Oeuvre commentée (4)
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1
p. 1196-1210
Le Balet des Sens, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
L'Académie Royale de Musique, donna le 5. de ce [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique, Ballet des sens, Musique, Théâtre, Entrées, Prologue, Dessein, Camargo, Mademoiselle Sallé
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texteReconnaissance textuelle : Le Balet des Sens, Extrait, [titre d'après la table]
L'Académie Royale de Musique , donna le 5. de ce mois la premiere Repré
sentation du Ballet des Sens le Pu- , que
blic vit avec plaisir. Des cinq Entrées qui
composent ce Ballet , on n'en a joué que
trois , on fair esperer que les autres viendront successivement. M. Mouret en a
fait la Musique , dont on a parû très- sa◄
tisfait. Quantà l'Auteur du Poëme , comme il ne juge pas encore à propos de se
nommer , nous ne l'annoncerons que
lorsqu'il voudra bien jouir de sa gloire ;
en attendant , instruisons le Public de ce
qui concerne ce Ballet.
Au Prologue , le Théatre représente
l'Assemblée des Dieux ; ils s'unissent tous
en faveur des Mortels , assujettis aux infirmitez de la vie et à la fatalité de la
mort ; Venus est la Divinité qui paroît
s'interesser le plus dans leur sort ; voici
comme elle parle au Maître des Dieux :
Ton bras soutient contre l'effort des ans.
Les Arbres , les Rochers , de ta vaste puissance ,
Trop insensibles Monumens ;
Des Mers et des Forêts les divers habitans ,
Jouissent de tes dons , mais sans reconnoissance ;
Les Humains t'adressent leurs vœux ;
Ta gloire chaque jour s'accroît par leur hom mage ,
1. Vol. Pour
JUIN. 1732. 1197
Pourquoi ton plus parfait Ouvrage ,
Est-il le moins cher à tes yeux ?
Jupiter lui répond , que tel est l'ordre
du Destin , qui n'a pas voulu leur donner l'immortalité , de peur qu'ils ne bravassent les Dieux par ingratitude , au lieu
de les encenser par reconnoissance .
Mercure se joint à Venus pour obtenir du moins en faveur des Mortels , un
usage agréable des Sens. Jupiter leur répond qu'il craint qu'ils ne rendent ce don
pernicieux par d'injustes caprices ; il ne
laisse pas d'accorder ce qu'on lui demande , et s'explique ainsi :
Volez, charmans plaisirs , volez de toutes parts
Suivez chez les Mortels la Reine de Cythere ;
Brillez , enchantez leurs regards ;
Regnez, et que le Dieu des Arts ,
Vous embellisse et vous éclaire.
leurs Tous les Dieux témoignent par
danses la part qu'ils prennent au bonheur des hommes.
L'ODORAT. Premiere Entrée.
La Scene présente aux yeux les Jardins des Rois de Babilone. Clytie , Reine
de Babylone , commence par se plaindre
de l'inconstance du Soleil , qui après l'aI. Vol.
voir Giiij
1198 MERCURE DE FRANCE
voir quelque temps aimée , a porté ses
vœux à Leucothoé , sa sœur ; Enone , sa
Confidente , vient augmenter la haine
qu'elle a déja pour sa Řivale , en lui
prenant que l'ingrat dont elle se plaint
apva rendre sa nouvelle Maîtresse immortelle. Ce dernier trait porte le désespoir
dans le cœur de Clytie , et la fait parler
ainsi :
Prevenons cet affront ; seconde ma fúrie ;
Que le fer , le poison en délivre mes yeux ;
Il vient : elle se croit au comble de ses vœux ;
Mais ce plaisir sera le dernier de sa vie.
Leucothoć se plaint au Soleil de ce qu'il
la quitte si- tôt :il lui dit qu'il ne remonte
aux Cieuxque pour son propre interêt yet
que le Destin lui a promis de la rendre
immortelle; il ajoûte tendrement et galamment :
Nous unir à jamais , est le bien ou j'aspire ;
Non; dans tout l'Univers j'allume moins de feux
Que dans mon cœur n'en répandent vos yeux :
Pour les voir plus long- temps , ces beaux yeux
que j'adore ,
Je descends plus tard dans les Mers,
J'éveille plus matin l'Aurore ,
J'abbrege les nuits des hyvers.
I. Vol.
Ce
JUIN. 1732. 1199
Ce bel étalage que le Soleil fait de ses
feux , ne rassure pas Leucothoé ; ello lui
fait sentir qu'il a déja aimé sa sœur et
qu'il pourroit bien retourner à ses premieres chaînes ; le Soleil ne veut pas convenir qu'il ait déja été infidele , et par
un aveù tout des plus suspects, il lui div:
Clytie est votre sœuret votre Souveraine ;
Four votre sûreté j'adoucissois sa haine ;
Mais les Dieux vont enfin vous ouvrir leur séjour
Et vous ne craindrez plus une foible Mortelle ;
Je vais marquer au Ciel votre place nouvelle.
Le Soleil remonte aux Cieux , au grand
regret de la tendre Leucothoé. Elle fait
un. Monologue par lequel elle exprime
le desir empressé qu'elle a de revoir l'ob
jet de son amour.
Clytie vient faire avec elle une Scene
de dissimulation ; elle lui fait entendre
qu'elle ne songe plus au Soleil par ces
quatre Vers:
Pour rappeller un infidelle ,
Devons-nous perdre des soupirs ?
C'est nous couvrir d'une honte nouvelle
Et du volage encor redoubler les plaisirs.
Elle ne laisse pas de faire sentir à sa RIvale , qu'elle doit craindre le même sott
I. Kal. GAV qu'elle
1200 MERCURE DE FRANCE
qu'elle a éprouvés Leucothoé en est frappée. Clytie lui dit de l'aller attendre au
Temple , où elles se jureront une amitiééternelle ; et de peur que le Public ne
prenne le change sur sa prétendue sincerité , elle l'instruit de ses vrais sentimens.
par ce Vers :
Rivale que je hais , tu cours à ton supplice.
1
Enone vient lui montrer comme un
dépôt précieux , le Vase empoisonné qui
doit donner la mort à sa sœur ; Clytie
s'applaudit de sa prochaine vengeance
elle apperçoit la clarté renaissante du Soleil ; c'est ce qui la détermine à aller pres
ser l'execution de son barbare projet.
Le Soleil descend des Cieux ; les Heures qui forment sa Cour , forment aussi
la fête de cette premiere Entrée ; le So
leil y appelle les Babyloniens par ces quatre Vers :
Peuples de ces climats , celebrez ma conquête ;.
Dressez-lui les premiers Autels ;
Plaisirs , Amours , à cette Fête ,
Interessez les Dieux et les Mortels.
Pendant que le Soleil ordonne tranquil
lement l'Apothéose de son Amante ; Ĉlytie employe bien mieux des momens si
I. Vol. chers
JUIN. 1732. 1201
chers à sa vengeance ; il semble même
que le Soleil soit de concert avec elle ,
puisqu'il ne s'apperçoit de l'absence de
Leucothoé , que lorsqu'il n'est plus temps
d'empêcher sa mort ; voici quelle est sa
tardive reflexion :
Leucothoé devoit ici m'attendre ;
Qui peut la ravir à mes yeux ?
Cessez vos chants ; je ne puis les entendre ,
OCiel ! en quel état me la rendent les Dieux.
Ce qui donne lieu à ce dernier Vers ,
c'est l'arrivée de Leucothoé empoisonnée et expirante. Le Soleil ne reçoit plus
que ses derniers soupirs , et l'immortalité
que le Destin lui avoit promise pour elle,
se réduit à une métamorphose en l'Arbre
qui porte l'encens.
LE TOUCHER. Seconde Entrée.
Le Théatre représente le Temple de
Proserpine , au milieu duquel est la Statuë de Protesilas , Lardamie est aux pieds
de la Statue. Une Prêtresse de Proserpine
euvre la Scene par ces quatreVers :
Digne fille de Cerès ,
Reçoi les vœux d'un cœur tendre ;
Que l'objet de nos regrets ,
Puisse aujourd'hui les entendre
J. Vola G vj OFF
1202 MERCURE DE FRANCE
On voit bien que ce cœur tendre , c'èst
Laodamie , et que c'est Protesilas qui est
T'objet de ces tristes vœux. Après quelques autres Vers chantez alternativement
par la Prêtresse et par les Chœurs,et animez par des danses , Laodamie s'avance
sur le bord du Théatre , et expose le
sujet par ces. Vers.:
Illustre et cher Epour, non , non , la morg
cruelle ,
Ne sçauroit séparer nos cœurs ;
Tu respires encor dans ce Marbre fidelle ,
Qui trompe et nourrit mes douleurs ;
Je le touche, l'embrasse , et crois que j'y rap
pelle,
La vie , et nos chastes ardeurs.
Illustre et chér Epoux , &c.
Diomede , qui a quitté le Siege de Troye,
pour apporter à Laodamie l'épée et le
Diadême de Protesilas , tristes restes d'un
si cher Epoux , tâche de consoler cette
Reine gémissante; il ne s'en tient pas à
de simples complimens de condoleance,
un plus pressant motif l'a arraché au devoir que sa gloire et ses premiers sermens
lui imposaient; c'est l'amour qu'il avoit
conçu pour Laodamie , avant la mort de
Protesilas ; cette Epouse inconsolable est
si surprise et si irritée de l'aveu qu'il lui
en fair , qu'elle s'écrie :
JUIN. 1732. 1203
Qu'entends-je ? quels discours ! ô Ciel ! le puisje croire
Respectez-vous si peu mon amour et ma gloire
Diomede s'excuse du mieux qu'il peut;
mais voyant qu'il attaque un cœur plus
difficile à emporter que la Ville de Troye;
il renonce à la conquête que son amour
s'étoit proposée , pour retourner à celle
que lui présente sa gloire..
Après de nouveaux regrets ' de Laodamie, dont Proserpine est enfin touchées
cette Reine gagne tout , quand elle croit
tout perdu ; un orage soudain qui fait
tremblerla terre sous ses pas , et qui est
suivi de la foudre , abîme là Statuë de som
cher Epoux; ce nouveau malheur l'acca
ble, et lui fait dire :
ODieux ! ce Monument d'une flamme si belle
Devoit-il de la foudre attirer les éclats ?
J'ai tout perdu ; je languis , je chancelle ;
Le jour fuit ; j'entrevois les routes du trépas !
Elle tombe évanouie. Heureuse pamoi
son ! c'est dans ce même moment que
Proserpine sort des Enfers avec Protesilas , à qui elle dit : ."
Ouvre les yeux à la clarté celeste ;
Triomphe de la Mort, c'est le prix de tes feux-;-
L. Vol Bour
1204 MERCURE DE FRANCE
Pour Admete autrefois j'ai fait revivre Alceste ;
Tendre Epoux, je te rends à l'objet de tes vœux.
La Scene entre Laodamie revenuë de
son évanouissement , et Protesilas ressuscité , a paru très - touchante ; on n'a pas
bien compris comment cette Entrée peut convenir au toucher ; il n'est prequé question de ce Sens que dans ce Vers que nous
avons cité au sujet de la Statuë de Marbre :
Je le touche , l'embrasse , et crois que j'y rappelle
La vie et nos chastes ardeurs , &c.
