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Détail
Liste
9501
p. 198-199
DE LA HAYE, le 24 Mars.
Début :
On travaille actuellement à mettre en exécution le Plan pour la réduction des troupes de [...]
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texteReconnaissance textuelle : DE LA HAYE, le 24 Mars.
DE LA HAYE, le 24 Mars.
On travaille actuellement à mettre en exécution
le Plan pour la réduction des troupes de
cette République Les troupes que l'on incorpore
consistent en dix-sept mille hommes d'Infanterie
tant Nationale qu'Allemande; deux mille quatre
cens d'Infanterie Ecossoise; deux mille cent six
hommes de Cavalerie, & neuf cens trente-six
Dragons. Après la réforme, il restera vingt-cinqu
Régimens d'Infanterie, soit Nationale, soit Alle-
mande; trois Régimens d'Infanterie Ecossoise; un
Régiment d'Infanterie Wallone; six Régimens de
Cavalerie, & deux Régimens de Dragons. Dans
ce nombre ne sont point comptis le Régiment des
Gardes à pied, celui des Gardes à cheval, & ce-
lui des Gardes Dragons. Chaque Régiment d'In-
199
MAI.
1752.
santerie sera de deux Bataillons, & le seul Régi-
ment Wallon en aura trois. Il y aura une Com-
pagnie de Grenadiers & six de Fusiliers dans cha-
que Bataillon. Les Régimens de Cavalerie & de
Dragons seront composés chacun de quatre Esca-
drons. Dans l'Infanterie, les Compagnies seront
commandées par un Capitaine, un Lieutenant &
un Sous Lieutenant. Celles de Grenadiers auront
de plus un Capitaine en second. A la tête des
Compagnies de Cavalerie, il y aura un Capitaine,
un Lieutenant & un Sous-Lieutenant. Les Com-
pagnies de Dragons n'auront point de Sous-Lieu-
tenans, & suront un Cornette. Par l'incorporation
trente: quatre Colonels, vingt-huit Lieutenans-
Colonels, deux Majors, cinquante- neuf Capitai-
nes de Grenadiers, & deur cens vingt quatre au-
tres Capitaines, tant d'Infanterie que de Cavalerie
& de Dragons, se trouvent sans commandement.
Les Colonels, les Lieutenans-Colonels & les Ma-
jors, conserveront leurs appointemens, & seront
remis en pied, à mesure que l'occasion s'en pré-
fentera. Moyennant les pensions accordées aux
Capitaines, ils seront obligés de servir à la suite
des Régimens, dans lesquels les leuis seront in-
corporés. Selon leur rang d'ancienneté, on leur
rendra des Compagnies, lorsqu'elles vacqueront.
On exigera des Capitaines de Cavalerie & de
Dragons réformés, qu'ils gardent chacun deux-
chevaux. Le Gouvernement par la présente rétor-
me diminuera ses dépenses de plus de quinze cens
mille florins.
On travaille actuellement à mettre en exécution
le Plan pour la réduction des troupes de
cette République Les troupes que l'on incorpore
consistent en dix-sept mille hommes d'Infanterie
tant Nationale qu'Allemande; deux mille quatre
cens d'Infanterie Ecossoise; deux mille cent six
hommes de Cavalerie, & neuf cens trente-six
Dragons. Après la réforme, il restera vingt-cinqu
Régimens d'Infanterie, soit Nationale, soit Alle-
mande; trois Régimens d'Infanterie Ecossoise; un
Régiment d'Infanterie Wallone; six Régimens de
Cavalerie, & deux Régimens de Dragons. Dans
ce nombre ne sont point comptis le Régiment des
Gardes à pied, celui des Gardes à cheval, & ce-
lui des Gardes Dragons. Chaque Régiment d'In-
199
MAI.
1752.
santerie sera de deux Bataillons, & le seul Régi-
ment Wallon en aura trois. Il y aura une Com-
pagnie de Grenadiers & six de Fusiliers dans cha-
que Bataillon. Les Régimens de Cavalerie & de
Dragons seront composés chacun de quatre Esca-
drons. Dans l'Infanterie, les Compagnies seront
commandées par un Capitaine, un Lieutenant &
un Sous Lieutenant. Celles de Grenadiers auront
de plus un Capitaine en second. A la tête des
Compagnies de Cavalerie, il y aura un Capitaine,
un Lieutenant & un Sous-Lieutenant. Les Com-
pagnies de Dragons n'auront point de Sous-Lieu-
tenans, & suront un Cornette. Par l'incorporation
trente: quatre Colonels, vingt-huit Lieutenans-
Colonels, deux Majors, cinquante- neuf Capitai-
nes de Grenadiers, & deur cens vingt quatre au-
tres Capitaines, tant d'Infanterie que de Cavalerie
& de Dragons, se trouvent sans commandement.
Les Colonels, les Lieutenans-Colonels & les Ma-
jors, conserveront leurs appointemens, & seront
remis en pied, à mesure que l'occasion s'en pré-
fentera. Moyennant les pensions accordées aux
Capitaines, ils seront obligés de servir à la suite
des Régimens, dans lesquels les leuis seront in-
corporés. Selon leur rang d'ancienneté, on leur
rendra des Compagnies, lorsqu'elles vacqueront.
On exigera des Capitaines de Cavalerie & de
Dragons réformés, qu'ils gardent chacun deux-
chevaux. Le Gouvernement par la présente rétor-
me diminuera ses dépenses de plus de quinze cens
mille florins.
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9502
p. 200-208
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Début :
Le Roi partit le 16 Mars dernier pour le Château de Choisy, d'où Sa Majesté revint le 18. [...]
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Le Roi partit le 16 Mars dernier pour le Château
de Choisy, d'où Sa Majesté revint le 18.
Le dix-neuf, Dimanche de la Passion, Leurs
Majestés accompagnées de Monseigneur le Dau-
phin, & de Mesdames de France, assisterent au
Sermon du Pere Dumas, & ensuite aux Vêpres
& au Salut.
Le 17 & le 22, la Reine entendit le Sermon
du même Prédicateur.
Le 19, le Roi tint »onseil d'Etat.
Le 21, après avoir couru le Cerf dans les Bois
de Verriere, Sa Majesté se rendit au Château de
Bellevue. Monseigneur le Dauphin a été indisposé
pendant quelques jours d'un rhume.
Le 20 au matin, Mesdames de France allerent
se promener au Chateau de Maisons.
Le Roi a nommé Commandeur de l'Ordre
Royal & Militaire de Saint Louis, le Comte de
Sparre, Maréchal des Camps & Armées de Sa
Majesté, & Colonel du Régiment Royal-Sue-
dois.
Les Chanoines Réguliers de l'Abbaye de Sainte
Geneviève célébrerent le 23 un Service solemnel
pour le Repos de l'ame du feu Duc d'Orleans.
Le Chœur de leur Eglise étoit tendu de noir de-
puis la naissance des voûtes jusqu'en bas. Il y avoit
de chaque côté deux Litres de velours, chargés
d'Ecussons aux Armes du Prince. Douze autres
d by Goog
MAI.
1752.
201
grands Ecussons aux mêmes Armes coupoient de
distance en distance le cours de la Tenture. Au-
dessus du Catafalque étoit un Dais, orné aussi
d'Ecussons, & garni de franges d'argent. Des
Guirlandes en festons soutenoient les Rideaux
qui partoient des quatre coins du Dais. La répré-
sentation, élevée sur un triple Gradin, étoit cou-
verte d'un Drap mortuaire, galonné d'argent, &
bordé d'hermine. On avoit placé sur des Coussins
la Couronne & les marques des Ordres du Saint-
Esprit & de la Toison d'Or. Cent Cierges, chacun
de deux livres, entouroieur la Représentation. Il
y en avoit trente-six, de quatre livres chacun
sur l'Autel, & un cordon de lumiere, formé pat
un grand nombre de Bougies, regnoit le long du
Couronnement des Stalles. La Nef, les Chapelles
& les Tribunes, ainsi que le Chœur étoient entie-
rement tendus de noir.
Le même jour, les Billets de la Seconde Lotte-
rie Royale étoient à six cens trente six livres. Ceux
de la Premiere, & les Actions de la Compagnie
des Indes, n'avoient point de prix sixe.
Le Catafalque, élevé dans l'Eglise de l'Abbaye
Royale de Saint Denis pour la cérémonie des
Obseques de Madame Henriette, étoit d'un plan
quarré long, autour duquel régnoient quatre de-
grés avec des Pied d'Estaux placés aux angles. Sur
l'Estrade étoit un Socle, qui supportoit un Tom-
beau de Porphire. Les Degrés, les Pied d'Estaux
& l'Estrade, étoient de différens marbres On
voyoit aux quatre coins du Tombeau quatre Fi-
gures de Rond de Bosse, représentant la Religion,
la Piété, la Vertu & la Prudence. En face de ces
Figures, sur les Pied-d'Estaux, s'elevoient à une
très prande hauteur des Faisceaus de Lis en ar-
gent, dont chaque fleur portoit une lumiere. Les
armoiries & le Chiffre de la Princesse étoient
I
oog
202 MERCUREDE FRANCE.
groupés devant & derriere ces Faisceaux dans des
Cartouches d'or. Deux groupes d'Enfans, en
bronze antique, qui éteignoient leurs flambeaux,
étoient placés sur les flancs de l'Estrade à la hau-
teur des Degrés. Au-dessus du Catafalque étoit
suspendu un Pavillon, dont les rideaux étoient re-
levés. Tous les fonds du Pavillon & des Rideaux
étoient blancs, avec divers ornemens d'hermine,
& avec des Armoiries & des Chiffres en argent.
Un Ordre d'Architecture, dont les Chapi-
teaux, les Corniches & les Bosses, étoient de
bronze antique, & dont les Pilastres ainsi que
les Corps étoient feints en marbre, formoient
la décoration interieure du Chœur de l'Eglise.
Le fond général & dominant de cette décora-
tion, de même que celui du Pavillon qui cou-
vroit le Catafalque, étoit en blanc. Des Fleurs
de Lis d'or étoient semées le long des Rideaux.
Les Bordés & les Retroussés étoient d'hermine.
Dans la frise de la corniche, & au bas de l'Ordre
d'Architecture, regnoient des Litres de Sarin
blanc, chargés de larmes & de Feurs de Lis. On
avoit disposé alternativement les Armes & le Chif-
fre de la Princesse. Plusicurs girandoles, portant
des lumieres, & placées avec symétrie, ajoutoient
une nouvelle clarté à celle qui partoit du Catafal-
que. Les différens blancs, qui faisoient le fond de
cette décoration, ne nuisoient point à l'effet des
métaux dont étoient composés ses ornemens acces-
soires, non plus qu'au brillant de la grande quan-
tité de lumières dont elle étoit éclairée.
Le 23 Mars, veille du jour fixé pour la céré-
monie des Obseques, les Vêpres & les Vigiles des
Morts furent chantées par les Religieux de l'Ab-
baye, & l'Evêque de Meanx, Premier dumô-
nier de la Princesse, y officia. Monfeigneur le
Dauphin, & Mesdames, Victoire, Sophie & Loui.
203
MAI.
1752.
se, se rendirent le 24 à Saint-Denis, ainsi que le
Duc d'Orléans & le Prince de Condé, qui de-
voient mener Madame Sophie & Madame Louise
à l'Offrande. Lorsque les séances furent prises,
l'Evêque de Meaux célebra pontificalement la
Messe, étant assisté des Evêques de Séez & de
Dijon. A l'Offertoire, & après les saluts ordi-
naires, faits par le Marquis de Brezé, Grand-
Maître, & par M. Desgranges, Maître des Cé-
rémonies, Mesdames de Ftance allerent à l'Of-
ftande. Madame Victoire y fut menée par Mon-
seigneur le Dauphin, la queve de la Mante de la
Princesse étant portée par le Prince de Tingry, le
Comte de Choiseuil Meuse & le Coite de Bauffre-
mont. Madame Sophie, dont la queve de la Man-
te étoit portée par le Marquis de Sennecterre,
le Marquis de Gontaut, & le Comte de Dursoit,
fut menée par le Duc d'Otléans. Madame Loui-
se, fut menée par le Prince de Condé, & la queue
de la Mante de la Princesse fut portée par le Comte
de Thomond, le Marquis d'Armentieres & le-
Marquis de Brancas.
Après cette cérémonie, l'Evêque de Troyes pro-
nonça l'Oraison funèbre. Il prit pour Texte ces pa-
roles duPs. 101. Dies mei sicut umbra declinaverunt
& ego sicut foenum arui, tu autem Domine, in
aternum permanes. Mes jours ont disparu comme l'on-
bre, & j'ai seché comme l'herbe; mais vous Seigneur
vous demeurez éternellement. A la fin de sou Fxor-
de, le Prélat annonça ainsi le plan & la division
générale de son Discours. » Jours brillans, que
„ l'assemblage des qualités les plus aimables ren-
»» doit si précieux devant les hommes. Ils ont
xx passé comme une ombre, & telle est la juste
» matiere de nos regrete, Dies mei sicut umbra de-
»clinovirum. Jours sanctifiés, que l'assemblage
1vj
204 MERCURE DE FRANCE.
„ des vertus les plus chrétiennes a rendu précieux
„devant Dieu. Leur récompense est dans l'éterni-
„ té de sa gloire, & tel est le fondement heureux
»de notre espérance. Tu autem, Domine, in
»aternum permanes » L'Eveque de Troyes,
dans la premiere Partie, présenta un tableau fi-
dele des qualités de l'esprit, du caractere & du
cœur de Madame Henriette, & il peignit cette
Princesse sous ces trois poins de vûe differens.
Esprit solide & cultivé, mais sans affectation de
savoir & d'étude. Caractère doux & facile, mais
avec toutes les réserves de la décence & de la di-
gnité. Cœur tendre & compatissant, mais avec
droiture & sans foiblesse. Dans la seconde Partie,
le Prélat montra que Madame Henriette possédoit
toutes les vertus qui honorent le plus la jeunesse
qui se trouvent le moins avec la grandeur, qui
sont sur-tout nécessaires au moment de la mort
sagesse de conduite,, dans l'âge de la dissipation
& des écarts; fidélité à la Loi, dans l'indépendan-
ce du rang; pureté de conscience dans tous les
tems, & sur-tout à l'instant qui devoit décider de
son éternité.
La Messe étant finie, l'Evêque de Meaux & les
Evêques de Séez, de Dijon, de Saint-Paul trois-
Châteaux, & de Tréguier, firent les encensemens
autour du Corps; qui fut ensuite levé par les Gar-
des du Corps du Roi, & porté au caveau de la
sépulture de la Maison Royale. Les quatre coins
du poële étoient tenus par le Comte de Gramont
le Marquis de Rochechouart, le Comte de Lisse-
bonne, & le Comte de Stainville. Le Baron de
Montmorency, Chevalier d'honneur de Madame
Henriette, porta la couronne, & le manteau à
la Royale fut porté par le Marquis de Lhopital,
premier Ecuyer de cette Princesse. Le Corps ayant
été descendu dans le caveau & le Roi d'Armes
MAI.
1752.
205.
ayant fait les proclamiations accûtumées, le Baron
de Montmorency & le Marquis de Lhopital, dé-
poserent dans le caveau, l'un la couronne, l'autre
le manteau à la Royale. Le Clergé, le Parle-
ment, la Chambre des Comptes, la Cour des
Aides, la Cour des Monnoies, l'Université, le
Châ:elet, le Corps de Ville & l'Election, qui
avoient été invités de la part du Roi à ce Service
par le Marquis de Brezé, Grand-Maître des céré-
monies, y assisterent.
Le 26, Dimanche des Rameaux, leurs Ma-
jestés, accompagnées de Monseigneur le Dauphin.
& de Mesdames de France, assisterent à la Béné-
diction des palmes, qui fut faite par l'Abbé Ger-
gois, Chapelain de la Chapelle de Musique, le-
quel en présenta au Roi & à la Reine. Leurs Ma-
jestés assisterent à la Procession, & adorerent la
Croix. Le Roi & la Reine entendirent ensuite la
grande Messe, célebrée par le même Chapelain.
L'après-midi, leurs Majestés assisterent aux Vêpres
& au Salut.
Le 27, la Reine s'etant rendue à l'Eglise parois-
siale du Château, y communia par les mains de
l'Evêque de Chartres, son premier Aumônier. Mon-
seigneur le Dauphin communia le 29 dans la mê-
me Eglise par les mains du Cardinal de Soubize,
Grand Aumônier de France. Madame Adélaide y
communia le 27 par les mains de l'Evêque de
Meaux, son premier Aumônier, & Mesdames
Victoire, Sophie & Louise, le 28, par les
mains de l'Abbé de Termont, Aumônier du
Roi.
Le Roi tint le 25 un Conseil des Dépêches, & le
29 un Conseil d'Etat.
Le 28 au soir, la Cour quitta le deuil qu'on avoit
206 MERCURE DE FRANCE.
pris le 15 Février pour la mort de Madame H
Fette.
Le Roi a nommé son Ambassadeur, auprès du-
Roi & de la République de Pologne, le Com-
te de Broglie, Brigadier des Armées de Sa Ma-
jesté.
Le Chevalier de la Touche, Marécha, des
Camps & Armées du Roi, a été nommé par Sa-
Majesté, pour remplir la place de son Ministre
Hlénipotentiaire auprès du Roi de Prusse, vacante
par la mort du Comte de Tyrconell, & dans-
linterim M. le Baillif, Gentilhomme Ordinaire
de la Maison du Roi, sera chargé des affaires de Sa
Majesté à la Cour de Berlin.
Madame la Dauphine sortit le 29 pour la pre-
miere sois depuis la fausse couche qu'elle a faite le
9, & certe Princesse entendit la Messe du Roi.
Le 30, jour du Jeudi-Saint, le Roi a entendu
le Sermon de la Cêne de l'Abbé de la Riviere
Chanoine de l'Eglise de Saint Merry, & Clerc de
la Chapelle de la Reine, & l'Evêque de Lombez-
a fait l'Absoute. Ensuite; Sa Majesté a lavé les
piede à douze Pauvres, & les a servis à table.
Læ Comte de Charolois, faisant les fonctions de la-
charge de Grand Maître de la Maison du Roi,
étoit à la têt: des Maîtres d'Hôtel, & sil precédoit-
le service dont les plats étoient portés par Mon-
seigneur le Dauphin, le Duc d'Orléans, le Prince-
de Condé, le Comte de Clermont, le Prince de
Conty, le Comte de la Marche, le Prince de
Dombes, le Comte d'Eu, le Duc de Penthievre
& par les principaux Officiers de Sa Majesté-
Après certe cérémonie, le Roi & la Reine se
sout rendus à la Chapelle, où leurs Majestés ont:
entendu la grande Messe, & assisté ensuite à da-
Procession.
zed by Goog
MAI.
1752.
207
Le memejour, les Actions de la Compagnie des In-
des étoient à dix huit cens cinquante-sept livres dix.
sols. Les Billets de la Premiere Loterie Royale
n'avoient point de prix fixe, & ceux de la seconde
étoient à six cens trente trois livres.
Le même jour, la Reine entendit le Sermon.
de la Cêne de l'Abbé d'Espiard, Chanoine de l'E-
glise Métropolitaine de Besançon, & Conseiller-
Clerc du Parlement de la même Ville. L'Evêque
de Lombez ayant fait l'Absoute, Sa Majesté lava
les pieds de douze pauvres filles qu'elle servit à
table. Le Marquis de Chalmazel, premier Maî-
tre d'Hôtel de la Reine, précéda le service, dont
les plats furent portés par Mesdames Adélaide,
Victoire, Sophie & Louise; par la Duchesse
d'Orléans & la Duchesse de Penthievre, & pas
les Dames du Palais.
Leurs Majestés se rendirent le même jour sur
les dix heures du soir à la Chapelle du Château, &
y firent leurs prieres pendant une heure devant-
l'Autel, où le Saint Sacrement étoit en dé-
pôt.
Le 31., jour du. Vendredi-Saint, le Roi & la-
Reine, accompagnés de Monseigneur le Dauphin
& de Mesdames de France, entenditent dans-
lamême Chapelle le Sermon de la Passion du Pere
Dumas. Leurs Majestés assisterent ensuite à l'Of-
fice, & allerent à l'adoration de la Croix. L'aprè--
midi le Roi & la Reine entendirent l'Office des
Tén ébres.
Le premier Avril, Samedi-Saint, la Reine
aslista, ainsi que Monseigneur le Dauphin, Ma-
dame la Dauphine & Mesdames, aux Complies.
& au Salut, pendant lequel l'O Filii fut chanté
par la Musique.
Le 2. Fête de Pâques, li Roi & la Reine ace
208 MERCURE DEFRANCE.
compagnés de Monleigneur le Dauphin & de
Mesdames, entendirent la grand'Messe célébrée
pontificalement par l'Evêque de Lombez. L'après-
midi, leurs Majestés, accompagnées de mène
que le matin, assisterent à la Prédication du Pere
Dumas, & ensuite aux Vêpres auxquelles le mê-
me Prélat officia.
Le Roi & la Reine assisterent le 3 & le 4 aux
Vêpres & au Salut chantés par les Missionnaires.
Leurs Majestés dinerent le 31 du mois dernier
& souperent le 2 de ce mois au grand couvert.
Le 3 le Roi tint Conseil d'Etat.
Sa Majesté fur le 4 au soir à Trianon.
Le Roi a accordé à M. Quespay, l'un de ses
Medecins Consultans, la survivance de M. Mar-
cot, pour la place de premier Médecin ordinai-
re de Sa Majesté.
Le Roi partit le 16 Mars dernier pour le Château
de Choisy, d'où Sa Majesté revint le 18.
Le dix-neuf, Dimanche de la Passion, Leurs
Majestés accompagnées de Monseigneur le Dau-
phin, & de Mesdames de France, assisterent au
Sermon du Pere Dumas, & ensuite aux Vêpres
& au Salut.
Le 17 & le 22, la Reine entendit le Sermon
du même Prédicateur.
Le 19, le Roi tint »onseil d'Etat.
Le 21, après avoir couru le Cerf dans les Bois
de Verriere, Sa Majesté se rendit au Château de
Bellevue. Monseigneur le Dauphin a été indisposé
pendant quelques jours d'un rhume.
Le 20 au matin, Mesdames de France allerent
se promener au Chateau de Maisons.
Le Roi a nommé Commandeur de l'Ordre
Royal & Militaire de Saint Louis, le Comte de
Sparre, Maréchal des Camps & Armées de Sa
Majesté, & Colonel du Régiment Royal-Sue-
dois.
Les Chanoines Réguliers de l'Abbaye de Sainte
Geneviève célébrerent le 23 un Service solemnel
pour le Repos de l'ame du feu Duc d'Orleans.
Le Chœur de leur Eglise étoit tendu de noir de-
puis la naissance des voûtes jusqu'en bas. Il y avoit
de chaque côté deux Litres de velours, chargés
d'Ecussons aux Armes du Prince. Douze autres
d by Goog
MAI.
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grands Ecussons aux mêmes Armes coupoient de
distance en distance le cours de la Tenture. Au-
dessus du Catafalque étoit un Dais, orné aussi
d'Ecussons, & garni de franges d'argent. Des
Guirlandes en festons soutenoient les Rideaux
qui partoient des quatre coins du Dais. La répré-
sentation, élevée sur un triple Gradin, étoit cou-
verte d'un Drap mortuaire, galonné d'argent, &
bordé d'hermine. On avoit placé sur des Coussins
la Couronne & les marques des Ordres du Saint-
Esprit & de la Toison d'Or. Cent Cierges, chacun
de deux livres, entouroieur la Représentation. Il
y en avoit trente-six, de quatre livres chacun
sur l'Autel, & un cordon de lumiere, formé pat
un grand nombre de Bougies, regnoit le long du
Couronnement des Stalles. La Nef, les Chapelles
& les Tribunes, ainsi que le Chœur étoient entie-
rement tendus de noir.
Le même jour, les Billets de la Seconde Lotte-
rie Royale étoient à six cens trente six livres. Ceux
de la Premiere, & les Actions de la Compagnie
des Indes, n'avoient point de prix sixe.
Le Catafalque, élevé dans l'Eglise de l'Abbaye
Royale de Saint Denis pour la cérémonie des
Obseques de Madame Henriette, étoit d'un plan
quarré long, autour duquel régnoient quatre de-
grés avec des Pied d'Estaux placés aux angles. Sur
l'Estrade étoit un Socle, qui supportoit un Tom-
beau de Porphire. Les Degrés, les Pied d'Estaux
& l'Estrade, étoient de différens marbres On
voyoit aux quatre coins du Tombeau quatre Fi-
gures de Rond de Bosse, représentant la Religion,
la Piété, la Vertu & la Prudence. En face de ces
Figures, sur les Pied-d'Estaux, s'elevoient à une
très prande hauteur des Faisceaus de Lis en ar-
gent, dont chaque fleur portoit une lumiere. Les
armoiries & le Chiffre de la Princesse étoient
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202 MERCUREDE FRANCE.
groupés devant & derriere ces Faisceaux dans des
Cartouches d'or. Deux groupes d'Enfans, en
bronze antique, qui éteignoient leurs flambeaux,
étoient placés sur les flancs de l'Estrade à la hau-
teur des Degrés. Au-dessus du Catafalque étoit
suspendu un Pavillon, dont les rideaux étoient re-
levés. Tous les fonds du Pavillon & des Rideaux
étoient blancs, avec divers ornemens d'hermine,
& avec des Armoiries & des Chiffres en argent.
Un Ordre d'Architecture, dont les Chapi-
teaux, les Corniches & les Bosses, étoient de
bronze antique, & dont les Pilastres ainsi que
les Corps étoient feints en marbre, formoient
la décoration interieure du Chœur de l'Eglise.
Le fond général & dominant de cette décora-
tion, de même que celui du Pavillon qui cou-
vroit le Catafalque, étoit en blanc. Des Fleurs
de Lis d'or étoient semées le long des Rideaux.
Les Bordés & les Retroussés étoient d'hermine.
Dans la frise de la corniche, & au bas de l'Ordre
d'Architecture, regnoient des Litres de Sarin
blanc, chargés de larmes & de Feurs de Lis. On
avoit disposé alternativement les Armes & le Chif-
fre de la Princesse. Plusicurs girandoles, portant
des lumieres, & placées avec symétrie, ajoutoient
une nouvelle clarté à celle qui partoit du Catafal-
que. Les différens blancs, qui faisoient le fond de
cette décoration, ne nuisoient point à l'effet des
métaux dont étoient composés ses ornemens acces-
soires, non plus qu'au brillant de la grande quan-
tité de lumières dont elle étoit éclairée.
Le 23 Mars, veille du jour fixé pour la céré-
monie des Obseques, les Vêpres & les Vigiles des
Morts furent chantées par les Religieux de l'Ab-
baye, & l'Evêque de Meanx, Premier dumô-
nier de la Princesse, y officia. Monfeigneur le
Dauphin, & Mesdames, Victoire, Sophie & Loui.
203
MAI.
1752.
se, se rendirent le 24 à Saint-Denis, ainsi que le
Duc d'Orléans & le Prince de Condé, qui de-
voient mener Madame Sophie & Madame Louise
à l'Offrande. Lorsque les séances furent prises,
l'Evêque de Meaux célebra pontificalement la
Messe, étant assisté des Evêques de Séez & de
Dijon. A l'Offertoire, & après les saluts ordi-
naires, faits par le Marquis de Brezé, Grand-
Maître, & par M. Desgranges, Maître des Cé-
rémonies, Mesdames de Ftance allerent à l'Of-
ftande. Madame Victoire y fut menée par Mon-
seigneur le Dauphin, la queve de la Mante de la
Princesse étant portée par le Prince de Tingry, le
Comte de Choiseuil Meuse & le Coite de Bauffre-
mont. Madame Sophie, dont la queve de la Man-
te étoit portée par le Marquis de Sennecterre,
le Marquis de Gontaut, & le Comte de Dursoit,
fut menée par le Duc d'Otléans. Madame Loui-
se, fut menée par le Prince de Condé, & la queue
de la Mante de la Princesse fut portée par le Comte
de Thomond, le Marquis d'Armentieres & le-
Marquis de Brancas.
Après cette cérémonie, l'Evêque de Troyes pro-
nonça l'Oraison funèbre. Il prit pour Texte ces pa-
roles duPs. 101. Dies mei sicut umbra declinaverunt
& ego sicut foenum arui, tu autem Domine, in
aternum permanes. Mes jours ont disparu comme l'on-
bre, & j'ai seché comme l'herbe; mais vous Seigneur
vous demeurez éternellement. A la fin de sou Fxor-
de, le Prélat annonça ainsi le plan & la division
générale de son Discours. » Jours brillans, que
„ l'assemblage des qualités les plus aimables ren-
»» doit si précieux devant les hommes. Ils ont
xx passé comme une ombre, & telle est la juste
» matiere de nos regrete, Dies mei sicut umbra de-
»clinovirum. Jours sanctifiés, que l'assemblage
1vj
204 MERCURE DE FRANCE.
„ des vertus les plus chrétiennes a rendu précieux
„devant Dieu. Leur récompense est dans l'éterni-
„ té de sa gloire, & tel est le fondement heureux
»de notre espérance. Tu autem, Domine, in
»aternum permanes » L'Eveque de Troyes,
dans la premiere Partie, présenta un tableau fi-
dele des qualités de l'esprit, du caractere & du
cœur de Madame Henriette, & il peignit cette
Princesse sous ces trois poins de vûe differens.
Esprit solide & cultivé, mais sans affectation de
savoir & d'étude. Caractère doux & facile, mais
avec toutes les réserves de la décence & de la di-
gnité. Cœur tendre & compatissant, mais avec
droiture & sans foiblesse. Dans la seconde Partie,
le Prélat montra que Madame Henriette possédoit
toutes les vertus qui honorent le plus la jeunesse
qui se trouvent le moins avec la grandeur, qui
sont sur-tout nécessaires au moment de la mort
sagesse de conduite,, dans l'âge de la dissipation
& des écarts; fidélité à la Loi, dans l'indépendan-
ce du rang; pureté de conscience dans tous les
tems, & sur-tout à l'instant qui devoit décider de
son éternité.
La Messe étant finie, l'Evêque de Meaux & les
Evêques de Séez, de Dijon, de Saint-Paul trois-
Châteaux, & de Tréguier, firent les encensemens
autour du Corps; qui fut ensuite levé par les Gar-
des du Corps du Roi, & porté au caveau de la
sépulture de la Maison Royale. Les quatre coins
du poële étoient tenus par le Comte de Gramont
le Marquis de Rochechouart, le Comte de Lisse-
bonne, & le Comte de Stainville. Le Baron de
Montmorency, Chevalier d'honneur de Madame
Henriette, porta la couronne, & le manteau à
la Royale fut porté par le Marquis de Lhopital,
premier Ecuyer de cette Princesse. Le Corps ayant
été descendu dans le caveau & le Roi d'Armes
MAI.
1752.
205.
ayant fait les proclamiations accûtumées, le Baron
de Montmorency & le Marquis de Lhopital, dé-
poserent dans le caveau, l'un la couronne, l'autre
le manteau à la Royale. Le Clergé, le Parle-
ment, la Chambre des Comptes, la Cour des
Aides, la Cour des Monnoies, l'Université, le
Châ:elet, le Corps de Ville & l'Election, qui
avoient été invités de la part du Roi à ce Service
par le Marquis de Brezé, Grand-Maître des céré-
monies, y assisterent.
Le 26, Dimanche des Rameaux, leurs Ma-
jestés, accompagnées de Monseigneur le Dauphin.
& de Mesdames de France, assisterent à la Béné-
diction des palmes, qui fut faite par l'Abbé Ger-
gois, Chapelain de la Chapelle de Musique, le-
quel en présenta au Roi & à la Reine. Leurs Ma-
jestés assisterent à la Procession, & adorerent la
Croix. Le Roi & la Reine entendirent ensuite la
grande Messe, célebrée par le même Chapelain.
L'après-midi, leurs Majestés assisterent aux Vêpres
& au Salut.
Le 27, la Reine s'etant rendue à l'Eglise parois-
siale du Château, y communia par les mains de
l'Evêque de Chartres, son premier Aumônier. Mon-
seigneur le Dauphin communia le 29 dans la mê-
me Eglise par les mains du Cardinal de Soubize,
Grand Aumônier de France. Madame Adélaide y
communia le 27 par les mains de l'Evêque de
Meaux, son premier Aumônier, & Mesdames
Victoire, Sophie & Louise, le 28, par les
mains de l'Abbé de Termont, Aumônier du
Roi.
Le Roi tint le 25 un Conseil des Dépêches, & le
29 un Conseil d'Etat.
Le 28 au soir, la Cour quitta le deuil qu'on avoit
206 MERCURE DE FRANCE.
pris le 15 Février pour la mort de Madame H
Fette.
Le Roi a nommé son Ambassadeur, auprès du-
Roi & de la République de Pologne, le Com-
te de Broglie, Brigadier des Armées de Sa Ma-
jesté.
Le Chevalier de la Touche, Marécha, des
Camps & Armées du Roi, a été nommé par Sa-
Majesté, pour remplir la place de son Ministre
Hlénipotentiaire auprès du Roi de Prusse, vacante
par la mort du Comte de Tyrconell, & dans-
linterim M. le Baillif, Gentilhomme Ordinaire
de la Maison du Roi, sera chargé des affaires de Sa
Majesté à la Cour de Berlin.
Madame la Dauphine sortit le 29 pour la pre-
miere sois depuis la fausse couche qu'elle a faite le
9, & certe Princesse entendit la Messe du Roi.
Le 30, jour du Jeudi-Saint, le Roi a entendu
le Sermon de la Cêne de l'Abbé de la Riviere
Chanoine de l'Eglise de Saint Merry, & Clerc de
la Chapelle de la Reine, & l'Evêque de Lombez-
a fait l'Absoute. Ensuite; Sa Majesté a lavé les
piede à douze Pauvres, & les a servis à table.
Læ Comte de Charolois, faisant les fonctions de la-
charge de Grand Maître de la Maison du Roi,
étoit à la têt: des Maîtres d'Hôtel, & sil precédoit-
le service dont les plats étoient portés par Mon-
seigneur le Dauphin, le Duc d'Orléans, le Prince-
de Condé, le Comte de Clermont, le Prince de
Conty, le Comte de la Marche, le Prince de
Dombes, le Comte d'Eu, le Duc de Penthievre
& par les principaux Officiers de Sa Majesté-
Après certe cérémonie, le Roi & la Reine se
sout rendus à la Chapelle, où leurs Majestés ont:
entendu la grande Messe, & assisté ensuite à da-
Procession.
zed by Goog
MAI.
1752.
207
Le memejour, les Actions de la Compagnie des In-
des étoient à dix huit cens cinquante-sept livres dix.
sols. Les Billets de la Premiere Loterie Royale
n'avoient point de prix fixe, & ceux de la seconde
étoient à six cens trente trois livres.
Le même jour, la Reine entendit le Sermon.
de la Cêne de l'Abbé d'Espiard, Chanoine de l'E-
glise Métropolitaine de Besançon, & Conseiller-
Clerc du Parlement de la même Ville. L'Evêque
de Lombez ayant fait l'Absoute, Sa Majesté lava
les pieds de douze pauvres filles qu'elle servit à
table. Le Marquis de Chalmazel, premier Maî-
tre d'Hôtel de la Reine, précéda le service, dont
les plats furent portés par Mesdames Adélaide,
Victoire, Sophie & Louise; par la Duchesse
d'Orléans & la Duchesse de Penthievre, & pas
les Dames du Palais.
Leurs Majestés se rendirent le même jour sur
les dix heures du soir à la Chapelle du Château, &
y firent leurs prieres pendant une heure devant-
l'Autel, où le Saint Sacrement étoit en dé-
pôt.
Le 31., jour du. Vendredi-Saint, le Roi & la-
Reine, accompagnés de Monseigneur le Dauphin
& de Mesdames de France, entenditent dans-
lamême Chapelle le Sermon de la Passion du Pere
Dumas. Leurs Majestés assisterent ensuite à l'Of-
fice, & allerent à l'adoration de la Croix. L'aprè--
midi le Roi & la Reine entendirent l'Office des
Tén ébres.
Le premier Avril, Samedi-Saint, la Reine
aslista, ainsi que Monseigneur le Dauphin, Ma-
dame la Dauphine & Mesdames, aux Complies.
& au Salut, pendant lequel l'O Filii fut chanté
par la Musique.
Le 2. Fête de Pâques, li Roi & la Reine ace
208 MERCURE DEFRANCE.
compagnés de Monleigneur le Dauphin & de
Mesdames, entendirent la grand'Messe célébrée
pontificalement par l'Evêque de Lombez. L'après-
midi, leurs Majestés, accompagnées de mène
que le matin, assisterent à la Prédication du Pere
Dumas, & ensuite aux Vêpres auxquelles le mê-
me Prélat officia.
Le Roi & la Reine assisterent le 3 & le 4 aux
Vêpres & au Salut chantés par les Missionnaires.
Leurs Majestés dinerent le 31 du mois dernier
& souperent le 2 de ce mois au grand couvert.
Le 3 le Roi tint Conseil d'Etat.
Sa Majesté fur le 4 au soir à Trianon.
Le Roi a accordé à M. Quespay, l'un de ses
Medecins Consultans, la survivance de M. Mar-
cot, pour la place de premier Médecin ordinai-
re de Sa Majesté.
Fermer
9503
p. 208-212
MARIAGE.
Début :
Le premier Mars Mre Jacques de Moreton, Seigneur de Boisson, Mandement, d'Alégre & S. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGE.
MARIAGE.
Le premier Mars Mre Jacques de Moreton, Seigneur
de Boisson, Mandement, d'Alégre & S.
Jean le Centainier, appellé le Comte de Chabril-
lan, Colonel d'un Regiment de Cavalerie de son
nom, épousa à Saint Eustache par dispense de la
Cour de Rome, Bathilde-Magdeleine-Félicité de
Verdelhan des Fourniel, fille de Jacques de Ver-
delhan Seigneur des Fourniel, Secrétaire du Roi
& Fermier Général, & de Marie-Magdeleine
Morin, sa Consive Germaine.
La Maison de Moreton, dont les Armes sont
d'azur à la Tour d'argent maçonnée de sable, à la
patte d'Ours d'or touchant la porte; la devise est
en Espagnol allégorique à la Tour: Antes crepar
que doblar, qui fignifie; plutot crever que plier,
1752.
MAI.
209
est originaire d'Ecosse, suivant la tradition & les
mémoires domestiques, & de l'une des plus ancien-
nes & des plus illustres de ce Royaume; mais ce
qu'il y a de plus certain, c'est qu'elle tient depuis
plusieuts siécless rang parmi les plus distinguées de
la Province de Dauphiné par l'ancienneté de la
noblesse de leur extractiou.
Le premier que l'on connoisse est Lambert de
Moreton, qui vivoit avant l'an 1100, comme il
paroît par un acte passé-en 1110, entre Adhémard
Souverain de Montelimart & les habitans de cette
Vilie, dans lequel il signa comme témoin avec
les plus qualifiés de la Province. Il fut proba-
blement pere de Pierre de Moreton vivant avant
l'an 1200.
Guillaume de Moreton Seigneur de la Pallu
Saint Paul, &c. qui vivoit en 1250, est qualifié
dans plusieurs Titres, Chevalier, Magnisique, Haut
& Puissant Homme. Il épousa Menette de Mon-
toison, fille de Givin de Montoison & sœur de
Godefroi Seigneur du Marsane. De ce mariage
sortit Pierre de Moreton II. du nom, marié
à Agnès ou Aganesse d'Adhéurard de Monteil, Da-
me de Pierrelatre. Leur fils Godefroi de Moreton-
fut allié à Mejonne de la Gorce, & en eut entr'au-
tres enfans Raimond qui suit & Martiu. Celui-
ci eut de Marie de Maumont, Jean de Moreton
créé Cardinal par le Pape Alexandre V. il fut aussi
Fvêque d'Eli, Archevêque de Cantorbery & Chan-
celier d'Angleterre.
Raimond de Moreton qualifié Domicellus,
épousa Agnés Audiger, Dame d'Autinac, qui
testa le 14 Novembre 1398. d'elle naquit Pierre
de Moreton III. du nom, pere par Martine de
Vese sa femme d'Antoine de Moreton qui épousa
le 8 Novembre 1417 Alix Flaudin, fille de Ponce
itized by Goog
210 MERCURE DE FRANCE.
Flaudin Seigneur de Porcherol, de la même Mai-
son que les deux Cardinaux de ce nom. Il échan-
gea en 1450 avec Louis II. Dauphin, la terre de
Pierrelatte contre celle de Chabrillan, que sa
postérité a toujours possédée depuis. Son fils Ay-
nard de Moreton, Seigneur de Chabrillan, qui-
testa en 1497, fut tué a la bataille de Ravenne &
avoit épousé Clairette-Aloise de Vassieux. De cette
alliance vint François de Moreton marié avec
Dauphine de Seydre de Caumont, de laquelle il
eut Sebastien de Moreton Seigneur de Chabiillan,
Chevalier de l'Ordre du Roi, Capitaine des Gar-
des de sa Porte, Gentilhomme ordinaire de sa
Chambre, Capitaine de cent hommes d'armes,
& Gouverneur de Provins & de Château Gaillard.
Il testa le 10 Juin 1586 & s'étoit allié à Louise du
Moulin qui fut mere de Jacque de Moreton M.stre
de Camp d'un Regiment de huit Compaguies de
cent hommes chacune, lequel épousa Guygonne
fille de Rostaing d'Ure & de Laurence de Simiane,
dont il eut 1. Antoine qui suit; 2°. François de
Moreton de Chabrillan, Grand Prieur de Saint
Gilles de l'Ordre de Jerusalem; 3. Charles qui
a fait la Branche des Seigneurs de Boisson.
Antoine de Moreton, Seigneur de Chabrillan,
épousa en 1628 Isabelle de Chaponay, dont le
fils aîné Joseph de Moreton Marquis de Cha-
brillan, fut Lieutenant de Roi de la Province de
Dauphiné. Celui ci avoit 4 freres dans l'Ordre de
Malte, dont 3 furent tués en différentes Batailles,
& le 4e fut Général des Galéres & Grand'Croix
de l'Ordre. Le Marquis de Chabrillan a'allia le 8
Novembre 1668, à Antoinette de Vichy-Cham-
ron, de laquelle il eut Antoine qui suit, trois
autres fils Capitaines dans le Regiment de Cha-
brillan Iufanterie, tués à la Bataille d'Ochstet, od-
MAI
211
1752.
im Cousin de leur nom fut blessé dangereusement
& un cinquième qui fut Capitaine des Galéres &
Grand Croix de Malte.
Antoine Moreton II. du nom, Marquis de Cha-
brillan, Lieutenant de Roi en Dauphiné, épousa
en 1698 Antoinetie de Grolée de Vitiville, soeur
de Madame la Maréchale de Talard, dont il a eu
pour enfans:
1°. François-César de Moreton Marquis de
Chabrillan, Maréchal des Camps & Armées du
Roi, marié en premieres nôces à Charlotte de la
Fare, dont il n'a point eu d'enfans, & en secon-
des à Louise de Murs-Astuaud, de laquelle il a
1°. Antoine de Moreton, néen 1745. 2. Fran-
gois, Chevalier de Malte, né en 1749.
2. Antoine-Appoliinaire, Capitaine des Gar-
des de S. A. S. Monseigneur le Prince de Conty.
3°. Joseph-Toussaint Colonel d'un Regiinent
d'Infanterie.
4. Louis Lieutenant Colonel; Commandant
pour le Roi dans les Ville & Citadelle de Monte-
limart.
5°. & 6°. Deux sillos Religieuses. 7°. Anne-
Joseph de Moreton-Chabrillan mariée à Jacques
Marquis de Joviac.
