Résultats : 1 texte(s)
Accéder à la liste des noms d'auteurs. Détail
Liste
Personnes concernées par ce nom d'auteur, avec leurs éventuels coauteurs :
1
p. 1738-1747
LETTRE à M. D. L. R. sur les prétendües influences de la Lune.
Début :
MONSIEUR, Vous nous avez annoncé dans le Mercure de Novembre [...]
Mots clefs :
Lune, Doute, Jours, Influences, Erreur, Bois, Expériences
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. D. L. R. sur les prétendües influences de la Lune.
LETTRE à M. D. L. R. sur les
prétendues influences de la Lune.
MONSIEUR,
Vous nous avez annoncé dans le Mer
cure de Novembre 1733. pag. 2443. un
Essai sur les erreurs populaires , traduit
de l'Anglois de Thomas Brown &c.
Dansle doute où je suis si cet ingénieux
Auteuraura parlé des Influences qu'on
attiibue à la Lune , jeprens la liberté de
yousadresserquelques réflexions que j'ai
Souvent
1
AOUST. 1734. 1739
souvent faites sur cette erreur populaire,
la plus étendue , la plus opiniâtre et
la plus ridicule en même tems que l'on
puisse imaginer. Ce que j'ai l'honneur de
vous présenter est bien moins pour faire
paroître un sentiment particulier sur ce
sujet, quepour engagerquelque personne
༔
éclairée à donner le sien sur cette espece
d'aveuglement où le peuple croit voir
si clair.
!..Il est vrai
bien des personnes
que
m'ont assuré qu'on se mocque à Paris de
ces sortes d'Influences ; mais dans les
Provinces on les multiplie si fortqu'on
fait présider la Lune generalement sur
toutce qui vit et toutce qui ne vit point,
surles hommes , lesanimaux , les bois
les plantes , lespierres , les pluyes , les
vents et même sur les esprits , puisqu'il
n'est aucun de ceux qui suivent ce sen
timent , qui n'ait observé dans quelque
foudeson quartier des accès periodiques
plus ou moins considerables , par pro
portion aux differents âges de la Lune.
LeSoleil dont les Influences sont si
sensibles et si bien marquées , n'entre
pourrien, selon eux, dans les opérations
de la nature , c'est la Lune qui est le
grand mobile de tout ce vaste Univers,
et qui cause l'égalité ou le dérangement
Cij
des
1740 MERCURE DE FRANCE
des Saisons tout homme qui s'avise de
parler un autre langage , est un fou , un
entêté,sans expérience, qui met toute son
étude , disent-ils , à lire des Livres qui
ne sont que depapier , au lieu qu'ils s'ap
pliquent sans cesse à découvrirles choses
les plus curieuses sur cette matiere.
Vous rirez sans doute , Monsieur , à
m'entendre dire qu'on se garderoit bien
de tailler la vigne, d'émonder les arbres,
couper du bois de charpente , semer du
bled , des legumes , planter la moindre
herbe dansun Jardin, sans avoiraupara
vantconsultéle grand registredelaLune,
c'est-à-dire l'Almanach , pour connoître
si elle est pleine ou nouvelle , si elle est
d'un tel mois ou d'un autre , et se con
former ensuitescrupuleusement àla biza
rerie d'un usage immémorial , que les
gens de la campagnese transmettent de
pere en fils. Sans cette précaution point
de récolte de bled , ni de vin , les cirons
vont dévorer tous les bois qu'on aura
coupés en mauvaise Lune , les legumes
seront plus longtems à cuire , les herbes
negraineront point , ou graineront trop
tôt et tout ira de travers.
Les Fleuristes observent cet Astreavec
encore plus de précision , chaque espece
de fleur dépend de quelque mystere par
ticu
A OUST. 1734. 1741
ticulier. Telles fleuts, disent-ils, doivent
se semerle 14 de la Lune , telles autres.
le 8 , telles autres le 3 ; avec cette pré
caution vous aurez beaucoup de fleurs
doubles , et si vous manquez le jour ,
l'heure , et peut-être mêmele moment ,
toutes vos fleurs seront simples.
