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p. 69-84
FAMILLES des Plantes, par M. ADANSON, de l'Académie des Sciences, de la Société Royale de Londres, Censeur Royal. A Paris, chez Vincent, Imprimeur-Libraire de Mgr le COMTE DE PROVENCE, rue S. Séverin ; avec Approbation & Privilége du Roi ; 1763 ; 2 vol.in-8 o .
Début :
CET Ouvrage, en entier, donne une histoire générale de la Botanique. [...]
Mots clefs :
Plantes, Méthode, Ouvrage, Botanique, Science, Botanistes, Auteurs, Connaissances, Genres, Familles, Anciens, Trouver, Présenter, Résultats, Détail, Système
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texteReconnaissance textuelle : FAMILLES des Plantes, par M. ADANSON, de l'Académie des Sciences, de la Société Royale de Londres, Censeur Royal. A Paris, chez Vincent, Imprimeur-Libraire de Mgr le COMTE DE PROVENCE, rue S. Séverin ; avec Approbation & Privilége du Roi ; 1763 ; 2 vol.in-8 o .
FAMILLES des Plantes, par M.
ADANSON, de l'Académie des
Sciences, de la Société Royale de
Londres, Censeur Royal. A Paris,
chez Vincent, Imprimeur-Libraire de
Mgr le COMTE DE PROVEVCE,
rue S. Séverin ; avec Approbation &
Privilége du Roi ; 1763 ; 2 vol.in-8o.
CET Ouvrage, en entier, donne
une histoire générale de la Botanique.
La prèmiere Partie contient la théorie de
cette Science , & la ſeconde eſt toute
pratique. Il y régne généralement beau
coup de méthode ; & nous ne croyons
pouvoir mieux faire, que d'en préſenter
l'extrait ſuivant ſa diſtribution.
· Dans la première Partie M. Adanſon ,
7o MERCURE DE FRANCE.
expoſe l'état ancien & actuel de la Bota
nique ; il y compare les anciens travaux
des Botaniſtes à ceux des modernes. Il
penſe que les défauts que nous croyons
trouver dans les deſcriptions des anciens
Naturaliſtes Ariſtote, Téophraſte Dioſco
rides & Pline, ne ſont qu'apparens,ces
Auteurs ne donnant que des réſultats de
conoiſſancesà la pertée de tout le monde
& dépouillées des épines de l'Art , que
ſouvent leursTraducteurs ont mal rendu
leurs penſées, faute d'entendre aſſez la
Botanique. Ce ſentiment ne paroît pas
deſtitué de preuves » quoiqueThéophraſ
» te & Dioſcorides, dit-il , qui s'eſt at
» taché particulierement aux plantes, &
» qui s'eſt fait le plus grand nom ſur
» cette matière, n'ayent parlé que d'en
» viron 3 à 6ooo plantes & les ayent
» décrit de manière , qu'il eſt ſouvent
» difficile & quelquefois impoſſible de
» les reconnoître; on voit néanmoins
» dans nombres d'endroits de leurs
» ouvrages, des traits de lumière & des
» connoiſſances ſi profondes,dont quel
» ques-unes même paroiſſent ignorées
» aujourd'hui, & pourroient être appel
» lées des découvertes renouvellées des
a » Grecs, qu'on ne peut s'empêcher de
- º » convenir que malgré le mépris que
A V R I L. 1764.
71
» quelques Botaniſtes modernes affec
» tant de répandre ſur eux, ces grands
» hommes, quoiqu'ils n'ayent pas fait
» de méthode ſyſtématique , qu'ils ne
» regardoient que comme des diction
» naires trop ſuperficiels,avoient comme
» nous des connoiſſances de détail dont
» les temps ne nous ont conſervé que
» les réſultats généraux. Il eſt certain,au
» tant qu'on en peut juger par ce qui
» nous reſte des ouvrages d'Ariſtote,
» de Théophraſte , & de Pline , qu'ils
» ignoroient entiérement des parties
» que nous connoiſſons , & que nous
» avons approfondies ; mais il eſt plus
» probable, que leurs réſultats généraux
» dépendoient de ces connoiſſances de
» détail dont ces divins Auteurs laiſ
» ſoient échaper par intervalles de lé
» gères traces. Ce ſont de ces faits dont
» ne peut guères douter, tout hom
» me qui a étudié aſſez à fond les Scien
» ce naturelles ; & au lieu de croire que
» les Anciens n'ont adopté telle ou telle
22 opinion,que pance qu'ils n'avoient pas
» été auſſi loin que nous, nous devrions .
» peut - être plutôt penſer que c'eſt
» parce qu'ils avoient été beaucoup plus
» loin , & que des expériences que nous
» n'avons pas encore faites leur avoient
•72 MERCURE DE FRANCE.
» fait ſentir l'inſuſſiſance des méthodes
» dont nous nous contentons.
.
M. Adanſon fait voir auſſi que ſou
vent tel ſyſtême qui prend faveur à
l'appui de la célébrité & de la nouveau
té, n'eſt pas toujours le meilleur, & à
cet égard, il rend juſtice à la mémoire
de Tournefort, en laiſſant encore au
jourd'hui à cet illuſtre François la pre
mière place parmi les Botaniſtes » La
» préférence , dit-il , qu'on a donnée
» aux méthodes dans le choix des Etu
» des, n'a pas toujours été en raiſon
» de leur bonté ; l'eſprit national y a
» ſouvemt plus de part que le deſir de
» trouver la vérité. C'eſt ainſi que la
» méthode de Rai a été ſuivie par des
» Anglois célébres, Sloane , Pétiver,
» Martin , & en partie par Dillen; le
» ſyſtême de Rivin a été embraſſé par
» les Allemands les plus diſtingués en
» Botanique, Cretien , Knal, Ruppias,
» M. Ludwig , Siegerbek , &c. Celui
» de M. Lianaus n'a guères eu pour
» Sectateurs que ſes diſciples. Mais ce
» qui parle en faveur de la méthode de
» Tournefort, c'eſt qu'indépendemment
» des François célébres Paumier, Ma
» chant, Dodart, Niſſote, MM. de Juſ
» ſieu, & Vaillant qui le ſuivirent, elle
» fut
A V R I L. 1764:
73
» fut adoptée par les Etrangers qui te
» noient le premier rang en Botanique ;
» en Italie par Pontedeva, M. Monti &
» Micheli ; en Allemagne, en Angle
» terre & en Saxe par pluſieurs Sça
» vans diſtingués ; & ce qui ajoute en
» core au mérite de cette méthode &
» qui fait en même temps l'éloge de
» nos Botaniſtes François , c'eſt que
» malgré l'accueil que la frivolité ſem
» ble faire à la nouveauté , le ſyſtême
» de M. Lianaus ne lui a rien fait per
» dre de ſon éclat, & que M. de Juſſieu
» dont les vaſtes connoiſſances en Bo
» tanique ne laiſſent pas ſentir à la
» France la perte du grand Tournefort,
» en a toujours conſervé les ſages prin
» cipes que nous nous faiſons gloire
» d'adopter. Enfin nous voyons avec
» ſatisfaction , que ces principes ſe ré
» pandent juſqu'en Eſpagne, comme
» le témoigne l'Ouvrage tout récent
» du célébre M. Quer qui a cru très-ju
» dicieuſement ne pouvoir rien faire
» de plus utile au renouvellement de
» la Botanique dans ſon pays , que de
» traduire en ſa langue la méthode de
» Tournefort pour l'inſtruction de ſes
» diſciples ; de ſorte qu'on peut dire
» qu'elle a été ſuivie par les Nations
II. Vol.
74 MERCURE DE FRANCE.
» les pius ſçavantes de l'Europe. ... . .
» L'exécution d'une pareille méthode ,
» dans un temps où la Botanique étoit
» encore dans l'enfance , ne pouvoit
» être que l'eſfort d'un génie vaſte &
» créateur; & il ne s'eſt encore trouvé
» perſonne qui ait refuſé ces deux
» grandes qualités à l'illuſtre Tourne
» fort qui s'eſt acquis aux plus juſtes
» titres le nom de père des Botaniſtes...
» Et ce qui doit nous inſpirer plus
» d'eſtime & de confiance , c'eſt de
» voir que depuis près d'un ſiécle, elle
» ait conſervé une ſupériorité ſinguliè
» re ſur toutes celles qui ont paru de
» puis, quoiqu'elle ne fût pas étayée de
» toutes les découvertes qui ont été
» faites 7o ans après lui : d'où il eſt aiſé
» de juger combien ce grand homme
» avoit devancé & laiſſé derrière lui les
» Botaniſtes de ſon temps.
Après avoir expoſé les progrès, &
l'état ancien & actuel de la Botanique ;
après avoir fait une comparaiſon, &éta
bli une balance entre les diverſes mé
thodes ; après avoir prouvé que toutes
celles qui ont été faites juſqu'ici, ſoit
pour en faciliter l'étude, ſoit dans le deſ
ſein de trouver la méthode naturelle, ne
pouvoient remplir cet objet, ni condui
A V R IL. 4764.
75
re cette Science au degré de perfection
dont elle eſt ſuſceptible, parce que leurs
principes ne portoient que ſur la conſi
dération d'un petit nombre de parties de
Plantes; M. Adanſon démontre par un
nombre ſuffiſant de faits, de preuves &
d'expériences, qu'une méthode ou ſyſ
tême naturel en Botanique, ou en toute
autre partie de l'Hiſtoire Naturelle, s'il
en éxiſte ou s'il en peut éxiſter un, ne
peut conſiſter que dans l'enſemble des
caractères tirés de toutes les parties des
Plantes : conſidération tout-à-fait neu
ve, qui diſtribue tous les genres connus
des Plantes en cinquante-huit Familles.
· C'eſt ſur cette diſtribution que M,
Adanſon a travaillé la deuxième Partie.
ou la Partie pratique de ſon Ouvrage,
dont nous donnerons ci-après une idée.
» Tout arrangement méthodique,
» dit-il , où l'on n'admet pas de ſyſtême,
» n'eſt-il pas l'arrangement de la Na
» ture , c'eſt-à-dire, la méthode natu
» relle ? On donnera le nom que l'on
» voudra à mes Familles ; mais il n'en
» ſera pas moins vrai, qu'elles ne peu
» vent être ſyſtêmatiques, puiſqu'elles
» n'ont pas d'autres fondemens de divi
» ſion , que les vuides ou interruptions
w que la Nature nous montre dans la ſé
D ij
|
76 MERCURE DE FRANCE.
, rie des Plantes, rapprochées par tous
» les rapports de
reſſemblance ; &
» que, ſi elles ne ſont pas ces claſſes
» naturelles que l'on cherche, elles en
» ont bien l'air, & y reſſemblent fort.
» Au reſte, je ne leur donnerai pas ce
» faſtueux nom de Familles naturelles ;
» chacun les qualifiera comme il jugera
» à propos. » Si c'eſt ſur un ſemblable
modèle que M. Adanſon a dirigé ſon
plan du travail général ſur l'Hiſtoire Naº
turelle & ſur la Phyſique, dont il parle à
la page 2oo , & qui prouve la liaiſon &
la clef de toutes les Sciences naturelles,
il n'eſt pas douteux, à en juger par l'éº
xécution de celui-ci, qu'on ne ſçauroit
deſirer trop tôt de voir la publication
d'un Ouvrage auſſi utile.
.
-
| Les principaux avantages de ces Fa
milles ſont de procurer à la Botanique
1°. toute la certitude & la ſtabilité ; 2°.
l'étendue & l'univerſalité;3°. la briéveté;
4°. la facilité dont cette Science eſt ſuſ
ceptible; 5°. enfin des vues d'utilité plus
générales ſur les qualités des Plantes pour
ies teintures, & ſur leurs vertus médici
nales. Le dernier objet mérite d'autant
plus d'attention, qu'on avoit ſoupçonné
avec aſſez de fondement, que toutes les
plantes rangées dans une même Famille
-
A V R I L. 1764.
77
ſur la ſimilitude & la convenance du plus
grand nombre de leurs parties intérieu
res, avoient des vertus ſemblables qui
ne différoient que du plus ou moins dans
leur intencité, & non dans leur qualité.
Idée qui s'eſt vérifiée depuis, & que
l'expérience confirme de jour en jour.
On ſçait combien l'analyſe chymique eſt
incertaine pour décider les vertus des
Plantes; c'eſt donc un grand pas de fait
à l'avantage de la Médecine, que d'a-
voir ſçu rapporter les genres à leurs Fa
milles Naturelles. Avec cette connoiſ
ſance, on peut aller à tâtons trouver en
France des Plantes capables de ſuppléer
à certaines qu'on tire à grands frais des
pays étrangers; & , par la même raiſon,
on peut trouver en Amérique, en Afri
que & en Aſie des Plantes analogues à
celles de l'Europe. Il en eſt de même
des teintures; différentes Plantes donnent
des couleurs ſemblables en divers pays.