Mais ce n'est point là , dit- on , ce qui
a ressuscité Protesilas ; c'est la bonté de.
Proserpine ; il est vrai que l'Auteur a prétendu encore nous parler du toucher dans
ces Vers que Laodamie dit à Diomede :
Voilà de mes plaisirs et l'objet et le gage:
Dans ces embrassemens je goute mille appas ;
Vous voyez dans ces traits sa fierté , son courage ;
Sa flamme dans ses yeux ne brille-t'elle pas à
Il semble de mon cœur entendre le langage,
Il semble qu'il me tend les bras.
Tout cela (continuënt les Critiques) nous
parle bien du toucher ; mais ce qu'on nous
en dit ne rend pas la vie au Héros de
I. Vol. Laodamie..
JUIN. 1732. 1205
Laodamie. Apparemment que l'Auteur a
eu ses raisons pour ne pas tirer son allegorie plus au clair ; imitons sa sagesse.
Les Ombres heureuses de la suite de
Proserpine , forment la Fête de cette Entrée, la Musique en a paruë très- touchante , mais plus convenable, dit- on , à une
Tragédie qu'à un Ballet.
LA VUE. Troisiéme Entrée.
Le Théatre représente une vaste Cam- pagne , bornée par des Côteaux fleuris.
Čet Acte a paru un des plus picquants
qu'on ait vûs dans ce genre ; on auroit
souhaité que tous ceux qui forment ce
nouveau Balet fussent sur le même ton..
L'Amour et Zephire exposent le sujet ; la
Dile le Maure représente l'Amour , et la
Die Petitpas fait le Rôle de Zephire. Jamais exposition de Piece n'a été si generalement applaudie ; les deux voix qui la
font sont des plus belles qu'on puisse entendre; la premiere n'eut jamais tant d'éclat , et l'autre a l'avantage de se soutenir à côté de son inimitable concurrente,
et de partager les suffrages avec elle. L'Amour à quitté son bandeau pour la pre
miere fois ; voici comment il expliqueP'impression que les couleurs font sur ses
yeux.
L. Vol. Mes
T206 MERCURE DE FRANCE
Mes yeux qu'un voilé épais a si long- temps cou
verts ,
S'ouvrent enfin à la lumiere ,
Cher Zephire , je crois voir naître l'Univers;
Je crois que le Soleil qui colore les Airs ,
Commence pour moi sa carriere.
Zephire l'exhorte par ces Vers à bien
user de la faveur que les Dieux viennent
de lui accorder , en lui donnant le précieux. usage de la vûë.
Songe à quel prix les Dieux t'accordent ces bienfaits.
Amour , quand ta main témeraire ,
Fait voler au hazard tes flammes et tes traits ,
Ton bandeau sert d'excuse aux mauxque tu peux
faire ;
L'excuse cesse desormais ;
C'est pour le bien des coeurs que le Destin t'éi
claire.
Dans la suite de cette Scene qui se sou
tient du commencement à la fin , l'Amour fait entendre qu'il aime Iris , voici
comment il s'exprime :
·
C'est entre la Terre et les Cieux ,
Que brille l'objet qui m'enchante :
Son Trône est un Arc radieux ,
Et toutes les couleurs qui séduisent les yeux,
L. Kol. Forment
JUIN 17320 1207
Forment sa parure éclatante ; ´´
C'est sur son front serein qu'on voit regner les
jeux ;
Sa presence toujours chérie et bienfaisante ,
Dissipe en un moment les orages affreux ;
C'est Iris , de Junon l'aimable Confidente.
A cet aveu Zephire cesse de craindre
d'avoir un Rival tel que l'Amour ; lés
ailes que le Destin leur a données à tous
deux , et d'autres traits de ressemblance lui faisoient appréhender que Flore ne le prit pour lui ; l'Auteur a imaginé
cette ressemblance , pour faire une Scenetrès-jolie entre l'Amour et Iris. Zephirequitte l'Amour pour aller prévenir Flore
sur cette ressemblance dont elle pourroit
être abusée.
L'Amour fait un beau Monologue.
sur les sentimens de son cœur , en voici
les quatre premiers Vers :
Enchantez mes regards , objets délicieux ,
Vous me dédommagez du séjour du Tonnerre ;-
Brillez , naissantes fleurs , vous êtes à la Terre ;.
Ce que
lés Astres sont aux Cieux.
Cette Scene est interrompue par un
orage qu'Iris vient dissiper ; elle paroît
sur l'Arc- en-Ciel , ce Trône radieux n'a
1. Vol jamais
1208 MERCURE DE FRANCE
jamais paru avec plus d'éclat. Voici le
premier compliment que lui fait l'Amour"
qu'elle prend pour l'inconstant Zephire.
Triomphez, belle Iris , tout ressent vos attraits ,
Et vos regards sont des beaux faits :
Vos couleurs font pâlir l'Aurore ;
Le Soleil éblouit , votre éclat est plus doux,;
Air , la Terre et les Cieux, tout s'embellit par vous.
La Versification du reste de cette Scene répond à ce gracieux début. Iris prenant l'Amour pour Zephire , le renvoye
à Flore , l'Amour est prêt à la détromper , mais il en est empêché par la brusque irruption d'Aquilon , son impetueux
Amant.Onauroit souhaité pour rendre cet
Acte plus parfait que la Scène de déclaration n'eut pas été interrompuë ; la reconnoissance qui ne vient que dans une autre Scene , auroit été plus vive et il n'étoit pas difficile de la filer avec art.
Zephire suivi de la Cour de Flore vient
faire le divertissement de cette troisiéme
Entrée : cette Fête est des plus riantes.
Nous ne parlerons point icy de la quatriéme ni de la cinquième Entrée, qui caracterisent les sens de l'Onie et du Goût ;
I. Vol nous
JUIN. 17320 1209
les
nous en rendrons compte quand elles auront été mises au Théatre , et nous ferons
part à nos Lecteurs des Observations du
Public , dont nous ne sommes que
Echos , quand il aura prononcé sur les
beautez et les deffauts qui peuvent se
trouver dans cet ouvrage.
Au Prologue, la DileErremans,le S*Chassé et le Sr Dumast remplissent les Rôles.
de Venus , de Jupiter et de Mercure.
Dans la premiere Entrée de l'Odorat, les
trois principaux Rôles de Lencothoé , de
Clitie et du Soleil , sont tres bien remplis.
par les Diles Lemaure et Antier , et par
le S Tribon.
Les Rôles de Laodamie , de Proserpine ,
de Protesilas et de Diomede sont parfaite
ment joüez par les Dules Pelissier et Julie ,
et par les S Chassé et Tribon:
Les Rôles d'Iris et d'Aquilon , à la 3 *
Entrée, sont remplis par la DeErremans,
et par le St Dun. Nous avons déja nommé les Diles Lemaure et Petitpas , en parlant de l'Amour et de Zéphire. Le triomphe de cette premiere est complet ;
il semble que le public n'ait des yeux et
des oreilles que pour elle.
Le dessein du Ballet , composé par le
S¹ Blondi , a été trouvé fort ingénieux et
I. Vol.
très-
1210 MERCURE DE FRANCE
tres-bien caracterisé , il est exécuté dans
la plus grande perfection , par les meilleurs sujets de l'Académie. La Dile Ferret
danse dans le Prologue; les S Dupré
Laval et la DeSalé , dans la premiere Entrée ; les Srs Dumoulin et Maltaires dans
la seconde , et les Srs Laval , Dumoulin et
Ja Dile Camargo dans la troisiéme.
sentation du Ballet des Sens le Pu- , que
blic vit avec plaisir. Des cinq Entrées qui
composent ce Ballet , on n'en a joué que
trois , on fair esperer que les autres viendront successivement. M. Mouret en a
fait la Musique , dont on a parû très- sa◄
tisfait. Quantà l'Auteur du Poëme , comme il ne juge pas encore à propos de se
nommer , nous ne l'annoncerons que
lorsqu'il voudra bien jouir de sa gloire ;
en attendant , instruisons le Public de ce
qui concerne ce Ballet.
Au Prologue , le Théatre représente
l'Assemblée des Dieux ; ils s'unissent tous
en faveur des Mortels , assujettis aux infirmitez de la vie et à la fatalité de la
mort ; Venus est la Divinité qui paroît
s'interesser le plus dans leur sort ; voici
comme elle parle au Maître des Dieux :
Ton bras soutient contre l'effort des ans.
Les Arbres , les Rochers , de ta vaste puissance ,
Trop insensibles Monumens ;
Des Mers et des Forêts les divers habitans ,
Jouissent de tes dons , mais sans reconnoissance ;
Les Humains t'adressent leurs vœux ;
Ta gloire chaque jour s'accroît par leur hom mage ,
1. Vol. Pour
JUIN. 1732. 1197
Pourquoi ton plus parfait Ouvrage ,
Est-il le moins cher à tes yeux ?
Jupiter lui répond , que tel est l'ordre
du Destin , qui n'a pas voulu leur donner l'immortalité , de peur qu'ils ne bravassent les Dieux par ingratitude , au lieu
de les encenser par reconnoissance .
Mercure se joint à Venus pour obtenir du moins en faveur des Mortels , un
usage agréable des Sens. Jupiter leur répond qu'il craint qu'ils ne rendent ce don
pernicieux par d'injustes caprices ; il ne
laisse pas d'accorder ce qu'on lui demande , et s'explique ainsi :
Volez, charmans plaisirs , volez de toutes parts
Suivez chez les Mortels la Reine de Cythere ;
Brillez , enchantez leurs regards ;
Regnez, et que le Dieu des Arts ,
Vous embellisse et vous éclaire.
leurs Tous les Dieux témoignent par
danses la part qu'ils prennent au bonheur des hommes.
L'ODORAT. Premiere Entrée.
La Scene présente aux yeux les Jardins des Rois de Babilone. Clytie , Reine
de Babylone , commence par se plaindre
de l'inconstance du Soleil , qui après l'aI. Vol.
voir Giiij
1198 MERCURE DE FRANCE
voir quelque temps aimée , a porté ses
vœux à Leucothoé , sa sœur ; Enone , sa
Confidente , vient augmenter la haine
qu'elle a déja pour sa Řivale , en lui
prenant que l'ingrat dont elle se plaint
apva rendre sa nouvelle Maîtresse immortelle. Ce dernier trait porte le désespoir
dans le cœur de Clytie , et la fait parler
ainsi :
Prevenons cet affront ; seconde ma fúrie ;
Que le fer , le poison en délivre mes yeux ;
Il vient : elle se croit au comble de ses vœux ;
Mais ce plaisir sera le dernier de sa vie.
Leucothoć se plaint au Soleil de ce qu'il
la quitte si- tôt :il lui dit qu'il ne remonte
aux Cieuxque pour son propre interêt yet
que le Destin lui a promis de la rendre
immortelle; il ajoûte tendrement et galamment :
Nous unir à jamais , est le bien ou j'aspire ;
Non; dans tout l'Univers j'allume moins de feux
Que dans mon cœur n'en répandent vos yeux :
Pour les voir plus long- temps , ces beaux yeux
que j'adore ,
Je descends plus tard dans les Mers,
J'éveille plus matin l'Aurore ,
J'abbrege les nuits des hyvers.
