Résultats : 2 texte(s)
Accéder à la liste des noms d'auteurs. Détail
Liste
Personnes concernées par ce nom d'auteur, avec leurs éventuels coauteurs :
1
p. 9-37
DE L'ORIGINE DE LA POESIE.
Début :
L'Ouvrage qui suit, est de Mr Bouchet, ancien Curé de Nogent le Roy / Plus de deux mille ans avant Laon, [...]
Mots clefs :
Origine, Poésie, Ouvrages, Monarque, Art, Prince, Amour, Malheur, Plume, Auteur, Rime, Savants, Parnasse, Mémoire, Art poétique, Muses
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE L'ORIGINE DE LA POESIE.
L'Ouvrage quifuit, estde J'vir
Bouchet, ancien Curé de Nogent le
Roy. C'est luy qui est l'Autheurde
l'Origine des Jeux, que vaut me
mandez, avoir lû avec plaisir dans
le dernier Extraordinaire. Ce que
vous m'en dites d'avantageux, m'a
faitprendre garde quejavois oublié
à vous apprendre son nom, & il ne
seroitpasjuste de lepriverpluslongtemps
dela gloire qu'ilmérite.
DE L'ORIGINE
DELA Pr)ECfr'!
~P Lus dedeuxmille ansavant Laon,
Et plus d'un Siecle avant ifilon,
9,,umoy que Milanfoitfortantique,
Régna l'Art nomméPoëtique,
Cet Art illustre &figuré,
Où toutse tru.1)e mesuré;
Carsans tnefiiTi &sanscadence
Le Mu'~e tombe en décadence.
Cet Art q charme les Humains,
Avant Romule & les Romains,
Chez qui tout estoit héroïque,
Etoit Xufaçe & de pratique.
A-fêifr, ce Chefdes Hébreux,
Ce Capitaine genéreux,
Ce Législateurintrépide,
Dont l'amen'est rin desordide,
CeFavory, ce Bien-aimé,
De l'Ange & del'Homme efïimz3
AYAnttiré tantpar Oracles,
Qiieparde merveilleux miracles,
De l'esclavage Egyptien
Le PeuplequeDieu nommoitsien,
AyantdanslaMerErythrée
Confondul'insolence outrée
D'un Potentat audacieux
Qui vouloit résisteraux Cieux,
Ensuite desa délivrance,
Pour marquersa reconnois.,nce
Au Monarque del'Univers,
Inspiré d'Entrant,fitdes Virs,.
Et le premier forgea laRifne;
Carrimern'estpasfaireuncrime,
Comme ontprétendudans ces temps
Certains Boltr/U &Mécontens, par une critique austere
Blâment ce qu'ils ne peuventfaire.
Apres cet Hommesanspareil,
Qui rayonnoit comme un Soleil,
uiyam eu dans cet ArtpourMaistre
Le Dieu des Dieux le premier Estre,
Parut David,.CeFavory
,
Ce Monarque du Ciel chery,
Dans des transports tout extatiques,
Fit cent cinquante beaux Cantiques,
Qui chaquejour nous donnent lieu
D'honorer&de loüer Dieu.
SalomonsonFils, Princesage,
Mit aussisa veineenusage,
Etfit des Versforts &puissans,
Qui renferment beaucoup desens.
C'est une sa:'nfe Postorale,
Où cesçavant Monarque étale,
MAil dans un mystérieux tour,
Lessentimens d'unchaste amour.
Job, cet abysme descience,
Cemiracle de patience,
Dont le Seigneur parsabonté
Eprouva la fidélité
Par de sanglantestentatives,
Deses diforaces les plus vives
D'un stile vrveux & parfait
Nous a Uffigné le portrait.
Tous les Vers en font magnifiques,
Coulans,sçavans, &pathétiques,
Tout en effort & vigoureux;
Heureux,Lecteur, troisfoùheurtat-,
Ce luy qui conduirasaBarque,
Comme fit ce Prince de marque,
Avec pleinesoûmissîon,
Aux ordres du Dieu de Sion.
lt!!and l'amour de l'indépendance
N'aveuglepointnostre prudence,
Nous nousfaisons ungrandplaijîr
D'assujettir nostre desir,
Et nostreentiereobéissance,
A celuy de qui la puissance
Soumet àses divines Loix
LesRépubliques & les Roys.
Le compatissantJerémie,
'Dont l'amefutdu Ciel amie,
jQue la pitié santifia,
En Vers Hébreuxversisia,
Prédit d'une Ville coupable
La décadence déplorable,
Etfit des Lamentations
Dignes de nos attentions.
jfisnas ( dit un JÎutheur Classique)
Del'Elégie& Poëme Epique,
Fut tout le premier Inventeur,
Et tres-grand YerflftcAtlUr.
Terpandre, un des Scientifiques,
Dressa des Loix Cytharediques
Enfaveur des Joüeurs de Luth;
Cefui làson premier début,
Etses Ouvrages de mérite
Eurent beaucoup de réüffiu.
PolymnestedeColophon,
Qui n'avoit pas l'espritboufon,
Maûférieux, mais dramatique,
Fut l'Autheur du Vers héroïque.
Pierus, non Athénien,
Aiais BourgeoisMacédonien,
Grand amateur de rharmonie,
Pour le Poëme eut bien du génie;
Etsil'on en croit Scaliger,
Ecrivain grave, & non léger,
IlfHt nommé Pere des bjUfeS.
Ce nom luy vint, non deses ruses,
Quoy qu'ilfust un peu guoguenard,
Et presque aiijfi fin qu'un Renard,
Mais bien de ce qu'a ses neuf Filles,
Toutes belles, toutes gentilles,
Dont laverve avoit du renom,
Des Muses il donna le nom.
Thaliafit les Comédies,
Molpomene les Tragédies;
Dithyrambe,fameux Thébain,
Mortelunpeufolâtre c£ vain,
Dressa les Vers Dithyrambiques;
Daphnis Pasteur, les Bucoliques;
Romert, de belle hauteur,
DesVerslambesfutl'Autheur;
./t:ezon fit tant par ses ménages,
Qu'ilfit entrer les Personnages,
Et les Scenes qui plaisent tant,
Dessus un Théâtre éclatant.
Phémenoé, Homme deLettres,
Composa des Vers Héxametres,
Accompagnezd'une douceur
Qui charmoit le Frere & la Soeur.
Alemanfut un Poète Lyrique,
Qui parlait la Langue Dorique,
Et qui lepremier mit au jour
Des Vers au sujet de lAmour.
L*Athénien, qu'onnommeEschile,
Doüé d'une Languesubtile,
Et d'éloquence, eut le malheur
Depasserpour HH grand parleur;
Mais cest luy qui trouva la Dance„
Lafaçon d'alleren cadence,
Et tous ces beauxpasfigurez.
JQui dans les Balssontadmirez.
Les Chants que l'on nommoit Néniesî
Qu'aux lugubres Cérémonies
On employoit communément,
Trouverent leur commencement,
Non dans la tested'Euripide,
Mais dans celle de Simonide,
Poëtequisefitaimer,
Heureuxsur terre, heureuxsur mer
Pratinas, Poëte Tragique,
Mais bizarre & mélancolique,
Pour exorciserlechagrin
Dont ilavoit bien plus d'ungrain,
S'avisa, poursefairerire;
D'estre Inventeur de la Satyre,
Et de railler à tour de bras
Tous ceux quine luy plaisoientpas,
En voulant lescharger de honte;
Mais iln'y trouvapasson compte,
Car aux dépens deson hornois
Onjoüasur luy du Hautbois.
Voila lefort d'un Satyrique,
Comme il offence, comme ilpique;
Et comme ilse croit tout permis, Ils'attiredes Ennemis.
Dans cettefouled'Adversaires,
Qui luysontsouvent des affaires,
Il s'en trouve toujours quelqu'un
Qui nese croyant du commun,
Sevange, nazarde son mufle,
Etvient luy repasserson Buste.
Ainsicroyons que rarement
Onsatyrise impunément.
Aristophane le Comique
A mis l'Octometre en pratique;
Le Tétramesre en est auffy3
Dont il IlfAit un racourcy.