Branohe des Seigneurs de Boisson.
Charles de Moreton-Chabrillan, troisième
sils de Jacques Seigneur de Chabrillan & de Gui-
gonne d're, fut Seigneur de la Mothe-Chabrillan
& allié à Marie Dangerais, Dame de Doisson, du
Main, de Mandement, d'Alégre, de Saint Jean
le Centainier, &c. & fille de Jacques Dangerais
Seigneur desdits lieux & d'Anne d'Hautefort. Il
en eut 1°. Gabriel qui suit, 2. Laurent de Mo-
aO
212 MERCURE DE FRANCE.
reton, Seigneur de Servas établi à Baucaire en
Languedoc, où il a epousé N... de Missol, dont
plusieuis enfans.
Gabriel de Moreton Seigneur de Boisson, du
Main, &c. épousa N. . ... du Fay de la Tour-
Maubourg, dont il eut, 19. N.... de Moreton
Seigneur de Boisson, marié à N... de l'Aubépin,,
dont il a plusieurs enfans, 2°. Laurent qui suit;
3. une fille.
Laurent de Moreton, Seigneur de la Mothe-
Chabrillan, Mandement, d'Alègre, &c. s'allia
à Marguerite de Rosel de Caffary, qui fut mere
de plusieurs enfans au service & Chevalier de
Malte, entr'autres de Claude qui a continué la
postérité.
Claude Moreton, Seigneur de la Mothe-Cha-
brillan, mort en. 1748, avoit épousé Marie de
Verdelhan des Fourniel, dont sont venus deux
filles non encore mariées, & Jacques de More-
ton, dit le Comte de Chabrillan, qui a donné lieu
à cet Article.
Outre les alliances que Messicurs de Chabril-
lan ont faites par leurs mariages, ils en ont con-
tracté par leurs filles avec les Maisons de Cler-
mont-Montoison, Chalançon, Pellet Narbonne du
Puy Rochefort, de Portes, Marsanne, Briançon
Lautrec-Léberon, Chabert de Chateaudouble, Mont-
gardin, Veynes du Prayet, Trolon de Sainte Jalle,
Lattier-Bagaane, Chabo., Cibeut de Saint Fério.
Grammont de Vatheres, & Joviac.
Le premier Mars Mre Jacques de Moreton, Seigneur
de Boisson, Mandement, d'Alégre & S.
Jean le Centainier, appellé le Comte de Chabril-
lan, Colonel d'un Regiment de Cavalerie de son
nom, épousa à Saint Eustache par dispense de la
Cour de Rome, Bathilde-Magdeleine-Félicité de
Verdelhan des Fourniel, fille de Jacques de Ver-
delhan Seigneur des Fourniel, Secrétaire du Roi
& Fermier Général, & de Marie-Magdeleine
Morin, sa Consive Germaine.
La Maison de Moreton, dont les Armes sont
d'azur à la Tour d'argent maçonnée de sable, à la
patte d'Ours d'or touchant la porte; la devise est
en Espagnol allégorique à la Tour: Antes crepar
que doblar, qui fignifie; plutot crever que plier,
1752.
MAI.
209
est originaire d'Ecosse, suivant la tradition & les
mémoires domestiques, & de l'une des plus ancien-
nes & des plus illustres de ce Royaume; mais ce
qu'il y a de plus certain, c'est qu'elle tient depuis
plusieuts siécless rang parmi les plus distinguées de
la Province de Dauphiné par l'ancienneté de la
noblesse de leur extractiou.
Le premier que l'on connoisse est Lambert de
Moreton, qui vivoit avant l'an 1100, comme il
paroît par un acte passé-en 1110, entre Adhémard
Souverain de Montelimart & les habitans de cette
Vilie, dans lequel il signa comme témoin avec
les plus qualifiés de la Province. Il fut proba-
blement pere de Pierre de Moreton vivant avant
l'an 1200.
Guillaume de Moreton Seigneur de la Pallu
Saint Paul, &c. qui vivoit en 1250, est qualifié
dans plusieurs Titres, Chevalier, Magnisique, Haut
& Puissant Homme. Il épousa Menette de Mon-
toison, fille de Givin de Montoison & sœur de
Godefroi Seigneur du Marsane. De ce mariage
sortit Pierre de Moreton II. du nom, marié
à Agnès ou Aganesse d'Adhéurard de Monteil, Da-
me de Pierrelatre. Leur fils Godefroi de Moreton-
fut allié à Mejonne de la Gorce, & en eut entr'au-
tres enfans Raimond qui suit & Martiu. Celui-
ci eut de Marie de Maumont, Jean de Moreton
créé Cardinal par le Pape Alexandre V. il fut aussi
Fvêque d'Eli, Archevêque de Cantorbery & Chan-
celier d'Angleterre.
Raimond de Moreton qualifié Domicellus,
épousa Agnés Audiger, Dame d'Autinac, qui
testa le 14 Novembre 1398. d'elle naquit Pierre
de Moreton III. du nom, pere par Martine de
Vese sa femme d'Antoine de Moreton qui épousa
le 8 Novembre 1417 Alix Flaudin, fille de Ponce
itized by Goog
210 MERCURE DE FRANCE.
Flaudin Seigneur de Porcherol, de la même Mai-
son que les deux Cardinaux de ce nom. Il échan-
gea en 1450 avec Louis II. Dauphin, la terre de
Pierrelatte contre celle de Chabrillan, que sa
postérité a toujours possédée depuis. Son fils Ay-
nard de Moreton, Seigneur de Chabrillan, qui-
testa en 1497, fut tué a la bataille de Ravenne &
avoit épousé Clairette-Aloise de Vassieux. De cette
alliance vint François de Moreton marié avec
Dauphine de Seydre de Caumont, de laquelle il
eut Sebastien de Moreton Seigneur de Chabiillan,
Chevalier de l'Ordre du Roi, Capitaine des Gar-
des de sa Porte, Gentilhomme ordinaire de sa
Chambre, Capitaine de cent hommes d'armes,
& Gouverneur de Provins & de Château Gaillard.
Il testa le 10 Juin 1586 & s'étoit allié à Louise du
Moulin qui fut mere de Jacque de Moreton M.stre
de Camp d'un Regiment de huit Compaguies de
cent hommes chacune, lequel épousa Guygonne
fille de Rostaing d'Ure & de Laurence de Simiane,
dont il eut 1. Antoine qui suit; 2°. François de
Moreton de Chabrillan, Grand Prieur de Saint
Gilles de l'Ordre de Jerusalem; 3. Charles qui
a fait la Branche des Seigneurs de Boisson.
Antoine de Moreton, Seigneur de Chabrillan,
épousa en 1628 Isabelle de Chaponay, dont le
fils aîné Joseph de Moreton Marquis de Cha-
brillan, fut Lieutenant de Roi de la Province de
Dauphiné. Celui ci avoit 4 freres dans l'Ordre de
Malte, dont 3 furent tués en différentes Batailles,
& le 4e fut Général des Galéres & Grand'Croix
de l'Ordre. Le Marquis de Chabrillan a'allia le 8
Novembre 1668, à Antoinette de Vichy-Cham-
ron, de laquelle il eut Antoine qui suit, trois
autres fils Capitaines dans le Regiment de Cha-
brillan Iufanterie, tués à la Bataille d'Ochstet, od-
MAI
211
1752.
im Cousin de leur nom fut blessé dangereusement
& un cinquième qui fut Capitaine des Galéres &
Grand Croix de Malte.
Antoine Moreton II. du nom, Marquis de Cha-
brillan, Lieutenant de Roi en Dauphiné, épousa
en 1698 Antoinetie de Grolée de Vitiville, soeur
de Madame la Maréchale de Talard, dont il a eu
pour enfans:
1°. François-César de Moreton Marquis de
Chabrillan, Maréchal des Camps & Armées du
Roi, marié en premieres nôces à Charlotte de la
Fare, dont il n'a point eu d'enfans, & en secon-
des à Louise de Murs-Astuaud, de laquelle il a
1°. Antoine de Moreton, néen 1745. 2. Fran-
gois, Chevalier de Malte, né en 1749.
2. Antoine-Appoliinaire, Capitaine des Gar-
des de S. A. S. Monseigneur le Prince de Conty.
3°. Joseph-Toussaint Colonel d'un Regiinent
d'Infanterie.
4. Louis Lieutenant Colonel; Commandant
pour le Roi dans les Ville & Citadelle de Monte-
limart.
5°. & 6°. Deux sillos Religieuses. 7°. Anne-
Joseph de Moreton-Chabrillan mariée à Jacques
Marquis de Joviac.
Branohe des Seigneurs de Boisson.
Charles de Moreton-Chabrillan, troisième
sils de Jacques Seigneur de Chabrillan & de Gui-
gonne d're, fut Seigneur de la Mothe-Chabrillan
& allié à Marie Dangerais, Dame de Doisson, du
Main, de Mandement, d'Alégre, de Saint Jean
le Centainier, &c. & fille de Jacques Dangerais
Seigneur desdits lieux & d'Anne d'Hautefort. Il
en eut 1°. Gabriel qui suit, 2. Laurent de Mo-
aO
212 MERCURE DE FRANCE.
reton, Seigneur de Servas établi à Baucaire en
Languedoc, où il a epousé N... de Missol, dont
plusieuis enfans.
Gabriel de Moreton Seigneur de Boisson, du
Main, &c. épousa N. . ... du Fay de la Tour-
Maubourg, dont il eut, 19. N.... de Moreton
Seigneur de Boisson, marié à N... de l'Aubépin,,
dont il a plusieurs enfans, 2°. Laurent qui suit;
3. une fille.
Laurent de Moreton, Seigneur de la Mothe-
Chabrillan, Mandement, d'Alègre, &c. s'allia
à Marguerite de Rosel de Caffary, qui fut mere
de plusieurs enfans au service & Chevalier de
Malte, entr'autres de Claude qui a continué la
postérité.
Claude Moreton, Seigneur de la Mothe-Cha-
brillan, mort en. 1748, avoit épousé Marie de
Verdelhan des Fourniel, dont sont venus deux
filles non encore mariées, & Jacques de More-
ton, dit le Comte de Chabrillan, qui a donné lieu
à cet Article.
Outre les alliances que Messicurs de Chabril-
lan ont faites par leurs mariages, ils en ont con-
tracté par leurs filles avec les Maisons de Cler-
mont-Montoison, Chalançon, Pellet Narbonne du
Puy Rochefort, de Portes, Marsanne, Briançon
Lautrec-Léberon, Chabert de Chateaudouble, Mont-
gardin, Veynes du Prayet, Trolon de Sainte Jalle,
Lattier-Bagaane, Chabo., Cibeut de Saint Fério.
Grammont de Vatheres, & Joviac.
Fermer
9504
p. 212-213
AVIS.
Début :
Il a paru depuis peu des observations par lesquelles les Demoiselles Jaillot prouvent que le [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS.
AVIS.
Il a paru depuis peu des observations par lesquelles
les Demoiselles Jaillot prouvent que le
nouvel At. as proposé par souscriptions, non seu-
MAI.
1752.
213
lement ne peut être complet & sussisant en cent
cartes; mais aussi qu'il ne donne rien qui ne se
trouve chez elles & leurs confreres, comme aussi
que c'est à tort que le sieur Boudet, dans son
prospectus donne au sieur Robert tous les trésors
de Messieurs Nicolas, Guillaume, Adrien &
Moulard Sanson, puisqu'elles seules possedent la
Géographie moderne de Guillaume Sanson.
Il a paru depuis peu des observations par lesquelles
les Demoiselles Jaillot prouvent que le
nouvel At. as proposé par souscriptions, non seu-
MAI.
1752.
213
lement ne peut être complet & sussisant en cent
cartes; mais aussi qu'il ne donne rien qui ne se
trouve chez elles & leurs confreres, comme aussi
que c'est à tort que le sieur Boudet, dans son
prospectus donne au sieur Robert tous les trésors
de Messieurs Nicolas, Guillaume, Adrien &
Moulard Sanson, puisqu'elles seules possedent la
Géographie moderne de Guillaume Sanson.
Fermer
9505
p. 213-215
AUTRE AVIS. POMPES de puits de nouvelle invention, proposees au Public par le sieur N. Thillaye, Pompier du Roi, demeurant à Rouen.
Début :
Le sieur Thillaye déja fort connu pour avoir beaucoup perfectionné les Pompes à incendies, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE AVIS. POMPES de puits de nouvelle invention, proposees au Public par le sieur N. Thillaye, Pompier du Roi, demeurant à Rouen.
AUTRE AVIS.
POMPES de puits de nouvelle invention,
proposees au Public par le sieur N. Thillaye,
Pompier du Roi, demeurant à Rouen.
Le sieur Thillaye déja fort connu pour avoir
beaucoup perfectionné les Pompes à incendies,
donne avis qu'il s'est appliqué à construire de nou-
velles Pompes pour tirer de l'eau des puits avec
beaucoup plus de facilité qu'on n'a fait jusqu'ici
tant pour la force qu'il y faut employer, que pour
avoir une plus grande quantité d'eau.
Les Pompes qu'il presente pour cet usage, sont
de deux especes, la premiere est aspirante, & peut
avoir lieu pour tous les puits qui ne passent pas la
profondeur de trente pieds.
La seconde est aspirante & foulante, & tire l'eau
des Puits très-profonds avec une légere force dont
une personne est capable, tant pour monter l'eau
sur une terrasse devant une maison, que pour un
réservoir qui ensuite la distribue où l'on veut.
Cette sorte de Pompe n'a rien d'embarassant par
sa construction, ni de désagréable à la vue, elle
peut même servir d'ornement dans une Basse-cout,
oog
214 MERCURE DE FRANCE.
Elle a de plus un avantage bien grand & sans
exemple, c'est celui de pouvoir servit à éteindie
un incendie dans la maison où elle est posée, avec
un tiès-petit changement. On n'a pas besoin de
s'étendre sur le prix de cette double utilité dans
une maison.
Le sieur Thillaye fera pendant tout le cours du
mois de Mai la démonstration de ses Pompes chez
les RR. PP. Feuillans, rue St. Honoré à Paris, od
il a un Magazin de Pompes à incendies de diffe-
rentes grandeurs, & qui peuvent produire pat
heure depuis six muids d'eau jusqu'à trente. On
peut juger de l'effet que trente muids d'eau doi-
vent produire sur l'incendie le plus fort. Outre
cette utilité, elles sont encore très commodes
pour arroser les jardins, écheniller les arbres frui-
tiers, & pour faire monter l'eau dans des apparte-
mens où on en a besoin pour des bains.
Cette démonstration se fera l'après-midi, depuis
trois heures jusqu'à sept, & l'Auteur donnera à
ses frais, pour la satisfaction des curieux, les ex-
pétiences de ses Pompes à incendies les samedis
sur les cinq à six heures. Il n'en pourra donner les
autres jours les expériences qu'à ceux qui en fe-
ront acquisition, ou qui payeront la peine des per-
sonnes qui les feront agir.
Apt ès le mois de Mai, on pourra s'adresser à
l'Auteur à Rouen, ou au sieur Barbier son seul
Commissionnaire, rue des Vieux Augustins chez
un Tonnelier à Paris, qui satisfera à tous égards.
Nous ignorons quelle sera la destinée des nou-
velles Pompes qu'annonce M. Thillaye, mais le
préjugé doit être en leur faveur. Ses Pompes à in-
cendies réussissent prodigieusement, & nous avons
ontre nos mains des certificats bien forts & bien
—
MAI.
1752.
215
raisonnés en leur faveur. Le public ne peut trop
encourager un aussi habile homme que M. Thil-
laye. Tout ce qu'il propose merite au moins
d'être yû.
POMPES de puits de nouvelle invention,
proposees au Public par le sieur N. Thillaye,
Pompier du Roi, demeurant à Rouen.
Le sieur Thillaye déja fort connu pour avoir
beaucoup perfectionné les Pompes à incendies,
donne avis qu'il s'est appliqué à construire de nou-
velles Pompes pour tirer de l'eau des puits avec
beaucoup plus de facilité qu'on n'a fait jusqu'ici
tant pour la force qu'il y faut employer, que pour
avoir une plus grande quantité d'eau.
Les Pompes qu'il presente pour cet usage, sont
de deux especes, la premiere est aspirante, & peut
avoir lieu pour tous les puits qui ne passent pas la
profondeur de trente pieds.
La seconde est aspirante & foulante, & tire l'eau
des Puits très-profonds avec une légere force dont
une personne est capable, tant pour monter l'eau
sur une terrasse devant une maison, que pour un
réservoir qui ensuite la distribue où l'on veut.
Cette sorte de Pompe n'a rien d'embarassant par
sa construction, ni de désagréable à la vue, elle
peut même servir d'ornement dans une Basse-cout,
oog
214 MERCURE DE FRANCE.
Elle a de plus un avantage bien grand & sans
exemple, c'est celui de pouvoir servit à éteindie
un incendie dans la maison où elle est posée, avec
un tiès-petit changement. On n'a pas besoin de
s'étendre sur le prix de cette double utilité dans
une maison.
Le sieur Thillaye fera pendant tout le cours du
mois de Mai la démonstration de ses Pompes chez
les RR. PP. Feuillans, rue St. Honoré à Paris, od
il a un Magazin de Pompes à incendies de diffe-
rentes grandeurs, & qui peuvent produire pat
heure depuis six muids d'eau jusqu'à trente. On
peut juger de l'effet que trente muids d'eau doi-
vent produire sur l'incendie le plus fort. Outre
cette utilité, elles sont encore très commodes
pour arroser les jardins, écheniller les arbres frui-
tiers, & pour faire monter l'eau dans des apparte-
mens où on en a besoin pour des bains.
Cette démonstration se fera l'après-midi, depuis
trois heures jusqu'à sept, & l'Auteur donnera à
ses frais, pour la satisfaction des curieux, les ex-
pétiences de ses Pompes à incendies les samedis
sur les cinq à six heures. Il n'en pourra donner les
autres jours les expériences qu'à ceux qui en fe-
ront acquisition, ou qui payeront la peine des per-
sonnes qui les feront agir.
Apt ès le mois de Mai, on pourra s'adresser à
l'Auteur à Rouen, ou au sieur Barbier son seul
Commissionnaire, rue des Vieux Augustins chez
un Tonnelier à Paris, qui satisfera à tous égards.
Nous ignorons quelle sera la destinée des nou-
velles Pompes qu'annonce M. Thillaye, mais le
préjugé doit être en leur faveur. Ses Pompes à in-
cendies réussissent prodigieusement, & nous avons
ontre nos mains des certificats bien forts & bien
—
MAI.
1752.
215
raisonnés en leur faveur. Le public ne peut trop
encourager un aussi habile homme que M. Thil-
laye. Tout ce qu'il propose merite au moins
d'être yû.
Fermer
9506
p. 215
ERRATA.
Début :
Page 8. ligne 7. Plammetichus, lisez Psammetichus. P. 16. citat. [...]
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texteReconnaissance textuelle : ERRATA.
ERRATA.
Page 8. ligne 7. Plammetichus, lisez Psammetichus.
P. 16. citat. lig. 30. Afr. Lus. lis. Afr. Eus.
Page 19 ligne 8. ne put, lisez ne peut.
ligne 30 citation, Art. Leg. lis. Av. Ler.
Page 20. ligne 28. qu'il y a un Peluse & un
Canope, lisez qu'il y a vu
Peluse & Canope.
lig. 29 citat. Art. Leg. lis. Av. Ler.
Pag. 25. lig. 10. sur l'autorite. lisez sur l'o-
pinion.
Page 8. ligne 7. Plammetichus, lisez Psammetichus.
P. 16. citat. lig. 30. Afr. Lus. lis. Afr. Eus.
Page 19 ligne 8. ne put, lisez ne peut.
ligne 30 citation, Art. Leg. lis. Av. Ler.
Page 20. ligne 28. qu'il y a un Peluse & un
Canope, lisez qu'il y a vu
Peluse & Canope.
lig. 29 citat. Art. Leg. lis. Av. Ler.
Pag. 25. lig. 10. sur l'autorite. lisez sur l'o-
pinion.
Fermer
9507
p. 216
TABLE.
Début :
PIECES FUGITIVES en Vers & en Prose. Vers sur la mort de S. A[.] S. Monseigneur le [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TABLE.
TABLE.
PIECES FUGITIVES en Vers & en Prose.
Vers sur la mort de S. A[.] S. Monseigneur le
Duc d'Orléans,
Dissertation sur un passage d'Herodote & c.
La Recrue de Cupidon, Vers à Mlles Br
29
Memoire addressé à l'Auteur du Mercure
Madrigal à Mlle la Comtesse de Poninsxa L.
Premiere Lettre sur le goût des François
Ode d'Horace à l'Empereur Auguste,
64
Lettre d'un Suédois à M. l'Abbé Raynal,
67
Vers sur la Croix de S. Louis,
71
Lettre de M. Rameau à l'Auteur du Mercure
75
Andromede. Cantate
Portrait de la Reine Chiistine
81
Suite du Mémoire de M. d'Anville, sur la premiere
partie de sa Carte d'Asie
85
Mots des Enigmes & des Logogriphes du Mercure
d'Avril
107
108
Enigmes & Logogriphes,
112
Nouvelles Littéraires
137
Beaux-Arts
150
Devises des jettons de l'annee 1752,
Spectacles
163
Concert spirituel,
166
187
Lettre de Monsieur Grimim.
Nouvelles Etrangeres
192
200
France nouvelles de la Cour, de Paris,
208
Mariage
Avis
212
PIECES FUGITIVES en Vers & en Prose.
Vers sur la mort de S. A[.] S. Monseigneur le
Duc d'Orléans,
Dissertation sur un passage d'Herodote & c.
La Recrue de Cupidon, Vers à Mlles Br
29
Memoire addressé à l'Auteur du Mercure
Madrigal à Mlle la Comtesse de Poninsxa L.
Premiere Lettre sur le goût des François
Ode d'Horace à l'Empereur Auguste,
64
Lettre d'un Suédois à M. l'Abbé Raynal,
67
Vers sur la Croix de S. Louis,
71
Lettre de M. Rameau à l'Auteur du Mercure
75
Andromede. Cantate
Portrait de la Reine Chiistine
81
Suite du Mémoire de M. d'Anville, sur la premiere
partie de sa Carte d'Asie
85
Mots des Enigmes & des Logogriphes du Mercure
d'Avril
107
108
Enigmes & Logogriphes,
112
Nouvelles Littéraires
137
Beaux-Arts
150
Devises des jettons de l'annee 1752,
Spectacles
163
Concert spirituel,
166
187
Lettre de Monsieur Grimim.
Nouvelles Etrangeres
192
200
France nouvelles de la Cour, de Paris,
208
Mariage
Avis
212
Fermer
9508
p. 216
« De l'Imprimerie de J. BULLOT. [...] »
Début :
De l'Imprimerie de J. BULLOT. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « De l'Imprimerie de J. BULLOT. [...] »
De l'Imprimerie de J. BULLOT.
Fermer
9510
p. 167-168
LOGOGRIPHE.
Début :
Je suis un ornement, que le bon goût produit ; [...]
Mots clefs :
Compartiment
9511
p. 171
« REFUTATION du discours du Citoyen de Genéve qui a remporté le prix de l'Académie de [...] »
Début :
REFUTATION du discours du Citoyen de Genéve qui a remporté le prix de l'Académie de [...]
Mots clefs :
Réfutation, Discours, Jean-Jacques Rousseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « REFUTATION du discours du Citoyen de Genéve qui a remporté le prix de l'Académie de [...] »
REFUTATION du difcours du Citoyen de
Genéve qui a remporté le prix de l'Académie de
Dijon en l'année 1750 , par un Académicien de
la même Ville . A Londres , & le trouve à Paris
chez plufieurs Libraires.
C'estun écrit à deux colonnes ; on voit le difcours
d'un côté & la réfutation de l'autre . De tou
tes les Critiques qu'on a faites de l'ouvrage de M.
Roufleau , c'est la plus détaillée , & la plus propre
par la méthode qui y eft obfervée à faire décou
vrir la vérité . Ceux qui s'occupent de cette importante
controverſe , doivent joindre à la lecture de
l'ouvrage que nous leur annonçons la réponſe de
cinq ou fix pages qu'y a fait M. Rouffeau & qui fe
trouve chez Piffot : C'est toujours le même courage
, la même force & la même véhémence .
Genéve qui a remporté le prix de l'Académie de
Dijon en l'année 1750 , par un Académicien de
la même Ville . A Londres , & le trouve à Paris
chez plufieurs Libraires.
C'estun écrit à deux colonnes ; on voit le difcours
d'un côté & la réfutation de l'autre . De tou
tes les Critiques qu'on a faites de l'ouvrage de M.
Roufleau , c'est la plus détaillée , & la plus propre
par la méthode qui y eft obfervée à faire décou
vrir la vérité . Ceux qui s'occupent de cette importante
controverſe , doivent joindre à la lecture de
l'ouvrage que nous leur annonçons la réponſe de
cinq ou fix pages qu'y a fait M. Rouffeau & qui fe
trouve chez Piffot : C'est toujours le même courage
, la même force & la même véhémence .
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Résumé : « REFUTATION du discours du Citoyen de Genéve qui a remporté le prix de l'Académie de [...] »
Un académicien de Dijon a publié à Londres une réfutation détaillée du discours de Rousseau, primé en 1750. L'ouvrage oppose les textes originaux et les critiques. Pour comprendre la controverse, il est conseillé de lire la réponse de Rousseau, disponible chez Piffot, marquée par son courage et sa véhémence.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9513
p. 104-105
LOGOGRIPHE.
Début :
Je devrois être juste, & cependant j'avoue [...]
Mots clefs :
Censure
9514
p. 154-160
« La premiere Planche de la Chapelle des Enfans trouvés est enfin terminée. Cette [...] »
Début :
La premiere Planche de la Chapelle des Enfans trouvés est enfin terminée. Cette [...]
Mots clefs :
Enfants trouvés, Receveur général des finances, Duc, Souscripteurs, Marchand, Maître des requêtes, Jean-Jacques Rousseau, Étienne Fessard
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La premiere Planche de la Chapelle des Enfans trouvés est enfin terminée. Cette [...] »
La premiere Planche de la Chapelle des
Enfans trouvés eft enfin terminée . Cette
nouvelle ne peut être indifférente ni pour
les Soufcripteurs ni pour le Public . Une en
treprife auffi confidérable mérite une attention
férieufe , & M. Feffard doit plutôt
fouhaiter que craindre un examen rigou
reux de fon travail . Le fuffrage de pluficus
JUILLET. 1752. 153
connoiffeurs fort difficiles nous autorife à
prononcer hautement que c'eft un bel
Ouvrage , & que l'habile Graveur qui l'a
commencé ne peut le fair trop τότ pour
fa gloire & pour le plaifir des amateurs .
Les Soufcripteurs qui fe plaignent fi fouvent
avec raifon qu'ils ont été trompés ,
fe loueront fûrement de M. Feffard ; fes
Planches auront plus de hauteur & de largeur
qu'il ne l'avoit promis , & le papier
en fera beaucoup plus beau .
Noms des Soufcripteurs pour la Gravure
de la Chapelle des Enfans trouvés.
Madame Geofrain , ruë S. Honoré .
MESSIEURS ,
De Bachaumont , aux Filles S. Thomas:
Schreiber , Aumônier de l'Ambaffade Danoife
, rue des Francs - Bourgeois.
Wafferfchlebe , chargé des affaires de
Sa Majesté Danoife.
Thibouft , Imprimeur du Roy , Place do
Cambray.
Joullain , Marchand d'Eftampes , Quai
de la Megifferie , 2 .
Madame Duronceray , Porte S. Honoré
MESSIEURS ,
Le Marquis de Croifmate , rue S. Nicaife
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
Watelet , Receveur général des Finances,
rue du Sentier.
De la Live de Bellegarde , Fermier géné
ral , rue S. Honoré.
Lorimier fils , rue de Vendôme.
Mylord Clare , ruë de Séve .
Le Chevalier de Breteüil , ruë de Séve .
Le Duc de Chevreufe, ruë S. Dominique.
D'Ormeflon du Cheray , Confeiller au
Parlement , Place Royale.
Boutin fils , Receveur général des Finances
, ruë de Richelieu .
Boutin de la Columiere , Maître des Requêtes
, rue de Richelieu .
1
De Julienne pere , aux Gobelins..
De Boullogne fils , Maître des Requêtes,
ruë Neuve des Petits Champs.
Watelet , Receveur général des Finan
ces , 2 .
Le Comte de Caylus , à l'Orangerie.
Le Duc de Luynes , rue S. Dominique.
Boutin fils , Receveur général des Finances
, 4 .
De Selle , Tréforier général de la Marine.
Le Duc de Bethune , à l'Hôtel de Charoft..
Le Roy de Pologne , Electeur de Saxe..
Le Comte de Bruhl , premier Miniſtre
du Roy de Pologne.
Monfieur le Baron de Thiers , Place de
Vendôme..
JUILLET. 172. 157'
Madame Le Daulceur , rue de Richelieu.
MESSIEURS ,
De la Haye , Fermier général , à l'Hôtel
de Bretonvilliers.
Spinhirn , Secrétaire des Ambaſſades de
Pologne.
Wafferfchlebe , chargé des affaires de
Sa Majesté Danoiſe , 3 .
Le Commandeur d'Egrieux , ruë de Berri.
Dubocage , rue de la Sourdiere.
Madame de la Popliniere , ruë de Ven
tadour.
MESSIEURS ,
Corberon , Confeiller d'Etat.
L'Abbé Chevalier , rue S. Thomas diz :
Louvre.
Moreau , Avocat du Roy au Châtelet .
Dulivier , Député au Confeil du Com
merce , ruë Therefe .
Gamard , Avocat , rue Ste . Croix de la
Bretonnerie.
Gaucherel fils , Marchand , rue des Bour
donnois.
D'Argouges , Maître des Requêtes , ruë
Bourribour .
Ducheſne , Prévôt des Bâtimens du Roy.
158 MERCURE DE FRANCE
MESSIEURS ,
Bonnert de Saint - Remy , Directeur géné
ral des Fermes , à Chalons.
De Bofe , de l'Académie Françoife , Cub
de- fac du Coq .
Thirouft d'Arconville , Préfident au Par
lement , Cul- de - fac des Blancs- Manteaux.
Le Duc de Saint- Agnan , Quai des Théa
tins.
Dubrocard , Secrétaire du Gouvernement
de Bourgogne.
D'Expilly , Libraire , rue S. Jacques , 2 .
De Champigny , Confeiller au Parlement
, rue S. Martin .
Le Duc de Beauvilliers , rue des Saints
Peres.
De Caumont , de l'Oratoire.
Bombarde , ruë de l'Univerfité.
Lallemant de Nantouillet , Fermier gé
néral , ruë Neuve S. Auguftin.
Lallemant de Bets , Fermier général , mê
me ruë.
Fraifier , Directeur général des Fortifica
tions de la Province de Bretagne , à Breft.-
L'Abbé Langeraie.
Brochant , Marchand , ruë de l'Arbre-fec.
De Pifain , Maître des Comptes , ruë
Montmartre.
L'Abbé Soucier,
JUILLET. 1752 159
MESSIEURS ,
L'Abbé Turaudin , Chanoine à Boulogne
fur mer.
Barrois , Libraire , Quai des Auguftins.
Dupleix , rue des Capucines , près le
Boulevard ,
Franqueil , Receveur général des Finances
de Metz & Alface , rue Plâtriere.
Madame la Marquife de Pompadour , 2 .
MESSIEURS ,
Le Chevalier Valory , rue des Capucines.
Herbert.
Remy de l'Académie de S. Luc , ruë
Percée.
Bruté , Curé de S. Bénoît.
Lambert , Vicaire de S. Severin .
De Dachelet , Fermier général , ruë S
Honoré.
De Grimond , Avocat au Parlement , rue
S. Martin .
De Grammont , rue des Tournelles .
Le Président de Cotte , aux Galleries du
Louvre.
Duchefne , Sous Infpecteur des Ponts &
Chauffées , rue Geoffroy - Langevin ..
Trelaguet , Sous - Infpecteur des Ponts &
Chauffées , rue S. Martin.
160 MERCURE DE FRANCE
MESSIEURS ,
Louis - François - Gabriël d'Orléans la
Mothe , Evêque d'Amiens .
De Lafont , Employé aux Fermes.-
Monfeigneur le Duc d'Orléans .
Rouffeau , rue des deux Ecus .
Le Baron de Scheffer , rue Taranne..
Le Marquis de Voyer d'Argenfon.
L'Abbé Caron , Chanoine d'Amiens.
Le Duc de Chaulnes , rue d'Enfer. -
Phillippe , Ecuyer.
Bellet , au Havre.
Bailly , Garde des Tableaux de la Cou
ronne , aux Galleries du Louvre .
De l'Efperonniere , rue Thevenot .
Enfans trouvés eft enfin terminée . Cette
nouvelle ne peut être indifférente ni pour
les Soufcripteurs ni pour le Public . Une en
treprife auffi confidérable mérite une attention
férieufe , & M. Feffard doit plutôt
fouhaiter que craindre un examen rigou
reux de fon travail . Le fuffrage de pluficus
JUILLET. 1752. 153
connoiffeurs fort difficiles nous autorife à
prononcer hautement que c'eft un bel
Ouvrage , & que l'habile Graveur qui l'a
commencé ne peut le fair trop τότ pour
fa gloire & pour le plaifir des amateurs .
Les Soufcripteurs qui fe plaignent fi fouvent
avec raifon qu'ils ont été trompés ,
fe loueront fûrement de M. Feffard ; fes
Planches auront plus de hauteur & de largeur
qu'il ne l'avoit promis , & le papier
en fera beaucoup plus beau .
Noms des Soufcripteurs pour la Gravure
de la Chapelle des Enfans trouvés.
Madame Geofrain , ruë S. Honoré .
MESSIEURS ,
De Bachaumont , aux Filles S. Thomas:
Schreiber , Aumônier de l'Ambaffade Danoife
, rue des Francs - Bourgeois.
Wafferfchlebe , chargé des affaires de
Sa Majesté Danoife.
Thibouft , Imprimeur du Roy , Place do
Cambray.
Joullain , Marchand d'Eftampes , Quai
de la Megifferie , 2 .
Madame Duronceray , Porte S. Honoré
MESSIEURS ,
Le Marquis de Croifmate , rue S. Nicaife
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
Watelet , Receveur général des Finances,
rue du Sentier.
De la Live de Bellegarde , Fermier géné
ral , rue S. Honoré.
Lorimier fils , rue de Vendôme.
Mylord Clare , ruë de Séve .
Le Chevalier de Breteüil , ruë de Séve .
Le Duc de Chevreufe, ruë S. Dominique.
D'Ormeflon du Cheray , Confeiller au
Parlement , Place Royale.
Boutin fils , Receveur général des Finances
, ruë de Richelieu .
Boutin de la Columiere , Maître des Requêtes
, rue de Richelieu .
1
De Julienne pere , aux Gobelins..
De Boullogne fils , Maître des Requêtes,
ruë Neuve des Petits Champs.
Watelet , Receveur général des Finan
ces , 2 .
Le Comte de Caylus , à l'Orangerie.
Le Duc de Luynes , rue S. Dominique.
Boutin fils , Receveur général des Finances
, 4 .
De Selle , Tréforier général de la Marine.
Le Duc de Bethune , à l'Hôtel de Charoft..
Le Roy de Pologne , Electeur de Saxe..
Le Comte de Bruhl , premier Miniſtre
du Roy de Pologne.
Monfieur le Baron de Thiers , Place de
Vendôme..
JUILLET. 172. 157'
Madame Le Daulceur , rue de Richelieu.
MESSIEURS ,
De la Haye , Fermier général , à l'Hôtel
de Bretonvilliers.
Spinhirn , Secrétaire des Ambaſſades de
Pologne.
Wafferfchlebe , chargé des affaires de
Sa Majesté Danoiſe , 3 .
Le Commandeur d'Egrieux , ruë de Berri.
Dubocage , rue de la Sourdiere.
Madame de la Popliniere , ruë de Ven
tadour.
MESSIEURS ,
Corberon , Confeiller d'Etat.
L'Abbé Chevalier , rue S. Thomas diz :
Louvre.
Moreau , Avocat du Roy au Châtelet .
Dulivier , Député au Confeil du Com
merce , ruë Therefe .
Gamard , Avocat , rue Ste . Croix de la
Bretonnerie.
Gaucherel fils , Marchand , rue des Bour
donnois.
D'Argouges , Maître des Requêtes , ruë
Bourribour .
Ducheſne , Prévôt des Bâtimens du Roy.
158 MERCURE DE FRANCE
MESSIEURS ,
Bonnert de Saint - Remy , Directeur géné
ral des Fermes , à Chalons.
De Bofe , de l'Académie Françoife , Cub
de- fac du Coq .
Thirouft d'Arconville , Préfident au Par
lement , Cul- de - fac des Blancs- Manteaux.
Le Duc de Saint- Agnan , Quai des Théa
tins.
Dubrocard , Secrétaire du Gouvernement
de Bourgogne.
D'Expilly , Libraire , rue S. Jacques , 2 .
De Champigny , Confeiller au Parlement
, rue S. Martin .
Le Duc de Beauvilliers , rue des Saints
Peres.
De Caumont , de l'Oratoire.
Bombarde , ruë de l'Univerfité.
Lallemant de Nantouillet , Fermier gé
néral , ruë Neuve S. Auguftin.
Lallemant de Bets , Fermier général , mê
me ruë.
Fraifier , Directeur général des Fortifica
tions de la Province de Bretagne , à Breft.-
L'Abbé Langeraie.
Brochant , Marchand , ruë de l'Arbre-fec.
De Pifain , Maître des Comptes , ruë
Montmartre.
L'Abbé Soucier,
JUILLET. 1752 159
MESSIEURS ,
L'Abbé Turaudin , Chanoine à Boulogne
fur mer.
Barrois , Libraire , Quai des Auguftins.
Dupleix , rue des Capucines , près le
Boulevard ,
Franqueil , Receveur général des Finances
de Metz & Alface , rue Plâtriere.
Madame la Marquife de Pompadour , 2 .
MESSIEURS ,
Le Chevalier Valory , rue des Capucines.
Herbert.
Remy de l'Académie de S. Luc , ruë
Percée.
Bruté , Curé de S. Bénoît.
Lambert , Vicaire de S. Severin .
De Dachelet , Fermier général , ruë S
Honoré.
De Grimond , Avocat au Parlement , rue
S. Martin .
De Grammont , rue des Tournelles .
Le Président de Cotte , aux Galleries du
Louvre.
Duchefne , Sous Infpecteur des Ponts &
Chauffées , rue Geoffroy - Langevin ..
Trelaguet , Sous - Infpecteur des Ponts &
Chauffées , rue S. Martin.
160 MERCURE DE FRANCE
MESSIEURS ,
Louis - François - Gabriël d'Orléans la
Mothe , Evêque d'Amiens .
De Lafont , Employé aux Fermes.-
Monfeigneur le Duc d'Orléans .
Rouffeau , rue des deux Ecus .
Le Baron de Scheffer , rue Taranne..
Le Marquis de Voyer d'Argenfon.
L'Abbé Caron , Chanoine d'Amiens.
Le Duc de Chaulnes , rue d'Enfer. -
Phillippe , Ecuyer.
Bellet , au Havre.
Bailly , Garde des Tableaux de la Cou
ronne , aux Galleries du Louvre .
De l'Efperonniere , rue Thevenot .
Fermer
Résumé : « La premiere Planche de la Chapelle des Enfans trouvés est enfin terminée. Cette [...] »
Le texte annonce l'achèvement de la première planche de la gravure de la Chapelle des Enfants trouvés, une réalisation jugée notable tant pour les souscripteurs que pour le public. Cette œuvre, exécutée par M. Feffard, a été saluée par des connaisseurs pour sa qualité et son excellence. Les souscripteurs, souvent déçus par des promesses non tenues, seront cette fois satisfaits, car les planches présentent des dimensions plus grandes et un papier de meilleure qualité que prévu. Le texte énumère également les noms des souscripteurs, qui incluent des personnalités influentes telles que Madame Geoffrin, le Marquis de Croismare, Watelet, le Duc de Chevreuse et Madame de Pompadour. Parmi eux se trouvent également d'autres nobles, ecclésiastiques, fonctionnaires et artistes. Ces souscripteurs proviennent de divers milieux et occupent des postes prestigieux au sein de la société française du XVIIIe siècle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
9515
p. 94-95
ESSAI D'une espéce nouvelle d'Enigmes plus utiles que celles qu'on lit ordinairement.
Début :
Qui pourroit nier que mon existence est plus ancienne que la Création, ne passeroit pas pour sensé. [...]
Mots clefs :
Imagination
9516
p. 111
AUTRE.
Début :
Je suis faite pour divertir, [...]
Mots clefs :
Énigme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
JE fuis faite pour divertir ,
Et le plus fouvent j'embarafle ;
Je fuis toujours cachée , & j'ai fi peu d'audace ;
Qu'à tout moment je crains de me trop
découvrir ?
Veux-tu fçavoir pourquoi je n'ofe point paroître?
J'ai de juftes raifons , tu vas en convenit ,
Dès qu'une fois tu viens à me connoitre ,
Tu me quittes alors , & n'a plus de plaifir.
JE fuis faite pour divertir ,
Et le plus fouvent j'embarafle ;
Je fuis toujours cachée , & j'ai fi peu d'audace ;
Qu'à tout moment je crains de me trop
découvrir ?
Veux-tu fçavoir pourquoi je n'ofe point paroître?
J'ai de juftes raifons , tu vas en convenit ,
Dès qu'une fois tu viens à me connoitre ,
Tu me quittes alors , & n'a plus de plaifir.
Fermer
9519
p. 168-178
Extrait du Duc de Foix, Tragédie de M. de Voltaire.
Début :
Nous n'avons fait qu'annoncer cette Piéce dans le dernier Mercure, parce que [...]
Mots clefs :
Amélie, Duc de Foix, Vamir, Prince, Frère, Acte, Amour, Ami, Ville, Sentiments, Officier, Prisonnier, Annoncer, Troupes, Passion
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texteReconnaissance textuelle : Extrait du Duc de Foix, Tragédie de M. de Voltaire.
Extrait du Duc de Foix , Tragédie
de M. de Voltaire.
Nous n'avons fait qu'annoncer cette
Piéce dans le dernier Mercure , parce que
nous comptions qu'elle feroit bientôt imprimée
; comme l'impreffion eft peut - être
encore éloignée , nous allons extraire ce
que nous en avons pû recueillir pendant
le cours des repréſentations.
Thierri , Roi de France , étoit un Monarque
foible & effeminé , qui fe laiſſoit
gouverner par Pepin , Maire du Palais.
Le Miniftre abufoit de fa faveur , pour
humilier tout ce que l'Etat & la Cour
avoient de plus diftingué.
Le Duc de Foix , Prince altier & impetueux
, ne pouvant plus fupporter une tyrannie
dont il étoit principalement la victime
, fe révolta contre le Roi , fit alliance
avec les Maures qui inondoient alors les
Pays méridionaux de l'Europe , & fe retira
à Foix , Ville Capitale de fon appanage.
Pendant la guerre , Vamir , frere du
Duc de Foix , qui étoit refté fidéle au Roi,
devint amoureux d'Amélie de Comminge,
&
OCTOBRE. 1752. 169
& s'en fit aimer. Amelie fe refugia à Leucate , perite
ville du Languedoc , où Vamit devoit la joindre
pour l'époufer . Les Maurés dans leurs courfes
fuiprirent Leucate , pillerent la Ville , & enicverent
Amélie . Le Duc de Foix la retira des mains
ia fit des raviffeurs , lui ſauva l'honneur & la vie ,
conduire à Foix , & conçut pour elle l'amour ie
plus violent . Lifois , Seigneur attaché au Duc
de Foix, trouva le moyen , malgré les Troupes du
Roi , de fe rendre auprès du Duc , pour le fecou
rir ou périr avec lui. Lifoisavoit offert fon hommage
à Amélie dans des tems plus heureux ; mais
s'appercevant fur le champ de l'ardente paffion
du Duc, il prend le parti de renoncer à la conquête
, & de fervir fon ami .
