus folide
que moy , & qu'on ne peut
dóner une plus belle couleur
à la verité que la mienne ;
58 MERCURE
au moins vous m'avoürez
qu'elle vaut bien le brillant
de vos penſées.
L'ELOQUENCE .
Toute comparaiſon eft
odieuſe, mais s'il eft queſtion
5'
d'en venir au merite , c'eft
moy qui ay reüny les Peuples
quand ils eftoient errans
dans les Déſerts , & qui les
ay fait vivre en Republique.
LE LOUIS D'OR.
C'eft moy qui fuis le nerf
de leur Republique
& la
liaifon de leurs Eftats ; c'eft
moy qui fuis les delices des
Jeunes , & le foin des Vieillards
.
GALANT.
59
L'ELOQUENCE .
Je fuis la bien venuë par
tout.
LE LOUIS D'OR .
Principalement quand je
vous accompagne .
L'ELOQUENCE.
J'ay accés dans le Palais
des
Roys.
LE LOUIS D'or .
Vous n'y en avez point
tant , qu'un Mulet qui me
porte n'y en ait encore
davantage que vous .
L'ELOQUENCE .
Jay beaucoup de pouvoir
fur le coeur de l'Homme.
60 MERCURE
LE LOUIS D'OR .
Vous en avez , mais avec
un grand embarras de paroles
, au lieu que moy,fans preparation
& fans artifice , j'ay
le don de me faire écouter
dans les coeurs , & de m'en
rendre le maiftre ; car étant
queftion dernierement
de confoler un miferable ,
vous tachâtes de le faire par
beaucoup de paroles ; peuteftre
qu'il n'eftoit pas fait à
un ſi beau langage , mais vôtre
difcours luy fembloit
bié fade, lors que quelqu'un
s'avifa de me mettre dans
GALANT. 61
fa main , & alors on vit la
joye qui s'épanouiffoit fur
fon vifage , & à l'entendre il
fortoit de moy une vertu ſecrete
qui luy alloit gagner
le coeur.Feriez - vous bien par
vos paroles , ce que je faifois
en ce temps -là par mon fi
lence ?
L'ELOQUENCE .
Je rends bien d'autres fervices
à l'Homme.
LE LOUIS D'OR.
Vous en rendez , mais je
ne fçay s'ils valent les
miens ; car je m'en vais chez
un Roturier, je le rends Gen62
MERCURE
til - homme ; je m'en vais
chez un Ignorant , auffi- toſt
c'eft un Homme d'un fens
profond ; je m'en vais chez
un Témeraire, auffi- toft c'eft
un Brave ; & fi vous faites
les Doctes , j'ay le privilege
de faire les Docteurs . Vos
fervices valent- ils bien ceux
là ?
L'ELOQUENCE.
D'où vient donc qu'aprés
tant de bien- faits que vous
rendez , je vous voyois dernierement
fous le marteau
d'un Artifan où vous faifiez
une pauvre figure ?
GALANT. 63
LE LOUIS D'OR .
Je ne fçay pas fi vos figures
font plus agreables , mais
je fçay bien que le tour
qu'on me donnoit alors , vaut
bien le tour de vos Periodes
& de vos Vers .
L'ELOQUENCE.
Mais avec ce beau tour
on vous voit courir le Monde
comme un miferable qui
n'a point de Pays.
LE LOUIS D'OR.
Si c'eſt un mal que de
courir le Monde , il n'eft
commun avec le Soleil . Je
n'ay point de Pays arrefté,
64 MERCURE
mais par tout où je fuis ,
l'Homme trouve fa Patrie.
L'ELOQUENCE .
Il a donc grand tort de vous
traiter auffi mal qu'il fait; car
vous tombâtes dernierement
entre les mains d'un vieux
Avare qui vous mit en prifon
dans un Coffre fort , &
qui vous enfoüit dans la
terre.
LE LOUIS D'OR.
Quand je fuis en priſon de
la forte, il n'y a perſonne qui
n'aime mieux y entrer , que
d'aller dans les Jardins des
Princes. Je n'y fuis pas tour
feul , le coeur de celuy qui
GALANT. 65
m'y met , s'y cache avec
moy .
L'ELOQUENCE .
Mais que faites-vous là ?
LE LOUIS D'OR..
: CeCe que vous
faites
dans
vos Ecrits
qui font cachez
dans
la Boutique
d'un
Li--
braire
.
L'ELOQUENCE.
Je fuis là comme le monu--
ment des Orateurs , où leur
Efprit repofe..
