Oeuvre commentée (1)
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1
p. 95-103
LETTRE, au sujet du Dictionnaire de Commerce DE SAVARY.
Début :
MONSIEUR, En lisant le Mercure du mois de Mai de cette année, nous y avons vu l'annonce [...]
Mots clefs :
Dictionnaire, Commerce, Édition étrangère, Public, Inexactitudes
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE, au sujet du Dictionnaire de Commerce DE SAVARY.
LETTRE , au sujet du Dictionnaire de
Commerce DE SAVARY.
MONSIEUR ,
En lifant le Mercure du mois de Mai
de cette année , nous y avons vù l'annonce
que vous faites d'une nouvelle
édition du Dictionnaire de Commerce
de Savary , à Copenhague , renfermant
beaucoup d'additions , & dont on trouve
, dites-vous , des ſouſcriptions chez
MM. Deffaint & Saillant , Libraires ,
rue S. Jean de Beauvais. Comme nous
jouiſſons du Privilège de l'Ouvrage de
Savary , & que nous ſommes occupés
depuis pluſieurs années à en préparer
une édition nouvelle , nous prenons
la liberté de vous adreſſer à ce
ſujet quelques réflexions que
vous prions d'inférer dans le Mercure
du mois prochain .
nous
Permettez-nous d'abord de vous faire
remarquer que l'annonce d'une édition
étrangère pour un Ouvrage françois ,
96 MERCURE DE FRANCE.
dont le Privilège appartient à un Libraire
du Royaume , eſt contraire aux
uſages conftamment ſuivis dans la
Librairie depuis ſon inſtitution. Vous
êtes trop équitable , Monfieur , pour
que nous penfions que vous ayez voulu
par vous-même donner atteinte à un
bien qui nous appartient , & dans la
jouiſſance duquel nous fommes maintenus
fans trouble par les Lettres de
Privilège que le ministère nous donne,
leſquelles ferment l'entrée du Royaume
à toute édition étrangère. Vous
avez pû ignorer que le Privilége du
Dictionnaire de Commerce nous appartenoit;
mais les perſonnes qui vous
ont fourni cet avis , ne l'ignoroient probablement
pas , & auroient dû vous le
faire ſçavoir. Ces mêmes perſonnes vous
ont trompé encore , en vous diſant
qu'on trouvoit des ſouſcriptions chez
MM. Deffaint & Saillant , Libraires
à Paris . Ces MM. nous ont afſuré qu'ils
n'avoient point de ſouſcriptions à fournir
, & qu'ils n'étoient point dans l'intention
de s'en charger ; & ils nous ont
même permis de rendre public le défaveu
qu'ils font de cette partie de l'Avis
inféré au Mercure.
Cependant , Monfieur , nous ofons
vous
JUIN. 1763 . 97
vous affurer que dans la crainte de priver
la Nation d'un Ouvrage utile , nous
ne réclamerions pas nos droits , fi les
éditions étrangères du Dictionnaire de
Savary étoient faites avec le ſoin que
paroît mériter un ouvrage de cette importance
, & fi nous ne travaillions pas
depuis plufieurs années à le rendre plus
digne d'être préſenté au Public.
On croira que le Dictionnaire de
Commerce ayant été commencé en
France & fous les yeux du Ministère ,
ne pouvoit guères prendre d'accroiffement
que dans le lieu où il avoit pris
naiſſance , & à l'aide des mêmes ſoins
auxquels on en avoit été redevable.
Le Dictionnaire de M. de Savary ,
a été fait ſous la protection & avec
le fecours du Gouvernement , d'aprés
des Mémoires nombreux, communiqués
par Meſſieurs les Intendans , par les
Inſpecteurs du Commerce , par les
Chefs de nos principales Manufactures ,
par nos Confuls dans les principales villes
de Commerce de l'Europe &c. Comment
des Etrangers dépourvus de tous
ces fecours , auroient- ils pu fuivre le
même travail avec ſuccès , corriger les
fautes qu'on a dû faire , remplir les vuides
qu'on a dû laiſſer néceſſairement
dans un premier éffai ?