C'est ici le commencement de l'action.
Amélie repréfente à Lifois que les tems de difcordes
& de guerres civiles , ne font pas propres
pour l'Hymenée , & qu'il devoit engager le Duc
à fe foumettre au Roi ; Lifois qui n'eft dans le
parti contraire , qu'à caufe de fon amitié pour le
Duc , dit qu'il va tout tenter pour le faire rentrer
dans l'obéiflance qu'il doit à fon Souverain , il
exhorte Amélie à couronner la tendreffe du Duc ,
il lui fait valoir les avantages d'une pareille union ,
il vante enfuite les vertus du Prince , fans cacher
Les défauts , & juſtifie ſon attachement pour lui
par ces Vers.
Eh qui fçauroit , Madame , où placer ces fervices ,
S'il ne nous falloit fuivre & ne chérir jamais
Que des coeurs fans foibleffe , ou des Princes par
faits.
J'ai facrifié , ajoûte - t'il à Amélie, les fentimens
que vous m'avez infpirés , non pas au Prince ,
car je l'aurois bravé , mais à mon ami.
H
170 MERCURE DE FRANCE .
:
Après le départ de Lifois , Amélie dit à Thaife
fa confidente , qu'elle ne peut répondre à l'amour
du Duc , que Vamir fon frere , a toute fa tendiefle
, & qu'ils fe font promis une foi réciproque
Amélie appercevant le Duc fe retire , le
Prince en eft furpris , il fait refter Thaife , & lui
ordonne d'annoncer à Amelie , qu'elle doit fe dif
pofer à lui donner la main dans le jour ; il refte
feul avec Lifois , qui , après lui avoir rendu compte
de l'état de l'armée fait de fortes instances pour
le déterminer à faire la paix avec le Roi. Le Duc
ne veut rien écouter & s'écrie ,
De Pepin fon tyran , je crains peu la colere ,
Je déteste un fujet qui croit m'intimider ,
Et je méprife un Roi qui n'ofe commander .
Lifois affligé de l'inflexibilité du Duc , & de
l'excès de fa paffion pour Amélie , lui dit :
Il faut à fon ami montrer fon injuftice ,
L'éclairer , l'arrêter au bord du précipice ,
Je l'ai dit , je l'ai fait malgré votre couroux ,
Vous y voulez tomber , & j'y tombe avec vous.
Après un court monologue du Duc de Foix qui
commence le ſecond Acte , Amélie paroît qui veut
l'éviter ; mais le Prince l'arrête , lui renouvelie
fes hommages , & la preffe d'accepter fa main.
Amélie refufe fes offies , en difant que les ayeux
ont tous été fidéles à leurs Souverains , qu'ils ont
verfé leur fang pour la patrie & qu'elle ne peut
fe réfoudre à époufer l'auteur d'une guerre civile .
Le Due furieux , loue ironiquement la politiOCTOBRE
. 1752. 171
tique & le zele heroïque d'Amélie ; elle perfifte
dans fon refus , & lui confeille de fuivre en tant
les avis de Lifois. A ce nom , le Duc qui eft ombrageux
, prend de la jaloufie contre fon ami ; Lifois
furvient dans le moment , & furpris de trouwer
au Prince un air fombre & chagrin , il lui en
demande la raifon ; le Duc ne peut diffimu'er
fa jalousie , Lifois eft indigné & fe juftifie d'un
ton de vérité & de perfuafion qui défabufe entierement
le Duc . Lifois ajoûte :
S'il eft quelque rival qui vous ofe outrager ,
Tout mon fang eft à vous , & je cours vous vanger.
Le Prince fe plaint de l'obftacle que lui oppofe
Amelie , Lifois bien loin de la blâmer , prend la
défenfe , & fait de nouvelles remontrances au Duc
fur faréfiftance au Roi dont il prévoit le triomphe.
Le pur fang de Clovis , eft toujours adoré ,
Tôt ou tard , il faudra que de ce Trônc ſacré ,
Les rameaux divifés , & courbés par l'orage ,
Plus unis & plus beaux , foient notre unique ombrage.
Le Duc fe rend enfin , mais ce n'est que pour
plaire à Amelie , il deviendra vestueux par elle , &
tous les fentimens deviendront les fiens : Lifois ne
peut s'empêcher de lui dire qu'un fi grand changement
devroit appartenir plutôt au heros qu'à
Pamant.
Mais fi d'un fi grand coeur une femme difpole
L'effet en eft trop , pour en blâmer la caufe beau
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Un Officier des Gardes vient apprendre que les
Troupes du Roi le préparent à attaquer la Ville ,
le Duc ne veut plus entendre parler de paix , &
part pour combattre les ennemis ; Lifois le fuit en
proteftant que fi le Duc périt , il ne lui furvivra pas .
On apprend au commencement du troifiéme
Acte que les Troupes du Roi ont été repouflées ,
& que leur Chef eft fait prifonnier. Ce prifonnier
eft Vamir qui n'avoit follicité l'honneur du Commandement
que pour recouvrer fa maitielle , il eft
auffi idolâtre & aufli jaloux d'Amelie que le Duc.
Vamir ne veut pas fe faire connoître , Lifois qui
Paccompagne refpe&te for fecret , & le laiffe avec
fon confident. Vamir déplore alors la trifte fituation
, il croit Amelie infidele , il tremble d'apprendre
fon union avec fou frete , il eft prifonnier
de fon rival. Que de malheurs à la fois ! Cependant
le Duc qui a fenti je ne fçais quel trouble
en combattant le Genéral des Troupes du Roi ,
veut fçavoir quel eft le prifonnier qui eft en fa
puiflance , il est étonné de reconnoître Vamir ,
lui fait de tendres reproches de ce qu'il fert fes
ennemis ; il lui donne de vifs témoignages d'ami
tié , & lui promet de faire la paix avec le Roi , &
fait venir Amelie qui doit être le gage de la réconciliation
des deux freres , & de la foumiffion du
Duc à fon Souverain . Amelie arrive , quelle furprife
pour elle de rencontrer fon amant ? Nouvelvelles
offres d'hymen de la part du Duc à Amelie ,
& nouveau refus de cette fidéle amante , qui n'eft
Occupée que de Vamir ; il faut pourtant qu'elle
déclare fes vrais fentimens , & elle avoue fon penchant
pour Vamir . Le Duc entre dans une fureur
inexprimable , Vamir n'eft pas plus tranquile ,
& protefte avec vehemence qu'il perdra plutôt le
jour que de céder Amelie , qu'il est lié avec elle
OCTOBRE. 1752 . 173
par un ferment folemnel , & il renouvelle ce ferment
en préfence du Dus , par ces deux beaux
Vers de fituation.
A la face des Cieux , je lui donne ma for
Je te fais de nos voeux le témoin malgré toi ,
Lifois vient annoncer au Duc que le peuple fe
révolte au nom de fon frere , la fureur du Prince
redouble encore , s'il eft poffible , & il fort eri
ordonnant à Lifois de lui répondre de Vamir. Lifois
effrayé de la rage du Duc en demande le fujet
à Vamir , l'amour caufe toutes ces horreurs ,
lui répond Vamir : Ciel , réplique Lifois pénétré
de douleur , l'amour doit il donc être l'ame des
actions des Princes , anéantira - t'il les plus nobles
deffeins ?
Lifois termine le troifiéme Acte en faiſant Vamir
prifonnier fur la parole.
Vamir ne s'occupe plus que du foin de voir
Amelie qui de fon côté à le même défir , ils confirment
leurs fermens de s'aimer éternellement.
Amelie exhorte Vamir à prendre la fuite pour éviter
la perfécution de fon frere ; Vamir oppofe la
parole qu'ila donnée à Lifois & conjure Amelie
de partir feule ; le Duc les furprend dans ce tendre
entretien , fa fureur & la jalouffe parviennent aut
comble , il menace Vamir de la mort , & dit à
Amelie de le fuivre fur le champ à l'autel ; la vie
de ce perfide , en parlant de fon frere , eft à ce
prix. Vamir la prie avec la plus vive inftance de
tout facrifier plutôt que d'accepter les offres de
fon rival : Amelie ne voit , n'entend que Vamic
& continue de réfifter au Duc qui ordonne qu'on ,
entraine fon frere à la Tour : Amelie effrayée
fort de fa modération ordinaire , & fait une im-
Hij
174 MERCURE DE FRANCE.
précation des plus fortes contre le Duc. Lifois
furvient , elle s'adreffe à lui , c'eft fon feul recours
, le Duc la fait éloigner & refte feul avec
Lifois , il prend la réfolution de faire affaffiner
fon frere. Lifois indigné d'un crime & atroce , le
lui réprefente dans toute fon étendue , & avec
toute la vigueur dont il eft capable ; le Duc eft
dars un état fi violent qu'il ne peut rien écouter ,
il charge même Lifois d'un ordre fi inhumain , qui
n'a garde d'accepter un emploi fi odieux , le Duc
lui dit qu'il le croyoit fon ami , mais qu'il n'eft
qu'un ingrat : Lifois remarquant que le Prince ne
fe connoit plus , feint de confentir à cet horrible
attentat , dans la crainte que le Duc ne cho:fiffe
un autre Miniftre de fa vengeance , il lui demande
en même tenis le commandement abfolu dans l'armée
, & même fur les Maures , & il l'obtient.
Le Duc dans la premiere Scene du cinquième
Acte , fait connoftre qu'il ne fe fie pas à Lifois ,
il a chargé un bras plus sûr de l'exécution de fon
- forfait , & s'adreflant à un Officier de fes Gardes,
il lui demande fi le foldat qui doit aller à la Tour
a fatisfait à fon ordre , l'Officier en répond &
fort pour retourner à fon pofte . Le Duc livré à
toutes les réflexions d'un homme qui n'eſt pas
accoutumé au crime , commence à fe repentir
il est également tourmenté par l'amour , par la
vengeance & par les remords , il fe rappelle les
jours de fon enfance , jours purs & heureux , ou
fon frere & lui , n'avoient qu'un même fentiment
, qu'une égale tendreffe , & tâchant l'inſtant
d'après , de juftifier fa cruauté il s'écrie ,
Mais lui-même il m'attaque , il brave ma colere ,
Il me trompe , il me hait ... n'importe il eft mon
frere.
OCTOBRE. 1752. 175
A ce nom il déteſte fon fatal amour , & le péril
de Vamir le fait frémir , l'Officier de fes Gardes
rentre pour lui dire que la Ville eft en fureté ,
cela ne l'intéreffe plus , il n'eft occupé que du falut
de fon frere , change l'ordre qu'il a donné contre.
lui , & s'informe avec vivacité de ce que fait Lifois
, & de ce qui fe paffe à la Tour ; l'Officier
lui répond qu'il vient de voir emporter par ordre
de Lifois un cadavre tout fanglant hors la Tour
Le Duc qui ne peut pas douter de la confommation
de fon crime , tombe dans un fauteuil , privé
, pour ainfi dire , de tout fentiment. Amélie
vient lui annoncer qu'elle s'eft déterminée à acceptet
fa main pour fauver les jours de Vamir. Le
Duc ne répond que par fes larmes : Amélie eſt
faifie d'un mortel effroi , le Duc pénétré d'horreur
lui arrache l'ame par ces mors : Madame , it
n'eft plus tems. Amélie confternée ne fait point de
plaintes inutiles , elle veut feulement voir
fon amant , l'embraffer & mourir. Le Duc veut
fe percer le fein aux yeux d'Amélie , Lifois furvient
, & lui retient le bras , le Duc lui reproche
fon fecours , & fon obéiance avec impétuofité e
Amélie éclate , & marque fon indignation ; Lifois
fe défend fur les ordres réitérés & abſolus
qu'il a reçus ; mais les regrets du Prince lui faifant
connoître que le moment heureux eſt arrivé ,
la confolation & la joye fuccédent aux allarmes &
à la terreur par ces Vers que Lifois adreſſe au Duc
& à Amélic.
Je peux donc m'expliquer , je peux donc vous
apprendre ,
Que de vous même enfin , Lifois fçait vous déf
fendic.
Hiiij
176 MERCURE DE FRANCE.
Connoiffez - moi , Madame , & calmez vos douleurs
,•
Vous gardez vos remords , & vous fechez vos
pleurs :
Que ce jour à tous trois , foit un jour falutaire.
Venez , paroiffez Prince , embrallez votre frere.
La préfence de Vamir & les fentimens de reconnoillance
que le Duc & Amélie témoignent
à l'envi au genereux Lifois , d'un fervice fi fignalé
, forment un Tableau des plus frappans qu'on
ait vu au Théatre. Lifois les inftruit de la manie
re dont il a fauvé Vamir ; c'eft en frappant le foldat
qui avoit été chargé après lui d'un ordre barbare.
Le Duc de Foix triomphe de lui - même , fe
foumet au Roi , & céde Amélie en déclatant qu'il
en eft plus épris que jamais.
Il nous tefte à rendre compte des fentimens du
Public , fur cet Ouvrage digne de la réputation
éclatante de M. de Voltaire , mais inférieur à Alzire
, comme Bajazet l'eſt à Athalie .
Le premier Acte eft froid , & ne prépare pas
à un grand interêt , parce que l'expofition n'en est
pas affez claire , furtout dans un fujet d'inven
tion ; le Spectateur fouhaiteroit être mieux inftruit
des motifs de la vengeance & de l'emportement
du Duc de Foix contre Thierri , ainfi que de la
naiffance & des progrès de la paffion d'Amelie pour
Vamir , qui fans le charme de la fimpatie , ne mérite
pas d'être préféré . Le fecond Acte eft applaudi
avec juftice , la Scene de jaloufie entre le Duc
de Foix & Lifois , quoique le prétexte en foir le
ger , eft extrêmement belle. Le commencement
OCTOBRE. 1752. 177
& le milieu du troifiéme Acte font très - chauds , la
fin eft languillante . Le quatriéme eft ferré , il excite
une grande attention , & conduit naturellement
au cinquiéme qui produit les plus grands effets
de la Tragédie . On eft effrayé dans les premieres
Scenes , & tout le monde s'attendrit aux
dernieres.
Les ames froides & tranquilles , & plufieurs critiques
condamnent le caractere du Duc de Foix g
il est outré ; ce n'eft point un François , c'eſt un
Barbare ; nous ne balançons point à dire que non
feulement ce caractere eft vraisemblable , mais
qu'il eft pris dans la nature & par conféquent de
toutes les nations. C'est ainsi qu'aiment la plupart
de ceux qui font fupérieurs aux autres , & qui font
en droit de commander ; quand leur paffion eft a
dente , ils s'en laiffent dominer , & veulent que
rien ne leur réfifte . Nous ofons même foutenir que
le perfonnage du Duc de Foix eft une école de
moeurs pour la jeunelle fougueufe qui fe livre fans
réferve à fes penchans ; la feule critique raifonnable
qu'on en puifle faire , c'eft que fon repentig
n'eft peut- être pas affez préparé.Amélie n'eft qu'amante
, elle a toujours raiſon relativement à fa
tendreffe , mais elle ne fait pas verter des larmes ;
Vamir intereffe peu . L'objet de l'Auteur a été fans
doute de réunir toute l'attention & tout l'interêt
des Spectateurs fur le Duc de Foix qui a les principes
de toutes les vertus , mais qui eft égaré par fes
paffions. Racine a fait la même chofe dans Phédre
à qui il atout facrifié. On ne s'occupe point
d'Aricie.
Nous n'avons point entendu faire de critiques:
fur le rolle de Lifois , qui forme un contrafte parfait
avec celui du Duc de Foix . Ce caractere eft admi .
rable , & neuf au Théatre. Ce n'eft ni Acomatai
Burthus , c'eft Lifois ,
Hy
178 MERCURE DE FRANCE.
Le file de Fouvrage eft enchanteur , naturel &
affez foutenu, les beautés qu'on appelle de détail ,
ne font point
de M. de Voltaire.
Nous n'avons fait qu'annoncer cette
Piéce dans le dernier Mercure , parce que
nous comptions qu'elle feroit bientôt imprimée
; comme l'impreffion eft peut - être
encore éloignée , nous allons extraire ce
que nous en avons pû recueillir pendant
le cours des repréſentations.
Thierri , Roi de France , étoit un Monarque
foible & effeminé , qui fe laiſſoit
gouverner par Pepin , Maire du Palais.
Le Miniftre abufoit de fa faveur , pour
humilier tout ce que l'Etat & la Cour
avoient de plus diftingué.
Le Duc de Foix , Prince altier & impetueux
, ne pouvant plus fupporter une tyrannie
dont il étoit principalement la victime
, fe révolta contre le Roi , fit alliance
avec les Maures qui inondoient alors les
Pays méridionaux de l'Europe , & fe retira
à Foix , Ville Capitale de fon appanage.
Pendant la guerre , Vamir , frere du
Duc de Foix , qui étoit refté fidéle au Roi,
devint amoureux d'Amélie de Comminge,
&
OCTOBRE. 1752. 169
& s'en fit aimer. Amelie fe refugia à Leucate , perite
ville du Languedoc , où Vamit devoit la joindre
pour l'époufer . Les Maurés dans leurs courfes
fuiprirent Leucate , pillerent la Ville , & enicverent
Amélie . Le Duc de Foix la retira des mains
ia fit des raviffeurs , lui ſauva l'honneur & la vie ,
conduire à Foix , & conçut pour elle l'amour ie
plus violent . Lifois , Seigneur attaché au Duc
de Foix, trouva le moyen , malgré les Troupes du
Roi , de fe rendre auprès du Duc , pour le fecou
rir ou périr avec lui. Lifoisavoit offert fon hommage
à Amélie dans des tems plus heureux ; mais
s'appercevant fur le champ de l'ardente paffion
du Duc, il prend le parti de renoncer à la conquête
, & de fervir fon ami .
C'est ici le commencement de l'action.
Amélie repréfente à Lifois que les tems de difcordes
& de guerres civiles , ne font pas propres
pour l'Hymenée , & qu'il devoit engager le Duc
à fe foumettre au Roi ; Lifois qui n'eft dans le
parti contraire , qu'à caufe de fon amitié pour le
Duc , dit qu'il va tout tenter pour le faire rentrer
dans l'obéiflance qu'il doit à fon Souverain , il
exhorte Amélie à couronner la tendreffe du Duc ,
il lui fait valoir les avantages d'une pareille union ,
il vante enfuite les vertus du Prince , fans cacher
Les défauts , & juſtifie ſon attachement pour lui
par ces Vers.
Eh qui fçauroit , Madame , où placer ces fervices ,
S'il ne nous falloit fuivre & ne chérir jamais
Que des coeurs fans foibleffe , ou des Princes par
faits.
J'ai facrifié , ajoûte - t'il à Amélie, les fentimens
que vous m'avez infpirés , non pas au Prince ,
car je l'aurois bravé , mais à mon ami.
H
170 MERCURE DE FRANCE .
:
Après le départ de Lifois , Amélie dit à Thaife
fa confidente , qu'elle ne peut répondre à l'amour
du Duc , que Vamir fon frere , a toute fa tendiefle
, & qu'ils fe font promis une foi réciproque
Amélie appercevant le Duc fe retire , le
Prince en eft furpris , il fait refter Thaife , & lui
ordonne d'annoncer à Amelie , qu'elle doit fe dif
pofer à lui donner la main dans le jour ; il refte
feul avec Lifois , qui , après lui avoir rendu compte
de l'état de l'armée fait de fortes instances pour
le déterminer à faire la paix avec le Roi. Le Duc
ne veut rien écouter & s'écrie ,
De Pepin fon tyran , je crains peu la colere ,
Je déteste un fujet qui croit m'intimider ,
Et je méprife un Roi qui n'ofe commander .
Lifois affligé de l'inflexibilité du Duc , & de
l'excès de fa paffion pour Amélie , lui dit :
Il faut à fon ami montrer fon injuftice ,
L'éclairer , l'arrêter au bord du précipice ,
Je l'ai dit , je l'ai fait malgré votre couroux ,
Vous y voulez tomber , & j'y tombe avec vous.
Après un court monologue du Duc de Foix qui
commence le ſecond Acte , Amélie paroît qui veut
l'éviter ; mais le Prince l'arrête , lui renouvelie
fes hommages , & la preffe d'accepter fa main.
Amélie refufe fes offies , en difant que les ayeux
ont tous été fidéles à leurs Souverains , qu'ils ont
verfé leur fang pour la patrie & qu'elle ne peut
fe réfoudre à époufer l'auteur d'une guerre civile .
Le Due furieux , loue ironiquement la politiOCTOBRE
. 1752. 171
tique & le zele heroïque d'Amélie ; elle perfifte
dans fon refus , & lui confeille de fuivre en tant
les avis de Lifois. A ce nom , le Duc qui eft ombrageux
, prend de la jaloufie contre fon ami ; Lifois
furvient dans le moment , & furpris de trouwer
au Prince un air fombre & chagrin , il lui en
demande la raifon ; le Duc ne peut diffimu'er
fa jalousie , Lifois eft indigné & fe juftifie d'un
ton de vérité & de perfuafion qui défabufe entierement
le Duc . Lifois ajoûte :
S'il eft quelque rival qui vous ofe outrager ,
Tout mon fang eft à vous , & je cours vous vanger.
Le Prince fe plaint de l'obftacle que lui oppofe
Amelie , Lifois bien loin de la blâmer , prend la
défenfe , & fait de nouvelles remontrances au Duc
fur faréfiftance au Roi dont il prévoit le triomphe.
Le pur fang de Clovis , eft toujours adoré ,
Tôt ou tard , il faudra que de ce Trônc ſacré ,
Les rameaux divifés , & courbés par l'orage ,
Plus unis & plus beaux , foient notre unique ombrage.
Le Duc fe rend enfin , mais ce n'est que pour
plaire à Amelie , il deviendra vestueux par elle , &
tous les fentimens deviendront les fiens : Lifois ne
peut s'empêcher de lui dire qu'un fi grand changement
devroit appartenir plutôt au heros qu'à
Pamant.
Mais fi d'un fi grand coeur une femme difpole
L'effet en eft trop , pour en blâmer la caufe beau
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Un Officier des Gardes vient apprendre que les
Troupes du Roi le préparent à attaquer la Ville ,
le Duc ne veut plus entendre parler de paix , &
part pour combattre les ennemis ; Lifois le fuit en
proteftant que fi le Duc périt , il ne lui furvivra pas .
On apprend au commencement du troifiéme
Acte que les Troupes du Roi ont été repouflées ,
& que leur Chef eft fait prifonnier. Ce prifonnier
eft Vamir qui n'avoit follicité l'honneur du Commandement
que pour recouvrer fa maitielle , il eft
auffi idolâtre & aufli jaloux d'Amelie que le Duc.
Vamir ne veut pas fe faire connoître , Lifois qui
Paccompagne refpe&te for fecret , & le laiffe avec
fon confident. Vamir déplore alors la trifte fituation
, il croit Amelie infidele , il tremble d'apprendre
fon union avec fou frete , il eft prifonnier
de fon rival. Que de malheurs à la fois ! Cependant
le Duc qui a fenti je ne fçais quel trouble
en combattant le Genéral des Troupes du Roi ,
veut fçavoir quel eft le prifonnier qui eft en fa
puiflance , il est étonné de reconnoître Vamir ,
lui fait de tendres reproches de ce qu'il fert fes
ennemis ; il lui donne de vifs témoignages d'ami
tié , & lui promet de faire la paix avec le Roi , &
fait venir Amelie qui doit être le gage de la réconciliation
des deux freres , & de la foumiffion du
Duc à fon Souverain . Amelie arrive , quelle furprife
pour elle de rencontrer fon amant ? Nouvelvelles
offres d'hymen de la part du Duc à Amelie ,
& nouveau refus de cette fidéle amante , qui n'eft
Occupée que de Vamir ; il faut pourtant qu'elle
déclare fes vrais fentimens , & elle avoue fon penchant
pour Vamir . Le Duc entre dans une fureur
inexprimable , Vamir n'eft pas plus tranquile ,
& protefte avec vehemence qu'il perdra plutôt le
jour que de céder Amelie , qu'il est lié avec elle
OCTOBRE. 1752 . 173
par un ferment folemnel , & il renouvelle ce ferment
en préfence du Dus , par ces deux beaux
Vers de fituation.
A la face des Cieux , je lui donne ma for
Je te fais de nos voeux le témoin malgré toi ,
Lifois vient annoncer au Duc que le peuple fe
révolte au nom de fon frere , la fureur du Prince
redouble encore , s'il eft poffible , & il fort eri
ordonnant à Lifois de lui répondre de Vamir. Lifois
effrayé de la rage du Duc en demande le fujet
à Vamir , l'amour caufe toutes ces horreurs ,
lui répond Vamir : Ciel , réplique Lifois pénétré
de douleur , l'amour doit il donc être l'ame des
actions des Princes , anéantira - t'il les plus nobles
deffeins ?
Lifois termine le troifiéme Acte en faiſant Vamir
prifonnier fur la parole.
Vamir ne s'occupe plus que du foin de voir
Amelie qui de fon côté à le même défir , ils confirment
leurs fermens de s'aimer éternellement.
Amelie exhorte Vamir à prendre la fuite pour éviter
la perfécution de fon frere ; Vamir oppofe la
parole qu'ila donnée à Lifois & conjure Amelie
de partir feule ; le Duc les furprend dans ce tendre
entretien , fa fureur & la jalouffe parviennent aut
comble , il menace Vamir de la mort , & dit à
Amelie de le fuivre fur le champ à l'autel ; la vie
de ce perfide , en parlant de fon frere , eft à ce
prix. Vamir la prie avec la plus vive inftance de
tout facrifier plutôt que d'accepter les offres de
fon rival : Amelie ne voit , n'entend que Vamic
& continue de réfifter au Duc qui ordonne qu'on ,
entraine fon frere à la Tour : Amelie effrayée
fort de fa modération ordinaire , & fait une im-
Hij
174 MERCURE DE FRANCE.
précation des plus fortes contre le Duc. Lifois
furvient , elle s'adreffe à lui , c'eft fon feul recours
, le Duc la fait éloigner & refte feul avec
Lifois , il prend la réfolution de faire affaffiner
fon frere. Lifois indigné d'un crime & atroce , le
lui réprefente dans toute fon étendue , & avec
toute la vigueur dont il eft capable ; le Duc eft
dars un état fi violent qu'il ne peut rien écouter ,
il charge même Lifois d'un ordre fi inhumain , qui
n'a garde d'accepter un emploi fi odieux , le Duc
lui dit qu'il le croyoit fon ami , mais qu'il n'eft
qu'un ingrat : Lifois remarquant que le Prince ne
fe connoit plus , feint de confentir à cet horrible
attentat , dans la crainte que le Duc ne cho:fiffe
un autre Miniftre de fa vengeance , il lui demande
en même tenis le commandement abfolu dans l'armée
, & même fur les Maures , & il l'obtient.
Le Duc dans la premiere Scene du cinquième
Acte , fait connoftre qu'il ne fe fie pas à Lifois ,
il a chargé un bras plus sûr de l'exécution de fon
- forfait , & s'adreflant à un Officier de fes Gardes,
il lui demande fi le foldat qui doit aller à la Tour
a fatisfait à fon ordre , l'Officier en répond &
fort pour retourner à fon pofte . Le Duc livré à
toutes les réflexions d'un homme qui n'eſt pas
accoutumé au crime , commence à fe repentir
il est également tourmenté par l'amour , par la
vengeance & par les remords , il fe rappelle les
jours de fon enfance , jours purs & heureux , ou
fon frere & lui , n'avoient qu'un même fentiment
, qu'une égale tendreffe , & tâchant l'inſtant
d'après , de juftifier fa cruauté il s'écrie ,
Mais lui-même il m'attaque , il brave ma colere ,
Il me trompe , il me hait ... n'importe il eft mon
frere.
OCTOBRE. 1752. 175
A ce nom il déteſte fon fatal amour , & le péril
de Vamir le fait frémir , l'Officier de fes Gardes
rentre pour lui dire que la Ville eft en fureté ,
cela ne l'intéreffe plus , il n'eft occupé que du falut
de fon frere , change l'ordre qu'il a donné contre.
lui , & s'informe avec vivacité de ce que fait Lifois
, & de ce qui fe paffe à la Tour ; l'Officier
lui répond qu'il vient de voir emporter par ordre
de Lifois un cadavre tout fanglant hors la Tour
Le Duc qui ne peut pas douter de la confommation
de fon crime , tombe dans un fauteuil , privé
, pour ainfi dire , de tout fentiment. Amélie
vient lui annoncer qu'elle s'eft déterminée à acceptet
fa main pour fauver les jours de Vamir. Le
Duc ne répond que par fes larmes : Amélie eſt
faifie d'un mortel effroi , le Duc pénétré d'horreur
lui arrache l'ame par ces mors : Madame , it
n'eft plus tems. Amélie confternée ne fait point de
plaintes inutiles , elle veut feulement voir
fon amant , l'embraffer & mourir. Le Duc veut
fe percer le fein aux yeux d'Amélie , Lifois furvient
, & lui retient le bras , le Duc lui reproche
fon fecours , & fon obéiance avec impétuofité e
Amélie éclate , & marque fon indignation ; Lifois
fe défend fur les ordres réitérés & abſolus
qu'il a reçus ; mais les regrets du Prince lui faifant
connoître que le moment heureux eſt arrivé ,
la confolation & la joye fuccédent aux allarmes &
à la terreur par ces Vers que Lifois adreſſe au Duc
& à Amélic.
Je peux donc m'expliquer , je peux donc vous
apprendre ,
Que de vous même enfin , Lifois fçait vous déf
fendic.
Hiiij
176 MERCURE DE FRANCE.
Connoiffez - moi , Madame , & calmez vos douleurs
,•
Vous gardez vos remords , & vous fechez vos
pleurs :
Que ce jour à tous trois , foit un jour falutaire.
Venez , paroiffez Prince , embrallez votre frere.
La préfence de Vamir & les fentimens de reconnoillance
que le Duc & Amélie témoignent
à l'envi au genereux Lifois , d'un fervice fi fignalé
, forment un Tableau des plus frappans qu'on
ait vu au Théatre. Lifois les inftruit de la manie
re dont il a fauvé Vamir ; c'eft en frappant le foldat
qui avoit été chargé après lui d'un ordre barbare.
Le Duc de Foix triomphe de lui - même , fe
foumet au Roi , & céde Amélie en déclatant qu'il
en eft plus épris que jamais.
Il nous tefte à rendre compte des fentimens du
Public , fur cet Ouvrage digne de la réputation
éclatante de M. de Voltaire , mais inférieur à Alzire
, comme Bajazet l'eſt à Athalie .
Le premier Acte eft froid , & ne prépare pas
à un grand interêt , parce que l'expofition n'en est
pas affez claire , furtout dans un fujet d'inven
tion ; le Spectateur fouhaiteroit être mieux inftruit
des motifs de la vengeance & de l'emportement
du Duc de Foix contre Thierri , ainfi que de la
naiffance & des progrès de la paffion d'Amelie pour
Vamir , qui fans le charme de la fimpatie , ne mérite
pas d'être préféré . Le fecond Acte eft applaudi
avec juftice , la Scene de jaloufie entre le Duc
de Foix & Lifois , quoique le prétexte en foir le
ger , eft extrêmement belle. Le commencement
OCTOBRE. 1752. 177
& le milieu du troifiéme Acte font très - chauds , la
fin eft languillante . Le quatriéme eft ferré , il excite
une grande attention , & conduit naturellement
au cinquiéme qui produit les plus grands effets
de la Tragédie . On eft effrayé dans les premieres
Scenes , & tout le monde s'attendrit aux
dernieres.
Les ames froides & tranquilles , & plufieurs critiques
condamnent le caractere du Duc de Foix g
il est outré ; ce n'eft point un François , c'eſt un
Barbare ; nous ne balançons point à dire que non
feulement ce caractere eft vraisemblable , mais
qu'il eft pris dans la nature & par conféquent de
toutes les nations. C'est ainsi qu'aiment la plupart
de ceux qui font fupérieurs aux autres , & qui font
en droit de commander ; quand leur paffion eft a
dente , ils s'en laiffent dominer , & veulent que
rien ne leur réfifte . Nous ofons même foutenir que
le perfonnage du Duc de Foix eft une école de
moeurs pour la jeunelle fougueufe qui fe livre fans
réferve à fes penchans ; la feule critique raifonnable
qu'on en puifle faire , c'eft que fon repentig
n'eft peut- être pas affez préparé.Amélie n'eft qu'amante
, elle a toujours raiſon relativement à fa
tendreffe , mais elle ne fait pas verter des larmes ;
Vamir intereffe peu . L'objet de l'Auteur a été fans
doute de réunir toute l'attention & tout l'interêt
des Spectateurs fur le Duc de Foix qui a les principes
de toutes les vertus , mais qui eft égaré par fes
paffions. Racine a fait la même chofe dans Phédre
à qui il atout facrifié. On ne s'occupe point
d'Aricie.
Nous n'avons point entendu faire de critiques:
fur le rolle de Lifois , qui forme un contrafte parfait
avec celui du Duc de Foix . Ce caractere eft admi .
rable , & neuf au Théatre. Ce n'eft ni Acomatai
Burthus , c'eft Lifois ,
Hy
178 MERCURE DE FRANCE.
Le file de Fouvrage eft enchanteur , naturel &
affez foutenu, les beautés qu'on appelle de détail ,
ne font point
Fermer
9520
p. 92
ENIGME.
Début :
Lecteur, je suis matiere : [...]
Mots clefs :
Cadran solaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
Lecteur , je fuis matiere :
Ami de la clarté ,
Je fuis l'obscurité ,
Et chéris la lumiere.
D'un Dieu changeant fuivant le cours ,
Je fuis expofé d'ordinaire
Dans les jardins & dans les cours.
Ma deviſe vulgaire ,
Propre à mon inſtabilité ,
Eft la fragilité.
De Senlis , le 26 Août 17520
Lecteur , je fuis matiere :
Ami de la clarté ,
Je fuis l'obscurité ,
Et chéris la lumiere.
D'un Dieu changeant fuivant le cours ,
Je fuis expofé d'ordinaire
Dans les jardins & dans les cours.
Ma deviſe vulgaire ,
Propre à mon inſtabilité ,
Eft la fragilité.
De Senlis , le 26 Août 17520
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9521
p. 93
AUTRE.
Début :
Ici sans transposer, il suffit qu'on divise [...]
Mots clefs :
Arc-en-ciel
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
Ci fans tranfpofer , il fuffit qu'on divife
Un de mes bouts contre une Tour ,
Dont tout entier je ne couvre qu'un bout.
En cinq lettres je fers à décorer l'Eglife ,
En trois je fers à lui donner
Des enfans. Le Lecteur doit bien me deviner.
Par M, P. C. de S. O, l'an.
Ci fans tranfpofer , il fuffit qu'on divife
Un de mes bouts contre une Tour ,
Dont tout entier je ne couvre qu'un bout.
En cinq lettres je fers à décorer l'Eglife ,
En trois je fers à lui donner
Des enfans. Le Lecteur doit bien me deviner.
Par M, P. C. de S. O, l'an.
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9522
p. 94-95
AUTRE.
Début :
Cinq lettres composent mon nom, [...]
Mots clefs :
Fille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Cinq lettres compofent mon nom ,
Lecteur , c'eſt déja beaucoup dire.
Crains-tu d'aimer ? Fuis-moi , je pourrois bien te
nuire ,
Et te rendre fenfible en troublant ta raiſon.
A ce trait me connois- tu ? Non.
Malgré les cris de la fiere fageffe ,
J'aurai donc la confufion
De fubir le tourment de la combinaiſon.
Degrace fi j'ai la foibleffe
D'y conſentir ,
Pour ton plaifir ,
N'atrifte point ma complaiſance ,
En te fervant d'un terme de dédain
Qu'en combinant mon nom l'on rencontre fou
dain.
Contre ta coupable infolence
Je fçaurois faire agir ce germe de vengeance
Que toujours je porte en mon fein.
Sans allarmer la bienféance ,
Cherche plutôt ce qui le plus fouvent
Fait mon travail & mon amuſement.
Un arbre qui toujours grace à la nature
L'Eté comme l'Hyver conferve fa verdure,
Se trouve auffi chez moi : pour me defennuyer
DECEMBRE. 1752 95 .
Sous fon ombre fouvent je me plais à chanter:
Si tu me vois à ton paffage ,
N'approche point en tapinois ,
De peur de t'attendrir au doux fon de ma voix,
Mais quoi Malgré cet avis fi fage
Tu veux donc faire le mutin,
J'en ai trop dit ... ab le lutin ...!
Tume tiens ... au'fecours... tu finiras peut- être,
Contente-toi de me connoître.
De Berville , en Caux.
Cinq lettres compofent mon nom ,
Lecteur , c'eſt déja beaucoup dire.
Crains-tu d'aimer ? Fuis-moi , je pourrois bien te
nuire ,
Et te rendre fenfible en troublant ta raiſon.
A ce trait me connois- tu ? Non.
Malgré les cris de la fiere fageffe ,
J'aurai donc la confufion
De fubir le tourment de la combinaiſon.
Degrace fi j'ai la foibleffe
D'y conſentir ,
Pour ton plaifir ,
N'atrifte point ma complaiſance ,
En te fervant d'un terme de dédain
Qu'en combinant mon nom l'on rencontre fou
dain.
Contre ta coupable infolence
Je fçaurois faire agir ce germe de vengeance
Que toujours je porte en mon fein.
Sans allarmer la bienféance ,
Cherche plutôt ce qui le plus fouvent
Fait mon travail & mon amuſement.
Un arbre qui toujours grace à la nature
L'Eté comme l'Hyver conferve fa verdure,
Se trouve auffi chez moi : pour me defennuyer
DECEMBRE. 1752 95 .
Sous fon ombre fouvent je me plais à chanter:
Si tu me vois à ton paffage ,
N'approche point en tapinois ,
De peur de t'attendrir au doux fon de ma voix,
Mais quoi Malgré cet avis fi fage
Tu veux donc faire le mutin,
J'en ai trop dit ... ab le lutin ...!
Tume tiens ... au'fecours... tu finiras peut- être,
Contente-toi de me connoître.
De Berville , en Caux.
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9523
p. 173-182
CONCERTS ET COMEDIES à Fontainebleau.
Début :
Le Mercredi 18 Octobre on donna le Devin de Village, qui fut précédé de l'Avare amoureux [...]
Mots clefs :
Sieur Vestris, Village, Rivière, Cadet, Amour, Divertissement, Charles-Simon Favart, Jean-Jacques Rousseau, Génies, Lyonnais
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texteReconnaissance textuelle : CONCERTS ET COMEDIES à Fontainebleau.
CONCERTS ET COMEDIES
à Fontaineblean.
E Mercredi 18 Octobre on donna le Devin de
Village , qui fut précédé de l'Avare amoureux
& d'Arcagambis. Entre cette derniere Piéce & le
Devin de Village , la Dlle Puvigné danfa les Fantaifies
du fieur Rebel le Pere .
Le Devin de Village eft un Intermede nouveau,
dont les paroles & la Mufique font du fieur Rouf
feau de Genève , connu par le fameux Diſcours
de l'Académie de Dijon , Cet Ouvrage eut un fuccès
auffi brillant que complet. Le fieur Rouffeau
comme Poëte en mettant fur la Scene un racommodement
entre deux Amans de Village , ne s'eft
pas attaché feulement à employer leur Grammaire
, il a parlé leur langage , & comme Muficien
, il a eflayé un genre de Mufique nouveau
fimple & nait , & d'une expreffion convenable à
fon fujet. Les gens de l'Art ont fur tout remarqué
le goût & les agrémens qu'il a trouvé le fecret
de répandre dans les accompagnemens faits
d'une maniere très- neuve pour ce pays - ci . Ils
n'ont pas moins adm ré la perfection avec laquelle
cet Acte a été exécuté par la Dlie Fel & le fitur
Jeliotte Cet Acte fut fuivi d'un Divertiffement
très -brillant compofé de plufieurs Airs de violen
des Opera du fieur Rameau , de deux Ariettes
tirées des Talens lyriques & des Fêtes de l'himen ,
& de l'Amour , de l'Ariette de Pigmalion & d'u
ne Pantomime du fieur d'Auvergne , Auteur des
Amours de Tempé qu'on joue actuellement . Les
Diles Lani , Pavigné , Veftris , & les fieurs La.
ni & Veftris on danfé les différens pas de ce Diver-
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
siffement. Le fuccès de Devin de Village à Fon
tainebleau , fait eſperer aux Amateurs que l'Académie
Royale de Mufique ne tardera pas de le don
mer far fon Theâtre nous nous réfervons d'en
rendre alors un compte plus exact & plus détaillé .
Le Samedi 21 , on donna Fanfale , Parodie
d'Omphale , des feurs Favart & Marcouville .
* précédée de l'Heureux naufrage , piéce Italienne.
Le Lundi 23 , Concert chez la Reine . La Dlle
Violenta Veftris y chanta plufieurs Ariettes Italiennes
, avec un très grand fuccès . Les fieurs
Pla , réuffirent auffi beaucoup dans l'exécution de
plufieurs Concerto de Hautbois ; l'aîné des deur
freres joua du Tympanon avec applaudiffement.
Le Mardi 24 , on donna par ordre du Roi ,
une feconde repréſentation du Devin de Village :
cet Ouvrage n'eut pas moins de fuccès que la premiere
fois , & l'exécution en fut encore plus
parfaite.
Le Jeudi 26 , on donna l'Inconnu , Comédie en
cinq Actes , de Thomas Corneille , dont les Rôles
étoient ainfi diftribués .
Le Marquis ,
La Montagne ,
Le Chevalier ,
Le Vicomte ,
Sieurs Grandval.
Armand .
Drouin.
Poiffon.
Un petit Bohémien , Vifintini , fils.
La Comteffe , Dlles Gauffin .
Olimpe ,
Grandval.
Virgine ,
La Jeuneffe,
L'Amour ,
Dangeville.
Riviere.
Foulquier
DECEMBRE. 1752. 175
Cette Piéce a toujours été regardée comme la
plus propre à amener des Divertiffemens : ils ont
fouffert des changemens dans les différentes repréfentations
qu'on en a données. Voici l'idée de
ceux qui viennent d'être exécutés .
PREMIER DIVERTISSEMENT.
L'Amour & la Jeunesse .
Un nouveau Dialogue entre l'Amour & la
Jeuuele amenoit un Divertiffement éxécuté par
ces Divinités & par leur fuite.
l'Amour,
la Dile Foulquier .
Suite de l'Amour.
Srs
Vifintini ,
Langerville ,
Des Combes ,
La Jeuneffe ,
la Dile Riviere.
Suite de la Jeunele.
Diles
Prud homme ,
Foulquier ,
Riviere , cadete .
II. DIVERTISSEMENT.
Cette fête étoit des plus galantes . Un buffet
fomptueux & une Table fplendidement fervie ,
étoient dreffés fous des berceaux dorés , autour
defquels s'entrelaffoient des guirlandes de fleurs
transparentes.
Comus , Dieu de la bonne chere , invitoit les
Sujets à raflembler tout ce qui pouvoit fournir un
repas délicieux . Des Jardiniers chargés de corbeilles
de fleurs vinrent fe ranger fur les ailes ;
Cerès , Diane , Pomone & Flore , parurent fucceffivement
à la tête de leurs Cadrilles : Bacchus ,
s'avançoit à fon tour , fuivi de Buveurs & de Bacchantes
qui célébroient des Orgies en tenant des
Coupes précieules; toutes ces Divinités & leur fuite
Hiiij
176 MERCURE DE FRANCE.
allerent enrichir le buffet de leurs dons .