I. Vol.
Ce
JUIN. 1732. 1199
Ce bel étalage que le Soleil fait de ses
feux , ne rassure pas Leucothoé ; ello lui
fait sentir qu'il a déja aimé sa sœur et
qu'il pourroit bien retourner à ses premieres chaînes ; le Soleil ne veut pas convenir qu'il ait déja été infidele , et par
un aveù tout des plus suspects, il lui div:
Clytie est votre sœuret votre Souveraine ;
Four votre sûreté j'adoucissois sa haine ;
Mais les Dieux vont enfin vous ouvrir leur séjour
Et vous ne craindrez plus une foible Mortelle ;
Je vais marquer au Ciel votre place nouvelle.
Le Soleil remonte aux Cieux , au grand
regret de la tendre Leucothoé. Elle fait
un. Monologue par lequel elle exprime
le desir empressé qu'elle a de revoir l'ob
jet de son amour.
Clytie vient faire avec elle une Scene
de dissimulation ; elle lui fait entendre
qu'elle ne songe plus au Soleil par ces
quatre Vers:
Pour rappeller un infidelle ,
Devons-nous perdre des soupirs ?
C'est nous couvrir d'une honte nouvelle
Et du volage encor redoubler les plaisirs.
Elle ne laisse pas de faire sentir à sa RIvale , qu'elle doit craindre le même sott
I. Kal. GAV qu'elle
1200 MERCURE DE FRANCE
qu'elle a éprouvés Leucothoé en est frappée. Clytie lui dit de l'aller attendre au
Temple , où elles se jureront une amitiééternelle ; et de peur que le Public ne
prenne le change sur sa prétendue sincerité , elle l'instruit de ses vrais sentimens.
par ce Vers :
Rivale que je hais , tu cours à ton supplice.
1
Enone vient lui montrer comme un
dépôt précieux , le Vase empoisonné qui
doit donner la mort à sa sœur ; Clytie
s'applaudit de sa prochaine vengeance
elle apperçoit la clarté renaissante du Soleil ; c'est ce qui la détermine à aller pres
ser l'execution de son barbare projet.
Le Soleil descend des Cieux ; les Heures qui forment sa Cour , forment aussi
la fête de cette premiere Entrée ; le So
leil y appelle les Babyloniens par ces quatre Vers :
Peuples de ces climats , celebrez ma conquête ;.
Dressez-lui les premiers Autels ;
Plaisirs , Amours , à cette Fête ,
Interessez les Dieux et les Mortels.
Pendant que le Soleil ordonne tranquil
lement l'Apothéose de son Amante ; Ĉlytie employe bien mieux des momens si
I. Vol. chers
JUIN. 1732. 1201
chers à sa vengeance ; il semble même
que le Soleil soit de concert avec elle ,
puisqu'il ne s'apperçoit de l'absence de
Leucothoé , que lorsqu'il n'est plus temps
d'empêcher sa mort ; voici quelle est sa
tardive reflexion :
Leucothoé devoit ici m'attendre ;
Qui peut la ravir à mes yeux ?
Cessez vos chants ; je ne puis les entendre ,
OCiel ! en quel état me la rendent les Dieux.
Ce qui donne lieu à ce dernier Vers ,
c'est l'arrivée de Leucothoé empoisonnée et expirante. Le Soleil ne reçoit plus
que ses derniers soupirs , et l'immortalité
que le Destin lui avoit promise pour elle,
se réduit à une métamorphose en l'Arbre
qui porte l'encens.
LE TOUCHER. Seconde Entrée.
Le Théatre représente le Temple de
Proserpine , au milieu duquel est la Statuë de Protesilas , Lardamie est aux pieds
de la Statue. Une Prêtresse de Proserpine
euvre la Scene par ces quatreVers :
Digne fille de Cerès ,
Reçoi les vœux d'un cœur tendre ;
Que l'objet de nos regrets ,
Puisse aujourd'hui les entendre
J. Vola G vj OFF
1202 MERCURE DE FRANCE
On voit bien que ce cœur tendre , c'èst
Laodamie , et que c'est Protesilas qui est
T'objet de ces tristes vœux. Après quelques autres Vers chantez alternativement
par la Prêtresse et par les Chœurs,et animez par des danses , Laodamie s'avance
sur le bord du Théatre , et expose le
sujet par ces. Vers.:
Illustre et cher Epour, non , non , la morg
cruelle ,
Ne sçauroit séparer nos cœurs ;
Tu respires encor dans ce Marbre fidelle ,
Qui trompe et nourrit mes douleurs ;
Je le touche, l'embrasse , et crois que j'y rap
pelle,
La vie , et nos chastes ardeurs.
Illustre et chér Epoux , &c.
Diomede , qui a quitté le Siege de Troye,
pour apporter à Laodamie l'épée et le
Diadême de Protesilas , tristes restes d'un
si cher Epoux , tâche de consoler cette
Reine gémissante; il ne s'en tient pas à
de simples complimens de condoleance,
un plus pressant motif l'a arraché au devoir que sa gloire et ses premiers sermens
lui imposaient; c'est l'amour qu'il avoit
conçu pour Laodamie , avant la mort de
Protesilas ; cette Epouse inconsolable est
si surprise et si irritée de l'aveu qu'il lui
en fair , qu'elle s'écrie :
JUIN. 1732. 1203
Qu'entends-je ? quels discours ! ô Ciel ! le puisje croire
Respectez-vous si peu mon amour et ma gloire
Diomede s'excuse du mieux qu'il peut;
mais voyant qu'il attaque un cœur plus
difficile à emporter que la Ville de Troye;
il renonce à la conquête que son amour
s'étoit proposée , pour retourner à celle
que lui présente sa gloire..
Après de nouveaux regrets ' de Laodamie, dont Proserpine est enfin touchées
cette Reine gagne tout , quand elle croit
tout perdu ; un orage soudain qui fait
tremblerla terre sous ses pas , et qui est
suivi de la foudre , abîme là Statuë de som
cher Epoux; ce nouveau malheur l'acca
ble, et lui fait dire :
ODieux ! ce Monument d'une flamme si belle
Devoit-il de la foudre attirer les éclats ?
J'ai tout perdu ; je languis , je chancelle ;
Le jour fuit ; j'entrevois les routes du trépas !
Elle tombe évanouie. Heureuse pamoi
son ! c'est dans ce même moment que
Proserpine sort des Enfers avec Protesilas , à qui elle dit : ."
Ouvre les yeux à la clarté celeste ;
Triomphe de la Mort, c'est le prix de tes feux-;-
L. Vol Bour
1204 MERCURE DE FRANCE
Pour Admete autrefois j'ai fait revivre Alceste ;
Tendre Epoux, je te rends à l'objet de tes vœux.
La Scene entre Laodamie revenuë de
son évanouissement , et Protesilas ressuscité , a paru très - touchante ; on n'a pas
bien compris comment cette Entrée peut convenir au toucher ; il n'est prequé question de ce Sens que dans ce Vers que nous
avons cité au sujet de la Statuë de Marbre :
Je le touche , l'embrasse , et crois que j'y rappelle
La vie et nos chastes ardeurs , &c.
Mais ce n'est point là , dit- on , ce qui
a ressuscité Protesilas ; c'est la bonté de.
Proserpine ; il est vrai que l'Auteur a prétendu encore nous parler du toucher dans
ces Vers que Laodamie dit à Diomede :
Voilà de mes plaisirs et l'objet et le gage:
Dans ces embrassemens je goute mille appas ;
Vous voyez dans ces traits sa fierté , son courage ;
Sa flamme dans ses yeux ne brille-t'elle pas à
Il semble de mon cœur entendre le langage,
Il semble qu'il me tend les bras.
Tout cela (continuënt les Critiques) nous
parle bien du toucher ; mais ce qu'on nous
en dit ne rend pas la vie au Héros de
I. Vol. Laodamie..
JUIN. 1732. 1205
Laodamie. Apparemment que l'Auteur a
eu ses raisons pour ne pas tirer son allegorie plus au clair ; imitons sa sagesse.
Les Ombres heureuses de la suite de
Proserpine , forment la Fête de cette Entrée, la Musique en a paruë très- touchante , mais plus convenable, dit- on , à une
Tragédie qu'à un Ballet.
LA VUE. Troisiéme Entrée.
Le Théatre représente une vaste Cam- pagne , bornée par des Côteaux fleuris.
Čet Acte a paru un des plus picquants
qu'on ait vûs dans ce genre ; on auroit
souhaité que tous ceux qui forment ce
nouveau Balet fussent sur le même ton..
L'Amour et Zephire exposent le sujet ; la
Dile le Maure représente l'Amour , et la
Die Petitpas fait le Rôle de Zephire. Jamais exposition de Piece n'a été si generalement applaudie ; les deux voix qui la
font sont des plus belles qu'on puisse entendre; la premiere n'eut jamais tant d'éclat , et l'autre a l'avantage de se soutenir à côté de son inimitable concurrente,
et de partager les suffrages avec elle. L'Amour à quitté son bandeau pour la pre
miere fois ; voici comment il expliqueP'impression que les couleurs font sur ses
yeux.
L. Vol. Mes
T206 MERCURE DE FRANCE
Mes yeux qu'un voilé épais a si long- temps cou
verts ,
S'ouvrent enfin à la lumiere ,
Cher Zephire , je crois voir naître l'Univers;
Je crois que le Soleil qui colore les Airs ,
Commence pour moi sa carriere.
Zephire l'exhorte par ces Vers à bien
user de la faveur que les Dieux viennent
de lui accorder , en lui donnant le précieux. usage de la vûë.
Songe à quel prix les Dieux t'accordent ces bienfaits.
Amour , quand ta main témeraire ,
Fait voler au hazard tes flammes et tes traits ,
Ton bandeau sert d'excuse aux mauxque tu peux
faire ;
L'excuse cesse desormais ;
C'est pour le bien des coeurs que le Destin t'éi
claire.
Dans la suite de cette Scene qui se sou
tient du commencement à la fin , l'Amour fait entendre qu'il aime Iris , voici
comment il s'exprime :
·
C'est entre la Terre et les Cieux ,
Que brille l'objet qui m'enchante :
Son Trône est un Arc radieux ,
Et toutes les couleurs qui séduisent les yeux,
L. Kol. Forment
JUIN 17320 1207
Forment sa parure éclatante ; ´´
C'est sur son front serein qu'on voit regner les
jeux ;
Sa presence toujours chérie et bienfaisante ,
Dissipe en un moment les orages affreux ;
C'est Iris , de Junon l'aimable Confidente.
A cet aveu Zephire cesse de craindre
d'avoir un Rival tel que l'Amour ; lés
ailes que le Destin leur a données à tous
deux , et d'autres traits de ressemblance lui faisoient appréhender que Flore ne le prit pour lui ; l'Auteur a imaginé
cette ressemblance , pour faire une Scenetrès-jolie entre l'Amour et Iris. Zephirequitte l'Amour pour aller prévenir Flore
sur cette ressemblance dont elle pourroit
être abusée.
L'Amour fait un beau Monologue.
sur les sentimens de son cœur , en voici
les quatre premiers Vers :
Enchantez mes regards , objets délicieux ,
Vous me dédommagez du séjour du Tonnerre ;-
Brillez , naissantes fleurs , vous êtes à la Terre ;.