E
98 MERCURE DE FRANCE .
Quoique le Dictionnaire de Commerce
foit utile à des Négocians étrangers
, & qu'on puiffe à certains égards
le regarder comme Univerſel , il faut
cependant convenir qu'il eſt encore plus
national qu'étranger , & plus fait pour
l'inſtruction de nos Concitoyens , que
pour celle des autres Nations. Or eft- ce
à des Etrangers à nous inſtruire de ce
qui ſe paſſe chez nous , des loix par
leſquelles le Commerce eſt conduit en
France , de l'état de nos Manufactures,
de la nature & de la quantité de nos
importations & exportations , & c , &
de cette multitude immenſe d'autres
détails relatifs à la France , & qui ne
peuvent être bien connus que parmi
nous ?
Mais cette préſomption peu favorable
aux Editions étrangères ſe change en
une entiere certitude , lorſqu'on voit
combien les Editions de Genève & celle
de Coppenhague que vous annoncez
font défectueuſes & peu propres à remplir
l'attente du Public.
Dans l'Edition de Genève , le petit
nombre d'additions & de corrections
qu'on y a faites ne ſont relatives qu'à
elle l'Hiſtoire Naturelle : à cela près ,
ne contient que le Texte de Savary
JUI N. 1763 . 99
avec toutes les fautes qu'on y a remarquées
dès l'origine. On y a confervé
tous les détails que Savary donne
de l'état du Commerce , malgré les
changemens furvenus depuis l'époque
à laquelle écrivoit cet Auteur , c'eſt-àdire
,depuis le commencement du Siécle.
On n'y a fait entrer aucun de ces
Articles généraux concernant l'adminiftration
du Commerce , comme Manufactures
, Liberté du Commerce, Luxe,
Crédit , Circulations Colonies , &c.
&c. &c. En un mot , toutes les raiſons
qui peuvent faire regarder l'ancien Savary
comme inſuffifant , ſont exactement
applicables à l'Edition de Genêve,
qui ne différe que fort peu de l'ancienne
, & dans des choſes tout-à-fait étrangères
à l'objet du Commerce.
,
On ne peut pas juger l'Edition de
Coppenhague plus favorablement : on
y retrouve toutes les omiffions , toutes
les inéxactitudes de l'ancien Savary .
Quant aux additions , elles confiftent
1º. dans les détails d'Hiſtoire Naturelle
dont on avoit groſſi l'Edition de Genêve
, & qui font ſi étrangers au Commerce
: 2 °. Dans les Articles tranfcrits
mot à mot de l'Encyclopédie , & dans
un petit nombre d'autres copiés du
E ij
100 MERCURE DE FRANCE .
Journal de Commerce , du Journal economique
, de la Matière médicale de
M. Geoffroi , & de la Minéralogie de
Wallerius & d'Henctiel.
Nous n'avançons rien ici dont nous
ne ſoyons afſurés d'après un relevé &
une comparaiſon exacte des Editions
de Paris 1748 , de Genève & de Coppenhague.
Et pour en donner une preuve
complette , nous allons préſenter aux
Lecteurs un tableau plus détaillé de ces
additions .
Les changemens & les additions du
Dictionnaire de Coppenhague comparé
à l'Edition de Genève , confiftent en
deux mille articles environ . De ces deux
mille articles , près de quinze cent font
tirés des ſept premiers volumes de l'Encyclopédie
, & ſe trouvent dans les
deux premiers volumes , & dans une
partie du troifiéme de l'Edition de Cop
penhague. Il eſt affez étrange qu'on aille
copier fervilement un Ouvrage auffi
connu & auffi répandu.
Mais il y a plus. 1º. Ces articles empruntés
de l'Encyclopédie font pour la
plupart abfolument étrangers au Dictionnaite
de Commerce , comme des
articles concernant le méchaniſme des
Arts & l'Histoire Naturelle . 2°. Une
JUIN. 1763 . 101
grande partie de ces articles étoient tirés
de Savary même , placés dans l'Encyclopédie
avec des changemens trèslégers.