Alots Comus préfenta la main à la Comteffe &
dans l'inftant qu'il la conduifoit à la table , les Heurs
que portoient les Jardiniers , s'éleverent des cor.
beilles , & formerent de grands berceaux , fous
lefque's pafferent la Comtefle &fa compagnie.
La nouveauté de coup d'oeil caufa une furprife
& une admiration générale . Les berceaux varioient
leurs formes à mesure que les Danfeurs
formoient de nouvelles figures fous les différentes
allées de ces cabinets mouvans .
Comus ,
Un fuivant de Co.
mus chantant ,
La Riviere ,
Lépi , Cader ,
SrA rmand.
Sr Jeliote.
JARDINIERS.
Balletti , Cadet ,
Berthelot ,
Betrin , aîné ,
Bertrin , cadet ,
LES SIEURS
Barois
Gougis ,
Rouffeau ,
Riviere , cadet,
Desbroffes ,
Ch..mpville.
Cerès , Dlle Riviere .
Mrs
Vifintini ,
Langerville .
Suite.
Diles
Prud'homme ,
Foulquier.
Diane , Dile Camille.
Suite.
Die Riviere , Cadette.
Diles Chevrier,
Sr La Combre ,
Flore ,
Tomone,
Favart.
DECEMBRE.
1752. 177,
Suite.
Diles Deheffe , Goton , Maffon..
Bacchus , Sr Lépy , aîné.
Suite.
SIEURS
Desmartins , Langerville ,
Malot , La Combre,
Vinzintini , Foulquier.
III DIVERTISSEMENT.
Les Bobêmiens.
On ne changea prefque rien à l'idée de ce Di
vertillement ; mais on ne conferva des Airs qui y
étoient employés , que la Sarabande ..
Une Bohémiene ,
Un Bohémien chantant ,
*
Sr Armand.
Sr Jeliote..
BALLET.
Dlle Puvigné , Sr Lépy , aîné , Dlle Reix
Sieurs
Barois ,
Roufleau ,
Gougis ,
Balletti ,
Bertrin , aîné ,
Bertrin cadet..
Suite..
Diles.
Favart ,
Camille ,
Deheffe ,.
Riviere ,
Goton ,
Maflon.
IV . DIVERTISSEMENT
Le Sylphe
Le Monologue de Zirphé , & la Scéne qui le
HV
178 MERCURE DE FRANCE.
fuit , formoient le fujet de ce Divertiffement , &
s'y trouvoient fi heureusement placés qu'ils fembloient
avoir été faits pour la Piéce .
Le Ballet que ces Scénes amenoient n'étoit pas
moins brillant ,
Zelindor , Roi des Sylphes , s'étant fait connoître
à Zirphé , invitoit les peuples élementaires
à célébrer le bonheur , dont elle couronnoit fon
amour auffi- tôt on voyoit fucceffivement les
Génies de l'Eau , de l'Air & du Feu Le Génie de
la Terre paroilloit au milieu , ces Génies s'unirent
, en confervant toujours leurs caracteres , &
formerent un pas de fept égal , & peut- être fupérieur
à tout ce qu'on a vû de plus noble & de plus
parfait en ce genre .
Le Comédien , Sr Amand.
Zelindor ,
Zirphé ,
Sr Jeliote.
Dlle Chevalier,
GENIES ELEMENTAIRES.
Génie de la Terre , Sr Dupré.
Genies de l'Eau ,
Génies de la Terre ,
Génies du Feu ,
Sr Veftris, Dile Veftris.
Sr Laval , fils. Dlle Pu
vigné,
Sr Lani , Dlle Lani.
V. DIVERTISSEMENT.
Une nôce de Village formoit autrefois ce diver
tiffement , on y en a fubftitué un autre qui amene
également le dénouement de la Piéce , & dont
l'objet eft de peindre les tranfports de joie que
l'heureuſe convalefcence de Monfeigneur le Dau
phin a fait naître dans tous les coeurs.
DECEMBRE . 1752 . 179
ACTEURS CHANT ANS.
Les Sieurs Jeliote , Poirier . Dile Coupé.
BALLET,
BERGERS ET BERGERES.
Sr Veftris , Dlle Veftris.
Sicurs
Lionnois
Diles
Lionnois ,
Laval , fils ,
L'Epi , aîné ,
Gallini ,
La Batte ,
Chevrier ,
Marquife ,
Seigneur du Village ,
Sieur Dupré.
Dame du Village ,
Dile Salé.
HABITAN S.
Sieurs Lani , Beat ; Diles Lani , Reix .
Sieurs
Gougis ,
Rouleau ,
Barois ,
Diles
Coraline ,
De Heffe ,
Coraline ,
La Riviere ,
Un Suiffe ,
Un Bedean ,
Un Barbier ,
Un Magifter,
Un Meunier ,...
Un Nouricier ,
Une Meuniere ,
Une Nourrice ,
Favart.
Bertrin ,
Bertrin , cadet
Berthelot ,
Lariviere ,
L'Epi , cadet ;
Balletti , cadet ;,
Dile Goton ,
Dile Maſſon .
On admira égalément dans ce Spectacle la
Hvj:
180 MERCURE DE FRANCE.
goût & la magnificence des habits & l'élegance
des décorations , le jeu des Acteurs , la perfection
du chant , des danfes & de l'orchestre , enfin rout
répondoit aux foins que l'on s'étoit donné pour
l'exécution de cette fête chacun concouroit à
Penvi pour la rendre parfaite , & le plaifir qui
maillot de cet accord général , fit dire aux Etrangers
que dans toute l'Europe on ne pouvoit raf
fembler plus de talent , ni donner de Spectacles
plus pompeux & plus agréables .
Le Sr Francoeur , Sur Intendant dela Mufique
de la Chambre du Roi , en furvivance du Sieur de
Blamont , conduifoit l'orchestre en fon abfence ,
& avoit fait un choix heureux d'airs de fimphonie
du Sieur Rameau , & des plus grands Maîtres.
dont il avoit formé une fuite pour les diverafle
mens,
Les Ballets étoient de la compofition du Sieur
de Laval , Maître & Compofiteur des Ballets du
Roi , il avoit été fecondé par le Sieur DeRefle
dans la partie qui éroit exécutée par les Danfeurs
de la Comédie Italienne.
Les habits avoient été exécutés fur les deffeins
du Sieur Martin , Deffinateur de l'Opéra & du
Sieur Roquet.
Le Sr Jeliote , fi célébre par fes valens , s'eft encore
furpaflé en cette occafion ; il a chanté desAriettes
dans tous les Divertiffemens , & la façon dont
Ja Dlle Chevalier & lui ont exécuté le Sylphe , a
fait fentir toutes les beautés de cet ouvrage fi eftimé
, dont les paroles font du Sieur Demoncrif,
& la Mufique des Sieurs Rebel & Francoeur.
Le Sieur Dupré fit voir dans le pas de fept dent
on a donné le détail , toute la nobleffe , les graces
& la perfection qui le font regarder comme le
plus grand Danfeur qui ait jamais paru ; il danſa
DECEMBRE.
1752. 181
avec la Dile Salé dans le dernier Divertiffement ,
une courante & des menuets avec cette noble fimplicité
qu'il eft fi difficile d'acquérir.
Les Sieurs Lani , Veftris , Lionnois , Laval ,
fils , & les Diles Puvigné , Lani , Veftris , Lionnois
& Reix , fe font tous furpatlé chacun dans
fon genre.
Le Sieur Favart avoit compofé les paroles des
dialogues de l'Amour & de la Jeuneffe dans le
premier Acte , & des autres Scénes qui amenaient
ou formoient les nouveaux
Divertiflemeas.
Le Samedi 28 , le Grondeur de Brueys & Palaprat,
& le Sicilien de Moliere , avec fes agrémens
Dans le premier Divertiflement , on exécuta un trio
de Lulli qui fut chanté par les SieursJeliote , Benoit
& Poirier , dans le fecond , la Dile Salé danía une
muzette & des paffepieds ; on vit avec autant de
plaifir que d'étonnement , que le tems qu'elle
avoit été fans paroître , n'avoit rien diminué de fes
graces ni de la legereté. Le Sieur Veftris danfa
dans le même Divertiffement une chaconne , où
il fit voir des talens qui le perfectionnent tous les
jours de plus en plus.
Dans le troifiéme Divertiffement , les Des
Salé & Veftris, & le Sieur Veftris , donnerent un
pas de trois qui fut généralement approuvé.
Lundi 30 , Rome fauvée , Tragédie du Sieur de
Voltaire ; & le Cocu imaginaire , de Moliere ,
Entre les deux Pieces les caracteres de la danfe
furent exécutés par le Sieur & Dile Veftris , qui
mériteren des éloges de toute la Cour.
Le Jeudi 2 Novembre , l'Andrienne , Comédie
de Baron , & le Confentement forcé , du Sieur
Guyot de Merville . Entre les deux Piéces le Sieur
Lionnois & la Dlle . Lionnois danferent un pas de
deux en Polonais.
1S2 MERCUREDE FRANCE.
Le Samedi 4 , le Roi ordonna une ſeconde res
préſentation de l'Inconnu .
Le Lundi 6 , Berenice , Tragédie de Racine ,
& le Rendez- vous du Sieur Fagan , fuivi d'un
autre Spectacle , d'autant plus agréable qu'il étoit
moins attendu . Toute la face du Théatre changea
. On vit d'abord de grandes rozes & des mozaiqnes
d'artifice , dont les formes varioient à
chaque inftant , & des foleils dont les feux de differentes
couleurs fe fuccédoient rapideinent , &
toujours avec une égale prècifion . Cette éclatante
décoration difparut , & laifla voir un vafte Pa-
Jais tranfparent , éclairé par des feux nouveaux.
Lorfqu'on ent joui quelques minutes de la richefle
de ce coup d'oeil , le Palais fe transforma & devint
un grand Cabinet de la Chine qui s'élevoit
jufqu'au ceintre du Théatre . Ce Cabinet étoit
orné de figures Chinoifes tranfparentes & d'or
nemens en découpures. Ces differens changemens
fe firent avec une promptitude furprenante , & les
feux étoient fi bien réglés qu'une partie n'avoit
avantage fur l'autre que par la gradation que l'Artifte
avoit menagée . Ce feu d'artifice étoit de la
compofition des Sieurs Ruggieri , Artificiers Italiens.
Le Mardi 7 ,, le Diable boiteux , Canevas
Italien , & Tyrcis & Doriftée , Parodie d'Acis
& Galatée , du Sieur Favart. La Dlle Salé y danía.
fupérieurement.
à Fontaineblean.
E Mercredi 18 Octobre on donna le Devin de
Village , qui fut précédé de l'Avare amoureux
& d'Arcagambis. Entre cette derniere Piéce & le
Devin de Village , la Dlle Puvigné danfa les Fantaifies
du fieur Rebel le Pere .
Le Devin de Village eft un Intermede nouveau,
dont les paroles & la Mufique font du fieur Rouf
feau de Genève , connu par le fameux Diſcours
de l'Académie de Dijon , Cet Ouvrage eut un fuccès
auffi brillant que complet. Le fieur Rouffeau
comme Poëte en mettant fur la Scene un racommodement
entre deux Amans de Village , ne s'eft
pas attaché feulement à employer leur Grammaire
, il a parlé leur langage , & comme Muficien
, il a eflayé un genre de Mufique nouveau
fimple & nait , & d'une expreffion convenable à
fon fujet. Les gens de l'Art ont fur tout remarqué
le goût & les agrémens qu'il a trouvé le fecret
de répandre dans les accompagnemens faits
d'une maniere très- neuve pour ce pays - ci . Ils
n'ont pas moins adm ré la perfection avec laquelle
cet Acte a été exécuté par la Dlie Fel & le fitur
Jeliotte Cet Acte fut fuivi d'un Divertiffement
très -brillant compofé de plufieurs Airs de violen
des Opera du fieur Rameau , de deux Ariettes
tirées des Talens lyriques & des Fêtes de l'himen ,
& de l'Amour , de l'Ariette de Pigmalion & d'u
ne Pantomime du fieur d'Auvergne , Auteur des
Amours de Tempé qu'on joue actuellement . Les
Diles Lani , Pavigné , Veftris , & les fieurs La.
ni & Veftris on danfé les différens pas de ce Diver-
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
siffement. Le fuccès de Devin de Village à Fon
tainebleau , fait eſperer aux Amateurs que l'Académie
Royale de Mufique ne tardera pas de le don
mer far fon Theâtre nous nous réfervons d'en
rendre alors un compte plus exact & plus détaillé .
Le Samedi 21 , on donna Fanfale , Parodie
d'Omphale , des feurs Favart & Marcouville .
* précédée de l'Heureux naufrage , piéce Italienne.
Le Lundi 23 , Concert chez la Reine . La Dlle
Violenta Veftris y chanta plufieurs Ariettes Italiennes
, avec un très grand fuccès . Les fieurs
Pla , réuffirent auffi beaucoup dans l'exécution de
plufieurs Concerto de Hautbois ; l'aîné des deur
freres joua du Tympanon avec applaudiffement.
Le Mardi 24 , on donna par ordre du Roi ,
une feconde repréſentation du Devin de Village :
cet Ouvrage n'eut pas moins de fuccès que la premiere
fois , & l'exécution en fut encore plus
parfaite.
Le Jeudi 26 , on donna l'Inconnu , Comédie en
cinq Actes , de Thomas Corneille , dont les Rôles
étoient ainfi diftribués .
Le Marquis ,
La Montagne ,
Le Chevalier ,
Le Vicomte ,
Sieurs Grandval.
Armand .
Drouin.
Poiffon.
Un petit Bohémien , Vifintini , fils.
La Comteffe , Dlles Gauffin .
Olimpe ,
Grandval.
Virgine ,
La Jeuneffe,
L'Amour ,
Dangeville.
Riviere.
Foulquier
DECEMBRE. 1752. 175
Cette Piéce a toujours été regardée comme la
plus propre à amener des Divertiffemens : ils ont
fouffert des changemens dans les différentes repréfentations
qu'on en a données. Voici l'idée de
ceux qui viennent d'être exécutés .
PREMIER DIVERTISSEMENT.
L'Amour & la Jeunesse .
Un nouveau Dialogue entre l'Amour & la
Jeuuele amenoit un Divertiffement éxécuté par
ces Divinités & par leur fuite.
l'Amour,
la Dile Foulquier .
Suite de l'Amour.
Srs
Vifintini ,
Langerville ,
Des Combes ,
La Jeuneffe ,
la Dile Riviere.
Suite de la Jeunele.
Diles
Prud homme ,
Foulquier ,
Riviere , cadete .
II. DIVERTISSEMENT.
Cette fête étoit des plus galantes . Un buffet
fomptueux & une Table fplendidement fervie ,
étoient dreffés fous des berceaux dorés , autour
defquels s'entrelaffoient des guirlandes de fleurs
transparentes.
Comus , Dieu de la bonne chere , invitoit les
Sujets à raflembler tout ce qui pouvoit fournir un
repas délicieux . Des Jardiniers chargés de corbeilles
de fleurs vinrent fe ranger fur les ailes ;
Cerès , Diane , Pomone & Flore , parurent fucceffivement
à la tête de leurs Cadrilles : Bacchus ,
s'avançoit à fon tour , fuivi de Buveurs & de Bacchantes
qui célébroient des Orgies en tenant des
Coupes précieules; toutes ces Divinités & leur fuite
Hiiij
176 MERCURE DE FRANCE.
allerent enrichir le buffet de leurs dons .
Alots Comus préfenta la main à la Comteffe &
dans l'inftant qu'il la conduifoit à la table , les Heurs
que portoient les Jardiniers , s'éleverent des cor.
beilles , & formerent de grands berceaux , fous
lefque's pafferent la Comtefle &fa compagnie.
La nouveauté de coup d'oeil caufa une furprife
& une admiration générale . Les berceaux varioient
leurs formes à mesure que les Danfeurs
formoient de nouvelles figures fous les différentes
allées de ces cabinets mouvans .
Comus ,
Un fuivant de Co.
mus chantant ,
La Riviere ,
Lépi , Cader ,
SrA rmand.
Sr Jeliote.
JARDINIERS.
Balletti , Cadet ,
Berthelot ,
Betrin , aîné ,
Bertrin , cadet ,
LES SIEURS
Barois
Gougis ,
Rouffeau ,
Riviere , cadet,
Desbroffes ,
Ch..mpville.
Cerès , Dlle Riviere .
Mrs
Vifintini ,
Langerville .
Suite.
Diles
Prud'homme ,
Foulquier.
Diane , Dile Camille.
Suite.
Die Riviere , Cadette.
Diles Chevrier,
Sr La Combre ,
Flore ,
Tomone,
Favart.
DECEMBRE.
1752. 177,
Suite.
Diles Deheffe , Goton , Maffon..
Bacchus , Sr Lépy , aîné.
Suite.
SIEURS
Desmartins , Langerville ,
Malot , La Combre,
Vinzintini , Foulquier.
III DIVERTISSEMENT.
Les Bobêmiens.
On ne changea prefque rien à l'idée de ce Di
vertillement ; mais on ne conferva des Airs qui y
étoient employés , que la Sarabande ..
Une Bohémiene ,
Un Bohémien chantant ,
*
Sr Armand.
Sr Jeliote..
BALLET.
Dlle Puvigné , Sr Lépy , aîné , Dlle Reix
Sieurs
Barois ,
Roufleau ,
Gougis ,
Balletti ,
Bertrin , aîné ,
Bertrin cadet..
Suite..
Diles.
Favart ,
Camille ,
Deheffe ,.
Riviere ,
Goton ,
Maflon.
IV . DIVERTISSEMENT
Le Sylphe
Le Monologue de Zirphé , & la Scéne qui le
HV
178 MERCURE DE FRANCE.
fuit , formoient le fujet de ce Divertiffement , &
s'y trouvoient fi heureusement placés qu'ils fembloient
avoir été faits pour la Piéce .
Le Ballet que ces Scénes amenoient n'étoit pas
moins brillant ,
Zelindor , Roi des Sylphes , s'étant fait connoître
à Zirphé , invitoit les peuples élementaires
à célébrer le bonheur , dont elle couronnoit fon
amour auffi- tôt on voyoit fucceffivement les
Génies de l'Eau , de l'Air & du Feu Le Génie de
la Terre paroilloit au milieu , ces Génies s'unirent
, en confervant toujours leurs caracteres , &
formerent un pas de fept égal , & peut- être fupérieur
à tout ce qu'on a vû de plus noble & de plus
parfait en ce genre .
Le Comédien , Sr Amand.
Zelindor ,
Zirphé ,
Sr Jeliote.
Dlle Chevalier,
GENIES ELEMENTAIRES.
Génie de la Terre , Sr Dupré.
Genies de l'Eau ,
Génies de la Terre ,
Génies du Feu ,
Sr Veftris, Dile Veftris.
Sr Laval , fils. Dlle Pu
vigné,
Sr Lani , Dlle Lani.
V. DIVERTISSEMENT.
Une nôce de Village formoit autrefois ce diver
tiffement , on y en a fubftitué un autre qui amene
également le dénouement de la Piéce , & dont
l'objet eft de peindre les tranfports de joie que
l'heureuſe convalefcence de Monfeigneur le Dau
phin a fait naître dans tous les coeurs.
DECEMBRE . 1752 . 179
ACTEURS CHANT ANS.
Les Sieurs Jeliote , Poirier . Dile Coupé.
BALLET,
BERGERS ET BERGERES.
Sr Veftris , Dlle Veftris.
Sicurs
Lionnois
Diles
Lionnois ,
Laval , fils ,
L'Epi , aîné ,
Gallini ,
La Batte ,
Chevrier ,
Marquife ,
Seigneur du Village ,
Sieur Dupré.
Dame du Village ,
Dile Salé.
HABITAN S.
Sieurs Lani , Beat ; Diles Lani , Reix .
Sieurs
Gougis ,
Rouleau ,
Barois ,
Diles
Coraline ,
De Heffe ,
Coraline ,
La Riviere ,
Un Suiffe ,
Un Bedean ,
Un Barbier ,
Un Magifter,
Un Meunier ,...
Un Nouricier ,
Une Meuniere ,
Une Nourrice ,
Favart.
Bertrin ,
Bertrin , cadet
Berthelot ,
Lariviere ,
L'Epi , cadet ;
Balletti , cadet ;,
Dile Goton ,
Dile Maſſon .
On admira égalément dans ce Spectacle la
Hvj:
180 MERCURE DE FRANCE.
goût & la magnificence des habits & l'élegance
des décorations , le jeu des Acteurs , la perfection
du chant , des danfes & de l'orchestre , enfin rout
répondoit aux foins que l'on s'étoit donné pour
l'exécution de cette fête chacun concouroit à
Penvi pour la rendre parfaite , & le plaifir qui
maillot de cet accord général , fit dire aux Etrangers
que dans toute l'Europe on ne pouvoit raf
fembler plus de talent , ni donner de Spectacles
plus pompeux & plus agréables .
Le Sr Francoeur , Sur Intendant dela Mufique
de la Chambre du Roi , en furvivance du Sieur de
Blamont , conduifoit l'orchestre en fon abfence ,
& avoit fait un choix heureux d'airs de fimphonie
du Sieur Rameau , & des plus grands Maîtres.
dont il avoit formé une fuite pour les diverafle
mens,
Les Ballets étoient de la compofition du Sieur
de Laval , Maître & Compofiteur des Ballets du
Roi , il avoit été fecondé par le Sieur DeRefle
dans la partie qui éroit exécutée par les Danfeurs
de la Comédie Italienne.
Les habits avoient été exécutés fur les deffeins
du Sieur Martin , Deffinateur de l'Opéra & du
Sieur Roquet.
Le Sr Jeliote , fi célébre par fes valens , s'eft encore
furpaflé en cette occafion ; il a chanté desAriettes
dans tous les Divertiffemens , & la façon dont
Ja Dlle Chevalier & lui ont exécuté le Sylphe , a
fait fentir toutes les beautés de cet ouvrage fi eftimé
, dont les paroles font du Sieur Demoncrif,
& la Mufique des Sieurs Rebel & Francoeur.
Le Sieur Dupré fit voir dans le pas de fept dent
on a donné le détail , toute la nobleffe , les graces
& la perfection qui le font regarder comme le
plus grand Danfeur qui ait jamais paru ; il danſa
DECEMBRE.
1752. 181
avec la Dile Salé dans le dernier Divertiffement ,
une courante & des menuets avec cette noble fimplicité
qu'il eft fi difficile d'acquérir.
Les Sieurs Lani , Veftris , Lionnois , Laval ,
fils , & les Diles Puvigné , Lani , Veftris , Lionnois
& Reix , fe font tous furpatlé chacun dans
fon genre.
Le Sieur Favart avoit compofé les paroles des
dialogues de l'Amour & de la Jeuneffe dans le
premier Acte , & des autres Scénes qui amenaient
ou formoient les nouveaux
Divertiflemeas.
Le Samedi 28 , le Grondeur de Brueys & Palaprat,
& le Sicilien de Moliere , avec fes agrémens
Dans le premier Divertiflement , on exécuta un trio
de Lulli qui fut chanté par les SieursJeliote , Benoit
& Poirier , dans le fecond , la Dile Salé danía une
muzette & des paffepieds ; on vit avec autant de
plaifir que d'étonnement , que le tems qu'elle
avoit été fans paroître , n'avoit rien diminué de fes
graces ni de la legereté. Le Sieur Veftris danfa
dans le même Divertiffement une chaconne , où
il fit voir des talens qui le perfectionnent tous les
jours de plus en plus.
Dans le troifiéme Divertiffement , les Des
Salé & Veftris, & le Sieur Veftris , donnerent un
pas de trois qui fut généralement approuvé.
Lundi 30 , Rome fauvée , Tragédie du Sieur de
Voltaire ; & le Cocu imaginaire , de Moliere ,
Entre les deux Pieces les caracteres de la danfe
furent exécutés par le Sieur & Dile Veftris , qui
mériteren des éloges de toute la Cour.
Le Jeudi 2 Novembre , l'Andrienne , Comédie
de Baron , & le Confentement forcé , du Sieur
Guyot de Merville . Entre les deux Piéces le Sieur
Lionnois & la Dlle . Lionnois danferent un pas de
deux en Polonais.
1S2 MERCUREDE FRANCE.
Le Samedi 4 , le Roi ordonna une ſeconde res
préſentation de l'Inconnu .
Le Lundi 6 , Berenice , Tragédie de Racine ,
& le Rendez- vous du Sieur Fagan , fuivi d'un
autre Spectacle , d'autant plus agréable qu'il étoit
moins attendu . Toute la face du Théatre changea
. On vit d'abord de grandes rozes & des mozaiqnes
d'artifice , dont les formes varioient à
chaque inftant , & des foleils dont les feux de differentes
couleurs fe fuccédoient rapideinent , &
toujours avec une égale prècifion . Cette éclatante
décoration difparut , & laifla voir un vafte Pa-
Jais tranfparent , éclairé par des feux nouveaux.
Lorfqu'on ent joui quelques minutes de la richefle
de ce coup d'oeil , le Palais fe transforma & devint
un grand Cabinet de la Chine qui s'élevoit
jufqu'au ceintre du Théatre . Ce Cabinet étoit
orné de figures Chinoifes tranfparentes & d'or
nemens en découpures. Ces differens changemens
fe firent avec une promptitude furprenante , & les
feux étoient fi bien réglés qu'une partie n'avoit
avantage fur l'autre que par la gradation que l'Artifte
avoit menagée . Ce feu d'artifice étoit de la
compofition des Sieurs Ruggieri , Artificiers Italiens.
Le Mardi 7 ,, le Diable boiteux , Canevas
Italien , & Tyrcis & Doriftée , Parodie d'Acis
& Galatée , du Sieur Favart. La Dlle Salé y danía.
fupérieurement.
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Résumé : CONCERTS ET COMEDIES à Fontainebleau.
Du 18 au 26 octobre, plusieurs spectacles ont été présentés à Fontainebleau. Le 18 octobre, 'Le Devin du Village' de Jean-Jacques Rousseau a été joué, précédé de 'L'Avare amoureux' et 'Arcagambis'. La demoiselle Puvigné a interprété 'Les Fantaisies' du sieur Rebel père entre les pièces. 'Le Devin du Village', avec des paroles et une musique de Rousseau, a connu un grand succès grâce à son langage et sa musique simples et expressifs. Les rôles principaux étaient interprétés par la demoiselle Fel et le sieur Jéliotte. Le spectacle a été suivi de morceaux de Rameau et d'autres airs célèbres. Le 21 octobre, 'Fanfale', une parodie d''Omphale' de Favart et Marcouville, a été présentée, précédée de 'L'Heureux naufrage'. Le 23 octobre, un concert chez la Reine a vu la demoiselle Violente Vestris chanter des ariettes italiennes, tandis que les sieurs Pla ont joué des concertos de hautbois et l'aîné des frères a joué du tympanon. Le 24 octobre, 'Le Devin du Village' a été rejoué sur ordre du roi. Le 26 octobre, 'L'Inconnu' de Thomas Corneille a été joué, avec une distribution incluant les demoiselles Gauffin, Dangeville, Rivière, et Foullquier, ainsi que les sieurs Grandval, Armand, Drouin, et Poisson. La pièce a inclus plusieurs divertissements, notamment des dialogues entre l'Amour et la Jeunesse. En décembre 1752, une série de divertissements et de représentations théâtrales ont eu lieu. Le premier divertissement mettait en scène Zelindor, roi des Sylphes, et Zirphé, avec la participation des génies des éléments dansant un pas de sept. Les acteurs principaux étaient le Sr Amand, le Sr Jeliote, la Dlle Chevalier, et le Sr Dupré. Un second divertissement remplaçait une noce de village pour célébrer la convalescence du Dauphin. Les spectacles étaient remarquables par leur goût, leur magnificence, et l'élégance des décorations. La musique était dirigée par le Sr Francoeur, utilisant des airs de Rameau et d'autres maîtres. Les ballets étaient composés par le Sr de Laval et le Sr DeRefle. Les costumes étaient conçus par le Sr Martin et le Sr Roquet. Parmi les pièces jouées figuraient 'Le Grondeur' de Brueys et Palaprat, 'Le Sicilien' de Molière, 'Roméo et Juliette' de Voltaire, 'Le Cocu imaginaire' de Molière, et 'Bérénice' de Racine.
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9524
p. 108
LOGOGRIPHE.
Début :
Sept membres réunis forment mon existence, [...]
Mots clefs :
Soulier
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRIPHE.
LOGO GRIPH E.
SEpt membres réunis forment mon exiſtence ;
On y trouve un poiffon , ce qui forme un berceau,
Un Comté renommé dans le Pays Manceau,,.
Le fruit d'une Province au midi de la France,
Une feur , un Poëre , un péché capital ,
Ce que fait un enfant , un précieux métal ,
Une conjonction , trois notes de Mufique ,
Un légume commun qui croît en Amérique ,
Un Roi plas adoré que craint dans l'univers ,
L'inftrument qui jadis défarma les enfers ,
Ce fit à Lucrece un certain Roi de Rome ,
que
Ce qui détruit en nous la dignité de l'homme ;
Ce qu'il nous faut quitter malgré tous nos regrets,
D'un Procureur adroit la fcience en procès ;
Comment l'on vient à bout du contraire du ſage,
Le feul foin d'un fateur , l'ornement du visage
D'un infecte inconftant riche production ,
Celui qui dans les rues a droit d'infpection ,
Ce qui dans cet inftant met mon efprit en peines
Ce que ne peut l'aveugle ni le fourd ,
Une riviere , un animal fort lourd ;
Je fuis content , lecteur , fi ta recherche eft vaine;
Par M. P. D. à Lyon.
SEpt membres réunis forment mon exiſtence ;
On y trouve un poiffon , ce qui forme un berceau,
Un Comté renommé dans le Pays Manceau,,.
Le fruit d'une Province au midi de la France,
Une feur , un Poëre , un péché capital ,
Ce que fait un enfant , un précieux métal ,
Une conjonction , trois notes de Mufique ,
Un légume commun qui croît en Amérique ,
Un Roi plas adoré que craint dans l'univers ,
L'inftrument qui jadis défarma les enfers ,
Ce fit à Lucrece un certain Roi de Rome ,
que
Ce qui détruit en nous la dignité de l'homme ;
Ce qu'il nous faut quitter malgré tous nos regrets,
D'un Procureur adroit la fcience en procès ;
Comment l'on vient à bout du contraire du ſage,
Le feul foin d'un fateur , l'ornement du visage
D'un infecte inconftant riche production ,
Celui qui dans les rues a droit d'infpection ,
Ce qui dans cet inftant met mon efprit en peines
Ce que ne peut l'aveugle ni le fourd ,
Une riviere , un animal fort lourd ;
Je fuis content , lecteur , fi ta recherche eft vaine;
Par M. P. D. à Lyon.
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9525
p. 109-111
AUTRE.
Début :
Des aveugles mortels pour réprimer les vices, [...]
Mots clefs :
Arlequin
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
Des aveugles mortels pour réprimer les vices
Les Dieux tinrent confeil un jour :
Voyons, dit Jupiter , quel genre de fupplices
Pourra de lavertu leur inſpirer l'amour.
•
Neptune auffi- tôt de fon onde.
Offre le violent fecours ,
Phoebus pour enflamer le monde
Confent qu'à lui on ait recours.
Eh ,eh ! Meffieurs, un peu moins de colere-
Képond Momus ; bien mieux par la dou
ceur
Des infenfes habitans de la terre-
Vous parviendrez à corriger le coeur.
Va violent reméde eft bien moins falutaire
Qu'un plus doux qu'on donne à propos.
Par vos cruels fecours que prétendez - vous faire ?
Enfevelir le monde en un fecond cahos ;
Mais qui commandrez- vous ? quels feront vos
fujets ,
Si des humains vous détruifęz la race ?
Etes-vous fürs d'en faire encor de plus parfaits
Pour mettre l'homme à la raifon
N'eft-il pas de moyens plus doux , plus efficaces.
Qu'une rigueur hors de ſaiſons
110 MERCURE DE FRANCE.
Des talens de mon fils vous avez fait l'épreuve ,
Envoyez- le aux humains ; fes joyeux documens ,
Sa raillerie aimable & toujours neuve
Pourront mieux que tous les tourmens,
De leurs coeurs endurcis déraciner le crime.
Il dit . D'une voix unanime
Cet avis eft reçu des Dieux.
Vite dans les terreftres lieux
Avec plein pouvoir on m'envoye.
J'arrive ; on me reçoit par maint tranſport de
joie ;
Chacun avec empreffement
Accourt pour me voir & m'entendre
Charmant Protée , en un moment
Je fçais diverles formes prendre.
Là je fuis Prince , ici fujet ;
Maître aujourd'hui , demain Valet ;
Tantôt des grandeurs de la terre
Je montre la fragilité ;
Tantôr du ftupide vulgaire
Je raille la crédulité.
Financier , petit Maître, Abbé, Duc de , Coquette,
Médecin , Procureur , Amant , Juge , Poëte ,
Sont foumis à mes malins traits ;
L'hypocrite furtout de ma plaifanterie
Reffent les critiques effets ;
Je n'épargne pas les ingrats ;
Du Courtifan je peins la baffe flaterie ;
DECEMBRE. 1752. ITE
Du Joueur je fais voir les honteux artifices ;
Enfin parcourant tous les états ,
Toujours en amufant je gourmande les vices.
Tu veux fans doute , ami , fçavoir mon nom
Eh bien de mes buit piés fais la diffection :
Je t'offre une Cité de Baffe Normandie ;
Un animal commun en Arcadie ;
De la fcéne françaife un excellent Acteur ;
L'antithèle de la douceur ;
Le nom de cette fille impie
Qui pour l'or trahit fa patrie ,
Et que les Dieux changerent en Choucas:
Pourfuis encor , tu trouveras
Un Fleuve de Tofcane ; un Apôtre , une Mufe ;
Ce dont fouvent un fot s'amufe ;
Du fils de Sémelé la traîtreffe liqueur ;
Ce que Neptune eut en partage ;
Ce dont fait peu de cas le fage ;
Ce que redoute le voleur ;
Le fils de ce Troyen tant chanté par Virgile ;
Un Fleuve dont l'onde fertile
Par fept canaux fe jette dans la Mer ;
Un membre néceffaire aux habitans de l'air ;
Une... mais adieu , Lecteur, ceci doit te fuffire ,
Je cours chercher matiere à fire.
Des aveugles mortels pour réprimer les vices
Les Dieux tinrent confeil un jour :
Voyons, dit Jupiter , quel genre de fupplices
Pourra de lavertu leur inſpirer l'amour.
•
Neptune auffi- tôt de fon onde.
Offre le violent fecours ,
Phoebus pour enflamer le monde
Confent qu'à lui on ait recours.
Eh ,eh ! Meffieurs, un peu moins de colere-
Képond Momus ; bien mieux par la dou
ceur
Des infenfes habitans de la terre-
Vous parviendrez à corriger le coeur.
Va violent reméde eft bien moins falutaire
Qu'un plus doux qu'on donne à propos.
Par vos cruels fecours que prétendez - vous faire ?
Enfevelir le monde en un fecond cahos ;
Mais qui commandrez- vous ? quels feront vos
fujets ,
Si des humains vous détruifęz la race ?
Etes-vous fürs d'en faire encor de plus parfaits
Pour mettre l'homme à la raifon
N'eft-il pas de moyens plus doux , plus efficaces.
Qu'une rigueur hors de ſaiſons
110 MERCURE DE FRANCE.
Des talens de mon fils vous avez fait l'épreuve ,
Envoyez- le aux humains ; fes joyeux documens ,
Sa raillerie aimable & toujours neuve
Pourront mieux que tous les tourmens,
De leurs coeurs endurcis déraciner le crime.
Il dit . D'une voix unanime
Cet avis eft reçu des Dieux.
Vite dans les terreftres lieux
Avec plein pouvoir on m'envoye.
J'arrive ; on me reçoit par maint tranſport de
joie ;
Chacun avec empreffement
Accourt pour me voir & m'entendre
Charmant Protée , en un moment
Je fçais diverles formes prendre.
Là je fuis Prince , ici fujet ;
Maître aujourd'hui , demain Valet ;
Tantôt des grandeurs de la terre
Je montre la fragilité ;
Tantôr du ftupide vulgaire
Je raille la crédulité.
Financier , petit Maître, Abbé, Duc de , Coquette,
Médecin , Procureur , Amant , Juge , Poëte ,
Sont foumis à mes malins traits ;
L'hypocrite furtout de ma plaifanterie
Reffent les critiques effets ;
Je n'épargne pas les ingrats ;
Du Courtifan je peins la baffe flaterie ;
DECEMBRE. 1752. ITE
Du Joueur je fais voir les honteux artifices ;
Enfin parcourant tous les états ,
Toujours en amufant je gourmande les vices.
Tu veux fans doute , ami , fçavoir mon nom
Eh bien de mes buit piés fais la diffection :
Je t'offre une Cité de Baffe Normandie ;
Un animal commun en Arcadie ;
De la fcéne françaife un excellent Acteur ;
L'antithèle de la douceur ;
Le nom de cette fille impie
Qui pour l'or trahit fa patrie ,
Et que les Dieux changerent en Choucas:
Pourfuis encor , tu trouveras
Un Fleuve de Tofcane ; un Apôtre , une Mufe ;
Ce dont fouvent un fot s'amufe ;
Du fils de Sémelé la traîtreffe liqueur ;
Ce que Neptune eut en partage ;
Ce dont fait peu de cas le fage ;
Ce que redoute le voleur ;
Le fils de ce Troyen tant chanté par Virgile ;
Un Fleuve dont l'onde fertile
Par fept canaux fe jette dans la Mer ;
Un membre néceffaire aux habitans de l'air ;
Une... mais adieu , Lecteur, ceci doit te fuffire ,
Je cours chercher matiere à fire.
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9526
p. 114
ENIGME.
Début :
Quoique par un effet du plus bizarre usage, [...]
Mots clefs :
Montre
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
Quoique par un effet du plus bizarre uſage ,
Maint cadet ne m'ait plus qu'à titre d'ornement.
De mon utilité , je donne à tout moment
Le plus affuré témoignage ;
Au tems paffé , je recevois mon prix ,
D'une vafte circonférence ,
Elle m'attire aujourd'hui des mépris ,
Et l'homme de goût ne m'encenfe ,
Qu'autant que je m'offre à les yeux
•
Sous l'afpect féduifant d'une taille mignone ,
La cenfure , il eft vrai , dit & prône en tous lieux ,
Qu'ainfi réduite à rien , j'en deviens bien moias
bonne ,
Mais graces à l'habileté ,
De ceux qui de nos jours , préſident à mon être ,
Ce préjugé trompeur fans crédit eft reſté ;
Mon fort eft de tenir compagnie à mon maître ,
Malheur à moi , fi le dérangement
Sur ma fage conduite exerce un long empire ,
Il me prive auffi tôt de fon attachement ,
Et je perds fans retour , la faveur du bean fire ,
Pour m'en aller ſouvent de main en main ,
De la dupe & du fot exciter le chagrin.
Anonime de Rouen.
Quoique par un effet du plus bizarre uſage ,
Maint cadet ne m'ait plus qu'à titre d'ornement.
De mon utilité , je donne à tout moment
Le plus affuré témoignage ;
Au tems paffé , je recevois mon prix ,
D'une vafte circonférence ,
Elle m'attire aujourd'hui des mépris ,
Et l'homme de goût ne m'encenfe ,
Qu'autant que je m'offre à les yeux
•
Sous l'afpect féduifant d'une taille mignone ,
La cenfure , il eft vrai , dit & prône en tous lieux ,
Qu'ainfi réduite à rien , j'en deviens bien moias
bonne ,
Mais graces à l'habileté ,
De ceux qui de nos jours , préſident à mon être ,
Ce préjugé trompeur fans crédit eft reſté ;
Mon fort eft de tenir compagnie à mon maître ,
Malheur à moi , fi le dérangement
Sur ma fage conduite exerce un long empire ,
Il me prive auffi tôt de fon attachement ,
Et je perds fans retour , la faveur du bean fire ,
Pour m'en aller ſouvent de main en main ,
De la dupe & du fot exciter le chagrin.
Anonime de Rouen.
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9527
p. 115
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Début :
J'étois tranquille, & je suis agité, [...]
Mots clefs :
Quinquina
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRIPHE.
LOGO GRIPH E.
' Etois tranquile , & je ſuis agité ,
J'ai pâli tout d'abord , je rougis à cette heure ,
Ah ! je fens ... un luttin mal voulu , mal fêté ,
Chez moi vient Exer fa demeure.
Chaffons- le promptement , le drôle eft familier ,
Souffrez-lui prendre un pied , ( dis le commun
Adage )..
Bientôt fans le faire prier ,
Il en prend deux & davantage ;
Me voici donc les armes à la main ,
Elles font trop bien préparées
Pour ne pas m'en promettre un triomphe certain ,
Mais de fçavoir leur nom aurois-tu le deffein
Prend quatre lettres bien nombrées ,
Et de fuite deux fois , mets -les en même rang ;
Sans oublier d'y joindre une derniere ,
Faite pourtant pour marcher la premiere ,
S'il t'échape , mon cher , le malheur fera grand,
Par le même,
' Etois tranquile , & je ſuis agité ,
J'ai pâli tout d'abord , je rougis à cette heure ,
Ah ! je fens ... un luttin mal voulu , mal fêté ,
Chez moi vient Exer fa demeure.
Chaffons- le promptement , le drôle eft familier ,
Souffrez-lui prendre un pied , ( dis le commun
Adage )..
Bientôt fans le faire prier ,
Il en prend deux & davantage ;
Me voici donc les armes à la main ,
Elles font trop bien préparées
Pour ne pas m'en promettre un triomphe certain ,
Mais de fçavoir leur nom aurois-tu le deffein
Prend quatre lettres bien nombrées ,
Et de fuite deux fois , mets -les en même rang ;
Sans oublier d'y joindre une derniere ,
Faite pourtant pour marcher la premiere ,
S'il t'échape , mon cher , le malheur fera grand,
Par le même,
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9528
p. 116-117
AUTRE.
Début :
Six pieds tous variés, Lecteur, m'offrent aux yeux, [...]
Mots clefs :
Malice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Six pieds tous variés , Lecteur , m'offrent anz
yeux ,
Aplus d'une perſonne
Quoique d'efprit & d'ame bonne ,
Je fais fouvent paffer, maint quart d'heure joyeux.
Il est vrai que les traits d'efpece différente ,
Sous lefquels je fais m'annoncer ,
N'ont pas tous l'art d'intéreffer ;
Et que noire fur tout , fi quelqu'un me préfente )
D'un trop jufte dédain ,
Il peut être certain
Ma diction mal entendue ,
Avec ma premiere moiie
Je pourrois être confondue ,
Mais l'ufage jamais a t -il ratifié
Cette identité prétendue ?
Des mots , qu'en mon fein je contiens,
La Kirielle eft affez étendue :
A fept cependant je me tiens ,
Dont le premier eft fincere ou perfide ,
L'autre mord' , le fuivant exerce & divertit ,
Le quatrième annonce un outil homicide ,
Join de qui le cinquiéme aiguile l'appétit ,
L'avant dernier fe dit d'une montagne ,
Si le feptiéme eft à ton gré
Tout prudemment conſidéré ,
JANVIER. 1753. 117
Tun'hésiteras pas d'en faire une compagne.
Anonyme de Rouen.
Six pieds tous variés , Lecteur , m'offrent anz
yeux ,
Aplus d'une perſonne
Quoique d'efprit & d'ame bonne ,
Je fais fouvent paffer, maint quart d'heure joyeux.