LE LOUIS D'OR.
Et moy jefuis dans ce Tré--
for enfouy, comme le monu
ment du Riche où fon Ame :
1685.. repofe..
F
66 MERCURE
L'ELOQUENCE .
Je plains pourtant bien
voftre deſtinée , puis qu'au
fortir delà on vous voit fouvent
à la difcretion d'un faux
Monnoyeur.
LE LOUIS D'OR .
Je ne plains pas moins
vos Ecrits puis qu'aprés
>
avoir efté lûs avec tant de
plaifir , on les voit quelquefois
dans un Cabinet à la
difcretion des Souris.
L'ELOQUENCE .
Vous allez aprés cela dans
des lieux peftiferez .
GALANT. 67
LE LOUIS D'OR .
Je n'y prens point de
mauvais air , & je n'en fuis
pas moins bien venu à la
Cour , où les Creatures les
plus délicates difent que je
porte la fanté avec moy.
L'ELOQUENCE .
On vous voit mefme for
tir quelquefois d'entre les
mains des Scelerats.
LE LOUIS D'OR .
Je n'en repofe pas moins
agreablemét entre les mains
des Innocens .
L'ELOQUENCE...
Parmy eux il s'en trouvent
Fij
68 MERCURE
>
qui font merveille à décla
mer contre vous ..
LE Louis D'Or ..
Ils ne déclameroient pas
fi fort , s'ils ne me propofoient
à eux-mefmes comme
le prix de leur déclamation .
L'ELOQUENCE.
Cela n'empeche pas qu'il
n'y ait des Philofophes qui
vous condamnent en Public .
LE LOUIS D'OR.
Il n'y en a pas un qui ne
m'approuve en particulier
lors que je fuis dans fa
Bourfe.
qui a receu icy de gráds
applaudiffemens . Je ne ſçay
point le nom de fon Auteur ,
mais l'Ouvrage parle affez
>
GALANT.
53
de luy-mefme, fans qu'il foit
befoin d'autre chofe pour
vous le faire eſtimer.
2255252525252525Z
DIALOGUE
DE L'ELOQUENCE
ET DU LOUIS D'OR .
L'ELOQUENCE .
Vous voir & à vous.
Aentendre , les Hommes
n'ont point d'autre Di
vinité que vous ; il ne refte
plus qu'à vous bâtir un
Temple.
E
iij
54 MERCURE
LE LOUIS D'OR .
On m'en a déja bâty un
où je ne faifois pas mal le
Perfonnage d'un Dieu ; mais
il m'importe fort peu d'avoir
un Temple de pierre & de
bois , pourveu que j'aye le
coeur de l'Homme pour mon
Autel , où il me confacre tous
Les travaux & fes foins .
L'ELOQUENCE .
Vous parlez bien haut
pour le Fils de la Terre .
LE Louis D'or.
Je ne fuis point tellement
le Fils de la Terre , que je
ne fois auffi le Fils du Soleil
& des Aftres.
GALANT
55
·
L'ELOQUENCE .
Pour moy , je fuis la Fille
de l'entendement
& du coeur
de l'Homme
.
LE LOUIS D'OR .
S'il n'y a qu'à fortir de l'entendement
& du coeur de
l'Homme pour prouver fa
nobleffe , les trahiſons & les
grands crimes feront bienroft
illuftres , & difputeront
avec vous de la gloire de la
Naiffance . Il eft vray que
j'ay efté conceu dans un lieu
bien obfcur , mais j'ay trouvé
dans cette obfcurité là je
ne ſçay quoy qui ébloüit les
E iiij
56 MERCURE
fort
yeux , & qui n'eft pas
defagreable
aux voſtres
. Javouë
que ma Naiſſance
m'a
rendu
le voifin
des Enfers
.
mais
on m'y a trouvé
; & ſi
vous y eftiez
cachée
comme
moy , je ne fçay pas qui vous
iroit
chercher là pour vous.
déterrer
.
L'ELOQUENCE.
Je fçay bien que vous plaifez
aux Hommes , mais ce
n'eſt qu'à cauſe que vous
leur impofez par de petits
agrémens qui donnent dans.
les yeux
.
LE LOUIS D'or .
