Oeuvre commentée (4)
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Détail
Liste
Résultats : 4 texte(s)
1
p. 2149-2154
LETTRE écrite à Madame Meheul, Auteur de l'Histoire d'Emilie, ou des Amours de Mlle de...
Début :
Je vous envoye, Madame, le Livre que vous avez eu la bonté de me prêter [...]
Mots clefs :
Histoire d'Émilie, Ouvrage, Éloge, Auteurs, Princesse de Clèves
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite à Madame Meheul, Auteur de l'Histoire d'Emilie, ou des Amours de Mlle de...
LETTRE écrite à Madame Meheul ,
Auteur de l'Histoire d'Emilie , ou des
Amours de Mlle de...
J
E vous envoye Madame , le Livre.
que vous avez eu la bonté de me prêter , je l'ai lû deux fois avec un plaisir et
une avidité qu'il seroit bien difficile d'ex
primer. Je n'ai guére vû d'Ouvrage en ce
genre , mieux écrit et plus interessant.
Le sujet en est parfaitement bien conçû
et bien conduit ; le dénoüement ( écüeil
ordinaire de la plupart des Auteurs ) est
très-heureusement amené ; le stile en est
bien varié , serré et rapide : les Caracteres
bién marquez et bien soutenus , on peut
dire même qu'il y a beaucoup d'expressions neuves ou heureusement hazardées ,
d'Antitheres et de Sentences fort justes.
>
L'action est simple , et entierement dégagée de ces ornemens monstrueux , de
ce merveilleux et de ces aventures extraordinaires qui ne trouvent aucune
créance dans l'esprit , et qui sont la ressource ordinaire d'un génie borné , comme l'a fort bien remarqué le plus grand
Auteur tragique que nous ayons eu. AmuCiij Scr
2150 MERCURE DE FRANCE
ser agréablement l'esprit , émouvoir , interesser et attendrir le cœur , par le tour
heureux des pensées et de l'expression ;
par la varieté et la beauté des Images , la noblesse et l'élévation des sentimens ; voilà le dernier effort de l'esprit humain
c'est aussi par-là que vous avez excellé.
Si tant de beautez ne sont que des coups
d'essais , que ne doit- on donc pas attendre de vous , Madame , dans la suite. Cette considération me conduiroit naturellement à faire ici l'éloge de votre Livre
mais plus la matiere est belle , et moins
je dois l'entreprendre , les loüanges que
mérite ce bel ouvrage sont trop au- dessus
de ma portée. Ainsi , je me bornerai seulement à m'acquitter de la promesse que
je vous ai faite , de vous rendre compte des jugemens divers que le Public
sur cet Ouvrage.
>
›
porte
Ne vous flattez pas, Madame,d'une appro
bation universelle , jamais aucun Auteur
n'a joui de cet avantage , Homere , Virgile , Corneille , Racine et Despreaux , ont
eu leurs Censeurs , vous avez aussi les vôtres. Je pense même qu'il est avantageux
qu'il y ait des Critiques. Boileau , cet
Horace Moderne , ce fameux satirique ,
qui a critiqué tant d'Auteurs , n'a pas
feint de dire qu'il étoit redevable à ses
enne
OCTOBRE. 1732. 2151
ennemis même , d'une partie de la répu
tation qu'il s'étoit acquise , en le relevanc
de quantité de fautes dont il ne s'appercevoit point. D'ailleurs , c'est un grand préjugé pour la réussite d'un Livre , que cet
acharnement que les Critiques font paroftre pour le décrier ; un Ouvrage médiocre n'excite guére la mauvaise humeur
d'un Censeur , il tombe de lui- même parce qu'aucun mérite ne le soûtient ; au contraire , un bon Ouvrage triomphe tôt ou
tard de la malignité de ses ennemis , réünit en sa faveur tous les suffrages , et fait
benir dans la Posterité la plus reculée la
mémoire et le nom de son Auteur.
Tel sera , Madame , le sort d'Emilie
son vrai mérite et ses rares beautez feront
taire la critique et l'envie ; sûre de l'estime publique , elle partagera avec justice
les applaudissemens que l'on ne se lasse
point de donner à Zaïde et à la Princesse
de Cléves. Votre nom , Madame , sera
porté par la Renommée au Temple de
Mémoire , et placé à côté de ceux de ces
Dames sçavantes qui ont illustré par leurs
doctes Ecrits la République des Lettres.
Mais que fais-je ? je tombe insensiblement
dans l'inconvenient que je voulois éviter ,
ceci ne sent- il pas un peu trop le Panegytique ? quelle témerité ! mais , Madame
Cij jc
2152 MERCURE DE FRANCE
je suis sincere , et de quelque façon que
je m'exprime , mon cœur n'écoute plus
rien , lorsqu'il s'agit de rendre justice au
vrai. J'espere , Madame , que vous me
pardonnerez mon écart en faveur de cette
consideration ; je reviens aux jugemens
que l'on fait de votre Livre , permettezmoi de commencer par vos Critiques.
Dès que l'on est informé que l'amour
d'Emilie pour M. de S. Hillaire n'est
qu'une feinte , l'esprit n'est plus occupé
>
ils
rien , il ne s'interesse plus à rien , ce
vuide est rempli par de longues conversations qui ennuyent extrêmement le Lecteur. Les Amours de votre Heroïne et du
Comte viennent trop subitement
sont toujours remplis d'allarmes et de
plaintes lorsque rien ne semble les traverser ; on vous accuse aussi d'avoir trop fait
mourir de personnes sans aucune utilité
pour votre sujet. A l'égard du pauvre
M. de S. Hillaire , chacun est surpris que
vous ayez si peu menagé sa réputation ;
on est , dit-on , scandalisé de le voir si
maltraité par Emilie après son Escapade ;
vous deviez lui donner des sentimens
plus humains dans sa situation présente
et faire connoître à vos Lecteurs , que si
Emilie ne payoit pas de sa main les importans services qu'elle avoue avoir reçû
de
OCTOBRE. 1732 2153
de M. de S. Hillaire , c'est qu'elle ne se
croyoit plus digne de lui . Enfin , on vous
reproche d'avoir rapporté les affreux exemples de Julie , de Faustine , et de Marie
de Valois , comme très - pernicieux pour
une jeunesse , à qui on doit toujours exposer des exemples de vertu plutôt que
ceux du libertinage.
Voilà , Madame , les principaux chefs
de critiques que l'on vous objecte ; au
reste , tout le monde en general vous
rend toute la justice qui vous est dûë , et
ces éloges à cet égard ne peuvent être ni
plus flateurs , ni plus complets.