Aristore le Stagirite,
Philosophe degrand mérite,
Et de qui l'érudition
S'attira l'admiration,
Sçavoit aussifort bien la trace
Del'Hippocrene & du Parnasses.
Et malgrésesemploisdivers,
Donnait unfort beau tour aux Ferf-
Il composa des Epigrammes,
Des 1ailes. desAnaorammes;
L'Elégie pareillement
Estoitdeson département.
Quand un Homme aide la cervelle,
Par tout il triomphe, il excelle,
Et vous paffastesdans ce rang,
Maistre d'Alexandrele Grand,
PourPoëte, Orateur, Botaniste,
Philosophe NAturaliste
Aureste,plusieurs Gens d'esprit,
Del'ArtPoëtique ont écrit,
Et donné carriers à leurs Plumes,
Pourfaire de sçavans Volumes,
Marquant par un travail si beau,
Qu'ilsfçavaientdusacréCoupeau
Que l'onvante au dessusdes nuës
Les Routes les plus inconnues.
Pour peuquel'onfaitstHdieux,
On en peut juger par lesyeux,
On aveu Zénon le Pitique,
Horacele Prince Lyrique,
Et Caton le Grammairien,
Autheurs qui raisonnementfort bien
Ecrire de l'ArtPoétique
D'unefaçonfort ItutentÍque.
Que l'on peut liresans danger..
Autant en afait Scaliger,
Ce Puitsdescience profonde,
Dont le nom voleparlemonde.
Varron, L'ornement des HNmll"inf,;.
Et lepinssçavant des Romains.
Ecrivit en Vers, non en Prose,
Sur l'essence de chaque chose,
Etsurd'autressujets, le tout du resse trouvé dugrandgoust.
Théonas employa sa plume
si composer un grandVolume
Surlasainte Religion
Dont nousfaisonsprofession,
Le tout en YerJ, le tout en Rime,
Et le tout paffè par la Lime.
L'admirable Sérapion,
GrandHommede biens ce dit-on, 1
Grand amateur de Poésie,
Se mit enteste, enf{lntaiJie
De mettre en Volumes divers
La Logique & Physique en Vers;
La Métaphysique & Morale,
Où par tout sa Minerve étale
De merveilleuxenseignemens,
Et de vertueux documens.
Guide, sçavant &fameux Prej/rt"
Quiparses Vers s'estfaitconnoistre
Ecrivit copieusfement
Sur l'un & l'autreTestament.
Le grand Prosper-tl,'AquitanieJ
Docteurd'un celestegénie,
Afait un Poëmeplein d'appas
Contre ces malheureux rats,,
Quinégligent de
reconnoistre
Lagrace dusouverain Maistre.
En effet, tarit son bonheur,
Qui néglige son Bienfaiteur.
Saint Fulgence, Homme de courage
Né d'un Sénateur de Catrhage,
Composa des Poëmes Chrestiens,
peuventservir de moyens
Poursournir de riches idées
Aux Ames de Dieu possedées
Saint Cyprien, nobleAffricairty
Quin'eutjamaisl'esprit taquin,
Mais dont famé tres-liberale
jilla d'une façon Royale
JrtfqHtl àprodiguerson [1IlIt.
Pour l'Estre qui tient le hautrang,,
Sur ce Poteau si vénérable,
Où par un crime abominable
Le Sauveur on crucifia.
Elégamment versisia.
LedocteFirmian LaBance,
Hommesansfaste&sans jaBance^
Eloquent comme un Cicéron,
Asur la Résurrection,
Etsurla Mort du Dieufait Homme
Ausujet d'une trisse Pomme,
Composé des Vers élegans,
Quoy que certains Extravagant
jlyent voulu, remplitde rage,
Donner atteinte a cet Ouvrage.
Victorin, nommél'Affricain,
Qui milleans avant Charles-quint;
( Prince que l'Histloire renomme)
Lisoit publiquement à Rome
'.Avec un applaudissement
Qui donnait de létonnement
Aux Esprits jaloux desaglpirr,
Chanta la mort & la viEieire
De cesseptFreres généreux,
De cessept Freres bienheureux,
Quiflgnalerentleurconfiance,
Leurbravoure & leur résistance,
Ensoufrant lefer &lefeu
Pour ladéfense du vray Dieu.
On les appelle Macchabées,
Par leurs images exhibées
Que dans le mondeenfaitcourir,
NIUsçavons tous qu'ilfaut mourir.
De SédulleEcossois, lesveilles
Ontproduit degrandes merveilles; unHymnefaitpourle Seigneur,
Ils'est accjuis beaucoup d'honneur,
Le tout en Vers comme en cadence.
A celuy-cyjoignons Prudence,
Quisuivantses pieux desseins
Afait Céloge desgrands Saints,
Et nom en a tracél'histoire,
Pour en remplirnostre mémfJirt).
-4fin qu'onimite en ces lieux
Ceux que Dieu récompense aux dense*
Si l'on meleveut bien permettre,
Je diray qu'en rime béxametre
Travailla legrandJuvencw,
Dont lesVersvaloientdes écus,
Etquefuries quatreEvangiles
Ses soins ont estéfort utiles.
Rien n'cft dans laperfection
Pluspurquesa Traduïiion.
A ceux-cy je dois joindreAlcimt3
Prélat célebre& magnanime,
Quifit la guerreaux Arriens
Parsaplume&ses entretiens.
Ajoutons encor DAmAJèene,
Unpeuplou.moderne qu'Arsene,
Damascene appelle le Grand,
Quiparmyles Drlan eut rang.
Cet Autheur, d'un air non profane,
Afait l'Histoire de Suzanne,
Etsolidement composé,
D'un espritcalme &reposé,
Certaines Regles Canoniques,
Le toutenbeaux Vers Iambiques,
Uilhtftre Diacre Aratory
Homme valantsonpesant d'or,
Et quiseulenvaloit dix autres,
Afait les Actes des Apostres,
Le toutenVersfort élégans.
On necraintpointlesOuragans,
Quand onse donne l'avantage
Deprofiterd'un telOuvrage.
Il n'estrien de mieux inventé,
Demieuxfait,demieuxconcerte.
Si l'on en croit Georges iAmboi{e,
QuelesHymnes de Saint Ambroise;
Dans nosjournaliers entretiens,
IIestlabouche des Chrestiens,
Et par luyl'Eglise s'explique
D'unesa,sonfort emphatique.
Nonne le Pentapolitain,
Homme devot, nonlibertin,
Employasonzèle&sonstile
A travaillersur l'Evangile
Du grandFvory du Sauveur,
Etfit ensuite avec ardeur
RoulersesVers &songénie
De/fusla Gigantomachie.
Quand on a l'espritexcegent,
Onse prévaut desontalent.
Nazianze, & legrand Boece,
Ont dans leurs Vers une tendrtJfr.
Dont les Esprits un peu bienfaits
Sefont trouvez, tres-satisfaits.
Je IAiffi les Poëtes profanes,
Perse Properce, Aristophanes,
Plante, Maron, State, Nazon,
Et l'Inventeur duVersScazon.
Lucain,danslevrayrienn'égale
Vostre incomparable Pbarfale.
SesVers quisont coulans&forts,
Surpaient le prix des TréflrJ.
Iln esr rien de mieuxfait,Lucrece,
Que et qui part de vostre adresse;
Etvostre Muse, un le voit bien,
A le tour Hélieonien.
Sur les bords du Rivage humide
DelaFontaineCaftalide,
Clauienfit desVerspompeux,
EmpfJulez., &sententieux,
Où l'on ne voitpoint de césure,
Mai$uniportablemtfure»
Juvenal n'a rien quede bon
Pour leJeune & pour le Barbon;
Etsansprofit l' on ne peut lire
Les maximes desasatire,
Puis qu'onyvoit le vray portrait
De tout ce
qu'aujourd'huy l'onfait
Pour l'avarice, pour l'envie,
Pour les desordres dela vie,
Pourl'ambiticn des honneurs,
Pourl'incontinence des moenrs,
Pour la fourbe d- la tromperie,
Pour le Vin,pour l'yvrognerie,
Pour les intrigues del'Amour;
Et pource qui touche la Cour.