Mes agrémens ne donnent
GALANT. 57
s yeux ,
point fi fort dans les y
qu'ils ne donnent encore
plus dans le coeur. Pour ce
qui eft d'impofer , nous fommes
dans un temps où l'on
ne peut faire fortune dans
le monde à moins qu'on
n'impofe . Nous le faifons
tous deux , mais avec cette
difference que vous n'impofez
que par des paroles , au
lieu que j'impofe par ma folidité
, car on dit qu'il n'y a
point de raiſon plus folide
que moy , & qu'on ne peut
dóner une plus belle couleur
à la verité que la mienne ;
58 MERCURE
au moins vous m'avoürez
qu'elle vaut bien le brillant
de vos penſées.
L'ELOQUENCE .
Toute comparaiſon eft
odieuſe, mais s'il eft queſtion
5'
d'en venir au merite , c'eft
moy qui ay reüny les Peuples
quand ils eftoient errans
dans les Déſerts , & qui les
ay fait vivre en Republique.
LE LOUIS D'OR.
C'eft moy qui fuis le nerf
de leur Republique
& la
liaifon de leurs Eftats ; c'eft
moy qui fuis les delices des
Jeunes , & le foin des Vieillards
.
GALANT.
59
L'ELOQUENCE .
Je fuis la bien venuë par
tout.
LE LOUIS D'OR .
Principalement quand je
vous accompagne .
L'ELOQUENCE.
J'ay accés dans le Palais
des
Roys.
LE LOUIS D'or .
Vous n'y en avez point
tant , qu'un Mulet qui me
porte n'y en ait encore
davantage que vous .
L'ELOQUENCE .
Jay beaucoup de pouvoir
fur le coeur de l'Homme.
60 MERCURE
LE LOUIS D'OR .
Vous en avez , mais avec
un grand embarras de paroles
, au lieu que moy,fans preparation
& fans artifice , j'ay
le don de me faire écouter
dans les coeurs , & de m'en
rendre le maiftre ; car étant
queftion dernierement
de confoler un miferable ,
vous tachâtes de le faire par
beaucoup de paroles ; peuteftre
qu'il n'eftoit pas fait à
un ſi beau langage , mais vôtre
difcours luy fembloit
bié fade, lors que quelqu'un
s'avifa de me mettre dans
GALANT. 61
fa main , & alors on vit la
joye qui s'épanouiffoit fur
fon vifage , & à l'entendre il
fortoit de moy une vertu ſecrete
qui luy alloit gagner
le coeur.Feriez - vous bien par
vos paroles , ce que je faifois
en ce temps -là par mon fi
lence ?
L'ELOQUENCE .
Je rends bien d'autres fervices
à l'Homme.
LE LOUIS D'OR.
Vous en rendez , mais je
ne fçay s'ils valent les
miens ; car je m'en vais chez
un Roturier, je le rends Gen62
MERCURE
til - homme ; je m'en vais
chez un Ignorant , auffi- toſt
c'eft un Homme d'un fens
profond ; je m'en vais chez
un Témeraire, auffi- toft c'eft
un Brave ; & fi vous faites
les Doctes , j'ay le privilege
de faire les Docteurs . Vos
fervices valent- ils bien ceux
là ?
L'ELOQUENCE.
D'où vient donc qu'aprés
tant de bien- faits que vous
rendez , je vous voyois dernierement
fous le marteau
d'un Artifan où vous faifiez
une pauvre figure ?
GALANT. 63
LE LOUIS D'OR .
Je ne fçay pas fi vos figures
font plus agreables , mais
je fçay bien que le tour
qu'on me donnoit alors , vaut
bien le tour de vos Periodes
& de vos Vers .
L'ELOQUENCE.
Mais avec ce beau tour
on vous voit courir le Monde
comme un miferable qui
n'a point de Pays.
LE LOUIS D'OR.
Si c'eſt un mal que de
courir le Monde , il n'eft
commun avec le Soleil . Je
n'ay point de Pays arrefté,
64 MERCURE
mais par tout où je fuis ,
l'Homme trouve fa Patrie.
L'ELOQUENCE .
Il a donc grand tort de vous
traiter auffi mal qu'il fait; car
vous tombâtes dernierement
entre les mains d'un vieux
Avare qui vous mit en prifon
dans un Coffre fort , &
qui vous enfoüit dans la
terre.
LE LOUIS D'OR.
Quand je fuis en priſon de
la forte, il n'y a perſonne qui
n'aime mieux y entrer , que
d'aller dans les Jardins des
Princes. Je n'y fuis pas tour
feul , le coeur de celuy qui
GALANT. 65
m'y met , s'y cache avec
moy .
L'ELOQUENCE .
Mais que faites-vous là ?
LE LOUIS D'OR..
