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51
p. 200-201
De Vienne le 25. Novembre.
Début :
La saison étant trop avancée pour reprendre le siège de Neifs, [...]
Mots clefs :
Siège, Saison, Roi de Prusse, Quartier d'hiver, Maréchal Daun, Dresde, Armée impériale, Bataille, Misère
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texteReconnaissance textuelle : De Vienne le 25. Novembre.
De Vienne le 25. Novembre .
La faifon étant trop avancée pour reprendre
le fiége de Neifs , les troupes qui étoient aux
JANVIER. 1759. 201
environs de cette Place , ont eu ordre de ſe ſéparer.
Aur approches du fecours am ené par le
Roi de Pruffe en perfonne , elles s'étoient d'abord
repliées fous Ziegenball , & enfuite fur
Zachmantel . Depuis , on a pris le parti de les
mettre en quartier d'hyver. Le Général de Ville
doit refter en Siléfie avec le Corps qu'il commande
, & le Comte de Harſch rentre en Bohême
avec les troupes qui font à fes ordres .
Nous avons appris que le Maréchal Daun avoit
levé , le Blocus de Drefde. L'incendie des Fauxbourgs
de cette Ville , & la crainte d'expofer
la Famille Royale aux plus grands dangers , l'ont
déterminé à renoncer à l'entrepriſe qu'il avoit
formée contre cette Place . On affure qu'il y avoit
dans le Palais Royal , une grande quantité de
barils de poudre , qui en auroit caufé l'embrafement
général , fi l'on eût canonné ou bombardé
la Ville. L'Armée Impériale s'eft repliée
far Pyrna & Gishubel , pour fe rapprocher des
frontieres de la Bohême où elle doit hiverner. Les
Généraux Laudon , Okelli & de Whela ſont en
Luface avec leurs troupes irrégulieres , pour ob
ferver les mouvemens du Prince Henri , qui eft
rentré dans cette Province.
On écrit de Bautzen , que les Pruffiens qui
ont occupé cette Ville , après la Bataille d'Hoch-
Kirchen , ont enlevé tout ce qu'ils ont trouvé
dans les maiſons ; qu'ils ont ravagé & détruit tous
les Jardins ; que toute la Campagne des environs
a été dévaſtée par eux , avec encore moins de
ménagement , que les meubles & les habille
ments ont été pillés , les maiſons renverſées , les
granges & les étables brulées , & que tout le Pays
eft réduit à la plus affreuſe milére .
La faifon étant trop avancée pour reprendre
le fiége de Neifs , les troupes qui étoient aux
JANVIER. 1759. 201
environs de cette Place , ont eu ordre de ſe ſéparer.
Aur approches du fecours am ené par le
Roi de Pruffe en perfonne , elles s'étoient d'abord
repliées fous Ziegenball , & enfuite fur
Zachmantel . Depuis , on a pris le parti de les
mettre en quartier d'hyver. Le Général de Ville
doit refter en Siléfie avec le Corps qu'il commande
, & le Comte de Harſch rentre en Bohême
avec les troupes qui font à fes ordres .
Nous avons appris que le Maréchal Daun avoit
levé , le Blocus de Drefde. L'incendie des Fauxbourgs
de cette Ville , & la crainte d'expofer
la Famille Royale aux plus grands dangers , l'ont
déterminé à renoncer à l'entrepriſe qu'il avoit
formée contre cette Place . On affure qu'il y avoit
dans le Palais Royal , une grande quantité de
barils de poudre , qui en auroit caufé l'embrafement
général , fi l'on eût canonné ou bombardé
la Ville. L'Armée Impériale s'eft repliée
far Pyrna & Gishubel , pour fe rapprocher des
frontieres de la Bohême où elle doit hiverner. Les
Généraux Laudon , Okelli & de Whela ſont en
Luface avec leurs troupes irrégulieres , pour ob
ferver les mouvemens du Prince Henri , qui eft
rentré dans cette Province.
On écrit de Bautzen , que les Pruffiens qui
ont occupé cette Ville , après la Bataille d'Hoch-
Kirchen , ont enlevé tout ce qu'ils ont trouvé
dans les maiſons ; qu'ils ont ravagé & détruit tous
les Jardins ; que toute la Campagne des environs
a été dévaſtée par eux , avec encore moins de
ménagement , que les meubles & les habille
ments ont été pillés , les maiſons renverſées , les
granges & les étables brulées , & que tout le Pays
eft réduit à la plus affreuſe milére .
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Résumé : De Vienne le 25. Novembre.
En novembre 1758, les troupes autour de Neifs se sont séparées en raison de l'avancée de la saison. Elles se sont repliées à Ziegenball, puis à Zachmantel, avant d'être mises en quartiers d'hiver. Le Général de Ville est resté en Silésie avec son corps, tandis que le Comte de Harsch est retourné en Bohême avec ses troupes. Le Maréchal Daun a levé le blocus de Dresde à cause de l'incendie des faubourgs et des risques pour la Famille Royale. L'Armée Impériale s'est repliée vers Pyrna et Gishubel pour hiverner en Bohême. Les Généraux Laudon, Okelli et de Whela surveillaient les mouvements du Prince Henri en Lusace. À Bautzen, les Prussiens ont pillé et détruit la ville et ses environs après la bataille d'Hochkirchen, laissant la région dans une misère extrême.
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52
p. 212-214
« Louis, Marquis de Lostanges, Chevalier, Seigneur de Jarniost en Lyonnois, [...] »
Début :
Louis, Marquis de Lostanges, Chevalier, Seigneur de Jarniost en Lyonnois, [...]
Mots clefs :
Marquis, Bataille, Mort, Maison de Lostanges, Comte, Maréchal, Généalogie, Mariages
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texteReconnaissance textuelle : « Louis, Marquis de Lostanges, Chevalier, Seigneur de Jarniost en Lyonnois, [...] »
Louis , Marquis de Loftanges , Chevalier , Seigneur
de Jarniolt en Lyonnois , Cornette au Régiment
des Cuirafliers , a été tué le 10 Octobre
1758 , à la Bataille de Lutzelberg , où il avoit donné
des preuves du plus grand courage. Il étoit fils
de feu Laurent , Marquis de Loftanges , BrigaJANVIER.
1759. 213
dier des Armées du Roi , mort des bleffures qu'il
avoit reçues à Raucoux, & frere cader de feu Jean→
Baptifte , Marquis de Loftanges , Seigneur de Jarnioſt
, après ſon pere , mort Capitaine de Cava •
lerie pendant la derniere Guerre.
Louis étoit devenu le Chef de la Branche des
Marquis de Béduer en Quercy , par la mort , fans
enfans , de fes deux Coufins-germains.
1. Louis , Marquis de Béduer , mort le 11 Septembre
1746. Il avoit épousé en 1729 , Marie-
Antoinette- Charlotte du Maine du Bourg , petitefille
& Cohéritiere du Maréchal du Bourg' , Che
valier des Ordres du Roi.
2. Jean- Louis , Comte de Corn , Marquis de
Béduer , après fon frere , mort le 27 Décembre
1755. Il avoit épouſé en 1743 , Marie- Pulcherie-
Anaftafie de Foucaud d'Alzon , Baronne de Sonat
en Quercy , qu'il a inftituée fon Héritiere , à la
charge de rendre fon hérédité à des mâles du
nom de Loftanges à fon choix.
Louis , qui donne lieu à cet Article , eut quatre
foeeurs.
i . Anne , née en Novembre 1725 , mariée en
Septembre 1746 à Jean-Jofeph de Cornelly , Seigneur
de Cambolit en Quercy.
2. Marie , née en Octobre 1733 › a été élevée
à S. Cyr.
3. Marie , née en Janvier 1735 , Religieufe à
Lyllac.
4. Marie-Charlotte , née en Août 1737.
Hugues de Loftanges , né le 30 Janvier 1713 ,
Baron de Felzeins & de Cuzac en Rouergue , eſt
aujourd'hui le Chef , & le feul des Marquis de Bé
duer ; il a pour enfans.
1. Jean-François-Louis de Felzeins , né le 6
Février 1741 , Clerc Tonfuré , élevé au Collége
du Pleffis.
214 MERCURE DE FRANCE.
2. Jean- François-Jofeph de Béduer , né le 22
Octobre 1742 , Cornette au Régiment des Cuiraffiers.
3. Jean-Louis , né le s Février 1752.
4. François Hugues , né le 21 Juin 1753 .
s . Urtule , née le 22 Septembre 1748 , nom
mée
pour être élevée à S. Cyr.
Le Marquis de S. Alvere , Grand Sénéchal &
Gouverneur de Quercy , eft'le Chef de la Maiſon
de Loftanges . Il a pour enfans ,
Le Marquis de Lotanges , Brigadier des Armées
du Roi , Colonel du Régiment des Cuiraffiers , Premier
Ecuyer de Madame , en Marquis de Lhopital
fon beau-pere .
Le Comte de Loftanges , Capitaine de Dragons ,
qui n'eftpoint marié.
L'Abbé de Loftanges , Chanoine de l'Eglife de
Paris.
N... de Loftanges, mariée au Comte de Conac
en Limofin.
N... de S. Alvere , mariée au Marquis de
Cugnac.
å Marie-Julie , mariée le
Février 1756 , 23
François -Saturnin de Galard , Marquis de Terraube.
N... de Cadrieu.
La Maifon de Loftanges n'eft plus divifée à
préfent qu'en trois Branches , celle des Marquis de
S. Alvere en Perigord , celle de Béduer en Quercy,
& celle de Pailhés en Saintonge, dont aujourd'hui
eſt N... de Loftanges , Capitaine au Régiment
des Cuiraffiers. Voyez pour la Nobleffe & l'Ancienneté
de cette Famille , Morery & les Tablettes
hiſtoriques , &c .
de Jarniolt en Lyonnois , Cornette au Régiment
des Cuirafliers , a été tué le 10 Octobre
1758 , à la Bataille de Lutzelberg , où il avoit donné
des preuves du plus grand courage. Il étoit fils
de feu Laurent , Marquis de Loftanges , BrigaJANVIER.
1759. 213
dier des Armées du Roi , mort des bleffures qu'il
avoit reçues à Raucoux, & frere cader de feu Jean→
Baptifte , Marquis de Loftanges , Seigneur de Jarnioſt
, après ſon pere , mort Capitaine de Cava •
lerie pendant la derniere Guerre.
Louis étoit devenu le Chef de la Branche des
Marquis de Béduer en Quercy , par la mort , fans
enfans , de fes deux Coufins-germains.
1. Louis , Marquis de Béduer , mort le 11 Septembre
1746. Il avoit épousé en 1729 , Marie-
Antoinette- Charlotte du Maine du Bourg , petitefille
& Cohéritiere du Maréchal du Bourg' , Che
valier des Ordres du Roi.
2. Jean- Louis , Comte de Corn , Marquis de
Béduer , après fon frere , mort le 27 Décembre
1755. Il avoit épouſé en 1743 , Marie- Pulcherie-
Anaftafie de Foucaud d'Alzon , Baronne de Sonat
en Quercy , qu'il a inftituée fon Héritiere , à la
charge de rendre fon hérédité à des mâles du
nom de Loftanges à fon choix.
Louis , qui donne lieu à cet Article , eut quatre
foeeurs.
i . Anne , née en Novembre 1725 , mariée en
Septembre 1746 à Jean-Jofeph de Cornelly , Seigneur
de Cambolit en Quercy.
2. Marie , née en Octobre 1733 › a été élevée
à S. Cyr.
3. Marie , née en Janvier 1735 , Religieufe à
Lyllac.
4. Marie-Charlotte , née en Août 1737.
Hugues de Loftanges , né le 30 Janvier 1713 ,
Baron de Felzeins & de Cuzac en Rouergue , eſt
aujourd'hui le Chef , & le feul des Marquis de Bé
duer ; il a pour enfans.
1. Jean-François-Louis de Felzeins , né le 6
Février 1741 , Clerc Tonfuré , élevé au Collége
du Pleffis.
214 MERCURE DE FRANCE.
2. Jean- François-Jofeph de Béduer , né le 22
Octobre 1742 , Cornette au Régiment des Cuiraffiers.
3. Jean-Louis , né le s Février 1752.
4. François Hugues , né le 21 Juin 1753 .
s . Urtule , née le 22 Septembre 1748 , nom
mée
pour être élevée à S. Cyr.
Le Marquis de S. Alvere , Grand Sénéchal &
Gouverneur de Quercy , eft'le Chef de la Maiſon
de Loftanges . Il a pour enfans ,
Le Marquis de Lotanges , Brigadier des Armées
du Roi , Colonel du Régiment des Cuiraffiers , Premier
Ecuyer de Madame , en Marquis de Lhopital
fon beau-pere .
Le Comte de Loftanges , Capitaine de Dragons ,
qui n'eftpoint marié.
L'Abbé de Loftanges , Chanoine de l'Eglife de
Paris.
N... de Loftanges, mariée au Comte de Conac
en Limofin.
N... de S. Alvere , mariée au Marquis de
Cugnac.
å Marie-Julie , mariée le
Février 1756 , 23
François -Saturnin de Galard , Marquis de Terraube.
N... de Cadrieu.
La Maifon de Loftanges n'eft plus divifée à
préfent qu'en trois Branches , celle des Marquis de
S. Alvere en Perigord , celle de Béduer en Quercy,
& celle de Pailhés en Saintonge, dont aujourd'hui
eſt N... de Loftanges , Capitaine au Régiment
des Cuiraffiers. Voyez pour la Nobleffe & l'Ancienneté
de cette Famille , Morery & les Tablettes
hiſtoriques , &c .
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Résumé : « Louis, Marquis de Lostanges, Chevalier, Seigneur de Jarniost en Lyonnois, [...] »
Louis, Marquis de Loftanges, Chevalier et Seigneur de Jarniolt en Lyonnois, fut tué le 10 octobre 1758 lors de la Bataille de Lutzelberg. Fils de Laurent, Marquis de Loftanges, Brigadier des Armées du Roi, mort à Raucoux, et frère cadet de Jean-Baptiste, Capitaine de Cavalerie. Louis devint Chef de la Branche des Marquis de Béduer en Quercy après la mort de ses cousins germains Louis et Jean-Louis. Il eut quatre filles : Anne, Marie (élevée à Saint-Cyr), Marie (religieuse à Lyllac), et Marie-Charlotte. Hugues de Loftanges, né en 1713, Baron de Felzeins et de Cuzac en Rouergue, est le Chef actuel des Marquis de Béduer. Il a cinq enfants : Jean-François-Louis, Jean-François-Joseph, Jean-Louis, François Hugues, et Urtule (destinée à Saint-Cyr). Le Marquis de Saint-Alvère, Grand Sénéchal et Gouverneur de Quercy, est le Chef de la Maison de Loftanges. Il a plusieurs enfants, dont le Marquis de Loftanges, Brigadier des Armées du Roi et Colonel du Régiment des Cuiraffiers, le Comte de Loftanges, Capitaine de Dragons, et l'Abbé de Loftanges, Chanoine de l'Église de Paris. La Maison de Loftanges est divisée en trois branches : celle des Marquis de Saint-Alvère en Périgord, celle de Béduer en Quercy, et celle de Pailhés en Saintonge.
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53
p. 206-207
DE FRANCFORT, le 20 Avril.
Début :
Les Alliés, après avoir perdu la bataille de Berghen, se retirèrent d'abord [...]
Mots clefs :
Alliés, Bataille, Retraite, Armée, Prisonniers, Prince Ferdinand , Troupes impériales, Duc de Broglie, Quartier, Maréchal, Saxe, Baron, Magasins
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texteReconnaissance textuelle : DE FRANCFORT, le 20 Avril.