Que de reſſources ne trouve-t-on pas
dans la Nature, lorſqu'elle eſt étudiée
& guidée par la méthode d'une analogie
bien raiſonnée ! Et il paroît que cette
partie eſt l'élément de notre Auteur. Si
c'eſt un mérite que d'être méthodique,
on peut dire que cet Ouvrage l'eſt juſ
ques dans les plus petites parties : les
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
éxemples s'en préſentent à chaque pas,
& ſur-tout dans les ſoixante-cinq Syſtê
mes ſimples qu'il a exécutés entre les an
nées 1741 & 1755, non-ſeulement pour
remplacer les cinquante-fix Syſtêmesan
ciens,trop compliqués & trop difficiles,
mais encore pour ſuppléer à ceux qui
n'avoient pas encore été faits ſur pluſieurs
parties des Plantes, & en même temps
pour échaffauder & étayer les cinquante
huit Familles qu'il publie aujourd'hui.
Les bornes d'un Extrait ne nous per
mettent pas de nous étendre ſur nombre
de faits de Phyſique tous nouveaux,que
M. Adanſon traite, & qu'il faut lire dans
l'Ouvrage même. Telles ſont les recher
ches pour s'aſſurer s'il éxiſte dans la Na
ture des claſſes, des genres & des eſpè
ces , dans le ſens dont l'entendent les
Naturaliſtes; & il ſemble qu'il a pris la
vraie route pour la décider, en en cher
chant l'explication , les preuves & la ſo
lution dans la nature même des Plantes
& des Animaux. La ſolution de cette
queſtion étoit néceſſaire dans cet Ouvra
ge, pour concilier les débats continuels
des Botaniſtes, & pour conſtater enfin
quelles ſont les parties des Plantes dont
on doit tirer les caractères les moins arbi
traires , pour les diſtinguer les unes des
A V R I L. 1764:
79
autres. On peut mettre encore dans le
rang des choſes tout-à-fait neuves ccs
obſervations ſur la températu e des Plan
tes ; la manière dont il conſidère la vé
gétation ; ce qui donne lieu à une théo
rie qui pourra être très-utile à l'Agricul
ture ; ſa façon de conſtruire les terres ,
applicables aux divers climats, & non
bre d'autres articles auſſi intéreſſans.
uoiqu'il y ait beaucoup de détails
, profonds ſur la Science, cet Ouvrage
n'eſt cependant pas par-tout hériſſé d'é-
- pines & de difficultés. Il y a des mor
· ceaux capables de piquer la curioſité,
amuſer même en infiruiſant, ſur-tout
' dans la partie où M. Adanſon expoſe les
- réſultats des découvertes les plus moder
nes. On eſt quelquefois bien-aiſe de ſça
voir tout ce qui a été obſervé de plus
· ſingulier, & qui ſemble même tenir du
merveilleux , ſur la prodigieuſe fécon
dité des Plantes, ſur la monſtrueuſe groſ
ſeur de certains arbres , dont le tronc a
ſouvent plus de vingt-cinq pieds de dia
- mètre, ſur ces Palmiers & ces Lianes
- de trois cens pieds de hauteur, qui entre
laſſent tous les arbres d'une forêt, &
ſur tant d'autres faits auſſi ſinguliers,
qu'il n'y avoit qu'un Botaniſte Voyageur
qui en pût apprécier la juſte valeur.
ID iy
8o MERCURE DE FRANCE.
Son Voyage aux Iſles Canaries, au
Senégal & aux Iſles Açores, lui a pro
curé un grand avantage pour réformer
la partie des Plantes étrangères, qui
etoient en général peu connues, & dont
le nombre ſurpaſſe infiniment celui de
nos Plantes Européennes, & qui lui a
donné lieu d'ajouter près de cinq cens
genres aux onze cens qui avoient été
établis avant lui ; de ſorte qu'il donne
dans ſes Familles la deſcription de ſeize
cens genres environ, malgré la ſuppreſ
ſion d'un grand nombre que l'inexacti
tude des obſervations avoit fait mal-à-
propos partager en pluſieurs.
*
Nous ne ſuivrons pas plus loin M.
Adanſon dans ſes détails ſur la meil
leure manière de nommer & d'enſeigner
les Plantes; dans ſes idées ſur un plan
nouveau de réforme qu'iljuge néceſſaire
à l'Ortographe Françoiſe; dans ſa Table
raiſonnée ſur les vertus des Plantes ;
dans celle des ſynonymes anciens qu'il a
établis à leur place ; enfin dans la Table
chronologique des Auteurs dont la con
noiſſance eſt la plus néceſſaire aux Bota
niſtes. Chacun ſent l'utilité de tous ces
morceaux, pour former une convexion
en enſemble raiſonnée dans toutes les
parties d'un Ouvrage univerſel de Bota
A V R I L. 1764.
8 I
nique : nous ne finirions pas ſi nous en
treprenions de faire ſimplement l'énumé
ration des articles les plus eſſentiels trai
tés par M. Adanſon, ſur cette Science ,
qui eſt ſans contredit la plus vaſte de
l'Hiſtoire Naturelle, par la multiplicité
des objets. On peut en donner une lé
gère idée, en diſant qu'il a trouvé dans
les Auteurs plus de dix-huit mille eſpè
ces ou variétés, décrites ou figurées tant
bien que mal, & qu'on peut juger par
celles que nous poſſédons ſéches dans
des herbiers, & par l'immenſe étendue
des pays qui n'ont pas encore été déſi
chés par des Botaniſtes ſuffiſamment
inſtruits que nos richeſſes en ce genre de
collection peuvent être augmentées au
moins du double. Cette remarque lui
donne occaſion d'ajouter le ſujet d'un
grand Voyage qui ſervit d'une utilité gé
nérale pour les Sciences Naturelles, &
peut-être pour le Commerce de l'Europe.
Nous n'entrerons pareillement dans au
cun détail ſur l'exécution de la ſeconde
partie de cet Ouvrage, à laquelle nous
renvoyons le Lecteur Botaniſte ;
il y
trouvera à la tête de chaque Famille, &
à chaque genre de Plantes, toutes les
connoiſſances pratiques anciennes&mo
dernes, raſſemblées dans autant d'arti
D v
82 MERCURE DE FRANCE.
cles & de colonnes qu'il y a de partiès
dans les Plantes. Ouvrage d'un détail
immenſe , & d'autant plus pénible pour
l'Auteur, qu'il a ſçu préſenter , avec un
ordre & une méthode ſingulière, &
dans l'eſpace de quelques lignes, tout
l'eſſentiel des caractères génériques ; de
ſorte que, d'un ſeul coup-d'œil, il peut
voir les reſſemblances & les différences
principales de tous les genres d'une même
Famille, enfin ſaiſir leur enſemble , ſans
être obligé de lire un très-grand nombre
de pages de deſcriptions des Auteurs, où
elles ſont comme noyées. Cette manière
auſſi neuve qu'utile de préſenter en abré
gé le tableau des connoiſſances actuelles
ſur une Science vaſte & très-compli
quée, facilite ſingulièrement la compa
raiſon de ces divers objets. Elle en faci
lite pareillement l'étude au point qu'on
pourra déſormais , ſans connoître toutes
les Plantes, ſçavoir néanmoins toute la
Botanique :
il ſuffira pour cela de con
noître deux ou trois genres les plus dif
férens de chaque Famille. Enfin, M.
Adanſon conclut avec raiſon que la Bo
tanique, ainſi traitée, n'eſt plus une
Science de nom , comme on la qualifie
tous les jours ; mais qu'elle eſt une
Science de fait, & par conſéquent ſuſ
» A
A V R I L. 1764.
83
· ceptible de combinaiſons & de problê
· mes. Il en propoſe même quelques-uns
capables d'indiquer la route qu'il faut
ſuivre, pour éxercer les Etudians en Bo
- tanique, pour fortifier les plus avancés ,
· & pour nourrir & entretenir les plus pro
· fonds Botaniſtes dans les connoiſſances
qu'ils ont acquiſes.
La vérité eſt ſimple, & ſa recherche
a conduit M. Adanſon à préférer l'ordre,
la préciſion de la méthode & la netteté
· du ſtyle aux fleurs du langage qui ne
· conviennent nullement à un Livre de
· Science traité auſſi à fond, Le même
principe de vérité l'a porté à indiquer ce
qui reſte encore à ajouter aux travaux
des Anciens & des Modernes , & aux
ſiens mêmes , pour procurer à la Botani
que toute la perfection dont cette Scien
· ce eſt ſuſceptible, Il n'eſt pas douteux
· que ſi tous les Auteurs ſe faiſoient une
•
loi de préſenter ainſi dans leurs Ouvrages
un tableau de tout ce qui a été fait avant
eux, on verroit éclorre beaucoup moins
· de volumes, & plus de choſes neuves.
D'où réſulteroit un avantage pour la
ſociété, & un luſtre de plus pour le
' ſiécle.
-
-
D vj
-
Il paroît en général que M. Adanſon a
84 MERCURE DE FRANCE.
raſſemblé dans ſes deux Volumes tout
l'hiſtorique, théorique & pratique de la
Botanique , depuis les Grecs juſqu'à
nous; qu'il y a beaucoup plus de choſes
neuves dans cet Ouvrage,qu'on ne pour
roit le dire ſans paroître chercher à le
flatter & que cet Académicien a ſuppri
mé ce qu'il y a de plus comnu, pour faire
place à des choſes plus eſſentielles ou qui
avoient été traitées avec moins d'exacti
tude & de méthode par ſes prédéceſſeurs.
C'eſt dans cette vue qu'il n'a donné
d'autres figures que celle d'une nouvelle
conſtruction, pour ne pas trop groſſir
ſon Ouvrage , renvoyant aux figures
des meilleurs Auteurs qu'il cite par-tout
où il eſt néceſſaire. *Cet Extrait, que nous avons trouvé bien fait nous a été communiqué.
ADANSON, de l'Académie des
Sciences, de la Société Royale de
Londres, Censeur Royal. A Paris,
chez Vincent, Imprimeur-Libraire de
Mgr le COMTE DE PROVEVCE,
rue S. Séverin ; avec Approbation &
Privilége du Roi ; 1763 ; 2 vol.in-8o.
CET Ouvrage, en entier, donne
une histoire générale de la Botanique.
La prèmiere Partie contient la théorie de
cette Science , & la ſeconde eſt toute
pratique. Il y régne généralement beau
coup de méthode ; & nous ne croyons
pouvoir mieux faire, que d'en préſenter
l'extrait ſuivant ſa diſtribution.
· Dans la première Partie M. Adanſon ,
7o MERCURE DE FRANCE.
expoſe l'état ancien & actuel de la Bota
nique ; il y compare les anciens travaux
des Botaniſtes à ceux des modernes. Il
penſe que les défauts que nous croyons
trouver dans les deſcriptions des anciens
Naturaliſtes Ariſtote, Téophraſte Dioſco
rides & Pline, ne ſont qu'apparens,ces
Auteurs ne donnant que des réſultats de
conoiſſancesà la pertée de tout le monde
& dépouillées des épines de l'Art , que
ſouvent leursTraducteurs ont mal rendu
leurs penſées, faute d'entendre aſſez la
Botanique. Ce ſentiment ne paroît pas
deſtitué de preuves » quoiqueThéophraſ
» te & Dioſcorides, dit-il , qui s'eſt at
» taché particulierement aux plantes, &
» qui s'eſt fait le plus grand nom ſur
» cette matière, n'ayent parlé que d'en
» viron 3 à 6ooo plantes & les ayent
» décrit de manière , qu'il eſt ſouvent
» difficile & quelquefois impoſſible de
» les reconnoître; on voit néanmoins
» dans nombres d'endroits de leurs
» ouvrages, des traits de lumière & des
» connoiſſances ſi profondes,dont quel
» ques-unes même paroiſſent ignorées
» aujourd'hui, & pourroient être appel
» lées des découvertes renouvellées des
a » Grecs, qu'on ne peut s'empêcher de
- º » convenir que malgré le mépris que
A V R I L. 1764.
71
» quelques Botaniſtes modernes affec
» tant de répandre ſur eux, ces grands
» hommes, quoiqu'ils n'ayent pas fait
» de méthode ſyſtématique , qu'ils ne
» regardoient que comme des diction
» naires trop ſuperficiels,avoient comme
» nous des connoiſſances de détail dont
» les temps ne nous ont conſervé que
» les réſultats généraux. Il eſt certain,au
» tant qu'on en peut juger par ce qui
» nous reſte des ouvrages d'Ariſtote,
» de Théophraſte , & de Pline , qu'ils
» ignoroient entiérement des parties
» que nous connoiſſons , & que nous
» avons approfondies ; mais il eſt plus
» probable, que leurs réſultats généraux
» dépendoient de ces connoiſſances de
» détail dont ces divins Auteurs laiſ
» ſoient échaper par intervalles de lé
» gères traces. Ce ſont de ces faits dont
» ne peut guères douter, tout hom
» me qui a étudié aſſez à fond les Scien
» ce naturelles ; & au lieu de croire que
» les Anciens n'ont adopté telle ou telle
22 opinion,que pance qu'ils n'avoient pas
» été auſſi loin que nous, nous devrions .
» peut - être plutôt penſer que c'eſt
» parce qu'ils avoient été beaucoup plus
» loin , & que des expériences que nous
» n'avons pas encore faites leur avoient
•72 MERCURE DE FRANCE.
» fait ſentir l'inſuſſiſance des méthodes
» dont nous nous contentons.