Ce que
lés Astres sont aux Cieux.
Cette Scene est interrompue par un
orage qu'Iris vient dissiper ; elle paroît
sur l'Arc- en-Ciel , ce Trône radieux n'a
1. Vol jamais
1208 MERCURE DE FRANCE
jamais paru avec plus d'éclat. Voici le
premier compliment que lui fait l'Amour"
qu'elle prend pour l'inconstant Zephire.
Triomphez, belle Iris , tout ressent vos attraits ,
Et vos regards sont des beaux faits :
Vos couleurs font pâlir l'Aurore ;
Le Soleil éblouit , votre éclat est plus doux,;
Air , la Terre et les Cieux, tout s'embellit par vous.
La Versification du reste de cette Scene répond à ce gracieux début. Iris prenant l'Amour pour Zephire , le renvoye
à Flore , l'Amour est prêt à la détromper , mais il en est empêché par la brusque irruption d'Aquilon , son impetueux
Amant.Onauroit souhaité pour rendre cet
Acte plus parfait que la Scène de déclaration n'eut pas été interrompuë ; la reconnoissance qui ne vient que dans une autre Scene , auroit été plus vive et il n'étoit pas difficile de la filer avec art.
Zephire suivi de la Cour de Flore vient
faire le divertissement de cette troisiéme
Entrée : cette Fête est des plus riantes.
Nous ne parlerons point icy de la quatriéme ni de la cinquième Entrée, qui caracterisent les sens de l'Onie et du Goût ;
I. Vol nous
JUIN. 17320 1209
les
nous en rendrons compte quand elles auront été mises au Théatre , et nous ferons
part à nos Lecteurs des Observations du
Public , dont nous ne sommes que
Echos , quand il aura prononcé sur les
beautez et les deffauts qui peuvent se
trouver dans cet ouvrage.
Au Prologue, la DileErremans,le S*Chassé et le Sr Dumast remplissent les Rôles.
de Venus , de Jupiter et de Mercure.
Dans la premiere Entrée de l'Odorat, les
trois principaux Rôles de Lencothoé , de
Clitie et du Soleil , sont tres bien remplis.
par les Diles Lemaure et Antier , et par
le S Tribon.
Les Rôles de Laodamie , de Proserpine ,
de Protesilas et de Diomede sont parfaite
ment joüez par les Dules Pelissier et Julie ,
et par les S Chassé et Tribon:
Les Rôles d'Iris et d'Aquilon , à la 3 *
Entrée, sont remplis par la DeErremans,
et par le St Dun. Nous avons déja nommé les Diles Lemaure et Petitpas , en parlant de l'Amour et de Zéphire. Le triomphe de cette premiere est complet ;
il semble que le public n'ait des yeux et
des oreilles que pour elle.
Le dessein du Ballet , composé par le
S¹ Blondi , a été trouvé fort ingénieux et
I. Vol.
très-
1210 MERCURE DE FRANCE
tres-bien caracterisé , il est exécuté dans
la plus grande perfection , par les meilleurs sujets de l'Académie. La Dile Ferret
danse dans le Prologue; les S Dupré
Laval et la DeSalé , dans la premiere Entrée ; les Srs Dumoulin et Maltaires dans
la seconde , et les Srs Laval , Dumoulin et
Ja Dile Camargo dans la troisiéme.
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Résumé : Le Balet des Sens, Extrait, [titre d'après la table]
Le 5 juin 1732, l'Académie Royale de Musique a présenté le ballet des 'Sens', composé de cinq entrées dont seules trois ont été jouées. La musique, composée par M. Mouret, a été très appréciée. L'auteur du poème est resté anonyme. Le prologue met en scène l'Assemblée des Dieux discutant du sort des mortels. Vénus s'intéresse particulièrement à leur bien-être. Jupiter explique que les mortels ne sont pas immortels pour éviter leur ingratitude. Mercure et Vénus demandent à Jupiter de leur accorder un usage agréable des sens. Jupiter accepte et invite les plaisirs à se répandre parmi les mortels. La première entrée, 'L'Odorat', se déroule dans les jardins des rois de Babylone. Clytie, reine de Babylone, se plaint de l'inconstance du Soleil, qui a porté ses vœux à Leucothoé. Jalouse, Clytie décide de se venger en empoisonnant sa rivale. Le Soleil, après avoir promis l'immortalité à Leucothoé, découvre trop tard sa mort et la transforme en arbre à encens. La deuxième entrée, 'Le Toucher', se passe dans le temple de Proserpine. Laodamie, veuve de Protesilas, pleure la perte de son époux. Diomède, amoureux de Laodamie, lui avoue ses sentiments, mais elle le repousse. Proserpine ressuscite Protesilas, touchée par la douleur de Laodamie. La troisième entrée, 'La Vue', se déroule dans une vaste campagne. L'Amour, ayant retrouvé la vue, exprime sa joie et son amour pour Iris. Zephire, craignant une ressemblance entre l'Amour et lui, prévient Flore. Iris apparaît sur l'arc-en-ciel et dissipe un orage. Iris, prenant l'Amour pour Zéphire, le renvoie à Flore. L'Amour est sur le point de la détromper, mais est interrompu par Aquilon, son amant impétueux. La scène de déclaration est interrompue, ce qui aurait pu rendre la reconnaissance plus vive. Zéphire, suivi de la cour de Flore, offre un divertissement riant lors de la troisième entrée. Les rôles principaux sont interprétés par des artistes renommés. Au prologue, les rôles de Vénus, Jupiter et Mercure sont tenus par les DileErremans, le Sr Chassé et le Sr Dumast. Dans la première entrée de l'odorat, Leucothoé, Clytie et le Soleil sont joués par les Diles Lemaure et Antier, et le Sr Tribon. Laodamie, Proserpine, Protesilas et Diomède sont interprétés par les Dules Pelissier et Julie, et les Srs Chassé et Tribon. Iris et Aquilon, à la troisième entrée, sont incarnés par la DileErremans et le Sr Dun. Le ballet, composé par le Sr Blondi, est exécuté avec perfection par les meilleurs sujets de l'Académie. Les danseurs mentionnés incluent la Dile Ferret, les Srs Dupré, Laval, la DeSalé, Dumoulin, Maltaires, Camargo et Ja. La première représentation a été un triomphe, captivant le public.
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2
p. 1615-1619
L'Entrée de l'Oüie, Opera, [titre d'après la table]
Début :
Le 8 Juillet, l'Académie Royale de Musique, qui continuë [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique, Ballet des sens, Ulysse, Ouïe, Sirène
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'Entrée de l'Oüie, Opera, [titre d'après la table]
Le 8 Juillet , l'Académie Royale de
Musique , qui continue toujours avec
beaucoup de succès , le Ballet des Sens' ,
supprima la deuxième Entrée, qui a pour
titre , le Toucher , et donna pour la pre
miere fois celle de l'Ouïe , qui a été reçuë
tres- favorablement dupublic. Nous avons Gvj don-
1616 MERCURE DE FRANCE
donné l'Extrait dans le dernier Mercure
des trois premieres Entrées ; voicy celuide l'Oue qu'on vient de faire paroître.
Le Théatre represente l'Isle des Syrenes; Ulisse et Orphée font la premiere
Scene :Orphée presse Ulisse de s'arracher
aux Piéges dangereux que les Sirenes tendent aux Mortels par la funeste douceur
de leurs chants. Ulisse lui dit que ce sont
là des Monstres qui lui restent à surmonter, pour mettre le comble à sa gloire. Il
prie Orphée d'aller rassûrer ses Grecs , et
de leur dire qu'ils quitteront bien- tôt ce
dangereux rivage.
Ulisse , tout occupé d'une voix mélodieuse qu'il a entendue,s'éloigne de l'Isle
des Sirenes, pour chercher encore le charme qui l'a frappé.
La Reine des Sirenes , suivie de ses
sœurs Leucosie et Partenope , n'ose consentir à la perte des malheureux que le sort a
conduits près d'elles. Ses sœurs ont beau
lui representer qu'un Oracle lui a prédit
qu'elle perdroit le jour et l'Empire, si un
seul Mortel échappoit à leur fureur. Ulisse
est plus fort dans son cœur que tous les
malheurs qui lui sont annoncez : Voicy
ce qu'elle leur répond ;
De ma raison , je chetche en vain l'usage ;
Je veux la rappeller , mais sur tous mes efforts ,
Ulisse
JUILLET. 1732. 1617
Ulisse a toujours l'avantage ;
Invisible et presente à l'aide d'un nuage,
Je le suis , je l'observe ; il entend mes transports,
Rougirai-je à ses yeux d'un indigne esclavage ?
S'il dédaigne mes feux , quel affront ? quels remords ?
L'immolerai- je , hélas ! si son cœur les partage à
Elle congédie ses sœurs , et leur defenfend de rien entreprendre sans son ordre
exprès.
La Reine refléchit sur la triste situation
où l'amour vient de la mettre : Ulisse attiré par sa voix , s'approche d'elle ; il la
prend d'abord pour une Déesse ; elle lui
répond, qu'il doit juger par ses larmes ,
qu'elle n'est qu'une Mortelle , et des plus
infortunées : Ulisse lui dit tendrement :
Reprochez - vous aux Dieux des rigueurs trop,
cruelles ?
D'un tendre Amant,pleurez-vous le trépas ?
De si beaux yeux ne pleurent pas
Des ingrats , ni des infidelles,
Il est aussi touché des charmes de ses
yeux , qu'il l'a été de la douceur de ses
chants; c'est ce qu'il lui exprime par ces
Vers:
Vosaccents en ces lieux, captivoient mon courage,
Je cherchois d'ou partoit le trait qui m'a blessé ;
Vos
4
1
1
1
1618 MERCURE DE FRANCE
Vos attraits sur mon cœur ont achevé l'ouvrage
Que vos chants avoient commencé.
La Sirene le presse de fuir des monstres
qui en veulent à sa vie ; elle se fait connoître pour leur Reine. Ulisse la prie de
le suivre dans ses Etats ; elle y consent
enfin, et va tout préparer pour leur fuite.
Les Sirenes et leur suite viennent enchanter Ulisse , et forment la fête de cet
Acte.
Orphée vient , et voyantà quel danger
Ulisse est exposé , il profite de son sommeil pour le faire transporter dans son
Vaisseau , armé du pouvoir d'Apollon ,
son Pere ; il transforme les Sirenes en
Rochers ; la Reine vient , prête à partir
avec Ulisse ; mais voïant son Vaisseau s'éloigner du rivage , elle se précipite dans
les flots , avec une grace , qui a donné
lieu à ce Madrigal.
Pelissier , flatteuse Sirene ,
Non , jamais au Théatre on n'a mieux exprimé ;
Le plaisir , la douleur , la tendresse et la haine ;
En toi , jusqu'à la mort , tout paroît animé ;
On diroit à te voir , dans les flots de Neptune
T'élancer , voler au trépas ,
Qu'un Triton, à bonne fortune ,
Va te recevoir dans ses bras.