De
FRANCFORT
,
le
20
Avril
.
Les
Alliés
,
après
avoir
perdu
la
bataille
de
Berg-
hen
,
le
retirèrent
d'abord à
Weindeckein
,
où
ils
coupèrent
le
14
:
le
lendemain
ils
continuèrent
leur
retraite
&
le
portèrent
à
Staden
;
le
16
,
leur
Armée
arriva
à
Hunger
,
où
elle
campa
le
17
.
Le
corps
de
Fifcher
,
&
celui
que
commande
le
Baron
du
Blaifel
,
ont côtoyé
cette
Armée
fur la
gauche
,
&
n'ont
pas
celle
de
la
harceler
.
Ils lui
ont
fait
beaucoup de
prifonniers
au
paffage
de la
riviere d'Arloff
près
de
Hungen
.
Le lendemain
le
Prince
Ferdinand
s'étant
retiré
au
-
delà
de
Grum-
berg
,
ces
deux
corps attaquèrent
fon
arriere-
garde
près
de
cette Ville
;
ils
taillèrent
en
piéce
un
Bataillon
de
Grenadiers
&
deux
Efcadrons
duRégiment de
Finkenſtein
,
Dragons
.
Ils
lui
enle-
vèrent
deux
Etendarts
,
avec
la
Caille militaire
de
ce
Régiment
,
&
forcèrent
les trois
autres
Elca-
drons de mettre
bas
les
armes
&
de
fe
rendre
pri-
fonniers
de
Guerre
.
Les
troupes
de
l'Empire
attaquèrent
un
déta-
chement de
l'Armée
des
Alliés
,
près
de Fulde
,,
qui fut
défait
&
difperfé
.
Les
Alliés
n'ont
pas con-fervé
un
feul
pofte
dans
la
Franconie
.
Ils
ont
laiffé
dans
leur
retraite
un
très
grand
nombre de
blef-fés
.
On
en a trouvé huit cens à Veindeckein
,
avec
un
Trompette que
le
Prince
Ferdinand
avoit
char-
gé
de
les
recommander
aux bontés
du Duc de
Broglie
.
Jufqu'à préfent
il
ne
s'eſt
pallé
aucunjour fans
que
les
détachemens
François qui font
à
JUIN
.
1759
.
207
t
1
la pourfuite des Alliés , aient amené des prifon-
niers en grand nombre.
L'Armée du Duc de Broglie eft rentrée le 19
dans les quartiers de cantonnement. Le Prince de
Deux-Ponts qui a fon quartier général à Bamberg,
a raſſemblé fon armée en plufieurs corps, qui font
· cantonnés aux environs de cette place .
Du
30
.
Le
Maréchal
de
Contades
arriva
ici
le
25.
Le
jour
de fon
arrivée
,
le
Baron d'Hyrn
,
Général des
troupes
Saxones
,
mourut
des
bleffures
qu'il
avoit
reçues
à
la
journée
du
13
.
Du
7
Mai
.
L'armée Pruffienne qui eft en Saxe aux ordres
du Prince Henri , après avoir fait une courte irrup-
tion en Bohême , s'eft remife en mouvement.
L'objet du Prince Henri, dans cette nouvelle expé-
dition , eft d'attaquer l'armée de l'Empire , &
qu'il eft réfolu de forcer fa marche pour la fur-
prendre , avant que les François aient pu raffem-
bler leurs quartiers pour la foutenir. On ajoute
qu'il a dégarni fans crainte la partie de la Saxe qui
confine à la Bohême , parce qu'il eft perfuadé que
les Autrichiens , dont il a ruiné les magaſins , fe-
ront hors de rien entreprendre de ce côté-là. Le
corps de troupes Pruffiennes , qui s'étoit mis en
marchepourjoindre l'armée du Prince Ferdinand,
a retrogradé , & fe porte du côté de Magte-
bourg.
FRANCFORT
,
le
20
Avril
.
Les
Alliés
,
après
avoir
perdu
la
bataille
de
Berg-
hen
,
le
retirèrent
d'abord à
Weindeckein
,
où
ils
coupèrent
le
14
:
le
lendemain
ils
continuèrent
leur
retraite
&
le
portèrent
à
Staden
;
le
16
,
leur
Armée
arriva
à
Hunger
,
où
elle
campa
le
17
.
Le
corps
de
Fifcher
,
&
celui
que
commande
le
Baron
du
Blaifel
,
ont côtoyé
cette
Armée
fur la
gauche
,
&
n'ont
pas
celle
de
la
harceler
.
Ils lui
ont
fait
beaucoup de
prifonniers
au
paffage
de la
riviere d'Arloff
près
de
Hungen
.
Le lendemain
le
Prince
Ferdinand
s'étant
retiré
au
-
delà
de
Grum-
berg
,
ces
deux
corps attaquèrent
fon
arriere-
garde
près
de
cette Ville
;
ils
taillèrent
en
piéce
un
Bataillon
de
Grenadiers
&
deux
Efcadrons
duRégiment de
Finkenſtein
,
Dragons
.
Ils
lui
enle-
vèrent
deux
Etendarts
,
avec
la
Caille militaire
de
ce
Régiment
,
&
forcèrent
les trois
autres
Elca-
drons de mettre
bas
les
armes
&
de
fe
rendre
pri-
fonniers
de
Guerre
.
Les
troupes
de
l'Empire
attaquèrent
un
déta-
chement de
l'Armée
des
Alliés
,
près
de Fulde
,,
qui fut
défait
&
difperfé
.
Les
Alliés
n'ont
pas con-fervé
un
feul
pofte
dans
la
Franconie
.
Ils
ont
laiffé
dans
leur
retraite
un
très
grand
nombre de
blef-fés
.
On
en a trouvé huit cens à Veindeckein
,
avec
un
Trompette que
le
Prince
Ferdinand
avoit
char-
gé
de
les
recommander
aux bontés
du Duc de
Broglie
.
Jufqu'à préfent
il
ne
s'eſt
pallé
aucunjour fans
que
les
détachemens
François qui font
à
JUIN
.
1759
.
207
t
1
la pourfuite des Alliés , aient amené des prifon-
niers en grand nombre.
L'Armée du Duc de Broglie eft rentrée le 19
dans les quartiers de cantonnement. Le Prince de
Deux-Ponts qui a fon quartier général à Bamberg,
a raſſemblé fon armée en plufieurs corps, qui font
· cantonnés aux environs de cette place .
Du
30
.
Le
Maréchal
de
Contades
arriva
ici
le
25.
Le
jour
de fon
arrivée
,
le
Baron d'Hyrn
,
Général des
troupes
Saxones
,
mourut
des
bleffures
qu'il
avoit
reçues
à
la
journée
du
13
.
Du
7
Mai
.
L'armée Pruffienne qui eft en Saxe aux ordres
du Prince Henri , après avoir fait une courte irrup-
tion en Bohême , s'eft remife en mouvement.
L'objet du Prince Henri, dans cette nouvelle expé-
dition , eft d'attaquer l'armée de l'Empire , &
qu'il eft réfolu de forcer fa marche pour la fur-
prendre , avant que les François aient pu raffem-
bler leurs quartiers pour la foutenir. On ajoute
qu'il a dégarni fans crainte la partie de la Saxe qui
confine à la Bohême , parce qu'il eft perfuadé que
les Autrichiens , dont il a ruiné les magaſins , fe-
ront hors de rien entreprendre de ce côté-là. Le
corps de troupes Pruffiennes , qui s'étoit mis en
marchepourjoindre l'armée du Prince Ferdinand,
a retrogradé , & fe porte du côté de Magte-
bourg.
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Résumé : DE FRANCFORT, le 20 Avril.
Après la défaite à la bataille de Berg-hen le 20 avril 1759, les Alliés se retirèrent successivement à Weindeckein, Staden, et Hunger. Les corps de Fifcher et du Baron du Blaifel escortèrent l'armée alliée, capturant de nombreux prisonniers près de la rivière d'Arloff. Le Prince Ferdinand se retira au-delà de Grum-berg, permettant à ces corps d'attaquer son arrière-garde, détruisant un bataillon de grenadiers et deux escadrons du régiment de Finkenstein, Dragons, et capturant deux étendards et la caisse militaire. Les troupes de l'Empire vainquirent un détachement des Alliés près de Fulde. Les Alliés laissèrent derrière eux un grand nombre de bêtes à somme, notamment huit cents à Weindeckein. Le 19 avril, l'armée du Duc de Broglie rentra dans ses quartiers de cantonnement. Le Prince de Deux-Ponts rassembla son armée autour de Bamberg. Le 30 avril, le Maréchal de Contades arriva à Francfort, où le Baron d'Hyrn, Général des troupes Saxones, mourut des blessures reçues le 13 avril. Le 7 mai, l'armée prussienne du Prince Henri se mit en mouvement pour attaquer l'armée de l'Empire, visant à la surprendre avant que les Français puissent rassembler leurs quartiers. Le Prince Henri dégarni la partie de la Saxe frontalière avec la Bohême, convaincu que les Autrichiens ne tenteraient rien de ce côté. Le corps de troupes prussiennes destiné à rejoindre l'armée du Prince Ferdinand se dirigea vers Magdebourg.
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54
p. 205
DE HAMBOURG, le 14 Septembre.
Début :
Le Général d'Itzemplitz est mort à Stettin des blessures qu'il avoit reçues [...]
Mots clefs :
Général, Décès, Blessures , Bataille, Escadre suédoise, Navires, Canons, Attaque, Prisonniers de guerre
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texteReconnaissance textuelle : DE HAMBOURG, le 14 Septembre.
DE HAMBOURG , le 14 Septembre.
Le Général d'ltzemplitz eft mort à Stettin des
bleflures qu'il avoit reçues à la bataille de Cunnerfdorff.
Il étoit âgé de 72 ans.
On mande de Stralfund que l'Efcadre Suédoife
composée de huit galeres & de plufieurs barques ,
attaqua le ro de ce mois près de l'ifle d'Ufedom
douze navires Pruffiens armés en guerre. Après
une vive canonade qui dura trois heures , les
galeres allerent à l'abordage , & prirent huit navires
ennemis. La garnifon de l'ifle , compofée
de fix cens hommes , a été faite prifonniere de
guerre.
Le Général d'ltzemplitz eft mort à Stettin des
bleflures qu'il avoit reçues à la bataille de Cunnerfdorff.
Il étoit âgé de 72 ans.
On mande de Stralfund que l'Efcadre Suédoife
composée de huit galeres & de plufieurs barques ,
attaqua le ro de ce mois près de l'ifle d'Ufedom
douze navires Pruffiens armés en guerre. Après
une vive canonade qui dura trois heures , les
galeres allerent à l'abordage , & prirent huit navires
ennemis. La garnifon de l'ifle , compofée
de fix cens hommes , a été faite prifonniere de
guerre.
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Résumé : DE HAMBOURG, le 14 Septembre.
Le 14 septembre, le général d'Itzemplitz est mort à Stettin à 72 ans, blessé lors de la bataille de Kunersdorf. À Stralsund, huit galères suédoises ont capturé douze navires prussiens près de l'île d'Usedom, après trois heures de combat. La garnison de l'île, composée de six cents hommes, a été capturée.
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55
p. 209-213
De FRANCFORT, le 22 Septembre.
Début :
On a été ici quelques jours sans recevoir des nouvelles de l'Armée. [...]
Mots clefs :
Armée, Corps, Détachement, Prince Ferdinand , Communication, Prisonniers, Maréchal de Broglie, Ennemis, Infanterie, Régiment, Comte, Bataille, Obstacle, Opérations militaires
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texteReconnaissance textuelle : De FRANCFORT, le 22 Septembre.
De FRANCFORT , le 22 Septembre.
On a été ici quelques jours fans recevoir des
nouvelles de l'Armée. Un Corps détaché de celle .
"
210 MERCURE DE FRANCE.
da Prince Ferdinand s'érgit poſté fur Marburg &
ayoit interrompu la communication ; les polles
qui avoient été établis pour fa fureté s'étant repliés
à l'approche des ennemis , deux, Compagnies
da Régiment de Cavalerie de Rougrave , qui occupoient
celui de Butzbach , y furent attaquées
le au matin , & furent faites Prifonnieres de
guerre. Le Maréchal de Broglie , ayant eu avis
de la marche des ennemis , fit partir de Merdenhagen
, le 12 à la pointe du jour , le Corps
aux ordres du Comte de Stainville , Lieutenant
Général , & du Marquis d'Aubigni , Maréchal de
Camp , pour le pofter fur Marburg afin de leur
couper leur retraite . Ce Corps étoit compofé de
la Brigade d'Infanterie d'Auvergne ; de celle de
Bouillon formée de ce Régiment & de ceux de
Vierzet & d'Horion , & des Régimens, de Dragons
du Roi & de la Ferronaye ; & de la Brigade
de Cavalerie de Royal- Pologne , compoſée
de ce Régiment & de ceux de Poly & de Touftain,
Ilarriva le même jour à Marienhagen . On trouva
en arrivant un détachement des ennemis qui fe
reriroit de Marburg à Franckenberg . On leur fit
trente Prifonniers,
Le Comte de Stainville fut informé que le Corps
des ennemis , commandé par les Généraux de
Bulowet & de Ferien , n'ayant pu fe rendre maître
du Chateau de Marburg par la réſiſtance du fieur
Kenedy , Commandant , & après avoir fait quelque
dégât dans la Ville, fe retiroit auffi fur Franckenberg.
Il ne voulur pas manquer l'occaſion de
le joindre , & il fe remit en marche le 13 à la
pointe du jour. Il fe porta avec la plus grande
diligence vers Radern. Les ennemis étoient en
Bataille à une demi- lieue de ce Village. Le Comte
de Stainville fit auffi - tôt les difpofitions pour les
attaquer ; toutes les troupes pallerent le ruiffeau
OCTOBRE. 1760. 211
du ravin qui les féparoient des ennemis. Les deux
Régimens de Dragons , commandés par le Comte
de Cey , Brigadier , & la Caval rie de la Légion
Royale commandée par le Comte de Melfort
fe portérent pendant ce tems , avec la plus grande
vivacité fur la hauteur occupée par les ennemis.
Ils chargérent la Cavalerie qui s'y trouva & ils la
culbuterent. Le Comte de Ferfen furrué dans cette
charge.
Les ennemis furent fuivis de près , malgré les
obftacles du terrein , par les Grenadiers & les
Challeurs , par la Brigade d'Auvergne, commandée
par le Marquis de Rochambeau , Brigadier ,
& par l'Infanterie de la Légion Royale. Ils furent
ainfi obligés d'abandonner la hauteur qu'ils occupoient
; ils le retirérent par le Village de Munden
où leur droite avoit été appuyée , & ils gagnérent
une autre hauteur près de Neukirchen , On les y
canona vivement jufqu'à ceque les troupes devancées
par les Dragons , après avoir paffé un fecond
ruiffeau affez profond & un ravin difficile , les chaf
ferent de hauteurs , en hauteurs , & les obligerent
de s'appuyer à une haute montagne derniere leVillage
de Hallenberg .
Commela nuit approchoit , le Comte de Stainville
, afin d'empêcher les ennemis d'en profiter
pour affurer leur pofition, ou pour fe retirer en bon
ordre , ne perdit pas un moment à les faire attaquer.
La Brigade d'Auvergne gravit avec la plus
grande vivacité une montagne d'un accès très-difficile.
La Légion Royale & les Dragons s'y porterent
de même , malgré les obftacles du terrein & la roideur
de la montagne. Ils mirent les ennemis en déroute
les Dragons leur firent abandonner trois piéces
de Canon ; le fieur Duchemin, Major de la Légion
Royale, avec quelques Dragons de ce Corps ,
en prit auffi trois pieces , & l'on en trouva deur
212 MERCURE DE FRANCE.
autres abandonnées dans le bois. La nuit mit fin
au combat , qui avoit commencé à dix heures du
matin.