Il est vrai que les traits d'efpece différente ,
Sous lefquels je fais m'annoncer ,
N'ont pas tous l'art d'intéreffer ;
Et que noire fur tout , fi quelqu'un me préfente )
D'un trop jufte dédain ,
Il peut être certain
Ma diction mal entendue ,
Avec ma premiere moiie
Je pourrois être confondue ,
Mais l'ufage jamais a t -il ratifié
Cette identité prétendue ?
Des mots , qu'en mon fein je contiens,
La Kirielle eft affez étendue :
A fept cependant je me tiens ,
Dont le premier eft fincere ou perfide ,
L'autre mord' , le fuivant exerce & divertit ,
Le quatrième annonce un outil homicide ,
Join de qui le cinquiéme aiguile l'appétit ,
L'avant dernier fe dit d'une montagne ,
Si le feptiéme eft à ton gré
Tout prudemment conſidéré ,
JANVIER. 1753. 117
Tun'hésiteras pas d'en faire une compagne.
Anonyme de Rouen.
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9529
p. 117
AUTRE.
Début :
Deux mots de trois lettres chacun, [...]
Mots clefs :
Potage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
DeuxEux mots de trois lettres chacun ,
En font un ,
Dont fix par conféquent compofent la ſtructure ,
Le premier de ces mots d'un uſage commun
Eft employé fouvent comme mefure ;
Pour lefecond , il eft felon les fens ,
Une fource d'amuſemens ,
Ou le jufte fujet de regrets & de peines ;
Mon tout te flatte - t-il ? Vers le milieu du jour ,
Dans certain lieu du logis , fais un tour ,
Tes démarches , Lecteur , pourront n'être pas
vaines.
Par le même,
DeuxEux mots de trois lettres chacun ,
En font un ,
Dont fix par conféquent compofent la ſtructure ,
Le premier de ces mots d'un uſage commun
Eft employé fouvent comme mefure ;
Pour lefecond , il eft felon les fens ,
Une fource d'amuſemens ,
Ou le jufte fujet de regrets & de peines ;
Mon tout te flatte - t-il ? Vers le milieu du jour ,
Dans certain lieu du logis , fais un tour ,
Tes démarches , Lecteur , pourront n'être pas
vaines.
Par le même,
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9530
p. 109-110
ENIGME.
Début :
On passe de beaux jours avec moi rarement ; [...]
Mots clefs :
Ambition
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
ON paffe de beaux jours avec moi rarement ;
Je fais pour les mortels un dangereux tourment
S'ils me confultent trop , j'empoifonne leur vie ,
Et bientôt je deviens leur cruelle ennemie.
Lecteur , pour vivre heureux , chaffe - moi de ton
coeur ,.
Garde - toi d'écouter mon langage flatteur ,
Il couvre très fouvent d'un voile plein de char
mes ,
La fource des regrets & des vives allarmes.
Autrefois on me vit caufer d'affreux malheurs ,,
Faire égorger entr'eux les freres & les foeurs,.
Enlever à des Rois des Tones légitimes ,
Etre l'auteur enfin des plus horribles crimes;
Mais d'un autre côté , tels font mes attributs ,
Sans moi des noms fameux ne feroient point
connus ;
110 MERCURE DE FRANCE ,
Je fuis en tout pays utile & néceffaire ;
Je lers également les Princes qu'on revére ,
Et ceux qui de l'Amour fuivent les douces loix ;
Les plus vaillans Héros me doivent leurs exploits
On me connoît par tout fur la terre & fur l'onde ,
Je fuis pour tous les Arts une mere féconde ;
Le Commerce fans moi , feroit peu cultivé ;
On ne peut point douter de mon utilité.
Je ne puis mieux , Lecteur , me faire ici connoî
tre ;
Kéflechis un moment , tu me verras paroître ;
Mais fi tu n'es point fage , évite-moi toujours ,
Car je ferois alors le boureau de tesjours ;
Il faut que la raifon & me guide & m'éclaire ,
Et fçavoir m'enfermer dans une jufte ſphere .
ON paffe de beaux jours avec moi rarement ;
Je fais pour les mortels un dangereux tourment
S'ils me confultent trop , j'empoifonne leur vie ,
Et bientôt je deviens leur cruelle ennemie.
Lecteur , pour vivre heureux , chaffe - moi de ton
coeur ,.
Garde - toi d'écouter mon langage flatteur ,
Il couvre très fouvent d'un voile plein de char
mes ,
La fource des regrets & des vives allarmes.
Autrefois on me vit caufer d'affreux malheurs ,,
Faire égorger entr'eux les freres & les foeurs,.
Enlever à des Rois des Tones légitimes ,
Etre l'auteur enfin des plus horribles crimes;
Mais d'un autre côté , tels font mes attributs ,
Sans moi des noms fameux ne feroient point
connus ;
110 MERCURE DE FRANCE ,
Je fuis en tout pays utile & néceffaire ;
Je lers également les Princes qu'on revére ,
Et ceux qui de l'Amour fuivent les douces loix ;
Les plus vaillans Héros me doivent leurs exploits
On me connoît par tout fur la terre & fur l'onde ,
Je fuis pour tous les Arts une mere féconde ;
Le Commerce fans moi , feroit peu cultivé ;
On ne peut point douter de mon utilité.
Je ne puis mieux , Lecteur , me faire ici connoî
tre ;
Kéflechis un moment , tu me verras paroître ;
Mais fi tu n'es point fage , évite-moi toujours ,
Car je ferois alors le boureau de tesjours ;
Il faut que la raifon & me guide & m'éclaire ,
Et fçavoir m'enfermer dans une jufte ſphere .
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9531
p. 111-112
LOGOGRIPHE.
Début :
Si tu désires me connoître, [...]
Mots clefs :
Émulation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRIPHE.
LOGO GRIP HE.
Si tu défires me connoître ;
I
Lecteur , prêtes attention ;
Neuf lettres compofent mon être
Compagne de l'ambition ,
Aux talens j'ai donné naiſſance ;
Je hais la coupable indolence ,
A des vaftes projets j'anime les grands coeurs ;
Par moi de tout obftacle ils deviennent vaime
queurs :
Quelquefois imitant l'envie ,
Je fuis du mérite ennemie ,
Je tâche de ravir aux plus rares vertus ,
Les éloges qui leur font dûs.
A tous ces traits tu devines , fans doute ?
Je vais me découvrir : écoute .
Déplaces certain, pied , je fuis un animal,
D'équivoque nature ,
Souvent des Dames la chauffure ;.
De plus , je fuis un mal ....
Un oifeau de proye , une Ville...
712 MERCURE DE FRANCE.
Un office d'Eglife , un chien affez utile
Un mot Hebreu , Grec & Latin ....
Un vale propre à conferver le vin ....
Un Pape faint ... Un fameux mifantrope .
Trois notes de mufique .... Un fleuve de l'Euro
pe ....
Uninfecte .... Un poiffon ... Le Roi des animaux
....
Un mineral .....Un lieu qu'environnent les
eaux .....
Un nom d'homme que l'on méprife . . '.
Une langue...Une loi que prefcrivit Moyſe ...
L'être penfant . ... De l'abeille le fruit ...
L'organe de Thémis ... Un Aftre de la nuit ...
Si ces détours n'ont pû te plaire ,
"
Je m'y prends d'une autre maniere :
5. 2. 7. adoucit les chagrins les plus grands ...
5.3.2 . 8. 9. 1. fe fait aux pauvres gens ..
2.7.4.6.8. 9. Poëte d'Angleterre .....
Otez 6. de Crotone habitant renommé ...
2. 8. 7. 9. plus 1 fuis au Cloître enfermé …… 17
4. 5. 6. 7. 3. 2. le pere de Neptune
Dans ce Pays cacha fon infortune …….:
2.5 . 6. aux vogueurs peint les malheurs paffés.
Lecteur , je me tais. C'eſt affez .
Nerauld Lateré , de
Pondron de S.
Si tu défires me connoître ;
I
Lecteur , prêtes attention ;
Neuf lettres compofent mon être
Compagne de l'ambition ,
Aux talens j'ai donné naiſſance ;
Je hais la coupable indolence ,
A des vaftes projets j'anime les grands coeurs ;
Par moi de tout obftacle ils deviennent vaime
queurs :
Quelquefois imitant l'envie ,
Je fuis du mérite ennemie ,
Je tâche de ravir aux plus rares vertus ,
Les éloges qui leur font dûs.
A tous ces traits tu devines , fans doute ?
Je vais me découvrir : écoute .
Déplaces certain, pied , je fuis un animal,
D'équivoque nature ,
Souvent des Dames la chauffure ;.
De plus , je fuis un mal ....
Un oifeau de proye , une Ville...
712 MERCURE DE FRANCE.
Un office d'Eglife , un chien affez utile
Un mot Hebreu , Grec & Latin ....
Un vale propre à conferver le vin ....
Un Pape faint ... Un fameux mifantrope .
Trois notes de mufique .... Un fleuve de l'Euro
pe ....
Uninfecte .... Un poiffon ... Le Roi des animaux
....
Un mineral .....Un lieu qu'environnent les
eaux .....
Un nom d'homme que l'on méprife . . '.
Une langue...Une loi que prefcrivit Moyſe ...
L'être penfant . ... De l'abeille le fruit ...
L'organe de Thémis ... Un Aftre de la nuit ...
Si ces détours n'ont pû te plaire ,
"
Je m'y prends d'une autre maniere :
5. 2. 7. adoucit les chagrins les plus grands ...
5.3.2 . 8. 9. 1. fe fait aux pauvres gens ..
2.7.4.6.8. 9. Poëte d'Angleterre .....
Otez 6. de Crotone habitant renommé ...
2. 8. 7. 9. plus 1 fuis au Cloître enfermé …… 17
4. 5. 6. 7. 3. 2. le pere de Neptune
Dans ce Pays cacha fon infortune …….:
2.5 . 6. aux vogueurs peint les malheurs paffés.
Lecteur , je me tais. C'eſt affez .
Nerauld Lateré , de
Pondron de S.
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9532
p. 95
ENIGME.
Début :
Aujourd'hui, Lecteur, je te sers, [...]
Mots clefs :
Almanach
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME.
AUjourd'hui,
Lecteur, je te sers,
quelque tems après je deviens inutile:
outme counoître il est une route facile ; r mon corps est décrit l'ordre de l'Univers ;
e Soleil est mon pere,&jen marque la course ;
paroisen tous lieux du Midijusqu'à 1 Ourse,
annonce le travail
,
j'annonce le repos,
rappelle souvent les hauts faits des Heros:
ans ma forme changeant comme un autre Pro
thée :
Mon regne cependant est de peu de durée,
P. L. M.
AUjourd'hui,
Lecteur, je te sers,
quelque tems après je deviens inutile:
outme counoître il est une route facile ; r mon corps est décrit l'ordre de l'Univers ;
e Soleil est mon pere,&jen marque la course ;
paroisen tous lieux du Midijusqu'à 1 Ourse,
annonce le travail
,
j'annonce le repos,
rappelle souvent les hauts faits des Heros:
ans ma forme changeant comme un autre Pro
thée :
Mon regne cependant est de peu de durée,
P. L. M.
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9533
p. 95-97
LOGOGRIPHE.
Début :
Dans la societé, j'établis mon commerce. [...]
Mots clefs :
Plaisanterie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRIPHE.
LOG0GR1PHE..
)
Ans la societé
,
j'établis mon commerce,
lund quelqu'un tres-diferet,sçaitmemettreà
profit,
'a bon mot, cher Lecteur ,
souvent n'y réuflïc;
Mais si quelque esprit lourd par hasard me ua..
verse
:'d\ , un des vains frondeurs dont la societé
De honte & de mépris
,
sçait couvrir la écrté.
Ces traits font suffisans, mais pour mieux me connoître,
Je t'offrirai d'abord celui qui me fait naître
,
Certain petit vaisseau qu'à table
on voit servir,
Deux endroits qu'en Hyver on garde avec plaisir,
Un gibier fort commun , une ville de France,
Ce qui le plus souvent nous porte à la clémence ,
:
Un Juge qui livra par pur respect humain j
A des peuples cruels leur maître Souverain;
Une rare beauté dans Corinthe connue ,
I
Un aliment très-bon & qui plaît à la vûe,
Ce qu'un chacun recherche avec empressement
Un Saint Pere prêcheur,un fruit, un élément,
L'oiseau le plus voleur & quelqu'autre de proye,
Ce Prince qui causa la destruction de Troye,
Le tribut qu'un Seigneur exige d'un VassalJ
Un Historien fameux, un arbre, un animal,
Ce qui n'est pas commun & dont chacun se pif
que,
Deux sortes de métaux, trois notes de Musique
La femme de Jacob, un Empereur Romain,
Un Pays très-fertile ,:un Royaume voisin
,
Deux fleuves très-connus quisortant de leurs cou*
ches,
Vomissent nuit & jour par tantdiverses bouches
L'orgueil de leurs grands flots dansle sein écumeux
Où mille vont se perdre & s'abimer comme
eux,
Ce
Ce feu dont quelquefois à peine on est le maître,
Ce qui n'éxistepas & qui ne sçauroit être,
Cequ'un sexe charmant veut toujours déguiser.
Finissons
,
cher Lecteur
,
je pourrois t'ennuyer,
Car il estbien douteux qu'un essairéussisse.
Je ne dis plus qu'un mot, une belle faison.
Reconnois-moi, Lecteur, à ce nouvel indice,
Cherche les douze pieds qui composent mon nam.
AVTRGuaErlan.eg
)
Ans la societé
,
j'établis mon commerce,
lund quelqu'un tres-diferet,sçaitmemettreà
profit,
'a bon mot, cher Lecteur ,
souvent n'y réuflïc;
Mais si quelque esprit lourd par hasard me ua..
verse
:'d\ , un des vains frondeurs dont la societé
De honte & de mépris
,
sçait couvrir la écrté.
Ces traits font suffisans, mais pour mieux me connoître,
Je t'offrirai d'abord celui qui me fait naître
,
Certain petit vaisseau qu'à table
on voit servir,
Deux endroits qu'en Hyver on garde avec plaisir,
Un gibier fort commun , une ville de France,
Ce qui le plus souvent nous porte à la clémence ,
:
Un Juge qui livra par pur respect humain j
A des peuples cruels leur maître Souverain;
Une rare beauté dans Corinthe connue ,
I
Un aliment très-bon & qui plaît à la vûe,
Ce qu'un chacun recherche avec empressement
Un Saint Pere prêcheur,un fruit, un élément,
L'oiseau le plus voleur & quelqu'autre de proye,
Ce Prince qui causa la destruction de Troye,
Le tribut qu'un Seigneur exige d'un VassalJ
Un Historien fameux, un arbre, un animal,
Ce qui n'est pas commun & dont chacun se pif
que,
Deux sortes de métaux, trois notes de Musique
La femme de Jacob, un Empereur Romain,
Un Pays très-fertile ,:un Royaume voisin
,
Deux fleuves très-connus quisortant de leurs cou*
ches,
Vomissent nuit & jour par tantdiverses bouches
L'orgueil de leurs grands flots dansle sein écumeux
Où mille vont se perdre & s'abimer comme
eux,
Ce
Ce feu dont quelquefois à peine on est le maître,
Ce qui n'éxistepas & qui ne sçauroit être,
Cequ'un sexe charmant veut toujours déguiser.
Finissons
,
cher Lecteur
,
je pourrois t'ennuyer,
Car il estbien douteux qu'un essairéussisse.
Je ne dis plus qu'un mot, une belle faison.
Reconnois-moi, Lecteur, à ce nouvel indice,
Cherche les douze pieds qui composent mon nam.
AVTRGuaErlan.eg
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9534
p. 97-100
AUTRE.
Début :
Fruit de l'imagination, [...]
Mots clefs :
Reversi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
FRuit
de l'imagination
,
Aux plaisirs je dois ma naissance ,
Le déffaut d'occupation,
Souvent même la passion
- Contribue à mon existence.
J'ai des freres sans nombre, & fuis en vogue en
France,
On trouve en moi,Lecteur, certains appas:
Dailleurs je me plaisaux débats.
Etne sçaisamuser gens de ma connoissance,
Que par un genre de combats,
Où souventtel triomphe & se moque tout bas
D'un vaincu qui se plaint & fonge à la vengeance ,
Qui peut bien le moins qu'il y pmre>
Se trouverdamecas.
Eh bien,à ces traies de lumiere,
Lecteur, ne me connois-tupas?
Je vais mieux me montrer, fuis-moi dans la carriere,
Sois attentif: sur- tout prends garde à ma derniere,
Peut être tu m'y trouveras.
Vois d'abord quatre Chefs, vois six fqis huit soldats
,
Dont quatre toujours inutiles,
Souvent des chefs les plus habiles,
Font le principal embarras.
Vois chez moi briller la science
,
Du hazard connois la puissance.
Lecteur
, ce n'est pas encor tout,
Un champion tiré du sein de la canaille,
Parmi les combattans tient toujours le haut bout;
Il estl'ame de la bartaille:
Telle garde à regret, telle poursuit par tout :
Un autre à l'éviter travaille.
Reçois encor, Lecteur, un éclaircissement
Par où ma nature s'explique.
Quoique fait pour l'amusement,
Souvent j'embarasse & je pique,
Tel se donne pour pacifique,
Pour qui je suis pierre d'achoppement
Dans une occasion de critique.
Tu m'apperçois, Lecteur, peut-être encor que
non?
A cecas,je veux bien par ma combinaison
Te procurer ma connoissance.
Sept lettres forment mon essence :
Dabord tu trouveras dans moi
Ce que tout arbre porte en foi.
Une note de Musique
,
Un ouvrage où souvent plus d'un mortels'applique
,
Où pourtant l'esprit a seul droit de réussir.
Ce qui fit prendre Troye & ce qu'était Ulysse.
Ce que le Créateur veut être avec justice,
Poursuis, tu verras un plaisir
Dont je fais moi-même partie. (
Un lieu dont l'on permet l'entrée& la sortie,
Ou pour mieux m'exqliquer, l'entre-deux des
maisons.
Ce que font un bouffon
, un fou, la Comédie.
Ce qu'on fait quand on dort, ou bien en maladie
Le mot Latin des lieux qui portent les moissons,
Et celui d'une des Saisons,
Un Royaume en Afrique, une Ville en Provence,
Uneautre dans l'Asieautrefois d'importance,
Le bien le plus chéri de tout le genre humaïn
,
Que souvent le Héros lacnfic* à sa glo.re.
Ce que dit Perrete à Grégoire
Quand il a la bouteille en main.
Un mot uèi-rerpc:a:able en France,
Qu'on prononce avec revérence
, Ce qu'on voit faire à l'homme, aucheval, à l'oeuf
.fIaisJ
Et que le chien ne fit jamais
,
Un légume bon en potage ,
Ce qu'on aime à voir quand on nage,
Le plus-grand ennemi de la prospetité
,
Un corps connu par sa fragilité
,
Qui se forme en sortant des flammes ;
Et le nom de celle dP5 femmes,
Qui fit le plus de ma! à sa posterité.
J'ajouterois, Lecteur, ce qu'estpour l'ordinaire
A la Cour de Venus un septuagenaire
;
Mais c'est trop babiller
,
finissons
, car enfin
Je c'ennuye
,
& je suis au bout de mon latin.
Par M. G. A. D. D.
de l'imagination
,
Aux plaisirs je dois ma naissance ,
Le déffaut d'occupation,
Souvent même la passion
- Contribue à mon existence.
J'ai des freres sans nombre, & fuis en vogue en
France,
On trouve en moi,Lecteur, certains appas:
Dailleurs je me plaisaux débats.
Etne sçaisamuser gens de ma connoissance,
Que par un genre de combats,
Où souventtel triomphe & se moque tout bas
D'un vaincu qui se plaint & fonge à la vengeance ,
Qui peut bien le moins qu'il y pmre>
Se trouverdamecas.
Eh bien,à ces traies de lumiere,
Lecteur, ne me connois-tupas?
Je vais mieux me montrer, fuis-moi dans la carriere,
Sois attentif: sur- tout prends garde à ma derniere,
Peut être tu m'y trouveras.
Vois d'abord quatre Chefs, vois six fqis huit soldats
,
Dont quatre toujours inutiles,
Souvent des chefs les plus habiles,
Font le principal embarras.
Vois chez moi briller la science
,
Du hazard connois la puissance.
Lecteur
, ce n'est pas encor tout,
Un champion tiré du sein de la canaille,
Parmi les combattans tient toujours le haut bout;
Il estl'ame de la bartaille:
Telle garde à regret, telle poursuit par tout :
Un autre à l'éviter travaille.
Reçois encor, Lecteur, un éclaircissement
Par où ma nature s'explique.
Quoique fait pour l'amusement,
Souvent j'embarasse & je pique,
Tel se donne pour pacifique,
Pour qui je suis pierre d'achoppement
Dans une occasion de critique.
Tu m'apperçois, Lecteur, peut-être encor que
non?
A cecas,je veux bien par ma combinaison
Te procurer ma connoissance.
Sept lettres forment mon essence :
Dabord tu trouveras dans moi
Ce que tout arbre porte en foi.
Une note de Musique
,
Un ouvrage où souvent plus d'un mortels'applique
,
Où pourtant l'esprit a seul droit de réussir.
Ce qui fit prendre Troye & ce qu'était Ulysse.
Ce que le Créateur veut être avec justice,
Poursuis, tu verras un plaisir
Dont je fais moi-même partie. (
Un lieu dont l'on permet l'entrée& la sortie,
Ou pour mieux m'exqliquer, l'entre-deux des
maisons.
Ce que font un bouffon
, un fou, la Comédie.
Ce qu'on fait quand on dort, ou bien en maladie
Le mot Latin des lieux qui portent les moissons,
Et celui d'une des Saisons,
Un Royaume en Afrique, une Ville en Provence,
Uneautre dans l'Asieautrefois d'importance,
Le bien le plus chéri de tout le genre humaïn
,
Que souvent le Héros lacnfic* à sa glo.re.
Ce que dit Perrete à Grégoire
Quand il a la bouteille en main.
Un mot uèi-rerpc:a:able en France,
Qu'on prononce avec revérence
, Ce qu'on voit faire à l'homme, aucheval, à l'oeuf
.fIaisJ
Et que le chien ne fit jamais
,
Un légume bon en potage ,
Ce qu'on aime à voir quand on nage,
Le plus-grand ennemi de la prospetité
,
Un corps connu par sa fragilité
,
Qui se forme en sortant des flammes ;
Et le nom de celle dP5 femmes,
Qui fit le plus de ma! à sa posterité.
J'ajouterois, Lecteur, ce qu'estpour l'ordinaire
A la Cour de Venus un septuagenaire
;
Mais c'est trop babiller
,
finissons
, car enfin
Je c'ennuye
,
& je suis au bout de mon latin.
Par M. G. A. D. D.
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9535
p. 156-161
« M. Rousseau de Geneve vient de faire imprimer chez Pissot, Narcisse ou l'Amant [...] »
Début :
M. Rousseau de Geneve vient de faire imprimer chez Pissot, Narcisse ou l'Amant [...]
Mots clefs :
Narcisse, Public, Pièce, Force, Vertu, Peuples, Écrits, Jean-Jacques Rousseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « M. Rousseau de Geneve vient de faire imprimer chez Pissot, Narcisse ou l'Amant [...] »
M. Rousseau de Geneve vient de faire:
imprimer chez Pissot,Narcisse ou l'Amant
de Luimême,Comédie qu'il fit jouer par
les Comédiens François, le 18Décembre'
de l'annéederniere. Il a mis à la tête de
sa piéce une Préface , dans laquelle il rappelle
avec la force, le courage & la véhémence
qu'on lui connoir
,
les principes ÔC
les conséquences de son sistême. Illa finit
ainn.
» Mais quand ce peuple est une fois cor-
» rompu à un certain point, soit que les;
» sciencesyayent contribuéounon, faut-
« il les bannir ou l'en préserver pour le
» rendre meilleur ou l'empêcher de cftve-
» nir pire? C'est une autre question, dans;
» laquelle je me fuis positivement déclaré
» pour la négative. Car, premierement.,
»puisqu'un Peuplevicieux ne revient j.
» maisà la vertu, il ne s'agir pas derendre
»»
bons ceux qui ne le sont plus, mais de
» conserver tels ceux qui ont le bonheur
» de l'être. En second licu, les mêmes eau..
» ses qui ont corrompu les Peuples servent
quelquefois à prévenir une plus grande
»corruption ;c'estainsique celui qui s'est
»> gâté k. tempéramment par un usage in,
» discret de la medecine,eÍl' forcé de re-
»courir encore aux- Médecins pour secon-
»server 1& vie; & c'est ainsique les Arts,
)J'8cles Sciences, aprèsavoir fait éclore
»les viceS', font nécessaires pour lesempê-
» cher de se tourner au ÇJ.ime;,eUes les
» couvrent au moins d'un vernis qui ne
«permet pasau poison de s'exhaler aussi
» librement;elles détruisent la vertu,mais
..fIles en laissent le simulacre' public qui
ss est toujours une belle chose. Elles intro-
» dussent à saplace la politesse & les bien-
» séances
, & la crainte de paroître mé-
» chant: elles substituent celles de paroîm
tre riclieute.
»Mon avisest donc, & je l'ai déja dit
»plus d'une fois, de laisser subsister
,
85
«•même d'entretenir avec soin les Acadé-
» mies, les Collèges
,
les Universités, les
»Bibliothèques,lesSpectacles & tous les
»autres amusemens qui peuventfaire
» quelque diversion àlaméchanceté des
« hommes,& lesempêcher d'occuper leur
» oisiveté à des choses plus dangereuses.
» Car dans une contrée oùil ne seroit plus
»question d'honnêtes gens ni de bonnes-
»moeurs,il vaudroit encore mieux vivre-
".avec des fripons qu'avec des brigands.
»Je demande maintenant où est la conê*
U-adiftion de cultiver moi-même des»
goûts dont j'approuve le progrès? Il ne
»s'agit plus
de
porter les Peuples à bien
» faire, il faut feulement les distraire de
» faire mal; il faut les occuper à des niai-
» series pour les détourner des mauvaises
» actions il faut les amuser au lieu de les
71 prêcher. Si mes écrits ont édifié le petit
» nombre des bons, je leur ai fait tour le-
» bien qui dépendoit de moi, & c'est peur-
Ȑtre les servir utilement encore que d'os-
» frir aux autres des objets de distraction
» qui lesempêchent de songer à eux. Je
»m'estimerois trop heureux d'avoir tous
« les jours une piéce à faire lissier, si je
Ji pouvois contenir pendant deux heures
,à les mauvais desseins d'un seul des Speéb-
» teurs, & sauver l'honneur de la fille ou-
» de la femme de (on ami
à
le secret de fort
» consident, ou la fortune de son créan-
Il cier. Lorsqu'il n'y a plus de moeurs,it'
» ne faut songer qu'à la police; & l'on
« sçait assezque la musique & les specta-
« des en sont un des plus importans objets.
- » S'il reste quelque difficulté à ma jufti-
, fication,j'ose le dire hardiment,ce n'est
» vis-à-vis, ni du public ni de mes adver-
»saires;c'estvis à vis de moi seul : car
9* ce n'est qu'en m'observant moi-même-
»q,ne je puis juger si je dois me complus
dans iepem nombre,& £mttt*
name est en état de soutenir le faix des
» exercices littéraires. J'en ai sentiplus
« d'une fois le danger; plus d'une fois js
»les ai abandonnés dans le dessein de ne
» les plus reprendre,& renonçant à leur
»charme séductur, j'ai sacrifié à la paix
» de mon coeur les seuls plaisirs qui pou-
» voientencore le flatter. Si dans les lan-
» gueurs qui m'accablent
,
si sur la fin d'u-
« ne carriere pénible & douloureuse, j'ai
93
osé les reprendre encore quelques mo-
)J mens pour charmer mes maux, je crois
» au moins n'y avoirmis ni assez d'intérêt
o ni assez de prétentions pour mériter à
*>cet égard les justes reproches que j'ai
» faits aux gens de lettres.
JJ11 me lalloit une épreuve pour ache-
» ver la connoissance de moimême,& jo
>3 l'ai faite sans balancer. Après avoir re-
»connu la situation de mon ame dans les
*i succès littéraires
,
il me restoit à l'exami-
3)nitr dans les revers. Je sçais maintenant
» qu'enpenser,&je puis mettre le public
» au
pire.
Ma piece aeule sortqu'elle mérltol
t& que j'avois prévu; nmis à l'en-
« nui près qu'elle m'acausé je :Srti de
«la representation bien plus emitenr de
,l');'.()i,& à plusjuste titte que si elle eú
» étii-si.
i,*?Je confdllc doaçà. ceux qui fan: Ë.
J)ardcns à chercher des reprocherà me
» faire,deVouloir mieuxétudier mes prin-
J* cipes
, & mieux observer IDa: conduite,
» avant que de m'y taxer de coutradiction
,,& d'inconséquence. S'ils s'apperçoivenc
jamais que je commence àbriguer les
» suffrages du public, ou que je tire va-
» nité d'avoir fait de jolieschansons
, ou
» que je rougisse d'avoir écrit de mauvaise
ses Comédicy, ou que je cherche à nui-
»re à la gloire de mes Concurrens, on
Jt' que j'assecte de mal parler des grands
» hommes de mon siécle
, pour tâcher de
» m'élever à leur ni veau, en les tabaissant
» au mien, ou que j'aspire à des placeS".
» d'Académie,ou que j'aille fairema cour
» aux femmes qui donnent le ton ou que
a j'encense la sottise des Grands, ou que
» ceffane de vouloir vivre dutravail de
» mes mains, je tienne à ignominie le mé-
» tier que je me fuis choisi,& fasse des
» pas vers la fonune; s'ils remarquent en
« un mot que l'amour de la réputation me
» fasse oublier celui de la vertu,je les prie
» de m'erravenir & même publiquement.
» 8c j^l^tiporomets de jetter à l'infianraw
» feu mês écrits- & mes livru, & de conn
venir de toutes les erreurs qu'il leur
» plaira de me reprocher. ; *En attendant, j'écrirai des livre?j#
* ferai des vers &a de la musique> sij'en
: ai le talent, le tems, la force ôe la vôw
a lonté;jecontinuerai de dire rrès- fran-
*chement tout le mal qJJe je pensedes
»Lettres & de ceux qui les cultivent, &
i croirai n'en valoir pas moins pour cela.
» Il est vrai qu'on pourra dire quelque
ojour: cet ennemi si déclaré des Sciences
p & des AnS", fît pourtant & publia des
» Piecesde Théâtre;& ce discours fera
,.
* je l'avoue,une Satyre, non de moi,
D mais de mon siécle,
imprimer chez Pissot,Narcisse ou l'Amant
de Luimême,Comédie qu'il fit jouer par
les Comédiens François, le 18Décembre'
de l'annéederniere. Il a mis à la tête de
sa piéce une Préface , dans laquelle il rappelle
avec la force, le courage & la véhémence
qu'on lui connoir
,
les principes ÔC
les conséquences de son sistême. Illa finit
ainn.
» Mais quand ce peuple est une fois cor-
» rompu à un certain point, soit que les;
» sciencesyayent contribuéounon, faut-
« il les bannir ou l'en préserver pour le
» rendre meilleur ou l'empêcher de cftve-
» nir pire? C'est une autre question, dans;
» laquelle je me fuis positivement déclaré
» pour la négative. Car, premierement.,
»puisqu'un Peuplevicieux ne revient j.
» maisà la vertu, il ne s'agir pas derendre
»»
bons ceux qui ne le sont plus, mais de
» conserver tels ceux qui ont le bonheur
» de l'être. En second licu, les mêmes eau..
» ses qui ont corrompu les Peuples servent
quelquefois à prévenir une plus grande
»corruption ;c'estainsique celui qui s'est
»> gâté k. tempéramment par un usage in,
» discret de la medecine,eÍl' forcé de re-
»courir encore aux- Médecins pour secon-
»server 1& vie; & c'est ainsique les Arts,
)J'8cles Sciences, aprèsavoir fait éclore
»les viceS', font nécessaires pour lesempê-
» cher de se tourner au ÇJ.ime;,eUes les
» couvrent au moins d'un vernis qui ne
«permet pasau poison de s'exhaler aussi
» librement;elles détruisent la vertu,mais
..fIles en laissent le simulacre' public qui
ss est toujours une belle chose. Elles intro-
» dussent à saplace la politesse & les bien-
» séances
, & la crainte de paroître mé-
» chant: elles substituent celles de paroîm
tre riclieute.
»Mon avisest donc, & je l'ai déja dit
»plus d'une fois, de laisser subsister
,
85
«•même d'entretenir avec soin les Acadé-
» mies, les Collèges
,
les Universités, les
»Bibliothèques,lesSpectacles & tous les
»autres amusemens qui peuventfaire
» quelque diversion àlaméchanceté des
« hommes,& lesempêcher d'occuper leur
» oisiveté à des choses plus dangereuses.
» Car dans une contrée oùil ne seroit plus
»question d'honnêtes gens ni de bonnes-
»moeurs,il vaudroit encore mieux vivre-
".avec des fripons qu'avec des brigands.
»Je demande maintenant où est la conê*
U-adiftion de cultiver moi-même des»
goûts dont j'approuve le progrès? Il ne
»s'agit plus
de
porter les Peuples à bien
» faire, il faut feulement les distraire de
» faire mal; il faut les occuper à des niai-
» series pour les détourner des mauvaises
» actions il faut les amuser au lieu de les
71 prêcher. Si mes écrits ont édifié le petit
» nombre des bons, je leur ai fait tour le-
» bien qui dépendoit de moi, & c'est peur-
Ȑtre les servir utilement encore que d'os-
» frir aux autres des objets de distraction
» qui lesempêchent de songer à eux. Je
»m'estimerois trop heureux d'avoir tous
« les jours une piéce à faire lissier, si je
Ji pouvois contenir pendant deux heures
,à les mauvais desseins d'un seul des Speéb-
» teurs, & sauver l'honneur de la fille ou-
» de la femme de (on ami
à
le secret de fort
» consident, ou la fortune de son créan-
Il cier. Lorsqu'il n'y a plus de moeurs,it'
» ne faut songer qu'à la police; & l'on
« sçait assezque la musique & les specta-
« des en sont un des plus importans objets.
- » S'il reste quelque difficulté à ma jufti-
, fication,j'ose le dire hardiment,ce n'est
» vis-à-vis, ni du public ni de mes adver-
»saires;c'estvis à vis de moi seul : car
9* ce n'est qu'en m'observant moi-même-
»q,ne je puis juger si je dois me complus
dans iepem nombre,& £mttt*
name est en état de soutenir le faix des
» exercices littéraires. J'en ai sentiplus
« d'une fois le danger; plus d'une fois js
»les ai abandonnés dans le dessein de ne
» les plus reprendre,& renonçant à leur
»charme séductur, j'ai sacrifié à la paix
» de mon coeur les seuls plaisirs qui pou-
» voientencore le flatter. Si dans les lan-
» gueurs qui m'accablent
,
si sur la fin d'u-
« ne carriere pénible & douloureuse, j'ai
93
osé les reprendre encore quelques mo-
)J mens pour charmer mes maux, je crois
» au moins n'y avoirmis ni assez d'intérêt
o ni assez de prétentions pour mériter à
*>cet égard les justes reproches que j'ai
» faits aux gens de lettres.
JJ11 me lalloit une épreuve pour ache-
» ver la connoissance de moimême,& jo
>3 l'ai faite sans balancer. Après avoir re-
»connu la situation de mon ame dans les
*i succès littéraires
,
il me restoit à l'exami-
3)nitr dans les revers. Je sçais maintenant
» qu'enpenser,&je puis mettre le public
» au
pire.
Ma piece aeule sortqu'elle mérltol
t& que j'avois prévu; nmis à l'en-
« nui près qu'elle m'acausé je :Srti de
«la representation bien plus emitenr de
,l');'.()i,& à plusjuste titte que si elle eú
» étii-si.
i,*?Je confdllc doaçà. ceux qui fan: Ë.
J)ardcns à chercher des reprocherà me
» faire,deVouloir mieuxétudier mes prin-
J* cipes
, & mieux observer IDa: conduite,
» avant que de m'y taxer de coutradiction
,,& d'inconséquence. S'ils s'apperçoivenc
jamais que je commence àbriguer les
» suffrages du public, ou que je tire va-
» nité d'avoir fait de jolieschansons
, ou
» que je rougisse d'avoir écrit de mauvaise
ses Comédicy, ou que je cherche à nui-
»re à la gloire de mes Concurrens, on
Jt' que j'assecte de mal parler des grands
» hommes de mon siécle
, pour tâcher de
» m'élever à leur ni veau, en les tabaissant
» au mien, ou que j'aspire à des placeS".
» d'Académie,ou que j'aille fairema cour
» aux femmes qui donnent le ton ou que
a j'encense la sottise des Grands, ou que
» ceffane de vouloir vivre dutravail de
» mes mains, je tienne à ignominie le mé-
» tier que je me fuis choisi,& fasse des
» pas vers la fonune; s'ils remarquent en
« un mot que l'amour de la réputation me
» fasse oublier celui de la vertu,je les prie
» de m'erravenir & même publiquement.
» 8c j^l^tiporomets de jetter à l'infianraw
» feu mês écrits- & mes livru, & de conn
venir de toutes les erreurs qu'il leur
» plaira de me reprocher. ; *En attendant, j'écrirai des livre?j#
* ferai des vers &a de la musique> sij'en
: ai le talent, le tems, la force ôe la vôw
a lonté;jecontinuerai de dire rrès- fran-
*chement tout le mal qJJe je pensedes
»Lettres & de ceux qui les cultivent, &
i croirai n'en valoir pas moins pour cela.
» Il est vrai qu'on pourra dire quelque
ojour: cet ennemi si déclaré des Sciences
p & des AnS", fît pourtant & publia des
» Piecesde Théâtre;& ce discours fera
,.
* je l'avoue,une Satyre, non de moi,
D mais de mon siécle,
Fermer
Résumé : « M. Rousseau de Geneve vient de faire imprimer chez Pissot, Narcisse ou l'Amant [...] »
Jean-Jacques Rousseau, également connu sous le nom de M. Rousseau de Genève, a publié la comédie 'Narcisse ou l'Amant de lui-même' chez l'imprimeur Pissot. Cette œuvre a été jouée par les Comédiens Français le 18 décembre précédent. Dans la préface, Rousseau aborde la question des sciences et des arts, affirmant qu'ils ne peuvent pas réformer un peuple vicieux mais peuvent aider à préserver la vertu dans une société corrompue. Il les compare à des remèdes nécessaires pour éviter une corruption plus profonde. Rousseau suggère de maintenir les académies, collèges, universités, bibliothèques et spectacles afin de détourner les hommes de leurs méchancetés. Il préfère vivre parmi des fripons plutôt que des brigands. Il justifie ses écrits comme des moyens de distraire les gens de leurs mauvaises intentions plutôt que de les moraliser. Rousseau exprime des doutes sur sa capacité à poursuivre ses activités littéraires en raison des risques et des sacrifices requis pour préserver sa tranquillité d'esprit. Il se déclare prêt à affronter les critiques et à défendre ses principes et sa conduite. Il invite ses lecteurs à signaler toute erreur dans ses œuvres et promet de les corriger. Rousseau affirme qu'il continuera à critiquer les lettres et ceux qui les cultivent. Il anticipe les critiques concernant sa propre production théâtrale malgré son opposition aux sciences et aux arts, reconnaissant que cela pourrait être vu comme une satire de son époque.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
9536
p. 161-177
EXTRAIT DE NARCISSE.
Début :
ACTEURS. LISIMON, VALERE, LUCINDE, { Enfans de Lisimon. ANGELIQUE, LEANDRE, { Frere [...]
Mots clefs :
Angélique, Valère, Lucinde, Narcisse, Portrait, Léandre, Frontin, Coeur, Frère, Marton, Femmes, Maître, Honte, Grâces, Femme, Homme, Aimer, Belle, Original, Sentiments
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT DE NARCISSE.
EXTRAIT DE NARCISSE.
AcriuRi
1.1SIM'0Nt'
VALERE,<£^IFIMONI»
1t:OCniDE, t nratlS e A.,ll1mOn.,
AANNGG-EELL I1QQ.:UU EE>,. C Frere &ScL-ur,puLE
ANDRE, l pilles ddeeLLiisfiimmoonn",
MÂ}R:TON:', Suivante..
FRONTIN, Valet de Valere.-
LLaaSS'ceenneeeejfdans:Fappartement de Valere;, LE but de l'Autheur aété depeindre
decorriger, s'ilétoit possible "le'
zidicule affreux des petits Maîtres, qui
préférent leur figure & leurs prétendues
graces à celles des plus jolies femmes. Lucinde,
Soeur de Valete,un de ces êtres
méprisables, veut faireensorte de leguérit
de ses travers , en le faisant peindre en
femme. Elle commence la pièce avec Martin
qui est du secret.
Lucinde.
» Je viens de voir mon Frere se promet
ner dans le jardin; hâtons-nous avant
»son retour, de placer son portrait sur sa
» toMillettea. rton.
» Le voiBt-Mademoiselle
,
changé dans
r« ses ajustemens de manière à le rendre I
'u méconnoissable,quoiqu'il soit le plny
» joli homme du monde,il brille ici est
J) femme encore avec de nouvelles graces
Lucinde.
» Valere est par sa délicatesse & l'affectation
de sa parure,une espéce de fem-
» me cachée fous les habits d'homme,&
» ce portrait ainsi travesti
,
semble moins
» le déguiser, que le rendre à son état nais
turel.
Jlîarton.
» Eh bien, où est le mal?Puisque les
» femmes cherchent aujourd'hui à le rapiu
procher des hommes,n'est-il pasconp.
venable que ceux ci fassent la moitiédu
chemin, & qu'ils tachent de gagner en
agrémens autant qu'elles en solidité ?
Graces à la mode, tout s'en mettra plus
aisément de niveau.
Lucinde.
Je ne puis me faire à des modes aussi
ridiculespeut-être notre sexe aura-t-il
> le bonheur de n'en plairepasmoins,
» quoi qu'i l dev ienne plus estimable;mais
» pour les hommes je plains leur aveugle-
» ment : que prétend cette jeunesse étour-
»die en usurpant tous nos droits: Espe-
» rent. ils de mieux plaire aux femmes er
03 s'efforçant de leur rellembler.
Maxtor?.
» Pour celui-là ils auroient tort, 6c les
» femmes se haïssent trop mutuellement
» pour aimer ce qui leur ressemble; mais
» revenons au portrait, ne craignez-vous
si point que cette petite raillerie ne fâche
»M. le Chevalier?
Lucinde.
» Non
,
Marron,mon frere est naturel-
» lement bon
,
il est même raisonnable
,
à
» son défaut près; il sentira qu'en lui fai-
» sant par ce portrait un reproche muet &
» badin, je n'ai songé qu'à le guérir d'un
si travers qui choque jusqu'a cette rendre
Angélique,cette aimable pupille de
30 mon Pere que Valere épouse aujourd'hui
»c'est lui rendre servicequede torigt t les défautsde son Amant, & tu (JSi
» combienj'ai besoin des soins de cette
« chere amie pour me délivrer de Léandre
» son ecre que mon pere veut aussi me I
» faire époMngaertro.n.,.|
si Si bien que ce jeune inconnu, ét ]
» Cléonte
, que vous vîtes l'Eté dernier à
» Poissy
, vous rient toujours au coeur ?
Lucinde.
» Je ne m'en défends point, je compte,
» même sur la parole qu'ilm'a donnée de
»> reparoître bientôt& sur la promesse que
»m'a faite Angélique d'engager son frerés r
oa renoncer à moi. !
Marton !