Il ne me reste plus , Madame , qu'à
vous demander pardon d'avoir gardé votre Livre si long- tems ; deux ou trois
personnes ausquelles j'en avois fait un
rapport avantageux ont marqué tant
d'empressement pour le voir , queje n'ai
pas pû me dispenser de le leur prêter ; ma
déference n'est pas demeurée sans fruit
j'ai eu la satisfaction de me voir comblé
de remerciemens par ces mêmes personnes , pour leur avoir procuré la lecture
d'un Livre qui leur a fait , m'ont-ils dit ,
un plaisir infini. J'avoue que je finis ma
Lettre par où je la devois commencer ;
quelle transposition , ou plutôt quelle Cv faute
2154 MERCURE DE FRANCE
faute de jugement , oserois-je aprés cela
vous dire que je suis , &c.
C ***.
Auteur de l'Histoire d'Emilie , ou des
Amours de Mlle de...
J
E vous envoye Madame , le Livre.
que vous avez eu la bonté de me prêter , je l'ai lû deux fois avec un plaisir et
une avidité qu'il seroit bien difficile d'ex
primer. Je n'ai guére vû d'Ouvrage en ce
genre , mieux écrit et plus interessant.
Le sujet en est parfaitement bien conçû
et bien conduit ; le dénoüement ( écüeil
ordinaire de la plupart des Auteurs ) est
très-heureusement amené ; le stile en est
bien varié , serré et rapide : les Caracteres
bién marquez et bien soutenus , on peut
dire même qu'il y a beaucoup d'expressions neuves ou heureusement hazardées ,
d'Antitheres et de Sentences fort justes.
>
L'action est simple , et entierement dégagée de ces ornemens monstrueux , de
ce merveilleux et de ces aventures extraordinaires qui ne trouvent aucune
créance dans l'esprit , et qui sont la ressource ordinaire d'un génie borné , comme l'a fort bien remarqué le plus grand
Auteur tragique que nous ayons eu. AmuCiij Scr
2150 MERCURE DE FRANCE
ser agréablement l'esprit , émouvoir , interesser et attendrir le cœur , par le tour
heureux des pensées et de l'expression ;
par la varieté et la beauté des Images , la noblesse et l'élévation des sentimens ; voilà le dernier effort de l'esprit humain
c'est aussi par-là que vous avez excellé.
Si tant de beautez ne sont que des coups
d'essais , que ne doit- on donc pas attendre de vous , Madame , dans la suite. Cette considération me conduiroit naturellement à faire ici l'éloge de votre Livre
mais plus la matiere est belle , et moins
je dois l'entreprendre , les loüanges que
mérite ce bel ouvrage sont trop au- dessus
de ma portée. Ainsi , je me bornerai seulement à m'acquitter de la promesse que
je vous ai faite , de vous rendre compte des jugemens divers que le Public
sur cet Ouvrage.
>
›
porte
Ne vous flattez pas, Madame,d'une appro
bation universelle , jamais aucun Auteur
n'a joui de cet avantage , Homere , Virgile , Corneille , Racine et Despreaux , ont
eu leurs Censeurs , vous avez aussi les vôtres. Je pense même qu'il est avantageux
qu'il y ait des Critiques. Boileau , cet
Horace Moderne , ce fameux satirique ,
qui a critiqué tant d'Auteurs , n'a pas
feint de dire qu'il étoit redevable à ses
enne
OCTOBRE. 1732. 2151
ennemis même , d'une partie de la répu
tation qu'il s'étoit acquise , en le relevanc
de quantité de fautes dont il ne s'appercevoit point. D'ailleurs , c'est un grand préjugé pour la réussite d'un Livre , que cet
acharnement que les Critiques font paroftre pour le décrier ; un Ouvrage médiocre n'excite guére la mauvaise humeur
d'un Censeur , il tombe de lui- même parce qu'aucun mérite ne le soûtient ; au contraire , un bon Ouvrage triomphe tôt ou
tard de la malignité de ses ennemis , réünit en sa faveur tous les suffrages , et fait
benir dans la Posterité la plus reculée la
mémoire et le nom de son Auteur.
Tel sera , Madame , le sort d'Emilie
son vrai mérite et ses rares beautez feront
taire la critique et l'envie ; sûre de l'estime publique , elle partagera avec justice
les applaudissemens que l'on ne se lasse
point de donner à Zaïde et à la Princesse
de Cléves. Votre nom , Madame , sera
porté par la Renommée au Temple de
Mémoire , et placé à côté de ceux de ces
Dames sçavantes qui ont illustré par leurs
doctes Ecrits la République des Lettres.
Mais que fais-je ? je tombe insensiblement
dans l'inconvenient que je voulois éviter ,
ceci ne sent- il pas un peu trop le Panegytique ? quelle témerité ! mais , Madame
Cij jc
2152 MERCURE DE FRANCE
je suis sincere , et de quelque façon que
je m'exprime , mon cœur n'écoute plus
rien , lorsqu'il s'agit de rendre justice au
vrai. J'espere , Madame , que vous me
pardonnerez mon écart en faveur de cette
consideration ; je reviens aux jugemens
que l'on fait de votre Livre , permettezmoi de commencer par vos Critiques.
Dès que l'on est informé que l'amour
d'Emilie pour M. de S. Hillaire n'est
qu'une feinte , l'esprit n'est plus occupé
>
ils
rien , il ne s'interesse plus à rien , ce
vuide est rempli par de longues conversations qui ennuyent extrêmement le Lecteur. Les Amours de votre Heroïne et du
Comte viennent trop subitement
sont toujours remplis d'allarmes et de
plaintes lorsque rien ne semble les traverser ; on vous accuse aussi d'avoir trop fait
mourir de personnes sans aucune utilité
pour votre sujet. A l'égard du pauvre
M. de S. Hillaire , chacun est surpris que
vous ayez si peu menagé sa réputation ;
on est , dit-on , scandalisé de le voir si
maltraité par Emilie après son Escapade ;
vous deviez lui donner des sentimens
plus humains dans sa situation présente
et faire connoître à vos Lecteurs , que si
Emilie ne payoit pas de sa main les importans services qu'elle avoue avoir reçû
de
OCTOBRE. 1732 2153
de M. de S. Hillaire , c'est qu'elle ne se
croyoit plus digne de lui . Enfin , on vous
reproche d'avoir rapporté les affreux exemples de Julie , de Faustine , et de Marie
de Valois , comme très - pernicieux pour
une jeunesse , à qui on doit toujours exposer des exemples de vertu plutôt que
ceux du libertinage.
Voilà , Madame , les principaux chefs
de critiques que l'on vous objecte ; au
reste , tout le monde en general vous
rend toute la justice qui vous est dûë , et
ces éloges à cet égard ne peuvent être ni
plus flateurs , ni plus complets.