3°. Ce plagiat des Editeurs de
Coppenhague rend leur Ouvrage inégal
depuis l'A juſqu'au G incluſivement ,
c'est-à-dire en ſept lettres , il y a quinze
cens articles ajoutés ou changés,& deux
volumes & demi ; tandis que depuis l'H
juſqu'auZ, c'est-à-dire en ſeize lettres de
l'Alphabet , il n'y a que cinq cent Articles
environ , & un volume & demi
feulement. 4°. L'Encyclopédie d'où l'on
a tiré ces additions n'étant pas achevée,
les Articles que les Editeurs de Coppenhague
en ont empruntés ne forment
pas à beaucoup près un corps complet
de doctrine & de principes .
5°. Ces mêmes Articles ſont continuellement
en contradiction avec ceux
d'après leſquels le reſte du Dictionnaire
eſt fait. Par exemple : on lit à l'Article
COMMUNAUTÉS , que ces corps ont des
loix particulieres qui ſont prèſque toutes
opposées au bien général ; que leur
établiſſement affoiblit la concurrence, le
premier principe du Commerce
Dans l'Article COMPAGNIES DE Cом-
,
&c.
MERCE , on dit d'après M. Child , que
les Compagnies nefont pa capables
pas
de
1
Elij
102 MERCURE DE FRANCE.
conferver ou d'accroître une branche de
Commerce ; qu'elles cauſent ſouvent des
pertes à la Nation ; qu'on peut s'en
paffer pour étendre le Commerce , &c.
Tandis qu'en d'autres endroits on trouve
que les octrois que reçoivent les Compagnies
des Princes leurs Souverains
font la bafe & l'appui des plus grands
Commerces , & fontfleurir les Etats , & c .
(Voyez la Préface & une infinité d'autres
endroits. )
6°. On a négligé de confulter les
meilleures ſources : Melon , Cantillon ,
Hume , Child , Jean de With , le Négociant
Anglois , & les Ouvrages Anglois.
7°. Dans les additions qu'on a tirées
de quelques autres Ouvrages , les Editeurs
de Coppenhague ont recueilli pref
que toujours des morceaux étrangers
au Commerce.C'eſt ainſi qu'ils ont tranfcrit
beaucoup d'endroits de la Minéralogie
de Walerius & de celle de
Henctiel.
Tel eſt , Monfieur , le jugement que
portent des perſonnes inſtruites des éditions
étrangeres du Dictionnaire de
Commerce, & en particulier de celle que
vous annoncez. Si nous avions voulu
imiter les Editeurs de Genêve & de Cop
JUIN. 1763 . 103
penhague , & ne donner comme eux
que l'ancien Ouvrage avec quelques
additions peu importantes ou étrangères
à l'objet du Commerce , fi nous ne
nous étions pas propoſé de donner une
édition véritablement corrigée & augmentée
, d'y répandre les vrais principes
du Commerce que Savary n'a pas connus
, & de rendre en un mot cet Ouvrage
digne d'être offert au Public, nous
ne nous ferions pas laiſſé prévenir par
les Libraires étrangers. Mais pour remplir
nos vues à cet égard, il nous a fallu
des foins , de la dépenſe , & furtout
du temps.
Nous nous flatons que le Public
attendra avec un peu de patience la
fin d'un travail néceſſairement long ,
mais dont nous voyons le terme s'approcher.
Nous comptons publier le
Profpectus de notre nouvelle édition
dans le courant de l'année prochaine ,
& mettre tout de ſuite ſous preffe.
Nous avons l'honneur d'être &c .
Les Frères ESTIENNE ,
Libraires , rue S. Jacques.
A Paris ce 10 Mai 1763 .
Commerce DE SAVARY.
MONSIEUR ,
En lifant le Mercure du mois de Mai
de cette année , nous y avons vù l'annonce
que vous faites d'une nouvelle
édition du Dictionnaire de Commerce
de Savary , à Copenhague , renfermant
beaucoup d'additions , & dont on trouve
, dites-vous , des ſouſcriptions chez
MM. Deffaint & Saillant , Libraires ,
rue S. Jean de Beauvais. Comme nous
jouiſſons du Privilège de l'Ouvrage de
Savary , & que nous ſommes occupés
depuis pluſieurs années à en préparer
une édition nouvelle , nous prenons
la liberté de vous adreſſer à ce
ſujet quelques réflexions que
vous prions d'inférer dans le Mercure
du mois prochain .