L'Empire de la Lune n'est pas seule
mentsur la terre exposée au grand jour
il s'étend jusques dans le fond des mai
sons les plus reculées et les plus impéne
trables. Toutes les femmes d'unecertaine
étoffe en sont vivement persuadées , et
elles n'ont garde d'entreprendre une
lessive sans avoir consulté , non pas l'Al
manach qui est trop relevé pour elles •
mais leurs maris et leurs voisins qui joi
gnent aux calculs de l'Almanach une
continuelle inspection des apparencesde
la Lune dans le Ciel. Elles prétendent
que le linge lessivé en mauvaise Lune
n'estjamais si blanc, qu'il est sans consis
tance et s'use beaucoup plus qu'un autre;
les vers à soye, selon elles , doivent aussi
travailler dans la pleine Lune pour que
les cocons soient loüables , et chacune
d'elles en particulier croit avoir fait là
dessus les expériences les moins équivo
ques. Dans quelles conséquences ne don
ne-t-on pas quand on est une fois la du
pe d'un faux principe ?
1742 MERCUREDE FRANCE
Mais si la Lune peut ainsi penetrez
jusqu'au fond des maisons malgré l'obs
tacle des murailles , elle n'aura
elle n'aura pas beau
coup de peine à pénetrer jusqu'au fond
des Eaux. Aussi personne ne doute un
seul moment que les Ecrevisses nesoient
sensiblement differentes dans les nou
velles et pleines Lunes. Dans les nouvel
les Lunes elles sont,pourainsi dire,desse
chées , au lieu qu'ellessont extrémement
pleines vers le 14 de chaque Lune
vous voyez des personnes sensées d'ail
leurs , ajouter autant de foi à ces vieux
contes qu'au S. Evangile. Pour moi , qui
graces au Seigneur , n'ai jamais étudié
dans une pareille Eccle , je puis vous as
surer et vous n'aurez pas, je pense, beau
coup de peine à m'en croire , que j'ai
passé dix-huit mois dans le lieu de tout
ce pays , le plus fécond en Ecrevisses.
J'en ai observé et fait observer dans tous
les differents âges de la Lune , sans avoir
découvert la moindre vraisemblance.
J'en ai trouvé de pleines et de vuides
indifferemment , cette difference prove.
nant sans doute de leur nourriture ou
mêmedes Saisons.
Je ne finirois point , Monsieur , si je
voulo's descendre dans le détail de tou
tes les extravagances que l'on invente
tous
AOUST 1734 1743
tous les jours. Ceux d'entre les Vigne
rons quicroyent avoir un peu plus d'es
prit que les autres , sans s'écarter du
mêmeprincipe,travaillent à tirer denou
velles conséquences ; ils rafinent sur les
vieilles expériences de leurs devanciers
et chacunse fait une gloire de pouvoir
grossir le volume par quelque observa
tion de sa part. Je puis vous assurerque
cette folietient presque du prodige;non
seulement les personnes de la campagne,
mais les Artisans , les Bourgeois et beau
coup de personnes du premier ordre se'
laissententraîner au torrent. La necessité
où l'on se trouve de raisonner souvent
avec ces sortes de gens accoûtume in
sensiblement à parler le mêmelangage ;
le langage produit peu à peu des impres
sions qu'on ne peut détruirequeparde
bonnes raisons , et les Partisans de la
Lune n'en veulent point entendre ; si
vous leur parlez d'une expérience que
d'habiles gens auront faite ils se moc
quent de vous ,et vous renvoyent aux
Paysans qui sont seuls capables dejuger
et de décider sur cette matiere.