.
M. Adanſon fait voir auſſi que ſou
vent tel ſyſtême qui prend faveur à
l'appui de la célébrité & de la nouveau
té, n'eſt pas toujours le meilleur, & à
cet égard, il rend juſtice à la mémoire
de Tournefort, en laiſſant encore au
jourd'hui à cet illuſtre François la pre
mière place parmi les Botaniſtes » La
» préférence , dit-il , qu'on a donnée
» aux méthodes dans le choix des Etu
» des, n'a pas toujours été en raiſon
» de leur bonté ; l'eſprit national y a
» ſouvemt plus de part que le deſir de
» trouver la vérité. C'eſt ainſi que la
» méthode de Rai a été ſuivie par des
» Anglois célébres, Sloane , Pétiver,
» Martin , & en partie par Dillen; le
» ſyſtême de Rivin a été embraſſé par
» les Allemands les plus diſtingués en
» Botanique, Cretien , Knal, Ruppias,
» M. Ludwig , Siegerbek , &c. Celui
» de M. Lianaus n'a guères eu pour
» Sectateurs que ſes diſciples. Mais ce
» qui parle en faveur de la méthode de
» Tournefort, c'eſt qu'indépendemment
» des François célébres Paumier, Ma
» chant, Dodart, Niſſote, MM. de Juſ
» ſieu, & Vaillant qui le ſuivirent, elle
» fut
A V R I L. 1764:
73
» fut adoptée par les Etrangers qui te
» noient le premier rang en Botanique ;
» en Italie par Pontedeva, M. Monti &
» Micheli ; en Allemagne, en Angle
» terre & en Saxe par pluſieurs Sça
» vans diſtingués ; & ce qui ajoute en
» core au mérite de cette méthode &
» qui fait en même temps l'éloge de
» nos Botaniſtes François , c'eſt que
» malgré l'accueil que la frivolité ſem
» ble faire à la nouveauté , le ſyſtême
» de M. Lianaus ne lui a rien fait per
» dre de ſon éclat, & que M. de Juſſieu
» dont les vaſtes connoiſſances en Bo
» tanique ne laiſſent pas ſentir à la
» France la perte du grand Tournefort,
» en a toujours conſervé les ſages prin
» cipes que nous nous faiſons gloire
» d'adopter. Enfin nous voyons avec
» ſatisfaction , que ces principes ſe ré
» pandent juſqu'en Eſpagne, comme
» le témoigne l'Ouvrage tout récent
» du célébre M. Quer qui a cru très-ju
» dicieuſement ne pouvoir rien faire
» de plus utile au renouvellement de
» la Botanique dans ſon pays , que de
» traduire en ſa langue la méthode de
» Tournefort pour l'inſtruction de ſes
» diſciples ; de ſorte qu'on peut dire
» qu'elle a été ſuivie par les Nations
II. Vol.
74 MERCURE DE FRANCE.
» les pius ſçavantes de l'Europe. ... . .
» L'exécution d'une pareille méthode ,
» dans un temps où la Botanique étoit
» encore dans l'enfance , ne pouvoit
» être que l'eſfort d'un génie vaſte &
» créateur; & il ne s'eſt encore trouvé
» perſonne qui ait refuſé ces deux
» grandes qualités à l'illuſtre Tourne
» fort qui s'eſt acquis aux plus juſtes
» titres le nom de père des Botaniſtes...
» Et ce qui doit nous inſpirer plus
» d'eſtime & de confiance , c'eſt de
» voir que depuis près d'un ſiécle, elle
» ait conſervé une ſupériorité ſinguliè
» re ſur toutes celles qui ont paru de
» puis, quoiqu'elle ne fût pas étayée de
» toutes les découvertes qui ont été
» faites 7o ans après lui : d'où il eſt aiſé
» de juger combien ce grand homme
» avoit devancé & laiſſé derrière lui les
» Botaniſtes de ſon temps.
Après avoir expoſé les progrès, &
l'état ancien & actuel de la Botanique ;
après avoir fait une comparaiſon, &éta
bli une balance entre les diverſes mé
thodes ; après avoir prouvé que toutes
celles qui ont été faites juſqu'ici, ſoit
pour en faciliter l'étude, ſoit dans le deſ
ſein de trouver la méthode naturelle, ne
pouvoient remplir cet objet, ni condui
A V R IL. 4764.
75
re cette Science au degré de perfection
dont elle eſt ſuſceptible, parce que leurs
principes ne portoient que ſur la conſi
dération d'un petit nombre de parties de
Plantes; M. Adanſon démontre par un
nombre ſuffiſant de faits, de preuves &
d'expériences, qu'une méthode ou ſyſ
tême naturel en Botanique, ou en toute
autre partie de l'Hiſtoire Naturelle, s'il
en éxiſte ou s'il en peut éxiſter un, ne
peut conſiſter que dans l'enſemble des
caractères tirés de toutes les parties des
Plantes : conſidération tout-à-fait neu
ve, qui diſtribue tous les genres connus
des Plantes en cinquante-huit Familles.
· C'eſt ſur cette diſtribution que M,
Adanſon a travaillé la deuxième Partie.
ou la Partie pratique de ſon Ouvrage,
dont nous donnerons ci-après une idée.
» Tout arrangement méthodique,
» dit-il , où l'on n'admet pas de ſyſtême,
» n'eſt-il pas l'arrangement de la Na
» ture , c'eſt-à-dire, la méthode natu
» relle ? On donnera le nom que l'on
» voudra à mes Familles ; mais il n'en
» ſera pas moins vrai, qu'elles ne peu
» vent être ſyſtêmatiques, puiſqu'elles
» n'ont pas d'autres fondemens de divi
» ſion , que les vuides ou interruptions
w que la Nature nous montre dans la ſé
D ij
|
76 MERCURE DE FRANCE.
, rie des Plantes, rapprochées par tous
» les rapports de
reſſemblance ; &
» que, ſi elles ne ſont pas ces claſſes
» naturelles que l'on cherche, elles en
» ont bien l'air, & y reſſemblent fort.
» Au reſte, je ne leur donnerai pas ce
» faſtueux nom de Familles naturelles ;
» chacun les qualifiera comme il jugera
» à propos. » Si c'eſt ſur un ſemblable
modèle que M. Adanſon a dirigé ſon
plan du travail général ſur l'Hiſtoire Naº
turelle & ſur la Phyſique, dont il parle à
la page 2oo , & qui prouve la liaiſon &
la clef de toutes les Sciences naturelles,
il n'eſt pas douteux, à en juger par l'éº
xécution de celui-ci, qu'on ne ſçauroit
deſirer trop tôt de voir la publication
d'un Ouvrage auſſi utile.
.
-
| Les principaux avantages de ces Fa
milles ſont de procurer à la Botanique
1°. toute la certitude & la ſtabilité ; 2°.
l'étendue & l'univerſalité;3°. la briéveté;
4°. la facilité dont cette Science eſt ſuſ
ceptible; 5°. enfin des vues d'utilité plus
générales ſur les qualités des Plantes pour
ies teintures, & ſur leurs vertus médici
nales. Le dernier objet mérite d'autant
plus d'attention, qu'on avoit ſoupçonné
avec aſſez de fondement, que toutes les
plantes rangées dans une même Famille
-
A V R I L. 1764.
77
ſur la ſimilitude & la convenance du plus
grand nombre de leurs parties intérieu
res, avoient des vertus ſemblables qui
ne différoient que du plus ou moins dans
leur intencité, & non dans leur qualité.
Idée qui s'eſt vérifiée depuis, & que
l'expérience confirme de jour en jour.
On ſçait combien l'analyſe chymique eſt
incertaine pour décider les vertus des
Plantes; c'eſt donc un grand pas de fait
à l'avantage de la Médecine, que d'a-
voir ſçu rapporter les genres à leurs Fa
milles Naturelles. Avec cette connoiſ
ſance, on peut aller à tâtons trouver en
France des Plantes capables de ſuppléer
à certaines qu'on tire à grands frais des
pays étrangers; & , par la même raiſon,
on peut trouver en Amérique, en Afri
que & en Aſie des Plantes analogues à
celles de l'Europe. Il en eſt de même
des teintures; différentes Plantes donnent
des couleurs ſemblables en divers pays.
Que de reſſources ne trouve-t-on pas
dans la Nature, lorſqu'elle eſt étudiée
& guidée par la méthode d'une analogie
bien raiſonnée ! Et il paroît que cette
partie eſt l'élément de notre Auteur. Si
c'eſt un mérite que d'être méthodique,
on peut dire que cet Ouvrage l'eſt juſ
ques dans les plus petites parties : les
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
éxemples s'en préſentent à chaque pas,
& ſur-tout dans les ſoixante-cinq Syſtê
mes ſimples qu'il a exécutés entre les an
nées 1741 & 1755, non-ſeulement pour
remplacer les cinquante-fix Syſtêmesan
ciens,trop compliqués & trop difficiles,
mais encore pour ſuppléer à ceux qui
n'avoient pas encore été faits ſur pluſieurs
parties des Plantes, & en même temps
pour échaffauder & étayer les cinquante
huit Familles qu'il publie aujourd'hui.
Les bornes d'un Extrait ne nous per
mettent pas de nous étendre ſur nombre
de faits de Phyſique tous nouveaux,que
M. Adanſon traite, & qu'il faut lire dans
l'Ouvrage même. Telles ſont les recher
ches pour s'aſſurer s'il éxiſte dans la Na
ture des claſſes, des genres & des eſpè
ces , dans le ſens dont l'entendent les
Naturaliſtes; & il ſemble qu'il a pris la
vraie route pour la décider, en en cher
chant l'explication , les preuves & la ſo
lution dans la nature même des Plantes
& des Animaux. La ſolution de cette
queſtion étoit néceſſaire dans cet Ouvra
ge, pour concilier les débats continuels
des Botaniſtes, & pour conſtater enfin
quelles ſont les parties des Plantes dont
on doit tirer les caractères les moins arbi
traires , pour les diſtinguer les unes des
A V R I L. 1764:
79
autres. On peut mettre encore dans le
rang des choſes tout-à-fait neuves ccs
obſervations ſur la températu e des Plan
tes ; la manière dont il conſidère la vé
gétation ; ce qui donne lieu à une théo
rie qui pourra être très-utile à l'Agricul
ture ; ſa façon de conſtruire les terres ,
applicables aux divers climats, & non
bre d'autres articles auſſi intéreſſans.
uoiqu'il y ait beaucoup de détails
, profonds ſur la Science, cet Ouvrage
n'eſt cependant pas par-tout hériſſé d'é-
- pines & de difficultés. Il y a des mor
· ceaux capables de piquer la curioſité,
amuſer même en infiruiſant, ſur-tout
' dans la partie où M. Adanſon expoſe les
- réſultats des découvertes les plus moder
nes. On eſt quelquefois bien-aiſe de ſça
voir tout ce qui a été obſervé de plus
· ſingulier, & qui ſemble même tenir du
merveilleux , ſur la prodigieuſe fécon
dité des Plantes, ſur la monſtrueuſe groſ
ſeur de certains arbres , dont le tronc a
ſouvent plus de vingt-cinq pieds de dia
- mètre, ſur ces Palmiers & ces Lianes
- de trois cens pieds de hauteur, qui entre
laſſent tous les arbres d'une forêt, &
ſur tant d'autres faits auſſi ſinguliers,
qu'il n'y avoit qu'un Botaniſte Voyageur
qui en pût apprécier la juſte valeur.
ID iy
8o MERCURE DE FRANCE.
Son Voyage aux Iſles Canaries, au
Senégal & aux Iſles Açores, lui a pro
curé un grand avantage pour réformer
la partie des Plantes étrangères, qui
etoient en général peu connues, & dont
le nombre ſurpaſſe infiniment celui de
nos Plantes Européennes, & qui lui a
donné lieu d'ajouter près de cinq cens
genres aux onze cens qui avoient été
établis avant lui ; de ſorte qu'il donne
dans ſes Familles la deſcription de ſeize
cens genres environ, malgré la ſuppreſ
ſion d'un grand nombre que l'inexacti
tude des obſervations avoit fait mal-à-
propos partager en pluſieurs.
*
Nous ne ſuivrons pas plus loin M.
Adanſon dans ſes détails ſur la meil
leure manière de nommer & d'enſeigner
les Plantes; dans ſes idées ſur un plan
nouveau de réforme qu'iljuge néceſſaire
à l'Ortographe Françoiſe; dans ſa Table
raiſonnée ſur les vertus des Plantes ;
dans celle des ſynonymes anciens qu'il a
établis à leur place ; enfin dans la Table
chronologique des Auteurs dont la con
noiſſance eſt la plus néceſſaire aux Bota
niſtes. Chacun ſent l'utilité de tous ces
morceaux, pour former une convexion
en enſemble raiſonnée dans toutes les
parties d'un Ouvrage univerſel de Bota
A V R I L. 1764.