nous
Permettez-nous d'abord de vous faire
remarquer que l'annonce d'une édition
étrangère pour un Ouvrage françois ,
96 MERCURE DE FRANCE.
dont le Privilège appartient à un Libraire
du Royaume , eſt contraire aux
uſages conftamment ſuivis dans la
Librairie depuis ſon inſtitution. Vous
êtes trop équitable , Monfieur , pour
que nous penfions que vous ayez voulu
par vous-même donner atteinte à un
bien qui nous appartient , & dans la
jouiſſance duquel nous fommes maintenus
fans trouble par les Lettres de
Privilège que le ministère nous donne,
leſquelles ferment l'entrée du Royaume
à toute édition étrangère. Vous
avez pû ignorer que le Privilége du
Dictionnaire de Commerce nous appartenoit;
mais les perſonnes qui vous
ont fourni cet avis , ne l'ignoroient probablement
pas , & auroient dû vous le
faire ſçavoir. Ces mêmes perſonnes vous
ont trompé encore , en vous diſant
qu'on trouvoit des ſouſcriptions chez
MM. Deffaint & Saillant , Libraires
à Paris . Ces MM. nous ont afſuré qu'ils
n'avoient point de ſouſcriptions à fournir
, & qu'ils n'étoient point dans l'intention
de s'en charger ; & ils nous ont
même permis de rendre public le défaveu
qu'ils font de cette partie de l'Avis
inféré au Mercure.
Cependant , Monfieur , nous ofons
vous
JUIN. 1763 . 97
vous affurer que dans la crainte de priver
la Nation d'un Ouvrage utile , nous
ne réclamerions pas nos droits , fi les
éditions étrangères du Dictionnaire de
Savary étoient faites avec le ſoin que
paroît mériter un ouvrage de cette importance
, & fi nous ne travaillions pas
depuis plufieurs années à le rendre plus
digne d'être préſenté au Public.
On croira que le Dictionnaire de
Commerce ayant été commencé en
France & fous les yeux du Ministère ,
ne pouvoit guères prendre d'accroiffement
que dans le lieu où il avoit pris
naiſſance , & à l'aide des mêmes ſoins
auxquels on en avoit été redevable.
Le Dictionnaire de M. de Savary ,
a été fait ſous la protection & avec
le fecours du Gouvernement , d'aprés
des Mémoires nombreux, communiqués
par Meſſieurs les Intendans , par les
Inſpecteurs du Commerce , par les
Chefs de nos principales Manufactures ,
par nos Confuls dans les principales villes
de Commerce de l'Europe &c. Comment
des Etrangers dépourvus de tous
ces fecours , auroient- ils pu fuivre le
même travail avec ſuccès , corriger les
fautes qu'on a dû faire , remplir les vuides
qu'on a dû laiſſer néceſſairement
dans un premier éffai ?
E
98 MERCURE DE FRANCE .
Quoique le Dictionnaire de Commerce
foit utile à des Négocians étrangers
, & qu'on puiffe à certains égards
le regarder comme Univerſel , il faut
cependant convenir qu'il eſt encore plus
national qu'étranger , & plus fait pour
l'inſtruction de nos Concitoyens , que
pour celle des autres Nations. Or eft- ce
à des Etrangers à nous inſtruire de ce
qui ſe paſſe chez nous , des loix par
leſquelles le Commerce eſt conduit en
France , de l'état de nos Manufactures,
de la nature & de la quantité de nos
importations & exportations , & c , &
de cette multitude immenſe d'autres
détails relatifs à la France , & qui ne
peuvent être bien connus que parmi
nous ?
Mais cette préſomption peu favorable
aux Editions étrangères ſe change en
une entiere certitude , lorſqu'on voit
combien les Editions de Genève & celle
de Coppenhague que vous annoncez
font défectueuſes & peu propres à remplir
l'attente du Public.