Il ne me reste plus , Madame , qu'à
vous demander pardon d'avoir gardé votre Livre si long- tems ; deux ou trois
personnes ausquelles j'en avois fait un
rapport avantageux ont marqué tant
d'empressement pour le voir , queje n'ai
pas pû me dispenser de le leur prêter ; ma
déference n'est pas demeurée sans fruit
j'ai eu la satisfaction de me voir comblé
de remerciemens par ces mêmes personnes , pour leur avoir procuré la lecture
d'un Livre qui leur a fait , m'ont-ils dit ,
un plaisir infini. J'avoue que je finis ma
Lettre par où je la devois commencer ;
quelle transposition , ou plutôt quelle Cv faute
2154 MERCURE DE FRANCE
faute de jugement , oserois-je aprés cela
vous dire que je suis , &c.
C ***.
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Résumé : LETTRE écrite à Madame Meheul, Auteur de l'Histoire d'Emilie, ou des Amours de Mlle de...
La lettre adressée à Madame Meheul, autrice de 'L'Histoire d'Émilie', exprime une grande admiration pour l'ouvrage. L'auteur de la lettre loue particulièrement la qualité de l'écriture, la gestion du sujet, le dénouement et la variété du style. Il apprécie la simplicité de l'action, qui évite les merveilles ou les aventures extraordinaires, ainsi que la profondeur des sentiments et des expressions. Bien que l'œuvre puisse susciter des critiques, l'auteur est convaincu que son mérite finira par triompher. Les critiques mentionnées reprochent notamment la feinte de l'amour d'Émilie, les conversations ennuyeuses, la mort inutile de certains personnages et le traitement de M. de S. Hillaire. Malgré ces points négatifs, l'ouvrage est globalement bien accueilli et loué par le public. L'auteur conclut en s'excusant d'avoir gardé le livre longtemps et en exprimant sa satisfaction des retours positifs des lecteurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 2767-2770
RÉPONSE de Madame Meheult à la Lettre inserée dans le Mercure du mois d'Octobre dernier, page 2149. au sujet de son Histoire d'Emilie, ou des Amours de Mlle de...
Début :
La Lettrce que vous avez fait paroître, Monsieur, dans le Mercure, me comble [...]
Mots clefs :
Histoire d'Émilie, Reconnaissance, Sentiment, Objection, Reproche
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texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE de Madame Meheult à la Lettre inserée dans le Mercure du mois d'Octobre dernier, page 2149. au sujet de son Histoire d'Emilie, ou des Amours de Mlle de...
REPONSE de Madame Meheult à la
Lettre insérée dans le Mercure du mois
d'Octobre dernier , page 2149. au sujet de
son Histoire d'Emilie , ou des Amours de
Mlle de ....
A Lettre que vous avez fait paroître ,
Monsieur, dans le Mercure , me comble de tant de gloire , que je ne puis sans
ingratitude me dispenser de vous en marquer publiquement ma reconnoissance
d'ailleurs la Critique qui succede aux Eloges me demande une réponse , le silence
dans ces occasions peut être regardé comme un aveu tacite de sa défaite , un pareil
soupçon me seroit trop injurieux. Une
Femme doit sçavoir se deffendre , la résistance est pour elle une vertu essentielle.
Dès que l'on est informé, dites- vous ,
II. Vol que
2768 MERCURE DE FRANCE
que l'amour d'Emilie pour M. de Saint
Hilaire n'est qu'une feinte , l'esprit n'a
plus rien qui l'occupe , et ce vuide est
rempli par de longues conversations qui
ennuyent extrêmement le Lecteur.
Ce sentiment n'est pas assûrement géne
ral , ces longs entretiens ont eu le suffrage des Maîtres dans l'Art d'écrire , mais
chacun a sa façon de penser , et il me sieroit mal d'en parler davantage.
Les amours de mon Héroïne et du Comte viennent subitement , ils se plaignent
sans cesse , lors que rien ne semble les traverser.
La personne qui fait cette objection n'a
jamais aimé véritablement , les allarmes
sont le partage des amans , mais l'experience seule peut prouver ce que je dis.
On m'accuse aussi d'avoir fait mourir
mes Acteurs sans aucune utilité.
Ce raisonnement est si frivole qu'il ne
mérite pas la peine d'être relevé. Je n'ai
cherché dans mon Ouvrage qu'à rendre
les avantures vrai-semblables : former une
fiction et vouloir éviter le Romanesque ,
est une entreprise assez difficile . Il faut
puiser dans les sentimens, et chercher des
incidens ordinaires. Rien ne l'estplus que
la mort ; la douleur que cause un si triste
moment noustouche , nous émeut et nous
11. Vol. arrache
DECEMBRE. 1732 2769
arrache des larmes , d'autant plus volontiers que nous sommes tous les jours exposez à la même peine.
Enfin on me reproche que je ne devois
pas me servir des exemples odieux de Julie , de Messaline et de Marguerite de Valois que de semblables porttaits ne conviennent pas dans la bouche d'une Mere.
:
Si l'on me condamne , il faut auparavant proscrire les Livres qui sont entre
les mains de tout le monde. Pour moi ,
je n'avois pas 14. ans , que je sçavois l'Histoire Romaine par cœur. Hé ! qu'auroit
pu citer Mad. de Reville ? des Elus sanctifiez dès le berceau ? Flore donnoit dans
des foiblesses , et l'application n'eut pas
été juste. Des conversions ? elles sont toujours précedées du vice , ainsi j'aurois tombé infailliblement dans le même deffaut.
Emilie après son escapade devroit être
plus humble , et refuser sa main à M. de
S. Hilaire pour l'unique motif qu'elle ne
se croit plus digne de lui. C'est penser trop sagement ; j'eusse mal soutenu le caractere de mon Héroïne. Une coquette des plus étourdies ne devient pas
si- tôt raisonnable.
Je ne sçai , Monsieur , si vous trouverez cette replique suffisante , je suis un
foible Athlete , et si j'ose entrer en lice
II.Vol avec
2770 MERCURE DE FRANCE
avec vous , c'est moins pour remporter le.
prix , que pour vous assurer que je serai
toute ma vie , Monsieur , votre &c.
Brucelle Mebenst.
Lettre insérée dans le Mercure du mois
d'Octobre dernier , page 2149. au sujet de
son Histoire d'Emilie , ou des Amours de
Mlle de ....
A Lettre que vous avez fait paroître ,
Monsieur, dans le Mercure , me comble de tant de gloire , que je ne puis sans
ingratitude me dispenser de vous en marquer publiquement ma reconnoissance
d'ailleurs la Critique qui succede aux Eloges me demande une réponse , le silence
dans ces occasions peut être regardé comme un aveu tacite de sa défaite , un pareil
soupçon me seroit trop injurieux. Une
Femme doit sçavoir se deffendre , la résistance est pour elle une vertu essentielle.