» Bon renoncer! songez que Vos yeux
»auront plus de force pour ferrercet en-
»gagement, qu'Angélique n'en fçautfoit!
J) avoir pour le rLomprue. cinde.j
»Sans disputér sur tes flatteries, je rtf
Ji) diraiquecommeLéandre ne m'a jamaijM
» vue, il seroit aisé à sa soeur de le prtvcJ
Jt nir, & de lui faire entendre que ne pou-
» Vant être heureux avec une femme dont
»le coeur est engagé ailleurs, il ne fçait-
>> roit mieuxfaire que de s'en dégager
*» pat un refushonnêt.
r' Marton. ,
» Un refus honnête ! ah Madame refu-
»
fer unefemme faite comme vous avec
quarante mille écus,c'est une honnêteté
> dont jamais Léandre ne (era capable.
àpart. Si elle sçavoit que Léandre 8c
»
Cléonte ne sont que la même personne ,
»un telrefus changeroit bientôtd'épia
thete.
Lucinde.
» Ah ! Marton
,
j'entends du bruit, cai)
chons vite ce porrrait, c'est mon frere
Il qui revient, & en nous amusant à jaser ,
Il nous nous sommesôté le loisir d'exe'cLi.
IJ ter notre projet.
Marton.
» Non,c'est Angélique.
Angélique est auflj du secret; mais com
me elle aime tendrement Valere
,
elle appréhende
de l'indisposer contre elle, s'il
sçait qu'elle a contribué à l'exposer à la
raillerie ;elle conjure donc Lucinde de
changer de résolution ; Lucinde dit qu'elle
ne veut pas perdre les frais de son
industrie ,& s'offre à courir feule les risquesdusucces
, en proposant à Angélique
de n'être que témoin & non complice
On entend la voix de Valere ; & Lucinde
met le portrait sur sa toilette; Valere
arriy« avec Frontin,Sc annonce toa
caractère par des propos pleins de faculté
& d'imprtinence; appercevant le porj
trait,ilse récrie sur la beauté de sa proi
pre figure sans la reconnoître,&
deman
de à Frontin où il a pris ce portrait: Frojv*
tin lui dit qu'il ne sçait ce que c'est -, Vaj
lere n'a garde de le croire. Les petits maî.,
-
tres n'ont la tête remplie que de bonnel
fortunes. Il se félicite en considérant let
portrait
,
d'avoir fait une auHi brillante
conquêtecontinuant sur le même ton
g
il demande à Frontin le nom dela belle <
(
Frontin quiareconnu son Maître luisais
son propre portrait en disant, que c'c
une personne bien minaudiere
,
bien coquette
, en un mot un petit maître femelles
qu'il a été à son service,qu'il en ajeçu
beaucoup de Couflf-,ts.; que malgré cela il
est toujours son trèshumble serviteur
„ mais que cette fille ne se nomme point
Valere prend les discours de Frontin pouss
du Galimathias
,
& se fait habiller afin de
découvrir l'original du portraitpourlequel
il se sent épris d'une passion violenter il ne
peut cependant s'empêcher de songer à
,
Angélique qu'ilaimoit & qu'il doit epoufer
dans le jour; mais l'idée d'Angélique ne
pouvant l'arrêter, un contre-tems fâcheu»
l'arrivée de ioii pere le forçe derester. Li:
timon PtilbÚlu. violent: c'elf lui Util
arrêté le mariage. Valere a beau demander
un délai. Lifimon le quitte en lui disant
qu'il veut être obéi. Valere outré de l'inflexibilité
de son Pere
,
sort l'instant d'après
pour tâcher de trouver l'objet qui lui
a paru si beau. Angéliquearrive avec
Marron. Cette derniere s'égaïeaux dépens
de Valere qui est devenu tout-à-coup
amoureux de sa figure, Angélique quiaime
, ne sçauroit rire des plaisanteriesqu'on
fait sur son Amant. Marton croyant mieux
trouver son compte avec Lucinde qui furvient
veut lui faire le recit des ridicules
de Valere; mais Lucinde a bien d'autres
choses en tête; elle a rencontré son Pere
qui lui a ordonné de se disposer à donner
la main à Léandre. Elle ignore toujours
que ce Léandre est le même que Cléonte
& Angélique , ne ladesabusepoint. Lucinde
rentre chez Lisimon pour le supplier de
ne point contraindre son inclination. Angélique
dit ensuiteàMarton que si elle
se plaît à joiiir pendant quelques instans
del'inquiétudede Lucinde,c'est pour lui
en rendre l'événement plus doux ; quelle
autre vengeance,ajoûte t-elle, pourroic
être autorisée par l'amitié ? Marron quitte
Angélique pour rejoindre Lucinde. Angélique
appercevant Valere qui regarde
amoureusement le portrait en question
»
commence à craindre deperdre son coeur:surtout
quand Valere continuant deconsidérer le portrait,
dit d'un ton animé: »' Que de graces !
Quête
1) traits! Que cela est enchanté!Que cela est divin !
» ah,qu'Angélique ne le flate pas de soutenir la
P» comparaison avec tant de charmes!
Angélique ,faifijjc.nt le portrait.
» Je n'ai garde assurément,mais qu'ilmesoit
»» permis de partager votre admiration, la con-
;.) noissance des charmes de cette heureuse rivalç
»adoucira du moins la honte de ma défaite.
Valere,
:»O.Ciel!
Angtlique.
Qu'avez-vous donc? vous paroissez tout in.
»terdit: je n'aurais jamais cru qu'un petit-maître ,
o., fdrjj aisé à déconteVnancer.alere.
30 Ah! cruelle
, vous connoissez toutl'amendant
.',que vous avez sur moi, &c vous m'outragez sans
»que je puisse répondre.
Angélique.
:nC'eÍ1- fort mal fait, en vérité, & réguliere-
P-à ment,vous devriez me dire des injures.Allez,
M Chevalier, j'ai pitié de votre embarras, voilà
ïavctre portrait, & je fuis d'autant moins fâchée
JO.que vous en aimiez l'original,que vos sentimens
1, sont sur ce point tout-à-fait d'accord avec les
»miens.
Plilere.
M Quoi, vous connoissez la personne !
Angélique.
»Non feulement je la connais, mais je puis
3.1 vous dire qu'elle est ce que j'ai de plus cher au
» monde.
Valere.
Valere.
»Vraiment voici dunouveau, & le langage
"«yçft un peu singulierdans la bouche d'une rivale.
Ar.^é'icjne.
» Je ne sçais, mais il est sincére. à pw. S'il se
4b pique ,je triomphe.
l'aJerc,
» Elle a donc bien du mérite?
-
Ar^eltfae.
r> Il ne tient qu'à elle d'en avoir infiniment.
Viilcye,
» Point de défauts,sans doute »
An^êlique.
»' Oh beaucoup! c'est une petite personne bisar-
«te, capricieuse éventée ,étourdie, volage
,
&
J, surtout d'une vanité insuportable; mais quoi elle
*3 en aimable avec tout cela, & je vous prédis d'a-
» vance que vous l'aimerez jusqu'au tombeau.
Valere.
» Vous y consentez donc?
Angélique.
»Oui:
Valere.
io Cela ne vous fâchera point
.Angéltque.
93 Non: Valere, à part.
s' Son indifference me desespére: haut. Oserai-
«jeme flatter qu'en ma faveur, vous voudrez
» bien resserrer encore votre union avec elle.
Angélique.
» C'est tout ce que je demande.
Valcre outré.
» Vous dites tout cela avec une tranquillité
r> qui ms charme.
Angélique.
»Comment donc! vous vous plaigniez tout à-
»> l'heure de mon enjouement, & à present vous
» vous fâchez de mon fang froid, je ne (pis plus
» quel ton prendre avec vous.
Valere
,
b.¡J.
»Jecréve de dépit; haut: Mademoiselle m'ac- »corderat-eilela faveur de me faire faireco-
» noissance avec elle.
Angélique.
» Voilà par exemple un genre de service que je
s, fuis sûre que vous n'attendez pas de moi ; mais
); je veux passer votre espérance
,
&je vous le'prQ
a:> wiets encore.
Valcre,
» Ce fera bientôt,aumoins.
Angélique,
Je
Peut-être dès aujourd'hui.
Valere.
a3 Je n'y puis plus tecir. Ilveut s'enaller.
Angélique à part.
» Je commence à bien augurer de tout cd, il
a) atrop de dépit pour n'avoir plus d'amour:haut.
'Û.!\ allez-vous, Valere?
Valere.
» Je vois que ma presence vous gêne ,,,.je vais
is vous céder la place.
Angélique.
» Ah point, je vais me retirer moi-même. Il
».q'dl pas iuec queje vous chasse de chez vous.
Valere*
v JÎ Allez,allez, souvenez-vous,que qui li'aimfc
»rien ne mérite pas d'être aimé. Angélique.
2) II vaut encore mieux n'aimer rien que d'être
It amoureux de foi même. pf, re ,
seul.
»Amoureux de sou-même:est-ce ancrime de
»sentir un peu ce qu'on vaut ? J«^Vuis cependant
» bien piqué; est il possible qu'on perde un amant
»comme moi sans douleur? On diroit qu'elle me
*3 regarde comme un homme ordinaire: hélas je
>5 l'nt: déguise envain le troublé de mon coeur, &
*> je crains de l'aimer encore après son inconstance;
mais non tour mon coeur n'est qu'à ce
n charmant objet ! courons tenter de nouvelles re- »Cherches
,
& joignons au soin de faire mon bon
heur celui d'exciter la jalousie d'Angélique,
» mais voiciFrontin.
Illui demande envain des nouveïs de la belle
inconnue. Fronrin est ivre, ne fait que b¿g":¡T
& au lieu d'instruire son Maître, il excite sa colere.
Lucinde survient aprèsledépart de Valere
dont elle estinquiéte; elie abeau interrogerFro,ntin
,il n'est pas en état de lui répondre; cependant
il apprend à Lucinde que son Maître est amoureux
de sa ressemblance. Lucinde craignant l'indiscrétion
de Frontin, lui donne encore de quoi
boire, malgrél'état on il est pour l'engager à se
taire. L'inquiétude que ressent Lucinde- de l'égarement
de son frere, ne l'empêche pas de songer à
ses propres affaires;elle soupire pourCléont;&
veutabsolument qu'Angélique la débarrasse de la
recherche de Léandre, Angélique plaisante avec elle en attendant le retour de celui qui doit la détromper.
Il arrive 5c Lucinde lui marque son contencement
de l'épreuve qu'il lui a fait efluyer^
Léandre remercie sa soeur d'avoir longé à son bonheur
; & dans le rems qu'il lui baise la mais V..
iere paroît
,
& dit à Angélique
Que ma présence ne vous gêne point; COnls:
menr,Mademoiselle, je ne connoiiîois pas ton-
"tes vos conquêtes, ni l'heureux objet de votre
»>préférer.ce,6c j'aurai soin de me souvenir par
»•> i.urv.ne,qu'après avoir (ollF'ré le plus confié
t/ur.nient Valere a été le plus maltraité.
And:!It
« Ce feroit mieux fait que vous ne pensèz, Se
»»vousauuezeneffet besoinde quelques levons
demodeitie.
Valcyt.
« Quoi, vous orc2 joindre la raillerie à l'outrage
,
& vous avez le front de vous applaudir, quand
a vous devriez mourir de honte!
Angclicjne.
« Ah
vous vous fâchez, je vous laisse
,
mepaslesinjures. la je n'ai- t*Valcrt, ge
si Non,
vous demeurerez, il faut que je jouisse
; de toute votre honte.
Angélique.
1.h bien, joulflez.
Vtilire.
3 Car j'espere que vous n'aurez pas la hardiesse
« de tenter votre Juftincacion,
Angélique.
N'ayez pas peur.
Valert.
»• Eh que oui ; ne vous flacez pas que je conserve
» encore les moindres sentimens envoue faveur.
An!l,éliqu!.
}>
Mon opinion là-dessus ne changera rien à la
»chose.
VaW.
» Je vous déclare que je ne veux plus avoifpouf
t;rous que de la haine.
Angélique.
C'est fort bien fait.
VzIcïstirant!cpir.'r.nt.
- Er voici déformais l'uniqueob]^: J;motl
amour.
sîngèliqiic,
h Vous avez r.itfon,& moi je vous déclare que j'âipeut Menfisur, n;:mtl'ant jon freye, un atta-
»îchement quin'est de guère inférieurau 1. t»pourl'originaldeesportrait.
Palert.
» L'ingrate ! il ne me reste plus qu'à mourir.
y}t.gèUefut%
*>Valere^écoutez
:
j'ai pitié de l'état 0\\j vous
t) vois, vous devez convenir que vous êtes le plus
injufie des hommes de vous compoiter ainsi sur
j une apparence d'infidéliré dont vous m'avez »vouf-même donné l'exemple, mais ma bonté
."eu[ bien encore aujourd'hui pailer par-dellus
vos travers.
Va1ere.
«Vous verrez qu'on me fera la grâce de me
» pAardonnner.gélique., » En vérité, vous ne le méritezguère,je vais
:1, cependant vous apprendre à que! prix je puis
» m'y résoudre; vous m'avez ci devant témoigné
des sentimens que j'ai payés d'un retour trop
tendre pour un ingrat. Malgré cela vous m'a-
.v vez indignement outragée par un amour Ci[txa-
»vagant conçu sur un simpleportrait.avectoUt
»la legereté, & l'ose dire toute l'étourderie de
votren âge & de votre caractère; il n'est pas
»'tems d'examiner si j'ai dû vous imiter, & ce
n'tft pas à vous qui êtes coupable qu'il convient'
dioit deblâmer ma conduite.
ralere.
Ce n'est pas à moi! GrandDieu niais voyons
»»où tendent ces beaux discours.
Angélique.
« Le voici Je vous ai dit que je connossois
»>l'objet de votre nouvel amour,&cela tft vrai :
» j'ai ajouté que jel'aimois ten^renient, &ce-'d
« n'e st encoie que trop vrai; en vous avouant son
»> nu r!re ,
je ne vous ai point déguisé ses défauts)
»> j'aifaitplus, jevousaipromisdelefairecon-
» ¡,;oÍue, & je vous eng.ge ma parole de vous le
•3 faire connoîcre dès aujourd'hui, des cette heure-
»même;car je vous avertis qu'il est plus prèsde
vous que vous ne pensez.
Valere.
.) Qu'entens je? quoi là ?
singé!ijue.
, 33 Ne m'interrompez point,je vous prie; enfin
*> lavéritémeforce à vous répéter que cette pel.
:t;> sonne vous aime avec ardeur,& je puis vous ré.
*> pondre de son attachement comme du mien
»3 propre: c'efi à vous maintenant de choisir en-
:J,rre elle & moi celle à qui vous destinez votre
« tenditffe;choiifilez,Chevalier, maisclioififfcz
« 4s cet instant & faq> retour.
Maton.
aj Le voilà ma foi bien embairafle, l'alternaIJ'riv-
e est plaifjnte : croyez-moi, M;siar. cboi-
» filTez le portrait, c'est le moyen d'être à l'abri-
« deslivaux.
Lucinie.
Ah,Valere,faut.il balancer siiong-tems peut
» suivre les impressions du coeur?
Valere aux pieds d'Angélique jettant le
portraIt.
t:I C'en est fait,vous avez vaincu, belle An-
»'gélique,Se je sens combien les sentimens qui
naissentdu caprice font inférieursà ceux que
»*ous inspirer. Marton ramasse le périrait
,
mais
hélas quand tout mon coeur revient à vous
puis-je me flater qu'il me ramènera le votre ?
Angélique.
** Vous pourrez juger de ma reconnoissance par
t, le sacrifice que vous venez de me faire,levez-
»Îvo-us Valere & cordidérez bien ces traits.
Lèandre regardant aujjt.
Attendez donc,rnais je cro's reconnoître cet- objet là
; c'est oui ma foi,c'etflui.
Qui lui
Valere.
,
» Quilui? ditesdoncelle,c'ec'nes:t une femnmie àà
»' qui je renonce, commeàtoutes les femmes de
» l'Univers,sur qui Angélique l'emportera ten-
1) jours.
Angélique.
Qui, Valere ,ç'étoit une femme jusqu'ici,mais
»j'espére que déformais ce fera un homme fu-
S3 périeuràces petites foiblesses qui dégradoient
»son sexe & son caractère.
Valere,
» Dans quelle étrange surptisé vous me jettez Angélique.nie Ietteir
Vousdévriez' d'autant moins méconnoître:
»cet objet que vous avez en avec lui le corn-
»merce le plus intime, & qu'assurémenton ne
*> vous accusera pas de l'avoir négligé.
Valere.
M Ah ! que vois-je ?
»Lachose n'est-ellepas claire, vous voyez le
t) portrait & voilà l'original.
Valere,
» O Ciel, & je ne meurs pas de honte !
:Al.dlOn.
SI Eh
,
Monsieur, vous êtes peut-être le (eul de
»votre ordre,qui la connoinez.
Angélique,
» Ingrat! avois-je toit de dire que je Connoifïbi$
»» l'original de ce portrait ?
Valere.
» Et moi je ne veux plus l'aimer, que parce
JOqü'll vous adore.
4 - 1 :nr6r:"Jn-::,
M Vous voulez bien que pour affermirnotreré-
M conciliation, je vous presenteLéandre tuon
sa frere.
Lèjndrc.
i,, Souffrez, Monsieur.
Valere.
M Dieux! quel comblede félicité! quoimême
»> quand j'étais ingrat, Angélique n'étoit pas infi-
93 delle ? Lucinde.
M Que je prens de part à votre bonheur! & que
» le mien en est augmenté!
~L'simonarrivant
» Ah vous voici tous rassemblés fort à propos.
S] Valere & Lucinde ayant tous demrretire à leurs
- mariages
,
~j'avois d'abord résolude les y con-
»traindre, mais j'ai réfléchi qu'il faut quelquefois
- être bon pere , & que la violence ne fait pas
10 toujours des mariages heureux: j'ai donc pris le
:II:! parti de rompredès aujourd'hui tout ce qui avoir
30 èté arrêté,& voici les nouveaux arrangemens
quej'y substitue. Angélique m'épousera,LulO
cinde ira dans un Couvent : VJkre fera deshé-
71 rité,& quant à vous Léandre
, vous prendrez pa-
*»tiexice
,
s'il vous plait. -
Les enfans & les pupilles de Lisimon sont d'abord
interdits, mais ensuite, revenus à eux-mêmes
ils lui disent qu'ils sont prêts de conclure les ma~
riages qu'il avoit arrêtés. Lisimon croyant qae.
leur obeissancene provient que dela crainte des
violences dont il les a menacez,s'écrie,>5ceq
*> c'est qu'un coup d'autorité frappé à propos.
VaUre termine la piece en disant à Anc.élilu,
»Venez, belle Angélique,vous m'avez guéri
« d'un ridicule qui faisoit la honte de ma jeunesse,
»&jevaisdesormais éprouver près de vousque
» quand on a bien, on ne songe plus à soi-
» même.
AcriuRi
1.1SIM'0Nt'
VALERE,<£^IFIMONI»
1t:OCniDE, t nratlS e A.,ll1mOn.,
AANNGG-EELL I1QQ.:UU EE>,. C Frere &ScL-ur,puLE
ANDRE, l pilles ddeeLLiisfiimmoonn",
MÂ}R:TON:', Suivante..
FRONTIN, Valet de Valere.-
LLaaSS'ceenneeeejfdans:Fappartement de Valere;, LE but de l'Autheur aété depeindre
decorriger, s'ilétoit possible "le'
zidicule affreux des petits Maîtres, qui
préférent leur figure & leurs prétendues
graces à celles des plus jolies femmes. Lucinde,
Soeur de Valete,un de ces êtres
méprisables, veut faireensorte de leguérit
de ses travers , en le faisant peindre en
femme. Elle commence la pièce avec Martin
qui est du secret.
Lucinde.
» Je viens de voir mon Frere se promet
ner dans le jardin; hâtons-nous avant
»son retour, de placer son portrait sur sa
» toMillettea. rton.
» Le voiBt-Mademoiselle
,
changé dans
r« ses ajustemens de manière à le rendre I
'u méconnoissable,quoiqu'il soit le plny
» joli homme du monde,il brille ici est
J) femme encore avec de nouvelles graces
Lucinde.
» Valere est par sa délicatesse & l'affectation
de sa parure,une espéce de fem-
» me cachée fous les habits d'homme,&
» ce portrait ainsi travesti
,
semble moins
» le déguiser, que le rendre à son état nais
turel.
Jlîarton.
» Eh bien, où est le mal?Puisque les
» femmes cherchent aujourd'hui à le rapiu
procher des hommes,n'est-il pasconp.
venable que ceux ci fassent la moitiédu
chemin, & qu'ils tachent de gagner en
agrémens autant qu'elles en solidité ?
Graces à la mode, tout s'en mettra plus
aisément de niveau.
Lucinde.
Je ne puis me faire à des modes aussi
ridiculespeut-être notre sexe aura-t-il
> le bonheur de n'en plairepasmoins,
» quoi qu'i l dev ienne plus estimable;mais
» pour les hommes je plains leur aveugle-
» ment : que prétend cette jeunesse étour-
»die en usurpant tous nos droits: Espe-
» rent. ils de mieux plaire aux femmes er
03 s'efforçant de leur rellembler.
Maxtor?.
» Pour celui-là ils auroient tort, 6c les
» femmes se haïssent trop mutuellement
» pour aimer ce qui leur ressemble; mais
» revenons au portrait, ne craignez-vous
si point que cette petite raillerie ne fâche
»M. le Chevalier?
Lucinde.
» Non
,
Marron,mon frere est naturel-
» lement bon
,
il est même raisonnable
,
à
» son défaut près; il sentira qu'en lui fai-
» sant par ce portrait un reproche muet &
» badin, je n'ai songé qu'à le guérir d'un
si travers qui choque jusqu'a cette rendre
Angélique,cette aimable pupille de
30 mon Pere que Valere épouse aujourd'hui
»c'est lui rendre servicequede torigt t les défautsde son Amant, & tu (JSi
» combienj'ai besoin des soins de cette
« chere amie pour me délivrer de Léandre
» son ecre que mon pere veut aussi me I
» faire époMngaertro.n.,.|
si Si bien que ce jeune inconnu, ét ]
» Cléonte
, que vous vîtes l'Eté dernier à
» Poissy
, vous rient toujours au coeur ?
Lucinde.
» Je ne m'en défends point, je compte,
» même sur la parole qu'ilm'a donnée de
»> reparoître bientôt& sur la promesse que
»m'a faite Angélique d'engager son frerés r
oa renoncer à moi. !
Marton !
» Bon renoncer! songez que Vos yeux
»auront plus de force pour ferrercet en-
»gagement, qu'Angélique n'en fçautfoit!
J) avoir pour le rLomprue. cinde.j
»Sans disputér sur tes flatteries, je rtf
Ji) diraiquecommeLéandre ne m'a jamaijM
» vue, il seroit aisé à sa soeur de le prtvcJ
Jt nir, & de lui faire entendre que ne pou-
» Vant être heureux avec une femme dont
»le coeur est engagé ailleurs, il ne fçait-
>> roit mieuxfaire que de s'en dégager
*» pat un refushonnêt.
r' Marton. ,
» Un refus honnête ! ah Madame refu-
»
fer unefemme faite comme vous avec
quarante mille écus,c'est une honnêteté
> dont jamais Léandre ne (era capable.
àpart. Si elle sçavoit que Léandre 8c
»
Cléonte ne sont que la même personne ,
»un telrefus changeroit bientôtd'épia
thete.
Lucinde.
» Ah ! Marton
,
j'entends du bruit, cai)
chons vite ce porrrait, c'est mon frere
Il qui revient, & en nous amusant à jaser ,
Il nous nous sommesôté le loisir d'exe'cLi.
IJ ter notre projet.
Marton.
» Non,c'est Angélique.
Angélique est auflj du secret; mais com
me elle aime tendrement Valere
,
elle appréhende
de l'indisposer contre elle, s'il
sçait qu'elle a contribué à l'exposer à la
raillerie ;elle conjure donc Lucinde de
changer de résolution ; Lucinde dit qu'elle
ne veut pas perdre les frais de son
industrie ,& s'offre à courir feule les risquesdusucces
, en proposant à Angélique
de n'être que témoin & non complice
On entend la voix de Valere ; & Lucinde
met le portrait sur sa toilette; Valere
arriy« avec Frontin,Sc annonce toa
caractère par des propos pleins de faculté
& d'imprtinence; appercevant le porj
trait,ilse récrie sur la beauté de sa proi
pre figure sans la reconnoître,&
deman
de à Frontin où il a pris ce portrait: Frojv*
tin lui dit qu'il ne sçait ce que c'est -, Vaj
lere n'a garde de le croire. Les petits maî.,
-
tres n'ont la tête remplie que de bonnel
fortunes. Il se félicite en considérant let
portrait
,
d'avoir fait une auHi brillante
conquêtecontinuant sur le même ton
g
il demande à Frontin le nom dela belle <
(
Frontin quiareconnu son Maître luisais
son propre portrait en disant, que c'c
une personne bien minaudiere
,
bien coquette
, en un mot un petit maître femelles
qu'il a été à son service,qu'il en ajeçu
beaucoup de Couflf-,ts.; que malgré cela il
est toujours son trèshumble serviteur
„ mais que cette fille ne se nomme point
Valere prend les discours de Frontin pouss
du Galimathias
,
& se fait habiller afin de
découvrir l'original du portraitpourlequel
il se sent épris d'une passion violenter il ne
peut cependant s'empêcher de songer à
,
Angélique qu'ilaimoit & qu'il doit epoufer
dans le jour; mais l'idée d'Angélique ne
pouvant l'arrêter, un contre-tems fâcheu»
l'arrivée de ioii pere le forçe derester. Li:
timon PtilbÚlu. violent: c'elf lui Util
arrêté le mariage. Valere a beau demander
un délai. Lifimon le quitte en lui disant
qu'il veut être obéi. Valere outré de l'inflexibilité
de son Pere
,
sort l'instant d'après
pour tâcher de trouver l'objet qui lui
a paru si beau. Angéliquearrive avec
Marron. Cette derniere s'égaïeaux dépens
de Valere qui est devenu tout-à-coup
amoureux de sa figure, Angélique quiaime
, ne sçauroit rire des plaisanteriesqu'on
fait sur son Amant. Marton croyant mieux
trouver son compte avec Lucinde qui furvient
veut lui faire le recit des ridicules
de Valere; mais Lucinde a bien d'autres
choses en tête; elle a rencontré son Pere
qui lui a ordonné de se disposer à donner
la main à Léandre. Elle ignore toujours
que ce Léandre est le même que Cléonte
& Angélique , ne ladesabusepoint. Lucinde
rentre chez Lisimon pour le supplier de
ne point contraindre son inclination. Angélique
dit ensuiteàMarton que si elle
se plaît à joiiir pendant quelques instans
del'inquiétudede Lucinde,c'est pour lui
en rendre l'événement plus doux ; quelle
autre vengeance,ajoûte t-elle, pourroic
être autorisée par l'amitié ? Marron quitte
Angélique pour rejoindre Lucinde. Angélique
appercevant Valere qui regarde
amoureusement le portrait en question
»
commence à craindre deperdre son coeur:surtout
quand Valere continuant deconsidérer le portrait,
dit d'un ton animé: »' Que de graces !
Quête
1) traits! Que cela est enchanté!Que cela est divin !
» ah,qu'Angélique ne le flate pas de soutenir la
P» comparaison avec tant de charmes!
Angélique ,faifijjc.nt le portrait.
» Je n'ai garde assurément,mais qu'ilmesoit
»» permis de partager votre admiration, la con-
;.) noissance des charmes de cette heureuse rivalç
»adoucira du moins la honte de ma défaite.
Valere,
:»O.Ciel!
Angtlique.
Qu'avez-vous donc? vous paroissez tout in.
»terdit: je n'aurais jamais cru qu'un petit-maître ,
o., fdrjj aisé à déconteVnancer.alere.
30 Ah! cruelle
, vous connoissez toutl'amendant
.',que vous avez sur moi, &c vous m'outragez sans
»que je puisse répondre.
Angélique.
:nC'eÍ1- fort mal fait, en vérité, & réguliere-
P-à ment,vous devriez me dire des injures.Allez,
M Chevalier, j'ai pitié de votre embarras, voilà
ïavctre portrait, & je fuis d'autant moins fâchée
JO.que vous en aimiez l'original,que vos sentimens
1, sont sur ce point tout-à-fait d'accord avec les
»miens.
Plilere.
M Quoi, vous connoissez la personne !
Angélique.
»Non feulement je la connais, mais je puis
3.1 vous dire qu'elle est ce que j'ai de plus cher au
» monde.
Valere.
Valere.
»Vraiment voici dunouveau, & le langage
"«yçft un peu singulierdans la bouche d'une rivale.
Ar.^é'icjne.
» Je ne sçais, mais il est sincére. à pw. S'il se
4b pique ,je triomphe.
l'aJerc,
» Elle a donc bien du mérite?
-
Ar^eltfae.
r> Il ne tient qu'à elle d'en avoir infiniment.
Viilcye,
» Point de défauts,sans doute »
An^êlique.
»' Oh beaucoup! c'est une petite personne bisar-
«te, capricieuse éventée ,étourdie, volage
,
&
J, surtout d'une vanité insuportable; mais quoi elle
*3 en aimable avec tout cela, & je vous prédis d'a-
» vance que vous l'aimerez jusqu'au tombeau.
Valere.
» Vous y consentez donc?
Angélique.
»Oui:
Valere.
io Cela ne vous fâchera point
.Angéltque.
93 Non: Valere, à part.
s' Son indifference me desespére: haut. Oserai-
«jeme flatter qu'en ma faveur, vous voudrez
» bien resserrer encore votre union avec elle.
Angélique.
» C'est tout ce que je demande.
Valcre outré.
» Vous dites tout cela avec une tranquillité
r> qui ms charme.
Angélique.
»Comment donc! vous vous plaigniez tout à-
»> l'heure de mon enjouement, & à present vous
» vous fâchez de mon fang froid, je ne (pis plus
» quel ton prendre avec vous.
Valere
,
b.¡J.
»Jecréve de dépit; haut: Mademoiselle m'ac- »corderat-eilela faveur de me faire faireco-
» noissance avec elle.
Angélique.
» Voilà par exemple un genre de service que je
s, fuis sûre que vous n'attendez pas de moi ; mais
); je veux passer votre espérance
,
&je vous le'prQ
a:> wiets encore.
Valcre,
» Ce fera bientôt,aumoins.
Angélique,
Je
Peut-être dès aujourd'hui.
Valere.
a3 Je n'y puis plus tecir. Ilveut s'enaller.
Angélique à part.
» Je commence à bien augurer de tout cd, il
a) atrop de dépit pour n'avoir plus d'amour:haut.
'Û.!\ allez-vous, Valere?
Valere.
» Je vois que ma presence vous gêne ,,,.je vais
is vous céder la place.
Angélique.
» Ah point, je vais me retirer moi-même. Il
».q'dl pas iuec queje vous chasse de chez vous.
Valere*
v JÎ Allez,allez, souvenez-vous,que qui li'aimfc
»rien ne mérite pas d'être aimé. Angélique.
2) II vaut encore mieux n'aimer rien que d'être
It amoureux de foi même. pf, re ,
seul.
»Amoureux de sou-même:est-ce ancrime de
»sentir un peu ce qu'on vaut ? J«^Vuis cependant
» bien piqué; est il possible qu'on perde un amant
»comme moi sans douleur? On diroit qu'elle me
*3 regarde comme un homme ordinaire: hélas je
>5 l'nt: déguise envain le troublé de mon coeur, &
*> je crains de l'aimer encore après son inconstance;
mais non tour mon coeur n'est qu'à ce
n charmant objet ! courons tenter de nouvelles re- »Cherches
,
& joignons au soin de faire mon bon
heur celui d'exciter la jalousie d'Angélique,
» mais voiciFrontin.
Illui demande envain des nouveïs de la belle
inconnue. Fronrin est ivre, ne fait que b¿g":¡T
& au lieu d'instruire son Maître, il excite sa colere.
Lucinde survient aprèsledépart de Valere
dont elle estinquiéte; elie abeau interrogerFro,ntin
,il n'est pas en état de lui répondre; cependant
il apprend à Lucinde que son Maître est amoureux
de sa ressemblance. Lucinde craignant l'indiscrétion
de Frontin, lui donne encore de quoi
boire, malgrél'état on il est pour l'engager à se
taire. L'inquiétude que ressent Lucinde- de l'égarement
de son frere, ne l'empêche pas de songer à
ses propres affaires;elle soupire pourCléont;&
veutabsolument qu'Angélique la débarrasse de la
recherche de Léandre, Angélique plaisante avec elle en attendant le retour de celui qui doit la détromper.
Il arrive 5c Lucinde lui marque son contencement
de l'épreuve qu'il lui a fait efluyer^
Léandre remercie sa soeur d'avoir longé à son bonheur
; & dans le rems qu'il lui baise la mais V..
iere paroît
,
& dit à Angélique
Que ma présence ne vous gêne point; COnls:
menr,Mademoiselle, je ne connoiiîois pas ton-
"tes vos conquêtes, ni l'heureux objet de votre
»>préférer.ce,6c j'aurai soin de me souvenir par
»•> i.urv.ne,qu'après avoir (ollF'ré le plus confié
t/ur.nient Valere a été le plus maltraité.
And:!It
« Ce feroit mieux fait que vous ne pensèz, Se
»»vousauuezeneffet besoinde quelques levons
demodeitie.
Valcyt.
« Quoi, vous orc2 joindre la raillerie à l'outrage
,
& vous avez le front de vous applaudir, quand
a vous devriez mourir de honte!
Angclicjne.
« Ah
vous vous fâchez, je vous laisse
,
mepaslesinjures. la je n'ai- t*Valcrt, ge
si Non,
vous demeurerez, il faut que je jouisse
; de toute votre honte.
Angélique.
1.h bien, joulflez.
Vtilire.
3 Car j'espere que vous n'aurez pas la hardiesse
« de tenter votre Juftincacion,
Angélique.
N'ayez pas peur.
Valert.
»• Eh que oui ; ne vous flacez pas que je conserve
» encore les moindres sentimens envoue faveur.
An!l,éliqu!.
}>
Mon opinion là-dessus ne changera rien à la
»chose.
VaW.
» Je vous déclare que je ne veux plus avoifpouf
t;rous que de la haine.
Angélique.
C'est fort bien fait.
VzIcïstirant!cpir.'r.nt.
- Er voici déformais l'uniqueob]^: J;motl
amour.
sîngèliqiic,
h Vous avez r.itfon,& moi je vous déclare que j'âipeut Menfisur, n;:mtl'ant jon freye, un atta-
»îchement quin'est de guère inférieurau 1. t»pourl'originaldeesportrait.
Palert.
» L'ingrate ! il ne me reste plus qu'à mourir.
y}t.gèUefut%
*>Valere^écoutez
:
j'ai pitié de l'état 0\\j vous
t) vois, vous devez convenir que vous êtes le plus
injufie des hommes de vous compoiter ainsi sur
j une apparence d'infidéliré dont vous m'avez »vouf-même donné l'exemple, mais ma bonté
."eu[ bien encore aujourd'hui pailer par-dellus
vos travers.
Va1ere.
«Vous verrez qu'on me fera la grâce de me
» pAardonnner.gélique., » En vérité, vous ne le méritezguère,je vais
:1, cependant vous apprendre à que! prix je puis
» m'y résoudre; vous m'avez ci devant témoigné
des sentimens que j'ai payés d'un retour trop
tendre pour un ingrat. Malgré cela vous m'a-
.v vez indignement outragée par un amour Ci[txa-
»vagant conçu sur un simpleportrait.avectoUt
»la legereté, & l'ose dire toute l'étourderie de
votren âge & de votre caractère; il n'est pas
»'tems d'examiner si j'ai dû vous imiter, & ce
n'tft pas à vous qui êtes coupable qu'il convient'
dioit deblâmer ma conduite.
ralere.
Ce n'est pas à moi! GrandDieu niais voyons
»»où tendent ces beaux discours.
Angélique.
« Le voici Je vous ai dit que je connossois
»>l'objet de votre nouvel amour,&cela tft vrai :
» j'ai ajouté que jel'aimois ten^renient, &ce-'d
« n'e st encoie que trop vrai; en vous avouant son
»> nu r!re ,
je ne vous ai point déguisé ses défauts)
»> j'aifaitplus, jevousaipromisdelefairecon-
» ¡,;oÍue, & je vous eng.ge ma parole de vous le
•3 faire connoîcre dès aujourd'hui, des cette heure-
»même;car je vous avertis qu'il est plus prèsde
vous que vous ne pensez.
Valere.
.) Qu'entens je? quoi là ?
singé!ijue.
, 33 Ne m'interrompez point,je vous prie; enfin
*> lavéritémeforce à vous répéter que cette pel.
:t;> sonne vous aime avec ardeur,& je puis vous ré.
*> pondre de son attachement comme du mien
»3 propre: c'efi à vous maintenant de choisir en-
:J,rre elle & moi celle à qui vous destinez votre
« tenditffe;choiifilez,Chevalier, maisclioififfcz
« 4s cet instant & faq> retour.
Maton.
aj Le voilà ma foi bien embairafle, l'alternaIJ'riv-
e est plaifjnte : croyez-moi, M;siar. cboi-
» filTez le portrait, c'est le moyen d'être à l'abri-
« deslivaux.
Lucinie.
Ah,Valere,faut.il balancer siiong-tems peut
» suivre les impressions du coeur?
Valere aux pieds d'Angélique jettant le
portraIt.
t:I C'en est fait,vous avez vaincu, belle An-
»'gélique,Se je sens combien les sentimens qui
naissentdu caprice font inférieursà ceux que
»*ous inspirer. Marton ramasse le périrait
,
mais
hélas quand tout mon coeur revient à vous
puis-je me flater qu'il me ramènera le votre ?
Angélique.
** Vous pourrez juger de ma reconnoissance par
t, le sacrifice que vous venez de me faire,levez-
»Îvo-us Valere & cordidérez bien ces traits.
Lèandre regardant aujjt.
Attendez donc,rnais je cro's reconnoître cet- objet là
; c'est oui ma foi,c'etflui.
Qui lui
Valere.
,
» Quilui? ditesdoncelle,c'ec'nes:t une femnmie àà
»' qui je renonce, commeàtoutes les femmes de
» l'Univers,sur qui Angélique l'emportera ten-
1) jours.
Angélique.
Qui, Valere ,ç'étoit une femme jusqu'ici,mais
»j'espére que déformais ce fera un homme fu-
S3 périeuràces petites foiblesses qui dégradoient
»son sexe & son caractère.
Valere,
» Dans quelle étrange surptisé vous me jettez Angélique.nie Ietteir
Vousdévriez' d'autant moins méconnoître:
»cet objet que vous avez en avec lui le corn-
»merce le plus intime, & qu'assurémenton ne
*> vous accusera pas de l'avoir négligé.
Valere.
M Ah ! que vois-je ?
»Lachose n'est-ellepas claire, vous voyez le
t) portrait & voilà l'original.
Valere,
» O Ciel, & je ne meurs pas de honte !
:Al.dlOn.
SI Eh
,
Monsieur, vous êtes peut-être le (eul de
»votre ordre,qui la connoinez.
Angélique,
» Ingrat! avois-je toit de dire que je Connoifïbi$
»» l'original de ce portrait ?
Valere.
» Et moi je ne veux plus l'aimer, que parce
JOqü'll vous adore.
4 - 1 :nr6r:"Jn-::,
M Vous voulez bien que pour affermirnotreré-
M conciliation, je vous presenteLéandre tuon
sa frere.
Lèjndrc.
i,, Souffrez, Monsieur.
Valere.
M Dieux! quel comblede félicité! quoimême
»> quand j'étais ingrat, Angélique n'étoit pas infi-
93 delle ? Lucinde.
M Que je prens de part à votre bonheur! & que
» le mien en est augmenté!
~L'simonarrivant
» Ah vous voici tous rassemblés fort à propos.
S] Valere & Lucinde ayant tous demrretire à leurs
- mariages
,
~j'avois d'abord résolude les y con-
»traindre, mais j'ai réfléchi qu'il faut quelquefois
- être bon pere , & que la violence ne fait pas
10 toujours des mariages heureux: j'ai donc pris le
:II:! parti de rompredès aujourd'hui tout ce qui avoir
30 èté arrêté,& voici les nouveaux arrangemens
quej'y substitue. Angélique m'épousera,LulO
cinde ira dans un Couvent : VJkre fera deshé-
71 rité,& quant à vous Léandre
, vous prendrez pa-
*»tiexice
,
s'il vous plait. -
Les enfans & les pupilles de Lisimon sont d'abord
interdits, mais ensuite, revenus à eux-mêmes
ils lui disent qu'ils sont prêts de conclure les ma~
riages qu'il avoit arrêtés. Lisimon croyant qae.
leur obeissancene provient que dela crainte des
violences dont il les a menacez,s'écrie,>5ceq
*> c'est qu'un coup d'autorité frappé à propos.
VaUre termine la piece en disant à Anc.élilu,
»Venez, belle Angélique,vous m'avez guéri
« d'un ridicule qui faisoit la honte de ma jeunesse,
»&jevaisdesormais éprouver près de vousque
» quand on a bien, on ne songe plus à soi-
» même.
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Résumé : EXTRAIT DE NARCISSE.
Dans la pièce 'Narcisse', Lucinde, sœur de Valère, cherche à corriger les manières affectées de son frère en le faisant peindre déguisé en femme. Elle place le portrait sur sa toilette et discute avec Martin, son valet, de ses intentions. Lucinde trouve Valère trop délicat et affecté, espérant que cette ruse le guérira de ses travers pour plaire à Angélique, sa pupille et future épouse. Lucinde est également attachée à Cléonte, un jeune homme rencontré à Poissy, et compte sur Angélique pour convaincre Valère de renoncer à elle. Lorsqu'Angélique arrive, elle exprime des réserves sur le projet de Lucinde, craignant de déplaire à Valère. Lucinde décide de prendre le risque seule. Valère entre avec Frontin, son valet, et admire le portrait sans reconnaître qu'il s'agit de lui-même. Frontin reconnaît le portrait et le décrit comme une femme coquette. Intrigué, Valère décide de découvrir l'identité de cette femme et sort, malgré ses sentiments pour Angélique et l'opposition de son père au mariage. Valère découvre que la personne du portrait est Cléonte déguisé en Léandre. Angélique accepte de faciliter leur union, désespérant Valère. Lucinde apprend de Frontin que Valère est amoureux de quelqu'un qui lui ressemble. Inquiète, elle tente de faire taire Frontin. Lucinde demande ensuite à Angélique de l'aider à se débarrasser de Léandre. Angélique révèle à Valère qu'elle connaît l'objet de son amour et qu'elle l'aime également. Valère choisit Angélique et rejette le portrait de la femme qu'il aimait auparavant, révélant que c'était Léandre déguisé. Simon, le père, annonce qu'il laisse ses enfants choisir leurs mariages. Il propose qu'Angélique épouse Valère, que Lucinde entre dans un couvent, et que Léandre parte. Les enfants acceptent les arrangements initiaux, prouvant l'autorité de Simon. Valère exprime sa gratitude envers Angélique pour l'avoir aidé à surmonter un ridicule de sa jeunesse et affirme qu'il sera désormais heureux avec elle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9537
p. 98
AUTRE.
Début :
Pour dominer sur l'homme je suis fait, [...]
Mots clefs :
Bonnet
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
Pour dominer fur l'homme je fuis fait¸
Et par la forme fans égale
Que me donnent fix pieds pris d'un fimple alphabet
,
Lors même que je fuis tout mauvais & tout ſale "
Je fuis toujours bon & net .
DARNESON , de Toulouse.