Dans l'Edition de Genève , le petit
nombre d'additions & de corrections
qu'on y a faites ne ſont relatives qu'à
elle l'Hiſtoire Naturelle : à cela près ,
ne contient que le Texte de Savary
JUI N. 1763 . 99
avec toutes les fautes qu'on y a remarquées
dès l'origine. On y a confervé
tous les détails que Savary donne
de l'état du Commerce , malgré les
changemens furvenus depuis l'époque
à laquelle écrivoit cet Auteur , c'eſt-àdire
,depuis le commencement du Siécle.
On n'y a fait entrer aucun de ces
Articles généraux concernant l'adminiftration
du Commerce , comme Manufactures
, Liberté du Commerce, Luxe,
Crédit , Circulations Colonies , &c.
&c. &c. En un mot , toutes les raiſons
qui peuvent faire regarder l'ancien Savary
comme inſuffifant , ſont exactement
applicables à l'Edition de Genêve,
qui ne différe que fort peu de l'ancienne
, & dans des choſes tout-à-fait étrangères
à l'objet du Commerce.
,
On ne peut pas juger l'Edition de
Coppenhague plus favorablement : on
y retrouve toutes les omiffions , toutes
les inéxactitudes de l'ancien Savary .
Quant aux additions , elles confiftent
1º. dans les détails d'Hiſtoire Naturelle
dont on avoit groſſi l'Edition de Genêve
, & qui font ſi étrangers au Commerce
: 2 °. Dans les Articles tranfcrits
mot à mot de l'Encyclopédie , & dans
un petit nombre d'autres copiés du
E ij
100 MERCURE DE FRANCE .
Journal de Commerce , du Journal economique
, de la Matière médicale de
M. Geoffroi , & de la Minéralogie de
Wallerius & d'Henctiel.
Nous n'avançons rien ici dont nous
ne ſoyons afſurés d'après un relevé &
une comparaiſon exacte des Editions
de Paris 1748 , de Genève & de Coppenhague.
Et pour en donner une preuve
complette , nous allons préſenter aux
Lecteurs un tableau plus détaillé de ces
additions .
Les changemens & les additions du
Dictionnaire de Coppenhague comparé
à l'Edition de Genève , confiftent en
deux mille articles environ . De ces deux
mille articles , près de quinze cent font
tirés des ſept premiers volumes de l'Encyclopédie
, & ſe trouvent dans les
deux premiers volumes , & dans une
partie du troifiéme de l'Edition de Cop
penhague. Il eſt affez étrange qu'on aille
copier fervilement un Ouvrage auffi
connu & auffi répandu.
Mais il y a plus. 1º. Ces articles empruntés
de l'Encyclopédie font pour la
plupart abfolument étrangers au Dictionnaite
de Commerce , comme des
articles concernant le méchaniſme des
Arts & l'Histoire Naturelle . 2°. Une
JUIN. 1763 . 101
grande partie de ces articles étoient tirés
de Savary même , placés dans l'Encyclopédie
avec des changemens trèslégers.
3°. Ce plagiat des Editeurs de
Coppenhague rend leur Ouvrage inégal
depuis l'A juſqu'au G incluſivement ,
c'est-à-dire en ſept lettres , il y a quinze
cens articles ajoutés ou changés,& deux
volumes & demi ; tandis que depuis l'H
juſqu'auZ, c'est-à-dire en ſeize lettres de
l'Alphabet , il n'y a que cinq cent Articles
environ , & un volume & demi
feulement. 4°. L'Encyclopédie d'où l'on
a tiré ces additions n'étant pas achevée,
les Articles que les Editeurs de Coppenhague
en ont empruntés ne forment
pas à beaucoup près un corps complet
de doctrine & de principes .
5°. Ces mêmes Articles ſont continuellement
en contradiction avec ceux
d'après leſquels le reſte du Dictionnaire
eſt fait. Par exemple : on lit à l'Article
COMMUNAUTÉS , que ces corps ont des
loix particulieres qui ſont prèſque toutes
opposées au bien général ; que leur
établiſſement affoiblit la concurrence, le
premier principe du Commerce
Dans l'Article COMPAGNIES DE Cом-
,
&c.
MERCE , on dit d'après M. Child , que
les Compagnies nefont pa capables
pas
de
1
Elij
102 MERCURE DE FRANCE.
conferver ou d'accroître une branche de
Commerce ; qu'elles cauſent ſouvent des
pertes à la Nation ; qu'on peut s'en
paffer pour étendre le Commerce , &c.