Le Corps des ennemis , étoit d'environ fix mille
hommes. Ils ont perdu beaucoup , & on leur a
fait près de 400 Priſonniers, parmi lesquels il y a
plufieurs Officiers. On leur a pris auffi tous les
bagages ; du côté des François , on n'a perdu qu'environ
cinquante hommes tués ou bleffès.
A
Depuis , le Maréchal de Broglie , ayant réfolu
de faire attaquer le Camp du Général Vangenheim
, par les troupes aux ordres du Comte de
Luface campées entre Fridlandet Vitzenhauſen ,
fe rendit pour cet effet au quartier du Comte de,
Luface , & il renforça fa réferve d'un Corps de
troupes tiré de l'Armée. Le Corps ennemi étoit
d'environ quinze mille hommes. On marcha fur
quatre colonnes dirigées fur Dransfeld ; auffi- tôt
qu'elles parurent fur la hauteur voiſine de cette
Ville , les ennemis leverent leur Camp & entrerent
dans le bois qu'ils avoient derriere eux. La Colonne
d'Infanterie de notre droite , aux ordres du
Comte de Luface , compofée du Corps Saxon &
des Brigades de Caftelas & de la Marck , s'avança
avec toute la diligence poffible . Elle étoit précédée
par le Comte de Vaux , Lieutenant Général , ayant
avec lui les Grenadiers & les Chaffeurs des ces Brigades
, & par le fieur de Klingenberg , Maréchal
de Camp , ayant avec lui trois Bataillons de Grenadiers
Saxons , foutenus de la Brigade Suiffe.de
Diesbach. L'attaque ne put commencer que vers
les fept heures du foir.Le feu de Moufquetterie fut ,
vif & dura plus d'une heure ; mais il futpeu meurtrier,
à caufe de l'obfcurité & de l'épaiffeur du bois .
Les ennemis furent pouffés jufqu'à l'efcarpement
du Vefer. Les Grenadiers Saxons leur prirent deux
piéces de Canon , & le fieur de Grandmaiſon ,
OCTOBRE. 1760. 213
Commandant les Volontaires de Hainault , en
prit deux autres & fit quelques Priſonniers,
Pendant ce tems- là , le Prince de Croy fit déboucher
de Munden un Détachement aux ordres
du fieur de la Borde , Lieutenant Colonel du Régiment
de Condé , pour le porter fur le pont des
-ennemis à Humel ; il l'attaqua & s'en rendit maître.
Mais les ennemis étant revenus par la gauche
du Véfer avec des forces fupérieures & beaucoup
d'Artillerie , il ne put le conferver . Le lendemain
matin , le fieur de Grandmaifon s'étant porté vers
ce pont , il le trouva abandonné ; il le fit
& en fit brifer les pontons.
trompre
Auffi- tôt après cette opération , le Prince de Robecq
, Maréchal de Camp , fut détaché avec fa divifion
pour aller à Gottinguen , d'où il a dû envoyer
des Détachemens fur Northeim & Eimbeck.
Le fieur de Cambefort , Commandant d'un
Corps de troupes légères , fe trouvant à Bocholtz
avec la troupe , fut averti qu'un Détachement fort
fupérieur au fien marchoit à lui : il ſe retira ; & ce
Détachement l'ayant fuivi , le fieur de Cambefort
fit volte-face , & l'attaqua avec tant de vivacité
qu'il le mit en déroute , & le pourſuivit jufqu'à
la porte de Coesfeldt. Il a tué ou bleffé dans ce
choc, plus de cinquante hommes aux ennemis ,
& il a fait trente quatre Prifonniers , avec lesquels
il a repris la route de Wefel. Il n'a eu que trois
hommes bleffés & trois autres faits Prifonniers.
On a été ici quelques jours fans recevoir des
nouvelles de l'Armée. Un Corps détaché de celle .
"
210 MERCURE DE FRANCE.
da Prince Ferdinand s'érgit poſté fur Marburg &
ayoit interrompu la communication ; les polles
qui avoient été établis pour fa fureté s'étant repliés
à l'approche des ennemis , deux, Compagnies
da Régiment de Cavalerie de Rougrave , qui occupoient
celui de Butzbach , y furent attaquées
le au matin , & furent faites Prifonnieres de
guerre. Le Maréchal de Broglie , ayant eu avis
de la marche des ennemis , fit partir de Merdenhagen
, le 12 à la pointe du jour , le Corps
aux ordres du Comte de Stainville , Lieutenant
Général , & du Marquis d'Aubigni , Maréchal de
Camp , pour le pofter fur Marburg afin de leur
couper leur retraite . Ce Corps étoit compofé de
la Brigade d'Infanterie d'Auvergne ; de celle de
Bouillon formée de ce Régiment & de ceux de
Vierzet & d'Horion , & des Régimens, de Dragons
du Roi & de la Ferronaye ; & de la Brigade
de Cavalerie de Royal- Pologne , compoſée
de ce Régiment & de ceux de Poly & de Touftain,
Ilarriva le même jour à Marienhagen . On trouva
en arrivant un détachement des ennemis qui fe
reriroit de Marburg à Franckenberg . On leur fit
trente Prifonniers,
Le Comte de Stainville fut informé que le Corps
des ennemis , commandé par les Généraux de
Bulowet & de Ferien , n'ayant pu fe rendre maître
du Chateau de Marburg par la réſiſtance du fieur
Kenedy , Commandant , & après avoir fait quelque
dégât dans la Ville, fe retiroit auffi fur Franckenberg.
Il ne voulur pas manquer l'occaſion de
le joindre , & il fe remit en marche le 13 à la
pointe du jour. Il fe porta avec la plus grande
diligence vers Radern. Les ennemis étoient en
Bataille à une demi- lieue de ce Village. Le Comte
de Stainville fit auffi - tôt les difpofitions pour les
attaquer ; toutes les troupes pallerent le ruiffeau
OCTOBRE. 1760. 211
du ravin qui les féparoient des ennemis. Les deux
Régimens de Dragons , commandés par le Comte
de Cey , Brigadier , & la Caval rie de la Légion
Royale commandée par le Comte de Melfort
fe portérent pendant ce tems , avec la plus grande
vivacité fur la hauteur occupée par les ennemis.
Ils chargérent la Cavalerie qui s'y trouva & ils la
culbuterent. Le Comte de Ferfen furrué dans cette
charge.
Les ennemis furent fuivis de près , malgré les
obftacles du terrein , par les Grenadiers & les
Challeurs , par la Brigade d'Auvergne, commandée
par le Marquis de Rochambeau , Brigadier ,
& par l'Infanterie de la Légion Royale. Ils furent
ainfi obligés d'abandonner la hauteur qu'ils occupoient
; ils le retirérent par le Village de Munden
où leur droite avoit été appuyée , & ils gagnérent
une autre hauteur près de Neukirchen , On les y
canona vivement jufqu'à ceque les troupes devancées
par les Dragons , après avoir paffé un fecond
ruiffeau affez profond & un ravin difficile , les chaf
ferent de hauteurs , en hauteurs , & les obligerent
de s'appuyer à une haute montagne derniere leVillage
de Hallenberg .
Commela nuit approchoit , le Comte de Stainville
, afin d'empêcher les ennemis d'en profiter
pour affurer leur pofition, ou pour fe retirer en bon
ordre , ne perdit pas un moment à les faire attaquer.
La Brigade d'Auvergne gravit avec la plus
grande vivacité une montagne d'un accès très-difficile.
La Légion Royale & les Dragons s'y porterent
de même , malgré les obftacles du terrein & la roideur
de la montagne. Ils mirent les ennemis en déroute
les Dragons leur firent abandonner trois piéces
de Canon ; le fieur Duchemin, Major de la Légion
Royale, avec quelques Dragons de ce Corps ,
en prit auffi trois pieces , & l'on en trouva deur
212 MERCURE DE FRANCE.
autres abandonnées dans le bois. La nuit mit fin
au combat , qui avoit commencé à dix heures du
matin.
Le Corps des ennemis , étoit d'environ fix mille
hommes. Ils ont perdu beaucoup , & on leur a
fait près de 400 Priſonniers, parmi lesquels il y a
plufieurs Officiers. On leur a pris auffi tous les
bagages ; du côté des François , on n'a perdu qu'environ
cinquante hommes tués ou bleffès.
A
Depuis , le Maréchal de Broglie , ayant réfolu
de faire attaquer le Camp du Général Vangenheim
, par les troupes aux ordres du Comte de
Luface campées entre Fridlandet Vitzenhauſen ,
fe rendit pour cet effet au quartier du Comte de,
Luface , & il renforça fa réferve d'un Corps de
troupes tiré de l'Armée. Le Corps ennemi étoit
d'environ quinze mille hommes. On marcha fur
quatre colonnes dirigées fur Dransfeld ; auffi- tôt
qu'elles parurent fur la hauteur voiſine de cette
Ville , les ennemis leverent leur Camp & entrerent
dans le bois qu'ils avoient derriere eux. La Colonne
d'Infanterie de notre droite , aux ordres du
Comte de Luface , compofée du Corps Saxon &
des Brigades de Caftelas & de la Marck , s'avança
avec toute la diligence poffible . Elle étoit précédée
par le Comte de Vaux , Lieutenant Général , ayant
avec lui les Grenadiers & les Chaffeurs des ces Brigades
, & par le fieur de Klingenberg , Maréchal
de Camp , ayant avec lui trois Bataillons de Grenadiers
Saxons , foutenus de la Brigade Suiffe.de
Diesbach. L'attaque ne put commencer que vers
les fept heures du foir.Le feu de Moufquetterie fut ,
vif & dura plus d'une heure ; mais il futpeu meurtrier,
à caufe de l'obfcurité & de l'épaiffeur du bois .
Les ennemis furent pouffés jufqu'à l'efcarpement
du Vefer. Les Grenadiers Saxons leur prirent deux
piéces de Canon , & le fieur de Grandmaiſon ,
OCTOBRE. 1760. 213
Commandant les Volontaires de Hainault , en
prit deux autres & fit quelques Priſonniers,
Pendant ce tems- là , le Prince de Croy fit déboucher
de Munden un Détachement aux ordres
du fieur de la Borde , Lieutenant Colonel du Régiment
de Condé , pour le porter fur le pont des
-ennemis à Humel ; il l'attaqua & s'en rendit maître.
Mais les ennemis étant revenus par la gauche
du Véfer avec des forces fupérieures & beaucoup
d'Artillerie , il ne put le conferver . Le lendemain
matin , le fieur de Grandmaifon s'étant porté vers
ce pont , il le trouva abandonné ; il le fit
& en fit brifer les pontons.
trompre
Auffi- tôt après cette opération , le Prince de Robecq
, Maréchal de Camp , fut détaché avec fa divifion
pour aller à Gottinguen , d'où il a dû envoyer
des Détachemens fur Northeim & Eimbeck.
Le fieur de Cambefort , Commandant d'un
Corps de troupes légères , fe trouvant à Bocholtz
avec la troupe , fut averti qu'un Détachement fort
fupérieur au fien marchoit à lui : il ſe retira ; & ce
Détachement l'ayant fuivi , le fieur de Cambefort
fit volte-face , & l'attaqua avec tant de vivacité
qu'il le mit en déroute , & le pourſuivit jufqu'à
la porte de Coesfeldt. Il a tué ou bleffé dans ce
choc, plus de cinquante hommes aux ennemis ,
& il a fait trente quatre Prifonniers , avec lesquels
il a repris la route de Wefel. Il n'a eu que trois
hommes bleffés & trois autres faits Prifonniers.
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Résumé : De FRANCFORT, le 22 Septembre.
Le 22 septembre, les communications à Francfort étaient perturbées par un corps détaché du Prince Ferdinand à Marburg. Deux compagnies du Régiment de Cavalerie de Rougrave furent attaquées et capturées à Butzbach. Le Maréchal de Broglie, informé de la progression des ennemis, envoya un corps commandé par le Comte de Stainville et le Marquis d'Aubigni pour couper leur retraite. Ce corps, composé de diverses brigades d'infanterie et de cavalerie, arriva à Marienhagen et captura trente prisonniers ennemis. Le Comte de Stainville apprit que les ennemis, dirigés par les Généraux de Bulow et de Ferien, se retiraient vers Franckenberg après avoir échoué à prendre le Château de Marburg. Il les attaqua près de Radern, où les dragons et la cavalerie de la Légion Royale repoussèrent la cavalerie ennemie. Les ennemis furent repoussés jusqu'à Hallenberg. Le combat intense se termina à la nuit tombée, avec près de 400 prisonniers et plusieurs pièces de canon capturées par les Français. Par la suite, le Maréchal de Broglie décida d'attaquer le camp du Général Vangenheim. Les troupes françaises, dirigées par le Comte de Luface, marchèrent en quatre colonnes vers Dransfeld. Les ennemis levèrent leur camp et se retirèrent dans un bois. Les grenadiers saxons prirent deux pièces de canon, et le pont des ennemis à Humel fut brièvement conquis avant d'être abandonné. Le Prince de Robecq fut envoyé à Gottinguen avec sa division, tandis que le Sieur de Cambefort, commandant des troupes légères, mit en déroute un détachement ennemi près de Coesfeldt, capturant trente-quatre prisonniers.
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56
p. 136-137
De WARSOVIE, le 14 Juillet 1764.
Début :
On voit ici une relation du combat qui s'est donné le 26 [...]
Mots clefs :
Combat, Troupes, Prince, Attaques, Déplacement des troupes, Colonel, Bataille, Cavalerie, Espions, Pertes
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texteReconnaissance textuelle : De WARSOVIE, le 14 Juillet 1764.
De WARSOVIE , le 14 Juillet 1764.
OnN voit ici une relation du combat qui s'eft
donné le 26 du mois dernier , entre les Trou-
Pes de la République & celles du Prince Radziwill:
fuivant cette Relation publiée de la part de
ce Prince , il partit le 26 de Kepla pour ſe rendre
dans les Terres , & arriva à Hadzviltowize , à
deux lieues de Slonim . Après avoir foutenu en
chemin fon Avant-Garde continuellement harcelée
par de fauffes attaques dès fon arrivée en
cet endroit , il apprit que l'Avant-Garde des Ruf-
Les étoit renforcée , & que le Colonel Block
étoit rangé en bataille fur les hauteurs avec un
Corps de cinq mille hommes . Le Prince Radziwill
fe détermina à l'attaquer à trois heures après
midi , le délogea & le poursuivit jufqu'à Slonim
où ce Colonel , qui avoit déja fait préparer les
Batteries fe forma de nouveau. Alors la Cavalerie
du Prince Radziwill fut attaquée de toutes parts &
effaya feule le feu des Batteries depuis cinq heures
jufqu'à dix ayant été jointe par l'Infanterie , le
combat devint général & dura juſqu'à minuit. Les
Ruffes furent rompus deux fois & pouffés derrière
NOVEMBRE. 1764. 137
leurs Batteries : un Boulet rouge ayant fait fauter le
Magazin des poudres du Prince Radziwill , le feu
de les Troupes ceffa ainfi que celui des Ruffes.
Les deux Partis pafferent la nuit fous les armes.
Le Prince fe retira à trois heures du matin , en
très-bon ordre , du côté de fes Terres entre la
Polefie & la Volhynie. Il n'a eu dans cette occafion
que quatorze hommes tués , & vingt-deux
bleffés . Suivant le rapport des Eſpions , les Ruffes
ont enterré deux cent foixante - trois hommes , &
ont eu plus de cinq cens bleffés ; mais ces détails
font pas encore bien conftatés .