: CeCe que vous
faites
dans
vos Ecrits
qui font cachez
dans
la Boutique
d'un
Li--
braire
.
L'ELOQUENCE.
Je fuis là comme le monu--
ment des Orateurs , où leur
Efprit repofe..
LE LOUIS D'OR.
Et moy jefuis dans ce Tré--
for enfouy, comme le monu
ment du Riche où fon Ame :
1685.. repofe..
F
66 MERCURE
L'ELOQUENCE .
Je plains pourtant bien
voftre deſtinée , puis qu'au
fortir delà on vous voit fouvent
à la difcretion d'un faux
Monnoyeur.
LE LOUIS D'OR .
Je ne plains pas moins
vos Ecrits puis qu'aprés
>
avoir efté lûs avec tant de
plaifir , on les voit quelquefois
dans un Cabinet à la
difcretion des Souris.
L'ELOQUENCE .
Vous allez aprés cela dans
des lieux peftiferez .
GALANT. 67
LE LOUIS D'OR .
Je n'y prens point de
mauvais air , & je n'en fuis
pas moins bien venu à la
Cour , où les Creatures les
plus délicates difent que je
porte la fanté avec moy.
L'ELOQUENCE .
On vous voit mefme for
tir quelquefois d'entre les
mains des Scelerats.
LE LOUIS D'OR .
Je n'en repofe pas moins
agreablemét entre les mains
des Innocens .
L'ELOQUENCE...
Parmy eux il s'en trouvent
Fij
68 MERCURE
>
qui font merveille à décla
mer contre vous ..
LE Louis D'Or ..
Ils ne déclameroient pas
fi fort , s'ils ne me propofoient
à eux-mefmes comme
le prix de leur déclamation .
L'ELOQUENCE.
Cela n'empeche pas qu'il
n'y ait des Philofophes qui
vous condamnent en Public .
LE LOUIS D'OR.
Il n'y en a pas un qui ne
m'approuve en particulier
lors que je fuis dans fa
Bourfe.
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Résumé : DIALOGUE DE L'ELOQUENCE ET DU LOUIS D'OR.
Le texte décrit un dialogue entre 'L'Éloquence' et 'Le Louis d'Or'. L'Éloquence soutient qu'elle mérite un temple car elle émane de l'entendement et du cœur humain. Le Louis d'Or, fils du Soleil et des astres, possède déjà un temple et préfère être honoré dans le cœur des hommes. Il souligne que les trahisons et les crimes peuvent également naître de l'entendement et du cœur. L'Éloquence rétorque que le Louis d'Or plaît par des agréments superficiels. Le Louis d'Or insiste sur son pouvoir de séduire et d'imposer, affirmant que sa solidité et son éclat embellissent la vérité. L'Éloquence revendique son rôle de rassembleuse des peuples et fondatrice des républiques. Le Louis d'Or se présente comme le nerf des États et les délices des jeunes et des vieillards. Ils discutent de leur influence respective dans les palais royaux et sur le cœur des hommes. Le Louis d'Or souligne son efficacité à consoler les malheureux et à transformer les individus. Le dialogue se termine par une réflexion sur leur destin respectif. Le Louis d'Or compare sa situation à celle des écrits cachés dans les boutiques des libraires. L'Éloquence déplore le sort du Louis d'Or, souvent à la merci de faux monnayeurs ou dévoré par des souris. Le Louis d'Or répond qu'il est bien accueilli à la cour et porte la santé avec lui. L'Éloquence mentionne aussi que le Louis d'Or peut être volé par des scélérats mais reste agréable entre les mains des innocents. Certains philosophes le condamnent en public mais l'approuvent en privé lorsqu'il est dans leur bourse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 67-82
Trente Loüis d'or à gagner. [titre d'après la table]
Début :
L'art d'un faiseur d'Histoire ne consiste pas à inventer des [...]
Mots clefs :
Montre, Louis, Compliment, Dame, Louis d'or
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Trente Loüis d'or à gagner. [titre d'après la table]
L'art d'un faiseur d'Histoire
ne consiste pas à inventer des
chosessi merveilleuses
,
qu'ifa^
sortent de lavray semblance,
mais à conter legerement &
d'une manière nouvelle des
choses communes. Le monde
est plein de ces avantures dont
tout le merite ne roule fouvent
que sur unseul trait,ou
sur un bon mot. Il ne faut pas
plus de rems pour les reciter
que pour lire une Epigramme.