Pour dominer fur l'homme je fuis fait¸
Et par la forme fans égale
Que me donnent fix pieds pris d'un fimple alphabet
,
Lors même que je fuis tout mauvais & tout ſale "
Je fuis toujours bon & net .
DARNESON , de Toulouse.
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9538
p. 163
« L'Académie Royale de Musique a donné le Jeudi-gras, premier Mars, la [...] »
Début :
L'Académie Royale de Musique a donné le Jeudi-gras, premier Mars, la [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique
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texteReconnaissance textuelle : « L'Académie Royale de Musique a donné le Jeudi-gras, premier Mars, la [...] »
L'A
'Académie Royale de Mufique a donné
le Jeudi-gras , premier Mars , la
premiere repréſentation du Jaloux corrigé ,
Opéra bouffon en un Acte , & du Devin
de Village , Intermede. On trouvera dans
un des précédens Mercures l'extrait du Jaloux
corrigé ; nous allons donner celui du
Devin de Village .
'Académie Royale de Mufique a donné
le Jeudi-gras , premier Mars , la
premiere repréſentation du Jaloux corrigé ,
Opéra bouffon en un Acte , & du Devin
de Village , Intermede. On trouvera dans
un des précédens Mercures l'extrait du Jaloux
corrigé ; nous allons donner celui du
Devin de Village .
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9539
p. 163-174
EXTRAIT DU DEVIN DE VILLAGE.
Début :
COLIN. M. Jeliotte. COLETTE. Mlle Fel. LE DEVIN. M. Cuvillier. [...]
Mots clefs :
Colin, Colette, Devin, Coeur, Amour, Bonheur, Divertissement, Berger, Musique, Intermède, Village, Aimer, Serviteur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT DU DEVIN DE VILLAGE.
EXTRAIT
DU DEVIN DE VILLAGE,
ACTEUR S.
COLIN.
COLETTE.
LE DEVIN.
M. Feliotte.
Mlle Fel.
M. Cuvillier.
Colette & avere la Scene par
Olette foupirant & s'effuyant les yeux
>
un Monologue qui peint fa naïveté , fa
tendreffe pour Colin , & la douleur qu'el
le reffent de fon infidelité .
J'ai perdu tout mon bonheur ,.
164 MERCURE DE FRANCE .
J'ai perdu mon ferviteur
Colin me délaifle ,
Hélas il a pû changer !
Je voudrois n'y plus fonger :
J'y fonge fans ceffe.
J'ai perdu mon ferviteur ,
J'ai perdu tout mon bonheur,
Colin me délaiffe.
Il m'aimoit autrefois , & ce fut mon malheur ;
Mais quelle eft donc celle qu'il me préfere ?
Elle est donc bien charmante ! Imprudente berge
re ,
Ne crains- tu point les maux que j'éprouve en ce
jour ?
Colin à pû changer, tu peux avoir ton tour.
Que me fert d'y rêver fans ceffe ,
Rien ne peut guérir mon amour
Et tout augmente ma triftefle :
J'ai perdu mon ferviteur ,
J'ai perdu tout mon bonheur ,
Colin me délaiffe.
Colette va trouver le Devin du canton
, pour fçavoir le fort de fon amour ,
& tandis que le Devin s'avance gravement ,
Colette compte dans fa main de la monoye
; puis elle la plie dans un papier &
la préfente au Devin , après avoir un peu
hélité à l'aborder.
AVRI L.
165
1753.
Colette d'un air timide.
Perdrai - je Colin fans retour ?
Dites-moi s'il faut que je meure.
Le Devin apprend à Colette que la Da
me du lieu , moins belle , mais plus adroite
qu'elle , a fçû par des préfens captiver
Colin , qui aime à fe parer. Il lui fait ef
perer en même tems qu'il le ramenera à fes
pieds.
Colette.
Si des galans de la Ville
J'euffe écouté les difcours ,
Ah qu'il m'eût été facile
De former d'autres amours !
Mife en riche Demoiselle
Je brillerois tous les jours ,
De rubans , & de dentelle
Je chargerois mes atours.
Pour l'amour de l'infidele ,
J'ai refuſé mon bonheur :
J'aimois mieux être moins belle ;
Et lui conferver mon coeur.
Le Devin.
Je vous rendrai le fien , ce fera mon ouvrage ;
Yous , àle mieux garder appliquez tous vos foins,
Pour vous faire aimer davantage ,
Feignez d'aimer un peu moins,
L'Amour croît s'il s'inquiette ,
166 MERCURE DE FRANCE
Il s'endort s'il eft content ,
La bergere un peu coquette
Rend le berger plus conftant.
Colette promet de s'abandonner aux
fages leçons du Devin , qui après fon départ
, fait connoître dans un Monologue
qu'il la trompe , & que toute la fcience n'eſt
fondée que fur ce qu'il a appris de Colin :
ce Berger vient le trouver & lui dire qu'il
quitte la Dame du lieu , & préfere Colette
à des biens fuperflus.
Le Devin.
Colin , il n'eft plus tems , & Colette t'oublie
Colin.
Elle m'oublie , & Ciel ! Colette a pû changer,
Le Devin
Elle eft femme , jeune & jolie
Manqueroit-elle à ſe venger ?
Colin.
Non , Colette n'eft point trompeufe ;
Elle m'a promis la foi ,
Peut-elle être l'amoureufe
D'un autre berger que moi ?
Le Devin lui annonce que ce n'eft point
un berger , mais un beau Monfieur de la
Ville que Colette lui préfere ; Colin demande
en grace au Devin de lui apprendre
AVRI L. 1753. 167
coup affreux qu'il re- le moyen d'éviter le
doute , le Devin lui ordonne de le laiffer
feul un moment confulter ; il tire enfuite
de fa poche un Livre de grimoire ,
un petit bâton de Jacob , avec lefquels il
fait un charme. De jeunes payſannes qui
venoient le confulter laiffent tomber leurs
préfens , & le fauvent toutes effrayées en
voyant fes contorfions . Il dit après à Colin
que le charme eft fait , & que Colette
va paroître.
Colin.
A l'appailer pourrai -je parvenir ?
Hélas ! voudra-t- elle m'entendre
Le Devin.
Avec un coeur fidele & tendre
On a droit de tout obtenir.
à part.
Sur ce qu'elle doit dire allons la prévenir.
Colin refté feul , fe livre à l'efperance
de pofféder Colette qu'il regarde comme
le fouverain bien.
Quand on ſçait aimer & plaire ,
A-t-on befoin d'autre bien ?
Rends-moi ton coeur , mabergere
Colin t'a renda le fien,
Mon chalumeau , ma boulette
168 MERCURE DE FRANCE.
Soyez mes feules grandeurs ,
Ma parure eft ma Colette ,
Mes trésors font fes faveurs.
Qué de Seigneurs d'importance
Voudroient bien avoir fa foi !
Malgré toute leur puiſſance
Ils font moins heureux que moi.
Colette arrive parée , Colin l'apperce→
vant ne fçait s'il doit fuir , ou lui parler ,
& après avoir bien héſité , il l'aborde d'un
ton radouci , & d'un air moitié riant , &
moitié embaraflé.
Ma Colette , êtes- vous fâchée ?
Je fuis Colin , daignez me regarder,
Colette.
Colin m'aimoit , Colin m'étoit fidele ,
Je vous regarde , & ne vois plus Colin.
Colin.
Mon coeur n'a point changé ; mon erreur trop
cruelle
Venoit d'un fort jetté par quelque efprit malin
Le Devin l'a détruit , je fuis malgré l'envie
Toujours Colin , toujours plus amoureux.
Colette.
Par un fort à mon tour , je me fens poursuivie
Le Devin n'y peut rien.
Colin.
Que je fuis malheureux!
Colette.
AVRIL.
169 1753.
- Colette.
D'un amant plus conftant ,
Colin.
Votre infidélité ,
Ah de ma mort fuivie ,
Colette .
Vos foins font fuperflus , ´
Non , Colin , je ne t'aime plus.
Colin.
Ta foi ne m'eft point ravie :
Non , confulte mieux ton coeur ,
Toi-même en in'ôtant la vie ,
Tu perdrois tout ton bonheur .
Hélas !
Colette à part.
à Colin.
Non , vous m'avez trahie ,
Vos foins fout fuperflus ,
Non , Colin , je ne t'aime plus.
Colin.
C'en eft donc fait , vous voulez que je meure ,
Et je vais pour jamais m'éloigner du hameau .
Colette rappellant Colin qui s'éloigne lentement
.
Colin
Colin.
Quoi?
H
170 MERCURE DE FRANCE.
Colette.
Tu me fuis ?
Colin.
Faut -il que je demeure ,
Pour vous voir un amant nouveau ?
Colette,
Tant qu'à mon Colin j'ai fçû plaire ,
Mon fort combloit mes défirs .
Colin.
Quand je plaifois à ma bergete ,
Je vivois dans les plaifirs .
Colette.
Depuis que fon coeur me méprife ,
Un autre a gagné le mien .
Colin.
Après le doux noeud qu'elle briſe ,
Seroit- il un autre bien !
D'un ton penétré.
Ma Colette fe dégage.
Colette.
Je crains un amant volage .
Enſemble.
Je me dégage à mon tour ,
Mon coeur devenu paifitle ,
Oublira , s'il eft poffible ,
AVRI L. 1753.
171
cher
Que tu lui fus
un jour.
chere
Colin.
Quelque bonheur qu'on me promette
Dans les noeuds qui me font offerts ,
J'euffe encor préféré Colette
A tous les biens de l'univers .
Colette.
Quoiqu'un Seigneur jeune , aimable ,
Me parle aujourd'hui d'amour
Colin m'eût femblé préférable
A tout l'éclat de la Cour.
Colin tendrement.
Ah Colette !.
Colette avec unfoupir.
Ah berger volage !
Faut-il t'aimer , malgré moi !
Colin fe jette aux pieds de Colette , elle
lui fait remarquer à fon chapeau un ru
ban fort riche qu'il a reçu de la Dame.
Colin le jette avec dédain ; Colette lui en
donne un plus fimple dont elle étoit parée
, & qu'il reçoit avec tranfport.
A jamais Colin
Enfemble.
je t'engage ,
t'engage ,
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Mon
Son
}
coeur &
{
ma
foi.
fa
Qu'un doux mariage
M'unifle avec toi :
Aimons toujours fans partage ,
Que l'amour foit notre loi .
Le Devin revient en leur difant qu'il
les a délivrés d'un cruel maléfice ; ils lui
offrent chacun un préfent , & le Devin
recevant des deux mains , leur répond galamment
qu'il eft affez payé s'ils font heurcux
.
Le Divertiffement commence par un
Choeur , & Colin chante cette Romance
au milieu du Divertiffement.
Dans ma cabane obfcure
Toujours loucis nouveaux ,
Vent , Soleil , ou froidure ,
Toujours peines & travaux :
Colette , ma bergere ,
Si tu viens l'habiter ,
Colin dans fa chaumiere
N'a rien à regretter.
Des champs , de la prairie
Retournant chaque foir ;
Chaque foir plus chérie
Je viendrai te revoir :
AVRIL.
1753. 173
Du Soleil dans nos plaines
Devançant le retour ,
Je charmerai mes peines ,
En chantant notre amour.
Les paroles du Jaloux corrigé font de M. Coler
& la Mufique de M. Blavet. Le Récitatif de cet
Intermede François , eft à peu près dans le goût
du récitatif Italien , autant du moins que la différence
des Langues a pú le permettre ; & malgré
la prévention prefque générale de notre Nation
contre le récitatit Italien , il n'a point paru que
les Spectateurs ayent été extrêmement choqués
de ce premier effai . Les Ariettes de l'Intermede
ne font autre chofe que des parodies des meilleures
Ariettes de la Serva Padrone , du Joueur , & du
Maitre de Musique ; & quoique tranfplantées ,
pour ainfi dire , elles ont été trouvées en général
agréables , entr'autres celle de l'Echo , celle
de Non , non , Madame Orgon , & celle du Due.
On a trouvé dans le Divertiffement , qui eft en
entier de M. Blavet , de bons airs de violon , & le
Vaudeville fur tout a très-bien réuffi .
Le Public a été aflez jufte pour ne pas trouver
mauvais que M. Manelli & Mile Tonelli , qui
jouoient , l'un le rôle de M. Orgon , & l'autre
celui de Suzon , & qui chantoient du François
pour la premiere fois de leur vie , euffent une
prononciation finguliere : leur jeu a été d'ailleurs
affez vif. Mlle Victoire chargée du rôle de Mad .
Orgon , y a mis beaucoup de fineffe , de naturel
d'efprit & de bonne plaifanterie. Cet effai a été
affez heureux pour qu'on puiffe efperer que la jeune
Actrice fera retirée de la danfe où elle eft peu
néceflaire , pour le chant où elle fera fort utile..
Les amateurs nous ont paru fouhaiter générale-
Hinj
174 MERCURE DE FRANCE.
ment ce changement . L'exécution du Divertiffement
qui eft fort gai , a répondu à celle du refte
de l'Intermede , & Mrs Hyacinthe & Laval s'y
font diftingués , ainfi que Mlle Raix & M. Beat .
Les Paroles & la Mufique du Devin du Village
, font de M. Rouleau de Genève , fi connu
par le Difcours de Dijon , & par les autres Ouvrages
qui en ont été la fuite . Cet Intermede qui
avoit été joué à Fontainebleau au mois d'Octobre
dernier avec un fuccès prefque inoui , à été
bien reçu à Paris. La multitude a trouvé les chants
de cet Intermede très agréables , & les gens d'efprit
ont remarqué de plus dans fa Mufique une
fineffe , une vérité , une naïveté d'expreffion fort
rares . Mile Fel & M. Jeliotte y ont fait aux (pectateurs
, le même plaifir qu'ils ont coutume de
faire dans les rôles dont ils font chargés , & on
a fort regretté qu'ils ayent été doublés fi - tôt . Dans
le Divertiffement on a fur tout goûté la Pantomime
, dont la Mufique a paru pleine de caractère
, & dont la danfe parfaitement bien adaptée à
la Mufique , a été très bien exécutée par Mlle
Raix & par Mrs Veftris & Lani.
Le Mardi 11 , on a retiré le Jaloux corrigé après
fix repréfentations , & on continue à donner le
Devin du Village , précédé de la Serva Padrona , &
fuivi du Maître de Musique , deux Intermedes Italiens
qui avoient beaucoup réuffi dans la nouveauté
, & qui continuent à réuffir beaucoup dans
la reprife. Le Divertiffement que M. Blavet avoit
fait pour le Jaloux corrigé , termine agréablement
le nouveau Spectacle. Mr Delatour & Mlle
Jaquet , jouent les roles de Colin & de Collete
dans le Devin du Village.
DU DEVIN DE VILLAGE,
ACTEUR S.
COLIN.
COLETTE.
LE DEVIN.
M. Feliotte.
Mlle Fel.
M. Cuvillier.
Colette & avere la Scene par
Olette foupirant & s'effuyant les yeux
>
un Monologue qui peint fa naïveté , fa
tendreffe pour Colin , & la douleur qu'el
le reffent de fon infidelité .
J'ai perdu tout mon bonheur ,.
164 MERCURE DE FRANCE .
J'ai perdu mon ferviteur
Colin me délaifle ,
Hélas il a pû changer !
Je voudrois n'y plus fonger :
J'y fonge fans ceffe.
J'ai perdu mon ferviteur ,
J'ai perdu tout mon bonheur,
Colin me délaiffe.
Il m'aimoit autrefois , & ce fut mon malheur ;
Mais quelle eft donc celle qu'il me préfere ?
Elle est donc bien charmante ! Imprudente berge
re ,
Ne crains- tu point les maux que j'éprouve en ce
jour ?
Colin à pû changer, tu peux avoir ton tour.
Que me fert d'y rêver fans ceffe ,
Rien ne peut guérir mon amour
Et tout augmente ma triftefle :
J'ai perdu mon ferviteur ,
J'ai perdu tout mon bonheur ,
Colin me délaiffe.
Colette va trouver le Devin du canton
, pour fçavoir le fort de fon amour ,
& tandis que le Devin s'avance gravement ,
Colette compte dans fa main de la monoye
; puis elle la plie dans un papier &
la préfente au Devin , après avoir un peu
hélité à l'aborder.
AVRI L.
165
1753.
Colette d'un air timide.
Perdrai - je Colin fans retour ?
Dites-moi s'il faut que je meure.
Le Devin apprend à Colette que la Da
me du lieu , moins belle , mais plus adroite
qu'elle , a fçû par des préfens captiver
Colin , qui aime à fe parer. Il lui fait ef
perer en même tems qu'il le ramenera à fes
pieds.
Colette.
Si des galans de la Ville
J'euffe écouté les difcours ,
Ah qu'il m'eût été facile
De former d'autres amours !
Mife en riche Demoiselle
Je brillerois tous les jours ,
De rubans , & de dentelle
Je chargerois mes atours.
Pour l'amour de l'infidele ,
J'ai refuſé mon bonheur :
J'aimois mieux être moins belle ;
Et lui conferver mon coeur.
Le Devin.
Je vous rendrai le fien , ce fera mon ouvrage ;
Yous , àle mieux garder appliquez tous vos foins,
Pour vous faire aimer davantage ,
Feignez d'aimer un peu moins,
L'Amour croît s'il s'inquiette ,
166 MERCURE DE FRANCE
Il s'endort s'il eft content ,
La bergere un peu coquette
Rend le berger plus conftant.
Colette promet de s'abandonner aux
fages leçons du Devin , qui après fon départ
, fait connoître dans un Monologue
qu'il la trompe , & que toute la fcience n'eſt
fondée que fur ce qu'il a appris de Colin :
ce Berger vient le trouver & lui dire qu'il
quitte la Dame du lieu , & préfere Colette
à des biens fuperflus.
Le Devin.
Colin , il n'eft plus tems , & Colette t'oublie
Colin.
Elle m'oublie , & Ciel ! Colette a pû changer,
Le Devin
Elle eft femme , jeune & jolie
Manqueroit-elle à ſe venger ?
Colin.
Non , Colette n'eft point trompeufe ;
Elle m'a promis la foi ,
Peut-elle être l'amoureufe
D'un autre berger que moi ?
Le Devin lui annonce que ce n'eft point
un berger , mais un beau Monfieur de la
Ville que Colette lui préfere ; Colin demande
en grace au Devin de lui apprendre
AVRI L. 1753. 167
coup affreux qu'il re- le moyen d'éviter le
doute , le Devin lui ordonne de le laiffer
feul un moment confulter ; il tire enfuite
de fa poche un Livre de grimoire ,
un petit bâton de Jacob , avec lefquels il
fait un charme. De jeunes payſannes qui
venoient le confulter laiffent tomber leurs
préfens , & le fauvent toutes effrayées en
voyant fes contorfions . Il dit après à Colin
que le charme eft fait , & que Colette
va paroître.
Colin.
A l'appailer pourrai -je parvenir ?
Hélas ! voudra-t- elle m'entendre
Le Devin.
Avec un coeur fidele & tendre
On a droit de tout obtenir.
à part.
Sur ce qu'elle doit dire allons la prévenir.
Colin refté feul , fe livre à l'efperance
de pofféder Colette qu'il regarde comme
le fouverain bien.
Quand on ſçait aimer & plaire ,
A-t-on befoin d'autre bien ?
Rends-moi ton coeur , mabergere
Colin t'a renda le fien,
Mon chalumeau , ma boulette
168 MERCURE DE FRANCE.
Soyez mes feules grandeurs ,
Ma parure eft ma Colette ,
Mes trésors font fes faveurs.
Qué de Seigneurs d'importance
Voudroient bien avoir fa foi !
Malgré toute leur puiſſance
Ils font moins heureux que moi.
Colette arrive parée , Colin l'apperce→
vant ne fçait s'il doit fuir , ou lui parler ,
& après avoir bien héſité , il l'aborde d'un
ton radouci , & d'un air moitié riant , &
moitié embaraflé.
Ma Colette , êtes- vous fâchée ?
Je fuis Colin , daignez me regarder,
Colette.
Colin m'aimoit , Colin m'étoit fidele ,
Je vous regarde , & ne vois plus Colin.
Colin.
Mon coeur n'a point changé ; mon erreur trop
cruelle
Venoit d'un fort jetté par quelque efprit malin
Le Devin l'a détruit , je fuis malgré l'envie
Toujours Colin , toujours plus amoureux.
Colette.
Par un fort à mon tour , je me fens poursuivie
Le Devin n'y peut rien.
Colin.
Que je fuis malheureux!
Colette.
AVRIL.
169 1753.
- Colette.
D'un amant plus conftant ,
Colin.
Votre infidélité ,
Ah de ma mort fuivie ,
Colette .
Vos foins font fuperflus , ´
Non , Colin , je ne t'aime plus.
Colin.
Ta foi ne m'eft point ravie :
Non , confulte mieux ton coeur ,
Toi-même en in'ôtant la vie ,
Tu perdrois tout ton bonheur .
Hélas !
Colette à part.
à Colin.
Non , vous m'avez trahie ,
Vos foins fout fuperflus ,
Non , Colin , je ne t'aime plus.
Colin.
C'en eft donc fait , vous voulez que je meure ,
Et je vais pour jamais m'éloigner du hameau .
Colette rappellant Colin qui s'éloigne lentement
.
Colin
Colin.
Quoi?
H
170 MERCURE DE FRANCE.
Colette.
Tu me fuis ?
Colin.
Faut -il que je demeure ,
Pour vous voir un amant nouveau ?
Colette,
Tant qu'à mon Colin j'ai fçû plaire ,
Mon fort combloit mes défirs .
Colin.
Quand je plaifois à ma bergete ,
Je vivois dans les plaifirs .
Colette.
Depuis que fon coeur me méprife ,
Un autre a gagné le mien .
Colin.
Après le doux noeud qu'elle briſe ,
Seroit- il un autre bien !
D'un ton penétré.
Ma Colette fe dégage.
Colette.
Je crains un amant volage .
Enſemble.
Je me dégage à mon tour ,
Mon coeur devenu paifitle ,
Oublira , s'il eft poffible ,
AVRI L. 1753.
171
cher
Que tu lui fus
un jour.
chere
Colin.
Quelque bonheur qu'on me promette
Dans les noeuds qui me font offerts ,
J'euffe encor préféré Colette
A tous les biens de l'univers .
Colette.
Quoiqu'un Seigneur jeune , aimable ,
Me parle aujourd'hui d'amour
Colin m'eût femblé préférable
A tout l'éclat de la Cour.
Colin tendrement.
Ah Colette !.
Colette avec unfoupir.
Ah berger volage !
Faut-il t'aimer , malgré moi !
Colin fe jette aux pieds de Colette , elle
lui fait remarquer à fon chapeau un ru
ban fort riche qu'il a reçu de la Dame.
Colin le jette avec dédain ; Colette lui en
donne un plus fimple dont elle étoit parée
, & qu'il reçoit avec tranfport.
A jamais Colin
Enfemble.
je t'engage ,
t'engage ,
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Mon
Son
}
coeur &
{
ma
foi.
fa
Qu'un doux mariage
M'unifle avec toi :
Aimons toujours fans partage ,
Que l'amour foit notre loi .
Le Devin revient en leur difant qu'il
les a délivrés d'un cruel maléfice ; ils lui
offrent chacun un préfent , & le Devin
recevant des deux mains , leur répond galamment
qu'il eft affez payé s'ils font heurcux
.
Le Divertiffement commence par un
Choeur , & Colin chante cette Romance
au milieu du Divertiffement.
Dans ma cabane obfcure
Toujours loucis nouveaux ,
Vent , Soleil , ou froidure ,
Toujours peines & travaux :
Colette , ma bergere ,
Si tu viens l'habiter ,
Colin dans fa chaumiere
N'a rien à regretter.
Des champs , de la prairie
Retournant chaque foir ;
Chaque foir plus chérie
Je viendrai te revoir :
AVRIL.
1753. 173
Du Soleil dans nos plaines
Devançant le retour ,
Je charmerai mes peines ,
En chantant notre amour.
Les paroles du Jaloux corrigé font de M. Coler
& la Mufique de M. Blavet. Le Récitatif de cet
Intermede François , eft à peu près dans le goût
du récitatif Italien , autant du moins que la différence
des Langues a pú le permettre ; & malgré
la prévention prefque générale de notre Nation
contre le récitatit Italien , il n'a point paru que
les Spectateurs ayent été extrêmement choqués
de ce premier effai . Les Ariettes de l'Intermede
ne font autre chofe que des parodies des meilleures
Ariettes de la Serva Padrone , du Joueur , & du
Maitre de Musique ; & quoique tranfplantées ,
pour ainfi dire , elles ont été trouvées en général
agréables , entr'autres celle de l'Echo , celle
de Non , non , Madame Orgon , & celle du Due.
On a trouvé dans le Divertiffement , qui eft en
entier de M. Blavet , de bons airs de violon , & le
Vaudeville fur tout a très-bien réuffi .
Le Public a été aflez jufte pour ne pas trouver
mauvais que M. Manelli & Mile Tonelli , qui
jouoient , l'un le rôle de M. Orgon , & l'autre
celui de Suzon , & qui chantoient du François
pour la premiere fois de leur vie , euffent une
prononciation finguliere : leur jeu a été d'ailleurs
affez vif. Mlle Victoire chargée du rôle de Mad .
Orgon , y a mis beaucoup de fineffe , de naturel
d'efprit & de bonne plaifanterie. Cet effai a été
affez heureux pour qu'on puiffe efperer que la jeune
Actrice fera retirée de la danfe où elle eft peu
néceflaire , pour le chant où elle fera fort utile..
Les amateurs nous ont paru fouhaiter générale-
Hinj
174 MERCURE DE FRANCE.
ment ce changement . L'exécution du Divertiffement
qui eft fort gai , a répondu à celle du refte
de l'Intermede , & Mrs Hyacinthe & Laval s'y
font diftingués , ainfi que Mlle Raix & M. Beat .
Les Paroles & la Mufique du Devin du Village
, font de M. Rouleau de Genève , fi connu
par le Difcours de Dijon , & par les autres Ouvrages
qui en ont été la fuite . Cet Intermede qui
avoit été joué à Fontainebleau au mois d'Octobre
dernier avec un fuccès prefque inoui , à été
bien reçu à Paris. La multitude a trouvé les chants
de cet Intermede très agréables , & les gens d'efprit
ont remarqué de plus dans fa Mufique une
fineffe , une vérité , une naïveté d'expreffion fort
rares . Mile Fel & M. Jeliotte y ont fait aux (pectateurs
, le même plaifir qu'ils ont coutume de
faire dans les rôles dont ils font chargés , & on
a fort regretté qu'ils ayent été doublés fi - tôt . Dans
le Divertiffement on a fur tout goûté la Pantomime
, dont la Mufique a paru pleine de caractère
, & dont la danfe parfaitement bien adaptée à
la Mufique , a été très bien exécutée par Mlle
Raix & par Mrs Veftris & Lani.
Le Mardi 11 , on a retiré le Jaloux corrigé après
fix repréfentations , & on continue à donner le
Devin du Village , précédé de la Serva Padrona , &
fuivi du Maître de Musique , deux Intermedes Italiens
qui avoient beaucoup réuffi dans la nouveauté
, & qui continuent à réuffir beaucoup dans
la reprife. Le Divertiffement que M. Blavet avoit
fait pour le Jaloux corrigé , termine agréablement
le nouveau Spectacle. Mr Delatour & Mlle
Jaquet , jouent les roles de Colin & de Collete
dans le Devin du Village.
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9540
p. 174-175
« Les Comédiens François ont remis au Théatre le Mercredi 28 Février, la Force du naturel, Comédie [...] »
Début :
Les Comédiens François ont remis au Théatre le Mercredi 28 Février, la Force du naturel, Comédie [...]
Mots clefs :
Théâtre, Comédie, Comédiens-Français, Opéra-Comique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Comédiens François ont remis au Théatre le Mercredi 28 Février, la Force du naturel, Comédie [...] »
Les Comédiens François ont remis au Théatre
A VRI L. 1753. 175
le Mercredi 28 Février , la Force du naturel , Comédie
en Vers , & en cinq Actes , de M. Nericaut
Deftouches ; elle a eu cinq repréſentations .
Le Public a revû avec beaucoup de plaifir fur
le même Théatre le Lundi cinq Mars & les jours
fuivans , l'Impertinent , Comédie en Vets & en un
Acte , de M. Defmabis , qui avoit été jouée en
1750 avec un grand fuccès : le principal rôle de
cette Piéce eft rendu dans la plus grande perfection
par M. Grandval , Acteur inimitable pour les
rôles de ce genre.
L'Opéra Comique a donné le Mardi 13 du
mois dernier , la premiere repréſentation du Safffant,
Piece nouvelle en un Acte , qui réuffit fort .
A VRI L. 1753. 175
le Mercredi 28 Février , la Force du naturel , Comédie
en Vers , & en cinq Actes , de M. Nericaut
Deftouches ; elle a eu cinq repréſentations .
Le Public a revû avec beaucoup de plaifir fur
le même Théatre le Lundi cinq Mars & les jours
fuivans , l'Impertinent , Comédie en Vets & en un
Acte , de M. Defmabis , qui avoit été jouée en
1750 avec un grand fuccès : le principal rôle de
cette Piéce eft rendu dans la plus grande perfection
par M. Grandval , Acteur inimitable pour les
rôles de ce genre.
L'Opéra Comique a donné le Mardi 13 du
mois dernier , la premiere repréſentation du Safffant,
Piece nouvelle en un Acte , qui réuffit fort .
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9541
p. 94
ENIGME.
Début :
Du coupable mortel, salutaire ennemie, [...]
Mots clefs :
Conscience
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
Du coupable mortel , falutaire ennemie z
Je l'immole à fon crime , & lui fers de Bourreau
Car parmi les plaiſirs qu'il goûte dans la vie ,
Je lui fais entrevoir la mort & le tombeau.
Pleine d'aigreur pour lui , fans agir je le touche ;
Sans yeux je l'apperçois , je lui parle fans bou
che ;
Comment me deviner , comment me définir ?
On me connoît trop tôt , quand on veut réfléchira
Du coupable mortel , falutaire ennemie z
Je l'immole à fon crime , & lui fers de Bourreau
Car parmi les plaiſirs qu'il goûte dans la vie ,
Je lui fais entrevoir la mort & le tombeau.
Pleine d'aigreur pour lui , fans agir je le touche ;
Sans yeux je l'apperçois , je lui parle fans bou
che ;
Comment me deviner , comment me définir ?
On me connoît trop tôt , quand on veut réfléchira
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9542
p. 94-95
LOGOGRIPHE.
Début :
Ote-moi quatre pieds : cela fait, cher Lecteur, [...]
Mots clefs :
Constantinople
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRIPHE.
LOGO GRIP HE.
Te-moi quatre pieds : cela fait , cher Leca
teur ,
Je préfente à tes yeux un très- grand Empereur.
Mes quatre pieds remis , je porte une Amazone ,
Non moins belle que propre aux travaux de
Bellone ;
Une Ville où Céfar , par fa capacité ,
Fit voir du Capitaine un modéle achevé ;
Le Théâtre fameux des exploits d'Alexandre ;
Celui qui réduifit Jeruſalem en cendre ;
Le pofte où Manlius défendit autrefois
Les Romains échappés au glaive des Gaulois ;
MĀ I.
95 17530
Ce Guerrier que l'on vit , fur le point de combattre
,
Oublier fon honneur , pour faivre Cléopâtre ,
Un cruel ennemi du parti de Sylla ;
1 Un Général qu'Oftende à jamais illuftra ;
Reine dont Marlbouroug , par plus d'une victoire,
Rendit le nom célébre au Temple de Mémoire ;
Un Roi dont triompha le généreux Narsès ;
Belle , qu'un Orateur harangua fans fuccès ;
L'époufe d'un Héros , digne Chef de l'Empire. ::.
Je ferois infini , fi je voulois tout dire.
Te-moi quatre pieds : cela fait , cher Leca
teur ,
Je préfente à tes yeux un très- grand Empereur.
Mes quatre pieds remis , je porte une Amazone ,
Non moins belle que propre aux travaux de
Bellone ;
Une Ville où Céfar , par fa capacité ,
Fit voir du Capitaine un modéle achevé ;
Le Théâtre fameux des exploits d'Alexandre ;
Celui qui réduifit Jeruſalem en cendre ;
Le pofte où Manlius défendit autrefois
Les Romains échappés au glaive des Gaulois ;
MĀ I.
95 17530
Ce Guerrier que l'on vit , fur le point de combattre
,
Oublier fon honneur , pour faivre Cléopâtre ,
Un cruel ennemi du parti de Sylla ;
1 Un Général qu'Oftende à jamais illuftra ;
Reine dont Marlbouroug , par plus d'une victoire,
Rendit le nom célébre au Temple de Mémoire ;
Un Roi dont triompha le généreux Narsès ;
Belle , qu'un Orateur harangua fans fuccès ;
L'époufe d'un Héros , digne Chef de l'Empire. ::.
Je ferois infini , fi je voulois tout dire.
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9543
p. 95-96
AUTRE.
Début :
Avec toi, cher Lecteur, je naîs plus ou moins beau, [...]
Mots clefs :
Visage
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE .
Vec toi , cher Lecteur , je naîs plus ou moins
beau ,
Selon que m'a formé la Nature , ma mere ;
C'eft en vain qu'on voudroit me trouver par
riere ,
der-
Je marche devant toi , juſques dans le tombeau.
Seul , je fuis fuffifant pour te faire connoître ;
J'indique quelquefois ton inclination ;
Tu ne m'as jamais yû que par réflexion ,
Et tu te fais honneur de me faire paroître.
Par moi l'Amour , ce petit féduifant ,
Lance à coup sûr fes premiers traits de flâme :
D'une galante Dame ,
Je fuis le plus bel ornement :
Qu'on vienne lui jurer une ardeur éternelle ,
96 MERCURE
DE FRANCE .
C'est moi qu'on confidére en elle ,
Et ma beauté le plus fouvent
Enchaîne feule fon amant.
A ce portrait qui peut me méconnoître ?
Tu me tiens , j'en fuis sûr : pas encore peut-être,
Diviſe -moi , tu devineras mieux .
J'ai fix pieds qui vont deux à deux ,
Tourne & retourne- les de certaine maniere ,
Tu vois d'abord le tems que chacun a vêcu ;
Tu trouves de la France une double riviere
Dont le nom n'eft pas inconnu ;
Du Ciel , ce don qui feul anime la matiere ;
De Sparte , un Roi qui de bonne amitié
Reçut un Athénien qui féduifit fa femme ;
Ce que donne toujours le Directeur d'un ame ;
Le nom d'un Saint ; d'un bezet la moitié ;
Le nom de quelque Nymphe en Ifle convertie ;
Tout ce qui peut contenir la liqueur ;
De notre terre une partie ;
Celui dont le chagrin n'a pas faifi le coeur ;
Un inftrument de Méchanique ;
Le nom d'un Aftre radieuxx ;
Et du Couvent le bon jour ennuyeux ;
Une note enfin de mufique ,
Et fi tu veux encore un habitant de l'air .
Je ne veux pas , Le cteur , t'amufer davantage ,
Tu m'as depuis long- tems peut- être découvert ,
Quoiqu'il en foit enfin reconnois le * * * .
Vec toi , cher Lecteur , je naîs plus ou moins
beau ,
Selon que m'a formé la Nature , ma mere ;
C'eft en vain qu'on voudroit me trouver par
riere ,
der-
Je marche devant toi , juſques dans le tombeau.
Seul , je fuis fuffifant pour te faire connoître ;
J'indique quelquefois ton inclination ;
Tu ne m'as jamais yû que par réflexion ,
Et tu te fais honneur de me faire paroître.
Par moi l'Amour , ce petit féduifant ,
Lance à coup sûr fes premiers traits de flâme :
D'une galante Dame ,
Je fuis le plus bel ornement :
Qu'on vienne lui jurer une ardeur éternelle ,
96 MERCURE
DE FRANCE .
C'est moi qu'on confidére en elle ,
Et ma beauté le plus fouvent
Enchaîne feule fon amant.
A ce portrait qui peut me méconnoître ?
Tu me tiens , j'en fuis sûr : pas encore peut-être,
Diviſe -moi , tu devineras mieux .
J'ai fix pieds qui vont deux à deux ,
Tourne & retourne- les de certaine maniere ,
Tu vois d'abord le tems que chacun a vêcu ;
Tu trouves de la France une double riviere
Dont le nom n'eft pas inconnu ;
Du Ciel , ce don qui feul anime la matiere ;
De Sparte , un Roi qui de bonne amitié
Reçut un Athénien qui féduifit fa femme ;
Ce que donne toujours le Directeur d'un ame ;
Le nom d'un Saint ; d'un bezet la moitié ;
Le nom de quelque Nymphe en Ifle convertie ;
Tout ce qui peut contenir la liqueur ;
De notre terre une partie ;
Celui dont le chagrin n'a pas faifi le coeur ;
Un inftrument de Méchanique ;
Le nom d'un Aftre radieuxx ;
Et du Couvent le bon jour ennuyeux ;
Une note enfin de mufique ,
Et fi tu veux encore un habitant de l'air .
Je ne veux pas , Le cteur , t'amufer davantage ,
Tu m'as depuis long- tems peut- être découvert ,
Quoiqu'il en foit enfin reconnois le * * * .
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9544
p. 87-88
ENIGME.
Début :
On me titre d'image, & pour original [...]
Mots clefs :
Sommeil
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME.
I'D S 15
N me titre d'image , & pour original
On me donné une four cadette ;
Voilà qui s'accorde affez mal :
Quelques Sçavans l'ont dit , le peuple le repete.
C'eſt fort mal taifonner , n'en déplaife aux Sça
vans ,
Car elle eft ma cadette au moins de neuf cens ans.'
Je renie à jamais cette laide Megere ,
Je la méconnois pour ma foeur ;
Le monde entier ne pouvant s'en défaire ,
Ne la fouffre qu'avec horreur :
Mais moi , pour ma douceur , par tout on me dés
fore 2
88 MERCURE DE FRANCE:
Quoique fur les mortels j'éxerce un grand empire;
Et que je prime en tous lieux , en tous tems ,
Sur les petits & fur les grands.
Avec Phoebus je partage mon regne ,
Sans que perfonne me dédaigne ;
Pendant qu'il eft dans les bras de Thétis ,
Je difpofe & j'ordonne , avoué de Thémis.
Four éxercer mes droits , la nature me poſe
Au faîte d'un Palais
Dont elle tient la porte cloſe ,
Lorfque mon peuple fe repole
Sur mes loins & qu'il vit en paix.
J'adoucis , à mon gré , l'efprit le plus farouche
Tous les habitans de la mer ,
De la terre & de l'air ,
Je les charme quand je les touche.
Sans partialité , je donne même rang
A l'idiot comme au ſçavant ;
Sans diftinguer ni le fexe , ni l'âge ,
Je traite également le fou comme le fage.
Je pétris l'embonpoint , les rofes & les lys
Par moi font répandus fur le teint de Philis.
Pour abreger enfin un trop long étalage ,
Il eft tems de finir , fi tu m'as decouvert ,
Ménage- moi , Lecteur ; malheur à qui me perd.
I'D S 15
N me titre d'image , & pour original
On me donné une four cadette ;
Voilà qui s'accorde affez mal :
Quelques Sçavans l'ont dit , le peuple le repete.
C'eſt fort mal taifonner , n'en déplaife aux Sça
vans ,
Car elle eft ma cadette au moins de neuf cens ans.'
Je renie à jamais cette laide Megere ,
Je la méconnois pour ma foeur ;
Le monde entier ne pouvant s'en défaire ,
Ne la fouffre qu'avec horreur :
Mais moi , pour ma douceur , par tout on me dés
fore 2
88 MERCURE DE FRANCE:
Quoique fur les mortels j'éxerce un grand empire;
Et que je prime en tous lieux , en tous tems ,
Sur les petits & fur les grands.
Avec Phoebus je partage mon regne ,
Sans que perfonne me dédaigne ;
Pendant qu'il eft dans les bras de Thétis ,
Je difpofe & j'ordonne , avoué de Thémis.
Four éxercer mes droits , la nature me poſe
Au faîte d'un Palais
Dont elle tient la porte cloſe ,
Lorfque mon peuple fe repole
Sur mes loins & qu'il vit en paix.
J'adoucis , à mon gré , l'efprit le plus farouche
Tous les habitans de la mer ,
De la terre & de l'air ,
Je les charme quand je les touche.
Sans partialité , je donne même rang
A l'idiot comme au ſçavant ;
Sans diftinguer ni le fexe , ni l'âge ,
Je traite également le fou comme le fage.
Je pétris l'embonpoint , les rofes & les lys
Par moi font répandus fur le teint de Philis.
Pour abreger enfin un trop long étalage ,
Il eft tems de finir , fi tu m'as decouvert ,
Ménage- moi , Lecteur ; malheur à qui me perd.
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9545
p. 89-90
LOGOGRYPHE.
Début :
L'Homme dont la boisson [...]
Mots clefs :
Épervier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
L'Homme dont la boiffon
Offufque la raifon ,
Un Archevêché d'Etrurie ;
Un fameux Royaume d'Afie :
Le héros dont Méduſe éprouva la valeur ,
Et qu'Andromede eut pour libérateur.
Un ferpent vivipare ;
Qu'on me paffe ce mot , je conviens qu'il eft rare
Mais il eft expreffif. Un ancien Auteur ,
Poëte fatitique ;
Un Port de mer jadis celebre dans l'Attique :
Un Office canonial.
Le dernier des efforts qu'en Sorbonne on deman
de
Des Lettres afpirans au bonnet Doctoral ;
Une forte de réprimande :
Certain infecte , & parmi les oifeaux ,
Un dont le nom fe donne à maints chevaux.
La femme féductrice
Qui fut au genre humain
La fource de toute injuftice.
Un Pontife Romain ;
Ce qu'on adreſſe à Dieu pour le rendre propice :
Un fymbole adopté
Pour la fragilité.
90 MERCURE DE FRANCE.
J'en ai bien dit affez , Lecteur , fi tu tranſpoſes , .
Tu peux , de mes neuf pieds , former toutes ces
chofes ;
Dans le fort d'un Nifus & de Dedalion ,
Sans le fecours d'Edipe , on découvre mon nom :
Mon mérite , au furplus, pour la pêche ou la chaffe ,
Peut me développer fous l'une ou l'autre face.
L'Homme dont la boiffon
Offufque la raifon ,
Un Archevêché d'Etrurie ;
Un fameux Royaume d'Afie :
Le héros dont Méduſe éprouva la valeur ,
Et qu'Andromede eut pour libérateur.
Un ferpent vivipare ;
Qu'on me paffe ce mot , je conviens qu'il eft rare
Mais il eft expreffif. Un ancien Auteur ,
Poëte fatitique ;
Un Port de mer jadis celebre dans l'Attique :
Un Office canonial.
Le dernier des efforts qu'en Sorbonne on deman
de
Des Lettres afpirans au bonnet Doctoral ;
Une forte de réprimande :
Certain infecte , & parmi les oifeaux ,
Un dont le nom fe donne à maints chevaux.
La femme féductrice
Qui fut au genre humain
La fource de toute injuftice.
Un Pontife Romain ;
Ce qu'on adreſſe à Dieu pour le rendre propice :
Un fymbole adopté
Pour la fragilité.
90 MERCURE DE FRANCE.
J'en ai bien dit affez , Lecteur , fi tu tranſpoſes , .
Tu peux , de mes neuf pieds , former toutes ces
chofes ;
Dans le fort d'un Nifus & de Dedalion ,
Sans le fecours d'Edipe , on découvre mon nom :
Mon mérite , au furplus, pour la pêche ou la chaffe ,
Peut me développer fous l'une ou l'autre face.
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9546
p. 90-91
AUTRE.