OnN voit ici une relation du combat qui s'eft
donné le 26 du mois dernier , entre les Trou-
Pes de la République & celles du Prince Radziwill:
fuivant cette Relation publiée de la part de
ce Prince , il partit le 26 de Kepla pour ſe rendre
dans les Terres , & arriva à Hadzviltowize , à
deux lieues de Slonim . Après avoir foutenu en
chemin fon Avant-Garde continuellement harcelée
par de fauffes attaques dès fon arrivée en
cet endroit , il apprit que l'Avant-Garde des Ruf-
Les étoit renforcée , & que le Colonel Block
étoit rangé en bataille fur les hauteurs avec un
Corps de cinq mille hommes . Le Prince Radziwill
fe détermina à l'attaquer à trois heures après
midi , le délogea & le poursuivit jufqu'à Slonim
où ce Colonel , qui avoit déja fait préparer les
Batteries fe forma de nouveau. Alors la Cavalerie
du Prince Radziwill fut attaquée de toutes parts &
effaya feule le feu des Batteries depuis cinq heures
jufqu'à dix ayant été jointe par l'Infanterie , le
combat devint général & dura juſqu'à minuit. Les
Ruffes furent rompus deux fois & pouffés derrière
NOVEMBRE. 1764. 137
leurs Batteries : un Boulet rouge ayant fait fauter le
Magazin des poudres du Prince Radziwill , le feu
de les Troupes ceffa ainfi que celui des Ruffes.
Les deux Partis pafferent la nuit fous les armes.
Le Prince fe retira à trois heures du matin , en
très-bon ordre , du côté de fes Terres entre la
Polefie & la Volhynie. Il n'a eu dans cette occafion
que quatorze hommes tués , & vingt-deux
bleffés . Suivant le rapport des Eſpions , les Ruffes
ont enterré deux cent foixante - trois hommes , &
ont eu plus de cinq cens bleffés ; mais ces détails
font pas encore bien conftatés .
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Résumé : De WARSOVIE, le 14 Juillet 1764.
Le 14 juillet 1764, une relation du combat entre les troupes de la République et celles du Prince Radziwill est publiée. Le 26 juin, le Prince Radziwill partit de Kepla pour se rendre dans les Terres et arriva à Hadzviltowize, près de Slonim. Son avant-garde fut harcelée dès son arrivée. Il apprit que l'avant-garde des Russes, renforcée par le Colonel Block, comptait cinq mille hommes. Le Prince Radziwill attaqua à trois heures de l'après-midi, délogea les Russes et les poursuivit jusqu'à Slonim. La cavalerie du Prince Radziwill fut attaquée de toutes parts et combattit pendant cinq heures. À dix heures, l'infanterie rejoignit la bataille, rendant le combat général jusqu'à minuit. Les Russes furent repoussés deux fois derrière leurs batteries. Un boulet rouge fit sauter le magasin de poudre du Prince Radziwill, stoppant le feu des troupes. Les deux parties passèrent la nuit sous les armes. Le Prince Radziwill se retira à trois heures du matin vers ses terres entre la Pologne et la Volhynie. Il déplora quatorze hommes tués et vingt-deux blessés. Selon des espions, les Russes auraient enterré deux cent soixante-trois hommes et compté plus de cinq cents blessés, mais ces détails ne sont pas confirmés.
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57
p. 59
LOGOGRYPHE.
Début :
Tu ne connois que moi ; décompose mon nom ; [...]
Mots clefs :
Bataille
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGO GRY PH E.
U ne connois que moi ; décompofe mon
nom ;
Tu trouves le harnois de maître Aliboron ;
Certaine humeur néceffaire à la vie ;
Certain plaifir qui tient de la folie ;
Une ville de Suiffe affife far le Rhin ;
Un meuble néceſſaire ; un jeu très -enfantin ; ”
Ce qui remplit de pleurs tant de triftes familles ;
Ce qui fait la fortune à tant de jeunes filles ;
Ce qui fervit jadis à ton amufement ;
Ce qui même par fois a caufe ton tourment ;
Mon nom étoit connu du fameux Alexandre ;
Ma fureur a réduit plus d'un pays en cendre ;
J'ai fait fouvent fortune à l'opéra ;
J'ai fait grand bruit aux plaines de Zama ;
Et pour finir enfin , par un coup de tonnerre ,
Mon nom feul fait fouvent trembler plus d'une
mère.
A Courbevoix , par M. T. . .
U ne connois que moi ; décompofe mon
nom ;
Tu trouves le harnois de maître Aliboron ;
Certaine humeur néceffaire à la vie ;
Certain plaifir qui tient de la folie ;
Une ville de Suiffe affife far le Rhin ;
Un meuble néceſſaire ; un jeu très -enfantin ; ”
Ce qui remplit de pleurs tant de triftes familles ;
Ce qui fait la fortune à tant de jeunes filles ;
Ce qui fervit jadis à ton amufement ;
Ce qui même par fois a caufe ton tourment ;
Mon nom étoit connu du fameux Alexandre ;
Ma fureur a réduit plus d'un pays en cendre ;
J'ai fait fouvent fortune à l'opéra ;
J'ai fait grand bruit aux plaines de Zama ;
Et pour finir enfin , par un coup de tonnerre ,
Mon nom feul fait fouvent trembler plus d'une
mère.
A Courbevoix , par M. T. . .
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58
p. 72-73
LOGOGRYPHE.
Début :
Les plus fameux guerriers qu'on ait vus sur la terre [...]
Mots clefs :
Bataille
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHΗ Ε.
Les plus fameux guerriers qu'on ait vus
terre
fur la
Ne feroient pas connus ſans moi.
Je me nourris de ſang , je ne vis qu'à la guerre ;
Je répands en cent lieux l'épouvante & l'effroi.
Je réunis ſouvent le fils avec le pere ;
Je fais trembler les potentats;
On me maudit , on me révére ;
Je cauſe , quelquefois , la chûtedes états.
Lecteur , ſi tu me décompoſes ,
Tu trouveras en moi la couleur d'un cheval;
L'endroitoù la nuit tu repoſes;
Un plaiſir dont le règne eſt dans le carnaval ;
Le nom d'un dieu païen qu'on lit dans Athalic ;
Cequi le plus ſouvent termine un opéra;
Si tu mets à la loterie ,
Ceque pour ton argent on te diſtribuera ;
Ce qu'au jeu debillard à faire l'on s'applique ,
Un ſectateur Mahometan ;
Unterme de marine; un terme de muſique ;
Un mot anglois qu'un milord duc entend.
Lorſqu'avec plus de foin , encore , on m'étudie ,
J'offre ce qui nourrit quand on eſt au berceau ;
Pour traverſer les airs ce qui ſert à l'oiſcau ;
Cequi cauſe ſouvent plus d'une maladie ;
Ce
JUILLET. 1770. 73
Cequi reſte du vin dans le fond du tonneau ;
Cequi parcourt le jeu de paume;
Cequ'on met ſur le dos d'une bête de ſomme ;
Une plante qui te nourrit ;
Une autre dont la force excite l'appetit ;
Un impôt très-connudont il faut qu'on s'acquitte;
La femelle du ſanglier ;
L'endroit enfin où plus d'un parafite
Semet ſans le faire prier.
Si tuveux que je t'offre à coup sûr la victoire ,
Sans te caufer grandembarras ,
Ouvre les faſtes de l'hiſtoire ,
En cent endroits divers , lecteur , tu me veras .
Par M. d'Axemar.
Les plus fameux guerriers qu'on ait vus
terre
fur la
Ne feroient pas connus ſans moi.
Je me nourris de ſang , je ne vis qu'à la guerre ;
Je répands en cent lieux l'épouvante & l'effroi.
Je réunis ſouvent le fils avec le pere ;
Je fais trembler les potentats;
On me maudit , on me révére ;
Je cauſe , quelquefois , la chûtedes états.
Lecteur , ſi tu me décompoſes ,
Tu trouveras en moi la couleur d'un cheval;
L'endroitoù la nuit tu repoſes;
Un plaiſir dont le règne eſt dans le carnaval ;
Le nom d'un dieu païen qu'on lit dans Athalic ;
Cequi le plus ſouvent termine un opéra;
Si tu mets à la loterie ,
Ceque pour ton argent on te diſtribuera ;
Ce qu'au jeu debillard à faire l'on s'applique ,
Un ſectateur Mahometan ;
Unterme de marine; un terme de muſique ;
Un mot anglois qu'un milord duc entend.
Lorſqu'avec plus de foin , encore , on m'étudie ,
J'offre ce qui nourrit quand on eſt au berceau ;
Pour traverſer les airs ce qui ſert à l'oiſcau ;
Cequi cauſe ſouvent plus d'une maladie ;
Ce
JUILLET. 1770. 73
Cequi reſte du vin dans le fond du tonneau ;
Cequi parcourt le jeu de paume;
Cequ'on met ſur le dos d'une bête de ſomme ;
Une plante qui te nourrit ;
Une autre dont la force excite l'appetit ;
Un impôt très-connudont il faut qu'on s'acquitte;
La femelle du ſanglier ;
L'endroit enfin où plus d'un parafite
Semet ſans le faire prier.
Si tuveux que je t'offre à coup sûr la victoire ,
Sans te caufer grandembarras ,
Ouvre les faſtes de l'hiſtoire ,
En cent endroits divers , lecteur , tu me veras .
Par M. d'Axemar.
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59
p. 216-222
États-Unis de l'Amériq. Septentrionale, [titre d'après la table]
Début :
Trenton du 4 Juillet. La retraite de l'ennemi de Philadelphie à New-Yorck, a été troublée par nos [...]
Mots clefs :
Trenton, Yorktown, Boston, Général, Ennemi, Armée, Troupes, George Washington, Philadelphie, Harceler, Bataille, Morts, Affaire, Retraite
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texteReconnaissance textuelle : États-Unis de l'Amériq. Septentrionale, [titre d'après la table]
Trenton du 4 Juillet. La retraite de l'ennemi de
Philadelphie à New -Yorck , a été troublée par nos
troupes ; le Général - Major Maxwell , à la tête d'un
corps de troupes Continentales , avoit pris les devans
, & l'attendoit dans le nouveau Jerſey , avec la
milice commandée par les Généraux Dickinſon &
Herd . Le Général Lée partit de bonne- heure pour les
foutenir ; leur objet étoit de harceler l'ennemi & de
l'arrêter jufqu'à ce que le Général Washington pût
arriver avec le gros de l'armée ; il arriva le 27 à
Monmouth Court Houfe ; on fit les difpofitions
pour l'attaque , qui commença le lendemain par 1 500
volontaires conduits par le Général Lée , pendant
que le gros de l'armée fuivoit ; il chaffa pendant
quelque tems l'ennemi ; mais celui- ci ayant reçu des
renforts , il fut obligé de fe retirer fur le Général
Washington , dont l'armée qui avançoit fe forma
fur le premier terrain avantageux. Il y eut une canonnade
dont on n'avoit point eu d'exemple en Amérique
; pendant ce tems , de forts détachemens attaquèrent
l'ennemi à l'arme blanche , avec différens
fuccès à la vérité , mais le forcèrent enfin à fe retirer ,
& nos troupes prirent poffeffion du chaimp de bataille
couvert de morts & de bleflés . L'exceffive chaleur
qu'il faifoit ce jour - là , força les troupes à fe repofer
pour reprendre haleine ; le Général Washington commanda
à deux brigades d'avancer fur chacun de leurs
flancs , fe propofant de les fuivre ; mais la nuit furvint
avant qu'elles parvinffent à leur deſtination , &
tout mouvement ultérieur devint impraticable. On
n'avoit point affez de cavalerie ; la nôtre avoit été
tellement employée à harceler l'ennemi au fortir de
Philadelphie ,
( 217 )
Philadelphie , & fi difperfée , que cela avoit donné
une grande fupériorité en nombre aux Anglois. On
aflure que les Heffois on refufé de donner , parce qu'il
faifoit trop chaud. Tout le chemin , dans leur marche
depuis Court-Houfe , étoit jonché de morts. La
perte des Anglois eft confidérable , puifque le Général
Washington a fait enterrer 240 de leurs morts .
Pour effectuer la retraite dans les Jerfey avec plus
de sûreté , le Général Clinton a eu recours à une manoeuvie
, qui probablement a ſauvé la majeure partie
de fon armée ; ce fut de mettre fon armée en bataille
comme s'il eût eu envie d'engager le combat ;
le Général Lée n'a pas jugé à propos d'en courir les
rifques , préférant avec raifon d'attendre au lendemain
, & de harceler l'arrière garde ennemie avec
plus d'avantage. Ce jour - là le Général Clinton
ayant fait une marche forcée , avoit trop d'avance
pour qu'on pût le joindre.
La relation de cette affaire , publiée dans la Gazette
de cette ville , contenoit quelques expreffions
dont le Général Lée s'eft plaint. Comme elles le
chargoient du reproche de n'avoir ordonné qu'une
décharge, il a voulu que fa conduite für examinée par
un Confeil de guerre. Il s'eft affemblé en conféquence
, & l'a juftifié de la manière la plus honorable.
Voici comme il rend compte lui- même de cette
action : >> Appeller l'affaire du 28 une victoire complette
, feroit une gafconnade déshonorante ; dans le
fait , c'eft un échec qu'a reçu l'ennemi & qui fait honneur
aux Américains ; ils n'ont point encore eu
d'affaire qui ait auffi bien prouvé ce qu'ils font capables
de foutenir ou d'entreprendre ; une manoeuvre
rétrograde dans l'efpace d'environ 4 milles , a été
faite fans que l'on pût remarquer la moindre confufion
, excepté celle qui naiffoit & qui naîtra toujours
d'un abus monftrueux qui fera quelque jour
fatal fi on le tolère ; je parle de la liberté que prennent
les particuliers , dénués d'autorité , de donner
15 Septembre 1778.
K
( 218 )
leur avis & d'indiquer ce qu'il faut faire . La conduite
des Officiers & des foldats a été fi également bonne ,
qu'il feroit injufte de faire des diftinctions ; j'avouerai
cependant qu'il eft difficile de paffer fous filence les
éloges dûs au corps d'artillerie , en y comprenant depuis
le Général Know & le Colonel Ofwald , jufqu'aux
conducteurs même ; il n'eft pas aifé de dire
quel a été le point ou le moment décifif ; c'étoit une
bataille en parcelles : à force de combattre en quantité
de lieux différens , dans la plaine & dans les bois ,
en avançant & en reculant , on eft enfin venu à bout
de repouffer honorablement l'ennemi «<.
Yorck-Town du 12 Juillet. Nous apprenons que
les Généraux Gates & Parfon avec MM . Dowgall &
plufieurs Officiers Généraux font arrivés aux plaines
blanches le 2 de ce mois , où ils occupent le terrain
fur lequel le Général Washington & le Général Howe
ont combattu en 1776. Leurs forces confiftent en 9
régimens. Le nom du Général Gates à la tête de ces
troupes qui doivent avoir été jointes par un nombre
d'autres plus confidérables , nous rappelle la convention
de Saratoga , & nous eft un augure favorable
pour quelqu'évènement de ce genre . L'armée Angloife
dans New-Yorck , après l'exceffive fatigue
d'une marche de près de 3 femaines par une chaleur 3
où le thermomètre étoit à 92 ; après une action auffi
vive & aufli meutrière que celle du 28 Juin , doit
être réduite à l'état le plus déplorable . Depuis près
d'un an & fur-tout pendant tout l'hiver , cette
armée n'a vécu que de falaifons ; elle a traversé les
Jerfeys par une chaleur exceffive , dans des fables brûlans
, manquant de tout & buvant les plus mauvaiſes
eaux ; fon état de foibleffe ne lui permettra pas de
faire une longue défenſe , fi elle ne reçoit point de
fecours ni de provifions ; & dans ce moment il feroit
impoffible qu'aucun tranfport lui arrivât d'Angleterre.