Ce ne sont pas les plus mauvasses
: mais lorsqu'on a une
vaste carriere à remplir,&qu'-
on est obligé dette prolixe,
pour ne pas tomber dans le
deffaut de n'avoir rien à dire,
la libertédel'Episode devient
alors un droit de l'Auteur. A
la bonne heure s'il vient à bout
de la coudre heureusement à
son sujet ; tant pis pour ses
Lecteurs& pour luy quandil
y manque. C'est ce qui n'arrive
pourtant que trop souvent,
& c'est cc que j'appréhende
tous les jours Tâchons cependant
d'éviter cet écuëil
, &
contons le plus sagement que
nous pourrons, un petit évenement
assez délicat.
Voicy,Mademoiselle
,
de
quoi il s'agit.
Deux Dames se promenant
un jour dans les Tuilleries,
resolurent entre elles, d'attendre
quela nuit fut venuë, pour
se donner dans la grande allée
de ce jardin un air d'Avantulieres
qui les divertit à bon
escient, aux dépens des premiers
galans que le hazard letts
presenteroit. Eiles n'étoient
pas encore bien faites à ce manege,
& leur apprentissage devoir
naturellement leur couter
quelque chose.
Elles avoient entendu dire
que rien n'est plus agréable
que les petites façons de ces
godelureaux esfrontez qui
vont à la petite guerrre à la
faveur du silence & des ombres
de la nuit; & le recit qu'-
on leur avoit fait de l'accueil
& des compliments de cesMesficurs)
les rendit si curieuses,
que rien ne pûr mieux les satisfaire,
que ce qui leur arriva.
Dés que la nuit cût à plomb
répandusessombres voilessur l'étenduedecejardin,
elles s'enfoncerent
d'un pas leger dans le
milieu de la grande allée, elles
cûrent d abord le chagrin
,
de voir plusieurs poltrons paffer
& repasser inutilement fous
leur vent. En vérité
,
dit la
charmante Climene, à la belle
Cloris,quecesallées & venuës
desesperoient comme elle
,
je croy qu'il nous reste, ma
chere
, un air de noblesse & un
fond de timidité, qui nous dérobent
toutes nos conquêtes.
Défaisonsnous de cette bizarre
façon de nous promener , commes'il faisoitjour encore,
separons nous, & allons reconnoistre
& braver même,
s'il le faut
,
les lâches qui
n'osent nous attaquer. Vrayement,
dit Cloris, vous avez
raison,j'avois le même dessein
que vous,& j'allois vous
le proposer,si vous ne m'aviez
prévenu. Aussi tostellessedétachèrent
l'une d'un costé
l'autre d'un , autre,aprèss'être
promis de se rejoindre, si la
bonne foy des gens qu'elles
cherchoienc
,
alloit jusqu'à
l'insulte. Elles eurent à peine
fait
fait dix pas ,
qu'elles furent
rencontrées chacune par un
Cavalier,qui leur direntavec
beaucoup de politesse ( comme
s'ils s'étoient donnez le
mot d'employer tous deux les
mêmes termes) bon soir ma
bonne:quoyque la nuit soit
fort obscure, je ne laisse pas
d'entrevoir que vous n'êres pas
tant déchirée.Oh Monsieur,
( c'est la faute de celui qui m'a
conté cette Histoire, si je ne
leur fait pas faire à chacune
un compliment à part) oh
Monsieur dis-je, répondirentelles,
vous estes bien honnête.
Asseurement
, ma belle, reprirent
ces Messieurs
, en leur
mettant au moinslamain fous
le menton, & accompagnant
leurs discours de quelques
petiteslibertez,dont je suis
obligé de sevrer mon recit,
il ne tient qu'à vous que nous
fassions toutà l'heure une partie
de souper;Bon, dirent ces
Dames, qui venoient de se rejoindre,
& qui regardoient la
proposition d'un souper donc
elles n'avoient que faire, comme
la plus impertinente proposition
du monde.Vous vous
mocquez de nous, & vous
ressemblez à ce fade amoureux
qui loin de profiter de la liberté
d'untête àtêtequ'il avoit
un jour avec sa Maîtresse ,luy
dit fortement qu'il se trouveroit
fort heureux,s'il pouvoit
la tenir au milieu d'un bois:
gardez vostresouper pour
d'autres,Messieurs
, & nous
laissezen paix. Ah ! vous le
prenez surce ton là,reprirent
les Cavaliers ( àquices paroles
servirent de leçon ) parbleu
mesDames,vous , ne souperez
pas, puis qu'eneffet il n'est
pas icy question de fou per.