La
-
JUILLET. 1732. 1619
La De Pellissier n'est pas la scule qui se
soit distinguée dans l'Acte de l'Ouïc ; le
S Chassé , et la Dlle Salé , lui en ont dis
puté la gloire ; l'un , par la beauté du
chant ; l'autre, par les graces de la danse
Musique , qui continue toujours avec
beaucoup de succès , le Ballet des Sens' ,
supprima la deuxième Entrée, qui a pour
titre , le Toucher , et donna pour la pre
miere fois celle de l'Ouïe , qui a été reçuë
tres- favorablement dupublic. Nous avons Gvj don-
1616 MERCURE DE FRANCE
donné l'Extrait dans le dernier Mercure
des trois premieres Entrées ; voicy celuide l'Oue qu'on vient de faire paroître.
Le Théatre represente l'Isle des Syrenes; Ulisse et Orphée font la premiere
Scene :Orphée presse Ulisse de s'arracher
aux Piéges dangereux que les Sirenes tendent aux Mortels par la funeste douceur
de leurs chants. Ulisse lui dit que ce sont
là des Monstres qui lui restent à surmonter, pour mettre le comble à sa gloire. Il
prie Orphée d'aller rassûrer ses Grecs , et
de leur dire qu'ils quitteront bien- tôt ce
dangereux rivage.
Ulisse , tout occupé d'une voix mélodieuse qu'il a entendue,s'éloigne de l'Isle
des Sirenes, pour chercher encore le charme qui l'a frappé.
La Reine des Sirenes , suivie de ses
sœurs Leucosie et Partenope , n'ose consentir à la perte des malheureux que le sort a
conduits près d'elles. Ses sœurs ont beau
lui representer qu'un Oracle lui a prédit
qu'elle perdroit le jour et l'Empire, si un
seul Mortel échappoit à leur fureur. Ulisse
est plus fort dans son cœur que tous les
malheurs qui lui sont annoncez : Voicy
ce qu'elle leur répond ;
De ma raison , je chetche en vain l'usage ;
Je veux la rappeller , mais sur tous mes efforts ,
Ulisse
JUILLET. 1732. 1617
Ulisse a toujours l'avantage ;
Invisible et presente à l'aide d'un nuage,
Je le suis , je l'observe ; il entend mes transports,
Rougirai-je à ses yeux d'un indigne esclavage ?
S'il dédaigne mes feux , quel affront ? quels remords ?
L'immolerai- je , hélas ! si son cœur les partage à
Elle congédie ses sœurs , et leur defenfend de rien entreprendre sans son ordre
exprès.
La Reine refléchit sur la triste situation
où l'amour vient de la mettre : Ulisse attiré par sa voix , s'approche d'elle ; il la
prend d'abord pour une Déesse ; elle lui
répond, qu'il doit juger par ses larmes ,
qu'elle n'est qu'une Mortelle , et des plus
infortunées : Ulisse lui dit tendrement :
Reprochez - vous aux Dieux des rigueurs trop,
cruelles ?
D'un tendre Amant,pleurez-vous le trépas ?
De si beaux yeux ne pleurent pas
Des ingrats , ni des infidelles,
Il est aussi touché des charmes de ses
yeux , qu'il l'a été de la douceur de ses
chants; c'est ce qu'il lui exprime par ces
Vers:
Vosaccents en ces lieux, captivoient mon courage,
Je cherchois d'ou partoit le trait qui m'a blessé ;
Vos
4
1
1
1
1618 MERCURE DE FRANCE
Vos attraits sur mon cœur ont achevé l'ouvrage
Que vos chants avoient commencé.
La Sirene le presse de fuir des monstres
qui en veulent à sa vie ; elle se fait connoître pour leur Reine. Ulisse la prie de
le suivre dans ses Etats ; elle y consent
enfin, et va tout préparer pour leur fuite.
Les Sirenes et leur suite viennent enchanter Ulisse , et forment la fête de cet
Acte.
Orphée vient , et voyantà quel danger
Ulisse est exposé , il profite de son sommeil pour le faire transporter dans son
Vaisseau , armé du pouvoir d'Apollon ,
son Pere ; il transforme les Sirenes en
Rochers ; la Reine vient , prête à partir
avec Ulisse ; mais voïant son Vaisseau s'éloigner du rivage , elle se précipite dans
les flots , avec une grace , qui a donné
lieu à ce Madrigal.
Pelissier , flatteuse Sirene ,
Non , jamais au Théatre on n'a mieux exprimé ;
Le plaisir , la douleur , la tendresse et la haine ;
En toi , jusqu'à la mort , tout paroît animé ;
On diroit à te voir , dans les flots de Neptune
T'élancer , voler au trépas ,
Qu'un Triton, à bonne fortune ,
Va te recevoir dans ses bras.
La
-
JUILLET. 1732. 1619
La De Pellissier n'est pas la scule qui se
soit distinguée dans l'Acte de l'Ouïc ; le
S Chassé , et la Dlle Salé , lui en ont dis
puté la gloire ; l'un , par la beauté du
chant ; l'autre, par les graces de la danse
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Résumé : L'Entrée de l'Oüie, Opera, [titre d'après la table]
Le 8 juillet, l'Académie Royale de Musique a supprimé la deuxième entrée du ballet 'Les Sens' intitulée 'Le Toucher' et a présenté pour la première fois celle de 'L'Ouïe', qui a été bien accueillie par le public. Le théâtre représentait l'île des Sirènes, où Ulisse et Orphée jouaient la première scène. Orphée incitait Ulisse à échapper aux pièges des Sirènes, mais Ulisse était attiré par leurs chants. La Reine des Sirènes, malgré les avertissements de ses sœurs, était incapable de résister à Ulisse. Elle le suivait, croyant qu'il pourrait partager ses sentiments. Ulisse, touché par ses charmes, acceptait de l'emmener. Cependant, Orphée, profitant du sommeil d'Ulisse, le transportait sur son vaisseau et transformait les Sirènes en rochers. La Reine des Sirènes, voyant le vaisseau s'éloigner, se précipitait dans les flots. Plusieurs artistes, dont Pelissier, Chassé et la Demoiselle Salé, se sont distingués lors de cette représentation.
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3
p. 1843-1845
Ballet des Sens, Entrée du Goût, [titre d'après la table]
Début :
Le 14 Aoust, l'Académie Royale de Musique, qui represente toujours le Ballet [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique, Ballet des sens, Entrée, Goût
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texteReconnaissance textuelle : Ballet des Sens, Entrée du Goût, [titre d'après la table]
Le 14 Aoust , l'Académie Royale de
Musique , qui represente toujours le Ballet des Sens, et qui avoit déja supprimé la
premiere Entrée , qui a pour titre, le Tou
cher , supprima encore celle qui a pour
titre , la Vue , et donna pour la premiere
fois celle du Goût. En voici le sujet.
Le Théatre represente une Campagne
dont la vue est bornée par le Temple de
Jupiter , et par la Ville de Carie. Cephise,
Suivante d'Erigone , presse sa Maîtresse
sur le choix d'un Epoux , que son Peuple
Hij attend
"
1844 MERCURE DE FRANCE
attend avec impatience ; elle lui demande , lequel d'entre les Dieux ou demiDieux qui lui font la cour , aura la préférence ; elle lui nomme au hazard, Pan,
Faune , Silvain et Vertumné ; elle s'arrête
un peu plus sur un jeune conquerant ,
qui n'a point d'autre nom que celui de
vainqueur des Indiens. Erigonne lui répond :
Fille de Jupiter , l'Olimpe m'est promis ,
Mais tu sçais qu'à ce rang l'Oracle met un prix!
Il veut qu'à mes sujets, je choisisse pour Maître,
L'Amant dont le pouvoir se fera mieux connoître
Par les bienfaits les plus chéris.
Leur bonheur et le mien à moi seule est remis.
Elle se deffend du soupçon de Céphise
au sujet du Vainqueur des Indes , qui n'étant qu'un simple mortel , ne sçauroit
l'élever aux Cieux. Bacchus vient se plaindre à Erigone du mépris qu'elle fait de
sa flamme , et de la préférence qu'elle
donne à quelque heureux Rival. Erigone
lui déçlare ses sentimens par ces Vers :
Je sçais que votre bras sçut enchaîner des Rois ;
Je sçais que plus d'un Trône étoit à votre
* choix ,
Et je sens tout le prix d'un pareil sacrifice ;
Mais ne m'accusez point d'une aveugle injustice;
Un
AOUST. 1732. 1845
Un devoir trop imperieux ,
A fixé mes destins , il faut que je choisisse ,
Un Epoux qui m'éleve aux Cieux.
Les Cariens s'assemblent pour appren
dre le choix de leur Reine , entre les
Dieux dont elle est aimée : Erigone leur
fait entendre que leur bonheur fera le
sien ; que son cœur se déclarera pour celui qui sera leur plus aimable bienfaiteur ,
et sort pour aller consulter l'Oracle de
Jupiter , pour un choix si important.
Bacchus implore le secours de Jupiter
son Pere ; le Tonnerre gronde , le Théatre change ; et au lieu du Temple de Jupiter , on ne voit plus que des Treilles ,
chargées de Pampres et de Raisins ; les
Egipans , les Bacchantes , et les Peuples
forment la Fête , où l'on celebre le Dieu
du vin.
Bacchus se fait connoître à Erigone
pour Fils de Jupiter , et obtient la préfé
rence sur tous ses Rivaux.
Musique , qui represente toujours le Ballet des Sens, et qui avoit déja supprimé la
premiere Entrée , qui a pour titre, le Tou
cher , supprima encore celle qui a pour
titre , la Vue , et donna pour la premiere
fois celle du Goût. En voici le sujet.
Le Théatre represente une Campagne
dont la vue est bornée par le Temple de
Jupiter , et par la Ville de Carie. Cephise,
Suivante d'Erigone , presse sa Maîtresse
sur le choix d'un Epoux , que son Peuple
Hij attend
"
1844 MERCURE DE FRANCE
attend avec impatience ; elle lui demande , lequel d'entre les Dieux ou demiDieux qui lui font la cour , aura la préférence ; elle lui nomme au hazard, Pan,
Faune , Silvain et Vertumné ; elle s'arrête
un peu plus sur un jeune conquerant ,
qui n'a point d'autre nom que celui de
vainqueur des Indiens. Erigonne lui répond :
Fille de Jupiter , l'Olimpe m'est promis ,
Mais tu sçais qu'à ce rang l'Oracle met un prix!
Il veut qu'à mes sujets, je choisisse pour Maître,
L'Amant dont le pouvoir se fera mieux connoître
Par les bienfaits les plus chéris.
Leur bonheur et le mien à moi seule est remis.
Elle se deffend du soupçon de Céphise
au sujet du Vainqueur des Indes , qui n'étant qu'un simple mortel , ne sçauroit
l'élever aux Cieux. Bacchus vient se plaindre à Erigone du mépris qu'elle fait de
sa flamme , et de la préférence qu'elle
donne à quelque heureux Rival. Erigone
lui déçlare ses sentimens par ces Vers :
Je sçais que votre bras sçut enchaîner des Rois ;
Je sçais que plus d'un Trône étoit à votre
* choix ,
Et je sens tout le prix d'un pareil sacrifice ;
Mais ne m'accusez point d'une aveugle injustice;
Un
AOUST. 1732. 1845
Un devoir trop imperieux ,
A fixé mes destins , il faut que je choisisse ,
Un Epoux qui m'éleve aux Cieux.