Le Comte d'Estaing , dont on attendoit l'arrivée
depuis long-tems , a enfin paru dans nos para-
>
( 219 )
22,
ges ; on l'a vu dans les bayes de Chéfapeak & Delaware
; & on apprend que le 8 de ce mois il a
mouillé devant New-Yorck. Il doit y être joint par
12 vaiffeaux de Boſton , dont 3 de 32 canons , un de
3 de 20, un de 16 , 3 de 14 & un de 10.
Bofton du 16 Juillet. Nous attendons inceffamment
des nouvelles des opérations de la flotte
Françoife ; nous apprenons que le 11 Août elle
étoit en dehors de Shandy-Hook , & bloquoit les
6 vaiffeaux de ligne de l'Amiral Howe qui font en
dedans. Le Général Clinton eft retferré dans New-
Yorck par le Général Washington , dont l'armée eft
poftée fur les hauteurs de Kingsbridge & bien retranchée.
On fait qu'il médite une attaque fur Long-
Inland , & on préfume qu'il la conduira en perfonne.
Nous fommes à la veille de voir terminer
cette grande & longue querelle ; nous avons obtenu
des triomphes flatteurs , celui de voir nos fiers ennemis
qui nous vouloient réduire en fervitude
nous faire des propofitions de paix ; nous rechercher
après nous avoir outragés. Nous avons
eu la fatisfaction de voir le Congrès rendre aux
Commiffaires Britanniques , la réponse que leur
Souverain fit à la pétition de l'Amérique , préfentée
par le Gouverneur Penn , le Roi neferá point
de réponſe.
n
Plufieurs Indiens ont embraffé notre caufe ; employés
dans nos armées , ils fe conduiront en guerriers
braves & humains ; on peut en juger par le difcours
fuivant , adreffé par leurs chefs ou Sachems ,
aux jeunes gens qui font partis fous la conduite du
Major Toufard . Neveux , guerriers , ouvrez vos
oreilles . Vous allez vous féparer des Sachems vos
oncles ; en pareille occafion il eft d'ufage de dire
quelques mots : fouvent un jeune guerrier a befoin
de confeils , vous allez entreprendre un long voyage ;
vous allez être expofés à la fatigue & à beaucoup
de
tentations : vous trouverez beaucoup d'obferva
K 2
( 220 )
teurs , non-feulement Américains , mais parmi, quelques
guerriers principaux de notre pere le Roi de
France : gravez profondément dans votre efprit que
les guerriers ont un rôle important à foutenir ; ils
peuvent faire beaucoup de bien ou fe livrer à d'affreu
fes énormités ; ils peuvent faire du bien en écartant les
maux qui menacent la paix du pays : c'eft fous ce
point de vue qu'ils développent le caractère du hé̟-
ros , mais il faut éviter avec foin tout ce qui tient à
la vengeance perfonnelle privée ; il eft au-deffous , il
eft indigne du guerrier , d'infulter , de piller une famille
dénuée de fecours , & qui peut être innocente.
Neveux , fouvenez-vous que vous allez fervir dans
la grande armée d'Amérique ; que vous ferez préfentés
au Général Washington , guerrier en chef , ainſi
qu'à un éminent Officier de notre pere le Roi de
France , le Marquis de la Fayette , à la demande particulière
duquel vous allez joindre l'armée ; le moindre
écart de votre part , quelque léger qu'il puiffe
être , fera de la plus fâcheufe conféquence , il fera
difficile d'en laver la tache : formez-vous donc un
plan de conduite digne de la profeffion des guerriers ;
que la bonne intelligence règne toujours parmi vous ,
n'ayez tous qu'un même efprit , n'ayez qu'un feul &
même objet en vue ; que chacun de vous n'aille pas
croire qu'il eft un chef, & qu'il peut fe permettre
ces petites libertés que l'indulgence tolère auprès de
nos foyers , mais que tous & chacun obéiffent implicitement
au Major de Toufard , qui marchera à votre
tête & combattra avec vous . Défiez - vous des
liqueurs fortes , leur ufage eft le féducteur commun
des Indiens. Neveux , fi vous obfervez le bon ordre ,
fi vous êtes fobres , fi vous jouez le perfonnage qui
convient à l'homme , votre conduite fera appréciée ,
exaltée par l'armée Américaine ; le Général Washington
, guerrier en chef, la remarquera avec diftinction :
le rapport en viendra un jour aux oreilles de notre
pere le Roi de France , & nous , Sachems , nous nous
réjouirons en entendant parler de vous c .
( 221 )
Tels font les fentimens que nous cherchons à infpirer
aux Sauvages nos alliés . Nos ennemis n'ont
pas fuivi cet exemple.
On a ici des copies de la traduction d'une lettre
écrite en latin par M. de la F *** , à un de fes amis
en France ; elle est en date de Walleyforge le 13
Avril , & conçue ainfi :
:
:
Je l'avoue , mon cher ami , j'ai oublié le latin : and
les expreffions Angloiſes ſe préfentent à moi lorfque
j'en cherche de latines : cependant lorsqu'il s'agit
d'exprimer mes fentimens à mon ami chéri , je me
fens capable d'écrire quelques lignes : mais auffi je
vous prie de me paffer les fautes que je pourrai faire ,
les folécifmes , les barbarifmes & toutes les monftruofités
de langage qui fentent l'ignorance & l'ânerie.
Je n'ai pas eu le tems de cultiver les Auteurs latins :
j'ai donné mes foins à des ouvrages Anglois . J'ai la
avec attention le Spectateur & Pope : j'ai fait échange
de mon ancien travail , de mes occupations paffées
pour de nouvelles veilles. En mettant les pieds dans
le camp des Américains , j'ai laiffé là l'étude & tous
les livres dans cet oubli des Belles - Lettres , j'ai
cherché à me former dans un art cruel & barbare
je me fuis totalement abandonné aux occupations militaires
, tant je fuis poffédé du démon de la guerre .
Enfin , ayant renoncé à la douce fociété des femmes ,
je trouve mon plaifir dans les horribles voluptés de
Bellone. Mon cher ami , des mois entiers s'écoulent
fans que je reçoive de nouvelles. J'attends toujours
mes lettres dans une incertitude mêlée de crainte . Je
fouhaite que la mer engloutiffe les vaiffeaux ennemis
dans fes flots orageux. Ecrivez donc à un malheureux
exilé , faites naître la paix dans un coeur troublé ,
& adouciffez des penfées amères par des nouvelles -
agréables. J'imagine que de grands mouvemens s'élèvent
en Europe. L'Angleterre nous offre la paix :
mais , fans l'indépendance , une telle paix eft un opprobre.
Je vois la France toucher à des jours heu-
K 3
( 222 )
reux ; & dans cette brillante eſpérance , je vois d'ici
ma très-chère patrie porter les armes chez l'ennemi :
je vois enfin cette Nation .... fi fuperbe , fi injufte ,
fi enflée de fes anciennes profpérités , je la vois
dis-je , foulée aux pieds des ..... Amen . J'ai écrit
à mon épouse. Je ne puis prédire le tems de mon retour
; j'attends des nouvelles d'Europe. Adieu , mon
cher ami , aimez- moi toujours . Adieu , adieu " .
Philadelphie à New -Yorck , a été troublée par nos
troupes ; le Général - Major Maxwell , à la tête d'un
corps de troupes Continentales , avoit pris les devans
, & l'attendoit dans le nouveau Jerſey , avec la
milice commandée par les Généraux Dickinſon &
Herd . Le Général Lée partit de bonne- heure pour les
foutenir ; leur objet étoit de harceler l'ennemi & de
l'arrêter jufqu'à ce que le Général Washington pût
arriver avec le gros de l'armée ; il arriva le 27 à
Monmouth Court Houfe ; on fit les difpofitions
pour l'attaque , qui commença le lendemain par 1 500
volontaires conduits par le Général Lée , pendant
que le gros de l'armée fuivoit ; il chaffa pendant
quelque tems l'ennemi ; mais celui- ci ayant reçu des
renforts , il fut obligé de fe retirer fur le Général
Washington , dont l'armée qui avançoit fe forma
fur le premier terrain avantageux. Il y eut une canonnade
dont on n'avoit point eu d'exemple en Amérique
; pendant ce tems , de forts détachemens attaquèrent
l'ennemi à l'arme blanche , avec différens
fuccès à la vérité , mais le forcèrent enfin à fe retirer ,
& nos troupes prirent poffeffion du chaimp de bataille
couvert de morts & de bleflés . L'exceffive chaleur
qu'il faifoit ce jour - là , força les troupes à fe repofer
pour reprendre haleine ; le Général Washington commanda
à deux brigades d'avancer fur chacun de leurs
flancs , fe propofant de les fuivre ; mais la nuit furvint
avant qu'elles parvinffent à leur deſtination , &
tout mouvement ultérieur devint impraticable. On
n'avoit point affez de cavalerie ; la nôtre avoit été
tellement employée à harceler l'ennemi au fortir de
Philadelphie ,
( 217 )
Philadelphie , & fi difperfée , que cela avoit donné
une grande fupériorité en nombre aux Anglois. On
aflure que les Heffois on refufé de donner , parce qu'il
faifoit trop chaud. Tout le chemin , dans leur marche
depuis Court-Houfe , étoit jonché de morts. La
perte des Anglois eft confidérable , puifque le Général
Washington a fait enterrer 240 de leurs morts .
Pour effectuer la retraite dans les Jerfey avec plus
de sûreté , le Général Clinton a eu recours à une manoeuvie
, qui probablement a ſauvé la majeure partie
de fon armée ; ce fut de mettre fon armée en bataille
comme s'il eût eu envie d'engager le combat ;
le Général Lée n'a pas jugé à propos d'en courir les
rifques , préférant avec raifon d'attendre au lendemain
, & de harceler l'arrière garde ennemie avec
plus d'avantage. Ce jour - là le Général Clinton
ayant fait une marche forcée , avoit trop d'avance
pour qu'on pût le joindre.
La relation de cette affaire , publiée dans la Gazette
de cette ville , contenoit quelques expreffions
dont le Général Lée s'eft plaint. Comme elles le
chargoient du reproche de n'avoir ordonné qu'une
décharge, il a voulu que fa conduite für examinée par
un Confeil de guerre. Il s'eft affemblé en conféquence
, & l'a juftifié de la manière la plus honorable.
Voici comme il rend compte lui- même de cette
action : >> Appeller l'affaire du 28 une victoire complette
, feroit une gafconnade déshonorante ; dans le
fait , c'eft un échec qu'a reçu l'ennemi & qui fait honneur
aux Américains ; ils n'ont point encore eu
d'affaire qui ait auffi bien prouvé ce qu'ils font capables
de foutenir ou d'entreprendre ; une manoeuvre
rétrograde dans l'efpace d'environ 4 milles , a été
faite fans que l'on pût remarquer la moindre confufion
, excepté celle qui naiffoit & qui naîtra toujours
d'un abus monftrueux qui fera quelque jour
fatal fi on le tolère ; je parle de la liberté que prennent
les particuliers , dénués d'autorité , de donner
15 Septembre 1778.
K
( 218 )
leur avis & d'indiquer ce qu'il faut faire . La conduite
des Officiers & des foldats a été fi également bonne ,
qu'il feroit injufte de faire des diftinctions ; j'avouerai
cependant qu'il eft difficile de paffer fous filence les
éloges dûs au corps d'artillerie , en y comprenant depuis
le Général Know & le Colonel Ofwald , jufqu'aux
conducteurs même ; il n'eft pas aifé de dire
quel a été le point ou le moment décifif ; c'étoit une
bataille en parcelles : à force de combattre en quantité
de lieux différens , dans la plaine & dans les bois ,
en avançant & en reculant , on eft enfin venu à bout
de repouffer honorablement l'ennemi «<.
Yorck-Town du 12 Juillet. Nous apprenons que
les Généraux Gates & Parfon avec MM . Dowgall &
plufieurs Officiers Généraux font arrivés aux plaines
blanches le 2 de ce mois , où ils occupent le terrain
fur lequel le Général Washington & le Général Howe
ont combattu en 1776. Leurs forces confiftent en 9
régimens. Le nom du Général Gates à la tête de ces
troupes qui doivent avoir été jointes par un nombre
d'autres plus confidérables , nous rappelle la convention
de Saratoga , & nous eft un augure favorable
pour quelqu'évènement de ce genre . L'armée Angloife
dans New-Yorck , après l'exceffive fatigue
d'une marche de près de 3 femaines par une chaleur 3
où le thermomètre étoit à 92 ; après une action auffi
vive & aufli meutrière que celle du 28 Juin , doit
être réduite à l'état le plus déplorable . Depuis près
d'un an & fur-tout pendant tout l'hiver , cette
armée n'a vécu que de falaifons ; elle a traversé les
Jerfeys par une chaleur exceffive , dans des fables brûlans
, manquant de tout & buvant les plus mauvaiſes
eaux ; fon état de foibleffe ne lui permettra pas de
faire une longue défenſe , fi elle ne reçoit point de
fecours ni de provifions ; & dans ce moment il feroit
impoffible qu'aucun tranfport lui arrivât d'Angleterre.
Le Comte d'Estaing , dont on attendoit l'arrivée
depuis long-tems , a enfin paru dans nos para-
>
( 219 )
22,
ges ; on l'a vu dans les bayes de Chéfapeak & Delaware
; & on apprend que le 8 de ce mois il a
mouillé devant New-Yorck. Il doit y être joint par
12 vaiffeaux de Boſton , dont 3 de 32 canons , un de
3 de 20, un de 16 , 3 de 14 & un de 10.
Bofton du 16 Juillet. Nous attendons inceffamment
des nouvelles des opérations de la flotte
Françoife ; nous apprenons que le 11 Août elle
étoit en dehors de Shandy-Hook , & bloquoit les
6 vaiffeaux de ligne de l'Amiral Howe qui font en
dedans. Le Général Clinton eft retferré dans New-
Yorck par le Général Washington , dont l'armée eft
poftée fur les hauteurs de Kingsbridge & bien retranchée.
On fait qu'il médite une attaque fur Long-
Inland , & on préfume qu'il la conduira en perfonne.
Nous fommes à la veille de voir terminer
cette grande & longue querelle ; nous avons obtenu
des triomphes flatteurs , celui de voir nos fiers ennemis
qui nous vouloient réduire en fervitude
nous faire des propofitions de paix ; nous rechercher
après nous avoir outragés. Nous avons
eu la fatisfaction de voir le Congrès rendre aux
Commiffaires Britanniques , la réponse que leur
Souverain fit à la pétition de l'Amérique , préfentée
par le Gouverneur Penn , le Roi neferá point
de réponſe.
n
Plufieurs Indiens ont embraffé notre caufe ; employés
dans nos armées , ils fe conduiront en guerriers
braves & humains ; on peut en juger par le difcours
fuivant , adreffé par leurs chefs ou Sachems ,
aux jeunes gens qui font partis fous la conduite du
Major Toufard . Neveux , guerriers , ouvrez vos
oreilles . Vous allez vous féparer des Sachems vos
oncles ; en pareille occafion il eft d'ufage de dire
quelques mots : fouvent un jeune guerrier a befoin
de confeils , vous allez entreprendre un long voyage ;
vous allez être expofés à la fatigue & à beaucoup
de
tentations : vous trouverez beaucoup d'obferva
K 2
( 220 )
teurs , non-feulement Américains , mais parmi, quelques
guerriers principaux de notre pere le Roi de
France : gravez profondément dans votre efprit que
les guerriers ont un rôle important à foutenir ; ils
peuvent faire beaucoup de bien ou fe livrer à d'affreu
fes énormités ; ils peuvent faire du bien en écartant les
maux qui menacent la paix du pays : c'eft fous ce
point de vue qu'ils développent le caractère du hé̟-
ros , mais il faut éviter avec foin tout ce qui tient à
la vengeance perfonnelle privée ; il eft au-deffous , il
eft indigne du guerrier , d'infulter , de piller une famille
dénuée de fecours , & qui peut être innocente.