Cependant, la conversation
changea d'objet les deux
couples se séparerent encore,
&s'enentretinrent prés d'une
demie heure, avec promesse
avant de se quitter,
de le revoir le lendemain au
même endroit, & a la même
heure. Aussiroit: compliment
bref, coute reverence,
& le bon foir des deux costez.
Un de ces Cavaliers dans la
chaleur de la déclaration ,
avoit en gesticulant senti sous
sa main, la montre de sa Dame
,
tenté par je ne sçay quel
esprit, ill'avoit détachée sans
peine , & mis adroitement
dans sa poche. De retour en
samaison, il visite son bijou,
& voit à l'instant une ticsbelle
montre d'or d'un travail
admirable
,
& enrichie de plusieurs
petirs ornements qu'on
attache aux montres Angloises.
Ventrebleu, dit-il, si toutes
les nippes de mon avanturiere
ressemblent à celle cy ,t!
faut qu'elle soit entretenue par
un grand Seigneur, ou plutôc
par un riche Partisan. De pareilles
aubaines ne se trouvent
pas tous les jours, tenonsnous
en à celle-cy
,
& ne retournons
pas au rendez vous.
Le lendemain avant midy fr,
trouvant dans les ruës de Paris,
il voit partout affiché trente
Loüis d'or à gagner pour celui
ou celle qui rendra une montre
Angloise perduëlaveille
dans les Tulleries. M. L. C.
D. S. S. les payera comptant
au porteur de ladite montre.
Quand ce Monsieur auroit
trouvé un des sacs de Loüis
d'or échappez le premier de ce
mois, de la valize de M. de
Montargis, quand il lesauroit
même trouvez tous quatre,il
les auroir prudemment ramassé
& emporté sans s'en vanter,
parce qu'il n'est pas glorieux.
Aussi ses démarches pour la
restitution de la montre,firent
bien voir à quel point il étoit
discret. Illaissa pendant quelques
jours afficher tant qu'on
voulut, & garda à boncompte
lebijou tant qu'illuy plût.
Cependantlas à la fin de voir
affichessur affiches, &: de regarder
son larcin comme une
faveur extrême de la Fortune
il , semit en tête de connoistre
au moins la Dame à qui il l'avoir
fait. Autre petite friponerie
qui valoit bien la premiere.
Pour cette effet il se rendit
chez M. L C. D S. S. àqui il
dit qu'il voyoit depuisquelquetemps
dans Paris desaffiches
pour une montre,qu'on
reclamoit
,
& qu'il en sçavoit
des nouvelles; mais que celui
qui l'avoir trouvéesefaisoit un
scrupule de la rendre à d'autres
qu'à la personne qui l'avoic
perduë,&que ce n'étoit qu'à ce
prix, qu'on pourroit la ravoir.
M L.CD.S.S.sutaussitôtchez
laDame à qui elle appartenoir,
illuy dit qu'un G.milhomme
de bonnemine étoit venu luy
asseurer qu'on estoit prest de
luy rendre sa montre , pourveu
qu'elle consentit à la recevoir
elle-mêmedela main de
celuy quil'avoir trouvée. Cette
Dame qui étoitassurement
moins timide qu'une Bourgeos
se ne l'eûtété en pareille
occasion, dit qu'elle approuvoit
fort la prudence de ce
Monsieur
,
& qu'elle luy sçavoir
gré de ce qu'il exigeoit
d'elle. Le lendemain le Gentilhomme
averti par M. L C.
D. S. S. alla chez la Dîme
luy , sie une profonde reverence
,
& un compliment fort
gracieux, luv demanda les
trente Loüis stipulez dans les
affiches,& l'interest dutemps
qui couroit depuis le jour
qu'elle avoir perdu samontre.
La Dame le receut à merveille,
luy donna sidelement les trente
Louis en question,reprit sa
montre ,& luy dit de bonne
foy,& d'un air accompagné
de toutes les graces imaginables,
qu'elle le laissoit le M'JÎtre
des interests courrans. Le
Cavalier compta de son mieux
àquoy cela pouvoir se monter,
& la Dame consentit à faire
encore les frais du compte.
ne consiste pas à inventer des
chosessi merveilleuses
,
qu'ifa^
sortent de lavray semblance,
mais à conter legerement &
d'une manière nouvelle des
choses communes. Le monde
est plein de ces avantures dont
tout le merite ne roule fouvent
que sur unseul trait,ou
sur un bon mot. Il ne faut pas
plus de rems pour les reciter
que pour lire une Epigramme.