Enfin si l'on trouve quelquefois le
moyende se faire écouter , de faire voir
que toutes les expériences dont on parle
sontde pures chiméres , que ceux qui
ciiij
SC
1741 MERCURE DE FRANCE
seroient en état d'en faire de judicieuses
ne veulent pas s'en donner la peine , et
que ceux qui prétendent en faire tousles
jours en sont tout-à-fait incapables , que
le peu de conformité qui regne entre les
sentimens sur ce genre marque le foible
de cette opinion ; si , dis-je, l'on vient à
bout de convaincre quelques personnes
sur ce point, on a rarement leplaisir de
leur faire avouer cette erreur,lahonte d'y
avoir donnétête baissée lesempêche d'en
sortir ouvertement , et les porteà défen
dre avec opiniâtreté ce qu'ellesavoient
embrassésans réflexion.
Quelquelong et ennuyant que doive
être pour vous le détail que je viens de
faire,je ne puis passer sous silence la ma
niere dont les Lunistes prédisent les
pluyes et les vents. Il seroit difficile de
donner un systême plus propre àles en
tretenir dans leur léthargie que celui
qu'ils ont fabriqué. Ils commencent par
diviser l'âge de la Lune en quatre quar
tiers , c'est-à-dire , d'environ septjours
et demichacun. Cette division supposée,
demandez leur , par exemple, dans ce
tems-ci oùlasecheresseest extrême,quand
est-ce qu'il doit pleuvoir? La réponse est
toute prête.Ce sera , disent-ils, au renou
veau de la Lune. Je fis cette question à
quel
3
AOUST. 1734. 1745
quelques Paysans des plus entêtés , il y
a environ quinzejours. La Lune adepuis
renouvellé le z de ce mois à 10 heures
du matin , et la secheresse continue; un
d'entre eux que jerencontrai peu après
et queje taxai de faux Prophéte , me
fit la réponse suivante. M. quandje vous
ai assuré qu'il pleuvroit au changement de
la Lune ,je n'ai pas prétendu que cefut le
30 précisement , mais ce sera au premier
quarton ou à lapleine Lune quelquesjours
plus ou moins. Il seroit difficile de s'em
pêcher de rire à une pareille réponse.
Vousjugez bien , Monsieur , que lapre
miere pluye que nous aurons sera néces
sairément au premier, second, troisième,
ou quatrième quarton , quelques jours
plus ou moins ,le quartier n'étant com
posé que d'environ sept jours et demi.
Ceseul trait donne assez à connoître la
maniere dont cesgens là font leurs expé
riences , ils attribuent à la Lune deseffets
qui doivent arriver necessairement selon
leur sentiment , et qui arriveroient s'il
n'y avoit du tout poiht de Lune.
Ils ont encore remarqué sur le même
principe que les Lunes qui renouvellent
dans un jour où il y auneR. sont ordi
nairement venteuses , ils ont même bâti
cette espece de Proverbe Lune mècreuse,
Cv Lune
1746 MERCURE DE FRANCE
Luneventeuse, pour signifier que la Lune
renouvellant le Mercredy , le vent souf
flera jusqu'au bout , et s'il cesse plutôt
ils trouveront que ce sera dans quelque
quarton à quelques jours plus ou moins. Je
m'étonne qu'ils ne remarquent pas les
Saints et Saintes du Calendrier , lorsqu'il
pleut ou fait du vent,pour pouvoir pré
dire l'année suivante que tel ou tel Saint
fait pleuvoir ou grêler.
Vous voyez , Monsieur, que la super
stition et l'erreur se suivent de près Il se
roit impossible de guérir sur cela un cer
tain peuple grossier qui se fait un mérite
de n'écouter que son entêtement , mais
,
il seroit à souhaiter du moins que les
personnes d'un certain rang , qui sem
blent êtreplus raisonnables que les autres,
revinssent sincerement d'un préjugé si
ridicule. Je ne doute pas que quelque
curieux ne veuille bien sacrifierquelques
moments pour donner là- dessus ses ré
flexions , que si personne ne veut pren
dre cette peine , vous me permettrez de
vous envoyer quelques fragments où je
me flatte de prouver clairement que la
Lune n'influë point , que les expérien
ces qu'on vante tant, sont des illusions,
et que pour en faire de profitables , il
faudroit s'y prendre d'une tout autre
ma
AOUST. 1734. 1747
maniere. Je differe de vous les envoyer
de
d'exceder les bornes d'une Let
peur
tre , et pour laisser le tems à quelque
personne charitable de satisfaire le Pu
blic beaucoup mieux queje ne sçaurois
faire. Je suis, &c. Signé SOUMILLE,Prêtre.