8 I
nique : nous ne finirions pas ſi nous en
treprenions de faire ſimplement l'énumé
ration des articles les plus eſſentiels trai
tés par M. Adanſon, ſur cette Science ,
qui eſt ſans contredit la plus vaſte de
l'Hiſtoire Naturelle, par la multiplicité
des objets. On peut en donner une lé
gère idée, en diſant qu'il a trouvé dans
les Auteurs plus de dix-huit mille eſpè
ces ou variétés, décrites ou figurées tant
bien que mal, & qu'on peut juger par
celles que nous poſſédons ſéches dans
des herbiers, & par l'immenſe étendue
des pays qui n'ont pas encore été déſi
chés par des Botaniſtes ſuffiſamment
inſtruits que nos richeſſes en ce genre de
collection peuvent être augmentées au
moins du double. Cette remarque lui
donne occaſion d'ajouter le ſujet d'un
grand Voyage qui ſervit d'une utilité gé
nérale pour les Sciences Naturelles, &
peut-être pour le Commerce de l'Europe.
Nous n'entrerons pareillement dans au
cun détail ſur l'exécution de la ſeconde
partie de cet Ouvrage, à laquelle nous
renvoyons le Lecteur Botaniſte ;
il y
trouvera à la tête de chaque Famille, &
à chaque genre de Plantes, toutes les
connoiſſances pratiques anciennes&mo
dernes, raſſemblées dans autant d'arti
D v
82 MERCURE DE FRANCE.
cles & de colonnes qu'il y a de partiès
dans les Plantes. Ouvrage d'un détail
immenſe , & d'autant plus pénible pour
l'Auteur, qu'il a ſçu préſenter , avec un
ordre & une méthode ſingulière, &
dans l'eſpace de quelques lignes, tout
l'eſſentiel des caractères génériques ; de
ſorte que, d'un ſeul coup-d'œil, il peut
voir les reſſemblances & les différences
principales de tous les genres d'une même
Famille, enfin ſaiſir leur enſemble , ſans
être obligé de lire un très-grand nombre
de pages de deſcriptions des Auteurs, où
elles ſont comme noyées. Cette manière
auſſi neuve qu'utile de préſenter en abré
gé le tableau des connoiſſances actuelles
ſur une Science vaſte & très-compli
quée, facilite ſingulièrement la compa
raiſon de ces divers objets. Elle en faci
lite pareillement l'étude au point qu'on
pourra déſormais , ſans connoître toutes
les Plantes, ſçavoir néanmoins toute la
Botanique :
il ſuffira pour cela de con
noître deux ou trois genres les plus dif
férens de chaque Famille. Enfin, M.
Adanſon conclut avec raiſon que la Bo
tanique, ainſi traitée, n'eſt plus une
Science de nom , comme on la qualifie
tous les jours ; mais qu'elle eſt une
Science de fait, & par conſéquent ſuſ
» A
A V R I L. 1764.
83
· ceptible de combinaiſons & de problê
· mes. Il en propoſe même quelques-uns
capables d'indiquer la route qu'il faut
ſuivre, pour éxercer les Etudians en Bo
- tanique, pour fortifier les plus avancés ,
· & pour nourrir & entretenir les plus pro
· fonds Botaniſtes dans les connoiſſances
qu'ils ont acquiſes.
La vérité eſt ſimple, & ſa recherche
a conduit M. Adanſon à préférer l'ordre,
la préciſion de la méthode & la netteté
· du ſtyle aux fleurs du langage qui ne
· conviennent nullement à un Livre de
· Science traité auſſi à fond, Le même
principe de vérité l'a porté à indiquer ce
qui reſte encore à ajouter aux travaux
des Anciens & des Modernes , & aux
ſiens mêmes , pour procurer à la Botani
que toute la perfection dont cette Scien
· ce eſt ſuſceptible, Il n'eſt pas douteux
· que ſi tous les Auteurs ſe faiſoient une
•
loi de préſenter ainſi dans leurs Ouvrages
un tableau de tout ce qui a été fait avant
eux, on verroit éclorre beaucoup moins
· de volumes, & plus de choſes neuves.
D'où réſulteroit un avantage pour la
ſociété, & un luſtre de plus pour le
' ſiécle.
-
-
D vj
-
Il paroît en général que M. Adanſon a
84 MERCURE DE FRANCE.
raſſemblé dans ſes deux Volumes tout
l'hiſtorique, théorique & pratique de la
Botanique , depuis les Grecs juſqu'à
nous; qu'il y a beaucoup plus de choſes
neuves dans cet Ouvrage,qu'on ne pour
roit le dire ſans paroître chercher à le
flatter & que cet Académicien a ſuppri
mé ce qu'il y a de plus comnu, pour faire
place à des choſes plus eſſentielles ou qui
avoient été traitées avec moins d'exacti
tude & de méthode par ſes prédéceſſeurs.
C'eſt dans cette vue qu'il n'a donné
d'autres figures que celle d'une nouvelle
conſtruction, pour ne pas trop groſſir
ſon Ouvrage , renvoyant aux figures
des meilleurs Auteurs qu'il cite par-tout
où il eſt néceſſaire. *Cet Extrait, que nous avons trouvé bien fait nous a été communiqué.
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Résumé : FAMILLES des Plantes, par M. ADANSON, de l'Académie des Sciences, de la Société Royale de Londres, Censeur Royal. A Paris, chez Vincent, Imprimeur-Libraire de Mgr le COMTE DE PROVENCE, rue S. Séverin ; avec Approbation & Privilége du Roi ; 1763 ; 2 vol.in-8 o .
En 1763, Michel Adanson publie 'Familles des Plantes', une œuvre majeure en botanique divisée en deux parties : théorique et pratique. Dans cet ouvrage, Adanson compare les travaux des botanistes anciens, tels qu'Aristote et Théophraste, avec ceux des modernes, défendant les premiers pour leurs descriptions précises. Il critique les systèmes modernes, soulignant que leur popularité ne garantit pas leur supériorité. Adanson rend hommage à Tournefort, dont la méthode est encore respectée et utilisée, notamment en Espagne grâce à la traduction de Quer. Reconnu comme le 'père des Botanistes', Adanson critique les méthodes botaniques existantes, basées sur des parties limitées des plantes, et propose une nouvelle approche intégrant tous les caractères des plantes. Il classe les genres en cinquante-huit familles, offrant une méthode naturelle et systématique. Son ouvrage explore également les qualités des plantes pour les teintures et leurs vertus médicinales, permettant de trouver des substituts locaux à des plantes importées. Adanson illustre sa méthodologie rigoureuse par ses soixante-cinq systèmes réalisés entre 1741 et 1755. Publié en avril 1764, son travail inclut des observations sur la température des plantes et leur végétation, utiles à l'agriculture. Ses voyages aux Îles Canaries, au Sénégal et aux Îles Açores enrichissent la connaissance des plantes étrangères, ajoutant près de cinq cents genres aux onze cents existants. Il propose des réformes orthographiques et des tables sur les vertus des plantes et les synonymes anciens, visant à structurer la botanique de manière rationnelle et accessible.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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52
p. 73-86
ASTRONOMIE, par M. DE LALANDE, de l'Académie des Sciences, &c. ; à Paris, chez Desaint & Saillant, rue Saint-Jean-de-Beauvais ; deux volumes in-4o, avec approbation & privilége du Roi ; 1764.
Début :
Ce livre, qui par son étendue surpasse tous les ouvrages d'astronomie qui avoient [...]
Mots clefs :
Astronomie, Livre, Joseph Jérôme Lefrançois de Lalande, Temps, Planètes, Tables, Méthode, Terre, Calculs, Observations, Étoiles, Théorie, Instruments
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ASTRONOMIE, par M. DE LALANDE, de l'Académie des Sciences, &c. ; à Paris, chez Desaint & Saillant, rue Saint-Jean-de-Beauvais ; deux volumes in-4o, avec approbation & privilége du Roi ; 1764.
ASTRONOMIE, parM. DE LALANDE,
de l'Académie des Sciences , &c. ; à
Paris, chez Defaint & Saillant , rue
Saint-Jean-de-Beauvais ; deux volumes
in-4° , avec approbation & privilège du
Roi ; 1764.
CElivre, quipar fonétendue furpaſſe
tous les ouvragesd'aſtronomie qui avoient
paru juſqu'ici, lesfurpaſſe encore pluspat
le grand nombre d'objets nouveaux que
l'Auteur y a mis ; c'eſt cette partie de
l'ouvrage que nous allons expoſer au pu
blic: onverradanschaque article, oudes
marques du progrès que les ſciences font
chaquejour,oude nouveauxſecoursofferts
àceux quiveulenty pénétrer. Le livre eſt
diviſéenvingt-quatre traités ſurlesdiffé
rentesbranchesdel'aſtronomie ; mais nous
nousréduiſons auxobjets quicaractériſent
ſpécialement l'ouvrage deM. de Lalande.
Vol. II.
D
74 MERCURE DE FRANCE.
La préface contient d'abord un éloge
pompeux de l'aſtronomie ; on y trouve
tout cequ'on adit & ce qu'on peut dire
pour exalter ladignité & les avantagesde
cetteſcience, tous les faits hiſtoriques, les
paſſagesdespoëtes anciens& modernesde
touteslesnations, lecasquelesplusgrands
Princes en ont fait, les établiſſemens qui
ont fervi à ſesprogrès, &ledétailde tous
les obſervatoires de l'Europe , dans lef
quels ſe ſont faites & ſe font actuelle
mentlesmeilleures obſervations. Elle finit
par un catalogue raiſonné des inſtrumens
d'aſtronomie,téleſcopes, lunettes , &c. &
de leurs prix en France &enAngleterre ;
tout cela eſt propre à inſpirer le goût de
l'aſtronomie.
Les quatre premiers livres renferment
les élémensd'aſtronomie, l'hiſtoirede cette
ſcience , depuis fon origine,& l'énumé
ration des conſtellations; cette partie n'é
toitpas ſuſceptiblede nouveauté : mais on
ytrouve 1º, une méthode claire & facile
quiconduit leLecteurdepuis les premiers
objetsquiſe remarquentdansleciel, juf
qu'aux conféquences les plus fublimes
qu'on entire; 2°. beaucoup àdiſtinguer
dans l'histoire de l'aſtronomie ancienne ,
les temps& les lieuxqu'on avoittrop con
fondusjuſqu'ici ; 3°.unenouvellemanière
deconnoître les étoiles parde ſimples ali
AVRIL 1765. 75
gnemens, fans avoirde maître,ni même
deglobe ou decartes céleſtes.
Lecinquiemelivretraitedesſyſtemesdu
monde; onn'ytrouvequequelques mots
fur les ſyſtêmesde Ptolémée & de Tycho:
mais M. deLalande explique& démontre
leſyſtèmede Coperniccommelefeulqu'on
puiffeadmettre.Touteslesobjectionsqu'on
yavoit faites font expoſées & réſolues de
la manière la plus fatisfaiſante. Le Père
Riccioli avoit propoſé foixante-dix- ſept
argumenscontrelemouvementdelaterre;
mais comme le plusgrand nombre n'étoit
quelarépétitiondesprincipaux argumens,
retournéschacun fousdix ouvingtformes
différentes , M.deLalande s'eſt attaché aux
fondemens des objections tirées , oude la
phyſique , oude l'aſtronomie , oude l'é
criture fainte ; il les aéclairés de manière
àlever tous les doutes pour ceux qui ne
font pas prévenus &obſtinés. Ala finde
ce cinquieme livre on trouve un article
fur le retourdes planètes à même ſitua
tion par rapport à la terre, c'est-à-dire ,
furles périodes qui ramènent lesplanètes
àunmême lieu apparent , & dont les
Aftronomesn'ontjamaisfaituſage comme
ils lepouvoientpour faciliter leurscalculs;
par exemple , mercure dans l'eſpace de
Leize ans& roisjours,fait lenombre com
Dij
MERCURE DE FRANCE.
pletde cinquante-quatre révolutions ; la
76
terre en faittreize, & l'un & l'autre ſe
retrouve à-peu près comme treize ans au
paravant : ainſi le premier Janvier 1748
1
&le 3 Janvier 1761, mercure paffoit éga
lement au méridien à dix heures deux
ſecondesdu matin ; & le calcul, qui en
eſt extrêmement long, ſe trouve tout fait
parcette comparaiſon.
Lefixieme livre, quitraitedelathéorie
de cinq planettes principales , mercure ,
•vénus ,mars,jupiter&faturne, renferme
un grand nombre d'obſervations & de
recherches nouvelles ; onyvoit fur-tout
la découverte d'une inégalité ou d'un dé
rangement fingulier que M. de Lalande a
obſervé dans le mouvement de ſaturne ,
qui n'avoit point encore été remarqué,
quoiqu'il produiſedes différences deplus
detroisjours ſurladuréede la révolution
de cetteplanette. Cette inégalité eſt d'au
tant plus étonnante , qu'elle ne fauroit
êtreproduitepar l'attraction de jupiter , ni
par celledes autres planettes connues. On
trouveauſſidans ce ſixiemelivre la théorie
d'un changementdans les inclinationsdes
orbitesplanétaires , changementqu'onn'a
voitpasmêmeſoupçonnéjuſqu'ici , &qui
eſt cependant très-ſenſible ; il eſt produit
par l'attraction mutuelledes planettes les
L
AVRIL 1765.