Il est bien vray que ses manieres
Se trouvent un peu cavalieres,
Etpleines d'uneliberté
JQui hleffi unpeu l'honnesteté;
Mais apncs tout il est louable
Dans cet Ouvrageincomparables
D'avoir levice combattu,
Afin d'affermir la vertu.
D'Hésoidele grandgénie
Fut bonpeurlaThéogonie.
-
Homerefutfort estimé,
Et de beaucoup de Gensaimé,
Vourl'Odyssée& l'Iliade;
Mais ony voitparfois dufade,
Du bat,dufoible, du rampant; Ilsemble que c'est un Serpent,
Ouichâtiédesasuperbe,
Se traînecommeilpeutsurl'herbe.
Horace estoit un bon Vivant,
Quisa gDrgcArrojlitfowvfnt,'
Etse lavoitsouvent la bouche;
Aveccelason stile touche,
Et ria rien que de vigoureux.
Onvoudraitse rendre Chartreux,
Entendantsa Museseconde
Draper lesvanitez du monde.
Quieroiroitque le Verre en mAi",
JlillflruiJIit le Genre-humain?
Qui croirait que cet Homme aimable,
Le dos aufeu, le flemre à table,
Donnoit de modestesleçons
Tant aux Princes cqu'aux VoliJJênsf
Martial,sanssortir de gamme,
S.,st jetté JeffHI l'Epigrammc;
Maiscequi rend mauvaise odeur;
Il épargne peu la pudeur.
De Marelles,I'Favant en rime,
Abbé plein d'honneur & d'estimes
Comme un modesteTraducteur,
A rectifiécet Autheur,
Et voilé d'unchastesilence
Cequ'avoit produitl'insolence.
C'estainsiqu'unsçavant Chrestien
Corrige l'erreur d'un Payen.
Que vtu-i diray-je icy d'Ausone,
Si renommé dans chaqueZone,
Ce cher ornement de Bordeaux,
Qui par des Ouvragessi beaux,
Si pleins deforce & d'attrempance,
S'est distingué dans nostreFrance,
Etdont les merveilleux Centons
ValentdesBoisseaux de Testons,
Sinon que par sa Poejie.
Ilfait honneuràsa Patrie,
Et qu'ilinstruit les Ignorans?
Au reste, depuissix vingtans,
Et dans l'heureuxsiccleoùnoussommes,
Emile en braves &grandsHommes,
Plusïeurs ont ausacré Villon
Brigué lafaveur d'Apollon,
Et faitla couraux neufPucelles
Que le sçavoir rend toujours belles
Inégalpourtantfut lesort
De ceux quifirent cet effort.
Tout les OuvragesPoëtiques,
Soitferreux,foiehéroïques,
DeMoulinet & de Crétin,
Estoient unamas de frétin..
Q^ù nefutpointsuivy degloires
JLt n'en déplaise à la mémoire
De Marot) on ne trouve pas
Quesa Mufe eust degrands *pp*t,
Ny dit brillant, nonplus que celle
EtdeBaïf&dejodelle.
Mais on eut un respect nouveau
Pour les Vers tracez,par Belleau.
Du Bellay s'acquitl'avantage,
D'avoir la douceur en partage,
Aussi-bien que lafermeté,
La force, & la ViVdciré.
Bersaui eut le talent de plaire,
Cefut là fin vray caractere;
Oüy Bertaud,Evesque de Sés,
Quifut pointu jufsjua l'excés;
JVlaif ses rimes par tout connuës,
De bonsensfurentsoûtenuës.
Que diray-je encor? Du Bartas
JEtêt des Admirateurs à tas,
Et l'on vit des Gens à centaine
Lire jour& nuitsaSemaine
Dans un certain empressement
Quimarquoitleurentestement;
Jrfais ce qui paroissoit commode,
N'est plus maintenant àla mode.
Laissant cette antique beauté,
Chacun court à la nouveauté.
Voila quel est l'avertinnostre,
Vn objetendétruit un autre, Et ce qu'unsiecle toujoursfait,
Vnautresiecle le défait.
Cette vicissitude étrange
Fait que tout s'altere &se change.
C'estpour cette mesme raison
Que Saint Gelais hors desaison,
Seplaint quele tempsfait outrage
Au mérite arfin Ouvrage,
Et que les S çavans d'anjourd'huy
Nesesouviennentplusde luy.
Jiiaistjttefaire en cette occurrence?
Ilfaut s'armerde patience.
Ronsard, ce PoëteVandômois,
• Jivecson Pourpoint de Chamois,
Avecsa Culotte à la Smffei
Etsa Flambergesur lacuisse,
Fut le Prince des grands Rimeurs,
Etfitgagner les Imprimeurs,
,C.a--ronpoëttque ramage -,. Des Doctes obtint le suffrage.
Alors chacunsefit honneur,
Non d'aspirer à sonbonheur,
Maisd'imiterson caractere,
DouxJinsinuAnts &sincere,
Et lesnoblesexpressiens
Tiefes belles conceptions.
Aussiprenoit-onsonlangage
Pour la regle du bel ufacre; Jo Et lors que tjuelcju}unparlait mal,
Ondf'ok, ceftnn Animal,
'VnRnffôyue, un Sot, un Empuze,
Va-Cheval debast, une Buze,
UnHommesanssel &sans art,
Quidonne unsoufflet à Ronsard.
Ajoutez*a ce Personnage
Dautres Poëtes à grandfeüillage,
Lesçavant Abbéde Tyron,
BalzaC, Malherbe, duPerron,
.Bels,Boirrobert, Benserade,
Dont laverve ria rien defade,
Desyveteaux, Motin, Faret,
Sarrasin, la Serre, Loret,
Dtfmllrefts, Dalibray, Arolitre,
Pinchesne, Boileau, Furetiere,
Dandilly,Rotrou, Scudery,
De Racan, Contart, Monfleury
Dormy, Gombaud, de Malleville,
Jean Baudoüin, Maynard, & Douville,
Mairet,deSégrais, Pélisson,
Monsuron, Racine, Poisson,
Quinault, du Ryer, la Ménardiere;
Théophile, la Giraudiere,
Co£etet9 Tristan,Priézac,
Mainart, Scarron, Meziriac,
Chappelain,Cottin,Gomberville,
MefloMleJu Rgjïei, Diéreville,
Bordier, du Perrin, DassOucy,
Le Président Nkolieaussy,
Magnon, dont les dévots Ouvrages
Servent auxpécheurs commeauxsages,
Régnier,Saint Amant, Cerisy,
Dont lestile estpur & choisy,
Becçasse le devot Chanoine,
Pere Rappin, Pere le LVo:ne,
Chevreau, MIIllevAl, & Brêbeuf
Deschèneaux, Chappeton, Marbenf,
Yiondde Ctrlifers, Voiture,
Dont Pinchesne afait lapeinture,
Beauregard, Boursault, de Sentend,
Jtfagnin, de Lingendes, Montreüil
L'ingênieux de la Fontaine.
Qui•ri*me &raisonnesans peine
'Avec une fAcilité.
Qui, marquesonhabileté;
Et commesa plume efi amie
De la celebre Académie
Que l'Eloquencefaitfleurir,
Et qui le bonsensfaitmeurir, Ilvientdy rencontrersaplace,
Comme il la trouvait au Varnajfe*.
iln'est nulPalais, nulHostel,
Quinadmette unsçavant Mortel.
Prônons maintenant vos merveilles,
Doctes Freres,fameux Corneilles,
Qjj d un nombre infiny de Vers
Avez. enrichy l'Univers,
Comme axffi mainte & mainte étude,
Sans que la grande multitude
De tant de merveilleuxEcrits
En ait diminué le prix.
La dans chacune de vos Pieces
Lesplus fines delicatesses
Du belArt quifert a l'Amour,
PArtJiJfellt dans leurplus beau jour,
Soitdam vos graves Tragédies,
Soit dans vos chastes Comédies,
Dont le Public bien averty
S'est innocemment diverty;
Carquand un Homme afaitsa tâche, Ildemande unpeu de relâche;
Et quand illeprendsans pécher,
On nesçaurait l'en empescher,
A moins que dans un Monaflere
Ilprosesse une vit "uflere..
Maisparlons de cesage Duc,.