Neveux , fouvenez-vous que vous allez fervir dans
la grande armée d'Amérique ; que vous ferez préfentés
au Général Washington , guerrier en chef , ainſi
qu'à un éminent Officier de notre pere le Roi de
France , le Marquis de la Fayette , à la demande particulière
duquel vous allez joindre l'armée ; le moindre
écart de votre part , quelque léger qu'il puiffe
être , fera de la plus fâcheufe conféquence , il fera
difficile d'en laver la tache : formez-vous donc un
plan de conduite digne de la profeffion des guerriers ;
que la bonne intelligence règne toujours parmi vous ,
n'ayez tous qu'un même efprit , n'ayez qu'un feul &
même objet en vue ; que chacun de vous n'aille pas
croire qu'il eft un chef, & qu'il peut fe permettre
ces petites libertés que l'indulgence tolère auprès de
nos foyers , mais que tous & chacun obéiffent implicitement
au Major de Toufard , qui marchera à votre
tête & combattra avec vous . Défiez - vous des
liqueurs fortes , leur ufage eft le féducteur commun
des Indiens. Neveux , fi vous obfervez le bon ordre ,
fi vous êtes fobres , fi vous jouez le perfonnage qui
convient à l'homme , votre conduite fera appréciée ,
exaltée par l'armée Américaine ; le Général Washington
, guerrier en chef, la remarquera avec diftinction :
le rapport en viendra un jour aux oreilles de notre
pere le Roi de France , & nous , Sachems , nous nous
réjouirons en entendant parler de vous c .
( 221 )
Tels font les fentimens que nous cherchons à infpirer
aux Sauvages nos alliés . Nos ennemis n'ont
pas fuivi cet exemple.
On a ici des copies de la traduction d'une lettre
écrite en latin par M. de la F *** , à un de fes amis
en France ; elle est en date de Walleyforge le 13
Avril , & conçue ainfi :
:
:
Je l'avoue , mon cher ami , j'ai oublié le latin : and
les expreffions Angloiſes ſe préfentent à moi lorfque
j'en cherche de latines : cependant lorsqu'il s'agit
d'exprimer mes fentimens à mon ami chéri , je me
fens capable d'écrire quelques lignes : mais auffi je
vous prie de me paffer les fautes que je pourrai faire ,
les folécifmes , les barbarifmes & toutes les monftruofités
de langage qui fentent l'ignorance & l'ânerie.
Je n'ai pas eu le tems de cultiver les Auteurs latins :
j'ai donné mes foins à des ouvrages Anglois . J'ai la
avec attention le Spectateur & Pope : j'ai fait échange
de mon ancien travail , de mes occupations paffées
pour de nouvelles veilles. En mettant les pieds dans
le camp des Américains , j'ai laiffé là l'étude & tous
les livres dans cet oubli des Belles - Lettres , j'ai
cherché à me former dans un art cruel & barbare
je me fuis totalement abandonné aux occupations militaires
, tant je fuis poffédé du démon de la guerre .
Enfin , ayant renoncé à la douce fociété des femmes ,
je trouve mon plaifir dans les horribles voluptés de
Bellone. Mon cher ami , des mois entiers s'écoulent
fans que je reçoive de nouvelles. J'attends toujours
mes lettres dans une incertitude mêlée de crainte . Je
fouhaite que la mer engloutiffe les vaiffeaux ennemis
dans fes flots orageux. Ecrivez donc à un malheureux
exilé , faites naître la paix dans un coeur troublé ,
& adouciffez des penfées amères par des nouvelles -
agréables. J'imagine que de grands mouvemens s'élèvent
en Europe. L'Angleterre nous offre la paix :
mais , fans l'indépendance , une telle paix eft un opprobre.
Je vois la France toucher à des jours heu-
K 3
( 222 )
reux ; & dans cette brillante eſpérance , je vois d'ici
ma très-chère patrie porter les armes chez l'ennemi :
je vois enfin cette Nation .... fi fuperbe , fi injufte ,
fi enflée de fes anciennes profpérités , je la vois
dis-je , foulée aux pieds des ..... Amen . J'ai écrit
à mon épouse. Je ne puis prédire le tems de mon retour
; j'attends des nouvelles d'Europe. Adieu , mon
cher ami , aimez- moi toujours . Adieu , adieu " .
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Résumé : États-Unis de l'Amériq. Septentrionale, [titre d'après la table]
Du 4 juillet au 28 juin, les troupes américaines ont perturbé la retraite britannique de Philadelphie à New York. Le général Maxwell, soutenu par les milices des généraux Dickinson et Herd, a harcelé les Britanniques dans le New Jersey. La bataille de Monmouth Court House a commencé par une forte résistance américaine, mais les Britanniques, renforcés, ont pris l'avantage grâce à leur supériorité en cavalerie. Cette bataille a été marquée par une intense canonnade et des combats à l'arme blanche, entraînant de nombreuses pertes des deux côtés. Les Britanniques ont sécurisé leur retraite grâce à une manœuvre du général Clinton, évitant ainsi une défaite majeure. Les pertes britanniques s'élèvent à 240 morts enterrés par les Américains. Le 12 juillet, les généraux Gates et Parsons ont rejoint les plaines blanches, rappelant la victoire de Saratoga. L'armée britannique, épuisée et mal ravitaillée, est en mauvaise condition. Sur le plan naval, le comte d'Estaing est arrivé avec sa flotte devant New York, renforcée par des vaisseaux de Boston. Six vaisseaux britanniques ont été bloqués par une flotte française près de Shandy-Hook. Sur le front terrestre, le général Clinton est assiégé à New York par le général Washington. Des rumeurs évoquent une possible attaque sur Long Island dirigée par Washington. Les Américains ont rejeté des propositions de paix britanniques. Plusieurs tribus indiennes ont rejoint la cause américaine, intégrées dans les armées sous la conduite du Major Toussard. Les chefs indiens ont exhorté les jeunes guerriers à faire preuve de bravoure et d'humanité, servant sous les ordres du général Washington et du marquis de La Fayette. Une lettre en latin exprime le désir de recevoir des nouvelles de France et mentionne les mouvements politiques en Europe. L'auteur espère que la France soutiendra les Américains dans leur lutte pour l'indépendance. La lettre se termine par des adieux affectueux à un ami.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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60
p. 232-240
De BRUXELLES, le 10 Septembre.
Début :
Toutes les lettres d'Espagne ne présentent que des détails préparatifs formidables que l'on y [...]
Mots clefs :
Bruxelles, Vent, Vaisseaux, Français, Combat, Amiral, Ligne, Bataille, Roi, Lettre, Anglais, Manche, Mademoiselle Raucourt, Française
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De BRUXELLES, le 10 Septembre.
De BRUXELLES le 10 Septembre.
,
TOUTES les lettres d'Efpagne ne préfentent que
des détails des préparatifs formidables que l'on y
fait.. On écrit d'Utrera , à 4 lieues de Séville , qu'on
va y former un Camp de 20 mille hommes, & que;
tous les Grenadiers Provinciaux du Royaume ont
ordre de fe raffembler au Camp de St. - Roch , devant
Gibraltar . La Marine eft maintenant fur le pied
le plus refpectable ; les Matelots néceffaires à tant
de vaiffeaux , n'auroient pu être levés dans le
Royaume , fans interrompre le fervice du Commerce
& de la Pêche ; les Etrangers en ont fourni ;
il en eft arrivé 10,000 de Naples , dont 3000 Napolitains
, & 7000 Grecs de Lipari . Ils ont mis
en état d'en renvoyer un pareil nombre de Nationaux .
au Commerce ; dans deux ans , ils reviendront fur la
Marine du Roi , prendre la place de 10,000 autres .
Nationaux qu'on renverra pour fervir à leur tour
le Commerce . Tant de mouvements & de préparatifs
font toujours penfer qu'on a en vue des projets d'une
grande importance ; on ne tardera pas à les pénétrer ,
ce qu'on lit dans la lettre fuivante de Madrid , eft
し
( 233 )
לכ vrai. » Le Roi a fait demander à l'Ambaffadeur d'Angleterre
, raifon de l'infulte faite à fon pavillon dans
le Miffiffipi. On peut le rappeller qu'un Capitaine
Anglois fit des menaces au Gouverneur de la Nouvelle
-Orléans , pour avoir donné afyle dans ce Port
à deux Corfaires Américains , qui avoient pris 2
bâtiments Anglois dans ces parages , & que ce Capitaine
n'ayant pu intimider le Gouverneur Efpagnol
, retourna à la Jamaïque pour y demander un
renfort dans la vue de fe faire lui -même juftice . La
demarche actuelle de l'Espagne femble prouver
qu'elle foutient les Américains , comme fes alliés ,
& qu'elle ne tardera pas à faire cauſe commune avec
la France , aux termes du pacte de famille. On dit
même ici très -publiquement , que deux Députés des
Etats - Unis ont conclu fecrètement un Traité avec
cette Cour ; & qu'enfuite ils font parcis pour la Corogne
, où ils fe font embarqués de nuit , fur les
Paquebots dont on a tant parlé le mois paflé «.
On fe rappelle le bruit calomnicux qui s'étoit répandu
au fujet de Mlle . Raucourt , célèbre Actrice
Françoife , fur la foi d'une Gazette Allemande ; cette
Actrice empreffée de le détruire , écrivit de Heffe-
Caffel , où elle fe trouvoit , à M. le Baron de la
Houze , Miniftre Plenipotentiaire du Roi , près les
Princes & Etats du Cercle de la Baffe - Saxe , Réfident
à Hambourg , qui lui répondit fur- le-champ : » J'allois
partir pour aller dîner à la campagne , Mlle. ,
quand l'Eftafette que vous m'avez dépêché le 4 de
ce mois , m'a apporté ce matin à 11 h . & demie , la
lettre par laquelle vous réclamez la juftice qui vous
eft due , relativement au féjour que vous avez fait à
Hambourg. J'ai tout quitté pour vous la procurer;
je me fuis cmpreffé de recourir à M. le Syndic Schuback
, pour détruire par un Certificat ce que la plus
noire calomnie a inventé . J'adreffe au Ministre du
Roi ce Certificat que j'ai légalifé , & qui ſera ſuivi
d'un hommage rendu en votre faveur à la vérité ,
( 234 )
dans les Gazettes de Hambourg que je vous feraf
paller par le premier ordinaire. Je defire qu'il puiffe
contribuer à votre fatisfaction . Je ſuis Mile. Signé.
Le Baron de la Houze.
Le Certificat de M. Schuback eft conçu ainfi :
»Mlle Raucourt, célèbre actrice Françoile , a féjourné
quelques femaines ici au commencement de cet été
avec Mlle . de Souque , qui y avoir un procès ; &'
comme j'ai été nommé Commiffaire par le Sénat
dans ce procès , j'ai été à même de connoître Mile.
Raucourt & tout le tems quelle a été ici , elle a
mené une vie & une conduite irréprochables en tout
point ; il eft faux qu'elle ait fait une fauffe lettre de
change & ait été obligée de quitter la ville après
une punition publique. En foi de quoi , je donne le
préfent certificat «. Signé Schuback , Syndic.
M. le Baron de la Houze a donné la légalifation
fuivante à cette pièce , « Nous Mathieu de Baſquiat
Chevalier , Baron de la Houze , & Miniftré plénipotentiaire
de S. M. T. C. près les Princes & Etats du
Cercle de baffe Saxe , certifions & atteftons à tous
qu'il appartiendra , que le certificat & la fignature
ci- deffus font véritablement de M. Schuback , Syndic
de la République de Hambourg , & que foi doit y
être ajoutée tant en jugement que dehors ; en foi de
quoi avons délivré le préfent , figné de notre main ,
contrefigné par notre Secrétaire , & fcellé du cachet
de nos armes. A Hambourg ce 6 Août 1778. La
Houze. Et plus bas , Saint- Paul.
Mile Rancourt a fait faire plufieurs copies de
ces pièces , que le Miniftre du Roi à Heffe- Ċaffel , a
auffi légalifées , & qu'elle a envoyées par- tout . Nous
fouffigné , Miniftre plénipotentiaire de S. M. T. C.
auprès du Landgrave règnant de Heffe- Caffèl , certifions
que les copies ci-deffus font en tout conformes
aux originaux que nous en avons lus , & qui font
reftés aux mains de Mlle. Raucourt . Fait à Caffel ,
le 30 Avril 1778. Ce font certainement les ennemis
( 235 )
de Mlle. Raucourt qui l'ont auffi cruellement calomniée
dans les différens bulletins qui circulent dans
Paris. Le Comte de Grais «.
Les flottes Françoife & Angloife font à la veille
de fe mefurer une feconde fois ; on fait que la première
eft bien déterminée à ne laiffer à la feconde
aucun prétexte d'effayer d'en impofer à fa Nation
& à l'Europe , qui n'ont point été trompées fur l'iffue
du combat. En attendant que l'Amiral Keppel parvienne
, s'il le peut , à réparer l'échec qu'il a reçu
dans celui d'Oueffant , les Gazetiers Anglois ne ceffent
de répéter des relations de fon prétendu triomphe.
Un Officier de l'armée navale de France vient
d'adreffer une lettre à l'Amiral Anglois , à bord de
l'efcadre Françoife près d'Oueffant le 9 Août ; c'eft
une réponse à celle que la Gazette de Londres , a
imprimée fous le nom de M. Keppel , à qui perfonne
en France n'a fait l'injure de croire qu'elle fût de
lui ; cette réponſe en conféquence s'adreffe à l'Auteur
inconnu de cette lettre. Après avoir obſervé l'attention
de l'Auteur à vanter les fuccès des Généraux Anglois
en Amérique pendant qu'ils y éprouvoient des revers
continuels ; la relation du combat de la Belle
Poule , de la priſe de 2 frégates par 21 vaiffeaux
Anglois qui tenoient la mer , tandis que les François
étoient dans leurs rades ; on admire , avec raifon ,
fon entrepriſe hardie , de préfenter comme victorieufe
une flotte battue , & qui avoit pris la fuite 24
heures avant que les vainqueurs entraflent dans Breft.
" Vous dites qu'avant le 27 Juillet les François
avoient fui l'occafion de combattre & pourquoi
donc vous étiez -vous réfugiés dans la Manche , dont
ils gardoient l'entrée , où vous faviez qu'ils n'iroient
pas , où vous aviez des Ports , où ils n'en ont aucup ,
* Cette lettre imprimée avec le plan figuré des principales
évolutions des deux armées navales , fe trouve à Paris , chez
Fournier , Libraire , rue du Hurepoix .