Les Cariens s'assemblent pour appren
dre le choix de leur Reine , entre les
Dieux dont elle est aimée : Erigone leur
fait entendre que leur bonheur fera le
sien ; que son cœur se déclarera pour celui qui sera leur plus aimable bienfaiteur ,
et sort pour aller consulter l'Oracle de
Jupiter , pour un choix si important.
Bacchus implore le secours de Jupiter
son Pere ; le Tonnerre gronde , le Théatre change ; et au lieu du Temple de Jupiter , on ne voit plus que des Treilles ,
chargées de Pampres et de Raisins ; les
Egipans , les Bacchantes , et les Peuples
forment la Fête , où l'on celebre le Dieu
du vin.
Bacchus se fait connoître à Erigone
pour Fils de Jupiter , et obtient la préfé
rence sur tous ses Rivaux.
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Résumé : Ballet des Sens, Entrée du Goût, [titre d'après la table]
Le 14 août, l'Académie Royale de Musique présenta pour la première fois le ballet 'le Goût', supprimant les entrées 'le Toucher' et 'la Vue'. La scène se déroule dans une campagne près du Temple de Jupiter et de la ville de Carie. Céphise, suivante d'Érigone, encourage sa maîtresse à choisir un époux, attendu par le peuple. Érigone mentionne plusieurs prétendants, dont Pan, Faune, Silvain, Vertumné et un jeune conquérant vainqueur des Indiens. Elle explique que l'Oracle exige qu'elle choisisse un maître dont le pouvoir se manifestera par les bienfaits les plus chéris. Bacchus se plaint à Érigone de son mépris et de la préférence donnée à un rival. Érigone répond qu'un devoir impérieux l'oblige à choisir un époux qui l'élève aux Cieux. Les Cariens s'assemblent pour connaître le choix de leur reine, qui consultera l'Oracle de Jupiter. Bacchus implore Jupiter, son père, et le théâtre se transforme en une fête célébrant le dieu du vin. Bacchus se révèle comme le fils de Jupiter et obtient la préférence sur ses rivaux.
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4
p. 167-178
SUITE DES SPECTACLES DE LA COUR A VERSAILLES.
Début :
LE Jeudi 17 Février, les Comédiens François représenterent Inès de Castro, [...]
Mots clefs :
Comédie, Rôle, Pièce, Théâtre, Représentation, Comédiens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DES SPECTACLES DE LA COUR A VERSAILLES.
SUITE DES SPECTACLES DE LA
COUR A VERSAILLES .
L E Jeudi 17 Février , les Comédiens
François repréfenterent Inès de Caftro ,
Tragédie du feu fieur LA MOTTE ( a ) ,
& pour feconde Piéce l'Ecole amoureu--
fe , Comédie en un A&te & en vers du
fieur BRET ( b ).
Dans la Tragédie , le rôle d'Inès fut
( a) Première repréſentation d'Inès en 1720 ;
32 repréſent. de fuite.
(b) L'Ecole amoureuse en 1747. & repréſent.
168 MERCURE DE FRANCE .
joué par la Dlle GAUSSIN , celui de la
Reine par la Dile DUBOIS , & celui de
Conftance par la Dlle Huss. Le fieur
BELCOUR joua le rôle de Rodrigue , le
fieur MOLÉ , celui de D. Pedre , le fieur
BRIZART ,Alphonfe , le fieur DUBOIS,
l'Ambassadeur de Caftille , & le fieur
DAUBERVAL , le rôle de Henrique.
Le fieur MOLÉ , les Dlles Huss
PRÉVILLE , BELCOUR & LE Kain,
jouerent dans la Comédie.
Le Mardi 22 Fevrier , les mêmes Comédiens
repréſenterent les Femmes fçavantes
, ( c ) Comédie en vers , en cinq
Actes , de MOLIERE , Cette excellente
Piéce fut très-bien rendue ; elle fit fur
les Amateurs du vrai genre comique ,
l'effet qu'on doit toujours attendre des
Ouvrages de l'inimitable génie qui a
créé & en même temps . perfectionné
le Théâtre François , lorfqu'on apportera
, en remettant ces chefs-d'oeuvres ,
toutes les attentions qu'ils méritent .
La Dlle DUMESNIL jouoit le rôle
de Philaminte. Les Dlles PRÉVILLE &
Huss , ceux des deux filles. Belife
étoit jouée par la Dlle DROUIN , & la
Dlle BELCOUR jouoit le rôle de la
Servante Martine . Chrifalde & Arifte ,
( c ) Première repréſentation en 1651 .
par
AVRIL . 1763 . 169
2
par les fieurs BONNEVAL & DAUBERVAL.
Le rôle de Clitandre étoit joué
par le fieur BELCOUR ; ceux de Trillotin
& Vadius , par les fieurs DANGEVILLE
& ARMAND ; & celui de Julien,
par le fieur BOURET.
Cette Piéce fut fuivie de la Famille
extravagante ( d ) Comédie en un Acte
& en Vers du feu fieur LEGRAND.
Plufieurs des mêmes A&teurs & Actrices
de la grande Piéce repréfentoient
dans celle-ci , excepté le rôle de Cléon
Amant d'Elife , joué par le Sr MOLÉ ,
celui d'Elife par la Dlle DESPINAY , &
le rôle de Soubrette par la Dlle LE
KAIN. Le lendemain on repréſenta
pour la feconde fois Vertumne & Pomone
, Ballet extrait des Elémens, dont
nous avons parlé dans le Mercure de
Mars. Cette repréſentation d'Opéra fut
précédée d'une Comédie Italienne intitulée
le Diable boiteux , jouée par les
Acteurs de ce Théâtre.
Le 2 Mars on donna un Ballet en
un Acte intitulé la Vue , extrait du
Ballet des Sens; Poëme du fieur ROI
Mufique du feu fieur MOURet.
La Dlle LE MIERRE , ( époufe du
fieur LARRIVÉE , ) chanta le rôle de
( d ) Première repréſentation en 1709.
I. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE .
T
l'Amour , la Dlle VILLETTE , du
Théâtre des Italiens , ( époufe du feur
LA RUETTE ) chanta le rôle de Zé
phire. La Dile DUBOIS , l'ainée , celui
d'Iris , & le fieur LARRIVÉE celui
d'Aquilon. Une indifpofition accidentelle
dans la voix de la Dlle LE MIERRE
mit l'éxécution de ce Baliet en rifque de
n'être pas achevée , & nuifit à fon fuccès.
La Dlle LANI & le fieur GARDEL
danferent des Pas feuls ; le fieur LAVAL,
la Dile VESTRIS , les fieurs LANI
DAUBERVAL , les Dlles ALLARD &
PESLIN danfoient différens Pas
toutes les principales Entrées.
la
La repréſentation de cet Opéra fut
précédée d'une Comédie Italienne
nouvelle , en un A&te , intitulée Arlequin
cru mort , par le fieur GOLDONI .
Cette Comédie fit plaifir ; & l'on rendit ,
par des fuffrages très -honorables
même juftice aux talens de ce célébre
Etranger , que l'on avoit déjà rendue à
la repréfentation de l'Amour Paternel.
Le lendemain Jeudi 3 Mars
".
Comédiens François repréfenterent les
Déhors trompeurs ou l'Homme dujour,(e)
( e ) Premiere repréſentation en 1740. 17
repréſentations,
,
les
AVRIL 1763. 171
Comédie en cinq Actes & en Vers
du feu fieur DE BOISSY . Le Baron
étoit joué par le fieur BELCOUR ; le
Marquis , par le fieur MOLÉ ; M. de
Forlis , par le fieur BONNEVAL ; &
Champagne , par le fieur PREVILLE ;
le rôle de la Comteffe , par la Dlle DANGEVILLE
; ceux de Lucile & de Céliante,
par les Diles HUSS & PREVILLE;
celui de Lifette , par la Dlle BELCOUR .
La feconde Piéce étoit l'Ile déferte ,
Comédie en un A&te & en Vers , du
fieur COLLET. Le fieur MOLE y jonoit
le rôle de Ferdinand, le fieur BELCOUR,
celui de Timante ; & le fieur PRÉVILLE,
le Matelot ; les rôles de Conftance & de
Silvie , furent joués par les Diles PRÉ-
VILLE & HUSS.
Le Mardi , 8Mars , par les mêmes Comédiens,
le Dépit amoureux , Comédie
de MOLIERE en 5 Actes en Vers. (f)
Erafte étoit joué par le fieur BELCOUR
, & Gros- René , fon valet , par
le fieur ARMAND ; Valére , par le fieur
MOLÉ & Mafcarille ,, par le fieur
BOURET ; les deux Vieillards , par les
fieurs BONNEVAL & BLAINVILLE ;
le Pédant , par le fieur DANGEVILLE ;
Lucile, par la Dlle GAUSSIN , fa Sui-
(f) En 1658.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
vante , Marinette , par la Dlle DANGEVILLE
, Afcagne , par la Dlle DUBOIS ,
& fa Suivante Frofine , par la Dlle LE
ΚΑΙΝ,
Pour feconde Piéce,on donna Annette
& Lubin , Comédie en un Acté , mêlée
d'Ariettes , de la Dlle FAVART & du
fieur L ***, Cette Piéce fut repréſen
tée par les Comédiens du Théâtre Italien
, ainfi qu'elle l'eft à Paris & par
les mêmes Acteurs.
Le lendemain , Mercredi , 9 Mars ,
après la repréſentation du Barbier paralitique
, Comédie Italienne , on éxécuta
le Devin du Village , ( g ) intermède ,
Paroles & Mufique du fieur ROUSSEau.
Le rôle de Colin , étoit parfaitement
rempli par le fieur GÉLIOTE, qui ne doit
rien du plaifir extrême que font fa voix &
fes talens à la difficulté d'en jouir depuis
fa retraite ; la Dlle VILLETTE
( époufe du fieur LARUETTE , ) a joué
& chanté très- agréablement le rôle de
Colette , dans lequel elle avoit déjà eu
du fuccès fur le Théâtre de l'Opéra ,
avant de paffer à celui de la Comédie
Italienne. Le fieur CAILLOT , Acteur
de ce dernier Théâtre , & des talens duquel
nous avons fi fouvent occafion de
( g ) Première repréſent . à l'Opéra en 1753•
AVRIL 1763. 173
parler avec de nouveaux éloges , a fort
bien chanté auffi le rôle du Devin dans
cet Interméde. On a pû reconnoître
quoique dans une petite étendue d'action
, ce que prête d'avantage au jeu
d'un chanteur l'habitude & l'art de la
Comédie . On parlera ci-après du Divertiffement
de la fin de cet Intermé-.
de , à l'Article de la feconde repriſe.
Le jour fuivant , 10 Mars , les Comédiens
François repréfenterent Brutus,
(h) Tragédie du Sr VOLTAIRE. Brutus
& Valérius , par les fieurs BRISART &
BLAINVILLE ; Arons , par le fieur
DUBOIS ; Titus , Fils de Brutus , par
le fieur LE KAIN ; Meffala , par le fieur
PAULIN ; Proculus , par le fieur DAUBERVAL
; Tullie , par la Dlle Huss , &
Algine , par la Dile DESPINAY.