Aussiger.éreuxqueMonluc,
Qjm pour la Plume &pourl'Epée
Est un César,eftunPompée.
Peut-estre mesme il estplusgrand,
C'estl'illustre de SaintAignan.
Q»'on me traite deTurc a More,
Si du langage à mètrphore,
Q^ti d'Ovidefut le deduit.
Ce Duc n'estpleinement instruit;
Aussisa belle destinée
Jbji de nous donner chaque année
Denouvellesproductions
Deses belles refléxions.
Le tout riefl point Muse mourante,
Mais Ouvrage a plume courante,
D'unstileaussifort que l'airain,
Digne du Cédre&du Burin.
Jlsçait dansson Art Poëtique
Joindre le moderne à l'antique,
Et sçait parler comme jadis
Onparlolt du temps d'Amadis.
Veut-onrencontrerplHl de grace
Que.chezvont,Evefqutde GYlifeaVoê'tefacrèyfçavant
Godeau,
Qui nom levastes le rideau,
Et dévoilastesdesmysteres
Impénetrables à nos Peres!
Vosserventes expressions,
Vossublimes Traductions,
VYf admirables Paraphrases,
M'ontsouvent causé des extases,
Et m'ont rendu comme enchanté.
D'effet, &dans la vérité,
Une Musesage & modeste
Est un langage tout celeste;
Et les Dames de qualité,
Toutes pleines d'bonnesteté,
Avecque leurvertusevere,
Passent du Parnasse au Calvaire,
Et de la composition
A la belle dévotion,
Sans qù"enpuisseimputer à crime
Letemps qui se donne àla rime.
Fleurisse àjamais le belArt
Où les Sçavans ont tant depart,
Par quiles Hommes & les Anges
DugrandDieu chantent leslouanges
Bouchet, ancien Curé de Nogent le
Roy. C'est luy qui est l'Autheurde
l'Origine des Jeux, que vaut me
mandez, avoir lû avec plaisir dans
le dernier Extraordinaire. Ce que
vous m'en dites d'avantageux, m'a
faitprendre garde quejavois oublié
à vous apprendre son nom, & il ne
seroitpasjuste de lepriverpluslongtemps
dela gloire qu'ilmérite.
DE L'ORIGINE
DELA Pr)ECfr'!
~P Lus dedeuxmille ansavant Laon,
Et plus d'un Siecle avant ifilon,
9,,umoy que Milanfoitfortantique,
Régna l'Art nomméPoëtique,
Cet Art illustre &figuré,
Où toutse tru.1)e mesuré;
Carsans tnefiiTi &sanscadence
Le Mu'~e tombe en décadence.
Cet Art q charme les Humains,
Avant Romule & les Romains,
Chez qui tout estoit héroïque,
Etoit Xufaçe & de pratique.
A-fêifr, ce Chefdes Hébreux,
Ce Capitaine genéreux,
Ce Législateurintrépide,
Dont l'amen'est rin desordide,
CeFavory, ce Bien-aimé,
De l'Ange & del'Homme efïimz3
AYAnttiré tantpar Oracles,
Qiieparde merveilleux miracles,
De l'esclavage Egyptien
Le PeuplequeDieu nommoitsien,
AyantdanslaMerErythrée
Confondul'insolence outrée
D'un Potentat audacieux
Qui vouloit résisteraux Cieux,
Ensuite desa délivrance,
Pour marquersa reconnois.,nce
Au Monarque del'Univers,
Inspiré d'Entrant,fitdes Virs,.
Et le premier forgea laRifne;
Carrimern'estpasfaireuncrime,
Comme ontprétendudans ces temps
Certains Boltr/U &Mécontens, par une critique austere
Blâment ce qu'ils ne peuventfaire.
Apres cet Hommesanspareil,
Qui rayonnoit comme un Soleil,
uiyam eu dans cet ArtpourMaistre
Le Dieu des Dieux le premier Estre,
Parut David,.CeFavory
,
Ce Monarque du Ciel chery,
Dans des transports tout extatiques,
Fit cent cinquante beaux Cantiques,
Qui chaquejour nous donnent lieu
D'honorer&de loüer Dieu.
SalomonsonFils, Princesage,
Mit aussisa veineenusage,
Etfit des Versforts &puissans,
Qui renferment beaucoup desens.
C'est une sa:'nfe Postorale,
Où cesçavant Monarque étale,
MAil dans un mystérieux tour,
Lessentimens d'unchaste amour.
Job, cet abysme descience,
Cemiracle de patience,
Dont le Seigneur parsabonté
Eprouva la fidélité
Par de sanglantestentatives,
Deses diforaces les plus vives
D'un stile vrveux & parfait
Nous a Uffigné le portrait.
Tous les Vers en font magnifiques,
Coulans,sçavans, &pathétiques,
Tout en effort & vigoureux;
Heureux,Lecteur, troisfoùheurtat-,
Ce luy qui conduirasaBarque,
Comme fit ce Prince de marque,
Avec pleinesoûmissîon,
Aux ordres du Dieu de Sion.
lt!!and l'amour de l'indépendance
N'aveuglepointnostre prudence,
Nous nousfaisons ungrandplaijîr
D'assujettir nostre desir,
Et nostreentiereobéissance,
A celuy de qui la puissance
Soumet àses divines Loix
LesRépubliques & les Roys.
Le compatissantJerémie,
'Dont l'amefutdu Ciel amie,
jQue la pitié santifia,
En Vers Hébreuxversisia,
Prédit d'une Ville coupable
La décadence déplorable,
Etfit des Lamentations
Dignes de nos attentions.
jfisnas ( dit un JÎutheur Classique)
Del'Elégie& Poëme Epique,
Fut tout le premier Inventeur,
Et tres-grand YerflftcAtlUr.
Terpandre, un des Scientifiques,
Dressa des Loix Cytharediques
Enfaveur des Joüeurs de Luth;
Cefui làson premier début,
Etses Ouvrages de mérite
Eurent beaucoup de réüffiu.
PolymnestedeColophon,
Qui n'avoit pas l'espritboufon,
Maûférieux, mais dramatique,
Fut l'Autheur du Vers héroïque.
Pierus, non Athénien,
Aiais BourgeoisMacédonien,
Grand amateur de rharmonie,
Pour le Poëme eut bien du génie;
Etsil'on en croit Scaliger,
Ecrivain grave, & non léger,
IlfHt nommé Pere des bjUfeS.
Ce nom luy vint, non deses ruses,
Quoy qu'ilfust un peu guoguenard,
Et presque aiijfi fin qu'un Renard,
Mais bien de ce qu'a ses neuf Filles,
Toutes belles, toutes gentilles,
Dont laverve avoit du renom,
Des Muses il donna le nom.
Thaliafit les Comédies,
Molpomene les Tragédies;
Dithyrambe,fameux Thébain,
Mortelunpeufolâtre c£ vain,
Dressa les Vers Dithyrambiques;
Daphnis Pasteur, les Bucoliques;
Romert, de belle hauteur,
DesVerslambesfutl'Autheur;
./t:ezon fit tant par ses ménages,
Qu'ilfit entrer les Personnages,
Et les Scenes qui plaisent tant,
Dessus un Théâtre éclatant.
Phémenoé, Homme deLettres,
Composa des Vers Héxametres,
Accompagnezd'une douceur
Qui charmoit le Frere & la Soeur.
Alemanfut un Poète Lyrique,
Qui parlait la Langue Dorique,
Et qui lepremier mit au jour
Des Vers au sujet de lAmour.
L*Athénien, qu'onnommeEschile,
Doüé d'une Languesubtile,
Et d'éloquence, eut le malheur
Depasserpour HH grand parleur;
Mais cest luy qui trouva la Dance„
Lafaçon d'alleren cadence,
Et tous ces beauxpasfigurez.
JQui dans les Balssontadmirez.
Les Chants que l'on nommoit Néniesî
Qu'aux lugubres Cérémonies
On employoit communément,
Trouverent leur commencement,
Non dans la tested'Euripide,
Mais dans celle de Simonide,
Poëtequisefitaimer,
Heureuxsur terre, heureuxsur mer
Pratinas, Poëte Tragique,
Mais bizarre & mélancolique,
Pour exorciserlechagrin
Dont ilavoit bien plus d'ungrain,
S'avisa, poursefairerire;
D'estre Inventeur de la Satyre,
Et de railler à tour de bras
Tous ceux quine luy plaisoientpas,
En voulant lescharger de honte;
Mais iln'y trouvapasson compte,
Car aux dépens deson hornois
Onjoüasur luy du Hautbois.