Ce ne sont pas les plus mauvasses
: mais lorsqu'on a une
vaste carriere à remplir,&qu'-
on est obligé dette prolixe,
pour ne pas tomber dans le
deffaut de n'avoir rien à dire,
la libertédel'Episode devient
alors un droit de l'Auteur. A
la bonne heure s'il vient à bout
de la coudre heureusement à
son sujet ; tant pis pour ses
Lecteurs& pour luy quandil
y manque. C'est ce qui n'arrive
pourtant que trop souvent,
& c'est cc que j'appréhende
tous les jours Tâchons cependant
d'éviter cet écuëil
, &
contons le plus sagement que
nous pourrons, un petit évenement
assez délicat.
Voicy,Mademoiselle
,
de
quoi il s'agit.
Deux Dames se promenant
un jour dans les Tuilleries,
resolurent entre elles, d'attendre
quela nuit fut venuë, pour
se donner dans la grande allée
de ce jardin un air d'Avantulieres
qui les divertit à bon
escient, aux dépens des premiers
galans que le hazard letts
presenteroit. Eiles n'étoient
pas encore bien faites à ce manege,
& leur apprentissage devoir
naturellement leur couter
quelque chose.
Elles avoient entendu dire
que rien n'est plus agréable
que les petites façons de ces
godelureaux esfrontez qui
vont à la petite guerrre à la
faveur du silence & des ombres
de la nuit; & le recit qu'-
on leur avoit fait de l'accueil
& des compliments de cesMesficurs)
les rendit si curieuses,
que rien ne pûr mieux les satisfaire,
que ce qui leur arriva.
Dés que la nuit cût à plomb
répandusessombres voilessur l'étenduedecejardin,
elles s'enfoncerent
d'un pas leger dans le
milieu de la grande allée, elles
cûrent d abord le chagrin
,
de voir plusieurs poltrons paffer
& repasser inutilement fous
leur vent. En vérité
,
dit la
charmante Climene, à la belle
Cloris,quecesallées & venuës
desesperoient comme elle
,
je croy qu'il nous reste, ma
chere
, un air de noblesse & un
fond de timidité, qui nous dérobent
toutes nos conquêtes.
Défaisonsnous de cette bizarre
façon de nous promener , commes'il faisoitjour encore,
separons nous, & allons reconnoistre
& braver même,
s'il le faut
,
les lâches qui
n'osent nous attaquer. Vrayement,
dit Cloris, vous avez
raison,j'avois le même dessein
que vous,& j'allois vous
le proposer,si vous ne m'aviez
prévenu. Aussi tostellessedétachèrent
l'une d'un costé
l'autre d'un , autre,aprèss'être
promis de se rejoindre, si la
bonne foy des gens qu'elles
cherchoienc
,
alloit jusqu'à
l'insulte. Elles eurent à peine
fait
fait dix pas ,
qu'elles furent
rencontrées chacune par un
Cavalier,qui leur direntavec
beaucoup de politesse ( comme
s'ils s'étoient donnez le
mot d'employer tous deux les
mêmes termes) bon soir ma
bonne:quoyque la nuit soit
fort obscure, je ne laisse pas
d'entrevoir que vous n'êres pas
tant déchirée.Oh Monsieur,
( c'est la faute de celui qui m'a
conté cette Histoire, si je ne
leur fait pas faire à chacune
un compliment à part) oh
Monsieur dis-je, répondirentelles,
vous estes bien honnête.
Asseurement
, ma belle, reprirent
ces Messieurs
, en leur
mettant au moinslamain fous
le menton, & accompagnant
leurs discours de quelques
petiteslibertez,dont je suis
obligé de sevrer mon recit,
il ne tient qu'à vous que nous
fassions toutà l'heure une partie
de souper;Bon, dirent ces
Dames, qui venoient de se rejoindre,
& qui regardoient la
proposition d'un souper donc
elles n'avoient que faire, comme
la plus impertinente proposition
du monde.Vous vous
mocquez de nous, & vous
ressemblez à ce fade amoureux
qui loin de profiter de la liberté
d'untête àtêtequ'il avoit
un jour avec sa Maîtresse ,luy
dit fortement qu'il se trouveroit
fort heureux,s'il pouvoit
la tenir au milieu d'un bois:
gardez vostresouper pour
d'autres,Messieurs
, & nous
laissezen paix. Ah ! vous le
prenez surce ton là,reprirent
les Cavaliers ( àquices paroles
servirent de leçon ) parbleu
mesDames,vous , ne souperez
pas, puis qu'eneffet il n'est
pas icy question de fou per.