Dès que l'on est informé, dites- vous ,
II. Vol que
2768 MERCURE DE FRANCE
que l'amour d'Emilie pour M. de Saint
Hilaire n'est qu'une feinte , l'esprit n'a
plus rien qui l'occupe , et ce vuide est
rempli par de longues conversations qui
ennuyent extrêmement le Lecteur.
Ce sentiment n'est pas assûrement géne
ral , ces longs entretiens ont eu le suffrage des Maîtres dans l'Art d'écrire , mais
chacun a sa façon de penser , et il me sieroit mal d'en parler davantage.
Les amours de mon Héroïne et du Comte viennent subitement , ils se plaignent
sans cesse , lors que rien ne semble les traverser.
La personne qui fait cette objection n'a
jamais aimé véritablement , les allarmes
sont le partage des amans , mais l'experience seule peut prouver ce que je dis.
On m'accuse aussi d'avoir fait mourir
mes Acteurs sans aucune utilité.
Ce raisonnement est si frivole qu'il ne
mérite pas la peine d'être relevé. Je n'ai
cherché dans mon Ouvrage qu'à rendre
les avantures vrai-semblables : former une
fiction et vouloir éviter le Romanesque ,
est une entreprise assez difficile . Il faut
puiser dans les sentimens, et chercher des
incidens ordinaires. Rien ne l'estplus que
la mort ; la douleur que cause un si triste
moment noustouche , nous émeut et nous
11. Vol. arrache
DECEMBRE. 1732 2769
arrache des larmes , d'autant plus volontiers que nous sommes tous les jours exposez à la même peine.
Enfin on me reproche que je ne devois
pas me servir des exemples odieux de Julie , de Messaline et de Marguerite de Valois que de semblables porttaits ne conviennent pas dans la bouche d'une Mere.
:
Si l'on me condamne , il faut auparavant proscrire les Livres qui sont entre
les mains de tout le monde. Pour moi ,
je n'avois pas 14. ans , que je sçavois l'Histoire Romaine par cœur. Hé ! qu'auroit
pu citer Mad. de Reville ? des Elus sanctifiez dès le berceau ? Flore donnoit dans
des foiblesses , et l'application n'eut pas
été juste. Des conversions ? elles sont toujours précedées du vice , ainsi j'aurois tombé infailliblement dans le même deffaut.
Emilie après son escapade devroit être
plus humble , et refuser sa main à M. de
S. Hilaire pour l'unique motif qu'elle ne
se croit plus digne de lui. C'est penser trop sagement ; j'eusse mal soutenu le caractere de mon Héroïne. Une coquette des plus étourdies ne devient pas
si- tôt raisonnable.
Je ne sçai , Monsieur , si vous trouverez cette replique suffisante , je suis un
foible Athlete , et si j'ose entrer en lice
II.Vol avec
2770 MERCURE DE FRANCE
avec vous , c'est moins pour remporter le.
prix , que pour vous assurer que je serai
toute ma vie , Monsieur , votre &c.
Brucelle Mebenst.
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Résumé : RÉPONSE de Madame Meheult à la Lettre inserée dans le Mercure du mois d'Octobre dernier, page 2149. au sujet de son Histoire d'Emilie, ou des Amours de Mlle de...
Madame Meheult répond à une critique de son ouvrage 'Histoire d'Emilie, ou des Amours de Mlle de...' publiée dans le Mercure d'octobre. Elle exprime sa gratitude pour les éloges et justifie la nécessité de répondre aux critiques pour éviter les malentendus. Elle défend les longues conversations entre ses personnages, soutenues par des maîtres de l'art d'écrire, et explique que les alarmes et les plaintes des amants sont naturelles. Madame Meheult réfute l'accusation de faire mourir ses personnages sans utilité, affirmant que la mort est un incident ordinaire et émouvant. Elle justifie l'utilisation d'exemples historiques comme Julie, Messaline et Marguerite de Valois, nécessaires pour éviter des défauts littéraires. Elle défend également le caractère de son héroïne, Emilie, en expliquant que sa coquetterie et son étourderie sont cohérentes avec son personnage. Madame Meheult conclut en se déclarant prête à défendre son œuvre, sans chercher à remporter un prix, mais à assurer sa reconnaissance envers son interlocuteur.
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3
p. 426-431
RÉPONSE à Madame MEHEULT, Auteur de l'Histoire d'Emilie, ou des Amours de Mlle de...
Début :
Je voudrois, MADAME, pouvoir me dispenser de répondre aux raisons [...]
Mots clefs :
Emilie, Lecteur, Règles, Amour, Sentiments, Héroïne, Caractère, Histoire d'Émilie
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texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE à Madame MEHEULT, Auteur de l'Histoire d'Emilie, ou des Amours de Mlle de...
REPONSE à Madame MEHEULT
Auteur de l'Histoire d'Emilie , on
des Amours de Mule de...
J
E voudrois , MADAME , pouvoir
me dispenser de répondre aux raisons
que vous venez d'alléguer pour la deffence
d'Emilie. Outre que j'ai quelque confusjon
de combattre les sentimens d'une
Dame dont j'honore et respecte infiniment
le mérite , je sens bien que c'est
mal reconnoître la confiance que vous
avez euë pour moi ; j'aurois sans doute
sacrifié à ces considérations la vanité que
l'on peut gouter , en soûtenant ses sentimens
contre un adversaire tel que
vous , si de pressantes sollicitations ne
m'avoient pas , pour ainsi dire , forcé à
répli
MARS. 1733 . 427
répliquer ; quoiqu'il en soit , si je rentre
dans la carriere , si j'ose faire quelques
nouvelles observations , ce sera toujours
avec ces égards que l'émulation et que
les Regles de la politesse nous prescrivent.
Dès que l'on est infortuné que l'amour
d'Emilie, n'est qu'une feinte , l'esprit n'a
plus rien qui l'occupe . Voilà l'objection ;
mais vous avez négligé d'y répondre ;
on convient avec les Maitres de l'Art, que
vos Entretiens sont beaux ; s'ils sont ennu
yeux,c'est parce qu'il n'y a plus d'interêt,
et qu'ils ne concourent à rien. Vous conviendrez
que les plus grandes beautez ne
font plus d'effet , dès le moment qu'elles
sont déplacées . Les Allarmes , dites- vous,
sont le partage des Amans , il est vrai. La
crainte de l'infidélité , le moindre éloignement
de l'objet que l'on aime; les dangers
ausquels on est exposé dans le cours
de la Vie , sont pour eux des sources intarissables
de craintes et d'allarmes . Celles
que l'on reproche à Emilie ne sont pas de
cette nature ; elle craint, sans cesse , que
sa mere ne veuille pas l'unir à son cher
Comte. Mais cette appréhension est- elle
fondée ? Au contraire, il semble que tout
conspire à son bonheur ; l'union intime
des deux familles ; la naissance de l'une ,
les
$28 MERCURE DE FRANCE
}
les grands biens de l'autre , sont des rai
sons qui doivent lever tous ses doutes.