Pour petite Piéce , l'Esprit de contradition,
Comédie en un Acte & en Profe,
du feu fieur DUFRESNI ( i ) . Le fieur
MOLE y jouoit le rôle de Valére ; le
fieur PAULIN , celui de Lucas ; le fieur
BONNEVAL , Oronte ; le fieur DANGEVILLE
, Tibaudois ; la Dlle DROUIN ,
Mde Oronte; & la Dlle Huss, Angélique.
(h ) Première Repréſentation en 1730.
35 repréfentations.
(i ) Première repréfent. en 1700. 16 repréf.
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
f
Le Mardi 15 , les Comédiens François
donnerent Mélanide , ( k ) Comédie en
Vers en cinq Actes , du feu fieur DE
LA CHAUSSÉE . Lefieur BRISART repréfentoit
le Marquis d'Orvigny ; le
fieur DUBOIS , Théodon ; le fieur BELCOUR
, Darviane , la Dlle GAUSSIN
Melanide ; la Dlle DROUIN , Dorifées
& la Dlle Huss , Rofalie.
A la fuite de cette Piéce les Acteurs
de la Comédie Italienne éxécuterent le
Bucheron , Comédie mêlée d'Ariettes.
Mufique du fieur PHILIDOR , Paroles
du fieur GUICHARD & du fieur C***
Cette efpèce d'Interméde comique ,
très-ſuivi à Paris & duquel nous parlerons
plus en détail ci- après , parut agréable
à la Cour ; ceux. mêmes qui n'approuvent
pas l'application des tours &
de l'accent de la Mufique Italienne aux
Paroles Françoiſes rendirent juftice aux
grands talens du fieur PHILIDOR : & le
fieur CAILLOT , qui a l'art de rendre
aimable tout ce qu'il éxécute , en adouciffant
cet accent mufical étranger à l'expreffion
de notre langue , réunit les
fuffrages des Amateurs de l'un & de
l'autre genre. On donnera connoiffance
de cet Ouvrage dans l'Article des
Spectacles de Paris.
( k) Première repréſent . en 1741. 16 repræl
AVRIL. 1763. 175
>
Le lendemain , 16 Mars , a été , pour
afnfi dire , un jour de fête diftinguée fur
le Théâtre de la Cour , par la réunion
des deux plus agréables Ouvrages en
Mufique & en Paroles dans différens
genres ,
éxécutés par les plus rares ta
lens propres à ce Spectacle. La troifiéme
repriſe de Vertumne & Pomone ,
Ballet , & la deuxième du Devin
du Village occupérent entiérement fa
Scène. Les Acteurs , dont on a parlé cideffus
parurent dans l'un & l'autre
Ballet s'être furpaffés. Le Divertiffement
de Vertumne & Pomone , compofé comme
tous ceux des autresSpectacles qu'on
avoit donnés , de plufieurs morceaux
choifis dans divers Opéra ou autres
Ouvrages , étoit particuliérement ajusté
pour donner beaucoup d'airs de différens
genres au fieur GÉLIOTE , qui
les chanta tous avec la même voix
qu'on a tant admirée & avec un
naturel dans les tours de fon chant &
des graces que peut- être , fans illufion ,
on pourroit regarder comme nouvellement
acquifes & ajoûtées encore à tout
ce qu'on lui connoiffoit de fupériorité
dans ce talent.
Le Divertiffement dans le Devin du
Village , fubftitué à celui de cet Inter-
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
méde , étoit charmant par la variété &
par la gaîté des morceaux dont il étoit
compofé. Le fieur CAILLOT y chantoit
une Ariette compofée pour cet objet
par le fieur PHILIDOR : mais ce qu'il
y avoit de plus faillant & d'unique en
fon genre , étoit un Pas de quatre Villageois
& Villageoifes
, éxécuté par le
fieur LANI , la Dlle ALLARD , le fieur
DAUBERVAL
& la Dlle PESLIN . Ces
quatre Sujets dont l'affortiment
du genre
, des tailles & des talens , feroit impoffible
à raffembler
dans toute l'Europe
, éxécutoient
ce Pas avec une double
préciſion de jufteffe & de graces co miques, qui méritoient
toute l'admiration
dont ils furent honorés & qui comblerent
le plaifir que faifoit l'enſemble
de ce Spectacle.
Ces divertiffemens étoient arrangés
ainfi que tous les précédens , par le fieur
REBEL , Surintendant de la Mufique
du Roi , de fémeftre depuis le premier
Janvier. Le goût du choix & la plus délicate
analogie dans les rapports de genre
avec les Ouvrages auxquels ces Divertiffemens
étoient adaptés , ont reçu
& mérité de très-juftes éloges .
Le Jeudi , 17 Mars , on donna Zaïre , (1)
(4) Prem. Repréfent, en 1732. 30 Repréfent.
AVRIL 1763. 177
1.
Tragédie du fieur de VOLTAIRE
Orofmane , repréfenté par le fieur LE
KAIN ;Lufignan, par le fieur BRISART;
Néreftan & Chatillon , par les fieurs
MOLE & DUBOIS ; Zaïre , par la Dlle
GAUSSIN ; Fatime , par la Dlle PRÉ-
VILLE .
Ce même jour , qui étoit , felon l'ufage
, celui de la clôture des Spectacles
à la Cour , fut auffi marqué par une repréfentation
très- intéreffante fçavoir
celle de l'Anglois à Bordeaux , Comédie
en un Acte , en Vers libres , du fieur
FAVART , à l'occafion de la Paix , repréfentée,
à Paris pour la premiere fois ,
le Lundi précédent , on diroit avec le
plus grand fuccès , fi celui qu'elle a eu à
la Cour n'avoit été en quelque forte encore
plus éclatant. Nous parlerons
dans l'Article de Paris , de cette Piéce
nouvelle dont l'Auteur a eu l'honneur
d'être préſenté au Roi .
P
N. B. On a éxactement nommé , dans
cettefin du Journal des Spectacles de la
Cour , tous les Acteurs qui ont repréſen
té dans chaque Piéce du Théâtre François
, afin de conftater en même temps
les Sujets éxiftans à ce Théatre pendant
cette derniere année & le fervice qu'ils
Ну
178 MERCURE DE FRANCE .
ont eu l'honneur de remplir en préfence
de leurs Majeftés.
COUR A VERSAILLES .
L E Jeudi 17 Février , les Comédiens
François repréfenterent Inès de Caftro ,
Tragédie du feu fieur LA MOTTE ( a ) ,
& pour feconde Piéce l'Ecole amoureu--
fe , Comédie en un A&te & en vers du
fieur BRET ( b ).
Dans la Tragédie , le rôle d'Inès fut
( a) Première repréſentation d'Inès en 1720 ;
32 repréſent. de fuite.
(b) L'Ecole amoureuse en 1747. & repréſent.
168 MERCURE DE FRANCE .
joué par la Dlle GAUSSIN , celui de la
Reine par la Dile DUBOIS , & celui de
Conftance par la Dlle Huss. Le fieur
BELCOUR joua le rôle de Rodrigue , le
fieur MOLÉ , celui de D. Pedre , le fieur
BRIZART ,Alphonfe , le fieur DUBOIS,
l'Ambassadeur de Caftille , & le fieur
DAUBERVAL , le rôle de Henrique.
Le fieur MOLÉ , les Dlles Huss
PRÉVILLE , BELCOUR & LE Kain,
jouerent dans la Comédie.
Le Mardi 22 Fevrier , les mêmes Comédiens
repréſenterent les Femmes fçavantes
, ( c ) Comédie en vers , en cinq
Actes , de MOLIERE , Cette excellente
Piéce fut très-bien rendue ; elle fit fur
les Amateurs du vrai genre comique ,
l'effet qu'on doit toujours attendre des
Ouvrages de l'inimitable génie qui a
créé & en même temps . perfectionné
le Théâtre François , lorfqu'on apportera
, en remettant ces chefs-d'oeuvres ,
toutes les attentions qu'ils méritent .
La Dlle DUMESNIL jouoit le rôle
de Philaminte. Les Dlles PRÉVILLE &
Huss , ceux des deux filles. Belife
étoit jouée par la Dlle DROUIN , & la
Dlle BELCOUR jouoit le rôle de la
Servante Martine . Chrifalde & Arifte ,
( c ) Première repréſentation en 1651 .
par
AVRIL . 1763 . 169
2
par les fieurs BONNEVAL & DAUBERVAL.
Le rôle de Clitandre étoit joué
par le fieur BELCOUR ; ceux de Trillotin
& Vadius , par les fieurs DANGEVILLE
& ARMAND ; & celui de Julien,
par le fieur BOURET.
Cette Piéce fut fuivie de la Famille
extravagante ( d ) Comédie en un Acte
& en Vers du feu fieur LEGRAND.
Plufieurs des mêmes A&teurs & Actrices
de la grande Piéce repréfentoient
dans celle-ci , excepté le rôle de Cléon
Amant d'Elife , joué par le Sr MOLÉ ,
celui d'Elife par la Dlle DESPINAY , &
le rôle de Soubrette par la Dlle LE
KAIN. Le lendemain on repréſenta
pour la feconde fois Vertumne & Pomone
, Ballet extrait des Elémens, dont
nous avons parlé dans le Mercure de
Mars. Cette repréſentation d'Opéra fut
précédée d'une Comédie Italienne intitulée
le Diable boiteux , jouée par les
Acteurs de ce Théâtre.
Le 2 Mars on donna un Ballet en
un Acte intitulé la Vue , extrait du
Ballet des Sens; Poëme du fieur ROI
Mufique du feu fieur MOURet.
La Dlle LE MIERRE , ( époufe du
fieur LARRIVÉE , ) chanta le rôle de
( d ) Première repréſentation en 1709.
I. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE .
T
l'Amour , la Dlle VILLETTE , du
Théâtre des Italiens , ( époufe du feur
LA RUETTE ) chanta le rôle de Zé
phire. La Dile DUBOIS , l'ainée , celui
d'Iris , & le fieur LARRIVÉE celui
d'Aquilon. Une indifpofition accidentelle
dans la voix de la Dlle LE MIERRE
mit l'éxécution de ce Baliet en rifque de
n'être pas achevée , & nuifit à fon fuccès.
La Dlle LANI & le fieur GARDEL
danferent des Pas feuls ; le fieur LAVAL,
la Dile VESTRIS , les fieurs LANI
DAUBERVAL , les Dlles ALLARD &
PESLIN danfoient différens Pas
toutes les principales Entrées.
la
La repréſentation de cet Opéra fut
précédée d'une Comédie Italienne
nouvelle , en un A&te , intitulée Arlequin
cru mort , par le fieur GOLDONI .
Cette Comédie fit plaifir ; & l'on rendit ,
par des fuffrages très -honorables
même juftice aux talens de ce célébre
Etranger , que l'on avoit déjà rendue à
la repréfentation de l'Amour Paternel.
Le lendemain Jeudi 3 Mars
".
Comédiens François repréfenterent les
Déhors trompeurs ou l'Homme dujour,(e)
( e ) Premiere repréſentation en 1740. 17
repréſentations,
,
les
AVRIL 1763. 171
Comédie en cinq Actes & en Vers
du feu fieur DE BOISSY . Le Baron
étoit joué par le fieur BELCOUR ; le
Marquis , par le fieur MOLÉ ; M. de
Forlis , par le fieur BONNEVAL ; &
Champagne , par le fieur PREVILLE ;
le rôle de la Comteffe , par la Dlle DANGEVILLE
; ceux de Lucile & de Céliante,
par les Diles HUSS & PREVILLE;
celui de Lifette , par la Dlle BELCOUR .