Cependant, la conversation
changea d'objet les deux
couples se séparerent encore,
&s'enentretinrent prés d'une
demie heure, avec promesse
avant de se quitter,
de le revoir le lendemain au
même endroit, & a la même
heure. Aussiroit: compliment
bref, coute reverence,
& le bon foir des deux costez.
Un de ces Cavaliers dans la
chaleur de la déclaration ,
avoit en gesticulant senti sous
sa main, la montre de sa Dame
,
tenté par je ne sçay quel
esprit, ill'avoit détachée sans
peine , & mis adroitement
dans sa poche. De retour en
samaison, il visite son bijou,
& voit à l'instant une ticsbelle
montre d'or d'un travail
admirable
,
& enrichie de plusieurs
petirs ornements qu'on
attache aux montres Angloises.
Ventrebleu, dit-il, si toutes
les nippes de mon avanturiere
ressemblent à celle cy ,t!
faut qu'elle soit entretenue par
un grand Seigneur, ou plutôc
par un riche Partisan. De pareilles
aubaines ne se trouvent
pas tous les jours, tenonsnous
en à celle-cy
,
& ne retournons
pas au rendez vous.
Le lendemain avant midy fr,
trouvant dans les ruës de Paris,
il voit partout affiché trente
Loüis d'or à gagner pour celui
ou celle qui rendra une montre
Angloise perduëlaveille
dans les Tulleries. M. L. C.
D. S. S. les payera comptant
au porteur de ladite montre.
Quand ce Monsieur auroit
trouvé un des sacs de Loüis
d'or échappez le premier de ce
mois, de la valize de M. de
Montargis, quand il lesauroit
même trouvez tous quatre,il
les auroir prudemment ramassé
& emporté sans s'en vanter,
parce qu'il n'est pas glorieux.
Aussi ses démarches pour la
restitution de la montre,firent
bien voir à quel point il étoit
discret. Illaissa pendant quelques
jours afficher tant qu'on
voulut, & garda à boncompte
lebijou tant qu'illuy plût.
Cependantlas à la fin de voir
affichessur affiches, &: de regarder
son larcin comme une
faveur extrême de la Fortune
il , semit en tête de connoistre
au moins la Dame à qui il l'avoir
fait. Autre petite friponerie
qui valoit bien la premiere.
Pour cette effet il se rendit
chez M. L C. D S. S. àqui il
dit qu'il voyoit depuisquelquetemps
dans Paris desaffiches
pour une montre,qu'on
reclamoit
,
& qu'il en sçavoit
des nouvelles; mais que celui
qui l'avoir trouvéesefaisoit un
scrupule de la rendre à d'autres
qu'à la personne qui l'avoic
perduë,&que ce n'étoit qu'à ce
prix, qu'on pourroit la ravoir.
M L.CD.S.S.sutaussitôtchez
laDame à qui elle appartenoir,
illuy dit qu'un G.milhomme
de bonnemine étoit venu luy
asseurer qu'on estoit prest de
luy rendre sa montre , pourveu
qu'elle consentit à la recevoir
elle-mêmedela main de
celuy quil'avoir trouvée. Cette
Dame qui étoitassurement
moins timide qu'une Bourgeos
se ne l'eûtété en pareille
occasion, dit qu'elle approuvoit
fort la prudence de ce
Monsieur
,
& qu'elle luy sçavoir
gré de ce qu'il exigeoit
d'elle. Le lendemain le Gentilhomme
averti par M. L C.
D. S. S. alla chez la Dîme
luy , sie une profonde reverence
,
& un compliment fort
gracieux, luv demanda les
trente Loüis stipulez dans les
affiches,& l'interest dutemps
qui couroit depuis le jour
qu'elle avoir perdu samontre.
La Dame le receut à merveille,
luy donna sidelement les trente
Louis en question,reprit sa
montre ,& luy dit de bonne
foy,& d'un air accompagné
de toutes les graces imaginables,
qu'elle le laissoit le M'JÎtre
des interests courrans. Le
Cavalier compta de son mieux
àquoy cela pouvoir se monter,
& la Dame consentit à faire
encore les frais du compte.
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ENIGME. Par M. CHANSIERGES.
Début :
On connoit sur mon front mon âge & ma Patrie : [...]
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Louis d'or