On vous reproche aussi d'avoir fait
mourir trop de personnes sans utilité
pour votre sujet. Ce raisonnement , ditesvous
, est si frivole qu'il ne merite pas la peine
d'être rélévé. Je m'en tiendrai, si vous le
souhaittez , à cette décision . Mais est- elle
sans replique ? Pour rendre les évenemens
vrai-semblables , ajoutez -vous , il faut puiser
dans les sentimens et chercher des incidens
ordinaires. Rien ne l'est plus que la morts
la douleur que nous cause un si triste moment
nous touche , nous émeut , et nous fait répandre
des larmes.Cela est incontestable .Aussi
dans une Tragédie rien n'est plus tou
chant , rien n'est si pathetique qu'une
belle reconnoissance , qu'une déclaration
d'amour , et que le récit d'une mort héroïque
et courageuse ; cependant si ces
mêmes beautez se trouvoient sept ou huit
fois dans la même Piéce , au lieu de toucher
et de plaire , elles ennuyeroient et
rebuteroient le Lecteur ; l'esprit , ainsi
que nos sens , rejette une trop grande
uniformité ; il faut émouvoir , mais diver
sement ; vous me direz peut être , que
cela est bon dans un Poëme Dragmatioù
l'action est de peu de durée ; ne
Vous y trompez pas , Madame , les Regles
que ,
MAR S. 17337 429
gles sont à peu près les mêmes dans le
Roman , et dans une pièce de Théatre; du
moins leur but est égal , et le Lecteur ne
met guere de différence entre une Tragedie
et une Histoiriette qui n'occupe qu'un
volume .
Si l'on vous condamne d'avoir rapporté
les exemples de Julie , de Messaline et
de Marguerite de Valois . Il faut , ditesvous
, proscrire les Livres qui sont entre les
mains de tout le monde ; sans vouloir icy
trancher du critique , je crois qu'on peut
hardiment avancer qu'il y a beaucoup de
Livres non-seulement inutiles , mais mê
me très- dangereux ; enfin pour exprimer
cette pensée en deux mots , je dirai seulement
qu'il est toujours d'une dangereuse
conséquence de donner l'idée du vice
à la jeunesse ; qu'il est à craindre qu'elle
n'envisage pas tant l'infamie qui suit le
crime , que l'appas du vain plaisir qui l'y
entraîne ; en un mot , point d'ignorance
avec le vice .
Vous auriez mal soutenu le caractere de
votre Héroïne , en lui faisant refuser M. de
S. Hilaire , pour Punique motif qu'elle ne
se croioit plus digne de lui.
Enfin pour la premiere fois vous vous
exprimez dans les termes de l'Art ; vous
deviez bien , suivant ces mêmes princi-.
pes
430 MERCURE DE FRANCE
pes , répondre aux objections qui vous
ont été faites , d'avoir laissé le lecteur si
long-temps en suspens ', lorsqu'Emilie a
déclaré que son amour étoit simulé ;
pourquoi les Amours du Comte et d'Emilie
viennent trop subitement; et quelle
nécessité il y avoit à faire périr tant de
personnes ; mais vous l'avez négligé, vous
avez éludé , par des raisonnemens vagues
, des accusations réclles , de sorte
que la plupart de vos repliques ne tom
bent pas même sur l'imputation . Revenons
à notre examen,
Vous avez voulu soutenir le caractere
de votre Héroïne en lui faisant conserver
toute sa fierté ; ou, je me trompe , ou
l'intervale est bien court depuis son refus
jusqu'au temps de sa retraite ; cependant
on ne voit pas que cette résolution d'entrer
dans un Convent , soit la démarche
d'une Coquette des plus étourdies, done
elle est devenue bien- tôt raisonnable ;
d'ailleurs , il faut sçavoir quelquefois sor-.
tir des Regles , sur tout lorsque cela sert
à rendre une circonstance moins désagréable.
Voilà , Madame , ce que j'ai cru neces-.
saire d'expliquer pour soûtenir ce que
j'avois avancé, et pour satisfaire le Public; ›
au reste , on ne sçauroit nier que votre
Lettre
M A R⚫S, 1733. 43 %
Lettre ne soit bien écrite , et qu'elle ne
confirme bien dans les esprits , la haute
opinion qu'on a de vos heureux talens ;
pour moi , si je me sçai quelque gré d'avoir
écrit ma Lettre , ce n'est pas tant le
succès qu'elle a eu , qui me flatte , que le
bonheur d'avoir occasionné une réponse
qui m'est si honorable , et dont je ne perdrai
jamais le souvenir , non plus que
l'occasion de vous prouver le dévoliment
respectueux avec lequel je suis , Madame,
votre , &c.
C ***
Auteur de l'Histoire d'Emilie , on
des Amours de Mule de...
J
E voudrois , MADAME , pouvoir
me dispenser de répondre aux raisons
que vous venez d'alléguer pour la deffence
d'Emilie. Outre que j'ai quelque confusjon
de combattre les sentimens d'une
Dame dont j'honore et respecte infiniment
le mérite , je sens bien que c'est
mal reconnoître la confiance que vous
avez euë pour moi ; j'aurois sans doute
sacrifié à ces considérations la vanité que
l'on peut gouter , en soûtenant ses sentimens
contre un adversaire tel que
vous , si de pressantes sollicitations ne
m'avoient pas , pour ainsi dire , forcé à
répli
MARS. 1733 . 427
répliquer ; quoiqu'il en soit , si je rentre
dans la carriere , si j'ose faire quelques
nouvelles observations , ce sera toujours
avec ces égards que l'émulation et que
les Regles de la politesse nous prescrivent.