Tandis qu'en d'autres endroits on trouve
que les octrois que reçoivent les Compagnies
des Princes leurs Souverains
font la bafe & l'appui des plus grands
Commerces , & fontfleurir les Etats , & c .
(Voyez la Préface & une infinité d'autres
endroits. )
6°. On a négligé de confulter les
meilleures ſources : Melon , Cantillon ,
Hume , Child , Jean de With , le Négociant
Anglois , & les Ouvrages Anglois.
7°. Dans les additions qu'on a tirées
de quelques autres Ouvrages , les Editeurs
de Coppenhague ont recueilli pref
que toujours des morceaux étrangers
au Commerce.C'eſt ainſi qu'ils ont tranfcrit
beaucoup d'endroits de la Minéralogie
de Walerius & de celle de
Henctiel.
Tel eſt , Monfieur , le jugement que
portent des perſonnes inſtruites des éditions
étrangeres du Dictionnaire de
Commerce, & en particulier de celle que
vous annoncez. Si nous avions voulu
imiter les Editeurs de Genêve & de Cop
JUIN. 1763 . 103
penhague , & ne donner comme eux
que l'ancien Ouvrage avec quelques
additions peu importantes ou étrangères
à l'objet du Commerce , fi nous ne
nous étions pas propoſé de donner une
édition véritablement corrigée & augmentée
, d'y répandre les vrais principes
du Commerce que Savary n'a pas connus
, & de rendre en un mot cet Ouvrage
digne d'être offert au Public, nous
ne nous ferions pas laiſſé prévenir par
les Libraires étrangers. Mais pour remplir
nos vues à cet égard, il nous a fallu
des foins , de la dépenſe , & furtout
du temps.
Nous nous flatons que le Public
attendra avec un peu de patience la
fin d'un travail néceſſairement long ,
mais dont nous voyons le terme s'approcher.
Nous comptons publier le
Profpectus de notre nouvelle édition
dans le courant de l'année prochaine ,
& mettre tout de ſuite ſous preffe.
Nous avons l'honneur d'être &c .
Les Frères ESTIENNE ,
Libraires , rue S. Jacques.
A Paris ce 10 Mai 1763 .
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Résumé : LETTRE, au sujet du Dictionnaire de Commerce DE SAVARY.
La lettre traite de la publication d'une nouvelle édition du 'Dictionnaire de Commerce' de Savary à Copenhague, annoncée dans le Mercure de mai 1763. Les auteurs, détenteurs du privilège en France, expriment leur préoccupation face à cette édition étrangère, estimant qu'elle contredit les usages de la librairie française. Ils précisent que les libraires parisiens mentionnés, MM. Deffaint & Saillant, n'ont pas de souscriptions à fournir pour cette édition et désapprouvent l'annonce. Les auteurs soulignent que les éditions étrangères risquent de manquer de qualité et de précision, car le dictionnaire a été créé en France avec le soutien du gouvernement et des contributions de diverses autorités françaises. Ils critiquent les éditions existantes de Genève et de Copenhague, les jugeant défectueuses et inadaptées. L'édition de Genève contient peu d'ajouts pertinents et conserve des erreurs anciennes, tandis que celle de Copenhague ajoute des informations superficielles sur l'histoire naturelle et des extraits d'autres ouvrages sans rapport direct avec le commerce. L'édition de Copenhague comprend environ deux mille articles supplémentaires, dont près de quinze cents proviennent des sept premiers volumes de l'Encyclopédie. Ces ajouts sont souvent étrangers au sujet principal du dictionnaire et proviennent parfois des œuvres de Savary avec des modifications mineures. Cette pratique de plagiat rend l'ouvrage inégal et incohérent. Les éditeurs de Copenhague ont également négligé de consulter des sources majeures comme Melon, Cantillon, Hume, et Child. Les auteurs concluent en affirmant leur intention de publier une édition corrigée et augmentée du dictionnaire, intégrant les vrais principes du commerce, et annoncent la publication prochaine du prospectus de cette nouvelle édition.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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