( 236 )
où un feul coup de
auroit difperfé leur
23 au 24,
vent , tel que celui du
armée & jetté leurs vaiſſeaux à la côte Avant cette époque du 23 , vous étiez donc réduits vous-mêmes à des croiſières sûres & renfermées
, en nous abandonnant
le golfe de Gascogne & les grandes mers qui y communiquent
. L'éloignement
des François , à l'époque du coup de vent du 23 , n'eut que l'objet indifpenfable
de leur sûreté ; & c'est ce même vent forcé de nord- oueft qui les mit au large & vous fit fortir de la Manche , égale- ment pour votre sûreté , & lorfque vous faviez bien que les François ne pouvoient plus être à portée de vous en défendre la fortie. Du 24 au 27 , vous fûtes
à la vue les uns des autres ; les François s'étoient rapprochés
de vous dès qu'il l'avoient pu ; ils n'a- voient donc pas évité le combat : il ne vous le livrè- rent point , parce que vous l'évitiez vous- mêmes , & qu'ils attendoient d'être joints par le Duc de Bour gogne & l'Alexandre
, que la tempête avoit écartés : ils évitoient fi peu le combat , qu'ils ne manoeuvroient
que pour l'engager le 27 , quoique ces deux vaif- feaux n'euffent pas rejoints. Ils vous y forcèrent
lorfque les deux armées faifant la même route , nôtre revira par la contremarche
. Cette manoeuvre
, qui trompoit votre Amiral , mit bientôt l'avant-garde & le centre des François hors de mefure. Vous revi- râtes alors vent devant , & vous forçâtes de voiles pour attaquer & féparer , avec l'avantage du nombre, l'arrière-garde de vos ennemis ; alors , par leur ma noeuvre , & non par les vôrres , vous vous trouvâtes
pour la première fois à la portée de leur canon. Auffi- tôt ils revirèrent
de nouveau, vent devant , tous à la
fois ; & prolongeant
leur ligne en fens contraire. chacun de vos vailleaux fut obligé de recevoir le feu de tous les vaiffeaux François
, & réciproquement
de le leur rendre.
la
» Pendant certe promenade militaire de 30 de vos
vaiffeaux contre 27 ( M. le Comte d'Orvilliers en
( 237 )
avoit mis en réferve ) , vous aviez l'avantage du
nombre , des calibres , de l'échantillon de la force
& du rang , puifque vous aviez s vaiíleaux de 3 ponts ,
& que les François n'en avoit que 2 ; vous aviez la
fupériorité de 300 canons ; panchés par le vent , vous
aviez la facilité de vous fervir de tout votre feu quand
l'armée de France ne pouvoit pas faire ufage de fes
premières batteries : & malgré ces avantages , vous
favez que quand les deux lignes fe furent dépaffées ,
tous les vaiffeaux François furent en état de manoeuvrer
& de combattre. Vous convenez auffi que vous
aviez beaucoup fouffert; plufieurs de vos vaiffeaux
étoient démâtés & fans voiles ; vous en aviez au
moins 7 de défemparés . Les François , malgré la
grande inégalité de leurs forces , vous avoient donc
battus autant que le genre
de combat , qui venoit de
Le donner , avoit pu le leur permettre.
"Vous ne craignez pas de dire que
dans cette fituation
les François fe formèrent en bataille , & enfuite
qu'ils le refufèrent à un fecond combat. Cette contradiction
eft manifefte : fe former en bataille , c'eſt
au moins ne pas refufer le combat , c'eſt au contraire
s'y difpofer & le préfenter de nouveau. Et pourquoi
s'y feroient -ils refufés , puifque , par vos propres
aveux , ils avoient moins fouffert que vous ?
Les deux lignes s'étant dépallées & fuivant un- cours
oppofé , il falloit , de toute néceffité , que l'une des
deux , au moins , revirât de bord pour vous remettre
en préfence. Ce furent les François qui revirèrent par
la contre-marche ; ils ne craignirent point defe former
en bataille fous le vent pour avoir la poffibilité d'engager
une nouvelle action. Vous mîtes à profit cet
avantage du vent pour vous foutenir loin d'eux , &
ce n'étoit pas à l'approche de la nuit , comme vous le
dites : il vous reftoit plufieurs heures de jour , dont
on préfume que votre Amiral aurcit fait , s'il l'avoit
pu , un plus glorieux ufage. Le Général François
fous le vent ne pouvant pas vous approcher , quand
( 238 )
vous ne le vouliez point , vous provoqua en vain à
un combat qui ne dépendoit que de vous ; & lorſque
la nuit fut venue , maître du champ de bataille , allumant
fes feux pour que vous n'euffiez pas l'excufe
de l'avoir perdu de vue , ne vous difcernant plus dans
la profonde obfcurité dont vous vous étiez prudemment
enveloppés , vous vous remîtes dans la Manche
auffi promptement que le défordre de quelques - uns
de vos vailleaux traîneurs pouvoit le comporter.
» C'eft après avoir cédé le champ de bataille , après
avoir été forcés à un premier combat de ligne , quand
vous n'aviez cherché qu'une ſurpriſe d'arrière -garde
après avoir évité une feconde action , après avoir fui
toute une nuit fans fanaux vers Plymouth , & enfuite
plus avant jufqu'à Portſmouth , pour y réparer vos
vailleaux délabrés , que vous dites aux 20,000 compagnons
de cette fuite , & à l'Europe entière , que les
François n'ont pas voulu combattre ! Le Général
François refta toute la journée du 28 dans les mêmes
eaux où il avoit combattu ; il vous fit fuivre par fes
frégates , & vous étiez déja bien loin quand il profita
de la proximité de fon port pour y débarquer fes
bléffés & réparer des dommages , fuites inévitables
d'un combat. Dès le lendemain trois de fes vaiſſeaux
reparurent à l'entrée de la Manche.
» J'étois occupé , faites -vous dire à M. l'Amiral ,
de la pourfuite d'une flotte nombreuſe de vaiffeaux
de guerre François. Quoi ! dans la Manche , où ils
n'étoient pas entrés , d'où vous n'êtes fortis que par
les mêmes vents qui les avoient éloignés , & pour
éviter les mêmes dangers de la côte ? Vous ne les
avez pas pourſuivis dans la Manche : dans quel efpace
les avez-vous donc pourfuivis ? La flotte Françoife
étant toujours au vent & gagnant le large , j'employai
tous les moyens poffibles de la ferrer de
près... Cette précaution étoit devenue néceſſaire à
raifon de la manière circonfpecte avec laquelle les
François manoeuvroient. Ils fuyoient & manoeu
( 239 )
vroient ! Ils gagnoient le large , & fe trouvoient au
plus près fur Oueffant ! La vérité eft qu'ils vous ferroient
de près eux mêmes , & fur la ligne la plus
avancée dont ils vouloient vous défendre l'approche.
>
» Les François , ajoutez-vous , commencèrent à
faire feufur celui des vaiffeaux de la Divifion du
Vice - Amiral Sir Robert Harland. Les François devant
Queffant fur la ligne qu'ils ne vouloient ni ne
devoient pas dépaffer , font feu les premiers ; ils
avoient le vent & pouvoient vous éviter ; eft- ce ainfi
qu'ils vous fuyoient ? C'eft le premier vaiffeau de la di
vifion de votre Vice-Amiral qui tira fa première bordée
fur le Saint-Esprit , quand la manoeuvre preflante &
hardie du Général François , en ordonnant qu'on vi
rât ENSEMBLE Vent devant , eut déconcerté vos projets
& vous eut obligé de combattre , non pas une
arrière-garde , mais une ligne entière. Vous voudriez
bien que l'on crût que , par le premier feu , les Fran
çois ont été les aggreffeurs . Eh ! qu'importe ce premier
feu ? dès qu'ils avoient été fi bien poursuivis, fi
bien ferrés de près , vous vous étiez déclarés leurs
ennemis , & la défenfe , au moins , leur étoit permife.
Il paroit , dites vous , pour M. l'Amiral , que l'objet
des François a étéde défemparer les vaiffeaux du Roi
de leurs mâts & de leurs voiles , projet dans lequel
ILS ONT SI BIEN RÉUSSI , qu'ils ont mis plufieurs
vaiffeaux de ma flotte HORS D'ÉTAT DE ME SUIVRE
, lorfqueje virai vent arrière à l'effet de porter
vers la flotte Françoife ; je me vis donc obligé de
virer encore pour joindre les vaiffeaux , &c. Les
François avoient donc bien réuffi à défemparer plufieurs
vaiffeaux , & fi bien réuffi , que plufieurs ne
pouvoient pas vous fuivre , & c. Et qu'auriez - vous
voulu que les François euffent fait de mieux ? Ils
avoient mis une partie de votre armée hors de combat
, & obligé l'autre de manoeuvrer pour la joindre ,
c'eft à -dire , de ceffer de combattre , de refter dans
l'impoffibilité , non-feulement de nous attaquer , mais
( 240 )
même de fe défendre . Si l'aveu de votre embarras &
de votre impuiflance étoit moins clair , moins précis ,
je vous dirois que votre ligne étoit dans le plus grand
défordre ; que plufieurs de vos vaiffeaux étoient démâtés
; quelques-uns fans voiles & fans vergues ;
qu'un de ceux à trois ponts , qui porroit pavil
bleu à fa milaine , étoit démâté de fon grand mât .
qu'un autre des vôtres fit ridiculement feu de fes deux
bords hors de toute portée ; que votre vaiſſeau Amiral
, après avoir effuyé la bordée de la Bretagne & de
la Ville de Paris , arriva tast qu'il le put , & ceifa
tout fon feu ; que celui des François fut fi prompt &
fi terrible , que la Bretagne feule , en longeant votre
ligne , tira 1400 coups de canon ; que la Ville de
Paris , dérivant par défaut de conftruction , affaillie
de basbord & de ftribord par votre Amiral de 100
canons , & le Formidable de 90 , les combattit tous
deux à la fois , & les força de fe retirer ; qu'enfin , en
terminant le premier combat , nous avions fi bien
réuffi à vous défemparer , que d'après votre propre
conviction , & dans peu de momens , notre victoire
auroit été complette fi notre pofition nous avoit permis
de regagner le vent... Vous avouez que les
François , vers le déclin du jour , eurent le tems de
rallier leurflotte & de la former en ligne de bataille
fous le vent de la vôtre ; ils pouvoient donc ce que
vous ne pouviez plus , former une ligne de tous leurs
vaiffeaux ; donc aucun d'eux n'étoit défemparé : s'ils
fe mirent en bataille , ils vous offrirent le combat ,
que vous n'acceptâtes point , quoiqu'ayant le vent ,
vous fuffiez libre de l'accepter. Ils ofèrent vous défier
fous le vent ; mais comment auroient- ils pu vous
rejoindre , quand vous aviez reviré pour joindre en
arrière vos vaiffeaux défemparés ? Ce fut l'avantage
du vent & non le déclin , fuppofé , du jour qui , pendant
plufieurs heures , vous fit éviter une feconde action
, que vous n'étiez plus en état de foutenir.
La fuite à l'ordinaire prochain.
,
TOUTES les lettres d'Efpagne ne préfentent que
des détails des préparatifs formidables que l'on y
fait.. On écrit d'Utrera , à 4 lieues de Séville , qu'on
va y former un Camp de 20 mille hommes, & que;
tous les Grenadiers Provinciaux du Royaume ont
ordre de fe raffembler au Camp de St. - Roch , devant
Gibraltar . La Marine eft maintenant fur le pied
le plus refpectable ; les Matelots néceffaires à tant
de vaiffeaux , n'auroient pu être levés dans le
Royaume , fans interrompre le fervice du Commerce
& de la Pêche ; les Etrangers en ont fourni ;
il en eft arrivé 10,000 de Naples , dont 3000 Napolitains
, & 7000 Grecs de Lipari . Ils ont mis
en état d'en renvoyer un pareil nombre de Nationaux .
au Commerce ; dans deux ans , ils reviendront fur la
Marine du Roi , prendre la place de 10,000 autres .
Nationaux qu'on renverra pour fervir à leur tour
le Commerce . Tant de mouvements & de préparatifs
font toujours penfer qu'on a en vue des projets d'une
grande importance ; on ne tardera pas à les pénétrer ,
ce qu'on lit dans la lettre fuivante de Madrid , eft
し
( 233 )
לכ vrai. » Le Roi a fait demander à l'Ambaffadeur d'Angleterre
, raifon de l'infulte faite à fon pavillon dans
le Miffiffipi. On peut le rappeller qu'un Capitaine
Anglois fit des menaces au Gouverneur de la Nouvelle
-Orléans , pour avoir donné afyle dans ce Port
à deux Corfaires Américains , qui avoient pris 2
bâtiments Anglois dans ces parages , & que ce Capitaine
n'ayant pu intimider le Gouverneur Efpagnol
, retourna à la Jamaïque pour y demander un
renfort dans la vue de fe faire lui -même juftice . La
demarche actuelle de l'Espagne femble prouver
qu'elle foutient les Américains , comme fes alliés ,
& qu'elle ne tardera pas à faire cauſe commune avec
la France , aux termes du pacte de famille. On dit
même ici très -publiquement , que deux Députés des
Etats - Unis ont conclu fecrètement un Traité avec
cette Cour ; & qu'enfuite ils font parcis pour la Corogne
, où ils fe font embarqués de nuit , fur les
Paquebots dont on a tant parlé le mois paflé «.
On fe rappelle le bruit calomnicux qui s'étoit répandu
au fujet de Mlle . Raucourt , célèbre Actrice
Françoife , fur la foi d'une Gazette Allemande ; cette
Actrice empreffée de le détruire , écrivit de Heffe-
Caffel , où elle fe trouvoit , à M. le Baron de la
Houze , Miniftre Plenipotentiaire du Roi , près les
Princes & Etats du Cercle de la Baffe - Saxe , Réfident
à Hambourg , qui lui répondit fur- le-champ : » J'allois
partir pour aller dîner à la campagne , Mlle. ,
quand l'Eftafette que vous m'avez dépêché le 4 de
ce mois , m'a apporté ce matin à 11 h . & demie , la
lettre par laquelle vous réclamez la juftice qui vous
eft due , relativement au féjour que vous avez fait à
Hambourg. J'ai tout quitté pour vous la procurer;
je me fuis cmpreffé de recourir à M. le Syndic Schuback
, pour détruire par un Certificat ce que la plus
noire calomnie a inventé . J'adreffe au Ministre du
Roi ce Certificat que j'ai légalifé , & qui ſera ſuivi
d'un hommage rendu en votre faveur à la vérité ,
( 234 )
dans les Gazettes de Hambourg que je vous feraf
paller par le premier ordinaire. Je defire qu'il puiffe
contribuer à votre fatisfaction . Je ſuis Mile. Signé.
Le Baron de la Houze.
Le Certificat de M. Schuback eft conçu ainfi :
»Mlle Raucourt, célèbre actrice Françoile , a féjourné
quelques femaines ici au commencement de cet été
avec Mlle . de Souque , qui y avoir un procès ; &'
comme j'ai été nommé Commiffaire par le Sénat
dans ce procès , j'ai été à même de connoître Mile.
Raucourt & tout le tems quelle a été ici , elle a
mené une vie & une conduite irréprochables en tout
point ; il eft faux qu'elle ait fait une fauffe lettre de
change & ait été obligée de quitter la ville après
une punition publique. En foi de quoi , je donne le
préfent certificat «. Signé Schuback , Syndic.
M. le Baron de la Houze a donné la légalifation
fuivante à cette pièce , « Nous Mathieu de Baſquiat
Chevalier , Baron de la Houze , & Miniftré plénipotentiaire
de S. M. T. C. près les Princes & Etats du
Cercle de baffe Saxe , certifions & atteftons à tous
qu'il appartiendra , que le certificat & la fignature
ci- deffus font véritablement de M. Schuback , Syndic
de la République de Hambourg , & que foi doit y
être ajoutée tant en jugement que dehors ; en foi de
quoi avons délivré le préfent , figné de notre main ,
contrefigné par notre Secrétaire , & fcellé du cachet
de nos armes. A Hambourg ce 6 Août 1778. La
Houze. Et plus bas , Saint- Paul.