Dès que l'on est infortuné que l'amour
d'Emilie, n'est qu'une feinte , l'esprit n'a
plus rien qui l'occupe . Voilà l'objection ;
mais vous avez négligé d'y répondre ;
on convient avec les Maitres de l'Art, que
vos Entretiens sont beaux ; s'ils sont ennu
yeux,c'est parce qu'il n'y a plus d'interêt,
et qu'ils ne concourent à rien. Vous conviendrez
que les plus grandes beautez ne
font plus d'effet , dès le moment qu'elles
sont déplacées . Les Allarmes , dites- vous,
sont le partage des Amans , il est vrai. La
crainte de l'infidélité , le moindre éloignement
de l'objet que l'on aime; les dangers
ausquels on est exposé dans le cours
de la Vie , sont pour eux des sources intarissables
de craintes et d'allarmes . Celles
que l'on reproche à Emilie ne sont pas de
cette nature ; elle craint, sans cesse , que
sa mere ne veuille pas l'unir à son cher
Comte. Mais cette appréhension est- elle
fondée ? Au contraire, il semble que tout
conspire à son bonheur ; l'union intime
des deux familles ; la naissance de l'une ,
les
$28 MERCURE DE FRANCE
}
les grands biens de l'autre , sont des rai
sons qui doivent lever tous ses doutes.
On vous reproche aussi d'avoir fait
mourir trop de personnes sans utilité
pour votre sujet. Ce raisonnement , ditesvous
, est si frivole qu'il ne merite pas la peine
d'être rélévé. Je m'en tiendrai, si vous le
souhaittez , à cette décision . Mais est- elle
sans replique ? Pour rendre les évenemens
vrai-semblables , ajoutez -vous , il faut puiser
dans les sentimens et chercher des incidens
ordinaires. Rien ne l'est plus que la morts
la douleur que nous cause un si triste moment
nous touche , nous émeut , et nous fait répandre
des larmes.Cela est incontestable .Aussi
dans une Tragédie rien n'est plus tou
chant , rien n'est si pathetique qu'une
belle reconnoissance , qu'une déclaration
d'amour , et que le récit d'une mort héroïque
et courageuse ; cependant si ces
mêmes beautez se trouvoient sept ou huit
fois dans la même Piéce , au lieu de toucher
et de plaire , elles ennuyeroient et
rebuteroient le Lecteur ; l'esprit , ainsi
que nos sens , rejette une trop grande
uniformité ; il faut émouvoir , mais diver
sement ; vous me direz peut être , que
cela est bon dans un Poëme Dragmatioù
l'action est de peu de durée ; ne
Vous y trompez pas , Madame , les Regles
que ,
MAR S. 17337 429
gles sont à peu près les mêmes dans le
Roman , et dans une pièce de Théatre; du
moins leur but est égal , et le Lecteur ne
met guere de différence entre une Tragedie
et une Histoiriette qui n'occupe qu'un
volume .
Si l'on vous condamne d'avoir rapporté
les exemples de Julie , de Messaline et
de Marguerite de Valois . Il faut , ditesvous
, proscrire les Livres qui sont entre les
mains de tout le monde ; sans vouloir icy
trancher du critique , je crois qu'on peut
hardiment avancer qu'il y a beaucoup de
Livres non-seulement inutiles , mais mê
me très- dangereux ; enfin pour exprimer
cette pensée en deux mots , je dirai seulement
qu'il est toujours d'une dangereuse
conséquence de donner l'idée du vice
à la jeunesse ; qu'il est à craindre qu'elle
n'envisage pas tant l'infamie qui suit le
crime , que l'appas du vain plaisir qui l'y
entraîne ; en un mot , point d'ignorance
avec le vice .
Vous auriez mal soutenu le caractere de
votre Héroïne , en lui faisant refuser M. de
S. Hilaire , pour Punique motif qu'elle ne
se croioit plus digne de lui.
Enfin pour la premiere fois vous vous
exprimez dans les termes de l'Art ; vous
deviez bien , suivant ces mêmes princi-.
pes
430 MERCURE DE FRANCE
pes , répondre aux objections qui vous
ont été faites , d'avoir laissé le lecteur si
long-temps en suspens ', lorsqu'Emilie a
déclaré que son amour étoit simulé ;
pourquoi les Amours du Comte et d'Emilie
viennent trop subitement; et quelle
nécessité il y avoit à faire périr tant de
personnes ; mais vous l'avez négligé, vous
avez éludé , par des raisonnemens vagues
, des accusations réclles , de sorte
que la plupart de vos repliques ne tom
bent pas même sur l'imputation . Revenons
à notre examen,
Vous avez voulu soutenir le caractere
de votre Héroïne en lui faisant conserver
toute sa fierté ; ou, je me trompe , ou
l'intervale est bien court depuis son refus
jusqu'au temps de sa retraite ; cependant
on ne voit pas que cette résolution d'entrer
dans un Convent , soit la démarche
d'une Coquette des plus étourdies, done
elle est devenue bien- tôt raisonnable ;
d'ailleurs , il faut sçavoir quelquefois sor-.
tir des Regles , sur tout lorsque cela sert
à rendre une circonstance moins désagréable.
Voilà , Madame , ce que j'ai cru neces-.
saire d'expliquer pour soûtenir ce que
j'avois avancé, et pour satisfaire le Public; ›
au reste , on ne sçauroit nier que votre
Lettre
M A R⚫S, 1733. 43 %
Lettre ne soit bien écrite , et qu'elle ne
confirme bien dans les esprits , la haute
opinion qu'on a de vos heureux talens ;
pour moi , si je me sçai quelque gré d'avoir
écrit ma Lettre , ce n'est pas tant le
succès qu'elle a eu , qui me flatte , que le
bonheur d'avoir occasionné une réponse
qui m'est si honorable , et dont je ne perdrai
jamais le souvenir , non plus que
l'occasion de vous prouver le dévoliment
respectueux avec lequel je suis , Madame,
votre , &c.
C ***
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Résumé : RÉPONSE à Madame MEHEULT, Auteur de l'Histoire d'Emilie, ou des Amours de Mlle de...
Le texte est une réponse à Madame Meheult, autrice de l'Histoire d'Émilie. L'auteur commence par exprimer sa réticence à répondre aux arguments de Madame Meheult, par respect pour son mérite et sa confiance. Cependant, il se sent obligé de répliquer en raison de pressantes sollicitations. Il souligne que les objections à l'histoire d'Émilie sont fondées sur l'absence d'intérêt et la déplacation des beautés littéraires. L'auteur critique également la mort de plusieurs personnages sans utilité pour le sujet et l'excès de scènes similaires, qui peuvent ennuyer le lecteur. Il mentionne aussi la dangerosité de donner des exemples de vice à la jeunesse. L'auteur reproche à Madame Meheult de ne pas avoir répondu aux objections sur la simulation de l'amour d'Émilie et la nécessité de la mort de certains personnages. Enfin, il reconnaît la qualité de la lettre de Madame Meheult et exprime son respect et sa gratitude pour sa réponse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 1131-1135
RÉPONSE de Mad. Meheust, Auteur de l'Histoire d'Emilie, ou des Amours de Mlle de .... à la Lettre inserée dans le Mercure du mois de Mars 1733.