77
unes fur les autres. Ce livre eſt terminé
par une tabledesdiſtances des diamètres
&desgroffeursdes planettescalculées fur
les obſervationslesplusrécentes, de même
que toutes les autres circonstances de la
théorie &du mouvementdes planettes.
Le ſeptieme livre qui contient lathéo
rie de la lune, d'après l'obſervation & la
conſtructiondes tables, renferme fur-tout
deuxdémonstrations importantes que per
ſonnen'avoitdonnées , l'une pour calculer
la ſeconde inégalitédela lune ſansluifup
poſeruneexcentricité variable&unbalan
cement de l'apogée, l'autre pour calculer
l'inégalité des latitudes ſans employer une
inclinaiſon variable & unbalancementdu
nœud ; le huitieme livre traitedu calen
drier , des cycles , des heures , ſemaines,
mois&années,delachronologie, dulever
cofmiquedes étoiles,& fur-toutduſyrius;
ony trouve une differtation curieuſe ſur
cette étoilede lacanicule, ſi célèbre dans
l'ancienneEgypte,&quiaconſervéjuſqu'a
notre temps ſa réputation aſtronomique.
Leneuvieme&ledixiemelivre traitent
du calcul des éclipſes & de la recherche
des parallaxes , qui font la partie la plus
difficile & lapluseffentielledeces calculs;
on y trouve une méthode nouvelle de
M.deLalandepour le calculdes éclipſes,
Dinj
78 MERCURE DE FRANCE.
plus courte&plus exacte que cellesqu'on
avoit données juſqu'alors , dans laquelle
il a détaillé tous les casde manière àne
laiſſer même aux commençans aucune
incertitude. La méthode des projections
qu'on emploie pour calculer graphique
ment uneéclipfe, n'avoitjamaisétéexpli
quée dans aucun livre de manière à en
faire comprendrel'eſprit& lesfondemens,
nonplus que la méthode pourcalculer la
routede l'ombre ſur la ſurfacedela terre.
La méthodedunonagefime y eſt rendue
très-facile par une table calculée ſur une
forme nouvelle pour la latitude de Paris,
&qu'on peut calculer en une matinée
pourtoute autre latitude. La formule de
ta parallaxe en longitude n'avoit été dé
montrée dans aucun traité d'aſtronomie
avant M. de Lalande; elle ſe trouve ici
accompagnéedesexemples les plusdétail
lés, de même que les corrections qu'elle
exigepour l'applatiſſementdelaterre, que
M.delaCailleavoitdonnéesſans tables&
fans démonstrations.
Alafindecepremiervolumeontrouve
les tables du foleil de M. de la Caille ,
&celles de la lunede M. Mayer, mais
M. de laLande les a étendues pour des
fiécles éloignés ; il y a corrigé l'équation
du temps,l'obliquité de l'écliptique, le
AVRIL 1765.
55
diamètredu ſoleil:il aajouté les tables
dumouvementhorairedelalune, la table
des réfractionsdeM. Bradley, qui n'avoit
point encore paru, le catalogue d'étoiles
deM.l'AbbédelaCaillequ'on nepouvoir
plus trouver ; il y a joint des exemples
detaillés : enforte que ces tables font les
plus exactes& les plus commodes qu'on
aiteuesjuſqu'àcejour,&que les Aſtrono
mesnepourroient les trouver ailleurs que
dans l'ouvragedont nous parlons.
Le ſecond volume commence par le
onzieme livre, où l'on traite des paſſages
de vénus & de mercure ſur le ſoleil ; ce
fujet, qui a eu beaucoup de célébrité en
1761 , par le grand nombre de voyages
qu'il a occafionnés , en aura encore autant
en 1769. Le paffage de vénus que l'on
attend pour cette année-là eſt le ſeulqui
ſe verrad'ici à centdixans : on ſepropoſe
de l'obſerver en Amérique , en Laponie ,
&s'il eſt poſſible aux Terres Auſtrales.
M.de la Lande nousdonne là-deſſus un
traité complet, où l'hiſtoire, les métho
des, lesréſultats , ſontdétaillésdemanière
àne rienlaiſſer à defirer. Il fait voirde
quelle manière le paſſage de 1769 nous
apprendra la vraie diſtance du ſoleil & de
toutes les planettes à la terre,plus exacte
mentqueceluide 1761 ; eneffet, celui-ci
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
nous a laiſſé une incertituded'environ un
dixieme du total , à cauſe des obſtacles
qu'ont apportés le mauvais temps & les
malheursde la guerre aux obſervationsde
diversAſtronomes.
Ledouziemea pourobjetles réfractions
aſtronomiques, les méthodesqui ſervent à
les déterminer, & les effets qu'elles pro
duiſent ; on y trouve unepartie nouvelle
&curieuſe , c'eſt la démonſtration d'une
loi fondamentale de réfraction qui s'étend
juſqu'à l'horifon : M. Bradley l'avoit
communiqué à ſes amis ; M. de la Lande
l'apporta d'Angleterre en 1763 , mais per
fonne avant lui n'en avoit donné la dé
monftration.
Le treizieme & le quatorzieme livre
ontpourobjetla pratiquede l'aſtronomie ,
la connoiffance detous les inftrumens , &
la manière de s'en ſervir pour faire de
bonnes obſervations ; on defiroit depuis
long-temps un ſemblable traité d'aſtrono
miepratique : feu M. de la Caille enavoit
formé le projet , M. deLalandel'a exécuté
avec beaucoup d'étendue ; il donne la
figure de chaque inftrument, ſon applica
tion à chaque genre d'obſervation , les
vérifications qu'elles ſuppoſent, les réduc
tions qu'elles exigent , les précautions
qu'on yapporte onytrouve,non-feule
81
ment les inſtrumens dans leur dernier état
AVRIL 1765.
deperfection en France& enAngleterre,
mais encore des vues nouvelles pour les
perfectionnerdeplusen plus. Les lunettes
achromatiques, dontnous n'avions encore
aucunedeſcription, y font expliquées, de
même que les héliomètres , inſtrumens
nouveaux d'une très-grande utilité.
Lequinzieme livre , où M. de Lalande
expliquelagrandeur& lafiguredelaterre,
contientunextraitélémentaire& méthodi
quedetous les ouvragesfaits fur cettema
tière, &des voyagesdont elleaétél'objet;
mais on ytrouvedes anecdotes qui n'é
toient point connues au ſujetde ces voya
ges & de ces opérations.
Les livres ſeize &dix-fept renferment
la théorie des étoiles fixes, c'est-à-dire ,
despetits mouvemens de préceſſion, d'a
berration &de nutationqu'on y obſerve;
fur chacun de ces objets M. de Lalande
donnedesformulesnouvelles,oudémontre
cellesqueM. de laCailleavoitdonnéesſans
démonstration : il donne une manière de
concevoir le phénomène de l'aberration ,
plus naturelle que celle de l'inventeur
même, quequelquesAuteurs avoient ju
gée inintelligible & infuffiſante.
Ledix-huitieme livre, qui eſt l'aſtrono
mie des fatellites, contient fur- tout des
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
recherches nouvelles & des explications
qu'aucunAuteurn'avoitdonnées ſur leurs
éclipfes , leurs parallaxes, leurs inclinai
fons , leurs nœuds & la conſtruction de
leurs tables; l'effet de l'applatiſſement de
jupiter, parrapportauxéclipſesdeſesſatel
lites , n'avoitjamais étéconfidéré& intro
duitdansle calcul.M. deLalandefaitvoir
quecettenouvelleconſidérationyajouteune
nouvelle exactitude ſans y ajouter aucune
difficulté. Il explique fort au longla façon
detrouver les temps où l'ondoitvoir les
immerfions & les émerſions du ſecond
fatellite ; il ydonne la figure &la defcrip
tiond'un inſtrument pourtrouverlescon
figurations des fatellites en rout temps,
inſtrument qui n'étoit juſqu'ici qu'entre
les mainsd'unpetit nombred'Aſtronomes.
Le dix-neuvieme livre, où ils'agit des
comètes, raffemble l'hiſtoire de celles qui
ont eu quelque choſe de remarquable , la
démonftration de leur mouvement, & la.
détermination de leurs orbites par obfer
vation. M. deLalandeydémontre, d'une
manière ſimple & nouvelle, que lavîteſſe
parabolique d'une comète eſt égale à la ra
einededeux,quandonprendpourunitéla
vîteſſecirculaireàpareillediſtance;ilexpli
queune méthodegraphique,par laquelle
onsabrégera conſidérablementle calculdes
AVRIL 1765. 83
comètes obſervées pourla première fois,
problême le plus difficile de l'aſtronomie
ordinaire.
;
Le vingtieme livre, dela rotation des
planettes &de leurs taches, renferme une
théorie de la libration de la lune ,qui
étoit juſqu'ici inconnue auxAſtronomes,
n'ayant été donnée quedans unmémoire
allemandde M. Mager. Ony trouveauſſi
uneméthodepourcalculer par trois obfer
vationsdes taches du ſoleil, la ſituation
de fon axe &de fon équateur, avec la
durée de ſa rotation, ce qui n'avoit été
traité juſqu'ici que d'une manière très
incomplette;enfinM. deLalandeydonne
une méthode abfolument nouvelle pour
prédire les phaſes de l'anneaude ſaturne,
qui eſt une des choſes lesplus fingulières
detoute l'aſtronomie.
Le vingt-unieme livre eſtun traité ana
lytiquedelagéométrietranſcendante, des
courbes & des infinimentpetits , appro
prié à l'aſtronomie, dans lequel M. de
Lalande démontre plufieurs propoſitions
&pluſieurs lemmes qui ne ſe trouvent
pointdansles livres ordinaires , quoiqu'on
en faffe uſagedans les calculs de l'attrac
tion; par exemple, que les ſections d'un
fphéroïde elliptique, faites perpendiculai
sement àl'équateur, ſontdesellipſes fem
Dvj
84 MERCURE DE FRANCE.
blables à celle duméridien; que la foli
ditédu ſphéroide entier eſt égale auxdeux
tiers du produit de fon grand axe par la
furfaceduméridien. Ilydonne l'intégrale
detoutes les formules différentielles qui
ſe préſententdans ces fortesde recherches.
Levingt-deuxiemelivre , auquelle pré
cédent fert d'introduction , étoit undes
plus néceſſaires à ceuxqui veulent appro
fondir la partie géométrique de l'aſtrono
mie; legrand principede l'attractionuni
verſelle , fource de tant dedécouvertes ,
&furlequel ilreſte encoretantde calculs
àfaire, yeſt préſenté ſousuneforme fim
ple & élémentaire , qu'aucun Géomètre
n'avoit pris la peine de luidonner ; les
ouvrages faits juſqu'à ce jour ſur l'attrac
tion étoient un labyrinthe impénétrable
pourla plupartdes Lecteurs. M. deLalande
enadonné la clef, il en a expliqué l'ori
gine, la découverte&les principes ; il en
donne l'applicationpour les inégalitésdes
planettes, lemouvementdes nœuds, l'ap
platiſſementde la terre& la préceſſiondes
équinoxes ; ce dernier problême, le plus
difficile de tous , & fur lequel on abeau
coupdifputé , y eſt développédans toutes
ſes parties de manière à neplus laiſſer au
cune incertitude.
Levingt-troiſieme livrecontient la tri
AVRIL 1765. 85
gonométrie ſphérique &pluſieurs propo
fitions de trigonémétrie, rectiligne dont
on abeſoindansl'aſtronomie, &qui n'é
toient pointdémontréesdans lesAuteurs ,
par exemple , la valeur de la tangente de
la moitiéd'un angle, enyemployant ſes
cotés ; les formules différentielles que
M.delaCaille avoitdonnéesfansdémonf
trationpour lespetitesvariationsdes trian
glesſphériques, ſontdémontréesdans l'ou
vrage de M. deLalande ; &cevingt-troi
ſieme livre eft terminé par uneméthode
pourréſoudre tous les triangles ſphériques
avec la règle & le compas,dont onpeut
faireunuſage commodeenbiendesocca
fions.
Le vingt-quatrième & dernier livre eſt
untraité du calcul aſtronomique , plus
étendu & plusdétaillé qu'aucun ouvrage
que l'on ait eu ; ony apprend àcalculer
toute forted'obſervations, à les réduire,
àentirerlesconféquences néceſſaires pour
qu'on puiffe faire uſage de ces obferva
tions: ces fortes de calculs, que tous les
Aſtronomes favent. par tradition , ou par
lequel ils ſefontdes méthodes aubeſoin,
n'avoient jamais été mis à la portée du
public, & raffemblés , comme l'a fait M.
de Lalande, pour completter fon ouvrage.