Voila lefort d'un Satyrique,
Comme il offence, comme ilpique;
Et comme ilse croit tout permis, Ils'attiredes Ennemis.
Dans cettefouled'Adversaires,
Qui luysontsouvent des affaires,
Il s'en trouve toujours quelqu'un
Qui nese croyant du commun,
Sevange, nazarde son mufle,
Etvient luy repasserson Buste.
Ainsicroyons que rarement
Onsatyrise impunément.
Aristophane le Comique
A mis l'Octometre en pratique;
Le Tétramesre en est auffy3
Dont il IlfAit un racourcy.
Aristore le Stagirite,
Philosophe degrand mérite,
Et de qui l'érudition
S'attira l'admiration,
Sçavoit aussifort bien la trace
Del'Hippocrene & du Parnasses.
Et malgrésesemploisdivers,
Donnait unfort beau tour aux Ferf-
Il composa des Epigrammes,
Des 1ailes. desAnaorammes;
L'Elégie pareillement
Estoitdeson département.
Quand un Homme aide la cervelle,
Par tout il triomphe, il excelle,
Et vous paffastesdans ce rang,
Maistre d'Alexandrele Grand,
PourPoëte, Orateur, Botaniste,
Philosophe NAturaliste
Aureste,plusieurs Gens d'esprit,
Del'ArtPoëtique ont écrit,
Et donné carriers à leurs Plumes,
Pourfaire de sçavans Volumes,
Marquant par un travail si beau,
Qu'ilsfçavaientdusacréCoupeau
Que l'onvante au dessusdes nuës
Les Routes les plus inconnues.
Pour peuquel'onfaitstHdieux,
On en peut juger par lesyeux,
On aveu Zénon le Pitique,
Horacele Prince Lyrique,
Et Caton le Grammairien,
Autheurs qui raisonnementfort bien
Ecrire de l'ArtPoétique
D'unefaçonfort ItutentÍque.
Que l'on peut liresans danger..
Autant en afait Scaliger,
Ce Puitsdescience profonde,
Dont le nom voleparlemonde.
Varron, L'ornement des HNmll"inf,;.
Et lepinssçavant des Romains.
Ecrivit en Vers, non en Prose,
Sur l'essence de chaque chose,
Etsurd'autressujets, le tout du resse trouvé dugrandgoust.
Théonas employa sa plume
si composer un grandVolume
Surlasainte Religion
Dont nousfaisonsprofession,
Le tout en YerJ, le tout en Rime,
Et le tout paffè par la Lime.
L'admirable Sérapion,
GrandHommede biens ce dit-on, 1
Grand amateur de Poésie,
Se mit enteste, enf{lntaiJie
De mettre en Volumes divers
La Logique & Physique en Vers;
La Métaphysique & Morale,
Où par tout sa Minerve étale
De merveilleuxenseignemens,
Et de vertueux documens.
Guide, sçavant &fameux Prej/rt"
Quiparses Vers s'estfaitconnoistre
Ecrivit copieusfement
Sur l'un & l'autreTestament.
Le grand Prosper-tl,'AquitanieJ
Docteurd'un celestegénie,
Afait un Poëmeplein d'appas
Contre ces malheureux rats,,
Quinégligent de
reconnoistre
Lagrace dusouverain Maistre.
En effet, tarit son bonheur,
Qui néglige son Bienfaiteur.
Saint Fulgence, Homme de courage
Né d'un Sénateur de Catrhage,
Composa des Poëmes Chrestiens,
peuventservir de moyens
Poursournir de riches idées
Aux Ames de Dieu possedées
Saint Cyprien, nobleAffricairty
Quin'eutjamaisl'esprit taquin,
Mais dont famé tres-liberale
jilla d'une façon Royale
JrtfqHtl àprodiguerson [1IlIt.
Pour l'Estre qui tient le hautrang,,
Sur ce Poteau si vénérable,
Où par un crime abominable
Le Sauveur on crucifia.
Elégamment versisia.
LedocteFirmian LaBance,
Hommesansfaste&sans jaBance^
Eloquent comme un Cicéron,
Asur la Résurrection,
Etsurla Mort du Dieufait Homme
Ausujet d'une trisse Pomme,
Composé des Vers élegans,
Quoy que certains Extravagant
jlyent voulu, remplitde rage,
Donner atteinte a cet Ouvrage.
Victorin, nommél'Affricain,
Qui milleans avant Charles-quint;
( Prince que l'Histloire renomme)
Lisoit publiquement à Rome
'.Avec un applaudissement
Qui donnait de létonnement
Aux Esprits jaloux desaglpirr,
Chanta la mort & la viEieire
De cesseptFreres généreux,
De cessept Freres bienheureux,
Quiflgnalerentleurconfiance,
Leurbravoure & leur résistance,
Ensoufrant lefer &lefeu
Pour ladéfense du vray Dieu.
On les appelle Macchabées,
Par leurs images exhibées
Que dans le mondeenfaitcourir,
NIUsçavons tous qu'ilfaut mourir.
De SédulleEcossois, lesveilles
Ontproduit degrandes merveilles; unHymnefaitpourle Seigneur,
Ils'est accjuis beaucoup d'honneur,
Le tout en Vers comme en cadence.
A celuy-cyjoignons Prudence,
Quisuivantses pieux desseins
Afait Céloge desgrands Saints,
Et nom en a tracél'histoire,
Pour en remplirnostre mémfJirt).
-4fin qu'onimite en ces lieux
Ceux que Dieu récompense aux dense*
Si l'on meleveut bien permettre,
Je diray qu'en rime béxametre
Travailla legrandJuvencw,
Dont lesVersvaloientdes écus,
Etquefuries quatreEvangiles
Ses soins ont estéfort utiles.
Rien n'cft dans laperfection
Pluspurquesa Traduïiion.
A ceux-cy je dois joindreAlcimt3
Prélat célebre& magnanime,
Quifit la guerreaux Arriens
Parsaplume&ses entretiens.
Ajoutons encor DAmAJèene,
Unpeuplou.moderne qu'Arsene,
Damascene appelle le Grand,
Quiparmyles Drlan eut rang.
Cet Autheur, d'un air non profane,
Afait l'Histoire de Suzanne,
Etsolidement composé,
D'un espritcalme &reposé,
Certaines Regles Canoniques,
Le toutenbeaux Vers Iambiques,
Uilhtftre Diacre Aratory
Homme valantsonpesant d'or,
Et quiseulenvaloit dix autres,
Afait les Actes des Apostres,
Le toutenVersfort élégans.
On necraintpointlesOuragans,
Quand onse donne l'avantage
Deprofiterd'un telOuvrage.
Il n'estrien de mieux inventé,
Demieuxfait,demieuxconcerte.
Si l'on en croit Georges iAmboi{e,
QuelesHymnes de Saint Ambroise;
Dans nosjournaliers entretiens,
IIestlabouche des Chrestiens,
Et par luyl'Eglise s'explique
D'unesa,sonfort emphatique.
Nonne le Pentapolitain,
Homme devot, nonlibertin,
Employasonzèle&sonstile
A travaillersur l'Evangile
Du grandFvory du Sauveur,
Etfit ensuite avec ardeur
RoulersesVers &songénie
De/fusla Gigantomachie.
Quand on a l'espritexcegent,
Onse prévaut desontalent.
Nazianze, & legrand Boece,
Ont dans leurs Vers une tendrtJfr.
Dont les Esprits un peu bienfaits
Sefont trouvez, tres-satisfaits.
Je IAiffi les Poëtes profanes,
Perse Properce, Aristophanes,
Plante, Maron, State, Nazon,
Et l'Inventeur duVersScazon.
Lucain,danslevrayrienn'égale
Vostre incomparable Pbarfale.
SesVers quisont coulans&forts,
Surpaient le prix des TréflrJ.