Début :
C'est donc tout de bon, Monsieur, qu'il faut entrer en matiere et répondre [...]
Mots clefs :
Emilie, Histoire d'Émilie, Amour, Esprit romanesque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE de Mad. Meheust, Auteur de l'Histoire d'Emilie, ou des Amours de Mlle de .... à la Lettre inserée dans le Mercure du mois de Mars 1733.
REPONSE de Mad. Meheust ,
Auteur de l'Histoire d'Emilie , ou des
Amours de Mlle de .... à la Lettre
inserée dans le Mercure du mois de
Mars 1733-
donc tout de bon , Monsieur ,
Cqu'il faut entrer en matiere et répondre
à des accusations réelles ( ce sont
vos termes ) je les releve parce qu'ils me
paroissent un peu forts. La carrierre est
si nouvelle pour moi , que je ne sçai si
je pourrai la soutenir , mais n'importe
j'en risque la course ; lorsqu'il s'agit de
la réputation , il sied bien d'être témeraire.
Quand on est informé , dites - vous , que
l'amour d'Emilie n'est qu'une feinte , rien
I. Vol.
n'in1132
MERCURE DE FRANCE
,
n'interesse plus et les Entretiens deviennent .
ennuyeux. Qui juge ainsi n'entre pas dans
mes idées ce vuide a son utilité , j'y
représente le ridicule de l'esprit Romanesque
et l'imprudence de quantité de
jeunes personnes qui donnent dans des
galanteries , sans penchant , sans passion
et par le seul plaisir d'avoir une intrigue ;
au reste ceux qui ne cherchent que les
amourettes , à qui sans doute ces conversations
ne plaisent pas , n'ont qu'à
les passer.
Le Comte et sa Maîtresse , s'allarment
mal à propos , puisque tout conspire à les
rendre heureux . Si on avoit pesé les choses
, on ne me feroit pas cette objection ,
deux familles s'estiment réciproquement
et vivent dans une parfaite union sans
contracter d'alliance . C'est la reconnoissance
qui fait agir la mere d'Emilie ; sans
sa maladie , sans les soins que prit d'elle
Mad. de Réville , on n'eût assurément
point parlé d'Hymen .
J'ai fait mourir trop de gens , et l'on
me soutient que les regles du Poëme Dramatique
et du Roman , sont égales . Je
n'en sçai rien , pour disputer là-dessus il
faudroit consulter Aristote , cela m'est
absolument impossible , ne le connoissant
tout au plus que de nom ; mais com-
→
I. Vol. me
JUIN. 1733. 1133
me le bon sens a droit de raisonner sur
tout , en dépit ou indépendamment de
la science , j'oserai alleguer que la comparaison
n'est pas juste. Un volume, quel
que petit qu'il soit , peut conduire à un
grand nombre d'années , ainsi les incidens
peuvent , sans choquer , se rencontrer
presque semblables , au lieu que l'espace
de vingt- quatre heures ne permet
pas la même licence. On devroit bien
après tout demander à l'Auteur des Mémoires
d'un homme de qualité , pourquoi
ses narrations sont si funestes, c'étoit
son goût , me répondra- t'on ; eh bien !
j'ai pensé aussi qu'il m'étoit libre de suivre
le mien .
On ne veut point me passer les exemples
de Julie , de Messaline et de Mar
guerite de Valais , parce qu'il est , dit- on ,
toujours d'une dangereuse conséquence
de montrer le vice à la jeunesse , et
qu'on doit craindre qu'elle n'envisage pas
tant l'infamie qui le suit , que l'appas
des vaines douceurs qui l'y porte. Si l'on
me traitoit avec moins de rigueur , je
n'éprouverois pas ce reproche. Je n'ai cité
le crime que pour en marquer la honte
et la catastrophe , sans en peindre la volupté
; d'ailleurs il faut supposer que Flore
sçavoit l'Histoire , ainsi sa mere pou
I. Vol. voir
1134 MERCURE DE FRANCE
voit sans conséquence lui rappeller tous
les traits qui pouvoient servir à la cor-.
riger; son amour pour le Chevalier de... sa
confiance dans Lavallier et son escapade ,
méritoient l'application . Vous soutenez
qu'il est des Livres qu'il seroit bon de
proscrire ; oui j'en conviens , mais à l'égard
de l'Histoire Romaine , que vous
attaquez directement , la question est differente
, je la laisse à décider , et je suis
persuadée que tout le monde ne sera pas
de votre avis. Croyez moi , c'est trop
épurer la délicatesse. La débauche ne
prend pas sa source dans l'étude , peu
de femmes s'y occupent et les plus coquettes
sont ordinairement les plus ignorantes.
Vous vous trompez lorsque vous envisagez
la retraite de mon Héroïne comme
un retour de raison. Ce n'est pas là le
motif qui la guide , cette démarche si
sage n'est pas entierement volontaire ,
plus d'une consideration l'y forcent les
remontrances de la Princesse dont elle
sent que la protection lui peut être encore
d'un grand secours , les discours de
Flore ; enfin l'amitié , le devoir , tout l'oblige
indispensablement à prendre co
parti.
L'amour du Comte et d'Emilie , ne
1. Vol. viennent
JUIN. 1733 1135
viennent pas d'une façon si subite qu'on
veut me le faire entendre . Ils dînent
ensemble et s'examinent
pendant plus
de quatre à cinq heures , c'est assez de
temps pour faire naître la tendresse , puisque
l'experience prouve qu'un premier
coup d'oeil a souvent suffi pour en ins
pirer des plus vives.
Pour la premiere fois je m'exprime , diton
, dans les termes de l'Art. Le compliment
me paroît obscur et je n'y comprends
en verité rien .
Voila , Monsieur , tout ce que je puis
dire pour ma deffense . Si mes raisons ne
vous satisfont pas , j'en serai d'autant plus
mortifiée , que j'ai résolu de garder desormais
le silence , le sujet ne mérite point
tant de répliques , nous pourrions à la
fin ennuyer le Public , et mon interêt
m'engage à ne le pas mettre de mauvaise
humeur ; ainsi c'est pour la derniere fois
que j'ai l'honneur de vous assurer dans
le Mercure , que je suis très sincerement,
Monsieur , &c.
Bruselle Meheust.
Auteur de l'Histoire d'Emilie , ou des
Amours de Mlle de .... à la Lettre
inserée dans le Mercure du mois de
Mars 1733-
donc tout de bon , Monsieur ,
Cqu'il faut entrer en matiere et répondre
à des accusations réelles ( ce sont
vos termes ) je les releve parce qu'ils me
paroissent un peu forts. La carrierre est
si nouvelle pour moi , que je ne sçai si
je pourrai la soutenir , mais n'importe
j'en risque la course ; lorsqu'il s'agit de
la réputation , il sied bien d'être témeraire.