L'article qui concerne les longitudes en
36 MERCURE DE FRANCE.
mereſt ledernier de tous ; ildevoitnatuu
rellement couronner unouvragedontl'ob
jetleplus effentiel, oudu moins l'appli
cationlaplus importante, eſt la marine
M. deLalande avoitdéja traité cettema
tièredans fon expoſition du calcul aftro
nomique en 1762 , mais il a donnédans
cet ouvrageciune comparaiſondes diffé
rentes méthodes, &unenouvellemanière
de trouver les réfractions& les parallaxes
de diſtance plus courte que celles qui
étoient connuesjuſqu'à préſent. Tout ce
quenousvenons dediredes vingt-quatre
livres de cette aſtronomie ne donnera
qu'une légère idée de la multitude des
matières quiy fonttraitées ; nous n'avons
fait qu'indiquer les endroits remarquables
parleurnouveauté:nous finironsendiſant
que ſur les objets que M. de Lalanden'a
puapprofondirdansl'eſpacededeux volu
mes in-40, il aindiquétous lesAuteurs,
enforteque fon ouvrage contient ou un
extraitou une indicationde tout ce qu'on
a fait de bon juſqu'à cejour ſur toutes
les partiesde l'aſtronomie.
de l'Académie des Sciences , &c. ; à
Paris, chez Defaint & Saillant , rue
Saint-Jean-de-Beauvais ; deux volumes
in-4° , avec approbation & privilège du
Roi ; 1764.
CElivre, quipar fonétendue furpaſſe
tous les ouvragesd'aſtronomie qui avoient
paru juſqu'ici, lesfurpaſſe encore pluspat
le grand nombre d'objets nouveaux que
l'Auteur y a mis ; c'eſt cette partie de
l'ouvrage que nous allons expoſer au pu
blic: onverradanschaque article, oudes
marques du progrès que les ſciences font
chaquejour,oude nouveauxſecoursofferts
àceux quiveulenty pénétrer. Le livre eſt
diviſéenvingt-quatre traités ſurlesdiffé
rentesbranchesdel'aſtronomie ; mais nous
nousréduiſons auxobjets quicaractériſent
ſpécialement l'ouvrage deM. de Lalande.
Vol. II.
D
74 MERCURE DE FRANCE.
La préface contient d'abord un éloge
pompeux de l'aſtronomie ; on y trouve
tout cequ'on adit & ce qu'on peut dire
pour exalter ladignité & les avantagesde
cetteſcience, tous les faits hiſtoriques, les
paſſagesdespoëtes anciens& modernesde
touteslesnations, lecasquelesplusgrands
Princes en ont fait, les établiſſemens qui
ont fervi à ſesprogrès, &ledétailde tous
les obſervatoires de l'Europe , dans lef
quels ſe ſont faites & ſe font actuelle
mentlesmeilleures obſervations. Elle finit
par un catalogue raiſonné des inſtrumens
d'aſtronomie,téleſcopes, lunettes , &c. &
de leurs prix en France &enAngleterre ;
tout cela eſt propre à inſpirer le goût de
l'aſtronomie.
Les quatre premiers livres renferment
les élémensd'aſtronomie, l'hiſtoirede cette
ſcience , depuis fon origine,& l'énumé
ration des conſtellations; cette partie n'é
toitpas ſuſceptiblede nouveauté : mais on
ytrouve 1º, une méthode claire & facile
quiconduit leLecteurdepuis les premiers
objetsquiſe remarquentdansleciel, juf
qu'aux conféquences les plus fublimes
qu'on entire; 2°. beaucoup àdiſtinguer
dans l'histoire de l'aſtronomie ancienne ,
les temps& les lieuxqu'on avoittrop con
fondusjuſqu'ici ; 3°.unenouvellemanière
deconnoître les étoiles parde ſimples ali
AVRIL 1765. 75
gnemens, fans avoirde maître,ni même
deglobe ou decartes céleſtes.
Lecinquiemelivretraitedesſyſtemesdu
monde; onn'ytrouvequequelques mots
fur les ſyſtêmesde Ptolémée & de Tycho:
mais M. deLalande explique& démontre
leſyſtèmede Coperniccommelefeulqu'on
puiffeadmettre.Touteslesobjectionsqu'on
yavoit faites font expoſées & réſolues de
la manière la plus fatisfaiſante. Le Père
Riccioli avoit propoſé foixante-dix- ſept
argumenscontrelemouvementdelaterre;
mais comme le plusgrand nombre n'étoit
quelarépétitiondesprincipaux argumens,
retournéschacun fousdix ouvingtformes
différentes , M.deLalande s'eſt attaché aux
fondemens des objections tirées , oude la
phyſique , oude l'aſtronomie , oude l'é
criture fainte ; il les aéclairés de manière
àlever tous les doutes pour ceux qui ne
font pas prévenus &obſtinés. Ala finde
ce cinquieme livre on trouve un article
fur le retourdes planètes à même ſitua
tion par rapport à la terre, c'est-à-dire ,
furles périodes qui ramènent lesplanètes
àunmême lieu apparent , & dont les
Aftronomesn'ontjamaisfaituſage comme
ils lepouvoientpour faciliter leurscalculs;
par exemple , mercure dans l'eſpace de
Leize ans& roisjours,fait lenombre com
Dij
MERCURE DE FRANCE.
pletde cinquante-quatre révolutions ; la
76
terre en faittreize, & l'un & l'autre ſe
retrouve à-peu près comme treize ans au
paravant : ainſi le premier Janvier 1748
1
&le 3 Janvier 1761, mercure paffoit éga
lement au méridien à dix heures deux
ſecondesdu matin ; & le calcul, qui en
eſt extrêmement long, ſe trouve tout fait
parcette comparaiſon.
Lefixieme livre, quitraitedelathéorie
de cinq planettes principales , mercure ,
•vénus ,mars,jupiter&faturne, renferme
un grand nombre d'obſervations & de
recherches nouvelles ; onyvoit fur-tout
la découverte d'une inégalité ou d'un dé
rangement fingulier que M. de Lalande a
obſervé dans le mouvement de ſaturne ,
qui n'avoit point encore été remarqué,
quoiqu'il produiſedes différences deplus
detroisjours ſurladuréede la révolution
de cetteplanette. Cette inégalité eſt d'au
tant plus étonnante , qu'elle ne fauroit
êtreproduitepar l'attraction de jupiter , ni
par celledes autres planettes connues. On
trouveauſſidans ce ſixiemelivre la théorie
d'un changementdans les inclinationsdes
orbitesplanétaires , changementqu'onn'a
voitpasmêmeſoupçonnéjuſqu'ici , &qui
eſt cependant très-ſenſible ; il eſt produit
par l'attraction mutuelledes planettes les
L
AVRIL 1765.
77
unes fur les autres. Ce livre eſt terminé
par une tabledesdiſtances des diamètres
&desgroffeursdes planettescalculées fur
les obſervationslesplusrécentes, de même
que toutes les autres circonstances de la
théorie &du mouvementdes planettes.
Le ſeptieme livre qui contient lathéo
rie de la lune, d'après l'obſervation & la
conſtructiondes tables, renferme fur-tout
deuxdémonstrations importantes que per
ſonnen'avoitdonnées , l'une pour calculer
la ſeconde inégalitédela lune ſansluifup
poſeruneexcentricité variable&unbalan
cement de l'apogée, l'autre pour calculer
l'inégalité des latitudes ſans employer une
inclinaiſon variable & unbalancementdu
nœud ; le huitieme livre traitedu calen
drier , des cycles , des heures , ſemaines,
mois&années,delachronologie, dulever
cofmiquedes étoiles,& fur-toutduſyrius;
ony trouve une differtation curieuſe ſur
cette étoilede lacanicule, ſi célèbre dans
l'ancienneEgypte,&quiaconſervéjuſqu'a
notre temps ſa réputation aſtronomique.
Leneuvieme&ledixiemelivre traitent
du calcul des éclipſes & de la recherche
des parallaxes , qui font la partie la plus
difficile & lapluseffentielledeces calculs;
on y trouve une méthode nouvelle de
M.deLalandepour le calculdes éclipſes,
Dinj
78 MERCURE DE FRANCE.
plus courte&plus exacte que cellesqu'on
avoit données juſqu'alors , dans laquelle
il a détaillé tous les casde manière àne
laiſſer même aux commençans aucune
incertitude. La méthode des projections
qu'on emploie pour calculer graphique
ment uneéclipfe, n'avoitjamaisétéexpli
quée dans aucun livre de manière à en
faire comprendrel'eſprit& lesfondemens,
nonplus que la méthode pourcalculer la
routede l'ombre ſur la ſurfacedela terre.
La méthodedunonagefime y eſt rendue
très-facile par une table calculée ſur une
forme nouvelle pour la latitude de Paris,
&qu'on peut calculer en une matinée
pourtoute autre latitude. La formule de
ta parallaxe en longitude n'avoit été dé
montrée dans aucun traité d'aſtronomie
avant M. de Lalande; elle ſe trouve ici
accompagnéedesexemples les plusdétail
lés, de même que les corrections qu'elle
exigepour l'applatiſſementdelaterre, que
M.delaCailleavoitdonnéesſans tables&
fans démonstrations.
Alafindecepremiervolumeontrouve
les tables du foleil de M. de la Caille ,
&celles de la lunede M. Mayer, mais
M. de laLande les a étendues pour des
fiécles éloignés ; il y a corrigé l'équation
du temps,l'obliquité de l'écliptique, le
AVRIL 1765.
55
diamètredu ſoleil:il aajouté les tables
dumouvementhorairedelalune, la table
des réfractionsdeM. Bradley, qui n'avoit
point encore paru, le catalogue d'étoiles
deM.l'AbbédelaCaillequ'on nepouvoir
plus trouver ; il y a joint des exemples
detaillés : enforte que ces tables font les
plus exactes& les plus commodes qu'on
aiteuesjuſqu'àcejour,&que les Aſtrono
mesnepourroient les trouver ailleurs que
dans l'ouvragedont nous parlons.
Le ſecond volume commence par le
onzieme livre, où l'on traite des paſſages
de vénus & de mercure ſur le ſoleil ; ce
fujet, qui a eu beaucoup de célébrité en
1761 , par le grand nombre de voyages
qu'il a occafionnés , en aura encore autant
en 1769. Le paffage de vénus que l'on
attend pour cette année-là eſt le ſeulqui
ſe verrad'ici à centdixans : on ſepropoſe
de l'obſerver en Amérique , en Laponie ,
&s'il eſt poſſible aux Terres Auſtrales.
M.de la Lande nousdonne là-deſſus un
traité complet, où l'hiſtoire, les métho
des, lesréſultats , ſontdétaillésdemanière
àne rienlaiſſer à defirer. Il fait voirde
quelle manière le paſſage de 1769 nous
apprendra la vraie diſtance du ſoleil & de
toutes les planettes à la terre,plus exacte
mentqueceluide 1761 ; eneffet, celui-ci
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
nous a laiſſé une incertituded'environ un
dixieme du total , à cauſe des obſtacles
qu'ont apportés le mauvais temps & les
malheursde la guerre aux obſervationsde
diversAſtronomes.
Ledouziemea pourobjetles réfractions
aſtronomiques, les méthodesqui ſervent à
les déterminer, & les effets qu'elles pro
duiſent ; on y trouve unepartie nouvelle
&curieuſe , c'eſt la démonſtration d'une
loi fondamentale de réfraction qui s'étend
juſqu'à l'horifon : M. Bradley l'avoit
communiqué à ſes amis ; M. de la Lande
l'apporta d'Angleterre en 1763 , mais per
fonne avant lui n'en avoit donné la dé
monftration.
Le treizieme & le quatorzieme livre
ontpourobjetla pratiquede l'aſtronomie ,
la connoiffance detous les inftrumens , &
la manière de s'en ſervir pour faire de
bonnes obſervations ; on defiroit depuis
long-temps un ſemblable traité d'aſtrono
miepratique : feu M. de la Caille enavoit
formé le projet , M. deLalandel'a exécuté
avec beaucoup d'étendue ; il donne la
figure de chaque inftrument, ſon applica
tion à chaque genre d'obſervation , les
vérifications qu'elles ſuppoſent, les réduc
tions qu'elles exigent , les précautions
qu'on yapporte onytrouve,non-feule
81
ment les inſtrumens dans leur dernier état
AVRIL 1765.
deperfection en France& enAngleterre,
mais encore des vues nouvelles pour les
perfectionnerdeplusen plus. Les lunettes
achromatiques, dontnous n'avions encore
aucunedeſcription, y font expliquées, de
même que les héliomètres , inſtrumens
nouveaux d'une très-grande utilité.
Lequinzieme livre , où M. de Lalande
expliquelagrandeur& lafiguredelaterre,
contientunextraitélémentaire& méthodi
quedetous les ouvragesfaits fur cettema
tière, &des voyagesdont elleaétél'objet;
mais on ytrouvedes anecdotes qui n'é
toient point connues au ſujetde ces voya
ges & de ces opérations.
Les livres ſeize &dix-fept renferment
la théorie des étoiles fixes, c'est-à-dire ,
despetits mouvemens de préceſſion, d'a
berration &de nutationqu'on y obſerve;
fur chacun de ces objets M. de Lalande
donnedesformulesnouvelles,oudémontre
cellesqueM. de laCailleavoitdonnéesſans
démonstration : il donne une manière de
concevoir le phénomène de l'aberration ,
plus naturelle que celle de l'inventeur
même, quequelquesAuteurs avoient ju
gée inintelligible & infuffiſante.