Iln esr rien de mieuxfait,Lucrece,
Que et qui part de vostre adresse;
Etvostre Muse, un le voit bien,
A le tour Hélieonien.
Sur les bords du Rivage humide
DelaFontaineCaftalide,
Clauienfit desVerspompeux,
EmpfJulez., &sententieux,
Où l'on ne voitpoint de césure,
Mai$uniportablemtfure»
Juvenal n'a rien quede bon
Pour leJeune & pour le Barbon;
Etsansprofit l' on ne peut lire
Les maximes desasatire,
Puis qu'onyvoit le vray portrait
De tout ce
qu'aujourd'huy l'onfait
Pour l'avarice, pour l'envie,
Pour les desordres dela vie,
Pourl'ambiticn des honneurs,
Pourl'incontinence des moenrs,
Pour la fourbe d- la tromperie,
Pour le Vin,pour l'yvrognerie,
Pour les intrigues del'Amour;
Et pource qui touche la Cour.
Il est bien vray que ses manieres
Se trouvent un peu cavalieres,
Etpleines d'uneliberté
JQui hleffi unpeu l'honnesteté;
Mais apncs tout il est louable
Dans cet Ouvrageincomparables
D'avoir levice combattu,
Afin d'affermir la vertu.
D'Hésoidele grandgénie
Fut bonpeurlaThéogonie.
-
Homerefutfort estimé,
Et de beaucoup de Gensaimé,
Vourl'Odyssée& l'Iliade;
Mais ony voitparfois dufade,
Du bat,dufoible, du rampant; Ilsemble que c'est un Serpent,
Ouichâtiédesasuperbe,
Se traînecommeilpeutsurl'herbe.
Horace estoit un bon Vivant,
Quisa gDrgcArrojlitfowvfnt,'
Etse lavoitsouvent la bouche;
Aveccelason stile touche,
Et ria rien que de vigoureux.
Onvoudraitse rendre Chartreux,
Entendantsa Museseconde
Draper lesvanitez du monde.
Quieroiroitque le Verre en mAi",
JlillflruiJIit le Genre-humain?
Qui croirait que cet Homme aimable,
Le dos aufeu, le flemre à table,
Donnoit de modestesleçons
Tant aux Princes cqu'aux VoliJJênsf
Martial,sanssortir de gamme,
S.,st jetté JeffHI l'Epigrammc;
Maiscequi rend mauvaise odeur;
Il épargne peu la pudeur.
De Marelles,I'Favant en rime,
Abbé plein d'honneur & d'estimes
Comme un modesteTraducteur,
A rectifiécet Autheur,
Et voilé d'unchastesilence
Cequ'avoit produitl'insolence.
C'estainsiqu'unsçavant Chrestien
Corrige l'erreur d'un Payen.
Que vtu-i diray-je icy d'Ausone,
Si renommé dans chaqueZone,
Ce cher ornement de Bordeaux,
Qui par des Ouvragessi beaux,
Si pleins deforce & d'attrempance,
S'est distingué dans nostreFrance,
Etdont les merveilleux Centons
ValentdesBoisseaux de Testons,
Sinon que par sa Poejie.
Ilfait honneuràsa Patrie,
Et qu'ilinstruit les Ignorans?
Au reste, depuissix vingtans,
Et dans l'heureuxsiccleoùnoussommes,
Emile en braves &grandsHommes,
Plusïeurs ont ausacré Villon
Brigué lafaveur d'Apollon,
Et faitla couraux neufPucelles
Que le sçavoir rend toujours belles
Inégalpourtantfut lesort
De ceux quifirent cet effort.
Tout les OuvragesPoëtiques,
Soitferreux,foiehéroïques,
DeMoulinet & de Crétin,
Estoient unamas de frétin..
Q^ù nefutpointsuivy degloires
JLt n'en déplaise à la mémoire
De Marot) on ne trouve pas
Quesa Mufe eust degrands *pp*t,
Ny dit brillant, nonplus que celle
EtdeBaïf&dejodelle.
Mais on eut un respect nouveau
Pour les Vers tracez,par Belleau.
Du Bellay s'acquitl'avantage,
D'avoir la douceur en partage,
Aussi-bien que lafermeté,
La force, & la ViVdciré.
Bersaui eut le talent de plaire,
Cefut là fin vray caractere;
Oüy Bertaud,Evesque de Sés,
Quifut pointu jufsjua l'excés;
JVlaif ses rimes par tout connuës,
De bonsensfurentsoûtenuës.
Que diray-je encor? Du Bartas
JEtêt des Admirateurs à tas,
Et l'on vit des Gens à centaine
Lire jour& nuitsaSemaine
Dans un certain empressement
Quimarquoitleurentestement;
Jrfais ce qui paroissoit commode,
N'est plus maintenant àla mode.
Laissant cette antique beauté,
Chacun court à la nouveauté.
Voila quel est l'avertinnostre,
Vn objetendétruit un autre, Et ce qu'unsiecle toujoursfait,
Vnautresiecle le défait.
Cette vicissitude étrange
Fait que tout s'altere &se change.
C'estpour cette mesme raison
Que Saint Gelais hors desaison,
Seplaint quele tempsfait outrage
Au mérite arfin Ouvrage,
Et que les S çavans d'anjourd'huy
Nesesouviennentplusde luy.
Jiiaistjttefaire en cette occurrence?
Ilfaut s'armerde patience.
Ronsard, ce PoëteVandômois,
• Jivecson Pourpoint de Chamois,
Avecsa Culotte à la Smffei
Etsa Flambergesur lacuisse,
Fut le Prince des grands Rimeurs,
Etfitgagner les Imprimeurs,
,C.a--ronpoëttque ramage -,. Des Doctes obtint le suffrage.
Alors chacunsefit honneur,
Non d'aspirer à sonbonheur,
Maisd'imiterson caractere,
DouxJinsinuAnts &sincere,
Et lesnoblesexpressiens
Tiefes belles conceptions.
Aussiprenoit-onsonlangage
Pour la regle du bel ufacre; Jo Et lors que tjuelcju}unparlait mal,
Ondf'ok, ceftnn Animal,
'VnRnffôyue, un Sot, un Empuze,
Va-Cheval debast, une Buze,
UnHommesanssel &sans art,
Quidonne unsoufflet à Ronsard.
Ajoutez*a ce Personnage
Dautres Poëtes à grandfeüillage,
Lesçavant Abbéde Tyron,
BalzaC, Malherbe, duPerron,
.Bels,Boirrobert, Benserade,
Dont laverve ria rien defade,
Desyveteaux, Motin, Faret,
Sarrasin, la Serre, Loret,
Dtfmllrefts, Dalibray, Arolitre,
Pinchesne, Boileau, Furetiere,
Dandilly,Rotrou, Scudery,
De Racan, Contart, Monfleury
Dormy, Gombaud, de Malleville,
Jean Baudoüin, Maynard, & Douville,
Mairet,deSégrais, Pélisson,
Monsuron, Racine, Poisson,
Quinault, du Ryer, la Ménardiere;
Théophile, la Giraudiere,
Co£etet9 Tristan,Priézac,
Mainart, Scarron, Meziriac,
Chappelain,Cottin,Gomberville,
MefloMleJu Rgjïei, Diéreville,
Bordier, du Perrin, DassOucy,
Le Président Nkolieaussy,
Magnon, dont les dévots Ouvrages
Servent auxpécheurs commeauxsages,
Régnier,Saint Amant, Cerisy,
Dont lestile estpur & choisy,
Becçasse le devot Chanoine,
Pere Rappin, Pere le LVo:ne,
Chevreau, MIIllevAl, & Brêbeuf
Deschèneaux, Chappeton, Marbenf,
Yiondde Ctrlifers, Voiture,
Dont Pinchesne afait lapeinture,
Beauregard, Boursault, de Sentend,
Jtfagnin, de Lingendes, Montreüil
L'ingênieux de la Fontaine.
Qui•ri*me &raisonnesans peine
'Avec une fAcilité.
Qui, marquesonhabileté;
Et commesa plume efi amie
De la celebre Académie
Que l'Eloquencefaitfleurir,
Et qui le bonsensfaitmeurir, Ilvientdy rencontrersaplace,
Comme il la trouvait au Varnajfe*.
iln'est nulPalais, nulHostel,
Quinadmette unsçavant Mortel.