Mile Rancourt a fait faire plufieurs copies de
ces pièces , que le Miniftre du Roi à Heffe- Ċaffel , a
auffi légalifées , & qu'elle a envoyées par- tout . Nous
fouffigné , Miniftre plénipotentiaire de S. M. T. C.
auprès du Landgrave règnant de Heffe- Caffèl , certifions
que les copies ci-deffus font en tout conformes
aux originaux que nous en avons lus , & qui font
reftés aux mains de Mlle. Raucourt . Fait à Caffel ,
le 30 Avril 1778. Ce font certainement les ennemis
( 235 )
de Mlle. Raucourt qui l'ont auffi cruellement calomniée
dans les différens bulletins qui circulent dans
Paris. Le Comte de Grais «.
Les flottes Françoife & Angloife font à la veille
de fe mefurer une feconde fois ; on fait que la première
eft bien déterminée à ne laiffer à la feconde
aucun prétexte d'effayer d'en impofer à fa Nation
& à l'Europe , qui n'ont point été trompées fur l'iffue
du combat. En attendant que l'Amiral Keppel parvienne
, s'il le peut , à réparer l'échec qu'il a reçu
dans celui d'Oueffant , les Gazetiers Anglois ne ceffent
de répéter des relations de fon prétendu triomphe.
Un Officier de l'armée navale de France vient
d'adreffer une lettre à l'Amiral Anglois , à bord de
l'efcadre Françoife près d'Oueffant le 9 Août ; c'eft
une réponse à celle que la Gazette de Londres , a
imprimée fous le nom de M. Keppel , à qui perfonne
en France n'a fait l'injure de croire qu'elle fût de
lui ; cette réponſe en conféquence s'adreffe à l'Auteur
inconnu de cette lettre. Après avoir obſervé l'attention
de l'Auteur à vanter les fuccès des Généraux Anglois
en Amérique pendant qu'ils y éprouvoient des revers
continuels ; la relation du combat de la Belle
Poule , de la priſe de 2 frégates par 21 vaiffeaux
Anglois qui tenoient la mer , tandis que les François
étoient dans leurs rades ; on admire , avec raifon ,
fon entrepriſe hardie , de préfenter comme victorieufe
une flotte battue , & qui avoit pris la fuite 24
heures avant que les vainqueurs entraflent dans Breft.
" Vous dites qu'avant le 27 Juillet les François
avoient fui l'occafion de combattre & pourquoi
donc vous étiez -vous réfugiés dans la Manche , dont
ils gardoient l'entrée , où vous faviez qu'ils n'iroient
pas , où vous aviez des Ports , où ils n'en ont aucup ,
* Cette lettre imprimée avec le plan figuré des principales
évolutions des deux armées navales , fe trouve à Paris , chez
Fournier , Libraire , rue du Hurepoix .
( 236 )
où un feul coup de
auroit difperfé leur
23 au 24,
vent , tel que celui du
armée & jetté leurs vaiſſeaux à la côte Avant cette époque du 23 , vous étiez donc réduits vous-mêmes à des croiſières sûres & renfermées
, en nous abandonnant
le golfe de Gascogne & les grandes mers qui y communiquent
. L'éloignement
des François , à l'époque du coup de vent du 23 , n'eut que l'objet indifpenfable
de leur sûreté ; & c'est ce même vent forcé de nord- oueft qui les mit au large & vous fit fortir de la Manche , égale- ment pour votre sûreté , & lorfque vous faviez bien que les François ne pouvoient plus être à portée de vous en défendre la fortie. Du 24 au 27 , vous fûtes
à la vue les uns des autres ; les François s'étoient rapprochés
de vous dès qu'il l'avoient pu ; ils n'a- voient donc pas évité le combat : il ne vous le livrè- rent point , parce que vous l'évitiez vous- mêmes , & qu'ils attendoient d'être joints par le Duc de Bour gogne & l'Alexandre
, que la tempête avoit écartés : ils évitoient fi peu le combat , qu'ils ne manoeuvroient
que pour l'engager le 27 , quoique ces deux vaif- feaux n'euffent pas rejoints. Ils vous y forcèrent
lorfque les deux armées faifant la même route , nôtre revira par la contremarche
. Cette manoeuvre
, qui trompoit votre Amiral , mit bientôt l'avant-garde & le centre des François hors de mefure. Vous revi- râtes alors vent devant , & vous forçâtes de voiles pour attaquer & féparer , avec l'avantage du nombre, l'arrière-garde de vos ennemis ; alors , par leur ma noeuvre , & non par les vôrres , vous vous trouvâtes
pour la première fois à la portée de leur canon. Auffi- tôt ils revirèrent
de nouveau, vent devant , tous à la
fois ; & prolongeant
leur ligne en fens contraire. chacun de vos vailleaux fut obligé de recevoir le feu de tous les vaiffeaux François
, & réciproquement
de le leur rendre.
la
» Pendant certe promenade militaire de 30 de vos
vaiffeaux contre 27 ( M. le Comte d'Orvilliers en
( 237 )
avoit mis en réferve ) , vous aviez l'avantage du
nombre , des calibres , de l'échantillon de la force
& du rang , puifque vous aviez s vaiíleaux de 3 ponts ,
& que les François n'en avoit que 2 ; vous aviez la
fupériorité de 300 canons ; panchés par le vent , vous
aviez la facilité de vous fervir de tout votre feu quand
l'armée de France ne pouvoit pas faire ufage de fes
premières batteries : & malgré ces avantages , vous
favez que quand les deux lignes fe furent dépaffées ,
tous les vaiffeaux François furent en état de manoeuvrer
& de combattre. Vous convenez auffi que vous
aviez beaucoup fouffert; plufieurs de vos vaiffeaux
étoient démâtés & fans voiles ; vous en aviez au
moins 7 de défemparés . Les François , malgré la
grande inégalité de leurs forces , vous avoient donc
battus autant que le genre
de combat , qui venoit de
Le donner , avoit pu le leur permettre.
"Vous ne craignez pas de dire que
dans cette fituation
les François fe formèrent en bataille , & enfuite
qu'ils le refufèrent à un fecond combat. Cette contradiction
eft manifefte : fe former en bataille , c'eſt
au moins ne pas refufer le combat , c'eſt au contraire
s'y difpofer & le préfenter de nouveau. Et pourquoi
s'y feroient -ils refufés , puifque , par vos propres
aveux , ils avoient moins fouffert que vous ?
Les deux lignes s'étant dépallées & fuivant un- cours
oppofé , il falloit , de toute néceffité , que l'une des
deux , au moins , revirât de bord pour vous remettre
en préfence. Ce furent les François qui revirèrent par
la contre-marche ; ils ne craignirent point defe former
en bataille fous le vent pour avoir la poffibilité d'engager
une nouvelle action. Vous mîtes à profit cet
avantage du vent pour vous foutenir loin d'eux , &
ce n'étoit pas à l'approche de la nuit , comme vous le
dites : il vous reftoit plufieurs heures de jour , dont
on préfume que votre Amiral aurcit fait , s'il l'avoit
pu , un plus glorieux ufage. Le Général François
fous le vent ne pouvant pas vous approcher , quand
( 238 )
vous ne le vouliez point , vous provoqua en vain à
un combat qui ne dépendoit que de vous ; & lorſque
la nuit fut venue , maître du champ de bataille , allumant
fes feux pour que vous n'euffiez pas l'excufe
de l'avoir perdu de vue , ne vous difcernant plus dans
la profonde obfcurité dont vous vous étiez prudemment
enveloppés , vous vous remîtes dans la Manche
auffi promptement que le défordre de quelques - uns
de vos vailleaux traîneurs pouvoit le comporter.
» C'eft après avoir cédé le champ de bataille , après
avoir été forcés à un premier combat de ligne , quand
vous n'aviez cherché qu'une ſurpriſe d'arrière -garde
après avoir évité une feconde action , après avoir fui
toute une nuit fans fanaux vers Plymouth , & enfuite
plus avant jufqu'à Portſmouth , pour y réparer vos
vailleaux délabrés , que vous dites aux 20,000 compagnons
de cette fuite , & à l'Europe entière , que les
François n'ont pas voulu combattre ! Le Général
François refta toute la journée du 28 dans les mêmes
eaux où il avoit combattu ; il vous fit fuivre par fes
frégates , & vous étiez déja bien loin quand il profita
de la proximité de fon port pour y débarquer fes
bléffés & réparer des dommages , fuites inévitables
d'un combat. Dès le lendemain trois de fes vaiſſeaux
reparurent à l'entrée de la Manche.
» J'étois occupé , faites -vous dire à M. l'Amiral ,
de la pourfuite d'une flotte nombreuſe de vaiffeaux
de guerre François. Quoi ! dans la Manche , où ils
n'étoient pas entrés , d'où vous n'êtes fortis que par
les mêmes vents qui les avoient éloignés , & pour
éviter les mêmes dangers de la côte ? Vous ne les
avez pas pourſuivis dans la Manche : dans quel efpace
les avez-vous donc pourfuivis ? La flotte Françoife
étant toujours au vent & gagnant le large , j'employai
tous les moyens poffibles de la ferrer de
près... Cette précaution étoit devenue néceſſaire à
raifon de la manière circonfpecte avec laquelle les
François manoeuvroient. Ils fuyoient & manoeu
( 239 )
vroient ! Ils gagnoient le large , & fe trouvoient au
plus près fur Oueffant ! La vérité eft qu'ils vous ferroient
de près eux mêmes , & fur la ligne la plus
avancée dont ils vouloient vous défendre l'approche.
>
» Les François , ajoutez-vous , commencèrent à
faire feufur celui des vaiffeaux de la Divifion du
Vice - Amiral Sir Robert Harland. Les François devant
Queffant fur la ligne qu'ils ne vouloient ni ne
devoient pas dépaffer , font feu les premiers ; ils
avoient le vent & pouvoient vous éviter ; eft- ce ainfi
qu'ils vous fuyoient ? C'eft le premier vaiffeau de la di
vifion de votre Vice-Amiral qui tira fa première bordée
fur le Saint-Esprit , quand la manoeuvre preflante &
hardie du Général François , en ordonnant qu'on vi
rât ENSEMBLE Vent devant , eut déconcerté vos projets
& vous eut obligé de combattre , non pas une
arrière-garde , mais une ligne entière. Vous voudriez
bien que l'on crût que , par le premier feu , les Fran
çois ont été les aggreffeurs . Eh ! qu'importe ce premier
feu ? dès qu'ils avoient été fi bien poursuivis, fi
bien ferrés de près , vous vous étiez déclarés leurs
ennemis , & la défenfe , au moins , leur étoit permife.
Il paroit , dites vous , pour M. l'Amiral , que l'objet
des François a étéde défemparer les vaiffeaux du Roi
de leurs mâts & de leurs voiles , projet dans lequel
ILS ONT SI BIEN RÉUSSI , qu'ils ont mis plufieurs
vaiffeaux de ma flotte HORS D'ÉTAT DE ME SUIVRE
, lorfqueje virai vent arrière à l'effet de porter
vers la flotte Françoife ; je me vis donc obligé de
virer encore pour joindre les vaiffeaux , &c. Les
François avoient donc bien réuffi à défemparer plufieurs
vaiffeaux , & fi bien réuffi , que plufieurs ne
pouvoient pas vous fuivre , & c. Et qu'auriez - vous
voulu que les François euffent fait de mieux ? Ils
avoient mis une partie de votre armée hors de combat
, & obligé l'autre de manoeuvrer pour la joindre ,
c'eft à -dire , de ceffer de combattre , de refter dans
l'impoffibilité , non-feulement de nous attaquer , mais
( 240 )
même de fe défendre . Si l'aveu de votre embarras &
de votre impuiflance étoit moins clair , moins précis ,
je vous dirois que votre ligne étoit dans le plus grand
défordre ; que plufieurs de vos vaiffeaux étoient démâtés
; quelques-uns fans voiles & fans vergues ;
qu'un de ceux à trois ponts , qui porroit pavil
bleu à fa milaine , étoit démâté de fon grand mât .
qu'un autre des vôtres fit ridiculement feu de fes deux
bords hors de toute portée ; que votre vaiſſeau Amiral
, après avoir effuyé la bordée de la Bretagne & de
la Ville de Paris , arriva tast qu'il le put , & ceifa
tout fon feu ; que celui des François fut fi prompt &
fi terrible , que la Bretagne feule , en longeant votre
ligne , tira 1400 coups de canon ; que la Ville de
Paris , dérivant par défaut de conftruction , affaillie
de basbord & de ftribord par votre Amiral de 100
canons , & le Formidable de 90 , les combattit tous
deux à la fois , & les força de fe retirer ; qu'enfin , en
terminant le premier combat , nous avions fi bien
réuffi à vous défemparer , que d'après votre propre
conviction , & dans peu de momens , notre victoire
auroit été complette fi notre pofition nous avoit permis
de regagner le vent... Vous avouez que les
François , vers le déclin du jour , eurent le tems de
rallier leurflotte & de la former en ligne de bataille
fous le vent de la vôtre ; ils pouvoient donc ce que
vous ne pouviez plus , former une ligne de tous leurs
vaiffeaux ; donc aucun d'eux n'étoit défemparé : s'ils
fe mirent en bataille , ils vous offrirent le combat ,
que vous n'acceptâtes point , quoiqu'ayant le vent ,
vous fuffiez libre de l'accepter. Ils ofèrent vous défier
fous le vent ; mais comment auroient- ils pu vous
rejoindre , quand vous aviez reviré pour joindre en
arrière vos vaiffeaux défemparés ? Ce fut l'avantage
du vent & non le déclin , fuppofé , du jour qui , pendant
plufieurs heures , vous fit éviter une feconde action
, que vous n'étiez plus en état de foutenir.
La fuite à l'ordinaire prochain.
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Résumé : De BRUXELLES, le 10 Septembre.
Le document du 10 septembre détaille les préparatifs militaires en Espagne, notamment la création d'un camp de 20 000 hommes près de Séville et le regroupement des grenadiers provinciaux. La marine espagnole est renforcée par des matelots étrangers, permettant aux marins nationaux de se consacrer au commerce et à la pêche. Ces actions laissent présager des projets significatifs, possiblement une alliance avec la France contre l'Angleterre. L'Espagne a également protesté auprès de l'ambassadeur anglais après une insulte faite à son pavillon sur le Mississippi. Des rumeurs parlent d'un traité secret entre l'Espagne et les États-Unis. Le texte défend également Mlle Raucourt, une actrice française, contre des calomnies publiées dans une gazette allemande, confirmant son innocence grâce à des certificats et légalisations. En réponse à une lettre de la Gazette de Londres attribuée à tort à M. Keppel, le document critique le parti pris en faveur des généraux anglais en Amérique malgré leurs revers. Il mentionne la bataille de la Belle Poule et la prise de deux frégates françaises par 21 vaisseaux anglais. La réponse conteste les accusations de fuite des Français avant le 27 juillet, expliquant que leurs mouvements étaient dictés par des considérations de sécurité face à des conditions météorologiques défavorables. Entre le 24 et le 27 juillet, les deux flottes étaient en vue l'une de l'autre, mais les Français attendaient des renforts avant d'engager le combat. Lors de l'affrontement naval, les Anglais bénéficiaient d'un avantage numérique en vaisseaux et en canons. Les Français ont maintenu leur capacité de manœuvre et de combat. Les Anglais accusent les Français d'avoir refusé un second combat, ce que la réponse réfute en soulignant que se former en bataille signifie se préparer au combat. Après la bataille, les Anglais se sont éloignés pour réparer leurs vaisseaux endommagés. Les Français accusent les Britanniques de ne pas avoir voulu combattre, soulignant leur supériorité du vent et leur prudence. Les Français ont réussi à désemparer plusieurs vaisseaux britanniques, évitant ainsi une seconde confrontation.
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Je suis un jeu cruel, affreux & sanguinaire, [...]
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Bataille