Ledix-huitieme livre, qui eſt l'aſtrono
mie des fatellites, contient fur- tout des
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
recherches nouvelles & des explications
qu'aucunAuteurn'avoitdonnées ſur leurs
éclipfes , leurs parallaxes, leurs inclinai
fons , leurs nœuds & la conſtruction de
leurs tables; l'effet de l'applatiſſement de
jupiter, parrapportauxéclipſesdeſesſatel
lites , n'avoitjamais étéconfidéré& intro
duitdansle calcul.M. deLalandefaitvoir
quecettenouvelleconſidérationyajouteune
nouvelle exactitude ſans y ajouter aucune
difficulté. Il explique fort au longla façon
detrouver les temps où l'ondoitvoir les
immerfions & les émerſions du ſecond
fatellite ; il ydonne la figure &la defcrip
tiond'un inſtrument pourtrouverlescon
figurations des fatellites en rout temps,
inſtrument qui n'étoit juſqu'ici qu'entre
les mainsd'unpetit nombred'Aſtronomes.
Le dix-neuvieme livre, où ils'agit des
comètes, raffemble l'hiſtoire de celles qui
ont eu quelque choſe de remarquable , la
démonftration de leur mouvement, & la.
détermination de leurs orbites par obfer
vation. M. deLalandeydémontre, d'une
manière ſimple & nouvelle, que lavîteſſe
parabolique d'une comète eſt égale à la ra
einededeux,quandonprendpourunitéla
vîteſſecirculaireàpareillediſtance;ilexpli
queune méthodegraphique,par laquelle
onsabrégera conſidérablementle calculdes
AVRIL 1765. 83
comètes obſervées pourla première fois,
problême le plus difficile de l'aſtronomie
ordinaire.
;
Le vingtieme livre, dela rotation des
planettes &de leurs taches, renferme une
théorie de la libration de la lune ,qui
étoit juſqu'ici inconnue auxAſtronomes,
n'ayant été donnée quedans unmémoire
allemandde M. Mager. Ony trouveauſſi
uneméthodepourcalculer par trois obfer
vationsdes taches du ſoleil, la ſituation
de fon axe &de fon équateur, avec la
durée de ſa rotation, ce qui n'avoit été
traité juſqu'ici que d'une manière très
incomplette;enfinM. deLalandeydonne
une méthode abfolument nouvelle pour
prédire les phaſes de l'anneaude ſaturne,
qui eſt une des choſes lesplus fingulières
detoute l'aſtronomie.
Le vingt-unieme livre eſtun traité ana
lytiquedelagéométrietranſcendante, des
courbes & des infinimentpetits , appro
prié à l'aſtronomie, dans lequel M. de
Lalande démontre plufieurs propoſitions
&pluſieurs lemmes qui ne ſe trouvent
pointdansles livres ordinaires , quoiqu'on
en faffe uſagedans les calculs de l'attrac
tion; par exemple, que les ſections d'un
fphéroïde elliptique, faites perpendiculai
sement àl'équateur, ſontdesellipſes fem
Dvj
84 MERCURE DE FRANCE.
blables à celle duméridien; que la foli
ditédu ſphéroide entier eſt égale auxdeux
tiers du produit de fon grand axe par la
furfaceduméridien. Ilydonne l'intégrale
detoutes les formules différentielles qui
ſe préſententdans ces fortesde recherches.
Levingt-deuxiemelivre , auquelle pré
cédent fert d'introduction , étoit undes
plus néceſſaires à ceuxqui veulent appro
fondir la partie géométrique de l'aſtrono
mie; legrand principede l'attractionuni
verſelle , fource de tant dedécouvertes ,
&furlequel ilreſte encoretantde calculs
àfaire, yeſt préſenté ſousuneforme fim
ple & élémentaire , qu'aucun Géomètre
n'avoit pris la peine de luidonner ; les
ouvrages faits juſqu'à ce jour ſur l'attrac
tion étoient un labyrinthe impénétrable
pourla plupartdes Lecteurs. M. deLalande
enadonné la clef, il en a expliqué l'ori
gine, la découverte&les principes ; il en
donne l'applicationpour les inégalitésdes
planettes, lemouvementdes nœuds, l'ap
platiſſementde la terre& la préceſſiondes
équinoxes ; ce dernier problême, le plus
difficile de tous , & fur lequel on abeau
coupdifputé , y eſt développédans toutes
ſes parties de manière à neplus laiſſer au
cune incertitude.
Levingt-troiſieme livrecontient la tri
AVRIL 1765. 85
gonométrie ſphérique &pluſieurs propo
fitions de trigonémétrie, rectiligne dont
on abeſoindansl'aſtronomie, &qui n'é
toient pointdémontréesdans lesAuteurs ,
par exemple , la valeur de la tangente de
la moitiéd'un angle, enyemployant ſes
cotés ; les formules différentielles que
M.delaCaille avoitdonnéesfansdémonf
trationpour lespetitesvariationsdes trian
glesſphériques, ſontdémontréesdans l'ou
vrage de M. deLalande ; &cevingt-troi
ſieme livre eft terminé par uneméthode
pourréſoudre tous les triangles ſphériques
avec la règle & le compas,dont onpeut
faireunuſage commodeenbiendesocca
fions.
Le vingt-quatrième & dernier livre eſt
untraité du calcul aſtronomique , plus
étendu & plusdétaillé qu'aucun ouvrage
que l'on ait eu ; ony apprend àcalculer
toute forted'obſervations, à les réduire,
àentirerlesconféquences néceſſaires pour
qu'on puiffe faire uſage de ces obferva
tions: ces fortes de calculs, que tous les
Aſtronomes favent. par tradition , ou par
lequel ils ſefontdes méthodes aubeſoin,
n'avoient jamais été mis à la portée du
public, & raffemblés , comme l'a fait M.
de Lalande, pour completter fon ouvrage.
L'article qui concerne les longitudes en
36 MERCURE DE FRANCE.
mereſt ledernier de tous ; ildevoitnatuu
rellement couronner unouvragedontl'ob
jetleplus effentiel, oudu moins l'appli
cationlaplus importante, eſt la marine
M. deLalande avoitdéja traité cettema
tièredans fon expoſition du calcul aftro
nomique en 1762 , mais il a donnédans
cet ouvrageciune comparaiſondes diffé
rentes méthodes, &unenouvellemanière
de trouver les réfractions& les parallaxes
de diſtance plus courte que celles qui
étoient connuesjuſqu'à préſent. Tout ce
quenousvenons dediredes vingt-quatre
livres de cette aſtronomie ne donnera
qu'une légère idée de la multitude des
matières quiy fonttraitées ; nous n'avons
fait qu'indiquer les endroits remarquables
parleurnouveauté:nous finironsendiſant
que ſur les objets que M. de Lalanden'a
puapprofondirdansl'eſpacededeux volu
mes in-40, il aindiquétous lesAuteurs,
enforteque fon ouvrage contient ou un
extraitou une indicationde tout ce qu'on
a fait de bon juſqu'à cejour ſur toutes
les partiesde l'aſtronomie.
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Résumé : ASTRONOMIE, par M. DE LALANDE, de l'Académie des Sciences, &c. ; à Paris, chez Desaint & Saillant, rue Saint-Jean-de-Beauvais ; deux volumes in-4o, avec approbation & privilége du Roi ; 1764.
L'ouvrage 'Astronomie' de Joseph Jérôme Lefrançois de Lalande, publié en 1764 à Paris, est un traité complet et innovant divisé en vingt-quatre livres. Il couvre une large gamme de sujets astronomiques, allant des bases aux thèmes avancés. Les premiers livres présentent les éléments fondamentaux de l'astronomie, son histoire et les constellations. Le cinquième livre expose le système copernicien et répond aux objections qui lui sont souvent opposées. Les livres suivants abordent les planètes, la Lune, le calendrier, les éclipses et les parallaxes, avec des méthodes nouvelles proposées par Lalande. Le premier volume comprend des tables astronomiques améliorées et un catalogue d'étoiles. Le second volume se concentre sur les passages de Vénus et Mercure devant le Soleil, prévus pour 1769, ainsi que sur les réfractions astronomiques. Les livres suivants détaillent les instruments astronomiques, la grandeur et la figure de la Terre, les étoiles fixes et les satellites. Lalande explore également les comètes, leur mouvement et leurs orbites. Les derniers livres traitent de la rotation des planètes, de la géométrie transcendante, de l'attraction universelle, de la trigonométrie et du calcul astronomique. Cet ouvrage compile et synthétise les connaissances astronomiques de l'époque, offrant une référence complète et accessible.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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53
p. 90-95
TRAITÉ général des Elémens du Chant, dédié à Mgr le DAUPHIN ; par M. l'Abbé LA CASSAGNE ; avec cette épigraphe : Principiis cognitis, multò facilius extrema intelliguntur ; in-8o, de 190 pages très-bien gravées, & d'une très-riche exécution : 1766 , avec approbation & privilège du Roi.
Début :
Le goût du siècle, dit M. la Cassagne, dans un prospectus qui se distribue [...]
Mots clefs :
Chant, Leçons, Musique, Méthode
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texteReconnaissance textuelle : TRAITÉ général des Elémens du Chant, dédié à Mgr le DAUPHIN ; par M. l'Abbé LA CASSAGNE ; avec cette épigraphe : Principiis cognitis, multò facilius extrema intelliguntur ; in-8o, de 190 pages très-bien gravées, & d'une très-riche exécution : 1766 , avec approbation & privilège du Roi.
TRAITÉ général des Elémens du Chant ,
dédié à Mgr le DAUPHIN; par M. l'Abbé
LA CASSAGNE ; avec cette épigraphe :
Principiis cognitis , multò facilius extrema
intelliguntur ; in- 8 ° , de 190
pages très-bien gravées , & d'une trèsriche
exécution : 1766 ; avec approbation
& privilége du Roi.
LE goût du fiècle , dit M. la Caſſagne¸
dans un profpectus qui fe diftribue
féparément , eft de vouloir acquerir les
fciences fans beaucoup de travail ; & , pour
en donner une connoiffance aiſée , il n'y
a point de matière fur laquelle on ne multiplie
tous les jours différens ouvrages.
Mais y en a-t- il eu jufqu'à préfent fur la
mufique , qui ait atteint ce but ? La plû -
part de ceux qui font des méthodes , ou
ne s'écartent pas affez de la route ordinaire,
ou font trop fyftématiques. Puiffé -je , dans
celle que j'ofe mettre au jour fous les plus
heureux aufpices , avoir évité ces deux
écueils , & mériter l'approbation du public,.
en facilitant les progrès dans un art enfant
du génie & père de nos plaifirs !
DECEMBRE 1766. 91
Avant que de publier cet ouvrage on a
cru devoir confulter les connoiffeurs . Les
remarques qu'ils y ont faites & les fuffrages
dont ils l'ont honoré , font autant de
préjugés favorables pour l'auteur & de
fürs garans pour le public. L'Académie
Royale des Sciences elle - même a bien
voulu s'en occuper , & en a porté un jugement
avantageux , dont l'extrait fe trouve
à la fuite du livre.
Cette nouvelle méthode embraffe d'abord
les articles les plus relatifs au fujet
que l'on traite , tels
tels que la l'igamme
,
dentité des octaves , les clefs , &c. On y
voit enfuite une récapitulation , par demandes
& par réponfes , de ces mêmes articles
les plus effentiels que les commençans doivent
retenir. Les exemples toujours à côté
du précepte , & placés dans l'ordre le plus
méthodique , en facilitent fi bien l'intelligence
, que toute perfonne qui fair
combiner & réfléchir , peut inftruire les
enfans avant qu'il foit néceffaire d'appeller
un maître. Les leçons de chant font de
deux fortes : les premières , comme les plus
aifées , & auxquelles on a ajouté de petits
accompagnemens , fervent d'introduction
aux fecondes. L'article des variations qui
précéde les unes & les autres , accoutume
infenfiblement à fe donner à foi-même des
02 MERCURE DE FRANCE.
à
leçons fur tous les tons , fur toutes les clefs
& fur toutes les mefures. En un mot , on
verra dans tout le cours de l'ouvrage , dit
l'auteur , que je n'ai cherché qu'à mettre la
méthode ordinaire à la portée de tout le
monde. Si les perfonnes , trop prévenues par
l'habitude , vouloient contredire ou défapprouver
les articles trop nouveaux pour
elles , je les prie d'en prendre connoiffance
& d'obferver fur- tout qu'on n'a fait ,
cet égard , que renouveller en partie les
idées de réforme qu'ont déja propofées
MM. Rameau & Rouſſeau ( 1 ) . Celui- ci ,
plus hardi que le premier , détruifoit toute
la forme du noté pour en fubftituer une
plus fimple au moyen de chiffres , mais
moins praticable pour les muficiens du
fiècle ( 2 ) . L'autre , plus modéré , ne ſimplifioit
pas affez nos ufages ni même fes
idées . J'ai tâché , dans ces circonstances ,
de démontrer , par des preuves inconteftables
, la néceffité d'un jufte milieu en fuivant
toujours les routes déja connues.
( 1 ) Voyez auffi MM . de Monteclair dans fa
Méthode , & la Combe dans le Spectacle des beaux
Arts.
( z ) Differtation fur la Mufique , préfentée par
M. Rouffeau de Genève , à l'Académie Royale
des Sciences en 1742 , imprimée à Paris , chez
Quillau , rue Galande , avec une approbation de
cette Académie , qui fait beaucoup d'honneur à
l'Auteur.