Prônons maintenant vos merveilles,
Doctes Freres,fameux Corneilles,
Qjj d un nombre infiny de Vers
Avez. enrichy l'Univers,
Comme axffi mainte & mainte étude,
Sans que la grande multitude
De tant de merveilleuxEcrits
En ait diminué le prix.
La dans chacune de vos Pieces
Lesplus fines delicatesses
Du belArt quifert a l'Amour,
PArtJiJfellt dans leurplus beau jour,
Soitdam vos graves Tragédies,
Soit dans vos chastes Comédies,
Dont le Public bien averty
S'est innocemment diverty;
Carquand un Homme afaitsa tâche, Ildemande unpeu de relâche;
Et quand illeprendsans pécher,
On nesçaurait l'en empescher,
A moins que dans un Monaflere
Ilprosesse une vit "uflere..
Maisparlons de cesage Duc,.
Aussiger.éreuxqueMonluc,
Qjm pour la Plume &pourl'Epée
Est un César,eftunPompée.
Peut-estre mesme il estplusgrand,
C'estl'illustre de SaintAignan.
Q»'on me traite deTurc a More,
Si du langage à mètrphore,
Q^ti d'Ovidefut le deduit.
Ce Duc n'estpleinement instruit;
Aussisa belle destinée
Jbji de nous donner chaque année
Denouvellesproductions
Deses belles refléxions.
Le tout riefl point Muse mourante,
Mais Ouvrage a plume courante,
D'unstileaussifort que l'airain,
Digne du Cédre&du Burin.
Jlsçait dansson Art Poëtique
Joindre le moderne à l'antique,
Et sçait parler comme jadis
Onparlolt du temps d'Amadis.
Veut-onrencontrerplHl de grace
Que.chezvont,Evefqutde GYlifeaVoê'tefacrèyfçavant
Godeau,
Qui nom levastes le rideau,
Et dévoilastesdesmysteres
Impénetrables à nos Peres!
Vosserventes expressions,
Vossublimes Traductions,
VYf admirables Paraphrases,
M'ontsouvent causé des extases,
Et m'ont rendu comme enchanté.
D'effet, &dans la vérité,
Une Musesage & modeste
Est un langage tout celeste;
Et les Dames de qualité,
Toutes pleines d'bonnesteté,
Avecque leurvertusevere,
Passent du Parnasse au Calvaire,
Et de la composition
A la belle dévotion,
Sans qù"enpuisseimputer à crime
Letemps qui se donne àla rime.
Fleurisse àjamais le belArt
Où les Sçavans ont tant depart,
Par quiles Hommes & les Anges
DugrandDieu chantent leslouanges
Fermer
Résumé : DE L'ORIGINE DE LA POESIE.
L'ouvrage de J'vir Bouchet, ancien curé de Nogent-le-Roy, examine l'origine des jeux poétiques, un art pratiqué depuis plus de deux mille ans avant Laon et un siècle avant Philon. Des figures historiques et bibliques telles que Moïse, David, Salomon, Job et Jérémie ont contribué à cet art. Le texte mentionne également des poètes grecs et romains comme Terpandre, Polymnestor, Alcée, Eschyle et Aristote, qui ont enrichi divers genres poétiques tels que les vers héroïques, les comédies, les tragédies et les dithyrambes. L'importance de la mesure et de la cadence en poésie est mise en avant, et une critique est adressée à ceux qui dénigrent la poésie sans la pratiquer. Le texte liste des philosophes, poètes et écrivains célèbres pour leurs contributions littéraires et scientifiques, incluant Alexandre le Grand, Horace, Caton et plusieurs saints. Ces figures ont écrit sur des sujets variés, allant de la religion à la botanique. Des poètes profanes comme Perse, Properce et Ovide sont également cités pour la qualité de leurs écrits. La critique littéraire des œuvres de divers poètes et écrivains est abordée, avec des mentions de Juvenal, Homère, Horace et Ronsard. Le texte évoque la succession des modes et des goûts littéraires, illustrant la nature éphémère de la renommée. Il célèbre l'éloquence et la sagesse, rendant hommage aux frères Corneille pour leurs tragédies et comédies, ainsi qu'à des figures comme le duc de Montausier et Godeau pour leurs contributions poétiques. Le texte se conclut en valorisant les dames de qualité et en souhaitant la pérennité des arts savants.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2
p. 81-88
SENTIMENS SUR LES QUESTIONS DU DERNIER EXTRAORDINAIRE.
Début :
Je réserve la suite de ce Traité pour le prochain Extraordinaire, / Quelle fortune est la plus satisfaisante en Amour, [...]
Mots clefs :
Questions, Réponses, Fortune, Amour, Amant, Service, Loisirs, Liberté, Obstacle, Honnête homme, Mort, Autel, Ami, Générosité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SENTIMENS SUR LES QUESTIONS DU DERNIER EXTRAORDINAIRE.
Le réferve lafuite de ce Traitépour
$2 Extraordinaire
Le prochain Extraordinaire , afin de
donner place aux autres Ouvrages qui
m'ont efté envoyez . Les Réponses que
vous allez lire aux dernieres Queftios.
qu'on a proposées , font de M Bouchet,
ancien Curé de Nogent- le- Roy.
SENTIMENS
SUR LES QUESTIONS
DU DERNIER EXTRAORDINAIRE
Quelle fortune eft la plus fatisfaifante
en Amour , celle d'un Amant dont
les foins font d'abord receus agreablement,
& prefque auffi - toft récompenfez
; ou le bonheur de celuy , qui,
apres avoir aimé quelque temps fans
efpérance , trouve enfin le coeur de fa
Maiftrelle fenfible:
UN
N Amant de plein faut qui reçoit
fonfalaire,
Et qui rencontre un coeur fenfible à fon
amour,
du Mercure Galant. 83.
A veritablement, & dés le premier jour,
Dequoyfe contenter, dequoy fefatisfaire ..
3
Il n'eft point aufilet, on l'écoute d'abord,
On calculefes pas, on comptefes fervices ;
Ileft payécomptant de l'innocent trafport
Qu'il marque envers l'objet de fes ch.res.
délices.
•
Là-deffus on l'eftime heureux,
Parce qu'en cet état tout répond à fes
voeux.
$3
Maisplus heureux dans ma pensée
Eft celuy qui n'y pensant pas,
Par celle dont fon coeur adore les appas
Voit fa flame récompensée,
Apres avoir long-temps vainementfoùpiré,
Fainement attendu, vainement efperé..
83
Certes on fait par la Science,
Quand on la confulte à loifir,
Comme auffi par l'expérience,
Qu'unplaifir qui furprend eft un doubleplaifir..
84
Extraordinaire
Si l'entiere liberté de fe voir , peur
long- temps entretenir l'amour
dans toute fa force.
O
Na beaufaire, on a beau dire,
Le Monde va toûjours fon trains
Tel aujourd'huy pleure & foûpire,
Quifans doute rira demain.
Nous endurons mille traverses
Par le flus & reflus des paſſions diverſes
Qui nous agitent chaque jour;
Deschofes d'icy-bas inconftante eft laface;
La tempefte fuit la bonace,
Labainefuccede à l'amour,
Si la difficultéfait naistre des miracles,
Et des coupsde Héros, qui charment les
Efprits,
De lafacilité de fe voirfans obftacles,
L'indiférence vient , on mefme le méprisi
ax
Du moins un Amant dans fa tâches .
AvecLesfoins & ſes hélas,
du Mercure Galant. $5
Infenfiblementfe relâche ,
Et nefait plus voir qu'un Hilas.
03
D'ailleurs, quandde la riche idée
D'un objet tout nouveau qui brille de
beauté,
L'amefe trouvepoffedée,
On tient rarement bon contre la nou
veauté;
Et ce qui paroiftfort étrange,
C'est qu'iln'eft rien qui foit baftant
De fixer un coeur inconſtant
Qui fefait un plaifirdu change.
Je veux cependant qu'un Amant
S'appligne à captiver la Beauté qu'il
adore,
Qu'il nommefon Soleil, qu'il nommefon
Aurore,
Son Aftre & fon contentement.