AVilleneuve lez Avignon , le 6.
May 1734
prétendues influences de la Lune.
MONSIEUR,
Vous nous avez annoncé dans le Mer
cure de Novembre 1733. pag. 2443. un
Essai sur les erreurs populaires , traduit
de l'Anglois de Thomas Brown &c.
Dansle doute où je suis si cet ingénieux
Auteuraura parlé des Influences qu'on
attiibue à la Lune , jeprens la liberté de
yousadresserquelques réflexions que j'ai
Souvent
1
AOUST. 1734. 1739
souvent faites sur cette erreur populaire,
la plus étendue , la plus opiniâtre et
la plus ridicule en même tems que l'on
puisse imaginer. Ce que j'ai l'honneur de
vous présenter est bien moins pour faire
paroître un sentiment particulier sur ce
sujet, quepour engagerquelque personne
༔
éclairée à donner le sien sur cette espece
d'aveuglement où le peuple croit voir
si clair.
!..Il est vrai
bien des personnes
que
m'ont assuré qu'on se mocque à Paris de
ces sortes d'Influences ; mais dans les
Provinces on les multiplie si fortqu'on
fait présider la Lune generalement sur
toutce qui vit et toutce qui ne vit point,
surles hommes , lesanimaux , les bois
les plantes , lespierres , les pluyes , les
vents et même sur les esprits , puisqu'il
n'est aucun de ceux qui suivent ce sen
timent , qui n'ait observé dans quelque
foudeson quartier des accès periodiques
plus ou moins considerables , par pro
portion aux differents âges de la Lune.
LeSoleil dont les Influences sont si
sensibles et si bien marquées , n'entre
pourrien, selon eux, dans les opérations
de la nature , c'est la Lune qui est le
grand mobile de tout ce vaste Univers,
et qui cause l'égalité ou le dérangement
Cij
des
1740 MERCURE DE FRANCE
des Saisons tout homme qui s'avise de
parler un autre langage , est un fou , un
entêté,sans expérience, qui met toute son
étude , disent-ils , à lire des Livres qui
ne sont que depapier , au lieu qu'ils s'ap
pliquent sans cesse à découvrirles choses
les plus curieuses sur cette matiere.
Vous rirez sans doute , Monsieur , à
m'entendre dire qu'on se garderoit bien
de tailler la vigne, d'émonder les arbres,
couper du bois de charpente , semer du
bled , des legumes , planter la moindre
herbe dansun Jardin, sans avoiraupara
vantconsultéle grand registredelaLune,
c'est-à-dire l'Almanach , pour connoître
si elle est pleine ou nouvelle , si elle est
d'un tel mois ou d'un autre , et se con
former ensuitescrupuleusement àla biza
rerie d'un usage immémorial , que les
gens de la campagnese transmettent de
pere en fils. Sans cette précaution point
de récolte de bled , ni de vin , les cirons
vont dévorer tous les bois qu'on aura
coupés en mauvaise Lune , les legumes
seront plus longtems à cuire , les herbes
negraineront point , ou graineront trop
tôt et tout ira de travers.
Les Fleuristes observent cet Astreavec
encore plus de précision , chaque espece
de fleur dépend de quelque mystere par
ticu
A OUST. 1734. 1741
ticulier. Telles fleuts, disent-ils, doivent
se semerle 14 de la Lune , telles autres.
le 8 , telles autres le 3 ; avec cette pré
caution vous aurez beaucoup de fleurs
doubles , et si vous manquez le jour ,
l'heure , et peut-être mêmele moment ,
toutes vos fleurs seront simples.