La feconde Piéce étoit l'Ile déferte ,
Comédie en un A&te & en Vers , du
fieur COLLET. Le fieur MOLE y jonoit
le rôle de Ferdinand, le fieur BELCOUR,
celui de Timante ; & le fieur PRÉVILLE,
le Matelot ; les rôles de Conftance & de
Silvie , furent joués par les Diles PRÉ-
VILLE & HUSS.
Le Mardi , 8Mars , par les mêmes Comédiens,
le Dépit amoureux , Comédie
de MOLIERE en 5 Actes en Vers. (f)
Erafte étoit joué par le fieur BELCOUR
, & Gros- René , fon valet , par
le fieur ARMAND ; Valére , par le fieur
MOLÉ & Mafcarille ,, par le fieur
BOURET ; les deux Vieillards , par les
fieurs BONNEVAL & BLAINVILLE ;
le Pédant , par le fieur DANGEVILLE ;
Lucile, par la Dlle GAUSSIN , fa Sui-
(f) En 1658.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
vante , Marinette , par la Dlle DANGEVILLE
, Afcagne , par la Dlle DUBOIS ,
& fa Suivante Frofine , par la Dlle LE
ΚΑΙΝ,
Pour feconde Piéce,on donna Annette
& Lubin , Comédie en un Acté , mêlée
d'Ariettes , de la Dlle FAVART & du
fieur L ***, Cette Piéce fut repréſen
tée par les Comédiens du Théâtre Italien
, ainfi qu'elle l'eft à Paris & par
les mêmes Acteurs.
Le lendemain , Mercredi , 9 Mars ,
après la repréſentation du Barbier paralitique
, Comédie Italienne , on éxécuta
le Devin du Village , ( g ) intermède ,
Paroles & Mufique du fieur ROUSSEau.
Le rôle de Colin , étoit parfaitement
rempli par le fieur GÉLIOTE, qui ne doit
rien du plaifir extrême que font fa voix &
fes talens à la difficulté d'en jouir depuis
fa retraite ; la Dlle VILLETTE
( époufe du fieur LARUETTE , ) a joué
& chanté très- agréablement le rôle de
Colette , dans lequel elle avoit déjà eu
du fuccès fur le Théâtre de l'Opéra ,
avant de paffer à celui de la Comédie
Italienne. Le fieur CAILLOT , Acteur
de ce dernier Théâtre , & des talens duquel
nous avons fi fouvent occafion de
( g ) Première repréſent . à l'Opéra en 1753•
AVRIL 1763. 173
parler avec de nouveaux éloges , a fort
bien chanté auffi le rôle du Devin dans
cet Interméde. On a pû reconnoître
quoique dans une petite étendue d'action
, ce que prête d'avantage au jeu
d'un chanteur l'habitude & l'art de la
Comédie . On parlera ci-après du Divertiffement
de la fin de cet Intermé-.
de , à l'Article de la feconde repriſe.
Le jour fuivant , 10 Mars , les Comédiens
François repréfenterent Brutus,
(h) Tragédie du Sr VOLTAIRE. Brutus
& Valérius , par les fieurs BRISART &
BLAINVILLE ; Arons , par le fieur
DUBOIS ; Titus , Fils de Brutus , par
le fieur LE KAIN ; Meffala , par le fieur
PAULIN ; Proculus , par le fieur DAUBERVAL
; Tullie , par la Dlle Huss , &
Algine , par la Dile DESPINAY.
Pour petite Piéce , l'Esprit de contradition,
Comédie en un Acte & en Profe,
du feu fieur DUFRESNI ( i ) . Le fieur
MOLE y jouoit le rôle de Valére ; le
fieur PAULIN , celui de Lucas ; le fieur
BONNEVAL , Oronte ; le fieur DANGEVILLE
, Tibaudois ; la Dlle DROUIN ,
Mde Oronte; & la Dlle Huss, Angélique.
(h ) Première Repréſentation en 1730.
35 repréfentations.
(i ) Première repréfent. en 1700. 16 repréf.
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
f
Le Mardi 15 , les Comédiens François
donnerent Mélanide , ( k ) Comédie en
Vers en cinq Actes , du feu fieur DE
LA CHAUSSÉE . Lefieur BRISART repréfentoit
le Marquis d'Orvigny ; le
fieur DUBOIS , Théodon ; le fieur BELCOUR
, Darviane , la Dlle GAUSSIN
Melanide ; la Dlle DROUIN , Dorifées
& la Dlle Huss , Rofalie.
A la fuite de cette Piéce les Acteurs
de la Comédie Italienne éxécuterent le
Bucheron , Comédie mêlée d'Ariettes.
Mufique du fieur PHILIDOR , Paroles
du fieur GUICHARD & du fieur C***
Cette efpèce d'Interméde comique ,
très-ſuivi à Paris & duquel nous parlerons
plus en détail ci- après , parut agréable
à la Cour ; ceux. mêmes qui n'approuvent
pas l'application des tours &
de l'accent de la Mufique Italienne aux
Paroles Françoiſes rendirent juftice aux
grands talens du fieur PHILIDOR : & le
fieur CAILLOT , qui a l'art de rendre
aimable tout ce qu'il éxécute , en adouciffant
cet accent mufical étranger à l'expreffion
de notre langue , réunit les
fuffrages des Amateurs de l'un & de
l'autre genre. On donnera connoiffance
de cet Ouvrage dans l'Article des
Spectacles de Paris.
( k) Première repréſent . en 1741. 16 repræl
AVRIL. 1763. 175
>
Le lendemain , 16 Mars , a été , pour
afnfi dire , un jour de fête diftinguée fur
le Théâtre de la Cour , par la réunion
des deux plus agréables Ouvrages en
Mufique & en Paroles dans différens
genres ,
éxécutés par les plus rares ta
lens propres à ce Spectacle. La troifiéme
repriſe de Vertumne & Pomone ,
Ballet , & la deuxième du Devin
du Village occupérent entiérement fa
Scène. Les Acteurs , dont on a parlé cideffus
parurent dans l'un & l'autre
Ballet s'être furpaffés. Le Divertiffement
de Vertumne & Pomone , compofé comme
tous ceux des autresSpectacles qu'on
avoit donnés , de plufieurs morceaux
choifis dans divers Opéra ou autres
Ouvrages , étoit particuliérement ajusté
pour donner beaucoup d'airs de différens
genres au fieur GÉLIOTE , qui
les chanta tous avec la même voix
qu'on a tant admirée & avec un
naturel dans les tours de fon chant &
des graces que peut- être , fans illufion ,
on pourroit regarder comme nouvellement
acquifes & ajoûtées encore à tout
ce qu'on lui connoiffoit de fupériorité
dans ce talent.
Le Divertiffement dans le Devin du
Village , fubftitué à celui de cet Inter-
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
méde , étoit charmant par la variété &
par la gaîté des morceaux dont il étoit
compofé. Le fieur CAILLOT y chantoit
une Ariette compofée pour cet objet
par le fieur PHILIDOR : mais ce qu'il
y avoit de plus faillant & d'unique en
fon genre , étoit un Pas de quatre Villageois
& Villageoifes
, éxécuté par le
fieur LANI , la Dlle ALLARD , le fieur
DAUBERVAL
& la Dlle PESLIN . Ces
quatre Sujets dont l'affortiment
du genre
, des tailles & des talens , feroit impoffible
à raffembler
dans toute l'Europe
, éxécutoient
ce Pas avec une double
préciſion de jufteffe & de graces co miques, qui méritoient
toute l'admiration
dont ils furent honorés & qui comblerent
le plaifir que faifoit l'enſemble
de ce Spectacle.
Ces divertiffemens étoient arrangés
ainfi que tous les précédens , par le fieur
REBEL , Surintendant de la Mufique
du Roi , de fémeftre depuis le premier
Janvier. Le goût du choix & la plus délicate
analogie dans les rapports de genre
avec les Ouvrages auxquels ces Divertiffemens
étoient adaptés , ont reçu
& mérité de très-juftes éloges .
Le Jeudi , 17 Mars , on donna Zaïre , (1)
(4) Prem. Repréfent, en 1732. 30 Repréfent.
AVRIL 1763. 177
1.
Tragédie du fieur de VOLTAIRE
Orofmane , repréfenté par le fieur LE
KAIN ;Lufignan, par le fieur BRISART;
Néreftan & Chatillon , par les fieurs
MOLE & DUBOIS ; Zaïre , par la Dlle
GAUSSIN ; Fatime , par la Dlle PRÉ-
VILLE .
Ce même jour , qui étoit , felon l'ufage
, celui de la clôture des Spectacles
à la Cour , fut auffi marqué par une repréfentation
très- intéreffante fçavoir
celle de l'Anglois à Bordeaux , Comédie
en un Acte , en Vers libres , du fieur
FAVART , à l'occafion de la Paix , repréfentée,
à Paris pour la premiere fois ,
le Lundi précédent , on diroit avec le
plus grand fuccès , fi celui qu'elle a eu à
la Cour n'avoit été en quelque forte encore
plus éclatant. Nous parlerons
dans l'Article de Paris , de cette Piéce
nouvelle dont l'Auteur a eu l'honneur
d'être préſenté au Roi .
P
N. B. On a éxactement nommé , dans
cettefin du Journal des Spectacles de la
Cour , tous les Acteurs qui ont repréſen
té dans chaque Piéce du Théâtre François
, afin de conftater en même temps
les Sujets éxiftans à ce Théatre pendant
cette derniere année & le fervice qu'ils
Ну
178 MERCURE DE FRANCE .
ont eu l'honneur de remplir en préfence
de leurs Majeftés.
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Résumé : SUITE DES SPECTACLES DE LA COUR A VERSAILLES.
Du 17 février au 17 mars, la cour de Versailles a organisé une série de spectacles. Le 17 février, les Comédiens Français ont interprété 'Inès de Castro' de La Motte et 'L'École amoureuse' de Bret, avec des rôles principaux tenus par la Demoiselle Gaussin, la Demoiselle Dubois et la Demoiselle Huss. Le 22 février, ils ont joué 'Les Femmes savantes' de Molière, suivi de 'La Famille extravagante' de Legrand. Le 2 mars, un ballet intitulé 'La Vue' a été présenté, mais une indisposition de la Demoiselle Le Mierre a compromis sa réussite. Le 3 mars, les Comédiens Français ont joué 'Les Dehors trompeurs' de De Boissy et 'L'Île déserte' de Collet. Le 8 mars, 'Le Dépit amoureux' de Molière et 'Annette et Lubin' ont été représentés. Le 9 mars, après 'Le Barbier paralytique', 'Le Devin du Village' de Rousseau a été exécuté. Le 10 mars, 'Brutus' de Voltaire et 'L'Esprit de contradiction' de Dufresny ont été joués. Le 15 mars, 'Mélanide' de De La Chaussée et 'Le Bucheron' ont été présentés. Le 16 mars, 'Vertumne et Pomone' et 'Le Devin du Village' ont été repris. Enfin, le 17 mars, 'Zaïre' de Voltaire et 'L'Anglois à Bordeaux' de Favart ont été joués, marquant la clôture des spectacles à la cour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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