DECEMBRE 1766. 93
Le premier objet de la réforme dont il
s'agit , eft la réduction des mefures , afin de
faire lire plus promptement la mufique .
Le fecond objet auquel je puis avoir le
plus de part réduit les trois clefs en une
feule : il en eft de même de leurs différentes
pofitions . Cette règle , bien obfervée
par tous les compofiteurs , abrégeroit
infiniment la longue & pénible étude de
la mufique . Cette fcience n'eft déja que
trop difficile par elle-même : les fecours
des maîtres ne fuffifent pas ordinairement
pour la bien apprendre , il faut encore
trouver des moyens fimples dans l'objet
même qui nous occupe , pour applanir tant
de difficultés radicales. C'eft à quoi j'ai
borné mes foins en compofant cet ouvrage ,
Mais on doit fe fouvenir que les principes
que j'établis font particulièrement destinés
pour apprendre la mufique telle qu'on l'a
toujours écrite.
Parmi les autres nouveautés de cette
méthode , il y a plufieurs articles qui contiennent
des réflexions , des obfervations ,
des définitions & quelques objections fuivies
de leurs réponfes , dont la lecture peut
faire plaifir à ceux même qui ne veulent
que lire. Il y aura de plus un abrégé trèsfuccint
des premiers principes de l'accompagnement.
94 MERCURE DE FRANCE .
noire avec
On a cru que le public ne feroit pas
fâché d'y trouver auffi une page
des lignes blanches qu'on peut remplir de
leçons de mufique au moyen d'un crayon
blanc. Cette facilité de pouvoir effacer à
mefure qu'on en a befoin , amufe en inftruifant.
Enfin , l'impoffibilité de trouver un
maître à la campagne , & fur- tout dans
certaines provinces , m'a fait naître l'idée
de deux moyens pour pouvoir apprendre
la mufique fans autres fecours que la
bonne volonté & qu'un peu d'intelligence.
Le premier confifte dans un inftrument
toujours d'accord , exécuté par M. Richard,
facteur d'orgue au vieux Louvre à Paris.
Les intonations fur tous les tons y feront
marquées on les trouvera en mettant le
doigt fur les touches qui les expriment.
Le fecond moyen eft un balancier qui fert
à fixer la jufteffe de la mefure pour chaque
mouvement plus ou moins lent , plus ou
moins précipité. Ceux qui voudront en faire
ufage , s'adrefferont à l'habile Méchanicien
que j'indique : il en conftruira à un prix
raifonnable ; & il donnera une inſtruction
par écrit , pour pouvoir s'en fervir avec
fuccès.
Quant au prix de ma méthode , il eſt
beaucoup au- deffous de celui des gravures.
DECEMBRE 1766. 95
Comme je n'ai point été guidé par un
motif d'intérêt , la cherté des paroles bien
gravées ne m'a point arrêté ; & j'ai voulu ,
quoi qu'il m'en pût coûter , qu'on trouvât
fans renvois l'exemple & le précepte fous
le même point de vue. En choiſiſſant le
format d'un grand in- 8 ° , mon deffein a
été de rendre mon livre & plus commode
& plus portatif.
Le prix de cette Méthode eft de 11 liv.
brochée & 12 liv. reliée . Ce n'eft point
trop cher , car , comme nous l'avons dit ,
elle eft très-bien gravée & d'une parfaite
exécution . On en trouvera à Paris , chez
la veuve Duchesne , Libraire , rue Saint
Jacques , au temple du Goût, & aux adreffes
ordinaires de mufique. Il y en aura auffi
à Verſailles , chez Fournier , aux galeries
du château ; & chez l'auteur , à Paris , à
l'ancien Collège de Juftice , rue de la
Harpe , dans le pavillon fur le jardin , visà-
vis de M. Foulliere , Maître de Penfion,
dédié à Mgr le DAUPHIN; par M. l'Abbé
LA CASSAGNE ; avec cette épigraphe :
Principiis cognitis , multò facilius extrema
intelliguntur ; in- 8 ° , de 190
pages très-bien gravées , & d'une trèsriche
exécution : 1766 ; avec approbation
& privilége du Roi.
LE goût du fiècle , dit M. la Caſſagne¸
dans un profpectus qui fe diftribue
féparément , eft de vouloir acquerir les
fciences fans beaucoup de travail ; & , pour
en donner une connoiffance aiſée , il n'y
a point de matière fur laquelle on ne multiplie
tous les jours différens ouvrages.
Mais y en a-t- il eu jufqu'à préfent fur la
mufique , qui ait atteint ce but ? La plû -
part de ceux qui font des méthodes , ou
ne s'écartent pas affez de la route ordinaire,
ou font trop fyftématiques. Puiffé -je , dans
celle que j'ofe mettre au jour fous les plus
heureux aufpices , avoir évité ces deux
écueils , & mériter l'approbation du public,.
en facilitant les progrès dans un art enfant
du génie & père de nos plaifirs !
DECEMBRE 1766. 91
Avant que de publier cet ouvrage on a
cru devoir confulter les connoiffeurs . Les
remarques qu'ils y ont faites & les fuffrages
dont ils l'ont honoré , font autant de
préjugés favorables pour l'auteur & de
fürs garans pour le public. L'Académie
Royale des Sciences elle - même a bien
voulu s'en occuper , & en a porté un jugement
avantageux , dont l'extrait fe trouve
à la fuite du livre.
Cette nouvelle méthode embraffe d'abord
les articles les plus relatifs au fujet
que l'on traite , tels
tels que la l'igamme
,
dentité des octaves , les clefs , &c. On y
voit enfuite une récapitulation , par demandes
& par réponfes , de ces mêmes articles
les plus effentiels que les commençans doivent
retenir. Les exemples toujours à côté
du précepte , & placés dans l'ordre le plus
méthodique , en facilitent fi bien l'intelligence
, que toute perfonne qui fair
combiner & réfléchir , peut inftruire les
enfans avant qu'il foit néceffaire d'appeller
un maître. Les leçons de chant font de
deux fortes : les premières , comme les plus
aifées , & auxquelles on a ajouté de petits
accompagnemens , fervent d'introduction
aux fecondes. L'article des variations qui
précéde les unes & les autres , accoutume
infenfiblement à fe donner à foi-même des
02 MERCURE DE FRANCE.
à
leçons fur tous les tons , fur toutes les clefs
& fur toutes les mefures. En un mot , on
verra dans tout le cours de l'ouvrage , dit
l'auteur , que je n'ai cherché qu'à mettre la
méthode ordinaire à la portée de tout le
monde. Si les perfonnes , trop prévenues par
l'habitude , vouloient contredire ou défapprouver
les articles trop nouveaux pour
elles , je les prie d'en prendre connoiffance
& d'obferver fur- tout qu'on n'a fait ,
cet égard , que renouveller en partie les
idées de réforme qu'ont déja propofées
MM. Rameau & Rouſſeau ( 1 ) . Celui- ci ,
plus hardi que le premier , détruifoit toute
la forme du noté pour en fubftituer une
plus fimple au moyen de chiffres , mais
moins praticable pour les muficiens du
fiècle ( 2 ) . L'autre , plus modéré , ne ſimplifioit
pas affez nos ufages ni même fes
idées . J'ai tâché , dans ces circonstances ,
de démontrer , par des preuves inconteftables
, la néceffité d'un jufte milieu en fuivant
toujours les routes déja connues.
( 1 ) Voyez auffi MM . de Monteclair dans fa
Méthode , & la Combe dans le Spectacle des beaux
Arts.
( z ) Differtation fur la Mufique , préfentée par
M. Rouffeau de Genève , à l'Académie Royale
des Sciences en 1742 , imprimée à Paris , chez
Quillau , rue Galande , avec une approbation de
cette Académie , qui fait beaucoup d'honneur à
l'Auteur.
DECEMBRE 1766. 93
Le premier objet de la réforme dont il
s'agit , eft la réduction des mefures , afin de
faire lire plus promptement la mufique .
Le fecond objet auquel je puis avoir le
plus de part réduit les trois clefs en une
feule : il en eft de même de leurs différentes
pofitions . Cette règle , bien obfervée
par tous les compofiteurs , abrégeroit
infiniment la longue & pénible étude de
la mufique . Cette fcience n'eft déja que
trop difficile par elle-même : les fecours
des maîtres ne fuffifent pas ordinairement
pour la bien apprendre , il faut encore
trouver des moyens fimples dans l'objet
même qui nous occupe , pour applanir tant
de difficultés radicales. C'eft à quoi j'ai
borné mes foins en compofant cet ouvrage ,
Mais on doit fe fouvenir que les principes
que j'établis font particulièrement destinés
pour apprendre la mufique telle qu'on l'a
toujours écrite.
Parmi les autres nouveautés de cette
méthode , il y a plufieurs articles qui contiennent
des réflexions , des obfervations ,
des définitions & quelques objections fuivies
de leurs réponfes , dont la lecture peut
faire plaifir à ceux même qui ne veulent
que lire. Il y aura de plus un abrégé trèsfuccint
des premiers principes de l'accompagnement.
94 MERCURE DE FRANCE .
noire avec
On a cru que le public ne feroit pas
fâché d'y trouver auffi une page
des lignes blanches qu'on peut remplir de
leçons de mufique au moyen d'un crayon
blanc. Cette facilité de pouvoir effacer à
mefure qu'on en a befoin , amufe en inftruifant.
Enfin , l'impoffibilité de trouver un
maître à la campagne , & fur- tout dans
certaines provinces , m'a fait naître l'idée
de deux moyens pour pouvoir apprendre
la mufique fans autres fecours que la
bonne volonté & qu'un peu d'intelligence.
Le premier confifte dans un inftrument
toujours d'accord , exécuté par M. Richard,
facteur d'orgue au vieux Louvre à Paris.
Les intonations fur tous les tons y feront
marquées on les trouvera en mettant le
doigt fur les touches qui les expriment.
Le fecond moyen eft un balancier qui fert
à fixer la jufteffe de la mefure pour chaque
mouvement plus ou moins lent , plus ou
moins précipité. Ceux qui voudront en faire
ufage , s'adrefferont à l'habile Méchanicien
que j'indique : il en conftruira à un prix
raifonnable ; & il donnera une inſtruction
par écrit , pour pouvoir s'en fervir avec
fuccès.
Quant au prix de ma méthode , il eſt
beaucoup au- deffous de celui des gravures.
DECEMBRE 1766. 95
Comme je n'ai point été guidé par un
motif d'intérêt , la cherté des paroles bien
gravées ne m'a point arrêté ; & j'ai voulu ,
quoi qu'il m'en pût coûter , qu'on trouvât
fans renvois l'exemple & le précepte fous
le même point de vue. En choiſiſſant le
format d'un grand in- 8 ° , mon deffein a
été de rendre mon livre & plus commode
& plus portatif.
Le prix de cette Méthode eft de 11 liv.
brochée & 12 liv. reliée . Ce n'eft point
trop cher , car , comme nous l'avons dit ,
elle eft très-bien gravée & d'une parfaite
exécution . On en trouvera à Paris , chez
la veuve Duchesne , Libraire , rue Saint
Jacques , au temple du Goût, & aux adreffes
ordinaires de mufique. Il y en aura auffi
à Verſailles , chez Fournier , aux galeries
du château ; & chez l'auteur , à Paris , à
l'ancien Collège de Juftice , rue de la
Harpe , dans le pavillon fur le jardin , visà-
vis de M. Foulliere , Maître de Penfion,
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Résumé : TRAITÉ général des Elémens du Chant, dédié à Mgr le DAUPHIN ; par M. l'Abbé LA CASSAGNE ; avec cette épigraphe : Principiis cognitis, multò facilius extrema intelliguntur ; in-8o, de 190 pages très-bien gravées, & d'une très-riche exécution : 1766 , avec approbation & privilège du Roi.
L'Abbé La Cassagne publie en 1766 le 'Traité général des Éléments du Chant', dédié au Dauphin. Ce traité répond à une demande accrue de méthodes d'apprentissage musical accessibles et critique les approches existantes, jugées soit trop simples, soit trop complexes. La Cassagne propose une méthode équilibrée qui commence par des notions fondamentales telles que la gamme et les clefs, illustrées par des questions-réponses et des exemples pratiques. Les leçons de chant sont structurées en deux parties, incluant des exercices progressifs et des variations pour différents tons, clefs et mesures. Inspirée par Rameau et Rousseau, cette méthode vise à simplifier l'apprentissage en réduisant les mesures et en unifiant les clefs. Le traité comprend également des réflexions, des observations, des définitions et un abrégé des principes d'accompagnement. Pour ceux n'ayant pas accès à un maître, notamment en campagne, La Cassagne suggère d'utiliser un instrument toujours accordé et un balancier pour assurer la justesse des mesures. Il recommande de contacter un mécanicien pour construire l'appareil nécessaire et fournit une instruction écrite pour son utilisation. Le livre est disponible en grand in-octavo, au prix de 11 livres pour la version brochée et 12 livres pour la version reliée. Il est en vente à Paris et Versailles, notamment chez la veuve Duchesne et chez l'auteur.
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