L'Empire de la Lune n'est pas seule
mentsur la terre exposée au grand jour
il s'étend jusques dans le fond des mai
sons les plus reculées et les plus impéne
trables. Toutes les femmes d'unecertaine
étoffe en sont vivement persuadées , et
elles n'ont garde d'entreprendre une
lessive sans avoir consulté , non pas l'Al
manach qui est trop relevé pour elles •
mais leurs maris et leurs voisins qui joi
gnent aux calculs de l'Almanach une
continuelle inspection des apparencesde
la Lune dans le Ciel. Elles prétendent
que le linge lessivé en mauvaise Lune
n'estjamais si blanc, qu'il est sans consis
tance et s'use beaucoup plus qu'un autre;
les vers à soye, selon elles , doivent aussi
travailler dans la pleine Lune pour que
les cocons soient loüables , et chacune
d'elles en particulier croit avoir fait là
dessus les expériences les moins équivo
ques. Dans quelles conséquences ne don
ne-t-on pas quand on est une fois la du
pe d'un faux principe ?
1742 MERCUREDE FRANCE
Mais si la Lune peut ainsi penetrez
jusqu'au fond des maisons malgré l'obs
tacle des murailles , elle n'aura
elle n'aura pas beau
coup de peine à pénetrer jusqu'au fond
des Eaux. Aussi personne ne doute un
seul moment que les Ecrevisses nesoient
sensiblement differentes dans les nou
velles et pleines Lunes. Dans les nouvel
les Lunes elles sont,pourainsi dire,desse
chées , au lieu qu'ellessont extrémement
pleines vers le 14 de chaque Lune
vous voyez des personnes sensées d'ail
leurs , ajouter autant de foi à ces vieux
contes qu'au S. Evangile. Pour moi , qui
graces au Seigneur , n'ai jamais étudié
dans une pareille Eccle , je puis vous as
surer et vous n'aurez pas, je pense, beau
coup de peine à m'en croire , que j'ai
passé dix-huit mois dans le lieu de tout
ce pays , le plus fécond en Ecrevisses.
J'en ai observé et fait observer dans tous
les differents âges de la Lune , sans avoir
découvert la moindre vraisemblance.
J'en ai trouvé de pleines et de vuides
indifferemment , cette difference prove.
nant sans doute de leur nourriture ou
mêmedes Saisons.
Je ne finirois point , Monsieur , si je
voulo's descendre dans le détail de tou
tes les extravagances que l'on invente
tous
AOUST 1734 1743
tous les jours. Ceux d'entre les Vigne
rons quicroyent avoir un peu plus d'es
prit que les autres , sans s'écarter du
mêmeprincipe,travaillent à tirer denou
velles conséquences ; ils rafinent sur les
vieilles expériences de leurs devanciers
et chacunse fait une gloire de pouvoir
grossir le volume par quelque observa
tion de sa part. Je puis vous assurerque
cette folietient presque du prodige;non
seulement les personnes de la campagne,
mais les Artisans , les Bourgeois et beau
coup de personnes du premier ordre se'
laissententraîner au torrent. La necessité
où l'on se trouve de raisonner souvent
avec ces sortes de gens accoûtume in
sensiblement à parler le mêmelangage ;
le langage produit peu à peu des impres
sions qu'on ne peut détruirequeparde
bonnes raisons , et les Partisans de la
Lune n'en veulent point entendre ; si
vous leur parlez d'une expérience que
d'habiles gens auront faite ils se moc
quent de vous ,et vous renvoyent aux
Paysans qui sont seuls capables dejuger
et de décider sur cette matiere.
Enfin si l'on trouve quelquefois le
moyende se faire écouter , de faire voir
que toutes les expériences dont on parle
sontde pures chiméres , que ceux qui
ciiij
SC
1741 MERCURE DE FRANCE
seroient en état d'en faire de judicieuses
ne veulent pas s'en donner la peine , et
que ceux qui prétendent en faire tousles
jours en sont tout-à-fait incapables , que
le peu de conformité qui regne entre les
sentimens sur ce genre marque le foible
de cette opinion ; si , dis-je, l'on vient à
bout de convaincre quelques personnes
sur ce point, on a rarement leplaisir de
leur faire avouer cette erreur,lahonte d'y
avoir donnétête baissée lesempêche d'en
sortir ouvertement , et les porteà défen
dre avec opiniâtreté ce qu'ellesavoient
embrassésans réflexion.