Quand on est informé , dites - vous , que
l'amour d'Emilie n'est qu'une feinte , rien
I. Vol.
n'in1132
MERCURE DE FRANCE
,
n'interesse plus et les Entretiens deviennent .
ennuyeux. Qui juge ainsi n'entre pas dans
mes idées ce vuide a son utilité , j'y
représente le ridicule de l'esprit Romanesque
et l'imprudence de quantité de
jeunes personnes qui donnent dans des
galanteries , sans penchant , sans passion
et par le seul plaisir d'avoir une intrigue ;
au reste ceux qui ne cherchent que les
amourettes , à qui sans doute ces conversations
ne plaisent pas , n'ont qu'à
les passer.
Le Comte et sa Maîtresse , s'allarment
mal à propos , puisque tout conspire à les
rendre heureux . Si on avoit pesé les choses
, on ne me feroit pas cette objection ,
deux familles s'estiment réciproquement
et vivent dans une parfaite union sans
contracter d'alliance . C'est la reconnoissance
qui fait agir la mere d'Emilie ; sans
sa maladie , sans les soins que prit d'elle
Mad. de Réville , on n'eût assurément
point parlé d'Hymen .
J'ai fait mourir trop de gens , et l'on
me soutient que les regles du Poëme Dramatique
et du Roman , sont égales . Je
n'en sçai rien , pour disputer là-dessus il
faudroit consulter Aristote , cela m'est
absolument impossible , ne le connoissant
tout au plus que de nom ; mais com-
→
I. Vol. me
JUIN. 1733. 1133
me le bon sens a droit de raisonner sur
tout , en dépit ou indépendamment de
la science , j'oserai alleguer que la comparaison
n'est pas juste. Un volume, quel
que petit qu'il soit , peut conduire à un
grand nombre d'années , ainsi les incidens
peuvent , sans choquer , se rencontrer
presque semblables , au lieu que l'espace
de vingt- quatre heures ne permet
pas la même licence. On devroit bien
après tout demander à l'Auteur des Mémoires
d'un homme de qualité , pourquoi
ses narrations sont si funestes, c'étoit
son goût , me répondra- t'on ; eh bien !
j'ai pensé aussi qu'il m'étoit libre de suivre
le mien .
On ne veut point me passer les exemples
de Julie , de Messaline et de Mar
guerite de Valais , parce qu'il est , dit- on ,
toujours d'une dangereuse conséquence
de montrer le vice à la jeunesse , et
qu'on doit craindre qu'elle n'envisage pas
tant l'infamie qui le suit , que l'appas
des vaines douceurs qui l'y porte. Si l'on
me traitoit avec moins de rigueur , je
n'éprouverois pas ce reproche. Je n'ai cité
le crime que pour en marquer la honte
et la catastrophe , sans en peindre la volupté
; d'ailleurs il faut supposer que Flore
sçavoit l'Histoire , ainsi sa mere pou
I. Vol. voir
1134 MERCURE DE FRANCE
voit sans conséquence lui rappeller tous
les traits qui pouvoient servir à la cor-.
riger; son amour pour le Chevalier de... sa
confiance dans Lavallier et son escapade ,
méritoient l'application . Vous soutenez
qu'il est des Livres qu'il seroit bon de
proscrire ; oui j'en conviens , mais à l'égard
de l'Histoire Romaine , que vous
attaquez directement , la question est differente
, je la laisse à décider , et je suis
persuadée que tout le monde ne sera pas
de votre avis. Croyez moi , c'est trop
épurer la délicatesse. La débauche ne
prend pas sa source dans l'étude , peu
de femmes s'y occupent et les plus coquettes
sont ordinairement les plus ignorantes.
Vous vous trompez lorsque vous envisagez
la retraite de mon Héroïne comme
un retour de raison. Ce n'est pas là le
motif qui la guide , cette démarche si
sage n'est pas entierement volontaire ,
plus d'une consideration l'y forcent les
remontrances de la Princesse dont elle
sent que la protection lui peut être encore
d'un grand secours , les discours de
Flore ; enfin l'amitié , le devoir , tout l'oblige
indispensablement à prendre co
parti.
L'amour du Comte et d'Emilie , ne
1. Vol. viennent
JUIN. 1733 1135
viennent pas d'une façon si subite qu'on
veut me le faire entendre . Ils dînent
ensemble et s'examinent
pendant plus
de quatre à cinq heures , c'est assez de
temps pour faire naître la tendresse , puisque
l'experience prouve qu'un premier
coup d'oeil a souvent suffi pour en ins
pirer des plus vives.
Pour la premiere fois je m'exprime , diton
, dans les termes de l'Art. Le compliment
me paroît obscur et je n'y comprends
en verité rien .
Voila , Monsieur , tout ce que je puis
dire pour ma deffense . Si mes raisons ne
vous satisfont pas , j'en serai d'autant plus
mortifiée , que j'ai résolu de garder desormais
le silence , le sujet ne mérite point
tant de répliques , nous pourrions à la
fin ennuyer le Public , et mon interêt
m'engage à ne le pas mettre de mauvaise
humeur ; ainsi c'est pour la derniere fois
que j'ai l'honneur de vous assurer dans
le Mercure , que je suis très sincerement,
Monsieur , &c.
Bruselle Meheust.
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Résumé : RÉPONSE de Mad. Meheust, Auteur de l'Histoire d'Emilie, ou des Amours de Mlle de .... à la Lettre inserée dans le Mercure du mois de Mars 1733.
Madame Meheust, autrice de 'L'Histoire d'Emilie', répond aux accusations portées contre son œuvre dans une lettre publiée dans le Mercure de Mars 1733. Elle exprime son incertitude quant à sa capacité à défendre son travail, tout en soulignant l'importance de protéger sa réputation. Madame Meheust justifie les vides apparents dans son récit en les attribuant au ridicule de l'esprit romanesque et à l'imprudence des jeunes personnes s'engageant dans des intrigues sans véritable passion. Elle défend également le nombre élevé de décès dans son roman en précisant que les règles du poème dramatique et du roman diffèrent. Elle réfute les critiques sur les exemples de personnages immoraux, affirmant qu'elle les utilise pour en montrer la honte et la catastrophe, et non pour en peindre la volupté. Madame Meheust conteste l'idée que la débauche provienne de l'étude et soutient que la retraite de son héroïne n'est pas entièrement volontaire, mais dictée par des considérations pratiques et des remises en question. Elle conclut en exprimant son intention de ne plus répondre aux critiques pour éviter d'ennuyer le public.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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