Début :
Quoique chimérique & frivole, [...]
Mots clefs :
Gloire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Quoique chimérique & frivole ,
Des héros & des beaux efprits
Je fuis l'impérieufe idole :
Ces exploits éclatans , ces fublimes écrits ,
Confacrés avec fafte au temple de Mémoire ,
Me doivent la plupart , & leur être & leur prix ,
Ainfi que ces grands noms qui brillent dans l'Hif
toire.
La paffion pour moi , dans des fiécles d'erreur
Paffa pour la vertu fuprême ;
Mais la foi me lançant fon terrible anathême ,
Me rendit un objet d'horreur ;
De prefque tous les coeurs , malgré fa juſte haine ,
Je fuis encor la fouveraine.
De mes fix pieds , Lecteur , l'arrangement divers
T'offre un métal , un mortel reſpectable ,
L'inftrument qu'en fa main porte le Dieu des Vers,
De l'equité l'oracle redoutable ,
JUIN. 91 .
1753 .
Un terrein environné d'eau ;
>
D'un ordre un peu fufpect la fombre bafilique ,
Une espece de grain , un oifeau domeſtique
Ce qui reste au fond du tonneau ,
L'organe délicat fans lequel la lumière
Nous affecteroit vainement ,
L'embarras d'un acteur , un Saint , une riviere :
Ce detail te fuffit , Lecteur , affurément.
Quoique chimérique & frivole ,
Des héros & des beaux efprits
Je fuis l'impérieufe idole :
Ces exploits éclatans , ces fublimes écrits ,
Confacrés avec fafte au temple de Mémoire ,
Me doivent la plupart , & leur être & leur prix ,
Ainfi que ces grands noms qui brillent dans l'Hif
toire.
La paffion pour moi , dans des fiécles d'erreur
Paffa pour la vertu fuprême ;
Mais la foi me lançant fon terrible anathême ,
Me rendit un objet d'horreur ;
De prefque tous les coeurs , malgré fa juſte haine ,
Je fuis encor la fouveraine.
De mes fix pieds , Lecteur , l'arrangement divers
T'offre un métal , un mortel reſpectable ,
L'inftrument qu'en fa main porte le Dieu des Vers,
De l'equité l'oracle redoutable ,
JUIN. 91 .
1753 .
Un terrein environné d'eau ;
>
D'un ordre un peu fufpect la fombre bafilique ,
Une espece de grain , un oifeau domeſtique
Ce qui reste au fond du tonneau ,
L'organe délicat fans lequel la lumière
Nous affecteroit vainement ,
L'embarras d'un acteur , un Saint , une riviere :
Ce detail te fuffit , Lecteur , affurément.
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9547
p. 163-171
CONCERTS SPIRITUELS.
Début :
Le Concert a attiré plus de monde dans la quinzaine de Pâques, qu'il ne [...]
Mots clefs :
Motet à grand choeur, Concert, Chanter, Motet, Musique, Jouer, M. Mondoville, Symphonie, Morceaux, Concerto, Petit motet, Chapelle, Salve Regina, Jean-Jacques Rousseau, M. Carminati
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texteReconnaissance textuelle : CONCERTS SPIRITUELS.
CONCERTS SPIRITUELS.
L
E Concert a attiré plus de monde
dans la quinzaine de Pâque , qu'il ne
l'avoit fait les années précédentes. On va
voir par le détail des différens morceaux
qui y ont été exécutés , que ce fuccès étoit
dû aux foins & au goût des Directeurs.
Nous ne ferons qu'indiquer ce qui eft
164 MERCURE DE FRANCE
connu ; nous nous arrêterons un peu plus
fur les nouveautés.
Le Concert du Dimache huit , jour de
la Paffion, commença par une Symphonie;
enfuite Deus , venerunt gentes , nouvea
Motet de M. Fanton , qui fut affez mal
exécuté. Une fymphonie de M.Guillemain,
Ordinaire de la Mufique du Roi . M. Al
banefe , de la Mufique de la Chapelle du
Roi , chanta très agréablement deux morceaux
Italiens bien choisis , le 1 del Signot
Caputy , le 2º de M. Haffe . M. Carminati,
Venitien , établi à Lyon , joua un Concerró
de violon , & a joué plufieurs fois
depuis. Les Connoiffeurs l'ont fort goûté ,
& le Public a trouvé fon jeu fort précis &
fort fage. Le Concert finit par Bonum eft,
Motet à grand choeur , de M. Mondon
ville.
Le Concert du Vendredi de la Paffion,
13 Avril , commença par la premiere ouverture
des fymphonies de M. Martin ; enfuite
Deprofundis , Motet à grand choeur
de M. Mion , qui ne réuffit point : une
fymphonie à cor- de- chaffe. M. Gelin chanta
Inclina Domine ,' petit motet de M. Martin.
M. Carminati joua un Concerto de
violon . M. Albanefe chanta avec beaucoup
de goût & de naturel , deux beaux
morceaux Italiens. Le premier , del SiJUIN.
1753. 165
gnor Pergolefi , le deuxième , del Signor
Romani . Le Concert finit par Magnus Dominus
, motet à grand choeur de M. Mondonville,
Le Concert du Dimanche des Rameaux,
quinze Avril , commença par une Symphonie
; enfuite Cantate Domino , canticum
novum , motet à grand choeur de M. Martin.
M. Albanele chanta deux morceaux
Italiens. M. Gaviniés joua feul & bien,
M. Richer , Page de la Mufique de la Chapelle
du Roi , qui fit les délices de tour
Paris l'an dernier , chanta une Ariette fort
agréable de M. l'Abbé Blanchard. On
trouva que fon goût n'avoit pas diminué
que fa voix s'étoit fortifiée . Le Concert
finit parDe profundis , motet à grand choeur
de M, Mondonville.
&
?
Le Lundi feize , le Concert commença
par une fymphonie. On donna enfuite
pour la premiere fois , le Stabat mater
del Signor Pergolefi , motet fi célebre dans
toute l'Europe , & qui depuis qu'on l'avoit
annoncé , fixoit l'attention de tout
Paris . Cet Ouvrage fur mieux reçu des
Connoiffeurs que de la multitude. Les
morceaux qui ont le plus réuffi font le
Prélude admirable , par lequel ouvre le
motet , le Stabat Mater en Duo , & le
Récit Vidit fuum dulcem natum. Il ne pa164
MERCURE DE FRANCE
P
connu ; nous nous arrêterons un peu plus
fur les nouveautés.
Le Concert du Dimache huit , jour de
la Paffion , commença par une Symphonie;
enfuite Deus , venerunt gentes , nouveau
Motet de M. Fanton , qui fut affez mal
exécuté. Une fymphonie de M.Guillemain,
Ordinaire de la Mufique du Roi . M. Albanefe
, de la Mufique de la Chapelle du
Roi , chanta très agréablement deux morceaux
Italiens bien choisis , le 1 del Signor
Caputy , le 2º de M. Haffe . M. Carminati,
Venitien , établi à Lyon , joua un Concerró
de violon , & a joué plufieurs fois
depuis. Les Connoiffeurs l'ont fort goûté ,
& le Public a trouvé fon jeu fort précis &
fort fage. Le Concert finit par Bonum eft ,
Motet à grand choeur , de M. Mondonville.
Le Concert du Vendredi de la Paffion ,
13 Avril , commença par la premiere ouverture
des fymphonies de M. Martin ; enfuite
De profundis , Motet à grand choeur
de M. Mion , qui ne réuffit point : une
fymphonie à cor-de- chaffe. M. Gelin chanta
Inclina Domine ,' petit motet de M. Martin.
M. Carminati joua un Concerto de
violon . M. Albanefe chanta avec beaucoup
de goût & de naturel , deux beaux
morceaux Italiens . Le premier , del Si
JUIN. 1753 . 165
gnor Pergolefi , le deuxième , del Signor
Romani. Le Concert finit par Magnus Dominus
, motet à grand choeur de M. Mondonville,
Le Concert du Dimanche des Rameaux,
quinze Avril , commença par une Symphonie
; enfuite Cantate Domino , canticum
novum , motet à grand choeur de M. Martin.
M. Albanele chanta deux morceaux
Italiens . M. Gaviniés joua feul & bien.
M. Richer , Page de la Mufique de la Chapelle
du Roi , qui fit les délices de tour
Paris l'an dernier , chanta une Ariette fort
agréable de M. l'Abbé Blanchard . On
trouva que fon goût n'avoit pas diminué
que fa voix s'étoit fortifiée. Le Concert
finit parDe profundis , motet à grand choeur
de M. Mondonville ,
&
Le Lundi feize , le Concert commença
par une fymphonie. On donna enfuite
pour la premiere fois , le Stabat mater ,
del Signor Pergolefi , motet fi célebre dans
toute l'Europe , & qui depuis qu'on l'avoit
annoncé , fixoit l'attention de tout
Paris . Cet Ouvrage fur mieux reçu des
Connoiffeurs que de la multitude. Les
morceaux qui ont le plus réuffi font le
Prélude admirable , par lequel ouvre le
motet , le Stabat Mater en Duo , & le
Récit Vidit fuum dulcem natum . Il ne pa166
MERCURE DE FRANCE.
que
roît pas poffible de pouffer plus loin l'expreffion
de la douleur & de la tendreſſe ,
le Muficien l'a fait dans ces morceaux.
Mais ce qui eft peut- être plus admirable encore
, parce que cela étoit plus difficile ,
c'eft l'art qu'il a eu de varier le mouvement
dans les différens morceaux de fon motet
fans varier l'expreffion . Par exemple dans
le fecond morceau Cujus animam gementem
, qui eft fur un mouvement afſez vif,
le Muficien a fçû mettre une expreffion de
douleur , que les Connoiffeurs y ont bien
fentie , & qui n'a peut- être pas été rendu
par l'exécution auffi parfaitement qu'elle
pouvoit l'être. On auroit défiré aufli qu'à
la place de la fugue Fac ut erdeat cor
meum , qui a fait peu d'effet au Concert
on eût fubftitué le duo Quis eft homo ,
non fleret , qui n'eft pas inférieur aux plus
beaux morceaux du Motet. Quoiqu'il en
foit de ces obfervations , le fuccès du Sta- ·
bat a été affez grand pour qu'on l'ait don
né cinq jours de fuite , & pour qu'il air
été redemandé une fixième fois. Ce Moter
a été exécuté par Mrs Dota & Albaneſe
Italiens , de la Mufique du Roi.
1
qui
Le Concert du Mardi commença par
une fymphonie à cors- de- chaffe , enfuite
le Stabat. Mlle Davaux débuta dans Magna
eft gloria ejus , morceau tiré du moter
JUIN. 1.753. 167
Domine in virtute tuâ , de M. de Lalande.
Mlle Dayaux eft un fujet de la plus grande
& de la plus rare efpérance : la voix eft
nette , franche , naturelle , fenfible & fonore.
On ne doit pas craindre que ce ta
lent fe gâte comme nous en avons vû ſe
gâter tant d'autres : les arrangemens qui
ont été pris pour la perfectionner font trèsfages
, & formeront , felon toutes les apparences
, pour l'Opéra un fujet dont ila
très- grand befoin . Après que M. Carminati
eut joué un Concerto , Mlle Fel
chanta , comme elle feule fçait chanter ,
Salve Regina , petit motet de M. Rouffeau,
Auteur du Devin du Village , & du Diſcours
de Dijon. On a trouvé dans ce Motet
beaucoup de chant & d'expreflion , &
les Connoiffeurs défirent que M. Rouffeau
continue à enrichir la Littérature & la
Mufique Françoife & Latine par fes Ouvrages.
Mercredi le Concert commença par
une Symphonie, M. Dota & M. Albanefe
chanterent Stabat Mater , del Signor Pergolef
; enfuite Diligam te , motet à grandchoeur
de M. Gilles , dans lequel Mlle
Bouroux chanta Beata gens , morceau ajoûté
de M. de Lalande . M. Gaviniès joua
feul. Le Concert finit par De profundis
no tet à grand choeur de M, Mondonville.
168 MERCURE DE FRANCE.
Jeudi le Concert commença par une
fymphonie , dans laquelle M. Peria & M.
Grillet donnerent du cors. M. Dota & M.
Albaneſe , Ordinaires de la Mufique de la
Chapelle du Roi , chanterent Stabat Ma
ter , del Signor Pergolefi. Mlle Davau
chanta Magna eft gloria ejus , morceau tiré
d'un moter de M. de Lalande , Domine in
virtute tua, M. Carminati joua un Concerto.
Mile Fel chanta Salve Regina , petit
moter nouveau de M. Rouffeau . Le Ĉoncert
finit par Diligam te , motet à grand
choeur de M. Madin,
Vendredi , le Concert commença par
une fymphonie ; enfuite le Stabat Mater,
del Signor Pergolefi , chanté par M, Dota
& Albaneſe , Ordinaires de la Mufique de
la Chapelle du Roi, Mlle Duperey & M,
Gelin chanterent Cantemus Domino , petit
motet de M, Mouret. M. Gaviniés joua
feul . Mile Davaux chanta Magna eft gloria
ejus , morceau tiré d'un motet de M. de
Lalande , Domine in virtute tuâ, Le Concert
finit par De profundis , motet à grand
choeur de M. Mondonville ,
Samedi le Concert commença par une
fymphonie à tymballes & trompettes de
M. Pleffi cadet , de l'Académie Royale de
Mufique : enfuite Cantate , motet à grand
choeur , à timballes & trompettes , de M,
Davelne ,
JUI N. 1753. 169
Daveſne , de l'Académie Royale de Mufique.
Mlle Duperey chanta fort bien Regina
Cali , petit moret de M. Mouret . Mlle Fel
& M. Gaviniés exécuterent un concerto
accompagné de voix , de la compofition de
M. Mondonville. Le Concert finit par Co-
Li enarrant , motet à grand choeur du même
Auteur.
:
Dimanche , jour de Pâques , le Concert
commença par une fymphonie de M. Geminiani
enfuite Domine in virtute tuâ ,
motet à deux choeurs de M. Cordelet . M.
Albanefe chanta un air Italien . M.Taillard
joua fort agréablement un concerto de flûte.
Mlle Duperey & M. Richer , Page de la
Mufique de la Chapelle du Roi , chante .
rent Confitemini Domino , petit motet de
M. Cordeler. M. Gaviniés joua feul . Mlle
Fel chanta Laudate pueri Dominum , petit
moret de M. Fiocio . Le Concert finit par
Venite exultemus , motet à grand choeur de
M. Mondonville.
' Lundi de Pâques , le Concert commença
par une fymphonie , enfuite Deus venerunt
gentes , motet à grand choeur de M.
Fanton . M. Richer , Page de la Mufique
de la Chapelle du Roi , chanta une ariette
nouvelle de M. l'Abbé Blanchard. M.
Piffet le fils , joua un concerto de violon .
M. Albaneſe chanta une ariette Italienne.
1. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE:
M. Carminati joua un concerto . Le Con
cert finit par Bonum eft , motet à grand
choeur de M. Mondonville .
Mardi , le Concert commença par une
fymphonie nouvelle à cors- de - chaſſe , de
M. ***. Enfuite Jubilate Deo , motet nouveau
à grand choeur de M. Martin . M.
Moria joua un concerto de violon . M. Richer
, Page de la Mufique du Roi , chanta
une ariette nouvelle & bien faite de M.
l'Abbé Blanchard . M. Carminati joua un
concerto. Mlle Davaux chanta Magna eft
gloria ejus , récit tiré d'un motet de M. Lalande
, Domine in virtute tuâ. Le Concert
finit par Nifi Dominus , motet à grand choeur
de M. Mondonville,
Vendredi , le Concert commença par
une fymphonie à cors- de - chaffe . M. Dota
& M. Albanefe , Ordinaires de la Mufique
de la Chapelle du Roi , chanterent
Stabat Mater , del Signor Pergolefi . Mlle
Dubut chanta Jubilate Deo , petit motet.
Mlle Fel & M. Gaviniés exécuterent un
concerto accompagné de voix , de la compofition
de M. Mondonville . Mlle Davaux
chanta Venite exultemus , petit motet
de M. Mouret. Le Concert finit par Dominus
regnavit , motet à grand choeur de M.
Mondonville.
Dimanche , jour de Quafimodo , le`
JUIN. 1753. 171
Concert commença par la premiere Sonate
des Piéccs de Clavecin de M. Mondonville
, enfuite Cali enarrant , motet à grand
choeur du même Auteur . M. Gelin chanta
Cantemus Domino, petit motet. M. Albanefe
chanta un air Italien . M. Taillard joua
un concerto de flûte . Mlle Duperey & M.
Richer , Page de la Mufique de la Chapelle
du Roi , chanterent Confitemini Domino ,
petit motet de M. Cordelet. Mlle Davaux.
chanta Venite exultemus , petit motet de
M. Mouret. M. Gaviniés joua feul . Mlle
Fel chanta Salve Regina , petit motet de
M. Rouffeau. Le Concert finit par Venite
exultemus , motet à grand choeur de M.
Mondonville.
L
E Concert a attiré plus de monde
dans la quinzaine de Pâque , qu'il ne
l'avoit fait les années précédentes. On va
voir par le détail des différens morceaux
qui y ont été exécutés , que ce fuccès étoit
dû aux foins & au goût des Directeurs.
Nous ne ferons qu'indiquer ce qui eft
164 MERCURE DE FRANCE
connu ; nous nous arrêterons un peu plus
fur les nouveautés.
Le Concert du Dimache huit , jour de
la Paffion, commença par une Symphonie;
enfuite Deus , venerunt gentes , nouvea
Motet de M. Fanton , qui fut affez mal
exécuté. Une fymphonie de M.Guillemain,
Ordinaire de la Mufique du Roi . M. Al
banefe , de la Mufique de la Chapelle du
Roi , chanta très agréablement deux morceaux
Italiens bien choisis , le 1 del Signot
Caputy , le 2º de M. Haffe . M. Carminati,
Venitien , établi à Lyon , joua un Concerró
de violon , & a joué plufieurs fois
depuis. Les Connoiffeurs l'ont fort goûté ,
& le Public a trouvé fon jeu fort précis &
fort fage. Le Concert finit par Bonum eft,
Motet à grand choeur , de M. Mondon
ville.
Le Concert du Vendredi de la Paffion,
13 Avril , commença par la premiere ouverture
des fymphonies de M. Martin ; enfuite
Deprofundis , Motet à grand choeur
de M. Mion , qui ne réuffit point : une
fymphonie à cor- de- chaffe. M. Gelin chanta
Inclina Domine ,' petit motet de M. Martin.
M. Carminati joua un Concerto de
violon . M. Albanefe chanta avec beaucoup
de goût & de naturel , deux beaux
morceaux Italiens. Le premier , del SiJUIN.
1753. 165
gnor Pergolefi , le deuxième , del Signor
Romani . Le Concert finit par Magnus Dominus
, motet à grand choeur de M. Mondonville,
Le Concert du Dimanche des Rameaux,
quinze Avril , commença par une Symphonie
; enfuite Cantate Domino , canticum
novum , motet à grand choeur de M. Martin.
M. Albanele chanta deux morceaux
Italiens. M. Gaviniés joua feul & bien,
M. Richer , Page de la Mufique de la Chapelle
du Roi , qui fit les délices de tour
Paris l'an dernier , chanta une Ariette fort
agréable de M. l'Abbé Blanchard. On
trouva que fon goût n'avoit pas diminué
que fa voix s'étoit fortifiée . Le Concert
finit parDe profundis , motet à grand choeur
de M, Mondonville.
&
?
Le Lundi feize , le Concert commença
par une fymphonie. On donna enfuite
pour la premiere fois , le Stabat mater
del Signor Pergolefi , motet fi célebre dans
toute l'Europe , & qui depuis qu'on l'avoit
annoncé , fixoit l'attention de tout
Paris . Cet Ouvrage fur mieux reçu des
Connoiffeurs que de la multitude. Les
morceaux qui ont le plus réuffi font le
Prélude admirable , par lequel ouvre le
motet , le Stabat Mater en Duo , & le
Récit Vidit fuum dulcem natum. Il ne pa164
MERCURE DE FRANCE
P
connu ; nous nous arrêterons un peu plus
fur les nouveautés.
Le Concert du Dimache huit , jour de
la Paffion , commença par une Symphonie;
enfuite Deus , venerunt gentes , nouveau
Motet de M. Fanton , qui fut affez mal
exécuté. Une fymphonie de M.Guillemain,
Ordinaire de la Mufique du Roi . M. Albanefe
, de la Mufique de la Chapelle du
Roi , chanta très agréablement deux morceaux
Italiens bien choisis , le 1 del Signor
Caputy , le 2º de M. Haffe . M. Carminati,
Venitien , établi à Lyon , joua un Concerró
de violon , & a joué plufieurs fois
depuis. Les Connoiffeurs l'ont fort goûté ,
& le Public a trouvé fon jeu fort précis &
fort fage. Le Concert finit par Bonum eft ,
Motet à grand choeur , de M. Mondonville.
Le Concert du Vendredi de la Paffion ,
13 Avril , commença par la premiere ouverture
des fymphonies de M. Martin ; enfuite
De profundis , Motet à grand choeur
de M. Mion , qui ne réuffit point : une
fymphonie à cor-de- chaffe. M. Gelin chanta
Inclina Domine ,' petit motet de M. Martin.
M. Carminati joua un Concerto de
violon . M. Albanefe chanta avec beaucoup
de goût & de naturel , deux beaux
morceaux Italiens . Le premier , del Si
JUIN. 1753 . 165
gnor Pergolefi , le deuxième , del Signor
Romani. Le Concert finit par Magnus Dominus
, motet à grand choeur de M. Mondonville,
Le Concert du Dimanche des Rameaux,
quinze Avril , commença par une Symphonie
; enfuite Cantate Domino , canticum
novum , motet à grand choeur de M. Martin.
M. Albanele chanta deux morceaux
Italiens . M. Gaviniés joua feul & bien.
M. Richer , Page de la Mufique de la Chapelle
du Roi , qui fit les délices de tour
Paris l'an dernier , chanta une Ariette fort
agréable de M. l'Abbé Blanchard . On
trouva que fon goût n'avoit pas diminué
que fa voix s'étoit fortifiée. Le Concert
finit parDe profundis , motet à grand choeur
de M. Mondonville ,
&
Le Lundi feize , le Concert commença
par une fymphonie. On donna enfuite
pour la premiere fois , le Stabat mater ,
del Signor Pergolefi , motet fi célebre dans
toute l'Europe , & qui depuis qu'on l'avoit
annoncé , fixoit l'attention de tout
Paris . Cet Ouvrage fur mieux reçu des
Connoiffeurs que de la multitude. Les
morceaux qui ont le plus réuffi font le
Prélude admirable , par lequel ouvre le
motet , le Stabat Mater en Duo , & le
Récit Vidit fuum dulcem natum . Il ne pa166
MERCURE DE FRANCE.
que
roît pas poffible de pouffer plus loin l'expreffion
de la douleur & de la tendreſſe ,
le Muficien l'a fait dans ces morceaux.
Mais ce qui eft peut- être plus admirable encore
, parce que cela étoit plus difficile ,
c'eft l'art qu'il a eu de varier le mouvement
dans les différens morceaux de fon motet
fans varier l'expreffion . Par exemple dans
le fecond morceau Cujus animam gementem
, qui eft fur un mouvement afſez vif,
le Muficien a fçû mettre une expreffion de
douleur , que les Connoiffeurs y ont bien
fentie , & qui n'a peut- être pas été rendu
par l'exécution auffi parfaitement qu'elle
pouvoit l'être. On auroit défiré aufli qu'à
la place de la fugue Fac ut erdeat cor
meum , qui a fait peu d'effet au Concert
on eût fubftitué le duo Quis eft homo ,
non fleret , qui n'eft pas inférieur aux plus
beaux morceaux du Motet. Quoiqu'il en
foit de ces obfervations , le fuccès du Sta- ·
bat a été affez grand pour qu'on l'ait don
né cinq jours de fuite , & pour qu'il air
été redemandé une fixième fois. Ce Moter
a été exécuté par Mrs Dota & Albaneſe
Italiens , de la Mufique du Roi.
1
qui
Le Concert du Mardi commença par
une fymphonie à cors- de- chaffe , enfuite
le Stabat. Mlle Davaux débuta dans Magna
eft gloria ejus , morceau tiré du moter
JUIN. 1.753. 167
Domine in virtute tuâ , de M. de Lalande.
Mlle Dayaux eft un fujet de la plus grande
& de la plus rare efpérance : la voix eft
nette , franche , naturelle , fenfible & fonore.
On ne doit pas craindre que ce ta
lent fe gâte comme nous en avons vû ſe
gâter tant d'autres : les arrangemens qui
ont été pris pour la perfectionner font trèsfages
, & formeront , felon toutes les apparences
, pour l'Opéra un fujet dont ila
très- grand befoin . Après que M. Carminati
eut joué un Concerto , Mlle Fel
chanta , comme elle feule fçait chanter ,
Salve Regina , petit motet de M. Rouffeau,
Auteur du Devin du Village , & du Diſcours
de Dijon. On a trouvé dans ce Motet
beaucoup de chant & d'expreflion , &
les Connoiffeurs défirent que M. Rouffeau
continue à enrichir la Littérature & la
Mufique Françoife & Latine par fes Ouvrages.
Mercredi le Concert commença par
une Symphonie, M. Dota & M. Albanefe
chanterent Stabat Mater , del Signor Pergolef
; enfuite Diligam te , motet à grandchoeur
de M. Gilles , dans lequel Mlle
Bouroux chanta Beata gens , morceau ajoûté
de M. de Lalande . M. Gaviniès joua
feul. Le Concert finit par De profundis
no tet à grand choeur de M, Mondonville.
168 MERCURE DE FRANCE.
Jeudi le Concert commença par une
fymphonie , dans laquelle M. Peria & M.
Grillet donnerent du cors. M. Dota & M.
Albaneſe , Ordinaires de la Mufique de la
Chapelle du Roi , chanterent Stabat Ma
ter , del Signor Pergolefi. Mlle Davau
chanta Magna eft gloria ejus , morceau tiré
d'un moter de M. de Lalande , Domine in
virtute tua, M. Carminati joua un Concerto.
Mile Fel chanta Salve Regina , petit
moter nouveau de M. Rouffeau . Le Ĉoncert
finit par Diligam te , motet à grand
choeur de M. Madin,
Vendredi , le Concert commença par
une fymphonie ; enfuite le Stabat Mater,
del Signor Pergolefi , chanté par M, Dota
& Albaneſe , Ordinaires de la Mufique de
la Chapelle du Roi, Mlle Duperey & M,
Gelin chanterent Cantemus Domino , petit
motet de M, Mouret. M. Gaviniés joua
feul . Mile Davaux chanta Magna eft gloria
ejus , morceau tiré d'un motet de M. de
Lalande , Domine in virtute tuâ, Le Concert
finit par De profundis , motet à grand
choeur de M. Mondonville ,
Samedi le Concert commença par une
fymphonie à tymballes & trompettes de
M. Pleffi cadet , de l'Académie Royale de
Mufique : enfuite Cantate , motet à grand
choeur , à timballes & trompettes , de M,
Davelne ,
JUI N. 1753. 169
Daveſne , de l'Académie Royale de Mufique.
Mlle Duperey chanta fort bien Regina
Cali , petit moret de M. Mouret . Mlle Fel
& M. Gaviniés exécuterent un concerto
accompagné de voix , de la compofition de
M. Mondonville. Le Concert finit par Co-
Li enarrant , motet à grand choeur du même
Auteur.
:
Dimanche , jour de Pâques , le Concert
commença par une fymphonie de M. Geminiani
enfuite Domine in virtute tuâ ,
motet à deux choeurs de M. Cordelet . M.
Albanefe chanta un air Italien . M.Taillard
joua fort agréablement un concerto de flûte.
Mlle Duperey & M. Richer , Page de la
Mufique de la Chapelle du Roi , chante .
rent Confitemini Domino , petit motet de
M. Cordeler. M. Gaviniés joua feul . Mlle
Fel chanta Laudate pueri Dominum , petit
moret de M. Fiocio . Le Concert finit par
Venite exultemus , motet à grand choeur de
M. Mondonville.
' Lundi de Pâques , le Concert commença
par une fymphonie , enfuite Deus venerunt
gentes , motet à grand choeur de M.
Fanton . M. Richer , Page de la Mufique
de la Chapelle du Roi , chanta une ariette
nouvelle de M. l'Abbé Blanchard. M.
Piffet le fils , joua un concerto de violon .
M. Albaneſe chanta une ariette Italienne.
1. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE:
M. Carminati joua un concerto . Le Con
cert finit par Bonum eft , motet à grand
choeur de M. Mondonville .
Mardi , le Concert commença par une
fymphonie nouvelle à cors- de - chaſſe , de
M. ***. Enfuite Jubilate Deo , motet nouveau
à grand choeur de M. Martin . M.
Moria joua un concerto de violon . M. Richer
, Page de la Mufique du Roi , chanta
une ariette nouvelle & bien faite de M.
l'Abbé Blanchard . M. Carminati joua un
concerto. Mlle Davaux chanta Magna eft
gloria ejus , récit tiré d'un motet de M. Lalande
, Domine in virtute tuâ. Le Concert
finit par Nifi Dominus , motet à grand choeur
de M. Mondonville,
Vendredi , le Concert commença par
une fymphonie à cors- de - chaffe . M. Dota
& M. Albanefe , Ordinaires de la Mufique
de la Chapelle du Roi , chanterent
Stabat Mater , del Signor Pergolefi . Mlle
Dubut chanta Jubilate Deo , petit motet.
Mlle Fel & M. Gaviniés exécuterent un
concerto accompagné de voix , de la compofition
de M. Mondonville . Mlle Davaux
chanta Venite exultemus , petit motet
de M. Mouret. Le Concert finit par Dominus
regnavit , motet à grand choeur de M.
Mondonville.
Dimanche , jour de Quafimodo , le`
JUIN. 1753. 171
Concert commença par la premiere Sonate
des Piéccs de Clavecin de M. Mondonville
, enfuite Cali enarrant , motet à grand
choeur du même Auteur . M. Gelin chanta
Cantemus Domino, petit motet. M. Albanefe
chanta un air Italien . M. Taillard joua
un concerto de flûte . Mlle Duperey & M.
Richer , Page de la Mufique de la Chapelle
du Roi , chanterent Confitemini Domino ,
petit motet de M. Cordelet. Mlle Davaux.
chanta Venite exultemus , petit motet de
M. Mouret. M. Gaviniés joua feul . Mlle
Fel chanta Salve Regina , petit motet de
M. Rouffeau. Le Concert finit par Venite
exultemus , motet à grand choeur de M.
Mondonville.
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Résumé : CONCERTS SPIRITUELS.
Durant la quinzaine de Pâques, les concerts spirituels ont attiré un public nombreux grâce à la qualité des œuvres et aux choix des directeurs. Plusieurs concerts mémorables ont été organisés. Le dimanche de la Passion, le concert a commencé par une symphonie et le motet 'Deus, venerunt gentes' de M. Fanton, mal exécuté. M. Albanese a chanté des morceaux italiens, et M. Carminati a joué un concerto de violon apprécié. Le concert s'est terminé par 'Bonum est' de M. Mondonville. Le vendredi de la Passion, le concert a débuté avec une ouverture de M. Martin et le motet 'De profundis' de M. Mion, qui n'a pas réussi. M. Carminati et M. Albanese ont interprété des morceaux italiens, et le concert s'est conclu par 'Magnus Dominus' de M. Mondonville. Le dimanche des Rameaux, le concert a commencé par une symphonie et le motet 'Cantate Domino' de M. Martin. M. Richer a chanté une ariette de l'Abbé Blanchard, et le concert s'est terminé par 'De profundis' de M. Mondonville. Le lundi suivant, le 'Stabat mater' de Pergolèse a été présenté pour la première fois, apprécié notamment pour son prélude et le 'Stabat Mater en Duo'. Du 1 au 17 juin 1753, plusieurs concerts ont été organisés, souvent commençant par des symphonies. Le 'Stabat Mater' de Pergolèse a été interprété par MM. Dotta et Albanese. Mlle Davaux a débuté avec 'Magna est gloria ejus' du motet 'Domine in virtute tua' de Lalande, et a été saluée pour sa voix. Mlle Fel a chanté 'Salve Regina' de Rousseau. Les concerts ont inclus des œuvres de divers compositeurs tels que Gilles, Madin, Mondonville, Mouret, et Davelne. Des solistes comme M. Carminati, M. Gaviniés, et M. Taillard ont joué des concertos. Le programme variait chaque jour, incluant des motets, des cantates, et des airs italiens. Le succès du 'Stabat' a été notable, avec des représentations supplémentaires demandées.
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9548
p. 107-108
ENIGME.
Début :
Je suis un genre, & je renferme [...]
Mots clefs :
Voiture
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
E fuis un genre , & je renferme
Efpéces à foifon , dont chacune a fon terme ;
Parcourons- les de l'un à l'autre bout.
Souvent la moitié de moi-même ,
Sert avec un effort extrême
A faire ufage de mon tout ;
Protée au tems jadis ne prit point tant de formes
Que j'en prens , en France furtout :
Quelquefois , comme Atlas , portant des poids.
énormes ,
Je me livre fans choix & fans acception ,
Ainfi que pourroient faire Alix & Janneton :
D'autres fois plus leger , plus vif qu'un papillon,.
Et plus jaloux qu'un vieux barbon .
J'efface par l'éclat des couleurs les plus vives ,
La mefsagere de Junon ;
Et j'emporte avec moi des figures oifives ,
Ridicules, fans goût , même fans paffion ,
Qui n'ont rien de réel que la prétention .
La Ville d'un grand Roi me donne auffi fon nom;.
Sans crainte du qu'en dira- t'on ,
Sans en avoir moins bon renom ,
Je favorife un tête à tête.
Jafsemble tout le peuple à cestain jour de fête ;.
Qui fait en mevoyant mainte exclamation ; .
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
Enfin comme il n'eft rien de ftable
Réduite à d'infâmes valets ,
On me fuit , & pour prix de mes fages bienfaits ,
Je fais plus d'horreur qu'une étable .
E fuis un genre , & je renferme
Efpéces à foifon , dont chacune a fon terme ;
Parcourons- les de l'un à l'autre bout.
Souvent la moitié de moi-même ,
Sert avec un effort extrême
A faire ufage de mon tout ;
Protée au tems jadis ne prit point tant de formes
Que j'en prens , en France furtout :
Quelquefois , comme Atlas , portant des poids.
énormes ,
Je me livre fans choix & fans acception ,
Ainfi que pourroient faire Alix & Janneton :
D'autres fois plus leger , plus vif qu'un papillon,.
Et plus jaloux qu'un vieux barbon .
J'efface par l'éclat des couleurs les plus vives ,
La mefsagere de Junon ;
Et j'emporte avec moi des figures oifives ,
Ridicules, fans goût , même fans paffion ,
Qui n'ont rien de réel que la prétention .
La Ville d'un grand Roi me donne auffi fon nom;.
Sans crainte du qu'en dira- t'on ,
Sans en avoir moins bon renom ,
Je favorife un tête à tête.
Jafsemble tout le peuple à cestain jour de fête ;.
Qui fait en mevoyant mainte exclamation ; .
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
Enfin comme il n'eft rien de ftable
Réduite à d'infâmes valets ,
On me fuit , & pour prix de mes fages bienfaits ,
Je fais plus d'horreur qu'une étable .
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9549
p. 108
AUTRE.
Début :
Je suis un ambigu de la nature humaine, [...]
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AVTR E.
E fuis un ambigu de la nature humaine ,
Je présenté aux mortels un vifage odieux ,
Le Soleil cependant n'eft pas plus radieux ;
Je traverſe la mer , je ravage la plaine ,
L'Amour ne peut fans moi triompher des humains,
Du redoutable Mars j'embellis les deftins ,
Et fous fes étendarts j'enchaîne la Victoire ,
Mais fix mois de l'année enfermé dans un trou ,
Je ne fréquente alors que le trifte hibou ,
Et je laisse oublier mes travaux & ma gloire.
Par une fociété de gens de Lettres.
E fuis un ambigu de la nature humaine ,
Je présenté aux mortels un vifage odieux ,
Le Soleil cependant n'eft pas plus radieux ;
Je traverſe la mer , je ravage la plaine ,
L'Amour ne peut fans moi triompher des humains,
Du redoutable Mars j'embellis les deftins ,
Et fous fes étendarts j'enchaîne la Victoire ,
Mais fix mois de l'année enfermé dans un trou ,
Je ne fréquente alors que le trifte hibou ,
Et je laisse oublier mes travaux & ma gloire.
Par une fociété de gens de Lettres.
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9550
p. 108-111
LOGOGRIPHE.
Début :
Compagne sage de la Science, [...]
Mots clefs :
Démonstration
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRIPHE.
LOGO GRIP H E.
Compagne fage de la Science
La vérité me fuit toujours :
Et l'on ne trouve l'évidence
Fort fauvent que par mon fecours.
Treize pieds forment ma ftructure ;
Combine- les , & je te jure
Que tu trouveras, cher Lecteur ,
Ce fage & prudent Gouverneur ,
JUIN. 1753. 102
Qui conduifit par fon adrefle ,
Ce fils d'Uliffe à la ſageffe ,
Ce qui de tous braves foldats ,
Sans ceffe accompagne les pas.
Cette fameufe Magicienne ,
Qui retint quelque tems , par fes charmes trom
peurs ,
De la Religion Chrétienne
Un des plus vaillans défenfeurs.
Le terrible Dieu de la
guerre
Le plus cruel des Empereurs ,
La Reine de toutes les fleurs ;
Ce
que
le Héros ne craint guere ;
Celui des juges de l'Enfer ;
Qui tient en main l'urne fatale ,
De l'univers entier , jalis la Capitale.
Les mortels qui dans l'univers ,
De Dieu font la vivante image ;
Le plus fage des Grecs , ce célébre impofteur ,
Qui des murs d'Ilion caufa l'affreux ravage.
L'ouvrage du Dieu Créateur ,
Ce qui défefpera plus d'un fameux Poëte.
La robe ordinaire du bal ;
De tous Prélats Chrétiens l'ornement principal ;
Deux mois de l'année , un Prophéte
Enféveli pendant trois jours
Dans le ventre d'une baleine.
Celle des doctes Soeurs qui chante les amours
Un atbre , un élément deux jours de la femaine ;
FIO MERCURE DE FRANCE.
Ce qui jamais n'habite aux petites maifons ;
Un fameux Magicien , trois notes de mufique ;
L'épithete qu'un faryrique ,
Prouve par de bonnes raifons ,
Etre le lot de tous les hommes..
Ce qui nous garantit des injures de l'air ;
Ce qui n'eft jamais où nous fonimes ;.
Un oiſeau qui paffe la mer;
Une partie de l'année ;.
Deux portions de la journée ;
La plus trifte couleur ; le plus riche métal;
Les defcendans d'Enée ; un ftupide animal ;
D'un chien l'ordinaire défenſe ;
Trois Apôtres ; un Roi de France.
Le pénible outil des forçats ,
Certain livre qui plaît bien plus que livre d'heure § .
Ce mont fameux par ſes dégâts ,
Que l'on dit être la demeure
D'un des géans audacieux ,
Que foudroya le Roi des Cieux.
Un des fynonimes de diable ;
Ge que tu perds en me lifant ;
Une Ville infâme , execrable ,
Sur laquelle le Tout- Puiflant
Lança les feux de ſon tonnerre.
Un tréfor ,fans lequel on ne peut être heureux .
Une partie de la terre..
Ce qui dans le défert fut le pain des Hébreux- ;
Ce grand Joueur de luth , célébre dans l'Hiftoires ,
J U 1 N. 1753 114
Qu'un Dauphin garantit de la fureur des eaux ,
Ce qui fit tant d'honneur aufameux Defpréaux
Une Ville au bord de la Loire ;
La Déefse de tous Chasseurs ,
Ce dont fe fert l'Amourpour blefser tous les coeurs
Ce fortuné mortel qui gagna la tendresse
De la plus aimable Déesse
La montagne facrée , où Dieu dicta la loi ;
Surnom refpectueux , que nous donnons au Roi
Mais enfin finifsons,, fans tarder davantage ,
Je te déplais par ma longueur ,
Scache pourtant , ami Lecteur ,
Que de mes attributs je fupprime une page.
Compagne fage de la Science
La vérité me fuit toujours :
Et l'on ne trouve l'évidence
Fort fauvent que par mon fecours.
Treize pieds forment ma ftructure ;
Combine- les , & je te jure
Que tu trouveras, cher Lecteur ,
Ce fage & prudent Gouverneur ,
JUIN. 1753. 102
Qui conduifit par fon adrefle ,
Ce fils d'Uliffe à la ſageffe ,
Ce qui de tous braves foldats ,
Sans ceffe accompagne les pas.
Cette fameufe Magicienne ,
Qui retint quelque tems , par fes charmes trom
peurs ,
De la Religion Chrétienne
Un des plus vaillans défenfeurs.
Le terrible Dieu de la
guerre
Le plus cruel des Empereurs ,
La Reine de toutes les fleurs ;
Ce
que
le Héros ne craint guere ;
Celui des juges de l'Enfer ;
Qui tient en main l'urne fatale ,
De l'univers entier , jalis la Capitale.
Les mortels qui dans l'univers ,
De Dieu font la vivante image ;
Le plus fage des Grecs , ce célébre impofteur ,
Qui des murs d'Ilion caufa l'affreux ravage.
L'ouvrage du Dieu Créateur ,
Ce qui défefpera plus d'un fameux Poëte.
La robe ordinaire du bal ;
De tous Prélats Chrétiens l'ornement principal ;
Deux mois de l'année , un Prophéte
Enféveli pendant trois jours
Dans le ventre d'une baleine.
Celle des doctes Soeurs qui chante les amours
Un atbre , un élément deux jours de la femaine ;
FIO MERCURE DE FRANCE.
Ce qui jamais n'habite aux petites maifons ;
Un fameux Magicien , trois notes de mufique ;
L'épithete qu'un faryrique ,
Prouve par de bonnes raifons ,
Etre le lot de tous les hommes..
Ce qui nous garantit des injures de l'air ;
Ce qui n'eft jamais où nous fonimes ;.
Un oiſeau qui paffe la mer;
Une partie de l'année ;.
Deux portions de la journée ;
La plus trifte couleur ; le plus riche métal;
Les defcendans d'Enée ; un ftupide animal ;
D'un chien l'ordinaire défenſe ;
Trois Apôtres ; un Roi de France.
Le pénible outil des forçats ,
Certain livre qui plaît bien plus que livre d'heure § .
Ce mont fameux par ſes dégâts ,
Que l'on dit être la demeure
D'un des géans audacieux ,
Que foudroya le Roi des Cieux.
Un des fynonimes de diable ;
Ge que tu perds en me lifant ;
Une Ville infâme , execrable ,
Sur laquelle le Tout- Puiflant
Lança les feux de ſon tonnerre.
Un tréfor ,fans lequel on ne peut être heureux .
Une partie de la terre..
Ce qui dans le défert fut le pain des Hébreux- ;
Ce grand Joueur de luth , célébre dans l'Hiftoires ,
J U 1 N. 1753 114
Qu'un Dauphin garantit de la fureur des eaux ,
Ce qui fit tant d'honneur aufameux Defpréaux
Une Ville au bord de la Loire ;
La Déefse de tous Chasseurs ,
Ce dont fe fert l'Amourpour blefser tous les coeurs
Ce fortuné mortel qui gagna la tendresse
De la plus aimable Déesse
La montagne facrée , où Dieu dicta la loi ;
Surnom refpectueux , que nous donnons au Roi
Mais enfin finifsons,, fans tarder davantage ,
Je te déplais par ma longueur ,
Scache pourtant , ami Lecteur ,
Que de mes attributs je fupprime une page.
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