Quelquelong et ennuyant que doive
être pour vous le détail que je viens de
faire,je ne puis passer sous silence la ma
niere dont les Lunistes prédisent les
pluyes et les vents. Il seroit difficile de
donner un systême plus propre àles en
tretenir dans leur léthargie que celui
qu'ils ont fabriqué. Ils commencent par
diviser l'âge de la Lune en quatre quar
tiers , c'est-à-dire , d'environ septjours
et demichacun. Cette division supposée,
demandez leur , par exemple, dans ce
tems-ci oùlasecheresseest extrême,quand
est-ce qu'il doit pleuvoir? La réponse est
toute prête.Ce sera , disent-ils, au renou
veau de la Lune. Je fis cette question à
quel
3
AOUST. 1734. 1745
quelques Paysans des plus entêtés , il y
a environ quinzejours. La Lune adepuis
renouvellé le z de ce mois à 10 heures
du matin , et la secheresse continue; un
d'entre eux que jerencontrai peu après
et queje taxai de faux Prophéte , me
fit la réponse suivante. M. quandje vous
ai assuré qu'il pleuvroit au changement de
la Lune ,je n'ai pas prétendu que cefut le
30 précisement , mais ce sera au premier
quarton ou à lapleine Lune quelquesjours
plus ou moins. Il seroit difficile de s'em
pêcher de rire à une pareille réponse.
Vousjugez bien , Monsieur , que lapre
miere pluye que nous aurons sera néces
sairément au premier, second, troisième,
ou quatrième quarton , quelques jours
plus ou moins ,le quartier n'étant com
posé que d'environ sept jours et demi.
Ceseul trait donne assez à connoître la
maniere dont cesgens là font leurs expé
riences , ils attribuent à la Lune deseffets
qui doivent arriver necessairement selon
leur sentiment , et qui arriveroient s'il
n'y avoit du tout poiht de Lune.
Ils ont encore remarqué sur le même
principe que les Lunes qui renouvellent
dans un jour où il y auneR. sont ordi
nairement venteuses , ils ont même bâti
cette espece de Proverbe Lune mècreuse,
Cv Lune
1746 MERCURE DE FRANCE
Luneventeuse, pour signifier que la Lune
renouvellant le Mercredy , le vent souf
flera jusqu'au bout , et s'il cesse plutôt
ils trouveront que ce sera dans quelque
quarton à quelques jours plus ou moins. Je
m'étonne qu'ils ne remarquent pas les
Saints et Saintes du Calendrier , lorsqu'il
pleut ou fait du vent,pour pouvoir pré
dire l'année suivante que tel ou tel Saint
fait pleuvoir ou grêler.
Vous voyez , Monsieur, que la super
stition et l'erreur se suivent de près Il se
roit impossible de guérir sur cela un cer
tain peuple grossier qui se fait un mérite
de n'écouter que son entêtement , mais
,
il seroit à souhaiter du moins que les
personnes d'un certain rang , qui sem
blent êtreplus raisonnables que les autres,
revinssent sincerement d'un préjugé si
ridicule. Je ne doute pas que quelque
curieux ne veuille bien sacrifierquelques
moments pour donner là- dessus ses ré
flexions , que si personne ne veut pren
dre cette peine , vous me permettrez de
vous envoyer quelques fragments où je
me flatte de prouver clairement que la
Lune n'influë point , que les expérien
ces qu'on vante tant, sont des illusions,
et que pour en faire de profitables , il
faudroit s'y prendre d'une tout autre
ma
AOUST. 1734. 1747
maniere. Je differe de vous les envoyer
de
d'exceder les bornes d'une Let
peur
tre , et pour laisser le tems à quelque
personne charitable de satisfaire le Pu
blic beaucoup mieux queje ne sçaurois
faire. Je suis, &c. Signé SOUMILLE,Prêtre.
AVilleneuve lez Avignon , le 6.
May 1734
Fermer