+3
Toutefois encor qu'il s'efforce
Demarquerfon amourjusqu'à l'empreffement,
86- Extraordinaire
Je dis qu'ilne peut nullement
Aimer toujours d'égaleforce
L'objet defon enteftement,
C'est une maxime averée,
Qu'un état violent n'eftjamais de durée.
Si un honnefte Homme eſt excufable
, d'eftre affez esclave
de fa paffion , pour aimer une
Perfonne qui le pouffe à faire
une lâcheté .
AImons jufqu'aux Autels en ce mortel
féjour,
N'entreprenons jamais que des faits légitimes,
On trouve des raisons pour excufer l'amour,
Mais l'on n'en trouve point pour excufer
des crimes.
83
Ainfi l'Homme eft inexcusable,
Qui pourflater la paffion
Qui fait fon inclination,
Devient lâche, & ſe rend coupable.
du Mercure Galant.
87
**
La complaifance eft juste, il est bon d'en
avoir;
Mais qui veut vivre avèque bienfeace,
Doit borner cette complaisance
Par les regles defondevoir.
83
Ainfi dans cette conjoncture
Que nous propofe le Mercure,
Qui travaille à noftre bonheur,
Ilfaut pour éviter tout reproche de vice,
Que l'Amour le cede à l'honneur,
Comme il le doit ceder à la Justice .
Un Homme en mourant a deux
Amis auprés de luy , il en fait
retirer un , parce que la préſence
l'afflige, & il fait demeurer l'autre
, parce que fa préfence le
confole . On demande lequel il
aime davantage .
Et Homme vers la mort quiporte fes
regards,
CE
(que,
Et quife voit bien- toft le butin de la Par
$8 Extraordinaire
A pour ses deux Amis de genéreux
égards,
Dont il donne à tous deux unefenfible
marque;
Maisfelon mon avis il a plus d'amitié
Pour celuy dont il vent l'abſence,
Puis qu'il ménage fa pitié,
En l'éloignant defa préſence.
$2 Extraordinaire
Le prochain Extraordinaire , afin de
donner place aux autres Ouvrages qui
m'ont efté envoyez . Les Réponses que
vous allez lire aux dernieres Queftios.
qu'on a proposées , font de M Bouchet,
ancien Curé de Nogent- le- Roy.
SENTIMENS
SUR LES QUESTIONS
DU DERNIER EXTRAORDINAIRE
Quelle fortune eft la plus fatisfaifante
en Amour , celle d'un Amant dont
les foins font d'abord receus agreablement,
& prefque auffi - toft récompenfez
; ou le bonheur de celuy , qui,
apres avoir aimé quelque temps fans
efpérance , trouve enfin le coeur de fa
Maiftrelle fenfible:
UN
N Amant de plein faut qui reçoit
fonfalaire,
Et qui rencontre un coeur fenfible à fon
amour,
du Mercure Galant. 83.
A veritablement, & dés le premier jour,
Dequoyfe contenter, dequoy fefatisfaire ..
3
Il n'eft point aufilet, on l'écoute d'abord,
On calculefes pas, on comptefes fervices ;
Ileft payécomptant de l'innocent trafport
Qu'il marque envers l'objet de fes ch.res.
délices.
•
Là-deffus on l'eftime heureux,
Parce qu'en cet état tout répond à fes
voeux.
$3
Maisplus heureux dans ma pensée
Eft celuy qui n'y pensant pas,
Par celle dont fon coeur adore les appas
Voit fa flame récompensée,
Apres avoir long-temps vainementfoùpiré,
Fainement attendu, vainement efperé..
83
Certes on fait par la Science,
Quand on la confulte à loifir,
Comme auffi par l'expérience,
Qu'unplaifir qui furprend eft un doubleplaifir..
84
Extraordinaire
Si l'entiere liberté de fe voir , peur
long- temps entretenir l'amour
dans toute fa force.
O
Na beaufaire, on a beau dire,
Le Monde va toûjours fon trains
Tel aujourd'huy pleure & foûpire,
Quifans doute rira demain.
Nous endurons mille traverses
Par le flus & reflus des paſſions diverſes
Qui nous agitent chaque jour;
Deschofes d'icy-bas inconftante eft laface;
La tempefte fuit la bonace,
Labainefuccede à l'amour,
Si la difficultéfait naistre des miracles,
Et des coupsde Héros, qui charment les
Efprits,
De lafacilité de fe voirfans obftacles,
L'indiférence vient , on mefme le méprisi
ax
Du moins un Amant dans fa tâches .
AvecLesfoins & ſes hélas,
du Mercure Galant. $5
Infenfiblementfe relâche ,
Et nefait plus voir qu'un Hilas.
03
D'ailleurs, quandde la riche idée
D'un objet tout nouveau qui brille de
beauté,
L'amefe trouvepoffedée,
On tient rarement bon contre la nou
veauté;
Et ce qui paroiftfort étrange,
C'est qu'iln'eft rien qui foit baftant
De fixer un coeur inconſtant
Qui fefait un plaifirdu change.
Je veux cependant qu'un Amant
S'appligne à captiver la Beauté qu'il
adore,
Qu'il nommefon Soleil, qu'il nommefon
Aurore,
Son Aftre & fon contentement.
+3
Toutefois encor qu'il s'efforce
Demarquerfon amourjusqu'à l'empreffement,
86- Extraordinaire
Je dis qu'ilne peut nullement
Aimer toujours d'égaleforce
L'objet defon enteftement,
C'est une maxime averée,
Qu'un état violent n'eftjamais de durée.
Si un honnefte Homme eſt excufable
, d'eftre affez esclave
de fa paffion , pour aimer une
Perfonne qui le pouffe à faire
une lâcheté .
AImons jufqu'aux Autels en ce mortel
féjour,
N'entreprenons jamais que des faits légitimes,
On trouve des raisons pour excufer l'amour,
Mais l'on n'en trouve point pour excufer
des crimes.
83
Ainfi l'Homme eft inexcusable,
Qui pourflater la paffion
Qui fait fon inclination,
Devient lâche, & ſe rend coupable.
du Mercure Galant.
87
**
La complaifance eft juste, il est bon d'en
avoir;
Mais qui veut vivre avèque bienfeace,
Doit borner cette complaisance
Par les regles defondevoir.
83
Ainfi dans cette conjoncture
Que nous propofe le Mercure,
Qui travaille à noftre bonheur,
Ilfaut pour éviter tout reproche de vice,
Que l'Amour le cede à l'honneur,
Comme il le doit ceder à la Justice .
Un Homme en mourant a deux
Amis auprés de luy , il en fait
retirer un , parce que la préſence
l'afflige, & il fait demeurer l'autre
, parce que fa préfence le
confole . On demande lequel il
aime davantage .
Et Homme vers la mort quiporte fes
regards,
CE
(que,
Et quife voit bien- toft le butin de la Par
$8 Extraordinaire
A pour ses deux Amis de genéreux
égards,
Dont il donne à tous deux unefenfible
marque;
Maisfelon mon avis il a plus d'amitié
Pour celuy dont il vent l'abſence,
Puis qu'il ménage fa pitié,
En l'éloignant defa préſence.
Fermer
Résumé : SENTIMENS SUR LES QUESTIONS DU DERNIER EXTRAORDINAIRE.
Le texte du 'Mercure Galant' examine les sentiments amoureux en comparant deux types de bonheur en amour. Le premier type concerne un amant dont les sentiments sont immédiatement reçus et récompensés, tandis que le second type concerne un amant qui, après une longue attente, voit finalement son amour réciproque. Le texte affirme que le plaisir inattendu est un double plaisir et que la liberté de se voir fréquemment peut conduire à l'indifférence. Le texte explore également la nature changeante des passions humaines et l'impact de la facilité d'accès sur l'amour. Il met en garde contre les excès de la passion qui peuvent mener à des actions répréhensibles et souligne l'importance de l'honneur et de la justice. Une anecdote illustre cette réflexion : un homme mourant montre plus d'amitié pour l'ami qu'il éloigne pour éviter de l'affliger, démontrant ainsi une marque de véritable considération. Cette histoire souligne la nécessité de préserver l'honneur et la justice même dans les moments de grande émotion.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer